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1 juillet 2015 3 01 /07 /juillet /2015 13:06
Donald GOINES : Ne mourez jamais seul

A deux c'est mieux ?

Donald GOINES : Ne mourez jamais seul

Ecrivain Paul Pawlowski, vivote dans un quartier à prédominance noire.

Digne, d'origine polonaise et Juif par sa mère, il se refuse à écrire n'importe quoi pour assurer sa pitance. Sa rencontre avec le directeur de l'Evening Star, journal raciste vendu principalement dans le Sud des Etats-Unis, se clôt par un claquement de porte.

Dans le bar situé en face de chez lui, David King dit King Cobra, fête ses retrouvailles avec New-York. Il a dû s'exiler pendant des années en Californie afin d'échapper à ceux qu'il avait floué. Aujourd'hui il revient, une bonne poignée de dollars en poche. Il contacte Moon, à qui il avait extorqué cinq cents dollars, et il promet de rembourser, intérêts compris.

Moon, caïd à la rancœur tenace envoie au rendez-vous deux de ses hommes afin de récupérer l'argent. Il s'est juré de venger l'affront, et Mike, dont la mère a été spoliée par King, se propose d'achever le travail. En compagnie de Blue et de sa sœur Edna qui va lui servir de rabatteuse, Mike agresse King dans sa voiture et le blesse mortellement. Seulement tout ne s'est pas déroulé à la perfection.

Blue est gravement grièvement atteint, et les deux compères prennent la fuite à bord d'une voiture conduite par Edna. Pawlowski a assisté à l'algarade et emmène King à l'hôpital. King décède mais auparavant il a le temps de léguer au Juif Polonais sa mallette, sa voiture, son portefeuille et un carnet intime.

 

Donald Goines a vécu et est mort comme les protagonistes de son roman, le quinzième et ultime. Drogué, proxénète, truand et trafiquant, il est mort en 1974 truffé de plomb chez lui par des inconnus.

Et si ce livre porte le label de roman, on peut considérer qu'il comporte une grande part d'autobiographie.

Goines n'est pas tendre envers ses congénères et dénonce ce par quoi il a péché. Lui-même de race noire, il pourfend ceux qu'il met en scène avec un certain sadomasochisme. Les rares Blancs qui gravitent dans l'histoire portent en eux un lourd héritage difficile à assumer.

Une touche pathétique imprègne toutefois ce roman. Nancy, la chanteuse de blues, cataloguée comme alcoolique, n'a jamais su saisir sa chance à cause justement de sa propension à boire. Elle s'est achetée une conduite et peut raisonnablement penser que Moon va l'aider à enregistrer un disque. Hélas, il est plus facile de tomber dans le ruisseau que d'en sortir.

 

Donald GOINES : Ne mourez jamais seul

Donald GOINES : Ne mourez jamais seul (Never die alone. Traduction de Lili Sztajn). Collection La Noire. Gallimard. Parution mars 1993. 160 pages. 11,15€. Réédition Folio Policier N°32. Parution novembre 1998. 192 pages. 6,40€.

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30 juin 2015 2 30 /06 /juin /2015 10:48
Gordon Mac GILL : Un mauvais moment à passer

Mais cela dépend de la durée du mauvais moment...

Gordon Mac GILL : Un mauvais moment à passer

Ce court roman met en scène une histoire de vengeance entre truands, sujet maintes et maintes fois traité, aussi bien par des auteurs américains, anglo-saxons que français.

Mais ce qui sauve ce roman de l'ennui, de l'impression de déjà lu, c'est cette espèce d'humour britannique dont fait preuve le personnage principal. D'ailleurs il est Britannique.

Willy Parker vit en Espagne, exilé car lors d'un procès il a transgressé la loi du silence. Il a avoué avoir participé à un hold-up et, fait encore plus grave, il a reconnu les autres accusés comme les participants à ce braquage et comme ses complices. Il a même désigné l'un d'eux comme étant le chef de l'entreprise.

Mais un jour il est enlevé et ses ravisseurs ont pour but de le convoyer d'Espagne à Paris. Il semble étrangement détaché, indifférent à son sort. Il a acquis une philosophie dont il ne faisait pas preuve lors du procès.

