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2 mars 2013 6 02 /03 /mars /2013 14:05

Et elle n'était même pas électrique...

 

Underwodd.jpg


Etre écrivain de littérature populaire, cela demande beaucoup d’abnégation, car, à de rares exceptions près, la reconnaissance du critique, du lecteur n’est pas toujours au rendez-vous.

Gilles Morris-Dumoulin fait partie de cette cohorte de romanciers qui depuis les années cinquante enchante bon nombre de lecteurs de ma génération, leur apportant le plaisir de lire et leur procurant évasion à bon compte. Malheureusement, et malgré les tirages conséquents, ces auteurs populaires restent cantonnés dans un statut rejeté par les intellectuels, traités par le mépris et le dédain.

Que l’on en juge au travers de quelques chiffres : dans les années 50-60, il n’était pas rare qu’un roman policier, paru au Masque, à la Série Noire ou au Fleuve Noir atteigne ou dépasse les 100.000 exemplaires. Il n’y avait nulle gloriole à cela, seulement la satisfaction du devoir accompli par des professionnels de l’écriture. Aujourd’hui les best-sellers atteignent péniblement ces tirages, et les heureux élus se frottent les mains, tout comme leurs éditeurs d’ailleurs. Il est vrai que la télévision, les jeux vidéos, Internet, ont fait une intrusion bouleversant les mœurs, bousculant le choix des loisirs, les journaux écrits ayant eux aussi subi cette concurrence.

Cette entrée en matière ne semble qu’être un ramassis de lieux communs, mais hélas elle n’exprime que trop bien la réalité.

Revenons à notre sujet, Gilles-Maurice Dumoulin, alias Gilles Morris-Dumoulin, alias G. Morris et quelques dérivés, alias Vic Saint-Val.


camp_pm675.jpgNé au Havre le 16 janvier 1924, Gilles Morris-Dumoulin a vécu une enfance entre une mère possessive et un père qui entrainé de par ses fonctions sur le port du Havre sombra dans un alcoolisme l’emportant trop jeune à l’affection des siens, comme écrirait un auteur de mélos. Gilles occupe ses loisirs à lire, et ingurgite les méthodes Assimil, en véritable autodidacte, de l’Anglais, de l’Allemand, du Néerlandais, de l’Espagnol et de l’Italien. Ses débuts à la machine à écrire seront assez pragmatiques puisqu’il se fera les doigts chez un importateur de coton brut en tapant les factures.

La guerre arrive avec son lot de bombes, et la ville du Havre n’est guère épargnée. Il suit avec sa mère le chemin des réfugiés vers le Sud de la France. Le démon de l’écriture le travaille déjà et il écrit une pièce de théâtre qu’il joue avec quelques camarades. Il est également attiré par la chanson, et c’est sur une scène qu’il connaitra Gilou qui deviendra sa femme, sa compagne, son soutien. Il faut assurer la pitance et c’est au camp Phillip Morris au Havre, où il travaillera six mois, qu’il engrangera quelques souvenirs fournissant la trame et l’atmosphère de Assassin, mon frère, l’un de ses romans. Puis il mettra le pied, ou plutôt la main à la traduction. Ce seront les années de galère, de sous-locations en appartements miteux. On lui doit, entre autres, la traduction du Carnaval des Gueux de Robert Ruark, de Tant qu’il y aura des hommes de James Jones, du Bal des maudits d’Irwin Shaw, et la série des Mike Hammer de Mickey Spillane qui fut un énorme succès.

De son premier livre écrit et présenté aux éditeurs qui pour lui représentaient alors le gratin, Le Seuil, Gallimard ou Denoël, de sa première désillusion, de son premier refus, non pas à cause de la qualité de son manuscrit mais parce qu’il était trop jeune, de ses rencontres avec Sven Nielsen, fondateur des Presses de la Cité et de la célèbre collection Un Mystère, avec Marcel Duhamel qui lui tint toujours grief de travailler pour Nielsen, de son Grand Prix de Littérature Policière 1955 pour Assassin, mon frère, de sa carrière au Fleuve Noir dans les diverses collections, de tous les choix qu’il fut obligé de prendre un jour ou l’autre et qui le conduisirent inexorablement dans des impasses, de toutes ses aventures et mésaventures, Gilles Morris-Dumoulin nous livre un panorama complet, d’une frappe caustique et parfois désabusée.

Il dresse l’inventaire de ces petites joies de l’existence et de ces moments de galère qu’ont connu bien d’autres écrivains, parce que ce sont des professionnels et non des dilettantes, qu’ils écrivent à un rythme infernal pour vivre. Et c’est ce rythme, cette abondance de titres, cette imagination, qui leur sont reprochés comme autant de défaut, les imbéciles croyant et claironnant aux quatre coins une incompatibilité entre rapidité d’écriture et talent.

Un livre de souvenirs pétri d’anecdotes, de mises au point, enrobé d’humour, écrit avec cette désinvolture propre à ceux qui ont connu le bon et le moins bon dans leur vie mais n’en garde aucune acrimonie. Gilles Morris-Dumoulin n’a pas été seulement romancier et traducteur, mais également scénariste, dialoguiste, auteur de chansons. Et lorsqu’il préféra se cantonner à la rédaction de son œuvre personnelle, on lui reprocha de ne plus assurer de traductions, métier exigeant mais mal payé car au forfait. Mais je reviendrai peut-être sur ses impressions et souvenirs de traducteur.

A noter que tous les titres des chapitres sont empruntés à des titres de ces romans.

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G Morris Dumoulin 1
 Photos prises à la BILIPO en octobre 1999 lors des cinquante ans du Fleuve Noir. Entre Gilles Morris-Dumoulin, à gauche, et Brice Pelman, à droite, une vitre dans laquelle trône en bas la fameuse Underwood.

 

Pour retrouver quelques oeuvres de Gilles Morris-Dumoulin, je vous conseille une petite visite chez Action-Suspense .


Gilles-MORRIS-DUMOULIN : Le Forçat de l’Underwood. Souvenirs. Editions Manya. Février 1993. 240 pages.

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20 février 2013 3 20 /02 /février /2013 15:04

Claude Mesplède à livre ouvert !

 

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Il est toujours difficile pour un chroniqueur littéraire, ou supposé tel, de rédiger un article sur un ouvrage de ses confrères, qui plus est si celui-ci est un ami. Ne va-t-il pas en faire trop ? Être trop louangeur, encenseur, flatteur, voire flagorneur ? Va-t-il se montrer objectif, impartial ?

La tentation serait, comme l’exécutent brillamment certains préfaciers, de parler de soi, au travers de l’autre, celui dont ils sont censés présenter l’ouvrage et deviennent les porte-paroles de leurs propres œuvres.

La tâche était rude mais à plume vaillante… tout est possible !

Comme la moindre des politesses, lorsqu’on arrive chez quelqu’un, exige que l’on se présente, Claude Mesplède ne faillit pas à la tradition dans un préambule en quatre volets : En bref, qui suis-je ? Ce polar qui a changé mon existence, En guise de présentation et enfin Pourquoi lire des polars ? Ce dernier étant un petit texte qui réconfortera dans leur passion ceux qui lisent des romans populaires, et pas seulement des romans policiers et qui se sentent parfois honteux face aux diatribes de pseudos intellectuels sectaires ou ségrégationnistes. Le tout est complété d’un articulet humoristique de Jan Thirion.

