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16 février 2015 1 16 /02 /février /2015 13:07

La philosophie est la nourriture de l'esprit !

Alimentaire, mon cher Voltaire !

Frédéric LENORMAND : Elémentaire, mon cher Voltaire.

En l'an de grâce 1734, Voltaire ne pense pas encore à Mirabeau, mais il commençait à en avoir marre des mirabelles.

Il est exilé à Cirey, en Lorraine, dans un vieux château médiéval appartenant à son amie Madame Du Châtelet, Emilie pour les intimes. Et elle en a beaucoup. Voltaire en a ras l'estomac de manger des mirabelles à longueur de repas, et de plus il s'ennuie loin de la capitale. Une simple missive, émanant du comte d'Argental, lui donne l'occasion de fuir Cirey et de rejoindre sa belle, sa chambre et son ami-valet-secrétaire, l'abbé Linant.

La dame que vous savez est aujourd'hui est en grand péril
de tomber dans les bras de certain savant de votre connaissance.

Il n'en faut pas plus pour que la jalousie perfore le cœur du philosophe et immédiatement il prépare ses affaires, au grand désarroi de la maîtresse-queux qui lui mijote avec amour lapins et sangliers qu'il ne peut plus voir en peinture. Malgré l'interdiction qui lui a été signifiée, suite à la publication des Lettres Philosophiques, il regagne la capitale où il n'est attendu par personne ce qui le rend fort marri. Ses logeurs ont loué sa chambre, déménageant et ses affaires, et il retrouve l'abbé Linant en piteux état dans le grenier. Il est vrai que Voltaire a moins de mal à coucher ses idées sur le papier qu'à gérer sa bourse.

Effectivement la belle Emilie du Châtelet est fort embarrassée. Non point parce qu'elle recherche activement la présence de Maupertuis, académicien et physicien, sur lequel elle a jeté son dévolu, mais parce qu'elle a un cadavre dans le placard. Et ce n'est pas une figure de style. Elle a envoyé son personnel effectuer quelques emplettes, avec ordre de ne pas revenir avant deux heures, afin d'être tranquille en compagnie de Maupertuis. Ils s'adonnent à des expériences et ayant besoin d'ustensiles se rendent dans la cuisine. Ils découvrent dans un réduit, debout au milieu des jambons et d'objets de cuisine, le cadavre de Margoton. Et ils ne savent que faire de ce corps encombrant. Si Voltaire était là, il nous dirait quoi faire avoue Emilie. Seulement elle ne sait pas, encore, que son ami est aux prises avec son logeur et qu'il lui faut trouver un autre point de chute.

Une indiscrétion de la part d'un membre de son petit personnel, peuvent pas se taire ceux-là !, et bientôt toute la rue est au courant et la rumeur enfle jusqu'au Châtelet où le lieutenant général de la police, René Hérault, est immédiatement averti. Et comme ses mouches ont prévenu ses gens d'arme, Voltaire et Emilie se retrouvent ensembles dans la vieille bâtisse. Si Hérault n'apprécie pas Voltaire, Emilie ne lui est pas indifférente, et il charge son plus cher ennemi d'aider sa plus chère amie.

Et c'est ainsi que Voltaire, ou plutôt Tairvol ainsi qu'il se présente dans les différents endroits où il se rend, un pseudo comme un autre, prend l'affaire à bout de bras, tout en essayant de détourner Emilie de ceux de Maupertuis.

Margoton a été assassinée malencontreusement, car apparemment ce n'était pas elle qui était visée. Et il apparait que les jouets, dont une maison de poupée, qui encombrent la pièce destinée aux enfants, n'ont pas été livrés au bon destinataire. Alors, tout en se cachant des hommes de Hérault qui le suivent à la trace comme de bons chiens qu'ils sont, il va se rendre chez une modiste, un fabricant de jouets du nom de Gépétaud (tiens cela me dit quelque chose ce nom, mais j'ai du nez, je trouverai !) ou encore chez un fabricant d'automates.

 

Pauvre Voltaire qui à cause d'écrits jugés tendancieux est contraint de se cacher, de s'exiler et de voir sa belle amie tomber dans les bras d'un concurrent et dans le même temps chargé par un haut représentant de la police d'enquêter tout en étant pourchassé. C'est vraiment à n'y rien comprendre, d'autant qu'il doit enquêter dans des lieux de perdition chez les couturières, les modistes, les fabricants de jouets, et même se déguiser en femme pour passer inaperçu, ou encore se réfugier sous un pont dans la boue. Pourtant il est reconnu de tous ou presque, sauf d'une vieille connaissance à la vue basse et un air, pas plus bête qu'un autre, puisqu'il s'agit de madame du Deffant, également épistolière. Il imagine stratagèmes sur ruses et matoiseries. Mais le chemin de Voltaire sera encombré de cadavres qu'il sèmera malgré lui sur son chemin tel un Petit Poucet. Et à voir Voltaire se démener, se montrer grognon, sautiller, l'image de Louis de Funès s'est imposée à moi.

 

Ah, si à l'école, on nous avait appris la philosophie avec l'humour de Voltaire, involontaire parfois mais corrosif souvent, et bien aidé par son biographe, nul doute que ce cela nous eut plus captivé.

Par exemple disserter sur cette affirmation voltairienne : Cher monsieur, les femmes ne mentent pas, elles voient la réalité différemment !

Un voyage dans l'histoire qui ne nous prend pas pour des pantins ou des poupées de chiffons, peut-être pour de grands gosses qui aiment les contes vivants, enlevés, enjoués, troussés, humoristiques, avec une belle intrigue à la clé (pour remonter les boîtes à musique pare exemple) et, je n'oserai pas aller jusqu'à déclarer pédagogique mais au moins instructive.

Frédéric LENORMAND : Elémentaire, mon cher Voltaire. Série Voltaire mène l'enquête. Editions Jean Claude Lattès. Parution 4 février 2015. 318 pages.

