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12 mai 2014 1 12 /05 /mai /2014 12:32

Ferrat chantait : Ma môme...

 

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Belle comme un tournesol perdu dans un champ de pommes de terre. Blonde, les yeux bleus, elle détone dans cette cité de Sarcelle, au bloc F, plus précisément. Elle n'a que seize ans, et pourtant elle sait tant de choses. Le narrateur n'a d'yeux que pour elle.

Elle est même devenue son amie, Laurine, peut-être parce qu'il ne se conduit pas en goujat comme les autres, qui ne font que rigoler comme des gamins que la puberté démange. Il a dix-neuf ans, et a tout à apprendre de Laurine.

D'abord sa gentillesse, et puis sa conversation, son envie de partir, de découvrir le monde. Elle a un quelque chose en elle qui la rend différente, attirante, un peu comme une reine. Mais attention, elle ne snobe pas, elle n'est pas bégueule, elle vit juste dans son monde à elle. Les autres elle les ignore. Ils sont tellement bêtes avec leurs sifflets d'approche, leurs lazzis, leurs remarques déplacées.

Avec le narrateur, c'est pas pareil. Il lui parle de cinéma, de Matrix, de La Grande évasion, elle répond Jacques Tati ou Wim Wenders. Il ne comprend pas qu'au lieu d'apprécier les chanteurs (?) de la Star'Ac, elle préfère écouter des trucs et des gens qu'il ne connait pas dans ses casques audio qui lui font comme des boucles d'oreilles.

La première chanson parlait de montagne et de ciné, de vieux qui bouffent de la tomme de chèvre, de vol d'hirondelles et de Formica. Bonjour la misère ! Grave de chez grave ! Le second morceau valait guère mieux. Des niaiseries du style tout le monde, il est beau, tout le monde il est gentil : « Le vent dans tes cheveux blonds, le soleil à l'horizon, quelques mots d'une chanson, que c'est beau, c'est beau la vie ! » Des trucs de gonzesse, quoi ! 

Jusqu'au jour où tout dérape. Nous ne sommes pas dans un conte de fées, genre la Princesse et le crapaud.

Avec ses mots parfois frustres, parfois empreints de poésie, un langage de banlieue qui est celui de tous les jours, de ses gamins habitués à évoluer dans la rue, à la recherche de quelque chose qu'ils ne peuvent même pas définir, le narrateur explique son attirance pour Laurine, pour cette perle rare échouée dans la cité, une perle qui voudrait vivre ailleurs, dans un décor moins triste, moins affligeant, et surtout moins consternant.

Eric Fouassier nous offre un véritable exercice de style, tranchant totalement de ses œuvres précédentes, s'imprégnant de ce vocabulaire fleuri des banlieues, sans que son personnage pour autant se montre grossier ou vulgaire dans la narration de cette histoire écrite à la première personne. Un forme littéraire qui rappelle quelque peu Francis Carco dans Jésus la caille, par exemple, mais qui a évolué au fil des ans.

A lire également d'Eric Fouassier : Morts thématiques, Le Traducteur, Rien qu'une belle perdue et Bayard et le crime d'Amboise.


Eric FOUASSIER : Sa meuf. Editions SKA, collection Noire Soeur. E.Book. 0,99€.

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8 mai 2014 4 08 /05 /mai /2014 16:19

L'Obione du peuple !

 

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Même si la pomme est la représentation biblique du péché, une marque affichant ce fruit comme emblème joue les censeurs uniquement sur la photographie de couverture d'un roman sans se préoccuper du texte. Et nous pauvres pommes sommes sensés accepter cette dictature informatique. Avouons, après lecture, que cela ne mériterait de fouetter un chat. Moi je trouve qu'il est plus indécent de la part d'un pays qui se veux prude de vendre des armes en toute impunité à des adolescents. Voilà, c'est dit, passons maintenant aux choses sérieuses.

Entre 1870 et 1871, avec en toile de fond les événements de la Commune, nous suivons le parcours amoureux et sexuel d'une jeune femme qui préfère vendre son corps aux hommes, et accessoirement aux femmes, plutôt que de vendre son âme au Diable.

