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21 septembre 2016 3 21 /09 /septembre /2016 08:23

Bon anniversaire à Olivier Thiébaut

né le 21 septembre 1963.

Petit entretien express avec Olivier THIEBAUT.

Dans le roman noir, comme en général dans toute littérature, existent les textes qui dérangent et dont les chroniqueurs parfois n'osent rendre compte, peut-être de peur de se mouiller. L'enfant de cœur d'Olivier Thiébaut paru dans la Série Noire (N°2332) quasiment en même temps que La Sirène rouge de Maurice Dantec (N°2326) n'a pas eu les honneurs de la grande presse, ou alors juste quelques lignes en catimini. Il est vrai que ce roman est plus intimiste que la plupart des productions habituelles de la vénérable vieille dame en noir et jaune. Et qu'il aborde un thème un peu tabou. Faut-il pour cela l'occulter ? Non, au contraire, il faut en parler et ne pas hésiter à donner son avis.

Toutes les sensibilités doivent être respectées et ce n'est pas parce qu'une histoire trouble la conscience qu'elle doit se trouver sous l'éteignoir.

 

 

Prévenu Thiébaut: nom, prénom, âge, profession, antécédents scolaires ?

Je m'appelle Olivier Thiébaut, je suis né le 21.09.63 à Cherbourg. Mon père était inspecteur du trésor, ma mère prof d'anglais. Tous deux sont bien vivants, je tiens à le préciser. Scolarité chaotique avec au bout du compte Bac D., DEUG LAEC...

Ce qui veut dire ?

Lettres, arts, expression, communication. Tout un programme pour beaucoup de vent dans la tête. Puis une licence de cinéma. Ce qui est loin de valoir une licence IV...

Pas d'humour déplacé si vous voulez bien.

Bien monsieur. Quant à mon expérience professionnelle, elle se résume en de petits boulots. Animateur et directeur adjoint de jolies colonies de vacances, surtout avec des enfants de la DDASS; puis stagiaire et assistant, mais très peu, à la mise en scène et enfin scénariste sur une dizaine de séries télévisées. Sinon, mis à part les oreillons à 20 ans, je ne vois pas de quoi défrayer la chronique.

Comment vous est venue l'idée de ce roman.

J'avais envie de raconter une histoire d'adolescent. Ce passage entre l'enfance et l'âge adulte engendre, à mon sens, des comportements intéressants dus à la fragilisation, l'incertitude, le manque de confiance en soi... De plus je souhaitais mettre en scène un personnage de "victime" qui devienne malgré lui un "bourreau". De là à me lancer dans une sorte "d'Oedipe version rock and roll", il n'y avait qu'un pas. D'autre part, le côté familial et intimiste sans héros flics ou détectives ( d'autres auteurs font ça mieux que moi) est un genre un peu délaissé. Et pourtant, statistiquement, on a plus de chance de se faire assassiner en famille au coin du feu que dans la rue par un étranger patibulaire... Quant à la poésie, je voulais insérer un élément un peu onirique, en décalage avec le côté sordide de l'histoire. Pour Benoît, le héros, si tant est qu'on puisse l'appeler ainsi, elle tient lieu de véritable religion même s'il ne l'assimile qu'à la fin. Voilà pour l'idée dont, finalement, je ne sais plus d'où elle vient. Si, de J.B. Pouy qui m'a dit un jour : " Ecris-moi un polar... Je te laisse deux mois..." J'ai mis un an. C'est énervant les gens qui pensent qu'on est aussi doués qu'eux...

Qu'elle est la part d'autobiographie ...

Elle est quasiment nulle pour autant qu'un auteur puisse totalement faire abstraction de son vécu.

Quelles sont vos antécédents littéraires ?

Dès le berceau mes parents m'ont appris à aimer la lecture. . Plus tard, ils ont insisté sur l'importance de l'expression écrite. C'est devenu une quasi obsession. Sinon, j'aimerais bien prendre l'apéro avec le prof de français qui m'a mis 7 à l'oral du BAC et qui m'a dit que si je voulais écrire, j'avais du boulot...

Un peu de respect, s'il vous plaît. Bien, passons à vos auteurs préférés et quelles sont vos influences ?

Ça fait deux question !

Pas d'impertinence et répondez !

Difficile... En polar, j'aime surtout les auteurs français. Moins de flics, de détectives... Et surtout une réalité bien de chez nous que je suis plus facilement capable d'appréhender et où l'identification est plus évidente. Je ne citerai pas de nom pour ne pas passer pour un fayot mais Pouy, par exemple, j'aime beaucoup... Hors polar, encore que, selon moi, la frontière est très mince, j'apprécie particulièrement : Vian, Nabokov, Belleto, Toole - L'unique conjuration des imbéciles - , Céline ... Et encore bon nombre d'auteurs, surtout ceux qui sur un bouquin de 500 pages ne font pas 400 pages de description pour expliquer comment le petit pont qui enjambe la rivière est joli quand le soleil se couche.

Et votre travail comme scénariste à la télé ?

Alimentaire mon cher Watson, oh pardon ...

Vous êtes excusé, mais uniquement parce que vous savez apprécier à sa juste valeur J.B.

Merci de votre mansuétude. Je voulais dire que mon travail comme scénariste c'est ... c'est un boulot qui m'a appris la rigueur, le sens du rebondissement, la simplicité d'une écriture directe et aussi l'humilité.

Acquitté, au bénéfice du doute, et à condition que vous fassiez des petits frères à L'enfant de cœur.

 

(Entretien publié dans la revue 813 N°52 de juin 1995).

 

*****

Des petits frères à L'enfant de cœur, Olivier Thiébaut en a fait quelques-uns, entre deux scénarii et des illustrations notamment pour des ouvrages destinés aux adolescents et publiés aux éditions Sarbacane. Mais il a écrit, seul ou en compagnie d'Eric Kristy, de Jean-Claude Schineizer et autres, des scénarii de téléfilms et séries telles que Une femme d'honneur, Les enquêtes d'Eloïse Rome, Le grand patron, Fabien Cosma ou encore de Chante !

 

Bibliographie :

Enquête d’un père, éd. Après la Lune, coll. Lunes Blafardes, 2006 ;

L’un seul, Editions Lignes noires. 2000.

J’irai revoir mon Cotentin, Éditions Baleine, coll. Tourisme et Polar, 1998.

Les Pieds de la dame aux clebs, Éditions Baleine, coll. Le Poulpe, N°15. 1996.

Rock and Vérole. La Loupiote N°4. 1996.

Larmes de fond, Éditions Baleine, coll. Instantanés de Polar, no 5. 1995.

L’Enfant de cœur, Gallimard, coll. Série noire n° 2392. 1993.

 

Romans Jeunesse

À feu et à sang, Syros, coll. Souris noire, 1996 puis 2000, illustré par Lewis Trondheim.

Frères de sang, Syros, coll. Souris Noire, 1998.

 

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24 août 2016 3 24 /08 /août /2016 08:51

René REOUVEN, ou l’apocryphe talentueux.

René REOUVEN : Un entretien.

Lors de la sortie en librairie du Cercle de Quincey, René Reouven a accepté de répondre à quelques questions. Cet entretien a été publié dans la Revue 813 N°66 de mars 1999.

 

Avec Le Cercle de Quincey, René Reouven joue avec le temps, mêlant habilement passé et présent, laissant planer sur ce roman les ombres de De Quincey, de Jules Romains, de Dostoïevski et de Shakespeare, par personnages interposés. Ce n’est pas le coup d’essai de Reouven qui, depuis de nombreuses années, joue ainsi à cache-cache avec les littérateurs, principalement du siècle dernier : Courteline, Alphonse Allais, Gaston Leroux, André Gide, Oscar Wilde, R.L. Stevenson, Jules Verne et surtout Conan Doyle.

Avec un peu plus d’une trentaine de romans à son actif, en quarante ans de carrière, René Reouven reste toutefois un cas à part, comme un anachronisme dans le monde du polar. Il a débuté en signant des ouvrages de littérature dite générale, démarche inverse de bien des auteurs qui aspirent à la consécration en reniant leurs origines de polardeux. Puis il écrit aussi bien des romans de science fiction, des essais, un Dictionnaire des Assassins, des nouvelles. Il engrange les Prix, mais sans faire vraiment parler de lui, se retranchant derrière son œuvre comme derrière un paravent. C’est surtout quelqu’un de modeste.

René REOUVEN : Un entretien.

« René Reouven est un excellent constructeur d’intrigues mais il aime bien rajouter un petit quelque chose en jouant avec les références littéraires qui feront jubiler les connaisseur ». Michel Lebrun et Jean-Paul Schweighaeuser dans Le guide du Polar (Syros -1987).

 

La première question, rituelle, est de demander à l’auteur de se présenter, dont acte :

Je suis né en 1925 à Alger et je publie depuis 1959. Après des études secondaires, c’est l’armée. Puis je deviens commissaire aux Enquêtes Economiques de l’Algérie. J’en démissionne au bout de quelques années pour tenter l’expérience du kibboutz. Plus tard, de retour en France, j’exerce au sein des Services Académiques de l’Education Nationale, d’où j’ai pris ma retraite pour exercer l’activité d’auteur à plein temps.

 

Comment vous est venu le goût, l’envie d’écrire ?

Le goût de lire m’a conduit au goût d’écrire, et d’écrire surtout ce qui me tentait, à savoir ce que j’aurais aimé lire. C’est la raison pour laquelle je ne me suis pas borné à un seul genre : je les aime tous. Je suis toujours à l’aise dans ce que j’écris, dans la mesure où je ne m’impose rien, ni genre, ni thème, ni mode.

 

Vous avez commencé par de la littérature générale puis vous vous êtes lancé dans le roman policier. Comment s’est effectuée cette transition ?

J’ai toujours plus ou moins écrit, sans penser tout d’abord à me faire publier. Et puis un jour j’ai prêté un manuscrit à un camarade qui a pris le temps de le taper, ce qui m’a mis dans l’obligation de le présenter à un éditeur. C’était un roman de littérature générale, comme vous dites, qui s’appelait La route des voleurs. Et par la suite j’en ai écrit quatre ou cinq et un roman de science-fiction avant de m’orienter vers la littérature policière vers laquelle me poussaient en vérité mes goûts, car sur les romans de littérature générale que j’ai écrit, il y en a trois qui sont à thème policier. D’ailleurs, si j’ai écrit plus de trente livres, je ne juge plus utile de porter dans ma bibliographie les romans de littérature générale, la grande disent les imbéciles, par lesquels j’ai commencé. Cinq ou six ouvrages qui ont obtenu le Prix Cazes et le grand prix de Littérature de la Fondation Del Duca pour l’ensemble de mon œuvre, laquelle à l’époque ne comptait pas de romans policiers.

 

René REOUVEN : Un entretien.

Quels ont été vos maîtres ?

Je peux dire que j’ai été influencé par des ouvrages différents qui vont de Zevaco à Arthur Koestler. Ce sont ceux qui m’ont appris, sinon à penser, mais qui m’ont donné quelques grands schémas dans lesquels je me suis un peu orienté.

 

Que représente pour vous la littérature policière ?

Pour moi la littérature policière c’est la meilleure parce qu’elle ne se contente pas de raconter des histoires. Elle fait en plus appel à toutes les ressources de l’esprit du lecteur. Elle établit un dialogue en quelque sorte, puisque l’auteur propose un problème, le lecteur y réfléchit. Il y a même des romans policiers où l’auteur s’adresse au lecteur et lui pose le problème. C’est un jeu excitant pour l’esprit, et, en plus, c’est une histoire qui peut-être passionnante, qui peut retenir en dehors de tout autre problème.

 

Comment travaillez-vous ? Préparez-vous un plan longtemps à l’avance et laissez-vous mûrir vos idées, ou vous astreignez-vous à des pages d’écriture quotidiennes ?

En réalité je ne m’astreins à rien du tout. Lorsque j’ai une idée, je la laisse mûrir très très longtemps. Je fais le plan peu à peu, au fur et à mesure que l’idée se développe, et lorsque l’inspiration me vient, je me mets à écrire. Il peut m’arriver de rester sans écrire pendant plusieurs jours, voire une ou deux semaines, lorsque je ne me ressens pas dans l’état d’esprit nécessaire pour pouvoir écrire. Les idées se décantent, elles s’ordonnent, peut-être inconsciemment, et finalement je me remets à écrire mais je ne m’astreins à aucune contrainte, ni dans le temps, ni dans le lieu.

 

Où puisez-vous vos sujets ?

Un peu n’importe où. Moins souvent dans la presse comme mes confrères le disent généralement. Souvent, je l’avoue, il m’arrive de lire des romans policiers où j’imagine une solution ou une vérité qui est cachée, que je pense être celle proposée par l’auteur, et je m’aperçois qu’il propose une autre vérité. A ce moment là j’utilise la vérité que moi j’avais imaginée et, très souvent, c’est quelque chose qui peut réussir.

 

Pourquoi avoir utilisé les pseudonymes de René Reouven et d’Albert Davidson ?

