Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
18 avril 2016 1 18 /04 /avril /2016 15:06

Hommage à Pascal Marignac né le 18 avril 1945 qui a signé sous les pseudonymes de Kââ, Corsélien et Béhémoth.

KÂÂ : On a rempli les cercueils avec des abstractions.

Ne pas se fier au titre d’un roman devrait être la règle de base du lecteur, et s’il veut se rendre compte du sujet abordé par l’auteur, autant lire la quatrième de couverture. Lorsqu’elle existe.

Que penser d’un bouquin qui s’appellerait, par exemple, On a rempli des cercueils avec des abstractions ? Cela ressemblerait furieusement à un traité de philosophie, n’est-ce pas ? Et l’on pourrait imaginer que l’auteur qui signerait un tel ouvrage enseignerait cette matière dans un lycée. Breton, pourquoi pas ? Et pourtant Kââ s’est amusé à perturber le lecteur, en proposant un roman portant ce titre abscons. Qui plus est au Fleuve Noir, maison d’édition qui ne nous avait pas habitué à autant de sérieux, du moins en ce qui concerne les titres des ouvrages.

Disons-le tout de go, nous avons pris notre courage à deux mains, et le livre par la même occasion. Et le charme a opéré. Mais voyons plutôt le contenu.

 

Cadre supérieur, Rouvieux mène une double vie. Non, pas ce que vous pensez, mais il a tout de même une passion qui lui coûte cher. C’est un accroc du poker. Alors que sa femme Karine le croit à Londres, Rouvieux est tranquillement installé à taper le carton et surtout à se faire plumer. Les dettes s’accumulent et bientôt il faut penser à les éponger.

Des personnages peu scrupuleux, du moins il ne les voyait pas sous cet angle, lui proposent de convoyer une voiture de Suisse à Marseille. Il se sent piégé, mais il n’a pas le choix. Il ne peut refuser de rendre service.

Et, tout en conduisant, une question lui vrille l’esprit : que contient cette voiture qu’il passe en fraude ?

A cette question terre à terre et matérialiste, s’en greffe une seconde, cruciale. La mort ne le guette-t-il pas au bout du chemin ?

Mais il n’a pas envie de se faire dévorer comme les petits cochons, et il va bander (à l’époque du Viagra, c’est de circonstance !) son énergie afin de se tirer de ce guêpier.

 

Kââ, c’est un cas, et l’on ne peut même pas dire que ce roman est un encas, car il paraît que l’auteur est passionné de gastronomie intelligente. Au fait c’est quoi la gastronomie intelligente, que j’y goûte un peu et nourrisse mes petites cellules grises ?

 

 

K : On a rempli les cercueils avec des abstractions. Collection Les Noirs du Fleuve Noir N°33. Editions Fleuve Noir Noirs. Parution octobre 1997. 304 pages.

Existe en version numérique. 5,99€.

Repost 0
9 avril 2016 6 09 /04 /avril /2016 13:37

Faites une économie d'un centime d'euro avec la version numérique !

BOILEAU-NARCEJAC : La main passe.

Pierre Marescot est avocat, mais il travaille en dilettante.

La fortune familiale est assez conséquente pour lui permettre d'effectuer son métier en pointillé. Mais il a suivi la tradition et comme son père, il a poursuivi des études de droit puis s'est engagé dans la carrière juridique.

Il est materné, couvé par une mère possessive et il se sent à l'étroit dans l'appartement-bureau qu'il partage avec elle.

Alors il se réfugie dans une garçonnière, appartement secret dont l'une des pièces recèle un étrange musée.

Dans une vitrine sont exposés, répertoriés, les fruits de ses rapines dans les grands magasins, principalement les Nouvelles galeries, proches de chez lui.

Pierre Marescot est kleptomane et est saisi par périodes d'un besoin irrépressible de subtiliser un objet au nez et à la barbe (c'est une image !) des vendeurs ou des vendeuses. Un jour il vole un couteau à l'étalage. Un couteau qui semblait le narguer, avec son manche en forme de crocodile. Lorsqu'il peut l'examiner à loisir, Pierre Marescot remarque sur la lame du couteau et sous le manche, du sang et des empreintes de doigts.

