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18 septembre 2015 5 18 /09 /septembre /2015 13:16

Hommage à Loup Durand né le 18 septembre 1933.

Loup DURAND : Le seigneur des tempêtes.

Etre traqué, poursuivi, chassé, à la fois par des policiers et des truands, je ne veux pas dire que c'est un cas banal, ni courant, mais quoi, cela arrive encore assez souvent.

Règlement de comptes d'un côté, justice de l'autre, les journaux relatent souvent ce genre de fait-divers. Mais ne pas connaître les causes de cette traque parce que l'on se réveille amnésique, voilà de quoi pimenter la situation.

C'est ce que pense Luis Sahagun en se réfugiant dans une propriété privée du Dauphiné. Avec la complicité d'une jeune femme, Luis Sahagun - mais est-ce véritablement son nom ? - parvient à déjouer les barrages mis en place. Jusqu'à un certain point !

D'abord arrêté par des gendarmes, il ne doit son salut qu'à la complicité d'un policier. Ensuite les truands qui le traquent lui annoncent qu'en fait ils le protègent.

Une cavalcade qui le conduit du Dauphiné en Provence en passant par la France profonde et Paris.

Luis Sahagun, appelons-le ainsi puisque c'est son nom jusqu'à preuve du contraire, se sent l'objet d'une vaste manipulation. Mais de la part de qui ?

Des truands qui essaient de l'occire tout en le protégeant, ou des policiers qui semblent débordés tout en le suivant à la trace ? Si seulement il pouvait se raccrocher à un petit bout de mémoire. Mais non, rien de rien. Pas le moindre fil conducteur malgré les repères qu'obligeamment ses complices lui dévoilent. Complices ou ennemis?

Une question parmi tant d'autres qui taraudent notre héros.

 

Une histoire rocambolesque écrite à cent à l'heure, sans limitation de vitesse, et qui se lit de même.

Loup Durand possède un parcours d'écrivain peu ordinaire. Après avoir écrit sous le pseudonyme de H.L. Dugall pour l'ouvrage La porte d'or, prix du Quai des Orfèvres 1967 (roman coécrit avec Henri Gallissian) puis sous celui de Loup Durand (ce roman date de 1983) on n'en entend plus parler. Puis d'un seul coup c'est la résurgence avec Daddy et Le Jaguar. Pourtant entre deux, il a continué à écrire, mais en homme invisible puisqu'il a collaboré avec Bernard Lenteric pour La nuit des enfants-rois et La gagne, avec Pierre Rey pour la série des TNT sous le pseudonyme de Michael Borgia, ou encore avec Sulitzer mais sans jamais que son nom apparaisse.

Loup Durand est décédé en 1995.

Réédition collection Sueurs Froides; Denoël. Parution mai 1990. 216 pages.

Réédition collection Sueurs Froides; Denoël. Parution mai 1990. 216 pages.

Loup DURAND : Le seigneur des tempêtes. Collection Sueurs Froides. Editions Denoël. Parution avril 1983.

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3 septembre 2015 4 03 /09 /septembre /2015 13:42

On ira tous au Paradis...

François DARNAUDET : Boris au pays Vermeil.

Descendu du car afin d'acheter une boisson à son fils Boris, Francis Darnet voit avec stupéfaction filer devant lui le véhicule, alors qu'il avait demandé au chauffeur de l'attendre trente secondes, le temps de son achat et que trois voyageurs prennent leur billet.

Forcément Darnet est inquiet, son fils n'a que deux ans, et de plus que va dire sa compagne Cathy avec laquelle il partage la garde du gamin.

Darnet est peintre-portraitiste à Montmartre et il tire le diable par la queue, comme pratiquement tous les rapins. Il a connu Cathy à Collioure, alors qu'il avait été invité par Alain un ami peintre comme lui, ils se sont plus et aimés, ont rejoint la capitale, ont eu Boris, mais au bout de deux ou trois ans, Cathy en a eu marre et elle est repartie chez elle à Banyuls comme enseignante de philo dans un établissement privé.

Mais voilà à Argelès, le car est parti sans lui en emportant Boris. Affolé il court derrière le car et un individu le prend en stop. Darnet demande à rejoindre le plus vite possible la prochaine étape, mais lorsqu'ils arrivent point de car. Celui-ci a pris un chemin de traverse. Outre Boris, une dizaine de voyageurs sont dans ce véhicule dont un adolescent prolongé au cerveau enfantin et qui fier de ses dessins les montrait à tout le monde.