JB Troppmann portrait MMC GMUn rapport de police signale que la dénommée Marie-Louise B. a assisté en compagnie de trois autres pensionnaires d'un établissement de plaisir à l'exécution de l'assassin Troppmann. Elle est soupçonnée de fréquenter le club des Femmes dirigé par Nathalie Lemel. Seulement Marie-Louise est très appréciée d'hommes en vue dont un Pair de France et l'agent qui a rédigé le rapport demande si la surveillance de cette personne effectuée par les Mœurs doit être confiée aux Affaires Spéciales.NathalieLemelM08051921.jpg

En mai 1871, nous retrouvons Marie-Louise B., surnommée Loulou, cachée dans une encoignure de la rue du Petit Musc dans le Marais. Elle est traquée et n'ose pas s'aventurer plus loin. Les combats font rage entre Communards et Versaillais. Elle a participé au milieu de l'après-midi à une barricade de la rue Fontaine dirigée par Nathalie mais ils ont dû décrocher et dans la panique générale elle a balancé sa musette de cantinière et sa trousse à charpie.

C'est alors qu'elle ressent le sentiment d'être épiée et levant les yeux elle aperçoit au dessus d'elle une tête ébouriffée. Ce n'est qu'un homme qui lui propose de faire le mur à l'envers. Et comme elle entend les bruits provoqués par des souliers à clous, elle n'hésite pas attraper la corde qui a été lancée par dessus le faîte du mur et grimpe comme si elle n'avait fait que ça de toute sa vie. Elle atterrit dans le jardin du couvent des Visitandines. L'homme se présente comme le jardinier, et se récrie d'être curé. Il s'appelle Alphonse et déclare être au service des sœurs depuis quinze ans. Quoique Loulou ne soit pas une adepte de la religion, elle accepte la proposition d'Alphonse, celle d'une bonne soupe qui va la requinquer, puis d'un verre de vin qui est suivi de quelques autres et lui tourne la tête légèrement.

Alphonse est remonté contre les militaires, les insurgés, l'Empire en général et de Thiers en particulier. Il garde de la campagne de Sébastopol un souvenir derrière l'oreille, un trou qui n'est pas près d'être rebouché. Loulou est une adepte de la liberté des mœurs, pensant que si celle-ci est acquise, les femmes ne seront plus obligée à exercer le plus ancien métier du monde.

Afin de lui prouver sa reconnaissance, elle commence à caresser Alphonse, qui n'a pas connu les faveurs d'une femme depuis belle lurette, puis tout se termine sur la paillasse du bonhomme. De ce côté là le jardin, même s'il est en friche, est rapidement débroussaillé.

visitandines.jpgLe jardinier et la fille en fuite s'entendent bien, mais un jour Loulou est convoquée auprès de la mère supérieure laquelle a eu vent de sa présence. Loulou n'est pas une adepte de la religion, mais sa survie dans le couvent passe par des concessions. Et elle prouvera à Sœur Marie des Anges de la Sainte-Famille qu'elle comprend parfaitement où est son intérêt, et que si elle est habituée à flatter les hommes, les rapports entre femmes ne peuvent la laisser indifférente. L'union de la foi et de l'athéisme.

Personnages réels et inventés cohabitent dans cette nouvelle joyeusement érotique tout en étant historique. Le personnage de Loulou est éminemment sympathique de par ses prises de positions, tant physiques que morales, mais elle n'est pas la seule. Le jardinier Alphonse, qui vit dans une communauté de femmes sans penser à mal (mâle ?), et qui comme Candide, le héros de Voltaire, trouve le bonheur simple en cultivant son jardin.

