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24 mars 2016 4 24 /03 /mars /2016 15:13

Un boulanger roulé dans la farine, du grain à moudre pour les médias.

Laurent MANTESE : Pont-Saint-Esprit. Les cercles de l'enfer.

En ce milieu du mois d'août 1951, Jacques, le narrateur, est de retour dans son village natal après une absence de trois ans, absence due à la poursuite de ses études à Lille.

Il réintègre sa chambre sous les toits, retrouvant avec plaisir les lieux et sa mère qui vit seule depuis le décès de son mari. Rien n'a changé ou presque.

A vingt-quatre ans, Jacques est encore célibataire, mais il a aperçu une ancienne condisciple, Julie, qu'il a connue sur les bancs de l'école et qui s'est muée en adorable jeune fille. Mais l'heure n'est guère au marivaudage car en ce 17 août la vie et la mort vont bousculer les habitudes des Spiripontains.

Des phénomènes étranges envahissent le corps et l'esprit de certains des habitants de la petite cité. Ils ressentent des troubles du comportement, sont atteints d'hallucinations, d'hystérie.

Se rendant dans un café, afin de boire un verre de lait et tenter de voir Julie, il peut constater certaines de ces manifestations sur des clients. L'un d'eux se plaint de dérangements intestinaux, l'autre regarde tout à coup le plafond et se conduit comme s'il venait de découvrir une bête monstrueuse, et son visage devient exsangue. Un gamin dans la rue est plié en deux et grimace affreusement. Ce sont les premiers symptômes qui vont bientôt prendre pour victimes quelques trois cents personnes. Certaines en décèderont dans de terribles souffrances. Et les animaux ne sont pas épargnés.

Le narrateur lui-même ressent certains troubles, mais sa jeunesse alliée au fait qu'il n'est à Pont-Saint-Esprit que depuis peu, font qu'il se remet assez vite, non sans en garder des séquelles. Tout comme la plupart des autres malades atteints de cette épidémie d'origine inconnue. Mais il sera dénombré toutefois environ une dizaine de morts.

Jacques assiste nuitamment de la fenêtre de sa chambre à de mystérieuses allées et venues, des hommes en noir décharnés, qui s'activent dans le cimetière voisin. Il croit les revoir les jours suivants, mais ne sont-ce que des visions provoquées par la maladie ?

Si le boulanger ne fut pas accusé de vive voix, il fut toutefois soupçonné d'être à l'origine de cette étrange épidémie. Tous ceux qui ont été atteints de cette forme d'intoxication s'approvisionnaient chez lui.

Inspiré par une affaire véridique, mais mettant en scène quelques protagonistes fictifs, Laurent Mantese a écrit un roman relevant du fantastique et de l'angoisse dans un contexte historique. Son personnage principal narre cet épisode, soixante ans après son déroulement, mais il se contente de relater ce qu'il a vu, entendu, constaté, ressentit, sans jeter l'opprobre sur qui que ce soit. Et avec le recul, les questions n'ont toujours pas eu de réponses. Un texte fort et émouvant complété par Jean-Pierre Favard dans son article : Pont-Saint-Esprit, autour de l'affaire du pain maudit.

En effet si Laurent Mantese traite ce sujet avec l'âme d'un poète torturé, Jean-Pierre Favard reconstitue cette affaire d'un point de vue historique. De nombreuses supputations ont été lancées, présence de mercure, rappel d'épidémies dans les siècles passés dont la fameuse Grande Peste, mais rien n'est définitif.

Et de temps à autre, Pont-Saint-Esprit est évoqué dans les médias au travers d'articles, recensés en fin de l'ouvrage, s'appuyant sur des recherches et des hypothèses. De nombreuses pistes furent explorées, mais certaines rapidement enterrées. Et comme le précise Jean-Pierre Favard, mais si cette piste fut rapidement abandonnée, c'est peut-être aussi, on peut l'imaginer, parce qu'elle constituait un risque majeur pour des intérêts économiques de tout premier plan.

Et l'on peut se poser moult questions notamment sur les agissements de certains ensemenciers, de laboratoires phytosanitaires et de décisions prises à Bruxelles. Mais chut, c'est top secret, et il y a trop d'argent en jeu pour vouloir remuer la vase.

 

Dans la même collection :

Laurent MANTESE : Pont-Saint-Esprit. Les cercles de l'enfer. Collection LoKhaLe N°2. Editions La Clef d'Argent. Parution 13 octobre 2015. 112 pages. 6,00€.

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13 février 2016 6 13 /02 /février /2016 14:22

Hommage 3 à Georges Simenon, né le 13 février 1903 selon les registres et le 12 février 1903 par superstition maternelle.

Francis LACASSIN : La vraie naissance de Maigret.

Une pipe, un chapeau melon, un pardessus épais à col de velours, un poêle en fonte, quelques verres de bière ou de fine, voilà le décor planté.

Le commissaire Maigret peut faire son apparition, masse puissante et bourrue, privilégiant aux faits eux-mêmes la psychologie des personnages.

On ne l'a pas entendu arriver, pourtant il est là, impressionnant, emplissant la pièce de sa présence. Et lorsqu'il repart sur la pointe des pieds, son aura a si bien imprégné l'endroit où il s'est imposé, que son ectoplasme est toujours palpable. Et depuis 1972, année où il s'est éclipsé en compagnie de Monsieur Charles, il continue à hanter l'étrange lucarne et les rayons des librairies.

Maigret n'est pas un être de chair et de sang, pourtant c'est un ami fidèle, et l'on ne se lasse pas de le rencontrer dans un bar, auprès d'une péniche, à un carrefour, sous la pluie, tenace, obstiné, traquant les truands, mais cherchant aux petites gens des excuses à leur forfait.

