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27 mai 2017 6 27 /05 /mai /2017 04:49

Avant ou après le bain... de minuit ?

Pierre BOILEAU : La promenade de minuit.

Alors qu'il vitupère contre un article le mettant en cause et paru dans une revue, André Brunel, policier privé de son état, reçoit la visite de son ami le narrateur. Âgé d'une petite trentaine d'années, André Brunel s'est fait connaître en résolvant quelques affaires délicates, et il est reconnu comme l'un des meilleurs de sa catégorie. Peu à peu il se calme, et comme il se considère comme le flegme personnifié, il déclare à son ami que le jour où je t'autoriserai à publier mes aventures, tu commenceras par cette petite mise au point. Dont acte.

Les deux hommes ont à peine terminé de déjeuner qu'un visiteur demande à être introduit, ou demande audience si vous voulez. Il se nomme Lucien Blaisot et habite à Côteville, près de Dieppe. Il leur expliquera pourquoi il requiert les services du détective pendant le trajet qu'ils vont effectuer en voiture.

Leur mission, si André Brunel l'accepte, est de retrouver le père de Lucien Blaisot qui a disparu depuis le jeudi. Et c'est pourquoi, inquiet, Blaisot a décidé de se tourner vers le détective au lieu de la police locale.

La famille Blaisot est composée du père, de la mère, de Lucien le fils qui vit chez toujours chez eux, et de leur pupille Hélène qui est également la fiancée de Lucien. C'est lui qui l'affirme. Quoique Normands eux-mêmes, ils n'ont jamais pu s'habituer à la mentalité des gens du cru, et c'est Bertrand, leur domestique, qui est chargé du ravitaillement. Mais le père Blaisot possède une passion particulière. Il s'est installé dans un pavillon de garde un établi et la nuit il s'y rend afin de bricoler à son aise. Or Lucien s'est aperçu, un soir qu'il avait entendu des bruits suspects, que le cheval et la carriole n'étaient pas dans la remise. Le père entretiendrait-il une relation extérieure, c'est ce que s'était demandé Lucien, mais sa disparition l'inquiète.

Outre les personnes présentes dans cette demeure, l'Oncle Charles est lui aussi au courant de cette disparition pour le moins mystérieuse. L'oncle Charles vit non loin des Blaisot, et comme eux habite une demeure isolée. Lorsque les trois hommes arrivent à destination, c'est pour apprendre que l'Oncle Charles vient d'être assassiné. La mère vient de recevoir un appel téléphonique d'Honorine, la servante de Charles. Charles a été découvert sur son perron, le ventre ouvert. Immédiatement la gendarmerie a été prévenue et le lieutenant Perruchet procède aux premières constatations. Charles s'est pris une décharge de plomb dans les boyaux, ce qui lui fut fatal. Les soupçons se portent sur un braconnier, mais lequel car plusieurs personnes revendiquent les chapardages sur les terres des Blaisot.

Mais pour André Brunel, d'autres éléments mystérieux se greffent sur ce meurtre. Et il a raison, car ce sont bien deux affaires, qui s'imbriquent mais dont la portée est totalement différente, que Brunel aura à résoudre. Et comme la mer n'est pas loin, imaginez qu'un trafic de marchandises peut aussi se trouver à l'origine de ce qui pourrait être un règlement de comptes et qu'un braconnier n'est pas forcément seul en course comme coupable.

 

Comme le déclare Brunel à Perruchet : Croyez-moi lieutenant, le petit jeu des déductions constitue une distraction excellente mais qui risque de devenir dangereuse pour qui s'y livre sans réserve. Il ne faut pas prendre pour des certitudes de simples présomptions.

Oh combien cette phrase est prémonitoire, car si Brunel observe, examine, analyse, déduit, ce ne sera pas sans danger pour sa personne, ainsi que de celle son confident et historiographe. Il va donner de sa personne, se mouiller sans vraiment l'avoir désiré, et les rebondissements vont surgir sous ses pieds comme un lapin qui déboule d'un fourré.

Une intrigue classique mais assez rouée qui annonce l'état d'esprit dans lequel Pierre Boileau concevait ses intrigues, intrigues qui prendront de l'ampleur et de la consistance lors de son association avec Thomas Narcejac, association qui fournira de très nombreux succès littéraires dont s'emparera notamment Hitchcock pour assoir sa réputation de cinéaste.

Alors évidemment, cette histoire a quelque peu vieilli de par le contexte, mais l'intrigue en elle-même est toujours aussi roublarde pour ne pas décevoir le lecteur tout en l'emmenant dans des chemins de traverse. Les explications finales ne traînent pas en longueur comme dans certains romans de détection de l'époque et le tout est vif, enlevé.

A noter qu'André Brunel habite Cité Malesherbes, une voie qui unit la rue des Martyrs et la rue Victor-Massé. Lorsque l'on sait que les rue des Martyrs fut surnommée la rue des hommes mariés, et qu'elle était reliée à la rue Massé, faut-il y voir une simple coïncidence ou une corrélation ?

 

Première parution Les Editions de France. 1934.

Première parution Les Editions de France. 1934.

Pierre BOILEAU : La promenade de minuit. Collection Police privée - bibliothèque. Editions Dancoine. Parution 2e trimestre 1945. 192 pages.

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22 mai 2017 1 22 /05 /mai /2017 05:30

Hommage à Sir Arthur Conan Doyle né le 22 mai 1859.

Arthur Conan DOYLE : La nouvelle catacombe.

Il n'y a pas que Sherlock Holmes dans la vie de Sir Arthur Conan Doyle, l'écrivain Ecossais a écrit également de très nombreux romans et nouvelles d'inspiration historique, maritime, médicale et autre.

Dans ce recueil trois nouvelles qui démontrent son talent de conteur et sa capacité à se renouveler, quitte à parfois égratigner comme on le verra dans Le Drapeau vert.

