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31 août 2018 5 31 /08 /août /2018 08:20

Ils roulent dans la nuit, transportent de l'essence

De l'huile ou du pétrole

Des pilots de bois, des caisses de conserve

des machines agricoles

C'est la musique de camionneur !...

Marcel E. GRANCHER : Aux 6 F…

Grâce à quelques commanditaires de Cavaillon, Paul Belverge peut enfin être seul maître à bord de son camion tout neuf, un 7 tonnes, et il va partir à la conquête du monde, enfin de Paris avec un chargement de melons.

En cours de route, alors qu’il approche des monts du Morvan, il aperçoit deux hommes en train de molester une jeune fille. Il ne se pose pas de questions, étant bagarreur dans l’âme, étant entré très jeune dans la Résistance et ayant trimballé son barda militaire en Indochine et en Algérie. Il s’interpose et grâce à quelques coups de poings bien placés il laisse les deux belliqueux sur le bitume, laissant sur l’un d’eux sa carte de visite toute neuve, et emmène à son bord Germaine, dite Maimaine.

La jeune fille se rend dans un troquet pour routiers, le Relais de l’amitié et du commerce plus connu sous l’appellation Au relais des 6 fesses. Belverge connaît l’endroit, tenu par madame Servévout et ses deux filles, Nora la brune et Lisette la blonde. Et il leur arrive à ces braves et gentes dames de dépanner le routier en manque d’affection, des chambres étant à disposition. Or Maimaine est la nièce de madame Servévout et il serait possible que le Six fesses devienne le Huit fesses.

Pierre Belverge continue sa route après s’être restauré, c’est tout, et direction Paris, les Halles. Là-bas, il lui faut trouver du fret pour ne pas redescendre à vide. Il dort dans son camion, garé au Carré Beaubourg, mais auparavant il s’engouffre rue Quincampoix, échappant aux bras des travailleuses du sexe qui tiennent absolument à lui montrer leurs appas, et démontrer leur savoir-faire. Il entre au Panier fleuri, charmant troquet tenu par Marinette Entreydon, accorte femme qui accueille avec le sourire et autres démonstrations physiques avantageuses le client. Il s’agit surtout d’un repaire d’habitués dont Belverge va faire la connaissance. Notamment de Canasson, le peintre, et Pépère la Tringlette, sexagénaire qui doit son surnom à ses besoins sexuels qui l’amènent à monter dans les chambres en compagnie d’une allongée, cinq à six fois par soirée.

Mais Belverge va subir quelques avanies, à cause d’un accident de la route notamment, être embaucher à Paris dans une petite entreprise, revoir souvent Maimaine, qui ne participe pas aux ébats de ses cousines avec les copains routiers de passage, et dont il est amoureux. Mais également retrouver sur sa route l’un des balèzes qu’il avait laissé dans les pommes sur le bitume, son chargement de melons étant complet.

Belverge est homme à principes, et il respecte Maimaine, et réciproquement. Ce qui ne l’empêche pas d’opérer à certains déchargements qui ne sont pas notifiés dans son contrat de camionneur. Par ailleurs, s’il aime la bagarre, il ne va pas au devant pour le plaisir de la castagne. C’est un homme paisible en général et qui aime faire des blagues.

 

Si ce roman est enjoué, humoristique, épicurien, voire égrillard dans certaines situations, dans certaines allusions qui prêtent à des interprétations auxquelles n’avaient pas songé les protagonistes dans leurs déclarations, c’est également un plaidoyer envers les camionneurs et leur travail ingrat.

Il faut dire qu’à cette époque, fin des années cinquante, la plupart des camionneurs travaillaient en solo. Rares étaient les grandes entreprises et en général ils étaient propriétaires d’un seul véhicule, voire deux. Alors ils devaient tout faire, trouver du fret à l’aller, au retour, rouler pendant des heures et des heures, subir les tracasseries administratives. Depuis, cela a bien changé, sauf les tracasseries et exigences administratives. De plus, la plupart du temps, ils devaient assurer seuls le chargement et le déchargement du véhicule, selon bien évidemment la marchandise transportée

A l’aide d’exemples, de rappels de textes de lois, d’entourloupes, l’auteur montre quelles furent les conditions souvent difficiles dans lesquelles les camionneurs exerçaient leur métier. Ainsi cette fameuse carte de transport crée en 1934 à l’instigation de la SNCF afin de limiter la concurrence avec les routiers.

Mais sont pointés également l’état des routes, déjà, et bien d’autres freins auxquels étaient soumis les travailleurs du bitume (je ne parle pas des travailleuses qui exerçaient dans un but humanitaire et hygiénique). En effet ils partaient chargés, de marchandises, ayant galérés pour trouver du fret, mais arrivés à destination, il était impensable de repartir à vide, sous peine de manger tout le maigre bénéfice de l’aller. Or, trouver de la marchandise pour retourner en province, pour une société, ce n’est guère difficile car elle possède son réseau d’affréteurs. Et un indépendant est obligé de se débrouiller seul ou passer pas une espèce de courtier, de mandataire, de commanditaire et surtout rouler en surcharge, dépassant parfois cinquante pour cent du maximum autorisé.

 

A noter deux passages dont la teneur ne saurait manquer de faire réagir les lecteurs :

Premièrement le jeu intitulé la Chose, qui fut présenté par Pierre Bellemare, inspiré du Smchilblick de Pierre Dac et qui devint par la suite le Tirlipot sur les ondes d’une radio périphérique puis enfin le Smchilblic à la télévision. Ce jeu décrit par Marcel Grancher dans ce roman, avec de nombreux candidats tentant de découvrir quel est l’objet secret, est quasiment repris avec des ajouts et quelques modifications par Coluche dans son sketch éponyme.

