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1 août 2016 1 01 /08 /août /2016 08:45

Mais l'aurore d'un nouvel ami ?

François RAHIER : Le crépuscule du compagnon.

Au fin fond de la Galaxie, existe un monde étrange nommé Elettreterre.

Une cité quelque peu médiévale dont le rythme est régi par un soleil au nom d'Aloysius et son satellite Compagnon.

Pendant une certaine durée dans l'année s'installe le crépuscule, sorte d'éclipse qui dure des semaines et pendant lesquelles la liesse populaire s'exprime de façon anarchique.

Un peu comme dans les kermesses de la bière ou le Carnaval de Venise. Tout est permis, même les complots qui agitent la classe dirigeante.

Un jour s'échoue sur la plage d'Elettreterre un étrange naufragé. Il ressemble étonnamment à l'un des meneurs d'une insurrection déroulée quelques vingt-cinq ans auparavant et nommé Sandro Wasani. Il s'appelle Roj Sanders.

Fait prisonnier l'homme est emmené dans les fermes marines d'Anta'ar dirigées par un despote : Damasio.

Il participe à une rébellion et est sauvé par de curieux personnages. Complots, magouilles, dissidences, trahisons se succèdent et personne ne fait plus confiance à quiconque.

Certains redoutent la prise de pouvoir par des morts animés d'une seconde vie. Des morts venus d'ailleurs.

 

Le crépuscule du compagnon est un roman un peu touffu, confus, aux personnages complexes, ambigus, et dont la trame est elle-même complexe et ambigüe. Comme si l'auteur avait été brimé et bridé par la pagination imposée et donc qu'il n'ait pu développer entièrement son propos. Pourtant son style est travaillé et agréable, laissant augurer un avenir prometteur.

François Rahier faisait partie de la nouvelle génération d'auteurs qui firent leur entrée à cette époque dans la collection Anticipation, apportant un souffle de jeunesse et de renouvellement parallèlement aux romanciers déjà bien installés. Cette nouvelle génération avait pour noms : Max Anthony, Laurent Généfort, Bertrand Passegué, Samuel Dharma, Michel Pagel, Roland C. Wagner. Certains ont su tirer leur épingle du jeu, trouvant de nouveaux éditeurs, lorsque le Fleuve Noir abandonna lâchement cette collection mythique, remplacée par une nouvelle collection qui n'obtint pas l'adhésion des lecteurs.

 

François Rahier a également écrit :

L'ouragan des enfants-dieux. Collection Anticipation N°1853. Edtions Fleuve Noir.

Le canevas des dieux. Collection Blanche N°2036. Edition Rivière Blanche.

François RAHIER : Le crépuscule du compagnon. Illustration de couverture Florence Magnin. Collection Anticipation n°1660. Editions Fleuve Noir. Parution décembre 1998. 192 pages.

Disponible en version numérique. 4,49€.

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1 juillet 2016 5 01 /07 /juillet /2016 08:32

Bon anniversaire à Patrick Raynal né le 1er juillet 1946.

Patrick RAYNAL : En cherchant Sam.

Ils étaient trois. Ils s’étaient juré que lorsque l’un d’eux viendrait à disparaître, les autres jetteraient ses cendres à Quauhnahuac, au Mexique, au dessous du volcan immortalisé par Malcolm Lowry.

Michel a dit au revoir à la société en se tirant un coup de carabine dans la bouche. Le meilleur moyen pour ne plus parler et éviter de dire des bêtises. Manu, fidèle à la promesse échangée une trentaine d’années auparavant, vend sa librairie parisienne et part pour New-York, à la recherche de Sam, le troisième larron, avec pour bagages l’urne funéraire contenant les restes de Michel. Sauf que Sam, il a déménagé, il est parti pour le Sud, itinérant, traînant derrière lui une cohorte de personnages troubles.

