Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
22 août 2015 6 22 /08 /août /2015 12:57

Bon anniversaire à Alexis Lecaye, né le 22 août 1951.

Alexis LECAYE : Les carnets secrets d'Hippolyte Vernet.

En ce 1er mai 1898, Hippolyte Vernet attend le client dans son bureau aménagé en trompe l'œil.

Installé à Paris depuis quelques semaines, il vient d'ouvrir une agence de détective privé, et compte bien se faire un nom dans la profession.

Se présente Edmond de Guiry, qui prétend qu'on lui a volé des bijoux, mais en fait c'est son voleur qu'il désire retrouver. D'ailleurs il possède la photographie de celui-ci, un jeune éphèbe connu au Bal Bullier, un endroit fréquenté par des travestis et des gens de la Haute désireux de s'encanailler.

Vernet assiste en ce lieu interlope à une scène au cours de laquelle une bourgeoise subit les assauts d'un nabot. Il tord violemment l'oreille de la petite frappe mais son geste a des conséquences qu'il n'avait pas prévues. Le nain est soigné hâtivement par un jeune homme, lequel n'est autre que l'éphèbe recherché par Vernet, puis conduit à l'hôpital où il décède d'une hémorragie.

Vernet suit l'objet du désir de son client mais il perd sa trace dans les rues de la capitale. Au cours de la même nuit son client, qui lui avait donné un faux nom est assassiné en pleine rue. Vernet, pour l'honneur, décide de découvrir son assassin.

 

Avec Carnets secrets d'Hippolyte Vernet, nous sommes loin des précédents personnages créés par Alexis Lecaye, qu'il s'agisse de Julie Lescaut, des Deux justiciers ou encore du Croque-mort sous le pseudonyme d'Alexandre Terrel. Là nous retrouvons avec un bonheur ineffable le rythme, l'ambiance, la trame des feuilletons du 19ème siècle.

Dans un décor de chanson réaliste, nous suivons les aventures de Vernet et de sa première enquête digne de ce nom. Une enquête au cours de laquelle il manque de passer de vie à trépas, enfermé dans un caveau du cimetière du Père Lachaise.

Les moments forts ne manquent tels la fuite du juif Lévine aidé en cela par Vernet et un inspecteur qui pue des pieds - un personnage sympathique malgré la sudation dont il souffre - ou encore la leçon de savate appelée encore boxe française.

Mais ce roman se veut également historique avec cette Ligue des bouchers qui nous rappelle d'autres événements et les manifestations antisémites qu'elle déploie. D'ailleurs l'ombre de Dreyfus plane sur cette histoire qui sent bon les Mystères de Paris.

 

Alexis LECAYE : Les carnets secrets d'Hippolyte Vernet. Le Masque N°2206. Collection Les Maîtres du roman policier. Editions Librairie des Champs Elysées. Parution 1994.

Repost 0
12 août 2015 3 12 /08 /août /2015 13:02

Hommage à Francis Lacassin disparu le 12 août 2008 dans les limbes d'une bibliothèque populaire...

Francis LACASSIN : A la recherche de l'empire caché.

De nos lectures juvéniles ou adolescentes, souvent il ne reste que quelques images, forgées par notre inconscient ou les illustrations figurant à l'intérieur des volumes de la Bibliothèque Verte ou Rouge & Or, des scènes d'actions, des épisodes tragiques ou comiques, des noms de héros et parfois ceux de leurs créateurs.

Nous avons été bercés, envoutés, charmés, par les exploits, souvent homériques, et les aventures, souvent périlleuses, de personnages issus de l'imagination débridée et fantasque d'auteurs tels que Paul Féval, Alexandre Dumas, Michel Zevaco, Eugène Sue, Gustave Le Rouge, Gaston Leroux, Hector Malot.

