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27 mai 2014 2 27 /05 /mai /2014 07:42

Tu t'en vas...

 

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A l'instar d'Alain Barrière, c'est ce que pourrait chanter Edouard en cette veille de Noël. Seulement le narrateur n'a pas le cœur à chanter. Son amie Caroline vient de le quitter, subitement, sur un coup de tête, après un ultime coup de rein, et l'avoir gratifié de sa gâterie quotidienne et matinale.

Et notre ami, si on peut le considérer ainsi car quelqu'un de paumé est à ranger dans la catégorie des amis à moins d'être indifférent à la misère humaine, et notre ami donc tourne désemparé dans l'appartement en se demandant pourquoi.

D'autant que s'il est sans travail il aide aux tâches, et aux taches éventuellement, ménagères. L'appartement est au nom de Caroline, c'est elle qui paie le loyer, qui grâce à son salaire lui permet de manger, et de boire, à sa faim ou à sa soif. Or elle l'a quitté, comme ça, sans préavis, en abandonnant tout même ses meubles. L'abandonnant lui aussi comme un animal qui n'intéresse plus, qui est devenu trop encombrant.

Normalement elle aurait dû le virer. Si ça n'allait plus entre eux, si un problème de coexistence s'était élevé entre eux, elle aurait dû prendre ses bagages et les mettre sur le paillasson. Mais non, elle a joué les filles de l'air. Et tout ça la veille de Noël !

Alors qu'il s'apprête à se servir un apéritif, quelqu'un frappe à la porte. Une jeune femme un peu perdue se tient devant lui, chargée de paquets. Elle avait soi-disant rendez-vous avec les voisins de palier d'Edouard.

 

Croyez-vous encore au Père Noël ? Pourquoi pas, il faut toujours garder son âme d'enfant, même si les ennuis vous tombent sur la tête. Comme le protagoniste de l'histoire sensée être drôle que se remémore Edouard, alors qu'il regarde par la fenêtre les chalands procéder aux dernières emplettes pour le réveillon. Cette pochade, je ne vous la raconte pas, elle est incluse dans cette nouvelle, mais Edouard se sent un peu dans la peau du type qui veut se suicider parce que sa femme l'a quitté.

Tout en finesse mais avec moult détails, Gilles Vidal nous invite à partager une journée dans la vie d'un homme, mais également à participer à ses ébats érotiques, des souvenirs pour le moins réjouissants et qui sont explicités avec réalisme, ce qui pour l'éditeur est un bienfait car il n'a pas besoin d'insérer des images pour appuyer le texte.

 

Le lecteur curieux pourra également consulter mes chroniques dédiées à :  Mémoire morte;  Histoires vraies à Paris;  Revival;  Chaude alerte et  

Le sang des morts.

Ainsi qu'un entretien avec l'auteur.

 

 

Ouvrage à commander à la  librairie Ska.

 

Gilles VIDAL : Tu m’envahis quand tu t’en vas. Nouvelle. Collection Culissime. Editions SKA. 0,99€.

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23 mai 2014 5 23 /05 /mai /2014 13:04

Bon sang ne saurait mentir ?

 

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Retrouver sa famille vingt ans après l'avoir quittée, pour Eric c'est comme un espoir de repartir d'un bon pied à défaut d'une bonne main.

Vingt-cinq ans, une prothèse à la place d'une main perdue dans un accident, informaticien au chômage, marié avec Elise, une orpheline de la DDASS, et bientôt père, Eric revient à la scierie familiale où il est né.

Ce coin des Vosges, près de Saint-Dié, est perdu dans la nature et la scierie ne tourne qu'au ralenti.

Il retrouve la tribu avec appréhension. Et il faut avouer qu'il arrive un peu comme un chien dans un jeu de quilles. Eléonore, sa mère lui affirme qu'il a fait un mauvais choix en revenant, mais de toute façon s'il ne l'a pas vue depuis l'âge de ses cinq ans et son accident à la scierie, c'est un peu sa faute. Elle l'a confiée à une tante qui habite Annecy et c'est comme ça qu'il a connu Elise qui était en famille d'accueil.