Mais ce personnage issu de l'imagination fertile d'un écrivain prolixe, porte en lui sa légende. Sa naissance est nimbée d'un flou artistique ou plutôt d'une contre-vérité à laquelle Simenon, qui l'a forgée et propagée, a fini par croire lui-même.

Francis Lacassin, traqueur impitoyable de la littérature populaire, ne s'est pas contenté d'une explication de génération spontanée. Maigret en effet n'est pas né dans les conditions que Simenon aimait le faire croire, entretenant un mythe qui permit en 1966 l'érection d'une statue représentant le célèbre commissaire à Delfzijl, aux Pays-Bas.

Maigret était déjà né, avait connu quelques aventures, mais c'est effectivement dans ce petit port qu'il s'est émancipé, a atteint sa majorité, et fêté sa maturité avec Pietr le Letton. Et il lui a fallu se battre pour ne pas se laisser supplanté par un arriviste, plus jeune, plus aventureux, du nom de Sancette.

Ce travail de défrichage des romans simenoniens, cette recherche de généalogiste consciencieux, sont consignés dans un ouvrage dont la lecture est aussi passionnante que celle d'un roman policier, comme diraient les critiques qui pourfendent la littérature populaire tout en lui reconnaissant les qualités d'être lisible, intéressante, captivante.

Ce récit, ce document s'inscrit parmi les nombreux autres ouvrages consacrés à la saga simenonienne, à sa vie et à son œuvre, et ils sont nombreux. Mais il reste l'un des ouvrages de référence qui se révèle indispensable à tout amateur, éclaire ou non, à tout passionné avide de mieux connaître ce personnage hors du commun et pourtant si près de nous.

Francis LACASSIN : La vraie naissance de Maigret. Editions du Rocher. Parution septembre 1992. 176 pages.

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12 février 2016 5 12 /02 /février /2016 15:16

Hommage 2 à Georges Simenon, né le 12 février 1903.

Jean-Christophe CAMUS : Simenon avant Simenon. Les années parisiennes. 1923 - 1931.

De son vivant, Simenon a intrigué bon nombre de journalistes, de critiques et de chroniqueurs, et bien évidemment de lecteurs.

Les études et articles consacrés au plus Français des Belges sont donc extrêmement nombreux, avant et après sa mort.

De tous ceux qui sont parus en cette année 1990, les ouvrages de Jean-Christophe Camus comptent parmi les plus intéressants. A plusieurs titres.

D'abord au point de vue recherche et situations du personnage dans une époque qui peut paraître magique et féérique pour certains d'entre-nous. Les années d'après-guerre, des années de décompression, d'insouciance, une impression. Alors que dans d'autres récits, je pense notamment au Simenon de Stanley Eskin paru aux Presses de la Cité, certains faits sont juste évoqués, suggérés, ici ils sont décrits avec humour et émotion, dans un esprit de véracité et d'impartialité.

Le fameux bal anthropométrique par exemple, qui devait fêter la mort de Georges Sim et la naissance de Simenon, le grand coup de publicité réalisé avec l'aide de l'affichiste Paul Colin pour la parution des premiers Maigret, les officiels, chez Fayard. Ou encore cet amour payé de retour avec celle qui fut surnommé la Perle Noire, Joséphine Baker.

Egalement les ancêtres littéraires de Maigret. Maigret qui apparait en coup de vent, dont la silhouette se dessine dans des romans édités chez Tallandier ou qui se cache sous les traits de l'inspecteur Sancette, alias 107,alias G7, alias L53... Les anecdotes foisonnent mais sans sombrer, et je pense là encore au livre de Stanley Eskin, sans sombrer dans une recherche systématique de la vie sexuelle de l'écrivain.

De plus, les reproductions en couleurs d'une quinzaine de couvertures de romans écrits dans les années 1920 par celui qui fut surnommé le romancier-vapeur et les fac-similés d'articles et de dessins parus dans la presse de l'époque, apportent la note d'authenticité à un texte qui se lit comme un roman.

Simenon, bourreau de travail, bourreau de plaisirs, avide de découvertes, nous étonnera toujours. Une imagination débordante, certes, mais alliée à un emploi de situations, de personnages et d'aventures, ou mésaventures, survenues au créateur de Maigret.

Simenon, romancier populaire, aura réussi sa carrière pratiquement comme il l'avait souhaité. Cependant il restera obnubilé toute sa vie par une obsession : faire de la littérature, de la vrai. Avec un souhait qui, lui, ne sera jamais exaucé, recevoir le Prix Nobel de littérature. Mais il possède un lectorat ce qui est primordial lorsqu'on est écrivain.

Simenon, adulé de son vivant, conspué par des pisse-froid en mal de copie, lié d'amitié avec des célébrités telles que Renoir, Marcel Achard, et bien d'autres, ne pourra jamais tomber dans l'oubli.

 

Jean-Christophe CAMUS : Simenon avant Simenon. Les années parisiennes. 1923 - 1931. Editions Hatier. Parution 1990. 260 pages.

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12 février 2016 5 12 /02 /février /2016 14:19

Hommage à Georges Simenon, né le 12 février 1903.

Jean-Christophe CAMUS : Simenon avant Simenon. Les années du journalisme. 1919 - 1922.

Lorsque Georges Simenon entre, en forçant la porte du directeur, au journal La Gazette de Liège, il n'a pas encore seize ans.

Quinze ans et onze mois pour être précis.