D'autres prosateurs ont été phagocytés par leurs créatures, parfois malfaisantes, tout au moins en marge de la loi, ou plongées dans des univers oniriques mais pas forcément bucoliques. Souvestre et Allain, Maurice Leblanc, Sax Rhomer, Rider Haggard, Edgar Rice Burroughs, Jean Ray sont surtout connus par leurs héros positifs ou négatifs : Fantômas, Arsène Lupin, Fu-Manchu, Elle-qui-doit-être-obéie ou Allan Quatermain, Tarzan ou John Carter, Harry Dickson le Sherlock Holmes américain.

Parvenu à l'âge adulte, qui oserai aujourd'hui les lire ou les relire sans ressentir une petite pointe d'appréhension du sourire ironique, de mépris plus ou moins affecté de ses collègues, voisins, amis, connaissances, et de tous ceux, nombreux, qui préfèrent s'ennuyer à la lecture d'intellectuels nombrilistes que se plonger délicieusement dans des volumes, version intégrale ou passés à la moulinette par des réducteurs de texte qui pratiquent l'ablation sans vergogne. Des volumes vivifiants dans lesquels l'imagination et l'aventure prédominent.

Francis Lacassin, en maître es-littérature populaire démontre à travers la vie et l'œuvre de neuf auteurs qui ont marqué de façon indélébile le 19e et le 20e siècle que leurs écrits ne sont pas si infantilistes que certains pourraient le prétendre et que leurs personnages perdurent à travers le cinéma, la télévision, la bande dessinée et surtout dans l'esprit populaire puisque souvent ils sont cités comme références.

Souvent même ces littérateurs innovèrent, à l'exemple d'Eugène Sue, un peu à l'origine du courrier du cœur, qui a fait également le procès d'un système social et du pouvoir spirituel, ce que ne lui pardonnèrent pas les représentants du clergé. Eugène Sue qui osait pour la première fois mettre en scène les petites gens, les représentants du peuple, brèche dans laquelle s'engouffra Victor Hugo.

Dans la mouvance d'Eugène Sue, Paul Féval effectue la transition entre le roman de mœurs et ce qui deviendra le roman policier, mais il s'érige également en pionnier de la littérature fantastique (La Vampire par exemple) et du roman patriotique qui deviendra plus tard le roman d'espionnage.

Gustave Le Rouge avec son roman Le mystérieux docteur Cornélius montre que, je cite Francis Lacassin : ... même repeint aux couleurs pimpantes de l'exotisme et du cosmopolitisme, le roman populaire reste fidèle aux préoccupations sociales qui avaient provoqué sa naissance au siècle dernier. Voilà de quoi déculpabiliser tous ceux qui pensaient et pensent encore que ce genre littéraire était réservé aux enfants ou aux adolescents. Car sous un vernis superficiel d'aventures mirifiques, hautes en couleurs, bien souvent c'est le constat d'une époque qui est effectué par Eugène Sue, Sax Rohmer et confrères.

S'étonnera-t-on dans ce cas qu'Apollinaire, Cendras, Cocteau et quelques autres en firent leurs livres de chevet.

A la recherche de l'empire caché est un livre indispensable dans toute bonne bibliothèque, avec cependant un reproche, il manque une conclusion à cet ouvrage.

 

Après une préface de l'auteur, sont ainsi proposés neuf chapitres déclinés comme suit :

 

Eugène Sue ou l'art de muer en épopée les misères du peuple.

Paul Féval ou la comédie humaine racontée par Vautrin.

Gaston Leroux ou les mille et une nuits d'un exclu du Matin.

Fantômas ou l'opéra de treize sous.

Gustave Le Rouge ou Fantômas raconté par Bernardin de Saint-Pierre.
Fu Manchu ou le défi de l'Asie.

Harry Dickson ou le détective trouvé à Vannes.

Elle-qui-doit-être-obéie ou la mort simple entracte de la vie.

Tarzan, du cœur populaire au cœur de la terre.

 

Un ouvrage qui donne envie de lire ou relire ces grands classiques de la littérature populaire, n'en déplaise aux intellectuels infatués de leur vide abyssal en matière de culture justement populaire.

Francis LACASSIN : A la recherche de l'empire caché. Editions Julliard. Parution février 1991. 372 pages.