Ensuite petit retour arrière sur deux événements qui ont contribué à la reconnaissance de la littérature policière. Le festival de Reims de 1981 et celui houleux de 1986 relatés dans Nuits Noires et La Vie ouvrière. Si je connaissais pour les avoir vécus quelques pans de cette ultime réunion champenoise, Claude Mesplède nous en délivre d’autres. Je ne peux m’empêcher de m’immiscer dans cette chronique afin de mettre en garde les organisateurs ou futurs organisateurs de salons et festivals : surtout ne confiez pas vos intérêts à des agences de communications parisiennes mégalomanes et politisées, votre manifestation pourrait en pâtir. En 1986 au lieu du sacre de Reims nous avons connu une guerre des tranchées. Avec en apothéose l’annonce que le Grand prix de littérature policière avait été remis en catimini la veille par Alain Delon, qui toujours grand seigneur, avait été royalement rétribué pour sa prestation.

Claude Mesplède, pour qui la Série Noire reste la collection phare, celle dans laquelle il s’est imprégné, les fonds baptismaux de sa passion, nous propose une histoire de ce phénomène littéraire, avec des témoignages des directeurs (Duhamel puis Soulat) et collaborateurs directs qui étaient relégués dans une cave de l’immeuble Gallimard et officiaient en leur âme et conscience.

En avril 1985, la revue Antoinette diffusait un article intitulé La Femme dans la Série Noire. C’était l’occasion pour Claude Mesplède de démontrer que les clichés largement diffusés et entretenus de la femme fatale, garce et tout autres qualificatifs désobligeant que vous voudrez bien y accorder, n’étaient pas forcément à prendre au pied de la lettre. Les clichés ont la peau dure, comme les héros qui gravitent dans ces ouvrages, mais la Femme peut se montrer responsable, courageuse, audacieuse, lucide. Certes les stéréotypes marquent plus facilement l’inconscient, mais comme le démontre fort bien Claude, ceci n’est pas l’apanage du roman policier et l’on trouve bien d’autres exemples de ces deux facettes de la Femme en littérature générale, comme dans la vie quotidienne.

Autre article, paru dans la revue Mouvement en 2011, Du roman noir au film noir, recadre la définition même du roman noir, label qui est aujourd’hui attribué à tout et à n’importe quoi, tout comme celui de thriller d’ailleurs. Suivent quelques portraits d’auteurs et des entretiens dont je vous laisse découvrir les noms, mais sachez qu’ils ne sont pas des moindres. Suivent un florilège de chroniques parues dans la revue mensuelle Option depuis 1993, plus quelques autres écrits, disséminés ici ou là dans lesquels on retrouve la sympathie, l’amitié, l’empathie qui lie Claude Mesplède aux auteurs, et vice versa.


Ces articles ont pour la plupart été publiés dans diverses revues et il eut été dommage qu’elles restassent reléguées dans des tiroirs ou d’obscurs classeurs. Au sommaire également la nouvelle version revue et corrigée du Cantique des cantines, un Poulpe.


Hier la littérature policière se confinait dans une chapelle dédiée à quelques saints (et je pense pas uniquement à Leslie Charteris) et fréquentée par des fidèles qui le restèrent malgré les nombreux anathèmes proférés par des littérateurs jaloux ou des garants de la bonne littérature investis d’une morale élastique. Aujourd’hui, grâce à des exégètes soucieux de porter la bonne parole et d’infatigables apôtres tels Claude Mesplède, elle emplit des cathédrales. Oui la Messe plaide en faveur de cette littérature qui n’est plus obligée d’être célébrée dans des catacombes mais officie en plein air en présence d’une assemblée de plus en plus compacte et n’hésitant pas à clamer à la face du monde entier, en une ferveur communicative :

Le polar c’est vraiment la classe
on le dévore, jamais on ‘s’en lasse
Au roman noir, levons nos quarts
Vive le polar, vive le polar

Sur l’air de Vive le pinard, aimable bluette entonnée en chœur par des polardeux guillerets lors des salons et festivals.

A lire également l'avis de Claude Le Nocher sur Action Suspense


Claude MESPLEDE : 1982 – 2012, 30 ans d’écrits sur le Polar. Volume 1. Collection Court-lettrages. Editions Krakoen. 378 pages. 18€. Couverture cartonnée.

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20 janvier 2013 7 20 /01 /janvier /2013 13:53

Lorsque le réel côtoie la fiction

 

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Si Hollywood est considérée à juste raison comme La Mecque du cinéma américain, Los Angeles fut le théâtre d’affaires criminelles et judiciaires qui n’eurent rien à envier aux scénaristes appointés par les firmes cinématographiques dès leurs implantations. Nausica Zaballos recense huit drames qui s’échelonnent de 1922 à 1962, ayant souvent des stars montantes ou confirmées du cinéma pour protagonistes. Des affaires moins médiatiques que celle du Dahlia noir par exemple, mais il faut avouer que les écrits et les déclarations de James Ellroy ont focalisé l’attention du public sur ce crime non résolu officiellement.

Dans son avant-propos, Nausica Zaballos démontre le rôle pervers et néfaste des journaux qui n’hésitent pas à déformer des infos, à les fausser. L’engouement du public étant alors assujetti à ces médias qui chassaient (chassent encore ?) le sensationnel à tout prix, les recettes dépendant des ventes.

ClaraPhillips.jpgHollywood fascine les jeunes filles de Los Angeles et celles des états les plus reculés de l’Amérique. Les paillettes, la gloire les attirent et bon nombre d’elles vont s’y brûler les ailes. Clara Phillips fait partie de ces adolescentes qui rêvent de se faire un nom au cinéma, mais si elle devient célèbre, ce sera pour un triste fait divers. Elle sera même surnommée la tigresse. Mariée à quatorze ans avec Amour (prénom prédestiné) Lee Phillips, elle est inculpée de meurtre à vingt-trois ans. Son crime ? Avoir assassiné une rivale, Amour étant très volage. L’arme du crime : un marteau. Elle annonce la bonne (pour elle) nouvelle à son mari qui est catastrophé. Il fréquentait assidûment Alberta Meadows, une jeune veuve de vingt ans, il pense surtout à sa situation professionnelle et aux conséquences que la découverte de ce crime pourrait entraîner. Alors il aide Clara à effacer les traces du crime, mais celui-ci a eu un témoin, Peggy Caffee, une amie de sa femme. Si ce meurtre défraya la chronique, c’est surtout l’évasion de Clara Phillips de la prison de Saint Quentin qui enflamma les esprits. Ainsi que sa tentative de suicide. Cette histoire est narrée dans L’échappée belle de la Tigresse, première des affaires relatées.

La comptine de l’enfant découpée en morceaux est le titre d’une affaire qui à lui seul plonge le lecteur dans de terribles suppositions. Cela se déroule en 1927/1928, et aborde le sordide. Le jeudi 15 décembre 1927, Marion Parker, 12 ans, est enlevée par un jeune homme qui vient la chercher dans l’établissement scolaire qu’elle fréquente. Il argue que le père de la gamine a été victime d’un accident de voiture. Le ravisseur, qui signe Georges Renard, envoie un télégramme à Perry Parker, banquier, lui demandant de ne rien faire avant de recevoir un autre pli, puis il lui téléphone en lui signifiant de ne pas prévenir la police. La vie de sa fille en dépendant. Mais Perry Parker a déjà prévenu les autorités policières, car son autre fille Marjorie est rentrée de l’école normalement. Une rançon de 1500 dollars, somme énorme pour l’époque, est demandée. Les appels téléphoniques et les missives se suivent. Perry Parker se rend seul au rendez-vous prévu pour remettre la rançon. Il découvre avec effroi sa fille morte, éviscérée. Seuls le torse et la tête ont été déposés. Les policiers commencent alors une enquête de routine qui aboutit à un employé renvoyé par le banquier peu de temps auparavant. Seule ou à peu près, Ayn Rand, philosophe, essayiste, romancière et scénariste, défend Hickman, le ravisseur meurtrier, et le surnomme le Surhomme, établissant des références à Nietzsche et Schopenhauer. Des compositeurs de country music s’empareront de cette affaire pour écrire de nombreuses balladeaimee-semple.jpgs.