Il retrouve Léo, son frère aîné, dix ans de plus que lui, marié avec Rose-Marie et quatre enfants dont Bernard, qui est un peu le chef de bande des gamins. Michel, son autre frère, qui fait ce que Léo commande. C'est un être frustre marié avec Annabelle, et ils ont trois gamins dont Ludovic et Solange. Enfin Marcel, son oncle qui ne sait pas parler. Il couine, il glapit, il végète et est considéré comme le simplet de la famille. Pourtant il en aurait des choses à dire, Marcel, qui s'accroche à la grille d'entrée, pour voir au-delà, mais rien ni personne ne passe.

Léo s'érige en maître incontesté de la scierie. Il décide pour tout le monde, impose sa loi et éventuellement exerce le droit de cuissage. Comme les tyranneaux du temps jadis. A croire que le temps s'est arrêté à la scierie. D'ailleurs la scie ne tourne plus guère, juste pour faire du bruit. Pourtant la famille ne manque de rien, et Léo possède même une Peugeot 607 qu'il remise dans l'un des bâtiments. Parfois ils sortent ensemble le soir, Michel et lui, pour aller Dieu, ou le Diable sait où. Eric se rend à Saint-Dié, effectue une petite visite à madame Paule Emploi, il rédige des CV, des lettres, mais rien n'y fait, il ne reçoit aucune proposition d'emploi.

L'ambiance dans la scierie est lourde, délétère, et Elise souhaite repartir, mais sans argent comment survivre. Et puis l'enfant frappe à la porte et c'est Eléonore qui procède à l'accouchement, comme pour les autres femmes de la famille. Heureusement Elise trouve en Annabelle une complice ainsi qu'avec Ludovic. Mais Annabelle possède elle aussi un fil à la patte. Quant à Ludovic, contrairement à son cousin Bernard, c'est un enfant calme, qui aime lire, souhaite pourvoir prolonger ses études. Léo l'oblige à manquer parfois l'école, pour aider à la scierie, mais il se demande bien pourquoi, car il n'y a que peu de travail. C'est le dédain et la jalousie qui guident Léo.

Chaque famille possède son habitation, en bois, et les dépendances se dressent tout autour d'une cour centrale, donnant l'impression d'un village de western. Afin de justifier son appartenance à la famille Eric est sollicité, avec autorité, par Léo à participer à une des virées nocturnes. Le côté obscur des rentrées financières.

 

Le lecteur entre de plain pied dans une ambiance qui ne sera pas sans lui rappeler quelques romans de Pierre Pelot. Le décor, les forêts vosgiennes, un lieu quasi abandonné en pleine nature; les personnages, des hommes âpres, durs, avec un chef de famille qui s'érige en dictateur sans scrupule, imposant sa loi par tous les moyens, une véritable brute qui aime broyer ceux qui sont sous sa coupe. Mais peu à peu, l'histoire bifurque, et le lecteur se lance sur la route, à pleine vitesse, s'arrête à une aire de parking et assiste à des actes illégaux. Puis c'est le début d'une lente décomposition familiale qui explose dans un cataclysme que l'on pouvait pressentir tout en le redoutant. Pourtant un jour à Saint-Dié, une sorcière l'avait lu dans les lignes de la main d'Elise, mais peut-on croire une vieille femme un peu folle.

Véritable roman noir, violent parfois, qui malgré la nature environnante ne joue pas dans le thème bucolique (ce serait plutôt Bu, alcoolique) Liés par le sang conte l'histoire d'un homme qui abandonné recherche avec espoir une famille à laquelle se raccrocher. Petit à petit on apprend dans quelles conditions il a perdu une main remplacée par une prothèse plastique, même si au cours du prologue certains éléments sont dévoilés. Liés par le sang se décompose comme un jeu de construction, il faut assembler les membres, puis en changer l'ordonnancement pour enfin arriver à un résultat qui s'éparpille sous la colère. Car des pièces sont en trop, elles s'intègrent difficilement dans l'édifice, et pourtant elles possèdent leur utilité.

