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16 septembre 2016 5 16 /09 /septembre /2016 16:28

L'inusable Perry Rhodan...

Jean-Michel ARCHAIMBAULT : Perry Rhodan, lecture des textes.

Jean Michel Archaimbault, grand spécialiste de Perry Rhodan devant l’Eternel et les autres, a consacré un ouvrage de référence à cette saga unique dans les annales spatiales, si l’on excepte celle de Georges-Jean Arnaud avec la mémorable Compagnie des Glaces.

La saga Perry Rhodan a débuté le 8 septembre 1961 en Allemagne et dès le départ le succès a été foudroyant. Alors que les auteurs n’escomptaient écrire qu’une cinquantaine d’épisodes, il leur fallut remettre chaque semaine la plume dans l’encrier. Heureux Clark Darlton et K.H. Scheer qui avaient véritablement trouvé le filon d’une série populaire dépassant en audience le fameux Jerry Cotton. Et de s'adjoindre des collaborateurs qui écrivirent les épisodes suivants, tout en gardant l'esprit et la lettre à l'aide d'une bible.

Un fabuleux travail de Jean-Michel Archaimbault, et la réhabilitation d’une série trop souvent décriée par les critiques. Faut avouer que cette saga d’origine allemande, donc ne possédant pas la même aura que la production américaine en général, est connue et méconnue à la fois en France. Cent trente et quelques volumes, soit un peu plus de deux cents épisodes traduits seulement en France depuis 1966 jusqu'en 1999, alors qu’en Allemagne on arrive allègrement à plus de deux mille titres, voilà de quoi faire rêver.

Jean Michel Archaimbault fournit la chronologie, critique et commente, décortique la série cycle par cycle, présente les différents auteurs, et propose mille petits détails capables de réjouir tout un chacun, les fans comme les autres.

Le propos de Jean Michel Archaimbault est de démontrer l’intérêt de ces aventures, d’expliquer leur succès, aussi bien en Germanie que durant un certain temps aux Etats-Unis. Mais il va plus loin car rien qu’à la lecture de son ouvrage on a envie de lire, de s’imprégner de cette saga pas comme les autres. Bravo.

Quant à la collection Référence qui abrite cet ouvrage, elle s’affirme au fil des ouvrages proposés comme une collection indispensable aux amateurs de littérature populaire, quel que soit leur genre de prédilection.

Depuis quelques années, les éditions Pocket ont repris le flambeau des éditions Fleuve Noir qui avaient d'abord publié les premiers romans dans la collection Anticipation, à raison de deux titres par volume, puis avaient créé une collection particulière à ce navigateur de l'espace.

 

Jean-Michel ARCHAIMBAULT : Perry Rhodan, lecture des textes.

Jean-Michel ARCHAIMBAULT : Perry Rhodan, lecture des textes. Collection Références N°10. Editions Encrage. Parution février 1999. 184 pages. 10,20€.

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8 septembre 2016 4 08 /09 /septembre /2016 12:25

Alexandre Dumas, l'inventeur du Guide du Routé, du Petit Futard et de l'ami Chelin...

Alexandre DUMAS : Voyage en Russie.

Et plus que ça encore, car dans cet énorme volume, plus de 800 pages petits caractères d'imprimerie, il nous offre toute la palette de ses talents de conteur.

Même s'il préfère se cataloguer autrement : Je suis auteur dramatique avant d'être romancier, et, en ma qualité d'auteur dramatique, je dois exposer mes personnages. Car il ne s'agit pas ici de relater un circuit, quoique présenté dans ses explications préliminaires, mais bien de narrer tout ce qui s'y rattache, historique des personnages y compris et surtout, ainsi que conditions de voyages, anecdotes, et autres.

Antérieur au Voyage dans le Caucase, Voyage en Russie débute par :

Je ne sais, chers lecteurs, si vous vous rappelez qu'un jour - il y aura bientôt vingt-quatre ans de cela - j'ai dit : Je ferai le tour de la Méditerranée; j'en accomplirai le périple; j'écrirai l'histoire de l'ancien monde, qui n'est rien d'autre que l'histoire de la civilisation.

Rédigés sous forme de Causeries, dont Alexandre Dumas était habitué et que l'on appelle de nos jours Conférences, les impressions de voyages sont régulièrement transmises par l'auteur au Monte-Cristo. Journal hebdomadaire de romans, d'histoire et de voyage et de poésie entre le 15 juillet 1858 et le 28 avril 1859. Puis ce sera dans Le Constitutionnel puis à nouveau dans le Monte-Cristo, nouvelle formule.

 

Avant de nous mettre en route, il convient que nous vous fassions faire connaissance avec nos compagnons de  voyage.

Et débute la narration de quelques chapitres dans lesquels il raconte comment il a fait la connaissance de ses hôtes, la famille Kouchelef-Bezborodko, les antécédents de ses membres, en remontant à l'impératrice Catherine, commentant des épisodes épiques ou amusants. Puis il présente les autres membres de cette équipée, avec toujours en tête de remonter à l'origine ou presque de ses compagnons de voyage, accumulant les détails savoureux et historiques.

