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15 mars 2018 4 15 /03 /mars /2018 11:14

Hommage à Fredric Brown décédé le 11 mars 1972.

Fredric BROWN : La vie sexuelle sur Mars

Malgré son titre quelque peu accrocheur, mais qui est la traduction exacte du titre américain, voilà un petit livre (par le format mais non le contenu) qui se révèle à la lecture intéressant et passionnant.

Outre deux nouvelles policières inédites en France, sont inclus dans ce recueil un conte fantastique écrit spécialement par Fredric Brown pour ses enfants en 1930, Les prodigieuses aventures de Tagrid, et les deux premiers chapitres d’une étude consacrée à la science-fiction.

A signaler, qu’au moment de la parution de ce recueil en 1988, Les prodigieuses aventures de Tagrid sont non seulement inédites en France, mais également aux Etats-Unis.

Penchons-nous plus longuement sur les deux premiers chapitres de l’étude concernant la science-fiction et intitulée La vie sexuelle sur Mars. Une étude que Fredric Brown n’a pas menée à son terme puisqu’il n’a pas trouvé preneur pour son manuscrit. Pourtant que d’humour dans ce texte caustique mais aussi dérangeant, vis-à-vis de certains auteurs et éditeurs de S.F.

Tout d’abord il remet les pendules à l’heure et précise quels sont les droits et les devoirs d’un écrivain de S.F. et comment son roman doit être construit. Je cite :

La science-fiction est un fourre-tout. Elle représente la frontière de l’esprit et de l’imagination humaine. Elle est aussi littérature de l’imaginaire qui extrapole sur l’avenir en se basant sur des données scientifiques existantes.

Les petits coups de griffe qu’il assène ça et là ne sont pas dénués de fondement et dénotent une grande pertinence et une vision particulièrement acérée des problèmes scientifiques et politiques de l’humanité. Je précise que ce texte date de 1950.

Prenez par exemple un fusée du 4 juillet (le 4 juillet étant la fête nationale aux Etats-Unis) si vous arrivez à en trouver une, car la plupart des états interdisent la vente de tels feux d’artifice, jugés trop dangereux, pas comme notre jolie bombe A.

Edifiant, non ? Ou encore :

A l’heure où j’écris ces lignes, seuls deux gouvernements de par le monde ont les moyens de réussir dans une si vaste entreprise que le voyage dans l’espace. Et ces deux gouvernements y travaillent principalement, parce que l’autre s’en occupe également.

Autre petite phrase humoristique mais qui est pleine de bon sens :

Tel un historien qui se permettra de vous indiquer catégoriquement la personnalité de Marie-Antoinette ou de Cléopâtre, alors qu’il s’avèrera incapable de connaitre les sentiments qui animent sa femme ou sa maîtresse.

Outre ces petites phrases, Fredric Brown définit avec justesse le rôle de la Science-fiction et du fantastique, ou établit un parallèle amusant entre le Space-opéra et le western.

Dommage que Fredric Brown n’est pu ou voulu continuer cette étude, malgré le refus des éditeurs, car elle aurait sûrement bousculé des à-priori. Une étude qui se lit comme un roman. L’on comprend mieux la démarche littéraire de Fredric Brown, et pourquoi il est en marge dans sa production science-fictionnesque.

Un écrivain terriblement humoristique mais aussi extrêmement sérieux et exigeant dans son métier d’auteur.

 

Sommaire :

 

Stéphane Bourgoin : Introduction, pages 7 à 9.

La Vie sexuelle sur Mars (Sex life on the planet Mars), pages 11 à 59, trad. Stéphane Bourgoin.

Le Cadavre et la chandelle (The Corpse and the Candle / The Mildewed Night), pages 61 à 88, trad. Stéphane Bourgoin.

Une mèche de Satan (A Lock of Satan's Hair / Hair of the Dog), pages 89 à 124, trad. Stéphane Bourgoin.

Les Prodigieuses aventures de Tagrid (How Tagrid Got There), pages 125 à 184, trad. Gérard De Chergé.

 

Fredric BROWN : La vie sexuelle sur Mars (Sex Life on the Planet Mars – Traductions de Stéphane Bourgoin et Gérard de Chergé). Recueil de quatre nouvelles dont 2 inédites aux USA. Collection Série 33 N°16. Editions Clancier-Guenaud. Parution octobre 1988. 192 pages.

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13 mars 2018 2 13 /03 /mars /2018 09:25

Hommage à Daniel Walther, né le 10 mars 1940 et décédé le 3 mars 2018.

Daniel WALTHER : Tigre.

Daniel Walther est bien connu des amateurs de science-fiction. En réalité il fut plus un écrivain de fantastique, de spéculative-fiction, qui écrivait comme s’il voulait exorciser ses propres démons, ses propres fantasmes.

Toute sa production tend à le montrer comme un écrivain torturé. Ses « héros », ses personnages plutôt, car les protagonistes de ses histoires sont plus proches de l’antihéros étymologiquement parlant, ses personnages donc se conduisent en individus traumatisés, perdus dans un univers qui n’est pas le leur, qui ne peut être le leur.

En utilisant parfois une certaine verdeur, une certaine trivialité, une outrance dans l’écriture ou la description scénique, Daniel Walther stigmatise ses personnages, les engluant, les torturant moralement, les culpabilisant.

Tigre n’échappe pas à cette règle. Tigre, c’est le nom du personnage central, qui, tueur et amnésique, ne sort que la nuit afin de perpétrer ses forfaits.

Conduit par une voix intérieure, il ne sait pas pourquoi il tue, mais il s’y sent obligé, et accomplit alors un acte qui selon les circonstances devient un acte de défense ou un acte de rejet.

Rejet de soi et d’une société morcelée en clans, en sectes, avec ses nantis, ses vigiles, ses milices, sa pègre, son gouvernement fantôme, le tout porté à un paroxysme insoutenable.

Sur toute l’œuvre règne le spectre de Lovecraft, lequel a influencé bon nombre d’auteurs talentueux et qui reste un géant et une référence littéraire de la S .F. et du fantastique.

 

(c) Fabienne Rose

(c) Fabienne Rose

Daniel Walther a reçu le Grand Prix de l'Imaginaire :

1976 : Nouvelle / Short story pour Les Soleils noirs d'Arcadie

1980 : Roman pour L'Épouvante

Daniel WALTHER : Tigre. Collection Anticipation N°1605. Editions Fleuve Noir. Parution janvier 1988. 192 pages.

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6 mars 2018 2 06 /03 /mars /2018 09:45

Avant la vache folle, il y eut la roue folle… A chaque époque sa folie.

Anthony BUCKERIDGE : Bennett et la roue folle

Destinés plus aux préadolescents qu’aux enfants, la série Bennnett de l’Anglais Anthony Buckeridge connut vingt-quatre épisodes dont vingt-deux furent traduits en France.