 

La première de ces nouvelles, La nouvelle catacombe, nous entraîne en Italie, à Rome. Immisçons-nous subrepticement dans un salon. Deux hommes, deux amis, l'un Anglais, l'autre Allemand, sensiblement du même âge et qui partagent la même passion pour l'archéologie, discutent à propos d'objets que Burger a amené dans un plat en vannerie. Kennedy en déduit immédiatement que Burger vient de découvrir une nouvelle catacombe, et il aimerait en connaître l'endroit. Seulement il est avare pour fournir des renseignements, ce que lui reproche Burger. Alors un compromis est trouvé. Burger lui dévoilera le lieu si Kennedy l'informe de ses relations avec une certaine miss Mary Saunderson.

 

Transportons-nous maintenant avec Slapping-Sal dans les Caraïbes, à bord de La Léda, une frégate anglaise de trente-deux canons, commandée par le capitaine A.F. Johnson. Dans une tempête ils ont perdu de vue Le Didon, vaisseau qui les accompagnait. C'est le moment pour le capitaine de prendre connaissance du pli cacheté qui lui a été remis. Sa mission, s'il l'accepte mais il ne peut pas faire autrement, est de rencontrer la frégate française La Gloire, qui perturbe les activités commerciales du Royaume-Uni, et de mettre fin à ses agissements ainsi qu'à ceux de la Slapping-Sal, un navire pirate qui a non seulement pillé des navires britanniques mais a torturé les équipages. Si l'affrontement entre La Léda et La Gloire est particulièrement mortel pour bon nombre de marins, dans les deux fractions, une alliance inopinée peut faire basculer la victoire dans un camp ou dans l'autre, selon l'honneur des participants.

 

Enfin Le drapeau vert nous entraîne d'abord en Irlande puis en Nubie dans les années 1870. Dennis Conolly, malgré la mort de son frère jumeau lors d'un affrontement entre soldats Anglais et fusiliers Irlandais, s'engage sous la bannière britannique. Trop fauché pour s'embarquer vers les Amériques, et la verte Erin devenant trop dangereuse pour lui, il s'enrôle et est avec quelques compatriotes versé dans le bataillon des Royal Mallows. Ce bataillon est destiné à servir à l'étranger, et c'est ainsi que Dennis et ses compagnons se retrouvent en Nubie combattre une alliance conclue entre trois chefs arabes. Le ressentiment des soldats Irlandais envers leurs hiérarchie britannique est vif, une mutinerie est même sur le point de se déclencher, mais un épisode de la bataille va permettre de souder les rangs.

Dans ce dernier texte Sir Arthur Conan Doyle n'est guère respectueux envers la Reine Victoria, dont le nom n'est jamais cité, seulement sous son surnom de la Veuve. Mais le regard qu'il porte envers les combattants résonne quelque peu avec l'actualité :

Assis au milieu des rochers ou couchés à l'ombre, ils regardaient curieusement la colonne [britannique] qui se déployait lentement sous leurs yeux tandis que les femmes,  avec des outres emplies d'eau et des sacs de dhoora, allaient de groupe en groupe, leur récitant aux uns et aux autres les versets de guerre du Coran qui, au moment de la bataille, sont, pour le vrai croyant, plus enivrants que le vin.

Si les aventures de Sherlock Holmes sont très souvent rééditées, il serait bon de ne pas oublier les autres textes, contes, nouvelles et romans, de Conan Doyle, qui offrent toute une palette de plaisirs de lectures.

 

Contient :

La nouvelle catacombe (The New Catacomb - 1898)

Le Slapping-Sal (The Slapping Sal - 1893)

Le drapeau vert (The Green Flag - 1893)

Traductions de Henry Evie. Illustrations de couverture et intérieures de Martin Van Maële

 

Arthur Conan DOYLE : La nouvelle catacombe. Collection Rouge N°27. Société d'Edition et de Publication. Parution vers 1910. 100 pages.

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15 mai 2017 1 15 /05 /mai /2017 07:33

Hommage à Michel Audiard né le 15 mai 1920.

Michel AUDIARD : Massacre en dentelles.

Journaliste à Paris-Matin, féru d'arts, Georges Masse attire les femmes, de préférence jolies, tel l'acacia les abeilles.

D'après ses dires il serait le gendre idéal :

Ayant reçu de mes chers parents le bon exemple, solidement instruit chez les Pères, drôlement porté sur le travail honnête, éclairé quant aux bienfaits de la vie rustique et aux méfaits de l'alcool (le whisky... Pouah!); voilà le garçon que je suis.

Tenez ! Mon rêve serait de rencontrer l'âme sœur, une petit provinciale avec des nattes dans le dos et des joues roses, jouant d Mozart au clavecin, lisant Paul Bourget dans le texte et ne voulant pas se laisser embrasser de peur d'attraper un enfant.

Au lieu de cela, devinez sur quoi je tombe à tous les coups ?... Sur des évaporées scandaleuses, moulées dans des pull-overs lance-grenades, avec des jupes à ouverture éclair et des battements de cil à dégeler un Conseil des Ministres.

Donc le garçon bien sous tout rapport qui organise avec ses collègues une petite fête pour l'anniversaire de son patron qui vient juste d'avoir cinquante ans, et tout ce beau monde pointe chez le sieur Golstein les bras chargés de bouteilles. Mais les fioles de champagne ne suffisent pas et Golstein puise dans sa réserve personnelle, perdant justement de sa réserve quant à Masse qu'il avait pourtant reçu avec une cartouchière en bandoulière et un fusil à la main, connaissant l'humeur farceuse de son employé. Et il avait raison Golstein de se méfier du journaliste puisqu'il retrouve Masse avec sa femme dans le même plumard. A la masse il est. En représailles, il lui suggère de prendre des vacances et c'est comme ça que Masse se retrouve à Venise. Et que le début de ses aventures mouvementées commence.