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16 février 2015 1 16 /02 /février /2015 09:23
Robert SHECKLEY : Chauds, les secrets !

Ne vous brûlez pas les mains surtout....

Robert SHECKLEY : Chauds, les secrets !

Marin et trafiquant de drogue, Carlos assiste à une scène qu'il juge pour le moins bizarre et incongrue.

Des infirmiers, genre gardes du corps, enfournent dans une ambulance un malade qui lance muettement un S.O.S. à Carlos. Le trafiquant s'empare d'un porte-documents tenu par l'un des infirmiers. Grande est sa déception lorsqu'il procède à l'ouverture de l'objet volé. Celui-ci ne contient ni argent, ni bijoux, mais des documents top-secret.

Stephen Dain, agent américain accrédité par la CIA assiste à l'interrogatoire de Susan Bellowes, témoin des faits. Pendant ce temps Czettner et Bardief, les agents russes dépossédés du butin qu'ils avaient eux-mêmes subtilisés aux Américains, se lancent à la poursuite de Carlos.

Le trafiquant espère monnayer les documents en s'adressant à son contact habituel de la drogue. Mais celui-ci est à la solde des Soviétiques et le dénonce. Ce qui ne lui portera pas bonheur.

Grâce aux indications de Susan Bellowes, Stephen Dain remonte la piste Carlos en compagnie de la jeune femme. S'ensuit un chassé-croisé entre l'agent américain et Susan qui se pique au jeu d'une part, et les agents soviétiques d'autre part. Carlos entraînera ce petit groupe de Londres à la frontière austro-tchécoslovaque en passant par Amsterdam, Paris et Vienne. Tout ce petit monde se retrouvera dans un champ de manœuvres militaires.

 

Narrée avec humour, cette histoire est une parodie de roman d'espionnage avec un final complètement farfelu et loufoque digne d'un dessin animé.

Dain et Susan Bellowes, au volant d'une petite Triumph décapotable s'attaquent à Czettner et Bardief qui conduisent un char Sherman rescapé de la Seconde Guerre Mondiale. Tel le taon aiguillonnant le taureau, le petite Triumph virevolte autour du char dans lequel Czettner s'escrime avec un canon de 75.

Malgré quelques longueurs, ce roman se lit avec plaisir mais nous sommes loin de la rigueur des maîtres du roman d'espionnage. Et l'on ne manquera pas de mettre en parallèle ce titre avec celui du roman de Ian Fleming Chaud les glaçons (Série Noire N°402, novembre 1957) réédité sous celui plus fidèle de Les Diamants sont éternels en 1973, titre éponyme également du film .

 

Curiosité :

Robert Sheckley est plus connu pour ses romans de science-fiction, dans lesquels il s'amuse à brocarder par l'absurde et la dérision le mode de vie des Américains et les clichés de la littérature d'anticipation ou, comme dans ce roman, ceux de l'espionnage. Il a été surnommé le Voltaire de la S.F.

 

Citation :

Les diplomates, quel que soit leur grade, doivent apprendre à vivre sous les feux souvent désagréables des projecteurs que braquent les braves gens dont ils dirigent la destinée.

 

Robert SHECKLEY : Chauds, les secrets ! (Dead Run - 1961. Traduction de Jean Debruz). Série Noire N°739. Parution octobre 1962. 192 pages.

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15 février 2015 7 15 /02 /février /2015 14:01

Je suis tombé par terre, c’est la faute à Voltaire…

Frédéric LENORMAND : Le Diable s’habille en Voltaire.

Franchement, retrouver un cadavre dans une église est pour le moins déplacé, surtout lorsque l’assassinat a eu lieu sur place, accompagné par le tintamarre des touches de l’orgue malmené. Le père Pollet, vicaire de Saint-Nicolas du Chardonnet en a été perturbé durant sa prière. Et sa perruche aussi, mais ce n’est pas elle qui est au cœur de l’histoire, même si son appui favori est l’épaule du prêtre. Le père Lestard, le maitre de scolastique, a été assassiné, pour preuve l’échancrure sanglante dans le dos de sa soutane. Une odeur de soufre plane dans l’édifice et les dictionnaires et traités anciens, jetés au sol, portent des empreintes de chèvre. Nul doute, le Diable est passé par là commettant son forfait. Pourquoi, la question est pour le moment sans réponse.

En ce temps-là, comme il est écrit dans la Bible, mais nous sommes en 1733, François-Marie Arouet dit Voltaire a décidé de se faire monter un bain. C’est un événement ! Après des préparatifs longs et laborieux, Voltaire peut enfin se glisser dans son bac d’eau chaude. Seulement l’eau lui semble grise et il en fait la remarque au porteur de bain. Celui-ci se défend, elle n’a servi qu’une fois, selon lui, et encore à une duchesse. Dans ce cas ! Assis dans le baquet, en chemise et bonnet, il s’adonne aux joies du pataugeage, comme un gamin, lorsque lors d’une chasse sous-marine, il ramène un doigt de pied. Emilie le Tonnelier de Breteuil, marquise du Châtelet, qui vient lui rendre visite inopinément, lui apprend que l’organe appartenait à une femme, puisque l’ongle est recouvert d’un vernis et que la dame auquel appartenait l’orteil n’était ou n’est plus de toute fraîcheur. Mais Voltaire a aussi des projets en tête. Par exemple montrer sa nouvelle tragédie Adelaïde du Guesclin aux Comédiens-Français et leur demander, leur imposer même de jouer sa pièce. Selon Emilie il lui faut un nouveau domestique pour suppléer Linant, abbé, secrétaire, homme de ménage et homme à tout faire qui est en voyage dans sa famille.

Emilie emmène son ami embaucher un valet susceptible de convenir aux besoins du philosophe. Alors qu’ils traversent le parvis devant l’Hôtel-Dieu, ils manquent d’être renversés par un carrosse mené par deux chevaux. Ils trouvent toutefois le candidat idéal, un nommé Lefèvre, au passé de poète pauvre, ce qui n’est guère étonnant.