Cette série est résolument placée sous le signe de l’humour, un comique de situation mais également ponctué de quiproquos à cause d’une incompréhension entre les propos des élèves, et particulièrement de Bennett, et des adultes, le plus souvent Monsieur Wilkinson, l’un des professeurs de la Troisième Division du collège de Linbury, près de Dunhambury, deux petites villes imaginaires du Sussex.

Le plus souvent, Bennett et son ami Mortimer, onze ans, sont opposés dans des situations comiques qui risquent de s’envenimer à Wilkinson, dit Wilkie par les élèves, lequel est assez soupe-au-lait et ne comprend pas toujours soit ce que veulent dire les deux enfants, soit ce qu’ils veulent entreprendre ou ont déjà réalisés en toute bonne fois. Les autres professeurs, Carter et madame Smith, prennent les situations avec bonne humeur, déminant les imbroglios, et n’en tiennent aucune rigueur aux gamins qui gaffent, souvent involontairement.

Et chaque chapitre est autant de petites scènes, parfois désopilantes, souvent cocasses, mais dont ne se rendent pas compte les acteurs.

Tout débute lorsque pour son Noël Bennett se voit offrir par sa tante un carnet rouge dans lequel il doit consigner quotidiennement ce qu’il fait de ses journées. La carotte pour tenir régulièrement son journal étant un beau billet de cinq livres à la fin de l’année. Seulement, ce carnet étant confidentiel, Bennett trouve une astuce : écrire à l’envers. Seul Mortimer est dans la confidence de ce code.

Une interrogation d’histoire est prévue avec M. Wilkinson, le peu sympathique professeur et Bennett en est malade. Mentalement et physiquement. Il est soigné par Mrs Smith qui prend sa défense auprès du prof acariâtre et en remerciements Bennett veut lui offrir quelque chose. Mais quoi, telle est la question.

Alors il se rend en compagnie de son ami Mortimer à Dunhambury mais avec seulement cinquante pence en poche, les possibilités sont réduites. D’autant que l’argent file vite, location de vélos pour se rendre à la petite ville, obérant partiellement leur pécule. Mais Mortimer n’a jamais fait de vélo, hormis ceux munis de stabilisateurs. Et comme les vélos sont dans un médiocre état, le parcours est jonché d’incidents.

L’attrait de la fête foraine, l’achat d’un cornet de frites, et le passage au stand de tir est quasiment néfaste au reliquat de leur bourse. Et si par un heureux hasard, Bennett gagne une coupe en verre taillé, celle-ci est brisée lors du retour. Et la roue folle me demanderez-vous, avec pertinence. L’épisode se déroule un peu plus tard. Bon, d’accord, allons-y tout de suite, et ne perdons pas de temps en chemin, malgré les autres scènes drôlatiques qui s’intercalent.

Mais auparavant il me faut signaler que Bennett se verra confisquer son carnet rouge et afin de se plier aux exigences de sa tante, il notera dans un cahier à la couverture verte ses faits et gestes. Une initiative qui lui procurera quelques désagréments en fin de trimestre.

Suite à un os découvert dans les petits jardins alloués aux élèves, Bennett et Mortimer s’intéresse à la paléontologie et l’archéologie, et comme il existe un ancien camp romain non loin du village, ils s’y rendent afin de prospecter et découvrir éventuellement des vestiges romains. Effectivement, en grattant la terre, ils découvrent d’abord une chaîne rouillée, de fort belle longueur et à laquelle est accrochée une vieille roue en bois.

Ils sont persuadés, d’après l’inscription qui est gravée dessus, qu’il s’agit d’une roue détachée d’un vieux char romain. Une découverte inestimable pensent-ils, ne sachant pas que cet objet va les entraîner dans une suite d’épisodes au cours desquels ils auront du mal à rester sereins, les profs aussi d’ailleurs.

Si cette roue occupe une partie de l’histoire, il ne s’agit que d’un épisode et le titre français induit quelque peu en erreur, le titre original devant signifier, si mes notions d’anglais sont encore bonnes, le carnet ou le journal de Jenning, Jenning ayant été transformé en Bennett dans la traduction française.

 

Bennett et Mortimer envisagent de créer un musée d’antiquité d’où la scène suivante :

Extrait :

Comme ils s’élançaient vers l’escalier, ils aperçurent M. Wilkinson qui sortait de la salle des professeurs. Bennett jugea le moment bien choisi pour solliciter sa coopération.

« Pardon, m’sieur ! Nous cherchons des antiquités. Est-ce que nous ne pourrions pas jeter un coup d’œil dans la salle des professeurs pour voir s’il n’y aurait pas quelques vieux fossiles ?

Malheureusement, M. Wilkinson interpréta mal ces mots. Son visage s’empourpra.

« Quoi ? Quoi ? Rugit-il. Des vieux fossiles dans la salle des professeurs ?... Qu’est-ce que c’est que ces allusions impertinentes ? Essayez vous de faire le malin, mon garçon ?

« Pas du tout ! assura Bennett. Je veux parler de trucs pour notre musée, vous comprenez ? Des oiseaux empaillés, par exemple…

Première parution Idéal-Bibliothèque N°263. 2ème trimestre 1964. Illustrations de Jean Reschofsky.

Première parution Idéal-Bibliothèque N°263. 2ème trimestre 1964. Illustrations de Jean Reschofsky.

Si vous désirez en savoir plus sur Anthony Burckridge, sachez que la revue Le Rocambole lui a consacré un numéro double en compagnie d'Enyd Blyton.

Anthony BUCKERIDGE : Bennett et la roue folle (Jennings Diary – 1953. Texte français d’Olivier Séchan). Illustrations de Daniel Billon. Collection Bibliothèque Verte. Parution novembre 1975. 190 pages.

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19 février 2018 1 19 /02 /février /2018 09:53

Quoi mes mains, qu’est-ce qu’elles ont mes mains ?

Sylvain LATOUR : Les mains. Histoires extraordinaires.

De Sylvain Latour, on ne connait rien, sinon que trois ouvrages sont référencés à la BNF, dont celui-ci et deux autres recueils intitulés : Histoires extraordinaires 2, le mariage de minuit en 1960, et Histoires extraordinaires 3, La magicienne, tous aux mêmes éditions du Milieu du Monde. Ce recueil a été réédité en version numérique en décembre 2017 dans le cadre de l’opération Relire.

Ce recueil comporte six histoires dont la première donne son titre à l’ouvrage, les autres étant : Les châtaignes de Tiu Li ; Vente d’esclaves à Vevey ; Le train d’Isabelle ; Mon ami Lucifer ; Une journée de Paradis.