Sam s’est fait une réputation de bluesman blanc, jouant presque aussi bien que les Noirs, comme Milton Mezz Mezzrow à son époque concurrençait les jazmen. De New-York à Missoula en passant par Clarksdale, Bâton-Rouge, la Nouvelle-Orléans et Houston, Manu effectue un véritable parcours du combattant, le chemin de croix des musiciens, empruntant la 61, route célèbre du Sud, sur laquelle fleurit comme au printemps les comédons, les patelins hantés par Muddy Waters, Robert Johnson, Charley Patton, Robert Nighthawk...

Et Sam est toujours devant... jusqu’à ce qu’enfin la jonction se produise. Manu était parti avec une âme d’enfant, effeuillant des souvenirs qui peu à peu se flétrissent. Trente ans ont passé et les hommes ont changé. Enfin, pas tous, car les milices veillent, héritiers du nazisme et du Sud profond dont l’aversion pour l’étranger, principalement de couleur, est entretenue par la jouissance de posséder une arme et de décider de la vie ou de la mort.

 

Cette itinérance livresque débute comme une ode à l’amitié et emprunte des chemins tortueux non répertoriés dans le guide du routard.

Le blues et la littérature américaine servent de fil conducteur jusqu’au moment où se profile enfin la silhouette de Sam, et là, changement de ton et de décor. Le coup de blues s’abat et l’on ressort de l’histoire un peu groggy.

Après, on n’a plus tellement envie de lire autre chose. Du moins pour un moment, le temps de digérer, d’assimiler, de rêver avec dans la tête cette musique lancinante issue des champs de coton. Et on a envie de relire des passages, de s’imprégner à nouveau d’une atmosphère dont on a du mal à se dépouiller.

A savourer ces petites phrases qui se dégustent comme un bonbon anglais : Passer la nuit avec une femme sans la toucher est la seule expérience qui puisse donner une véritable idée du désir; sans doute parce qu’il n’en reste que l’idée ou encore Ce qu’il y a de chouette avec la vérité c’est qu’elle ressemble tellement au mensonge qu’on se demande pourquoi on prend le risque de la dire.

Et Raynal qui connaît bien le parcours qu’il décrit, se permet quelques clins d'œil. Au hasard du roman le lecteur pourra reconnaître certains personnages tel que Harry Crews.

Raynal s’interroge aussi sur les tendances négationnistes d’auteurs français. Comme ça, sans l’air d’y toucher. Une phrase dans la conversation entre deux personnages, la page est tournée et la polémique est évitée. L'un des meilleurs romans de Patrick Raynal que j’ai lu.

 

Réédition Collection Points Roman. Parution octobre 1999. 288 pages.

Réédition Collection Points Roman. Parution octobre 1999. 288 pages.

Existe en version numérique : 7,99€.

Existe en version numérique : 7,99€.

Patrick RAYNAL : En cherchant Sam. Collection Gulliver. Flammarion. Parution juin 1998. 276 pages.

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27 juin 2016 1 27 /06 /juin /2016 09:51

La clonerie est humaine...

Gilles BERGAL : Dérive.

Eden, gigantesque île spatiale sur laquelle s'est réfugiée l'humanité, ou ce qu'il en reste, soit une dizaine de millions de personnes, vit des heures troubles.

Un vent de rébellion est en train de souffler qui peut dégénérer en tempête. A l'origine de ces perturbations, une loi inique dont peu à peu ceux qui en subissent les effets, les conséquences, veulent l'abolition.

Il faut dire que la population d'Eden se compose par moitié d'originaux et par moitié de clones. Or selon cette loi, les clones ne peuvent survivre à leurs originaux. S'ils obtiennent un sursis, leur avenir reste malgré tout sombre. Rares sont ceux qui devenus orphelins ont une vie normale. Pourtant, sans leurs clones, que seraient les originaux ? Pour marquer la différence entre originaux et clones, car derniers possèdent des mains noires, ce qui les font repérer immédiatement car seul ce signe diffamant permet de les différencier.