Il faut habiller Lefèvre afin qu’il puisse tenir avec prestance sa condition de valet, et après s’être rendu chez un fripier, il est enlevé, cagoulé et transporté en un lieu qu’il reconnait au son de cloche. Le ravisseur n’est autre que le père Pollet qui requiert les services de Voltaire. Si l’homme d’église n’est point habitué à frayer avec le diable, Voltaire lui pourra éventuellement résoudre l’énigme du meurtre de son maitre de scolastique. Des hommes du lieutenant général de la Police René Hérault frappent à la porte de l’édifice, prévenus on ne sait comment. Vite il faut cacher le cadavre, remettre tout en place, afin que les serviteurs de l’état ne trouvent rien de louche. Et Voltaire dans tout ça ? Il part par une sortie dérobée. Car comme le déclare le père Pollet : Nos pieuses communautés ont toujours deux entrées. Comme les maisons closes pense in-petto Voltaire.

En compagnie d’Emilie, Voltaire enquête auprès de l’Hôtel-Dieu, car le quartier est affolé par les cavalcades du carrosse funèbre, comme si c’était un véhicule loué par le diable. Une nouvelle surprise les attend. La servante d’une dame qui vient de décéder a aperçu avec stupéfaction sa patronne traverser l’Hôtel-Dieu, sur ses deux jambes, telle une personne valide. Plus bizarre, cette femme portait les vêtements avec lesquels elle avait été inhumée. Encore plus bizarre, cette personne qui avait pour profession jupière, était administrée par le père Lestard, le défunt. Comme il n’est jamais Lestard pour bien faire (désolé), Voltaire et Emilie décident de se rendre nuitamment en cet endroit réservé pour le repos des âmes, où ils font une curieuse rencontre. Un chevalier qui dit se nommer Krakenberg se dresse sur leur chemin, et lorsqu’ils veulent le faire arrêter pas les soldats du guet, celui-ci leur montre un sauf-conduit salvateur.

 

On retiendra de ce roman quelques scènes qui ne sont pas piquées des vers. Celle de la visite nocturne du cimetière, refuge de ces charmants lombrics, et qui plonge le lecteur dans les prémisses d’un roman d’épouvante. Mais aussi celle qui se déroule à la Comédie-Française où doit se jouer la nouvelle pièce de théâtre de Voltaire, en vers (et apparemment contre tous), lequel devient metteur en scène montrant aux comédiens comment il faut jouer, c’est-à dire selon ses souhaits, et non selon les habitudes héritées du temps de Corneille. Mais d’autres moments épiques sont proposés au lecteur. Par exemple lorsque le philosophe et sa compagne se rendent dans un cercle de jeux clandestin accueillant le gratin de la gent parisienne. L’intrusion de la maréchaussée alerte immédiatement les employés et les joueurs, et l’immeuble prend aussitôt l’aspect d’un club honnête fréquenté par la noblesse et autres personnalités. Emilie et Voltaire n’ont d’autre ressource que de s’enfuir par une porte dérobée et déambuler dans les souterrains des anciennes carrières de la capitale.

On apprend également que les os à moelle peuvent servir de moyen de transport idéal pour transmettre des messages, que Voltaire était adepte des lentilles, les légumineuses cela va de soi, et que son acrimonie envers les Jansénistes ne connait pas de repos.

Frédéric Lenormand s’est immergé dans ce qui a été surnommé le Siècle des Lumières avec bonheur, délectation même, et il nous livre un roman historique vivant, et une intrigue assez tarabiscotée pour entretenir l’intérêt du lecteur. Les déductions d’Emilie le Tonnelier nous ramènent à celles de Zadig dans le conte Le Chien et le cheval, lorsqu’il décrit l’allure des deux animaux d’après les quelques traces relevées à terre, déductions reprises par la suite par Conan Doyle pour ses aventures de Sherlock Holmes. L’auteur nous livre quelques digressions fort bien venues qui, au lieu d’alourdir le texte, l’allègent et lui permettent d’étoffer le personnage de Voltaire tout en décrivant une époque charnière située entre la fin du règne de Louis XIV et les prémices de la Révolution, alors que Diderot, D’Alembert, Rousseau, et Voltaire renouvelaient la littérature.

Voltaire se plaint parfois de ne pas être compris par ses contemporains. La belle Emilie le réconforte en lui déclarant : Tout écrivain doit se faire détester par une poignée d’imbéciles, sans quoi il manquerait quelque chose à sa réussite. Etonnant, non ?

 

Frédéric LENORMAND : Le Diable s’habille en Voltaire. Série Voltaire mène l’enquête. (Première édition Jean-Claude Lattès. 2013). Réédition Le Masque Poche N°39. Parution 12 février 2014. 340 pages. 6,60€.

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15 février 2015 7 15 /02 /février /2015 09:41
Henry KANE : Amis à Miami

Avoir un bon copain...

Henry KANE : Amis à Miami

Célibataire, timide et réservé, Oscar Blinney passe quelques jours de congés à Miami. Beau gosse il n'a pas à se tracasser pour sa vie sexuelle, les bonnes fortunes ne lui manquant pas.

Il pense trouver l'âme sœur en Evangeline Ashley, hôtesse dans un salon de thé. Belle, jeune et plantureuse, Evangeline possède un lourd passé d'expériences sexuelles. Plus souvent dans le lit des réalisateurs que vedette dans les quelques films qu'elle a tournés, elle se trouve à Miami sur une voie de garage. Amante de Bill Grant, un petit malfrat, elle est aussi la maîtresse de Senor qui dirige une boîte de nuit contrôlée par le pontife local de la Maffia, Mike Columbo, le beau-père de Senor. Mais la liaison entre Senor et Evangeline ne plait pas à Mike, l'honneur de sa fille étant bafoué.