Pourtant ce n'est pas cette volonté de travailler, de devenir journaliste qui m'a le plus étonné, surpris, mais c'est bien la maturité, le ton incisif, gouailleur, l'esprit caustique, impertinent, la facilité d'écriture de ce débutant, de cet adolescent, qui imprègnent les chroniques rédigées par Georges Simenon.

Des billets poétiques à la gloire de sa ville natale aux féroces diatribes envers les édiles socialistes, Simenon, alias Georges Sim, alias Monsieur Le Coq, se fait la main, emmagasinant souvenirs, odeurs, recherches sur la nature humaine pour mieux nous les restituer à travers ses romans, mémoires et dictées.

Simenon possède un insatiable appétit de vivre, se montrant boulimique de lectures, de femmes. De seize à dix-neuf ans, par ses écrits parfois virulents dans La Gazette de Liège, mais également dans d'autres publications, il affine son écriture. Il se veut le témoin de son temps et devient le chantre des petites gens que l'on retrouvera tout au long de ses romans, la série des Maigret bien évidemment, mais aussi tous ses romans dits littéraires et surtout noirs.

Jean-Christophe Camus, journaliste lui-même à La Gazette de Liège, met ses pas dans les traces du jeune Sim qui deviendra le grand Simenon, réalisant une monumentale étude de caractère de celui qui excellait dans ce genre.

Un récit passionnant dans lequel on découvre le père de Maigret avec ses joies, ses colères, ses farces, sa jeunesse, son appétit de la vie. Un regard neuf sur un écrivain que l'on croyait connaître.

De très nombreuses illustrations, des reproductions, des fac-similés de journaux complètent cet ouvrage passionnant de bout en bout.

Jean-Christophe CAMUS : Simenon avant Simenon. Les années du journalisme. 1919 - 1922. Editions Hatier. Parution décembre 1989. 222 pages.

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8 février 2016 1 08 /02 /février /2016 14:32

Hommage à Jules Verne né le 8 février 1828.

Lionel DUPUY : En relisant Jules Verne.

Voyage au centre de la Terre, Le tour du monde en 80 jours, Le château des Carpathes, Vingt milles lieues sous les mers, L’île mystérieuse, tout le monde a entendu parler de ces célèbres romans de Jules Verne, à défaut de les avoir lu.

Chacun en garde un souvenir impérissable tant les mondes décrits par Jules Verne entraînaient le lecteur dans des aventures fabuleuses. Peut-être moins aujourd’hui que les inventions décrites par ce visionnaire sont devenues réalité voire dépassées.

Lionel Dupuy nous propose une relecture de ces cinq romans, en relevant des aspects parallèles, des similitudes, des procédés littéraires qui méritent d’être mis en évidence. Ainsi les volcans sont quasi présents dans l’espace géographique mis en scène par Jules Verne même si à priori ceux-ci ne sont pas visibles.

Pourtant si dans Voyage au centre de la Terre, le volcan est bel et bien présent car la remontée des explorateurs s’effectue par le Stromboli, dans Le château des Carpathes, le col où se situe l’édifice en question se nomme Vulkan. L’île en général aussi joue une importance toujours présente dans l’esprit de l’auteur, mais ce ne sont que deux points pris au hasard.

L’espace et le temps sont des facteurs primordiaux dans la construction de l’œuvre, pas forcément mis en évidence. D’ailleurs à ces romans on pourrait ajouter Michel Strogoff puisque l’envoyé du tsar doit traverser la Russie jusqu’à l’autre bout du continent asiatique et afin de réussir sa mission lutter contre le temps. On pourrait également dire que Jules Verne pratiquait l’écologie avant l’heure.

Les ouvrages sur Jules Verne sont légion en ce moment mais l’étude de Lionel Dupuy s’avère intéressante dans le sens où les romans de Jules Verne incitent aussi à la réflexion, démarche pas toujours entreprise lorsque nous dévorions ces romans lors de notre préadolescence.

 

Lionel DUPUY : En relisant Jules Verne. Un autre regard sur les Voyages Extraordinaires. Editions La Clef d’argent. Parution février 2005. 176 pages. 12€.

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31 décembre 2015 4 31 /12 /décembre /2015 13:23

Faut dire que c'était un drôle d'animal...

Philippe CROCQ & Jean MARESKA : Frank Sinatra, entre chiennes et loups.

Qui eut pensé que cet homme d’apparence frêle, fragile, longiligne, pesait à la naissance six kilos et demi !

Et que sa mère Dolly, de son vrai nom Natalie, ne mesurait qu’un mètre cinquante pour quarante et un kilo !

Frank, né le 12 décembre 1915, et qui gardera toute sa vie des traces de son passage en force dans la vie sous forme de cicatrices sur la joue et l’oreille gauches, était issu d’une famille d’Italiens installés à Hoboken, petite ville industrielle ouverte sur l’Hudson.

Son père avait fait de la boxe, sous le nom de Marty O’Brien, car à l’époque il valait mieux passer pour un Irlandais dans cette cité, mais sa carrière s’interrompit rapidement lorsque tombant du ring il se cassa les deux poignets. Sa mère avec ses yeux bleus, sa peau laiteuse et ses cheveux blonds, n’avait rien à envier aux enfants de la verte Erin, quoique d’origine italienne elle aussi.

Grâce à ses fonctions à la mairie, Dolly put solliciter auprès de l’édile de la cité un emploi de sapeur-pompier. Plus tard ils deviendront tenanciers d’un bar, en pleine ère de la prohibition, Dolly s’établissant aussi sage-femme et plus pour jeunes femmes en attente de maternité désirée ou non.

