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14 septembre 2016 3 14 /09 /septembre /2016 09:57

Un roman de politique fiction qui n'est pas tout à fait une fiction mais est résolument politique...

Marek CORBEL : En proie au labyrinthe. Volume 1 La lutte.

13 février 2016.

Arno et Julie attendent l'arrivée des copains puis l'heure de la manifestation organisée par le Collectif. Le rassemblement des mécontents doit partir de la Bastille et rejoindre la place de la République où ils se trouvent.

Arno, d'origine italienne, habitant dans l'Oise, connait le marasme comme la plupart des diplômés. Avec une maîtrise d'histoire en poche, il est réduit à travailler comme chauffeur-livreur pour une boîte de la Plaine Saint-Denis. Ce qui ne l'empêche pas de s'imprégner d'un ouvrage de Curzio Malaparte. Julie est vendeuse de produits de luxe et son salaire, c'est vraiment pas du luxe. Alors vendre des sacs de marque pour vivre chichement dans une cité à Goussainville, il y a de quoi regimber. Dans le petit groupe, il y a aussi Adeeb, l'instigateur du Collectif, ou encore Geneviève, la trésorière qui travaillant à la Mairie de Paris est en colère car l'édile ne veut pas embaucher sa fille, malgré ses nombreux bagages.

Ils se sont connus quelques années auparavant, alors que des tracts étaient distribués à la Gare du Nord pour réclamer l'embauche de cheminots et la réfection des rails de chemin de fer. Les retards ne se comptent plus, ça rouspète, et les patrons des entreprises sont prompts à montrer la porte de sortie pour accumulation de prises de service tardives des pauvres voyageurs qui n'y peuvent rien. Le Collectif a gagné sa bataille pour réhabiliter le Transrégional.

Mais en ce 13 février, la manifestation a un tout autre but. Il s'agit de protester contre la décision gouvernementale de baisser le salaire minimum. Et ça, ça ne passe pas du tout.

 

Pendant ce temps, à Bruxelles, Jan Herrero de La Pena, le président du Cartel, doit prononcer une allocution à la télévision. Mais auparavant deux personnalités politiques françaises demandent à être reçues. Un ancien secrétaire général adjoint de l'Union du rassemblement républicain de droite et un ancien ministre social-démocrate congédié (viré) depuis deux ans. Cet Espagnol qui dirige le Cartel d'une main ferme, veut obliger certains pays européens à opérer des réformes en profondeur afin de résorber leur déficit. Et la France est l'une de ces nations en état de crise. Le président Govin a remplacé le président Akni, mais pour autant rien n'a évolué, ou en pire. Le président actuel ne veut pas se laisser monter sur les pieds par le Cartel, et encore moins se faire commander, de se voir imposer des décisions qui sont contraires à sa politique. Mais en coulisses, les tractations sont âpres, et la NSA, en la personne du Colonel Ted Winsley, tente de contrer l'emprise du Cartel.

 

Quelques semaines auparavant, le capitaine Girod qui avait été affecté aux archives du 36 Quai des Orfèvres après un différent avec son supérieur, Langlois dit L'Angle, se voit muté à la BOPMO, un acronyme rébarbatif. Il est en délicatesse avec son fils Thomas depuis sa séparation d'avec sa femme, ce qui le ronge. Il retrouve avec un certain plaisir et comme Chef Madame Raymonde, qui elle aussi avait purgé une peine de placard. Faut préciser que Langlois était le protégé d'Akni, lorsqu'il était président de la République, mais que depuis l'élection de Govin, les chaises musicales ont fait leur œuvre. Tellement bien que Langlois, après avoir été convaincu de corruption, s'est suicidé. Seul point noir dans cette mutation, celle de son adversaire le commandant Daumal dans le même service. Faut dire que le dernier mot revient tout de même à la commissaire Béhar, alias Madame Raymonde, et les embrouilles entre collègues ne doivent pas dégénérer dans le service.

 

Et en ce 13 février, alors que la révolte gronde, tous les éléments se mettent en place pour l'affrontement.

Un climat délétère entretenu en sous main par Herrero de La Pena et ses deux adjoints, Enzo Van Den Huyghen et Ernst Waldman qui s'étaient résignés à faire élire Govin.

Le Président Govin, malgré ses talents indéniables de rassembleur, n'a pas fait prendre clairement position à sa majorité afin de consolider le traité d'intégration.

