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22 juin 2015 1 22 /06 /juin /2015 07:45
Franck PAVLOFF : Le vent des fous.

Il est vrai que le vent rend fou parfois...

Franck PAVLOFF : Le vent des fous.

Ancien baroudeur, ancien mercenaire, Victor Boris a quitté l'Afrique où il a connu quelques déboires que nous connaîtrons à la fin de cette histoire.

Pour l'heure il est en villégiature, si l'on peut dire, dans un couvent des Hautes Alpes. Il se refait une santé, il s'oxygène, il en apprécie la quiétude, mais il n'est pas pour autant cloitré. Il se ressource pour employer un mot à la mode. D'ailleurs il ne se prive pas d'arpenter la région à bord de sa DS qu'il bichonne et dont il est assez fier. Après le bol d'air il déguste une consommation au café du village, chez Ornella.

Drôle de village que Sauveterre puisqu'il abrite une communauté de harkis, une autre de jeunes loubards marseillais et une maison de retraite pour anciens du spectacle. Le passé de Victor est derrière lui mais il le rejoint lors de la découverte d'un cadavre encore tout chaud dans les jardins du couvent. Le lendemain le cadavre est toujours là, mais le meurtre a été trafiqué.

Le mort est un jeune délinquant échappé de Lapalud, la communauté des Marseillais. Victor Boris fait la connaissance de Lalou qui, ancienne prostituée, s'est reconvertie comme antiquaire, se ménageant les faveurs du maire du village. D'autres cadavres parsèment le chemin de Victor Boris: Stanislas, ancien vieux beau de la scène, puis Lalou.

A chaque fois les crimes ont été‚ maquillés. Sur ces affaires plane un étrange trafic de tableaux de maîtres. En compagnie d'Ornella, Victor Boris mène son enquête, parallèlement à celle de la police, et son passé lui rebondit entre les dents.

 

Franck Pavloff met en scène un personnage dont le passé est dévoilé peu à peu, attisant la curiosité du lecteur. Mais ce n'est pas la seule force de l'intrigue. Par la même occasion l'auteur dénonce quelque peu l'exclusion, des harkis principalement, et l'histoire d'aujourd'hui rejoint celle d'hier.

Parfois onirique, Frank Pavloff use de métaphores et son écriture est ample, l'inverse des auteurs de romans noirs qui utilisent un style haché.

 

Rien de tel pour éponger l'inquiétude d'un religieux que de sortir la serpillière du positivisme.

Les contours du village de Sauveterre tremblotaient comme un mirage, un paillasson mal secoué avec quelques touffes d'arbres en manque de chlorophylle.

Franck PAVLOFF : Le vent des fous. Série Noire N° 2334. Parution janvier 1994. 208 pages. 6,65€. Disponible sur le site de la Série Noire

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21 juin 2015 7 21 /06 /juin /2015 11:29

Bon anniversaire à Elena Arseneva, née le 21 juin 1958.

Elena ARSENEVA : La fourche du Diable.

En cette fin de l’an de grâce 1073, la petite ville de Kremni s’apprête à fêter Noël tout en sacrifiant avec joie aux rites païens qui se traduisent par un carnaval masqué auquel tous les habitants participent, quelle que soit leur condition et leur rang dans la société.

Un qui ne pourra partager cette liesse populaire, c’est bien Procope, le fils aîné d’Olaf, le richissime seigneur du lieu. Il est retrouvé dans une clairière, au lieu dit la Fourche du Diable, affreusement mutilé. Mais s’il a eu la main tranchée et a été énucléé, une estafilade à la poitrine un coup de poignard au cœur, il semble que le décès soit dû à un empoisonnement.

Toutefois la mise en scène est signée : il ne peut s’agir que d’un meurtre perpétré par les Drégoves, de dangereux païens installés dans la forêt proche. Olaf requiert auprès du prince Vladimir de dépêcher sur les lieux son meilleur enquêteur.