Revenant sur les lieux de son larcin, l'avocat est pris dans un tourbillon. La police est là. Une jeune fille a été assassinée à l'aide d'une arme blanche dans une cabine de Photomaton.

Marescot n'a de cesse de découvrir le coupable, qui s'avère être une femme. Une femme qui a agi sous l'emprise de la jalousie.

Ce qui intéresse Marescot, ce n'est pas le pourquoi ou le comment de cet acte, mais la personnalité profonde de la jeune femme pour qui il éprouve une certaine sympathie.

Il est fasciné et s'arrange même pour être désigné d'office comme son défenseur.

 

Boileau-Narcejac, en réalité le seul Narcejac depuis la disparition de son compère Boileau en janvier 1989, Boileau-Narcejac a écrit un roman psychologique sur une double hypnose dont le point de jonction est le fameux couteau.

Une espèce d'envoûtement, d'obsession qui oblige Marescot à voler dans les grands magasins, et la séduction de la femme assassin à travers l'objet dont elle s'est servie pour perpétrer son meurtre.

L'enquête policière est réduite à prétexte et ce sont les motivations, les impulsions de ce couple qui priment dans cette œuvre tout en subtilité.

Boileau-Narcejac n'a pas fini de nous étonner et à chacun de leurs ou de ses romans, réussit à nous entraîner dans un univers différent.

Une exploration qui perdure au travers d'une quarantaine d'ouvrages mais la sonde qui fouille l'âme humaine ramène à chaque fois une parcelle de sentiment, de comportement non encore élucidée.

Ce roman a fait l'objet d'un téléfilm français diffusé en 2012, réalisé par Thierry Petit, sur un scénario d'Antoine Lacomblez, avec Bruno Todeschini, Anne Azoulay, Marie-Christine Barrault et Natalia Dontcheva.

Première édition Collection Sueurs Froides. Editions Denoël. Parution avril 1991.

Première édition Collection Sueurs Froides. Editions Denoël. Parution avril 1991.

BOILEAU-NARCEJAC : La main passe. Collection Folio policier. Editions Folio. Parution 7 décembre 1999. 184 pages. 6,50€. Version numérique parution 1er février 2016. 6,49€.

Repost 0
6 avril 2016 3 06 /04 /avril /2016 14:34

Il y a le ciel, le soleil et la mer...

Gaëtan BRIXTEL : Le pari.

Sauf qu'il fait nuit, que le ciel on ne le voit guère et que la mer on l'entend dans un ressac abrutissant.

Envisager un bain de minuit dans la mer de la Manche un mois de juin pluvieux et venteux, ce pourrait être une gageure. Pourtant c'est bien ce qu'ont décidé Anne et Vincent dans les dunes de Barneville sur les côtes du Cotentin. Peut-être espèrent-ils que les eaux soient réchauffées par la proximité de la Centrale de Flamanville toute proche.

Ils sont jeunes, ils sont beaux, surtout elle car lui est du genre malingre. Il a osé l'aborder la dernière journée de la Terminale, elle a accepté une séance de cinéma, de se revoir. Et les voilà affrontant le vent, elle agile comme un cabri, lui frissonnant, de froid et d'appréhension, se posant les questions existentielles propres à tout adolescent : comment embrasser une fille.

Un pari stupide, Vincent en est conscient, mais comment se rétracter et ne pas passer pour un idiot, un couard, voire plus.

Anne le tarabuste, lui promettant de l'embrasser s'ils se jettent tous deux à l'eau. Se jeter à l'eau, faut bien le faire un jour, mais pas dans une eau à douze degrés.

Mais Anne est persuasive, et Vincent se rend rapidement compte que la métaphore du sexe et de l'escargot n'est pas si galvaudée que ça. Et Anne qui lui demande d'enlever son slip, seul vêtement qu'il porte depuis qu'il a laissé son tee-shirt sur le sable, et qu'il aura le droit de lui enlever son maillot s'il la rattrape à la nage. Suffit de lui laisser dix secondes de battement.