Darnet repart à pieds par le chemin qu'a dû emprunter le car et arrivé à proximité il entend des détonations et une Audi partir à toute vitesse. Plus qu'inquiet, il monte dans le car et ne peut que constater le carnage. Une dizaine de corps gisent dans leur sang. Il retrouve Boris sain et sauf émergeant de dessous un siège où il a récupéré un gâteau que sa voisine, une vieille dame charmante qui ne lui en donnera plus, lui avait offert. Aussitôt il prévient anonymement la gendarmerie et s'empresse de redescendre vers le village chez son ami Alain auquel il confie ses soucis Lequel Alain en informe un ami journaliste.

Le lendemain les journaux locaux font étalage du carnage mais la situation de Francis Darnet est précaire. En effet les forces de l'ordre recherchent un individu qui avait acquis un billet Perpignan Collioure et ne figure pas parmi les voyageurs occis.

Darnet est abordé par l'individu qui la veille l'avait pris en stop. L'homme est attablé devant une bière et lit un ouvrage intitulé Les quatrains d'Omar Khayyâm. Il se nomme Gérard Touzot et se présente en tant que journaliste au Muséart, devant rédiger un papier sur les jeunes peintres de Collioure.

Charles Cortal, le journaliste du Punt, hebdomadaire local satyrique dans l'esprit du Canard enchaîné, est surchargé de travail. Il doit couvrir l'affaire Sainte-Croix, l'arrestation du notaire Marioton, des affaires qui sentent bon les scandales politiques, financiers et immobiliers. Des trucs qui en général sont liés comme les doigts de la main. Dans cette ambiance délétère Darnet se rend bientôt compte qu'il va être la cible de dangereux personnages, des gardes du corps du maire d'un bled qui veut transformer le Côte Vermeille en jeu de construction.

 

Ce Poulpe détone un peu par rapport aux précédents de la série car ce n'est pas Gabriel Lecouvreur qui tient la vedette mais Francis Darnet, clone de l'auteur.

Cette histoire est narrée à la première personne, par Francis Darnet lui-même et Gabriel, s'il tient un rôle non négligeable, est relégué au second plan. Tout tourne autour de Darnet et de Boris, son gamin, et François Darnaudet s'amuse comme dans ses précédents romans à mettre en scène des personnages réels, sous leur propre identité ou sous un alias légèrement déformé. Ainsi le peintre catalan Bernadi fait ce que l'on peut appeler de la figuration intelligente, tandis que Gérart Touzot ne peut qu'être Gérard Touzeau, historien, auteur de l'ouvrage Benoit XIII, le trésor du pape catalan.

La peinture, l'un des dadas de François Darnaudet, tient une grande place dans cette histoire. Outre les peintres qui y gravitent, Claire la galeriste est l'un des personnages attachant de cette fiction par son côté déluré et femme libérée. Elle démontre la condition précaire de ces artistes, en déclarant cyniquement :

 

Je faisais de la sculpture aux Beaux-arts de Paris. J'ai très vite compris qu'en m'installant ici qu'il valait mieux être galeriste qu'artiste... Je choisis les peintres ! Je n'ai pas à me prostituer pour me vendre.

Une profession de foi qui évidemment n'est pas forcément partagée par tout le monde.

Au delà de l'intrigue, qui se déroule entre Argelès et Cerbère, une région que François Darnaudet connait bien pour y habiter, ce qui marque c'est la fusion qui existe entre le père et le gamin. Francis Darnet passe tout à son fils et lui promet une voiture en chaque circonstance, au grand dam de Cathy, appelée Kaky par Boris, qui aimerait que son ex-compagnon ne soit pas aussi laxiste concernant l'éducation de leur fils.

Et cette fusion ne demande pas d'explications complémentaires, de longs développements, ce passage suffit à tout exprimer et tout expliquer :

Le contact de mon fils me rassérénait une fois de plus. Un type sous morphine ou LSD n'aurait pas été mieux que moi. Les gosses sont un formidable sujet d'angoisses et, en même temps, le seul véritable moteur d'une existence. Vivre avec son enfant, c'était comme prendre un ticket pour un grand huit géant : une série ininterrompue de hauts et de bas à toute vitesse, sensations fortes garanties. Et les années filaient dix fois plus vite que pour un célibataire.

François DARNAUDET : Boris au pays Vermeil. Le Poulpe N°231. Editions Baleine. Parution janvier 2002. 168 pages. 8,00€.

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31 août 2015 1 31 /08 /août /2015 08:36

Hommage à Boris...

Boris et François DARNAUDET : Daguerra.

Armand Delange, journaliste dans un journal à sensation, était également un écrivain de romans porno sous le pseudo de Ramon Chandler avec des titres comme Au pieu, ma jolie ! ou Le gland sommeille.

