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14 février 2012 2 14 /02 /février /2012 14:18

Comme L'Oncle Paul ne se refuse rien, voici un roman de Georges Simenon, histoire de se faire plaisir.

train-de-nuit-copie-1.gif

Une large silhouette se profila au bout du couloir. Marthe reconnut le commissaire qui s’inquiétait d’elle(s) pendant la nuit… C’était Maigret, un homme calme, au parler rude, aux manières volontiers brutales.

Maigret, le fameux commissaire qui de 1931 à 1972 connaitra la carrière que l’on sait, Maigret au travers de quelques romans est ébauché à grands coups de crayons par un Simenon à la machine à écrire intarissable. A peine une silhouette et pourtant l’on sent déjà l’homme bourru, obstiné, humain, qui traquera sans pitié le criminel impénitent mais saura se montrer magnanime envers le meurtrier d’occasion.

Georges Simenon, qui signait alors ses ouvrages Christian Brulls ou Georges Sim ou autres pseudonymes, petit à petit construit son œuvre, comme cherchant sa voie. Et dans Train de nuit le lecteur peut se rendre compte que s’il ne tient pas tout à fait entre les mains un roman policier, ce n’est plus le roman d’aventures auquel il était habitué en lisant Dolorosa, Les pirates du Texas, Chair de beauté

train-de-nuit.jpgTrain de nuit, c’est un peu l’amalgame des Maigret et des romans à prétention littéraire. Le commissaire n’est là que comme figurant, le personnage principal étant Jean, le marin et fils de marin normand qui effectue son service militaire, sur un navire basé à Marseille. Train de nuit est un roman noir avant la lettre. Jean qui se trouve entrainé dans l’engrenage pour les beaux yeux d’une femme mystérieuse. Rita joue de ses charmes, elle en a l’habitude, mais elle sent naître en elle un sentiment de commisération, d’amour maternel et charnel à la fois. Dans le train qui le ramène à Marseille après une courte permission passée à Yport, près de Fécamp, Jean remarquera une dame en noir. Un phantasme qui deviendra réalité lorsque celle-ci l’aborde, lui confie un portefeuille à remettre à une certaine adresse, près du Vieux Port. A la gare Saint-Charles, Jean est fouillé, sans résultat, et apprend qu’un drame a eu lieu dans le rapide Paris-Marseille. Le début du trouble, de la confusion, s’instaurent dans l’esprit de Jean. Il s’affole et au lieu de rejoindre son bâtiment, s’enfonce dans la ville, dans le désordre, le stupre et une certaine forme d’avilissement dans laquelle il se complait. Rita le recueille, l’héberge, l’aime. Rita et Jean vont servir de tampon entre le Balafré et la police.

L’on retrouve dans cette histoire bon nombre des échos, des situations, dans lesquels aimaient se plonger les personnages de Simenon. Une atmosphère dénuée de sérénité, le ballotement de ces hommes et femmes au gré d’un destin qu’ils ne peuvent contrôler, ces petits riens qui parsèment son parcours, son œuvre étant comme autant de répétitions de situation.

Jean était encore couché. Il devait avoir pris froid au cours de la promenade de la veille au soir, car il se sentait moite de fièvre. Tout « l’univers Simenon » se retrouve dans ces quelques mots avant que Simenon existe officiellement littérairement parlant.

Georges SIM : Train de nuit. Collection Maigret avant Maigret. Editions Julliard. Mai 1991. 192 pages.

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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 17:49

pinaguet.jpg

Exhumer des œuvres de jeunesse est parfois synonyme de risque, même si l’auteur est décédé. Sa gloire littéraire n’en pâtira pas forcément, mais le lecteur potentiel peut à juste titre se montrer dubitatif et ne pas retrouver le coup de patte, le style, le charme, qui lui ont fait aimer tel ou tel écrivain.

Jehan Pinaguet, écrit par Simenon à l’âge de dix-huit ans, était resté inédit. Plus pour des raisons de censure de la part de Demarteau, rédacteur en chef de La Gazette de Liège, journal auquel collaborait Simenon en tant que localier, que pour des raisons de style. Longtemps j’ai cru que Jehan Pinaguet était un roman dont l’action se déroulait au Moyen-âge mettant en scène un jeune hobereau en soif de découvertes, d’aventures. La magie du prénom sans aucun doute.