Car plus que la géographie d'un lieu, le décor, les paysages qu'il traverse, Dumas s'intéresse à l'histoire. L'histoire d'un pays et l'histoire de ceux qui ont servi ce pays, qui y sont nés, les divisions, les combats, les rivalités, les oppositions entre les hommes, leur allégeance, la prépondérance des femmes dans certains destins.

 

Ainsi il s'étend longuement sur la jeunesse, l'adolescence et son intronisation comme Tzar de Pierre 1er dit le Grand, ses guerres contre les Tatars et les Suédois, la construction de Saint-Pétersbourg, son mariage avec Catherine, son antagonisme avec son fils Alexis, le court règne de Catherine... Il est à noter que les historiens se contentent de signaler que Catherine avant d'être sa femme fut la servante de Menchikov puis la sienne. Or Dumas qualifie Catherine lors de cette période d'esclave.

Mais avant d'entamer la saga des Romanof, Dumas s'en prend de façon assez virulente à Voltaire et à son Histoire de la Russie. Et celui qui si souvent a été accusé de jongler avec l'Histoire, de la réécrire (ce qui entre nous était logique puisqu'il était romancier et non historien) écrit :

L'auteur qui arrange un événement quelconque est tout simplement un faussaire historique. Ecrivez ce qui est vrai, ou ce que vous croyez être vrai, ou n'écrivez pas.

Il ne faut pas, dit Voltaire, raconter à la postérité des choses indignes d'elle.

Qui vous dira qui est digne ou indigne d'elle ? C'est un étrange orgueil de croire que la postérité verra les choses à votre point de vue. Racontez tout, la postérité fera son choix.

Et la preuve, c'est que nous sommes la postérité de Voltaire, et que nous n'écrivons plus l'histoire comme Voltaire l'écrivait.

Un peu plus loin il ajoute :

Nous voulons, aujourd'hui, lire non seulement les événements d'un règne, connaître non seulement les catastrophes d'un empire, mais encore les causes de ces événements, les raisons de ces catastrophes.

Là, en effet, est la philosophie de l'histoire, son enseignement, son intérêt.

 

Et même si Alexandre Dumas c'est parfois arrangé avec l'Histoire pour écrire ses histoires, il n'est peut-être pas si loin de la vérité que ceux qui rédigent des manuels scolaires, oubliant certains faits, les édulcorant, d'abord parce qu'il ne faut pas passer trop de temps à les disséquer, et puis parce que ces rédacteurs réagissent selon leur sentiment et leurs à-priori. Prenez deux historiens par exemple dissertant sur Napoléon 1er. L'un trouvera que ce fut un grand homme de guerre et d'état, l'autre le rabaissera à un rôle de dictateur et de pourvoyeur de cimetières. Mais ceci est un autre débat.

 

Alexandre Dumas est un conteur, un raconteur qui travaille la plupart du temps dans l'urgence. Et il avoue, sans fausse modestie, s'excusant presque :

J'écris vite; car je voudrais écrire sans interruption, et je puis oublier souvent, me répéter parfois.

 

Alors, que ce soit dans ses impressions de voyage, dans ses drames historiques, dans ses romans, historiques ou non. Georges par exemple, grand roman méconnu qu'il serait bon de rééditer, est un roman exotique, chronique d'une société coloniale dont les préjugés sont loin d'avoir disparu (Léon-François Hoffmann), traitant du problème racial (Dumas en a souffert personnellement), Alexandre Dumas se montre toujours volubile, disert, distrayant, instructif, divertissant, témoin de son temps et des temps passés, narrateur prolixe et conteur intarissable.

Relire son Voyage en Russie, c'est cumuler des leçons d'histoire attrayantes et vivre des aventures multiples par procuration, mais également découvrir une civilisation qui longtemps a mis sous l'éteignoir des populations asservies par des nobles sans scrupule. Un thème qui ne pouvait laisser l'auteur indifférent.

Alexandre DUMAS : Voyage en Russie. Préface de Michel Brix. Editions Bartillat. Parution le 19 février 2015. 832 pages. 22,00€.

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30 août 2016 2 30 /08 /août /2016 09:14

Ça c'est d'la musique !
De la vraie musique !
Alors là pardon
Moi j'dis chapeau !
Ça c'est champion !
Écoute-moi c't'air-là
Hein ! Qu'est-ce que tu m'dis d'ça ?
C'est pas du bidon
Ni d'la guimauve
Minute papillon !


 

Michel EMBARECK : Jim Morrison et le diable boiteux.

Lorsqu'elle chantait ces paroles en 1958 puis plus tard lors de ses concerts, Colette Renard pensait-elle à la nouvelle vague du Rock'n'roll qui déferlait sur la France avec les groupes qui reprenaient, plus ou moins bien, les mélodies venues d'Outre-Atlantique ?

Gene Vincent cartonnait avec Be-Bop a Lula, tandis que Jim Morrison n'avait pas encore intégré les Doors, groupe qui ne fut fondé qu'en 1965. Deux univers musicaux différents, et pourtant complémentaires, si complémentaires que les deux hommes, les deux chanteurs, les deux musiciens vont devenir amis et connaître un destin presque similaire, décédant dans des circonstances tragiques à quelques mois de distance en 1971.

Avec la drogue et l'alcool comme lien de fraternité.