Lors de sa première soirée il est abordé par Arsène de Loubiac, fils de notaire en rupture de ban, qui lui propose de lui faire visiter la ville et ses endroits pas forcément touristiques. Et son cicérone l'entraîne au Triana-Club, un endroit fréquenté par les joueurs de poker. Masse n'est pas contre et les voilà tous deux embarqués dans un canot pour rejoindre le tripot haut de gamme installé sur un yacht, toléré par la police mais supposé clandestin, tenu par le Grec. Personne n'y trouve à redire sauf un concurrent, un certain Saddley.

Masse se rend compte rapidement que ses deux adversaires au poker sont des tricheurs, mais le prouver est une autre paire de manche. Et bientôt son portefeuille est réduit à l'état de limande. Les esprits s'échauffent et Zelos, dit le Grec, invite le journaliste à se rendre dans son bureau afin de régler le contentieux. Il lui ouvre la porte et tandis que Masse s'engouffre dans la pièce plongée dans le noir, un coup de feu est tiré. Une réception pour le moins imprévue.

C'est le début des ennuis pour Masse qui n'en demandait pas autant. La tireuse véhémente se nomme Nora Cassidi et elle en veut au Grec, une vague histoire familiale. Naturellement elle s'était trompée de cible, cela arrive. Mais pour Masse qui pensait rentrer dans ses fonds, c'est le contraire qui se produit. Le Grec exerce une forme de chantage et Masse doit signer un chèque de dix fois supérieur à ce qu'il doit, chèque qui sera remis à la banque le surlendemain. Mais Masse est à sec.

S'ensuit une sorte de complicité entre Nora et lui et ils se rendent chez le père de la jeune fille. Cassidi, qui s'est remarié avec Clara, une femme nettement plus jeune que lui, est alité, malade. Entre dans la danse le fameux Saddley, concurrent du Grec, et Masse est obligé de composer avec lui. Le journaliste est tiraillé entre Nora, sa belle-mère Clara, Cassidi le malade, Saddley et ses sbires, le Grec et les siens. Un imbroglio auquel s'ajoute Térésa Leoni, jeune commissaire de police de Venise qui ne prend pas de gants pour mener ses interrogatoires mais plutôt une lampe à souder. Il paraît que c'est très efficace pour délier les langues.

 

Ce roman ne possède pas la gouaille qui fera la réputation de Michel Audiard, même si le narrateur est ironique, cynique et persifleur.

Dans cet opus Michel Audiard me fait penser à Brett Halliday par certains côtés et en même temps à Peter Cheney. Une intrigue tarabiscotée, noyée dans des relents d'alcool, avec un personnage un peu débordé par les événements et en même temps insolent, possédant une arme à feu, ce qui n'est pas courant pour un journaliste.

Concomitamment à la parution de ce roman est sorti en salles le film éponyme réalisé par André Hunebelle, sur un scénario et des dialogues de Michel Audiard. Avec dans les rôles principaux, Raymond Rouleau, Anne Vernon, Tilda Thamar, Monique Darbaud, Bernard Lajarrige, Jacques Dynam, John Kitzmiller...

 

A noter que la quatrième de couverture précise : Tout ce que le film ne peut montrer, vous le lirez dans Massacre en dentelles, un nouveau succès de Michel Audiard.

J'ai toujours couché avec tous les hommes qui se sont donnés la peine d'y arriver.

S'il fallait que les femmes s'occupent d'où vient l'argent qu'elles dépensent, les bijoutiers pourraient fermer boutique.

Michel AUDIARD : Massacre en dentelles.
Michel AUDIARD : Massacre en dentelles.

Michel AUDIARD : Massacre en dentelles. Collection Spécial Police N°26. Editions Fleuve Noir. Parution 1er trimestre 1952. 224 pages.

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13 mai 2017 6 13 /05 /mai /2017 05:44

Quand le père de Renaud écrivait des romans pour la jeunesse !

Olivier SECHAN : La cachette au fond des bois.

Casse-toi, tu pues, et marche à l'ombre...

C'est ce que pourraient chanter les gamins, voire les habitants de la petite ville de Tournac dans les Cévennes, à l'encontre du père Thoiraud et par ricochet de sa nièce Claire qu'il héberge.

Thoiraud est un vieux bonhomme acariâtre, grincheux, qui vit retiré du village dans une maison entourée de haies et de murs, protégée par un gros chien qui sait montrer ses canines à tout visiteur ou simple passant indiscret. Claire, dix ans environ, en subit les conséquences et elle est la proie des chenapans menés par Max, qui ne cessent de l'importuner. Comme ce matin où elle se rend au marché vendre les quelques tomates et salades qu'elle cultive, entre deux occupations aussi bénignes que couper du bois, faire la cuisine, entretenir la maison.

Emmenés par Max, le plus virulent, Bernard et Jean-Louis courent après la gamine qui traîne une charreton empli de cageots. A l'abordage, comme dans les bons vieux romans de pirates, et la carriole est bousculée, basculée dans le fossé, les denrées des cageots éparpillées à terre. François, un gamin qui est hébergé à cause d'une santé fragile depuis quelques mois chez les Souleyrac, les parents de Max, est témoin de cette attaque de diligence (les cow-boys et les indiens, ça marche aussi bien que les pirates). Il se porte au secours de Claire, mettant en fuite les malandrins en culottes courtes.

Claire remercie son sauveteur, mais elle préfère que leurs relations cessent là. D'abord parce qu'elle n'est pas très rassurée, préférant sa solitude à cause des possibles réactions négatives de son oncle, ensuite parce qu'elle redoute des tensions entre Max et François, d'autant qu'ils vivent sous le même toit. Mais François, malgré son jeune âge, n'est pas du genre à abandonner à la moindre rebuffade.

Evidemment, les retrouvailles entre Max et François chez les Souleyrac ne sont guère amènes, mais ils sont jeunes, François possède des arguments non violents pour démontrer la bêtise de Max s'attaquant à Claire qui n'est pour rien dans le caractère ombrageux de l'oncle, et bientôt l'armistice est déclaré, à défaut de paix.