Herrero de La Pena s'est également attaché les services de trois grosses pointures de l'économie française : Darbot, dit le maçon, premier groupe de BTP européen, contrôlant une dizaine de journaux régionaux; Ramon, qui pilote un des premiers conglomérats mondiaux d'aérospatiale et qui s'est diversifié dans l'édition et quatre chaines de télévision qu'l dirige d'une main de fer. Sans oublier Viguer qui perpétue la tradition familiale de l'armement sous toutes ses formes et poursuit l'emprise croissante sur la presse dite d'opinion. Darbot se justifie auprès de Herrero de La Pena en lui déclarant :

De toute façon, on a rempli notre part du job. L'extrême-droite, la guerre des sexes, la diversité, l'islam on a usé tous les sujets et titres jusqu'à la corde. Il (Govin) n'a même pas été foutu de faire passer la baisse du salaire minimal, durant les trois années ni d'augmenter certaines exonérations, comme il nous l'avait promis les yeux dans les yeux.

Govin doit rendre des comptes à de La Pena, et se justifie comme il peut.

Vous savez, monsieur Herrero, le pays est à bout. Le conseil national du parti se présente comme houleux. L'extrême-droite prospère... J'ai fait ce que j'ai pu.

Et lorsque je vous aurai présenté ce personnage selon une rapide description physique, vous aurez toutes les clés en mains pour mettre des noms réels sur ces personnages fictifs.

La touche d'humour de Christian Govin ne seyait guère à l'embonpoint du président français. Ce crétin trouvait le moyen de faire de l'esprit. La face guillerette du chef d'état blanchit... Govin, levant ostensiblement son goitre naissant...

 

Politique-fiction uchronique, ce roman a été publié en version numérique en2014 et les événements se déroulent en 2016. Or la version papier parait justement fin 2016, et les événements sont donc devenus obsolètes.

Peut-être eut-il mieux valu placer l'action dans une dizaine d'années plus tard, afin de pouvoir se projeter plus facilement dans le temps.

Mais l'auteur a voulu se placer au plus près des échéances électorales et si certaines décisions n'ont pas été prises, la crise européenne existe et la Loi Travail a remplacé la proposition romanesque de l'abaissement du salaire minimum.

Le propos principal est bien de démontrer les tractations en coulisses des dirigeants européens, nul n'est besoin de remplacer Herrero de la Pena par un patronyme espagnol existant, et des décisions politiques prises en totale contradiction avec les programmes de campagne électorale.

Marek Corbel est diplômé de l'Institut d'Etudes Politiques de Toulouse, et cela se ressent dans le contexte décrit par le roman, dans ses analyses également. Et le lecteur, qui comme moi ne s'intéresse guère justement à la politique politicienne, surtout lorsqu'elle est commentée par les médias, peut se trouver parfois largué. Pour autant, il ne s'agit pas d'indifférence mais de lassitude et il ne faut pas assimiler cette désaffection vis à vis des partis à l'engouement provoqué par certaines thèses et réduire le tout comme cet antifasciste de salon, ne sachant pas de quoi il parlait, enseignant ou profession libérale vraisemblablement, dont l'appréhension de cette province en proie au labyrinthe du délitement économique, se résumait à une approche assez sommaire, finalement : des émissions de téléréalité consacrant le côté débile léger de ces familles nombreuses  au chômage depuis des lustres. L'alcool, la misère, autant d'éléments qui permettaient d'expliquer le vote crypto-nazi, dans ces terres reculées.

 

Un livre intéressant à plus d'un titre, qui nous aide à nous y retrouver dans les arcanes, dans le labyrinthe, voire la jungle des politiques européennes, pour ne pas dire internationales.

Marek CORBEL : En proie au labyrinthe. Volume 1 La lutte. Editions La Liseuse. Parution version papier 20 juin 2016. 252 pages. 17,99€.

Parution en version numérique 5 novembre 2014. 2,99€.

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12 août 2016 5 12 /08 /août /2016 08:33

A défaut d'une épaule féminine compatissante...

Alain PARIS : Sur l'épaule du Grand Dragon.

Après Svastika et Le Seigneur des Runes, voici la suite des aventures d'Arno von Hagen.

Résumé des épisodes précédents :

Parce qu'il a refusé ses faveurs à Asbod, la maîtresse de son père, Arno von Hagen, de jeune seigneur riche et puissant va devenir esclave et toute sa famille est décimée, périssant sous la hache du bourreau à la suite d'un horrible complot.

C'est l'an 800 du Reich et l'Allemagne étend sa puissance, sa domination sur pratiquement toute l'Europe. Mais une Europe qui est redevenue médiévale, superstitieuse, livrée aux mains de sectes secrètes et jalouses les unes des autres.