Michel Embareck revient sur la période 1968/1971, au cours de laquelle les deux hommes vont connaître des tribulations épiques, ensemble ou séparément, les dernières années de leur vie alors qu'ils possèdent une vision de l'avenir différente.

Gene Vincent a toujours Be-Bop-A-Lula d'accroché aux cordes de sa guitare, alors qu'il a composé et chanté bien d'autres tubes. Il est sur une pente plus que savonneuse, et ne se produit plus que pour de petits cachets, histoire de monnayer sa morphine et non mort fine. Sa jambe se rappelle continuellement à son mauvais souvenir, tandis que le gant noir de sa main gauche s'arrime aux comptoirs et lui remémore son ami Eddie Cochran, parti dans un accident de voiture dont lui-même fut une victime. Mais sa jambe amochée, c'était beaucoup plus tôt, dans un accident de moto.

Un destin presqu'à la James Dean. Sauf qu'il en a survécu. Et qu'il a voyagé de par le monde, donnant des concerts en Europe, au Japon et ailleurs. Contrairement à Elvis Presley qui lui n'a jamais quitté les Etats-Unis, sauf pour son service militaire en Allemagne.

Jim Morrison est plus jeune, il chante dans le groupe des Doors, mais il rêve d'autre chose. Pas forcément d'Hollywood, mais de tourner un film. Il s'est d'ailleurs inscrit, malgré l'opposition de sa famille, à la nouvelle faculté de cinéma de Los Angeles. C'est un poète qui lit beaucoup, ses préférences allant à Jack Kerouac et Rimbaud, entre autres. Et sa rencontre dans un bar avec Gene Vincent lui offre l'occasion de réaliser son rêve. Du moins c'est ce qu'il pense.

Pourtant si tout les rassemble, tout pourrait aussi séparer les deux musiciens. Gene Vincent est un adepte du Rock, du Rockabilly, avec des sonorités de guitare pures tandis que Jim Morrison prône pour une musique plus psychédélique, et la fluidité du son des guitares n'est plus de mise.

 

Gene Vincent

Gene Vincent

Michel Embareck nous entraîne sur la route de ces deux icônes des jeunes de l'époque, de Miami en décembre 1968, à Los Angeles en Octobre 1971, les présentant tour à tour, ou ensemble, lors de leurs frasques éthyliques et musicales, leur redonnant vie.

Le véritable commentateur n'est pas Michel Embareck, cet historien du Rock, le lien entre ces deux hommes est un vieil homme, Walker Simmons, surnommé Le Rôdeur de minuit, un ancien présentateur radio de Shreveport, Louisiane, dont les ondes arrosaient les états de deux cents à trois cents miles à la ronde. Et pour partenaire de narration, il engrange les souvenirs d'Alice Cooper, musicien des années 70 explorant toutes les facettes du Rock, hard rock, heavy metal, new vave, et connu pour ses excentricités scéniques et son maquillage.

Entrecoupés des tribulations de Gene Vincent et de Jim Morrison, les souvenirs du Rôdeur de minuit nous ramènent à une fiction-réalité dans laquelle le lecteur croise les figures de John Lennon et de sa femme Yoko Ono, qui pour beaucoup fut son égérie et son ange noir, Elvis Presley, Charles Manson, et bien d'autres dont Eddy Mitchell, au gré de leurs pérégrinations, voyages à l'étranger, concerts sulfureux sur le sol américain, Woodstock par exemple dont seules résistent au long des années pour la plupart des gens des images sulfureuses des milliers de festivaliers qui se débarrassaient des chaînes du puritanisme intransigeant de l'oncle Sam, ou encore Altamont de sinistre mémoire à cause d'un coup de couteau assené par un spectateur, Miami, Toronto ou Paris, Paris qui vouait encore une certaine reconnaissance à Gene Vincent alors qu'il était quasiment oublié chez lui.

Le Rôdeur de minuit, lors de la remémoration de ses souvenirs ou de ses conversations avec Alice Cooper, tente de démêler le vrai du faux, de trier et faire le ménage dans les déclarations, les mensonges, concernant certains épisodes de la vie des deux protagonistes qui revivent sous la plume de Michel Embareck, sur la naissance de Be-Bop-A-Lula ou le passage comme militaire en Corée de Gene Vincent, et bien d'autres anecdotes qui alimentèrent les médias, et principalement les torchons, pardon les journaux à scandales.

 

Michel EMBARECK : Jim Morrison et le diable boiteux.

Nostalgie, quand tu nous tiens... Et d'autres images remontent à l'esprit du lecteur qui a connu cette époque, plus Gene Vincent en ce qui me concerne que Jim Morrison, celles de concerts, de chansons adaptées en français et interprétées dans un style musical approximatif par des jeunots lancés sur la scène musicale et ne durant parfois que la production de deux ou trois 45 tours. Celle du clone de Gene Vincent dont il n'est pas question ici mais qui fit du bruit médiatique, le faisant surnommé le Bad Boy du Rock français, et qui chantait dans la mouvance d'Elvis Presley, d'Eddy Cochran, de Chuck Berry ou de Little Richard.

Mais ce qui ne pourrait n'être qu'un document sur les dernières années de Gene Vincent et de Jim Morrison se transforme en révélations sur la mort du chanteur des Doors. Accident, suicide, assassinat ?

