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25 septembre 2012 2 25 /09 /septembre /2012 13:53

Malgré sa pénurie financière, la Grèce possède encore son héritage culturel.

nuees-sanglantes.jpg

En 423 avant J.C., Athènes et Sparte se déchirent dans un conflit plus connu sous le nom de guerre du Péloponnèse. Depuis le décès de Périclès, la cité d’Athéna se partage entre ceux qui désirent à tout prix continuer les combats et ceux qui désirent y mettre un terme. Mais ce n’est pas pour autant que la saison théâtrale des Grandes Dionysies doit être annulée. Au contraire. C’est l’occasion pour les auteurs de présenter leurs nouvelles tragédies ou comédies.

S’affrontent Euripide, Cratinos, Ameipsias, Philonidès pseudonyme pour cette circonstance d’Aristophane qui propose une pièce dans laquelle Socrate est violemment caricaturé.

Les quolibets et les acclamations fusent de l’assistance parmi laquelle se trouve Antisthène, jeune philosophe pouilleux d’une vingtaine d’années, insolent, fils d’un citoyen athénien et d’une esclave phrygienne, se proclamant citoyen du monde, méprisant les richesses et les honneurs. Pendant la représentation des Nuées d’Aristophane, rapidement démasqué par certains spectateurs qui reconnaissent ce trublion, ce novateur, ce provocateur par sa mise en scène, Antisthène est intrigué par le manège d’un des esclaves scythes chargés de garder les lieux.

L’homme a bandé son arc et décoche une flèche vers Aristophane, le manquant de peu. Grâce au courage et à la présence d’esprit d’Antisthène, l’archer est rapidement maîtrisé, démembré et dépecé. Qui avait intérêt à supprimer Aristophane ? C’est ce que s’attache à découvrir le jeune philosophe avec l’aide de quelques compagnons et de son maître Socrate.


Disons le tout net, dans ce roman policier historique l’intrigue sert surtout à visiter la Grèce antique, et principalement Athènes, via ses us et coutumes de l’époque, principalement sa culture théâtrale. Et qui, bizarrement, rejoint la notre (d’époque et non pas de culture même si on peut effectuer des parallèles sur les intermittents du spectacle et les iconoclastes du théâtre, Jérôme Savary en tête). Une vision moins austère que celle que l’on a pu découvrir dans les manuels scolaires, mais faut avouer que certaines scènes (de théâtre !) s’apparentent plus à la comédie musicale Hair, si décriée par les bien pensants à la fin des années soixante, qu’à un spectacle de la Comédie Française avec son rigorisme. Un roman qui n’est pas destiné uniquement aux hellénistes, mais à tous ceux qui se piquent de curiosité.


Martial CAROFF : Les nuées sanglantes. Collection Granit Noir n°30, éditions Terre de brume. Septembre 2003. 240 pages. 10€.

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3 septembre 2012 1 03 /09 /septembre /2012 12:44

Un libraire enquêteur qui n'aura connu, malheureusement que dix aventures !

parabole-soucoupe.jpg

Pierre de Gondol, le libraire érudit, est plongé dans une caisse de bouquins qu’il vient de recevoir et retrouve avec plaisir de vieux Bob Morane, Jean Ray et autres prestigieux romans populaires des anciennes éditions Marabout.

Un individu qui ressemble plus à un rocker qu’un à lecteur (quoique ce ne soit point incompatible) nommé Albert Petitjean demande à Gondol d’effectuer une petite enquête sur une étrange disparition. Entre l’épisode publié dans Métal Hurlant et celui qui a fait l’objet d’un album, La comète de Carthage a subi de petites transformations. Toutes petites mais qui intriguent cet amateur éclairé de B.D. et par conséquent Pierre de Gondol toujours à l’affût d’énigmes littéraires.

Par exemple découvrir pourquoi entre la parution en magazine et la réédition en album, dans une case, les images ont été légèrement modifiées. L’homme, un soldat, représenté sur une photographie n’apparaît plus ensuite. Et d’après une lettre de Chaland à son admirateur, l’homme aurait été un mathématicien russe, poète et dont un obscur éditeur lyonnais aurait publié le journal, entrecoupé d’un impressionnant dossier issu des services secrets soviétiques.

Pourquoi les dessins ont ils été modifiés ? Pierre de Gondol peut-il se procurer un exemplaire de cet ouvrage qui lèverait peut-être le voile sur une affaire plus importante ? Tels sont les missions confiées à Pierre de Gondol qui se met immédiatement en chasse.

Yves Chaland fut un dessinateur météore marquant des années 1980 créant des personnages comme le Jeune Albert, Freddy Lombard ou reprenant pour un temps les aventures de Spirou. Et c’est autour de ce personnage que s’articule le roman de Pelé et Prilleux, le meilleur à mon sens de la série Pierre de Gondol, truffé de clins d’œil mais qui à partir d’un petit rien va très loin dans l’exploration de l’œuvre du dessinateur, frisant la S.F. et l’espionnage. Un ouvrage remarquable qui fera découvrir un univers de la Bande Dessinée avec un œil nouveau.

