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6 mai 2013 1 06 /05 /mai /2013 09:30

Qui de l’œuf ou de la poule est arrivé le premier ?

 

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Cette question biologique fondamentale dont la réponse est aléatoire peut s’appliquer également à ce couple d’individus antithétique : le policier et le malfrat.

En effet les policiers ont-ils été engendrés afin de juguler les méfaits des malfrats, ou ceux-ci sont-ils apparus afin de justifier la création de ce métier ?

Foin de tergiversation et contentons-nous de nous intéresser à cet ouvrage qui justement explore cette dualité avec deux témoignages qui reflètent l’avers et le revers de la médaille. Une complémentarité qui permet de mieux appréhender cette époque, et une vision à double facette qui, pour être placée dans des camps adverses, démontre une indissociabilité de deux éléments contraires, opposés et imbriqués. Tout en sachant que par nature, les petits Français, qui dans la cour de l’école jouaient volontiers aux gendarmes et aux voleurs, manifestaient une nette préférence pour la deuxième catégorie. De tout temps l’aura de l’anarchiste qui sommeille en nous se réveille aux exploits des mauvais garçons, pour peu qu’ils se montrent sympathiques.

Le premier texte, inédit en volume est composé des mémoires de Casque d’or, immortalisée à l’écran par Simone Signoret. Amélie Elie, surnommée Casque d’Or, témoigne dans la revue littéraire Fin de siècle, dix-huit livraisons du 5 juin au 3 aout 1902, de l’affrontement entre deux bandes rivales dirigées par Manda de la Courtille et Leca de Charonne qui se disputaient la jeune fille.

Dans les premières lignes de sa préface à ses mémoires, Amélie Elie déclare : J’entreprends d’écrire ma vie… Je n’ai aucune espèce d’illusions et ça vaudra ce que ça vaudra… Pourtant ce sera sincère. Tout ce que mes souvenirs voudront bien me donner, je le noterai ici. Je dirais tout ce que je sais : les grandes secousses de ma vie, les fièvres splendides que j’ai connues. Quand ma mémoire me dira : Ici, Casque d’or, souviens-toi ; tu t’es tordue comme une baleine ! J’écrirai sans ambages : Ici Casque d’Or se roula comme une baleine ! De même, si j’ai pleuré, sans attendre vous le saurez !

Avec simplicité, avec sincérité n’en doutons point, avec une certaine pudeur, Casque d’Or déroule sa vie de turbulences, d’amours, de turpitudes, de liaisons et de rivalités, le tout enrobé sous les flonflons des bals populaires. Egérie des Apaches, elle est aussi prostituée, et se dresse comme la figure mythique d’une époque qui n’était pas plus en déliquescence qu’aujourd’hui. Elle a commencé tôt son apprentissage du corps : Je me suis mise en ménage à treize ans et deux mois ; c’était un lundi. J’ai perdu ce qu’on est convenu d’appeler le petit capital d’une femme exactement quinze jours plus tard, et c’était encore un lundi. Ces deux dates sont trop précieuses pour que je les oublie jamais. C’était avec Petit Matelot, quinze ans, malhabile, inexpérimenté, hésitant. Leur jeunesse jouait en leur faveur car dans la rue, se promenant bras dessus bras dessous, les passants croyaient avoir à faire à un frère et sa sœur. Après il y en a d’autres, dont Bouchon, officiellement marchand des quatre saisons, ayant purgé une peine de prison pour avoir pendu sa femme et fréquentant Ravachol.

Il est à noter que dans les deux dernières pages écrites sous forme de Post-scriptum ; Casque d’or émet une diatribe à l’endroit du préfet de police, diatribe qui peut être reprise aujourd’hui par de nombreux détenus. Interdite de jouer au théâtre, de chanter, de se produire dans un cirque dans la cage aux lions, elle ne peut que s’exclamer : Le préfet n’entend pas que je quitte cette société de contribuables pour entrer chez les lions. C’est évidemment un point de vue… point de vue qui me gêne parce que, au prix où je trouve le beurre chez ma crémière, je voudrais bien avoir le traitement d’un préfet de police. Il est extraordinaire, le préfet ! Il affirmerait devant le conseil de préfecture, il soutiendrait devant l’empereur de Russie qu’il est honteux de vivre comme j’ai toujours vécu, seulement, et c’est plus fort que lui, il me pourchasse dans tous les coins et me renvoie à ma vie.

Le second texte composant ce volume est l’œuvre d’Eugène Corsy, gardien de la paix. C’est le récit dramatique de la mort du gardien de la paix stagiaire Joseph Besse, attaché à la brigade du 20e arrondissement de Paris, quartier du Père-Lachaise, assassiné par un souteneur dans la nuit du 3 au 4 juillet 1905.

Intitulé La médaille de mort, ce qui peut s’apparenter à un rapport est adressé à son supérieur, M. Reisse, officier de paix. Il est évident, qu’écrit sous le coup de l’émotion, ce texte ne doit souffrir d’aucune subjectivité. D’ailleurs il écrit Observateur attentif de tout ce qui a rapport à mon métier de gardien de la paix que j’aime malgré tous les déboires passés, l’idée m’est venue de chercher à retracer dans le sens qui me parait le plus vraisemblable et sous la forme anecdotique, tout en m’appuyant sur des témoignages irréfutables, les péripéties de ce drame terrible dans lequel un de nos bons camarades a trouvé une mort aussi affreuse que prématurée, venant ajouter à la liste déjà si longue, hélas, des victimes du devoir.

Objectif ? Lorsque l’on décortique cette phrase, des doutes peuvent se glisser dans l’esprit du lecteur. Chercher à retracer dans le sens qui me paraît le plus vraisemblable, ne veut pas dire relater la vérité, car celle-ci n’est pas toujours vraisemblable. De plus sous une forme anecdotique, c’est-à-dire romancée ? Quant à s’appuyer sur des témoignages irréfutables, on sait ce que peuvent être les témoignages recueillis auprès de personnes qui déclarent avoir tout vu et dont on s’aperçoit que de là où ils se trouvaient, ils ne pouvoir avoir qu’une vision floue des événements. Et l’on sent déjà un malaise, malaise ressenti aujourd’hui encore par les policiers dans l’exercice de leur fonction, se profiler dans cette profession, qui est sans aucun doute une vocation, comme instituteur ou médecin.

Ce texte qui pourrait être un rapport romancé, est complété par des articles de presse, extraits du Moniteur du 20e arrondissement, du journal La Presse, du Petit Parisien, ainsi que des discours prononcés par les officiels, le maire, le président du conseil municipal, le représentant du ministre de l’Intérieur et Louis Lépine, Préfet de Police. Certains journaux, comme Le Moniteur, sous la plume de Thomas Pierre de Castelnau, se montrent virulents, déplorant que la peine capitale ne soit plus appliquée dans la capitale (oui, cela fait répétition) par manque d’emplacement pour installer la guillotine. Et de déclarer, au risque d’attiser le brûlot : Cependant il serait temps que cela finisse, ou autrement nous n’aurons plus d’autres ressources que de mettre en vigueur la loi de Lynch en nous faisant justice nous-mêmes. Sans oublier les exagérations émises par des plumitifs survoltés qui déforment la réalité. Ce qui démontre que ceux, qui, dans un but d’historien, se fient aux journaux d’époque, ne doivent pas prendre pour argent comptant les articles et se méfier des erreurs qui ont été écrites, assenées, tout comme aujourd’hui d’ailleurs et que l’on doit comparer les articles de journaux d’opinions et d’obédience politiques différentes.