Michel Embareck délivre sa version étayée sur ce qui reste une énigme, puisant dans des rapports rapidement rédigés dont la partie de l'adultère et de la transmission d'héritage en sont omis.

Une vision personnelle servie par une écriture brute et onirique à la fois, ne s'arrêtant pas sur le récit des trois années de galère alimentées par la drogue, mais griffant au passage quelques confrères journalistes peu scrupuleux. Par exemple lors du scandale dénoncé, non par des policiers mais par un article paru dans le Miami Herald. Jim Morrison avait-il montré son Zgeg (je n'ai pas besoin de traduire) le 1er mars 1969 au Dinner Key Auditorium de Miamy ?

Un article ambigu où personne ne comprenait si le pisse-copie avait assisté au show ou s'il relayait un témoignage anonyme. L'enquête, si l'on peut parler d'enquête, n'a pas permis d'établir la source. La une du quotidien évoquait pêle-mêle une incitation à l'émeute, une masturbation simulée doublée d'une copulation orale. Autant d'accusations non retenues par la justice mais propres à émouvoir des péquenauds de lecteurs appelés à un rassemblement contre "l'indécence" à l'Orange Bowl - le stade mythique de Miami - par Jackie Gleason, animateur télé, intime de Nixon.

Un ouvrage minutieux, propre à réveiller les sens musicaux de notre adolescence, où si tout n'est pas vrai, tout n'est pas faux. Et quant aux plus jeunes, qui n'ont pas connu cette période, ce livre leur ouvrira des univers méconnus et si passionnants.

 

Michel EMBARECK : Jim Morrison et le diable boiteux. Editions de l'Archipel. Parution 24 août 2016. 222 pages. 17,00€.

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24 juillet 2016 7 24 /07 /juillet /2016 14:12

Hommage à Alexandre Dumas né le 24 juillet 1802.

Alexandre DUMAS : Voyage au Caucase.

Pour Kléber Haedens, Alexandre Dumas écrivait à la bonne franquette dans une langue remuante et dépourvue de toute rigueur, dont l'enthousiasme fait négliger les contradictions.

Mais le rôle d'Alexandre Dumas dans la littérature ne s'arrête pas là, et d'autres voient en lui un formidable précurseur et un prodigieux inventeur. Sans jamais avoir écrit de véritables romans policiers même s'il a abordé ce genre, Dumas amorce néanmoins une lignée de personnages qui marquèrent la littérature à tout jamais, même si ses mérites ne sont pas assez reconnus : D'Artagnan qui se transforme en détective privé pour récupérer les férets de la Reine Anne d'Autriche, courant mille dangers dans la plus pure tradition du roman noir; Milady de Winter, l'archétype de la femme fatale, séduisant les hommes pour mieux les asservir; ou encore l'abbé Faria, premier détective en chambre.

Mais Alexandre Dumas n'est pas que le romancier de cape et d'épée qui a enchanté notre jeunesse, et encore maintenant.

Ce fut également un grand voyageur et un grand reporter avant la lettre. Ses impressions de voyage il nous les restitue comme dans Voyage au Caucase, dans un style alerte, vif, chaleureux, bon enfant, enthousiaste, pétillant, gai, parfois naïf, mais ne ménageant pas pour autant ses réflexions personnelles et les petite piques. Ainsi écrit-il :

Principe général : il ne faut rien laisser décider aux savants, attendu qu'ils ne décident rien. Si Oedipe avait laissé l'énigme du Sphinx à deviner aux savants de la Béotie, le Sphinx dévorerait encore aujourd'hui les voyageurs.

Les anecdotes foisonnent dans ce récit qui se lit comme un roman. Je sais, c'est une formule un peu plate, passe-partout, conventionnelle, employée bien souvent par des critiques qui ne savent pas comment s'en sortir, mais que dire d'autre de Dumas et de ses œuvres non romanesques ?

Les péripéties contées par Dumas sont tellement savoureuses, incroyables de nos jours, que l'on se demande quelle est la part de vérité, de réalité et de fabulation.

Mais il ne faut pas oublier que ce voyage s'est déroulé en 1858, et que le risque était présent dans chaque déplacement, que la route qu'il parcourait était loin d'être balisée et sécurisante, que les hôtels et les auberges ne poussaient pas comme des champignons et que le danger était partout présent et à l'affût.

Ce récit est un véritable enchantement, et mon seul regret, que bon nombre d'entre vous partagerons j'en suis sûr, le manque de reproductions de quelques-uns des croquis et dessins de Moynet qui effectuait ce voyage en compagnie de Dumas.

Autre édition : éditions François Bourin. Parution mars 1990. 586 pages.

Autre édition : éditions François Bourin. Parution mars 1990. 586 pages.

Alexandre DUMAS : Voyage au Caucase. Préface de Michel Brix. Editions Bartillat. Parution 12 mai 2016. 624 pages. 22,00€.

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6 juin 2016 1 06 /06 /juin /2016 12:43

Hommage à Frédéric Dard, décédé le 6 juin 2000.

François RIVIERE : Frédéric Dard ou la vie privée de San-Antonio.

Romancier, scénariste de bandes dessinées, critique littéraire, François Rivière est également l’auteur de biographies consacrées à des auteurs éclipsés parfois par leurs personnages.