En fait il s’agit d’un tableau de mœurs ayant pour cadre la bonne ville de Liège, chère au cœur de Simenon. Jehan Pinaguet est un jeune homme avide de tout découvrir. Pour cela il devient tout à tour cocher, l’un des rares encore en service, puis garçon de café, enfin aide libraire. Un parcours qui permet à Simenon de croquer à coups de traits rapides mais fortement appuyés l’entourage du jeune homme et de poser les jalons de cette marque de fabrique qui fera la renommée, la célébrité du créateur du commissaire Maigret. Ainsi page 45 peut-on lire cette phrase dans laquelle se dessine ce qui deviendra tout l’univers simenonien : Désormais le mot Justice n’évoquerait plus en lui qu’une salle pleine de soleil et de fumée de tabac, avec un grand pupitre noir, une verrue magistrale, une pipe d’écume, des picotements dans les mollets et une punaise écrasée sur des pages graisseuses.

Et la petite appréhension que je ressentais en ouvrant ce volume s’est vite muée en une espèce de ravissement.

Au pont des Arches qui figure dans ce recueil a eu l’honneur d’être édité mais à un tirage quasi confidentiel. C’est un roman allègre, humoristique, dans lequel on suit Paul Planquet, fils d’un pharmacien inventeur d’un produit dont il ne sait pas faire la promotion, découvrir les premiers émois de la chair, et les problèmes financiers inhérents à l’assouvissement de sa sexualité. Dans Les Ridicules, Simenon brosse les portraits de quatre de ses amis de la Caque, association de bohèmes. Des pages écrites avec férocité et destinées à celle qui deviendra sa femme et à ceux qu’il a croqués avec si peu de gentillesse mais tant de réalisme.

Des œuvres de jeunesse donc mais qui témoignent déjà de la part de Simenon une étonnante maîtrise de l’écriture, malgré quelques redondances, une facilité à dépeindre ses personnages, une propension affirmée pour les odeurs, l’atmosphère, et qui se lisent avec un plaisir non dissimulé.

Georges SIMENON : Jehan Pinaguet, suivi de Au pont des arches et des Ridicules. Préface de Francis Lacassin. Presses de la Cité. 1991. 210 pages.

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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 16:11

simenon.jpgGeorges Simenon est né à Liège le 13 février 1903. Il aurait 109 ans, mais Maigret est toujours vivant.


Le genre policier vise avant tout à satisfaire un besoin élémentaire de Justice : il s’agit d’arrêter le coupable… Néanmoins, empruntant le plus souvent une voie médiane, les Maigret évitent de complètement décevoir les attentes des amateurs de vrais romans policiers comme celles des amateurs de vraie littérature. Maigret, personnage empreint de douceur et foncièrement sympathique, parvient à concilier les bonnes grâces de ces deux catégories de lecteurs, et il les mènera tranquillement où il veut.

Et de fait Maigret sera le catalyseur entre amoureux de littérature policière, même si parfois ceux-ci se sentent frustrés en l’absence d’une véritable enquête, et entre les rigoristes d’une littérature dite sérieuse. Simenon lui-même, après avoir abandonné Maigret, reprendra son héros. D’ailleurs le dernier roman écrit sera un Maigret : Maigret et Monsieur Charles. Pourtant il n’aura de cesse de vouloir écrire de « vrais » livres, talonné par ses amis, André Gide, Marcel Achard, Jean Cocteau entre autres, qui cependant se satisfont de ses œuvres.

Des romans, Simenon en a écrit, des centaines, au début sous pseudonymes aussi variés et loufoques tels que Gom Gut, Plick et Plock, Bobette, etc. aussi ronflants que sérieux, tels Jean du Perry, Georges d’Isly, Christian Brulls, Jean Dorsage et Georges Sim. Lorsque se sentant enfin mûr pour abandonner la production de romans d’aventures et se lancer sous son patronyme en littérature, Simenon et ses personnages souvent se confondent.