Si cette affaire, pour horrible qu’elle soit, n’en est pas moins banale, d’autres histoires mettent en scène des personnages qui fleurissent aux USA, lieu de prédilection de ces protagonistes mais que l’on ne retrouve guère par ailleurs. Il s’agit des évangélisateurs, et l’engouement du public pour les gourous ne se dément pas. Les auteurs de romans policiers d’ailleurs mettent souvent des évangélistes, plus que de véritables religieux, dans des situations scabreuses. C’est ainsi que Nausica Zaballos nous narre La disparition de Sœur Aimée, une affaire qui tint en haleine la Californie et bon nombre d’autres états en 1926. Le cas de Sœur Aimée, Aimée Semple McPherson dans le « civil », dirige depuis 1918 une église évangélique de grande envergure, l’Angus Temple, pouvant accueillir jusqu’à cinq mille personnes. Le 23 mai 1926 des milliers de personnes se tiennent sur la plage de Venice. L’endroit où la prêtresse a été vue pour la dernière fois. Sa vocation, elle la doit probablement à Robert Semple, lui-même missionnaire pentecôtiste, qu’elle épouse à l’âge de 17 ans et qui devient son mentor. Fascinée par la glossolalie elle ne tarde pas à enflammer les foules. Elle perd son mari en 1912, deux ans après leur installation en Chine, et revient avec sa fille née peu auparavant. Elle se remarie rapidement avec McPherson, un employé d’épicerie, et l’entraîne sur la côte Est des Etats-Unis puis sur la côte Ouest. Afin d’accroitre sa popularité ses prêches sont diffusés à la radio, et elle lançe sa propre station le 6 février 1922. Elle soigne son apparence et de matrone corpulente et robuste elle se mue en « prêcheuse sexy ». Mais on peut diffuser la bonne parole à des ouailles tout acquises et s’adonner au péché de chair.

Dans le même registre, en 1939 une nouvelle affaire d’évangéliste secoue la sphère religieuse. Elle est contée dans Le pasteur lubrique autoproclamé Messie, un titre qui à lui seul donne le ton.

Enfin, dernière affaire que je vais évoquer, ne désirant pas trop en dire afin de garder votre curiosité intacte, Mourir à Pacific Palisades.

Thelma_Todd_in_Corsair_4.jpgThelma Todd, à l’inverse des « héroïnes » des précédentes affaires, ne se destinait pas au cinéma mais désirait devenir institutrice. C’est par sa mère qu’elle met un pied dans l’engrenage qui deviendra fatal. Elue Miss Massachusetts, elle est remarquée par des agents et se voit confier de petits rôles au cinéma. Après avoir suivi des cours d’art dramatique, payés par la Paramount, elle apparait dans Le bel âge, en 1926. Elle va tourner ensuite avec Gary Cooper, William Powell, les Marx Brothers et le duo Laurel et Hardy. Le passage du muet au parlant n’est pas fatal à sa carrière et elle devient rapidement une star adulée pour sa beauté. Elle est d’ailleurs rapidement surnommée Hot Toddy ou encore Ice-Cream-Blonde. Mais elle est retrouvée morte le 16 décembre 1935 dans sa voiture enfermée dans le garage de l'ex-actrice Jewel Carmen, également ex-épouse du compagnon et associé de Thelma, Roland West. La maison de Jewell Carmen est située non loin du restaurant de Thelma. La cause de la mort est déclarée due à un empoisonnement au monoxyde de carbone. Meurtre, suicide, accident, les témoignages divergent, sont contradictoires et peuvent être interprétés dans un sens ou un autre. Pourtant certains faits démontrent qu’elle n’aurait pu grimper les quelques deux cents marches qui menaient à son garage sans laisser de traces. L’affaire ne sera jamais véritablement résolue.

Nausica Zaballos ne se contente pas de relater les faits, mais propose de s’immiscer dans l’instruction des enquêtes qui sont effectuées lors de chacune des affaires présentées dans l’ouvrage. Elle reprend les différents articles journalistiques qui ont couvert les procès, citant ses sources dans les notes figurant à la fin de chaque chapitre, et rend le récit vivant (si l’on peut parler ainsi lorsqu’il s’agit de meurtres ou de décès inexpliqués) sans l’alourdir ou l’affadir.

Chaque chapitre est précédé d’une sorte de fiche signalétique qui tout de suite accroche le lecteur, tout comme les titres d’ailleurs. Ainsi pour La disparition de Sœur Aimée, peut-on lire :

Faux Kidnapping

Inculpée : L’Evangéliste de L’Angelus Temple

Mobile : Dissimuler une relation adultère ( ?)

Victimes : Des milliers de fidèles, le bureau du Procureur Asa Keyes.

Complices : Sa mère, un ingénieur du son, le Sosie d’Aimée.

 

La très riche iconographie apporte un attrait supplémentaire non négligeable à ce document remarquable par son professionnalisme et son esprit de recherche. On ne peut que penser, pour les plus anciens, aux bandes dessinées verticales parues dans les années 50/60 qui avaient pour nom Le crime ne paie pas et Les amours célèbres signées Paul Gordeaux, relatant des affaires avec empathie, vivacité, honnêteté, respect du lecteur et de la vérité.


Nausica ZABALLOS : Crimes et procès sensationnels à Los Angeles (1922-1962). Sous titré Au-delà du Dahlias noir. Editions Edite. 296 pages. 22€.

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8 janvier 2013 2 08 /01 /janvier /2013 09:38

Un oubli dans ma hotte…

 

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Si comme moi, vous recevez à Noël des cadeaux qui ne vous font particulièrement bondir de joie au plafond, je vous suggère d’inciter vos amis, vos proches, vos parents à vous offrir ce copieux ouvrage de Noël (ça ne s’invente pas !) Balen. 800 pages bourrées d’infos avec des bonus indispensables comme ce compact disc comportant 20 titres éclectiques sur lequel se côtoient des artistes de tendances diverses, d’époques différentes, en cohésion avec la progression de la lecture du texte et en concordance avec les chapitres développés d’une façon rigoureuse et attrayante. Il existe plusieurs façons d’aborder un tel ouvrage copieux. Commencer par la première page et finir par la fin, méthode classique. Ou mieux, d’une façon plus ludique, se précipiter sur l’index, afin de rechercher la fiche de tel ou tel musicien, se jeter avidement sur la discographie, la vidéographie, ou piocher, grappiller au hasard des pages, compulser plus précisément tel ou tel chapitre qui semble le plus attrayant selon sa propre sensibilité musicale, sans oublier d’apprécier l’indispensable iconographie.