 

C´est l´amour à la plage

Et mes yeux dans tes yeux...

Ah ses jeunes, qui se perdent dans le sourire d'une jolie fille. Il avait eu du courage Vincent d'oser aborder Anne, alors qu'elle venait de discuter avec Geoffrey, le beau gosse de l'établissement. Y'en a vraiment qui ne doutent de rien. Et si justement ce courage était payé en retour ?

Un épisode de la vie d'un adolescent pas encore aguerri aux subtilités de la nature féminine, et une jeune fille qui sait allier marivaudage et canulars.

Mais ce conte moderne est très sage par rapport à ce que certains imaginent et n'est qu'une extrapolation amusante, pas pour tout le monde je le concède, des farces normandes à la sauce du vingt-et-unième siècle.

Gaëtan Brixtel, un jeune qui nous parle d'aujourd'hui et peut-être d'une expérience personnelle, ce que je ne lui souhaite pas.

 

Gaëtan BRIXTEL : Le pari. Nouvelle. Collection Noire sœur. Editions SKA. Parution avril 2016. 1,49€.

Repost 0
29 mars 2016 2 29 /03 /mars /2016 12:40

Aime les diptères, surtout en vol...

Patrick ERIS : Le seigneur des mouches.

Il... Ne... Se... Souvient... De... Rien.

Comme un mantra ces six mots défilent en boucle dans son esprit encore engourdi.

Il ne reconnait pas la chambre d'où il émerge péniblement. Une chambre d'enfant avec les accessoires et les gravures adéquates, vieillies. Il est habillé d'un pantalon de sport qu'il n'a jamais possédé, à sa connaissance. Il est égratigné, amoché, badigeonné de mercurochrome sur tout le corps, plaies contrastant avec ses bleus.

Que fait-il-là dans cette tenue, dans cette chambre ?

Il... Ne... Se... Souvient... De... Rien.

Un accident qui l'aurait rendu amnésique ? Une amnésie passagère ou, pis encore, définitive ? La terreur, l'angoisse montent en lui comme un mascaret impossible d'endiguer.

Et il fait si chaud.

Il se lève, marche péniblement. Les dalles froides qu'il foule hors de la chambre lui rafraîchissent les pieds. Et ce bruit continuel de mouche, non de mouches, qui se fait entendre, un bourdonnement incessant.

Il est dans une ferme, mais personne à l'horizon, juste un chien allongé à l'ombre. Une vieille camionnette. Un vieil homme qui court poursuivi par un essaim qui grésille. C'est alors que le voile qui enserrait ses souvenirs se déchire.

Tout commence alors qu'il est recruté par des Chercheurs de Têtes pour une entreprise en plein développement et son bureau se trouve dans une tour de la Défense. Un bel avenir lui est promis, mais auparavant il doit sacrifier à une forme d'intronisation.

 

Parabole ou fable des temps modernes, Le Seigneur des mouches montre l'envers du décor dans la course au succès des jeunes loups, des cadres qui veulent à tout prix réussir dans une entreprise propre sur elle, en apparence. Une course mortelle pour parvenir au sommet, quel que soit le prix à payer, et s'il le faut être prêt à marcher sur les autres, à les écraser, à tuer même, afin de démontrer ses possibilités et son engagement. Et signer un pacte avec le diable si besoin est.

Cette nouvelle résolument noire et frayant avec le fantastique, genre que Patrick Eris maîtrise parfaitement, est ancrée dans cet arrivisme à tout crin, où tout est bon pour parvenir à supplanter les autres, à être considéré comme la crème de la crème, le cadre productif dont on ne peut se passer. Mais tout est vain, et il ne faut pas oublier que Les cimetières sont pleins de gens irremplaçables, qui ont tous été remplacés d'après Georges Clemenceau.

Présentation de la collection Noir de suiTe

Patrick ERIS : Le seigneur des mouches. Collection Noire de SuiTe. Editions SKA. Nouvelle numérique. Parution mars 2016. 109 pages. 2,99€.

Repost 0
22 mars 2016 2 22 /03 /mars /2016 10:56

Méfiez-vous des contrefaçons !

