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20 février 2016 6 20 /02 /février /2016 14:57

Ne colle pas aux dents ?

Max OBIONE : Caramel dur.

Dialogue de sourds et de muets dans un établissement hospitalier.

Pas tout à fait vrai, deux voix intérieures qui se catapultent entre un homme allongé sur un lit d'hôpital et une technicienne de surface un peu malhabile qui passe la wassingue et nettoie la chambre.

Des pensées qui se télescopent. La femme parle un peu, pose des questions, même si elle sait que le patient branché de partout ne peut pas répondre. Des clignements d'yeux, peut-être, mais entend-il ?

Oui, apparemment, il cligne de l'œil lorsqu'elle lui demande si c'est un accident de moto.

Elle part mais promet de revenir. Promesse tenue, puisqu'elle arrive et se huche sur un petit escabeau. Elle a de l'humour la gamine, qui a quand même une quarantaine d'années, à vue de nez. Elle le morigène en souriant, lui disant qu'il peut regarder, ses mollets ou plus sait-on jamais, mais qu'il n'a pas le droit de toucher. Elle se moque de lui innocemment alors qu'il ne peut même pas bouger.

Elle est gentille, un peu naïve. Niaise ou perverse. Elle lui offre un caramel, lui qui est trachéotomisé. Elle déplie l'emballage, suce un peu la friandise pour qu'elle glisse mieux et hop, elle lui demande de tirer la langue et il sent le goût du sucré. Point trop n'en faut, il aura le reste le lendemain...

 

Le phantasme de l'infirmière est supplanté par celui de la femme de ménage, pas vraiment belle, mais souriante, et entreprenante. Elle s'est entichée de ce malade, de cet accidenté de la route, c'est vraiment sympathique de sa part. Mais pour quelle raison ?

La morale de cette histoire concoctée par Max Obione : méfiez-vous toutefois des femmes qui veulent vous faire du bien dans un hôpital. On ne connaît jamais leurs intentions, surtout lorsque l'on ne peut pas s'exprimer sauf par les yeux

Un conte moderne habilement écrit par Max Obione qui nous réserve une bien belle surprise finale, même si l'on s'y attend un peu alors que le récit avance tranquillement.

Max OBIONE : Caramel dur. Collection Noire Sœur. Editions SKA. Nouvelle numérique. 1,49€.

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17 février 2016 3 17 /02 /février /2016 14:33

Bellami, une référence à Maupassant ?

Malicia JOY : Casanova. Les aventures de Bellami. Episode 1.

Un jour d'entrainement de rugby. Toutes les mères sont là à surveiller et apprécier le jeu de leur progéniture qui se défoulent sur la pelouse.

Seul, un homme détonne et détone parmi cette gent féminine et les langues vont bon train.

Il est vrai que leurs maris respectifs sont si occupés par leur travail, si débordés, qu'ils ne peuvent se déplacer voir évoluer leurs loupiots rugbymen en herbe.

Elles se sentent délaissées et l'une d'elles, Marie-Chantal, se plaint de la fraîcheur. Pas de café en vue pour se réchauffer autour d'une tasse de thé. Qu'importe, elle invite Bellami à la rejoindre dans sa voiture afin d'échapper à la bise. Les gamins vont bien se débrouiller sans elle. Quant aux autres mères, elles sentent une pointe de jalousie les attiser.

Installé confortablement dans la berline, Bellami voit avec stupeur une boule de poils sauter sur les genoux de sa propriétaire. Un yorkshire nommé Casanova.

Non pas à cause d'une supposée origine italienne, précise aussitôt Marie-Chantal, mais de son côté libertin.

 

Classée trois Q, sur une échelle de trois, cette courte nouvelle n'est conseillée qu'aux adultes consentants, et aux amis des animaux.

Quant à vous, messieurs, vous êtes peut-être en droit de vous demander ce que font vos femmes les mercredis après-midi, lors des entraînements de foot, de rugby ou autre sport gratifiant pour les petits muscles de vos enfants, tandis que vous lutinez activement votre secrétaire ou votre collègue de travail.

Malicia, joli prénom plein de malice, pour une histoire elle aussi malicieuse qui met en joie. Mais est-ce vraiment une femme qui narre cette histoire ? Ceci ne nous regarde pas !

 

Malicia JOY : Casanova. Les aventures de Bellami. Episode 1. Nouvelle numérique Collection Cullissime. Editions SKA.. Parution février 2016. 1,49€.

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17 février 2016 3 17 /02 /février /2016 09:09

Ce n'est pas parce que je ne suis pas un numérique pratiquant, que je dois passer sous silence des rééditions intéressantes. Dont acte.