Chroniques du Paris apache ; 1902 – 1905. Edition présentée et annotée par Quentin Deluermoz. Editions Mercure de France. 252 pages. 5,50€.

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6 mai 2013 1 06 /05 /mai /2013 08:18

Hommage à Gaston Leroux, né le 6 mai 1868.

 

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Pour certains Gaston Leroux incarne l’écrivain qui tirait un coup de revolver lorsqu’il avait terminé un roman.

Pour d’autres, ce sont les noms de Chéri-Bibi et de Rouletabille qui les ont marqués.

C’est aussi l’auteur de cette phrase qui aujourd’hui reste l’une des clés du Mystère de la chambre jaune : Le presbytère n’a rien perdu de son charme ni le jardin de son éclat. Phrase qui, entre parenthèse, n’est pas de Gaston Leroux mais de Georges Sand qui avait écrit plus précisément : le presbytère n’a rien perdu de sa propreté, ni le jardin de son éclat. Avouons que Gaston Leroux s’était montré plus inspiré (sic !) et poétique que sa consœur.

Jean-Claude Lamy nous retrace la vie de Gaston Leroux qui, avec Maurice Leblanc, a profondément marqué la littérature populaire et policière avec verve mais l’on regrette que cette biographie, écrite d’une plume alerte, soit si brève, comme la vie de l’écrivain d’ailleurs. Né à Paris le 6 mai 1868, Gaston Leroux décède à Nice le 15 avril 1927. Son enfance Gaston Leroux la passe à Fécamp, dans le pays de Caux si cher à Maurice Leblanc, puis au Tréport. Il fait ses humanités, comme il était de bon goût de dire alors, au collège d’Eu où il côtoie et se lie avec Philippe d’Orléans, fils du Comte de Paris. A vingt ans il se retrouve orphelin, ayant en charge ses frères et sœurs. Il monte à Paris et après des études de droit, endosse la robe d’avocat, qu’il ne portera pas longtemps, se tournant vers le journalisme, devenant chroniqueur judiciaire au Paris, journal du soir. Puis il sera reporter au Matin, gagnant d’énormes d’argent qu’il dilapide au jeu. Débrouillard, tout comme Rouletabille son héros, il participe à des aventures extraordinaires et glane les scoops. Lassé de courir le monde il devient auteur de théâtre puis écrivain. Une reconversion réussie, et ses œuvres aujourd’hui encore font le bonheur de milliers de lecteurs, et des cinéastes.

A cette biographie, pour ma part un peu succincte, existe heureusement une compensation sous forme de six nouvelles articulées autour d’un aréopage de vieux loups de mer ou qui se prétendent comme tels. Six histoires épouvantables, certaines imprégnées d’humour noir, d’humour noir féroce même comme Le dîner des bustes, et dont l’angoisse, alliée à l’horreur sanguinolente et à une once de fantastique, captive le lecteur. Une bibliographie complète ce volume préfacé par Edgar Faure en 1977 lors de sa première parution en 1977 aux Nouvelles Editions Baudinière, et une postface de Jean-Claude Lamy. Je regrette cependant que si la bibliographie recense les romans et leur première parution en feuilleton ou en volume, les cinéromans, les reportages et le théâtre de Gaston Leroux, la date et le support de parution des nouvelles ne soient pas indiqués. Ces nouvelles constituent néanmoins un excellent hors d’œuvre pour redécouvrir les romans La poupée sanglante, La machine à assassiner, La Reine du Sabbat ou encore Le fauteuil hanté qui brocarde joyeusement les Verts (pas ceux de Saint-Étienne mais les pensionnaires de l’Académie Française, qui entre nous ne le sont plus guère, verts).

La revue Rocambole vient de publier un dossier consacré à Gaston Leroux, intitulé Les bagages de Gaston Leroux, dans son numéro 62. Mais j’aurai l’occasion d’y revenir. Et vous pouvez retrouver quelques-unes des aventures de Chéri-Bibi dans la collection Labyrinthes du Masque.


Jean-Claude LAMY : Gaston Leroux ou le vrai Rouletabille. Une biographie suivie de Six histoires épouvantables. Editions du Rocher (2003). 256 pages. 17,30€.

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6 avril 2013 6 06 /04 /avril /2013 10:19

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Tout le monde, ou presque, se souvient du livre de Jean Amila, Le Boucher des Hurlus paru en 1982 dans la Série Noire dans lequel l’auteur met en scène Michou dont le père a été fusillé lors des mutineries de 1917, laissant entendre que cette histoire serait en partie autobiographique.

Il n’en est rien mais une porte était ouverte dans l’exploration de la petite histoire de France et de ses secrets militaires. A peu près à la même époque Didier Daeninckx écrivait Le Der des der, roman dans lequel l’auteur ouvrait une page méconnue de l’histoire, la répression des soldats russes qui désiraient regagner leur pays afin de participer au partage des terres, en 1917 et la conduite scandaleuse de l’état-major militaire français de cette époque.

Or le grand-père paternel de Didier Daeninckx fut lui-même déserteur après avoir vécu trois ans dans les tranchées, échappant aux recherches et aux pelotons d’exécution et enfin amnistié alors qu’il avait été condamné pour trois ans aux travaux forcés. D’autres n’eurent pas la chance de survivre aux ignominies despotiques de militaires intransigeants planqués dans leur état-major, alors que ce qui leur était reproché équivalait à peu de chose, pour ne pas dire à rien.

Instituteur, tout comme sa femme, au Chefresne, petit bourg situé entre Percy et Villedieu les Poêles dans la Manche, Théophile Maupas apprend en lisant le journal l’assassinat de Jaurès. Nous sommes le 2 Août 1914. Quelques jours plus tard, le tocsin résonne dans le village. C’est la mobilisation générale. Malgré ses quarante ans et sa situation d’instituteur, Théophile est incorporé, avec en compensation le grade de caporal. Direction Souain dans la Marne alors que tout le monde pensait qu’il serait affecté à l’arrière. De septembre 1914 à mars 1915, sa compagnie croupit dans les tranchées, avançant de quelques mètres ou stagnant la plupart du temps, dans la pluie, la boue, le froid, le gel, ayant pour objectif un moulin ou une crête. Reprendre du terrain à l’ennemi, idée fixe des gradés qui délègue des sous-officiers chargés non pas de leur remonter le moral mais les bretelles. Lors du commandement du déclanchement d’une attaque quelques hommes grognent. Ils n’en peuvent plus. Ils sont fatigués, harassés, exténués, ils ont le moral dans les bandes molletières.

Pendant ce temps au Chefresne, comme ailleurs, les femmes accomplissent les travaux des champs en plus d’élever leurs enfants, qui pour certains n’auront jamais le plaisir de voir leur père décédé avant leur naissance. Blanche fait office de secrétaire de mairie et rédige les lettres de celles qui ne savent ni lire ni écrire. Jusqu’au jour, courant mars 1915, où elle reçoit un courrier officiel lui annonçant le décès de son mari. Non pas mort pour la France, ce qui eut été une piètre consolation, mais fusillé pour l’exemple. Elle ne peut y croire mais pourtant la réalité est là. Et tout le monde autour d’elle se détourne. Elle luttera contre vents et marées pendant dix neuf ans afin de réhabiliter la mémoire de Théophile, recherchant des témoignages auprès de soldats ayant soit connus son époux, soit auprès de ceux qui auraient eu connaissance des faits.