Repost 0
9 août 2015 7 09 /08 /août /2015 08:59
Thierry JONQUET : La vie de ma mère !

Hommage à Thierry Jonquet, décédé le 9 août 2009.

Thierry JONQUET : La vie de ma mère !

Quand on a douze ans, qu'on habite près des Buttes Chaumont, qu'on va à l'école parce que c'est obligatoire et qu'on a une mère qui pointe à l'ANPE, la vie n'est pas si désespérée.

Du moins c'est ce que pense le garçon, narrateur de cette histoire. Même s'il n'est pas en sixième mais se retrouve dans une classe de SES, section d'éducation spécialisée, au moins c'est avec ses copains, les beurs, qu’il fait les quatre cents coups.

Car notre jeune héros n'est pas raciste, c'est pas comme les autres élèves qui leur battent froid, à lui et ses copains, Mouloud, Farid ou Kaou, le Noir. Il ne voit pas de différence, quoique, avec monsieur Belaiche, le principal qu'est Juif, ce ne soit pas les grandes amours.

Mademoiselle Dambre, la nouvelle maîtresse a bien du mal à s'affirmer dans cette ambiance dissipée et turbulente. Nathalie sa sœur, shampouineuse chez les Chinois du 13éme et Cédric, son grand frère, apprenti-garagiste, désertent l'appartement familial; sa mère trouve une place de standardiste de nuit à l'hôpital Lariboisière; alors il occupe ses temps libres, et ils sont nombreux, à se promener dans la capitale. A se promener mais aussi à mener une vie secrète.

Pourquoi aide-t-il Djamel et ses potes à échapper aux vigiles dans le métro alors qu'ils dévalisent une jeune femme, il ne le sait pas vraiment. Par solidarité de futur marginal peut-être. Tant et si bien que de fil en aiguille le voilà enrôlé et qu'il devient l'élément indispensable des vols d'autoradio dans les parkings avec promotion dans la confrérie à la clé. Clarisse qui l'a traité de gogol, il veut s'en venger mais ce qu'il ne sait pas c'est que l'amour est un sentiment qui frappe au cœur sans prévenir.

 

Empruntant le langage moderne et branché, verlan et Cie, des jeunes, Thierry Jonquet nous entraîne dans une histoire narrée par un enfant pour des adultes. Il ne tombe pas dans la mièvrerie, mais sait jouer avec les sentiments, les révoltes, les incompréhensions, les questions, la naïveté de ces jeunes qui se sentent exclus malgré eux dans un système qui favorise l'éclosion des forts, des nantis, des intellectuels et qui rejette les faibles ou les incite à se démarquer d'une société dans laquelle ils ne se reconnaissent pas puisqu'ils ne sont pas issus d'elle.

Thierry Jonquet se renouvelle dans chacun de ses romans mais il reste une constante dans son œuvre : ses préférences vont aux pauvres, aux déshérités, aux marginaux, aux humbles de corps et d'esprit, et il les transmute en héros malgré eux.

Réédition Folio N°3585. Novembre 2001. 160 pages. 3,00€.

Réédition Folio N°3585. Novembre 2001. 160 pages. 3,00€.

Réédition Folio Classique Plus N°106. Août 2007. Complété par un dossier réalisé par Magali Wiener-Chevalier. Lecture d'image par Olivier Tomasini. 176 pages. 4,60€

Réédition Folio Classique Plus N°106. Août 2007. Complété par un dossier réalisé par Magali Wiener-Chevalier. Lecture d'image par Olivier Tomasini. 176 pages. 4,60€

Thierry JONQUET : La vie de ma mère ! Série Noire N°2364. Parution novembre 1994. 144 pages.

Repost 0
8 août 2015 6 08 /08 /août /2015 12:09

Bon anniversaire à Sarah Dunant née le 8 aout 1950.

Sarah DUNANT : Beauté fatale

De nombreux incidents émaillent le séjour des pensionnaires d’un institut de remise en forme situé dans la banlieue londonienne.