Empruntant à ses souvenirs d’enfance, de voyages, de personnages connus ou entrevus, Simenon s’investira dans ses œuvres. Seul le commissaire ne lui ressemblera pas, ou si peu. Maigret, sage, posé, pondéré, dont les seuls vices à l’image de son créateur sont de se laisser facilement tenter par les petits verres et de fumer la pipe.

Stanley Eskin, dans cette monumentale biographie de Simenon, cerne le personnage et le lecteur assidu de Simenon, comprendra souvient mieux ce que Simenon a voulu écrire, exprimer au travers de ses romans. Stanley Eskin perce l’intimité de Simenon au travers de ses écrits, romans et récits, mémoires et confessions, et l’écrivain, tout en restant sur un piédestal devient plus humain, plus accessible parce que plus proche de ses lecteurs. Une biographie honnête dans laquelle sont mis à nu ses qualités et ses défauts, avec un réel souci de vérité, sans flatter mais également sans déprécier l’homme, l’écrivain et son œuvre. Le lecteur, par moments, ressent l’impression de se conduire en voyeur. Faut avouer que Stanley Eskin explore jusqu’à la sexualité et les besoins, immenses et libérateurs, simenoniens. Une biographie qui donne envie de lire ou relire Simenon, avec un œil neuf, et pour ma part, je regrette que les tentatives de rééditions des romans sous pseudonymes, entreprises au début des années 80 par les Presses de la Cité et Julliard, n’aient pas aboutis et eu plus de succès.

Stanley ESKIN : Simenon, une biographie. Presses de la Cité. 1990. 368 pages.

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12 février 2012 7 12 /02 /février /2012 17:18

sudexpress.jpg

Jusqu’à quelque peu, lorsque l’on me parlait de Liseuse, je croyais naïvement qu’il s’agissait d’une personne envoyée par le service d’action sociale afin de permettre à des personnes âgées ou malvoyantes d’accéder au plaisir de la lecture, comme ces liseuses au XIXème siècle et les précédents, qui suppléaient les défaillances des bourgeoises et des mondaines analphabètes. Que nenni, les liseuses maintenant sont de petits boitiers avec écran que l’on manipulent avec dextérité. Jamais la lecture n’aura autant justifié cette appellation de plaisir solitaire.


Julien Gras aspire à la renommée comme auteur de romans d’horreur. Il en a le potentiel, d’ailleurs son premier roman a connu un succès d’estime, mais à moins de tirages exceptionnels, qui dépassent ceux des Goncourt actuels (en baisse par rapport à ceux édités il y a quelques années, mais ceci n’est qu’un aparté que vous n’êtes pas obligés de lire), la profession d’écrivain n’enrichit guère celui qui s’est engouffré dans ce bourbier, ou plutôt cet encrier. Bref, Julien est obligé pour survivre de s’adonner à écrire des piges pour des journaux, et comme si cela ne suffisait pas il subit des problèmes sentimentaux et familiaux. Sa femme vit avec un nouvel ami et Julien leur rend visite de temps en temps, surtout pour voir sa fille Cuivre. Le couple ayant décidé de déménager, Julien débarrasse la cave de ses affaires, dont une mallette confiée par un ami Tamoul, plus de quinze ans auparavant et dont il n’a depuis lors jamais eu de nouvelles. Déprimé, fauché, sans véritable emploi, il décide de s’installer hors de Paris. Après un détour par Limoges, il se fixe près de Montpellier, où grâce à un ancien confrère il dégotte une place de pigiste dans un journal local. Mais un quatuor d’Indiens le poursuit et son périple ne se terminera qu’aux pieds des marches du festival de Cannes.

Road-movie et faux polar, Sud-Express est un roman humoristique, bourré d’allusions, d’hommages et de faits réels, transposés plus ou moins par l’auteur. Ainsi les amateurs découvriront les joies et les peines de l’écriture seul ou à quatre mains. Référence à Le Taxidermiste cosigné avec Daurel (Davrel dans le roman), la difficulté de placer des nouvelles même dans des revues spécialisées comme Hitchock magazine, dirigée par Maurice Bernard Endrèbe (dans le roman M.B.E., dernier gentleman en activité dans le milieu éditorial policier français), le travail ingrat de pigiste en province, surtout pour quelqu’un venant comme un cheveu sur la soupe de la capitale, et bien d’autres remarques réjouissantes à la lecture. A signaler que ce roman a paru pour la première fois en feuilleton dans une revue bordelaise en 1994, puis dans une version tronquée en 1995 dans Macadam plus, journal vendu dans la rue. Puis réédité aux éditions de l’Agly en 2001.

