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27 novembre 2016 7 27 /11 /novembre /2016 13:38

Hommage à Phyllis Dorothy James décédée le 27 novembre 2014 à l'âge de 94 ans.

P. D. JAMES : Sans Les mains.

Adam Dalgliesh, inspecteur de police londonien, rend visite à sa tante sur la côte du Suffolk.

Il veut se changer les idées, les esprits, se mettre au vert, après une enquête particulièrement pénible. De plus il a à résoudre une affaire de cœur : doit-il épouser ou non Déborah ? Mais ces quelques jours qu’il s’octroie afin de faire sa mise au point sentimentale vont être perturbés par la découverte d’un cadavre aux mains coupées, flottant au fond d’un canot.

Il s’agit de Maurice Seton, un auteur de romans policiers. Pourquoi cet assassinat et cette mise en scène morbide ?

C’est l’inspecteur Reckless qui mène l’enquête, enquête que suit de loin Dalgliesh et dans laquelle se trouvent impliqués sa propre tante et ses voisins. Voisins qui d’ailleurs ont tous un rapport avec la littérature, soit comme écrivain, soit comme critique littéraire.

Une enquête qui réservera bien des surprises aussi bien à Dalgliesh qu’à son homologue Reckless lequel ne souhaite aucune intrusion, même de la part d’un célèbre collègue londonien.

 

P. D. James déploie dans ce roman toute la palette d’un savoir-faire aux touches subtiles, délicates, savamment dosées, que ce soit dans la description d’un paysage ou la présentation d’un personnage.

Sans les mains est un suspense psychologique au final cataclysmique !

Fayard/Mazarine. Parution 21 novembre 1989. 240 pages 13,80€.

Fayard/Mazarine. Parution 21 novembre 1989. 240 pages 13,80€.

Réédition Le Livre de poche N°6835. Parution le 03/01/1990 256 pages.

Réédition Le Livre de poche N°6835. Parution le 03/01/1990 256 pages.

P. D. JAMES : Sans Les mains. (Unnatural Causes - 1967. traduction Lisa Rosenbaum). Fayard/Mazarine. Parution 21 novembre 1989. 240 pages 13,80€. Réédition Le Livre de poche N°6835. Parution le 03/01/1990 256 pages.

Réédition format Kindle 16 octobre 2016. 2,99€.

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15 novembre 2016 2 15 /11 /novembre /2016 14:04

Une projection dans l'avenir qui n'est

guère réjouissante...

François DARNAUDET : Quartier bleu.

Paris, 2044. Le réchauffement climatique n'a fait qu'empirer malgré les décisions prises par certains gouvernements. En ce mois d'octobre, il fait encore 35° et il n'a pas plu depuis huit mois.

Le quartier de l'ancienne Gare de Lyon est bouclé, mis en quarantaine à cause du virus Gros Chat qui se propage malgré l'intervention des pompiers et de leurs lances à incendie qui déversent l'acide purificateur.

Franz Keller, vigile solo, se rend non loin, ayant lui aussi une mission de purification. Un nettoyage en règle commandé par le copse Papex. Il abat froidement un Corse et dans la foulée une blonde qui se trouvait dessous celui qui désormais n'est plus qu'un cadavre. Un métier dont les dommages collatéraux ne comptent pas, ou si peu.

En chemin, il consulte sa messagerie. Un appel a été enregistré émanant d'une certaine Nikita Warlock, une jeune femme charmante d'après l'hologramme affiché. Elle se réfère à un ami commun, et Keller renifle un piège, ou tout au moins quelque chose de pas vraiment clair car cette relation est décédée quelques jours auparavant.

Toutefois, il rentre chez lui, un cagibi qu'il partage avec Charlot, un drogué. Partageait, car la veille il a signifié à son colocataire que celui-ci ne ferait pas de vieux os s'il ne dégageait pas immédiatement et même plus vite. Enfin seul, en attendant que l'office HLM lui impose un nouveau locataire.

Keller profite de cette solitude bienvenue pour contacter la fameuse Nikita qui requiert ses services, contre rétribution naturellement.

Elle veut savoir ce qu'il s'est réellement déroulé dans le Quartier Bleu, le quartier de l'ancien cimetière du Père Lachaise. Ce quartier est hanté par les prostituées Noires, et est surveillé par les Kamis, une engeance sans foi ni loi qui tire d'abord et demande des explications ensuite.

Selon Nikita, son mari, cadre sup-sup chez Electroneurep, fréquentait quotidiennement ce quartier payant tous les soirs les prestations d'une pute Black (ce sont ses mots). Or trois mois auparavant, il s'est fait exploser avec une grenade en pratiquant le système vieux comme le monde du simulacre de la reproduction.

Keller accepte la mission qui lui est confiée, à ses risques et périls, car les Kamis qui gardent jalousement le terrain de jeux des cadres sup-sup sont du genre belliqueux. Et Keller, enquêtant sur place et donnant de sa personne se rend compte que Warlock n'est pas le premier à défunter dans des conditions pour le moins explosives.