Patrick ERIS : Le Chemin d’ombres.

Un coin de verdure dans la campagne anglaise, un manoir d’architecture victorienne, tel est l’endroit rêvé pour accueillir en toute sérénité des congressistes. Loin du tumulte londonien consécutif aux prises de décisions gouvernementales, des restrictions budgétaires imposées par l’ère Tatchero-Blairienne, le climat social est tendu. La sécurité dite sociale est menacée : des fonctionnaires en moins c’est des voix en plus !

Pourtant Marion Darras a préféré exercé son sacerdoce de psychologue dans un immeuble du Welfare, l’aide sociale, plutôt que de s’installer en praticien libre. Elle reçoit une convocation l’invitant à participer à une tentative de thérapie nouvelle sur trois volontaires, des patients qu’elle a déjà eu l’occasion de soigner lors de ses jours de garde à la clinique. Elle retrouve quelques confrères dont David Holder avec lequel elle a vécu des relations charnelles six ans auparavant. Puis ils se sont quittés, en affirmant comme d’habitude qu’ils vont se téléphoner, prendre de leurs nouvelles, le genre de promesses pieuses non suivies d’effet. Elle connait de vue les autres participants mais ce qui la dérange le plus c’est l’expérience tentée sur les patients.

Les trois cobayes, s’ils sont différents physiquement, possède un point commun en dehors d’être soigné pour des raisons mentales. Sandy est grande, mince, filiforme, et sans être belle possède un charme troublant. Marion l’avait surnommée Ophélie en référence au personnage de Shakespeare. Sandy vit dans un monde gothique, entretenu par ses lectures, principalement Les hauts de Hurlevent d’Emily Brontë. Brian est obèse et quoiqu’il fasse, il ne perd pas un gramme. Une boulimie encouragée et entretenue par sa grand-mère durant son enfance. Kenneth, qui s’était adonné à la drogue, est en période de rémission, mais il est agressif et solitaire. Tous trois ont perdu un ou plusieurs être chers dans des circonstances douloureuses, des événements tragiques qui les ont marqués à vie, créant des fractures mentales.

L’expérience envisagée est de prouver qu’il est possible de pouvoir connecter les rêves de trois personnes en même temps. Il n’est donc pas question de lire les rêves mais de comparer les trois graphiques afin de vérifier s’il y a conjonction. Pour cela les trois patients vont ingurgiter une mixture avant de s’endormir. Ils seront reliés à un écran d’ordinateur par trois encéphalogrammes, des plots étant apposés sur leurs têtes. Mais toute expérimentation nouvelle est par essence sujette à des résultats inconnus et l’on ne peut préjuger des acquis positifs, ou négatifs de ces essais. Or comme dans bien d’autres domaines de la recherche scientifique, cette expérience attise les convoitises des instances militaires, qui peuvent éventuellement adapter les résultats obtenus à des fins belligérantes. Alfred Nobel, en son temps, n’avait pas imaginé que l’invention de la dynamite aurait des répercussions moins pacifiques que celles auxquelles son produit avait été conçu : réduire la pénibilité des mineurs par exemple.

Le roman est axé autour du personnage de Marion, et c’est en sa compagnie que le lecteur suit l’intrigue, sauf lorsque Patrick Eris nous entraine dans l’inconscient, les rêveries ou les cauchemars des trois cobayes.

Mais c’est aussi l’occasion de pointer du doigt la déficience du gouvernement anglais en matière de protection sociale. Londres, la capitale, puis d’autres grandes villes du Royaume-Uni sont en proie à des mouvements sociaux, des émeutes de plus en plus virulentes et violentes. La finance aura toujours le dernier mot, et le service public sera de plus en plus bafoué. Le côté fantastique réside dans le résultat des connections mentales des trois patients, mais sur ce point je n’en dis pas plus, ne voulant pas déflorer l’intrigue. Toutefois on peut supposer d’un jour, les progrès de la science sont tellement rapides et inimaginables sauf pour les scientifiques et pour les romanciers, que ce qui est décrit pourrait en partie se réaliser.

Ce roman a fait l’objet d’une première publication en janvier 1989 sous le titre éponyme dans la collection Anticipation du Fleuve Noir et signé Samuel Dharma. C’était dans une version abrogée et Patrick Eris, qui entre temps a pris ce nouveau pseudonyme, a entièrement revu sa copie, réécrivant son texte, l’enrichissant de nombreux détails et surtout en proposant un début et un fin différentes. A l’époque il n’avait que vingt-trois ans, avec déjà à son actif quatre ou cinq ouvrages publiés, mais la fougue de la jeunesse s’est estompée pour offrir un travail plus rigoureux.