Lorsque j’ai commencé à écrire des romans policiers sous couverture spécialisée, je venais de publier plusieurs romans de littérature générale pour lesquels j’avais obtenu des prix. Je pensais qu’il n’était pas très élégant de publier des romans policiers sous mon nom et puis, d’autre part, comme je ne proposais pas la même marchandise aux lecteurs, je ne voulais pas l’abuser. Quant au nom de Reouven, la raison pour laquelle je l’ai pris remonte au temps où je vivais en Israël dans un kibboutz. C’est la transcription approximative de René. J’ai donc utilisé ce pseudonyme, puisque j’en avais déjà un. C’était inutile d’en chercher un autre. En ce qui concerne Albert Davidson, c’est un peu différent. J’ai écrit un livre qui s’appelait Elémentaire, mon cher Watson et à ce moment là, la directrice de la collection Sueurs Froides, qui était à l’époque Noëlle Loriot, m’a proposé de prendre un pseudo anglo-saxon. Non pas tellement pour abuser les journalistes, mais sutout pour que le lecteur, qui pratique un chauvinisme à l’envers dans cette matière, soit plus tenté d’acheter ce livre parce que simplement, lorsque l’on parle de Sherlock Holmes, on imagine surtout que ce sont les anglo-saxons qui savent en parler.

 

Etes-vous fasciné par Sherlock Holmes ?

Je suis moins fasciné par Sherlock Holmes que par son environnement britannique et surtout victorien. Je crois que le romantisme de l’horreur prend, dans ce cadre, ses plus belles couleurs, même si elles sont feutrées par le brouillard.

 

Vos livres sont souvent empreints d’un humour corrosif. Le ressentez-vous comme tel ?

Je pense que cela correspond un peu à mon caractère. Je crois que la vie n’est acceptable qu’à condition de l’accommoder à une certaine sauce d’humour, et surtout lorsqu’il s’agit d’histoires aussi horribles qu’on raconte dans des romans policiers. C’est peut-être ce que l’on appelle l’humour noir. Et ça correspond, d’une certaine façon, à une forme d’esprit que j’ai et qui consiste à voir le côté cocasse de chaque situation. Je pense en outre que sur le plan littéraire ça peut apporter certaines trouvailles. En fait l’humour qu’on peut trouver dans mes romans, voire dans mes essais comme le Dictionnaire des Assassins, est pour moi le condiment nécessaire à l’assaisonnement de la mort, qui, sans lui, tournerait vite à la monotonie.

 

René REOUVEN : Un entretien.

Quelles sont les qualités que vous appréciez le plus dans la vie, chez les autres, et les défauts que vous abhorrez le plus ?

Les qualités que j’apprécie le plus chez les autres, c’est la propreté, la dignité, l’honnêteté au sens moral et intellectuel. Bien entendu un certain courage. L’intelligence n’est pas une qualité, c’est un don, par conséquent je l’écarte. Il est plus intéressant, bien sûr, de parler avec quelqu’un d’intelligent, mais je ne pense pas que ce soit la qualité primordiale. Quant aux défauts que j’abhorre le plus, ce que je ne peux pas encaisser, c’est l’hypocrisie d’une part, et d’autre part d’être sans gêne. De penser que tout vous est dû. Le fait de penser ausssi que le monde attend le message que vous allez lui délivrer. Bref, vous avez parlé tout à l’heure de ma modestie. En fait la modestie, c’est la paresse. C’est la raison pour laquelle je suis un peu dans une tour d’ivoire dans ce domaine.

 

Contrairement à beaucoup d’auteurs, et même en prenant des pseudonymes, vous êtes toujours resté fidèle au même éditeur. Bizarre, non ?

Non, non, pas bizarre du tout. Je n’ai pas eu de gros problèmes avec mon éditeur et comme je vous l’ai dit, je suis un paresseux. Je ne me vois pas en train de frapper à d’autres portes, sauf évidemment si nos relations s’envenimaient. Ce qui peut toujours arriver...

 

Loin de tout tapage et de tout bruit, vous avez construit une œuvre comportant plus d’une trentaine de romans. Œuvre importante plus par la qualité que par la quantité. Que pensez-vous des auteurs plus prolifiques que vous ?

Il n’a jamais été question dans mon esprit de construire une œuvre. J’écris comme ça vient, à droite, à gauche, à hue et à dia. Et dirait l’autre, j’arrête quand je veux. Je pense que c’est une question de choix. Moi, quand j’écris, c’est pour m’amuser, c’est pour y prendre du plaisir. Il est certain qu’il y a des auteurs qui ont choisi une fois pour toute de vivre de leur plume. Et il est certain également que ça les met dans l’obligation d’écrire beaucoup, parfois avec des fortunes diverses. Il y a des gens qui sont capables d’écrire vite, bien et beaucoup. Comme Georges-Jean Arnaud par exemple. Moi, je ne crois pas que je serais capable de le faire. La qualité des textes est simplement due au fait que j’écris des livres tels que j’aimerais en lire. Et si j’ai écrit une trentaine de romans, il ne faut pas oublier que j’ai écrit sur une période de quarante ans.

 

Que pensez-vous des jeunes loups qui montent et montrent les dents, faisant parfois beaucoup parler d’eux ?

Je les comprends. Chacun son caractère. Ils ont choisi, eux, de se faire connaître, ils sont beaucoup moins paresseux que moi, ils s’agitent... Cela fait peut-être partie du travail d’auteur. C’est un travail que moi je n’aime pas beaucoup faire. Il semble qu’ils aient tout à fait saisi la vérité de notre temps. A mon avis les dents valent mieux que la langue, mais je suis trop paresseux pour faire comme eux. Et puis, l’arrivisme, ce n’est jamais que l’ambition des autres.

 

Lisez-vous les critiques lors de la parution d’un nouveau roman et comment réagissez-vous ?

Quand un de mes nouveaux romans paraît, bien sûr que je lis les critiques. D’ailleurs mon éditeur m’adresse les photocopies de toutes les critiques qui paraissent. Je n’ai pas trop à me plaindre, généralement je ne suis pas malmené par la presse. Il peut arriver qu’un de mes romans ne plaise pas; c’est le droit du critique de le dire. Je ne suis pas de ceux qui pensent qu’un critique, s’il n’a pas écrit lui-même, n ‘a pas le droit de juger les autres. Quand je vais voir un film, que je serais incapable de réaliser, si c’est un navet, je dis que c’est un navet. Bien entendu, quand les critiques sont mauvaises, ça ne me fait pas plaisir, mais après tout c’est le jeu. C’est moi qui l’ai choisi et je ne vois pas pourquoi je me plaindrais.

 

Pourquoi votre goût pour la littérature classique, goût qui se ressent dans votre œuvre, parfois de façon iconoclaste ?

Mon goût pour la littérature classique ? Une revanche perverse contre ceux - certains professeurs du secondaire - qui ont tout fait pour m’en dégoûter. Heureusement, les méthodes ont bien changé, et je retournerais bien sur les bancs. Et puis, encanailler dans le polar les institutions littéraires que sont devenus certains auteurs, me parait une œuvre de salubrité publique.

 

René REOUVEN : Un entretien.

Quels sont vos projets ?

J’ai un manuscrit chez Denoël qui doit paraître dans la collection Présences : La partition de Jéricho. Dans l’anthologie Noëls meurtriers, réunie au Masque par Jean-Pierre Croquet, j’ai donné une nouvelle, La nuit des Mages. Enfin, j’achève une grande nouvelle pour l’anthologie de Steampunk que Daniel Riche prépare pour le Fleuve Noir : Ame qui vive.

René REOUVEN : Un entretien.

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21 juin 2016 2 21 /06 /juin /2016 14:01

Gilles Maurice Dumoulin alias G. Morris, G. Morris-Dumoulin ou encore Vic Saint-Val, est décédé le 10 juin 2016. Il était né au Havre le 16 janvier 1924.

G.M. Dumoulin en compagnie de Brice Pelman, à la Bilipo en octobre 1999 pour les 50 ans du Fleuve Noir

G.M. Dumoulin en compagnie de Brice Pelman, à la Bilipo en octobre 1999 pour les 50 ans du Fleuve Noir

Il travaille dès l’âge de treize ans chez un importateur de coton. De fil en aiguille, cet autodidacte qui apprend plusieurs langues étrangères grâce à la méthode à « six mille » et aime imiter Charles Trenet, monte une troupe de théâtre en 1942, puis se tourne vers la littérature en devenant tout d’abord traducteur de Mickey Spillane, d’Irwin Shaw (Le Bal des Maudits) ou de Robert Ruark (Le carnaval des dieux) et enfin, sous la pression amicale de critiques éclairés, se lance dans la production de romans policiers, d’espionnage puis d’anticipation.

Une œuvre aujourd’hui évaluée à plus de deux cents titres.

Il reçoit en 1955 le grand prix de littérature policière pour «Assassin mon frère» paru dans la collection «Un Mystère» aux Presses de la Cité dans lequel il prend pour décor le fameux camp Philipp Morris implanté à la fin de la guerre près du Havre et où il a été employé comme interprète.

Il intègre l’écurie du Fleuve Noir en 1963, produisant des romans pour les collection Spécial Police, Espionnage, Anticipation et la collection Vic-Saint-Val dont les premiers titres sont écrits en collaboration avec Patrice Dard. Parallèlement il écrit des chansons et des scénarios de films dont les réalisateurs s’appellent Henri Decoin ou Edouard Molinaro.

Pour en savoir plus sur cet auteur prolifique dont certains ouvrages ont atteint les 100 000 exemplaires, chiffre dont aimerait s’enorgueillir bien des best-sellers d’aujourd’hui, le meilleur moyen est de lire sa biographie, même si parfois on reste sur sa faim, «Le forçat de l ’Underwood» paru chez Manya en 1993.

 

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30 mars 2016 3 30 /03 /mars /2016 12:30

Avant la parution de ma chronique concernant le nouveau roman de Sonja Delzongle, Quand la neige danse, dans la collection Sueurs Froides chez Denoël, je vous propose un entretien réalisé en compagnie de Bruno, de Passion Polar, lors de la parution de son roman: Le Hameau des Purs. Voici donc le fruit de nos cogitations et les réponses de cette auteure qui s’est livrée avec patience et sympathie au feu croisé de nos questions.

Sonia DELZONGLE : un entretien.

Bruno : Tout d’abord, pour les lecteurs de Passion Polar et des Lectures de l'Oncle Paul qui ne te connaissent pas encore, peux-tu te présenter en quelques mots ?

SD : Quelques mots ne suffiraient pas (surtout pour mes défauts) ! Alors je vais au plus simple… Je fus peintre, je suis journaliste et je veux devenir un écrivain…célèbre !

 

Bruno : Tu vis à Lyon. Pourtant l’action de ton dernier roman «  Le hameau des purs » se déroule dans une toute autre région, dans une contrée magnifique mais qui l’hiver venu se referme sur ses habitants. Cette région c’est le Vivarais-Lignon. Une région que tu connais personnellement ?

SD : Oui, une région où j’ai passé quelques weekends, justement dans un de ces hameaux austères de pierres grises, sans que ce soit pour autant celui des Purs…

 

Bruno : Cette région est magnifique en même temps qu’elle est rude . Alors que dans beaucoup de roman policiers, la nature, l’environnement jouent un rôle secondaire, dans ton roman au contraire ceux-ci sont quasiment des personnages à part entière de l’histoire que tu racontes, pourquoi ce choix ?

SD : Vous êtes plusieurs intervieweurs et chroniqueurs à définir cet environnement comme un personnage principal (dimension que j’adore précisément dans les romans nordiques où la nature est très présente et puissante) et je trouve cette remarque très juste. En fait, ce n’est pas vraiment un choix, mais quelque chose qui s’est imposé au fil des mots, en fonction de ma sensibilité à cet univers.

 

Bruno : D’un côté, sous son grand manteau blanc elle enferme les personnages dans un huit clos en plein air, et de l’autre, il y a ce lac, aussi profond et insondable que peut l’être l’esprit de certains personnages du lieu. La nature n’est pas neutre dans ton roman, j’oserai presque dire qu’elle est même un peu complice de ce personnage insaisissable qu’est cet Empailleur ? Je me trompe ?

SD : C’est très vrai, puisque c’est elle, cette nature-là, qui l’a façonné et fait de lui un être à l’âme insondable et aux pulsions presque animales.

 

Paul : Souvent les romanciers affirment que leurs personnages leur échappent et n’en font qu’à leur tête. Fut-ce le cas pour Le Hameau des Purs ?

SD : Les miens n’ont pas intérêt, je n’aime pas les mutineries ! J’ai eu un peu de mal avec Audrey, une vraie rebelle, mais ce n’est pas le cas pour les autres personnages. Je me situe plutôt dans la catégorie des romanciers qui « sont » d’une certaine façon leurs personnages. Je ne crois pas que la création puisse à ce point échapper au créateur, c’est une excuse à ses propres égarements ! A moins que le créateur ou le romancier ne souffre de schizophrénie…

 

Paul : Cette communauté des Purs ressemble à celle des Amish. Or celle-ci, implantée aux Etats-Unis dans quelques états, a été fondée en France, à Sainte-Marie aux mines (Haut-Rhin) en 1693, si l’on en croit les historiens. Avez-vous enquêté de ce côté pour mettre en scène vos personnages ? 

SD : Absolument, et pour cela, Internet est une source précieuse, à condition de faire un tri… Je me suis documentée surtout sur les mœurs des Purs, dont m’avait déjà parlé une amie qui a une maison familiale dans un hameau à proximité de celui où vit une communauté de Purs… Il y en a dans d’autres régions de France, mais ils se sont pas mal regroupés dans le Vivarais-Lignon, région en harmonie avec leur mode de vie.

 

Sonia DELZONGLE : un entretien.

Paul : Aviez-vous prévu la fin qui se trouve dans le chapitre intitulé Le Lac, et même est-ce lui qui a généré le roman ?