L’autre passage concerne la position des Français et de la France par rapport à la colonisation, et nul doute que ce qui est écrit ferait aujourd’hui bondir les antiracistes et ceux qui se déclarent comme tels mais n’en pensent pas moins pour ne pas se mettre en porte-à-faux. Seulement il faut considérer qu’à l’époque, les déclarations des protagonistes reflétaient la pensée de la majorité du peuple, d’autant que la guerre d’Algérie n’était pas terminée et que la plupart des pays africains venaient d’acquérir leur indépendance dans des conditions souvent avantageuses, au détriment des provinces françaises. Comme le déclarait le journaliste Jean Grandmougin sur les ondes de Radio-Luxembourg, qui était de loin en tête des radios, Le Zambèze avant la Corrèze.

Marcel E. GRANCHER : Aux 6 F… Editions Rabelais. Parution le 25 juin 1961. 256 pages.

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24 août 2018 5 24 /08 /août /2018 07:36

Un Basque chez les Sioux.

Joseph PEYRE : Cheval Piaffant.

Contrairement à ce que pourrait laisser supposer le titre de ce roman, Cheval piaffant n’est pas un étalon gambadant allègrement dans un pré ou un enclos mais le surnom qui lui a été donné par des amis Indiens.

Il s’agit de Sauveur Etchemendy, de la maison Etchemendia, né la nuit de Noël 1829 dans le petit village d’Izterbéguy sis dans la riante vallée basque de Saint-Etienne-de-Baïgorry. A douze ans, il paraît en avoir seize. C’est dire s’il est musclé, fortement charpenté et est d’humeur batailleuse. Mais sa fiancée, la blonde et tranquille Kattalin, le défend en déclarant qu’il ne se bat que pour défendre les plus faibles.

Afin de le calmer, et écoutant les conseils du curé, Kochepa, la mère de Sauveur décide de l’envoyer en haute montagne passer l’été en compagnie du troupeau familial. Une idée comme une autre car le cadet de la maison Etchemendia, voyant les béliers s’affronter, s’exerce au lancer et au lever de grosses pierres, en compagnie des autres jeunes bergers. Et il manie le bâton de berger comme d’une arme redoutable.

Et cette propension à se mêler de ce qui ne le regarde pas lui joue un mauvais tour. S’interposant dans une rixe opposant un vieux maquignon-contrebandier à des bohémiens, qui au Pays Basque ont mauvaise réputation, Sauveur laisse sur le carreau l’un des agresseurs. Mortellement blessé pense-t-il. Aussi il n’a plus qu’une échappatoire pour ne pas tomber aux mains de la maréchaussée, s’enfuir en Espagne puis gagner l’Amérique du Sud où il retrouvera quelques représentants de la communauté basque. Il réalise ainsi, plus vite qu’il pensait et dans des conditions peu avantageuses, cette idée de partir aux Amériques et gagner le pactole, ainsi que l’ont fait quelques-uns de ses ancêtres.

Il embarque comme passager clandestin sur un voilier cap-hornier, mais découvert il est obligé de gagner son voyage et sa pitance en servant d’homme toutes-mains. Toujours aussi ombrageux, il démontre sa force en boxant son voisin de hamac, exploit qui attire les compliments des autres marins et du capitaine. Toutefois Sauveur refuse la proposition de continuer le voyage sous d’autres cieux et préfère débarquer à Buenos Aires.

C’est le début des pérégrinations du Basque qui devient gaucho en Argentine, puis il fait la connaissance de compatriotes, les suivant dans leur périple jusqu’en Californie, en franchissant à dos de cheval les Andes, devenant chercheur d’or dans cet état qui vient d’adhérer à l’Union américaine (devenue les Etats-Unis), découvrant quelque pépites mais se faisant spolier à cause d’ingestion immodérée d’alcool écossais ou irlandais, lui qui n’est habitué qu’au vin rouge, devenant berger chez les Mormons, une fonction qu’il maîtrise fort bien même s’il est un peu vantard, mais le blizzard l’oblige à gagner l’Est et abandonner son emploi, puis à combattre les loups blancs, devenant le défenseur d’un vieux bison blessé. Un exercice de bravoure que peuvent observer les Sioux ébaubis et il rencontre un Cherokee, qui fait partie du campement et est né le même jour que lui, un soir de Noël. Sauveur se lie d’amitié avec quelques-uns des Indiens grâce à sa force, son courage, et son désir d’intégration mais celui de retourner au pays et de se retrouver sa fiancée Kattalin, à laquelle il pense souvent, est freiné car il n’a pas un sou vaillant en poche. Et c’est ainsi qu’il sera surnommé Cheval piaffant, à cause de sa fougue et de son courage.

 

Telle est une partie de l’histoire de Sauveur Etchemendy, vantard, hâbleur, orgueilleux, bravache, mais attachant, prompt à défendre les plus faibles contre leurs oppresseurs.

Natif du Béarn, Joseph Peyré a beaucoup écrit sur sa région et le Pays Basque, montrant les hommes et les femmes tels qu’ils sont, sans en faire l’apologie mais démontrant leur courage, leur esprit de conquête, ainsi que leur attachement au pays lorsqu’ils en sont éloignés.

L’éducation de Sauveur, c’est le curé qui la lui prodiguera, mais il ne s’agit pas de prosélytisme, seulement de lui faire connaître l’histoire de son pays et de ses ancêtres, lorsque ceux-ci parcouraient le monde et découvrant l’Amérique, Terre-Neuve, avant Christophe Colomb.