Ayant procédé selon la seconde méthode de lecture, j’ai été déçu de ne trouver le nom de Claude Luther qu’à deux reprises, glissé entre ceux de musiciens accompagnateurs. Mais Noël Balen avait prévu cette frustration, précisant dans son avant-propos « Combien de héros obscurs, de partenaires oubliés, de seconds couteaux dans l’ombre des premières lames, d’artisans consciencieux et de bâtisseurs discrets, combien de musiciens qui ne seront pas cités ou se verront à peine mentionnés dans les pages suivantes ? Il ne pouvait malheureusement en être autrement sous peine d’assener une somme encyclopédique et fastidieuse. La clarté et la simplicité étaient au pris de cette injustice ».

Au moins je ne peux que reconnaître une objectivité et une honnêteté auprès du lecteur amateur, éclairé ou non. Petit aparté, Monsieur Balen, et si vous écriviez une odyssée du jazz français ? Revenons à cet ouvrage qui ne se limite pas à des généralités souvent émises dans les essais consacrés aux origines de cette musique devenue universelle, multiple, complexe. En effet l’auteur ne se contente pas de considérations trop souvent évoquées sur les planteurs de Louisiane et états limitrophes mais débute son odyssée de la conquête de l’Amérique et de l’importation massive d’Africains, de « Bois d’ébène », en Amérique du Sud, aux Antilles puis dans les états du sud des Etats-Unis, afin de pallier le manque de main d’œuvre, les indigènes ayant été décimés par les invasions, les maladies, les génocides.

Quelques pages qui éclairent ce contexte douloureux toujours d’actualité, une petite partie de l’humanité imposant sa force, sa loi, ses religions, mais je m’égare. Du negro spiritual et gospel song au rhythm’n blues, soul music et funk et rap, en passant par le blues, le ragtime, le new orleans, le swing le be-bop, le free jazz, le jazz fusion, tout est passé à la moulinette, tout est disséqué, tout est expliqué, avec de très nombreuses fiches d’artistes qui revivent sous les doigts passionnés de l’auteur. Un ouvrage didactique, sobre, sérieux, concis, dense qui ne manque pourtant pas de lyrisme. Les artistes, renommés ou petits maîtres, souvent oubliés alors qu’ils participent à la vie du band, de l’orchestre, de la formation, apportant un soutien au soliste, au leader, sont présentés avec rigueur, sans emphase mais aussi sans opprobre, sans déni.

Une justesse de ton qui reconnait les faiblesses mais également les valeurs, et alors que souvent j’ai lu des ouvrages dans lesquels, par exemple, Lil Hardin, la pianiste qu’épousa Louis Armstrong, jouait comme un pied, ce dont je n’avais pas été convaincu ou choqué en écoutant les enregistrements réédités, ici Noël Balen lui trouve au moins deux qualités : honnête musicienne et femme de caractère dont l’influence fut capitale sur la carrière du trompettiste.

Milton Mezz Mezzrow, trop souvent décrié, alors que Noël Balen lui concède de modestes talents de musicien, ce qui ne dérangeait pas forcément Sidney Bechet puisque à plusieurs reprises il fit appel à lui dans ses formations, ou encore Zutty Singleton, le batteur vieux compagnon de route de Sidney Bechet qui lui aussi est trop souvent négligé (Ah ce merveilleux morceau que Drum Face  que j’ai découvert à la fin des années 60 dans une compilation !). Et les références à ces sidemen obscurs ne manquent pas.

Un ouvrage indispensable à placer près de sa collection de compact-disc ou de ses vinyles, bonnes vieilles galettes 33 tours et pourquoi pas 78 tours, et à compulser, consulter, feuilleter fréquemment, avec toujours un plaisir renouvelé, à la recherche de la moindre information qui décuplera l’enchantement auditif.

Noël BALEN : L’odyssée du jazz. 6ème édition. Novembre 2012. Editions Liana Lévy. 800 pages. 28€. Un CD offert.


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18 décembre 2012 2 18 /12 /décembre /2012 14:21

Les coïncidences littéraires existent, je les ai rencontrées !

 

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La mise en ligne de ma chronique concernant le remarquable ouvrage de John Curran : Les carnets secrets d’Agatha Christie, m’a donné l’idée de remettre un article sur un essai non moins remarquable datant de 1989, dû à Annie Combes, et qui mériterait d’être diffusé plus largement.

Qui n’a jamais lu au moins un roman d’Agatha Christie, La Bonne Dame de Torquay, La Reine du crime, La Duchesse de la mort, comme l’ont surnommée certains critiques ?

Qui n’a pas été tenté de découvrir en compagnie d’Hercule Poirot ou de Miss Marple l’auteur d’un crime savamment agencé ?

Qui ne s’est jamais senti frustré à la fin du roman en s’apercevant que le criminel n’était pas celui auquel on pensait ?

Pourtant Agatha Christie avait déposé ça et là des indices, des leurres également, qui devaient permettre d’accéder à la bonne solution.

Annie Combes, dans cet essai, cette étude sur les romans christiens, sur les différents personnages, sa façon d’écrire, analyse, commente, déchiffre, explore et donne envie de relire d’un regard neuf des romans souvent trop vite lus. Un essai passionnant de bout en bout, écrit sur un mode ludique et attrayant. En effet on peut lire cet ouvrage chapitre après chapitre, lecture conventionnelle, ou en suivant des axes grâce à des renvois en marge, ou encore en sélectionnant ses chapitres.

Les marges comptent pour beaucoup dans cet ouvrage, puisqu’elles comportent de nombreuses notes souvent indispensables, des exemples, des compléments d’information, des renvois à tel chapitre, etc.

Un très gros travail effectué par une passionnée des romans d’Agatha Christie, une passionnée qui sait en même temps se montrer impartiale, reconnaissant que certains romans cèdent à la facilité. Un ouvrage de référence indéniable.

Annie Combes ne manque pas d’humour. Par exemple page 179, dans un chapitre consacré au rôle des chiffres dans l’œuvre christienne, en conclusion de la partie dédiée au chiffre 9, elle termine par cette phrase : pour écrire un récit d’énigme novateur, c’est dans le montage de l’intrigue et l’écriture indicielle qu’il faut chercher du neuf !

Un chapitre, parmi tant d’autres, qui a retenu plus particulièrement mon attention et suscité mon intérêt, c’est celui de la traduction. En effet souvent les romans d’Agatha Christie ont souffert de coupures, de négligence, d’une certaine facilité et même d’un je-m’en-foutisme certain de la part des traducteurs et/ou de l’éditeur. L’exemple le plus connu et qu’Annie Combes ne cite pas, est celui des Dix petits nègres, dont la solution finale est entièrement tronquée*.

 

*Cette chronique date de 1989, et heureusement depuis Les éditions du Masque (anciennement Librairie des Champs Elysées, le Masque étant alors une collection) ont entrepris à partir de 1990 un très gros travail de retraduction, et il vaut mieux lire les ouvrages publiés depuis, soit au Masque dans la collection Les Intégrales ou dans Le Livre de Poche, en vérifiant si la mention nouvelle traduction complète (ou similaire) est apposée.

En conclusion un travail de recherche effectué avec sérieux, qui se lit comme un roman, passionnant de bout en bout, écrit par quelqu’un qui pousse l’humour ou l’identification en possédant les mêmes initiales qu’Agatha Christie !

 

Disponible uniquement chez l’éditeur :

http://www.lesimpressionsnouvelles.com/catalogue/agatha-christie/

 

Annie COMBES : Agatha Christie, l’écriture du crime. Collection. Réflexions faites. Essai édité par Les Impressions Nouvelles. 1989. 304 pages. 21€.


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17 décembre 2012 1 17 /12 /décembre /2012 14:24

Les recettes littéraires de Dame Agatha !