Parmi ces sectes avides de pouvoir, la Sainte-Vehme, qui ressemble à s'y méprendre à l'Inquisition espagnole.

Existe également le Vril, société composée de savants et d'astrologues, et la Fraternité Runique, confrérie guerrière.

Arno von Hagen est engagé par la Fraternité Runique et grâce à sa valeur guerrière, sa bravoure, son courge, son esprit d'initiative, il monte aussi bien dans l'estime de ses nouveaux maîtres que dans l'échelle sociale.

Mais le désir de venger sa famille le taraude.

Le Vril et les Runes mettent leurs forces en commun pour lutter contre la Sainte-Vehme.

Envoyé en mission, Arno fera la rencontre en cours de route d'une jeune femme, Adallinde, qui appartient au groupe Stern. Est-elle amie ou ennemie ? Quel est ce mystérieux groupe Stern ?

 

Ce roman plein de fureur, de combats, d'actions, d'épisodes mouvementés fait penser aux bons vieux romans de cape et d'épées, avec justement ses combats, ses traquenards, ses sociétés secrètes, ses héroïnes mystérieuses.

Un roman fort, bien enlevé, rapide, et qui ne laisse qu'un regret : attendre quelques semaines ou mois pour connaître la suite des aventures du jeune Arno et de ses compagnons. Un roman, ou plutôt une série au souffle épique, digne des grands feuilletonistes des siècles derniers.

 

Première édition collection Anticipation N°1640. Editions Fleuve Noir. Parution septembre 1988. 192 pages.

Première édition collection Anticipation N°1640. Editions Fleuve Noir. Parution septembre 1988. 192 pages.

Alain PARIS : Sur l'épaule du Grand Dragon. Le Monde de la Terre Creuse 3. Collection Imaginarium. Editions Livre-Book. Version numérique. Parution 6 août 2016. 2,99€.

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5 août 2016 5 05 /08 /août /2016 15:13

Et de la belle aussi ?

Pierre PELOT : Si loin de Caïn.

Si les personnages de Pierre Pelot sont des marginaux, de doux dingues, des colériques, des brutes, des simples d'esprit, des bornés, mais aussi des hommes et des femmes pour qui la droiture, l'intégrité, la force morale sont des vertus parfois portées à leur paroxysme et qui au moindre accroc perdent la boussole, l'environnement, le paysage sont également des composantes essentielles du roman.

Les Vosges, la région et pas seulement le département, les forêts, la campagne, l'hiver, la solitude forment un décor naturel et intrinsèque au récit. Transposés en Bretagne, en Normandie, ou en toute autre région, auraient-ils la même force, la même impression de détresse poignante, je n'en suis pas sûr.

Comme un coin de terre irréel que l'on découvre avec ravissement, avec une peur rétrospective également. Un coin de terre que l'on sait exister mais que l'on découvre par l'écrit.

Comme dans les récits de Steinbeck, et je pense plus particulièrement à Des souris et des hommes, ou d'Erskine Caldwell avec Le petit arpent du bon Dieu, dont les personnages voient leur avenir déraper à cause d'un rien : une odeur, une senteur, une image, une vision, une pensée, que ne pourraient ressentir le citadin englué dans ses propres problèmes.

 

Si Bibi, le bûcheron que l'on montre du doigt en exemple, si Zuco, le fils du meilleur ami de celui-ci et apprenti bûcheron lui-même, se trouvent entraînés dans un engrenage infernal, impitoyable, c'est à cause d'une effraction et d'un vol.

Mais entre cette effraction et ce vol, qu'est-ce qui a conduit Gamine à les perpétrer ? Pourquoi les Samson, qui vivent dans ce qui ressemble plus à un taudis qu'à une ferme, en sont-ils arrivés à ce point de déchéance ?

Ironie féroce de Pelot qui ose nommer l'un de ses personnages le plus veule, le plus brutal, le plus ignoble, le catalyseur de l'horreur : Parfait Samson !

Parfait Samson, qui dès sa sortie de prison, n'a de cesse de reconquérir une autorité qu'il n'a pas perdue sur le clan déboussolé. Parler des hommes du clan, ce n'est rien, dévoiler leurs fantasmes, leurs lubies, leurs peurs, leurs regrets, c'est simplement soulever un coin du voile tenu à chaque extrémité par les éléments féminins du groupe, avec leur résignation, leur mutisme, leurs secrets, leur sexualité exacerbée, non par un manque d'homme mais par manque de communication, un manque d'amour.