RayD, le clone de Ray Ghurdal, célèbre parolier et écrivain, est obligé de s'enfuir, son original venant d'être assassiné. Sa surie consiste en la fuite. Mais pourtant il ne veut rester passif et prend la tête du mouvement des affranchis, ceux qui refusent cet esclavage moderne. Manuel Rissi, Grand maître et fondateur d'une secte intolérante et fanatique, les Pénitents, n'a qu'un but : poursuivre et exterminer les clones, empêcher leur prolifération.

 

Gilles Bergal, alias de Gilbert Gallerne, et qui signait ces deux romans proposés aujourd'hui en un seul volume sous le pseudonyme de Milan, nous livre une réflexion sur la société actuelle, plus particulièrement exacerbée en cette période électorale, c'est à dire en 1988 lors de la sortie de ces deux titres.

La science-fiction n'est qu'un prétexte et le thème des clones et de leur rejet d'une société lorsqu'ils ne sont plus utiles à cette société, n'est en fait que la transposition d'un problème récurent et toujours à la pointe de l'actualité : le racisme. D'ailleurs les clones sont porteurs de mains noires, image assez explicite en elle-même.

De même, l'histoire débute comme un roman policier noir conventionnel et n'est pas sans rappeler certains ouvrages dénonçant les agissements de sectes fanatiques comme celles qui composent le Ku-Klux-Klan américain et dont les résurgences sporadiques secouent le Sud des Etats-Unis.

A l'époque où je rédigeais cette chronique, j'écrivais que Milan n'était pour moi que le pseudonyme d'un écrivain dont ce n'était pas la première production. Car si tout y est agencé, tout ce qui apparemment est sans lien, se retrouve complémentaire, tout y est habilement porté à un paroxysme au fil des chapitres, il ne s'agit pas d'un premier roman.

Au fait, pourquoi appelle-t-on ceux qui écrivent à la place des romanciers bien en place, des Nègres ? Bonne question n'est-ce pas ? Et qui complète l'analogie et la parabole de Milan, Gilles Bergal, puisque justement Ghurdal est parolier et romancier mais c'est son clone qui tient la plume.

 

Le Clone triste. Anticipation N°1616. Mars 1988.

Le Clone triste. Anticipation N°1616. Mars 1988.

Le rire du Klone. Anticipation N°1618. Avril 1988.

Le rire du Klone. Anticipation N°1618. Avril 1988.

Gilles BERGAL : Dérive. Comprend Le Clone triste et Le rire du Klone. Collection Objectif Noir. Version numérique Kindle. 4,99€.

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21 juin 2016 2 21 /06 /juin /2016 09:27

Je crois bien que rien n'y ferait...

Frédérique TRIGODET : Même si tu revenais.

Deux crimes en une semaine, dans deux villages situés à l'opposé du département, mais dans des conditions similaires. Deux femmes retrouvées dans leur baignoire, électrocutées.

Le capitaine Pistoléas est dubitatif en contemplant sa petite brigade composée de François Perrin, du lieutenant Misogin et de Laurence la stagiaire qui reste accrochée à son bureau se considérant comme une profileuse.

Le commissaire Vellin lui a remonté les bretelles le sommant de conduire son enquête le plus rapidement possible, imposant à son équipe un stage de formation, plaçant sa nièce comme stagiaire, et débrouillez-vous les gars, y a du pain sur la planche, et un tueur en série en liberté.

Alors tout ce petit monde récapitule, émet des hypothèses, enfin ceux qui pensent, se tortillonnent les neurones, mais cela ne va pas bien loin. Deux femmes, entre deux âges, habillées de paillettes et de strass, qui se prénomment toutes les deux... Rien de bien important à se mettre sous les dents, les yeux et les mains. Ah si, elles portaient des traces de violence.

 

Lui se sent investi d'une mission, perpétrer le souvenir du Chanteur. Il y ressemble fortement, il en possède même la voix, d'après une charmante dame qui est venue l'écouter à une fête de la bière. Tout serait parfait s'il n'avait pas un problème. De taille. Ses danseuses qui n'égalent pas celles de son Idole.