Jan THIRION : Sex toy.

Derrière un roman policier, ou tout autre genre de la littérature dite populaire, se cache un écrivain qui regarde le monde tel qu’il est et l’intègre dans ses intrigues sans vraiment le déformer, juste en apportant sa sensibilité et ses phantasmes. Comme le fabuliste animalier mettait en scène ses contemporains, dénonçant leurs travers avec humour, et clôturait sa démonstration par une morale élégante, Jan Thirion avec Sextoy made in China, titre évocateur qui devrait se passer de commentaires, nous propose de nous plonger dans un épisode qui bizarrement colle à l’actualité.

Alors que Hu Jintao, le président de la République Populaire de Chine, est en visite officielle en France, les rues et les places de la capitale ont été décorées en son honneur. Ce n’est pas toujours de très bon goût, mais les Parisiens, et les Français en général, sont volontiers farceurs et frondeurs. Fayrouz Jasmin, journaliste d’investigation à Trustinfo, site d’informations sur le web, est réveillée brutalement, au sortir d’une nuit amoureuse, par son patron qui lui demande d’aller illico presto rue de la Butte aux Cailles, un attentat supposé venant de se produire. Les autres médias n’en ont pas encore parlé, et Lucas, son patron, est tout guilleret à l’idée de les griller.

Enfourchant son vieux scooter, Fayrouz se rend sur place et retrouve le commissaire Naseau, lequel manque parfois de nez, car il n’a pas flairé des indices laissés sur place par une des victimes. L’une d’elles n’est autre que Marie, la fille adoptive pour les uns, naturelle pour les autres, du ministre Ledamier, et qui joue aux dames. Marie était en compagnie d’une partenaire et l’objet du délit est un olibos en matière synthétique, fluo et vibrant. Fayrous se renseigne auprès d’un commerçant qui lui remet des clés qu’aurait perdues la jeune fille, clés qui justement mettent en marche une petite moto et permettent de découvrir à l’intérieur de la malle arrière un prospectus émanant d’une boutique vendant des articles de compensation à la libido des femmes en manque de satisfaction charnelle. Ni une, ni deux, Fayrous emprunte l’engin à deux roues et afin de ne pas éveiller la suspicion du marchand de succédanés sexuels achète un article du même acabit. Mais elle se fait enlever par quatre trublions masqués qui s’interpellent à l’aide de noms d’animaux.

Les rues que doit emprunter le cortège présidentiel sont très animées, surveillées par moult policiers, et l’ambiance se révèle plutôt électrique. C’est dans ce gentil foutoir qu’évoluent la belle Fayrouz et quelques protagonistes aux agissements pour le moins surprenant. Notamment le brave commissaire Naseau, qui semblait bien esquinté physiquement lorsque Fazyrouz l’a abordé rue de la Butte aux Cailles, ou encore Coralie, une autre journaliste de Trustinfo qui ne manque pas de battant, un inspecteur de l’IGS, une vieille dame qui joue à la Guerre des Etoiles avec les dildos que vend son fils, et les fameux agresseurs qui fomentent quelque chose de pas très net.

 

Jan Thirion nous entraîne dans une intrigue complètement débridée, et qui aurait pu se dérouler lors du séjour de Hu Jintao. Mais ça vous ne le saurez jamais. La réaction de quelques parisiens adeptes du lancer d’objets manufacturés en Asie, elle, ne s’est pas produite, mais je suis persuadé que bon nombre de personnes y ont pensé sans mettre leur idée en pratique.

Première édition : Sextoy made in China.Collection Forcément Noir, éditions Krakoen. Parution septembre 2010.

Première édition : Sextoy made in China.Collection Forcément Noir, éditions Krakoen. Parution septembre 2010.

Jan THIRION : Sextoy. Réédition Collection Noire Sœur. Editions SKA. 2,99€.

Repost 0
20 mars 2016 7 20 /03 /mars /2016 08:45

Faites l'amour et pas la guerre ou l'art de s'envoyer en l'air !

Jan THIRION : La grande déculottée.