Il a beaucoup changé, il a lu, il s'est instruit, ne cesse-t-il de répéter.

 

Mais l'auteur a peut-être voulu nous le rendre sympathique, car lors de la présentation de son personnage, pendant le déroulement du procès, nous avons eu affaire avec un personnage un peu falot et arriéré. Tandis que lors de son enlèvement et de ses pérégrinations avec ses ravisseurs, il est tout autre.

 

Curiosité :

Ce roman est la novellisation du film The Hit, Le tueur était presque parfait, de Stephen Frears en 1984 avec un scénario de Peter Prince. Dans les rôles principaux Terence Stamp, John Hurt, Tim Roth, Laura del Sol, Fernando Rey.

Gordon Mac GILL : Un mauvais moment à passer (The Hit - 1984. Traduction de Michel Deutsch). Série Noire N° 2030. Parution décembre 1985. 192 pages.

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29 juin 2015 1 29 /06 /juin /2015 07:46
Mat MESSAGER : Le Truc.

Y'a un truc, d'accord, mais lequel ?

Mat MESSAGER : Le Truc.

Né dans une lamaserie, de parents américains issus de différents croisements d'émigrés et décédés peu après sa naissance, Taj O'Shean vit à la frontière américano mexicaine.

Il passe son temps à essayer de soulever des pierres à la force de son influx mental, à décocher des flèches dans une cible les yeux fermés et à enseigner aux fils de son ami Alejandro, le bistrotier local, les rudiments du Truc, sorte de karaté philosophique. Il converse aussi avec l'oncle Jorge, le sorcier de la famille, bientôt bicentenaire.

Une armada de cinéastes investit les lieux afin de tourner un clip vidéo ayant pour vedette le chanteur de country, Tim Taylor. Un soir alors que quatre Américains venus jouer à la guéguerre se montrent arrogants, Taj les renvoie dans leurs foyers, en capilotade. Ce qui attire sur lui l'attention de la sœur du chanteur, Wendy. Bientôt ils deviennent amis. Le jour où l'assistant de l'imprésario est assassiné d'une flèche, elle n'hésite pas à requérir ses services.

Tout le monde pense que Tim était visé, supposition confirmée lorsque la troupe repartie, c'est le frère de Tim qui manque être fléché contre sa voiture. Taj rejoint la petite bande en Californie, ce qui n'empêche pas les tentatives d'agressions. Taj en arrive à la conclusion que seul l'un des proches de Tim lui en veut, et qu'il pourrait s'agir de son ami d'enfance, Steve, amoureux de Wendy.

Deux gros bras essayent de s'en prendre à Wendy, mais les dons du lama font merveille. L'impresario qui devait vérifier la comptabilité du chanteur est effacé du monde des vivants. A l'enterrement, Steve est pris pour cible et Taj, prévenu mentalement, lui sauve les abattis. Steve, Wendy et Taj échappent de peu à des coups de feu alors qu'ils roulent en voiture. Le tireur cagoulé leur file entre les doigts et refait son apparition alors que tout le monde est réuni autour de la cheminée. L'intrus n'est autre qu'un ancien condisciple de Tim, agissant par haine pimentée d'une pointe de jalousie.

Il aimait une jeune fille qui elle même désirait Tim qui lui même sortait avec quelqu'un d'autre. Bref l'embrouille complète. Alors que Ron, c'est son nom, s'enfuit en voiture après avoir tenté d'occire tout le monde, un rocher stoppe sa voiture. Il veut abattre Taj mais Wendy se place devant la balle.

 

Roman noir ou roman parodique, ce "Truc" de Mat Messager dont c'est le premier roman ? Il n'en reste pas moins que si l'intrigue est plutôt banale, et que le meurtrier arrive comme un cheveu sur la soupe, le ton est résolument humoristique, plein de sous-entendus, de pensées asiatiques et que les Américains en prennent parfois pour leur grade. Tout du moins une certaine façon de vivre américaine.

Tout est dans la simplicité même lorsque le lama de long en large court après son bout de zen.