SD : Bien que des éléments viennent toujours se rajouter à l’histoire lorsqu’elle est sur le métier à tisser, oui, la fin était prévue, mais ce n’est pas cette partie qui est à l’origine du roman. En fait, un jour, j’ai aperçu un type d’aspect marginal, avec une vraie gueule, à vélo portant sur le dos du matériel de pêche dans les rues de Lyon et à partir de cette « vision », Léman est né… avec son histoire. L’écrivain n’est qu’une machine à recycler la réalité…

 

Bruno : Une autre originalité de ton roman c’est ce tueur en série. Alors qu’habituellement dès qu’il est question de serial killer, les auteurs rivalisent de scènes toutes plus sanguinolentes les unes que les autres, toi tu as fait le choix de le laisser à la périphérie du roman. On a connaissance de ses actes, on sent sa présence pesante tout au long du roman, mais on ne le voit jamais. Qu’est ce qui à motiver cette approche ?

SD : Je me défends d’utiliser des procédés, c’est donc bien malgré moi qu’une telle ombre plane encore une fois sur l’histoire. Déjà dans mon avant-dernier roman, A Titre Posthume (un thriller éditorial divertissant mais moins abouti, à mon sens, que le Hameau des Purs) l’absence d’un des personnages pèse sur l’intrigue. Les absents n’ont pas toujours tort…  Et j’ai toujours préféré ce qui est suggéré à ce qui est montré ou décrit crument. C’est pourquoi j’adore le cinéma de Hitchcock.

Quant aux scènes sanguinolentes, je ne déteste pas et suis une fan d’histoires de vampires, mais plutôt de Dracula de Bram Stoker ou de Nosferatu au cinéma que de Twilight… D’ailleurs j’en ai une dans mes tiroirs (dont l’intention est de bouleverser la légende) que j’ai abandonnée, découragée par ce déchaînement de publications sur le thème. J’attends un peu…

 

Paul : La taxidermie joue un mini-rôle dans ce roman. Vous ne l’exploitez pas beaucoup et pourtant c’est l’un des fondements de l’intrigue. Parce que vous-êtes fascinée et en même temps dérangée par cette pratique ?

SD : Disons que comme toute chose qui fascine et répugne ou dérange en même temps, on y va timidement, avec une certaine pudeur. Et puis, faire d’un mini-rôle un des fondements de l’intrigue, c’est un petit tour de force, non ?

 

Bruno : Ton roman a une architecture assez particulière. Une première partie où les choses se devinent plus qu’elles ne se disent, où le passé affleure la surface du présent. Une seconde, brutale, comme un coup de pied qui viendrait faire tomber les stalactites de glace accumulées tout au long de l’hiver. Je me suis même demandé si tu n’avais pas écris ton roman en deux temps, à deux périodes différentes. Est-ce le cas ?

Cette cassure était elle volontaire et si oui pourquoi ce choix ?

SD : Belle image que celle du coup de pied ! Non, j’ai écrit mon roman d’une traite, commencé au début de l’automne après une gestation et terminé à la fin de l’hiver. J’aime les fêlures et les cassures, les ruptures de rythme, mais aussi, l’idée de violer le lecteur ne me déplaît pas. Alors si c’est le cas, tant mieux…

 

Citron vert

Citron vert

Paul : Vous êtes parallèlement artiste, créatrice plasticienne et peintre. Dans la toile « L’insoutenable légèreté des lettres » votre œuvre est divisée en quatre parties, un peu comme le roman, mais ce n’est pas ce que l’on voit le plus qui prime. Un parallèle entre la peinture et la littérature ?

SD : Déjà aux Beaux-Arts j’avais esquissé un travail sur « l’invisible », alors le parallèle doit en effet exister. Nous sommes des entités, malgré nos cassures. Imprégnée de contes plus ou moins fantastiques toute mon enfance, je privilégie l’imaginaire. Ce que l’on ne voit pas est l’un de ses principaux composants. Chez les êtres, c’est la même chose, je m’attache surtout à ce qui ne saute pas aux yeux. Leur essence.

 

Paul : Vous écrivez dans votre Blog’art : Savoir manier la perspective, utiliser les proportions au mieux, est en effet la moindre des choses et le moindre des respects envers soi-même et les autres. C’est un peu ce que le lecteur ressent avec Le Hameau des Purs. La perspective est primordiale en art pictural comme en littérature ?

SD : Oui, il me semble. Tant mieux si on ressent cette volonté à la lecture du Hameau des Purs. Avoir « l’idée » est une chose (tout le monde en a !), mais savoir l’exploiter sur la longueur relève d’un travail rigoureux et d’une remise en question constante. Je trouve dommage de saborder une idée originale par une absence de qualité d’écriture. Trop de romans sont publiés sur ce modèle. Et pourtant, ils marchent !  J’aime assez la justesse de cette citation de Jean Paulhan : "Chacun sait qu'il y a, de nos jours, deux littératures : la mauvaise, qui est proprement illisible, on la lit beaucoup. Et la bonne, qui ne se lit pas".

 

Paul : Dans Carnets d’Afrique, vous pratiquez, si je ne me trompe pas, l’art du collage. J’ai ressenti la même impression en lisant Le Hameau des Purs. Me trompé-je ?

SD : Un collage qui pourrait s’apparenter à de la marqueterie… Plus qu’ « art du collage » pour le Hameau des Purs ou le roman, d’ailleurs, j’utiliserais plutôt la métaphore du modelage. Il y a l’armature, le squelette, puis la matière brute comme l’argile que l’on va poser sur l’armature puis façonner en enlevant ou rajoutant de la matière.

 

Bruno : Journaliste, peintre, finalement écrivain ! D’où te vient cette envie de t’exprimer sous différentes formes ?

SD : Si tu le permets, Bruno, je changerais juste l’ordre… D’abord écrivain…dans l’âme (mon goût pour l’écriture remonte à l’enfance, même si je ne suis publiée que sur le tard), ensuite peintre plasticienne et enfin journaliste (une autre forme d’écriture, alimentaire, celle-ci !). L’art et l’écriture ne sont pas si éloignés, l’écriture étant un art et l’art (notamment la peinture) pouvant être une écriture. Je crois que je suis née comme ça… je ne sais pas faire autre chose, j’ai d’ailleurs pu le constater en exerçant des jobs très différents.

 

Bruno : Que t’apporte l’écriture que ne peut t’apporter la peinture  par exemple?

SD : Garder les mains propres…

 

Bruno : Si je me rappelle bien, tu es une grande fan des Thrillers américains. Ta culture polar se situe-t-elle davantage Outre-Atlantique qu’en France ? Et quels sont les auteurs qui ton marqués ?

SD : « Fan » suffira, parce que « grande fan » m’obligerait à avoir une excellente culture en la matière, ce qui n’est pas le cas. Déjà, si l’on distingue le polar du thriller, mes penchants vont vers ce dernier. Côté polar, avec des Manchette ou des Simenon, les Français n’ont rien à envier aux anglo-saxons, sauf peut-être, Agatha Christie. Et depuis, nous avons Fred Vargas…

Dans le thriller, je crains que certains auteurs français, à commencer par le choix d’un pseudo américanisé, ne prennent aux anglo-saxons les travers les pires (comme des chutes granguignolesques), au lieu de trouver un style « thriller à la française ». Les Américains ont bien su se construire une identité dans ce genre, pourquoi pas les Français ? Mais certains trouveront peut-être que j’ai aussi cédé à ce travers sur quelques aspects du Hameau des Purs… Pourtant, j’aime trop les auteurs anglo-saxons (James Ellroy, le prenant Connelly, Tony Hillerman, R.J. Ellory, une vraie découverte, qui a accepté mon invitation sur Facebook, la belle Mo Hayder pour Tokyo, et Shane Stevens avec Au-delà du mal) pour ne pas m’inspirer de ce qu’ils font de meilleur en y mettant ma patte… Toutefois je n’irai pas non plus jusqu’à dire, à l’instar d’un de mes confrères débutant, que les grands noms français du thriller actuel « ne me font pas peur », bien sûr que si, ils me font peur parce que je n’ai pas (encore) vendu 300 000 exemplaires, qu’ils sont dans l’ensemble plus jeunes que moi, qu’ils en sont à leur dixième roman publié et qu’ils prennent toute la place sur les consoles des meilleures ventes en librairie.

 

Bruno : A ton avis qu’est ce qui distingue justement le polar français, du polar américain ?

SD : Là encore, polar ou thriller ? Si c’est un terme généraliste, l’efficacité associée à une qualité d’écriture (souvent elliptique) en faveur des Américains, une ambiance, les lieux, mais encore une fois, il y a du polar de grande qualité en France.

 

Bruno : A Lyon tu avais évoqué avec moi ton prochain roman. Celui-ci prend t-il forme ? Quand penses-tu le publier ?

SD : Il prend bien forme, oui. Quant à sa publication, c’est à mon éditeur d’y penser…

 

Bruno : Quel est le dernier polar que tu as lu et que tu as aimé ?

SD : Sans hésitation, le thriller Au-delà du mal de Shane Stevens (pas tout à fait terminé), parce que c’est aussi un vrai roman.

 

Paul : Quel est le défaut que vous détestez le plus, qui vous met en colère, et quelle est la qualité qui pour vous est primordiale ?

SD : Je déteste par-dessus tout la lâcheté (qui est souvent source de mensonge et d’une forme d’égoïsme) et, justement, l’égoïsme. Une qualité essentielle pour moi est la gentillesse (d’où découlent l’altruisme, la générosité et le dévouement).

 

Sonia DELZONGLE : un entretien.

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21 mars 2016 1 21 /03 /mars /2016 13:41

Un romancier berger qui n'en faisait pas tout

un fromage !

THIRION Louis : Un portrait.

Né le 25 octobre 1923 à Neufchâteau dans les Vosges, Louis Thirion s'est éteint le 9 décembre 2011 à Paris.

Après une enfance qui l'entraîne des Vosges jusqu'à Dieppe en passant par les Basses-Alpes (devenues Alpes de Haute Provence) Louis Thirion sera marqué par la tentative sanglante de débarquement Anglo-Canadien le 19 août 1942, qu'il voit d'une fenêtre de la maison familiale. Ce jour là il passe du statut d'adolescent à celui d'adulte.

A cette époque il s'intéresse surtout au "bricolage" scientifique utilisant pour cela l'imposant matériel abandonné par son père, pionnier de la radio et collaborateur aux premières émissions de Radio Tour Eiffel. Ce qui l'amène à monter des postes émetteurs clandestins, établissant des liaisons radio avec des chalutiers navigant dans la Manche, ce qui se traduitt par une certaine confusion et engendre quelques enquêtes gênantes. Ce qui l'a amené à devenir interprète pour l'armée américaine, pour le 195 Rail of Batellion, en 1944.

Mais laissons la parole à Louis Thirion qui s'exprimait ainsi :

Plus tard, cette manie devait me créer des problèmes et je me souviens d'un certain soldat allemand venu imprudemment seul et sans arme acheter des œufs, qui me trouva écouteurs aux oreilles, en pleine zone interdite. Je ne sais pas lequel eut le plus peur des deux, mais je crois bien que cette maison, perdue dans le lacis inextricable des chemins creux normands, fut abandonnée par notre équipe en moins de dix minutes.

Plus tard, la paix revenue, je voyageai avec optimisme en Europe, à la recherche d'un moyen de gagner ma vie sans m'ennuyer. Mais de la pêche au thon pour laquelle je n'étais pas doué, en passant par le forage de puits de mine et la vente de calendriers polychromes, j'accumulais des expériences plus ou moins réussies.

Puis décidant d'utiliser quelques diplômes qui traînaient dans mes dossiers, je collaborai pendant quelques années avec un laboratoire. Initié aux secrets de la recherche biologique moderne, je découvris cet infini à la fois merveilleux et inquiétant qu'est le bouillonnement de la vie. J'eus brusquement envie de réfléchir et quittant le laboratoire, je devins berger. Seul sur les flancs austères des Pré-Alpes du Sud, en présence de l'infini cosmique, j'écrivis mon premier roman de science-fiction.

 

C'est ainsi que de 1960, étant agriculteur fromager dans la Drôme, puis son retour à la ville en 1970, travaillant dans la publicité pharmaceutique, puis un mariage tardif en 1972 conclu par la naissance de trois enfants, Louis Thirion écrivit des romans et des pièces de théâtre.

Son premier ouvrage, Waterloo morne plaine, fut publié en 1964 aux éditions du Scorpion et chroniqué dans Le Canard enchaîné le 20 mai 1964. L'article se terminait ainsi : un récit truculent, enlevé à la pointe de la baïonnette bic, suavement irrespectueux et contraire aux plus solides enseignements de l'école de guerre. A conseiller aux associations d'officiers de réserve.

THIRION Louis : Un portrait.

Suivirent deux romans d'espionnage aux éditions S.E.G. Un guépard pour Olga et Le guépard se mouille, respectivement en 1966 et 1967, puis Les résidences de Psycartown chez Eric Losfeld en 1968, qui eut l'honneur d'être chroniqué par Jacques Chambon dans la revue Fiction N°184.

1968, année turbulente mais également prolifique pour Louis Thirion qui entre aux éditions Fleuve Noir.

Parmi les auteurs de la Collection Anticipation, Louis Thirion est un peu l'électron libre méconnu coincé parmi une horde de romanciers issus du sérail, même s'il ne fut pas le seul a intégrer la digne vieille dame de la Science-fiction française à cette époque et à n'avoir produit quasiment uniquement que des romans relevant de ce genre.