Malgré l’administration, malgré les mauvaises langues, malgré l’inertie ou la mauvaise foi militaire, elle va démontrer un courage à toute épreuve, réussissant à mobiliser des associations, des personnes qui se sentent impliquées dans son combat, car Théophile ne fut pas le seul à être « fusillé pour l’exemple ». Un livre écrit comme un roman, ménageant le suspense, et instillant une révolte dans le cœur du lecteur devant l’abjection, l’infamie, la bassesse des officiers militaires qui non contents d’avoir envoyés au peloton d’exécution des hommes innocents, paradèrent à l’armistice et reçurent la Légion d’Honneur. Un livre émouvant qui donne à réfléchir sur les déclarations des instances officielles.

Ce livre a fait l’objet d’une adaptation cinématographique, réalisation de Patrick Jamain, scénario et dialogues Alain Moreau, avec dans les rôles principaux Romane Bohringer et Thierry Frémont.


Macha SERY & Alain MOREAU : Blanche MAUPAS, la veuve de tous les fusillés. Editions de l’Archipel. Novembre 2009.236 pages. 22,50€.

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3 avril 2013 3 03 /04 /avril /2013 12:38

Une manière spirituelle de converser !

 

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Vous connaissez sûrement quelqu’un de votre entourage, voisin, collègue, ou autre, qui, dans une conversation, déforme les mots, volontairement ou non. Ainsi j’eus une voisine qui me parla un jour de picot-marqueur. Je mis longtemps à comprendre qu’il s’agissait de marteau-piqueur. Et depuis j’ai tendance à penser picot-marqueur lorsque je vois un ouvrier défoncer avec cet outil un trottoir. Une autre fois elle me proposa des mélancolies. Ce à quoi je lui répondis que j’avais déjà des soucis dans mon jardin. Elle voulait tout simplement dire ancolies, ces fleurs vivaces qui se déclinent dans toute une palette de couleurs mais dont la plus connue est l’ancolie bleue, dite commune.

Ce livre a mûri dans la tête de l’auteure à la suite d’une rencontre avec Pierre Bonsenne, alors directeur du magazine Lire, sur les plateaux de Bouillon de culture de Bernard Pivot en 1994. A l’issue de cette émission, Pierre Bonsenne, très élégant et distingué, salue Marie Treps en lui disant d’une voix feutrée : Arrosoir et persil. Que répondre à cette formule de politesse pour le moins peu banale ? Sans réfléchir outre mesure, Marie Treps réplique tout de go : Enchantée de faire votre plein d’essence. Si elle avait rétorqué Enchantée de faire votre plein des sens, cela eut prêté à confusion. Evidemment pour ce faire, ces échanges spirituels ne prennent que plus de saveur lorsqu’ils sont spontanés, et diffusés entre personnes d’esprit ouvert et appréciant l’humour.

Les bons mots, les jeux de mots qui jouent sur la consonance ou sur les approximations peuvent ne pas titiller l’oreille de l’auditeur mais écrits ils prennent une saveur incomparable. Les jeux de mollet pour les jambettes doivent être interprétés ainsi : les jeux de mots laids pour les gens bêtes.

Certaines expressions qui sont devenues courantes chez les amateurs de bons mots ont une origine bien loin de celle que leur prête. Ainsi la locution courante Des lèvres et des dents, que longtemps j’ai attribuée à San Antonio alias Frédéric Dard puisque je l’avais découverte dans ses romans, est en fait un emprunt à Alphonse Allais dans Le parapluie de l’escouade (1893). Mais selon l’auteure de cet ouvrage cette expression est à mettre également au crédit de Léo Malet dans Le soleil nait derrière le Louvre (1954), tandis que San Antonio déclinait Ni des lèvres ni de l’Isle-Adam dans Au suivant de ces messieurs (1957) et Fernand Raynaud Ni d’Eve ni des dents dans son sketch Heureux ! dans les années 50.


Tout le monde se souvient du sketch de Coluche Le Clochard analphabète, dans lequel l’humoriste détournait les mots pour leur donner une signification nouvelle, approximative mais non dénuée de bon sens. Je ne parle pas de l’ingénieur à Grenoble ou du savant de Marseille, mais de cette petite phrase anodine en apparence : Tu croirais la caserned’Ali-Baba, tu vois ? Il doit gagner des sommes gastronomiques lui. La caverne transformée en caserne, pourquoi pas. Les jarres emplies d’or et d’objets sertis de pierres précieuses étaient peut-être rangées comme des soldats à la parade. Quant aux sommes gastronomiques, c’est plus évident qu’astronomiques, puisque cela permet au moins de manger à sa faim même si l’on est dans les étoiles.


Marie Treps en chercheuse opiniâtre est allée dénicher quelques perles chez nos classiques, Marcel Prout, pardon, Marcel Proust en tête. Faites attention à ne pas vous salir à la porte, car, rapport aux serrures, je l’ai faite induired’huile (Sot d’homme et Gomme or ! Bon, cela me prend aussi de fauter. Sodome et Gomorrhe. 1922). Une autre ? Mais c’est encore jeune pour des situations pareilles […]. Il faut qu’il ait un peu plus de plomb dans l’aile (mon interlocuteur voulait dire dans la tête). Toujours Marcel Proust dans Sodome…

Et croyez vous que Balzac ait échappé à ce petit amusement lexical ? Que nenni ! Oh ! Je suis restée pendant cinq ans dans un château des Alpes avec un Anglais jaloux comme un tigre, un nabab ; je l’appelais un nabot, car il n’était pas si grand que le bailli de Ferrette. Et je suis retombée à un banquier, de Caraïbe en syllabe, comme dit Florine. Extrait de Splendeurs et misères des courtisanes, 1847. Personnellement j’aime aussi la locution être jaloux comme un pied. Pourquoi me demanderez-vous ? Parce que les pieds jaloux = les pièges à loups. Merci à mon prof de français qui me l’a apprise il y a cinquante ans.

 

Le plus étonnant réside en ce que vous et moi utilisons souvent des expressions dont nous ne connaissons pas l’origine, qui sont parfois un peu abstruses, et qui sans nous sembler illogiques n’en sont pas moins détournées de leur sens originel. Par exemple Fier comme un pou. Au premier rabord, cela ne veut rien dire. Mais si l’on sait qu’il faudrait écrire Fier comme un poul, le L ne se prononçant pas, alors cela change tout. Mais qu’est-ce qu’un poul ? Tout simplement un Coq en vieux français. Et cette explication nous éclaire un peu mieux sur la signification exacte de cette locution.

 

Marie Treps ne se contente pas de décliner toutes ces joyeusetés linguistiques, comme si elle établissait un catalogue des calembours, des pataquès et autres écarts de langage. Elle donne des explications à ces différentes expressions, l’origine, les à-peu-près et leurs divergences. Un travail de longue alène, comme dit mon cordonnier, qui demande de nombreuses heures de recherches, de la rigueur et de la patience. De l’humour aussi, parfois un brin potage, pardon potache. Un livre charmant, jamais ennuyeux qui vous permettra de briller en société, pour peu que vos interlocuteurs apprécient les réparties décalées, surtout si vous vous en référez à leurs auteurs, qu’ils se nomment Albert Cohen, Marcel Proust, Honoré (moi de même) de Balzac, San Antonio, Coluche, Fernand Raynaud, Cabu, ou encore Philippe Roth. Afin que l’on ne vous prenne pas pour un débile textuel mais pour quelqu’un qui sait converser avec élégance et humour, sans pédanterie.