 

Les mains :

Octogénaire mais portant encore beau, Mathieu Miramon habite une grande bâtisse dénommé le château de la Garriguette. C’est un hyperactif, veuf, qui s’est brouillé avec son fils, mais accueille toujours avec un plaisir certain sa petite-fille Catherine, laquelle vient le voir régulièrement en septembre. Riche châtelain il gère sa fortune et sa ferme sans l’aide de quiconque, étant partout présent, aux champs, aux étables, à la vigne, à la cave, aux bois et même à la scierie qu’il a installée dans une vieille orangerie, afin de fabriquer les cageots nécessaires pour entreposer ses fruits.

Mais il n’est jamais satisfait et désireux de montrer à des deux employés comment débiter une bille de hêtre, il prend la place de l’un d’eux, jugeant qu’il s’y prend comme un manche en perdant trop de bois. Durant ses explications, il tourne la tête, et hop, deux mains en moins. Et comme se sont les seules qu’il possède, c’est lui qui se retrouve comme un manche. Il décède de cet accident, et lorsqu’il est prêt à être enfermé dans le cercueil, la vieille bonne remarque qu’il serait judicieux de placer au dessus du corps ses mains. Seulement celles-ci sont introuvables. Un peu plus tard, l’un des deux employés de la scierie est retrouvé étranglé dans le grenier où il s’était rendu, ayant entendu du bruit, puis la vieille domestique croit voir des araignées immenses, grandes comme… des mains.

 

Les châtaignes de Tiu Li :

En cette année 1929, cela fait dix-huit mois que le narrateur vit à Pékin. Il commence à découvrir cette mystérieuse capitale et plus particulièrement un vieux Chinois qui a connu son heure de gloire comme eunuque, ayant été chef du Harem Impérial, jusqu’à la chute de P’ou Yi, le dernier empereur des Fils du Ciel en 1912. Ayant sympathisés, le narrateur recueille les confidences du vieillard, le dernier rejeton d’une fratrie de sept enfants, et qui devint eunuque, grâce ou à cause d’un oncle aide-cuisinier au Palais Impérial. Un parcours singulier et particulier. A l’âge de sept, il devient un chapon, est affecté à quinze ans au Palais Impérial mais arrivé à l’âge de vingt ans, il tombe amoureux d’une des nièces de l’empereur. Il se rend chez un médicastre qui lui conseille de retrouver dans son village natal ses châtaignes perdues.

 

Vente d’esclaves à Vevey :

La Suisse n’est pas ce que veut bien en dire Giroux, l’ami du narrateur qui l’emmène dans ce pays réputé pour son pacifisme, et ses habitants ne se comportent pas tels que décrits. Du moins c’est ce que ressent Frédéric, le narrateur, qui invité chez des amis de Giroux, sentant qu’une discussion sur la politique peut dégénérer, place malheureusement son grain de sel en déclarant que ce qu’il regrette le plus, ce sont les esclaves. Les ventes d’esclaves. Ses hôtes le prennent au mot en lui indiquant que justement une vente d’esclaves va avoir lieu l’après-midi même à Vevey, et qu’ils vont l’y emmener. Mais auparavant ils doivent se rendre chez le docteur Topfield, un spécialiste de la transmission de pensée, et dont Frédéric doute des capacités.

 

Le train d’Isabelle :

Dans le Lubéron, à Saint-Lucas-du-Postillon, entre rivière, la Levrière, et route nationale, s’intercale un ruban noir. C’est l’ancienne ligne de chemin de fer départemental, délaissée au profit de la voiture. Il ne reste que le tracé, les rails et les traverses ayant été enlevés. Ernest, qui aimait Isabelle, s’est vu refuser la main de la jeune fille par le père d’icelle. Ami de toujours du narrateur, le frère d’Isabelle, il ne s’est jamais remis de cette fin de non-recevoir. Ernest et le narrateur ne se voient plus mais continuent à s’écrire régulièrement. Le sentant déprimé, le narrateur invite Ernest à passer quelques jours dans ce coin tranquille. Seulement Ernest est persuadé entendre le train rouler de nuit.

 

Mon ami Lucifer :

Cette nouvelle, la plus longue du recueil, nous conte un défi lancé par Ludovic, le narrateur, à sa chère tante Sophie. Ayant perdu très tôt son père, notaire, et sa mère, Ludovic n’a trouvé d’affection qu’auprès de sa tante. Elle est veuve du docteur Dubourg et vit seule dans la grande et vieille maison héritée de son mari. Une demeure séculaire, pleine de charmes et d’endroits mystérieux. Elle possède deux poules commensales qui se baladent dans la demeure à leur gré.

Et un jour de mai, jour de la fête de la saint Evantime, Ludovic admiratif de sa tante, lui déclare : Ah ! Ma tante ! Existe-t-il au monde une femme comparable ? Vous adouciriez l’être le plus intraitable, le diable lui-même perdrait sa hargne ! Oui, ma tante, vous apprivoiseriez Lucifer en personne…

Pourquoi pas ? Et pour quelles conséquences ?

 

Une journée de Paradis :

Alors qu’il se repose béatement, plongé dans un rêve éveillé, le narrateur est subitement tiré de sa torpeur par son ami Maurice. Celui-ci le convie à une promenade en mer, c’est même plutôt un ordre. Munis de leur matériel de plongée, direction Port-Cros à bord d’un canoë. Le but est de visiter une faille dans la falaise, le Trou de l’enfer.

 

Six nouvelles fantastiques d’inspiration diverse, qui va du conventionnel comme Les mains, au facétieux Vente d’esclaves à Vevey, ou qui pourrait s’inspirer d’une légende chinoise, Les châtaignes de Tiu-Li, ou encore qui aurait pu être écrite par Richard Matheson, telle Le train d’Isabelle.

Un fantastique parfois onirique et humoristique, sans l’avouer, qui emprunte à des situations ordinaires mais plongées dans les affres de personnages qui sont perdus, soit par naïveté, soit par amour, oscillant entre rêve et réalité. Et plus particulièrement Une journée de Paradis, qui use d’un artifice très souvent employé mais qui trouve ici sa mise en abyme réussie sans que le lecteur puisse se sentir lésé ou manipulé.

 

Comme écrit plus haut, on ne sait rien de Sylvain Latour, ni date de naissance, ni date éventuelle de décès. Se pourrait-il que ce ne fut qu’un pseudonyme pour ce qui pourrait être considéré comme un galop d’essai, et que Sylvain Latour se soit fait connaître par la suite comme un fantastiqueur de renom, chez d’autres maisons d’éditions, rien n’est impossible.

Sylvain LATOUR : Les mains. Histoires extraordinaires. Couverture originale de Bernard Buffet. Editions du Milieu du Monde. Parution juin 1959. 256 pages.

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17 février 2018 6 17 /02 /février /2018 14:04

Hommage à Ruth Rendell née le 17 février 1930.

Ruth RENDELL : Le goût du risque.