Un roman, comme bien d'autres, écrit avec les tripes, avec le cœur de l'écrivain tout autant sinon plus qu'avec le stylo !

Et pour tous ceux qui ne jurent que par les classiques, lisez Pelot, relisez La Terre de Zola, et dites-vous que les sentiments, bons ou mauvais, sont éternels.

 

Première édition Collection Rue Racine. Editions Flammarion. Parution mars 1988. 284 pages.

Première édition Collection Rue Racine. Editions Flammarion. Parution mars 1988. 284 pages.

Existe en format numérique chez Bragelonne. 2,99€.

Existe en format numérique chez Bragelonne. 2,99€.

Pierre PELOT : Si loin de Caïn. Réédition collection Rivages/Noir N°430. Editions Rivages. Parution avril 2002. 320 pages. 8,65€.

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1 août 2016 1 01 /08 /août /2016 08:45

Mais l'aurore d'un nouvel ami ?

François RAHIER : Le crépuscule du compagnon.

Au fin fond de la Galaxie, existe un monde étrange nommé Elettreterre.

Une cité quelque peu médiévale dont le rythme est régi par un soleil au nom d'Aloysius et son satellite Compagnon.

Pendant une certaine durée dans l'année s'installe le crépuscule, sorte d'éclipse qui dure des semaines et pendant lesquelles la liesse populaire s'exprime de façon anarchique.

Un peu comme dans les kermesses de la bière ou le Carnaval de Venise. Tout est permis, même les complots qui agitent la classe dirigeante.

Un jour s'échoue sur la plage d'Elettreterre un étrange naufragé. Il ressemble étonnamment à l'un des meneurs d'une insurrection déroulée quelques vingt-cinq ans auparavant et nommé Sandro Wasani. Il s'appelle Roj Sanders.

Fait prisonnier l'homme est emmené dans les fermes marines d'Anta'ar dirigées par un despote : Damasio.

Il participe à une rébellion et est sauvé par de curieux personnages. Complots, magouilles, dissidences, trahisons se succèdent et personne ne fait plus confiance à quiconque.

Certains redoutent la prise de pouvoir par des morts animés d'une seconde vie. Des morts venus d'ailleurs.

 

Le crépuscule du compagnon est un roman un peu touffu, confus, aux personnages complexes, ambigus, et dont la trame est elle-même complexe et ambigüe. Comme si l'auteur avait été brimé et bridé par la pagination imposée et donc qu'il n'ait pu développer entièrement son propos. Pourtant son style est travaillé et agréable, laissant augurer un avenir prometteur.

François Rahier faisait partie de la nouvelle génération d'auteurs qui firent leur entrée à cette époque dans la collection Anticipation, apportant un souffle de jeunesse et de renouvellement parallèlement aux romanciers déjà bien installés. Cette nouvelle génération avait pour noms : Max Anthony, Laurent Généfort, Bertrand Passegué, Samuel Dharma, Michel Pagel, Roland C. Wagner. Certains ont su tirer leur épingle du jeu, trouvant de nouveaux éditeurs, lorsque le Fleuve Noir abandonna lâchement cette collection mythique, remplacée par une nouvelle collection qui n'obtint pas l'adhésion des lecteurs.

 

François Rahier a également écrit :

L'ouragan des enfants-dieux. Collection Anticipation N°1853. Edtions Fleuve Noir.

Le canevas des dieux. Collection Blanche N°2036. Edition Rivière Blanche.

François RAHIER : Le crépuscule du compagnon. Illustration de couverture Florence Magnin. Collection Anticipation n°1660. Editions Fleuve Noir. Parution décembre 1998. 192 pages.

Disponible en version numérique. 4,49€.

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1 juillet 2016 5 01 /07 /juillet /2016 08:32

Bon anniversaire à Patrick Raynal né le 1er juillet 1946.

Patrick RAYNAL : En cherchant Sam.

Ils étaient trois. Ils s’étaient juré que lorsque l’un d’eux viendrait à disparaître, les autres jetteraient ses cendres à Quauhnahuac, au Mexique, au dessous du volcan immortalisé par Malcolm Lowry.

Michel a dit au revoir à la société en se tirant un coup de carabine dans la bouche. Le meilleur moyen pour ne plus parler et éviter de dire des bêtises. Manu, fidèle à la promesse échangée une trentaine d’années auparavant, vend sa librairie parisienne et part pour New-York, à la recherche de Sam, le troisième larron, avec pour bagages l’urne funéraire contenant les restes de Michel. Sauf que Sam, il a déménagé, il est parti pour le Sud, itinérant, traînant derrière lui une cohorte de personnages troubles.