Non seulement il n'est pas astreint à produire quatre romans par an, comme la plupart de ses collèges, mais de plus s'il inscrit ses ouvrages dans le space opera, ou opéra de l'espace, genre privilégié à l'époque, le traitement et ses sources d'inspiration divergent profondément.

Son premier roman, Les Stols, parait en juin 1968, date hautement symbolique puisque suivant les fameux débordements et les contestations du mois de mai.

En octobre 1998, Louis Thirion me précisait dans un courrier la genèse de ses romans de science-fiction et plus particulièrement la saga de Jord Maogan :

Ce fut un jour d'hiver des années 60 qu'accoudé au comptoir de zinc d'un bistrot minable de la rue Saint-André des Arts, aujourd'hui transformé en piège à touristes, que je me suis entendu dire par l'un des intellectuels de base de cette époque que les propos que je tenais à propos du monde en général et de l'évolution de la pensée moderne en particulier étaient superfétatoires.

Rendu modeste par cette affirmation péremptoire, je décidai de ne pas me mesurer aux géants mais de distraire le plus grand nombre. Cette décision a marqué ma vie car l'on parle encore de Sartre alors que personne ne parle jamais de moi mais qui dira le plaisir secret que l'on éprouve de se voir lire dans les autobus, les véhicules de livraisons en stationnement et les trains.

Il est vrai que Jord Maogan antihéros maladroit et emprunté auquel le Fleuve Noir (sans doute abusé sur sa véritable nature) a donné vie était un personnage peu banal. Principalement occupé à faire entrer les boules les plus grosses dans les plus petites, il a parcouru l'univers en translations instantanées (procédé emprunté depuis avec succès par nombre de suiveurs). Miracle on a parlé de moi pour me chercher des parrains; l'on a cherché des sources d'inspiration étrangères là où il n'y avait que cogitation personnelle. J'avais peut-être le droit de porter la barbe comme Karl Marx (ce que je me suis bien gardé de faire) mais je n'avais pas le droit d'avoir autant d'imagination que Van Vogt. Pire encore, je ne savais pas exploiter les filons par la production intarissable de clones. J'ai donc tué Maogan. La suite a été anarchique. Une succession de romans touts différents les uns des autres. Pourtant des bouquins comme Le temps des rats ou Cette chose qui vivait sur Véra sont restés bien actuels et en Amérique l'on a pris beaucoup de plaisir à lire Réalité 2.

THIRION Louis : Un portrait.

A la question bateau et pourtant incontournable : Comment vous sont venus le besoin, l'envie, le plaisir d'écrire et pourquoi de la littérature populaire, Louis Thirion m'avait répondu :

Parce qu'à notre époque les autres auteurs se prennent trop au sérieux.

 

Et s'il fut impossible aux critiques spécialisés d'accoler le nom de Louis Thirion à un célèbre précurseur, cet auteur atypique a suscité toutefois quelques vocations dont Roland C. Wagner. D'ailleurs, Roland C. Wagner, qui signe la postface de l'ouvrage Dans les espaces déjantés (éditions Critic), un long article consacré à la collection Anticipation avant Louis Thirion et présente l'œuvre de Thirion, ne tarissait pas d'éloges sur ce romancier qui lui fit découvrir à l'âge de dix ans la science-fiction en général et la mythique collection du Fleuve Noir en particulier.

 

Fin 1983, début 1984, paraissait le numéro 2 d'une revue au titre quelque peu provocateur : Le Singe revue cynique, qui était dirigée par Philippe Godard. Au sommaire la première partie d'un roman de Louis Thirion : Le bonheur est pour demain, titre apparemment resté inédit. Mais notre auteur signait également des articles de fond, dont : Tentative d'explication rationnelle de l'utilisation du fœtus humain dans une société post-reaganienne mécanisée, sous le pseudonyme du Docteur Mabuse-Lambioffier. Combien d'années fut éditée cette revue, combien de numéros furent publiés ? Seul Philippe Godard, qui par la suite collabora avec Louis Thirion pour l'écriture de quatre romans jeunesse pourrait nous le préciser.

 

Sources : Correspondance personnelle avec l'auteur et Fleuve Noir Info N°56 de septembre 1969.

 

Anticipation

354 - Les Stols

377 - Les Naufragés de l'Alkinoos

393 - Les Whums se vengent

427 - Ysée-A

456 - Sterga la noire

543 - Le Secret d'Ipavar

590 - Métrocéan 2031

599 - Chevaliers du temps

998 - Chez temporel

1182 - Le Répertoire des époques de cette galaxie

1204 - Expérimentation alpha

1283 - Ticket aller-retour pour l'hyperspace

1339 - Lorsque R'Saanz parut

1348 - Galactic paranoïa

1442 - Que l'éternité soit avec nous !

1455 - Le Temps des rats

1509 - Accident temporel

1644 - Réalité 2

1673 - Les Guerrières de Arastawar

1701 - Cette chose qui vivait sur Vega

1734 - Ysee A (rééd. de 427)

1800 - Requiem pour une idole de cristal

 

Super Luxe

62 - Sterga la noire (Rééd. de Antic. 456)

 

Autres publications :

Sigurt le Viking, Hachette Jeunesse, avec Philippe Godard. (2004)

Sigurt le Viking et la montagne d'argent, Hachette Jeunesse, avec Philippe Godard.(2005)

Sigurt le Viking: Le pur-sang des vagues, Hachette Jeunesse, avec Philippe Godard. (2005)

Passeport pour la 5e dimension, Rivière Blanche. (2005)

Helios, Rivière Blanche.(2007)

Adam, L'Enfant-Monde suivi de Solaise, Rivière Blanche. (Ouvrage posthume - 2012)

 

Dans les espaces déjantés : réédition de Les Stols, Ysée-A et Sterga la noire. Editions Critic novembre 2015.

 

Pièces de Théâtre :

Les Pilules jouée au Théâtre de l'Epée de bois

Les orgues du vent; Eudes l'enfant venu d'ailleurs; Le petit bonhomme de San Francisco; Appartement 6000, toutes jouées au Théâtre de l'étrange sur France Inter, avec notamment Roger Hanin et Pierre Tornade.

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7 décembre 2015 1 07 /12 /décembre /2015 15:11

Contrairement à Serge Gainsbourg qui chantait Je suis venu te dire que je m'en vais, Michel Averlant est parti, sans tambour ni trompette, sur la pointe des pieds, rejoindre le Paradis des romanciers et des directeurs littéraires.

Michel Averlant en compagnie de Maurice Bernard Endrèbe et Igor B. Maslowski. Photo de R. Landin

Michel Averlant en compagnie de Maurice Bernard Endrèbe et Igor B. Maslowski. Photo de R. Landin

C'est par un contact Facebook (je n'aime pas le vocable d'ami lié à Facebook, cela me donne l'impression de faire partie d'une secte), que j'ai appris le décès de Michel Averlant le 23 septembre de cette année 2015. Apparemment, à preuve du contraire, les médias et magazines spécialisés n'ont pas évoqués cette disparition, alors un petit hommage se devait de lui être rendu pour bons et loyaux services.

Né le 2 février 1931 à Malo-les-Bains (Nord) et après de multiples petits boulots, Michel Averlant intègre Détective-Club, dirigé par Frédéric Ditis, le 16 août 1953. Officiellement il sera secrétaire, mais ses missions sont diverses : taper le courrier, faire les paquets, établir les factures, corriger les épreuves et séduire... les critiques. Ceci de 1953 à 1955, arrêt de Détective-Club.

Frédéric Ditis crée alors La Chouette en compagnie de Geneviève Manceron, qui avait intégré la petite équipe en 1954, et Michel Averlant. Ditis avait décidé de se passer des auteurs et de se partager le travail à trois. C'est ainsi que les premiers paraissent sous les noms de Michel Averlant, qui pensait prendre un pseudonyme mais y a finalement renoncé, et de Bruno Bax, alias derrière lequel se cachait Geneviève Manceron

Frédéric Ditis trouvait des idées de livres et les confiait à des nègres qui en faisaient des canevas. Puis Geneviève Manceron et moi devions rédiger les bouquins au rythme de six par an.

Des rééditions complétaient cette première livraison, des Anthony Morton, créateur de la série Le Baron, et des rééditions issues du catalogue Détective-Club, dont Ange de William Irish.

Avant d'entrer chez Ditis, je ne lisais guère de romans policiers. Je trouvais cela plutôt rasoir. Les écrire, j'ai trouvé cela encore plus rasoir ! J'avais horreur d'écrire, j'avais horreur de Ludovic Martel, mon "héros". J'avais horreur des canevas que pondait ce nègre. C'était un type très gentil que j'ai rencontré après et qui trouvait que je gâchais ses idées.

Ensuite Michel Averlant part aux Etats-Unis pour étudier l'anglais pour devenir traducteur à temps complet. Il rentre en France à la demande de Ditis en 1966 afin de s'occuper de la collection J'ai Lu Policier. Puis J'ai Lu policier cède le pas également. Il travaille également pour la radio, adaptant notamment La Dame du lac de Chandler, et a travaillé pour quelques épisodes de L'homme à la voiture rouge d'Yves Jamiaque, un feuilleton-radiophonique qui connaissait alors un énorme succès.

La raison de cet abandon ?

Parce qu'on ne vendait plus qu'à 25 000 exemplaires, ce qui, à l'époque, n'était pas suffisant.

Ensuite Michel Averlant devient chef de fabrication lorsque Jacques Sadoul entre chez J'ai Lu en 1968. Il assure les traductions, les corrections, et entre 1978 et 1982 effectue de nombreuses "fugues" pour aller vivre durant trois mois au Brésil, revenant en France trois mois puis repartant. Lattès lui propose alors de travailler chez Hachette puis Le Masque.

J'étais stupéfait ! Je croyais la collection morte et enterrée depuis longtemps. Lattès m'a proposé d'y faire ce que je voulais.

 

Michel Averlant dépoussière la vieille dame et crée deux nouvelles collections internes au Masque : Les Maîtres du Roman Policier puis Les Reines du Crime, rééditant des classiques devenus introuvables publiés à l'origine au Masque ou dans des collections comme L'Empreinte, Détective-Club, La Tour de Londres...

Surtout il fait retraduire les romans d'Agatha Christie, lesquels avaient connus des coupes lors de leurs premières parutions. Il remet au catalogue les romans de John Dickson Carr et propose de très nombreux inédits. Et il ouvre son catalogue à de jeunes auteurs étrangers leur permettant de se faire connaître. Réginald Hill, Peter Lovesey, ou encore Ruth Rendell qui avait déjà publié par ailleurs mais dont le nom brille d'une aura scintillante, ou encore des Français tels que Michel Grisolia, Alexis Lecaye alias Alexandre Terrel, Paul Halter, Andréa H. Japp...

Michel Averlant était un homme très discret et il n'existe guère de photos de lui.

Sources : Les métamorphoses de la Chouette. Ouvrage de Jacques Baudou et Jean-Jacques Schleret. Futuropolis. Octobre 1986. Entretien réalisé par Jacques Baudou et Jean-Jacques Schleret en février 1986.

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21 novembre 2015 6 21 /11 /novembre /2015 14:51

A lire Dard-Dard...

DARD, paire et fils

Sous l'impulsion de Maxime Gillio, L'Atelier Mosesu a décidé de rééditer l'œuvre d'Alix Karol, parue dans les années 1970 dans la collection Espionnage au Fleuve Noir. Une heureuse initiative s'il en est.

 

Ce qui m'a incité de mettre en ligne cet article écrit pour la revue Le Monde San Antonio en 2004.

 

Depuis quelques numéros du Monde de San-Antonio, des lecteurs s’interrogent sur le bien-fondé de la reprise par le fils du personnage créé et immortalisé par le père. Cette question me turlupinant l’esprit, et de bien d’autres aussi, abonnés ou non de la revue qui se sentent concernés par le même problème sans pour autant oser l’écrire, je me suis penché sur l’œuvre du fils avoir de savoir si celui-ci était digne de proroger l’œuvre du père.

En bref une polémique qui m’a poussé à me demander si Patrice se conduisait comme un soudard, pardon un sous-Dard, ou méritait amplement de continuer l’œuvre si bien déclamée par Dard père. Et si je m’exprime ainsi, ce n’est pas pour l’aiguillonner. Bref, une situation dans laquelle les employés d’une usine se demandent si le descendant continuera à marcher sur les brisées du père et saura insuffler une seconde vie à l’entreprise. Question délicate qui demande une réponse circonstanciée. Aussi afin de vérifier si le fils était le mieux à même de reprendre le flambeau, je me suis plongé dans les ouvrages d’un certain Alix Karol, fils spirituel de Frédéric Dard, je les ai disséqué, analysé, et aujourd’hui je peux vous livrer le résultat de mes cogitations, résultat que vous pourrez trouver en fin de cet article.

 

Alix Karol est né littérairement en 1973 avec la parution sous le numéro 1082 de la collection Espionnage du Fleuve Noir de « En tout bien toute horreur ». Avouons-le tout de suite, la trame de ce roman est un balbutiement dans l’œuvre karolienne. Mais ne jetons pas le manche avant la cognée. Donc jetons un coup d’œil sur la quatrième de couverture, souvent révélatrice du contenu. Précisons quand même que la plupart du temps le directeur de la collection, François Richard, demandait à ses auteurs de s’atteler à cette tâche. Cette prose est-elle issue de la plume de Karol, autre question. En voici le texte :

Alix Karol sera sans doute bientôt l’auteur de romans d’espionnage le plus controversé.

Déjà la polémique est engagée.

C’est porno ! s’offusquent quelques esprits chagrins.

Simplement érotique ! protestent les autres.