François DARNAUDET : Sud Express. Kindle Amazon. 3,57€.

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26 janvier 2012 4 26 /01 /janvier /2012 12:59

Jean-Claude Izzo nous a quitté le 26 janvier 2000. Afin de lui rendre hommage, au lieu de mettre en ligne sa trilogie de Fabio Montale, j'ai préféré vous proposer l'un de ses livres les plus émouvants.

Relégué au bout du quai Wilson, sur la digue du Large, L’Aldébaran Mains-perdus.jpgest arrimé sur le port de Marseille depuis des mois, attendant qu’on tranche sur son sort. L’armateur a fait faillite et à bord ne survivent que le capitaine, Abdul Aziz, un Libanais, le second, Diamontis, un Grec et le radio, Nédim, le Turc. Oubliés de tous ou presque. Nédim a reçu un petit pécule pour regagner sa patrie comme les autres membres d’équipage, mais en attendant le camionneur qui devait le transporter, il s’est laissé embringuer dans une arnaque. Deux jolies femmes Lalla et Gaby l’ont emmené dans une boîte de nuit. Il s’est retrouvé avec une ardoise et obligé de laisser ses papiers et son baluchon. Abdul et Diamontios ressassent leurs souvenirs. Abdul pense à sa femme Céphée, qui l’a quitté parce qu’il aimait trop la mer. Diamontos pense lui aussi à sa femme mais surtout à Amina qu’il a connu à Marseille, bien des années auparavant, dont il garde la réminiscence enfouie au plus profond de lui-même et qu’il recherche. Diamontos s’est lié avec Toinou, un gargotier et sa fille Mariette. Nédim réintègre le cargo et leur narre ses avatars nocturnes. Diamontis se propose de recupérer ses affaires. Tout à ses transactions, il n’aperçoit pas Gaby qui le reconnait. Elle n’est autre qu’Amina. Des inconnus le tabassent et lui conseillent de ne pas pousser plus loin ses recherches concernant Amina. Il est hébergé par Mariette qui le soigne puis il regagne le cargo. Un message d’Amina l’attend lui demandant de la rejoindre sur la corniche. Nédim y est déjà en compagnie des deux femmes et lorsque Diamontis les retrouve, Amina est partie. Elle avait rendez-vous avec Ricardo, son protecteur, homme de la Mafia.
Ode à Marseille, à son port, et à ses habitants venus des différents pays bordant la Méditerranée, Les Marins perdus est également le témoignage de ses marins qui se retrouvent à quai, dans un pays qu’ils ne connaissent pas et qui sont prisonniers sur leur navire par la faute d’un armateur indélicat. Izzo décrit avec sensibilité les moments de doute, de tourments, de retours sur leur passé, de trois hommes obligés à vivre en communauté, mais dans une communauté qui n’est plus celle de la navigation. L’amitié qu’ils se vouaient se transforme peu à peu à cause de l’éloignement du pays natal et de leurs racines, familiales principalement. De petits instants de bonheur enchâssés dans de grands moments de solitude, de tristesse, d’espérance gâchée.
Jean-Claude IZZO : LES MARINS PERDUS. Flammarion, coll. Gulliver. Réédition J’Ai Lu.