 

Ce quartier bleu, avec ce halo céruléen qui attire les clients et ses prostituées noires, pourrait être la parabole de la vie politique et surtout de ses représentants qui veulent faire prendre aux électeurs des vessies pour des lanternes à l'aide de discours hypnotisants et d'ambiance hallucinogène.

Publié en 2006 ce roman d'anticipation dans l'action est sensée se dérouler en 2044 nous ramène à une époque proche de la notre avec des insinuations politiques qui ne relèvent pas uniquement de la fable. C'est également une vision d'un système politique axé sur la violence policière privée qui est mise en avant. Mais pas que.

Si l'intrigue se déroule en 2044, le côté politique est prorogé, rappelons-nous que ce roman est paru en 2006, à celle d'un homme qui un an plus tard deviendra président de la République et dont les effets néfastes continueront et même amplifiés.

Les livres sont devenus obsolètes et seuls restent deux ou trois bouquinistes qui proposent ces objets rares.

Franz se dit que cette histoire était bourrée de pervers : accros aux putes blacks ou aux livres... Mais les putes, c'était quand même plus sain.

Un roman d'anticipation prémonitoire par bien des aspects, dont je ne vous ai pas révélé toutes les facettes, à découvrir ou à redécouvrir.

 

Première édition Collection Novella SF. Editions du Rocher. Parution 23 novembre 2006. 128 pages. 13,10€.

Première édition Collection Novella SF. Editions du Rocher. Parution 23 novembre 2006. 128 pages. 13,10€.

François DARNAUDET : Quartier bleu. Réédité en version numérique sous le nom d'auteur : Darnaudet-Malvy. 3,05€.

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8 novembre 2016 2 08 /11 /novembre /2016 09:32

Vivement que je sois grand !

Sophie LOUBIERE : Petits polars à l’usage des grands.

Sophie Loubière nous propose un petit recueil de nouvelles courtes, style rafale de mitraillette et dont les chutes valent leur pesant d’euros.

Des situations quotidiennes portées à leur paroxysme, vues à travers la lentille grossissante d’une loupe, et narrées dans un style épuré. Des tranches de vie saignantes narrées en trois coups de cuiller à pot, laissant de côté les détails pour ne s’attacher qu’à l’essentiel, genre synopsis de court métrage.

Un peu comme ces bandes dessinées qui en trois ou quatre planches racontent sobrement une péripétie.

Et ce sont bien les mots de péripéties, d’anecdotes, de petits incidents de parcours qui caractérisent ces nouvelles coup de poing à l’efficacité redoutable ponctuées d’un humour noir ravageur.

 

Et pour enfoncer le clou, ces historiettes sont accompagnées de dessins signés Lefred-Thouron, dessins féroces prolongeant l’épilogue d’un petit plus corrosif dans le trait.

 

Au sommaire de ce recueil :

Compartiment 12.

De façon accidentelle.

La réunion.

Un vilain défaut.

Vernissage.

Ne pas dépasser la dose prescrite.

Cuisine à l'italienne.

Le million.

Ondes de choc.

L'appétit vient en tranchant.

 

Sophie LOUBIERE : Petits polars à l’usage des grands. Librio N°398. Parution octobre 2000. 96 pages. Réédition version numérique. Parution août 2015. 4,99€.

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7 novembre 2016 1 07 /11 /novembre /2016 10:08

Sans faire de taupinières...

Robert DARVEL : L'homme qui traversa la Terre. Roman d'amour et de vengeance.

Le zoo de Bréval, un zoo comme un autre puisqu'il possède comme pensionnaire un rhinocéros indien, est toutefois le théâtre de deux incidents, sans aucun rapport entre eux, c'est l'auteur qui nous l'affirme.

La santé de Dürer, le mammifère herbivore appartenant à la famille des Rhinocerotidae, ordre des Périssodactyles, inquiète la belle et jeune Emerance de Funcal, fille de monsieur Funcal, riche et redoutable homme d'affaires, et fiancée de Louis Zèdre-Rouge, un savant dont les neurones sont perpétuellement en ébullition et qui vient de mettre au point, ou presque, une invention qui devrait révolutionner le monde moderne.

Emerance s'inquiète donc de Dürer et elle demande à examiner l'animal dont la peau pèle. Elle entre dans la cage, veut flatter le rhinocéros, placide habituellement, mais qui n'apprécie pas le geste, peut-être trop appuyé et lourd sur le corps de l'unicornis, et elle se fait bousculer. Rien de grave. Mais cette main pesante et les frissons qui parcourent la belle Emerance sont probablement dus à un incident qui s'est produit la veille dans le laboratoire de Louis Zèdre-Rouge, en compagnie de Gilping, l'assistant du savant.

Remise de ses émotions, Emerance rentre chez son père, or, en cours de route, un étrange phénomène se produit. Elle marche sur le bitume mais ses pieds s'enfoncent comme s'il ne s'agissait que de vulgaire boue.

Elle a été exposée la veille, une maladresse de Gilping probablement, au rayon ZR, mais elle a confiance. Louis Zèdre-Rouge a sûrement, elle n'en doute point, mis au point le procédé inverse, le rayon RZ.