En guise d’interlude, Le roman de madame Rose, décliné sous forme de feuilleton, est un salmigondis humoristique de ces déviances verbales et l’auteur réalise là un petit tour de force de construire une nouvelle qui soit lisible tout en étant farfelue lexicalement.

Juste un tout bémol, qui n’est pas un couac. Si Marie Treps nous propose deux index, l’un concernant les calembourdes, l’autre les Docteurs es-calembourdes classés par ordre alphabétique et le ou leurs ouvrages de référence, un index des auteurs par pages eut été le bienvenu. Dans une prochaine édition peut-être.


Marie TREPS : Enchanté de faire votre plein d’essence ! et autres joyeuses calembourdes. Editions Librairie Vuibert. 176 pages. 14,90€.

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14 mars 2013 4 14 /03 /mars /2013 15:35

Chasseurs de tête !

 

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Plus on avance en âge, et plus on s’aperçoit que les manuels scolaires de l’Histoire de France sont truffés d’erreurs ou d’omissions. Dans quel but, la faute à qui, je ne saurais le dire. Mais nous avons engrangé, de force parfois parce qu’il fallait apprendre par cœur les résumés, ces duplicités et les avons même colportées ensuite à nos enfants. La désillusion ensuite est grande lorsque nous nous rendons compte que nous avons été grugés. Et cela nous amène à nous poser moult questions sur ces biographies ou autobiographies qui veulent établir la vérité sur X ou Y.

En effet, dans le but de montrer tel personnage, se montrer dans le cas d’une autobiographie, sous un jour différent de ce qui serait la vérité, ne nous propose-t-on pas des dénis, des voiles qui cachent la personnalité réelle de l’individu en question. Ou au contraire, ne force-t-on pas la mule comme on a coutume de dire. J’exagère peut-être, j’en suis conscient, mais il est vrai qu’il faut être prudent avec ce que l’on nous annonce, parfois à grand renfort de publicité, pour des authenticités. Et donc qu’il faut se fier, non pas à un témoignage, mais à plusieurs, sachant que même dans ce cas il peut y avoir affabulation ou hypocrisie.

Le bon Roy Henri IV n’était point si aimé que cela de son peuple et de son entourage. L’imagerie que l’on nous a inculquée réside en quelques phrases. Ralliez-vous à mon panache blanc ; Paris vaut bien une messe ; la fameuse poule au pot ; le régicide perpétré par Ravaillac, qui prête toujours à contestation… Autant d’ancrages dans nos mémoires qui sont ne sont qu’images d’Epinal, mais le règne fut tout autre que celui qu’on nous présente si souvent, et cela est scientifiquement ou méthodiquement démontré par les auteurs de ce livre. Par exemple l’haleine fétide d’Henri IV ne serait due à une absorption immodérée d’ail, mais à cause des nombreux chicots et abcès dont ses mâchoires étaient atteintes.

Ainsi Henri IV aurait subi plus d’une vingtaine de tentatives d’assassinats au cours de son règne. Mais le propos de cet ouvrage ne réside pas en une réfutation complète de quelques affabulations, mais dans une enquête effectuée dans un but bien précis et qui va déboucher sur d’autres révélations qui mettront à mal, une fois de plus, des suppositions, des rumeurs, ou des malveillances, édictées en vérités.

En automne 2008, Stéphane Gabet, journaliste d’investigation, prépare un reportage pour une émission télévisée sur Henri IV. A cette occasion, il rencontre Jean-Pierre Babelon, historiographe du Navarrais, afin d’obtenir de la documentation. Dans la conversation surgit cette légende selon laquelle un brocanteur aurait acquis en 1919 une tête momifiée à la salle des ventes de Drouot, pour la modique somme de 3 francs, alors qu’elle était mise à prix 500 francs. Ce brocanteur, Joseph Emile Bourdais est persuadé reconnaître en cette tête celle du Roi Henri IV mais bien entendu tout le monde le prend pour un doux dingue ou un mystificateur. Pourtant il s’appuie sur des écrits dont ceux d’Alexandre Lenoir qui fut chargé de surveiller ce qui devint un véritable pillage et saccage de la Basilique Saint-Denis, nécropole des rois de France, en octobre 1793.

Dans les années 1930, cette affaire défraye même la chronique. Depuis le décès du brocanteur en 1946, la tête semblait avoir disparu de la circulation. Soudain, Babelon se souvient d’une lettre émanant d’un particulier se disant possesseur de ce morceau royal.

Les recherches débutent afin de reconstituer le parcours du chef d’Henri IV, puis de vérifier les écrits d’Alexandre Lenoir. Celui-ci affirmait que la boite crânienne avait été sciée selon la méthode alors en vigueur afin d’embaumer les corps, afin de procéder à l’excérébration du cerveau. Une première contradiction si l’on se réfère au dessin que Lenoir lui-même effectua. Or celle qu’ils ont récupérée est intacte. De plus d’autres anomalies se greffent comme ce lobe d’oreille percé alors qu’aucune représentation du visage d’Henri IV montre qu’il portait un anneau. Il faut retrouver d’autres reliques royales afin de pouvoir comparer, analyser, passer au scanner, rechercher l’ADN, dans les différents musées susceptibles d’en posséder, en région parisienne, à Pau et même en Allemagne ou en Toscane. Puis procéder à de nombreuses vérifications scientifiques. Un travail de longue haleine qui est couronné de succès.

Ce sont ces deux parcours qui sont retracés, telle une enquête policière riche en rebondissements, les analyses, les vérifications, les fausses joies, surtout pour ceux qui pensaient être les détenteurs de reliques du Béarnais, puis reconstituer le visage à l’aide de techniques modernes et… révolutionnaires. Les deux chercheurs achoppent dès le départ sur le problème de l’embaumement. Selon quel procédé cette momification a été accomplie ? Il est même fait appel à des « nez », des spécialistes des odeurs, senteurs et fragrances en parfumerie. Et le résultat final va déboucher sur une constatation médicale qui bat en brèche bien des idées reçues, des affirmations d’historiens, des hypothèses ou des supputations sur la paternité ou plutôt la filiation d’un roi.

Malgré quelques petits termes médicaux inhérents à la profession d’anatomopathologiste et d’anthropologue, que l’on comprend toutefois mais que l’on serait ensuite incapable de replacer dans une conversation, ce document est passionnant de bout en bout, et nous livre une « face » nouvelle de l’histoire. Cet ouvrage est accompagné d’annexes, dont une qui répertorie les 23 arguments médico-historiques ayant permis l’identification et seize pages iconographiques.

Je voudrais juste signaler une petite erreur glissée page 70 : Un temps transformé en cordonnerie, le Prytanée [situé à la Flèche, Sarthe] redevint une école, militaire cette fois, sous Napoléon 1er en 1801. Si mes souvenirs sont exacts, Bonaparte ne devint Napoléon 1er que par une proclamation du 18 mai 1804, le sacre ayant eu lieu le 2 décembre 1804. Donc, l’auteur ne peut dire Napoléon 1er mais Napoléon Bonaparte, qui était alors consul à vie depuis 1802 et premier consul depuis le 9 novembre 1799 (18 brumaire an VIII). Ce n’est qu’un tout petit détail, mais c’est comme ça que les erreurs se forgent.

 

Reconstitution faciale d'Henri IV - © Philippe Froesch, Vi

Reconstitution faciale d'Henri IV. Copyright Philippe Froesch, visualforensic.