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23 janvier 2012 1 23 /01 /janvier /2012 14:38

Stanilas-André Steeman, né le 23 janvier 1908, a été surnommé par un critique inspiré le Simenon belge. Nul doute que celui-ci ne savait pas que ces deux écrivains étaient né dans la même ville de Liège. Un peu léger non ?
Qu’un vieux monsieur décède d’un arrêt du cœur en pleine rue, ce ne pourrait boiteux1.jpegêtre considéré que comme un accident de parcours. Mais qu’un deuxième puis un troisième le suivent dans la tombe, cela relève de l’épidémie et s’avère franchement louche. Pas pour les policiers qui ont d’autres chats à fouetter, mais pour les Despérados, une bande de gamins qui vivent dans l’Impasse des boiteux, là où justement se déroule ce feuilleton mortuaire. Alors la Mite, Prunelle et leurs compagnons, Marie-Ange, Marie Christine, Long Rifle, Boule II, Sleepy et Super se lancent sur les traces de l’assassin. Car il s’agit bien d’assassinats, déguisés en accidents certes, mais d’assassinats quand même. Ces arrêts cardiaques ont été provoqués sciemment, délibérément. Pourquoi et par qui ? C’est ce que vont tenter de découvrir nos gamins pleins de ressources, et qui n’ont ni leurs yeux ni leurs oreilles dans leurs poches.
Boiteux2.jpgParu en 1959 dans la défunte collection Un Mystère des Presses de la Cité, collection qui fit les beaux jours et les nuits blanches de bon nombre d’amateurs de romans policiers par son éclectisme, L’Impasse des boiteux est un livre pour adultes et adolescents dans lequel l’humour y est présent de façon constante. Une histoire habilement construite, possédant un petit air rétro, désuet, dû à un monsieur qui savait fignoler ses intrigues. Jacques Baudou, dans « Le Vrai visage du Masque » écrit à propos de Steeman, qu’il est l’un de ceux qui, avec Pierre Véry et Simenon, affirmèrent la spécificité du roman policier non anglo-saxon, et qui lui donnèrent ses plus belles lettres de noblesse. Steeman n’est pas uniquement l’auteur de Légitime défense, plus connu sous le titre de Quai des Orfèvres après son adaptation cinématographique, de L’assassin habite au 21 ou comme le créateur de Mr Wens, et toute son œuvre est à redécouvrir.
Stanislas-André STEEMAN : Impasse des boiteux. Le Masque Jaune N° 2063 (1991).

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18 janvier 2012 3 18 /01 /janvier /2012 14:17

Ce titre est spécialement dédié à Nadine Morano. Comprenne qui voudra ou qui pourra.


Transportons-nous soixante-dix ans en arrière, en 1942 exactement, à Hollywood toutou.jpgLos Angeles, et retrouvons notre ami Toby Peters, le détective privé, fauché et affligé d’un mal de dos persistant, sans compter les nombreuses séquelles de blessures recueillies au cours d’enquêtes et altercations dues à sa mauvaise humeur ou son sens de la répartie cinglante pas toujours appréciée de la part de ses interlocuteurs.
Toby Peters se trouve plongé une fois de plus dans une drôle d’enquête mais côtoyant toujours des personnages prestigieux, et l’on se demande comment il arrive à être encore plus fauché et miteux à la fin de son enquête qu’au début, malgré la présence et la participation de ces personnalités.
Cette fois Toby ne se trouve pas entraîné dans les milieux cinématographiques, sa spécialité, malgré deux apparitions savoureuses, tendres et rapides de Buster Keaton, mais se verra proposé par la première dame des Etats-Unis, madame Eleanor Roosevelt, femme de Franklin D. Roosevelt, le président des USA pas moins, l’affaire suivante :
Il doit retrouver Fala, le chien du Président, un petit scotch terrier noir. Du moins le vrai car Eleanor Roosevelt pense qu’il y a eu substitution, et le chien qui vit à côté de son mari n’a plus les mêmes réactions, disons affectueusement canines, auprès de celui-ci, engendrant mauvaise humeur et complications diplomatiques. Après de multiples horions, plaies et bosses, Toby Peters déchiffrera la clé de l’énigme, ses pas le menant de chez un vétérinaire qui possède un assistant, musclé mais pas très futé, à une réunion d’un nouveau parti des conservateurs. Il est secondé par ses amis Sheldon Minck, le dentiste charlatan, Jeremy Butler, ancien pugiliste et poète, et Gunther traducteur suisse.
Un livre délicieusement rétro mais à la chute un peu fouillis. Je ne résiste pas au plaisir de vous dévoiler cette citation extraite de ce roman :
La ligne séparant la conviction de la folie est aussi fine que l’espace entre deux pensées. Le fou qui emporte notre foi est qualifié de saint, et le saint qui ne nous convainc pas est qualifié de fou.