Ainsi s’est-il penché sur l’œuvre et la vie d’Agatha Christie, d’Enid Blyton et James M. Barrie, le créateur de l’immortel Peter Pan. En mars 1999 il publiait au Fleuve Noir une biographie dédiée à un auteur vivant : Frédéric Dard ou la vie privée de San-Antonio, ouvrage qu’il avait terminé en novembre 1998.

Le 6 juin 2000 disparaissait Frédéric Dard, physiquement, mais son héros, le commissaire préféré de ces dames, vit toujours non seulement sous la plume de Patrice Dard, son fils spirituel et génétique, mais dans les cœurs et les esprits de tous ses nombreux lecteurs et admirateurs.

De la naissance de Frédéric Dard le 29 juin 1921, et même un peu avant, jusqu’à la fin des années 90, François Rivière explore le parcours de cet obsédé textuel qui avant d’être reconnu comme un romancier de talent, aura végété malgré les nombreux encouragements prodigués par ses pairs : Simenon, Max-André Dazergues, Marcel E. Grancher…

L’accouchement de sa mère s’avère difficile et son père craint pour la vie de la parturiente. Il en restera des séquelles, un bras gauche déformé et inerte, que s’emploiera à soigner avec persévérance, abnégation et un amour quasi exclusif, sa grand-mère paternelle Claudia, se substituant aux parents accaparés par leur travail. La carrière de Frédéric Dard débute en 1940 avec la parution de La Peuchère chez Lugdunum, mais cet ouvrage comme les suivants, ne connaîtra qu’un succès d’estime. Véritable bourreau de travail, il enchaine les titres et les pseudonymes, pour la plupart empruntés à l’américanisme ambiant, écrivant dans de petites revues dont les illustrations sont signées Roger Sam, son beau-frère, lequel récidivera beaucoup plus tard pour des romans publiés au Fleuve Noir, mais c’est la galère.

Selon la légende, Armand de Caro, découvrant chez un bouquiniste Réglez-lui son compte édité chez Jacquier en 1949 et signé San Antonio, lui donnera sa véritable première chance et en 1950 débute une carrière qui ira crescendo. Croire que San Antonio a phagocyté son géniteur serait presque une erreur ou une hérésie. Car les premiers romans publiés chez cette maison d’édition qui sera « sa » maison furent bien sous les noms de San Antonio (Laissez tomber la fille) dans la collection Spécial Police et de Frédéric Charles pour un roman d’espionnage en 1950 (Dernière mission), le premier Frédéric Dard ne l’étant qu’en 1951 toujours en Spécial Police avec Du plomb pour ces demoiselles.

Et il faudra bien des années pour que la corrélation entre Frédéric Dard et San Antonio soit effective pour les critiques et les lecteurs. Mais il faut avouer que le style littéraire était complètement différent et pouvait désorienter. Pendant ce temps, Frédéric Dard ne chômait pas car le succès qu’il connaitra par la suite n’était pas encore au rendez-vous. Et toujours en point de mire comme l’eut longtemps Simenon, la reconnaissance du public en tant qu’auteur à part entière et non pas forcément catalogué dans un genre considéré comme mineur.

Ainsi il accumula les romans en parallèle du Fleuve Noir chez d’autres éditeurs dont Jacquier ou La Pensée Moderne (sous le pseudonyme de l’Ange Noir) et les pièces de théâtre, des adaptations tirées de ses propres romans ou de ceux de Simenon, seul ou avec la collaboration de son ami Robert Hossein. Robert Hossein avec lequel il signera également quelques ouvrages dont Le sang est plus épais que l’eau en 1962.

Si la gloire, la notoriété et l’aisance financière sont enfin au rendez-vous, Frédéric Dard subira des accrocs, des coups durs qui laisseront des traces. Une tentative de suicide en 1965 alors que L’histoire de France vue par San Antonio bat des records d’édition ou encore l’enlèvement de sa fille Joséphine en 1983.

François Rivière ne pouvait pas ne pas évoquer ces douloureux moments de la vie privée et familiale de Frédéric Dard. Mais il relate également et surtout le parcours littéraire et établit lorsque le besoin s’en fait sentir afin de mieux plonger son lecteur dans l’époque des débuts, le parallèle entre les romans noirs de Frédéric Dard et ceux de Boris Vian, sa rencontre avec James Hadley Chase dont il a adapté La Chair de l’orchidée en 1955 au théâtre ou encore Jean Bruce, l’auteur phare du Fleuve Noir avec Paul Kenny, un auteur bicéphale, et quelques autres. Le tirage des romans de Frédéric Dard avoisine bientôt ceux du créateur de OSS117, et Josette Bruce, femme et collaboratrice de l’écrivain, le complimentera en ces termes : vous êtes un écrivain, mon mari, lui, n’est qu’un fabricant.

De nombreux ouvrages, de nombreuses études ont été consacrées à Frédéric Dard et à son jumeau San Antonio, mais François Rivière a écrit un livre sensible, parfois émouvant, richement documenté, proche de l’homme et du romancier, peut-être le plus abouti de tous ceux qui ont été publiés. Et il était normal, logique, indispensable même que ce document soit réédité dix ans après la disparition de Frédéric Dard.