Bill Grant tue Petit-Dé, frère de Senor, et se réfugie au Mexique, attendant des jours meilleurs. Quant à Evangeline, elle se débarrasse de Senor à l'aide d'un tesson de bouteille. Elle est innocentée grâce à une judicieuse mise en scène, simulacre d'une tentative de viol. Indésirable en Floride, elle tombe dans les bras d'Oscar qui la ramène chez lui à Mount Vernon dans ses bagages.

Le mariage révèle une autre facette de la personnalité d'Evangeline. La douce, pure et réservée jeune fille qu'avait approchée Oscar à Miami se transforme en alcoolique dépravée à Mount Vernon. Et celui-ci a eu le tort de lui confier qu'à la banque, tous les jeudis, il préparait l'argent de la paie de quelques sociétés, pour un montant de 250 000$.

Les frasques de sa femme indisposent de plus en plus Oscar qui noue des relations de plus en plus intimes avec Adrienne Moore, une artiste-peintre qu'il a connue lors d'une soirée à Miami, alors qu'elle était accompagnée d'un collègue d'Oscar. Evangeline fait croire à son mari qu'elle est enceinte et il est obligé de prélever sur sa cagnotte afin qu'elle puisse avorter au Mexique. Ce n'était qu'un prétexte et Evangeline revient au bercail accompagnée de Bill Grant son ex-amant avec qui elle renoue.

Grant se propose de dévaliser la banque le jour où Oscar manipule les billets. Il met dans la confidence l'employé lui mettant en main le marché : Oscar se laisse dévaliser et Grant le débarrasse d'Evangeline avant de changer d'identité et de s'enfuir en Angleterre.

 

Amis à ami se décompose en deux parties. La première se déroule à Miami et conte la découverte de l'amour sentimental par Oscar, lui qui jusqu'à présent se contentait de relations physiques, quoi qu'étant tout le contraire d'un play-boy. La seconde partie met ce jeune homme en face d'une cruelle désillusion sur les joies du mariage, révélant la duplicité de sa jeune épouse. Il ne fait que profiter d'une situation imaginée par Grant, le retournant en se faveur.

Sans être nommé, Hitchcock fait ce que l'on pourrait appeler de la figuration intelligente aux côtés d'Evangeline : Elle se trouva par un matin de plomb et de gueule de bois dans le gigantesque lit drapé de soie d'un metteur en scène gigantesque, obèse, célèbre et maître du suspense.

 

Curiosité :

Oscar travaille comme caissier à la First National Mercantile Bank, ce qui fait rêver lorsque l'on se réfère à la définition moderne (fin du 18e siècle) du mot français mercantile.

 

Citation :

Même le dernier des lâches a besoin de se défendre un jour ou l'autre.

 

Henry KANE : Amis à Miami (My darlin' Evangeline - 1961. Traduction de Marie-France Watkins). Série Noire N°729. Parution aout 1962. 256 pages.

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14 février 2015 6 14 /02 /février /2015 10:56
Dick FRANCIS : A la cravache !.

Hommage à Dick Francis, décédé le 14 février 2010

Dick FRANCIS : A la cravache !.

A la suite d'un accident, Sid Halley a perdu l'usage de sa main gauche, remplacée par une prothèse.

Le métier de jockey étant fini pour lui, il s'est reconverti comme détective privé, tout en évoluant dans son milieu de prédilection, les champs de course. Rosemary Caspar lui demande d'enquêter sur une louche épidémie qui s'abat sur les meilleurs deux-ans qu'entraine son mari. Trois chevaux dont l'avenir semblait prometteur sont devenus de véritables tocards atteints d'un souffle au cœur, et elle ne veut pas que le champion en devenir qu'est Tri-Nitro contracte cette "maladie". Ses proches pensent que Rosemary affabule.

Lord Friarly, actionnaire dans un syndicat de propriétaire de chevaux est persuadé qu'au sein de ce syndicat quelqu'un manipule la façon dont doivent courir les animaux. Wainwright, directeur de la sécurité du Jockey Club, pense que Keith, son adjoint, ex-policier, serait coupable de corruption. Comme si cela ne suffisait pas, Charles, ex beau-père de Sid, lui demande de sortir Jenny du bourbier dans lequel elle est plongée à cause d'un escroc.

Sid s'attelle à ces différentes enquêtes avec son ami Chico. Il rencontre Caspar sur les champs de course en compagnie d'un bookmaker nommé Deansgate. Sid se méfie de l'homme et il a raison car Deansgate, assisté de deux sbires, l'enlève et lui fait promettre de s'éloigner quelques jours, le temps que Tri-Nitro participe à la course dans laquelle il est engagé, sinon la main valide de Sid sera réduite en bouillie. Sid accepte la mort dans l'âme , se rend en France et lorsqu'il revient, Rosemary furieuse lui apprend que le cheval est arrivé bon dernier.

Il enquête sur l'amant escroc de Jenny et retrouve sa trace grâce à deux indices : Louise, colocataire et amie de Jenny, détient un livre appartenant à John Viking qui s'avère être le cousin de l'indélicat. Puis en épluchant les lettres circulaires à l'en-tête d'une fausse œuvre caritative envoyées à des abonnés d'une revue d'antiquités, Sid apprend sa nouvelle adresse. Simultanément Sid s'intéresse aux autres affaires qui lui sont confiées.

Wainwright lui fournit le nom du promoteur des syndicats de propriétaire, un maquignon nommé Rammileese. Sid, accompagné de Chico, décide de lui rendre visite mais ils ne trouvent sur place que la femme du promoteur, assommée par une chute de cheval et son fils Mark. Les trois chevaux, entrainés à l'origine par Caspar et vivant désormais chez leurs propriétaires décèdent d'une déficience cardiaque et une autopsie démontre qu'au moins l'un d'eux est décédé d'une maladie rare qui généralement n'affecte pas les chevaux. D'après le vétérinaire on leur a inoculé le vaccin de l'érysipèle porcin.