Stuart KAMINSKY : Le toutou du président. Série Noire 2015.

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16 janvier 2012 1 16 /01 /janvier /2012 14:01

Le 16 janvier 1989, décédait Pierre Boileau du duo Boileau-Narcejacpierre-qui-tremble.jpg.

En hommage, je vous propose de découvrir ou redécouvrir ce roman.
Dans le train qui l’emmène à Ouessant, villégiature privilégiée de vacances amplement méritées, André Brunel, commissaire de son état, est fortement intrigué par les agissements suspects d’un voyageur. Furtivement celui-ci ouvre les portes des compartiments, jette un coup d’œil à l’intérieur, puis les referme passant au compartiment voisin. Un manège qui ne peut qu’éveiller l’instinct suspicieux d’un policier. André Brunel suit l’indélicat personnage et bien lui en prend car cela lui permet de sauver la vie d’une jeune femme subissant les assauts de l’homme.
Un ticket de train appartenant à l’agresseur incitera notre commissaire à renoncer à des vacances en solitaire et à enquêter au château de La pierre qui tremble, destination de Denise Servières, la voyageuse, et propriété du père de son fiancé, Jacques de Kervarech. Denise est à nouveau agressée et André Brunel s’installe à demeure au château qui est le théâtre de faits troublants. L’un des moindres étant la disparition quasi magique d’un personnage réfugié dans une salle de bain, fermée de l’intérieur et dont toutes les issues sont gardées.
Ce roman, qui date de 1934, démontre tout l’attrait qu’avait Pierre Boileau pour les romans d’énigme, mais aussi pour les romans feuilletons dans lesquels s’illustrèrent Gaston Leroux, Souvestre et Allain, et bien d’autres. Des romans qui privilégiaient l’action, le mystère, l’ambiance, l’insolite, et qui exigeaient de la part de leurs auteurs une imagination fertile et débordante. Des romans qui n’avaient pour prétention que de divertir le lecteur et qui y réussissaient pleinement. L’humour, l’angoisse, la note fleur bleue, les leçons de courage, les invraisemblances parfois, étaient au rendez-vous. Les auteurs de romans d’aventures ne se posaient pas de questions. Ils essayaient de créer un imaginaire dans lequel le lecteur plongeait avec délices.
Pierre BOILEAU : La pierre qui tremble. Collection Les Maîtres du Roman Policier. Le Masque jaune N° 1938.

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3 janvier 2012 2 03 /01 /janvier /2012 13:19

Bon anniversaire à Jean-Bernard POUY né le 2 janvier 1946.

Deux gendarmes qui escortent dans un train une jeune fille afin de la présenter devant un juge d’instruction, cela paraît banal en soi. Un des deux gendarmes, près de la retraite et atteint d’envies répétées et urinaires, encore plus banal, n’est-ce pas ? Mais que certains mensonges.jpgtypes à l’allure trop honnête pour l’être vraiment, semblent les épier, attendant un moment propice pour effectuer une action quelconque à l'encontre de la jeune femme, alors là, cela devient sérieux et pour le moins bizarre. Mais quelle forme d’action tout d’abord ? Pour la délivrer des griffes des représentants de l’ordre ou au contraire pour l’abattre afin quelle ne puisse pas révéler un secret concernant une affaire politique ? Zapala, ne se pose pas tant de questions, ou s’il se les pose, c’est inconsciemment et dans le feu de la bagarre. Dans le feu, est bien l’expression appropriée car son collègue tombe touché par les balles ennemies. Le gendarme restant et la jeune fille sautent du train, échappant à leurs poursuivants. Commence alors une aventure bizarre, dans laquelle le gendarme jette aux orties trente et quelques années de carrière, une retraite bien méritée, et ce pour un motif dont il serait bien incapable de préciser le pourquoi du comment. Prennent également une place prépondérante dans cette histoire une clef et un transit intestinal qui peut rapporter gros.