Mais Marti, possédait des accointances avec la Mafia et plus particulièrement Lucky Luciano, alias Salvatore Lucania, originaire de la même ville que le grand-père de Frank, et arrivé aux Etats-Unis peu après la famille Sinatra. Des relations douteuses mais qui se révélèrent efficaces lorsque le besoin s’en fit sentir.

Au grand désespoir de sa mère Frank abandonna très tôt ses études, mais Dolly sera toujours derrière son fils unique l’aidant même à contre cœur. Elle lui achètera sa première sono portative avec micro et hauts parleurs afin qu’il puisse animer les bals de l’école. Ce n’est pas pour autant que la carrière de chanteur sera bordée de roses. Plutôt d’épines. Le jeune Frank va galérer de longues années, tentant sa chance à New-York avant de revenir à Hoboken, puis il s’immiscera dans un trio qui décrochera un contrat pour effectuer un circuit dans près d’une quarantaine d’états, mais sa conception de la musique n’étant pas celle de ses compagnons de tournée, celle-ci avortera rapidement.

Il contactera Tommy Dorsey, tromboniste et chef d’orchestre dont la formation était aussi cotée que celles de Jimmy Lunceford et Glenn Miller, mais il essuiera un refus. C’est auprès d’Harry James qu’il trouvera enfin sa voie, sa voix. Le début d’une carrière de chanteur qui fera tomber en pamoison les midinettes et pas seulement. Mais ses frasques entachent sa vie familiale. Il s’est marié avec Nancy, pour échapper à une autre femme, mais le couple dès le départ bat de l’aile, malgré la naissance de leur fille Nancy.

 

La tendresse, la douceur de sa voix lorsqu’il chante cache la rudesse, l’agressivité de l’homme. Et les journalistes lui reprocheront ses accointances, réelles ou supposées, avec la Mafia, ses multiples maîtresses, issues du monde du spectacle ou non, mais principalement ses relations houleuses avec Ava Gardner, qui par bien des points lui ressemble.

Mais Frank qui recherche les honneurs et la puissance, en fréquentant des hommes politiques, des présidents des Etats-Unis, sera sous une enveloppe de dur-à-cuire, un être fragile, qui n’hésitera pas à s’élever contre des injustices, la ségrégation et la discrimination raciale notamment, peut-être à cause de son origine italienne dont sa famille eut à pâtir, n’hésitant pas lors de spectacles perturbés par de jeunes étudiants blancs à leur promettre une solide raclée à la sortie s’ils continuaient ainsi et leur faisant la morale.

Le cinéma lui fera les yeux doux, même si au début ce ne fut que pour des petits rôles insignifiants. Et s’il était adulé, remplissant les salles de concert, la vente de ses disques ne fut guère mirobolante, du moins pendant la première décennie de sa carrière.

 

Pour le reste je vous conseille de vous plonger dans cette biographie dans laquelle Philippe Crocq et Jean Mareska dressent un portrait sans fioriture, sans concession, dénué de complaisance, de ce chanteur et acteur qui décèdera le 22 mai 1998.

Philippe CROCQ & Jean MARESKA : Frank Sinatra, entre chiennes et loups. Editions Alphée/Jean-Paul Bertrand. Parution avril 2008. 266 pages.

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5 décembre 2015 6 05 /12 /décembre /2015 15:23

Hommage à Alexandre Dumas, décédé le

5 décembre 1870.

Alexandre DUMAS : Sur Gérard de Nerval.

Le 26 janvier 1855, Gérard de Nerval est découvert pendu rue de La Vieille Lanterne à Paris.

Un suicide dû à un accès de folie. Cette folie qui depuis des années taraude par intervalles Gérard de Nerval et inquiète ses amis dont Dumas. Une folie peut-être héréditaire, mais due également à des états dépressifs chroniques, des difficultés financières constantes et la mort du grand amour de Nerval, la cantatrice Jenny Colon.

Dumas voue à Gérard de Nerval une amitié sincère, désintéressée, l'aidant même par tous les moyens. Moyens financiers certes, mais également en l'associant à l'écriture de certaines pièces de théâtre. Ce sont ces relations et ce décès que raconte avec sensibilité, émotion, tendresse, Alexandre Dumas.

Avec une certaine superficialité mais souvent avec lyrisme.

Dumas est avant tout un conteur et il ne peut s'empêcher de digresser, sur la mort de sa mère par exemple, sur son amitié pour le Duc d'Orléans, sur les poèmes d'Antony Deschamps...

Parfois excessif dans la démonstration de ses sentiments, de ses peines, Alexandre Dumas sait également se montrer persuasif et même prophétique lorsqu'il écrit :

Comme tous les talents fins, distingués et poétiques, Gérard de Nerval était peu populaire... A notre avis la réputation de Gérard n'en sera pas moins durable, au contraire, bien des torches que l'on croyait éternelles pâliront et s'éteindront, tandis que sa lampe confiée aux soins de cette vestale qu'on appelle la Poésie ira toujours plus vivante et de plus en plus lumineuse.

 

La préface de Claude Schopp, le spécialiste de Dumas, est un régal.

Claude Schopp se pose cette question : Dumas aurait-il lié deux textes préexistants lorsque Nouveaux Mémoires, Dernières Amours parurent en feuilleton dans le journal Le Soleil ?

Pour ma part j'en suis persuadé, car page 127, Alexandre Dumas écrit Le terrain... est compris dans un grand carré marqué par six magnifiques sapins plantés lors de la mort de mon père. Aujourd'hui ils en ont quarante neuf [ans] et sont magnifiques.

Sachant que le père d'Alexandre Dumas est mort en 1806, on peut dater ces lignes en 1855.