Artem, puisque c’est de lui qu’il s’agit, arrive en compagnie de son fils adoptif, Philippos, et de ses deux fidèles Varlets, Mitko et Vassili.

Un étrange personnage habite non loin du lieu du meurtre. Il s’agit du Passeur, reconnu comme sorcier et vivant en ermite, que les habitants de Krimni considèrent comme une brebis galeuse, capable de tous les maux mais qu’ils ne dédaignent pas consulter à l’occasion, pour se procurer quelque potion magique.

Au château la tension règne. Natalia, la jeune veuve est sur la corde raide, car sans enfant, elle ne pourra rester longtemps et devra se trouver un autre mari. Olaf songe à convoler une nouvelle fois ce qui n’est pas du goût de ses autres enfants, Stepan et Ipate, les garçons, et Alia, turbulente jeune fille qui ne s’en laisse pas conter.

Mais Artem et ses acolytes côtoient également Titos, le médecin grec, un érudit dont ils se demandent pourquoi il s’est installé dans une petite bourgade comme Krimni. Et puis il y a aussi leur logeuse, Varvara, la belle et jeune veuve qui a eu un garçon du fruit de ses amours éphémères avec Stépan. D’autres décès se succèdent, d’autres meurtres, signés plus ou moins de la même manière, et sur lesquels plane l’ombre du liéchy, le démon tout puissant qui règne sur les bois et les forêts.

 

Nimbé d’une aura de sorcellerie, de superstitions, dans une ambiance de fêtes païennes et de religion orthodoxe, de carnaval et des cérémonies proches de la Nativité, ce roman d’Elena Arseneva nous propose une incursion dans le moyen âge de la Russie, période méconnue de l’histoire mais qui se révèle riche et moins obscurantiste que l’on pourrait le croire. Le commerce et la culture intellectuelle sont en plein épanouissement, avant de sombrer dans des siècles de régression avec l’invasion des Koumans ou Tatars.

Elena Arseneva nous livre un roman qui éclaire d’une façon particulièrement vivante une époque et une contrée secrètes et mystérieuses. Un plongeon vivifiant, exotique, historique, à la limite du fantastique, mais en aucun cas rébarbatif.

 

Elena ARSENEVA : La fourche du Diable. Collection Grands Détectives N° 3412, éditions 10/18. Parution mai 2002. 320 pages. 7,50€

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21 juin 2015 7 21 /06 /juin /2015 09:21
Laurent FETIS : Le mal du double-bang.

Pourrait être le Big-bang...

Laurent FETIS : Le mal du double-bang.

Rico, propriétaire d’un garage à Béroir, la capitale du Midi, est habillé été comme hiver d’une chemise jaune héliotrope, artistiquement froissée, et d’un costume italien couleur bleu cobalt.

Un chapeau mou de même couleur et des chaussures blanches complètent sa tenue vestimentaire. Avec son œil gauche qui clignote de manière incontrôlée, il ressemble à un gangster. Au gangster qu’il est d’ailleurs, car son garage n’est qu’une couverture. Mais ce n’est qu’un minable petit malfrat, tenu pour quantité négligeable par les truands de la ville, les vrais, les durs, les pros.

Sa femme Bélinda est responsable de la bonne tenue d’un trio de gagneuses zaïroises. Quant à son frère Gus, vingt ans, il se came, exécutant à la lettre les ordres de son frère. Trafics d’autoradios, de bagnoles, de faux-papiers, assurent de confortables revenus.

Mais Rico est ambitieux. Il veut devenir le caïd de Béroir et il n’hésite pas à s’attaquer à la Baleine et au Kabyle qui se partagent la ville. C’est Gus, qui enfermé dans un asile psychiatrique, nous raconte cette épopée épique, parfois haute en couleurs et assaisonnée à la sauce du double-bang, une drogue spéciale concoctée par Arthur Hylgon, le chimiste bidouilleur de came et bras droit de la Baleine. Les autres personnages qui complètent la galerie de portraits peints pas Laurent Fétis oscillent entre farce et attrape.