Michel PELE & Frédéric PRILLEUX : La parabole de la soucoupe. Collection Pierre de Gondol N°10. Editions Baleine (2002). 272 pages. 15€.

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4 août 2012 6 04 /08 /août /2012 18:27

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Avant de vous proposer une chronique sur le roman Ne tremble pas ! de Peter LEONARD, je vous invite à effectuer un petit voyage littéraire dans l’univers de son père, le grand Elmore.

Elmore LEONARD est né le 11 octobre 1925 à La Nouvelle-Orléans en Louisiane, mais il n’y vécu guère, sa famille étant atteinte du syndrome de la bougeotte. Ses parents s’installent à Détroit, dans le Michigan, alors qu’il est âgé de neuf ans. Une ville qui devient le décor de bon nombre de ses romans. Il débute comme rédacteur dans une agence publicitaire, puis il se tourne vers l’écriture de scénarii de films culturels et industriels ainsi que de films éducatifs pour L’Encyclopédie Britannique. A partir de 1965 il se consacre exclusivement à son métier d’écrivain, activité qu’il menait parallèlement aux autres en écrivant depuis 1950, d’abord avec des westerns dont Hombre qui décidera de son avenir professionnel et littéraire, les droits ayant été achetés par la 20Th Century Fox.

Les adaptations cinématographiques tirées de ses romans ou nouvelles sont nombreuses. Pour mémoire je citerai 3H10 pour Yuma de Delmer Daves en 1957, L’homme de l’Arizona de Budd Boetticher en 1957, Hombre de Martin Ritt en 1967, Valdez d’Edwin Sherin en 1971, Monsieur Majestick de Richer Fleisher en 1974, soit plus de vingt-cinq adaptations.

Elmore LEONARD a subi (sans que cela lui fasse mal) les influences littéraires de John Steinbeck, James Cain et principalement d’Ernest Hemingway, influence que l’on retrouve dans ses romans par un style clair, précis, percutant, aux dialogues réalistes, notamment dans La Loi de la cité dont la chronique suit.

Je veux toutefois préciser que les trois romans qui sont présentés dans cet article ont été l’objet de chroniques radiophoniques en 1988/1989, et que certains seront peut-être choqués sur des avis que je partage toujours. Il parait que seuls les imbéciles ne changent pas d’avis, donc j’assume cette imbécilité, mais je préfère être catalogué ainsi que comme un opportuniste, un versatile ou quelqu’un qui se laisse influencer pour se mettre au diapason de celui qui crie le plus fort.

 

elmore3.jpgClément est un être ombrageux, coléreux, vindicatif. Habitué à vaincre, il n’aime pas rencontrer de résistance, de la part de qui que ce soit. C’est ainsi qu’il va tuer sauvagement les deux occupants d’une voiture sous un prétexte futile.

Le sergent Raymond Cruz, de la police judiciaire de Détroit, se fait une haute opinion de son rôle de défenseur de la justice. Lelmore4-copie-1.jpga chasse à l’homme s’organise, Raymond Cruz employant tous les moyens légaux ou à la limite de la légalité afin de prouver la participation de Clément, participation effective, dans ce double meurtre et divers assassinats antérieurs. Mais Clément déjoue tous les pièges, chausse-trappes ou embûches et cette chasse à l’homme se transforme en duel, en joute oratoire, en manipulations de toutes sortes.

C’est l’affrontement entre le bon et le méchant, le bien et le mal. Mais les délimitations sont parfois imprécises et selon les circonstances le bon peut devenir méchant, très méchant. La Loi de la cité s’inscrit comme l’un des meilleurs romans d’Elmore LEONARD qui pourtant en possède pas mal à son actif.

La loi de la cité d’Elmore LEONARD (traduction Fabienne Duvigneau). Collection Danger Haute-Tension aux presses de la Cité (1985). Réédition collection Rivages/Noir N° 652. Editions Rivages.

 

elmore7.jpgElmore LEONARD a qui l’on doit d’excellents romans noirs tels que La loi de la cité ou La Brava, des westerns comme Hombre ou Valdez est arrivé, nous propose avec Bandits une histoire aussi passionnante que les autres, mais que j’estime plus touffue, plus dense, plus construite que les précédents tout en gardant des dialogues à l’emporte-pièces et des personnages hauts en couleurs, des marginaux de préférence. Une histoire qui égratigne au passage les Etats-Unis car plus que le développement du récit ce sont les à-côtés qui retiennent l’attention du lecteur, plus particulièrement l’implication des Américains au Nicaragua et le rôle des Sandinistes.

Jack Delaney travaille avec son beau-frère mais le métier qu’il exerce ne le passionne guère. Croque-mort dans une entreprise de pompes funèbres, c’est peut-être reposant mais stressant aussi à la longue. Et la vue des cadavres, faut pouvoir supporter. Mais s’il ne cherche pas par ailleurs, c’est qu’en réalité il ne le peut pas. Condamné à l’emprisonnement pour une durée pouvant aller jusqu’à vingt-cinq ans, il ne doit sa libération qu’à cette condition : bosser avec son beau-frère. elmore2Et tout ça pour une malheureuse histoire alors qu’il gagnait sa vie comme rat d’hôtel.