François, au péril de sa vie, se rend près de chez Claire, malgré les panneaux chien dangereux et les aboiements du molosse. Il surveille les faits et gestes des occupants, l'oncle souvent enfermé, Claire sarclant le jardin. Un jour alors que Claire ne vaque pas à ses travaux habituels, il s'enfonce dans les fourrés et entend des voix. Surtout une, qui parle à un interlocuteur invisible. Il s'agit de Claire qui profite d'un moment de détente en compagnie d'une poupée. Il ne se manifeste pas puis revient un peu plus tard, apportant avec lui des bonbons, pensant faire plaisir à la gamine qui s'est aménagé un coin tranquille sur une petite plate-forme à l'abri des rochers. Il dépose son obole et écrit sur un petit bout de papier Tu as quand même un ami.

Et c'est ainsi que Claire et François vont se revoir, que Max va continuer ses bêtises à l'encontre de l'oncle, lui jouant un sale tour sur la marché, et que cela pourrait tourner au vinaigre si... François déterminé et peut-être inconscient ne découvrait le secret de cet homme irascible qui traîne la jambe.

 

Ce roman, gentiment moralisateur, comme il était de bon ton à l'époque d'écrire des ouvrages pour l'édifications des jeunes - n'oublions pas que le père de Renaud fut professeur d'allemand et directeur de la collection Jeunesse chez Hachette - est un compromis entre la Comtesse de Ségur et de Paul Berna, l'auteur du célèbre Cheval sans tête, plus connu des adultes sous le nom de Paul Gerrard.

Pour autant, ce roman comporte des scènes intéressantes, entre Claire et François ou les démêlés de François avec son ami Max. Il est à noter qu'à l'époque, on ne s'embrassait pas à la première rencontre, et François et Claire se serrent la main lorsqu'ils se voient. Mais c'est bien le passé de l'oncle qui régit l'intrigue. Il était un potier renommé, mais déjà les artisans avaient du mal à vivre de leur production.

La belle poterie est passée de mode, les gens ont préféré les choses à bas prix...

C'est le début du consumérisme qu'Olivier Séchan met en avant, par petites touches, sans s'appesantir dessus, mais le genre de détail qui justement fait mouche.

Première édition Nouvelle Bibliothèque Rose n°72. 1960.

Première édition Nouvelle Bibliothèque Rose n°72. 1960.

Olivier SECHAN : La cachette au fond des bois. Illustrations de Jeanne Hives. Réédition Nouvelle Bibliothèque Rose N° 384. Editions Hachette. Parution février 1971. 192 pages.

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11 mai 2017 4 11 /05 /mai /2017 13:16

Entrez dans l'intimité d'une vedette du cinéma, puisque l'on vous dit que c'est confidentiel...

Michel LEBRUN : Hollywood confidentiel.

Curieux roman et curieuse histoire que celle de cet ouvrage publié aux Presses de la Cité en 1970.

En effet, Hollywood confidentiel, premier manuscrit qu'ait écrit Michel Lebrun, resta dans les tiroirs de celui-ci pendant vingt-sept ans, et lors de sa parution, nombreux furent les critiques qui louèrent la facilité avec laquelle Michel Lebrun savait se renouveler.

Michel Lebrun, qui avec quelques décennies d'avance sur Stuart Kaminsky et bien d'autres, avait utilisé ce qu'on appelle de nos jours la Hollywood-mania, ou l'art rétro de mettre en scène quelques personnalités éminentes de la capitale cinématographique, que ce soit des acteurs, des réalisateurs, des metteurs en scène, des scénaristes...

Plus que l'histoire, c'est la construction feuilletonnesque du roman qui retient l'attention. C'est une parodie, un pastiche jubilatoire de ces feuilletons qui enchantèrent l'enfance de bon nombre d'entre nous, de Rocambole à Fantômas en passant pas Belphégor. Mais c'est aussi un hommage à une littérature qui respecte son statut : celui de plonger le lecteur dans des aventures extraordinaires, de le captiver, de l'intéresser et l'inciter à lire encore et encore de nombreux romans d'aventures.

Les têtes de chapitres et les questions posées à la fin de ceux-ci sont en tous points savoureux et obligent le lecteur à continuer à tourner les pages avec avidité, gourmandise, se délectant des aventures du personnage principal. En voici quelques exemples pris au hasard.

Premier chapitre : Le cri de l'épouvante.

Question posée à la fin du dit chapitre : Quel drame se déroulait dans la mystérieuse demeure ?

Ou encore :

Le tortionnaire au masque noir, Le secret du mort qui marche, Le laboratoire des épouvantes, Au milieu des mangeurs d'homme...

Ou encore :

Le narrateur se réveillera-t-il ? L'homme aux poings d'acier se lavera-t-il de l'infamant soupçon ? Notre héros se rendra-t-il à l'inquiétant rendez-vous ? Le faux prince hindou sera-t-il démasqué ?

 

Voyons maintenant et superficiellement le début de ce roman sans trop en déflorer l'intrigue :

Warren qui vient de purger trois ans dans la prison de Jacksonville, motif meurtre, se fait engager comme garde du corps par Bill Slone, acteur célèbre pour son interprétation dans le rôle du Cow-boy masqué. Drôle de famille quand même que la famille Slone, puisque la femme de l'acteur, Zelda Chevalier, actrice elle aussi, est une fervente adepte du masochisme, tandis que ses deux filles sont nymphomanes. Mais il n'était aucunement prévu que Karl, le chauffeur, se fasse assassiner et les événements qui en découlent mettent notre héros dans des situations impossibles et invraisemblables.

Hollywood confidentiel est en quelque sorte un bain de jouvence qui malheureusement se fait trop rare. Vive l'humour et la bonne humeur, cela aide à rajeunir...

 

Première édition collection Un Mystère 3e série N°49. Parution 1970.