Un roman qui s'articule autour de la famille, l'explore, la dissèque, l'analyse, les parts d'ombres étant mises au jour avec subtilité et sans concession. Pourtant il existe quelques scènes où l'humour se fraie une petite place, mais un humour pathétique comme la scène au cours de laquelle Marcel, qui ne se lave jamais, est nettoyé à l'aide d'un jet d'eau dans la cour devant la tribu réunie.


A lire de Gilbert Gallerne : Je suis le gardien de mon frère, Le prix de l'angoisse, L'ombre de Claudia et Le patient 127. Voir également son essai : Je suis un écrivain.


Gilbert GALLERNE : Liés par le sang. Editions Objectif Noir. En vente sur Amazon. Parution 24 janvier 2014. Version papier : actuellement indisponible. Egalement en version Kindle pour 4,99€.

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22 mai 2014 4 22 /05 /mai /2014 15:26

L'idée fixe de Milou !

 

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Milou n'est pas cabot, même si certains de ses voisins et amis du Fayet le trouvent quelque peu dérangé. D'ailleurs ils l'ont surnommé le fada, dénomination néanmoins affective. Ancien gendarme en retraite, Milou, à quatre-vingt cinq ans, possède une condition physique bien entretenue. Mais ce seraient les neurones qui ne tourneraient plus dans le sens des aiguilles d'une montre. Tous les matins il prend le car qui le conduit de Saint-Gervais au pied du glacier des Bossons à Chamonix. Un rite immuable. Cela fait plus de dix ans qu'il effectue cette sorte de pèlerinage.

Car Milou entretient une idée, la cultive depuis des années, celle de retrouver l'appareil qui se serait craché le 27 octobre 1949 sur le Mont-Blanc puis englouti dans le glacier. Ce n'était pas n'importe quel avion, sinon Milou ne serait pas aussi obsédé par ses recherches. Marcel Cerdan était à bord et devait rejoindre l'Italie pour récupérer son titre de champion du Monde face à Jack La Motta.

Car contrairement à ce que tout le monde pense et croit, Marcel Cerdan, son idole, n'était pas dans le vol qui se serait écrasé sur les Açores. D'ailleurs Milou avait fait partie des secours qui s'étaient élancés à l'assaut de la montagne dans la nuit du 27 au 28 octobre. Nul ne peut mettre en doute son histoire car effectivement cette nuit là un accident s'était produit. Et pour Milou c'est un coup de la Mafia.

Et s'il est persuadé d'avoir raison, c'est qu'il a vu lors des recherches entreprises les gants de Cerdan : deux belles grosses boules rouges, deux fruits écarlates, comme une paire, bégayait-il d'émotion, de griottes toutes fringantes.

Mais alors qu'il allait s'en saisir les deux boules rouges avaient glissé dans un précipice. Et en bon alpiniste qui sait que la montagne rend toujours ce qu'elle a avalé, il a attendu que le glacier s'achemine lentement vers la vallée et il a calculé le temps que cela prendrait et maintenant il est persuadé être proche du but.

Faut-il remettre en cause la version officielle ou suivre Milou dans ses errements ? L'auteur nous donne une explication satisfaisante à défaut d'être véridique, mais qui sait, Milou est peut-être dans le vrai. Et puis Cerdan est encore un mythe dans l'esprit des anciens, même pour ceux qui ne l'ont connu que plus tard, par des documentaires sportifs ou musicaux. Une nouvelle délicieuse qui ne laisse pas de glace et à lire sans prendre de gants...

Retrouvez le catalogue des éditions SKA sur le site SKA librairie et éventuellement commandez. Conseil adressé évidemment à tous ceux qui possèdent une tablette, une liseuse, un machin électronique, et si vous n'en avez pas, suggérez à vos proches que c'est bientôt la Fête des Mères et des Pères.