 

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Bon nombre de lecteurs se demandent, à juste raison, comment travaille, écrit un(e) romancier(e), comment s’organise sa journée, d’où lui viennent ses idées, et autres questions fondamentales qui bientôt n’auront plus de réponses à cause de l’informatique. Existera-t-il des traces des différentes versions, des suppositions, des idées jetées en l’air ou sur écrit, des ratures, des renvois, comme cela pouvait et peut encore être découvert grâce à certains manuscrits soigneusement conservés dans des bibliothèques.

John Curran grâce à un hasard extraordinaire, mais pas tant que cela si l’on considère qu’un admirateur aura toujours plus de chance de découvrir des perles rares qu’un lecteur lambda, a pu mettre la main sur soixante-treize carnets appartenant à Agatha Christie, sachant que certains ont dû se perdre au fils des ans.

10petitsnegres-copie-1.jpgLe petit-fils de la célèbre romancière, Mathew Prichard, et John Curran se sont rencontrés à Calgary au Canada, lors de la création mondiale d’une des toutes dernières pièces d’Agatha Christie, Chimneys, et ils ont sympathisé. C’est ainsi que John Curran devient un visiteur fréquent de la propriété sise à Greenway avant même que le National Trust organise de nombreux travaux de rénovation, invité par Mathew Prichard et sa femme. Et qu’il est amené à trouver rangés dans une petite pièce du deuxième étage, des éditions originales de livres, des manuscrits, des lettres et des contrats, des photos, des coupures de presse et un carton ordinaire. Ordinaire, pas tant que cela puisqu’il contient une collection de vieux cahiers d’écoliers.

John Curran est subjugué par sa découverte, et il passe des heures dans cette pièce à relever notes, noms, lieux, dates, à comparer, à remettre en ordre, car si ces cahiers ou carnets, de tailles et d’épaisseurs différentes sont numérotés, c’est dans un ordre aléatoire, prémisses à un véritable dépouillement jamais mené au bout. 

John Curran se plonge dans ces carnets avec la jubilation, l’excitation dû à la découverte d’un trésor, et il passera des heures, des journées, deaffaire-styles.jpgs semaines, à compulser, trier, comparer, analyser, décrypter parfois, des mots, des phrases, des idées, des noms, des interrogations, des ratures, traquant l’écriture serrée, patte de mouche, qui évolue au fil des ans. Un véritable fourre-tout : Pour elle [Agatha Christie], ces blocs-notes sans prétention étaient un simple outil de travail, pas plus précieux que le stylo, le crayon ou le Bic qu’elle prenait pour les noircir. Ses carnets lui servaient d’agendas, d’aide-mémoire, de blocs pour messages téléphoniques, de journal de bord, de livres de comptes pour la maison ; elle les utilisait pour rédiger des brouillons de lettres, pour faire des listes de cadeaux à l’occasion de Noël et des anniversaires, pour griffonner des listes de choses à faire, pour répertorier les livres lus ou à lire, pour gribouiller des itinéraires de voyages… Sir Max, son mari, s’en servait pour faire des calculs, Rosalind s’en servait pour ses exercices d’écritures et tout le monde s’en servait comme marques de bridge.

Comment s’y retrouver dans tout ce fatras, sans une bonne dose de patience, de persévérance, de pugnacité, de volonté, d’obstination, de constance, de concentration, d’amour du livre et des vieux écrits, personnifiant le rat de bibliothèque dévorant métaphoriquement tous ces papiers qui traînent à sa portée et dont il se délecte ?

Parmi cechristie.jpgs scories, John Curran découvre de petites pépites, des ébauches d’histoires jamais écrites, des personnages manquants, réutilisés dans d’autres romans ou nouvelles, de nombreuses interrogations sur les motivations, les mobiles, les occasions, Agatha se livrant à des spéculations, dressant une liste de possibilités, prenant note du travail restant à faire. Et John Curran recense toute cette activité de recherche, exemples à l’appui, en douze chapitres en abordant certains des romans et nouvelles rédigées par Agatha Christie, replaçant l’histoire dans le contexte, abordant les relations avec l’éditeur, avec ses confrères ou consœurs, dans le cadre du Detection Club ou autre, des auteurs qui à leur époque connaissaient un très grand succès tels que G. K. Chesterton, Dorothy L. Sayers, John Dickson Carr, Rex Stout, Anthony Berkeley, E.C. Bentley, Freeman Wills Crofts, mais pour la plupart tombés en désuétude ou quasiment oubliés.

John Curran met en avant le recyclage, qui n’est pas l’apanage d’Agatha Christie, de nouvelles en romans, comme L’Incident de la balle du chien (nouvelle inédite complétant ce recueil) devenant Témoin muet, l’assassin étant changé.

Agatha Christie connaissait son travail, pourtant afin de complaire à son éditeur, elle accepte parfois, rarement, de procéder à des ajouts à un manuscrit déjà bouclé. Ce qui est le cas de La nuit qui ne finit pas, et ses ajouts alourdissent le texte initial et introduisent des incohérences. Or le lecteur ne sait pas forcément que ces hiatus ne proviennent pas d’un manque de rigueur de la romancière mais des exigences d’un éditeur mal inspiré.

La Capture de Cerbère, le douzième et dernier travail d’Hercule, nouvelle qui devait paraître dans le Strand à la suite des onze premiers, qui le travaux-hercule.jpgfurent entre novembre 1939 et septembre 1940, fut refusée par les responsables du magazine. Mais ils ne lui en demandèrent pas une nouvelle version. Le nouveau texte parut lors de l’édition en volume, reprenant une grande partie de l’intrigue de la première. Et c’est en compulsant les carnets d’Agatha Christie que John Curran a pu retrouver la première version et la proposer à la fin de cet ouvrage avec sa genèse. Mais pourquoi donc ce refus ? Tout simplement parce que le personnage d’August Hertzlein est le portrait mal déguisé d’Hitler, nouvelle écrite avant le début de la Seconde guerre mondiale. Un cas unique dans la carrière littéraire d’Agatha Christie qui déclarait en 1970 à son éditeur italien Mondadori : Je ne me suis jamais intéressée le moins du monde à la politique. Hercule est bien évidemment Hercule Poirot, et l’on connait sa vantardise et son immodestie. Pourtant on ne peut qu’approuver cette pensée qui pourrait s’appliquer à certains de nos hommes politiques français actuels : Les hommes doués d’une grande intelligence étaient rarement de grands leaders ou de grands orateurs. Peut-être parce qu’ils sont trop malins pour se laisser prendre à leurs propres discours.

Un ouvrage qui permet de mieux comprendre le succès des romans d’Agatha Christie, un succès qui ne se dément pas, ses sources d’inspiration, sa façon de travailler, de peaufiner son intrigue, de l’abandonner pour mieux la reprendre ou de se servir d’idées non exploitées dans un manuscrit pour en écrire un autre…

En un mot un ouvrage qui se lit… comme un roman policier et qui donne envie de relire la production christienne. Et comme le souligne John Curran, si l’on lit un Agatha Christie par mois, il faudra plus de sept ans pour boucler la boucle, et on pourra recommencer car on aura oublié, logiquement, le premier lu.


John CURRAN : Les carnets secrets d’Agatha Christie. Avec deux nouvelles inédites d’Hercule Poirot. (Agatha Christie’s secret notebooks, fifty years of mystery in the making – traduction de Gérard de Chergé ; Réédition des éditions du Masque 2011). Le Livre de Poche N° 32748.

600 pages. 8,10€.