Patrick ERIS : Le Chemin d’ombres. Mythologica. Parution juillet 2015. Version numérique : 2,99€.

Première Edition : Lokomodo. N° 32. Parution Janvier 2013. 256 pages. 6,50€.

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28 janvier 2016 4 28 /01 /janvier /2016 13:55

Lorsque la Terre prend l'eau...

G. Elton RANNE : New-York Underwater.

Après avoir en scène Ange Gabriel, détective amateur, dans Chute libre (collection SF Polar N°20) puis Dan Campbell et Spencer Goren, deux détectives en un, dans Double Jeu (SF Polar N°20) nous retrouvons Alex Green, un policier de San Francisco, chargé d’enquêter dans une cité sous-marine sur les agissements d’une faction terroriste appelée La Terre est à vous.

Vite fait un petit résumé, je sais que vous aimez çà.

Un attentat a été perpétré dans l’un des dômes, provoquant de nombreuses victimes et selon les rumeurs un Hyash, c’est-à-dire un espion, se serait infiltré. Ce qui pourrait amener à d’autres dégradations plus sérieuses encore, préjudiciables à la cité même.

Les Terriens vivent en compagnie d’autres représentants de la galaxie, mais l’osmose n’est pas parfaite. Les jalousies, les récriminations sont légions, bref l’harmonie ne règne pas.

Pour Alex Green, la mission qui lui est confiée est plus que périlleuse.

 

Cette fois le lecteur est plongé plus loin dans le temps puisque l’action se déroule dans les années 2340 et que la Terre est devenue l’une des composantes de la Fédération Galactique. Et faut pas croire. Rien ne s’est arrangé dans les relations entre les différents représentants de cette confédération.

Les Terriens n’apprécient pas, mais pas du tout, ceux qu’ils jugent comme des envahisseurs. Et c’est bien ce qui sous-tend les romans de G. Elton Ranne (et Franck Morrisset) : comment les humains réagissent face à des entités venues d’ailleurs.

Une façon détournée de dénoncer le racisme, le sectarisme, la ségrégation. Et au lieu de placer ce sentiment dans un roman noir actuel, ils ont préféré le support de la S.F. Des romans à découvrir même si vous préférez la littérature policière à la S.F. ou vice-versa.

 

Alex Green est le héros de deux autres romans : La résolution Andromède de... Franck Morrisset (SF N°27) et La mâchoire du dragon de... G. Elton Rannne (Anticipation N°1991).

Un nouvel échange de personnage entre Elton G. Ranne et Franck Morrisset qui avaient déjà procédé avec Ange Gabriel : L'Ange et la Mort de Franck Morrisset (collection Anticipation N°1996). et Chute libre d'Elton G. Ranne Collection SF Polar 20), de même que Dan Campbell et Spencer Goren dans Alice qui dormait de Franck Morrisset (Collection Anticipation N° 1990) et Double Jeu de Elton G. Ranne (Collection SF POLAR N° 3).

Des romans qui seront peut-être réédités chez Multivers, pourquoi pas, et qui ont fait l'objet d'un article plus conséquent dans L'Annonce-Bouquins N°154 de Janvier 1999.

Première édition Collection S.F. N°44. Alien World 3. Editions Fleuve Noir. Parution juin 1998. 250 pages.

Première édition Collection S.F. N°44. Alien World 3. Editions Fleuve Noir. Parution juin 1998. 250 pages.

G. Elton RANNE : New-York Underwater. Editions Multivers. Parution 19 juin 2015. 163 pages. Format ePub, Kindle. 2,49€.

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16 janvier 2016 6 16 /01 /janvier /2016 13:58

Bon anniversaire à Graham Masterton

né le 16 janvier 1946.

Graham MASTERTON : Le portrait du mal

Des cadavres, la police est amenée à en découvrir chaque jour.

Qu'il s'agisse de morts naturelles, de suicides, d'assassinés pour des raisons diverses.

Mais des cadavres dépourvus de leur épiderme, dépiautés littéralement comme des lapins, c'est tout de même plus rare, et, oserai-je dire, incongru.

Un tableau représentant douze personnages, dû à un peintre préraphaélite obscur et médiocre, conservé jalousement par un directeur de galerie de peintures et qui peu à peu se détériore (le tableau, pas le directeur !) est convoité par une femme mystérieuse. Quel peut-être le rapport entre ce tableau et ces cadavres dépiautés ?