 

Les mecs du FBI avaient dans les yeux la connerie rédhibitoire des gens qui sont sûrs d'être honnêtes en servant Dieu et l'Amérique.

Mat MESSAGER : Le Truc. Série Noire N°2409. Parution janvier 1996. 256 pages. 7,10€.

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28 juin 2015 7 28 /06 /juin /2015 12:19

Le petit rat de l'eau paiera...

Marc CERRONE : Dancing machine.

Depuis l’accident de circulation qui a coûté, cinq ans auparavant, la vie à son épouse, Mélissa, Alan Wolf boite, ce qui a brisé sa carrière de danseur, mais ne l’empêche nullement de mener de main de maître son école de danse.

Chico, son second et associé, se révèle être un bourreau de travail envers ses élèves, des femmes attirées par la renommée et l’attrait physique du maître ; accessoirement pour entretenir leur ligne. L’une d’elle, Ella, en même temps qu’elle perd les faveurs du maître, rétrograde : elle ne fait plus partie de l’élite des élèves, si élite il y a, et se voit affectée chez les « bobonnes », surnom péjoratif des débutantes.

Par jalousie et par défi, elle confie à son voisin, l’inspecteur Eparvier, qu’elle suspecte que des accidents survenus à deux ou trois élèves seraient en fait des assassinats déguisés. Un nouvel accident semble corroborer ses dires. Des faits qui coïncident avec l’apparition d’une toute jeune fille ressemblant de façon cruelle à Mélissa.

La belle machine se dérègle. Autour de Wolf et de Chico, tout s’effondre comme un château de cartes. Eparvier, après une période de doutes, jubile. Il tient enfin son enquête, le couronnement de sa carrière. Et, une nuit, Ella est étranglée.

Le commissaire divisionnaire Le Guellec, sans être convaincu par les arguments d’Eparvier, place Chico et Wolf en garde à vue. Quant à la jeune Daphné, révélation faite, c’est la jeune sœur de Mélissa. Amoureuse de Wolf et faisant tout pour l’amener dans son lit, elle se demande toutefois si l’accident de la route ne fut pas un meurtre déguisé. D’autant que lorsqu’Alan Wolf est seul et que personne ne l’épie, il ne boite plus.

En compagnie d’un jeune inspecteur imposé par Le Guellec pour le seconder, Eparvier retourne sur les lieux de l’accident. Mais toutes les traces sont effacées et le laboratoire est formel : le side-car d’Alan n’a pas été trafiqué.

Daphné suit alors les cours de danse avec le Maître. Des cours si intensifs et si épuisants qu’elle s’adonne aux amphétamines pour danser aussi bien que sa sœur. Wolf s’en rend compte et, dans une crise de folie, corrige la jeune fille qui s’enfuit. Recueillie par Eparvier, elle accepte de faire une nouvelle déposition, avouant qu’Alan n’était pas avec elle la nuit où Ella a été assassinée. Cependant, arrivée au siège de la PJ, elle se rétracte. Le Guellec, qui a assisté à ce manège incompréhensible pour lui, décide de les faire suivre.

 

Autant la musique de Cerrone ne m’a jamais fait vibrer les trompes d’Eustache — question de goût car je ne conteste pas son talent, — autant son roman Dancing machine m’a laissé une impression favorable. Un roman qui accroche dès les premières pages, dans un ton, un style élégant, avec un épilogue peut-être pas insolite mais dont le suspense est entretenu jusqu’au bout.

Ce roman a fait l’objet d’une adaptation cinématographique, contestée, en 1990 avec dans les principaux rôles : Alain Delon/Wolf, Claude Brasseur/Eparvier, Patrick Dupont/Chico. Une réalisation de Gilles Béhat, sur un scénario de Marc Cerrone, Paul-Loup Sulitzer et Loup Durand. Adaptation et dialogues de Didier Decoin. Musique de Cerrone, bien évidemment.

Marc CERRONE : Dancing machine. Editions N°1. 1990.

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28 juin 2015 7 28 /06 /juin /2015 10:47
Hervé PRUDON : La Revanche de La Colline.