Première édition : Fleuve Noir. Parution 10 mars 1999. 320 pages.

Première édition : Fleuve Noir. Parution 10 mars 1999. 320 pages.

François RIVIERE : Frédéric Dard ou la vie privée de San-Antonio. Editions Pocket. Nouvelle édition revue et augmentée. Parution Juin 2010. 376 pages.

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24 mars 2016 4 24 /03 /mars /2016 15:13

Un boulanger roulé dans la farine, du grain à moudre pour les médias.

Laurent MANTESE : Pont-Saint-Esprit. Les cercles de l'enfer.

En ce milieu du mois d'août 1951, Jacques, le narrateur, est de retour dans son village natal après une absence de trois ans, absence due à la poursuite de ses études à Lille.

Il réintègre sa chambre sous les toits, retrouvant avec plaisir les lieux et sa mère qui vit seule depuis le décès de son mari. Rien n'a changé ou presque.

A vingt-quatre ans, Jacques est encore célibataire, mais il a aperçu une ancienne condisciple, Julie, qu'il a connue sur les bancs de l'école et qui s'est muée en adorable jeune fille. Mais l'heure n'est guère au marivaudage car en ce 17 août la vie et la mort vont bousculer les habitudes des Spiripontains.

Des phénomènes étranges envahissent le corps et l'esprit de certains des habitants de la petite cité. Ils ressentent des troubles du comportement, sont atteints d'hallucinations, d'hystérie.

Se rendant dans un café, afin de boire un verre de lait et tenter de voir Julie, il peut constater certaines de ces manifestations sur des clients. L'un d'eux se plaint de dérangements intestinaux, l'autre regarde tout à coup le plafond et se conduit comme s'il venait de découvrir une bête monstrueuse, et son visage devient exsangue. Un gamin dans la rue est plié en deux et grimace affreusement. Ce sont les premiers symptômes qui vont bientôt prendre pour victimes quelques trois cents personnes. Certaines en décèderont dans de terribles souffrances. Et les animaux ne sont pas épargnés.

Le narrateur lui-même ressent certains troubles, mais sa jeunesse alliée au fait qu'il n'est à Pont-Saint-Esprit que depuis peu, font qu'il se remet assez vite, non sans en garder des séquelles. Tout comme la plupart des autres malades atteints de cette épidémie d'origine inconnue. Mais il sera dénombré toutefois environ une dizaine de morts.

Jacques assiste nuitamment de la fenêtre de sa chambre à de mystérieuses allées et venues, des hommes en noir décharnés, qui s'activent dans le cimetière voisin. Il croit les revoir les jours suivants, mais ne sont-ce que des visions provoquées par la maladie ?

Si le boulanger ne fut pas accusé de vive voix, il fut toutefois soupçonné d'être à l'origine de cette étrange épidémie. Tous ceux qui ont été atteints de cette forme d'intoxication s'approvisionnaient chez lui.

Inspiré par une affaire véridique, mais mettant en scène quelques protagonistes fictifs, Laurent Mantese a écrit un roman relevant du fantastique et de l'angoisse dans un contexte historique. Son personnage principal narre cet épisode, soixante ans après son déroulement, mais il se contente de relater ce qu'il a vu, entendu, constaté, ressentit, sans jeter l'opprobre sur qui que ce soit. Et avec le recul, les questions n'ont toujours pas eu de réponses. Un texte fort et émouvant complété par Jean-Pierre Favard dans son article : Pont-Saint-Esprit, autour de l'affaire du pain maudit.

En effet si Laurent Mantese traite ce sujet avec l'âme d'un poète torturé, Jean-Pierre Favard reconstitue cette affaire d'un point de vue historique. De nombreuses supputations ont été lancées, présence de mercure, rappel d'épidémies dans les siècles passés dont la fameuse Grande Peste, mais rien n'est définitif.

Et de temps à autre, Pont-Saint-Esprit est évoqué dans les médias au travers d'articles, recensés en fin de l'ouvrage, s'appuyant sur des recherches et des hypothèses. De nombreuses pistes furent explorées, mais certaines rapidement enterrées. Et comme le précise Jean-Pierre Favard, mais si cette piste fut rapidement abandonnée, c'est peut-être aussi, on peut l'imaginer, parce qu'elle constituait un risque majeur pour des intérêts économiques de tout premier plan.

Et l'on peut se poser moult questions notamment sur les agissements de certains ensemenciers, de laboratoires phytosanitaires et de décisions prises à Bruxelles. Mais chut, c'est top secret, et il y a trop d'argent en jeu pour vouloir remuer la vase.

 

Dans la même collection :

Laurent MANTESE : Pont-Saint-Esprit. Les cercles de l'enfer. Collection LoKhaLe N°2. Editions La Clef d'Argent. Parution 13 octobre 2015. 112 pages. 6,00€.

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13 février 2016 6 13 /02 /février /2016 14:22

Hommage 3 à Georges Simenon, né le 13 février 1903 selon les registres et le 12 février 1903 par superstition maternelle.

Francis LACASSIN : La vraie naissance de Maigret.

Une pipe, un chapeau melon, un pardessus épais à col de velours, un poêle en fonte, quelques verres de bière ou de fine, voilà le décor planté.