Parce qu’il a dans sa poche un revolver factice confisqué à son fils le matin même, et parce qu’il menace avec cette arme de pacotille deux voleurs dans une banque, Martin, inspecteur de police, trouve la mort. Le signalement des deux truands est approximatif.

Quelques mois plus tard, les policiers découvrent, dans une demeure nichée au cœur de la forêt, trois cadavres : Davina Flory, écrivain ; Harvey, son mari et Naomi, leur fille. Seule la petite-fille, Daisy, dix-huit ans, n’est que grièvement blessée. Wexford et ses hommes interrogent les domestiques : le couple Harrisson, Bib Mews, Gabbitas le garde forestier, ou encore les Griffin et leur fils Andy ne vouaient pas une estime particulière à leurs patrons.

Le vol de bijoux semble être le mobile du crime. Daisy donne un signalement succinct de l’un des cambrioleurs. Joanna Garland, l’associée de Naomi, devait passer le soir du meurtre, mais elle a disparu et Wexford pense qu’elle a été enlevée et est peut-être morte.

Daisy est recueillie chez les Virson et une idylle se noue entre Nicholas, le fils, et elle. Wexford rencontre « Gunner » Jones, le père de Daisy qui n’a pas vu sa fille depuis l’âge de six mois. L’homme ment au policier, aussi bien sur son surnom qu’il doit à sa précision au tir au revolver, que sur ses relations avec Joanna dont il prétend ne pas avoir eu de nouvelles depuis des mois, alors qu’il en a reçu une lettre.

Bib Mews découvre le cadavre d’Andy, pendu, et Wexford interroge le jeune Hogarth qui vit dans un cottage non loin de chez Bib. Un détenu, Hocking, révèle à Wexford qu’il est l’un des auteurs du braquage. Son complice est décédé ; il avait jeté son revolver à terre après avoir tiré sur le policier. Gabbitas retrouve une arme chez lui et tout laisse supposer qu’il s’agit bien de la même arme et qu’un des clients de la banque s’en serait emparé dans la confusion.

Joanna, de retour des Etats-Unis, apprend le drame. Elle confirme les dires de Gunner en ce qui concerne leurs relations. Elle avait simplement écrit au père de la jeune fille afin de l’informer de la décision bizarre prise par Davina : la grand-mère de Daisy, satisfaite par Harvey, avait proposé que celui-ci fasse l’éducation amoureuse de sa petite-fille. De déductions en intuitions, Wexford établit qu’Andy avait revendu le revolver au meurtrier.

 

Dans cette enquête qui traîne un peu en longueur, l’auteur nous décrit un inspecteur qui veut voir plus loin que ce qui se trouve sous son nez et qui s’égare, comme le lecteur, sur de fausses pistes. Mais cela lui semblait trop facile comme raisonnement. Après une période de tâtonnements et deux meurtres supplémentaires, le livre se referme sur une vérité banalement sordide.

 

Réédition Le Livre de Poche avril 1996. 378 pages. 6,10€.

Réédition Le Livre de Poche avril 1996. 378 pages. 6,10€.

Ruth RENDELL : Le goût du risque. (Kissing the gunner’s daughter -1991. Traduction de Julie Damour). Première édition Calmann-Lévy. Parution avril 1994. 364 pages.

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13 février 2018 2 13 /02 /février /2018 14:59

Hommage à Georges Simenon, né officieusement un 13 février à 00H10, mais déclaré en mairie pour le 12 février 1903.

Georges SIMENON : La jeune fille aux perles.

Jeune, belle, riche, tels sont les trois atouts que possède Nadine Langevin, mais elle n’en abuse guère, sauf pour s’acheter des véhicules neufs de luxe. Elle habite avec son père, Hector Langevin, à Paris, dans un hôtel particulier de la rue de Courcelles, et elle est entourée de domestiques dont Jean le portier, et Mornier le secrétaire, qu’elle n’apprécie que moyennement. Elle n’a pas connu sa mère, mais cela ne lui manque pas.

Ce jour-là, elle a rendez-vous avec des amis pour le baptême du yacht d’un copain. Elle en est la marraine et pour cet événement elle s’est habillée avec un soin particulier. Elle prévient rapidement son père qu’elle s’en va, car il est déjà avec quelqu’un, puis elle part dans sa torpédo décapotable. Elle a juste le temps d’apercevoir trois hommes entrer dans la demeure.

La petite fête est perturbée par un individu qui lance des cailloux et les lazzis fusent. Les policiers demandent, gentiment, à Nadine et ses amis de se replier vers un autre endroit et la jeune fille n’hésite pas à inviter tout le monde chez elle. Seulement lorsqu’elle veut entrer, elle est surprise de découvrir un homme qui lui signifie qu’un malheur vient d’arriver. Il se présente comme le commissaire Maigret de la Sûreté Générale. Il venait avec deux collaborateurs afin d’enquêter sur des malversations présumées, Langevin devait aller chercher des papiers dans son bureau. Dix minutes plus tard, il était mort, s’étant suicidé.

Son père, qui avait bâti sa fortune en jouant en bourse, n’était finalement qu’un escroc qui avait lésé un certain nombre d’actionnaires. La faillite le guettait. Toutes les pièces de la demeure sont sous scellés, sauf sa chambre, et les meubles également. Jean a toutefois eu le temps de récupérer quelques bijoux, dont un collier en perles, qu’il lui transmet à l’abri des regards. Auprès de qui pourrait-elle se retourner ? Elle n’a pas de famille, pas d’amis véritables, sauf peut-être un trentenaire qu’elle a connu quelques mois auparavant. Jacques Morsan, qui justement vient frapper à sa porte.

Il est en colère. Ingénieur promis à un bel avenir, avec des projets en passe d’aboutir, il avait fait confiance à Langevin. Celui-ci l’a grugé, lui apportant au début de l’argent, mais le laissant avec des chèques en bois, brisant son ménage. Autant de reproches qu’il assène à Nadine avant de partir. La jeune fille demande à Jean, le portier fidèle, de troquer les bijoux contre de l’argent qu’il mettra dans une enveloppe et enverra anonymement à Morsan.

Mais la jeune fille ne peut plus vivre dans l’hôtel particulier et comme elle est sans ressources, à cause des créanciers voraces, elle cherche du travail. En vain. C’est alors que le banquier Reiswick, qui se déclare avoir été l’ami de Langevin, lui propose de l’héberger. Or elle ignore que ce banquier est à l’origine de la dénonciation auprès des autorités des malversations de Langevin, en cheville avec Mornier le secrétaire.