 

Stéphane GABET & Philippe CHARLIER : Henri IV, l’énigme du roi sans tête. Préface de Jean-Pierre Babelon, de l’Institut. Avant-propos de Jacques Perot. Librairie Vuibert. 158 pages. 16,90€.

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2 mars 2013 6 02 /03 /mars /2013 14:05

Et elle n'était même pas électrique...

 

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Etre écrivain de littérature populaire, cela demande beaucoup d’abnégation, car, à de rares exceptions près, la reconnaissance du critique, du lecteur n’est pas toujours au rendez-vous.

Gilles Morris-Dumoulin fait partie de cette cohorte de romanciers qui depuis les années cinquante enchante bon nombre de lecteurs de ma génération, leur apportant le plaisir de lire et leur procurant évasion à bon compte. Malheureusement, et malgré les tirages conséquents, ces auteurs populaires restent cantonnés dans un statut rejeté par les intellectuels, traités par le mépris et le dédain.

Que l’on en juge au travers de quelques chiffres : dans les années 50-60, il n’était pas rare qu’un roman policier, paru au Masque, à la Série Noire ou au Fleuve Noir atteigne ou dépasse les 100.000 exemplaires. Il n’y avait nulle gloriole à cela, seulement la satisfaction du devoir accompli par des professionnels de l’écriture. Aujourd’hui les best-sellers atteignent péniblement ces tirages, et les heureux élus se frottent les mains, tout comme leurs éditeurs d’ailleurs. Il est vrai que la télévision, les jeux vidéos, Internet, ont fait une intrusion bouleversant les mœurs, bousculant le choix des loisirs, les journaux écrits ayant eux aussi subi cette concurrence.

Cette entrée en matière ne semble qu’être un ramassis de lieux communs, mais hélas elle n’exprime que trop bien la réalité.

Revenons à notre sujet, Gilles-Maurice Dumoulin, alias Gilles Morris-Dumoulin, alias G. Morris et quelques dérivés, alias Vic Saint-Val.


camp_pm675.jpgNé au Havre le 16 janvier 1924, Gilles Morris-Dumoulin a vécu une enfance entre une mère possessive et un père qui entrainé de par ses fonctions sur le port du Havre sombra dans un alcoolisme l’emportant trop jeune à l’affection des siens, comme écrirait un auteur de mélos. Gilles occupe ses loisirs à lire, et ingurgite les méthodes Assimil, en véritable autodidacte, de l’Anglais, de l’Allemand, du Néerlandais, de l’Espagnol et de l’Italien. Ses débuts à la machine à écrire seront assez pragmatiques puisqu’il se fera les doigts chez un importateur de coton brut en tapant les factures.

La guerre arrive avec son lot de bombes, et la ville du Havre n’est guère épargnée. Il suit avec sa mère le chemin des réfugiés vers le Sud de la France. Le démon de l’écriture le travaille déjà et il écrit une pièce de théâtre qu’il joue avec quelques camarades. Il est également attiré par la chanson, et c’est sur une scène qu’il connaitra Gilou qui deviendra sa femme, sa compagne, son soutien. Il faut assurer la pitance et c’est au camp Phillip Morris au Havre, où il travaillera six mois, qu’il engrangera quelques souvenirs fournissant la trame et l’atmosphère de Assassin, mon frère, l’un de ses romans. Puis il mettra le pied, ou plutôt la main à la traduction. Ce seront les années de galère, de sous-locations en appartements miteux. On lui doit, entre autres, la traduction du Carnaval des Gueux de Robert Ruark, de Tant qu’il y aura des hommes de James Jones, du Bal des maudits d’Irwin Shaw, et la série des Mike Hammer de Mickey Spillane qui fut un énorme succès.

De son premier livre écrit et présenté aux éditeurs qui pour lui représentaient alors le gratin, Le Seuil, Gallimard ou Denoël, de sa première désillusion, de son premier refus, non pas à cause de la qualité de son manuscrit mais parce qu’il était trop jeune, de ses rencontres avec Sven Nielsen, fondateur des Presses de la Cité et de la célèbre collection Un Mystère, avec Marcel Duhamel qui lui tint toujours grief de travailler pour Nielsen, de son Grand Prix de Littérature Policière 1955 pour Assassin, mon frère, de sa carrière au Fleuve Noir dans les diverses collections, de tous les choix qu’il fut obligé de prendre un jour ou l’autre et qui le conduisirent inexorablement dans des impasses, de toutes ses aventures et mésaventures, Gilles Morris-Dumoulin nous livre un panorama complet, d’une frappe caustique et parfois désabusée.

Il dresse l’inventaire de ces petites joies de l’existence et de ces moments de galère qu’ont connu bien d’autres écrivains, parce que ce sont des professionnels et non des dilettantes, qu’ils écrivent à un rythme infernal pour vivre. Et c’est ce rythme, cette abondance de titres, cette imagination, qui leur sont reprochés comme autant de défaut, les imbéciles croyant et claironnant aux quatre coins une incompatibilité entre rapidité d’écriture et talent.

Un livre de souvenirs pétri d’anecdotes, de mises au point, enrobé d’humour, écrit avec cette désinvolture propre à ceux qui ont connu le bon et le moins bon dans leur vie mais n’en garde aucune acrimonie. Gilles Morris-Dumoulin n’a pas été seulement romancier et traducteur, mais également scénariste, dialoguiste, auteur de chansons. Et lorsqu’il préféra se cantonner à la rédaction de son œuvre personnelle, on lui reprocha de ne plus assurer de traductions, métier exigeant mais mal payé car au forfait. Mais je reviendrai peut-être sur ses impressions et souvenirs de traducteur.

A noter que tous les titres des chapitres sont empruntés à des titres de ces romans.

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G Morris Dumoulin 1
 Photos prises à la BILIPO en octobre 1999 lors des cinquante ans du Fleuve Noir. Entre Gilles Morris-Dumoulin, à gauche, et Brice Pelman, à droite, une vitre dans laquelle trône en bas la fameuse Underwood.

 

Pour retrouver quelques oeuvres de Gilles Morris-Dumoulin, je vous conseille une petite visite chez Action-Suspense .


Gilles-MORRIS-DUMOULIN : Le Forçat de l’Underwood. Souvenirs. Editions Manya. Février 1993. 240 pages.

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20 février 2013 3 20 /02 /février /2013 15:04

Claude Mesplède à livre ouvert !

 

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Il est toujours difficile pour un chroniqueur littéraire, ou supposé tel, de rédiger un article sur un ouvrage de ses confrères, qui plus est si celui-ci est un ami. Ne va-t-il pas en faire trop ? Être trop louangeur, encenseur, flatteur, voire flagorneur ? Va-t-il se montrer objectif, impartial ?

La tentation serait, comme l’exécutent brillamment certains préfaciers, de parler de soi, au travers de l’autre, celui dont ils sont censés présenter l’ouvrage et deviennent les porte-paroles de leurs propres œuvres.

La tâche était rude mais à plume vaillante… tout est possible !

Comme la moindre des politesses, lorsqu’on arrive chez quelqu’un, exige que l’on se présente, Claude Mesplède ne faillit pas à la tradition dans un préambule en quatre volets : En bref, qui suis-je ? Ce polar qui a changé mon existence, En guise de présentation et enfin Pourquoi lire des polars ? Ce dernier étant un petit texte qui réconfortera dans leur passion ceux qui lisent des romans populaires, et pas seulement des romans policiers et qui se sentent parfois honteux face aux diatribes de pseudos intellectuels sectaires ou ségrégationnistes. Le tout est complété d’un articulet humoristique de Jan Thirion.