 

A lire également de Gérard Streiff :  Rouge/Blanc;  Le trésor de Staline;  Ben Bella, la libération de l'Algérie;  L'espion qui a vaincu Hitler, RIchard Sorge.


 Gérard STREIFF : Les gants de Cerdan. Nouvelle. Collection Noire Sœur. Editions SKA. 0,99€.

 

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21 mai 2014 3 21 /05 /mai /2014 06:32

Il y a ceux qui ont une double casquette et ceux qui retournent leur veste...

 

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Pour ceux qui ne connaîtraient pas encore Elena Piancentini, voici une possibilité de découvrir cette romancière via le truchement d'une nouvelle poignante.

Revenir au village natal quinze ans après l'avoir quitté, ce pourrait être une fête, le plaisir de retrouver la famille et les amis. Pour la narratrice, il en va autrement. Elle assiste à l'enterrement de sa mère, et se console dans les bras de sa grand-mère Mina. Mais le temps presse, car elle n'a que trois jours à consacrer à ce retour à l'enfance, à se replonger dans les senteurs et les visions d'un passé déjà loin, d'une nature sauvage. Puis c'est la remontée vers la capitale. Au revoir le petit bourg corse d'Obisu

La narratrice est directrice commerciale et marketing (ce qui est presque pareil à la différence près que le marketing équivaut quasiment à de la vente forcée mais comme c'est dit en anglais, cela choque moins) dans un laboratoire pharmaceutique. Son esprit est ailleurs, encore plongé dans ses souvenirs d'enfance, et elle écoute plus ou moins distraitement en compagnie de ses collègues le Directeur Général énoncer chiffres, historiques, produits nouveaux, le blabla habituel énoncé lors des réunions de travail.

Elle est assise à côté de Paul, son supérieur hiérarchique et celui l'entend proférer une remarque désobligeante. Le D.G. n'avait pas à affirmer non plus que l’innovation est dans notre ADN. Elle n'a pu s'empêcher de penser jamais rien entendu d’aussi con. Seulement elle l'a pensé un peu trop fort. Et pendant que le D.G. continue à débiter ces lieux communs et autres âneries du genre : Nous offrons du bonheur... Les enfants et les adolescents AUSSI ont droit à du mieux-être... Notre société ne doit plus tolérer que quiconque soit malheureux ce qui bien entendu relève de la pure démagogie. Elle prend un cachet, puis deux ou trois afin d'évacuer son stress. Et bien entendu Paul la convoque dans son bureau à la fin de la réunion. Un entretien qui oscille entre remontage de bretelles et ton paternaliste faussement apitoyé.

 

C'est tout en douceur qu'Elena Piacentini débute son récit qui conjugue nostalgie et chagrin. Mais bien vite on entre dans un autre domaine qui s'érige comme une cage aux fauves. La narratrice n'a pas eu le temps de se remettre de ses émotions que déjà elle doit affronter la dure réalité des réunions de travail tenues par un patron pontifiant. Elle n'est plus dans le système du Tout le monde il est beau, il est gentil, elle s'est déconnecté de ce séminaire lénifiant et elle prend conscience de l'aberration de son travail et surtout des conditions d'exploitation des produits qu'elle est chargée de promotionner. Le rythme va crescendo, et le lecteur arrivé à l'épilogue ne peut que se poser moult questions sur l'efficacité et la légitimité de certains médicaments. De toute façon l'actualité est là pour nous le rappeler.


A lire également :  Carrières noires.


Et n'oubliez pas de visiter le catalogue des éditions SKA.


Elena PIACENTINI : Double casquette. Editions SKA, collection Noire Sœur. 0,99€.

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12 mai 2014 1 12 /05 /mai /2014 12:32

Ferrat chantait : Ma môme...