Il est découvert chez lui la gorge tranchée et émasculé. Luc Vandel, qui l’a côtoyé à ses débuts, pense tenir un article intéressant pour le mensuel qu’il a fondé : Pervers mystères de Paris. Il est assisté de Caroline, documentaliste, et de Stéphanie, illustratrice.

Vandel a trouvé chez Delange un vieux numéro à moitié carbonisé de Paris Coquin, revue qui porte bien son nom. En compagnie de Yasmine, amie de Stéphanie, la petite troupe se rend chez les amis de Thanatos, une association de pornocrates sensée réaliser et promouvoir des films d’horreur et dont le siège se situe dans de vieux entrepôts. Une entrevue qui ne donne rien. Par contre deux bouquinistes leur ont prêté des numéros anciens de Paris Coquin. En couverture du numéro en partie brûlé figurait Daguerra, top modèle des années 30, à la plastique impressionnante.

Yasmine, atteinte d’un petit coup de blues, téléphone d’une cabine publique à son patron et ami, Salomon, le directeur de l’agence Arkham, un cabinet d’investigation spécialisé dans la résolution d’affaires que les autorités officielles n’ont pu solutionner. A son retour, elle est accueillie par les cadavres des journalistes.

Ses amis de l’agence Arkham la prennent en charge et Tom, pensant dérider l’atmosphère, emmène le petit groupe à San-Sébastian, à un festival de cinéma rétro, consacré cette année à Tod Browning, spécialiste des films d’horreur. Une surprise les y attend. Anna-Maria Costa, l’une des star du cinéma muet, n’est autre que Daguerra. Or l’actrice s’est suicidée au milieu des années 30, dans une vieille maison qu’elle habitait à Auch. Les mystères ne font pas peur aux membres de l’agence Arkham, au contraire, ils en demandent toujours plus. Parfois au péril de leur vie.

 

Cette histoire fantastique est surtout un hommage au cinéma d’horreur, en particulier une plongée en apnée dans la réminiscence des vieux films en noir et blanc et muets de la fin des années 20, ainsi qu’aux pin-up, même si on ne les appelait pas encore ainsi à l époque.

Le lecteur ressentira ce délicieux frisson de l’angoisse, celui qui tient en haleine et fait qu’on ne peut lâcher le livre qu’à la dernière ligne tout en regrettant qu’il n’y ait pas plus de pages. Le contraire des romans américains où l’on déplore (si, si , j’assume! ) les digressions oiseuses, surtout certains Stephen King au début de ses romans, et qu’il faut aux auteurs écrire 500 pages pour voir enfin l’action décoller. Là, c’est le contraire, l’action est présente continuellement et l’on regrette qu’il n’y en ait pas plus. Tant pis si je me répète.

Le tout est pimenté d’humour, noir évidemment.

 

Boris Darnaudet (Boris et François Darnaudet pour Daguerra) c'est mon fils né en 1990, qui à l'époque a travaillé sur trois chapitres faisant intervenir des films d'horreur.

correspondance avec François Darnaudet.

Boris et François DARNAUDET : Daguerra. Collection Arkham, éditions DLM. Parution avril 1997. 126 pages.

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22 août 2015 6 22 /08 /août /2015 12:57

Bon anniversaire à Alexis Lecaye, né le 22 août 1951.

Alexis LECAYE : Les carnets secrets d'Hippolyte Vernet.

En ce 1er mai 1898, Hippolyte Vernet attend le client dans son bureau aménagé en trompe l'œil.

Installé à Paris depuis quelques semaines, il vient d'ouvrir une agence de détective privé, et compte bien se faire un nom dans la profession.

Se présente Edmond de Guiry, qui prétend qu'on lui a volé des bijoux, mais en fait c'est son voleur qu'il désire retrouver. D'ailleurs il possède la photographie de celui-ci, un jeune éphèbe connu au Bal Bullier, un endroit fréquenté par des travestis et des gens de la Haute désireux de s'encanailler.

Vernet assiste en ce lieu interlope à une scène au cours de laquelle une bourgeoise subit les assauts d'un nabot. Il tord violemment l'oreille de la petite frappe mais son geste a des conséquences qu'il n'avait pas prévues. Le nain est soigné hâtivement par un jeune homme, lequel n'est autre que l'éphèbe recherché par Vernet, puis conduit à l'hôpital où il décède d'une hémorragie.

Vernet suit l'objet du désir de son client mais il perd sa trace dans les rues de la capitale. Au cours de la même nuit son client, qui lui avait donné un faux nom est assassiné en pleine rue. Vernet, pour l'honneur, décide de découvrir son assassin.