Si cette histoire de tentative d’ascension par un petit malfrat dans la coterie huppée du grand banditisme ne manque pas d’humour, versant parfois dans la caricature grandguignolesque, le côté apothéose de la came me laisse dubitatif et un rien songeur. Il faut soigner le mal par le mal parait-il, soit, mais il est difficile d’accrocher à cette attirance.

Mais ce n’est que le simple avis d’un lecteur lambda et sexagénaire qui ne comprend pas cette attirance à la drogue.

Laurent FETIS : Le mal du double-bang.

Laurent FETIS : Le mal du double-bang. Série Noire n° 2305. Parution octobre 1992. 272 pages. Réédition Collection Baleine Noire. Editions Baleine. Parution décembre 2009. 326 pages.

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20 juin 2015 6 20 /06 /juin /2015 10:59
Olivier THIEBAUT : L'enfant de cœur.

N'en était pas un !

Olivier THIEBAUT : L'enfant de cœur.

Féru de poésie et rimailleur à ses heures, Benoît, dix sept ans, tue sa mère à coups de couteau, et aux policiers qu'il a appelé, dénonce Antoine Lacaze, l'amant de sa génitrice, comme le meurtrier.

Au commissaire qui prend sa déposition, qui l'invite au restaurant et le fait parler, il raconte sa version édulcorée des faits. La jeunesse de Benoît n'a pas été toujours rose. Le divorce de ses parents, l'alcoolisme de sa mère et sa fringale sexuelle ont quelque peu perturbé son enfance.

L'amour des vers est un héritage paternel et il se plonge avec délice dans Rimbaud. Il revit les scènes qui l'ont marqué enfant, des scènes de violences entre ses parents, leur séparation, les algarades entre Antoine et sa mère, les moments au cours desquels sa mère recherchait une affection sexuelle auprès de lui, et il y incorpore ses rêves.

Des rêves de conquêtes féminines auprès de jeunes filles et qui se terminent toujours par des accidents. Antoine Lacaze se défend d'être le meurtrier mais Benoît ne démord pas de sa déposition. Ce jour là, Antoine a effectivement rendu visite à sa mère, lui a fait l'amour, d'ailleurs des traces de sperme l'attestent, puis il a essayé de renverser Benoît en fonçant en voiture sur lui.

Sa mère lui ayant fait une confidence, Benoît l'a tuée et il recherche auprès du commissaire confirmation. Benoît se rend auprès du cadavre à la morgue où il jette la perturbation parmi les corps qui gisent dans les tiroirs. Sa mère n'était pas enceinte comme elle le lui avait annoncé. Le commissaire confie Benoît à son père qui malgré tout aime son fils, mais Benoît l'accuse d'avoir été à l'origine de la déchéance de sa mère, de la multiplicité de ses amants, de son alcoolisme.

 

Olivier Thiébaut fait partie de cette nouvelle génération d'auteurs qui renouvellent le roman noir français, en lui apportant une dose d'intimisme, de sensibilité qui jusqu'alors n'apparaissait qu'en filigrane.

Le déroulement de cette histoire n'est que le prétexte à mettre en scène un personnage d'adolescent perturbé dans ses relations familiales, et principalement maternelles. Cette graine d'homme est engluée dans ses souvenirs, dans ses rêves, ses cauchemars, dans son ressentiment envers son père qui n'a pas su assumer son rôle de pater familias.

La poésie contribue pour une bonne part à l'atmosphère glauque, pernicieuse qui se dégage de ce roman. Quant à l'épilogue il est assez déroutant, logique et perturbant.

 

Ça vous arrive d'avoir à faire à des assassins sympathiques ?

Olivier THIEBAUT : L'enfant de cœur. Série Noire N°2332. Parution novembre 1993. 176 pages. 6,65€. Disponible sur le site de la Série Noire

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19 juin 2015 5 19 /06 /juin /2015 09:52

Bon anniversaire à Paul Halter né le 19 juin 1956.