Du père de Sauveur, il n’est guère question, parce que, au Pays Basque, ce n’est pas l’homme, c’est la femme, la maîtresse de maison, qui commande réellement.

L’histoire de Sauveur, c’est celle de nombreux migrants, s’expatriant par goût de l’aventure, par obligation aussi, et sans ces migrants, bien des avancées sociales, bien des découvertes, bien des amitiés n’auraient pu n’auraient pu se réaliser. Mais en toutes circonstances, il faut raison garder, et savoir se contenter de ce que l’on possède et de ce que l’on sait faire :

Sauveur, l’or est trop cher pour nous. En Amérique comme chez nous, je m’en rends compte, notre fortune, à nous Basques, est dans la laine des brebis.

Et se méfier aussi des idées préconçues trop souvent propagées :

Les Blancs, vous êtes tous pareils. Pour vous, les Indiens sont des sauvages avides de guerre, de sang, et de supplices, alors que c’est tout le contraire. Nous ne renverserons jamais cette légende, qui nous a fait et nous fait encore tant de mal.

Une leçon donnée par le Cherokee à Sauveur qui saura en tenir compte. Malheureusement, il est, était puisque cette histoire se déroule dans les années 1850, peut-être le seul à accepter que les Indiens n’étaient pas des sauvages, des êtres non civilisés tels qu’ils furent dépeints dans bons nombres d’ouvrages et de film à la gloire du Blanc colonialiste.

 

Joseph PEYRE : Cheval Piaffant. Illustrations de Paul Durand. Collection Bibliothèque Verte N°161. Editions Hachette. Parution 2e trimestre 1960. 254 pages.

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20 août 2018 1 20 /08 /août /2018 08:31

L’une des rares professions où l’on peut lire sur son lieu de travail en toute impunité !

GUDULE : La bibliothécaire.

Les cours de français de monsieur Pennac ( !) seraient-ils si soporifiques pour que le jeune Guillaume s’endorme sur son pupitre ? D’autant qu’il se fait remarquer en ronflant bruyamment.

La réalité est tout autre. Si Guillaume est fatigué, c’est parce que depuis quelque temps, il espionne de la fenêtre de sa chambre, un appartement situé de l’autre côté de la rue. Une vieille dame écrit durant des heures et il se demande bien ce qu’elle peut rédiger.

Or un soir, alors que la vieille dame éteint sa lumière, peu après il aperçoit une jeune fille vêtue d’une cape sortir de l’immeuble et s’éloigner. Il décide la suivre et pénètre à sa suite dans la bibliothèque par une porte dérobée. Mais la lumière allumée et le bruit engendré par les appels de Guillaume alertent le gardien. Ils s’enfuient précipitamment et se retrouvent le boulevard désert.

Ils devisent tranquillement et Guillaume apprend que la jeune fille se prénomme Ida. Elle a de beaux yeux et il tombe sous le charme de cette adolescente qui paraît n’avoir qu’une quinzaine d’années. A sa grande surprise Ida lui révèle que la vieille dame, c’est elle. Elle avoue être âgée de quatre-vingt-quatre ans, avoir été bibliothécaire durant des décennies, et que son rêve était d’être romancière. Mais elle n’a jamais pu trouver le grimoire qui lui aurait permis de réaliser son souhait le plus cher.

Mais deux ou trois jours plus tard, pas de lumière chez la vieille dame. Il apprend que celle-ci vient de décéder. Il ne verra plus Ida. Aussi, armé de son seul courage et d’un canif, il entre dans l’appartement et découvre le fameux cahier. Il se met en tête alors de découvrir le grimoire en compagnie de son ami Doudou, un Noir qui ne parle pas mais s’exprime tel un rappeur, et d’ectoplasmes farceurs.

 

Dans une ambiance très fantastique, ce roman pour adolescent est un hommage aux bibliothécaires et aux documentalistes, à tous ceux et celles qui œuvrent afin que les adolescents se plongent dans la lecture et la littérature.

C’est frais, c’est charmant, c’est enjoué, et l’on aimerait être à la place de Guillaume lorsqu’Ida lui fait une bise sur la joue. Mais au-delà de cette intrigue menée rondement, ce sont les aveux d’Ida à Guillaume qui en font le support de l’histoire.

En effet, à la remarque de Guillaume qui demande pourquoi Ida a choisi de n’avoir que quinze ans lors de sa recherche du grimoire, la jeune fille répond :

Les seuls livres que j’ai négligés, lorsque j’étais bibliothécaire, ce sont ceux destinés aux jeunes. Je ne les trouvais pas intéressants. Adulte, il me manquait la fraîcheur d’âme nécessaire pour les apprécier. Ce fut sans doute mon erreur. Une erreur que je tente désespérément de réparer aujourd’hui… AVANT QU’IL SOIT TROP TARD !

Car elle n’a plus longtemps à vivre, elle en est consciente, malgré les dénégations de Guillaume.

Une réflexion qui conforte, s’il en était besoin, de lire ou relire des ouvrages pour adolescents, alors que je suis dans le même état ou presque que la vieille dame. Un plaisir de redécouverte, de se plonger dans une littérature d’évasion, policière, fantastique, de science-fiction, sans violence, sans psychologie de comptoir, sans étalage d’une érudition factice ou réelle, voire sans prise de tête avec certains auteurs pour adultes.

Gudule, alias Anne Duguël lorsqu’elle signait des romans pour adultes justement, nous fait revisiter, grâce aux personnages qu’elle invente pour accompagner Guillaume et Doudou dans leurs recherches du grimoire, nous permet de retrouver avec un émerveillement non feint, Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll, Poil de Carotte de Jules Renard, Gavroche de Victor Hugo ou encore le Petit Prince de Saint-Exupéry, qui vivent leurs aventures transposées dans l’univers de nos deux adolescents.