 

Rien que le titre de cette nouvelle vous aura mis sur la voie et la voix. Mais la chute, là chut... est intéressante, et montre un personnage plus vrai que nature dans son idolâtrie, son besoin de s'identifier à quelqu'un dont la notoriété défie les années.

Une nouvelle humoristique dont les protagonistes principaux, le capitaine Pistoléas et les membres de sa petite équipe, semblent complètement à la ramasse, étant obligés à se réunir pour échanger leurs opinions et à se servir d'une calculette pour additionner deux plus deux et se rendre compte que cela fait quatre.

Et ils me font penser aux bras cassés du cinéma, dans les films je précise car dans la vie courante ils n'étaient pas aussi niais, à Bernard Blier, Jean Lefèvre, Jean Carmet, Mireille Darc... Si vous avez d'autres suggestions, n'hésitez pas, vous connaissez mon adresse...

Ce pourrait n'être qu'une parodie de comédie policière, mais le personnage du Chanteur-bis nous plonge dans les affres de ceux qui se veulent à l'égal, s'identifient, mais ne sont que de tristes clowns blancs pitoyables.

Frédérique Trigodet, une nouvelliste à suivre... en tout bien tout honneur !

 

Pour commander ou consulter le catalogue de SKA éditeur :

Frédérique TRIGODET : Même si tu revenais. Nouvelle numérique. Collection Noire sœur. Editions SKA. 1,49€.

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15 juin 2016 3 15 /06 /juin /2016 13:55

Le chômage, ce n'est pas de tout repos...

Mathilde BENSA : Aux enfants du Nord.

Franchement, le père de Maël et de Matéo pourrait quand même s'occuper de ses gamins. Il a tout son temps puisqu'il est au chômage.

Nelly, la sexagénaire qui pour faire plaisir à Manuela leur mère accepte de les garder commence à devenir vieille. Elle le ressent, la retraite est proche. Le poids des ans lui pèse, et les gamins braillards, Matéo la veille a eu la veille une crise de dent, elle ne peut plus les supporter. D'accord, il n'y peut rien Matéo, à six mois on ne maîtrise pas la douleur. Et Maël est trop turbulent pour que Nelly en supporte les conséquences.

Nelly aimerait remplir sa grille de Sudoku dans la sérénité, son moment de détente du samedi après-midi, mais son esprit est tourneboulé. Le matin, en passant l'aspirateur elle a retrouvé le doudou, un vieux chiffon, une loque, un rebut, de Maël. Elle ira le porter le soir, car elle a le cœur sur la main Nelly.

Oui, quand même, pourquoi Marc ne s'occupe-t-il pas de ses gamins ? Il prélasse au lit tandis que sa femme Manuela part au travail et s'octroie de temps à autre un peu de détente en allant à la salle de sport avec une copine. Marc lui n'a plus le goût à quoi que ce soit.

Manuela le lui reprocherait presque, car il ne l'aide même pas la nuit, lorsque Matéo crie à cause des dents qui veulent aller dehors. D'abord il est malade, ce n'est pas du chiqué, il le ressent dans son torse. Marc a rendez-vous chez le cardiologue, avant il avait mal au dos. Ce sont de bonnes excuses quand même. Le seul problème c'est peut-être qu'il a trop cru au syndicat, et à Philippe le délégué, son ami, qui n'a rien fait quand les mots vulgaires de chômage technique ont été prononcés à son encontre.

 

Cette nouvelle s'inscrit dans la thématique Famille je vous haime. Un épisode sociétal et familial qui ne fait pas la grande une des médias, car trop banal. Le chômage, ça fait vivre les statisticiens, les analystes économiques et politiques, mais en réalité ça n'intéresse personne, puisque tout le monde peut contracter ce virus moderne, ce cancer de la société consumériste qui engendre des retombées financières pour les actionnaires, les autres n'ayant qu'à prendre un marteau et un clou pour effectuer des trous dans la ceinture qui de plus en plus est serrée.