Chargé d’aller chercher le cadavre d’une jeune Nicaraguayenne dans un hôpital de lépreux, il va faire la connaissance d’une étrange religieuse, et s’apercevoir que la présumée défunte est tout ce qu’il y a de plus vivante. Heureusement parfois on peut trouver quelques compensations, sous forme de billets verts par exemple. Deux millions de Dollars, ce n’est pas négligeable n’est-ce pas ? Alors, aidé d’un ancien flic reconverti comme barman et d’un ancien braqueur de banques poursuivi par le démon de midi, Jack Delaney va essayer de s’approprier cette manne tout en se gardant d’un trio animé d’intentions pour le moins belliqueuses.

Bandits d’Elmore LEONARD (traduction Jacques Martinache), éditions Presses de la Cité (1988). Réédition collection Rivages/Noir N°674. Editions Rivages. 9,15€.

 

elmore6Etre inspecteur à la Brigade des explosifs de Détroit n’est pas toujours de tout repos. Et puis, quoiqu’on en dise, genre, ils connaissent bien leur boulot, ils sont payés pour ça, etc., la possibilité de se retrouver sur un petit nuage parce qu’on n’a pas calculé tous les risques inhérents à ce métier n’est guère réjouissante. Alors aller désamorcer quelques bâton de dynamite cachés dans le coussin d’un fauteuil sur lequel est assis un trafiquant de drogue ne tente plus vraiment Chris Mankowski. D’ailleurs Mankowski désire se faire muter dans une autre brigade, aux Crimes sexuels par exemple.

Sa première affaire pourtant est tout aussi elmore1explosive. Une jeune comédienne prétend avoir été violée par un richissime alcoolique. L’argent possède bien des pouvoirs et le richard en question ne reste pas longtemps sous les verrous. Un être manipulé qui ne pense qu’à manger, boire et quelques futilités supplémentaires. La philosophie des trois B. C’est un être au cerveau ramolli, comprimé, manipulé par un frère qui n’a perçu qu’une partie de l’héritage familial, et par son homme à tout faire, ex Panthère Noire, qui n’attend que le moment propice pour subtiliser une partie de la galette. Que deux gauchistes/terroristes sur le retour entrent dans la danse n’arrangent en rien les calculs des uns et des autres.

Humour noir, très noir même, pour ce roman où Elmore LEONARD se montre une fois de plus à son avantage. L’intrigue est solidement charpentée, bien construite. Et n’ayons pas peur des mots, je préfère Elmore LEONARD à, par exemple, James Ellroy, la nouvelle coqueluche de la littérature américaine (je précise que cette chronique date d’octobre 1989 et que depuis mon avis n’a pas changé !).  

Les fantômes de Détroit d’Elmore LEONARD (traduction Jacques Martinache), éditions Presses de la Cité (1989). Réédition collection Rivages/Noirs N° 609, éditions Rivages. 9,15€.

 

Bonnes lectures !

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25 juillet 2012 3 25 /07 /juillet /2012 12:32

Sous-titré : Sur quelques cas troublants de changements d’identité.

 voleursvisages.jpg


Qui dans son enfance n’a jamais été tenté, ne s’est jamais maquillé , grimé, déguisé, pour son plaisir mais également pour donner le change, pour endosser la peau d’un personnage, pour se croire autre que ce que l’on était, pour casser le moule d’une monotonie et accéder aux rêves de puissance.

Ce petit jeu innocent, certains devenus adultes le perpétuent, pour échapper à la grisaille du temps ou plus pragmatiquement pour se défiler devant la loi, la justice. Cette recherche d’une identité nouvelle, à travers trois figures de proue du roman populaire, du roman policier, du roman criminel, j’ai nommé Rocambole, Arsène Lupin, Fantômas, fut l’une des préoccupations majeures afin de régler quelques vengeances, ou tous simplement échapper à leurs poursuivants, à leur destin.

Le travestissement, le grimage, mais également l’utilisation de nombreux alias, permettaient ainsi aux auteurs de ces héros protéiformes de relancer l’action, de mieux jouer avec les ficelles de leurs marionnettes, à moins qu’eux-mêmes soient devenus pantins dans les tribulations de leurs personnages. En changeant de visage, d’identité, le héros ne vieillit pas, engendrant la nostalgie de la jeunesse, façon comme une autre de défier le temps qui passe.

Rocambole, Arsène Lupin et Fantômas se sont montrés les chantres du maquillage, du déguisement, possédant chacun de leur côté leurs motivations, mais d’autres eurent également recours à ces phénomènes de substitution, Chéri-Bibi et le Bossu alias le Chevalier de Lagardère, pour ne rester que dans le domaine français.

Au nom du Bien et du Mal, ils innovèrent, et la chirurgie esthétique ne leur faisait pas peur. S’ils souffrirent, ils l’acceptèrent, ayant besoin de se refaire une virginité. Traqués, leurs successeurs ont trouvés la parade à la photographie, aux relevés génétiques, aux empreintes digitales, car si la science avance, la malice et l’ingéniosité ne sont pas en reste.