 

Avec Carnets secrets d'Hippolyte Vernet, nous sommes loin des précédents personnages créés par Alexis Lecaye, qu'il s'agisse de Julie Lescaut, des Deux justiciers ou encore du Croque-mort sous le pseudonyme d'Alexandre Terrel. Là nous retrouvons avec un bonheur ineffable le rythme, l'ambiance, la trame des feuilletons du 19ème siècle.

Dans un décor de chanson réaliste, nous suivons les aventures de Vernet et de sa première enquête digne de ce nom. Une enquête au cours de laquelle il manque de passer de vie à trépas, enfermé dans un caveau du cimetière du Père Lachaise.

Les moments forts ne manquent tels la fuite du juif Lévine aidé en cela par Vernet et un inspecteur qui pue des pieds - un personnage sympathique malgré la sudation dont il souffre - ou encore la leçon de savate appelée encore boxe française.

Mais ce roman se veut également historique avec cette Ligue des bouchers qui nous rappelle d'autres événements et les manifestations antisémites qu'elle déploie. D'ailleurs l'ombre de Dreyfus plane sur cette histoire qui sent bon les Mystères de Paris.

 

Alexis LECAYE : Les carnets secrets d'Hippolyte Vernet. Le Masque N°2206. Collection Les Maîtres du roman policier. Editions Librairie des Champs Elysées. Parution 1994.

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12 août 2015 3 12 /08 /août /2015 13:02

Hommage à Francis Lacassin disparu le 12 août 2008 dans les limbes d'une bibliothèque populaire...

Francis LACASSIN : A la recherche de l'empire caché.

De nos lectures juvéniles ou adolescentes, souvent il ne reste que quelques images, forgées par notre inconscient ou les illustrations figurant à l'intérieur des volumes de la Bibliothèque Verte ou Rouge & Or, des scènes d'actions, des épisodes tragiques ou comiques, des noms de héros et parfois ceux de leurs créateurs.

Nous avons été bercés, envoutés, charmés, par les exploits, souvent homériques, et les aventures, souvent périlleuses, de personnages issus de l'imagination débridée et fantasque d'auteurs tels que Paul Féval, Alexandre Dumas, Michel Zevaco, Eugène Sue, Gustave Le Rouge, Gaston Leroux, Hector Malot.

D'autres prosateurs ont été phagocytés par leurs créatures, parfois malfaisantes, tout au moins en marge de la loi, ou plongées dans des univers oniriques mais pas forcément bucoliques. Souvestre et Allain, Maurice Leblanc, Sax Rhomer, Rider Haggard, Edgar Rice Burroughs, Jean Ray sont surtout connus par leurs héros positifs ou négatifs : Fantômas, Arsène Lupin, Fu-Manchu, Elle-qui-doit-être-obéie ou Allan Quatermain, Tarzan ou John Carter, Harry Dickson le Sherlock Holmes américain.

Parvenu à l'âge adulte, qui oserai aujourd'hui les lire ou les relire sans ressentir une petite pointe d'appréhension du sourire ironique, de mépris plus ou moins affecté de ses collègues, voisins, amis, connaissances, et de tous ceux, nombreux, qui préfèrent s'ennuyer à la lecture d'intellectuels nombrilistes que se plonger délicieusement dans des volumes, version intégrale ou passés à la moulinette par des réducteurs de texte qui pratiquent l'ablation sans vergogne. Des volumes vivifiants dans lesquels l'imagination et l'aventure prédominent.

Francis Lacassin, en maître es-littérature populaire démontre à travers la vie et l'œuvre de neuf auteurs qui ont marqué de façon indélébile le 19e et le 20e siècle que leurs écrits ne sont pas si infantilistes que certains pourraient le prétendre et que leurs personnages perdurent à travers le cinéma, la télévision, la bande dessinée et surtout dans l'esprit populaire puisque souvent ils sont cités comme références.

Souvent même ces littérateurs innovèrent, à l'exemple d'Eugène Sue, un peu à l'origine du courrier du cœur, qui a fait également le procès d'un système social et du pouvoir spirituel, ce que ne lui pardonnèrent pas les représentants du clergé. Eugène Sue qui osait pour la première fois mettre en scène les petites gens, les représentants du peuple, brèche dans laquelle s'engouffra Victor Hugo.

Dans la mouvance d'Eugène Sue, Paul Féval effectue la transition entre le roman de mœurs et ce qui deviendra le roman policier, mais il s'érige également en pionnier de la littérature fantastique (La Vampire par exemple) et du roman patriotique qui deviendra plus tard le roman d'espionnage.