Hannah Wolfe, chargée de découvrir le fautif, est inscrite en tant que cliente et subit, à son corps défendant, régime basses calories et exercices quotidiens préconisés par Carol, la directrice, en l’absence de Mme Marchant, propriétaire de l’établissement. Martha, une masseuse, apprend à Hannah que l’une des esthéticiennes roule sur l’or depuis quelque temps. Hannah fouille la chambre de la suspecte et découvre que la coupable est Lola qui partage la chambre de l’esthéticienne soupçonnée. Lola révèle qu’elle a reçu une lettre anonyme contenant de l’argent afin de perpétrer ses forfaits. Olivia Marchant renvoie sur le champ Lola et confie à Hannah que son mari, chirurgien esthétique, reçoit depuis quelques mois des lettres anonymes. Une enquête complémentaire s’offre à Hannah.

Elle découvre que certaines des clientes étaient recommandées par Olivia pour se faire opérer par son mari et vice versa. Elle recherche si une des patientes, dont l’opération se serait mal déroulée, aurait choisi de se venger. Elle sélectionne les noms de quelques-unes des victimes potentielles. Certaines entretiennent des griefs envers le plasticien, l’une d’elles s’est même suicidée. Le chirurgien est retrouvé assassiné, les yeux crevés.

Les soupçons se portent sur Olivia dont le gardien pense avoir aperçu la silhouette mais elle possède un alibi. Hannah suspecte Bélinda, croupière dans un casino, et la découvre dans sa baignoire : un suicide apparemment concocté après le meurtre du chirurgien. Mais elle n’est pas satisfaite de cet épilogue. Deux détails lui donnent la clé de l’énigme.

 

La résolution d’une énigme tient parfois à peu de choses, c’est ce que constate Hannah Wolfe, féministe aux amours contrariées. Son enquête officielle est complétée par une enquête officieuse dont l’a chargé sa sœur.

Son ménage ne tourne pas rond et elle pense que son mari la trompe. Hannah le surveille se rendant à un rendez-vous féminin. Ce n’est qu’après avoir forgé une théorie sur l’infidélité de son beau-frère qu’Hannah se rend compte qu’en réalité, il se rendait chez une psy. Cette interprétation erronée des faits avec la photo remontant à son enfance lui permet de découvrir la face cachée des relations entre Marchant et sa femme et le rôle joué par la jeune esthéticienne.

Un roman plaisant à lire qui nous invite à découvrir un commerce en pleine expansion, les instituts de remise en forme, et nous fait partager la vie privée d’une enquêteuse sans véritable signe particulier sinon son appréhension des hommes.

Sarah DUNANT : Beauté fatale (Under my Skin - 1995. Traduction d'Augustine Mahé). Collection Crime. Calmann-Lévy. Décembre 1996. 282 pages.

Repost 0
30 juillet 2015 4 30 /07 /juillet /2015 11:11

Hommage à Robin Cook décédé le 30 juillet 1994.

Robin COOK : Le mort à vif.

Au service des décès non éclaircis, l'A 14 dit aussi l'Usine, le sergent anonyme dont nous avons pu suivre quelques enquêtes dont J'étais Dora Suarez paru dans la même collection, est un flic marginal, en butte avec son chef Charlie Bowman de la Crime.

Sa femme a balancé la poussette de sa gamine sous une voiture et depuis elle végète dans un asile. C'est peut-être pour cela que notre policier revoit de temps en temps Firth, un flic révoqué de la police à cause de sa propension à ingurgiter trop d'alcool. Mais Firth s'il a sombré dans l'éthylisme n'en a pas moins gardé ses réflexes de policier et c'est ainsi qu'il met notre personnage sur la piste d'un tueur en série.

Il est intrigué par le locataire du troisième étage de son immeuble, lequel voisin déjà âgé et dépourvu de charme, change régulièrement de conquêtes féminines. Des veuves ou des jeunes filles prolongées dont le seul attrait semble être l'aisance matérielle. Seulement ce voisin énigmatique possède trop de patronymes pour être honnête.