 

Dans ce roman Dick Francis oblige son héros à mener quatre enquêtes simultanément, ce qui en soi est déjà un tour de force, mais pour corser la difficulté, ces enquêtes ne se rejoignent pas pour aboutir à une seule conclusion comme cela arrive parfois. Quelques scènes hautes en couleur, telle le voyage en ballon, et les précisions concernant les maladies équines, le maniement d'une prothèse électrique, apportent à ce roman le petit plus qui fait défaut à certains romans. Sid Halley, s'il est courageux, ne se montre pas téméraire. C'est un homme avec ses qualités, ses défauts, ses faiblesses, et l'on se sent plus proche de lui qu'auprès de détectives impersonnels, froids et méthodiques.

 

Curiosité :

Si quasiment tous les romans de Dick Francis ont pour thèmes le cheval et le monde des courses hippiques, ce n'est pas par hasard. Après avoir été pilote de chasse et de bombardier durant la guerre, il fut jockey, tout comme son père, de steeple-chase, portant pendant quatre ans les couleurs de la Reine. Et tout comme son héros, il abandonne le métier à la suite d'une chute, se tourne ver les chroniques hippiques et naturellement devient écrivain.

 

Citation :

Il connait le nom et le pedigree de chacun des quelques cent vingt chevaux de son écurie, et il est capable de les identifier à cent pas sous une averse, ce qui est pratiquement impossible. Quant aux quarante lads qui travaillent pour lui, ils les appelle tous Tommy parce qu'il est incapable de les reconnaître les uns des autres.

 

Dick FRANCIS : A la cravache !. (Whip hand - 1979. Traduit de l'anglais par Jacques Hall). Série Noire N°1778. Parution juin 1980. 288 pages.

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13 février 2015 5 13 /02 /février /2015 14:34
Philippe CONIL : Le treizième môme.

Hommage à Philippe Conil né le 13 février 1955

Philippe CONIL : Le treizième môme.

1985 fut incontestablement l'année de la Série Noire. Quarante ans d'existence, parution du numéro 2000 (La Bête et la Belle de Thierry Jonquet), nombreux films adaptés des romans de cette collection sans oublier les téléfilms mensuels portant son nom.

La Série Noire qui progresse, qui retrouve un second souffle, une nouvelle jeunesse, un regain d'intérêt après avoir subi un léger passage à vide. Cette jeunesse, ce second souffle se trouvent confirmés par l'intrusion en force de jeunes auteurs Français, assez dissemblables dans la forme mais qui se rejoignent dans le fond : Esprit Série Noire toujours présent.

La noirceur de la vie, la grisaille des villes, les perdants, les désespérés, les angoissés, les révoltés, les drogués illuminés ou non, de toute cette boue, cette sanie, de ce remugle; ils sont devenus les chantres, les déballeurs de sacs poubelles plastique. Ils éventrent allègrement ces poches, laissant couler au grand jour, sur la place publique, ces étranges coulées noirâtres auxquelles on voudrait pouvoir tourner le dos : regarder la vie ne face n'est pas toujours facile.

Et ce qui rejoint ces auteurs, les relie, les met en parallèle, c'est leur "travail" d'écrivain au style différent mais non prolifique. Leur sujet est travaillé, fouillé, malaxé, trituré, et parfois la débauche d'horreur est telle que l'on peut sentir un frisson s'emparer de tout son être, sentir ses boyaux se contracter, son estomac se révulser.

 

Sueur froide sur front moite.

 

Au sommet de ce paroxysme, sans aucune contestation possible, je mettrais le roman de Philippe Conil Le treizième môme.

Dans une banlieue nord de Paris, la cité du Sérail. Des immigrés, beaucoup, de toutes nationalités. Des enfants, perdus, se raccrochant à eux-mêmes, en bande, ne trouvant une certaine motivation à la vie qu'au contact de Mobylettes et de la drogue. Des mômes de douze à quinze ans. A quelques centaines de mètres de la cité du Sérail, une maison abandonnée. Leur lieu de refuge, leur havre de paix, leur paradis. Un jour cette maison abandonnée est investie par une jeune femme qui se réclame d'Adrian, leur seul copain adulte, désormais en prison pour avoir tué un cafetier. Surveillant tout ce petit monde, un flic en butte aux tracasseries de ses collègues, tous des véreux. Il se met en relation avec Cat, la jeune femme, et lui propose un marché. Machination habilement décrite, soigneusement montée, pas toujours comprise de ces participants au cerveau embrumé.

 

Livre du désespoir, aux rapports ambigus, psychologiquement complexe, aux relations épidermiques inassouvies, c'est le roman le plus dur qu'avait écrit à ce jour Philippe Conil. Ce quatrième roman démontrait une maturité qui se dégageait déjà l'année précédente dans La queue du lézard (Série Noire 1972).

 

Philippe Conil, grand jeune homme dégingandé, à l'aspect frêle et fragile, au regard timide, presqu'apeuré, s'éclatait dans l'écriture, dans les situations, dans la présentation des personnages. Il devient fort, percutant, agressif; seule la tendresse, surtout envers les enfants et malgré eux, surnage, bouillonne, explose au long du récit. Un adulte qui regarde, examine, dissèque, avec des yeux d'enfant des enfants adultes avant l'âge.

 

Philippe Conil, peu prolifique, quatre romans à la Série Noire et une adaptation de Navarro pour Les Presses de la Cité, avait de qui tenir. Il était le fils de Jean-Emmanuel Conil, plus connu sous son pseudonyme littéraire d'Alain Page. Il avait effectué de nombreux petits boulots, l'écriture n'étant qu'un dérivatif et il s'est éteint le 23 novembre 2013.

Philippe CONIL : Le treizième môme. Série Noire N° 2017. Parution août 1985. 256 pages. 5,55€ (disponible).

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13 février 2015 5 13 /02 /février /2015 09:18

Un roman épicé !

Frédéric LENORMAND : Crimes et condiments.