Ce changement d’identité souligne la dualité qui réside en chacun de nous, et de nos jours nombreux sont les écrivains qui usent du stratagème du pseudonyme pour attirer de nouveaux lecteurs, pour masquer le renouvellement et l’abondance de leur production, ou proposer des écrits à d’autres éditeurs lorsqu’ils sont sous contrat.

Didier Blonde s’est amusé à disséquer les œuvres de trois maîtres de la littérature populaire, à explorer les aventures de nos héros d’enfance qui perdurent dans nos mémoires, et ont encore les suffrages des réalisateurs de cinéma. Il les a poursuivis au fil des pages, au fil de leurs pérégrinations. Les joueurs d’anonymat n’auront plus aucun secret pour nous, les masques une fois tombés, ils continueront à hanter nos souvenirs.

Le roman d’aventures, le roman policier, sans ces artifices perdent de leurs charmes, mais le temps n’est pas encore arrivé où on acceptera de ressembler à tout un chacun, à se diluer dans la masse, sauf peut-être les mannequins anorexiques à la lippe boudeuse. Dans toute couvée se niche le vilain petit canard, et celui-là défiera le temps, les hommes, à la recherche de sa ou ses personnalités.

Didier BLONDE : Les Voleurs de visages. Editions Métailié. 168 pages. 12,04€.

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21 juillet 2012 6 21 /07 /juillet /2012 12:51

Le 18 juillet 1907 s'éteignait à Fontenay sous Bois Hector Malot, dont le chef-d'oeuvre Sans Famille fut l'une des nos lectures juvéniles.

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L'œuvre d'Hector Malot, auteur d'une soixantaine de romans, est occultée par trois titres souvent réédités dans des collections dédiées aux jeunes lecteurs : "En famille", "Romain Kalbris" et l'indémodable, le pathétique "Sans famille" adapté en dessins animés pour la télévision. Des ouvrages destinés, selon une formule consacrée, à une tranche d'âge oscillant entre sept à soixante-dix sept ans. Dans sa préface, Yves Pincet précise comment et pourquoi "Le mousse" resta inédit et publié à titre posthume. Il ne faut pas croire qu'il s'agit là d'un fond de tiroir, comme parfois, dans la louable intention de connaître l'intégralité d'une œuvre, des éditeurs dépoussièrent quelques textes sans intérêt. Ecrit à l'intention de sa petite-fille Perrine, "Le mousse" reprend les thèmes humanistes chers à Hector Malot : l'enfant orphelin, le réalisme et la description d'un tableau social de la deuxième partie du XIXème siècle qui entame une industrialisation postmoderniste.

Le "Merthyr", un navire anglais, s'échoue en baie de Seine, alors que les éléments sont déchainés, en face de Villerville, commune située entre Trouville et Honfleur. Lorsque les marins pêcheurs du village, avec à leur tête les Le Houx père et fils, peuvent s'approcher du bateau en perdition, l'équipage s'est embarqué à bord de canots de sauvetage, oubliant sur le navire une enfant endormie serrant dans ses bras une poupée. La gamine ne parle que l'anglais et ne peut donc pas raconter son odyssée, seulement décliner son prénom : Olwen. Elle est rebaptisée Michelle et est hébergée par la famille Le Houx.

Les canots de sauvetage des marins anglais se sont fracassés sur les rochers. Seul le cadavre de la mère de Michelle est retrouvé sur la plage par le Sorcier, un être retors qui s'empare des bijoux de la défunte et des papiers dévoilant son identité. Il gardera par devers lui ces précieux biens puis les négociera, tandis que Michelle va passer son enfance, employée comme mousse, afin d'aider sa famille adoptive.

Un grand-père qui ne veut reconnaître sa petite-fille, des marins luttant contre les éléments, la misère, un homme de loi bon, un sorcier touche-à-tout et malin, un peintre de marine, une femme espérant toujours le retour de son mari péri en mer, ce sont quelques-uns des personnages figurant dans ce tableau dramatique à l'épilogue heureux.

malot.jpgMais Hector Malot ajoute à ces scènes quelque peu misérabilistes, une pointe d'ironie et d'humour. Il est né à La Bouille, une commune de la Seine Maritime, anciennement Seine Inférieure, le 20 mai 1830, d'un père exerçant la profession de notaire et de premier édile de la commune, devenant par la suite juge de paix. Hector Malot rend implicitement hommage à son géniteur en écrivant les citoyens ne se préoccupent jamais des malheureux maires qu'ils traitent en domestiques. Petit coup de griffe également à l'encontre de certains artistes utilisant des nègres : A combien de toiles n'avait-il jamais mis la main et qui, cependant signées de son nom, lui avaient valu sa réputation pour la plus grosse part, ainsi que des médailles et de l'argent ?

Si le style d'Hector Malot semble aujourd'hui un peu désuet, ses histoires, elles, n'ont pas vieilli.

Les éditions Encrage débutent une réédition des œuvres d’Hector Malot avec au catalogue : En famille, Souvenirs d’un blessé et Clotilde Martory, et l’on ne peut que saluer cette louable initiative.