Bientôt dans Paris, circulent les rumeurs comme quoi Nadine, devenue Nadia, serait la maîtresse de ce personnage malsain, adipeux, mais toujours souriant. Il l’emmène à Deauville où elle prend des bains de soleil le torse nu. Morsan la retrouve par hasard et il est même invité sur le yacht pour une balade en mer. Le clash est inévitable. Reiswick est retrouvé mort dans sa villa, et Maigret qui était au Havre est chargé de l’enquête. Nadia s’accuse, mais Maigret ne croit pas en ses allégations. Quant à Morsan, il est désemparé, d’autant que Mornier est toujours présent pour émettre des hypothèses sans fondement.

 

Ce roman, qui s’inscrit parmi les six titres qui composent la saga des Maigret avant Maigret, est plus un roman populaire qu’un roman policier, car le lecteur se doute très vite qui est le coupable. C’est également un roman de mœurs, d’amour, un regard jeté sur une société que Simenon n’aimait guère.

Maigret est esquissé, n’étant pas le personnage principal du roman, mais pourtant on le découvre tel qu’il sera décrit plus tard dans les Maigret officiels.

C’était un personnage immense et large, au cou puissant, qui avait dans toute sa personne quelque chose d’à la fois bourru et attendri.

Un peu plus loin, Simenon le définit ainsi : Il était à la fois paternel et bourru.

Ecrit en 1929, refusé dans un premier lieu par Fayard, ce roman paraîtra en 1932, dans la collection des Romans populaires, un an après le lancement officiel des Maigret, avec Monsieur Gallet, décédé, Le pendu de Saint-Pholien et Le charretier de la Providence.

S’il s’agit d’un roman populaire, avec tous les codes qui vont avec, La jeune fille aux perles est également un reportage sur une époque, avec les côtés insouciants d’une frange de la société huppée et les demandeurs d’emploi. Ainsi, lorsque Nadine s’inquiète de rechercher un travail, elle se rend compte que n’ayant rien en poche comme bagages professionnels, il est difficile de trouver un employeur. Les files d’attente sur les trottoirs et dans les antichambres s’allongent. Une situation qui pourrait s’appliquer de nos jours car une jeune femme qui attend elle aussi lui confie :

Vous savez, pour le moment, il n’y a qu’une seule chose qui marche : bonne à tout faire. J’ai dix copines qui ont leur brevet supérieur, qui sont sténos et dactylos et qui ont fini par s’y décider.

Pareillement, maintenant la mode est de se faire tatouer. Mais à la fin des années 1920, il existait un autre petit truc, qui s’effaçait avec le temps. Sur la plage, un peintre à la mode colle sur le dos nu jusqu’à la ceinture d’une jeune femme de minces bandes de papier.

La peau brunirait alentour. Les parties protégées par le papier resteraient blanches et constitueraient, le prochain hiver, une attraction sensationnelle.

Première édition sous le titre La Figurante, signé Christian Brulls. Collection Les Maîtres du roman populaire. Editions A. Fayard. Parution février 1932. 62 pages.

Première édition sous le titre La Figurante, signé Christian Brulls. Collection Les Maîtres du roman populaire. Editions A. Fayard. Parution février 1932. 62 pages.

Georges SIMENON : La jeune fille aux perles. Collection La seconde chance. Maigret avant Maigret. Editions Julliard. Parution mai 1991. 192 pages.

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11 février 2018 7 11 /02 /février /2018 10:34

Hommage à Yves Dermèze, de son véritable patronyme Paul Bérato, décédé le 11 février 1989.

Yves DERMEZE : La patrouille des glaces.

A bord du Douanenez, cargo parti du Havre et qui affronte les vagues furieuses de l’Atlantique, ils sont six jeunes adolescents dont une seule fille.

D’un côté Christian, l’aîné, dix-huit ans, puis Francis, Michel et enfin Louis, le benjamin. Mais également Helena Printon, seize ans, surnommée la Princesse, et Harold Stipple, son cousin squelettique de vingt ans, surnommé le Chevalier errant, à cause de leur attitude et du rôle de chevalier servant que joue Harold. Mais pour l’heure, la Princesse a du mal à cacher qu’elle subit les affres du mal de mer. Ce dont se moquent les quatre amis, engendrant la colère d’Harold.

Mais Harold est bien obligé de constater que les réflexions des quatre amis n’avaient rien de péjoratif et que sa cousine, également sa fiancée, possède un caractère impossible. Il est à ses petits soins et accomplit ses quatre volontés, parfois à ses dépens. Il envie les quatre amis, sachant grâce à un journal américain qu’ils ont entrepris de faire le tour du continent américain, sans un sou, et il aimerait pouvoir lui aussi parcourir le monde, sans être obligé de suivre, partout où elle se rend, la Princesse.

Le cargo transporte le cirque Lamentin, et grâce à la générosité du directeur, Christian et ses comparses peuvent voyager à bord, mais dans des conditions précaires.

La tempête fait rage, le navire se cabre, se met de travers, prêtant son flanc aux éléments déchaînés. Le gouvernail ne répond plus, le radiotélégraphiste du bord est blessé et comateux, son appareil quasiment inutilisable. Christian, qui possède des notions veut lancer un S.O.S, mais le capitaine l’en dissuade, la tempête se calme. Ce n’est que pour mieux repartir à l’assaut du navire qui est en perdition. Helena glisse par-dessus le bastingage cassé et heureusement Christian plonge et la sauve de la noyade. Seulement une nouvelle vague énorme balaie le pont entraînant avec elle les hommes d’équipage. Ne restent plus à bord que la dizaine de circassiens, Christian et ses amis et le couple en devenir d’Américains.

Le cargo dérive, aborde un iceberg et les passagers ont juste le temps de quitter le bâtiment, emportant avec eux quelques boites de conserve et des objets dont la radio. Le navire est perdu et sur la banquise les rescapés commencent à s’organiser dans la neige.

Parmi ces rescapés, Dingo le clown et ses animaux, deux caniches, un petit singe et Gracieuse, un sanglier pelé. C’est le seul des circassiens à se montrer sociable, ses compagnons regimbant devant le manque de nourriture. On ne peut s’empêcher de pense à Vitalis, le musicien ambulant de Sans-Famille, le roman d’Hector Malot, avec ses trois caniches, dont Capi, et le petit singe Joli-Cœur. Mais tout ce petit monde n’est pas sorti de l’auberge, qui d’ailleurs est inexistante sur cette immense plaque de glace battue par les vents et la neige.

 

Naturellement, la conclusion est heureuse, peut-être pas pour tout le monde, mais nos quatre amis vont pouvoir continuer leur périple.

L’action est privilégiée dans ce roman destiné aux adolescents, mais pour autant les études de caractères ne sont pas négligées. Seulement, au lieu de s’étendre sur des pages et des pages, tout est dit en quelques lignes.

La patrouille des glaces est le roman d’aventures par excellence capable de capter l’attention des jeunes lecteurs, et des plus anciens, tant les épisodes mouvementés, tragiques ou parfois comiques, se succèdent à un rythme effréné.