Certaines scènes relèvent du sadisme pur et simple ! poursuivent les âmes sensibles.

Un réalisme objectif commande d’oser dénoncer l’éternelle violence des hommes ! assurent les défenseurs.

La désinvolture de l’auteur et de son héros (qui sont en fait une seule et même personne) frise la contestation.

Et alors ? Un écrivain de 29 ans n’a-t-il pas le droit de s’enthousiasmer pour les nobles causes ?

N’a-t-il pas le devoir de balayer les grotesques tabous de notre société ?

Les lecteurs qui plongeront le nez “ EN TOUT BIEN TOUTE HORREUR ”, le premier roman de cette série échevelée et tonitruante, se diviseront vite en Karoliens et anti-Karoliens…

Mais soyons sérieux : on ne va pas tout de même recommencer l’affaire Dreyfus autour d’un nouveau héros d’espionnage !

Comme vous pouvez le constater, déjà les mots de controverse, de polémique sont déclinés.

Mais ne nous engageons pas encore dans une voie qui pourrait être sans issue et ouvrons le livre et lisons cet envoi : Les protagonistes de cette histoire sont fictifs. Toutefois, si un ambassadeur se reconnaissait dans l’un des personnages, je n’hésiterais pas à le démettre de ses fonctions pour éviter toute coïncidence. A.K.

Troublant, n’est-ce pas ?

 

Et nous nous laissons donc entraîner à la lecture de ce premier épisode de Alix Karol, surnommé Karolus depuis ses années de lycée, trente ans, les yeux bleus, propriétaire d’un restaurant sis à La Queue en Yvelines nommé La Pommeraie. Ceci ne vous rappelle-t-il rien, chers amis lecteurs et fins connaisseurs ? Non ? C’est tout simplement le restaurant tenu par Patrice Dard himself au lieu cité.

Sans m’étendre sur la trame de l’intrigue, je veux nonobstant parler d’un second personnage, récurrent, Bis. Bis de son prénom originel Karolus, est natif des Pays-Bas. Karolus et Bis forme un curieux couple œuvrant dans la pseudo-divination, la télépathie, se produisant dans des cabarets partout dans le monde. Pour ce faire, Bis est appelée Karola et est travesti en femme, ce qui d’ailleurs lui sied bien sans avoir pour autant des penchants homosexuels. Dans ce premier épisode, lors d’une attraction, Karolus, qui pratique également la prestidigitation, subtilise le cigare d’un spectateur et lui en fournit un autre, empoisonné. L’homme décède. Rentré à la Pommeraie Karolus apprend que son chien Plouk a été assassiné. Le numéro de duettistes auquel il se livre (pas le chien, mais Karolus) en compagnie de Bis n’est qu’une façade. En réalité ils sont tous deux membres d’une organisation mondiale, la S.S.T.M : Service Secret du Tiers Monde, dirigée par l’Inca, chargée d’organiser une forme de résistance envers les pays du bloc sino-russo-américano-européen. C’est dire qu’ils ne manquent pas de travail. Une jeune fille serait retenue à l’ambassade de Suède au Brésil et les deux compères sont chargés de la délivrer. Seulement ils sont confrontés à la CIA et doivent déjouer les embûches dont certains représentants de cette organisation ne manquent de leur tendre. Volées de plomb à l’appui. Voilà pour l’intrigue. Mais attachons-nous plutôt à ce qui nous intéresse : la corrélation entre Dard père et Alix Karol.

DARD, paire et fils

Quelques passages glanés au hasard nous entraînent dans un début de réponse à la question précédemment posée, voir plus haut, je ne sais plus où exactement :

Des fois t’as des gonzesses pas plus épaisses qu’une seringue qu’ont l’entrée de service large comme la Place de la Concorde.

 

Moins humoristique mais tout autant révélateur :

C’est fou ce qu’on se console vite de la misère des autres.

Deux facettes, et ce ne sont pas les seules (je ne vous parle pas des scènes d’amour ou de copulation qui n’ont rien à voir dans mon propos) qui démontrent déjà un certain mimétisme, une osmose parentale dans l’écriture. Mais ceci n’est que le premier ouvrage publié et gageons que d’autres surprises nous attendent. Avançons dans nos investigations.

Ah, j’allais oublier. Deux notes en bas de pages, seulement, mais ce n’est qu’un début, supposons-le.

Passons rapidement sur le deuxième opus, non pas qu’il soit inintéressant, mais parce que ne le possédant pas, je n’ai pu le lire et par conséquent le disséquer. Il s’agit de « Assassin pour tout le monde », collection Espionnage n°1093. Passons sans plus attendre au troisième roman de la série et retrouvons nos duettiste Karolus et Bis dans « Suicides par contumace », Espionnage N°1107.

Karolus et Bis sont chargés par l’Inca de jouer la chèvre afin de découvrir pourquoi Hendricks, l’agent de la S.S.T.M. s’est fait descendre par des agents de la C.I.A. Il venait de recevoir un message annonçant une découverte stupéfiante, assez grave pour provoquer la troisième guerre mondiale. Pas de signature. Seule piste, l’expéditeur du dit message doit embarquer sur un avion effectuant la navette New York – Miami. Nos deux compères doivent donc servir de chèvres (je l’ai déjà dit) et découvrir l’identité du mystérieux passager. L’avion est détourné, comme prévu, l’anonymat soulevé, et quelques péripéties plus tard, dont le crash du Boeing, Karolus et Bis atterrissent en Finlande, puis se dirigent vers un camp de Lapons. Signalons juste, pour ne pas déflorer l’intrigue, qu’ils vont être confrontés à un savant qui a découvert comment se débarrasser d’une partie de l’humanité.

Abordons ce qui constitue le sel de cette chronique. D’abord les avertissements aux lecteurs. Le lecteur est informé que les personnages de ce roman sont criants de vérité, que les lieux décrits sont rigoureusement authentiques et que l’histoire qui va suivre s’est réellement déroulée. A.K.

Juste en dessous :

Le lecteur est informé que les personnages de ce roman sont totalement fictifs et que, pour trouver une histoire aussi peu véridique, il faut remonter jusqu’à la Bible. Tout dans cette aventure est tellement imaginaire, que l’auteur lui-même se demande s’il existe. A.K.

Enfin :

Le lecteur est informé que l’auteur souffre manifestement d’incohérence mentale. L’éditeur.

L’auteur montre qu’il possède une certaine culture littéraire puisqu’il cite : La Finlande, cette terre que Dieu oublia de séparer des eaux ! ” disait joliment Chateaubriand, cet intrépide voyageur de l’époque ante-club-méditerranéenne.

 

La description des figurantes (et des figurants, ne soyons pas sectaires !) est imagée : La môme est une canaille rouquine au nez en trompette, menue comme une épingle à chapeau. Elle a un sourire niais, une voix de pintade et l’œil plus vide que les hémisphères de Magdebourg. Un portrait qui aurait pu être l’œuvre du peintre que fut San-Antonio et qui prouve que Alix Karol manie la métaphore avec verve.

Alix Karol sait aussi se glisser dans la peau d’un philosophe et abandonner l’humour pour se montrer plus réaliste : Je tiens le cynisme pour l’attitude la plus noble de l’homme en face de l’adversité. Toutes les lamentations, jérémiades et autres pleurnicheries ne seront jamais que larmes perdues dans le déversoir de l’inutilité. Quelques pages plus loin l’auteur revient à des considérations plus terre à terre, disons corporelles et métaboliques : C’est plus fort que moi. Je ne peux regarder une jolie fille sans que des manifestations intempestives ne se produisent dans mes régions australes. Voilà qui est explicite sans pour autant tomber dans la grivoiserie. Il me doit de signaler que les passages dits érotiques sont toutefois assez nombreux pour contenter le lecteur en manque d’images (et d’actions) croustillantes.

Les notes en bas de page sont au nombre de cinq dont trois font référence aux romans précédemment parus.

Passons illico au quatrième tome de cette série dont le titre se décline ainsi : Et cinquante qui font sang, Espionnage n°1116. De nos petits doigts agiles et fébriles, ouvrons et découvrons l’envoi : A F.D., l’homme le plus intelligent du monde (1). Tendrement. A.K. Note en bas de page : (1) Avec moi, bien entendu ! Tout de suite le ton est donné et l’on devine à qui s’adresse cette dédicace. Mais était-ce clair pour l’époque, sachant que ce roman a été édité en 1974 ? Pas sûr. Peut-être pour des exégètes comme Fred Hidalgo (laudateur de San Antonio et créateur du défunt magazine Chorus), mais pour le commun des mortels, ce fut sûrement une énigme. D’autant que peu de lecteurs prêtent attention aux avertissements, envois et autres hommages. Passons.

Alors que Karolus se défoule en jouant au billard, il est perturbé par l’entrée du facteur. Ce n’est pas le préposé habituel mais un remplaçant. Il doit lui remettre le paquet contre signature mais au lieu de cela, l’homme pointe un pistolet. Maniant la boule avec maestria, Karolus lui en propulse une en pleine tête. Exit brutal de l’agresseur qui brandissait une arme à vide. Le malheureux préposé, qui est retrouvé ligoté dans sa camionnette, se propose de déficeler le colis sans l’aide d’un outil tranchant (il n’y a pas de petites économies !) mais le paquet est piégé. Un peu plus tard, alors que nos deux compères gagnent Paris en compagnie de l’inspecteur Lapôtre, (apparu dans Assassin pour tout le monde), un motard balance dans leur véhicule un serpent qui s’avère inoffensif. Début du roman qui conduira nos amis (considérons-les ainsi) jusqu’au cœur des Andes, dans les ruines du Machu-Pichu. Je passe rapidement sur l’intrigue, car c’est surtout le style qui est le moteur de cet article. Première citation, philosophique (c’est moi qui le décrète ainsi) : Les individus se consolent vite de leurs petits drames à la pensée de l’intérêt et de la jalousie qu’ils susciteront chez les autres, ces malheureux englués dans le quotidien lénifiant ! . Ne me dites pas que cette pensée écrite par le fils ne reflète pas celle du père. Et vous n’avez pas tout lu ! Alix Karol sait souffler le chaud et le froid, et ne perd pas une once de son humour quelques pages plus loin lorsqu’il croque les acteurs secondaires de ses histoires : Il est mignon tout plein, ce cher Lapôtre, en infirmier. En raison de sa gueule persillée de couperose, de sa dégaine rustaude et de l’éclat obstiné de son œil, la blouse blanche lui confère davantage des allures de tripier en gros que d’interne des hôpitaux !  Une caricature à la Dubout ! Ce n’est que mon avis personnel, mais je vous invite à le partager.

DARD, paire et fils
DARD, paire et fils

Frédéric Dard, tout le monde s’accorde à le dire et à l’écrire, sous un humour de façade gaulois, était un profond humaniste maniant aussi bien le cynisme (Je l’ai déjà dit ?) que la causticité, montrant la voie à … (voir ci-dessous), non attendez d’abord la citation d’Alix Karol : Au cours de cet impressionnant périple dans ce monde situé à mi-chemin entre la terre et le ciel, entre l’été et l’hiver, entre le paradis et l’enfer, nous avons pu mesurer mieux que jamais le fossé qui sépare les peuples nantis des populations sous-développées. Un gouffre ! Un abîme ! Et qui ne cesse de s’élargir… Je me suis livré à quelques calculs particulièrement édifiants, pendant que Flora et Bis ramassaient les bidons de lait. Sur l’ensemble des “ producteurs ” que nous avons rencontrés, en tenant compte du rendement journalier d’une bête, du prix du lait et du nombre de personnes par famille, ma statistique était affolante : 350 à 400 soles par individus et par mois pour vivre ! Quarante à quarante cinq francs français ! Soit le prix d’un bon petit gueuleton raisonnable dans un restaurant du quartier latin. Ou trois places cinéma ! Ou cinquante grammes de caviar ! Monstrueux !

- A quoi tu penses ? Me demande Bis en baillant fortissimo.

Je vire mon mégot par la portière.

-Je pense à tous les petits Péruviens que j’ai déjà mangés, digérés, déféqués…

Je rappelle à toutes fins utiles que ce livre a paru dans le courant du 2ème trimestre 1974, et n’a donc rien à voir avec José Bové. Le problème était déjà actuel, la tiers-mondialisation existait, qui en parlait ? Refusant d’entrer dans un débat politicien, ceci n’est point mon propos, je ne peux que constater qu’Alix Karol s’investissait lui (lui est peut-être de trop ?). Dans des romans peut-être, mais il en parlait quand même ! Et ça dérange. Et le problème n’est toujours pas résolu.

DARD, paire et fils

Retournons, comme le faisait si bien San-Antonio, après ses considérations sur la misère humaine, vers l’humour et réalisons une pirouette. Pour terminer en beauté, je m’apprête à tortiller une vieille Anglaise fripée dont le chapeau représente trois pots de géraniums sur une crêpe au Grand Marnier. Ah, j’ai oublié de vous dire qu’Alix Karol s’exprime à la première personne et que ce passage relate un instantané lors de l’une de ses prestations divinatoires en compagnie de Bis, dans un cabaret de Lima.

Meurt et tais-toi (vous remarquerez tout de suite l’analogie avec Mange et tais-toi, titre de San-Antonio n° 565 de la collection Spécial Police) espionnage 1130, possède un dernier chapitre extrêmement court, le XIVème et dernier pour être précis, puisqu’il ne comporte qu’un mot : FIN. D’abord, pour ceux qui n’auraient pas très bien assimilés la philosophie de S.S.T.M ; (Services Secrets du Tiers Monde), Alix Karol nous en rappelle les principes : Je ne suis ni communiste, ni anticommuniste… Disons que je suis tiers-mondiste. [] Nous nous battons pour que les peuples sous-développés puissent un jour partager le gâteau dont les grands se gobergent.