Si le côté érotique est traité avec presque de la pudeur, le côté révolutionnaire ne pourra laisser indifférent l'amateur de Liberté et de Justice. Souvent les Communards ont été décriés, alors que Thiers et les Versaillais étaient érigés en sauveurs du peuple parisien. Du moins c'est ce que j'en ai retenu des articles qui figuraient dans mes livres d'histoire lorsque j'étais enfant puis néo-adolescent. Et c'est ainsi que les images que se forgent un gamin de la réalité sont parfois trompeuses à cause des partis pris des rédacteurs des manuels scolaires.

Mais c'est aussi un hommage à la femme combattante, qui lutte pour son émancipation, pour l'égalité des sexes - un combat long, pas forcément vain mais toujours en gestation - qui se heurte à la prédominance masculine, mais également à l'inertie d'une grande partie de la gent féminine de l'époque qui se complait dans son rôle de potiche. La femme forte qui souvent montra la voie à suivre aux hommes démunis et leur insuffla le courage de continuer le combat. Qu'elle soit célèbre ou simplement militante anonyme.

 

Et vous partagerez avec moi ce le bonheur de lecture de Sœur Fouettard dont la seconde partie Angélique dont la fiche de présentation est ainsi rédigée :

Stupre et pénitence

Où Les Visitandines se dévergondent sans vergogne dans le couvent lupanar

 

Enfin pour consulter le catalogue SKA (Romans et nouvelles), deux adresses :  

Ska Editeur et vous pouvez également accéder à la E-librairie SKA.

 

Elle est pas belle la vie ?

 

A lire également de Max Obione : Daisybelle, GUN, Le Jeu du lézard, Scarelife, L'ironie du Short, Gaufre royale et Boulette.


Max OBIONE : Sœur Fouettard. 1ère Partie LOULOU.

Collection Culissime. Editions SKA. 35 pages environ. 1,99€.

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22 avril 2014 2 22 /04 /avril /2014 12:08

Quatre boules de cuir...

 

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Certains sports semblent réservés aux cabossés de la vie, à ceux qui doivent démontrer qu'ils existent, ou à ceux qui veulent combattre le mauvais sort qui s'acharne sur une catégorie de petites gens, de rejetés de la société, de relégués aux oubliettes. Ces personnes, des adolescents en général, pensent devoir faire leur preuve en combattant, en se servant de leur poings, mais en toute légalité et selon un code préétabli possédant ses règles écrites.

Ainsi la boxe, qui est un sport pratiqué depuis que l'homme sait se servir de ses poings, et dont le marquis de Queensberry a édicté les règles en 1865, même si lui a été conférée l'appellation de Noble art, est plus souvent réservé aux représentants des couches dites défavorisées.

Ali Mestara fils de harki, français de nationalité, doit affronter ce soir-là un adversaire réputé comme un puncheur redoutable. Ce sera son troisième combat comme indépendant et l'avenir lui tend les bras. Car Ali possède des atouts indéniables, tel qu'un jeu de jambes que ne renierait pas une danseuse étoile et l'art de l'esquive comme l'anguille qu'on ne peut tenir dans un main. Et sans oublier que ses coups peuvent aussi être destructeurs. Ce soir là, lorsque le narrateur arrive en vue de la salle où doit se dérouler le combat, les spectateurs passionnés et en grande majorité acquis à la cause d'Ali, se pressent déjà aux guichets. L'affiche est alléchante et la recette devrait permettre au club de conforter ses finances. Seulement quelque chose ne va pas.

Le combat vedette entre Ali et son adversaire semble compromis. Ali, d'après un des dirigeants, ne veut plus boxer. Hugo son entraîneur et le président du club ont beau essayer de l'infléchir dans sa décision, Ali est catégorique. Il ne veut pas combattre ce soir. Pour la simple et bonne raison qu'il s'inquiète pour son père. Ali est touché avant le gong dans son cœur, dans son âme, dans sa raison, dans son honneur, dans ses croyances, dans sa naïveté. Jamais il n'aurait pu imaginé ce qui est arrivé à son père. Candide il pensait être à l'abri de ce genre de démonstration de violence. Son père a été agressé par des légionnaires. C'est plus qu'un affront, c'est un monde qui s'écroule.