Mais si l'on se fie, à la page 203, où on peut lire : Vingt-quatre ans après [le voyage à l'île d'Elbe en compagnie du Prince Napoléon], à l'époque où j'écris ces lignes... il n'y a qu'à additionner 1842 date du voyage, plus 24, cela donne 1866. A moins que quelque chose m'ait échappé !

Quoiqu'il en soit ce texte de Dumas est chaleureux et se révèle comme une ode à l'amitié.

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29 novembre 2015 7 29 /11 /novembre /2015 15:10

Les enfants sont comme les adultes, ils ont leurs joies et leurs peines.

Mais ils les éprouvent plus tôt...

Véronique VIGNE-LEPAGE : Epoustouflants destins d'enfants.

Les enfants-héros abondent dans la littérature jeunesse et la littérature tout court, les confrontant à des situations exceptionnelles, dramatiques, amusantes, exotiques, courageuses, mais jamais banales. Les exemples sont si nombreux que l'on ne peut les recenser tous, mais l'on pourrait citer Rémi, héros de Sans Famille d'Hector Malot, de Mowgli, l'enfant du Livre de la Jungle de Rudyard Kipling, ou Le Petit Lord Fauntleroy de Frances Hodgson Burnett.

Mais qu'en est-il dans la vie courante où les adultes sont souvent montrés en exemple, dont la carrière, les actions, les coups d'éclat font florès ?

Véronique Vigne-Lepage pallie cette lacune en nous présentant vingt et un destins qui font frémir, rêver, réfléchir, s'enthousiasmer, s'attendrir, s'émouvoir...

 

Parmi les infortunes décrites, l'une des plus dramatiques est bien le tragique destin des Enfants d'Izieu, Une colonie presque ordinaire, le 6 avril 1944. Pourtant Sabine et Miron Zlatin pensaient que les gamins qu'ils avaient recueillis, soit avec l'assentiment de leurs parents, soit parce que ceux-ci avaient été déportés ou tués, seraient à l'abri des exactions nazies.

Toujours dans la tragédie, mais qui heureusement se termine bien, l'épopée navale de Lolo et Monmon, Michel et Edmond pour l'état-civil, trois et deux ans. Ces deux bambins sortiront indemnes du naufrage du Titanic. Mais qu'allaient-ils faire en cette galère ? A l'origine, une simple histoire de divorce et d'un père qui voulait garder ses deux enfants en s'enfuyant aux Etats-Unis.

Tragédie aussi, qui nous touche moins peut-être, car éloignée dans le temps et advenue à un enfant royal, dont les avatars se déroulent au XVIIIe siècle, celle de Louis Charles Bourbon, fils de Marie-Antoinette dite l'Autrichienne et de Louis XVI. Enfance d'un gamin normal ou presque qui aurait pu être heureuse, sauf qu'il se retrouve Dauphin à la mort de son aîné Louis-Joseph, et qui terminera sa vie au Temple, après avoir perdu ses parents dans des conditions de Terreur. Comme quoi le Sang bleu peut également se définir comme Sang royal, sang mortel.

Enfermés également dans une geôle, Henri et François, les deux jeunes fils de François 1er, détenus par Charles Quint pour une sombre histoire d'antagonisme et de jalousie pour quelques lopins de terre que l'un veut annexer alors que l'autre refuse. Otages à 6 et 8 ans... par raison d'Etat, mais l'état a-t-il raison ?

 

Le courage n'est pas inné, cela dépend des circonstances et du danger auquel on peut être confronté. Ainsi Noël, ainsi prénommé parce qu'il est né un 24 décembre, va devenir à 14 ans, le plus jeune poilu de la Grande Guerre ! Un peu par hasard. Son père est parti sur le front, sa mère vient de décéder, le régisseur du domaine dans lequel il a été placé le prend en grippe et en feuilletant un journal local, il apprend que le bureau de placement de Montpellier recherche du personnel agricole pour les mas de la région. Il se rend donc à Montpellier, 25 kilomètres à pied, s'endort sur un banc de la gare, puis partage le repas de zouaves qui se rendent dans l'Est de la France. Et c'est comme ça qu'il les suit et deviendra le plus jeune poilu imberbe !

 

Les enfants ne sont pas des animaux savants, même si parfois les médias les montrent comme tels.

Et parmi ces gamins placés sous les feux de la rampe, les exemples ne manquent pas.

Jeanne-Marie Leprince de Beaumont a adapté un vieux conte intitulé La Belle et la Bête, dont la première version pourrait être Amour et Psyché d'Apulée. La deuxième version est tirée du folklore italien et adaptée en 1550 par Francesco Straparola. Or en 1547, des émissaires d'Henri II ramènent des Canaries un étrange personnage dont les courtisans se demandent s'il s'agit d'un homme ou d'un animal. Cette chose se nomme Don Pedro Gonzales et serait né en 1537. Rebaptisé Petrus Gonsalvus, ce jeune garçon a le corps et le visage couvert d'un pelage fauve d'une dizaine de centimètres de long. Cette histoire est narrée sous le titre Petrus et Antonietta, les sauvages du Roi, Antonietta étant l'un des fruits du mariage de Petrus avec une charmante jeune fille dont la famille est proche de la cour royale.

Petrus Gonsalvus

Petrus Gonsalvus

Les petits prodiges ne manquent pas, mais il y a eu ceux qui ont confirmé par la suite, en vieillissant, et les autres, tombés dans un relatif anonymat.

Roberto, l'angelot à la baguette magique, Benzi, chef d'orchestre à onze ans, fut le premier musicien classique dont j'ai retenu le nom alors que j'avais à peu près cet âge, en regardant à la télévision dans le hall du Havre Libre, les deux films qui lui ont été consacrés : Prélude à la gloire et L'appel du destin, dans lesquels il interprète son propre personnage, une histoire qui ne reflète toutefois pas la réalité.