Ce livre comporte de nombreuses illustrations d'époque extraites d'autres œuvres d'Hector Malot.

Petit rappel : Le numéro 7 de la revue Rocambole a été consacré à Hector Malot. Qui, gamin, n’a pas pleuré en lisant les aventures de Rémi le héros de Sans Famille, un livre culte, qui n’a pas frémi en suivant dans ses tribulations de Romain Kalbris, sans oublier En Famille. Mais Hector Malot, classé peut-être trop rapidement auteur pour la jeunesse, possède à son actif une bibliographie beaucoup plus conséquente. Le Rocambole nous invite également à découvrir l’humaniste qui se cachait derrière l’écrivain. Malot la Probité comme le surnommaient ses contemporains. Des chroniques, des études, notamment sur des dessinateurs (dans ce numéro André Galand présenté par François Ducos) et des infos complètent cette revue, peu onéreuse en comparaison de son intérêt littéraire indéniable et de sa présentation luxueuse.

Hector MALOT : Le Mousse. Editions du Rocher. 226 pages, 98 francs/15,20€. Novembre 1997.

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20 mai 2012 7 20 /05 /mai /2012 06:40

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Ce roman est la réédition d’un ouvrage paru aux éditions Canaille, collection Coupe sombre, en 1992. Je vous propose l’article que j’avais rédigé à l’époque, alors que Jean-Jacques Reboux après bien des pérégrinations, se décidait à créer sa propre maison d’édition.

Le loto, cet enjeu mythique que tout un chacun rêve de gagner un jour afin de palper une brassée de gros billets, sourit aux audacieux. C’est-à-dire ceux qui osent miser, même s’ils ressentent un léger pincement au cœur. Et il ne faut pas croire que parce qu’un boulanger issu du Maine et Loire, installé dans le Var pour des raisons personnelles, touche le gros lot, que l’auteur de l’histoire tire sur la ficelle. Tous les hasards sont permis, même les plus imprévus.

Aussi lorsqu’Aimé Leproudhon se trouve à la tête d’un joli pactole de près d’un milliard de centimes, il décide de récompenser à leur juste valeur ceux qui lui sont restés fidèles parmi sa parentèle, d’aider son mitron et sa vendeuse, et d’assouvir quelques fantasmes sexuels. Mais surtout de revenir dans la petite ville de Villemoche, cité médiévale, capitale de la chaussure, bourgade angevine célèbre pour sa douceur et son nom à coucher dehors. Comme par un fait exprès, Villemoche se met en tête de vouloir faire la une des journaux. Ne voilà-t-il pas qu’un de ses enfants réputés, l’industriel Martial Poitrenaud, le député-maire, est découvert étranglé dans sa villa.

Ce ne serait qu’une banale histoire de faits divers, réservés aux localiers de troisième zone, si le mystère ne venait y mettre son grain de sel. Ou plutôt des miettes de pain dans les poches de la victime. Dauthuile, le journaliste et ami du commissaire Coltraz chargé de l’affaire, est spécialement envoyé pour justifier sa paye et remonter les tirages de son canard. Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si un farfelu ne s’était avisé de jeter la perturbation chez les autochtones en les privant de pain et si Poitrenaud, le bienfaiteur de la commune, n’était que la seule victime recensée. Poitrenaud n’est que le premier nom d’une liste de trépassés, édiles ou personnages influents de la cité, dont le patronyme a fait couler l’encre quelques années auparavant.

Et tous ces braves morts sont découverts avec des reliquats de croutons au fond de leur poche. Quel désordre et quel gâchis !

Jean-Jacques RebPain perdu chez les vilains 1992oux, dont la plume alerte et sarcastique semble indisposer les éditeurs parisiens puisque, après avoir été reconnu comme nouvelliste de talent par l’obtention de prix à l’occasion de festivals et concours divers, s’est résigné à créer sa propre maison d’édition. Une initiative en forme de pied de nez iconoclaste et vengeur qui lui réussit puisqu’une fois de plus il a failli obtenir le gros lot en étant finaliste au Grand Prix de Littérature Policière et sélectionné pour le Prix Galeries Lafayette du Mans (ce prix a été remplacé depuis par le prix Michel Lebrun, prix remis à l’occasion des anciennes 24 heures du livre du Mans). Un jeune auteur qui ne manque ni de talent, ni d’ambition, et mérite le détour, telle la petite chapelle nichée dans la verdoyante campagne, plus sobre et plus authentique que la cathédrale ravalée, rénovée, rafistolée, factice, qui draine des touristes indifférents. Une bouffée de fraîcheur qu’il se promet de renouveler pour notre plus grand plaisir et pour notre santé de lecteur confiné dans un carcan imposé par les grosses machines éditoriales.

Voilà ce que j’écrivais en 1992, et je n’ai rien changé à ma prose afin de garder l’authenticité de ce que j’avais ressenti. Depuis Jean-Jacques Reboux a connu des hauts et des bas, plus de bas que de hauts, et pourtant il a gardé la foi.

Pour la réédition de ce roman, Jean-Jacques Reboux a changé quelques noms de personnages et a réécrit l'histoire. Peut-être afin d'enlever quelques scories et le mettre au goût du jour. Quoi qu'il en soit, même si ce n'est plus tout à fait le même livre, l'esprit et le fond n'ont pas changé.