Sam s’est fait une réputation de bluesman blanc, jouant presque aussi bien que les Noirs, comme Milton Mezz Mezzrow à son époque concurrençait les jazmen. De New-York à Missoula en passant par Clarksdale, Bâton-Rouge, la Nouvelle-Orléans et Houston, Manu effectue un véritable parcours du combattant, le chemin de croix des musiciens, empruntant la 61, route célèbre du Sud, sur laquelle fleurit comme au printemps les comédons, les patelins hantés par Muddy Waters, Robert Johnson, Charley Patton, Robert Nighthawk...

Et Sam est toujours devant... jusqu’à ce qu’enfin la jonction se produise. Manu était parti avec une âme d’enfant, effeuillant des souvenirs qui peu à peu se flétrissent. Trente ans ont passé et les hommes ont changé. Enfin, pas tous, car les milices veillent, héritiers du nazisme et du Sud profond dont l’aversion pour l’étranger, principalement de couleur, est entretenue par la jouissance de posséder une arme et de décider de la vie ou de la mort.

 

Cette itinérance livresque débute comme une ode à l’amitié et emprunte des chemins tortueux non répertoriés dans le guide du routard.

Le blues et la littérature américaine servent de fil conducteur jusqu’au moment où se profile enfin la silhouette de Sam, et là, changement de ton et de décor. Le coup de blues s’abat et l’on ressort de l’histoire un peu groggy.

Après, on n’a plus tellement envie de lire autre chose. Du moins pour un moment, le temps de digérer, d’assimiler, de rêver avec dans la tête cette musique lancinante issue des champs de coton. Et on a envie de relire des passages, de s’imprégner à nouveau d’une atmosphère dont on a du mal à se dépouiller.

A savourer ces petites phrases qui se dégustent comme un bonbon anglais : Passer la nuit avec une femme sans la toucher est la seule expérience qui puisse donner une véritable idée du désir; sans doute parce qu’il n’en reste que l’idée ou encore Ce qu’il y a de chouette avec la vérité c’est qu’elle ressemble tellement au mensonge qu’on se demande pourquoi on prend le risque de la dire.

Et Raynal qui connaît bien le parcours qu’il décrit, se permet quelques clins d'œil. Au hasard du roman le lecteur pourra reconnaître certains personnages tel que Harry Crews.

Raynal s’interroge aussi sur les tendances négationnistes d’auteurs français. Comme ça, sans l’air d’y toucher. Une phrase dans la conversation entre deux personnages, la page est tournée et la polémique est évitée. L'un des meilleurs romans de Patrick Raynal que j’ai lu.

 

Réédition Collection Points Roman. Parution octobre 1999. 288 pages.

Réédition Collection Points Roman. Parution octobre 1999. 288 pages.

Existe en version numérique : 7,99€.

Existe en version numérique : 7,99€.

Patrick RAYNAL : En cherchant Sam. Collection Gulliver. Flammarion. Parution juin 1998. 276 pages.

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27 juin 2016 1 27 /06 /juin /2016 09:51

La clonerie est humaine...

Gilles BERGAL : Dérive.

Eden, gigantesque île spatiale sur laquelle s'est réfugiée l'humanité, ou ce qu'il en reste, soit une dizaine de millions de personnes, vit des heures troubles.

Un vent de rébellion est en train de souffler qui peut dégénérer en tempête. A l'origine de ces perturbations, une loi inique dont peu à peu ceux qui en subissent les effets, les conséquences, veulent l'abolition.

Il faut dire que la population d'Eden se compose par moitié d'originaux et par moitié de clones. Or selon cette loi, les clones ne peuvent survivre à leurs originaux. S'ils obtiennent un sursis, leur avenir reste malgré tout sombre. Rares sont ceux qui devenus orphelins ont une vie normale. Pourtant, sans leurs clones, que seraient les originaux ? Pour marquer la différence entre originaux et clones, car derniers possèdent des mains noires, ce qui les font repérer immédiatement car seul ce signe diffamant permet de les différencier.

RayD, le clone de Ray Ghurdal, célèbre parolier et écrivain, est obligé de s'enfuir, son original venant d'être assassiné. Sa surie consiste en la fuite. Mais pourtant il ne veut rester passif et prend la tête du mouvement des affranchis, ceux qui refusent cet esclavage moderne. Manuel Rissi, Grand maître et fondateur d'une secte intolérante et fanatique, les Pénitents, n'a qu'un but : poursuivre et exterminer les clones, empêcher leur prolifération.