De même L'étrange Minou Drouet, fit beaucoup parler d'elle dans le milieu des années 1950, et je connaissais son nom grâce à la radio, et surtout les différentes prises de position des adultes de mon entourage. Des conversations entendues et auxquelles je ne prenais pas part évidemment, occupé à jouer dans mon coin, mais qui se sont incrustées toutefois dans ma mémoire.

Et c'est encore par un film, Monsieur Fabre, que j'appris ce qu'était un entomologiste et plus particulièrement Jean-Henri Fabre, L'ami intime des insectes. Comme quoi certains films et leur rediffusion à la télévision peuvent être bénéfique.

 

La curiosité est un vilain défaut partait-il, mais il est bon d'être curieux sans être indiscret. Valentin, de la fange... à la Cour impériale, le démontre lui qui était affamé de connaissances et de savoir.

 

Bien d'autres destins sont ainsi évoqués, des gamins qui sont célèbres sans que leurs noms soient connus, comme les Petits Chanteurs à la Croix de Bois, une manécanterie créée en 1906 par deux étudiants parisiens dans le quartier de Vaugirard et qui prendra vraiment son essor lors de la fusion avec la Bellevilloise de l'abbé Maillet. Ou comment fut découverte, par hasard, par un chien feu-follet, et un adolescent natif de Montignac accompagné de jeunes vacanciers, la grotte de Lascaux, à la fin de l'été 1940.

Et comme il faut toujours une part de rêve, que penser du destin de cette gamine de quatorze ans, enlevée, alors qu'elle gardait ses moutons, par un officier, un prince prussien, en voyage dans la région de Blois. La Bergère et le Prince serait le sujet d'une adorable histoire, si elle ne s'était pas déroulée véritablement.

 

Vingt et un destins décrits avec simplicité, mais avec passion, érudition, enthousiasme et parfois une note de poésie, par Véronique Vigne-Lepage, et qui devraient réconcilier tous ceux qui sont fâchés avec la jeunesse turbulente qui défraie trop souvent de nos jours les chroniques journalistiques. Et en complément une préface de Patrick Poivre d'Arvor, ainsi qu'une bibliographie permettant d'approfondir plus en détails certaines de ces histoires vraies.

 

Visitez le catalogue de l'éditeur, vous trouverez sûrement un ouvrage à offrir pour Noël :

Véronique VIGNE-LEPAGE : Epoustouflants destins d'enfants. Le Papillon Rouge éditeur. Parution 23 octobre 2015. 288 pages. 19,90€.

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24 novembre 2015 2 24 /11 /novembre /2015 15:08

S'il est bien une caractéristique qui caractérise les Français en général, c'est de se croire supérieurs tout en se dénigrant.

Hubert DELOBETTE : Ces Français qui ont révolutionné le Monde.

Cela se traduit par plusieurs symptômes, que ce soit dans le domaine sportif, le plus visible, mais dans le langage aussi bien parlé qu'écrit, ou dans diverses manifestations technologiques, scientifiques, l'apologie de l'américanisme faisant foi. Ainsi, tandis qu'au Siècle des Lumières, le Français était langue officielle, aujourd'hui non seulement c'est l'Anglais qui prédomine, mais les Français usent, pour ne pas dire abusent, des expressions anglo-saxonnes.

Ce qui est un déni flagrant, non point de patriotisme, ce mot est galvaudé, mais tout simplement d'honneur d'appartenance à une nation qui rayonna plus par ses avancées scientifiques, culturelles et sportives que par ses guerres.

Ces chercheurs, ces découvreurs, ces inventeurs, ces innovateurs, la plupart du temps sont aujourd'hui oubliés, mais leurs inventions perdurent, parfois récupérées par d'autres nationalités. Pour de simples raisons d'obscurantismes étatique et financière.

Ainsi si l'on se souvient de Denis Papin et de sa machine à vapeur et de Joseph Cugnot et de son fardier, dont les livres d'histoires nous relataient les exploits, qui connait le nom de Jouffroy d'Abbans, le concepteur de la navigation à vapeur. Seulement pour de fallacieuses raisons d'emplacement des essais, il se verra spolié de son invention. En effet les essais sont réalisés le 15 juillet 1783 lorsque le Pyroscaphe, le navire qu'il a conçu, remonte la Saône devant 10 000 spectateurs, chargé de 1 500 tonnes de matériaux divers.

A Versailles, pourtant, la commission chargée d'examiner son dossier le rejette au motif qu'une telle démonstration ne peut être faite qu'à Paris, sur la Seine, devant les membres des académies royales !

Mais ruiné, Jouffroy d'Abbans ne peut réitérer son exploit, et s'exile en Italie. Un Américain, du nom de Fulton, s'est emparé de cette invention, et il en récoltera les fruits.

 

Plus troublante et plus fumeuse, l'histoire de Charles Sauria qui inventa l'allumette qui s'allume toute seule. Auparavant il fallait des brandons, l'archet à feu ou encore le briquet à amadou pour allumer un feu, une torche, une bougie. Féru de physique-chimie, il passe ses années d'étudiant à effectuer des recherches et c'est un peu par hasard (comme bien souvent) qu'il parvient à mettre au point cette allumette connue dans le monde entier et qui s'allume par simple frottement sur un grattoir, ou avant l'invention de l'allumette dite de sécurité, sur le talon de la botte ou le pantalon.