Farce à Trappes

Hervé PRUDON : La Revanche de La Colline.

A la suite d'une vengeance façon vendetta corse, toute la famille d'Ettore Nani est décimée dans un massacre commandé par Raymann.

Seuls survivants sa femme Mara et Petit Garçon. Un an plus tard Ziegler est chargé d'une double mission : tuer Petit Garçon et vérifier si Raymann a entamé le processus d'implantation d'un casino et d'un complexe hôtelier dans la ville nouvelle de Saint Quentin en Yvelines.

Zig est amoureux de sa cousine Nina, laquelle aime Raymann qui a violé Mara. Depuis Mara est devenue à moitié folle et a donné naissance à Petite Fille. Elle délaisse ses enfants confiés à Pelo. Lorsqu'il reçoit la visite de Zig, Pelo vit dans un pavillon. Raymann est contre ce nouveau crime et le fait savoir. Zig rencontre Nina et sa copine Nadège puis Raymann. Il traite ce dernier de fanfaron et Raymann n'hésite pas à tuer en pleine rue un passant.

Puis Raymann décide de lâcher la veuve et de se mettre avec Nina, ce qui enchante la jeune femme. Des rumeurs circulent dans la ville. Une bombe aurait explosé et d'autres attentats seraient programmés. Pendant ce temps Raymann change à nouveau de décision.

Il fait venir un clerc de notaire afin de se marier avec Mara et d'adopter les deux enfants. Pour Mara seule compte la vie de Petit Garçon, même si elle ne s'en préoccupe guère. Tandis que Zig bat la campagne, un cutter à la main, Nina lève dans une librairie un comédien qui possède une vague ressemblance avec Raymann. Elle ne digère pas l'affront qui vient de lui être infligé et couche avec le théâtreux, son premier exercice sexuel depuis un an.

Zig abat l'homme et avoue avoir tué Raymann. Il se fait renvoyer comme un malpropre et se réfugie chez Pelo qui n'a nulle envie de rendre les gosses à qui que ce soit.

 

Ce roman, Hervé Prudon l'a écrit dans le cadre d'une résidence d'auteur à Saint Quentin en Yvelines, association de sept communes dont Elancourt, Guyancourt et Trappes. L'on aurait pu croire qu'il allait faire l'apologie d'une ville. Il n'en est rien.

Il stigmatise, il touche du bout de son stylo les plaies internes de cette ville nouvelle dépourvue d'âme. La population n'est pas issue de cette agglomération, ou plutôt de zone urbaine à laquelle sont rattachées sept communes, elle se contente d'y habiter. Et c'est ce manque de racines qu'il dénonce à travers une histoire un peu factice de tueur devant éliminer le rejeton d'une famille rivale un an après un massacre.

Les personnages sont à moitié déjantés, pour ne pas dire complètement, et seul Pelo, homosexuel transformé en nourrice, tire son épingle de ce jeu de dupes.

 

Curiosité :

La Colline de la Revanche, point culminant d'Ile de France est une ancienne carrière transformée après la Seconde Guerre Mondiale en immense décharge d'ordures ménagères pour Versailles, Trappes, Bois-d'Arcy et Saint-Cyr. Elle a été fermée en 1975, et depuis sert de promenade dominicale, servant de base de départ pour le parapente, et avait été sélectionnée comme site olympique pour les épreuves de VTT. Tous les ans course appelée La Revancharde est organisée pour les amateurs de VTT. Un projet de piste de ski a été envisagé mais pour le moment celui-ci est au point mort.

Hervé PRUDON : La Revanche de La Colline. Série Noire N°2411. Parution février 1996. 240 pages.

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27 juin 2015 6 27 /06 /juin /2015 09:33
Mickey FRIEDMAN : La Grande Roue de Brahma.

Et la Grande Roue brama le soir au fond des bois ?

Mickey FRIEDMAN : La Grande Roue de Brahma.

L'Inde et plus particulièrement Bombay et ses environs, avec ses coutumes, ses paysages, ses bidonvilles, ses croyances, nous est décrite un peu à la façon de Rudyard Kipling. Et avec plus d'un siècle de recul on s'aperçoit qu'en réalité peu de choses ont changé.