Paul HALTER : Meurtre dans un manoir anglais.

Invités par un mystérieux Docteur Lenoir, Mlle Rose, Mme Leblanc, Mme Pervenche, le docteur Olive, le professeur Violet et le colonel Moutarde font connaissance en attendant leur hôte.

Celui-ci est absent, mais a laissé un message à leur intention. Il ne saurait tarder selon la missive. Il leur propose afin de passer le temps d’échanger leurs souvenirs concernant des affaires criminelles auxquelles ils ont tous été plus ou moins impliqués, et de se restaurer. Des indices ont été disposés dans les pièces de l’imposante bâtisse.

C’est mademoiselle Rose qui entame les débats en découvrant dans la bibliothèque un poignard. Elle narre comment son oncle et tuteur a été tué dans une bibliothèque alors qu’il était enfermé avec Philipp le prétendant de la jeune femme. Naturellement Philipp est accusé du meurtre pourtant il jure ses grands dieux n’y être pour rien. Cette énigme sera résolue peu après et le mystère de la chambre close se dénouera d’heureuse façon.

Comme entracte le docteur Lenoir a proposé une séance de tir au pistolet dans le jardin avant que sa propre histoire soit lue par le docteur Olive. Puis c’est au tour des autres de se vider chacun la conscience, en attendant l’arrivée de cet hôte fantôme. Seulement l’un d’eux a menti et le drame couve parmi cette assemblée.

 

Délicieusement rétro cette histoire de Paul Halter, fervent admirateur de John Dickson Carr, est un moment de détente dans une production de plus en plus noire.

L’ingéniosité et l’humour présents dans ce petit livre en font une récréation agréable et les historiettes en forme de nouvelles sont liées par l’emprunt des personnages du célèbre jeu de Cluedo.

Paul Halter sans faire de remous, sans que son nom soit souvent cité comme aspirant dans les trophées, s’avère comme le maître actuel de ce genre un peu désuet qui garde ses fervents admirateurs, et l’on ne peut que saluer son sens de l’intrigue, son habileté à construire ses énigmes, le tout allié à une solide écriture qui nous change des romans bâclés annoncés comme l’essence de la littérature moderne.

 

Paul HALTER : Meurtre dans un manoir anglais. Le Masque Jaune N°2409. Editions des Champs Elysées. Parution 16 septembre 1998. 156 pages.

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19 juin 2015 5 19 /06 /juin /2015 08:11
Tonino BENACQUISTA : Trois carrés rouges sur fond noir.

Pas facile de jouer au billard avec des boulées carrées !

Tonino BENACQUISTA : Trois carrés rouges sur fond noir.

Le jour, Antoine travaille dans une galerie d'Art moderne, accrochant les tableaux, disposant les œuvres à l'aide de marteaux et de crochets nés sous X.

Mais pour lui, un vernissage n'est que l'occasion, le lieu de rencontre de vieux tableaux et de jeunes cadres. Et même s'il côtoie des huiles, Antoine a l'impression de gouacher sa jeunesse.

Aussi, à dix-huit heure, il s'éclipse et sa joie de vivre, son évasion, il les trouve sur un bout de pré, moquette verte ou paissent deux boules d'ivoire et une rouge sang qu'il manie à la baguette.

Son univers, c'est le billard dans une salle enfumée.

C'est lors de l'exposition consacrée à Morand, virtuose du noir, que son avenir bascule, comme la statue qui lui tombe dessus. Une toile anachronique disparait et Antoine se réveille à l'hôpital, mais pas sur un billard.

Dès lors, en marge de la police, Antoine mène son enquête personnelle, à la force du poignet.