Le seul inconvénient, mais il est de taille, quand on est comme René de Launay, gouverneur de la Bastille, s'est de se trouver enfermé comme les pensionnaires de haut lignage qu'il reçoit à sa table le soir pour souper. Il se sent autant prisonnier que ceux dont il a la charge, mais comme ceux-ci le lui font remarquer, c'est volontairement qu'il est à l'abri des murs de la forteresse royale. De plus il est importuné pendant son repas par quelques représentants du guet et le procureur Duval qui veulent rendre une visite inopinée au pensionnaire de la chambre 12. Un individu dont il ne connait ni le nom, ni le visage, et qui va être libéré pour perpétré un forfait. Et monsieur de Launay a peur pour la vie de Voltaire, un client qu'il aimerait bien accueillir, surtout que quelques volumes de traités philosophiques viennent d'être saisis, la censure passant par là.

Monsieur Voltaire est loin de se douter de ce qu'il se trame, occupé qu'il est à traficoter des épices, de la laine et autres produits en provenance notamment du Pérou. Après transformation, cette laine de vigogne ou cette paille repartent sous forme de chapeau en échange d'or. Et surtout il est obnubilé par son envie d'être élu à l'Académie Française, mais s'il participe à ce jeu des chaises musicales, il est toujours perdant. Il est vrai que ses Lettres philosophiques ne plaident pas en sa faveur. D'ailleurs ce volume imprimé à Rouen, ainsi qu'en Angleterre, n'est pas encore distribué.

Lors d'un repas chez madame de Lixen, accompagné de son amie et maîtresse Emilie, marquise du Châtelet, Voltaire se montre à son avantage en résolvant le mystère de la disparition des boucles d'oreilles de son hôtesse. Il échappe à un attentat dont je ne vous en dirais pas plus mais sachez toutefois que cet épisode du pigeonnier n'est pas sans rappeler un épisode des aventures de Tintin, titre sur lequel je ne m'étendrai pas davantage afin de ne pas déflorer l'intrigue et vous en laisser goûter toute la saveur. A tout le moins je peux vous dévoiler quelque plat du menu qui est servi dont des tétines de chevreuil, blanchies à l'eau, coupées en rondelles, frites au citron, cuites en ragoût, hachées, mises en omelette, façon rognons. Bon appétit !

Il fait également la connaissance de mademoiselle de Guise, qui à vingt-deux ans n'est toujours pas mariée. Ses parents aimeraient la garder près d'elle mais en même temps lui trouver un beau parti. C'est ainsi que Voltaire va s'improviser entremetteur, et arranger une rencontre entre la jeune fille et Armand Vignerot du Plessis, duc de Richelieu, qui ne possède pas l'aura de son lointain aïeul le cardinal premier ministre et mentor de Louis XIII. Car de ce mariage dépendent les intérêts de notre philosophe qui outre les arts littéraires ne dédaigne point les arts de la table ainsi que son confort financier.

Voltaire va embaucher un mendiant, qu'il trouve sympathique malgré ses airs de truand, comme garde du corps. De même il fait enlever un cuistot sortant par la porte arrière de chez ses employeurs afin de le prendre à son service. Et c'est ainsi qu'à Chantilly la recette de la fameuse crème sera conçue, dessert qui sera loué par la suite. Mais les dangers cernent le philosophe qui ne se laissera pas tenter par des tartes au cyanure et autres ragoûts malveillants. Il échappera même, grâce à la Providence, à un lancer de couteau, puis assistera en Bourgogne au mariage de Mademoiselle de Guise avec Armand qui, s'il n'a pas de papa, n'a pas de maman, possède de nombreuses maîtresses, une mauvaise habitude dont il lui faudra se séparer, tout au moins un certain temps pour respecter les convenances.

 

Un titre en parfaite adéquation pour ce roman qui marie plaisirs du palais et l'art d'occire son prochain avec élégance, ou presque. On suit les tribulations de François-Marie Arouet avec au coin des lèvres ce petit sourire de contentement, lié à l'humour qui se dégage de ces pages et ce foisonnement d'aventures dans la reconstitution d'une époque où la censure n'admettait pas les dérapages philosophiques. Mais Voltaire n'est pas tendre non plus envers ses confrères, se montrant parfois acerbe, mais d'une humeur facétieuse.

Parmi les personnages qui gravitent autour de Voltaire, je n'aurai garde d'oublier l'abbé Linant, gastronome mais pas en culotte courte puisque c'est un homme de robe, gourmet et gourmand, goinfre même, qui avale plus qu'il déguste les plats qui se présentent à lui, et n'est jamais rassasié.

Déjà à cette époque s'opposaient cuisine traditionnelle et cuisine nouvelle. Les maîtres-queux n'hésitaient pas à mettre leur imagination au service de la créativité culinaire en confectionnant des recettes innovantes.

Un roman à dévorer sans craindre l'indigestion liée aux nourritures terrestres parfois lourdes à assimiler et qui fait la part belle aux nourritures spirituelles, spirituelles étant à prendre dans les deux sens. A déguster comme un chaud-froid sucré-salé.

 

Frédéric LENORMAND : Crimes et condiments. Série Voltaire mène l'enquête. (Première édition Jean-Claude Lattès. 3 février 2014) Réédition Le Masque Poche N°55. Parution 4 février 2015. 350 pages. 7,50€.

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12 février 2015 4 12 /02 /février /2015 17:30

Clochemerle revisité par Marcel Pagnol et Didier Daeninckx !

Martine NOUGUÉ : Les Belges reconnaissants.

On a gagné ! on a gagné ! Nous ne sommes pas à la fin d'une match lorsque les supporters fêtent dignement avec quelques bières la victoire de leur équipe mais dans la petite ville de Castellac à la proclamation des résultats de l'élection municipale. Un résultat connu d'avance, mais la loi, c'est la loi, et il faut sacrifier aux obligations électorales afin de montrer son civisme à tous.