Même grouillement, même fourmillement humain, même pauvreté, misère, même résurgence du passé. D'ailleurs l'auteur a su s'entourer et prendre conseils auprès de spécialistes.

 

La Grande Roue de Brahma, apparemment composée de deux histoires en deux temps, est fort habilement construite, contrairement au Loopy-Doop, grande roue d'une fête foraine dont une avarie engendrant morts et blessés, obligera notre héroïne à enquêter sur cet accident malgré elle.

Déprimée, dépressive, Marina reçoit un appel téléphonique mystérieux en provenance des Indes, ainsi qu'une lettre, de même provenance. Tout semble désigner Catherine comme auteur de ces messages.

Or Catherine., sa soeur cadette, est décédée dix ans auparavant, en Indes, entraînées par son gourou et ce malgré tous les efforts de Marina pour briser l'envoûtement subi par l'unique élément familial qui lui reste.

Elle décide d'aller enquêter sur place.

Quête et enquête qui se déroule, je me répète, dans une histoire un peu à la Rudyard Kipling. Evasion assurée, frissons garantis qui parfois semble extraite d'un roman d'Edmond About, Le Roi des montagnes.

 

 

Mickey FRIEDMAN : La Grande Roue de Brahma.(The Fault Tree - 1984. Traduction de Jean-Bernard Piat). Série Noire N°2018. Parution août 1985. 288 pages. 6,05€. Disponible sur le site de la Série Noire.

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26 juin 2015 5 26 /06 /juin /2015 11:02
Eva DAVID : Cavale.

Bon anniversaire à Eva David, née un 26 juin.

Eva DAVID : Cavale.

Jeune femme bien sous touts rapports, quoiqu'elle en soit à son septième mari, Alexandra Delys surnommée Cavale à juste titre par Geoffroy son troisième époux, découvre dans le studio qu'elle habite en colocation, quelle aberration, avec celui-ci, le cadavre de Malika.

Malika, elle connait. C'est la maîtresse de son ex et ce fut la femme de leur jardinier Ahmed. Oui, mais voilà, au lieu de prévenir la police Cavale s'affole et demande conseil à Tao, son cinquième mari, et restaurateur de son état. Il est vrai qu'il est délicat d'expliquer à numéro 7 que l'on revoit de temps en temps numéro 3, même en ami, en tout bien tout honneur. En réalité, la raison primordiale et secrète pour laquelle elle ne veut pas prévenir la police réside en ce que Cavale aime, inconsciemment, le danger.

Tu as peur mais ça te plait, comme le fait remarquer finement Tao psychologue à ses heures et imprégné de la légendaire sagesse asiatique. Alors Cavale, femme de décision et impulsive, demande à son amie Gloria de lui prêter un passe-partout, héritage d'un père serrurier, et une robe du soir.

Première chose à faire, visiter la chambre de Malika au casino où celle-ci travaillait et possédait une chambre. Ensuite Cavale organisera son enquête en fonction de ses découvertes.

Ce trio de choc dans lequel chacun se sent plus ou moins impliqué, par amitié ou par vengeance, va devancer l'inspecteur divisionnaire Luc Colin. En quarante-huit heures l'affaire sera réglée, non sans embûches, pour Cavale et ses acolytes, débouchant sur un trafic de drogue et un scandale politico-lubrique de proxénétisme pédophile.

 

Eva David signe son entrée à la Série Noire avec un roman haut en couleurs, épique, et dont l'humour, toujours présent, ne s'impose pas au détriment de l'action.

L'épilogue en cascade confine au jubilatoire et nul doute que cette conclusion en la ville de Nice, lieu de l'action, chère à Patrick Raynal qui était alors directeur de la collection, l'écriture fouillée et la trame dont le suspense est en constante progression, ont joué en faveur de cette intronisation pour une fois justifiée.