 

Le portrait du mal de Masterton est une habile variation du fameux Portrait de Dorian Gray d'Oscar Wilde, en reprenant les thèmes principaux mais inversés.

Un roman ambitieux écrit de main de maître par un Graham Masterton au mieux de sa forme, dans lequel l'humour y est moins présent que dans certaines de ses productions, mais où, je cite François Truchaud son traducteur, mais où l'horreur y est beaucoup plus sérieuse, plus abominable.

Un tournant dans la carrière de Masterton qui n'est plus considéré par certains critiques comme le successeur de Stephen King, mais bien comme le rival en passe devenir le numéro Un de l'horreur fantastique.

Il faut avouer que dès les premières pages, le lecteur est happé par l'intrigue, englué dans une histoire haletante où les temps morts sont rares.

Chronique écrite en 1989 pour une émission radio.

Editions Pocket, collection Terreur. Parution septembre 1989. 478 pages.

Editions Pocket, collection Terreur. Parution septembre 1989. 478 pages.

Graham MASTERTON : Le portrait du mal (Family Portrait - 1985. Traduction de François Truchaud). Réédition Milady. Parution avril 2010. 475 pages. 7,00€. Version Kindle 5,99€.

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20 décembre 2015 7 20 /12 /décembre /2015 13:55

Et souvenirs vivants ?

Gilles VIDAL : Mémoire morte.

Ce n’est pas parce qu’il dormait que Carl Frot a rêvé.

Il a perçu des craquements, des frôlements et il est persuadé que quelqu’un s’est introduit dans la maison. Guère rassuré, il se lève quand même et descend à la cuisine, à tâtons, glissant inopportunément sur un objet qui traînait. Il a le temps d’apercevoir une silhouette. Il chute lourdement, ce qui à pour conséquence de réveiller sa femme Diane. Il narre succinctement ce qui vient de lui arriver, dissimulant toutefois l’intrusion d’un personnage d’apparence frêle. Puis ils remontent se coucher et en profitent pour… mais ceci ne nous regarde pas. Ah si quand même, au cours des ébats, Carl a comme une vision, le visage de sa femme se déforme, prend une autre apparence.

Gérant d’une agence d’affacturage dans une cité portuaire, Carl doit le lendemain matin se rendre chez un client potentiel, directeur d’une cimenterie. Lorsqu’il arrive sur le lieu de son rendez-vous des policiers sont déjà en plein travail. Le cadavre, ou ce qu’il en reste, d’une jeune femme vient d’être découvert, à moitié déchiqueté par une machine. Le commissaire Franck Parisot est sur les dents. C’est le deuxième corps féminin ainsi retrouvé en trois semaines. La piste d’un serial killer n’est pas à négliger, d’autant qu’un individu nommé Antoine Merlin avait été soupçonné avant de s’évaporer dans la nature. Mais d’autres affaires attendent Franck Parisot, résolues plus ou moins dans la douleur, avec des cadavres à la clé.

La journée pour Carl non plus n’est pas terminée. Il retrouve coincé sous un balai d’essuie-glaces une feuille de papier sur laquelle est inscrite cette phrase énigmatique : MA VENGEANCE EST PERDUE S’IL IGNORE EN MOURANT QUE C’EST MOI QUI LE TUE.

Dans le même temps Carl se sent épié, un regard qui lui vrille la nuque. Et alors que lui et Diane, laquelle vient de lui annoncer qu’elle est enceinte de deux mois, ce qui réjouit le couple, passent leurs temps à effectuer quelques emplettes en prévision de l’heureux événement, un individu s’est infiltré dans leur domicile. Les vêtements de Diane, du plus intime au plus épais, ont été lacérés, alors que le coffret à bijoux n’a pas attiré la convoitise de leur visiteur (visiteuse ?) indélicat. C’est le bouquet, et Carl détaille alors à Diane par le menu l’infiltration nocturne. Plus tard il reçoit à son bureau un petit colis contenant une poupée, vieillotte, amochée, cabossée, lacérée, l’expéditeur restant anonyme bien évidemment. Ils se décident à contacter le commissaire Franck Parisot.

Pendant ce temps Parisot et ses hommes ne sont pas restés inactifs. La piste gothique semble la seule probable. Les deux premières victimes étaient adeptes de ce mouvement tout comme Antoine Merlin, leur façon de vivre, de se vêtir, de décorer leurs chambres, de se connecter sur Internet le confirmant. Les deux premières à laquelle s’ajoute une troisième disparition. Une jeune fille dont le père est un peintre universellement reconnu. Parait-il. Et bien entendu le procureur s’attache à ses basques comme une colonie de morpions sur un pubis broussailleux.