 

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Belle comme un tournesol perdu dans un champ de pommes de terre. Blonde, les yeux bleus, elle détone dans cette cité de Sarcelle, au bloc F, plus précisément. Elle n'a que seize ans, et pourtant elle sait tant de choses. Le narrateur n'a d'yeux que pour elle.

Elle est même devenue son amie, Laurine, peut-être parce qu'il ne se conduit pas en goujat comme les autres, qui ne font que rigoler comme des gamins que la puberté démange. Il a dix-neuf ans, et a tout à apprendre de Laurine.

D'abord sa gentillesse, et puis sa conversation, son envie de partir, de découvrir le monde. Elle a un quelque chose en elle qui la rend différente, attirante, un peu comme une reine. Mais attention, elle ne snobe pas, elle n'est pas bégueule, elle vit juste dans son monde à elle. Les autres elle les ignore. Ils sont tellement bêtes avec leurs sifflets d'approche, leurs lazzis, leurs remarques déplacées.

Avec le narrateur, c'est pas pareil. Il lui parle de cinéma, de Matrix, de La Grande évasion, elle répond Jacques Tati ou Wim Wenders. Il ne comprend pas qu'au lieu d'apprécier les chanteurs (?) de la Star'Ac, elle préfère écouter des trucs et des gens qu'il ne connait pas dans ses casques audio qui lui font comme des boucles d'oreilles.

La première chanson parlait de montagne et de ciné, de vieux qui bouffent de la tomme de chèvre, de vol d'hirondelles et de Formica. Bonjour la misère ! Grave de chez grave ! Le second morceau valait guère mieux. Des niaiseries du style tout le monde, il est beau, tout le monde il est gentil : « Le vent dans tes cheveux blonds, le soleil à l'horizon, quelques mots d'une chanson, que c'est beau, c'est beau la vie ! » Des trucs de gonzesse, quoi ! 

Jusqu'au jour où tout dérape. Nous ne sommes pas dans un conte de fées, genre la Princesse et le crapaud.

Avec ses mots parfois frustres, parfois empreints de poésie, un langage de banlieue qui est celui de tous les jours, de ses gamins habitués à évoluer dans la rue, à la recherche de quelque chose qu'ils ne peuvent même pas définir, le narrateur explique son attirance pour Laurine, pour cette perle rare échouée dans la cité, une perle qui voudrait vivre ailleurs, dans un décor moins triste, moins affligeant, et surtout moins consternant.

Eric Fouassier nous offre un véritable exercice de style, tranchant totalement de ses œuvres précédentes, s'imprégnant de ce vocabulaire fleuri des banlieues, sans que son personnage pour autant se montre grossier ou vulgaire dans la narration de cette histoire écrite à la première personne. Un forme littéraire qui rappelle quelque peu Francis Carco dans Jésus la caille, par exemple, mais qui a évolué au fil des ans.

A lire également d'Eric Fouassier : Morts thématiques, Le Traducteur, Rien qu'une belle perdue et Bayard et le crime d'Amboise.


Eric FOUASSIER : Sa meuf. Editions SKA, collection Noire Soeur. E.Book. 0,99€.

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8 mai 2014 4 08 /05 /mai /2014 16:19

L'Obione du peuple !

 

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Même si la pomme est la représentation biblique du péché, une marque affichant ce fruit comme emblème joue les censeurs uniquement sur la photographie de couverture d'un roman sans se préoccuper du texte. Et nous pauvres pommes sommes sensés accepter cette dictature informatique. Avouons, après lecture, que cela ne mériterait de fouetter un chat. Moi je trouve qu'il est plus indécent de la part d'un pays qui se veux prude de vendre des armes en toute impunité à des adolescents. Voilà, c'est dit, passons maintenant aux choses sérieuses.

Entre 1870 et 1871, avec en toile de fond les événements de la Commune, nous suivons le parcours amoureux et sexuel d'une jeune femme qui préfère vendre son corps aux hommes, et accessoirement aux femmes, plutôt que de vendre son âme au Diable.