Cavale, cette héroïne fantasque, qui masque sa peur par des initiatives impulsive d'aventurière chevronnée et par des répartie cinglantes, impertinentes, du genre de celles que nous aimerions parfois tenir face à un interlocuteur ayant la force et le droit pour lui, mais qu'une certaine timidité, réserve ou respect, nous empêche de proférer, Cavale pourrait bien connaître de nouvelles aventures dans de prochains épisodes. Enfin, ce n'est qu'un souhait...

 

Eva DAVID : Cavale. Série Noire N°2308. Parution novembre 1992. 240 pages. 6,05€. Disponible sur le site de la Série Noire.

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25 juin 2015 4 25 /06 /juin /2015 08:08
Laurent FETIS : Chien-Froid.

Le contraire du Hot-dog ?

Laurent FETIS : Chien-Froid.

Agé d'à peine vingt ans, le narrateur débarque à Londres avec déjà derrière lui un passé qui s'attache à lui comme du chewing-gum à la semelle d'une godasse.

Il se présente dans un bureau d'accueil où il fait la connaissance d'une pauvre paumée, Claire, qui l'amène chez elle. Elle a besoin d'une présence amicale, ce que le narrateur peut lui fournir. La nuit il regagne sa chambre d'hôtel, pensant à son avenir pas très rose. Il lui faut assurer sa pitance et le travail ne court pas les rues.

Il apprend par le journal la mort de Claire, et cela lui fout un coup au moral. Tout en cuisinant des hamburgers dans une chaîne de restauration rapide, il va battre le pavé à la recherche du mystérieux meurtrier. On l'avait vu en compagnie de Claire, et il préfère devancer les policiers. Un vigile du bureau d'accueil lui apporte son soutien, mais il est en butte à la vindicte de petits malfrats qui le surnomme Chien-Froid. Ses compagnons sont de pauvres déjantés, des exilés pour la plupart, qui ne pensent qu'à subsister, mal la plupart du temps, pourtant il trouve auprès d'eux un certain réconfort. Et toujours ce souvenir qui le taraude.

 

Depuis qu'il est à la barre de la Série Noire, Patrick Raynal a renouvelé le ton et le style de la glorieuse collection, recherchant de nouveaux auteurs aussi bien à l'étranger qu'en France. Cette démarche revivifie le Polar dans son ensemble puisque d'autres maisons d'éditions le suivent dans cette quête.

En ce qui concerne les auteurs, on peut déplorer la disparition de quelques noms, comme Julius A. Lion, dont l'humour noir était particulièrement tonique, ou Marie et Joseph, mais les petits nouveaux ne se défendent pas mal non plus. Qu'ils s'appellent Pascale Fonteneau, Eva David ou Laurent Fétis. Si le premier roman de Laurent Fétis, Le mal du double-bang, une histoire de truands mâtinée de drogue, m'avait quelque peu laissée sur ma faim, Chien-froid possède une autre envergure, une sensibilité digne d'un grand écrivain. Avec ses vingt-deux printemps (à l'époque de la parution de ce roman) Laurent Fétis s'affirme comme une valeur montante et même si résident encore quelques imperfections, son roman fait preuve d'une grande maturité d'esprit.

 

Laurent FETIS : Chien-Froid. Série Noire N°2328. Parution octobre 1993. 240 pages. 6,65€. Disponible sur le site de la Série Noire.

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24 juin 2015 3 24 /06 /juin /2015 10:07
Joseph HANSEN : Les ravages de la nuit

Ne sont pas réparés par la chirurgie esthétique !

Joseph HANSEN : Les ravages de la nuit

Chantre de l'homosexualité, Joseph Hansen a osé le premier en parler en termes non stéréotypés, sans clichés, sans complaisance, bannissant la vulgarité, ne vilipendant pas, n'encensant pas, ne ridiculisant pas non plus.

Joseph Hansen a écrit: Dans la plupart de mes romans, mon intention a été de traiter aussi honnêtement que possible des homosexuels et de l'homosexualité en tant que partie intégrante de notre vie contemporaine, et non comme une chose bizarre et étrange.

Nous retrouvons dans Les ravages de la nuit, Dave Brandstetter, enquêteur au service des compagnie d'assurance.