Des amis lui conseillent de déposer un brevet. Mais comme il ne dispose pas des 1 500 francs (nous sommes au début des années 1830) nécessaires, l'invention lui échappe. Surtout elle arrive bientôt en Allemagne, où monsieur Nicollet, le professeur de chimie, a au cours d'un voyage naïvement expliqué la recette à des homologues scientifiques.

 

Autre histoire édifiante, celle de Louis Pouzin, l'homme qui tissa la Toile. Celle dont on se sert tous les jours, par écran interposé : Internet. Spécialiste en informatique; Louis Pouzin crée, à l'initiative du Général De Gaulle, un programme destiné à relier en réseau des ordinateurs, programme qu'il intitule Cyclades, en référence aux 250 îles grecques. Seulement lors de l'arrivée de Giscard d'Estaing à la présidence de la République, la donne change et c'est l'exploitation du Minitel qui est favorisée. Qui se souvient du Minitel de nos jours, sauf ceux qui étaient adeptes du Minitel Rose ?

 

Le téléphone sonne... et ce n'est pas grâce à Graham Bell, comme on nous l'enseigne couramment mais à Charles Bourseul, qui mit au point ce moyen de communication en 1854. D'ailleurs, n'en déplaise à ses détracteurs (une invention française c'est trop beau pour être vrai !) il suffit de se reporter à un article paru dans le journal L'Illustration du 26 août 1854, dans lequel il décrivait le principe même du téléphone. Charles Bourseul débute comme commis aux Postes et Télégraphes, et devient rapidement spécialiste es-morse. Il est donc bien placé pour vanter son invention, et la Poste, par sa hiérarchie, lui signifie de s'occuper de choses plus sérieuses ! On n'arrête pas le progrès, parait-il, sauf quelques imbéciles qui n'acceptent pas que leurs employés puissent avoir des idées.

 

Par la faute de moyens financiers, par la faute de l'état pour qui Paris est le centre du monde, ou de banques trop frileuses qui préfèrent jouer en bourse l'argent déposé par leurs clients que d'aider des entreprises ou des chercheurs, des inventions françaises ont donc été récupérées par d'autres nations ou des particuliers opportunistes qui ont bâti leurs fortunes sur des spoliations.

 

Un autre frein à la créativité réside en la peur des ouvriers face à des machines qui vont leur prendre leur travail et supprimer des emplois. Une fois de plus reportons-nous à nos livres scolaires d'histoire, et remémorons-nous les soulèvements des canuts lyonnais, face aux métiers à tisser de Jacquard et de la machine à coudre de Thimonnier. Je n'en dis pas plus, préférant vous laisser le plaisir, et l'émotion voire la colère, en lisant l'article qui leur est concerné.

 

Heureusement tous n'ont pas connu ce genre de déboires, même si leur nom n'est pas passé à la postérité comme Constantin Senlecq, le père grand du petit écran, écran que, amélioré, nous regardons tous ou presque tous les jours, pour suivre les infos, regarder des retransmissions sportives ou suivre des séries... télévisées. Ou Marcel Desprez qui mit au point les lignes électriques capables d'acheminer l'électricité jusque dans le moindre foyer reculé de la France profonde.

 

En 43 articles, sous forme de vignettes comme des minis-séries télévisées, ou des historiettes de bande dessinées en une ou deux pages, abondamment illustrées, Hubert Delobette recense donc quelques destins d'hommes et de femme qui ont étudié, travaillé, cherché, réalisé, pour le progrès, le bienfait de l'humanité, et qui ont obtenu les honneurs ou sont tombés dans les oubliettes pour des raisons décrites ci-dessus. Et Hubert Delobette fait donc œuvre pie en nous les présentant et les sortant, pour certains, des placards dans lesquels ils sont enfermés comme quantité négligeable.

Un ouvrage qui permettra d'évacuer quelques idées reçues et ne manquera pas de vous intéresser, vous et vos enfants, et redorera le blason français, sans pour autant verser dans un chauvinisme malséant.

Hubert DELOBETTE : Ces Français qui ont révolutionné le Monde. Le Papillon Rouge Editeur. Parution le 23 octobre 2015. 288 pages. 19,90€.

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8 novembre 2015 7 08 /11 /novembre /2015 15:33

Hélas le Fleuve Noir ne déborde plus, il est rentré dans le rang des maisons d'éditions généralistes, ayant perdu son âme.

Illustration de Christine CLAVEL

Illustration de Christine CLAVEL

Longtemps le Fleuve Noir a été méprisé par les critiques littéraires, et plus particulièrement sa collection Anticipation.

Trop populaire, des auteurs trop prolifiques qui de plus fournissaient souvent des manuscrits pour les autres collections de l'éditeur, trop présent chez les kiosquiers et maisons de la Presse. La rançon de la gloire. De plus que venaient faire des petits français dans un domaine réservé aux anglo-saxons !

Comme l'écrit Jacques Goimard dans Critique de la science-fiction (Editions Pocket, collection Agora 249. Parution octobre 2002) :

De toutes ces guerres intestines, la plus implacable était sans doute celle qui opposait le Fleuve Noir, d'une part, et de l'autre tous les tenants de la science-fiction ambitieuse. Le Fleuve Noir a toujours été la bête... noire des intellectuels; bien à tort sans doute, car enfin cette maison d'édition n'était pas la seule à fabriquer de la science-fiction de consommation, et qu'il arrivait aussi de produire mieux.

Les intellectuels contre la littérature de consommation ! De tous temps cette bataille a agité le drapeau du bon, de l'excellence, tenu d'une main ferme par les intellectuels contre le roman populaire, ne se rendant pas compte qu'ils finiraient par scléroser un genre, au lieu de le porter à bout de bras. Car se sont bien les lecteurs qui achètent en fonction de leurs goût. Ils veulent du délassement, du plaisir, de l'invitation à l'imaginaire sans prise de tête.