 

Entre les affaires dont s’occupe Parisot et les tracas endurés par Carl Frot existe-t-il un lien ? Et si oui lequel ? Des éléments de réponse sont apportés à Parisot par Murielle, une psy qui travaille dans une clinique non loin de Gramont, ville dans laquelle se déroule cette histoire. Quant à Carl, il est aux quatre-cents coups lorsqu’il apprend que Diane est à l’hôpital, accidentée après avoir été probablement poussée dans un escalator. Et que vient faire cette personne qui se surnomme Le Lémure dans cet imbroglio ?

Après la pluie qui se fait de plus en plus insistante, la tempête prend la relève et se conjuguent alors dans une sorte de cataclysme les quatre éléments : l’eau, l’air, la terre et le feu.

 

Un roman qui débute par des scènes d’action très puissantes qui s’enchainent les unes aux autres dans un rythme infernal jusqu’à l’épilogue où enfin le lecteur peut souffler.

Tout comme chacun de nous, les protagonistes possèdent une fêlure, une fracture, ancienne ou récente, oubliée ou non, méconnue, qui influe sur leur vie quotidienne, leur moral, leurs agissements, parfois inconsciemment. L’auteur se permet quelquefois de digresser, mais sans appesantir le texte. Ainsi ces quelques lignes empreintes de bon sens, bon sens que ne possèdent pas toujours nos politiques, une réflexion pensée par Carl lors d’un incident dans un supermarché.

Il avait encore en tête ce qu’il avait lu il y avait quelque temps dans la presse, à savoir que le PDG du groupe qui détenait cette chaîne de supermarchés touchait un salaire colossal, des primes mirobolantes, sur les bénéfices et des stock-options honteuses, et qui, de surcroît, bien qu’il eut tout récemment été élevé en toute impunité au grade de chevalier de la Légion d’Honneur, résidait depuis deux ans à l’étranger, dans un ersatz de paradis fiscal, afin d’échapper au fisc.

Première édition : Collection Zone d’ombres. Editions Asgard. 384 pages. 18€.

Première édition : Collection Zone d’ombres. Editions Asgard. 384 pages. 18€.

Gilles VIDAL : Mémoire morte. Editions Multivers. Parution 18 décembre 2015. Formats ePub et Kindle. 3,99€.

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14 décembre 2015 1 14 /12 /décembre /2015 08:40

Le poète a toujours raison...

Gilles VIDAL : La fatalité est la poésie du monde.

Est-ce un recueil de nouvelles, de poésies, une compilation de brèves de comptoir, une succession d'anecdotes et de réflexions, des pensées profondes, philosophales, des billets d'humeur et d'humour...?

C'est un peu tout cela et beaucoup plus à la fois. Car l'esprit d'un littérateur ne se repose jamais. Il fourmille d'idées que son propriétaire doit coucher sur le papier, quel que soit l'endroit où il se trouve, sous peine qu'elles s'évanouissent à jamais dans les limbes de l'oubli.

 

Il est donc difficile de résumer cet ouvrage, qui d'ailleurs est la réédition de quatre livres parus chez divers éditeurs, dont Hors Commerce, dans les années 1990 et 2000, aujourd'hui épuisés. Autant les livres que les éditeurs d'ailleurs.

Des textes plus ou moins longs, comme peut l'être une courte nouvelle, d'une demi-page ou d'une trentaine, selon l'inspiration et le besoin de la chute, qui nous plongent dans un univers onirique trempé dans le quotidien d'un monde pessimiste teinté de nostalgie, d'humeur vagabonde, de dérision, d'envies, de besoins, de souhaits, de regrets, et une pointe (?!) d'érotisme coup de blues. Le spleen cher aux poètes suinte de ces lignes comme une rédemption, une panacée peut-être à effet placebo pour un esprit torturé et fébrile, le cynisme parfois cachant la timidité ou la gaucherie.

J'aurais aimé pouvoir vous donner en pâture quelques extraits, de courts textes de quelques lignes, un poème jeu de mot comme j'affectionne, mais sortir des lignes d'un contexte chimérique ou réel, résultat d'un besoin de s'exprimer, de se soulager, de s'épancher, me semble aller au-delà du souhait de l'auteur.

Pourtant les titres peuvent parler d'eux-mêmes :

Je te meurs; Courage, survivons; Pourtant, tous les espoirs semblaient permis; Je te crève tu me tues (poème); Exister relève du prodige...