Et comme l’affirme justement le Petit Prince à une déclaration de Guillaume qui affirme détester les livres où les gens meurent :

Ce qu’il y a de bien dans les histoires, c’est qu’on peut toujours revenir en arrière.

Que veux-tu dire ?

C’est l’avantage qu’ont les livres sur la vie réelle. Dans la vie réelle, quand un drame arrive, on se dit : comme j’aimerais retourner dans le passé, profiter du bonheur d’avant ! La lecture nous donne cette possibilité : il suffit de reprendre les chapitres précédents, et on revit les moments que l’on aime chaque fois qu’on le désire.

A tous ceux qui se sentent honteux de lire ou relire des romans dits juvéniles, se sentant trop vieux pour ce genre d’exercice, qui méprisent même ceux qui le font c’est-à dire se plongent dedans avec délectation, les jugeant attardés, ce petit roman devrait les exonérer de cette pensée déshonorante et au contraire les inciter a se plonger ou replonger dans la lecture jeunesse qui souvent se montre plus enrichissante que celle pour les soi-disant intellectuels méprisants.

La Lecture doit rester un plaisir et ne pas devenir un pensum !

GUDULE : La bibliothécaire. Le Livre de Poche Jeunesse N°547. Parution novembre 2007. 192 pages.

ISBN : 978-2013224062

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14 août 2018 2 14 /08 /août /2018 10:15

Prenez votre billet pour voyager à bord de

l’Enterprise !

James BLISH : La dernière créature

D’après des scenarii de la célèbre série télévisée Star Trek, dus à l’imagination d’auteurs dont la liste est détaillée en fin d’article, James Blish, bien connu des amateurs de science-fiction pour ses romans tels que Les Quinconces du temps, Aux hommes, les étoiles ou encore Villes nomades, James Blish a écrit à la fin des années 1960 de courtes histoires, novellisations des épisodes mettant en scène l’Enterprise, fameux vaisseau intergalactique avec à ses commandes le capitaine Kirk, Mr Spock, le docteur McCoy ou le lieutenant Uhura.

C’est ainsi qu’au cours de leurs pérégrinations, Kirk et ses compagnons vont se trouver confrontés à des situations souvent périlleuses et angoissantes.

Par exemple Charlie, un jeune orphelin qui a vécu en solitaire pendant quatorze ans sur une planète désertique, recueilli par les membres de l’Enterprise, va semer la perturbation à bord. Doué de certains pouvoirs mais ingénu, colérique et susceptible, il n’accepte qu’avec réticence les conseils et refuse de se plier aux règles en vigueur sur le vaisseau.

Dans un autre épisode, le docteur McCoy retrouve sur une planète une femme, Nancy, avec qui il a eu une relation dix ans auparavant. Mais depuis, Nancy s’est mariée avec un archéologue, Bierce, et celui-ci se montre extrêmement désagréable avec Kirk et ses compagnons.

L’un des membres de l’équipage est découvert mort dans une crevasse, et son décès s’apparente plus à un assassinat qu’à un accident.

Sur l’Entreprise, quatre cents personnes vivent en communauté et dans ce village mobile, certains événements heureux sont célébrés, ainsi un mariage. Mais un incident vient troubler la cérémonie et Kirk est obligé de quitter son habit de prêtre pour réendosser celui de capitaine.

Un vaisseau spatial les attaque et en aucun cas il faut perdre son esprit de décision et sa lucidité.

Une planète lance un SOS et l’Enterprise dévie de sa route pour secourir les éventuels rescapés. Trop tard pensent Kirk et ses compagnons en se posant sur une ville désertique, désolée, abandonnée, enfouie sous les mauvaises herbes. Mais des gamins s’échappent des bâtiments en piteux état, des gamins qui ne veulent pas vieillir.

En tout sept histoires dont la plus étonnante est peut-être celle mettant en scène un acteur de théâtre shakespearien.

Sept histoires qui se lisent avec plaisir et dont les textes sont rehaussés par des gravures dues à Patrick Sanahujas.

 

Sommaire :

Introduction trad. Paul COUTURIAU

James BLISH & George Clayton JOHNSON : La Dernière créature (The Man Trap)

James BLISH & Paul SCHNEIDER : L'Équilibre de la terreur (Balance of Terror)

S. BAR-DAVID & James BLISH : Un esprit tranchant (Dagger of the Mind)

James BLISH & Adrian SPIES : Miri (Miri)

James BLISH & D. C. FONTANA & Gene RODDENBERRY : La Loi de Charlie (Charlie's Law)

James BLISH & Barry TRIVERS : La Conscience du roi (The Conscience of the King),

John D. F. BLACK & James BLISH : Un vent de folie (The Naked Time)

James BLISH : La dernière créature (Star Trek 1 – 1967. Traduction de Paul Couturiau). Collection d’Aventures N°3. Editions Lefrancq. Parution avril 1991.

ISBN : 2-87153-055-6

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12 août 2018 7 12 /08 /août /2018 08:08

Le Label Hitchcock pour une histoire écrite par William Arden et Robert Arthur.

Alfred HITCHCOCK : L’ombre qui éclairait tout

Le célèbre cinéaste ne s’est pas contenté de produire et de réaliser de nombreux films d’atmosphère, de suspense et d’angoisse, il s’est également intéressé à la littérature de genre en publiant sous son label un magazine, des recueils de nouvelles policières ainsi que des ouvrages pour enfants écrites par de grandes signatures du roman policier et noir américains.