Le commissaire Maigret peut faire son apparition, masse puissante et bourrue, privilégiant aux faits eux-mêmes la psychologie des personnages.

On ne l'a pas entendu arriver, pourtant il est là, impressionnant, emplissant la pièce de sa présence. Et lorsqu'il repart sur la pointe des pieds, son aura a si bien imprégné l'endroit où il s'est imposé, que son ectoplasme est toujours palpable. Et depuis 1972, année où il s'est éclipsé en compagnie de Monsieur Charles, il continue à hanter l'étrange lucarne et les rayons des librairies.

Maigret n'est pas un être de chair et de sang, pourtant c'est un ami fidèle, et l'on ne se lasse pas de le rencontrer dans un bar, auprès d'une péniche, à un carrefour, sous la pluie, tenace, obstiné, traquant les truands, mais cherchant aux petites gens des excuses à leur forfait.

Mais ce personnage issu de l'imagination fertile d'un écrivain prolixe, porte en lui sa légende. Sa naissance est nimbée d'un flou artistique ou plutôt d'une contre-vérité à laquelle Simenon, qui l'a forgée et propagée, a fini par croire lui-même.

Francis Lacassin, traqueur impitoyable de la littérature populaire, ne s'est pas contenté d'une explication de génération spontanée. Maigret en effet n'est pas né dans les conditions que Simenon aimait le faire croire, entretenant un mythe qui permit en 1966 l'érection d'une statue représentant le célèbre commissaire à Delfzijl, aux Pays-Bas.

Maigret était déjà né, avait connu quelques aventures, mais c'est effectivement dans ce petit port qu'il s'est émancipé, a atteint sa majorité, et fêté sa maturité avec Pietr le Letton. Et il lui a fallu se battre pour ne pas se laisser supplanté par un arriviste, plus jeune, plus aventureux, du nom de Sancette.

Ce travail de défrichage des romans simenoniens, cette recherche de généalogiste consciencieux, sont consignés dans un ouvrage dont la lecture est aussi passionnante que celle d'un roman policier, comme diraient les critiques qui pourfendent la littérature populaire tout en lui reconnaissant les qualités d'être lisible, intéressante, captivante.

Ce récit, ce document s'inscrit parmi les nombreux autres ouvrages consacrés à la saga simenonienne, à sa vie et à son œuvre, et ils sont nombreux. Mais il reste l'un des ouvrages de référence qui se révèle indispensable à tout amateur, éclaire ou non, à tout passionné avide de mieux connaître ce personnage hors du commun et pourtant si près de nous.

Francis LACASSIN : La vraie naissance de Maigret. Editions du Rocher. Parution septembre 1992. 176 pages.

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12 février 2016 5 12 /02 /février /2016 15:16

Hommage 2 à Georges Simenon, né le 12 février 1903.

Jean-Christophe CAMUS : Simenon avant Simenon. Les années parisiennes. 1923 - 1931.

De son vivant, Simenon a intrigué bon nombre de journalistes, de critiques et de chroniqueurs, et bien évidemment de lecteurs.

Les études et articles consacrés au plus Français des Belges sont donc extrêmement nombreux, avant et après sa mort.

De tous ceux qui sont parus en cette année 1990, les ouvrages de Jean-Christophe Camus comptent parmi les plus intéressants. A plusieurs titres.

D'abord au point de vue recherche et situations du personnage dans une époque qui peut paraître magique et féérique pour certains d'entre-nous. Les années d'après-guerre, des années de décompression, d'insouciance, une impression. Alors que dans d'autres récits, je pense notamment au Simenon de Stanley Eskin paru aux Presses de la Cité, certains faits sont juste évoqués, suggérés, ici ils sont décrits avec humour et émotion, dans un esprit de véracité et d'impartialité.

Le fameux bal anthropométrique par exemple, qui devait fêter la mort de Georges Sim et la naissance de Simenon, le grand coup de publicité réalisé avec l'aide de l'affichiste Paul Colin pour la parution des premiers Maigret, les officiels, chez Fayard. Ou encore cet amour payé de retour avec celle qui fut surnommé la Perle Noire, Joséphine Baker.

Egalement les ancêtres littéraires de Maigret. Maigret qui apparait en coup de vent, dont la silhouette se dessine dans des romans édités chez Tallandier ou qui se cache sous les traits de l'inspecteur Sancette, alias 107,alias G7, alias L53... Les anecdotes foisonnent mais sans sombrer, et je pense là encore au livre de Stanley Eskin, sans sombrer dans une recherche systématique de la vie sexuelle de l'écrivain.

De plus, les reproductions en couleurs d'une quinzaine de couvertures de romans écrits dans les années 1920 par celui qui fut surnommé le romancier-vapeur et les fac-similés d'articles et de dessins parus dans la presse de l'époque, apportent la note d'authenticité à un texte qui se lit comme un roman.

Simenon, bourreau de travail, bourreau de plaisirs, avide de découvertes, nous étonnera toujours. Une imagination débordante, certes, mais alliée à un emploi de situations, de personnages et d'aventures, ou mésaventures, survenues au créateur de Maigret.