Cela commence à bien faire. Ils étaient partis pour trois semaines, maximum, et les mois s'éternisent.

Les hommes du front en ont marre et ils se prennent la tête. A l'arrière, les autres, les civils, eux aussi en ont marre. Ah, si c'étaient eux qui étaient là-bas, du côté de Souain, dans les tranchées, sûr que ce serait tranché depuis longtemps.

Marcaillou, vingt-six ans et quatre mois. Dans la fleur de l'âge comme ses compagnons d'infortune. Ceux qui restent, les valides. Mais une rumeur enfle, un espoir fleurit, il paraitrait qu'elle s'approche. Elle était là-bas, il n'y a pas si longtemps, et puis là pas plus tard que... Mais si, là voilà, trois véhicules verts s'arrêtent, des hommes en descendent, au garde-à-vous, cela prêterait à rire.

Les pioupious n'ont même pas eu le temps de se décrotter les vêtements et les godillots. Ils ne sont pas présentables et pourtant ils sont tous là, à présenter armes à la capitaine Pubis. Mon Dieu, qu'elle est belle, pensent-ils tous, certains avec d'autres mots mais tous avec admiration.

Elle passe en revue les hommes alignés devant elle dans la tranchée bombardée. Parfois des éclaboussures de terre voltigent, mais ce n'est rien. Tous sont obnubilés par sa beauté, et son courage. Elle doit remplir une mission, choisir un adjoint.

Marcaillou, contre toute attente, et à sa grande surprise, est désigné comme celui qui va remplir l'office auprès de la capitaine Pubis. Quoi, il ne sait pas, entre les rumeurs et le réel, c'est plus qu'une tranchée, c'est un gouffre. Alors il suit ceux qui accompagnaient la capitaine vers une destination inconnue, traversant le camp où tous les pioupious sont en train de ranger, nettoyer, démonter, armes et véhicules.

Dans une guitoune un bac d'eau l'attend. Il doit procéder à des ablutions qui ne sont pas du luxe. Puis il est invité à se rendre sous une autre tente, celle de la Capitaine pubis, où l'attend un repas fin (pour l'époque, car roboratif et chaud) et le lit de la capitaine.

Mais quel est le dessein de la Capitaine Pubis en choisissant un jeune mâle fougueux et en manque ?

Il est temps maintenant de s'intéresser au parcours de Célestine Pubis, parcours amoureux entamé par des plaisirs solitaires non dénués de conséquences. Car ses transports amoureux, seule ou en compagnie, se traduisent toujours par des manifestations étranges et sismiques. Et la locution coup de foudre prend ici toute sa signification sous la plume de Jan Thirion. Alors pourquoi ne pas utiliser ses dons orgasmiques pour la Patrie ?

 

Jamais trivial, tout est en pudeur et en retenue (si l'on peut dire !), La grande déculottée est un conte grivois, moral, tournant la guerre en dérision, ce qui n'est pas dérisoire, usant d'un humour caustique, d'une ironie mordante, prônant une guerre en dentelle, avec parfois des accents oniriques.

Ce qui pourrait être une bluette est en réalité un réquisitoire contre la guerre et toutes les vicissitudes qu'elle engendre. Ode à l'amour, charnel, et surtout à l'encontre des soldats qui ont l'honneur de se trouver au premier rang des combats, sans compensation, alors qu'à l'arrière les militaires en chausson se prélassent dans les divans des belles respectueuses.

Jan Thirion nous propose une utopie qui malheureusement ne jamais se réalisera. On ne pourra que le regretter. Ce serait trop beau si un jour cela pouvait se réaliser. Et s'il revisite la Grande Guerre, Verdun, Amiens et autres endroits où le courage des soldats était à la hauteur de l'incompétence de leurs chefs, c'est bien pour leur rendre hommage, mais également au rôle parfois méconnu de certaines femmes qui savaient remonter dans l'ombre le moral des troupes.

 

Vous pouvez faire votre marché, sur le site des éditions SKA. La visite est gratuite, pas comme au Salon du Livre de Paris.

 

Jan THIRION : La grande déculottée. Novella numérique. Collection Culissime. Edition Ska. Parution mars 2016. 227 pages. 3,99€.