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6 décembre 2012 4 06 /12 /décembre /2012 19:21

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur 813 sans jamais oser le demander !

 

813.jpg


Les associations d’amis de… pullulent rendant hommage à des auteurs disparus : Les Amis de Jules Verne, d’Alexandre Dumas, de Flaubert, de Guy de Maupassant… Mais une association d’amis aimant la littérature populaire, c’est déjà plus restrictif, et lorsque 813 a été créée, c’était une nouveauté, un défi, un pavé jeté dans la mare des intellectuels et des bien-pensants. D’autant qu’il ne s’agissait pas pour ses créateurs de former une confrérie, un corporatisme englobant uniquement des auteurs, mais de s’ouvrir à tous les amoureux de la littérature policière sous toutes ses formes (Romans, essais, documents, bandes dessinées, films…) les auteurs côtoyant les lecteurs, et vice versa.

Jean-Louis Touchant, d’abord adhérant de base, puis trésorier puis président, relate l’histoire de cette association avec son sens de la rigueur, son pointillisme, sa pondération, son effacement, sa passion, son attachement à un genre littéraire, à des amis, à l’association elle-même.

Pour les nouveaux adhérents, ce document historique permettra de mieux appréhender la genèse de cette association, d’en percer les coulisses, de se sentir chez eux, même s’ils n’en connaissent pas tous les acteurs, dont certains sont malheureusement disparus aujourd’hui. D’autres ont quittés le navire, préférant voguer vers d’autres rivages, pour incompatibilité d’humeur, parce qu’ils croyaient accéder à une plus grande notoriété (je pense à quelques auteurs qui reprochaient un manque de promotion de la part de l’association), pour diverses raisons.

Restent aujourd’hui quelques-uns des mammouths, comme nous appelait l’ami Pascal Polisset qui alors vivait près du Mans et prit une part active lorsque l’assemblée générale, laquelle au début se tenait à Reims puis émigra à Grenoble, fut hébergée par la cité mancelle.

Dedicace-brac.jpgDès les premières pages, les souvenirs se sont bousculés devant mes rétines. Adhérant depuis mai 1982, j’ai assisté à ma première AG fin octobre 1982 à Reims. Je me souviens de Claude Aveline et son bandeau noir sur l’œil, signant ses romans dans une petite salle du Centre culturel André Malraux, entouré de jeunes et de moins jeunes, affable, répondant volontiers aux questions, de Jean Amila, de Michel Lebrun qui ne faisait aucune différence entre auteurs et lecteurs, d’Alain Demouzon, de Pierre Lebedel, d’Harry Whittington et de bien d’autres, revenant à Reims chaque année jusqu’à la dernière édition en 1986. Mais cette année là, j’étais intimidé, n’osant vraiment approcher les auteurs. En 1983 nouvelles brassées de livres achetés, de dédicaces, dont celle en forme de clin d'oeil d’une débutante qui venait de signer son premier roman intitulé Sourire kabyle publié dans la collection Engrenage : Virginie Brac. Mais également la même année puis les années suivantes de Chrystine Brouillet, de François Guérif, de Pierre Lebedel, de Bill Pronzini, de Léo Malet, de Tito Topin, de Pierre Magnan, de Georges-Jean Arnaud, d’Emmanuel Errer/Jean Mazarin, de Brice Pelman, de Claude Mesplède puis de son frère Pierre-Alain, de Marc Villard, de Ralph Messac, de Georges Rieben, de Christine Ferniot, de Thierry Jonquet, de Robin Cook, de Roger Martin, de Didier Daeninckx, de Michel Quint, de Peter Falk, de Richard Fleisher… J’arrête là, trop de souvenirs pour moi et liste peut-être fastidieuse pour vous.

Jean-Louis Touchant nous narre donc les débuts de 813 qui sont liés à une manifestation qui elle aussi était inédite : le festival du roman et du film policiers de Reims dont la première édition connut le jour en 1979. Histoire imbriquée au départ, plus pacsée que mariée.

Je me souviens des premiers bulletins ronéotypés de 813, puis enfin ce qui deviendra une véritable revue, les rires et les coups de gueule lors des assemblées générales, les nouvelles connaissances, les retrouvailles annuelles, les liens d’amitié qui se sont forgés, tout un pan de ma vie que Jean-Louis Touchant exhume, sans difficulté, de ma mémoire. Un bain de jouvence.

C’est pour les adhérents qui n’ont pas connu cette époqueCarte membre 1982-copie-1 moise, puis celles qui suivirent, grenobloises, mancelles, de s’imprégner de cette ferveur, de découvrir les facettes diverses, aussi diverses que peut l’être la littérature policière, les coulisses dont les adhérents de base ne connaissent pas toutes les imbrications, seule la partie immergée de l’iceberg étant accessible. Mais les à-côtés sont aussi évoqués, la vie en dehors de l’association qui ne se contente pas de besogner lors des assemblées générales, un éclairage sur les éditeurs, sur les parutions marquantes, sur les prix littéraires, sur les nombreux salons ou festivals auxquels 813 participe ou est représenté, sur le travail réalisé lors des réunions de bureau, les points de vue des uns et des autres, les défections, les nouveaux arrivants, les différents bureaux élus, toutes petites informations qui sembleront anecdotiques mais révèlent que le monde de la littérature policière est vaste et dont la population parfois se heurte, n’appréciant que le genre qu’elle vénère et critiquant négativement les autres. Le Noir porté au pinacle et les romans de mystères ou de déduction relégués par exemple dans des culs de basse-fosse.

Jean-Louis Touchant, qui ne se met jamais en avant bannissant le JE de son teste, clôt son ouvrage en 2007, année où il ne se représente pas comme membre du bureau. Aujourd’hui l’équipe dirigeante est plus « professionnelle » que celles des débuts, mais je ne ressens pas l’état d’esprit convivial qui en était la marque de fabrique. La nostalgie peut-être qui me fait écrire ces derniers mots.

Une mine de découvertes pour tous, et pour les anciens, je dirais Préparez-vos mouchoirs…

Pour commander cet ouvrage précieux, adressez votre commande accompagnée d’un chèque de 12€ (10€ + 2€ pour les frais d’envoi) à :

Jean-Louis Touchant

22 boulevard Richard-Lenoir

75011 Paris


Jean-Louis TOUCHANT : Histoire véridique de 813, association des amis de la littérature policière. Editions Arsène. 104 pages. 10€.

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27 novembre 2012 2 27 /11 /novembre /2012 15:26

A partir de novembre, pour les clochards, il n'y a plus que deux solutions : la Côte d'Azur ou la prison.

 

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Si Michel Audiard est connu pour les films auxquels il a collaboré en tant que dialoguiste, scénariste, pour ceux qu’il a réalisés, pour ses citations, pour sa gouaille, son inamovible casquette, connait-on véritablement l’homme et son univers ?

Marc Lemonier dans ce dictionnaire richement illustré, dont bon nombre de photos d’archives inédites, nous invite à retrouver l’homme, les artistes qu’il a côtoyés, les films auxquels il a participé et quelques mots clés.

Après une entame chaleureuse relatant la biographie de Michel Audiard, dans laquelle on apprend de nombreuses anecdotes, plus que dans des dictionnaires dont les fiches sont écrites dans un style sec et uniforme, Marc Lemonier décline l’univers de Michel Audiard de A comme Alfred Adam, acteur et scénariste, à Z comme Léon Zitrone, journaliste de télévision qui apparait dans quelques films comme Le Gentleman d’Epsom. En passant par Le Cave se rebiffe, Frédéric Dard, Elle cause plus… elle flingue, Jean Herman (alias Jean Vautrin), Maigret et l’affaire Saint-Fiacre, Mort d’un pourri, Philippe Noiret, Charlotte Rampling, Fernand Raynaud, Tendre poulet… tous noms prélevés au hasard.