Gustave Le Rouge avec son roman Le mystérieux docteur Cornélius montre que, je cite Francis Lacassin : ... même repeint aux couleurs pimpantes de l'exotisme et du cosmopolitisme, le roman populaire reste fidèle aux préoccupations sociales qui avaient provoqué sa naissance au siècle dernier. Voilà de quoi déculpabiliser tous ceux qui pensaient et pensent encore que ce genre littéraire était réservé aux enfants ou aux adolescents. Car sous un vernis superficiel d'aventures mirifiques, hautes en couleurs, bien souvent c'est le constat d'une époque qui est effectué par Eugène Sue, Sax Rohmer et confrères.

S'étonnera-t-on dans ce cas qu'Apollinaire, Cendras, Cocteau et quelques autres en firent leurs livres de chevet.

A la recherche de l'empire caché est un livre indispensable dans toute bonne bibliothèque, avec cependant un reproche, il manque une conclusion à cet ouvrage.

 

Après une préface de l'auteur, sont ainsi proposés neuf chapitres déclinés comme suit :

 

Eugène Sue ou l'art de muer en épopée les misères du peuple.

Paul Féval ou la comédie humaine racontée par Vautrin.

Gaston Leroux ou les mille et une nuits d'un exclu du Matin.

Fantômas ou l'opéra de treize sous.

Gustave Le Rouge ou Fantômas raconté par Bernardin de Saint-Pierre.
Fu Manchu ou le défi de l'Asie.

Harry Dickson ou le détective trouvé à Vannes.

Elle-qui-doit-être-obéie ou la mort simple entracte de la vie.

Tarzan, du cœur populaire au cœur de la terre.

 

Un ouvrage qui donne envie de lire ou relire ces grands classiques de la littérature populaire, n'en déplaise aux intellectuels infatués de leur vide abyssal en matière de culture justement populaire.

Francis LACASSIN : A la recherche de l'empire caché. Editions Julliard. Parution février 1991. 372 pages.

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9 août 2015 7 09 /08 /août /2015 08:59
Thierry JONQUET : La vie de ma mère !

Hommage à Thierry Jonquet, décédé le 9 août 2009.

Thierry JONQUET : La vie de ma mère !

Quand on a douze ans, qu'on habite près des Buttes Chaumont, qu'on va à l'école parce que c'est obligatoire et qu'on a une mère qui pointe à l'ANPE, la vie n'est pas si désespérée.

Du moins c'est ce que pense le garçon, narrateur de cette histoire. Même s'il n'est pas en sixième mais se retrouve dans une classe de SES, section d'éducation spécialisée, au moins c'est avec ses copains, les beurs, qu’il fait les quatre cents coups.

Car notre jeune héros n'est pas raciste, c'est pas comme les autres élèves qui leur battent froid, à lui et ses copains, Mouloud, Farid ou Kaou, le Noir. Il ne voit pas de différence, quoique, avec monsieur Belaiche, le principal qu'est Juif, ce ne soit pas les grandes amours.

Mademoiselle Dambre, la nouvelle maîtresse a bien du mal à s'affirmer dans cette ambiance dissipée et turbulente. Nathalie sa sœur, shampouineuse chez les Chinois du 13éme et Cédric, son grand frère, apprenti-garagiste, désertent l'appartement familial; sa mère trouve une place de standardiste de nuit à l'hôpital Lariboisière; alors il occupe ses temps libres, et ils sont nombreux, à se promener dans la capitale. A se promener mais aussi à mener une vie secrète.

Pourquoi aide-t-il Djamel et ses potes à échapper aux vigiles dans le métro alors qu'ils dévalisent une jeune femme, il ne le sait pas vraiment. Par solidarité de futur marginal peut-être. Tant et si bien que de fil en aiguille le voilà enrôlé et qu'il devient l'élément indispensable des vols d'autoradio dans les parkings avec promotion dans la confrérie à la clé. Clarisse qui l'a traité de gogol, il veut s'en venger mais ce qu'il ne sait pas c'est que l'amour est un sentiment qui frappe au cœur sans prévenir.

 

Empruntant le langage moderne et branché, verlan et Cie, des jeunes, Thierry Jonquet nous entraîne dans une histoire narrée par un enfant pour des adultes. Il ne tombe pas dans la mièvrerie, mais sait jouer avec les sentiments, les révoltes, les incompréhensions, les questions, la naïveté de ces jeunes qui se sentent exclus malgré eux dans un système qui favorise l'éclosion des forts, des nantis, des intellectuels et qui rejette les faibles ou les incite à se démarquer d'une société dans laquelle ils ne se reconnaissent pas puisqu'ils ne sont pas issus d'elle.