Repost 0
15 mars 2016 2 15 /03 /mars /2016 10:41

Orages, oh des espoirs !

Michel PAGEL : Orages en terre de France.

Et si la révolution de 1789 avait avorté, les guides de la France étant tenues par l’église et les représentants de la religion Catholique ?

Et si la Guerre de Cent ans n’avait jamais cesser d’exister, l’antagonisme franco-britannique perdurant depuis l’an mil ?

Extrapolant sur ces deux hypothèses, Michel Pagel narre quatre pages d’histoire, imaginant notre pays, de l’an de grâce 1991 à l’an de grâce 1995, sous la domination d’évêques, d’archevêques prenant leurs ordres et leurs consignes auprès du Vatican.

Le Roi de France, régnant dans un régime constitutionnel, fait figure de pantin. Les provinces, toujours divisées en comtés, passent successivement de la domination anglaise à l’occupation française, et vice-versa, ce qui engendre moult conflits permanents entre parents et enfants. Selon leur lieu de naissance, sol annexé par l’un ou l’autre de ces deux pays, ils vivent, réagissent en opprimés, en révoltés ou, au contraire, se conduisent en loyalistes.

Les séquelles de l’Inquisition exercent leur oppression sur la population, constituant dans certains domaines scientifiques un frein puissant. L’obscurantisme est lié à de nombreux préceptes et l’application à la lettre des commandements de Dieu, et leur déviance inéluctable, empêchent le développement des moyens de communication. “ Tu ne voleras point ” prends une signification absurde jusqu’au jour où la science est reconnue comme un progrès vital pour les belligérants.

Dans d’autres domaines, au contraire, la technologie est performante et toujours profitable aux stratégies militaires.

 

Dans ce recueil de quatre nouvelles uchroniques se déroulant dans le Comté de Toulouse, le Comté du Bas-Poitou, l’Île de France et le Comté d’Anjou, le fil conducteur est issu d’une rivalité toujours latente, d’une rancune tenace : Jeanne d’Arc et Napoléon servent de référence encore aujourd’hui dans nos récriminations quotidiennes et épidermiques.

Ce roman est la réédition d’un ouvrage paru en 1991 dans la défunte collection Anticipation du Fleuve Noir sous le numéro 1851, version revue et corrigée en 1998 dans la collection SF métal.

Ce qui à l’époque pouvait passer pour d’aimables fabliaux prend aujourd’hui une consistance nouvelle, alors que l’on nous parle de plus en plus d’intégration, de droit du sang et droit du sol, de sans-papiers, d’identité nationale et tout le tintouin.

Michel Pagel qui alterne romans humoristiques et récits plus sérieux, plus graves dans la teneur et le propos, possède plusieurs cordes à son arc. Il construit petit à petit une œuvre solide, et s’inscrit, non seulement comme une valeur sûre de la jeune S.F. française (à l'époque de la première édition de ce roman) mais comme un romancier tout court.

Première édition Collection Anticipation N°1851. Parution décembre 1991.

Première édition Collection Anticipation N°1851. Parution décembre 1991.

Réédition Collection S.F. métal, N°48. Fleuve Noir. Parution mars 1998.

Réédition Collection S.F. métal, N°48. Fleuve Noir. Parution mars 1998.

Michel PAGEL : Orages en terre de France. Réédition version numérique. Editions Les moutons électriques. Parution le 5 septembre 2014. 6,99€.

Repost 0
12 mars 2016 6 12 /03 /mars /2016 14:06

Et les apparences ne sont pas des appas rances...

Roland SADAUNE : Apparences.

Résider dans une tour de dix-huit étages, n'est pas rédhibitoire. A condition d'être jeune, alerte et d'habiter au premier.

Mais pour l'homme qui se déplace avec difficulté, cela devient plus problématique. Un bruit obsédant l'agace, comme un bruit de crécelle, il sait d'où cela provient, mais il y remédiera plus tard. Peut-être.