 

Karolus connaît Ecaterina depuis dix ans, et de temps en temps ils se retrouvent, avec plaisir, et procèdent au simulacre de la reproduction. Ce jour-là, Ecaterina est soucieuse. Elle n’a plus de nouvelles de son frère resté à Bucarest. Alors qu’Alix Karol veut se renseigner auprès de Jacobi, le responsable de la section France, celui-ci l’enjoint à mener une mission périlleuse en Roumanie. Il doit, en compagnie de Bis, procéder à une exécution capitale envers un certain Mihai Silescu, qui n’est autre que le frère d’Ecaterina. Evidemment les deux compères n’auront pas la vie facile de l’autre côté du mur et se trouveront une fois de plus entraînés dans une histoire abracadabrante qui se terminera, je ne vous dis pas comment, à Venise.

Alors que certaines scènes composées d’acteurs masculins et féminins, principalement Karolus ou Bis, décrivant le simulacre de la reproduction étaient particulièrement explicites tout en étant jouissives (ai-je eu raison d’employer ce mot ?), lors des précédents épisodes, en voici une qui s’inscrit directement dans la logique san-antonienne :

Instinctivement nous tendons l’oreille.

Et ça en vaut la peine, car de la cabine d’essayages s’échappe un spectacle auditif d ‘une remarquable qualité.

Il consiste essentiellement en un enchaînement de gémissements aux inflexions sans cesse modulées et émanant d’une jeune créature du sexe féminin – d’après l’organe. Elle semble avoir restreint son vocabulaire à deux simples syllabes : Oh et oui.

Mais il faut entendre comment elle les récite, ses oh oui !

Dans toutes les gammes.

Sur tous les tons.

Seule constante, la musicalité de l’ensemble paraît grimper insensiblement vers les aigus.

  • Oh oui… ooh ouii… ohh ououi… ooohhh ouououiii !!!

Quel dommage que la littérature ne soit pas encore sonorisée ! Quelques lettres sur une feuille blanche ne traduiront jamais le superpied vers lequel s’envole la personne.

Ça chavire brutalement à la frénésie. Le rideau de la cabine est agité comme le drap du fantôme de service.

Seulement c’est léger ce genre d’assemblage. Quatre tringles emboîtées à la sommaire et fichées au sommet de quatre tubulures verticales. Autant dire rien, ou pas grand chose en regard du cyclone qui souffle à l’intérieur.

D’un coup la cabine s’effondre livrant ipso facto le couple effréné à la convoitise publique

Jugeons plutôt !

Bis, cabré en arrière, a plaqué ses épaules et sa tête à la longue chevelure d’or contre la paroi du fond. Son poitrail et son bassin, braqués vers l’avant, se trouvent de ce fait presque horizontaux.

Sa partenaire, elle, est une charmante jeunesse d’une frêle trentaine, bâtie tout en longueur et en finesse. Elle porte le cheveu court, une paire de lunettes à monture dorée et un tailleur de chez Chanel.

Du moins la partie boléro, vu que la jupe traîne à terre à côté d’une robe qu’elle comptait sans doute essayer.

Poussée par un sens délicat de la pudeur, elle a gardé son slip… à la main…

Vous aurez remarqué la finesse, la justesse, la sobriété de ce tableau primesautier et vivant.

 

Ceci m’amène à vous parler un peu plus longuement de Bis. Mais qui d’autre peut mieux le décrire que l’auteur lui-même. Laissons-lui donc le soin de nous le présenter :

Bis possède le génie de l’accoutrement.

On pourrait penser qu’il fait de la provocation. Mais non ! C’est plus simple que ça.

Il aime un certain style d’habillement qui ne cadre pas tout à fait avec la tradition vestimentaire bourgeoise.

Pour l’heure, il arbore un bonnet péruvien aux coloris meurtriers, un pull jacquard avec un maxi col roulé qui lui enchâsse la tronche comme une minerve, un pantalon style knickerbockers dans les mauves gueulards, des bottes de cheval et le fameux manteau.

Imaginons une vieille peau de chèvre mal tannée, foulée durant des heures par des sabots crottés, élimée, effilochée, trouée, frangée, percée de deux orifices ménageant le passage des bras. Le tout pestilentiel comme la ménagerie d’un cirque en faillite.

Qui pourrait penser que sous ces dehors clownesques se cache un être doté d’une rare subtilité ? L’intelligence de Bis est la plus éclectique qu’il m’ait été donné de rencontrer.

Bis parle, outre le Néerlandais qui est sa langue maternelle, une dizaine de langues avec un réel bonheur. De plus son cerveau est très largement ouvert aux choses mathématiques et scientifiques. Plusieurs licences dans des domaines très variés sanctionnent cette universalité d’esprit.

Issu de la grande bourgeoisie d’Amsterdam, Bis est tout naturellement entré dans l’armée à la suite de son père, brillant général d’infanterie et grand résistant de 39-45.

Bis était lieutenant du chiffre lorsqu’il a été contacté par les Services Secrets du Tiers Monde. Comme il ne lui manquait qu’un idéal pour devenir un homme comblé, Bis s’est jeté à corps perdu dans la défense des petits et des opprimés.

Idéal sommaire, peut-être, voire utopiste ; mais idéal qu’il est parvenu à me faire épouser par la suite.

Il en va de son physique comme de son moral : Bis trompe son monde.

Gringalet – un petit mètre soixante-dix pour une petite soixantaine de kilos, tout en os et en cheveux, il est pâle, presque translucide comme les véritables blonds du nord. En dépit de ses trente-deux ans, on le prend souvent pour un adolescent.

Et parfois même pour une adolescente !

Et si vous voulez en savoir plus reportez-vous au roman. Les deux extraits cités ci dessus sont certes un peu long certes mais les connaisseurs apprécieront pour la suavité et la délicatesse qui s’en dégagent. Mais, et c’est là où je voulais en venir (même si je ne le savais pas lorsque je tapais ce texte), Bis n’est pas un Bérurier bis. Il n’a pas été créé comme faire-valoir du personnage principal, même si Béru parfois ne joue plus les rôles secondaires qui lui ont été dévolus à l’origine et tend à prendre une place prépondérante, et ce non pas forcément grâce (ou à cause) de son physique conséquent et à un manque de culture remplacé par une sagesse issue du terroir. Non, Bis est supplanté par l’auteur, lequel est peut-être jaloux, insidieusement, des capacités intellectuelles et physiques (malgré un air de gringalet) de son compagnon. Alix Karol, le rédacteur de ces aventures échevelées, internationales et amoureuses, tire un peu la couverture à lui, ce qui est compréhensible lorsque l’on se met en scène. Ou alors le lecteur crierait au scandale, à la fausse modestie, que sais-je encore. Les mots me manquent tellement je suis outré par les appréciations malveillantes que j’imagine et qui ne seraient pas forcément proférées. Laissez-moi rêver et divaguer. Où en étais-je ? Le moment de placer une citation adéquate :

Je me sens navré comme un type qui a attendu dix ans avant de sauter sa fiancée et qui chope les oreillons la veille des noces.

Et comme je ne suis pas avare, une seconde pour le plaisir :

C’est curieux comme l’homme embarrassé cherche souvent refuge dans la connerie !

DARD, paire et fils

Karolus un peu imbu de lui-même ? Cela lui arrive, quoiqu’il sait aussi reconnaître ses erreurs, ses petits travers, ses défauts, ses gaffes, ses lacunes :

Dans le plus pur style du western-spaghetti, je jongle avec mon revolver, l’expédiant d’une main dans l’autre, puis le fait tourner autour de mon médius et l’inévitable se produit : le pétard m’échappe des doigts et tombe par terre. Il fuse sur le parquet et disparaît sous le lit.

Ou encore :

Sans être particulièrement doué pour les langues, je peux naviguer, sans difficulté, de ma langue maternelle à celle de Shakespeare. A ceci près que si Shakespeare avait causé l’anglais comme moi, il ne serait jamais passé à la postérité !

 

L’épisode suivant, intitulé Garanti sur fracture (Espionnage n° 1148) se déroule en Iran, au temps du Shah. Un Iranien a été arrêté et il révèle à la traductrice un terrible secret si grave qu’elle doit d’abord en référer à son ambassadeur. Alix et Bis ont rendez-vous avec l’un de leur contact qui doit leur donner le contenu de se fameux secret mais l’homme est assassiné. Les révélations de l’Iranien ont été enregistrées sur une cassette mais il leur est impossible de retrouver la bande magnétique. Un envoyé du Shah confirme que celui-ci s’était adressé à la S.S.T.M. désirant connaître les révélations que devait effectuer l’Iranien aux policiers français. Désirant joindre l’utile à l’agréable, cet envoyé propose de déguster une boîte de caviar blanc mais au lieu d’œufs d’esturgeon, le récipient contient les attributs sexuels d’un homme. Et voilà nos deux complices en route pour Bagdad.

Encore une fois Alix Karol joue entre humour et philosophie (de comptoir penseront certains, mais cela ne me chaut guère). Ainsi :

Jeunesse d’aujourd’hui ! ricane-Bis. Jeunesse d’aujourd’hui ! Elle est forcément d’aujourd’hui la jeunesse ! Si elle était d’hier, ça serait de la vieillesse, et si elle était de demain, ça serait des spermatozoïdes !

Je ne vais pas vous abreuver de citations et de descriptions, je pense avoir déjà été assez prolixe mais je tiens toutefois à vous signaler que lors d’une copulation entre Alix et une princesse, leurs ébats sont retransmis via le trou de serrure de la pièce dans laquelle ils batifolent, devant lequel (trou) se sont agglutinés les serviteurs du palais. Mais il ne faut pas croire que notre auteur héros n’est pas insensible à la vue de scènes se déroulant devant ses yeux :

Mon épiderme, qui affiche ordinairement le coloris bronzé des bidets d’hôtel de passe vire au blanc de poulet.

 

DARD, paire et fils

Donc, comme je l’écrivais ci dessus, voir plus haut, je ne vais pas vous bassiner avec l’œuvre complète d’Alix Karol, sauf demande expresse, bien entendu. Voici donc quelques petites notes extraites de Nous avons les moyens de vous faire parler, espionnage 1157, dédié à L’auteur auteur de l’auteur auteur de l’auteur… avec ma tendresse non stop. A.K.

Suit cet avertissement, un peu long, et si vous commencez à fatiguer, vous pouvez le passer, mais ce serait vraiment dommage :

Avis à la copulation ! A l’unanimité de moi-même plus ma voix, j’ai décidé de frapper la seconde partie du présent ouvrage d’une rigoureuse interdiction aux mineurs. Y compris les mineurs de fond, car l’étincelante intelligence de cette œuvre ferait péter le grisou ! Je ne prends bien sûr aucun risque à pratiquer cette autocensure puisque le lecteur qui parcourt ces lignes a déjà acheté le bouquin… Aussi j’annonce la couleur : Rouge ! Rouge sang ! Les sados, les masos, les branlos, les salos, tous les tourmentés de l’hormone vont prendre un méchant panard, j’affirme ! Quant aux autres, les modesty baise, les foutriquets qui crient haro sur le bidet, je les autorise à descendre en marche à la fin de la première partie. Alors on y va ?

Et bien allons-y et pour étoffer cette introduction voyons les intitulés des deux parties :

Des parties comme cette PREMIERE PARTIE vous en avez déjà peut-être déjà vues, mais pas souvent !  Ensuite Des parties comme cette SECONDE PARTIE vous n’en avez jamais vues, ou alors je veux bien être pendu par les C… à un crochet de boucherie !

 

En parlant de boucherie, je ne vous ai pas dit qu’Alix Karol était aussi un épicurien. Il le prouve en dégustant dans un bouchon lyonnais … une salade de pieds de mouton à la crème, un saucisson chaud pistaché, un râble de lapin à la moutarde et une cervelle de canut, le tout noyé du mâcon blanc et de Chiroubles maison. Pour clore ce chapitre, deux petites pensées, sur les enfants et les septuagénaires. Les enfants ne présentent d’intérêt que celui que l’adulte veut bien leur accorder. La haine, la cruauté, le racisme et la veulerie sont profondément ancrés chez l’enfant et, contrairement à ce que l’on pense souvent, tendent à s’estomper avec l’âge. Sauf bien sûr, chez l’adulte non concerné qui se réfugie derrière une autorité suprême. Le plus navrant est, que cette catégorie d’individus se rencontre même au plus haut niveau. Je sais des hommes politiques occupant les tout premiers rangs dont la lâcheté et la soumission n’ont d’égales que la paresse et l’incompétence ! Je connais des septuagénaires aux muscles soigneusement entretenus et au bide plat comme une rédaction de troisième qui font davantage godiller les gonzesses que les jeunes gras-mous aux mentons gigognes qui traînent leur sangle abdominale sur les genoux.

Ouf ! Personne ne se sent concerné et c’est heureux.

 

J’ai omis de vous narrer succinctement cette intrigue, réparons cette lacune sans plus tarder : Envoyés en Savoie, Bis et Alix (et vice versa) attendent un événement. Celui-ci se présente avec la découverte d’un cadavre dans un champ et dans les poches duquel figurent les photos des deux membres des S.S.T.M. sous des noms d’emprunt. Bis est embastillé et le cadavre mis au frais dans une gendarmerie. Alix récupère les deux pour peu de temps. Le cadavre est enfermé dans le coffre d’une voiture qui se volatilise. L’Inca lui confie une mission : convoyer un criminel nazi, Martin Gorman, jusqu’en Espagne. Seulement quelques trublions s’immiscent dans cette histoire : des agents du Shin-Bêt (service secret israélien) plus quelques Teutons, nostalgiques du bon vieux temps ( ! ?).