Thierry Jonquet se renouvelle dans chacun de ses romans mais il reste une constante dans son œuvre : ses préférences vont aux pauvres, aux déshérités, aux marginaux, aux humbles de corps et d'esprit, et il les transmute en héros malgré eux.

Réédition Folio N°3585. Novembre 2001. 160 pages. 3,00€.

Réédition Folio N°3585. Novembre 2001. 160 pages. 3,00€.

Réédition Folio Classique Plus N°106. Août 2007. Complété par un dossier réalisé par Magali Wiener-Chevalier. Lecture d'image par Olivier Tomasini. 176 pages. 4,60€

Réédition Folio Classique Plus N°106. Août 2007. Complété par un dossier réalisé par Magali Wiener-Chevalier. Lecture d'image par Olivier Tomasini. 176 pages. 4,60€

Thierry JONQUET : La vie de ma mère ! Série Noire N°2364. Parution novembre 1994. 144 pages.

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8 août 2015 6 08 /08 /août /2015 12:09

Bon anniversaire à Sarah Dunant née le 8 aout 1950.

Sarah DUNANT : Beauté fatale

De nombreux incidents émaillent le séjour des pensionnaires d’un institut de remise en forme situé dans la banlieue londonienne.

Hannah Wolfe, chargée de découvrir le fautif, est inscrite en tant que cliente et subit, à son corps défendant, régime basses calories et exercices quotidiens préconisés par Carol, la directrice, en l’absence de Mme Marchant, propriétaire de l’établissement. Martha, une masseuse, apprend à Hannah que l’une des esthéticiennes roule sur l’or depuis quelque temps. Hannah fouille la chambre de la suspecte et découvre que la coupable est Lola qui partage la chambre de l’esthéticienne soupçonnée. Lola révèle qu’elle a reçu une lettre anonyme contenant de l’argent afin de perpétrer ses forfaits. Olivia Marchant renvoie sur le champ Lola et confie à Hannah que son mari, chirurgien esthétique, reçoit depuis quelques mois des lettres anonymes. Une enquête complémentaire s’offre à Hannah.

Elle découvre que certaines des clientes étaient recommandées par Olivia pour se faire opérer par son mari et vice versa. Elle recherche si une des patientes, dont l’opération se serait mal déroulée, aurait choisi de se venger. Elle sélectionne les noms de quelques-unes des victimes potentielles. Certaines entretiennent des griefs envers le plasticien, l’une d’elles s’est même suicidée. Le chirurgien est retrouvé assassiné, les yeux crevés.

Les soupçons se portent sur Olivia dont le gardien pense avoir aperçu la silhouette mais elle possède un alibi. Hannah suspecte Bélinda, croupière dans un casino, et la découvre dans sa baignoire : un suicide apparemment concocté après le meurtre du chirurgien. Mais elle n’est pas satisfaite de cet épilogue. Deux détails lui donnent la clé de l’énigme.

 

La résolution d’une énigme tient parfois à peu de choses, c’est ce que constate Hannah Wolfe, féministe aux amours contrariées. Son enquête officielle est complétée par une enquête officieuse dont l’a chargé sa sœur.

Son ménage ne tourne pas rond et elle pense que son mari la trompe. Hannah le surveille se rendant à un rendez-vous féminin. Ce n’est qu’après avoir forgé une théorie sur l’infidélité de son beau-frère qu’Hannah se rend compte qu’en réalité, il se rendait chez une psy. Cette interprétation erronée des faits avec la photo remontant à son enfance lui permet de découvrir la face cachée des relations entre Marchant et sa femme et le rôle joué par la jeune esthéticienne.

Un roman plaisant à lire qui nous invite à découvrir un commerce en pleine expansion, les instituts de remise en forme, et nous fait partager la vie privée d’une enquêteuse sans véritable signe particulier sinon son appréhension des hommes.

Sarah DUNANT : Beauté fatale (Under my Skin - 1995. Traduction d'Augustine Mahé). Collection Crime. Calmann-Lévy. Décembre 1996. 282 pages.

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30 juillet 2015 4 30 /07 /juillet /2015 11:11

Hommage à Robin Cook décédé le 30 juillet 1994.

Robin COOK : Le mort à vif.

Au service des décès non éclaircis, l'A 14 dit aussi l'Usine, le sergent anonyme dont nous avons pu suivre quelques enquêtes dont J'étais Dora Suarez paru dans la même collection, est un flic marginal, en butte avec son chef Charlie Bowman de la Crime.