 

Tonino Benacquista puise allègrement dans ses souvenirs et ses expériences pour écrire ses romans. Rappelez-vous Epinglé comme une pin-up dans un placard de G.I. dans lequel un jeune émigré italien partait à la découverte de l'Amérique et du monde des jeux. Ou encore La Maldonne des sleepings, roman ferroviaire entre Paris et Venise en compagnie d'un couchettiste de wagon-lit.

Dans ce nouveau roman, il nous entraîne dans les mondes interlopes de la peinture et des joueurs de billard. Et disons tout net, en tranchant dans le vif que l'enquête conduite par son héros pathétique ne sera justement pas du billard.

Il ne se contente pas d'esquisser mais peint à grands coups de pinceaux une étude de mœurs joyeusement féroce, à l'aide d'une palette où prédominent le rouge et le noir.

Tonino BENACQUISTA : Trois carrés rouges sur fond noir.

Tonino BENACQUISTA : Trois carrés rouges sur fond noir. Série Noire N°2218. Parution 1990. Réédition Folio Policier N°49. Parution mai 1999. 240 pages. 6,40€. Disponible sur le site de la Série Noire.

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18 juin 2015 4 18 /06 /juin /2015 09:41
Joseph BIALOT : La nuit du souvenir.

Et le souvenir ne nuit pas... Quoique...

Joseph BIALOT : La nuit du souvenir.

L’enlèvement de son petit-fils Julien, la veille du Jour de l’An et sa reconstitution contre une énorme rançon n’abat pas Lucien Perrain. Au contraire, il se charge de remettre lui-même l’argent réclamé aux ravisseurs, dans la banlieue parisienne près d’Etampes.

Hélas la neige qui recouvre la campagne environnante d’un blanc linceul transformera cette nuit de fête en tragédie. Pour Lucien c’est un retour en arrière qui s’effectue. Les souvenirs affluent. Des souvenirs vieux de quarante cinq ans, la déportation, la vie, si l’on peut appeler ainsi l’existence larvaire dans le camp de concentration de Bonne Espérance.

Des images qui s’impriment en surimpression, lui faisant perdre les esprits, la notion du temps. Et c’est le drame.

Lucien Perrain abat les deux truands chargés de la transaction. Un geste irréfléchi, impulsif, subordonné à des souvenirs poignants. Le fil ténu qui pouvait le mener à son petit-fils semble irrémédiablement cassé.

 

Dans ce roman, Joseph Bialot puise dans ses souvenirs personnels tout en adaptant ce qui pourrait être un fait-divers.

L’humour qui imprégnait son précédent roman, Un violon pour Mozart n’est plus de mise. Ici, c’est le combat âpre d’un homme seul contre les éléments, contre l’adversité, contre lui-même : « Lucien Perrain vivait ainsi, tiraillé entre la nausée et cette passion féroce de respirer, de marcher, de chanter, de jouir qu’il connaissait si bien depuis quarante-cinq ans ».

Un roman qui s’inscrit directement dans la définition que Joseph Bialot donne du roman policier : « Le roman policier représente la tragédie moderne au quotidien. C’est une littérature qui permet d’explorer un univers où les situations individuelles sont poussées au paroxysme. Il y a dans tout roman noir un moment, un seul où tout bascule, où tout le code social, où tout le corps social, se trouve confronté avec sa logique à une situation affective. Et c’est le clash ». Une excellente réédition à ne pas manquer.

Joseph BIALOT : La nuit du souvenir.

Joseph BIALOT : La nuit du souvenir. Série Noire N°2215. Parution février 1990. 224 pages. Réédition Folio Policier N°603. Parution le 16 décembre 2010. 240 pages. 7,00€. Disponible sur le site de la Série Noire

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17 juin 2015 3 17 /06 /juin /2015 12:21
Daniel PICOULY : NEC.

Plus ultra... ?

Daniel PICOULY : NEC.