Seulement les conséquences sont plus graves qu'elle pouvait penser. Rentrée chez elle, elle est accueillie par son père en colère. Il vitupère contre Louis Zèdre-Rouge, passant sous silence que la faute n'en incombe point au savant mais à son assistant. Louis, prévenu, se rend chez de Funcal où il est reçu plus que fraîchement. Mais les deux amants peuvent se voir, dans la salle de bain, elle nue et lui habillé, et se réconfortent mutuellement.

Ils se rendent au laboratoire, ils c'est-à-dire Louis Zèdre-Rouge, Thomas Gilping et Emerance afin de procéder à de nouvelles expériences avec le rayon RZ qui doit, théoriquement contrebalancer les effets du rayon ZR. Les jours passent et Louis calcule toujours d'improbables spéculations afin de remédier au désagrément du funeste rayon. Funeste ? Et oui, Louis aperçoit Emerance s'enfoncer dans le sol bétonné, et bientôt il ne reste plus de la jeune fille qu'une vague trace bientôt effacée.

Louis Zèdre-Rouge est accusé d'avoir attenté à la vie d'Emerance et est emprisonné. Mais il se promet bien de sortir de geôle, car incarcéré pour un crime qu'il n'a pas commis, et spolié de ses inventions, il compte bien rendre la monnaie de leur pièce à ceux qui sont à l'origine du drame. Selon les journaux, à scandale ou non, il se serait pendu dans sa cellule.

Dix ans plus tard, en Islande, à Snæfellsjökull exactement, où cas l'envie vous prendrait d'aller visiter les lieux, des ouvriers-racleurs altérés, en langage courant des altéracs (comme Joseph ?), travaillent en sous-sol afin d'extraire un minerai fort convoité pour la réalisation de procédés modernes n'étant plus astreints à fonctionner à la vapeur et au gaz. Ils explorent la lithosphère pour le compte de Funcal, dont l'empire ne cesse de grandir. Un empire en pire.

 

Si ce roman est placé sous les augustes parrainages de Jules Verne et de Paul Féval, il ne faut pas non plus oublier ces étonnants précurseurs du roman de merveilleux scientifique, à la trame et aux intrigues débridées que furent Paul d'Ivoi, Arnould Galopin, Jean de la Hire, Ernest Pérochon ou encore Maurice Renard et quelques autres dont l'imagination débordante produisait des feuilletons extraordinaires qui offraient des heures de lecture rafraîchissantes aux grands comme aux petits.

Mais Robert Darvel, tout en possédant ce don de romancier-hypnotiseur (dont on ne peut lâcher les romans avant le mot fin), va plus loin dans l'extrapolation tout en employant les recettes des grands anciens, mais sans la lourdeur de la narration, parfois, ou le style ampoulé, voire amphigourique et emphatique qui étaient de mise.

Robert Darvel possède et exploite habilement une élégance d'écriture au service du roman populaire, faisant la nique aux détracteurs de la littérature dite de genre ou populaire, qui justement avancent effrontément, et sans avoir lu les ouvrages, que ceux-ci sont mal écrits, bourrés de fautes et donc sans intérêt. Les pauvres qui se contentent de romans de la Blanche aux nombreuses coquilles qu'ils placent devant leurs yeux d'intégristes de la littérature les prenant pour une nouvelle forme d'orthographe.

En vérité, je vous le dis, Robert Darvel mérite de figurer dans votre bibliothèque en compagnie des plus grands noms de la littérature de l'imaginaire.

Robert DARVEL : L'homme qui traversa la Terre. Roman d'amour et de vengeance. Collection La Bibliothèque Voltaïque. Les Moutons électriques éditeurs. Parution 6 octobre 2016. 224 pages. 15,90€. Existe en version numérique : 5,99€.

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5 novembre 2016 6 05 /11 /novembre /2016 14:03

L’Hydrangea, plus communément appelé hortensia, est l’un des éléments floraux les plus représentatifs de la Bretagne avec le chou-fleur et l’artichaut.

Hugo BUAN : Hortensias blues. Une enquête du commissaire Workan N°1.

Sauf que, jusqu’à preuve du contraire, cette fleur ne se déguste pas. Mais oser planter une fleur d’hortensia dans la partie charnue d’un individu, ce qui vous l’avouerez n’est pas le récipient idéal pour une décoration florale, dépasse l’entendement du quidam, et plus encore au commissaire Lucien Workan, enquêteur de la police rennaise. Et si encore le défunt était horticulteur ! Mais non, ce n’est qu’un chirurgien-dentiste dont le fondement est orné d’une fleur de cette plante originaire du Mexique, une fleur bleue doit-on préciser.