 

Gilles Bergal, alias de Gilbert Gallerne, et qui signait ces deux romans proposés aujourd'hui en un seul volume sous le pseudonyme de Milan, nous livre une réflexion sur la société actuelle, plus particulièrement exacerbée en cette période électorale, c'est à dire en 1988 lors de la sortie de ces deux titres.

La science-fiction n'est qu'un prétexte et le thème des clones et de leur rejet d'une société lorsqu'ils ne sont plus utiles à cette société, n'est en fait que la transposition d'un problème récurent et toujours à la pointe de l'actualité : le racisme. D'ailleurs les clones sont porteurs de mains noires, image assez explicite en elle-même.

De même, l'histoire débute comme un roman policier noir conventionnel et n'est pas sans rappeler certains ouvrages dénonçant les agissements de sectes fanatiques comme celles qui composent le Ku-Klux-Klan américain et dont les résurgences sporadiques secouent le Sud des Etats-Unis.

A l'époque où je rédigeais cette chronique, j'écrivais que Milan n'était pour moi que le pseudonyme d'un écrivain dont ce n'était pas la première production. Car si tout y est agencé, tout ce qui apparemment est sans lien, se retrouve complémentaire, tout y est habilement porté à un paroxysme au fil des chapitres, il ne s'agit pas d'un premier roman.

Au fait, pourquoi appelle-t-on ceux qui écrivent à la place des romanciers bien en place, des Nègres ? Bonne question n'est-ce pas ? Et qui complète l'analogie et la parabole de Milan, Gilles Bergal, puisque justement Ghurdal est parolier et romancier mais c'est son clone qui tient la plume.

 

Le Clone triste. Anticipation N°1616. Mars 1988.

Le Clone triste. Anticipation N°1616. Mars 1988.

Le rire du Klone. Anticipation N°1618. Avril 1988.

Le rire du Klone. Anticipation N°1618. Avril 1988.

Gilles BERGAL : Dérive. Comprend Le Clone triste et Le rire du Klone. Collection Objectif Noir. Version numérique Kindle. 4,99€.

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21 juin 2016 2 21 /06 /juin /2016 09:27

Je crois bien que rien n'y ferait...

Frédérique TRIGODET : Même si tu revenais.

Deux crimes en une semaine, dans deux villages situés à l'opposé du département, mais dans des conditions similaires. Deux femmes retrouvées dans leur baignoire, électrocutées.

Le capitaine Pistoléas est dubitatif en contemplant sa petite brigade composée de François Perrin, du lieutenant Misogin et de Laurence la stagiaire qui reste accrochée à son bureau se considérant comme une profileuse.

Le commissaire Vellin lui a remonté les bretelles le sommant de conduire son enquête le plus rapidement possible, imposant à son équipe un stage de formation, plaçant sa nièce comme stagiaire, et débrouillez-vous les gars, y a du pain sur la planche, et un tueur en série en liberté.

Alors tout ce petit monde récapitule, émet des hypothèses, enfin ceux qui pensent, se tortillonnent les neurones, mais cela ne va pas bien loin. Deux femmes, entre deux âges, habillées de paillettes et de strass, qui se prénomment toutes les deux... Rien de bien important à se mettre sous les dents, les yeux et les mains. Ah si, elles portaient des traces de violence.

 

Lui se sent investi d'une mission, perpétrer le souvenir du Chanteur. Il y ressemble fortement, il en possède même la voix, d'après une charmante dame qui est venue l'écouter à une fête de la bière. Tout serait parfait s'il n'avait pas un problème. De taille. Ses danseuses qui n'égalent pas celles de son Idole.

 

Rien que le titre de cette nouvelle vous aura mis sur la voie et la voix. Mais la chute, là chut... est intéressante, et montre un personnage plus vrai que nature dans son idolâtrie, son besoin de s'identifier à quelqu'un dont la notoriété défie les années.

Une nouvelle humoristique dont les protagonistes principaux, le capitaine Pistoléas et les membres de sa petite équipe, semblent complètement à la ramasse, étant obligés à se réunir pour échanger leurs opinions et à se servir d'une calculette pour additionner deux plus deux et se rendre compte que cela fait quatre.

Et ils me font penser aux bras cassés du cinéma, dans les films je précise car dans la vie courante ils n'étaient pas aussi niais, à Bernard Blier, Jean Lefèvre, Jean Carmet, Mireille Darc... Si vous avez d'autres suggestions, n'hésitez pas, vous connaissez mon adresse...