Ainsi William Arden, pseudonyme de Dennis Lynds, est plus connu en France sous les noms de Michael Collins, le créateur de Dan Fortune le détective manchot, de Mark Sadler ou encore John Crowe pour des romans pour la plupart édités en Série Noire.

La série des Trois détectives crée par Robert Arthur, ne déroge pas à la règle de l’immixtion de l’ami Alfred Hitchcock dans les produits qui portent son label, puisque non seulement il est l’un des personnages évanescent du récit, mais que son profil apparaît dans l’image de couverture.

 

Les trois détectives ce sont trois copains adolescents qui se complètent admirablement pour résoudre les énigmes qui leurs sont proposées, souvent par hasard. Hannibal Jones, dit Babal, est considéré comme le chef. Il est un rien grassouillet mais plein de dynamisme et doté d’une intelligence subtile. Il vit chez son oncle et sa tante qui tiennent une brocante, un véritable bric-à-brac indescriptible. Peter Crench, c’est l’athlète du groupe, il en faut bien un, de haute taille et fervent de sports. Enfin, Bob Andy, c’est monsieur Archives et Recherches, le préposé à la documentation et aux recherches fastidieuses. Tous trois se retrouvent dans une vieille caravane dans laquelle ils ont aménagé leur bureau, avec téléphone et issues diverses indétectables leur permettant de s’immiscer dans leur antre, ou d’en sortir en toute impunité. Ils habitent à Rocky, petite ville de la Californie du sud, à quelques kilomètres d’Hollywood.

Alors qu’ils rentrent d’une promenade en vélo dans la région, alors que la nuit tombe, Peter et Bob entendent une voix crier un Au secours. Ils s’arrêtent près d’un haut mur d’une propriété et ils récupèrent un objet qui vient d’être balancé. Une minuscule statuette en métal brillant comportant un anneau au dessus de la tête. Un individu franchit le portail tandis qu’une ombre noire, grande, légèrement bossue, à la tête bizarre se profile. Les deux garçons se cachant dans les fourrés tandis qu’un rire indéfinissable retentit.

Enfin, Peter et Bob peuvent rejoindre leurs pénates et ils informent Hannibal de leur découverte. En manipulant la statuette qui paraît être en or, ils mettent au jour un tiroir secret contenant un papier sur lequel est inscrit un message dans une langue inconnue, écrit avec ce qui pourrait être du sang.

Le lendemain, notre trio se rend au bureau de leur ami Alfred Hitchcock, lui montrant leur trouvaille, avec explications à l’appui, et le producteur lui indique qu’il pourrait s’agir d’un objet provenant d’un trésor des Indiens Chumash, une tribu qui vivait dans le temps dans cette partie de la Californie et obligée de descendre au Mexique. Il leur conseille d’aller voir un professeur qui pourra décrypter ce message. Arrivant au domicile de l’éminent spécialiste, deux hommes bruns habillés de blanc leur subtilisent la statuette avant de s’éclipser à bord d’une voiture. Heureusement il leur reste le message que le professeur peut déchiffrer mais la teneur en est absconse.

Un nommé Ted Sandow, s’adresse à eux, enfin surtout à Hannibal car sa tante, une demoiselle prolongée, la propriétaire de la demeure et de l’immense propriété Sandow qui s’étend sur les collines environnantes, désire se débarrasser d’objets anciens et encombrants. Tout un lot qui pourrait intéresser l’oncle Titus. Les trois amis se rendent chez la vieille dame, laquelle leur annonce que la veille au soir elle s’est fait dérober une statuette. Selon l’homme qui se tient dans le salon, un certain monsieur Harris, le voleur serait un jeune garçon. Il est le président de la Ligue Végétarienne, et accepte volontiers que les trois garçons enquêtent lorsqu’Hannibal lui remet la carte de visite des Trois détectives. Seulement une remarque anodine de Ted, qui participe à l’entretien, alerte Hannibal qui se promet bien de mettre les choses au clair.

 

Une aventure mouvementée pour nos trois camarades que deux hommes bruns poursuivent, mais ce ne sont pas les seuls à être sur la piste de la statuette et du trésor Chumash. Des statuettes, car en réalité il existe deux objets semblables. Une nouvelle fois ils s’infiltrent dans le parc du domaine Sandow et aperçoivent avec stupeur la fameuse ombre et des nains sans tête. Les dangers sont multiples, mais heureusement Hannibal et ses ceux compagnons ne manquent pas de ressources, ni d’esprit d’initiative, même lorsqu’ils sont enlevés, ou lorsque des individus se lancent à leur trousses dans la nature hostile.

C’est gentillet, intriguant à souhait, mais écrit par un auteur qui maîtrise son sujet, avec de nombreux retournements de situations à la clé. Un roman idéal, qui n’est pas gnangnan, pour les adolescents mais qui, plus élaboré, aurait pu devenir un intéressant livre pour adultes, avec quelques scènes d’action supplémentaires et une analyse plus complète, plus affinée des personnages quadragénaires dans les rôles principaux. Une agence de détectives par exemple ou tout simplement des aventuriers.

Alfred HITCHCOCK : L’ombre qui éclairait tout (The mystery of the lughing shadow – 1969. Traduction de Claude Voilier). Illustrations de Paul et Gaétan Brizzi. Collection Bibliothèque Verte. Editions Hachette. Parution avril 1983. 190 pages.

ISBN : 978-2010088278

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9 août 2018 4 09 /08 /août /2018 10:22

Hommage à Thierry Jonquet décédé le 9 août 2009.