 

Mais pour bien en comprendre le sens, la finalité, l'amertume qui se cache sous l'ironie, ou le contraire, l'humour désabusé, alimenté de fantasmes au charme vénéneux, il faut se plonger dans ces écrits comme on décortique un calendrier de l'Avent.

Seulement, si au début on se dit qu'on ne va en lire que quelques pages par jour, en dégustateur avisé et sage, on se prend au jeu et bientôt on se rend compte qu'on engloutit le tout en véritable affamé, avide de littérature proche de nous, que l'on ne peut s'empêcher d'avaler les textes les uns à la suite des autres, quitte à revenir en arrière afin d'en savourer tous les parfums qui se dégagent lentement dans nos petites cellules grises.

Ce recueil est composé de

Hymnes urbains; Angles d'attaque; L'endroit le plus fragile du corps de l'homme; Exister relève du prodige.

Hymnes Urbains. Hors commerce

Hymnes Urbains. Hors commerce

Angles d'attaque. Méréal

Angles d'attaque. Méréal

L'endroit le plus fragile du corps de l'homme. Hors commerce.

L'endroit le plus fragile du corps de l'homme. Hors commerce.

Exister relève du prodige. Atelier de Presse

Exister relève du prodige. Atelier de Presse

Quleques chroniques de lecture :

Gilles VIDAL : La fatalité est la poésie du monde. Hors collection. Multivers Editions. Parution décembre 2015. Format ePub et Kindle. 420 pages environ. 4,49€.

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28 novembre 2015 6 28 /11 /novembre /2015 13:48

Ça doit faire du boucan !

Michel PAGEL : La sirène de l’espace.

Malgré les technologies modernes, aujourd’hui la vidéo, l’ordinateur et Internet, les enfants, et ceux qui le sont restés dans leur tête, rêveront toujours à des lendemains enchanteurs issus de la littérature d’évasion.

Ainsi Francis Briand, nouvel héros de Michel Pagel, vient d’achever en ce 19 janvier 2312 son service militaire d’une période de cinq ans. Pacifiste convaincu, il n’apprécie pas du tout la guerre que livre la Fédération terrienne à Jupiter.

En transit sur la Lune, il passe la soirée dans un café et les commentaires vont bon train devant la télévision. Il n’est pas d’accord sur l’analyse des consommateurs sur cette guerre qui dure depuis des années et n’est pas près de s’éteindre, encouragée par une forme perverse de racisme.

Il est abordé par un inconnu qui abonde dans son sens et lui offre à boire. Une invite dont il se repentira car la boisson est droguée et il se réveille à bord d’un vaisseau spatial pirate. Il a été enrôlé comme les marins aux 17è et 18è siècles et se voit promu officier de bord grâce à ses connaissances comme navigateur radio.

Cette façon de procéder le révolte mais le capitaine John Golden possède des arguments afin de le réduire à la raison. Alors qu’il croupit dans la cale Francis entend un chant merveilleux qui lui tourneboule l’esprit et les sens. Il n’aura de répit de découvrir qui se cache derrière cette mélopée.

 

Michel Pagel nous entraîne dans un space-opéra qui puise son thème dans les romans maritimes, et principalement l'île aux trésors de Stevenson.

D’ailleurs le lecteur reconnaîtra l’analogie du nom du capitaine John Golden avec John Silver le héros de Stevenson.

Mais ce n’est pas la seule approche, puisque Ulysse et le chant des sirènes est également présent. En toile de fond ce sont la guerre et le racisme qui sont évoqués.

Un roman qui une fois de plus, sous couvert de simplicité et d’humour, démontre le talent de conteur de Michel Pagel.

Première édition Collection SF N°68. Editions Fleuve Noir. Parution juin 1999. 222 pages.

Première édition Collection SF N°68. Editions Fleuve Noir. Parution juin 1999. 222 pages.

Michel PAGEL : La sirène de l’espace. Réédition Collection S.F. Multivers éditions. Format ePub et Kindle. 2,49€.

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16 octobre 2015 5 16 /10 /octobre /2015 12:16

A ne pas confondre avec Le Mort descend ou Le Sort dément...

Gilles VIDAL : Le sang des morts.

Séance de rattrapage !

Pour tous ceux qui n'auraient pas lu ce roman en version papier lors de sa sortie, une séance de rattrapage est proposée en version Epub et Kindle sur le site de l'éditeur Multivers.

Vernais, paisible station balnéaire, sur laquelle brille implacablement le soleil estival... Mais en grattant bien la couche superficielle, il s'avère que le côté débonnaire n'est que de façade, vanté pour des fins touristiques. Ainsi que fait le cadavre d'un homme dans une piscine hors sol posée sur la pelouse en attendant l'installation d'un véritable aquarium pour humains ? Margot Farges la sirène déçue par un mariage où elle pensait trouver uniquement calme et prospérité est en colère. Elle vient d'apprendre que son mari diffère d'une journée sa rentrée au bercail.