 

baglin.jpgEn peu de mots, qui cinglent, qui fouettent, qui font mal sans avoir l'air d'être assénés, Michel Baglin met en scène ce que l'on appelle un fait-divers. Une information devenue banale que relatent avec complaisance et fausse commisération parfois des journaux. Que dénoncent des hommes politiques qui pensent plus à leur image de marque qu'à exprimer le fond de leur pensée. Une indignité de façade. Le racisme aveugle perpétré par ceux qui justement ne le sont pas aveugles et qui s'en prennent sans cause, uniquement pour le plaisir, à des personnes dont la tête ne leur revient pas. Ce que l'on nomme le délit de faciès.

Et Michel Baglin sans effets de phrases tordues, sans déclaration tonitruante, mais avec retenue et pudeur montre la réalité, la dénonce à travers un jeune qui espérait en son pays et qui se sent trahi. Il écrit une parabole à méditer et non pas à lire comme une simple historiette. Le désir et l'idée de l'intégration sont mises à mal et il n'est pas anodin que ce soit des légionnaires qui soient à l'origine de ce qui est appelé communément ratonnade. Mais il aurait pu mettre à la place des légionnaires, tout autre corporation au service l'état comme... Je vous laisse remplir les blancs.


A lire également de Michel Baglin : La balade de l'escargot.

 

A commander si vous le voulez sur le site de la librairie SKA


Michel BAGLIN : Le dernier combat. Nouvelle. Collection Noire Sœur. Editions SKA. Ebook 0,99€.

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19 avril 2014 6 19 /04 /avril /2014 09:35

Schizo freine, motard à l'horizon !

 

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L'univers de Jan Thirion est alambiqué : Sous la noirceur se cache le rose, sous l'aspect sérieux se masque l'ironie mordante, voire coupante. L'humour et le drame se côtoient et font même bon ménage.

Dans un bar Diane reçoit un appel téléphonique et se rend compte que son correspondant n'est autre qu'un client assis à quelques tables d'elle. Tout en manipulant avec détachement une paire de ciseaux, comme elle le ferait avec un briquet, elle observe du coin de l'œil ce qui se trouve autour d'elle, mais elle évite le miroir, elle n'aime pas se retrouver en face d'elle le matin. Le client, chauve mais aux mains fines, porte un blouson de cuir, et Diane se sent attirée par la griserie de la vitesse. Comme s'il avait deviné les pensées de Diane l'homme se lève avec deux casques à la main. Il y en a un pour elle. Le voyage s'effectue dans la douceur.

Le conducteur, le moyen de locomotion ont changé, mais la destination est toujours la même. Un hôtel où elle a rendez-vous, toujours le même, toujours la même chambre, toujours le même client.

Jean-Claude, son ami, n'en sait rien, cela ne le regarde pas. Et puis il est tellement occupé avec ses motos miniatures de collection.

Dans la chambre, l'homme l'attend. Elle se déshabille, emportant avec elle ses ciseaux, puis le rejoint. Déjà allongé sur le lit, vêtu d'une combinaison de latex, quatre membres entravés, le cinquième, celui du milieu, attendant le bon vouloir des mains expertes de Diane. Il a le visage masqué. Seuls ses yeux bordés de latex noir sont apparents.

Seulement aujourd'hui Diane a prévu une autre occupation.

 

Tout en finesse et en subtilité Jan Thirion use d'un artifice qui a établi ses preuves efficaces depuis que la littérature existe ou presque. Mais ceci n'est qu'une mise en bouche, car le principe dévoilé, c'est une autre histoire qui nous est dévoilée tout en étant dans le prolongement de la première. Et comme dans toute nouvelle bien construite, la chute est renversante.

Juste une petite remarque en passant, qui vous est adressée Mesdames. Si votre conjoint ou compagnon se passionne soudain pour des voitures ou des motos miniatures, demandez vous pourquoi !

N'hésitez pas à compulser le catalogue des éditions SKA.


Jan THIRION : Schizo. Nouvelle. Editions Ska. 0,99€.

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  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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