Par des moyens pas toujours légaux, notre policier va tenter de confondre le présumé assassin mais il est en butte avec ses chefs qui ne comprennent pas son entêtement, préférant lui confier des enquêtes officielles.

 

Ce roman s'inscrit, par hasard, dans une nouvelle mode littéraire dans laquelle les Serial Killers prennent une part prépondérante.

Mais Robin Cook veut aller plus loin dans l'analyse, la compréhension de ceux qui tuent, pas forcément par plaisir mais surtout par besoin. Besoin de s'extérioriser, de se venger inconsciemment, de s'affirmer à leurs propres yeux.

L'enquête en elle-même sert de support à cette analyse, cette introspection du crime non organisé, non soumis à ce que l'on pourrait appeler les professionnels, bandits confirmés et autres truands de haute volée.

Sous la plume de Robin Cook, le roman noir prend une autre dimension, celle de la psychanalyse fondamentale d'un fait de société. On ne doit pas se cacher les yeux, faire l'autruche devant la multiplicité de ces crimes, mais au contraire les disséquer pour mieux les comprendre et peut-être les prévenir.

 

Robin COOK : Le mort à vif.

Robin COOK : Le mort à vif. Traduction de Jean-Paul Gratias. Collection Rivages Thriller. Editions Rivages. 230 pages. Parution décembre 1993. Réédition Rivages/Noirs N°241. Parution avril 1996. 320 pages. 8,65€.

Repost 0
27 juillet 2015 1 27 /07 /juillet /2015 13:00

Bon anniversaire à Jack Higgins, de son vrai nom Henry Patterson, né le 27 juillet 1929.

Jack HIGGINS : Saison en enfer.

Enfer et contre tout...

La découverte du cadavre de George Walker, un étudiant, mort par noyade dans la Seine, à Paris, sous l’influence de l’alcool et de la drogue, ce ne pourrait être qu’un fait divers banal.

Sauf qu’après quelques péripéties et un voyage mouvementé, le corps de George Walker est découvert à moitié carbonisé près d’un corbillard accidenté en pleine campagne anglaise. Premier fait troublant.

Deuxième incongruité : dans le ventre de ce cadavre baladeur auquel on a extirpé tous les viscères lors de la mise en bière, les enquêteurs trouvent un petit sachet d’héroïne.

Troisième anomalie : une seconde autopsie du mort laisse apparaître que celui-ci était lors de sa noyade sous l’emprise d’une mixture qui réduit l’être humain dans un état d’hypnose chimique.

Enfin George Walker ne s’appellerait pas George Walker mais Eric Talbot et sa belle-mère une riche veuve américaine dont l’activité s’exerce dans les milieux boursiers de New-York.

Des recherches, des comparaisons font apparaître d’autres morts, d’autres décès tout aussi mystérieux dont la jeune sœur par adoption de Sean Egan, un as du SAS. Sarah Talbot et Sean Egan vont unir leurs efforts afin de débrouiller un écheveau qui va les conduire de Londres en Irlande en passant par Paris et sa banlieue et la Sicile. Ils sont suivis comme leur ombre par un certain Jago, mais ce ne sont que des marionnettes manipulées par un mystérieux Monsieur Smith.

Leur enquête s’effectue en marge du MI5, organisme secret qui surveille leurs déplacements afin d’éviter tout dérapage.

 

Il est loin le temps où Jack Higgins était traduit en France sous les noms de Harry Patterson, Martin Fallon ou James Graham. C’est véritablement sous l’alias de Jack Higgins et avec des romans comme Solo, Exocet et surtout La Nuit des loups, dont une partie de l’action se passe durant la Seconde Guerre Mondiale entre Granville et Bayeux, que cet auteur fort intéressant s’est imposé en France.

Saison en enfer est à ranger dans la catégorie Réussite. Un roman que l’on lit avec beaucoup de plaisir et qui jamais tombe dans le scabreux, la violence inutile et le sexe de complaisance, la seule préoccupation de l’auteur étant de distraire le lecteur. Mission accomplie.