Alors si vous êtes convaincus vous pouvez commander ce roman via la SOUSCRIPTION de "Pain perdu chez les Vilains".

Pour recevoir Pain perdu chez les Vilains avant sa sortie en librairie, envoyez un chèque de 12 € aux Editions Après la Lune 14 rue Emile-Dubois 75014 Paris.

Pain perdu chez les Vilains (n°22) + Le blues de l’équarrisseur de Serge Vacher (n°21) : 22 € + un 3e titre offert, à choisir parmi les titres de la collection (à l'exception de Sansalina qui est épuisé).

Chèques à l'ordre de Après la Lune.

Voir la liste ICI

Jean-Jacques REBOUX : Pain perdu chez les Vilains. Editions Après la lune, collection Lune blafarde N°22. 12€.

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27 avril 2012 5 27 /04 /avril /2012 13:54

Le prix Alexandre Vialatte a été attribué à Jean-Paul Dubois pour son roman : Le cas Sneijder paru aux Editions de l’Olivier. Une reconnaissance qui m’a incité à lire son premier roman paru en 1984 dans la collection Spécial Police du Fleuve Noir.

 dubois.jpg

Il suffit de peu de chose pour inviter un quidam qui lorgne sur les étals des libraires à repérer un roman et l’inciter à l’ouvrir avant de l’acheter afin de se forger une opinion. La couverture, qui doit être accrocheuse sans être aguicheuse. La quatrième de couverture qui doit donner une vue d’ensemble sans trop en dévoiler. Un titre qui se veut énigmatique sans pour autant amener une forme de rejet lié à une incompréhension stylistique. Et afin de confirmer une première bonne impression, se plonger dans les premières lignes du livre qui déjà vous fait de l’œil :

Il avait une faim à manger un pâté de maisons. L’angoisse le creusait. Il pénétra dans une boutique de candiseries. La serveuse cambrée sur les colonnes de ses escarpins regarda cet homme au visage lisse comme un revers de costume. Il avait des traits confortables et un regard reposant qui glissait sans coller sur les mouches et les sucreries. Dans l’arrière-salle, aménagée en salon de thé, clapotait la liqueur des banana-split. Un jus de musique enrobait la patronne qui avait toujours rêvé de faire du music-hall.

L’entame dégustée, galvanisé par ce premier paragraphe, le lecteur conquis ne peut que mettre la main au portefeuille, régler son achat à la caisse tenue pas une caissière blasée, et se rendre immédiatement chez lui afin prolonger le plaisir décoché par le démon de la lecture.

Pour parodier les Coco Girls, Roscoe Rasmussen pourrait chanter : Sénèque est too much ! Sauf que Rasmussen est inspecteur de police dans une ville des Etats-Unis, et que Sénèque est le surnom qu’un tueur, videur, éventreur, châtreur, découpeur de viande fraîche, s’est donné. Sénèque laisse un petit mot accroché à ses victimes, s’adressant personnellement et poliment à l’inspecteur, mais les cadavres eux ne sont pas beaux à voir. Rasmussen est donc impliqué dans cette enquête qui le déborde d’autant que sa vie familiale tombe en déliquescence. Sa femme Wanda a beau lui seriner quasiment tous les jours de réparer l’applique de la salle de bains, il oublie. Et l’odeur de ragoût de mouton qui flotte en permanence dans leur appartement l’indispose, de même que la moquette qui lui entortille les chevilles. Et… j’arrête là la liste de ses récriminations car tout autant que Rasmussen, cela me déprime.

Son supérieur le talonne, il veut des résultats. Et des résultats, il en a, grâce à deux flics abrutis (Je n’ai pas écrit qu’il s’agissait d’un pléonasme !) qui ont arrêté un individu se prenant pour le tueur. Et Fitzgerald, le patron, téléphone même à Rasmussen, le réveillant sans ménagement. La sonnerie du téléphone déchira le noir, les draps et la gueule de Rasmussen. Assis sur le rebord du lit, Roscoe n’en finissait pas de gratter ses dernières croûtes de sommeil. Désabusé par l’incompétence des agents et par leur suffisance, le soir même vers minuit, alors qu’il est encore sur son lieu de travail, il propose à la secrétaire chargée de taper les dépositions de sortir déguster une glace ensemble. Et ce qu’il n’avait jamais osé sauf en rêve, il soulage une libido défaillante en compagnie de sa compagne d’un soir sur les sièges arrières de sa De Soto, sans oublier d’étaler un plaid afin de ne pas tâcher le tissu. Dans un moment d’aberration il s’en vante auprès de sa femme qui s’en moque royalement (républicainement ?) car de son côté cela fait dix ans qu’elle profite des services d’un démarcheur d’encyclopédies. Elle le plaque sans préavis, mais cela ne change rien dans leurs habitudes : Ils faisaient chambre à part dans le même lit.