Sa femme a balancé la poussette de sa gamine sous une voiture et depuis elle végète dans un asile. C'est peut-être pour cela que notre policier revoit de temps en temps Firth, un flic révoqué de la police à cause de sa propension à ingurgiter trop d'alcool. Mais Firth s'il a sombré dans l'éthylisme n'en a pas moins gardé ses réflexes de policier et c'est ainsi qu'il met notre personnage sur la piste d'un tueur en série.

Il est intrigué par le locataire du troisième étage de son immeuble, lequel voisin déjà âgé et dépourvu de charme, change régulièrement de conquêtes féminines. Des veuves ou des jeunes filles prolongées dont le seul attrait semble être l'aisance matérielle. Seulement ce voisin énigmatique possède trop de patronymes pour être honnête.

Par des moyens pas toujours légaux, notre policier va tenter de confondre le présumé assassin mais il est en butte avec ses chefs qui ne comprennent pas son entêtement, préférant lui confier des enquêtes officielles.

 

Ce roman s'inscrit, par hasard, dans une nouvelle mode littéraire dans laquelle les Serial Killers prennent une part prépondérante.

Mais Robin Cook veut aller plus loin dans l'analyse, la compréhension de ceux qui tuent, pas forcément par plaisir mais surtout par besoin. Besoin de s'extérioriser, de se venger inconsciemment, de s'affirmer à leurs propres yeux.

L'enquête en elle-même sert de support à cette analyse, cette introspection du crime non organisé, non soumis à ce que l'on pourrait appeler les professionnels, bandits confirmés et autres truands de haute volée.

Sous la plume de Robin Cook, le roman noir prend une autre dimension, celle de la psychanalyse fondamentale d'un fait de société. On ne doit pas se cacher les yeux, faire l'autruche devant la multiplicité de ces crimes, mais au contraire les disséquer pour mieux les comprendre et peut-être les prévenir.

 

Robin COOK : Le mort à vif.

Robin COOK : Le mort à vif. Traduction de Jean-Paul Gratias. Collection Rivages Thriller. Editions Rivages. 230 pages. Parution décembre 1993. Réédition Rivages/Noirs N°241. Parution avril 1996. 320 pages. 8,65€.

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27 juillet 2015 1 27 /07 /juillet /2015 13:00

Bon anniversaire à Jack Higgins, de son vrai nom Henry Patterson, né le 27 juillet 1929.

Jack HIGGINS : Saison en enfer.

Enfer et contre tout...

La découverte du cadavre de George Walker, un étudiant, mort par noyade dans la Seine, à Paris, sous l’influence de l’alcool et de la drogue, ce ne pourrait être qu’un fait divers banal.

Sauf qu’après quelques péripéties et un voyage mouvementé, le corps de George Walker est découvert à moitié carbonisé près d’un corbillard accidenté en pleine campagne anglaise. Premier fait troublant.

Deuxième incongruité : dans le ventre de ce cadavre baladeur auquel on a extirpé tous les viscères lors de la mise en bière, les enquêteurs trouvent un petit sachet d’héroïne.

Troisième anomalie : une seconde autopsie du mort laisse apparaître que celui-ci était lors de sa noyade sous l’emprise d’une mixture qui réduit l’être humain dans un état d’hypnose chimique.

Enfin George Walker ne s’appellerait pas George Walker mais Eric Talbot et sa belle-mère une riche veuve américaine dont l’activité s’exerce dans les milieux boursiers de New-York.

Des recherches, des comparaisons font apparaître d’autres morts, d’autres décès tout aussi mystérieux dont la jeune sœur par adoption de Sean Egan, un as du SAS. Sarah Talbot et Sean Egan vont unir leurs efforts afin de débrouiller un écheveau qui va les conduire de Londres en Irlande en passant par Paris et sa banlieue et la Sicile. Ils sont suivis comme leur ombre par un certain Jago, mais ce ne sont que des marionnettes manipulées par un mystérieux Monsieur Smith.

Leur enquête s’effectue en marge du MI5, organisme secret qui surveille leurs déplacements afin d’éviter tout dérapage.

 

Il est loin le temps où Jack Higgins était traduit en France sous les noms de Harry Patterson, Martin Fallon ou James Graham. C’est véritablement sous l’alias de Jack Higgins et avec des romans comme Solo, Exocet et surtout La Nuit des loups, dont une partie de l’action se passe durant la Seconde Guerre Mondiale entre Granville et Bayeux, que cet auteur fort intéressant s’est imposé en France.