JB Troppmann portrait MMC GMUn rapport de police signale que la dénommée Marie-Louise B. a assisté en compagnie de trois autres pensionnaires d'un établissement de plaisir à l'exécution de l'assassin Troppmann. Elle est soupçonnée de fréquenter le club des Femmes dirigé par Nathalie Lemel. Seulement Marie-Louise est très appréciée d'hommes en vue dont un Pair de France et l'agent qui a rédigé le rapport demande si la surveillance de cette personne effectuée par les Mœurs doit être confiée aux Affaires Spéciales.NathalieLemelM08051921.jpg

En mai 1871, nous retrouvons Marie-Louise B., surnommée Loulou, cachée dans une encoignure de la rue du Petit Musc dans le Marais. Elle est traquée et n'ose pas s'aventurer plus loin. Les combats font rage entre Communards et Versaillais. Elle a participé au milieu de l'après-midi à une barricade de la rue Fontaine dirigée par Nathalie mais ils ont dû décrocher et dans la panique générale elle a balancé sa musette de cantinière et sa trousse à charpie.

C'est alors qu'elle ressent le sentiment d'être épiée et levant les yeux elle aperçoit au dessus d'elle une tête ébouriffée. Ce n'est qu'un homme qui lui propose de faire le mur à l'envers. Et comme elle entend les bruits provoqués par des souliers à clous, elle n'hésite pas attraper la corde qui a été lancée par dessus le faîte du mur et grimpe comme si elle n'avait fait que ça de toute sa vie. Elle atterrit dans le jardin du couvent des Visitandines. L'homme se présente comme le jardinier, et se récrie d'être curé. Il s'appelle Alphonse et déclare être au service des sœurs depuis quinze ans. Quoique Loulou ne soit pas une adepte de la religion, elle accepte la proposition d'Alphonse, celle d'une bonne soupe qui va la requinquer, puis d'un verre de vin qui est suivi de quelques autres et lui tourne la tête légèrement.

Alphonse est remonté contre les militaires, les insurgés, l'Empire en général et de Thiers en particulier. Il garde de la campagne de Sébastopol un souvenir derrière l'oreille, un trou qui n'est pas près d'être rebouché. Loulou est une adepte de la liberté des mœurs, pensant que si celle-ci est acquise, les femmes ne seront plus obligée à exercer le plus ancien métier du monde.

Afin de lui prouver sa reconnaissance, elle commence à caresser Alphonse, qui n'a pas connu les faveurs d'une femme depuis belle lurette, puis tout se termine sur la paillasse du bonhomme. De ce côté là le jardin, même s'il est en friche, est rapidement débroussaillé.

visitandines.jpgLe jardinier et la fille en fuite s'entendent bien, mais un jour Loulou est convoquée auprès de la mère supérieure laquelle a eu vent de sa présence. Loulou n'est pas une adepte de la religion, mais sa survie dans le couvent passe par des concessions. Et elle prouvera à Sœur Marie des Anges de la Sainte-Famille qu'elle comprend parfaitement où est son intérêt, et que si elle est habituée à flatter les hommes, les rapports entre femmes ne peuvent la laisser indifférente. L'union de la foi et de l'athéisme.

Personnages réels et inventés cohabitent dans cette nouvelle joyeusement érotique tout en étant historique. Le personnage de Loulou est éminemment sympathique de par ses prises de positions, tant physiques que morales, mais elle n'est pas la seule. Le jardinier Alphonse, qui vit dans une communauté de femmes sans penser à mal (mâle ?), et qui comme Candide, le héros de Voltaire, trouve le bonheur simple en cultivant son jardin.

Si le côté érotique est traité avec presque de la pudeur, le côté révolutionnaire ne pourra laisser indifférent l'amateur de Liberté et de Justice. Souvent les Communards ont été décriés, alors que Thiers et les Versaillais étaient érigés en sauveurs du peuple parisien. Du moins c'est ce que j'en ai retenu des articles qui figuraient dans mes livres d'histoire lorsque j'étais enfant puis néo-adolescent. Et c'est ainsi que les images que se forgent un gamin de la réalité sont parfois trompeuses à cause des partis pris des rédacteurs des manuels scolaires.