Ce pourrait n'être qu'une parodie de comédie policière, mais le personnage du Chanteur-bis nous plonge dans les affres de ceux qui se veulent à l'égal, s'identifient, mais ne sont que de tristes clowns blancs pitoyables.

Frédérique Trigodet, une nouvelliste à suivre... en tout bien tout honneur !

 

Pour commander ou consulter le catalogue de SKA éditeur :

Frédérique TRIGODET : Même si tu revenais. Nouvelle numérique. Collection Noire sœur. Editions SKA. 1,49€.

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15 juin 2016 3 15 /06 /juin /2016 13:55

Le chômage, ce n'est pas de tout repos...

Mathilde BENSA : Aux enfants du Nord.

Franchement, le père de Maël et de Matéo pourrait quand même s'occuper de ses gamins. Il a tout son temps puisqu'il est au chômage.

Nelly, la sexagénaire qui pour faire plaisir à Manuela leur mère accepte de les garder commence à devenir vieille. Elle le ressent, la retraite est proche. Le poids des ans lui pèse, et les gamins braillards, Matéo la veille a eu la veille une crise de dent, elle ne peut plus les supporter. D'accord, il n'y peut rien Matéo, à six mois on ne maîtrise pas la douleur. Et Maël est trop turbulent pour que Nelly en supporte les conséquences.

Nelly aimerait remplir sa grille de Sudoku dans la sérénité, son moment de détente du samedi après-midi, mais son esprit est tourneboulé. Le matin, en passant l'aspirateur elle a retrouvé le doudou, un vieux chiffon, une loque, un rebut, de Maël. Elle ira le porter le soir, car elle a le cœur sur la main Nelly.

Oui, quand même, pourquoi Marc ne s'occupe-t-il pas de ses gamins ? Il prélasse au lit tandis que sa femme Manuela part au travail et s'octroie de temps à autre un peu de détente en allant à la salle de sport avec une copine. Marc lui n'a plus le goût à quoi que ce soit.

Manuela le lui reprocherait presque, car il ne l'aide même pas la nuit, lorsque Matéo crie à cause des dents qui veulent aller dehors. D'abord il est malade, ce n'est pas du chiqué, il le ressent dans son torse. Marc a rendez-vous chez le cardiologue, avant il avait mal au dos. Ce sont de bonnes excuses quand même. Le seul problème c'est peut-être qu'il a trop cru au syndicat, et à Philippe le délégué, son ami, qui n'a rien fait quand les mots vulgaires de chômage technique ont été prononcés à son encontre.

 

Cette nouvelle s'inscrit dans la thématique Famille je vous haime. Un épisode sociétal et familial qui ne fait pas la grande une des médias, car trop banal. Le chômage, ça fait vivre les statisticiens, les analystes économiques et politiques, mais en réalité ça n'intéresse personne, puisque tout le monde peut contracter ce virus moderne, ce cancer de la société consumériste qui engendre des retombées financières pour les actionnaires, les autres n'ayant qu'à prendre un marteau et un clou pour effectuer des trous dans la ceinture qui de plus en plus est serrée.

Derrière les volets clos, les drames se nouent mais on n'en parle pas, pudeur oblige.

Un très beau texte de Mathilde Bensa qui devrait toucher bien des personnes qui sont dans le cas de Marc et Manuela, mais qui devrait être lu par ceux qui ne s'intéressent qu'aux résultats de la bourse.

Mathilde BENSA : Aux enfants du Nord. Nouvelle Noire numérique. Collection Noire Sœur. Editions SKA. Parution mai 2016. 1,49€.

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19 mai 2016 4 19 /05 /mai /2016 08:22

... a le cœur dans le pantalon...

Jeanne DESAUBRY : Le Roi Richard.

Il aime bien ses filles, Richard, trop bien même. Les petits cadeaux pour elles, les petites gâteries pour lui.

Il a connu leur mère dans un bal, un mariage vite fait, deux gamines à trois ans d'écart, et tout le temps parti pour son travail. Au retour, tout pour ses filles, parfois des claques assaisonnées de gifle pour elle.

Léna, onze ans et demi, Lou-Anne, trois ans de plus. Et puis un jour patatras, la mère qui s'aperçoit que Lou-Anne a du retard. C'est une règle quand on ne prend plus la pilule car paraît-il cela donne de l'acné. Les garçons doivent en ingurgiter plusieurs par jours à ce compte là.

La mère, elle sait ce qu'il se passe lorsqu'elle a le dos tourné. D'ailleurs le Roi Richard, même s'il n'apprécie pas du tout ce surnom dont elle l'a affublé, ne s'en cache pas. En rentrant des courses avec Lou-Anne, la mère se rend compte que son mari a dû jouer comme souvent avec Léna. Il rajuste son pantalon négligemment.