Thierry JONQUET : La bombe humaine.

J'habite Lantigny et mon papa n'a plus d'emploi. Alors c'est dur, surtout pendant les vacances scolaires. Le magnétoscope est en panne aussi j'ai pas pu regarder mes cassettes alors que mes copains sont partis au ski.

Aujourd'hui c'est la rentrée et la maîtresse, une remplaçante, nous a demandé de raconter nos vacances de Pâques. C'est alors qu'un homme tout en noir avec une cagoule est entré dans la classe.

Il avait des explosifs qu'il a déposé sur le bureau de la maîtresse. Au début on a cru qu'il s'agissait d'une alerte à la bombe. Mais ce qu'il voulait c'était négocier avec le ministre de l'Intérieur, c'est pourquoi nous nous sommes retrouvés en otage. Nous, on ne savait pas très bien ce qu'il voulait.

En tout cas, Cécile, notre maîtresse, n'en menait pas large au début. Il a relâché quelques-uns des élèves, et nous on est resté. Même Brouillet, que j'aime pas beaucoup mais qui s'est montré très courageux avec son bras dans le plâtre. La journée a été très longue et on va coucher dans la classe.

Moi je n'ai pas trop peur, surtout que je dois réconforter Lydia. Lydia, je l'aime bien, et peut-être qu'elle va devenir mon amoureuse. Tout de même je me demande comment tout ça va finir, d'autant que l'homme en noir est assez nerveux.

Les maîtres et les policiers eux aussi ont peur de lui. C'est normal avec tous les explosifs qu'il a apporté. Mais comme dit Lydia, c'est pas un fou. Tout est préparé.

 

Malgré l'avertissement "toute ressemblance avec une personne existante ou ayant existé est pure coïncidence", on ne peut s'empêcher de penser à la prise d'otage d'une école de Neuilly. Pourquoi se voiler la face.

Thierry Jonquet nous livre sa vision des événements et surtout sa conception de l'épilogue de ce drame qui aurait pu dégénérer. Narré par un enfant, cette histoire possède malgré tout une certaine fraîcheur, et les soucis des enfants diffèrent parfois de ceux des adultes. Ils n'appréhendent pas le danger de la même façon et c'est aussi bien. Ils ne paniquent pas, ou moins.

 

Thierry JONQUET : La bombe humaine. Collection Souris Noire N°4. Editions Syros. Parution 25 octobre 1994. 88 pages.

ISBN : 978-2841460410

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3 août 2018 5 03 /08 /août /2018 13:13

Hommage à Phyllis Dorothy James, née le 3 août 1920.

P. D. JAMES : Une folie meurtrière

Située au cœur des beaux quartiers londoniens, la clinique Steen est un centre de psychothérapie. Les différents docteurs, psychiatres et analystes qui y reçoivent leurs clients, possèdent des méthodes, des conceptions différentes pour soulager leurs patients des problèmes affectifs et conjugaux dont ils sont attteints.

Mais se débarrasser de la directrice administrative, Miss Bolam, d’un coup de ciseaux à bois en plein cœur et lui faire tenir entre les bras une affreuse poupée, fétiche d’un malade, cela relève-t-il d’une nouvelle thérapie ?

Adam Dalgliesh, le commissaire poète qui assiste non loin du lieu du drame à une réception donnée en son honneur, est dépêché sur place. Qui parmi les différents praticiens, infirmières et employés avaient intérêt à voir disparaître Miss Bolam ?

Le docteur Steiner à l’esprit critique et qui ne se prive pas de dénigrer, la plupart du temps en pensée, les méthodes de ses confrères, le travail des employés ou l’autorité de la directrice ?

Le docteur Bagulay qui serait en droit d’en vouloir à Miss Bolam pour ingérence dans sa vie privée, de même que Miss Saxon ?

Marion Bolam, cousine de la directrice, employée à la clinique, et dont l’apport d’un héritage substantiel serait le bienvenu ?

Peter Nagle, l’un des portiers à qui appartenait l’arme du crime ? Jennifer Priddy, la dactylo ? L’autre portier ? Quelqu’un de l’extérieur ? Un patient ?

 

P.-D. James, qui connait bien son sujet puisqu’elle a été infirmière, a travaillé au North West Regional Hospital de Londres ainsi qu’au département criminel de ministère de l’Intérieur, campe ses personnages et analyse leurs sentiments, leurs pensées d’une façon magistrale, alliant suspense, psychologie et humour macabre, comme si elle les mettait à nu moralement à coups de scalpels précis.

Ce roman, qui date de 1963, donc le deuxième écrit par Phyllis Dorothy James, est déjà porteur des promesses qui devaient faire le succès de ses autres romans, notamment Un certain goût pour la mort, qui a reçu le grand prix de littérature policière 1988, domaine étranger.

 

Réédition Le Livre de Poche. Collection Policier/Thriller N°6835. Parution le 1er septembre 1990. 288 pages. 7,20€.

Réédition Le Livre de Poche. Collection Policier/Thriller N°6835. Parution le 1er septembre 1990. 288 pages. 7,20€.

P. D. JAMES : Une folie meurtrière (A mind to murder – 1963. Traduction de Françoise Brodsky). Editions Fayard. Parution 3 juin 1988. 15,30€.

ISBN : 9782213021904

Réédition Le Livre de Poche. Collection Policier/Thriller N°6835. Parution le 1er septembre 1990. 288 pages. 7,20€.

ISBN : 978-2253053972

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2 août 2018 4 02 /08 /août /2018 10:09

Quand t'es dans le désert depuis trop longtemps

Michel HONAKER : Estéban du désert rouge.