Lorsque le destin est lié à la reproduction sur carte postale d'une fresque italienne d'une peinture du XVe siècle, lorsqu'un commissaire est dirigé sur l'enquête de la crémation d'un diplomate Sud-Africain parce qu'on le juge trop nul pour réussir, lorsque des attachés d'ambassade désirent que cette enquête avorte, lorsqu'une pellicule photo joue au pigeon voyageur et lorsque plusieurs personnages ne pensent qu'à se tirer dans les pattes, cela donne un roman bizarre, aux formules à l'emporte-pièce, aux phrases oniriques et à l'action quelque peu embrouillée.

Mais Daniel Picouly avait-il envie d'écrire un roman à la trame littéraires ? Non. Il jongle avec les mots, et ses phrases courtes sont autant de déchirures figures de style.

Qu'il s'agisse de NEC? le héros-meurtrier, du commissaire Lomron, de Scoop le journaliste, de Météo l'arroseur de neige, de Béa l'accueillante, de Hondo, l'enfant fasciné par les allumettes, chacun vit avec ses souvenirs, ses allégories, ses envies accrochés à ses basques comme une colonie de pucerons sur une tige de rosier. L'humour et la mort rôdent, s'entrechoquent, et tout n'est que manipulations et images délétères.

Déroutant au premier abord NEC vaut plus par la description des personnages et leurs pulsions que pour l'intrigue faire-valoir. Si l'on a du mal à s'immiscer dans l'histoire labyrinthique, plus on approche de la sortie plus on est absorbé dans une description d'un délire apocalyptique, d'une chasse à l'homme nocturne dans des décors naturels issus d'un film noir et blanc impressionniste.

La Série Noire a accueilli par le passé d'autres romans qui sortaient d'un cadre bien défini et ce livre difficilement classable, à l'atmosphère sulfureuse et à l'écriture râpeuse, joue plus sur le concept surréaliste que sur une intrigue sortie d'un moule à la structure rigide.

 

Daniel PICOULY : NEC.

Daniel PICOULY : NEC. Série Noire N°2297. Première parution mai 1992. Nouvelle édition août 2003. 224 pages. 7,65€. Disponible sur le site de la Série Noire.

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16 juin 2015 2 16 /06 /juin /2015 09:40

Bon anniversaire à François Darnaudet né le 16 juin 1959.

François DARNAUDET : Les ports ont tous la même eau.

Sur un coup de tête, et parce qu’il en marre d’être commandé par de jeunes loups arrogants, sans foi ni loi, incompétents et vulgaires, Marsal claque la porte de la boîte d’informatique dans laquelle il travaille puis il quitte Bordeaux.

Il part un peu à l’aventure avec toutefois l’idée de revoir Anna-Maria, son ex et leurs deux filles. En compagnie de Rémy, qui a plaqué son emploi dans un fast-food, direction la Catalogne. Ils s’installent à Collioure, et Marsal flâne, visite les galeries, fait la connaissance des peintres locaux. Il effectue pour le plaisir une recherche sur un tableau pour le compte d’un détective privé.

Francis, le peintre chez lequel loge Marsal à Collioure, est prié par son ami Charly de venir le rejoindre dans le bassin d'Arcachon, afin de peindre le portrait de sa fille Audrey. Une jolie fille d’une vingtaine d’année. Mais Marsal soupçonne bientôt que le désir de Charly n’est qu’un prétexte et que derrière ce motif ce cache quelque chose de plus grave. Charly est né des amours de sa mère et d’un Allemand durant la seconde guerre mondiale. Un épisode douloureux qui soixante ans plus tard ressurgit avec violence dans la vie de Charly.

 

Cette histoire, dans laquelle s’imbrique la relation des amours coupables de la mère de Charly, est elle-même ensachée dans les tribulations de Marsal et en filigrane s’intercale le récit de la destinée de Charles Rennie Mackintosh, architecte décorateur écossais du début du XXème siècle.

Comme à son habitude François Darnaudet fait partager aux lecteurs sa passion pour les arts plastiques et la peinture en particulier. Il s’attache également à montrer les à-côtés de la guerre, celle d’Espagne ou la dernière guerre mondiale, avec un esprit d’humanisme bourru, celui qui manquait aux belligérants, surtout ceux qui se réclamaient de la Résistance de la dernière heure.