Première édition collection Un Mystère 3e série N°49. Parution 1970.

Michel LEBRUN : Hollywood confidentiel. Editions J'ai Lu Policier N° 2305. Parution 1987.

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8 mai 2017 1 08 /05 /mai /2017 05:44

Hommage à Robert Heinlein décédé le 8 mai 1988.

Robert HEINLEIN : Le chat passe-muraille

Question : A quel moment un Zygote, c'est à dire l'œuf fécondé produit de l'union des gamètes, peut-il penser, sachant qu'un spermatozoïde et un ovocyte ne pas sont conscients de leur existence ?

Partant de ce principe, n'est-il pas envisageable d'imaginer qu'à force de connexions et d'interconnexions, un ordinateur puisse un jour se mettre à penser ?

Ces deux questions pourraient donner le ton et l'ambiance qui se dégagent de la troisième partie du livre de Robert Heinlein, ce Chat passe-muraille, un chaton plutôt du nom de Pixel qui passe au travers des murs parce qu'il est trop jeune pour savoir que c'est impossible.

Après deux parties farfelues et complètement délirantes débutant comme un roman policier, cette histoire diverge vers les multi-dimensions, les mondes parallèles (l'on retrouve la théorie du chat de Schrödinger) comme si l'auteur avait voulu changer de sujet en cours de route.

Pour rappel :

Un individu qui lui est inconnu demande au colonel Campbell d'assassiner quelqu'un. Mais lui-même meurt assassiné. Du coup Campbell s'enfuit avec sa nouvelle épouse afin d'échapper à un complot. Un trajet qui les oblige à quitter la station spatiale Règle d'or à bord d'une navette trop vétuste et ils s'écrasent sur la Lune. Un incident qui les emmène à fréquenter des personnages de tous bords dans différentes villes lunaires jusque dans un hôtel miteux. La femme de Campbell, avec laquelle il n'est marié que depuis trois jours, tente de le persuader qu'elle est un agent spatio-temporel dans un univers totalement déjanté, où il est difficile de savoir, par exemple, si les gens sont âgés de trente ou trois cents ans, où les navettes ne comportent que quatre places munies de toilettes victoriennes, ce qui est évidemment plus agréable et confortable que la cabane au fond du jardin, et autres élucubrations jouissives.

La troisième partie, qui est légèrement soporifique en comparaison des deux précédentes, ne doit pas justement faire oublier les deux premières. Un roman jubilatoire dû à une imagination débordante et débridée d'un auteur de science-fiction engagé.

Cette citation extraite d'un dialogue souligne la différence pouvant exister entre écrivain et romancier.

- Vous êtes écrivain, vous faites de la littérature peut-être ? Sans intrigue ?
- Moi ? Je ne sais pas écrire de littérature, j'écris des histoires.

Réimpression mars 1993.

Réimpression mars 1993.

Robert HEINLEIN : Le chat passe-muraille (The Cat who walks through Walls - 1985. Traduction de Jean-Paul Martin). Inédit. Collection J'ai Lu Science-fiction N°2248. Parution 1987. 508 pages.

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7 mai 2017 7 07 /05 /mai /2017 07:57

Un livre de circonstance ?

Charles WILLIAMS : Aux urnes, les ploucs !

Les hommes du shérif du comté de Blossom sont à l'affût. Ce qui n'empêche pas l'oncle Sagamore de déguster sa production locale détenue dans un pot à confiture. Une provocation délibérée et il enterre immédiatement son bocal sous un tas de bois.

Dans douze jours, de nouvelles élections vont avoir lieu afin de choisir un nouveau shérif. Ou reconduire l'ancien, puisqu'il est seul pour l'instant à se (re)présenter. Personne n'envie sa place et pourtant les habitants du comté ne tarissent pas de critiques négatives sur sa façon d'administrer et de gérer les problèmes de production illicite d'alcool.

Les adjoints du shérif déterre le bocal mais lorsqu'ils apprennent qu'il contient de la nitroglycérine, ils repartent la queue entre les jambes, ce qui morphologiquement n'est pas faux mais qui traduit une peur rétrospective à l'idée de s'envoyer en l'air dans avoir pu prendre du plaisir. cela amuse l'oncle Sagamore et Pop, le père du jeune Billy. A part eux, à la ferme Noonan réside également l'oncle Finley, mais il ne compte pas, trop occupé qu'il est par son idée fixe de construction d'arche.

Oncle Sagamore, Pop et son fils Billy partent pour la ville, et ils se ravitaillent en cours de route à une pompe à essence. Tandis que les hommes procèdent à des besoins naturels, Billy entend le garagiste déclarer à un de ses amis qu'il va vendre des pneus rechapés sans difficulté à ceux qu'il prend pour des ploucs. Billy en informe son oncle et commence alors un curieux échange de billets contre pièces d'argent, ce que l'on appelle couramment le vol au rendez-moi. L'oncle Sagamore repart plus riche qu'il était en arrivant, avec en prime les pneus.

Le shérif tient absolument à prendre sur le fait Sagamore et compagnie alors que l'oncle se prépare à une nouvelle séance de distillation. Mais comme il ne peut le faire clandestinement, il va réaliser cette opération en plein air, devant un attroupement de villageois curieux et attendant du shérif qu'enfin il mette fin à ces pratiques.

Sacs de maïs et sacs de sucre sont entassés dans la cour et la bouillotte est installée dans une petite cabane. Théoriquement il va produire de l'alimentation pour cochons, ainsi que de la térébenthine grâce à de la résine prélevée sur les pins environnants. La poudre de maïs et le sucre sont mis à macérer dans des cuves, mais cela ne tourne pas comme le souhaitent Sagamore et Pop. La fermentation provoque des bulles et les cuves sont vidées à terre, le sol engloutissant le liquide. Le shérif et ses adjoints sont présents et ne peuvent que constater que le résultat produit ne peut servir de pièces à conviction.