Ensuite petit retour arrière sur deux événements qui ont contribué à la reconnaissance de la littérature policière. Le festival de Reims de 1981 et celui houleux de 1986 relatés dans Nuits Noires et La Vie ouvrière. Si je connaissais pour les avoir vécus quelques pans de cette ultime réunion champenoise, Claude Mesplède nous en délivre d’autres. Je ne peux m’empêcher de m’immiscer dans cette chronique afin de mettre en garde les organisateurs ou futurs organisateurs de salons et festivals : surtout ne confiez pas vos intérêts à des agences de communications parisiennes mégalomanes et politisées, votre manifestation pourrait en pâtir. En 1986 au lieu du sacre de Reims nous avons connu une guerre des tranchées. Avec en apothéose l’annonce que le Grand prix de littérature policière avait été remis en catimini la veille par Alain Delon, qui toujours grand seigneur, avait été royalement rétribué pour sa prestation.

Claude Mesplède, pour qui la Série Noire reste la collection phare, celle dans laquelle il s’est imprégné, les fonds baptismaux de sa passion, nous propose une histoire de ce phénomène littéraire, avec des témoignages des directeurs (Duhamel puis Soulat) et collaborateurs directs qui étaient relégués dans une cave de l’immeuble Gallimard et officiaient en leur âme et conscience.

En avril 1985, la revue Antoinette diffusait un article intitulé La Femme dans la Série Noire. C’était l’occasion pour Claude Mesplède de démontrer que les clichés largement diffusés et entretenus de la femme fatale, garce et tout autres qualificatifs désobligeant que vous voudrez bien y accorder, n’étaient pas forcément à prendre au pied de la lettre. Les clichés ont la peau dure, comme les héros qui gravitent dans ces ouvrages, mais la Femme peut se montrer responsable, courageuse, audacieuse, lucide. Certes les stéréotypes marquent plus facilement l’inconscient, mais comme le démontre fort bien Claude, ceci n’est pas l’apanage du roman policier et l’on trouve bien d’autres exemples de ces deux facettes de la Femme en littérature générale, comme dans la vie quotidienne.

Autre article, paru dans la revue Mouvement en 2011, Du roman noir au film noir, recadre la définition même du roman noir, label qui est aujourd’hui attribué à tout et à n’importe quoi, tout comme celui de thriller d’ailleurs. Suivent quelques portraits d’auteurs et des entretiens dont je vous laisse découvrir les noms, mais sachez qu’ils ne sont pas des moindres. Suivent un florilège de chroniques parues dans la revue mensuelle Option depuis 1993, plus quelques autres écrits, disséminés ici ou là dans lesquels on retrouve la sympathie, l’amitié, l’empathie qui lie Claude Mesplède aux auteurs, et vice versa.


Ces articles ont pour la plupart été publiés dans diverses revues et il eut été dommage qu’elles restassent reléguées dans des tiroirs ou d’obscurs classeurs. Au sommaire également la nouvelle version revue et corrigée du Cantique des cantines, un Poulpe.


Hier la littérature policière se confinait dans une chapelle dédiée à quelques saints (et je pense pas uniquement à Leslie Charteris) et fréquentée par des fidèles qui le restèrent malgré les nombreux anathèmes proférés par des littérateurs jaloux ou des garants de la bonne littérature investis d’une morale élastique. Aujourd’hui, grâce à des exégètes soucieux de porter la bonne parole et d’infatigables apôtres tels Claude Mesplède, elle emplit des cathédrales. Oui la Messe plaide en faveur de cette littérature qui n’est plus obligée d’être célébrée dans des catacombes mais officie en plein air en présence d’une assemblée de plus en plus compacte et n’hésitant pas à clamer à la face du monde entier, en une ferveur communicative :

Le polar c’est vraiment la classe
on le dévore, jamais on ‘s’en lasse
Au roman noir, levons nos quarts
Vive le polar, vive le polar

Sur l’air de Vive le pinard, aimable bluette entonnée en chœur par des polardeux guillerets lors des salons et festivals.

A lire également l'avis de Claude Le Nocher sur Action Suspense


Claude MESPLEDE : 1982 – 2012, 30 ans d’écrits sur le Polar. Volume 1. Collection Court-lettrages. Editions Krakoen. 378 pages. 18€. Couverture cartonnée.

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20 janvier 2013 7 20 /01 /janvier /2013 13:53

Lorsque le réel côtoie la fiction

 

zaballos.jpg

 

Si Hollywood est considérée à juste raison comme La Mecque du cinéma américain, Los Angeles fut le théâtre d’affaires criminelles et judiciaires qui n’eurent rien à envier aux scénaristes appointés par les firmes cinématographiques dès leurs implantations. Nausica Zaballos recense huit drames qui s’échelonnent de 1922 à 1962, ayant souvent des stars montantes ou confirmées du cinéma pour protagonistes. Des affaires moins médiatiques que celle du Dahlia noir par exemple, mais il faut avouer que les écrits et les déclarations de James Ellroy ont focalisé l’attention du public sur ce crime non résolu officiellement.

Dans son avant-propos, Nausica Zaballos démontre le rôle pervers et néfaste des journaux qui n’hésitent pas à déformer des infos, à les fausser. L’engouement du public étant alors assujetti à ces médias qui chassaient (chassent encore ?) le sensationnel à tout prix, les recettes dépendant des ventes.

ClaraPhillips.jpgHollywood fascine les jeunes filles de Los Angeles et celles des états les plus reculés de l’Amérique. Les paillettes, la gloire les attirent et bon nombre d’elles vont s’y brûler les ailes. Clara Phillips fait partie de ces adolescentes qui rêvent de se faire un nom au cinéma, mais si elle devient célèbre, ce sera pour un triste fait divers. Elle sera même surnommée la tigresse. Mariée à quatorze ans avec Amour (prénom prédestiné) Lee Phillips, elle est inculpée de meurtre à vingt-trois ans. Son crime ? Avoir assassiné une rivale, Amour étant très volage. L’arme du crime : un marteau. Elle annonce la bonne (pour elle) nouvelle à son mari qui est catastrophé. Il fréquentait assidûment Alberta Meadows, une jeune veuve de vingt ans, il pense surtout à sa situation professionnelle et aux conséquences que la découverte de ce crime pourrait entraîner. Alors il aide Clara à effacer les traces du crime, mais celui-ci a eu un témoin, Peggy Caffee, une amie de sa femme. Si ce meurtre défraya la chronique, c’est surtout l’évasion de Clara Phillips de la prison de Saint Quentin qui enflamma les esprits. Ainsi que sa tentative de suicide. Cette histoire est narrée dans L’échappée belle de la Tigresse, première des affaires relatées.

La comptine de l’enfant découpée en morceaux est le titre d’une affaire qui à lui seul plonge le lecteur dans de terribles suppositions. Cela se déroule en 1927/1928, et aborde le sordide. Le jeudi 15 décembre 1927, Marion Parker, 12 ans, est enlevée par un jeune homme qui vient la chercher dans l’établissement scolaire qu’elle fréquente. Il argue que le père de la gamine a été victime d’un accident de voiture. Le ravisseur, qui signe Georges Renard, envoie un télégramme à Perry Parker, banquier, lui demandant de ne rien faire avant de recevoir un autre pli, puis il lui téléphone en lui signifiant de ne pas prévenir la police. La vie de sa fille en dépendant. Mais Perry Parker a déjà prévenu les autorités policières, car son autre fille Marjorie est rentrée de l’école normalement. Une rançon de 1500 dollars, somme énorme pour l’époque, est demandée. Les appels téléphoniques et les missives se suivent. Perry Parker se rend seul au rendez-vous prévu pour remettre la rançon. Il découvre avec effroi sa fille morte, éviscérée. Seuls le torse et la tête ont été déposés. Les policiers commencent alors une enquête de routine qui aboutit à un employé renvoyé par le banquier peu de temps auparavant. Seule ou à peu près, Ayn Rand, philosophe, essayiste, romancière et scénariste, défend Hickman, le ravisseur meurtrier, et le surnomme le Surhomme, établissant des références à Nietzsche et Schopenhauer. Des compositeurs de country music s’empareront de cette affaire pour écrire de nombreuses balladeaimee-semple.jpgs.