Des effets pervers qui aujourd’hui encore marquent la conscience d’un bon nombre d’hommes et femmes et de leur descendance. Un roman simple, parfois émouvant, auquel on pardonnera volontiers une légère faiblesse de l’intrigue. Le propos n’étant pas justement de focaliser sur une intrigue mais d’être le vecteur de ses démons.

A signaler que le début de ce roman cannibalise une nouvelle que François Darnaudet avait écrite pour le CCASINFO, (journal d’information du personnel des industries électriques et gazières) en décembre 2003, sous le titre Les hommes vivent, une nouvelle à connotation fantastique.

 

Quelques articles sur les romans de François Darnaudet :

 

 

Une bande dessinée :

Et un portrait de François Darnaudet :

François DARNAUDET : Les ports ont tous la même eau. Collection Les Polars catalan. Mare Nostrum Editions. Parution 15 juin 2007. 272 pages.

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16 juin 2015 2 16 /06 /juin /2015 08:12
Pierre LEON : Comme de la peste.

Un journaliste pestiféré ?

Pierre LEON : Comme de la peste.

Chroniqueur, responsable dans un journal d'une rubrique sur les manifestations musicales, le narrateur découvre au lendemain d'une cuite carabinée sa chère tante Vitamine étendue au pied de son lit, un couteau dans le cœur.

Le cerveau encore embrouillé par ses libations nocturnes, il se demande, pas trop longtemps, s'il est le meurtrier. Alors, en mémoire de sa chère tante Vitamine mais également pour se disculper, il se lance sur les traces d'un problématique meurtrier.

D'abord il y a l'argent que la vieille dame devait remettre à ses parents et qui se prélasse dans son sac à main. Et puis il y a le portefeuille d'où s'échappe un fragment de photo avec au dos l'inscription Panthère agile. Le plus urgent est de se débarrasser du cadavre encombrant malgré tout le respect qu'il lui porte.

S'emparant sans vergogne d'un fauteuil roulant dans lequel il installe la défunte, notre quidam entame un périple dans les rues de Paris. Pendant ce temps la famille attend l'argent avec impatience. Le père, grognon et vindicatif, comme à son habitude. La mère qui se retranche derrière les décisions paternelles. Et les deux autres tantes, Agathe et Amélie. Et le cousin Elie, que notre héros malgré lui ne peut décidément pas encaisser en peinture. De plus il lui faut subir les humeurs de Réquichot, le rédacteur en chef. Pendant ses tribulations parisiennes notre narrateur fait de drôle de rencontres, des profiteurs, et d'autres qui débarquent comme des cheveux sur la soupe.

Le cadavre déposé dans un cinéma porno, il subit dans la salle les avances de George, un Américain homosexuel, et l'accompagne dans un hôtel. Puis il se cache dans un autre hôtel, tenu par une Anglaise russophile, puis se rend chez sa grand-mère. Il ne découvre que son cadavre. Trahi par sa famille il est aidé par son amie Gudule, d'Albert son chef de rubrique, de Bertha l'hôtelière et de George.

 

Pierre Léon, petit nouveau de la Série Noire, happe le lecteur par la main et l'entraîne dans un tourbillon duquel il ressort un groggy. Un peu comme le malheureux pékin qui déboule dans un drame sans en connaître les tenants et les aboutissants. Pourtant il existe de bonnes choses dans ce roman prometteur et il en reste plus à espérer que l'auteur parviendra à canaliser ses idées et se montrer un peu moins brouillon dans une trame mince comme un filigrane.

 

Ah, c'est assommant ce que les gens peuvent être aimables. Surtout quand on ne leur demande rien.

Pierre LEON : Comme de la peste. Série Noire N°2302. Parution septembre 1992. 176 pages.

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Présentation

  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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