 

En fin de volume, un avertissement de l’éditeur précise :

Désirez-vous savoir comment nos quatre amis ont continué leur tour d’Amérique, commencé si tragiquement ? Si oui, écrivez-le à JUNIOR, 31, rue de la fonderie, Toulouse.

Une forme de participation active entre les lecteurs, l’éditeur et l’auteur.

 

Paul Bérato a signé environ une trentaine de romans dans cette collection, ou dans le magazine Coq Hardi, sous les alias de Serge Marèges, Paul Mystère, Francis Hope, André Gascogne et quelques autres. C’est dire si son imagination fertile était au service de l’éditeur qui pouvait laisser supposer qu’il possédait une écurie de romanciers de talent. Mais ont participé également à l’écriture de ces romans des auteurs renommés comme Maurice Limat, Georges Fronval, Albert Bonneau ou encore Edmond Romazière.

La patrouille des glaces a connu une prépublication dans le magazine Coq Hardy à partir du numéro 231 en 1950. Selon Paul Bérato lui-même, ce roman aurait été écrit par un nègre qui ne possédait pas de machine à écrire. Paul Bérato l’a donc tapé, en le réécrivant. Quelle est sa part réelle dans l’écriture de ce roman ? Il ne pourra plus nous le dire.

Yves DERMEZE : La patrouille des glaces. Collection Junior N°112. Editions des Remparts. Parution 1953. 96 pages.

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29 janvier 2018 1 29 /01 /janvier /2018 09:47

Il y aura un CDD à pourvoir pour la fin de l’année !

Pierre VERY : L’assassinat du Père Noël.

Avant d’être un film de Christian-Jacques en 1941, sur un scénario de Charles Spaak, dans une production de la Continental-film, société crée par Joseph Goebbels, avec dans les rôles principaux Harry Baur, Raymond Rouleau, Renée Le Faure, Robert Le Vigan, Bernard Blier ou encore Fernand Ledoux, L’assassinat du Père Noël fut un roman écrit par Pierre Véry et publié en 1934 aux éditions Gallimard dans l’éphémère collection Bleue, après une publication en feuilleton dans le magazine Marianne.

Ce roman, devenu un classique de la littérature policière, et de la littérature en général, est présenté ainsi par l’auteur dans le bulletin de la N.R.F. N°256 en janvier 1935 :

J’ai souhaité un jour que mes livres fussent considérés comme des contes de fées pour grandes personnes…

Et ce roman est l’illustre exemple plongeant le lecteur dans une ambiance de conte de fées parfois surréaliste, mais dont l’intrigue et l’épilogue se révèlent d’une logique implacable mais non dénuées d’humour.

Le village de Mortefond, grosse bourgade située en Meurthe-et-Moselle, fête comme il se doit la Saint Nicolas, en ce jour du 6 décembre, avant les joyeusetés de Noël. Blaise Kappel, qui a endossé l’habit du célèbre saint, est en réalité le sacristain de l’abbé Fuchs. Il prend quelques verres en compagnie des villageois, puis se rend à la sacristie. Malgré sa myopie pourtant corrigée par des lunettes, il aperçoit le brave curé à terre.

Non, le curé n’est pas mort, mais sidéré. Il a aperçu un individu masqué qui se tenait caché dans un placard ouvert et qui vient de s’enfuir. Kappel a beau regarder, chercher, examiner partout, rien. Aucune trace du passage de l’indélicat personnage.

L’abbé Fuchs a reçu une lettre, anonyme bien sûr, l’avertissant qu’une bande d‘indélicats écumaient la région et que quelques années auparavant, le trésor d’une église située à une quarantaine de kilomètres de Mortefond, avait été dérobé. L’abbé Fuchs préfère s’en référer à son supérieur hiérarchique, l’évêque de Nancy, qui saurait prendre les dispositions nécessaires pour régler cette affaire. Une légende affirme que Le Bras d’Or du roi René, qui contient une relique inestimable, serait caché à Mortefond.

A Paris vit Prosper Lepicq dont la plaque de cuivre apposée sur l’immeuble où il exerce déclare qu’il est Avocat à la Cour de Paris. Et même s’il a un secrétaire, il ne croule pas sous les affaires à traiter. C’est là que se rend l’émissaire de l’évêque de Nancy afin de lui expliquer ce qui l’amène.

Peu de temps après, dans le village de Mortefond, se promène un touriste répondant au nom de Marquis de Santa-Claus, prenant une chambre à l’auberge du village et s’intéressant à la vie de la commune et de ses habitants.

Seulement le Père Noël, en réalité le sacristain qui est déguisé, est assassiné. Mais lorsque la houppelande est ôtée, il s’avère qu’il s’agit d’un inconnu. La police est prévenue mais à cause de la neige qui tombe en abondance, les policiers mettent plusieurs jours pour rallier la petite commune.

 

Le village de Mortefond a pour vocation la fabrication de jouets et tous les habitants ou presque s’y adonnent. Mais une particularité distingue Mortefond : les villageois portent un surnom de conte de fée ou de légende. On peut trouver au détour des ruelles la Mère Michel, Cendrillon, le Père Fouettard, le Marchand de sable, le Croquemitaine, le compère Lustucru, l’Homme au sac, et donc la présence du Marquis de Santa Claus ne fait que renforcer cette ambiance de comptine enfantine.

Une amusette, une parodie de roman policier qui entretient le merveilleux, mais à la logique imparable, écrite par Pierre Véry en 1934 mais qui possède toujours ce charme indéfinissable d’un roman destiné aussi bien aux enfants qu’aux adultes, conçu et écrit avec rigueur. Les romans de Pierre Véry ne vieillissent pas même s’ils sont ancrés dans leur époque. Ainsi de nos jours avec les technologies afférentes à la communication, les téléphones portables, les déplacements en véhicules tout terrain, et tout ce qui se traduit par un modernisme effréné auraient permis aux policiers de se rendre immédiatement sur les lieux. Mais l’histoire en aurait perdu de son charme et de sn humour.

Pierre Véry écrivait aussi dans le bulletin déjà cité :

… Il importe de sauver dans l’homme, à mon sens, c’est ce qui reste de l’enfant. Je demande à mes lecteurs d’ouvrir L’Assassin du Père Noël avec une âme d’enfant ; ils seront accueillis avec amitié par des personnages qu’ils ont beaucoup connus autrefois mais qu’ils ont peut-être un peu oubliés.

Un roman très souvent réédité, aussi bien dans les collections dites juvéniles que pour les adultes. A lire également :

 

Réédition : L’intégrale du Masque n°2. Parution Janvier 1994.

Réédition : L’intégrale du Masque n°2. Parution Janvier 1994.

Première édition Gallimard 1934.

Première édition Gallimard 1934.