Derrière les volets clos, les drames se nouent mais on n'en parle pas, pudeur oblige.

Un très beau texte de Mathilde Bensa qui devrait toucher bien des personnes qui sont dans le cas de Marc et Manuela, mais qui devrait être lu par ceux qui ne s'intéressent qu'aux résultats de la bourse.

Mathilde BENSA : Aux enfants du Nord. Nouvelle Noire numérique. Collection Noire Sœur. Editions SKA. Parution mai 2016. 1,49€.

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19 mai 2016 4 19 /05 /mai /2016 08:22

... a le cœur dans le pantalon...

Jeanne DESAUBRY : Le Roi Richard.

Il aime bien ses filles, Richard, trop bien même. Les petits cadeaux pour elles, les petites gâteries pour lui.

Il a connu leur mère dans un bal, un mariage vite fait, deux gamines à trois ans d'écart, et tout le temps parti pour son travail. Au retour, tout pour ses filles, parfois des claques assaisonnées de gifle pour elle.

Léna, onze ans et demi, Lou-Anne, trois ans de plus. Et puis un jour patatras, la mère qui s'aperçoit que Lou-Anne a du retard. C'est une règle quand on ne prend plus la pilule car paraît-il cela donne de l'acné. Les garçons doivent en ingurgiter plusieurs par jours à ce compte là.

La mère, elle sait ce qu'il se passe lorsqu'elle a le dos tourné. D'ailleurs le Roi Richard, même s'il n'apprécie pas du tout ce surnom dont elle l'a affublé, ne s'en cache pas. En rentrant des courses avec Lou-Anne, la mère se rend compte que son mari a dû jouer comme souvent avec Léna. Il rajuste son pantalon négligemment.

Même si au début la mère n'avait pas aimé les privautés entre père et filles, elle avait dû s'y habituer. Des câlins pour faire passer la pilule amère, des références bibliques ou mythologiques, et une incisive pétée afin qu'elle ne montre plus les dents. Le roi, sa femme et les petites princesses...

Et tout va de mal en pis, ça dégénère, les coups et les douleurs ça ne se discute pas, ça s'encaisse sans rien dire.

 

Nouvelle noire, Le Roi Richard certes l'est, mais ce n'est pas une fiction, du moins telle qu'on voudrait que ce soit. Ces choses là ne se font pas, c'est bien connu. Pourtant la société regorge d'exemples similaires. Le règne patriarcal existe toujours, même si c'est plus caché, plus diffus. Et l'on sait bien que les bleus ne sont pas toujours le résultat d'une rencontre inopinée avec une porte et qu'une grossesse n'est pas le fait d'une liaison passagère avec un bel inconnu amant d'un soir.

Jeanne Desaubry plante le stylo là où ça fait mal, avec concision, pudeur, retenue, sobriété, sans s'emberlificoter dans des détails inutiles, sans misérabilisme. Elle pointe avec justesse cette gangrène que certains ne veulent pas voir, réfutent même, le droit de cuissage familial qui n'est pas l'apanage des petites gens, mais que l'on retrouve dans toutes les couches de la société.

Une nouvelle qui touche au cœur et laisse des bleus à l'âme.

 

Jeanne DESAUBRY : Le Roi Richard. Nouvelle numérique. Collection Noire sœur. Editions SKA. Parution mai 2016. 1,49€.

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12 mai 2016 4 12 /05 /mai /2016 12:56

Hommage à Louis C. Thomas, décédé le 12 mai 2003.

Louis C. THOMAS : Des briques en vrac.

Entre Perrine, comédienne souvent à la recherche d'un cacheton, et Jo, boxeur sur la touche suite à un combat au cours duquel il a failli perdre la vue, c'est le grand amour.

Mais il faut bien faire bouillir la marmite, et il n'est pas dans la mentalité de Jo de vivre aux crochets de Perrine.