Théoriquement il est en déplacement pour son travail, mais elle sait qu'il en profite pour planter ailleurs son couteau qui lui sert à découper le contrat de mariage. De toute façon elle s'en moque, du moment que sa carte de crédit est approvisionnée, il peut faire ce qu'il veut. Elle lui reproche surtout son manque de franchise. Alors pour calmer sa mauvaise humeur légitime, elle décide de prendre un bain dans le jardin et c'est ainsi qu'elle trouve au pied de l'échelle amovible, une paire de chaussure et des vêtements. Et un corps qui flotte sur le ventre. Suicide ? C'est à Garcia, le médecin légiste d'en décider. Les policiers ont été prévenus par un appel téléphonique anonyme et le lieutenant Stanislas Delorme, Stan pour les intimes dont bientôt fera partie Margot, est sur place lorsqu'elle reprend ses esprits.

Stan est un inspecteur consciencieux, apprécié de son supérieur le commissaire Vignes, et lorsqu'il rentre chez lui, il est accueilli avec une joie exubérante par Lucky, un Westie blanc qu'il a adopté. Il distribue les câlins comme si c'était un gamin. On pourrait penser que tout va bien pour Stan, seulement son père qui vit en dehors de la ville est bloqué dans un fauteuil roulant, suite à un accident vasculaire cérébral, ce qui ne l'empêche pas de se rouler un petit joint de temps à autre, reliquat de sa période hippie. Un défaut qu'il pense ignoré de son fils.

Félicien Faderne est atteint de troubles obsessionnels compulsifs, et il lui faut vérifier à plusieurs reprises si tout est bien rangé, les fenêtres closes et les robinets fermés. Maniaque il néglige toutefois sa vêture. Du moment que sa clé USB soit bien entreposée dans la poche intérieure de son blouson, peu lui importe la façon dont il s'habille. Une clé précieuse, car Félicien travaille toute la journée sur un écran manipulant des chiffres. Et à trente ans il a l'avenir devant lui. Il travaille pour un centre de recherches. Et quelques balles qui sifflent à ses oreilles en sortant ce jour là de chez lui. Une voiture qui vrombit, une voix qui l'interpelle, il n'a pas le temps de réfléchir et le voici à bord d'un véhicule conduit par une jeune femme qui n'a pas froid aux yeux. Devant l'attitude autoritaire d'Anne, c'est ainsi qu'elle se présente, il se demande si elle l'a sauvé des envies meurtrières de personnages vindicatifs, ou si elle l'a enlevé pour des raisons qui restent à déterminer. Il doit jeter son téléphone portable par la fenêtre de la voiture, quant à son ordinateur portable elle ira le récupérer. Du moins elle le promet car il se sent tout nu sans son micro qui est un prolongement de lui-même. Et elle s'entretient régulièrement par téléphone avec un certain Horb.

Walter, qui travaille pour une agence en écrivant des articles pour des catalogues, mais rêve de devenir romancier, est contacté par son jeune frère Stephan, avec lequel il communique rarement. Stéphan lui apprend que leur père a été retrouvé. Il s'était échappé d'un hôpital où il était interné depuis des mois. Quant à leur mère, elle a disparu douze ans auparavant, sans plus jamais donner de nouvelles, et Stéphan a eu beau effectuer des recherches et alerter le commissariat, elle est toujours dans la nature. Quant à Irène, l'ancienne petite amie de Walter, elle refait surface, sans crier gare et il semblerait qu'elle soit totalement paumée.

Un nouveau meurtre est découvert, et le corps pourrait être celui d'un Russe car il possède des tatouages, des inscriptions en cyrillique.

Un homme tout nu brandissant une pioche (peu après ce sera une bêche, comme quoi on ne peut pas se fier aux témoignages) a été arrêté en pleine rue. Il est interné d'office pour démence, mais en pénétrant dans le jardin puis dans la maison, Stan et les policiers qui l'accompagnent sont stupéfaits par ce qu'ils voient. Un véritable dépotoir, pire qu'une décharge, et à l'intérieur, des cadavres. D'autres corps seront retrouvés peu après en déblayant les ordures, mais ils ont en commun d'avoir le visage scarifier, comme si quelqu'un s'était amusé à le remodeler.