Un roman très souvent réédité, aussi bien dans les collections dites juvéniles que pour les adultes. A lire également :

Pierre VERY : L’assassinat du Père Noël. Le Livre de Poche policier N°1133. Parution 1964. 248 pages.

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23 janvier 2018 2 23 /01 /janvier /2018 09:55

Mais ils ne sont plus secrets, puisque vous pouvez les découvrir !

June THOMSON : Les dossiers secrets de Sherlock Holmes

Si Sherlock Holmes a suscité l’écriture de nombreux pastiches et parodies, rares furent les romancières féminines à s’attaquer à ce mythe de la littérature policière. June Thomson en est une représentante de qualité.

Après une préface signée Audrey B. Watson, qui n’a aucun lien de parenté avec le célèbre docteur Watson, et dans laquelle elle narre dans quelles circonstances elle a été amenée à se trouver en possession de manuscrits inédits découverts dans une malle, sept nouvelles sont ainsi proposées au lecteur holmésien averti ou non.

Ces affaires s’inscrivent dans le Canon, soit parce qu’elles ont été évoquées, soit parce qu’elles possèdent un rapport direct ou non avec d’autres aventures narrées par John H. Watson.

 

L’affaire du millionnaire persécuté se situe le 21 avril 1895, juste quelques jours avant les singulières aventures de Violet Smith qui ont été narrées dans La Cycliste solitaire. Un millionnaire, John Vincent Harden, originaire des Etats-Unis, vient de s’installer dans le quartier de Belgravia, à Londres, et a également loué une propriété à la campagne. Il doit rester en Angleterre durant un an environ dans le but de présenter sa fille Edith à la bonne société britannique. Seulement il a reçu quelques lettres le menaçant de mort et jugeant la gendarmerie locale incompétente il a préféré faire appel à Holmes.

Dans La démence du colonel, le docteur Watson précise que Pour des raisons qui apparaîtront ultérieurement, il ne sera pas possible de publier un compte-rendu de cette affaire du vivant des principaux intéressés. Or Watson est le premier intéressé dans cette affaire puisqu’une dame se présente à son cabinet et s’enquiert s’il est bien Le docteur Watson ayant servi dans le 5e régiment d’artillerie du Northumberland. Devant l’approbation de celui-ci, elle lui demande s’il a bien connu le colonel Harold Warburton. Quelle n’est pas la stupéfaction de Watson à l’énoncé du nom d’un vieil ami connu quelques années auparavant en Inde, posté près de la frontière afghane, un affrontement au cours duquel Watson fut blessé. Il pensait que Warburton était parti pour la Nouvelle-Zélande, mais il n’en est rien et la dame qui est en face de lui n’est autre que l’épouse du militaire. Elle lui narre dans le détail les raisons pour lesquelles Warburton s’est installé en Angleterre, mais plus grave il semblerait que depuis peu le militaire est atteint de démence et a demandé à être enfermé dans un asile à Guilford. Une affaire qui intéresse au premier chef Watson et il en fait part à son ami Sherlock Holmes. Pourquoi cette démence, d’autant que d’autres personnes semblent atteintes du même mal ? Une visite à l’asile s’impose.

L’histoire suivante, La tragédie Addleton, débute ainsi : Comme je le mentionnais dans Le Pince-nez en or, mon vieil ami Sherlock Holmes se pencha sur un si grand nombre d’affaire, au cours de l’année 1894, qu’en compulsant les trois gros volumes contenant mes compte-rendu manuscrits, j’eu beaucoup de mal à décider lesquels valaient la peine d’être publiés.

Une entrée en matière qui justifie toutes les histoires qui ressortent sous la plume de romanciers apocryphes, et qui s’insèrent judicieusement dans le Canon. Et Miss Addleton, qui s’adresse à Holmes, fait partie de ces nombreuses requérantes dont on n’aurait pas connu les déboires, et ceux de son père, si ces manuscrits n’avaient pas été exhumés.

Cette jeune personne n’est autre que la fille du professeur Addleton qui enseigne à Oxford et a écrit un ouvrage de référence sur les Monuments et sites mortuaires préhistoriques en Grande-Bretagne, ouvrage que possède naturellement Sherlock Holmes. Le professeur Addleton a reçu par courrier provenant d’un archéologue amateur des reliquats de poterie ancienne découvert dans un tumulus non encore recensé, dans les Cornouailles, non loin d’un lieu nommé Minions. Or depuis la réception des trois bouts de terre cuite, le professeur se comporte de façon étrange, et cela lui était déjà arrivé quelques années auparavant. Sherlock Holmes examine les trois objets de taille réduite, puis lorsque Miss Addleton repart, il montre à Watson quelques anomalies. Chaque morceau possède une trace de colle, comme si de minuscules étiquettes avaient été apposées. Naturellement la curiosité est la plus forte et l’attrait de la recherche conjuguée à la mise en cause d’un professeur dont il reconnait les mérites font que Sherlock Holmes et Watson vont se rendre sur place afin d’enquêter sur la provenance de ces reliquats de poterie.

 

En tout sept nouvelles composent ce recueil, aux titres incitant à la lecture, les autres étant Le brocanteur terrorisé, La rixe à bord du Friesland, La succession Smith-Mortimer, Le scandale Maupertuis.

Enfin ce volume se clôt par un appendice intitulé Hypothèse concernant l’identité de la seconde Mrs Watson. Un mariage évoqué par Sherlock lui-même dans Le soldat blanchi, dont il est le narrateur, et qui date de janvier 1903. Une hypothèse et des suppositions étayées par la lecture attentive de nombreuses aventures dont Watson fut le héros par procuration. Et cette hypothèse est écrite par le docteur en Philosophie, John F. Watson, l’homonyme du docteur John H. Watson, le compère de Sherlock Holmes.

Et c’est ce même docteur John F. Watson qui ayant découvert la malle contenant les manuscrits du docteur John H. Watson a entrepris de les recopier afin qu’ils puissent passer à la postérité. Une prémonition heureuse, puisque la malle et les manuscrits originaux avaient été mis en lieu sûr dans un coffre de banque. Seulement nul ne pouvait prévoir les bombardements de 1942 sur Londres.

Un nouvel épisode des aventures de Sherlock Holmes convainquant, respectant fidèlement l’esprit de Conan Doyle, et qui complète Les Carnets secrets de Sherlock Holmes, ouvrage publié dans la même collection sous le numéro 2153 et par un roman sobrement intitulé Watson et Holmes qui se veut être la biographie de nos deux héros, Le masque numéro 2292.

June THOMSON : Les dossiers secrets de Sherlock Holmes (The secret journal of Sherlock Holmes – 1993. Traduction de Catherine Richard). Le Masque Jaune N°2213. Editions Librairie des Champs Elysées. Parution janvier 1995. 288 pages.

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16 janvier 2018 2 16 /01 /janvier /2018 09:19

Creusez, fouiller, bêchez ; ne laissez nulle place

Où la main ne passe et repasse.