Jeune indien Hopi, Estéban vit avec les quelques membres rescapés de sa tribu dans le désert de l’Arizona, non loin de la petite ville de San Isabel.

Il est un rêveur, aimant se promener seul dans ce paysage désolé, aux herbes faméliques, aux collines rouges, au sol enduit de sel, repaire des serpents, des coyotes et des vautours.

La chaleur est intense et il s’assoupit. Lorsqu’il se réveille en sursaut il se demande ce que sont devenues les trois fourmis blanches qu’il avait aperçues au loin. Des vautours planent en un ballet mortel et Estéban sait que les volatiles attendent pour fondre sur leurs proies.

Trois jeunes garçons qui bientôt sont des ombres perdues dans une sorte de tornade de poussière ocre. Et puis plus rien.

A San Isabel, le shérif s’inquiète pour les trois jeunes promeneurs qui ne reviennent pas de leur excursion. Estéban lui aussi s’interroge sur le sort des adolescents perdus dans la nature. Il n’y peut rien mais il sent qu’un sort contraire vient de se déchaîner sous forme de tornade de poussière. Les busards ne réagissent pas comme d’habitude.

Estéban est un adepte des vieilles traditions Hopis, même si son père et les autres membres de la tribu sont depuis longtemps habitués à côtoyer les Hommes Blancs. Et le shérif n’hésite pas à accuser les Hopis d’être à l’origine de la disparition des trois imprudents.

 

S’adressant à de jeunes enfants, onze/douze ans d’après l’éditeur, ce très court roman (soixante huit pages, le reste étant un extrait du catalogue) de Michel Honaker s’inscrit dans le domaine du fantastique, et des maléfices, supposés ou réels, liés aux sorcelleries et croyances indiennes.

Mais ce sont bien les rapports toujours ambigus et la méfiance des Blancs envers les autochtones qui sont mis en avant. Dès qu’un incident arrive, ce n’est pas de la faute des imprudents, mais celle des Hopis. Des coupables tout désignés, sans preuve.

Michel Honaker met également l’accent sur la survivance des traditions, de leurs bienfaits, de leur utilité en certaines circonstances, mais sans jouer sur le C’était mieux avant. Tout n’était pas parfait, le modernisme a du bon, mais parfois cela devient du grand n’importe quoi. On parle sans cesse d’intelligence artificielle, c’est pour mieux nous abrutir ? Il faut savoir rester humain et ne pas se plier indéfiniment à la machine. Et Estéban possède sa solution : quand rien ne va, il chante et il danse. Un moyen efficace pour conjurer le sort… !

 

Michel HONAKER : Estéban du désert rouge. Collection Castor Poche N°626. Editions Flammarion. Parution mars 1998. 94 pages.

ISBN : 978-2081643154

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1 août 2018 3 01 /08 /août /2018 09:23

Bon anniversaire à Jean-Paul Delfino né le 1er août 1964 !

Jean Paul DELFINO : La faction.

Jean-Paul Delfino abandonne Marseille pour Aix en Provence et la gouaille qui caractérise en général ses romans pour une fiction politique que l’on souhaite rester fiction.

L’action se déroule en 2002), avenir pour le moins proche au moment de la parution du livre, et la Faction règne sur la cité. Hugo Riccordi revient au pays comme journaliste, mais il n’ameute pas les foules. Au contraire, il essaie de se fondre dans l’anonymat tout en fréquentant les élus.

Et ce n’est pas uniquement dans le but d’écrire des papiers sur eux, de leur passer de la pommade. Non s’il est de retour c’est parce qu’il désire lever le voile sur un passé qui le taraude depuis son enfance.

Exercer une vengeance, car il n’a pas oublié la mort de sa mère et de sa sœur.

Traité sur le mode grave, ce roman nous entraîne sur les agissements d’un parti politique de fiction (c’est qui est écrit sur la quatrième de couverture) mais que l’on aura aucun mal à rapprocher de celui d’un homme qui pour mieux nous voiler la face sur ses réels desseins et pensées, a ôté son bandeau et s’est fait implanter une bille de verre.

Il est vrai qu’en politique, tout n’est pas toujours rose, et que les concussions, les malversations, les corruptions, les délits d’abus de biens sociaux et autres joyeusetés politiquement correctes ne sont pas l’apanage d’un seul parti.

Les idées sectaires, racistes et ségrégationnistes sont ciblées et tout le monde sait d’où les flèches sont tirées. Mais je m’éloigne du propos et revenons à cette Faction qui fait réfléchir. Le rôle du roman noir sans aucun doute.

 

Jean Paul DELFINO : La faction. Collection Pique rouge, Atout éditions. Parution 15 mai 2000. 204 pages.

ISBN : 9782912742155

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31 juillet 2018 2 31 /07 /juillet /2018 08:24

Le voyeur se niche partout !

B. R. BRUSS : L'œil était dans la tombe.

Collectionneur de bateaux miniatures et d'objets curieux, Patrick Gallaghan aime flâner aux Puces de Saint-Ouen. En ce froid et brouillardeux dimanche de novembre, il croit apercevoir la silhouette d'Armand Duvivier, un jeune médecin dont il a fait la connaissance un mois auparavant. Mais il le perd de vue à cause d'un camion.

Gallaghan est fasciné et étonné par l'étalage tenu par une vieille femme et son gamin. Un véritable bric-à-brac d'objets usés mais ce qui attire son œil affûté, c'est la boule de verre que tient l'enfant. A l'intérieur il distingue un homme habillé de rouge qui semble bouger et se démener, un homunculus coiffé d'un chapeau melon rouge également. Ce n'est pas une vision car l'enfant le signale aussi à sa mère. Mais le temps qu'il transmet à sa mère l'objet, la boule de verre est redevenu parfaitement transparente. Il marchande, repart chez lui, un petit hôtel particulier qu'il possède à Neuilly, et n'en dort pas de la nuit, intrigué par cette boule qui reste désespérément vide.