Marotan, tel est le patronyme du défunt fleuri, exerçait son art dans un immeuble dédié aux professions médicales sis quai de la Vilaine. La maison médicale l’Albatros gérée en SCI, abrite en ses murs un proctologue, un ORL, un psy, un allergologue, un rhumatologue, un généraliste, une kiné, une gynéco, une ophtalmo et une pédiatre. C’est la veuve de Marotan qui a découvert le corps de son mari, s’inquiétant de ne pas le voir rentrer à la maison après sa dure journée de labeur, et de labour dentaire. Il a été assassiné avec un club de golf, sport que pratiquait régulièrement l’arracheur de dents qui par ailleurs ne se contentait pas de lancer les balles dans les trous mais accumulait les conquêtes féminines.

Workan et son équipe sont sur les dents, d’autant qu’un autre cadavre , l’ORL, est bientôt découvert, lui aussi affublé d’un tel ornement floral. Workan soupçonne l’un des toubibs de la maison médicale de s’amuser aux dépens de ses collègues en fleurissant prématurément leurs cadavres, et plus particulièrement le psychiatre qu’il tarabuste avec une joie sadique. Mais il ne montre guère d’affabilité avec ses subordonnés, dont son adjoint Lerouyer, la Berbère Leïla avec qui il couche occasionnellement ce qui adoucit toutefois leurs relations, et quelques autres qui se demandent dans quelle galère ils se sont fourrés.

Sans oublier la Procureur, Sylviane Guérin, qu’il ne ménage pas non plus, par pur plaisir sadique. A moins qu’il s’agisse tout simplement de s’affirmer, lui qui doit sa relative tranquillité professionnelle au passé de résistant d’un aïeul d’origine polonaise. Et pourtant il les aime bien ses hommes (adjointes y compris) et se montre parfois paternaliste, bon enfant avec eux. Selon son humeur.

 

Hugo Buan visiblement s’amuse dans cette histoire mettant en scène un personnage quelque peu déjanté, le commissaire Workan un passionné des œuvres de Francis Bacon, et des adjoints qui parfois frisent le ridicule. Une fine équipe qui ne peut empêcher les cadavres de s’amonceler, au grand dam de Prigent, le grand patron. Le caractère souvent acariâtre de Workan l’amène à se montrer vindicatif, quelque soit son interlocuteur.

Hugo Buan est également un admirateur de Michel Audiard, ça se sent, ça se lit, ça se déguste.

 Pour preuve :

A ce niveau de crétinisme Workan regretta qu’il n’y eut pas de prix Nobel de la connerie, il y aurait au moins un Français vainqueur chaque année.

Un livre de divertissement plaisant à lire.

Hugo BUAN : Hortensias blues. Une enquête du commissaire Workan N°1. (Première édition Collection Univers Grands Romans - 2010. Pascal Galodé éditeurs). Editions du Palémon. Parution le 15 janvier 2016. 352 pages. 10,00€. Existe en version numérique 5,99€.

 

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4 novembre 2016 5 04 /11 /novembre /2016 13:55

Lorsque la littérature Noire et la littérature Blanche s'unissent, cela donne cinquante nuances de Gris... ponctuées de rose tendre.

Marcus MALTE : Le Garçon.

Le Garçon. Un roman plein de bruit et de fureur, de charme et d'amour, de violence et de morts, de calme et de poésie, un roman qui relate à travers l'existence d'un garçon puis d'un homme trente ans d'histoire et d'histoires de 1908 à 1938.

Chargé de vieilles hardes déposées dans une hotte fabriquée en peaux de chèvres le Garçon s'en va là-bas, vers la mer. C'est un adolescent de quatorze ans, mutique, qui ne sait ni lire, ni écrire. Les hardes bougent. C'est sa vieille mère d'une petite trentaine d'années qu'il porte ainsi, encouragé par la voix qui répète comme une antienne, la mer, la mer. Vieille avant l'heure, la mère, usée, affaiblie, malade, poitrinaire, la mère ne verra pas la mer. Parce que, lorsque le Garçon arrive devant l'étendue d'eau, il ne s'agit pas de la mer qui s'étale devant lui, mais l'étang de Berre. Et puis parce que la mère est morte.

Il ne lui reste plus qu'à retourner d'où ils sont partis, quatre heures de marche, chargé de son fardeau qui ne marmonne plus. Plus rien ne le rattache à la masure dans laquelle ils vivaient tous d'eux d'expédients. Il construit un bûcher et place le corps de la mère dessus, et lorsqu'il ne reste plus que des cendre il part à l'aventure.

Il monte vers le nord, grimpant dans les arbres, vivant de braconnages et de rapines. Des fruits, des poissons, parfois un animal. De sa vie il n'a côtoyé personne, juste aperçu de temps à autre des voyageurs. Il marche, durant des semaines, effectuant un périple circulaire, s'approchant parfois des fermes, des bourgades, épiant les habitants, singeant leurs gestes. Il apprend, sans comprendre. Il se repose dans une grotte dans laquelle il a découvert des trésors, des os, des tessons de vase, une pointe de javelot en silex, des pendeloques, un dé à jouer qu'il enfoui dans sa boîte d'allumettes, où gît déjà un os de grenouille. Il continue sa route jusqu'à une nouvelle caverne et lorsqu'il se réveille un fusil est pointé sur lui.