Si cette affaire, pour horrible qu’elle soit, n’en est pas moins banale, d’autres histoires mettent en scène des personnages qui fleurissent aux USA, lieu de prédilection de ces protagonistes mais que l’on ne retrouve guère par ailleurs. Il s’agit des évangélisateurs, et l’engouement du public pour les gourous ne se dément pas. Les auteurs de romans policiers d’ailleurs mettent souvent des évangélistes, plus que de véritables religieux, dans des situations scabreuses. C’est ainsi que Nausica Zaballos nous narre La disparition de Sœur Aimée, une affaire qui tint en haleine la Californie et bon nombre d’autres états en 1926. Le cas de Sœur Aimée, Aimée Semple McPherson dans le « civil », dirige depuis 1918 une église évangélique de grande envergure, l’Angus Temple, pouvant accueillir jusqu’à cinq mille personnes. Le 23 mai 1926 des milliers de personnes se tiennent sur la plage de Venice. L’endroit où la prêtresse a été vue pour la dernière fois. Sa vocation, elle la doit probablement à Robert Semple, lui-même missionnaire pentecôtiste, qu’elle épouse à l’âge de 17 ans et qui devient son mentor. Fascinée par la glossolalie elle ne tarde pas à enflammer les foules. Elle perd son mari en 1912, deux ans après leur installation en Chine, et revient avec sa fille née peu auparavant. Elle se remarie rapidement avec McPherson, un employé d’épicerie, et l’entraîne sur la côte Est des Etats-Unis puis sur la côte Ouest. Afin d’accroitre sa popularité ses prêches sont diffusés à la radio, et elle lançe sa propre station le 6 février 1922. Elle soigne son apparence et de matrone corpulente et robuste elle se mue en « prêcheuse sexy ». Mais on peut diffuser la bonne parole à des ouailles tout acquises et s’adonner au péché de chair.

Dans le même registre, en 1939 une nouvelle affaire d’évangéliste secoue la sphère religieuse. Elle est contée dans Le pasteur lubrique autoproclamé Messie, un titre qui à lui seul donne le ton.

Enfin, dernière affaire que je vais évoquer, ne désirant pas trop en dire afin de garder votre curiosité intacte, Mourir à Pacific Palisades.

Thelma_Todd_in_Corsair_4.jpgThelma Todd, à l’inverse des « héroïnes » des précédentes affaires, ne se destinait pas au cinéma mais désirait devenir institutrice. C’est par sa mère qu’elle met un pied dans l’engrenage qui deviendra fatal. Elue Miss Massachusetts, elle est remarquée par des agents et se voit confier de petits rôles au cinéma. Après avoir suivi des cours d’art dramatique, payés par la Paramount, elle apparait dans Le bel âge, en 1926. Elle va tourner ensuite avec Gary Cooper, William Powell, les Marx Brothers et le duo Laurel et Hardy. Le passage du muet au parlant n’est pas fatal à sa carrière et elle devient rapidement une star adulée pour sa beauté. Elle est d’ailleurs rapidement surnommée Hot Toddy ou encore Ice-Cream-Blonde. Mais elle est retrouvée morte le 16 décembre 1935 dans sa voiture enfermée dans le garage de l'ex-actrice Jewel Carmen, également ex-épouse du compagnon et associé de Thelma, Roland West. La maison de Jewell Carmen est située non loin du restaurant de Thelma. La cause de la mort est déclarée due à un empoisonnement au monoxyde de carbone. Meurtre, suicide, accident, les témoignages divergent, sont contradictoires et peuvent être interprétés dans un sens ou un autre. Pourtant certains faits démontrent qu’elle n’aurait pu grimper les quelques deux cents marches qui menaient à son garage sans laisser de traces. L’affaire ne sera jamais véritablement résolue.

Nausica Zaballos ne se contente pas de relater les faits, mais propose de s’immiscer dans l’instruction des enquêtes qui sont effectuées lors de chacune des affaires présentées dans l’ouvrage. Elle reprend les différents articles journalistiques qui ont couvert les procès, citant ses sources dans les notes figurant à la fin de chaque chapitre, et rend le récit vivant (si l’on peut parler ainsi lorsqu’il s’agit de meurtres ou de décès inexpliqués) sans l’alourdir ou l’affadir.

Chaque chapitre est précédé d’une sorte de fiche signalétique qui tout de suite accroche le lecteur, tout comme les titres d’ailleurs. Ainsi pour La disparition de Sœur Aimée, peut-on lire :

Faux Kidnapping

Inculpée : L’Evangéliste de L’Angelus Temple

Mobile : Dissimuler une relation adultère ( ?)

Victimes : Des milliers de fidèles, le bureau du Procureur Asa Keyes.

Complices : Sa mère, un ingénieur du son, le Sosie d’Aimée.

 

La très riche iconographie apporte un attrait supplémentaire non négligeable à ce document remarquable par son professionnalisme et son esprit de recherche. On ne peut que penser, pour les plus anciens, aux bandes dessinées verticales parues dans les années 50/60 qui avaient pour nom Le crime ne paie pas et Les amours célèbres signées Paul Gordeaux, relatant des affaires avec empathie, vivacité, honnêteté, respect du lecteur et de la vérité.


Nausica ZABALLOS : Crimes et procès sensationnels à Los Angeles (1922-1962). Sous titré Au-delà du Dahlias noir. Editions Edite. 296 pages. 22€.

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8 janvier 2013 2 08 /01 /janvier /2013 09:38

Un oubli dans ma hotte…

 

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Si comme moi, vous recevez à Noël des cadeaux qui ne vous font particulièrement bondir de joie au plafond, je vous suggère d’inciter vos amis, vos proches, vos parents à vous offrir ce copieux ouvrage de Noël (ça ne s’invente pas !) Balen. 800 pages bourrées d’infos avec des bonus indispensables comme ce compact disc comportant 20 titres éclectiques sur lequel se côtoient des artistes de tendances diverses, d’époques différentes, en cohésion avec la progression de la lecture du texte et en concordance avec les chapitres développés d’une façon rigoureuse et attrayante. Il existe plusieurs façons d’aborder un tel ouvrage copieux. Commencer par la première page et finir par la fin, méthode classique. Ou mieux, d’une façon plus ludique, se précipiter sur l’index, afin de rechercher la fiche de tel ou tel musicien, se jeter avidement sur la discographie, la vidéographie, ou piocher, grappiller au hasard des pages, compulser plus précisément tel ou tel chapitre qui semble le plus attrayant selon sa propre sensibilité musicale, sans oublier d’apprécier l’indispensable iconographie.