Une semaine plus tard, il retrouve, dans une cave de Saint-Germain des Prés, le docteur Duvivier, aux mains glacées, auquel il porte des sentiments partagés. Il le trouve sympathique mais en même temps ressent comme un malaise indéfinissable en sa compagnie. Au cours de la discussion entre les deux hommes, il en ressort que Gallaghan, qui collectionne les navires miniatures, a été marin et qu'il aime la mer. Quant à Duvivier, il lui apprend qu'il va devenir l'assistant de Van Hooge, un psychanalyste un peu particulier.

Survient Catherine, la fiancée de Duvivier. La jeune femme de vingt cinq ans lui demande de l'inviter à danser, puis, alors qu'ils sont revenus à leur table et que le médecin est sur la piste, elle déclare l'aimer. Gallaghan est gêné, mais il ne refuse pas de la revoir un autre soir.

Effectivement peu après ils se retrouvent au club et Catherine n'hésite pas lui annoncer qu'elle l'aime et qu'elle souhaite qu'il vienne passer avec elle un week-end en province chez ses parents. C'est alors qu'une espèce de tempête, de tornade se produit dans la cave, avec des senteurs de varech. Cela se dissipe aussi vite que c'est arrivé, mais les consommateurs sont choqués et quittent pour la plupart précipitamment l'établissement.

Le même phénomène se produit chez Gallaghan, alors qu'il vient d'acquérir la maquette d'un navire, La Scintillante, chez un antiquaire. Puis encore dans la chambre qui lui est allouée chez dans le château des parents de Catherine.

Autre phénomène auquel il est confronté, celui de l'homoncule sortant de sa boule de verre et le conviant à le suivre. Gallaghan obtempère et il découvre, dans un quartier du XVIIème arrondissement parisien un immeuble tout neuf, qu'il n'avait jamais remarqué auparavant lors de ses déambulations. Le bâtiment parait inhabité pourtant dans une pièce au bout d'un couloir il est mis en présence du fameux docteur Van Hooge, dont le visage ne lui est pas inconnu. Il reviendra à plusieurs reprises et l'homme de science lui montre son activité principale, qui se trouve sur des étagères, des crânes sur lesquels il effectue des expériences.

 

En quatrième de couverture, l'accroche de ce roman tient en deux lignes : Et si ceux que nous avons faits souffrir se vengeaient du royaume des morts ?

Dès lors le lecteur se doute que le passé de Gallaghan recèle un secret qui vient le tarauder de temps à autre, lié au monde de la mer, et que des personnes ont perdu la vie par sa faute. Comment, pourquoi, et qui sont ces morts qui viennent se venger, tout se décante peu à peu dans ce roman à l'esprit fantastique mais qui possède des à-côtés science-fictionnesque tout en touchant au surnaturel.

En effet le docteur Van Hooge est à ranger dans la catégorie des savants fous. Toutefois il se défend justement de croire au surnaturel.

Les hommes d'aujourd'hui font et utilisent des choses qui auraient paru absolument surnaturelles aux hommes d'autrefois. J'ajouterai que pour ma part j'ai découvert - dans le domaine qui est le mien, c'est à dire la biologie et la médecine - quelques petites choses qui pourraient paraître surnaturelles aux hommes d'aujourd'hui, à commencer par les médecins, mais qui ne le sont pas plus que la télévision ou l'énergie atomique.

Que penser alors de toutes les innovations technologiques et médicales qui ont été réalisées soixante ans après. Mais cette histoire, parue dix ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, s'y réfère incidemment :

Les scènes effroyables qu'il avait vues dans la salle d'expérimentations de Van Hooge ne lui sortaient pas de l'esprit et lui donnaient la chair de poule. Il se rappelait les récits qu'ils avaient lus dans les journaux sur la façon monstrueuse dont certains médecins allemands, pendant la guerre, s'étaient comportés dans les camps de déportés.

Or B.R. Bruss, qui a signé également sous les alias de Roger Blondel et de Georges Brass et dont le véritable patronyme était René Bonnefoy, connut de sérieux ennuis à la Libération à cause de sa participation comme Secrétaire Général à l'Information au gouvernement de Vichy.

Sans vraiment être daté, les thèmes du fantastique sont intemporels, ce roman contient des mots ou expressions qui de nos jours sont devenus tabous.

Par exemple, le chanteur et musicien qui se produit dans cette cave est Noir. De nos jours il est de bon goût d'employer le mot vertueux de Black. A l'époque où ce roman a été écrit, le substantif nègre n'avait pas acquis le sens péjoratif qui lui est accolé de nos jours. Toutefois, l'esprit du lecteur ne peut s'empêcher de tiquer dans cette répétition qui encombre le récit dans les premiers chapitres, nègre étant cité au moins une trentaine de fois. Nul doute qu'aujourd'hui il serait mal venu et l'auteur considéré comme raciste. Pourtant nègre, d'origine ibérique, a toujours été d'usage courant, n'étant remplacé par Noir qu'à partir des années 1960.

B. R. BRUSS : L'œil était dans la tombe.

B. R. BRUSS : L'œil était dans la tombe. Collection Anticipation N°7. Editions Fleuve Noir. Parution 1er trimestre 1955 (achevé d'imprimer le 28-1-1955).224 pages.

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  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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