Simenon, romancier populaire, aura réussi sa carrière pratiquement comme il l'avait souhaité. Cependant il restera obnubilé toute sa vie par une obsession : faire de la littérature, de la vrai. Avec un souhait qui, lui, ne sera jamais exaucé, recevoir le Prix Nobel de littérature. Mais il possède un lectorat ce qui est primordial lorsqu'on est écrivain.

Simenon, adulé de son vivant, conspué par des pisse-froid en mal de copie, lié d'amitié avec des célébrités telles que Renoir, Marcel Achard, et bien d'autres, ne pourra jamais tomber dans l'oubli.

 

Jean-Christophe CAMUS : Simenon avant Simenon. Les années parisiennes. 1923 - 1931. Editions Hatier. Parution 1990. 260 pages.

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12 février 2016 5 12 /02 /février /2016 14:19

Hommage à Georges Simenon, né le 12 février 1903.

Jean-Christophe CAMUS : Simenon avant Simenon. Les années du journalisme. 1919 - 1922.

Lorsque Georges Simenon entre, en forçant la porte du directeur, au journal La Gazette de Liège, il n'a pas encore seize ans.

Quinze ans et onze mois pour être précis.

Pourtant ce n'est pas cette volonté de travailler, de devenir journaliste qui m'a le plus étonné, surpris, mais c'est bien la maturité, le ton incisif, gouailleur, l'esprit caustique, impertinent, la facilité d'écriture de ce débutant, de cet adolescent, qui imprègnent les chroniques rédigées par Georges Simenon.

Des billets poétiques à la gloire de sa ville natale aux féroces diatribes envers les édiles socialistes, Simenon, alias Georges Sim, alias Monsieur Le Coq, se fait la main, emmagasinant souvenirs, odeurs, recherches sur la nature humaine pour mieux nous les restituer à travers ses romans, mémoires et dictées.

Simenon possède un insatiable appétit de vivre, se montrant boulimique de lectures, de femmes. De seize à dix-neuf ans, par ses écrits parfois virulents dans La Gazette de Liège, mais également dans d'autres publications, il affine son écriture. Il se veut le témoin de son temps et devient le chantre des petites gens que l'on retrouvera tout au long de ses romans, la série des Maigret bien évidemment, mais aussi tous ses romans dits littéraires et surtout noirs.

Jean-Christophe Camus, journaliste lui-même à La Gazette de Liège, met ses pas dans les traces du jeune Sim qui deviendra le grand Simenon, réalisant une monumentale étude de caractère de celui qui excellait dans ce genre.

Un récit passionnant dans lequel on découvre le père de Maigret avec ses joies, ses colères, ses farces, sa jeunesse, son appétit de la vie. Un regard neuf sur un écrivain que l'on croyait connaître.

De très nombreuses illustrations, des reproductions, des fac-similés de journaux complètent cet ouvrage passionnant de bout en bout.

Jean-Christophe CAMUS : Simenon avant Simenon. Les années du journalisme. 1919 - 1922. Editions Hatier. Parution décembre 1989. 222 pages.

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8 février 2016 1 08 /02 /février /2016 14:32

Hommage à Jules Verne né le 8 février 1828.

Lionel DUPUY : En relisant Jules Verne.

Voyage au centre de la Terre, Le tour du monde en 80 jours, Le château des Carpathes, Vingt milles lieues sous les mers, L’île mystérieuse, tout le monde a entendu parler de ces célèbres romans de Jules Verne, à défaut de les avoir lu.

Chacun en garde un souvenir impérissable tant les mondes décrits par Jules Verne entraînaient le lecteur dans des aventures fabuleuses. Peut-être moins aujourd’hui que les inventions décrites par ce visionnaire sont devenues réalité voire dépassées.

Lionel Dupuy nous propose une relecture de ces cinq romans, en relevant des aspects parallèles, des similitudes, des procédés littéraires qui méritent d’être mis en évidence. Ainsi les volcans sont quasi présents dans l’espace géographique mis en scène par Jules Verne même si à priori ceux-ci ne sont pas visibles.

Pourtant si dans Voyage au centre de la Terre, le volcan est bel et bien présent car la remontée des explorateurs s’effectue par le Stromboli, dans Le château des Carpathes, le col où se situe l’édifice en question se nomme Vulkan. L’île en général aussi joue une importance toujours présente dans l’esprit de l’auteur, mais ce ne sont que deux points pris au hasard.

L’espace et le temps sont des facteurs primordiaux dans la construction de l’œuvre, pas forcément mis en évidence. D’ailleurs à ces romans on pourrait ajouter Michel Strogoff puisque l’envoyé du tsar doit traverser la Russie jusqu’à l’autre bout du continent asiatique et afin de réussir sa mission lutter contre le temps. On pourrait également dire que Jules Verne pratiquait l’écologie avant l’heure.

Les ouvrages sur Jules Verne sont légion en ce moment mais l’étude de Lionel Dupuy s’avère intéressante dans le sens où les romans de Jules Verne incitent aussi à la réflexion, démarche pas toujours entreprise lorsque nous dévorions ces romans lors de notre préadolescence.

 

Lionel DUPUY : En relisant Jules Verne. Un autre regard sur les Voyages Extraordinaires. Editions La Clef d’argent. Parution février 2005. 176 pages. 12€.

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Published by Oncle Paul - dans Hommage Documents
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