 

Dans l'article consacré à la collection Anticipation, (La science-fiction. Collection L'encyclopédie de poche N°39. Editions Le monde de... par Denis Guiot, Jean-Pierre Andrevon et G.W. Barlow. Parution juin 1987), Denis Guiot écrit :

Bien sûr, avec sa production torrentueuse - exclusivement des auteurs français, mis à part les Perry Rhodan de Scheer et Darlton, et assimilés - le Fleuve charrie aussi pas mal d'épaves et il est nécessaire de trier.

Première remarque : Denis Guiot oublie qu'à l'origine, la collection Anticipation avait intégré bon nombre d'auteurs anglo-saxons, de renommée mondiale. Ainsi on peut relever les noms, par ordre alphabétique : Poul Anderson, Leigh Brackett, Arthur C. Clarke, Paul French (Isaac Asimov), Murray Leinster, Vargo Statten, E.C. Tubb, A.E. Van Vogt, John Windham... et j'en oublie.

Seconde remarque : Le Fleuve charrie aussi pas mal d'épaves et il est nécessaire de trier. Il doit être permis au lecteur de choisir lui-même ce qu'il aime, et le Fleuve proposait une large palette d'auteurs œuvrant dans des styles divers, variés, à l'imaginaire débridé. Affirmer qu'il y avait pas mal d'épaves est un jugement aussi lapidaire que mal venu. Chacun est libre de lire ce qu'il lui plait, il n'y a pas de mauvais livres, ni de mauvais lecteurs, mais des critiques obtus. D'ailleurs le succès constant, durant cinquante ans, infirme cette assertion. Et si la collection Anticipation a périclité, tout comme les autres collections du Fleuve Noir, et les collections de romans populaires en général, ce n'est pas la qualité qui doit être forcément mise en cause, mais la désaffection du lectorat en général, lectorat tourné vers d'autres pôles d'intérêt. La télévision, l'ordinateur, les jeux vidéos, en particulier.

 

Avec cet ouvrage Alain Douilly fait œuvre pie, permettant aux nostalgiques, aux amateurs, aux collectionneurs, aux curieux, de retrouver un pan de la littérature populaire aujourd'hui désagrégée, les formats poche étant de plus en plus délaissés au profit des grands formats, mais ceci est un autre sujet.

Alain Douilly recense donc par ordre numérique, les titres des collections phares et emblématiques Anticipation, Angoisse et leurs petites sœurs : Espiomatic - Infrarouge, Superluxe, Gore, La compagnie des Glaces, Jimmy Guieu, Perry Rhodan - Atlan, Superpoche - Bibliothèque du fantastique, Angoisses, Frayeur, Aventures et Mystères, SF, S.S.S.P. (Mark Stone) et les Grands Formats.

Classés par numéro, les titres sont déclinés avec le nom de l'auteur, puis la catégorie dans laquelle le roman peut être rangé (anticipation, futur, fantastique légende, space opéra... pour la collection Anticipation), et une cotation argus. Pour ce qui est de la cotation, je suis plutôt sceptique et dubitatif. Combien de bouquinistes généralistes ou spécialisés dans un domaine, de revendeurs dans des vide-greniers, appliquent cette cotation sans tenir compte de l'état de fraîcheur du livre. Il est évident qu'un bouquiniste doit gagner sa vie, mais il est à remarquer que depuis l'apparition de catalogues et d'argus, les prix ont fortement augmenté, le lectorat s'est détourné des bouquinistes, et ceux ont pratiquement tous fermés leurs portes depuis les années 1980. Ceci n'est qu'un aparté.

Ce recensement est précédé d'une présentation exhaustive des collections, et suivi de celle des illustrateurs, avec bien entendu les numéros des livres auxquels ils sont attachés.

Environ cinq cents illustrations, hélas en noir et blanc mais le prix de l'ouvrage en aurait été doublé, triplé, voire plus, si elles avaient été reproduites en couleur, soit sous forme de vignettes, soit pleine page. Toutefois elles permettent d'apprécier le talent de René Brantonne, de Gaston de Sainte-Croix, pour citer les deux principaux dessinateurs de la collection Anticipation, et à qui celle-ci doit en grande partie son succès maintenant, tout comme les illustrations de Gourdon pour la plupart des collections du Fleuve Noir.

Enfin, autre partie conséquente de l'ouvrage, le dictionnaire des auteurs, par ordre alphabétique, logique, qui comprend quelques lignes d'introduction pour chaque auteur, et les romans qu'ils ont écrits, par ordre de parution, regroupés éventuellement par cycles. Un excellent moyen pour les collectionneurs de cibler leurs recherches, leurs manques. Evidemment la présentation des auteurs est succincte, mais il faudrait un ouvrage, en plusieurs tomes, uniquement consacré aux auteurs pour en faire le tour et approfondir leur biographie.

Alain Douilly, modestement, malgré l'immense travail réalisé, redore le blason du Fleuve Noir et ce n'est que justice. Son ouvrage ne pouvait qu'être accueilli au sein de Rivière Blanche, l'éditeur qui affiche clairement la continuité du Fleuve Noir en accueillant d'anciennes gloires et de nouvelles plumes toutes intéressantes et diversifiées dans les thèmes traités.

Alain DOUILLY : Anticipation. 50 ans de collections fantastiques au Fleuve Noir. Hors Collection. Editions Rivière Blanche. Parution février 2009. 410 pages. 25,00€.

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