Car cet ouvrage se lit (et se regarde) comme on pioche dans un buffet garni. On picore, on feuillette, on déguste, on avance, on revient en arrière, on regarde et on apprécie les photographies, les commentaires, les anecdotes, les petits plus. Revenons quelque peu sur la biographie, du moins sur les premières lignes, de Michel Audiard telle que nous la décrit Marc Lemonier.

Michel Audiard est né de père inconnu le 15 mai 1920, au numéro 2 de la rue Brézin, à Paris XIVe. Sa mère, une jeune fille de la petite bourgeoisie auvergnate, le laissa sans regret derrière elle lorsqu’elle retourna au Puy-en-Velay. Michel ne souhaita jamais savoir qui était son père, déclarant à plusieurs reprises qu’il s’en « fou[tait] complètement », ajoutant que cette incertitude sur ses origines le dissuadait d’être raciste. « Après tout, je suis peut-être arabe, juif ou arménien… » Sa mère l’oublia et ne se manifesta qu’une fois, alors que Michel commençait à apparaître à la télévision, pour lui reprocher de ne pas porter la cravate…

Une réaction maternelle pour le moins irréaliste ! Quant à la déclaration de Michel Audiard concernant son origine paternelle, elle dénote que l’ignorance de son origine peut parfois être un bienfait engendrant l’humanisme.

Revenons au corps même de ce dictionnaire et par exemple, prenons au hasard, Babette s’en va-t-en guerre, un film de Christian-Jacques de 1959 avec Brigitte Bardot en vedette principale. Le scénario original de Raoul Lévy est rejeté par B.B. alias Babette. Elle déplore que l’héroïne la transforme « en Mata-Hari vulgaire qui couche avec tout le monde ». Gérard Oury et Michel Audiard sont appelés à la rescousse. Un film qui permet à Francis Blanche d’exprimer toute la mesure de son talent dans l’interprétation extravagante de Papa Schultz.

Jean-Paul Belmondo, Francis Blanche, Bernard Blier, Mireille Darc, Louis de Funès avant qu’il devienne un acteur de premier plan avec La Grande vadrouille, Jean Gabin, Annie Girardot, Michel Serrault, Lino Ventura, pour ne citer que les plus grands, sans oublier les spécialistes des seconds rôles tels que Philippe Castelli, Robert Dalban, Paul Frankeur, Jean Lefebvre, Paul Mercey, Bernard Musson, André Pousse ou Dominique Zardi, font partie intégrante de la bande à Audiard. C’est la conjugaison de leur talent, de leur présence, de leur gouaille, de leur gueule, le tout associé aux dialogues percutants de Michel Audiard qui fait qu’ils restent acteurs et films) indissociables dans nos mémoires.

Tous ces noms, et bien d’autres, même ceux qui n’ont participé qu’à un seul film comme Isabelle Adjani ou Fernandel, bénéficient d’une fiche, plus ou moins longue selon leurs prestations, avec véritable patronyme, date de naissance, date de décès éventuellement, listes des films dont Audiard fut le dialoguiste, le scénariste ou le réalisateur, auxquels ils ont participés. Sont recensés également les réalisateurs avec lesquels il a travaillé, même pour un film tel que Yves Allégret ou Claude Zidi, et tous les films auxquels il a collaboré.

Cela va de 125, rue Montmartre de Gilles Grangier en 1959, à Les Yeux de l’amour de Denys de La Patellière en 1959. Coïncidence de date. Les fiches de ces films décrivent succinctement le scénario, et offrent les petits à-côtés permettant un éclairage complémentaire. Ainsi, 125, rue Montmartre, qui est l’adaptation d’un roman d’André Gillois permet à Audiard d’évoquer ses propres souvenirs de livreur de journaux, et dont la préparation et le tournage renforcent la sympathie mutuelle que ressentaient déjà depuis Le Rouge est mis, Audiard et Ventura. Ces films sont notés (impartialement ?) d’un A pour à voir ou à découvrir, de deux AA pour bon film avec de bonnes surprises, et d’un triple AAA (une référence qui ne doit rien aux agences de notation dont je ne citerai pas le nom afin d’éviter de leur faire de la pub) pour Chefs-d’œuvre.

D’autres personnages célèbres sont également évoqués comme De Gaulle. Pourquoi, comment ? Autant de bonnes questions dont les réponses sont déclinées dans la fiche consacrée au Général.

Enfin, quelques mots-clés comme Anarchisme de droite, Argent, Con, Littérature, Mort, complètent ce portrait haut en couleurs, au réel et au figuré.

Indispensable à tout cinéphile qui pense connaître Audiard sous toutes ses coutures, et au curieux qui découvrira bon nombres de films auxquels son nom reste attaché.

Un ouvrage de poids dans votre bibliothèque : 1440 grammes, comprenant la filmographie et la bibliographie par années.


A lire de Michel Audiard :  Méfiez-vous des blondes.


Et si vpus désirez en savoir davantage sur les citations de Michel Audiard effectuez une petite visite à  Bédépolar de Fred Prilleux.


Marc LEMONIER : Michel Audiard, l’intégrale de A à Z. Editions Hors Collection. 288 pages. 29€.

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27 octobre 2012 6 27 /10 /octobre /2012 14:04

Voyage télévisuel en Nostalgie !

 

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Bon nombre de téléspectateurs pensent, et affirment, que les nouvelles chaines proposées par la TNT ne leur apportent rien de nouveau. Le reproche quasi constant résidant dans la rediffusion systématique de séries anglo-saxonnes ou françaises. Pourtant, comparées à celles que nous pouvons visionner actuellement, mais bien entendu cet avis n’engage que moi, elles étaient souvent supérieures, même si pour certains elles étaient habillées de candeur et de naïveté. Celles que nous proposent les chaines de télévision me semblent parfois indigentes, avec un humour aléatoire et comportent trop souvent des scènes de violence et de sexe qui ne sont pas forcément en adéquation avec nos attentes. Et puis, il faut bien l’avouer, la nostalgie nous tenaille toujours un peu, et sans conteste, nous pensons, avec mauvaise foi, que c’était mieux avant.

Quant aux nouvelles générations, elles peuvent découvrir avec ces rediffusions ce qui procurait du plaisir à leurs parents, qui alors étaient adolescents.

Si certaines de ces séries ont tourné ou tournent encore en boucle dans nos petits écrans, avec de petits aménagements, La petite maison dans la prairie, Inspecteur Derrick ou Zorro, qui a été colorisé, par exemple, d’autres sont tombées dans les oubliettes de nos mémoires.

Tout le monde revenait à la maison et s’installait devant le poste, délaissant jeux pour les jeunes et les adolescents, ou autres occupations apéritives pour les plus grands, car l’heure du feuilleton était sacrée. Les jeunes filles, mais pas que, se pâmaient devant les histoires de haines, d’amour et de passion de Santa Barbara, 11 saisons, 2137 épisodes et dont TF1 n’a jamais diffusé la fin pour programmer Coucou, c’est nous de Christophe Dechavanne, afin de relancer l’audience avant le Journal télévisé. Dans le même genre, mais à une heure de grande écoute, Dallas, 14 saisons, 357 épisodes, qui narrait les aventures mouvementées de la famille Ewing avec le fameux J.R. alias Larry Hagman en tête.