Jack HIGGINS : Saison en enfer.

Jack HIGGINS : Saison en enfer. Editions Albin Michel. Parution 28 février 1990. 334 pages. Réédition Le Livre de Poche. Parution novembre 1992. 350 pages.

Repost 0
21 juillet 2015 2 21 /07 /juillet /2015 13:17

Bon anniversaire à Joseph Périgot né le 21 juillet 1941.

Joseph PERIGOT : Le bruit du fleuve.

C’est fou ce qu’il peut se passer comme choses la nuit dans un taxi !

Lucien n’est même plus étonné, lui qui sillonne la ville de Rouen toute la nuit à écouter des airs de Vivaldi ou des chansons de Brassens. A conduire avec, aux pieds, des charentaises et, à portée de main, une flasque de whisky.

Lucien est indépendant, et même s’il a chargé un client, il aime à s’arrêter au petit matin, près des berges du fleuve, à regarder le soleil se lever. Puis il rentre chez sa sœur, Thérèse, atteinte d’un cancer qui inexorablement lui ronge la gorge, ou bien chez lui, une petite maison coincée entre deux usines. De l’autre côté du fleuve, il peut apercevoir la maison de Flaubert transformée en musée. Voilà ! Sa vie se résume à ça ! Taxi de nuit, le jour chez sa sœur, parfois chez lui en compagnie d’un infarctus qui guette la moindre faiblesse. Le mardi, c’est le jour de Fernand, l’amant de sa sœur, un juge d’instruction, qui n’arrive jamais les mains vides.

Une nuit, Lucien charge à la gare un client que refuse Raymond, le taxi 92. Une course qui le mène jusqu’au Parc départemental des nomades. Il repart vers la ville, les lumières, le bruit, la vie et distingue dans le noir une forme humaine qui s’accroche aux grilles de ce parc zoologique pour humains. Une jeune fille se tient le ventre et fuit dans la nuit. Il la prend à bord de son véhicule, et là, sur la couverture, patchwork de soixante-quatre pièces amoureusement assemblées par Thérèse, sur cette couverture qui en a vu bien d’autres, naît un petit enfant. Pélina, la Gitane, quitte précipitamment le véhicule pour rejoindre les siens et Lucien hérite d’un joli bébé que Thérèse et lui gardent jalousement, malgré les conseils de Fernand, et qu’ils prénomment Rémi.

Rémi, c’est du baume dans leur vie, dans leur existence étriquée, du sang neuf qui vagit entre une cancéreuse pratiquement au bout du rouleau et un cardiaque qui guette sa propre défaillance. Ces deux célibataires qui n’ont jamais eu d’enfants à élever, à aimer, se réfugient dans la maison de Lucien près du fleuve. Les voici père et mère, poussant le jeu jusqu’à s’aimer d’amour, charnellement. Leur premier crime envers la morale. Mais ce n’est pas le seul, car Lucien est amené, par amour pour Rémi, pour le protéger, pour protéger Pélina, la mère venue vivre avec eux, par amour pour sa sœur Thérèse, Lucien est amené à tuer.

 

Le bruit du fleuve peut choquer les moralisateurs qui s’érigent en censeurs parce qu’ils ne savent pas ce que c’est que l’amour. L’amour de son prochain. Le plaisir, la joie de rendre service, sans en tirer gloire ou fierté. Uniquement par bonté d’âme et non par calcul.

Un roman qui, c’est certain, aurait dû paraître dans la défunte collection « SOS Racisme », victime non pas de son succès, mais de l’incompréhension, de la défiance de tous ceux qui pensent que les bons sentiments ne peuvent se traduire que par une récupération politique. D’un côté ou de l’autre. Un roman qui malgré son thème un peu provocateur n’en est pas moins d’une extrême pudeur.