Le garagiste se lance lui aussi dans la course électorale, contre le shérif actuel, et déclare que s'il est élu, il mettra l'oncle Sagamore en prison. Un programme ambitieux qui est calqué sur celui du shérif. Qui gagnera ?

La question est posée, mais l'oncle Sagamore s'érige en arbitre, et cela nous donne quelques scènes du plus haut effet comique, surtout lorsque madame Horne et ses nièces, qui ne sont pas ses nièces vous l'aurez compris mais des jeunes femmes de petite vertu, sont invitées à participer à ce simulacre de campagne électorale.

 

Narrée par Billy, un gamin de huit ans, cette histoire complètement loufoque reprend les personnages de Fantasia chez les ploucs, dans de nouvelles aventures délirantes.

Bien sûr Billy, vu son jeune âge, ne comprend pas toujours ce que font les adultes, et plus particulièrement son oncle Sagamore. Mais il lui fait confiance de même qu'à Pop, son père. Seul l'oncle Finley est à part, mais incidemment il se trouve au bon endroit au bon moment pour compléter certaines scènes de panique élaborées par les deux hommes, à l'encontre du shérif, de Curly la garagiste vindicatif et sûr de lui, ou les badauds qui affluent de plus en plus à la ferme Noonan.

Mais sous des dehors naïfs, l'oncle Sagamore, et dans sa foulée Pop, est nettement plus retors, matois et roublard que sa dégaine pourrait le faire croire. Il marche pieds nus, ce qui n'est pas rédhibitoire, et agit comme s'il était simplet. Or c'est tout le contraire et il possède une intelligence à faire pâlir d'envie bien des ministres.

Mais sous des dehors de comique façon Branquignols, Charles Williams édicte des propos, sans en avoir l'air, à l'encontre des ligues de vertus, le pouvoir et la façon de procéder des candidats pour gagner des électeurs, l'hypocrisie et le fanatisme religieux. Un roman publié en 1960 et qui n'a rien perdu de son charme, de son humour mais surtout des enseignements que l'on veut bien y trouver, d'autant que de nos jours, ce sont toutes ces dérives qui sont portées parfois à leur paroxysme. Il y a du Rabelais revisité par Voltaire en Charles Williams.

Réédition Carré Noir N°396. Parution juillet 1981.

Réédition Carré Noir N°396. Parution juillet 1981.

Réédition collection Folio Policier N°208. Parution mars 2001. 256 pages. 7,00€.

Réédition collection Folio Policier N°208. Parution mars 2001. 256 pages. 7,00€.

Charles WILLIAMS : Aux urnes, les ploucs ! (Uncle Sagamore and his girls - . Traduction de C. Wourgaft). Série Noire N°602. Parution novembre 1960. 256 pages.

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4 mai 2017 4 04 /05 /mai /2017 04:59

Le mieux pour éviter les pièges, c'est de dormir la nuit...

Nick TOSCHES : Les pièges de la nuit

Dans le quartier italien de Brooklyn à New-York, Louie exerce, si l'on peut parler de profession, un travail particulier qui aurait dû l'enrichir, mais les aléas de la vie ont voulu qu'il vit honorablement, sans plus.

Il prête de l'argent à des taux usuraires, mais ses débiteurs sont bien obligés de passer par lui, ou par l'un de ses confrères qui sont souvent moins regardant que lui. Il ne leur met pas le couteau sous la gorge, et certains oublient de le rembourser.

Il tâte aussi de la loterie parallèle, en marge de la loterie organisée et officielle, et parfois cela peut rapporter. Et il traîne de bar en bar, pour ses petites affaires qui ne peuvent avoir de bureau avec pignon sur rue. Et c'est dans l'un de ces troquets, celui où il possède ses habitudes, qu'il entend une conversation ayant pour rapport un certain Joe Brusher, un tueur notoire et un homme nommé Il Capraio. Ce qui met la puce à l'oreille de Louie, car Il Capraio est un vieux de la vieille dans le quartier, a des démêlés avec Giovanni, le grand oncle de Louie qui s'est retiré à Newark.

Tout en continuant ses bricoles, Louie en informe Giovanni qui médite une parade. L'argent rentre et entre deux petits arrangements avec les chiffres du loto et prêts à taux usuraires, Louie passe son temps avec Donna Lou. Une liaison sulfureuse, mouvementée, intense et houleuse, passionnée et intermittente.

Louie se dégote une nouvelle occupation, un nouveau moyen pour placer de l'argent, et fructifier sa mise de fonds. Il s'associe avec Goldstick propriétaire d'un PeepShow qui passe des petites annonces dans un journal spécialisé. Goldstick réalise et vend des films pornographiques via sa boutique Rêves & Co, et cela peut s'avérer une affaire juteuse auprès d'amateurs de fantasmes qui n'hésitent pas à payer cher pour voir leurs rêves se réaliser sur pellicule. Du moins c'est ce que pense Louie qui n'hésite pas à investir.

Mais pour autant les démêlés obscurs entre Il Capraio et son oncle Giovanni prennent un tour funeste.

 

Cette histoire, qui est plus un reportage sur la petite truanderie italienne de New-York qu'une véritable intrigue, pèche par un manque de rigueur. Peut-être est-ce dû à une traduction tronquée, d'autant plus que les scènes torrides de sexe sont exploitées. Il est vrai que cet ouvrage est publié sous les auspices de Gérard de Villiers, mais les autres romans de la collection ne souffrent pas d'une telle obsession dans le salace. Il faudrait pouvoir lire le texte dans sa version originelle.

Tout tourne autour, ou presque des chiffres, du Loto et des taux usuraires, chiffres largement commentés, décrits, expliqués. Et la guerre, entre deux vieillards, d'origine italo-albanaise, n'est présente que parcimonieusement, même si elle est le fond même de l'histoire.