 

Ces événements, en apparence disparates et sans rapport entre eux vont bientôt se réunir pour former un tableau à la Jérôme Bosch, des pièces de puzzle qui vont s'emboiter inexorablement.

Tous les protagonistes de ce roman possèdent une coupure, une fêlure, une fissure, une fracture mentale ou physique, et personne n'est épargné par le sort qui s'acharne inéluctablement sur leur intégrité. Même ceux qui ne font qu'une apparition furtive ont droit à un petit portrait, soit de leur aspect vestimentaire, de leur déchéance, de leur passé. Ainsi cette dame qui arbore des tee-shirts avec des phrases en forme de contrepèteries du genre : Pensez le changement au lieu de changer le pansement. Et sous forme de bande-son, des nombreuses références discographiques ponctuent le récit, tout comme celles qui sont littéraires. Anne est aussi appelée Zatte, car Ouarzazate et mourir, titre d'un roman d'Hervé Prudon dans la série du Poulpe.

Certaines scènes, certaines extrapolations dans le déroulement du récit viennent parfois interférer, mais cela apporte un petit piquant tout comme quelques feuilles de persil ou deux trois brins de ciboulettes disposés élégamment donnent une touche de couleur à un plat de crudités sans le dénaturer.

 

Première édition Collection Zone d'Ombres. Editions Asgard. Parution 22 janvier 2014. 380 pages. 19,00€.

Première édition Collection Zone d'Ombres. Editions Asgard. Parution 22 janvier 2014. 380 pages. 19,00€.

Gilles VIDAL : Le sang des morts. Réédition Epub et Kindle chez Multivers Editions. 3,99€.

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12 octobre 2015 1 12 /10 /octobre /2015 13:54

Une Miss qui ne doit rien à un quelconque concours, pour ne pas dire à un concours quelconque !

Philippe THIRAULT, Marc RIOU & Mark VIGOUROU : Bloody Manhattan et Une chanson douce.

Deux bandes dessinées, signées pour le scénario Philippe Thirault, pour les dessins Marc Riou et Mark Vigouroux, qui constituent les deux premiers volets d’une série appelée Miss.

Dans le premier tome – Bloody Manhattan – le lecteur fait la connaissance de Nola, dont l’enfance ne fut pas gâtée, loin de là.

Née à Brooklyn, après un passage dans une école tenue par des religieuses, elle fait l’apprentissage de la vie avec Franck, ancien flic qui tient une officine de détective privé, puis rencontre Slim, un Noir dont la profession n’est guère avouable.

Miss sait se servir de sa langue, de ses pieds et éventuellement des armes qui lui tombent sous la main.

Dans le volume deux, Une chanson douce, elle est associée à Slim et des contrats particuliers leur sont proposés.

Tuer un mari riche et encombrant par exemple. Elle retrouve sa mère également, dans un sale état. Le scénario est toutefois plus confus que dans le premier ouvrage et part un peu dans tous les sens.

 

Philippe Thirault, auteur de romans au héros déjanté (Hémoglobine blues ou Speedway aux éditions Serpent à plumes, collection Serpent noir) possède l’art des petites phrases caustiques et des métaphores corrosives. Exemple le texte de Bloody Manhattan qui débute ainsi : “ On a appelé ça les années folles. New-York s’élargissait comme une tâche d’urine sur un buvard ” ou encore “ Chez les flics […] les bons deviennent voyous et les mauvais, ils restent flics ” .

 

Les dessins qui enchâssent le texte et les couleurs qui les habillent s’intègrent parfaitement à l’humeur prônée par Philippe Thirault. Le verdâtre prédomine ainsi que le rouge carmin.

Les traits sont parfois esquissés, flous, surtout en ce qui concerne les personnages, alors qu’en d’autres planches, les décors sont plus que réalistes.

Les rues du New-York décrit ne se resserrent pas comme des canyons sous la domination des gratte-ciel mais s’élargissent en Champs-Elysées, peut-être pour mieux montrer du doigt la pauvreté, le dénuement, mettre en évidence l’indigence de ces quartiers déshérités.

L’envers du décor des Etats-Unis d’Amérique, avec toutefois une pointe de nostalgie, celle du rêve américain qui synonyme de liberté est aussi celui d’esclavage.

 

Philippe THIRAULT, Marc RIOU & Mark VIGOUROU : Bloody Manhattan et Une chanson douce.

Philippe THIRAULT, Marc RIOU & Mark VIGOUROU : Bloody Manhattan et Une chanson douce. Miss volumes 1 et 2. Humanoïdes Associés. 48 pages chaque. Parution avril 1999 et décembre 1999.

Disponible en version Kindle : 5,99€ chaque.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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