En toile de fond, comme une obsession, Flaubert et son chef-d’œuvre Madame Bovary, imprègnent la vie, les pensées, les réflexions, les attitudes de Lucien qui déteignent sur Pélina et Rémi. Flaubert et sa maison, refuges de l’âme et du corps. Et lorsqu’il ne s’agit plus de l’écrivain normand, référence en est faite à Julian Barnes, alias Dan Kavanagh, et auteur du Perroquet de Flaubert. Autre référence indirecte, l’un des breuvages préférés de Lucien, hormis le whisky, est le vin, mais pas n’importe lequel : le Château Mesplède.

 

Joseph PERIGOT : Le bruit du fleuve. Editions Calmann-Lévy. 1991.

Repost 0
13 juillet 2015 1 13 /07 /juillet /2015 09:51

Bon anniversaire à Alain Demouzon, né le 13 juillet 1945.

Alain DEMOUZON : Chagrin d’amour, autobus 83.

Jérémie, soixante ans, a un regret. Il n’a jamais connu de véritable chagrin d’amour.

Et comme il a été placé dans un placard au CNRS, sous un fallacieux prétexte (il doit se montrer moins intelligent qu’il est), il a du temps libre pour se remémorer ses premières conquêtes féminines. Au fait est-ce lui qui a conquis ou le fut-il ?

Bref, un soir qu’il attend le bus, il reconnaît près de lui, et avec stupeur, Viviane, un amour de jeunesse. Elle a bien changé depuis, mais elle est toujours aussi jeune. Elle disparaît brusquement dans une brume de chaleur au fond du bus, une apparition fugitive, une émanation d’un regret longtemps enfoui dans les limbes du souvenir. Elle est remplacée par Béatrice, dont il se rappelle l’absolue flamboyance des baisers, la timidité de surface qui se dégageait d’elle cachant mal la surprise de la fournaise qui brûlait en elle.

Et voilà Jérémie englué dans le voyage des souvenirs, à la recherche des amours éphémères, délétères, des femmes qu’il a connu, ou cru connaître, et qui s’invitent devant ses yeux en entités impalpables, improbables, et pourtant si proches, si douces, si irrésistibles, si présentes.

 

Court roman, ou longue nouvelle, c’est au choix, Chagrin d’amour, autobus 83 nous plonge dans un univers onirique et fantastique qui ne peut qu’inciter le lecteur à effectuer un petit retour en arrière, et débusquer dans les méandres de sa mémoire turbulente ses premiers émois, ses premières amours (c’est vrai aussi pour les dames !), des figures estompées et qui reviennent avec force au moment où on ne les attend plus.

Si tant est qu’on les ait attendu un jour, l’avenir prévalant sur le passé.

Alain DEMOUZON : Chagrin d’amour, autobus 83. Collection Eden Fiction, Eden Production. Parution juin 2003. 72 pages.

Repost 0
10 juillet 2015 5 10 /07 /juillet /2015 10:49

Bon anniversaire à Hubert Monteilhet né le 10 juillet 1928.

Hubert MONTEILHET : Les cavaliers de Belle-Île.

Les amateurs de cape et d’épée se souviennent avec délices de leurs premières lectures : Féval, Zevaco et surtout le grand, l’immense, le magnifique Alexandre Dumas.

Hubert Monteilhet, bien connu pour ses romans policiers dont Les Mantes religieuses (Grand Prix de Littérature policière en 1960) ou Le Retour des cendres, je ne vous les citerais pas tous, par manque de place, renoue avec bonheur avec ce genre. Les cavaliers de Belle-Île qui est la suite des aventures et mémoires du Chevalier d’Espalungue entamées dans De plume et d’épée parues en 1999 chez le même éditeur.

On retrouve dans ce second volet les principaux protagonistes du roman précédent, Louis XIV bien sûr, Mazarin et quelques-uns uns de ceux qui marqueront l’histoire tels Colbert, Le Nôtre, Fouquet et tant d’autres, des personnages moins connu, Rossignol par exemple, spécialiste du chiffre et du décryptage. Sans oublier d’Artagnan, l’ami de d’Espalungue et ses compères Aramis et Porthos, Athos étant au paradis des Mousquetaires. Espalungue mène une vie paisible à Paris mais ses relations avec Anne d’Autriche l’amènent à reprendre le chemin vers de nouvelles aventures, Rome, la Bretagne et l’Angleterre. Tout cela pour déjouer une rumeur : le roi est-il le fils de son père ?