Mais c'est aussi un hommage à la femme combattante, qui lutte pour son émancipation, pour l'égalité des sexes - un combat long, pas forcément vain mais toujours en gestation - qui se heurte à la prédominance masculine, mais également à l'inertie d'une grande partie de la gent féminine de l'époque qui se complait dans son rôle de potiche. La femme forte qui souvent montra la voie à suivre aux hommes démunis et leur insuffla le courage de continuer le combat. Qu'elle soit célèbre ou simplement militante anonyme.

 

Et vous partagerez avec moi ce le bonheur de lecture de Sœur Fouettard dont la seconde partie Angélique dont la fiche de présentation est ainsi rédigée :

Stupre et pénitence

Où Les Visitandines se dévergondent sans vergogne dans le couvent lupanar

 

Enfin pour consulter le catalogue SKA (Romans et nouvelles), deux adresses :  

Ska Editeur et vous pouvez également accéder à la E-librairie SKA.

 

Elle est pas belle la vie ?

 

A lire également de Max Obione : Daisybelle, GUN, Le Jeu du lézard, Scarelife, L'ironie du Short, Gaufre royale et Boulette.


Max OBIONE : Sœur Fouettard. 1ère Partie LOULOU.

Collection Culissime. Editions SKA. 35 pages environ. 1,99€.

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22 avril 2014 2 22 /04 /avril /2014 12:08

Quatre boules de cuir...

 

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Certains sports semblent réservés aux cabossés de la vie, à ceux qui doivent démontrer qu'ils existent, ou à ceux qui veulent combattre le mauvais sort qui s'acharne sur une catégorie de petites gens, de rejetés de la société, de relégués aux oubliettes. Ces personnes, des adolescents en général, pensent devoir faire leur preuve en combattant, en se servant de leur poings, mais en toute légalité et selon un code préétabli possédant ses règles écrites.

Ainsi la boxe, qui est un sport pratiqué depuis que l'homme sait se servir de ses poings, et dont le marquis de Queensberry a édicté les règles en 1865, même si lui a été conférée l'appellation de Noble art, est plus souvent réservé aux représentants des couches dites défavorisées.

Ali Mestara fils de harki, français de nationalité, doit affronter ce soir-là un adversaire réputé comme un puncheur redoutable. Ce sera son troisième combat comme indépendant et l'avenir lui tend les bras. Car Ali possède des atouts indéniables, tel qu'un jeu de jambes que ne renierait pas une danseuse étoile et l'art de l'esquive comme l'anguille qu'on ne peut tenir dans un main. Et sans oublier que ses coups peuvent aussi être destructeurs. Ce soir là, lorsque le narrateur arrive en vue de la salle où doit se dérouler le combat, les spectateurs passionnés et en grande majorité acquis à la cause d'Ali, se pressent déjà aux guichets. L'affiche est alléchante et la recette devrait permettre au club de conforter ses finances. Seulement quelque chose ne va pas.

Le combat vedette entre Ali et son adversaire semble compromis. Ali, d'après un des dirigeants, ne veut plus boxer. Hugo son entraîneur et le président du club ont beau essayer de l'infléchir dans sa décision, Ali est catégorique. Il ne veut pas combattre ce soir. Pour la simple et bonne raison qu'il s'inquiète pour son père. Ali est touché avant le gong dans son cœur, dans son âme, dans sa raison, dans son honneur, dans ses croyances, dans sa naïveté. Jamais il n'aurait pu imaginé ce qui est arrivé à son père. Candide il pensait être à l'abri de ce genre de démonstration de violence. Son père a été agressé par des légionnaires. C'est plus qu'un affront, c'est un monde qui s'écroule.