Certains acteurs sont devenus célèbres grâce à ces séries, tel Roger Moore qui fut tour à tout Ivanhoé, Le Saint puis Lord Brett Sinclair dans Amicalement vôtre avant de passer au cinéma dans le rôle de James Bond.

D’autres séries sont devenues culte pour des raisons diverses : mystères, aventures, humour, légèreté, et elles restent gravées dans les mémoires : Les Mystères de l’Ouest, Amicalement vôtre, Le prisonnier, Chapeau melon et bottes de cuir, Ma sorcière bien aimée, L’Agence tous risques, Mac Gyver, j’en oublie sciemment, sinon où résiderait l’intérêt de vous présenter un tel ouvrage !

Mais toutes ces séries sont anglo-saxonnes et en France me demanderez-vous ? Souvenez-vous : Thierry la fronde, Les chevaliers du ciel, Les brigades du Tigre, Commissaire Moulin, Maigret, Les cinq dernières minutes, Belle et Sébastien

En réalité, et malgré son titre, cet ouvrage ne représente pas uniquement les années 70/80. En effet, Yvanhoé, dont le rôle titre était interprété par  Roger Moore, date d’avril 1959, 1 saison et 39 épisodes. D’autres ont vu le jour dans les années 60, mais toutes ne sont pas présentées. Pourtant, Janique aimée (1963) et L’homme du Picardie (à partir du 16 décembre 1968) étaient suivies fidèlement par les téléspectateurs de la Première chaine, L’homme du Picardie enregistrant même la plus grosse affluence enregistrée par l’ORTF.

Toutes ces séries n’ont pas eu le même impact auprès des téléspectateurs, ont connu des fortunes diverses, enregistré des audiences plus ou moins confidentielles ou des succès que les producteurs n’osaient imaginer à l’origine, mais sont restées plus ou moins gravées dans nos souvenirs. Par exemple Amicalement vôtre, qui doit son succès en France autant grâce à  Roger Moore et Tony Curtiss, qu’aux voix de Claude Bertrand et Michel Roux, leurs doublures françaises, et la musique du générique signée John Barry, a été un véritable flop outre-manche et outre-Atlantique, d’où le nombre restreint d’épisodes : 1 saison, 24 épisodes !

Certains trouveront ces séries ringardes, d’autres attendrissantes. Pour moi elles sont rajeunissantes.series-tele1.JPG

Cet ouvrage, qui se montre comme une véritable bouffée de jouvence, propose de retrouver 130 séries, avec un résumé de l’histoire, les compléments relatifs aux personnages, aux acteurs ou aux à-côtés, le petit plus intitulé Le saviez-vous ? qui apporte d’autres infos savoureuses, par exemple les différents comédiens qui ont endossé le même rôle au fil des saisons et les raisons des défections, le nombre de saisons et d’épisodes, la date et la chaine de la première diffusion, les noms des interprètes principaux et les personnages qu’ils jouent, enfin, complément indispensable, une très riche iconographie comportant photos extraites d’épisodes, reproductions de couvertures de magazines télé, de pochettes de disques, d’objets liés à ces séries, de produits dérivés…

Evidemment ce livre n’est pas un dictionnaire, donc les noms des réalisateurs, des acteurs secondaires, des scénaristes, les titres des épisodes… ne sont pas signalés. Mais à la froideur d’un annuaire recensant tous ces détails, importants pour les perfectionnistes, se substitue la chaleur de passionnés qui savent transmettre leur enthousiasme.

Un ouvrage peu onéreux comparé au plaisir des yeux qu’il procure ainsi qu’à la bouffée de nostalgie vivifiante qui en résulte.


Alexandre RAVELEAU & Jérôme ROULET : Nos séries télé 70/80. Editions Hors collection. Format 260x260. 144 pages. 25,30€.

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7 octobre 2012 7 07 /10 /octobre /2012 14:06

My name is Moore, Roger Moore !

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“ Le 14 octobre 1927, peu après minuit, Lily Moore, née Pope, mit au monde un petit garçon de 58,4 centimètres à la maternité de Jeffrey Road, dans le quartier de Stockwell, au sud de Londres. Georges Alfred Moore, mon père, agent de police au commissariat de Bow Street, avait vingt trois ans. Ça, c’est qu’on m’a raconté. J’étais bien évidemment trop jeune pour me souvenir d’un jour aussi capital que celui de ma naissance. Je fus baptisé Roger Georges Moore et restai fils unique. Dès leur première tentative, mes parents avaient atteint la perfection. A quoi bon recommencer ? ”

Ces premières lignes de la biographie de Roger Moore donnent le ton. L’humour est omniprésent dans le voyage organisé de ses vies. Vies familiale et cinématographique, petits accrocs et grandes joies qu’il aborde avec tact. Le personnage des séries télévisées ou de cinéma ressemble à l’homme. Elégant, raffiné, charmeur, quelque peu aristocrate, il privilégie la distinction aussi bien en paroles qu’en actes mais surtout il se conduit en gentleman. Il se campe avec autodérision, et narre avec une jubilation certaine les blagues d’adolescent pré pubère dont ses partenaires subissent les conséquences. Lorsqu’il a été trop loin, il reconnaît son erreur et se promet de ne plus recommencer. Il ne dit jamais de mal de tous ceux qu’il a pu côtoyer au cours de sa carrière. D’ailleurs il affirme “ J’ai toujours pensé que si l’on a rien de gentil à dire sur quelqu’un, il vaut mieux se taire ” (page 279). L’élégance même vous dis-je.

Le père de Roger, qui était un acteur amateur doué, aimait mettre en scène des pièces de théâtre et réaliser les décors. C’était également un bon musicien et un magicien tout à fait honorable. Et comme il aimait aller au cinéma en compagnie de sa famille, tout était réuni pour que le jeune Roger trouve sa vocation. Pourtant les débuts sont assez difficiles. Il travaille dans un studio d’animation, monte sur les planches, au théâtre des armées notamment en Allemagne durant son service militaire, puis fait de la figuration, de la doublure. Comme il faut assurer sa subsistance, il pose comme modèle pour des catalogues de tricots. Il joue de petits rôles et obtient un engagement pour interpréter Ivanhoé. C’est le début de sa carrière de Serial Actor. Suivront Le Saint assurant une certaine notoriété internationale puis Amicalement vôtre, série avec Tony Curtis, la consécration. Manquait à sa carrière de vrais premiers rôles dans des films de grand spectacle. La série des James Bond y pourvoira. Roger Moore sait aussi se montrer humaniste et les derniers chapitres, parfois poignants, de sa biographie le démontrent. Sous la carapace se révèle un homme engagé, sous la houlette de Audrey Hepburn, et milite depuis plus de quinze ans dans le cadre de l’Unicef. L’épilogue illustre le caractère facétieux de Roger Moore qui conclut par une pirouette : “ …On m’a souvent demandé quelle serait mon épitaphe. La réponse est simple. Comme je n’ai pas l’intention de mourir, je n’en aurai aucune ! ”

Plus qu’une biographie, c’est une belle leçon d’optimisme et de philosophie.

 

Roger MOORE: Amicalement vôtre ; mémoires. Editions Archipoche. 450 pages. 8,65€. Avec la collaboration de Gareth Owen. Traduction de Vincent Le Leurch, Bamiyan Shiff et Christian Jauberty. (Réédition des Editions de L’Archipel, 2009). Cahier photos 16 pages.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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