Ecrit d’une plume alerte, parfois verbeuse, ce roman, fort documenté, s’inscrit dans la tradition du livre épique, et Hubert Monteilhet, égal à lui-même, sait distiller de temps à autres des coups de griffe jubilatoires.

 

Hubert MONTEILHET : Les cavaliers de Belle-Île.

Hubert MONTEILHET : Les cavaliers de Belle-Île. Editions de Fallois. Parution août 2001. 398 pages. 19,05€. Réédition Le Livre de Poche. Parution janvier 2003. 444 pages.

Repost 0
7 juillet 2015 2 07 /07 /juillet /2015 10:54

Bon anniversaire à Jean Paul Nozière né le 7 juillet 1943.

Jean-Paul NOZIERE: Tangos.

Milou s’est installé à Sponge dix ans auparavant.

Directeur d’un supermarché il est devenu une figure marquante de la cité, chacun lui étant plus ou moins redevable. Il traficote et même les gendarmes bénéficient de ses largesses.

Seulement il a écrasé Babeth, la fille d’un riche transporteur, un soir de cuite, avec son 4X4 et il a été enfermé durant une semaine dans un asile psychiatrique, gavé d’antidépresseurs. Il revient au village et recueille une jeune auto-stoppeuse, Dolorès, et lui propose de dormir chez lui.

L’arrivée au village n’est pas ce qu’il escomptait. Les gendarmes ont dressé un barrage et se conduisent envers lui comme avec un vulgaire pékin. Les villageois le traitent d’assassin. Seul Maurice, son majordome, un Libanais qui reste en France grâce aux faux papiers que Milou parvient à lui procurer, semble lui vouer la même déférence qu’avant l’accident.

Des appels téléphoniques intempestifs, des dégradations sur son 4X4, les accusations portées par Dolorès le perturbent fortement. Ses deux chiens sont éventrés dans le chenil. Muni d’une carabine, Milou tire au hasard et tue Dolorès. Tandis que Maurice est chargé d’enterrer les cadavres, Milou fouille le sac de la jeune fille et découvre des lettres adressées par Babeth ainsi qu’un pistolet. Au supermarché, complètement disjoncté par l’alcool et les médicaments, il se montre particulièrement odieux envers ses employés, les menaçant du pistolet qu’il s’est accaparé, allant jusqu’à écraser une femme sous un chargement de pommes de terre déversées d’un chariot élévateur. A la fête du village il se conduit guère mieux et est rejeté par tous. Alors il se rend chez le père de Babeth et découvre cadavre gisant au milieu de bandes magnétiques et de lecteurs de cassettes.

 

L’action de ce roman se déroule dans un petit village des Côtes d’or, et pourtant le lecteur pourrait se croire transporté dans une bourgade des Etats-Unis, tellement l’ambiance décrite semble issue d’un ouvrage de Jim Thompson.

La vindicte des villageois, leur façon de procéder afin de démontrer que Milou n’a plus qu’une solution celle de quitter la cité, les agissements de Milou envers ses employés et ceux qu’il considère sous sa botte, à commencer par les gendarmes, n’ont rien à envier aux thèmes développés par Thompson.

Et une fois le livre terminé, avec un excellent retournement de situation, il reste une morale : il ne faut jamais se fier aux premières impressions. Un roman noir fort qui serait judicieux d’adapter au cinéma. Et l’on retiendra également la dérive de Milou comme une brèche issue de son enfance et les nombreuses références musicales qui sont échelonnées tout au long du roman.

 

Jean-Paul NOZIERE: Tangos. Collection Les Noirs N°42. Editions Fleuve Noir. Parution juillet 1998. 222 pages.

Repost 0

Présentation

  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
  • Contact

Recherche

Sites et bons coins remarquables