 

baglin.jpgEn peu de mots, qui cinglent, qui fouettent, qui font mal sans avoir l'air d'être assénés, Michel Baglin met en scène ce que l'on appelle un fait-divers. Une information devenue banale que relatent avec complaisance et fausse commisération parfois des journaux. Que dénoncent des hommes politiques qui pensent plus à leur image de marque qu'à exprimer le fond de leur pensée. Une indignité de façade. Le racisme aveugle perpétré par ceux qui justement ne le sont pas aveugles et qui s'en prennent sans cause, uniquement pour le plaisir, à des personnes dont la tête ne leur revient pas. Ce que l'on nomme le délit de faciès.

Et Michel Baglin sans effets de phrases tordues, sans déclaration tonitruante, mais avec retenue et pudeur montre la réalité, la dénonce à travers un jeune qui espérait en son pays et qui se sent trahi. Il écrit une parabole à méditer et non pas à lire comme une simple historiette. Le désir et l'idée de l'intégration sont mises à mal et il n'est pas anodin que ce soit des légionnaires qui soient à l'origine de ce qui est appelé communément ratonnade. Mais il aurait pu mettre à la place des légionnaires, tout autre corporation au service l'état comme... Je vous laisse remplir les blancs.


A lire également de Michel Baglin : La balade de l'escargot.

 

A commander si vous le voulez sur le site de la librairie SKA


Michel BAGLIN : Le dernier combat. Nouvelle. Collection Noire Sœur. Editions SKA. Ebook 0,99€.

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19 avril 2014 6 19 /04 /avril /2014 09:35

Schizo freine, motard à l'horizon !

 

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L'univers de Jan Thirion est alambiqué : Sous la noirceur se cache le rose, sous l'aspect sérieux se masque l'ironie mordante, voire coupante. L'humour et le drame se côtoient et font même bon ménage.

Dans un bar Diane reçoit un appel téléphonique et se rend compte que son correspondant n'est autre qu'un client assis à quelques tables d'elle. Tout en manipulant avec détachement une paire de ciseaux, comme elle le ferait avec un briquet, elle observe du coin de l'œil ce qui se trouve autour d'elle, mais elle évite le miroir, elle n'aime pas se retrouver en face d'elle le matin. Le client, chauve mais aux mains fines, porte un blouson de cuir, et Diane se sent attirée par la griserie de la vitesse. Comme s'il avait deviné les pensées de Diane l'homme se lève avec deux casques à la main. Il y en a un pour elle. Le voyage s'effectue dans la douceur.

Le conducteur, le moyen de locomotion ont changé, mais la destination est toujours la même. Un hôtel où elle a rendez-vous, toujours le même, toujours la même chambre, toujours le même client.

Jean-Claude, son ami, n'en sait rien, cela ne le regarde pas. Et puis il est tellement occupé avec ses motos miniatures de collection.

Dans la chambre, l'homme l'attend. Elle se déshabille, emportant avec elle ses ciseaux, puis le rejoint. Déjà allongé sur le lit, vêtu d'une combinaison de latex, quatre membres entravés, le cinquième, celui du milieu, attendant le bon vouloir des mains expertes de Diane. Il a le visage masqué. Seuls ses yeux bordés de latex noir sont apparents.

Seulement aujourd'hui Diane a prévu une autre occupation.

 

Tout en finesse et en subtilité Jan Thirion use d'un artifice qui a établi ses preuves efficaces depuis que la littérature existe ou presque. Mais ceci n'est qu'une mise en bouche, car le principe dévoilé, c'est une autre histoire qui nous est dévoilée tout en étant dans le prolongement de la première. Et comme dans toute nouvelle bien construite, la chute est renversante.

Juste une petite remarque en passant, qui vous est adressée Mesdames. Si votre conjoint ou compagnon se passionne soudain pour des voitures ou des motos miniatures, demandez vous pourquoi !

N'hésitez pas à compulser le catalogue des éditions SKA.


Jan THIRION : Schizo. Nouvelle. Editions Ska. 0,99€.

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