Aussi la proposition de Vezzano, ex-condisciple de Jo, qui traficote dans les milieux pugilistiques, cette proposition, pour douteuse qu'elle soit, arrange bien les affaires du boxeur au chômage et en panne de liquidités.

Mais Jo, un peu cupide et pas assez méfiant, va se mordre les doigts de cette association.

A la clé une mallette bourrée de billets de 500 francs tout neufs, une histoire de gnons, et un cadavre.

 

Une histoire typiquement américaine traitée par un grand monsieur Français de la littérature policière, et ce roman paru initialement en 1983 dans la collection Engrenage n'a pas perdu de son charme et de sa force, les années passant.

Bien des années après, Des briques en vrac est le genre de roman que l'on relit avec plaisir, tant Louis C. Thomas sait (savait) raconter des histoires avec maîtrise, d'une manière simple mais efficace.

De plus, le décor et l'endroit y sont pour quelque chose de particulier, ayant travaillé et habité moi-même non loin des lieux dans lesquels se déroulent l'action de ce roman, La Fourche et l'avenue de Clichy, quartier que Louis C. Thomas connaissait fort bien puisqu'il y habitait également.

A noter que dans ce roman un clin d'œil est adressé à Michel Lebrun, romancier et scénariste qui lui aussi résidait tout près.

Des briques en vrac, parmi toute la production de Louis C. Thomas, reste un grand souvenir de lecture avec Les Mauvaises fréquentations, Les écrits restent, Jour des morts et un certain nombre d'autre, car il n'y a pas de déchets dans la production de cet auteur atteint de cécité tout jeune, ce qui ne l'a pas empêché d'être un romancier prolifique et un scénariste pour des séries télévisées comme Les cinq dernières minutes et des films comme Voulez-vous danser avec moi ? de Michel Boisrond.

 

Première parution : Collection Engrenage N°57. Editions Fleuve Noir. Parution 1982. 222 pages.

Première parution : Collection Engrenage N°57. Editions Fleuve Noir. Parution 1982. 222 pages.

Louis C. THOMAS : Des briques en vrac. Collection Hermé Suspense. Editions Hermé. Parution août 1990. 226 pages.

Réédition format EPub parution 23 octobre 2015. 4,49€.

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9 mai 2016 1 09 /05 /mai /2016 12:32

La dernière collaboration entre Pierre Boileau et Thomas Narcejac.

BOILEAU-NARCEJAC : J'ai été un fantôme.

Christine est une jeune fille réservée, timide et sentimentale.

Peut-être est-ce pour cela qu'elle se marie avec Bernard Vauchelle, philatéliste de son état et qui pourrait être plus que largement son père.

Un mariage blanc en quelque sorte puisque le mari s'avère impuissant à accomplir ce que l'on nomme pudiquement le devoir conjugal.

Personnellement, je puis vous assurer que si tous les devoirs à remplir étaient aussi agréables que celui-ci, je ne rechignerais pas devant l'ampleur de la tâche.

Pauvre Christine qui s'étiole et finirait bien par devenir timbrée à force de manipuler les figurines postales.

Dominique, un bellâtre, artiste peintre de profession, n'a guère de mal à chavirer le cœur et le corps de Christine qui connait enfin les joies de l'épanouissement féminin et les douceurs des liaisons extraconjugales.

Hélas Dominique n'y a vu là qu'une aimable passade tandis que Christine, enfin révélée en tant que femme, pensait pouvoir faire durer cette relation accompagnée de joutes amoureuses.

Son amant envolé vers d'autres cieux, elle tente de se suicider, mais alors que son âme allait frapper à l'antichambre du Paradis, le portier lui enjoint de retourner sur Terre, lui signifiant son refus par cette petite phrase :

Plus tard, quand tu seras libre.

Après avoir connu le grand frisson de l'amour puis celui de la mort, là voilà de nouveau vivante, mais sa conception de la vie n'est plus la même qu'auparavant.