Il est emmené dans un hameau d'une petite quinzaine de personnes, des enfants, des vieillards, des adultes, qui le considèrent comme une anomalie vivante. Pourtant il vivra durant des semaines dans ce petit bourg retiré, participant même comme figurant à la traditionnelle crèche de Noël. Mais comme tous les intrus dont on ne connaît pas l'origine, il est chassé lorsqu'un incident géologique se produit.

Il sera recueilli par un forain, un ancien lutteur de foire qui a parcouru les Etats-Unis dans un cirque. Le Garçon devient l'aide, l'assistant de Brabek, l'ogre des Carpates, qui se produit sur les places des villages et petites villes, couchant dans la roulotte tiré par un cheval hongre.

Mais le bonheur est relatif et de courte durée. Bientôt le Garçon devra tailler la route avec pour compagnon le cheval et comme toit la roulotte. Jusqu'au jour où le destin se manifeste sous la forme d'une voiture conduite trop rapidement par une jeune fille sur une route où il n'y a passage que pour un seul véhicule. Le choc est inévitable et le Garçon se réveille avec Emma, la responsable du choc, comme ange-gardien. Et pour le Garçon c'est vraiment un choc.

Il est adopté par Emma, de quelques années plus vieille que lui, il a maintenant seize ans, et par son père. Elle va l'appeler Félix, en hommage à Mendelssohn, car elle apprécie particulièrement ce compositeur dont elle joue admirablement les œuvres au piano. Son père et elle se chargent de l'éducation du Garçon mais il ne sait toujours pas lire et écrire. Il ne le saura jamais. Et s'il ne parle pas, cela ne gêne pas Emma qui se chargera de son éducation sentimentale. Emma, fille de Gustave, tout un symbole... C'est le temps des découvertes, des relations charnelles, de l'empire des sens, mais au loin se profilent de lourds nuages, annonciateurs de grêles d'obus, de mitrailles, de tranchées. Le Garçon part à la guerre.

 

Si au début de ce récit, je n'ai pu échapper à une vague réminiscence d'Hector Malot et de Sans famille, avec les tribulations du Garçon, balloté de gauche à droite et inversement, et ses pérégrinations du sud au nord-est de la France, en compagnie d'un forain qui ne possède ni un chien ni singe, mais un cheval, d'autres souvenirs remontent insidieusement à la surface, accompagnant la lecture.

Et pourtant il s'agit bien d'un roman qui allie tous les genres ou presque de la littérature dite populaire et sociale. Marcus Malte souffle le chaud et le froid sur trente ans de l'existence du Garçon, trente années au cours desquelles toutes les couleurs de la vie sont déclinées, le noir alternant avec le rose. Mais un noir dominant.

C'est un roman de l'apprentissage, apprentissage de la solitude, de la relation en société de personnes issues de différents milieux, de la tolérance, de l'amour sentimental et charnel, de la guerre, de la violence, des petites joies simples et des grandes colères.

Marcus Malte sait décrire et faire partager ses sentiments d'amour et de révolte. Il est aussi à l'aise dans les scènes d'amour desquelles se dégage un érotisme plus souvent suggestif que descriptif, que dans les scènes de la vie courante ou des épisodes de la Grande guerre, que dans la poésie.

 

Pour mieux placer ce roman dans l'époque traversée par le Garçon, Marcus Malte établit les rétrospectives d'une année sans la dater mais que le lecteur pourra reconnaître. Et il balaie en quelques pages les événements nationaux ou internationaux. Ainsi, Georges Clémenceau, encensé par Luc Ferry, n'hésita pas à envoyer gendarmes et dragons tirer sur les ouvriers des sablières de Vigneux, Draveil et Villeneuve-Saint-Georges. Une réponse à ceux qui étaient en grève depuis cent jours et fit plus de six morts et une centaine de blessés. Les principaux dirigeants du syndicat de la Confédération Générale du Travail, la C.G.T., étant arrêtés et emprisonnés. Beau fait d'arme courageux de la part d'un ministre, socialiste radical, de l'Intérieur et président du Conseil (l'appellation du Premier Ministre d'alors)

De petits épisodes, comme des vignettes, sont placés ici et là, telle la rencontre inopinée avec un soldat. Le Garçon se trouve nez à nez dans la Somme face à un peintre allemand pourvu d'une petit moustache carrée sous le nez.

Marcus Malte recense également la longue liste des morts, tombés comme on dit au champ d'honneur le 28 septembre 1915, liste qui devrait être soumise, apprise à tous ces intolérants sectaires, racistes, ségrégationnistes, xénophobes qui crachent sur les réfugiés et les migrants, oubliant que parmi les nombreux soldats ayant donné leur vie pour la France, nombreux étaient ceux qui provenaient des colonies d'Outre-mer ou simplement des étrangers.

 

Ai-je oublié quelque chose dans ma chronique ? Voyons cherchons bien... Ah oui, ce roman a reçu le prix Fémina 2016. Pour une fois, une récompense méritée, et la reconnaissance enfin d'un talent indéniable !