Pour l'heure, il vaque à ses petites affaires, sacrifiant à sa passion. La vaisselle une fois de plus est reportée au lendemain, il doit s'atteler à autre chose.

Une revue dont il a marqué la page, une photo de jeune femme, belle comme toutes les jeunes femmes qui figurent sur ce genre de magazine. Bien mieux que Sandra, mais Sandra c'était sa femme, morte dans un accident dont il a réchappé. Il ne s'en remet pas.

Alors il découpe les photos des magazines, photos glacées comme les femmes qui sont dessus, malgré leur galbe et leur sourire.

Alors il les découpe, pas les femmes mais les photos, puis les attache avec un morceau de scotch sur le mur près de son lit. Une véritable collection de portraits. Une exposition de mannequins, des top-modèles... Puis il prend un feutre...

 

Pendant ce temps, un dingue, selon la terminologie de Delmes, le rédacteur en chef du magazine Réalité, se paie le luxe de trucider des jeunes femmes, cinq déjà, des répliques, des sosies des modèles d'une maison de couture. Toutes égorgées dans un périmètre d'un kilomètre autour de la Porte de Clichy. La sixième vient d'être découverte. Delmes est venu sur place, prendre une bouffée d'atmosphère, en compagnie de Lou Rascal, sa jeune collaboratrice photographe. Et Lou se pose des questions. Après tout elle est journaliste, et un journaliste se doit d'être curieux.

 

Une nouvelle intimiste qui permet à Roland Sadaune de mettre en scène la solitude d'un veuf qui n'a plus que ses souvenirs pour vivre, et les illusions cinématographiques pour combler une absence. Celle d'une femme, celle de Sandra.

Un texte tout en pudeur, parfois en non-dits, qui joue sur les contrastes, et laisse le lecteur évasif, s'imaginant les quelques scènes tournées comme un court-métrage.

Mais tout est en trompe-l'œil, c'est la force du peintre qu'est Roland Sadaune de pouvoir jouer ainsi avec ses personnages, jouer sur les situations, sur les apparences. Des détails s'échappent, mis en valeur dans un flou ambiant, des touches de couleurs, du rouge, du noir et surtout du blond.

Roland SADAUNE : Apparences. Nouvelle numérique. Collection Noirceur Sœur. Editions SKA. 1,49€.

Repost 0
25 février 2016 4 25 /02 /février /2016 13:58

Un flic, même inspecteur de police, est un homme comme un autre.

Gérard DELTEIL : Pièces détachées.

Patrick Ramon le sait bien, lui qui travaille au 36 Quai des Orfèvres sous les ordres de Josiane, une commissaire qui fait tout pour cacher sa féminité.

Patrick ne ressemble en rien aux acteurs de cinéma, aux héros des séries télévisées américaines ou aux flics stéréotypés de la littérature policière. Ses horaires sont élastique, ce qui entraîne souvent de la part de sa compagne Evelyne des remarques désobligeantes et des accès de mauvaise humeur, fragilisant la vie de couple. Le travail d'enquêteur n'est pas une sinécure et parfois il faut être au four et au moulin.

Un jeune Beur est retrouvé égorgé dans la cage d'escalier d'une HLM de Garges-Lès-Gonesse. La vue d'un tel tableau, même lorsqu'on est aguerri, n'est guère propice à faire passer le petit déjeuner dans de bonnes conditions. Et les à-côté ne sont pas plus enthousiasmants. Recueillir les dépositions auprès de locataires hostiles à la police s'avère souvent assez éprouvant.

La découverte d'un second cadavre Porte d'Auteuil, si elle n'est pas réjouissante, sert au moins de dérivatif. Enquêter chez les bourgeois possède quelques avantages. Au moins on risque moins les bavures et les personnes interrogées marquent plus de respect envers les forces de l'ordre, même si ce respect est simulé.

Patrick partage son temps entre ces deux affaires. Le jeune Beur pourrait être impliqué dans une histoire de drogue, d'ailleurs la présence de deux Colombiens incite à une telle hypothèse.