Saison en enfer est à ranger dans la catégorie Réussite. Un roman que l’on lit avec beaucoup de plaisir et qui jamais tombe dans le scabreux, la violence inutile et le sexe de complaisance, la seule préoccupation de l’auteur étant de distraire le lecteur. Mission accomplie.

Jack HIGGINS : Saison en enfer.

Jack HIGGINS : Saison en enfer. Editions Albin Michel. Parution 28 février 1990. 334 pages. Réédition Le Livre de Poche. Parution novembre 1992. 350 pages.

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21 juillet 2015 2 21 /07 /juillet /2015 13:17

Bon anniversaire à Joseph Périgot né le 21 juillet 1941.

Joseph PERIGOT : Le bruit du fleuve.

C’est fou ce qu’il peut se passer comme choses la nuit dans un taxi !

Lucien n’est même plus étonné, lui qui sillonne la ville de Rouen toute la nuit à écouter des airs de Vivaldi ou des chansons de Brassens. A conduire avec, aux pieds, des charentaises et, à portée de main, une flasque de whisky.

Lucien est indépendant, et même s’il a chargé un client, il aime à s’arrêter au petit matin, près des berges du fleuve, à regarder le soleil se lever. Puis il rentre chez sa sœur, Thérèse, atteinte d’un cancer qui inexorablement lui ronge la gorge, ou bien chez lui, une petite maison coincée entre deux usines. De l’autre côté du fleuve, il peut apercevoir la maison de Flaubert transformée en musée. Voilà ! Sa vie se résume à ça ! Taxi de nuit, le jour chez sa sœur, parfois chez lui en compagnie d’un infarctus qui guette la moindre faiblesse. Le mardi, c’est le jour de Fernand, l’amant de sa sœur, un juge d’instruction, qui n’arrive jamais les mains vides.

Une nuit, Lucien charge à la gare un client que refuse Raymond, le taxi 92. Une course qui le mène jusqu’au Parc départemental des nomades. Il repart vers la ville, les lumières, le bruit, la vie et distingue dans le noir une forme humaine qui s’accroche aux grilles de ce parc zoologique pour humains. Une jeune fille se tient le ventre et fuit dans la nuit. Il la prend à bord de son véhicule, et là, sur la couverture, patchwork de soixante-quatre pièces amoureusement assemblées par Thérèse, sur cette couverture qui en a vu bien d’autres, naît un petit enfant. Pélina, la Gitane, quitte précipitamment le véhicule pour rejoindre les siens et Lucien hérite d’un joli bébé que Thérèse et lui gardent jalousement, malgré les conseils de Fernand, et qu’ils prénomment Rémi.

Rémi, c’est du baume dans leur vie, dans leur existence étriquée, du sang neuf qui vagit entre une cancéreuse pratiquement au bout du rouleau et un cardiaque qui guette sa propre défaillance. Ces deux célibataires qui n’ont jamais eu d’enfants à élever, à aimer, se réfugient dans la maison de Lucien près du fleuve. Les voici père et mère, poussant le jeu jusqu’à s’aimer d’amour, charnellement. Leur premier crime envers la morale. Mais ce n’est pas le seul, car Lucien est amené, par amour pour Rémi, pour le protéger, pour protéger Pélina, la mère venue vivre avec eux, par amour pour sa sœur Thérèse, Lucien est amené à tuer.

 

Le bruit du fleuve peut choquer les moralisateurs qui s’érigent en censeurs parce qu’ils ne savent pas ce que c’est que l’amour. L’amour de son prochain. Le plaisir, la joie de rendre service, sans en tirer gloire ou fierté. Uniquement par bonté d’âme et non par calcul.

Un roman qui, c’est certain, aurait dû paraître dans la défunte collection « SOS Racisme », victime non pas de son succès, mais de l’incompréhension, de la défiance de tous ceux qui pensent que les bons sentiments ne peuvent se traduire que par une récupération politique. D’un côté ou de l’autre. Un roman qui malgré son thème un peu provocateur n’en est pas moins d’une extrême pudeur.

En toile de fond, comme une obsession, Flaubert et son chef-d’œuvre Madame Bovary, imprègnent la vie, les pensées, les réflexions, les attitudes de Lucien qui déteignent sur Pélina et Rémi. Flaubert et sa maison, refuges de l’âme et du corps. Et lorsqu’il ne s’agit plus de l’écrivain normand, référence en est faite à Julian Barnes, alias Dan Kavanagh, et auteur du Perroquet de Flaubert. Autre référence indirecte, l’un des breuvages préférés de Lucien, hormis le whisky, est le vin, mais pas n’importe lequel : le Château Mesplède.

 

Joseph PERIGOT : Le bruit du fleuve. Editions Calmann-Lévy. 1991.

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