Elle se détache progressivement de son mari et effectue un pèlerinage hebdomadaire à Roissy afin de supprimer de son cœur et de son esprit le surgeon Dominique.

De retour de l'un de ces pèlerinages expiatoires, elle découvre sa mère victime d'un assassinat. A nouveau sa vie bascule.

 

J'ai été un fantôme est le dernier roman écrit en collaboration par Pierre Boileau et Thomas Narcejac.

En effet Pierre Boileau est décédé le 16 janvier 1989. Mais il n'a pas effectué une fausse sortie comme l'héroïne de ce roman. Un homme barbu ne lui a pas dit : Plus tard, quand tu seras libre.

Lui était libre et a regagné directement le Paradis des mauvais garçons de la littérature policière.

Avait-il un pressentiment en collaborant à l'écriture de ce roman ? Que ce serait le dernier ? Est-ce un héritage en forme de clin d'œil ?

Non, Pierre Boileau n'est pas tout à fait mort. Dans nos cœurs et nos esprits il vivra toujours en compagnie de son compère Narcejac, qui lui est décédé le 7 juin 1998, et nous prenons toujours autant de plaisir à lire et à relire les œuvres de ce duo infernal.

Première édition collection Sueurs Froides. Editions Denoël. Parution mai 1989. 206 pages.

Première édition collection Sueurs Froides. Editions Denoël. Parution mai 1989. 206 pages.

BOILEAU-NARCEJAC : J'ai été un fantôme.

Réédition collection Folio Policier N°104. Parution le 19 octobre 1999. 192 pages. 6,50€.

Version EPub 6,49€. Disponible 1er mai 2016.

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28 avril 2016 4 28 /04 /avril /2016 11:05

Pancho vit la révolution...

Marc VILLARD : Juarez 1911.

Seigneur... Et le cheval ?

Un vétérinaire, c'est le médecin des animaux, et il se préoccupe d'eux avant tout, d'où cette question primordiale.

Après la question traditionnelle, Qu'est-ce qu'il s'est passé ? après avoir écouté la réponse de Jim, le véto s'intéresse tout naturellement à l'équidé qui vient de se briser l'antérieur droit contre un rondin. Tout ça pour signifier qu'il ne peut rien.

Le père de Jim avait voulu débourrer une jeune pouliche mais il avait pris un coup de sabot en plein front. Fin de vie pour le père, et pour l'animal aussi car l'homme de l'art ne peut rien faire.

Un an plus tard.

Jim Parker a quitté la ferme familiale près de Durango, et on le retrouve installé à une table de poker de Cameron, à quelques kilomètres d'Albuquerque. Il détonne parmi les autres joueurs avec ses habits boueux de paysan. Seul son colt, bien en vue et prêt à servir, lui donne un air d'autorité et de mâle assurance.

Il se fait plumer, mais comment prouver qu'il est face à des tricheurs. Il ne possède plus un quart de dollar en poche. Alors il accepte la proposition d'un nommé Toni Hernandez, un américano-mexicain, qui veut bien lui prêter de l'argent mais avec une compensation à la clé.

 

En ce 7 mai 1911, les Mexicains sont en bisbille interne. Portofirio Diaz est sur la sellette, contesté par Madero, et le front nord est dirigé par Pancho Villa et Orozco. Ce n'est pas pour se mêler des affaires politiques qui se déroulent de l'autre côté de la frontière que Jim Parker doit se rendre à Juarez, mais pour laver l'honneur de Toni Hernandez.

C'est dans cette ambiance révolutionnaire que Jim Parker arrive à Juarez.

 

Le colonel Francisco Villa après la prise de Ciudad Juárez, photographie du 10 mai 1911.

Le colonel Francisco Villa après la prise de Ciudad Juárez, photographie du 10 mai 1911.

Délaissant le jazz et la musique en général, le temps d'une incursion historique, Marc Villard nous emmène à la frontière américano-mexicaine, du côté de Juarez, cette ville connue de jours sous le nom de Ciudad Juarez, pour son insécurité et ses cartels.