Mais tous ceux qui suivent régulièrement la parution des romans de Marcus Malte pressentaient déjà le talent de celui-ci en lisant ses premiers ouvrages, dont notamment Carnage constellation paru au Fleuve Noir en février 1998.

Que nul ne sache jamais d'où provient l'émotion qui nous étreint devant la beauté d'un chant, d'un récit, d'un vers.

Et pour quelques Malte de plus...
 

Marcus MALTE : Le Garçon. Editions Zulma. Parution le 18 août 2016. 544 pages. 23,50€. Existe en version numérique : 12,99€.

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4 novembre 2016 5 04 /11 /novembre /2016 12:08

C'est la musique de camionneur !
Embrasse-moi de minuit à cinq heures
Sur la musique de camionneur
Pose la main là, sur mon genou
Embrasse-moi là, là dans le cou
Sur la musique de camionneur...

Marcus MALTE : Carnage, constellation.

Césaria a tout d’une femme, mais c’est un travesti.

Césaria, son ancien prénom n’a pas d’importance, s’est retrouvé(e) seul(e) à quatorze ans. Ne voulant pas connaître l’Assistance, la DDASS, les foyers, il est parti de chez lui.

Casper le clodo l’a pris sous sa protection et ils ont vécu ensemble pendant quelques années de petits rackets. Jusqu’au jour où Césaria a découvert que le rôle de femme ne lui était pas insensible.

Casper mort, Césaria a de nouveau bourlingué, jusqu’à sa rencontre avec Clovis qui traîne derrière lui dix ans de taule. Clovis sort de prison et joue les durs, les fiers à bras. Clovis veut savoir pourquoi le braquage auquel il participait c’est terminé en eau de boudin, pourquoi il s’est retrouvé en prison, qui a pu les dénoncer, lui et ses complices.

Charles, dit le Vieux, l’avait engagé comme chauffeur et avec Larosa et Savatini ils ont réalisé un nombre impressionnant de petits coups qui leur ont assuré des rentrées d’argent conséquentes. Jusqu’au jour où Charles a engagé un nouveau chauffeur, William.

 

Avec Carnage, Constellation, Marcus Malte a écrit un roman plein de finesse, de sensibilité, d’humanisme, abordant un sujet que tant d’autres auraient traité avec cynisme ou obscénité.

Quelques pages d’anthologie parsèment ce livre qui font presque oublier qu’il y a aussi une histoire, celle de Clovis d’avant la prison, et ce qui se passe après sa libération.

Le héros, c’est Césaria. Son parcours plein d’embûches pour muer d’homme en femme, les affres, les douleurs physiques et mentales qu’elle ressent, ses petites joies, ses petits bonheurs, ses peines, en font un livre qui ne s’oublie pas.

Un livre de la misère humaine, marginale mais profonde.

Réédition Folio Policiers N°506. Parution juin 2008. 7,10€. Version numérique à 6,99€ !

Réédition Folio Policiers N°506. Parution juin 2008. 7,10€. Version numérique à 6,99€ !

Marcus MALTE : Carnage, constellation. Collection les Noirs N°39. Editions Fleuve Noir. Parution février 1998. 270 pages.

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3 novembre 2016 4 03 /11 /novembre /2016 13:31

Une histoire mi-ange mi-démon...

Michel PAGEL : Les Antipodes. La Comédie inhumaine N°5.

La comédie inhumaine de Michel Pagel est un vaste cycle de 8 volumes proposé par les Moutons électriques en version papier, reliés, toilés, sous jaquette, mais dont l'ensemble est indissociable au prix de 220€ et dont le tirage est limité à 299 exemplaires. Mais comme tout le monde ne peut acquérir cette version de luxe, les Moutons électriques proposent également ces textes en version numérique en attendant une version papier (?) moins onéreuse pour le lecteur qui ne possède pas l'âme d'un collectionneur mais celle d'un affamé de lecture.

Les deux romans qui composent ce volume 5 ont été publiés pour la première fois aux éditions Fleuve Noir dans la collection Anticipation et s'intègrent dans une vaste saga qui se lit indépendamment mais possède des points de convergence comme souligné en fin d'article.

 

L'antre du serpent :

L'histoire est un éternel recommencement, dit-on. Et c'est d'après cet aphorisme que Michel Pagel a imaginé cette histoire d'inspiration biblique. Jennifer qui a survécu à un naufrage près de l'Ile d'Yeu, naufrage raconté dans la nouvelle L'Ile des Révélations dans le recueil Désirs Cruels paru dans la même collection (Anticipation N°1725), Jennifer a décidé de renoncer à sa vie de nomade et de retourner à la vie civile.

Elle a vingt et un ans et vit avec Arthur de trois ans son cadet. Si elle ne croit plus en sa vocation de religieuse, elle possède néanmoins la foi.

Un matin alors qu'elle se recueille dans une église, assistant à une messe basse, un jeune homme l'interpelle. Il s'agit de l'ange Gabriel qui lui confie qu'elle a été choisie pour enfanter le Fils de Dieu. Le monde a besoin d'un nouveau Sauveur.