Depuis la fin de la guerre, la famille Galieni est maire de grand-père en petit-fils, appliquant le système du népotisme démocratique auprès des villageois, qui s'en contentent en très grande majorité. Les affidés de Ludovic Gallieni ne sont pas tendres envers ceux qui ont osé se présenter contre leur mentor. Principalement à l'encontre de Marianne Grangé, une écologiste arrivée depuis peu dans la cité et qui se bat contre l'implantation d'une décharge. Et comme pour bien lui prouver qu'elle est indésirable, quatre individus la suivent lorsqu'elle rentre chez elle et le meneur la viole. Mais elle préfère n'en parler à personne, sauf à Fred, un ami photographe qui l'aide dans ses démarches, sachant que de toute façon cela se retournerait contre elle.

Quelques semaines plus tard, le corps de Ludovic Galieni est retrouvé dans la garrigue. Chez Maurice, le cafetier, les rumeurs vont bon train. Tout le monde sait tout, surtout de la façon sont il est décédé. Certains parlent de deux coups de feu, d'autres quatre, mais ils sont loin de la vérité. Il aurait été retrouvé complètement dévêtu, à poil comme le précisent certains avinés, et il porterait autour du cou un collier, mais ça ce ne sera précisé que plus tard. Le commissariat de Sète est en charge de l'enquête, Castellac dépendant de sa juridiction, et l'inspecteur Pénélope Cissé se voit confier le dossier.

Elle a du caractère Pénélope et elle ne se laisse pas marcher sur les pieds. D'ailleurs si elle est en poste à Sète, c'est par mesure disciplinaire. Son passé de policière n'interfère en rien dans le récit, ni le fait qu'elle soit né au Sénégal et que sa petite fille vit au pays. Mais il est bon de le préciser. Et si sa condition de Noire ne la dessert pas, sa carte d'identité et surtout sa plaque de police aplanissent bien des velléités de moqueries et de paroles racistes blessantes. Elle trouve en un libraire de la cité portuaire un ami qui ne cherche pas à partager son lit mais ses lectures. Quelqu'un de bien !

En compagnie d'un jeune stagiaire (non, ce n'est pas une redondance puisque de nombreux "seniors" au chômage sont dirigés vers des voies de garage sous forme de stages en entreprise), Pénélope Cissé entame son enquête en interrogeant la famille et les proches du défunt. La femme de feu Ludovic Galieni n'est guère prolixe mais aurait sûrement beaucoup de choses à dire sur son époux. Quant à Vidal, il cumule les fonctions d'adjoint au maire et de beau-frère de Ludovic. Plus quelques autres dont je vous laisse le soin de découvrir les noms et les relations avec le maire homicidé.

Drôle de personnage que ce Ludovic ainsi que le fut son grand-père, descendant d'émigré italiens. La fortune du grand-père Galieni est apparue soudainement à la fin de la guerre, lorsqu'il a commencé à racheter toutes les parcelles de vignes. Mais, car il y a un mais, il en a fait profiter ses concitoyens en les leur offrant contre un loyer, une sorte de location-vente, et tout le monde était sorti gagnant de cette nouvelle forme métayage avec accession à la propriété. D'où cet engouement à l'élire comme maire, puis son fils dans la foulée et enfin le petit-fils. L'arrière petit-fils lui ne sera pas maire, père peut-être un jour, car il délaisse la terre pour les joies de la peinture. Une exposition est même prévue à Sète, c'est dire que la renommée n'a pas encore embouchée ses trompettes.

Malgré tout certaines personnes, même parmi les villageois, rechignent à tresser des louanges à la famille Galieni.

Et les Belges reconnaissants dans tout ça, me demanderez-vous avec juste raison. Bien simple. Durant la guerre, des familles juives belges, flamandes, se sont réfugiées à Castellac. Elles ont été bien accueillies et depuis les enfants et petits-enfants reviennent assez souvent, retrouver leurs camarades de jeux pour les plus jeunes durant les vacances scolaires. D'ailleurs Anita Vidal, épouse Galieni, a eu un flirt avec l'un des ces gamins lorsqu'elle était jeune. Un voie porte même le nom de rue des Belges et une statue a été édifiée portant la suscription Les Belges Reconnaissants.

 

Cette chronique villageoise met en avant tous les défauts des ruraux qui ont tendance à accuser d'étrangers tous ceux qui ne sont pas issus du village. Même ceux qui proviennent de villages distants de quelques kilomètres sont traités d'étrangers, de horsains en Normandie, alors lorsqu'ils proviennent du nord de la Loire, ce ne sont plus des étrangers mais des envahisseurs. Marianne Grangé, n'échappe pas à la vindicte populaire d'autant qu'elle est écologiste militante, une double tare difficile à porter. Et ce sont justement ceux dont les parents, issus d'Italie ou d'ailleurs, durent fuir leur pays souvent pour des raisons politiques qui se montrent les plus enragés.

Martine Nougué nous trousse quelques belles figures, des personnages atypiques, dont Pénélope Cissé qui ne mâche pas ses mots, surtout à l'encontre de ceux qui ignorant sa profession lui manquent de respect. Les relations avec son supérieur hiérarchique et le médecin légiste ne sont guère amènes. Seuls son ami libraire trouve grâce à ses yeux.

Les dialogues sont vifs, enlevés, truculents, comme dans une pièce de Marcel Pagnol. Tandis que la référence à Didier Daeninckx se rapporte à la guerre et l'immédiate après-guerre, aux magouilles qui ont entaché certains faits de guerre, le meilleur côtoyant le pire, et pourrait s'appliquer à de nombreux villages français. Et il ne faut pas oublier l'ombre tutélaire de Georges Brassens flottant au fil des pages.

Une fois de plus les éditions du Caïman démontrent que les petits éditeurs n'ont pas de leçons à recevoir des éditeurs germanopratins.

 

Il avait emmené Pénélope à travers les époques, sur les traces de Villon et des poètes maudits et lui avait donné les clés du royaume des mots. Elle lui avait conté les légendes de son enfance africaine, quand les griots n'étaient pas encore devenus des curiosités touristiques signalées sur les guides de routards.