Jean-Paul Dubois délaisse peu à peu son personnage de Rasmussen pour se focaliser sur celui de Sénèque dont le lecteur apprendra incidemment au cours du récit la véritable identité. Nous entrons dans son intimité de tueur en série et découvrons pourquoi il s’acharne sur ses victimes et comment il les choisit. Cette pulsion meurtrière tire son origine d’une enfance chaotique. Un père indolent, entièrement sous la coupe de sa femme, une sœur malade, un autre frère insignifiant, une mère autoritaire, dictatrice, dominatrice, dénuée de sentiment maternel. Puis son placement dans un institut géré des religieux pervers.

Ce premier roman de Jean-Paul Dubois comporte quelques petites faiblesses et n’explique pas tout. L’auteur ne va pas au cœur du problème et il pèche légèrement par un manque d’explications. Par exemple comment Sénèque a-t-il été amené à connaître Rasmussen et pourquoi lui s’adresse-t-il à lui personnellement dans ses messages. Ainsi que d’autres éclaircissements qui auraient débroussaillé des zones d’ombre. L’épilogue pourrait se résumer par : Au bout de la vie, la mort, et la mort engendre la vie. Je n’en écris pas plus, pour comprendre cette phrase, il faut lire ce livre. Néanmoins il reste le plaisir de la lecture grâce à une écriture fantasque, vive, enjouée, malgré la cruauté du propos.

Jean-Paul DUBOIS : Compte-rendu analytique d’un sentiment désordonné. Collection Spécial Police N°1914. Editions Fleuve Noir. 192 pages. Décembre 1984.

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3 mars 2012 6 03 /03 /mars /2012 10:31

Une pensée émue pour David Goodis, né le 2 mars 1917 à Philadelphie. Et pour lui rendre hommage, place à l’un de ses romans les plus connus par son adaptation cinématographique.

Tirez-pianiste.gif

Poursuivi par des truands, Turley se réfugie dans un bar dans lequel son frère Eddie, qu’il n’a pas vu depuis sept ans, joue du piano. Grâce à la complicité de celui-ci, il arrive à fausser compagnie à ses poursuivants. A la fin de la soirée, Eddie, complètement fauché paye avec ses derniers cents un repas à Léna la serveuse. Rentré dans sa chambre glacée, il reçoit la visite amicale de Clarisse, une prostituée au grand cœur qui vit dans le même immeuble que lui. Le lendemain il repère la voiture des truands toujours à la recherche de son frère. Deux hommes l’abordent dans la rue et l’obligent à monter dans le véhicule ainsi que Léna qui passait par hasard. A un carrefour, Léna et Eddie parviennent à fausser compagnie à leurs ravisseurs. La serveuse aimerait connaître les raisons de cet enlèvement et devant les réticences de son compagnon l’appelle par son nom : Edward Webster Lynn. Le pianiste qui croyait avoir su préserver son identité revoit en pensée son enfance et tout ce qui l’a conduit à sa déchéance actuelle.

tirez-pianiste-1.jpg« Tirez sur le pianiste » est le roman type de l’univers goodisien : la déchéance physique et morale d’un homme qui grâce à une femme essaiera de sortir du cloaque dans lequel il s’enfonce, mais retombe dans la fange à cause de son passé. Le désespoir est toujours au bout du voyage, même si certaines lueurs laissent supposer un épilogue optimiste.

Ce roman a été adapté au cinéma par François Truffaut en 1960 avec pour interprètes principaux l’étonnant Charles Aznavour, Marie Dubois et Michèle Mercier. David Goodis, écrivain mythique longtemps méconnu a obtenu une certaine notoriété en France non pas grâce à son talent mais par le biais des adaptations de ses œuvres au cinéma comme La lune dans le caniveau, Rue Barbare (adapté de son roman Epaves), Descente aux enfers.

David GOODIS : Tirez sur le pianiste. Folio Policier 224.

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14 février 2012 2 14 /02 /février /2012 14:18

Comme L'Oncle Paul ne se refuse rien, voici un roman de Georges Simenon, histoire de se faire plaisir.

train-de-nuit-copie-1.gif

Une large silhouette se profila au bout du couloir. Marthe reconnut le commissaire qui s’inquiétait d’elle(s) pendant la nuit… C’était Maigret, un homme calme, au parler rude, aux manières volontiers brutales.

Maigret, le fameux commissaire qui de 1931 à 1972 connaitra la carrière que l’on sait, Maigret au travers de quelques romans est ébauché à grands coups de crayons par un Simenon à la machine à écrire intarissable. A peine une silhouette et pourtant l’on sent déjà l’homme bourru, obstiné, humain, qui traquera sans pitié le criminel impénitent mais saura se montrer magnanime envers le meurtrier d’occasion.