Si l'on peut effectuer des rapprochements stylistiques et d'inspiration avec notamment pour les romanciers de la même époque avec Robin Cook (le Britannique) et Lawrence Block (avec notamment Huit millions de morts en sursis), je pencherais plutôt vers les grands anciens de la littérature noire américaine, avec les romans de gangsters et d'atmosphère écrits par William Riley Burnett ou Marvin H. Albert, la rigueur de l'intrigue en moins.

Toutefois certaines réflexions émises par Louie ou Il Capraio valent le détour.

Ainsi Louie donne sa version de l'esclavage à Donna Lou :

Les Noirs et les Blancs ont toujours fait la guerre, profitant de toutes les occasions pour réduire l'autre en esclavage. Et ne t'imagines surtout pas que l'esclavage c'est du passé. Il n'y a que l'emballage qui change. Celui qui trime toute sa vie pour payer son loyer et remplir son assiette n'est rien d'autre qu'un esclave, même si chaque mois son maître lui donne quelques billets qu'il sera obligé de rendre aussitôt pour payer son loyer et remplir son assiette. Bien sûr on peut toujours se racheter, tu diras. Mais c'est bien ce que faisaient les esclaves : ils avaient toujours droit de racheter leur liberté avec de l'argent.

Quant à Il Capraio, il possède sa petite idée sur le trafic de drogue et la légalisation des produits illicites :

La loi, c'est pas toujours logique. Les juges ne veulent pas forcément en finir avec le crime. Ils ont un intérêt dans la came, tout comme les médecins ont un intérêt dans le cancer, et comme les pompes funèbres ont un intérêt dans la mort. C'est leur pain quotidien. C'est pour ça que je ne pense pas qu'il la légaliseront. Ça résoudrait trop de problèmes. Et ça ferait perdre pas mal de fric à pas mal de gros bonnets.

Un premier roman, un peu décevant, et la traduction signée en Série Noire est-elle plus proche de la version américaine, même si le titre de la collection Polar USA, est plus proche du contexte ? La différence de pagination est minime, si l'on considère que les caractères d'imprimerie de Les pièges de la nuit sont assez relativement petits.

 

Chronique publiés dans le cadre du challenge Auteur du mois du site Lecture/Ecriture.

Réédité sous le titre La Religion des ratés dans une nouvelle traduction de Jean Esch. Collection Série Noire no2437. Parution 15 octobre 1996. 272 pages.

Réédité sous le titre La Religion des ratés dans une nouvelle traduction de Jean Esch. Collection Série Noire no2437. Parution 15 octobre 1996. 272 pages.

Réédition collection Folio Policier N°163. 304 pages. Parution 25 mai 2000. 7,70€.

Réédition collection Folio Policier N°163. 304 pages. Parution 25 mai 2000. 7,70€.

Nick TOSCHES : Les pièges de la nuit (Cut numbers - 1988. Traduction de Jean-Loup Coinus). Collection Polar USA N°30. Editions Gérard de Villiers. Parution janvier 1990. 256 pages.

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2 mai 2017 2 02 /05 /mai /2017 10:24

Hommage à Ruth Rendell, décédée le 2 mai 2015.

Ruth RENDELL : La maison aux escaliers

Une silhouette de femme entrevue dans la foule, et pour Elizabeth, c’est tout un passé d’angoisse qui remonte à la surface. Cette silhouette c’est celle de Bell, une jeune femme qui a énormément compté dans la jeunesse d’Elizabeth, et plus particulièrement pendant les années vécues dans la Maison aux Escaliers. Une maison toute en hauteur, cinq étages, cent six marches. Une maison achetée par Cosette, drôle de nom pour une riche veuve, et qui sert de refuge à de nombreux parasites, hommes et femmes marginalisés.

S’établissent une période de liberté, de sexualité active, une atmosphère de débauche. L’amitié et la camaraderie comptent autant, ou plus, que l’amour sentiment. Cosette a bien eu quelques soupirants mais elle entretient l’obsession d’un amant selon ses critères. Un amant qui se fait attendre. Les jours passent, s’étirent.

Un jour, Elizabeth fait la connaissance de Bell. Bell est une énigme vivante, ressemblant étrangement à un portrait peint par Bronzino au seizième siècle et à une héroïne de Henry James décrite dans son roman Les ailes de la colombe. Entre Cosette, la cinquantaine décrépite, récente veuve à la recherche de l’amant insaisissable, Elizabeth traumatisée par une maladie héréditaire, la chorée de Huntington, et Bell, affabulatrice, peut-être responsable de la mort de son mari, peintre raté adepte de la roulette russe, s’établissent des relations plus qu’amicales.

Mais un ver ronge le beau fruit. Bell vit maintenant à demeure dans la Maison aux Escaliers. Elle leur présente comme son frère, Mark, un jeune homme qui lui ressemble étrangement. Mark est un acteur, jouant un rôle dans un feuilleton radiophonique. Pour Cosette, c’est le coup de foudre. Et Mark tombe sous son charme vieillissant. Situation qui provoque un effet inverse entre Bell et Elizabeth, leurs relations saphiques s’estompant. Cosette, déjà riche, se retrouve soudain en possession d’une forte somme d’argent quand Mark perd son emploi, son petit rôle dans le feuilleton, seule activité qui le reliait au monde du théâtre.

Il informe Elizabeth que Cosette et lui ont décidé de déménager, de vivre ensemble et de vendre la Maison. En aucun cas Bell ne doit être au courant, enfin pas dans l’immédiat. Et puis elle aura une compensation, un petit appartement que lui offrira Cosette. Un soir, alors que Mark, Cosette, Elizabeth. Bell et quelques autres sont conviés au restaurant par un couple d’amis, surgit une femme, Sheila Henryson, qui se présente comme la belle-sœur de Mark. Le pavé dans la mare. Consternation à la tablée. Mark et Bell ne sont pas frère et sœur, mais amants. Ou étaient. A l’origine une méprise de la part d’Elizabeth et que Bell a su exploiter. Mais Mark avoue à Cosette que, de plus en plus, il était réticent à jouer dans cette mise en scène ignoble.