Erskine CALDWELL : Le petit arpent du Bon Dieu

Pas sûr que Ty Ty Walden connaisse cette fable de La Fontaine, Le laboureur et ses enfants, pourtant depuis quinze ans il s’échine à défouir son terrain afin de mettre au jour un éventuel trésor. Il est persuadé découvrir d’éventuelles pépites d’or. Et naturellement ses arpents ressemblent plus à des champs de mines que de coton.

Des trous il y a en partout, sauf au Petit arpent réservé au Bon Dieu, terre consacrée dont le produit de la récolte doit aller à l’église, mais il existe une solution, déplacer ce lopin de terre pour à nouveau creuser. Black Sam et Uncle Felix, ses ouvriers agricoles nègres, sont réquisitionnés tout comme ses deux fils, Buck et Shaw. Quant à Darling Jill, elle préfère vadrouiller et aguicher. Et Griselda, la femme de Buck, elle prépare la popote.

Elles sont belles Griselda et Darling Jill, tout comme Rosamond, l’autre fille de Ty Ty, installée à la ville avec Will, un ouvrier à la filature. Car lorsqu’ils ne sont pas aux champs, en Géorgie comme Ty Ty et ses deux fils, ils travaillent à la filature en Caroline, l’état voisin. C’est le lot des hommes et de la plupart des femmes. Seul Jim Leslie, le fils aîné de Ty Ty, s’est installé à la ville, à Augusta, dans une riche demeure. Il est courtier en coton et est marié avec une femme insignifiante. Ce qui n’est pas à proprement parler une profession exempte de tout reproche selon Will :

Il a fait fortune en jouant sur les cotons. Il n’a pas gagné l’argent qu’il a… Il l’a volé. Vous savez bien ce que c’est, un courtier en coton. Savez-vous pourquoi on les appelle courtier ? Parce qu’ils s’arrangent toujours à ce que les fermiers soient à court d’argent. Ils leur prêtent de petites sommes et ils s’enfilent toute la récolte. Ou bien ils mettent un type à sec en faisant monter et baisser les prix pour les obliger à vendre. C’est pour ça qu’on les appelle courtier en coton.

 

Retrouvons Ty Ty sur son terrain alors que Pluto arrive en voiture. Pluto est un homme gras, parti à la pêche aux électeurs car il doit se présenter à la place de shérif. Mais il fait chaud et il est amoureux de Darling Jill alors il reste à se reposer tout en déclarant qu’il doit continuer sa récolte de voix. Et dans la discussion, l’évocation de la présence d’un albinos dans les marais intéresse fortement Ty Ty.

Il lui faut cet albinos car selon certains racontars, ces hommes tout blancs sont capables de désigner les endroits où se cache l’or. Mais il ne s’agit pas de sorcellerie, par le plus-de-parfait des enfers, c’est scientifique d’après Ty Ty. Ty Ty agit toujours de manière scientifique. Positivement comme dirait Pluto.

Donc, première chose à faire, s’emparer de l’albinos dans les marais où il s’est installé. Ensuite, se rendre en Caroline, à Scottsville, afin de convaincre Will de venir les aider à creuser. Ils se serviront du véhicule de Pluto, Griselda et Darling Jill venant avec eux. Une épopée qui se traduira par quelques événements qu’ils n’avaient pas prévus.

La filature est fermée depuis dix-huit mois et les ouvriers, Will en tête veulent rétablir le courant, malgré la Compagnie qui a décidé en représailles d’une grève, justifiée, de fermer la filature. Les ouvriers n’acceptent pas de ne toucher qu’un dollar dix alors que les propriétaires roulent dans des voitures à cinq mille dollars. De plus ils sont obligés de payer leur loyer, vivant dans des maisons jaunes toutes semblables appartenant à la compagnie. Et la Compagnie vient d’embaucher des briseurs de grèves.

Mais ce qui débutait comme une joyeuse farce quelque peu grivoise, le plus souvent par des phrases à double sens ou des sous-entendus, va se muer en drame. Darling Jill est une aguicheuse qui n’hésite pas à provoquer Pluto, et à coucher avec Will, le mari de sa sœur Rosamond. Tandis que Jim Leslie, sommé de donner de l’argent à Ty Ty qui est véritablement en manque, il va être obnubilé par Griselda.

On ne peut s’empêcher d’établir des parallèles entre ce texte fondateur publié aux Etats-Unis en 1933, et les romans publiés postérieurement mettant en scène des petits blancs des Etats-Unis, ces ruraux qui loin des grandes villes végètent ou tentent de survivre. Mais il s’inscrit dans la dépression qui suit immédiatement le crack économique de la bourse, le jeudi noir du 24 octobre 1929, laissant la plupart des ouvriers considérés comme des esclaves sur le flanc.

Fils spirituel de Zola, notamment dans le roman La Terre et dans ceux où le romancier naturaliste français décrit les conditions de travail des ouvriers, Erskine Caldwell se montre précurseur dans le roman social américain. Il existe des analogies avec les écrits de certains de ses contemporains romanciers, dont John Steinbeck, qui s’est peut-être inspiré de la mentalité de quelques personnages pour écrire Des souris et des hommes, qui sera publié en 1937, et postérieurement, en ouvrant la voie à Charles Williams pour Fantasia chez les ploucs, réédité récemment sous le titre Le Bikini de diamant, et qui date de 1956, ou Jim Thompson avec 1275 âmes, rebaptisé Pottsville, 1280 habitants.

A l’origine, ce roman avait été condamné pour obscénité, mais sous la pression de quarante-cinq écrivains américains, le juge a dû arrêter les poursuites engagées. Plus grivois qu’obscène, selon les critères actuels, ce roman est plus dérangeant pour la société américaine huppée, par la description des conditions de vie et de travail des ouvriers dans les filatures, qui malades des poumons, crachent le sang, un peu comme ceux qui de nos jours sont atteints par les méfaits de l’amiante. Mais il était plus facile de s’attaquer au côté ollé-ollé de cet ouvrage que de s’attarder sur le côté sociétal.

Première édition Gallimard 1936.

Première édition Gallimard 1936.

Ce roman a été adapté au cinéma par Anthony Mann en 1958, avec dans les rôles principaux : Robert Ryan ; Aldo Ray ; Buddy Hackett ; Jack Lord ; Fay Spain ; Vic Morrow ; Helen Westcott ; Lance Fuller ; Rex Ingram ; Michael Landon et Tina Louise.

Erskine CALDWELL : Le petit arpent du Bon Dieu

Erskine CALDWELL : Le petit arpent du Bon Dieu (God’s little acre – 1933. Traduction de M.E. Coindreau). Préface d’André Maurois. Réédition Le Livre de Poche N°66. 3e trimestre 1967. 256 pages.

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