Georges Simenon, qui signait alors ses ouvrages Christian Brulls ou Georges Sim ou autres pseudonymes, petit à petit construit son œuvre, comme cherchant sa voie. Et dans Train de nuit le lecteur peut se rendre compte que s’il ne tient pas tout à fait entre les mains un roman policier, ce n’est plus le roman d’aventures auquel il était habitué en lisant Dolorosa, Les pirates du Texas, Chair de beauté

train-de-nuit.jpgTrain de nuit, c’est un peu l’amalgame des Maigret et des romans à prétention littéraire. Le commissaire n’est là que comme figurant, le personnage principal étant Jean, le marin et fils de marin normand qui effectue son service militaire, sur un navire basé à Marseille. Train de nuit est un roman noir avant la lettre. Jean qui se trouve entrainé dans l’engrenage pour les beaux yeux d’une femme mystérieuse. Rita joue de ses charmes, elle en a l’habitude, mais elle sent naître en elle un sentiment de commisération, d’amour maternel et charnel à la fois. Dans le train qui le ramène à Marseille après une courte permission passée à Yport, près de Fécamp, Jean remarquera une dame en noir. Un phantasme qui deviendra réalité lorsque celle-ci l’aborde, lui confie un portefeuille à remettre à une certaine adresse, près du Vieux Port. A la gare Saint-Charles, Jean est fouillé, sans résultat, et apprend qu’un drame a eu lieu dans le rapide Paris-Marseille. Le début du trouble, de la confusion, s’instaurent dans l’esprit de Jean. Il s’affole et au lieu de rejoindre son bâtiment, s’enfonce dans la ville, dans le désordre, le stupre et une certaine forme d’avilissement dans laquelle il se complait. Rita le recueille, l’héberge, l’aime. Rita et Jean vont servir de tampon entre le Balafré et la police.

L’on retrouve dans cette histoire bon nombre des échos, des situations, dans lesquels aimaient se plonger les personnages de Simenon. Une atmosphère dénuée de sérénité, le ballotement de ces hommes et femmes au gré d’un destin qu’ils ne peuvent contrôler, ces petits riens qui parsèment son parcours, son œuvre étant comme autant de répétitions de situation.

Jean était encore couché. Il devait avoir pris froid au cours de la promenade de la veille au soir, car il se sentait moite de fièvre. Tout « l’univers Simenon » se retrouve dans ces quelques mots avant que Simenon existe officiellement littérairement parlant.

Georges SIM : Train de nuit. Collection Maigret avant Maigret. Editions Julliard. Mai 1991. 192 pages.

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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 17:49

pinaguet.jpg

Exhumer des œuvres de jeunesse est parfois synonyme de risque, même si l’auteur est décédé. Sa gloire littéraire n’en pâtira pas forcément, mais le lecteur potentiel peut à juste titre se montrer dubitatif et ne pas retrouver le coup de patte, le style, le charme, qui lui ont fait aimer tel ou tel écrivain.

Jehan Pinaguet, écrit par Simenon à l’âge de dix-huit ans, était resté inédit. Plus pour des raisons de censure de la part de Demarteau, rédacteur en chef de La Gazette de Liège, journal auquel collaborait Simenon en tant que localier, que pour des raisons de style. Longtemps j’ai cru que Jehan Pinaguet était un roman dont l’action se déroulait au Moyen-âge mettant en scène un jeune hobereau en soif de découvertes, d’aventures. La magie du prénom sans aucun doute.

En fait il s’agit d’un tableau de mœurs ayant pour cadre la bonne ville de Liège, chère au cœur de Simenon. Jehan Pinaguet est un jeune homme avide de tout découvrir. Pour cela il devient tout à tour cocher, l’un des rares encore en service, puis garçon de café, enfin aide libraire. Un parcours qui permet à Simenon de croquer à coups de traits rapides mais fortement appuyés l’entourage du jeune homme et de poser les jalons de cette marque de fabrique qui fera la renommée, la célébrité du créateur du commissaire Maigret. Ainsi page 45 peut-on lire cette phrase dans laquelle se dessine ce qui deviendra tout l’univers simenonien : Désormais le mot Justice n’évoquerait plus en lui qu’une salle pleine de soleil et de fumée de tabac, avec un grand pupitre noir, une verrue magistrale, une pipe d’écume, des picotements dans les mollets et une punaise écrasée sur des pages graisseuses.

Et la petite appréhension que je ressentais en ouvrant ce volume s’est vite muée en une espèce de ravissement.

Au pont des Arches qui figure dans ce recueil a eu l’honneur d’être édité mais à un tirage quasi confidentiel. C’est un roman allègre, humoristique, dans lequel on suit Paul Planquet, fils d’un pharmacien inventeur d’un produit dont il ne sait pas faire la promotion, découvrir les premiers émois de la chair, et les problèmes financiers inhérents à l’assouvissement de sa sexualité. Dans Les Ridicules, Simenon brosse les portraits de quatre de ses amis de la Caque, association de bohèmes. Des pages écrites avec férocité et destinées à celle qui deviendra sa femme et à ceux qu’il a croqués avec si peu de gentillesse mais tant de réalisme.

Des œuvres de jeunesse donc mais qui témoignent déjà de la part de Simenon une étonnante maîtrise de l’écriture, malgré quelques redondances, une facilité à dépeindre ses personnages, une propension affirmée pour les odeurs, l’atmosphère, et qui se lisent avec un plaisir non dissimulé.

Georges SIMENON : Jehan Pinaguet, suivi de Au pont des arches et des Ridicules. Préface de Francis Lacassin. Presses de la Cité. 1991. 210 pages.

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