 

Ecrit à la première personne, ce roman est narré par Elizabeth qui revit ses souvenirs, ses amours, ses amitiés, ce drame également au contact de Bell. Des mémoires où le passé se mêle au présent et où, peu à peu, les zones d’ombre s’évanouissent au fur et à mesure des révélations de Bell : l’assassinat de Silas, son mari, camouflé en accident, ses années de prison, etc. Mais pour Elizabeth, c’est également la révélation ou la confirmation de sa responsabilité directe et indirecte dans ce drame.

Ruth Rendell, spécialiste des romans d’énigme dans lesquels la psychologie joue un grand rôle, n’est jamais allée aussi loin dans l’introspection de ses personnages. Des personnages ambigus déchaînant des passions qui se traduisent par des violences morales et une angoisse latente. Cependant, ce roman est un peu comme un anachronisme dans son œuvre. L’étude de caractère de ses personnages pervers, névrosés, psychopathes est comme à l’habitude extrêmement fouillée mais la façon de les décrire présente comme un décalage par rapport à ses autres romans et s’érige en marge.

Par certains côtés, La maison aux escaliers est un livre dense, poignant, violent ; par d’autres il se révèle décevant. Trop d’introspection, de calculs, pas assez de réalisme. Un roman qui oscille entre l’écriture, le romantisme fin du dix-neuvième siècle et la liberté de mœurs des années soixante-dix. Reste qu’un palier de plus est franchi par cette grande dame qui nous réserve bien d’autres surprises sous le pseudonyme de Barbara Vine.

 

Ruth RENDELL : La maison aux escaliers (The house of stairs - 1988. Traduction de Isabelle Rosselin-Bobulesco). Editions Calmann-Levy. Parution 1990.

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21 avril 2017 5 21 /04 /avril /2017 09:48

Instinct basique comme celui de nos

hommes politiques ?

Richard OSBORNE : Basic Instinct

Ex-chanteur de Rock, propriétaire de club et élément majeur dans l'entourage du maire de San Francisco, Johnny Boz est retrouvé assassiné d'une douzaine de coups de pic à glace.

Il a été aperçu la veille en compagnie de Catherine Tramell, romancière à succès. Nick Curran, son équipier Gus Morran et le lieutenant Walker sont persuadés de la culpabilité de celle-ci, conviction étayée lorsque Curran découvre que le meurtre de Boz a été conçu selon un processus décrit dans le dernier roman de Catherine. Celle-ci nie être la meurtrière et propose même de passer un test devant le détecteur de mensonges. Test négatif pour la romancière, qui s'adonne aux plaisirs prohibés par jeu, par provocation, et avoue s'ériger comme une professionnelle du mensonge.

Entre Curran et Catherine s'établissent des rapports malsains. Ils sont tout à la fois attirés l'un par l'autre et en même temps se dressent en adversaires. Catherine n'a eu des relations sexuelles avec Boz que parce qu'elle aime ça et non par amour. Auparavant elle était liée avec Marty, un boxeur, qui s'est fait descendre sur un ring.

Curran vit avec le souvenir de deux touristes qu'il a abattu à la suite d'une bavure. Beth Gardner, la psychologue de la police avec qui il a couché au cours de sa thérapie, a essayé de lui effacer son obsession. Il s'est arrêté de boire, de fumer, de se droguer mais au contact de Catherine il retombe dans ses travers. Beth Gardner a connu la romancière une dizaine d'années auparavant, alors qu'elles suivaient les cours de psychologie à l'université de Berkeley. A cette époque, leur professeur a été retrouvé assassiné à coups de pic à glace.

Si Catherine admet s'être inspirée de cette histoire pour écrire un de ses livres, elle traine derrière elle comme un maléfice. Les personnes qu'elle côtoie, professeur, parents, amants décèdent dans de mystérieuses conditions. Catherine connait les antécédents de Curran et en joue comme avec une allumette. Furieux il comprend que seule Beth a pu divulguer les renseignements. Elle avoue avoir permis à Nielsen, un agent de l'Inspection Générale, de compulser son dossier. S'ensuit une algarade entre le bœuf-carotte et Curren, en présence de leurs collègues. Le lendemain Nielsen est retrouvé mort, abattu d'une balle provenant d'une arme officielle de la police. Les soupçons se portent sur Curren mais ne peuvent être étayés.

Il est mis en congé d'office mais continue malgré tout son enquête. Catherine avec qui il copule furieusement lui parle d'une étudiante, Lisa Hoberman qui l'a perturbée durant sa dernière année universitaire.

 

Entre Nick Curren, le policier qui n'est pas encore désabusé au contraire de son équipier, plus âgé il est vrai, et Catherine Tramell, une romancière qui puise son inspiration d'après des faits divers authentiques ou provoqués, s'engage une partie de chat et de la souris.

Mais ce n'est pas toujours le policier qui mène la danse. Il est fasciné par la jeune femme et peu à peu doute de ses premières conclusions. Catherine Tramell elle aussi est fascinée par le policier mais maitrise cyniquement son attirance et joue un jeu dangereux.

Son personnage est complexe et s'auréole de mystère. Est-elle une véritable meurtrière? Au lecteur de l'imaginer. Tout l'intérêt de cette intrigue réside dans l'étude psychologique des personnages et dans la dualité aversion/attirance qui anime leurs rapports.

Ce roman est l'adaptation du film éponyme de Paul Verhoeven, sorti en 1992, avec dans les rôles principaux Michael Douglas et Sharon Stone.

Richard OSBORNE : Basic Instinct (BASIC INSTINCT - 1992). D'après un scénario de Joe Eszterhas. Trad. de l'américain par Gilles Bergal. Collection Pocket Thriller. Editions Presses-Pocket. N°4066. 188 pages. 1992

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Présentation

  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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