Ayant procédé selon la seconde méthode de lecture, j’ai été déçu de ne trouver le nom de Claude Luther qu’à deux reprises, glissé entre ceux de musiciens accompagnateurs. Mais Noël Balen avait prévu cette frustration, précisant dans son avant-propos « Combien de héros obscurs, de partenaires oubliés, de seconds couteaux dans l’ombre des premières lames, d’artisans consciencieux et de bâtisseurs discrets, combien de musiciens qui ne seront pas cités ou se verront à peine mentionnés dans les pages suivantes ? Il ne pouvait malheureusement en être autrement sous peine d’assener une somme encyclopédique et fastidieuse. La clarté et la simplicité étaient au pris de cette injustice ».

Au moins je ne peux que reconnaître une objectivité et une honnêteté auprès du lecteur amateur, éclairé ou non. Petit aparté, Monsieur Balen, et si vous écriviez une odyssée du jazz français ? Revenons à cet ouvrage qui ne se limite pas à des généralités souvent émises dans les essais consacrés aux origines de cette musique devenue universelle, multiple, complexe. En effet l’auteur ne se contente pas de considérations trop souvent évoquées sur les planteurs de Louisiane et états limitrophes mais débute son odyssée de la conquête de l’Amérique et de l’importation massive d’Africains, de « Bois d’ébène », en Amérique du Sud, aux Antilles puis dans les états du sud des Etats-Unis, afin de pallier le manque de main d’œuvre, les indigènes ayant été décimés par les invasions, les maladies, les génocides.

Quelques pages qui éclairent ce contexte douloureux toujours d’actualité, une petite partie de l’humanité imposant sa force, sa loi, ses religions, mais je m’égare. Du negro spiritual et gospel song au rhythm’n blues, soul music et funk et rap, en passant par le blues, le ragtime, le new orleans, le swing le be-bop, le free jazz, le jazz fusion, tout est passé à la moulinette, tout est disséqué, tout est expliqué, avec de très nombreuses fiches d’artistes qui revivent sous les doigts passionnés de l’auteur. Un ouvrage didactique, sobre, sérieux, concis, dense qui ne manque pourtant pas de lyrisme. Les artistes, renommés ou petits maîtres, souvent oubliés alors qu’ils participent à la vie du band, de l’orchestre, de la formation, apportant un soutien au soliste, au leader, sont présentés avec rigueur, sans emphase mais aussi sans opprobre, sans déni.

Une justesse de ton qui reconnait les faiblesses mais également les valeurs, et alors que souvent j’ai lu des ouvrages dans lesquels, par exemple, Lil Hardin, la pianiste qu’épousa Louis Armstrong, jouait comme un pied, ce dont je n’avais pas été convaincu ou choqué en écoutant les enregistrements réédités, ici Noël Balen lui trouve au moins deux qualités : honnête musicienne et femme de caractère dont l’influence fut capitale sur la carrière du trompettiste.

Milton Mezz Mezzrow, trop souvent décrié, alors que Noël Balen lui concède de modestes talents de musicien, ce qui ne dérangeait pas forcément Sidney Bechet puisque à plusieurs reprises il fit appel à lui dans ses formations, ou encore Zutty Singleton, le batteur vieux compagnon de route de Sidney Bechet qui lui aussi est trop souvent négligé (Ah ce merveilleux morceau que Drum Face  que j’ai découvert à la fin des années 60 dans une compilation !). Et les références à ces sidemen obscurs ne manquent pas.

Un ouvrage indispensable à placer près de sa collection de compact-disc ou de ses vinyles, bonnes vieilles galettes 33 tours et pourquoi pas 78 tours, et à compulser, consulter, feuilleter fréquemment, avec toujours un plaisir renouvelé, à la recherche de la moindre information qui décuplera l’enchantement auditif.

Noël BALEN : L’odyssée du jazz. 6ème édition. Novembre 2012. Editions Liana Lévy. 800 pages. 28€. Un CD offert.


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18 décembre 2012 2 18 /12 /décembre /2012 14:21

Les coïncidences littéraires existent, je les ai rencontrées !

 

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La mise en ligne de ma chronique concernant le remarquable ouvrage de John Curran : Les carnets secrets d’Agatha Christie, m’a donné l’idée de remettre un article sur un essai non moins remarquable datant de 1989, dû à Annie Combes, et qui mériterait d’être diffusé plus largement.

Qui n’a jamais lu au moins un roman d’Agatha Christie, La Bonne Dame de Torquay, La Reine du crime, La Duchesse de la mort, comme l’ont surnommée certains critiques ?

Qui n’a pas été tenté de découvrir en compagnie d’Hercule Poirot ou de Miss Marple l’auteur d’un crime savamment agencé ?

Qui ne s’est jamais senti frustré à la fin du roman en s’apercevant que le criminel n’était pas celui auquel on pensait ?

Pourtant Agatha Christie avait déposé ça et là des indices, des leurres également, qui devaient permettre d’accéder à la bonne solution.

Annie Combes, dans cet essai, cette étude sur les romans christiens, sur les différents personnages, sa façon d’écrire, analyse, commente, déchiffre, explore et donne envie de relire d’un regard neuf des romans souvent trop vite lus. Un essai passionnant de bout en bout, écrit sur un mode ludique et attrayant. En effet on peut lire cet ouvrage chapitre après chapitre, lecture conventionnelle, ou en suivant des axes grâce à des renvois en marge, ou encore en sélectionnant ses chapitres.

Les marges comptent pour beaucoup dans cet ouvrage, puisqu’elles comportent de nombreuses notes souvent indispensables, des exemples, des compléments d’information, des renvois à tel chapitre, etc.

Un très gros travail effectué par une passionnée des romans d’Agatha Christie, une passionnée qui sait en même temps se montrer impartiale, reconnaissant que certains romans cèdent à la facilité. Un ouvrage de référence indéniable.

Annie Combes ne manque pas d’humour. Par exemple page 179, dans un chapitre consacré au rôle des chiffres dans l’œuvre christienne, en conclusion de la partie dédiée au chiffre 9, elle termine par cette phrase : pour écrire un récit d’énigme novateur, c’est dans le montage de l’intrigue et l’écriture indicielle qu’il faut chercher du neuf !

Un chapitre, parmi tant d’autres, qui a retenu plus particulièrement mon attention et suscité mon intérêt, c’est celui de la traduction. En effet souvent les romans d’Agatha Christie ont souffert de coupures, de négligence, d’une certaine facilité et même d’un je-m’en-foutisme certain de la part des traducteurs et/ou de l’éditeur. L’exemple le plus connu et qu’Annie Combes ne cite pas, est celui des Dix petits nègres, dont la solution finale est entièrement tronquée*.

 

*Cette chronique date de 1989, et heureusement depuis Les éditions du Masque (anciennement Librairie des Champs Elysées, le Masque étant alors une collection) ont entrepris à partir de 1990 un très gros travail de retraduction, et il vaut mieux lire les ouvrages publiés depuis, soit au Masque dans la collection Les Intégrales ou dans Le Livre de Poche, en vérifiant si la mention nouvelle traduction complète (ou similaire) est apposée.

En conclusion un travail de recherche effectué avec sérieux, qui se lit comme un roman, passionnant de bout en bout, écrit par quelqu’un qui pousse l’humour ou l’identification en possédant les mêmes initiales qu’Agatha Christie !

 

Disponible uniquement chez l’éditeur :

http://www.lesimpressionsnouvelles.com/catalogue/agatha-christie/

 

Annie COMBES : Agatha Christie, l’écriture du crime. Collection. Réflexions faites. Essai édité par Les Impressions Nouvelles. 1989. 304 pages. 21€.


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