Je ne peux terminer cet article sans vous allécher avec l’avant-propos qui figure dans l’ouvrage intitulé Objets Violents Non Identifiés, espionnage 1176 :

Parlons-en, puisqu’on en cause.

Les vrais cons, en plus, ils veulent que ça se sache ! Ils aiment se reconnaître entre eux, ils ont besoin de signes de ralliement. Une franc-maconnerie, quoi. Il suffit qu’un important con, dans les colonnes d’un journal, à la radio, à la télévision, ou du haut de la tribune de l’Assemblée nationale, laisse tomber une redondante expression frappée au coin de la platitude pour que aussitôt tout un chacun la reprenne à l’unisson. La dernière ânerie à la mode consiste à débuter une phrase par un quelconque adverbe suivi du participe présent du verbe “ parler ”. Exemple : quand un type attaque par architecturalement parlant ou énergétiquement parlant, aucun doute à avoir, c’est un con majuscule. Et comme tout con qui se respecte, il manque de confiance en ses moyens de communication. Alors il préfère annoncer la couleur : c’est bien d’énergie ou d’architecture qu’il va être question, pas de topinambours ni de papier-cul. J’ai décidé d’élever cette tournure jusqu’au pinacle de la connerie. Philosophiquement parlant, elle en vaut la peine. Ce qui nous renvoie ipso-facto au livre de San-Antonio, publié en novembre 1973 dans la collection Grands Succès (ou Grands Romans ?) et tout simplement titré : Les Con .

 

DARD, paire et fils

Intrinsèquement parlant, je ne peux qu’opiner du chef avant de vous laisser savourer encore deux ou trois bricoles :

Première partie dans laquelle je ne sais pas encore ce qui va se passer, mais je suis sûr que ce sera très bien.

Ce roman débute par un chapitre Zéro, avec ce petit renvoi : “ Les auteurs avaient pris l’habitude de commencer leurs romans par le chapitre premier. Fini le gaspillage ! En ces temps de restriction, nous débuterons donc la numérotation à zéro.

En conclusion (est-ce nécessaire ?) je laisse les détracteurs soit s’embourber dans leur opinion, soit changer de veste (les moins riches peuvent la retourner) ce que tout un chacun fait lors des variations saisonnières.

Il est amusant de constater (pas forcément pour le portefeuille !) que les ouvrages d’Alix Karol, longtemps boudés par les bouquinistes, deviennent aujourd’hui une denrée à forte valeur inflationniste depuis le départ de Frédéric Dard, les chalands étant appâtés par des bandeaux apposés sur les ouvrages ayant connus de nombreuses manipulations : fils de Frédéric Dard, ou encore fils de San-Antonio. Comme quoi il suffit d’un nom connu pour faire monter une côte qui à l’origine était peut-être sous-évaluée. Mais aujourd’hui j’aurais tendance à dire qu’elle est surévaluée, tout comme les romans de San-Antonio qui sont proposés à la louche sans que le revendeur effectue une différence entre édition originale et rééditions.

L’article « Dard, paire et fils », a paru dans Le Monde de San-Antonio n° 28, printemps 2004, pages 29-33 et Le Monde de San-Antonio n° 30, automne 2004, pages 30-33, et je n’ai procédé qu’à des modifications mineures.

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16 mai 2015 6 16 /05 /mai /2015 10:49

Né le 16 mai 1925 au Mans, Claude Avice, dit Pierre Barbet, s’est éteint le 20 juillet 1995 à Paris.

Pierre BARBET : Un portrait.

Ses parents étant pharmaciens, c’est tout naturellement qu’il a embrassé la même carrière professionnelle. Après un passage chez les dames de Sion où il apprend à coudre, il étudie au lycée Montesquieu du Mans. Durant la seconde guerre mondiale il aide à l’évacuation des victimes des bombardements. Un épisode qui le marque profondément et l’encourage dans sa détermination à poursuivre ses études à la faculté de pharmacie de Paris. Il s’installe avec sa femme Marianne au Mans puis le couple émigre vers la capitale où ils tiennent une officine.

Mais Pierre Barbet continue ses études et prépare une thèse de doctorat à l’Institut Pasteur. Il se spécialise dans la biologie et dirige un laboratoire d’analyses médicales. Parallèlement il commence à écrire des nouvelles puis des romans de science fiction. Au départ il rédige entre 14h00 et 17h00, dans un petit bureau situé à l’arrière de l’officine tandis que sa femme Marianne sert la clientèle. Elle devient la première lectrice et joue le rôle de correctrice.

L’activité de Pierre Barbet découle d’un facteur en deux déclinaisons : pouvoir, lui qui a tant lu, se confronter à ceux qui lui ont fait passer de si bons moments. Jules Verne, le premier des auteurs qu’il a dévoré étant jeune, puis Francis Carsac, Paul d’Ivoi (pas assez à son goût car les rares ouvrages qu’il a pu trouver étaient hors de prix à l’époque), Barjavel, H.G. Wells, Poul Anderson, Van Vogt, Hamilton ou encore Arthur C. Clarke et John Brunner, autant d’auteurs dont il a dévoré la production, durant son adolescence ou après. Mais, conséquence d’une solide formation classique, il aime également les philosophes et tragédiens grecs, estimant qu’ils avaient tout dit.

Il n’apprécie guère les auteurs modernes ses préférences allant à Rabelais, Dante, Swift, Le Tasse, Flaubert ou Balzac. Seuls représentants du XXème siècle Camus et Aymé trouvent grâce à ses yeux. Un éclectisme qui se prolonge toutefois à la lecture de bandes dessinées parmi lesquelles on retrouve les personnages de Lucky Luke, d’Achille Talon et surtout du savant Cosinus dû à George Colomb dit Christophe, père génial du sapeur Camenber et de la Famille Fenouillard. Mais Pierre Barbet professe surtout un goût prononcé pour la lecture des contes et légendes et c’est cette influence que l’on retrouvera dans son œuvre, mélange d’héroïc-fantasy et d’uchronie, ou plus véritablement la revisite d’une fiction historique ancrée dans un futur plus ou moins proche.

Les passions de Pierre Barbet ne s’arrêtent pas à la lecture mais se prolongent dans son univers de scientifique avec l’astronomie et l’étude du cosmos. Il collectionne avec sa femme les fossiles et possède une armure qui trône en évidence chez lui, tel l’ange gardien d’un temple initiatique, celui du rêve scientifique, ou comme l’a appelé certains précurseurs de la science fiction, du merveilleux scientifique.

Pierre BARBET : Un portrait.

Ses premiers romans sont publiés en 1962 chez Gallimard dans la collection Le Rayon Fantastique alors dirigée par Olivier Spriel, alias Pilotin, et Georges Gallet. Il entre ensuite au Fleuve Noir et écrit environ quatre romans par an, tout en continuant à étudier et à se spécialiser dans la bionique. Il écrit également des articles dans des revues professionnelles, devient membre de la société française d’astronomie en 1965 et la même année est nommé secrétaire de la société des docteurs en pharmacie.

Il réalise des conférences scientifiques et organise, ou participe, à des conventions de science fiction. Notamment aux conventions mondiales de S.F de Los Angeles (1972), de Toronto (1973) ou de Brighton (1981), européennes de Grenoble (1974), de Poznan (1976), de Bruxelles (1978) de Münchengladbach (1982) aux conférences mondiales des écrivains de S.F. de Dublin (1976), De Stresa (1980) ou de Rotterdam (1981). Une reconnaissance de son talent d’écrivain par ses pairs mais également par les éditeurs étrangers. Il est l’un des rares auteurs français à avoir été traduit aux Etats-Unis. Mais il est également publié en Hongrie, au Brésil, au Portugal, en Italie, en Allemagne, en Espagne, en Pologne et en URSS. Son appartenance à la World SF lui permet de réunir écrivains de l’Ouest et de l’Est. Il est d’ailleurs Directeur Outremer de l’association des Ecrivains de SF américains son rôle consistant à défendre les intérêts des membres de la S.F.W.A. à l’étranger.

En 1976 il rédige le questionnaire “ Science ” de l’émission Quitte ou Double de Radio Monte Carlo. Son contrat stipulant qu’il ne peut utiliser le nom de Pierre Barbet que pour des ouvrages destinés au Fleuve Noir, il signe quelques romans sous les pseudonymes de David Maine (en hommage à sa province natale) chez Albin Michel, ou Olivier Sprigel (en mémoire d’Olivier Spriel) au Masque. Certains critiques considérèrent à l’époque qu’Olivier Sprigel était un jeune auteur prometteur, alors que Pierre Barbet n’était pas toujours reconnu à sa juste valeur par ses mêmes personnes qui dénigraient les auteurs français, notamment ceux du Fleuve Noir.

Pierre BARBET : Un portrait.

Les contacts que Pierre Barbet entretient avec ses confrères étrangers se révèlent fructueux et amicaux. Il est à l’origine de la collection Les Best-sellers de la Science Fiction, qu’il dirige avec Patrick Siry, étant responsable des auteurs de l’Est et proposant au public des noms nouveaux tel que Adam Fialkowsky. Comme bon nombre de ses confrères Pierre Barbet va subir les incohérences éditoriales. Le directeur de collection de l’époque privilégie non seulement une ligne jugée plus intellectuelle mais en même temps refuse les séries avec héros récurrents. Hors précisément ce que demande le lecteur c’est de pouvoir suivre les aventures d’un héros dont il partage les avatars.

Ainsi c’est l’époque où Perry Rhodan revient en force, où J.-P. Garen, Piet Legay et surtout G.-J. Arnaud avec sa Compagnie des Glaces envoûtent le public même si certains chroniqueurs n’apprécient pas les romans de Garen. Malgré le succès des traductions à l’étranger qui confirme le talent de Pierre Barbet deux manuscrits seront refusés. Heureusement ils ne sont pas perdus et Jacques Van Herp peut les publier chez Lefrancq, maison d’édition belge qui prend la relève des éditions populaires et propose inédits et rééditions de qualités.

Pierre Barbet décède en 1995 des suites d’une longue maladie. Il aura toutefois marqué les années 60 à 90 par une production originale. (source : entretiens avec Marianne Avice).

 

Pierre BARBET : Un portrait.

 

ANTICIPATION :

285 - Les Limiers de l'infini

292 - Les Cavernicoles de Wolf

309 - L'Etoile du néant

319 - Le Secret des Quasars

330 - Hallali cosmique

345 - La Planète des Cristophons

350 - Evolution magnétique

371 - Vikings de l'espace

383 - Les Chimères de Séginus

392 - L'Exilé du temps

404 - Etoiles en perdition

413 - Les Maîtres des pulsars

426 - Les Grognards d'Eridan

435 - L'Agonie de la voie lactée

446 - Les Conquistadores d'Andromède

463 - Le Transmetteur de Ganymède

471 - Azraêc de Virgo

479 - A quoi songent les Psyborgs?

494 - L'Empire du Baphomet

508 - Les Insurgés de Laucor

523 - La Planète empoisonnée

532 - Tremplins d'étoiles

544 - La Planète enchantée

563 - Liane de Noldaz

572 - Les Bioniques d'Atria

582 - Le Bâtard d'Orion

598 - L'Univers des Géons

609 - Magiciens galactiques

622 - Les Mercenaires de Rychna

638 - Croisade stellaire

673 - La Nymphe de l'espace

716 - Patrouilleur du néant

756 - Ambassade galactique

835 - Commandos sur commande

871 - Odyssée galactique

932 - Trafic stellaire

951 - Oasis de l'espace

994 - Périple galactique

1027 - Le Maréchal rebelle

1071 - Cités des astéroïdes

1099 - Les Psychos de Logir

1131 - Cités interstellaires

1152 - Survivants de l'apocalypse

1169 - L'Empereur d'Eridan

1199 - Les Charognards de S'nien

1254 - Rome doit être détruite

1284 - Les Colons d'Eridan

1298 - Carthage sera détruite

1347 - Eldorado stellaire

1371 - Cités biotiques

1384 - Téléclones

1401 - Putsch galactique

1440 - Glaciation nucléaire

1483 - La Croisade des assassins

1505 - Temps changeants

1518 - Défense spatiale

1547 - Captifs de Corvus

1560 - Un Reich de 1000 ans

1586 - Objectif: Mars 2005

1620 - Option zéro

1755 - Soleil de mort

1850 - L'Ere du spatiopithèque

 

Maîtres de la Science - Fiction

8 - Les grognards d’Eridan. Rééd. de Ant. N° 426.

22 - Les cavernicoles de Wolf. Rééd. de Ant. N° 292.

 

Super Luxe - Lendemains retrouvés

135 - A quoi songent les Psyborgs ? Rééd. de Ant. N° 479.

 

Autres publications sous le nom de Pierre Barbet :

Vers un avenir perdu, coll. Le Rayon Fantastique N° 98, Hachette/Gallimard ; Babel 3805, coll. Le Rayon Fantastique N° 105, Hachette/Gallimard.

 

Sous le nom de David Maine - Les disparus du club Chronos, Coll. S.F. N°9 Albin Michel ; Guerillero galactique, Coll. Super fiction N°17, Albin Michel; Renaissance planétaire, Coll. Super fiction N°47, Albin Michel ; Invasion cosmique, Coll. Super fiction N°53, Albin Michel.