Enfermé depuis près de deux mille ans aux Enfers, Satan a réussi à s'échapper de sa prison et pis, à prodiguer lui aussi sa semence. Une libération et un acte qui risquent de remettre en cause l'équilibre du monde, des forces du Bien et du Mal.

Investie de cette mission, Jennifer, ex Sœur Marie-Ange, malgré les contraceptifs, tombe enceinte. Pendant ce temps à l’hôpital, Anne Doleau vient de subir une IVG, c'est à dire en langage décrypté, une interruption volontaire de grossesse. A l'étonnement du médecin et à la grande fureur de la jeune femme, l'intervention s'est révélée inefficace. Anne est toujours enceinte des œuvres de Lucifer qui a pris les traits d'un industriel, Julien Nomade.

De retour chez elle Anne tente de se suicider mais elle est sauvée par Jo Vannier un ancien catcheur garde du corps de l'industriel. Nomade décide alors de la conduire en Vendée et de la faire surveiller afin qu'elle ne renouvelle pas son acte suicidaire. C'est qu'il y tient à son petit Diable. Mais un nouveau problème se présente à lui lorsqu'il apprend que Dieu lui a joué un mauvais tour en le contrant de la même manière.

Une parturiente primipare attend un sauveur qui sera prénommé Emmanuel.

Dans un style sobre et onirique, Michel Pagel a écrit un roman savoureux, mais en aucun cas choquant, irrespectueux ou risquant de blesser les lecteurs chrétiens. Il a simplement extrapolé sur un fait qui pourrait après tout, rien n'empêche de le croire, arriver un jour. A moins que cela ne soit déjà arrivé.

Michel PAGEL : L'antre du serpent. Les Antipodes, N°1. Collection Anticipation N°1794. Editions Fleuve Noir. Parution décembre 1990. 192 pages.

Michel PAGEL : L'antre du serpent. Les Antipodes, N°1. Collection Anticipation N°1794. Editions Fleuve Noir. Parution décembre 1990. 192 pages.

 

Le refuge de l'Agneau.

Anne Doleau qui n'acceptait pas l'idée de donner naissance au fils de Lucifer, à un petit Diable dont rien ne pouvait laisser supposer qu'il fut bon un jour, Anne Doleau s'est défenestrée dans la propriété de Vendée où pourtant elle était surveillée. Mais on a beau s'appeler Lucifer, on ne peut pas tout prévoir semble-t-il.

Heureusement pour lui, et pour l'histoire, Lucifer avait sous la main une femme de rechange, Diane, la propriétaire de cette grande maison bourgeoise à l'abandon.

Marilith, la succube un peu à l'origine de la disparition prématurée d'Anne Doleau, est prévenue. A la première faute de sa part, elle retourne en Enfer. Dassin, un tueur professionnel recruté par Julien Nomade, alias Lucifer, est chargé de supprimer Jennifer, qui je vous le rappelle attend un petit Emmanuel, réincarnation de Jésus Christ Bis. Mais Dassin qui connaît la jeune femme et l'estime, refuse le contrat et au contraire aide Jennifer et son ami Arthur à échapper aux griffes du Diable. Il va même jusqu’à obtenir l'aide d'un exorciste occultiste.

Au début celui-ci est réticent mais bien vite se prend au jeu. Lucifer voudrait bien contrer Dassin voyant que celui-ci va à l'encontre de ses projets, mais le tueur est athée, agnostique, ce qui fait que rien n'a prise sur lui. Ni les séances d'hypnose, ni les manipulations diaboliques de toute sorte.

Le final, de toute beauté, est apocalyptique ou presque. Sachez simplement qu'il a pour cadre le couvent où Jennifer devait rester cloîtrée jusqu'à la fin de ses jours et que le destin, malin et peut-être prévoyant, lui avait permis de quitter.

 

La plupart des personnages de ce roman en deux volumes ne sont pas des inconnus pour les lecteurs fidèles de la collection Fleuve Noir Anticipation et de Michel Pagel. En effet on a pu faire leur connaissance dans la nouvelle L'Ile des Révélations dans le recueil Désirs Cruels (Anticipation n°1725) et dans le roman Le Diable à quatre (Anticipation N°1657). Après la Science-fiction, l'anticipation, le fantastique et l'héroïcfantasy, voici un nouveau genre : La Fantasy Biblique. D'ailleurs tous ceux qui connaissent bien la Bible seront d'accord avec moi : certains passages de l'Ancien et du Nouveau Testament relèvent du fantastique le plus débridé.

Michel PAGEL : Le refuge de l'Agneau, Les Antipodes N°2. Collection Anticipation N°1801. Editions Fleuve Noir. Parution février 1991. 194 pages.

Michel PAGEL : Le refuge de l'Agneau, Les Antipodes N°2. Collection Anticipation N°1801. Editions Fleuve Noir. Parution février 1991. 194 pages.

Pour tous renseignements sur cette édition, un éditeur, un lien :

Quelques ouvrages de Michel Pagel chroniqués sur ce blog :

Michel PAGEL : Les Antipodes. La Comédie inhumaine N°5. Collection Bibliothèque Voltaïque. Les Moutons électriques éditeur. Parution Octobre 2016. Version numérique. 7,99€.