Le cas de Pellegrin lui est plus délicat car le meurtrier a voulu faire croire à un suicide? Mais se suicide-t-on d'une balle dans la nuque, à moins de posséder la morphologie des gymnastes désarticulés. Derrière Pellegrin, un chirurgien propriétaire d'une clinique privée, mandarin médiatique, se profilent quelques magouilles financières. Jusqu'au jour où Patrick Ramon se rend compte que les deux affaires convergent.

 

Le Prix du Quai des Orfèvres 1993 est ce qu'on pourrait appeler une excellente cuvée. On s'étonnerait à moins sachant qu'en cette année 1992, Gérard Delteil possédait déjà à son actif une quarantaine de titres, dont certains avaient été récompensés par des prix. Le Prix Polar de la ville de Reims 1986 pour Votre argent m'intéresse, le Grand Prix de Littérature Policière 1986 pour N'oubliez pas l'artiste, le Prix Moncey 1988 pour Histoire d'os.

Gérard Delteil n'était onc pas un inconnu et il n'a pas eu à forcer son talent pour voir son manuscrit honoré pour être publié. Certains pisse-froids avanceront (et ce fut fait pas Didier Daeninckx) qu'il n'était pas logique qu'un auteur reconnu se prête à ce petit jeu. Pour ma part je donne raison à Gérard Delteil, que j'estime, d'abord parce que le règlement du concours stipule que ce prix est destiné à couronner chaque année le meilleur manuscrit d'un roman policier inédit, et non pas que son auteur soit un parfait inconnu. Ensuite parce que d'autres auteurs ont été également récompensés par ce prix : Pierre Magnan qui publiait depuis 1945 et a obtenu le Prix du Quai des Orfèvres 1978 avec Le sang des Atrides, Maurice Périsset, qui avait débuté en 1950 et s'est vu récompensé en 1983 pour Périls en la demeure.

Curiosité :

L'un des personnages de second plan (faut pas trop en demander non plus) est mon homonyme patronymique.

Gérard DELTEIL : Pièces détachées. Prix du Quai des Orfèvres 1993. Editions Fayard. Parution 2 décembre 1992. 216 pages. 8,90€. Format numérique 6,99€.

Repost 0
24 février 2016 3 24 /02 /février /2016 14:52

Il fallait goûter celles à la mode de Caen !

Gaëtan BRIXTEL : Bad Trip.

Quatorze ans, c'est jeune, mais pour un chien, disons que c'est dans la moyenne.

Totor est mort ! Ce cri lancé par Hélène, la mère, refroidit la tablée. Moins que le clébard peut l'être à ce moment, mais quand même.

Alors, même s'il ne faut pas en parler à table, ce n'est ni l'heure, ni le moment, tout le monde en parle quand même. Bon chien Totor, qui s'était échappé. A quatorze ans, avoir des envies de fugue... Mais ce n'était pas la première fois.

Des battues avaient été effectuées, dans les petits chemins, à pied et en voiture, mais pas à cheval.

Et puis Totor a été retrouvé, aplati sur le bitume, les boyaux à l'air. Indécent. Mais qu'est-ce qui lui avait pris à Totor ? L'envie d'aller mourir loin de chez lui, de la maison de ses maîtres quoiqu'il ne fut pas esclave ? Des suppositions échangées, surtout par la mère.

Mais ce que n'avoue pas le narrateur, c'est que c'est de sa faute à lui que Totor n'est plus qu'une galette au goût de caoutchouc et de bitume. Et qui pourrait faire le joint entre la mort de Totor et lui Emeric et sa sortie vespérale et canine en compagnie de son ami Antonin ?

 

En réalité tout ne s'est pas déroulé exactement comme Emeric veut le faire croire. Et tout ça parce qu'Antonin et lui se sont amusés à jouer les herboristes en herbe et les myciculteurs débutants.

Une histoire au quotidien, dont on aimerait qu'elle ne se reproduise pas trop souvent, narrée par un jeune auteur qui a du chien et du mordant.

 

Gaëtan BRIXTEL : Bad Trip. Collection Noire Sœur. Editions SKA. Nouvelle numérique. 1,49€.

Repost 0

Présentation

  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
  • Contact

Recherche

Sites et bons coins remarquables