Lors de la parution de cet ouvrage en Série noire, il y a un peu plus de vingt ans maintenant, j’avais estimé que Jean Bernard Pouy faisait partie de cette jeune génération d’auteurs au talent de conteur indéniable et qui savait se renouveler jusque dans ses références littéraires tout en utilisant un humour à froid. Après n’avoir juré que par Wittgenstein, il citait alors un autre obscur philosophe autrichien du nom d’Arthur Keelt, né de son imagination mais pris au sérieux par des censeurs patentés qui pensent tout connaître et qui gobent la première mouche venue comme la truite d’élevage. Comme si tout cela n’était qu’une immense boutade lancée par un auteur qui ne se prend pas au sérieux, et encore moins les critiques littéraires, ceux qui comme au cinéma, tressent les lauriers (rares) ou jettent l’opprobre (le plus souvent) sur une œuvre pour le simple plaisir de se croire les maîtres de la pensée de tout un chacun, de démolir pour assouvir leur satisfaction personnelle et cacher une certaine médiocrité.

Jean-Bernard POUY : La clé des mensonges. Folio Policier N° 543. 192 pages. 5,30€

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24 décembre 2011 6 24 /12 /décembre /2011 08:38

Jeanne avait pourtant compris la consigne de sa mère : ne pas ouvrirDinde.jpg la porte à un étranger tandis qu’elle effectuait ses dernières courses à la veille de Noël. Mais comment résister lorsque le Père Noël en personne se présente, appelant Jeanne et ses frères et sœur par leurs prénoms, qu’il se recommande de maman et que surtout il ne faut pas déranger papa qui travaille à l’étage, tout ceci étant une surprise. Une surprise assurément pour Patricia, la mère rentrant des emplettes, et pour Pierre, le père. Le père Noël, alias Gérard Soulier, un emprunt à la chanson immortalisée par Tino Rossi, veut s’emparer du contenu du coffre de la banque dont Pierre est directeur, car il sait que les recettes des hypermarchés de la région vont être transférées dans l’établissement. Le lendemain, il n’aura plus qu’à se servir. En attendant il faut accueillir les invités, un boucher, sa femme et son fils, un libraire, sa femme et son employée, puis le docteur Boussarin. La fête programmée tourne rapidement au cauchemar pour ces invités qui découvrent en ce Père Noël d’opérette un dangereux convive. Ancien directeur d’une société de sécurité, il a mis au point quelques logiciels et autres gadgets pour les surveiller nuit et jour. Dans sa hotte il a amené en guise de cadeaux des objets qu’il dépose sur la table, les invités devant reconnaître celui qui lui convient. Par exemple la clé d’une chambre d’un hôtel, lieu de rendez-vous réputé pour accueillir des couples échangistes. Une plume de corbeau, allusion directe à un personnage rédigeant des lettres anonymes. Un livre, crime en col blanc, écrit par un juge célèbre pour avoir instruit des affaires financières véreuses. Un journal enquêtant sur des “ tournantes ”, une pratique pas seulement l’apanage des jeunes des banlieues. Etc. J’allais oublier, autres petits cadeaux : des ceintures explosives que Soulier peut à tout moment déclencher, si l’affaire tourne mal. Et pour entretenir la tension parmi tous ces participants pris en otages, il dispose de deux armes à feu, l’une factice, l’autre bien réelle. La nuit risque d’être chaude, d’autant que les cadeaux incongrus sèment la zizanie parmi les convives.

Un suspense en huis clos entretenu savamment par Serge Quadruppani qui ne lésine pas sur les effets spéciaux. La distribution des cadeaux par exemple s’effectue en plusieurs étapes, mais chaque erreur d’appropriation non seulement peut être préjudiciable à la santé de celui qui se reconnaît à tort, mais de plus permet de dévoiler plusieurs facettes de ces invités qui pensaient passer une agréable soirée. Les enfants, surtout Jeanne, jouent un rôle prépondérant dans cette pièce de théâtre qui garde jusqu’à l’épilogue une forte tension. Un bon roman qui se lit avec plaisir et pourrait être adapté au théâtre sans pratiquement effectuer de retouches.

Serge QUADRUPPANI : La nuit de la dinde. Collection Suites N° 74, éditions Métailié, 2003. 168 pages. 9,50€.

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