 

Sous celui d’Olivier Sprigel - Crépuscule du futur, Le Masque SF N°34 ; Vénusine, Le Masque SF N°61 ; Lendemains incertains, Le Masque SF N°6.

Pierre BARBET : Un portrait.

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8 mai 2015 5 08 /05 /mai /2015 12:53

Hommage à Victor Harter alias Gérard Buhr né le 8 mai 1928.

Victor HARTER : Un portrait

Sous ce pseudonyme se cachait Gérard Louis Victor Simon BUHR né le 8 mai 1928 à Strasbourg, d’un père Alsacien et d’une mère Lorraine. Il est décédé le 8 janvier 1988 à Paris.

Après une petite enfance passée en Alsace, il se réfugie avec sa famille à Grasse en 1940 et il y rencontre Gérard Philipe qui aura une influence décisive sur sa carrière. Ses études secondaires à peine terminées il part pour les Etats-Unis en 1945 et y séjourne jusqu’en 1948 entreprenant des études d’art dramatiques. Il revient en France, à Paris. Et accumule les petits rôles au théâtre. Il part pour Rome mais la poule aux d’or était déjà agonisante. Il n’y trouve des rôles de second plan dans deux films et retraverse les Alpes.

En France il fait la connaissance des pionniers de la nouvelle vague. Jean-Pierre Melville le guide dans cette esthétique cinématographique et lui offre le second rôle masculin dans Bob le Flambeur. « Résultat, soupire-t-il, quand la nouvelle vague sera à flot, acceptée, vénérée, idolâtrée même, elle me laissera sur le sable ». Ensuite il partage l’affiche avec Curd Jurgens dans Michel Strogoff en 1956. Sa carrière débute sous de bons auspices mais la super production Normandie-Niemen ne s’avère être qu’un succès mitigé. Gérard Buhr se cantonnera alors dans les seconds rôles pour des films comme Léon Morin prêtre avec Belmondo, Le cave se rebiffe, Le monocle noir avec Paul Meurisse, jusqu’à Dangereusement vôtre en 1985 en passant par Le Pacha, Le Clan des Siciliens, Le Chacal et bien d’autres. Il est également comédien et crée en 1954 La Condition humaine d’André Malraux, ou encore en 1966 Six hommes en question de Frédéric Dard et Robert Hossein. Il interprétera aussi pour la télévision des rôles dans la série des Cinq dernières minutes de Claude Loursais ou encore la saga de Chateauvallon.

Enfin il sera scénariste pour la télé, adaptant son roman Le Pèlerinage réédité pour l’occasion chez Casterman mais qui était la seconde mouture de Choucroute au sang paru au Fleuve Noir en 1970.

Son grand-père maternel se nommait Harter, prénommé Victor. C’est tout naturellement qu’il empruntera ce pseudonyme pour ses romans publiés au Fleuve Noir. C’est un ami de la famille, José-André Lacour dont j’aurai surement l’occasion de reparler, qui lui conseille d’écrire, pour voir… Et c’est ainsi qu’il entre au Fleuve Noir en 1965 et fournira seize romans jusqu’en 1975.

Victor HARTER : Un portrait

C’est principalement dans la collection L’Aventurier que seront édités ses titres, dans une série consacrée à Cyrille Turpin et à Patricia Mac Cud, un couple qui n’est pas sans rappeler celui créé par M.G. Braun : Sam et Sally. Le prénom de l’héroïne, Patricia, n’est pas choisi au hasard puisque c’est le prénom de la femme de Gérard Buhr/Victor Harter, elle-même comédienne. Cyrille Turpin et son énigmatique compagne Patricia forment un couple d’espions économiques. Engagés par un organisme ultra-officieux, ils sont chargés de missions de renseignements dans le cadre de la défense des intérêts commerciaux et économiques du Benelux.

 

« Ce succès auquel Victor Harter était bien loin de rêver le contraint, depuis la parution de ses trois premiers romans, à concilier ses deux métiers, ce qui n’est pas toujours des plus faciles. D’une part il faut apprendre des textes que l’on n’a pas écrit et, d’autre part, en écrire que l’on n’apprendra jamais ! Et les journées n’ont que vingt-quatre heures, soupire-t-il, en attendant philosophiquement que l’un de ces deux métiers prennent le pas sur l’autre. Mais Victor Harter qui connait ainsi la fortune des planches et de l’édition connait également le bonheur. Il connait le bonheur d’abord parce qu’il est l’époux de l’éblouissante Patricia Karim, elle aussi comédienne, interprète de Frédéric Dard, auteur du déjà fameux Monsieur Carnaval au châtelet, et célèbre confrère de son époux aux Editions Fleuve Noir. Il connait ensuite le bonheur avec la naissance de Frédéric et Delphine, son garçon et sa fille avec qui il aime à jouer, quand ses loisirs le lui permettent dans cette petite maison entourée d’un jardin familier à Saint-Leu-la-Forêt. C’est là sa distraction préférée, dans le cadre de la maison familiale, lorsque Patricia profite de son jour de relâche au théâtre pour lui mitonner un de ces nombreux petits plats dont elle a le secret. Accessoirement Victor Harter aime recevoir ses vrais amis et bavarder avec eux autour d’une bonne bouteille. Il n’apprécie ni le sport, ni les voitures de courses, ni les chiens que l’on dit amusant, seulement un bon fusil. Il adore le tir. »

 

Victor HARTER : Un portrait

Certains ont avancé que Victor Harter aurait écrit en collaboration avec Xavier Snoeck. Personnellement je n’y crois guère, jusqu’à preuve du contraire. Et s’il a été « aidé », je pencherais plus vers José-André Lacour, grand pourvoyeur de titres au Fleuve Noir sous divers pseudonymes.

Portrait réalisé à partir de sources diverses dont le bulletin Fleuve Noir information N°15 de mars 1966.

 

Collection L'Aventurier

108 - Turpin tire la contrepointe

109 - Turpin se paume dans les psaumes

112 - Turpin coxe la Mafia

115 - Turpin croque un diamant

117 - Turpin n'est pas un gentleman

136 - Le Dongo rend Turpin dingo

138 - Pas d'esquimau pour Turpin

140 - Turpin mange kasher

149 - Le Tour de Rhin de Turpin

155 - Turpin cliche Paris by night

163 - Turpin du tac au toc

 

Collection Feu

147 : Les bambous sont coupés

 

Collection Spécial Police

725 : Les Vieux loups bénissent la mort

798 : Choucroute au sang

852 : Un Valet se coupe à cœur

1211 : Un Homme légèrement assassiné

Victor HARTER : Un portrait

Casterman :

Le pèlerinage.

 

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25 avril 2015 6 25 /04 /avril /2015 16:26

Hommage à Paul Sala né le 25 avril 1921

Paul SALA. Un portrait.

Né d’un père mi-jurassien, mi-parisien, le 25 avril 1921 à Paris, René Mérillon, véritable patronyme de Paul Sala, connait bien ce dont il écrit car il fut policier.

Et comme il ne voulait pas mélanger travail et loisir, il emprunta le nom de sa femme comme pseudonyme pour la publication de ses romans, tous au Fleuve Noir. S’il s’est servi du nom de son épouse pour signer ses romans, c’est par pudeur, pudeur qui englobe sa carrière de fonctionnaire de l’état dont il ne parle quasiment jamais dans les entretiens qu’il a accordés.

Il est nettement plus prolixe lorsqu’il parle de sa passion, l’écriture. A Georges Rieben, il confiait en 1973 (Mystère Magazine 308) : « S’il n’y a pas d’aventure dans un roman, ce n’est pas un roman », refusant les étiquettes, que ce soit roman policier, roman d’aventure ou roman d’espionnage. « Il n’y a que le roman, comme il n’y a que l’homme, qu’il soit noir, blanc ou vert, maçon, psychiatre ou truand. Si le roman est lu et s’il passe la barrière des générations, alors c’est aussi de la littérature ».

Et Paul Sala de préciser un peu plus loin : « Un livre qui n’est pas un roman d’aventures, qui est une dissertation sur je ne sais quel phénomène ou sujet, n’a pas droit au titre de roman : il n’entre pas dans la littérature de loisirs ».

Paul SALA. Un portrait.

Paul Sala pense qu’un roman lu par un public nombreux, et relu avec plaisir vingt ans après, est un bon roman. Le reste étant une histoire de technique, de dissertation et de culture. Et lorsqu’il rédige un roman, Paul Sala en est le premier lecteur en même temps que le premier protagoniste. C’est donc tout évidemment que son héros est Le Savoyard, Paul Sala étant savoyard de cœur et habitant près des berges du lac Léman, il peut apercevoir les contreforts de ces monts qui furent le berceau de sa famille.

Cette osmose entre auteur et personnage oblige Paul Sala à une petite gymnastique intellectuelle. « Son point de départ est rarement une chute finale mais plutôt un climat, une ambiance, l’envie de faire se rencontrer à un moment deux personnages semblables ou opposés et voir ce qui en résultera ». Et « lorsqu’il s’attaque à la première page blanche, Paul Sala ne sait en principe pas où il va, afin de vivre lui aussi cette aventure, à mesure qu’il la crée ». Et s’il possède déjà en tête son intrigue « je mets très longtemps à l’écrire parce que ça ne m’intéresse plus guère : je connais toute l’histoire. Cela devient du travail, et même une corvée. Et le lecteur risque de ressentir la même impression ensuite ».

Précisons qu’il est gaucher mais qu’il écrit de la main droite. Qu’il est culturiste, yogi, athlète, footballeur, cyclotouriste, adepte des sports d’hivers, bon tireur d’arme au poing, pêcheur, montagnard, peintre. D’ailleurs cette envie d’écrire lui venue par cette pratique de la peinture. Outre ses quarante-deux romans parus dans la collection Spécial Police, publiés entre 1970 et 1983, il a rédigé un copieux ouvrage : Le Roy des Coquillards, une histoire aventureuse de François Villon dans la collection Grands Succès. Un personnage dans lequel il se retrouve. Il a connu la disette pendant la guerre comme le célèbre chroniqueur du Moyen-âge au lendemain de la guerre de Cent Ans. « Le martèlement des bottes sur les routes de France évoquera pour lui le vers célèbre : En mon pays, suis en terre lointaine ».

Paul SALA. Un portrait.

Il cumule avec son célèbre héros les points communs. Turbulent, rouspéteur, il a horreur de la contrainte, et l’on ne s’éloigne guère du chantre des escholliers qui descellaient le Pet du Diable, du chenapan qui s’abouchait avec les compagnons de la Coquille. Villon n’avait pas de plus fervent admirateur que le Prévôt de Paris. Et l’aventure est toujours nichée au coin de la rue de la Grande Truanderie où les traditions subsistent : cours des miracles, ribaudes, tire-laine, crocheteurs, lieutenant criminels, Châtelet ». Seuls les termes ont changé, tout comme la langue verte qui a évolué.

Ma dernière correspondance avec Paul Sala date de novembre 2004, et malheureusement, son écriture était tremblotante, quasi illisible. Aujourd’hui il aurait plus de quatre-vingt dix ans. Est-il encore en bonne santé ?

Ce portrait a été réalisé grâce à une correspondance personnelle, à Fleuve Noir Information 77/78 daté de 1971 et Mystère Magazine N°308 de 1973.

 

Paul SALA. Un portrait.

Collection Spécial Police

773 : Le Savoyard (1970)

851 : Le Savoyard prend ses patins (1971)

922 : Alerte à toutes voitures (1972)

968 : Les Braqueurs (1972)

1012 : Le Journal d'un juge (1973)

1032 : Le Savoyard et la Vaudoise (1973)

1061 : Le Savoyard a le punch (1973)

1100 : L'Indic a tort (1974)

1147 : Interpol (1974)

1158 : Les Dépouilleurs (1975)

1183 : L'Héroïne d'Amsterdam (1975)

1262 : Code vénal (1976)

1271 : Faubourg Montmartre (1976)

1285 : Miss flic (1976)

1317 : Filière blanche pour l'ami noir (1977)

1321 : Une Bande décimée (1977)

1337 : Un Loubar (1977)

1347 : La Mort en petites coupures (1977)

1361 : Au nom du flair (1977)

1387 : Des Cendres à chaque otage (1978)

1404 : Trafic d'âmes (1978)

1421 : Une Garce (1978)

1428 : Le Savoyard au Canada (1978)

1434 : Au nom du vice (1978)

1449 : Le Forcené de Chibougamau (1978)

1463 : Monsieur Lucien (1979)

1484 : Le Monstre de la Vanoise (1979)

1490 : Ma canaille au Canada (1979)

1499 : Les Voraces et les coriaces (1979)

1523 : Tueries Pigalle (1979)

1535 : On va tuer le Président (1979)

1546 : Tel père, tel flic (1980)

1567 : La Châtaigne... faut aimer (1980)

1581 : Contre deux rançons (1980)

1613 : Le Disparu de Montparnasse (1981)

1649 : Les Marionnettes de Manhattan (1981)

1667 : C'est pas fait pour les chiens (1981)

1698 : Cauchemar blanc (1982)

1719 : Brooklyn, 14e district, j'écoute... (1982)

1750 : Jusqu'au dernier (1982)

1778 : Bon flic, bon genre, etc. (1983)

1834 : Le Cimetière des éléphants (1983)

 

Collection Grands Succès

Le Roy des Coquillards

Paul SALA. Un portrait.

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Présentation

  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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