Même si au début la mère n'avait pas aimé les privautés entre père et filles, elle avait dû s'y habituer. Des câlins pour faire passer la pilule amère, des références bibliques ou mythologiques, et une incisive pétée afin qu'elle ne montre plus les dents. Le roi, sa femme et les petites princesses...

Et tout va de mal en pis, ça dégénère, les coups et les douleurs ça ne se discute pas, ça s'encaisse sans rien dire.

 

Nouvelle noire, Le Roi Richard certes l'est, mais ce n'est pas une fiction, du moins telle qu'on voudrait que ce soit. Ces choses là ne se font pas, c'est bien connu. Pourtant la société regorge d'exemples similaires. Le règne patriarcal existe toujours, même si c'est plus caché, plus diffus. Et l'on sait bien que les bleus ne sont pas toujours le résultat d'une rencontre inopinée avec une porte et qu'une grossesse n'est pas le fait d'une liaison passagère avec un bel inconnu amant d'un soir.

Jeanne Desaubry plante le stylo là où ça fait mal, avec concision, pudeur, retenue, sobriété, sans s'emberlificoter dans des détails inutiles, sans misérabilisme. Elle pointe avec justesse cette gangrène que certains ne veulent pas voir, réfutent même, le droit de cuissage familial qui n'est pas l'apanage des petites gens, mais que l'on retrouve dans toutes les couches de la société.

Une nouvelle qui touche au cœur et laisse des bleus à l'âme.

 

Jeanne DESAUBRY : Le Roi Richard. Nouvelle numérique. Collection Noire sœur. Editions SKA. Parution mai 2016. 1,49€.

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12 mai 2016 4 12 /05 /mai /2016 12:56

Hommage à Louis C. Thomas, décédé le 12 mai 2003.

Louis C. THOMAS : Des briques en vrac.

Entre Perrine, comédienne souvent à la recherche d'un cacheton, et Jo, boxeur sur la touche suite à un combat au cours duquel il a failli perdre la vue, c'est le grand amour.

Mais il faut bien faire bouillir la marmite, et il n'est pas dans la mentalité de Jo de vivre aux crochets de Perrine.

Aussi la proposition de Vezzano, ex-condisciple de Jo, qui traficote dans les milieux pugilistiques, cette proposition, pour douteuse qu'elle soit, arrange bien les affaires du boxeur au chômage et en panne de liquidités.

Mais Jo, un peu cupide et pas assez méfiant, va se mordre les doigts de cette association.

A la clé une mallette bourrée de billets de 500 francs tout neufs, une histoire de gnons, et un cadavre.

 

Une histoire typiquement américaine traitée par un grand monsieur Français de la littérature policière, et ce roman paru initialement en 1983 dans la collection Engrenage n'a pas perdu de son charme et de sa force, les années passant.

Bien des années après, Des briques en vrac est le genre de roman que l'on relit avec plaisir, tant Louis C. Thomas sait (savait) raconter des histoires avec maîtrise, d'une manière simple mais efficace.

De plus, le décor et l'endroit y sont pour quelque chose de particulier, ayant travaillé et habité moi-même non loin des lieux dans lesquels se déroulent l'action de ce roman, La Fourche et l'avenue de Clichy, quartier que Louis C. Thomas connaissait fort bien puisqu'il y habitait également.

A noter que dans ce roman un clin d'œil est adressé à Michel Lebrun, romancier et scénariste qui lui aussi résidait tout près.

Des briques en vrac, parmi toute la production de Louis C. Thomas, reste un grand souvenir de lecture avec Les Mauvaises fréquentations, Les écrits restent, Jour des morts et un certain nombre d'autre, car il n'y a pas de déchets dans la production de cet auteur atteint de cécité tout jeune, ce qui ne l'a pas empêché d'être un romancier prolifique et un scénariste pour des séries télévisées comme Les cinq dernières minutes et des films comme Voulez-vous danser avec moi ? de Michel Boisrond.

 

Première parution : Collection Engrenage N°57. Editions Fleuve Noir. Parution 1982. 222 pages.

Première parution : Collection Engrenage N°57. Editions Fleuve Noir. Parution 1982. 222 pages.

Louis C. THOMAS : Des briques en vrac. Collection Hermé Suspense. Editions Hermé. Parution août 1990. 226 pages.

Réédition format EPub parution 23 octobre 2015. 4,49€.

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