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22 octobre 2016 6 22 /10 /octobre /2016 13:10

Bon anniversaire à Thomas Bauduret, alias Samuel Dharma, alias Patrick Eris, né le 22 octobre 1963.

Samuel DHARMA : Nécromancies.

Par la folie d'un souverain, à cause de sa soif de domination et de pouvoir, Khemen, une cité pourtant pacifique, succombe sous les coups des Hommes Jaunes, et ce malgré la vaillance de ses guerriers, hommes et femmes.

Parmi eux Jehna et sa compagne Kehro. Mais Kehro fait partie des nombreuses victimes de la guerre et Jehna accablé par le chagrin, miné, erre à l'aventure.

Comment il parvient à Fadyen, il ne saurait le dire.

Lorsqu'un soudard l'agresse dans une auberge où il espérait le gîte et le couvert, il tente de se dérober mais le combat devient inévitable. Ses réflexes guerriers sont intacts et Jehna sort vainqueur de la rixe.

Fait prisonnier, il sera chargé par le roi Hunn d'éduquer son armée de soudards. Jehna retrouvera confort auprès de la belle Erikap une servante mise à son service mais cela ne l'empêche pas de penser à celle qu'il aime et aimera toujours : Kehro.

S'il est chargé de mission par le roi Hunn c'est bien parce que la cité de Fadyen est menacée. Mais quel est ce danger qui risque d'anéantir une cité quelque peu moribonde?

 

 

Samuel Dharma avec Nécromancies nous propose un roman plus achevé, plus dense et mieux construit que son précédent roman paru dans la même collection et qui avait pour titre Le Traqueur.Les effets sanguinolents sont quelque peu gommés, ce qui n'est pas un mal au contraire.

Il semble avoir trouvé un juste équilibre, ne forçant pas sur les clichés sur les sentiments ou les scènes d'horreur et de violence. Un auteur à suivre donc et si Dharma continue dans cette voie, je pense qu'il a devant lui- un bel avenir d'écrivain populaire; populaire étant à prendre comme un compliment évidemment.

Chroniqué sur Radio Manche. Août 88.

 

Thomas Bauduret s'est révélé en 1987 avec Mickey Meurtre publié dans la collection Espionnage N°1889. Il était alors le plus jeune romancier du Fleuve Noir. Depuis Thomas Bauduret a enchainé les traductions et l'écriture de romans dans différents genres populaires, dont je vous propose de découvrir ci-dessous quelques productions récentes :

 

 

 

 

Samuel DHARMA : Nécromancies. Collection Anticipation N°1637. Editions Fleuve Noir. Parution juillet 1988. 192 pages.

Réédité en format numérique : 4,49€.

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15 octobre 2016 6 15 /10 /octobre /2016 06:05

Méfiez-vous des quidams lambdas, ce sont les pires...

Gilles VIDAL : Plus mort tu meurs

Tout jeune, à sa majorité, il avait estourbi et envoyé ad-patres son premier candidat à la mort avec doigté et facilité. Candidat involontaire faut-il préciser.

Il avait écouté et assimilé les leçons prodiguées par son père, un orfèvre en la matière. Puis les avait appliquées dans la plus pure tradition paternelle.

Vêtu d'un survêtement banal, il était entré dans le parc où batifolaient des gamins surveillés par des parents omniprésents. Il s'était caché dans des buissons, puis s'était approché d'un banc sur lequel se reposait un quadragénaire pensif.

Un gantelet en mailles de fer à la main, il avait occis sa cible sans coup férir de deux tapes, nullement amicales, et il avait accroché à son tableau de chasse son premier cadavre. Un inconnu qui ne lui avait rien fait, mais qu'importe. Seul le geste compte et il l'avait réalisé avec brio.

Par la suite il avait enchaîné les contrats et le carnet de commande ne désemplissait pas.

Ce jour là il a pris le train. Il est devenu un quinquagénaire bien conservé même s'il est démuni côté capillaire. C'est un homme passe-partout qui a rendez-vous à Voroy, une commune qu'il connait bien, même si cela fait déjà un bon moment qu'il ne s'y est pas rendu. Et il est joyeux. Allez savoir pour quoi...

 

 

 Avec un humour noir féroce et froid, glacial presque et pourtant empli de sentiments, Gilles Vidal nous entraîne dans le sillage d'un tueur aguerri, qui ne regrette rien. D'ailleurs qu'aurait-il à regretter ? Sûrement pas sa trajectoire professionnelle qui n'a jamais failli.

Tueur est un métier comme un autre, comme ces soldats qui s'engagent parce qu'ils ont envie d'en découdre.

Mais la vie, ou la mort réserve parfois de drôles de surprises, qui finalement ne sont pas si drôles que ça.

Une ode au père qui a tout appris, ou presque.

 

 

 

Gilles VIDAL : Plus mort tu meurs. Collection Noire Sœur. Editions SKA. Parution octobre 2016. Version numérique. 12 pages. 1,99€.

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  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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