 

Un camionneur indépendant mortellement blessé au cours d'un accident de la route, ça arrive. Lorsqu'une assurance-vie de 100 000 dollars a été souscrite un mois auparavant, cela mérite bien une petite enquête de routine. Surtout si une bombe est à l'origine de cet accident.

Qu'un voyou, chef de bande, soit retrouvé derrière les barreaux à cause de ce camionneur et dont le séjour carcéral vient de se terminer, cela appelle réflexion. Surtout si des paroles vengeresses ont été proférées lors du jugement.

Qu'un routier de ses meilleurs amis, transporteur indépendant lui aussi, soit décédé peu de temps auparavant d'une maladie brutale et subite, drôle de coïncidence !

 

Une enquête qui ne sera pas de tout repos pour Dave Brandstetter dont le petit ami a des problèmes de santé.

Et Joseph Hansen brise un tabou offrant la possibilité à d'autres auteurs, masculins et féminins de s'exprimer sur ce sujet et d'avouer leur homosexualité, ce qui n'entache en rien leurs qualités, au contraire, car leurs personnages sont peut-être plus humains.

Joseph HANSEN : Les ravages de la nuit

Joseph HANSEN : Les ravages de la nuit (Nightwork - 1984. Traduction de Jean-Michel Alamagny). Série Noire N°2026. Parution novembre 1985. 256 pages. Réédition collection Folio N°2626. Parution septembre 1994. 256 pages. 6,40€. Disponible sur le site de la Série Noire.

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23 juin 2015 2 23 /06 /juin /2015 12:15
Emmanuel ERRER : L'envol des corneilles.

Des corneilles qui ne prennent pas racine...

Emmanuel ERRER : L'envol des corneilles.

Pour tous ceux qui comme moi pensent que l'humour est indispensable, même et surtout dans le roman noir et le roman policier, je conseille la lecture de cet Envol des corneilles, jubilatoire à souhait.

Esope Manzonnetta, qui fait ici sa troisième apparition après La came à nous autres et Saint-Tropez Oil Compagnie, et malheureusement la dernière, est un personnage haut en couleurs. D'origine napolitaine, Esope s'installe en 1938 à Tunis où il fera la connaissance d'une payse, Maria Candida Sparcamuzzo, laquelle travaille dans une maison close afin de constituer son trousseau. Coup de foudre ! Esope après avoir abattu le patron de l'hôtel se verra confier la direction de l'établissement.

Pendant la guerre il s'engagera dans la Légion étrangère, pendant que Maria Candida fera fructifier les affaires.

En 1954, quittant la Tunisie pour la France, la Côte d'Azur précisément, ils seront possesseurs de trois maisons dites de passe. Rangés des affaires, plus ou moins, ils reçoivent dans leur mas de Saint-Paul de Vence de nombreuses personnalités, que ce soit du monde du spectacle, des arts ou de la politique.

Dans L'envol des corneilles, Esope décide pour son dernier gros coup de s'attaquer à la Banque de France, braquage qui sera fomenté à l'aide de données d'ordinateur.

Seulement l'ordinateur n'avait pas prévu deux choses : une grève de la CGT et la convoitise d'une bande rivale.

 

Ce roman possède le ton que l'on retrouve dans les romans de Donald Westlake, l'un des nouveaux maîtres (lors de la publication de ce roman) de la nouvelle génération des écrivains américains.

 

Emmanuel ERRER : L'envol des corneilles.

Curiosité :

Les corneilles citées dans le titre sont les billets de 100 francs qui eurent cours en France entre 1965 et 1979. Cela ravivera sûrement quelques souvenirs à quelques-uns d'entre nous.

 

Quelques chroniques montrant les multiples facettes d'Emmanel Errer - Jean Mazarin - Nécrorian :

Un entretien avec Emmanuel Errer - Jean Mazarin

Emmanuel ERRER : L'envol des corneilles.

Emmanuel ERRER : L'envol des corneilles. Série Noire N°1711. Parution mars 1976. 192 pages. Réédition collection Carré Noir N°558. Parution novembre 1985. 192 pages. 4,10€. Disponible sur le site de la Série Noire.

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Présentation

  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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