Un western guerrier doublé d'une aventure sentimentale, nouveau décor, nouvelle atmosphère, nouveau genre pour Marc Villard et ceci n'est pas pour déplaire les amoureux du roman d'aventures.

La révolution mexicaine associée aux noms de Pancho Vila, Zapata, Ciudad Juarez, des noms qui résonnent dans nos têtes nous renvoyant à des romans (ou des films) héroïques.

Marc Villard plonge un Américain fauché dans cette atmosphère avec pour compagnon l'œil du photographe qui suit les différents affrontements, John Forsythe. Une nouvelle voie à explorer pour Marc Villard qui, je l'espère, récidivera dans cette veine exotique.

 

Autres ouvrages de Marc Villard chez Ska éditions :

 

Marc VILLARD : Juarez 1911. Nouvelle numérique. Collection Noire sœur. Editions SKA. Parution Mars 2016. 1,49€.

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19 avril 2016 2 19 /04 /avril /2016 14:46

Un court roman mais un grand Bouquin !

Jérémy BOUQUIN : Echouée.

Avant elle s'appelait Suzanne Perdrix, mais depuis quatorze ans qu'elle végète sur une aire d'autoroute, elle est devenue Mona.

Elle a quarante-trois ans et Mona survit en effectuant de petits boulots auprès des routiers. C'est une manuelle, parfois un peu intellectuelle aussi. Elle aide les camionneurs à décharger, tout est fait main. Car elle possède sa dignité même si elle ingurgite bon nombre de bouteilles de whisky achetées à la supérette du parking. Mais ils sont habitués ses clients, et ils ont accepté le marché. Tout à la main, rien qu'à la main. La bouche elle la réserve pour leur raconter des histoires quand ils ont une petite défaillance. Mona est une esthète !

Il lui arrive également lors des coups de bourre (c'est une expression !) d'aider le patron de l'hôtel tout proche, faire les chambres et nettoyer les sols. Au noir bien évidemment. Elle a été acceptée par tous et s'est fait une copine, Myriam, serveuse au bar entre deux cours de droit.

Ce jour-là, alors qu'elle se repose, elle commence à lire le journal et tombe sur un article qui la déboussole. Thierry Paturel, chef de cabinet au ministère de l'Agriculture, vient de décéder. L'enterrement aura lieu le 6 décembre. Mais pour Mona, ce mort n'est qu'un salopard.

Paturel a été victime d'un accident de la circulation, pour Mona, c'est synonyme de délivrance. Le cri du cœur. Je suis libre s'exclame-t-elle. Fini la clandestinité, la fuite. Mais contrairement à la dernière phrase de la nécrologie, Mona assure que Paturel ne reposera pas en paix.

Son véhicule refusant de démarrer, ce qui est compréhensible depuis le temps qu'il fainéantise sur le parking, Mona accepte la proposition de Myriam de la conduire là où elle désire se rendre, près d'Orléans. Les croque-morts sont déjà sur place, et glissent le cercueil dans le fourgon. Pourtant l'enterrement ne doit se produire que le lendemain.

 

La vengeance est un plat qui se mange froid, réfrigéré même.

Ce pourrait une banale et classique histoire de vengeance féminine, comme on a pu en lire beaucoup, en littérature blanche ou noire, peu importe. Mais c'est le traitement de l'histoire qui diffère, même si la moralité est abandonnée en cours de route.

Mais de quelle moralité parle-t-on ? De quel côté se place la probité morale ? Ne cherchez pas la femme, comme il est dit dans les romans policiers, mais l'homme qui se sert de la femme comme d'une marchandise, puis la jette tel un mouchoir papier usagé. La dignité n'est pas forcément habillée d'un costume cravate, mais parfois d'une simple jupette et d'un débardeur échancré.

Jérémy BOUQUIN : Echouée. Nouvelle numérique. Collection Noire Sœur. Editions SKA. Parution avril 2016. 2,99€.

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  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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