 

Martine NOUGUÉ : Les Belges reconnaissants. Collection Polars en France. Editions du Caïman. Parution le 9 janvier 2015. 222 pages. 12,00€.

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12 février 2015 4 12 /02 /février /2015 10:01
Otis H. GAYLORD : La chute d'un caïd

Et plus dure sera la chute...

Otis H. GAYLORD : La chute d'un caïd

Petit malfrat ambitieux, Jack "Legs" Diamond rêve de se faire un nom et une place assisse parmi la grande confrérie de la truanderie.

Cynique il comprend rapidement que le vol de bijoux ne lui rapporte guère, le profit allant aux receleurs. De plus il est à la merci de la police lors de la moindre inculpation. Aussi il décide de s'élever dans l'échelle sociale du gangstérisme en s'attaquant à ceux-là même qui ne peuvent porter plainte : ses confrères dans le crime.

Il sollicite un emploi de garde du corps auprès d'une des grands patrons new-yorkais, Arnold Rothstein. Avant de l'embaucher, celui-ci demande à Diamond de faire ses preuves. P'tit Augie est impressionné par l'ingéniosité déployée pour approcher Rothstein. Il le prend dans son équipe d'encaisseurs. Lors d'une fusillade P'tit Augie est abattu et Diamond se retrouve à l'hôpital. Rothstein avoue à demi-mots être à l'origine de l'assassinat d'Augie car celui-ci empochait une partie des recettes.

Devenu célèbre mais pas populaire, Diamond engage son ancien sergent dans l'armée pour lui donner des cours de tir, de maniements d'armes et d'explosifs. Incorporé dans les troupes de Rothstein il continue sa progression dans la hiérarchie, rêvant toujours de devenir le caïd.

Il démontre ses capacités en s'octroyant le comté d'Harmon qui échappait au contrôle new-yorkais. Membre de la confrérie des bootleggers, il n'entent pas en rester là. Il s'affirme comme un prétendant au royaume de l'alcool de contrebande et des rackets de la région, même si certains truands ne reconnaissent pas Diamond comme leur égal, Dutch Schultz en particulier. Il assure ses arrières en écrivant dans de petits carnets noirs toutes les opérations auxquelles il a participé mais également celles des autres malfrats, les impliquant en qualité de témoins ou d'intervenants.

Dépensier, il est obligé d'emprunter de l'argent à Rothstein à un taux usuraire fort élevé. De plus il a le tort de vouloir coucher avec la maîtresse de celui-ci, la blonde Monica. C'est le début de la disgrâce, de la dégringolade pour Diamond.

 

La chute d'un caïd, dont l'action se déroule entre 1920 et 1930, relate la vie d'un truand aux yeux plus grands que le ventre et dont le tort fut de ne jamais aimer mais de toujours de se servir de ceux qui lui portaient une amitié sincère.

Grandeur et décadence pour ce truand ambitieux, cynique, ingénieux, arrogant et méprisant. En filigrane dans ce récit; la vie et la déchéance d'Alice Schiffer, seul personnage féminin qui voue un amour sincère mais bafoué à Diamond qui ne la contactera que lorsqu'il sera dans la mouise.

 

Curiosité :

En couverture de ce roman, une photographie, présentation qui n'aura pas de suite immédiate. Ce procédé sera repris quelques années plus tard avec la Super Noire et Série Noire lors d'un changement de présentation.

 

Citation :

Parfois, je me dis qu'il y a plus de brutes dans la police que dans le Milieu.

 

Otis H. GAYLORD : La chute d'un caïd (The Rise and Fall of Legs Diamond - 1960. Traduction d'André Bellac). Série Noire N° 720. Parution juin 1962. 256 pages.

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11 février 2015 3 11 /02 /février /2015 10:33

Et je dirais même mieux : Viscères ... au poing !

Mo HAYDER : Viscères

Depuis qu'il a subi une opération cardiaque, il a un caractère de cochon. Pas tout à fait, disons plutôt un cœur de cochon car Oliver Anchor-Ferrers vit maintenant avec des valves porcines à la place des siennes. Mais il lui faut quand même ingurgiter quelques médicament à heures fixes.

Lorsqu'il arrive aux Tourelles, une immense résidence campagnarde ressemblant à un manoir, d'où son nom, en compagnie de sa femme Matilda et de Lucia, sa fille âgée de trente ans, et de leur chienne Ourse, il pense enfin pouvoir se reposer et se remettre de son opération. Matilda s'occupe du jardin et Lucia passe son temps à écrire des poèmes et à dessiner ou lire des magazines. C'est une jeune fille boudeuse, ayant adopté une apparence gothique mais si cela gêne quelque peu ses parents, ils ne s'en offusquent pas à cause de son passé. Et il semblerait bien que ce passé se projette à nouveau laissant affluer des souvenirs pénibles.

Quinze ans auparavant Lucia sortait avec un adolescent de deux ans plus vieux qu'elle et elle pensait que ce serait pour la vie. Mais il l'avait délaissée pour une autre fille et elle les avait retrouvés sauvagement assassinés, mutilés, éviscérés dans un fourré au delà des jardins des Tourelles. Leurs entrailles avait été accrochés à des branchages, placés en forme de cœur. Et Matilda vient de discerner le même trophée à peu près au même endroit. De quoi les bouleverser et faire perdre la raison à Lucia. Ils pensent immédiatement à celui qui a été arrêté peu après et qui purge une longue peine de prison, méritée, mais aurait éventuellement bénéficié d'une remise de peine.

Deux hommes qui se prétendent être des policiers se présentent à eux, sous les noms de Honey et Molina. Mais bientôt ceux-ci ne se conduisent plus en policiers venus résoudre l'assassinat d'une voisine éloignée mais comme des individus acharnés à les séquestrer. Ils ne donnent aucune indication sur leurs motivations, se contentant d'humilier les trois résidents. Oliver, qui est un scientifique, un physicien spécialiste de la lumière, s'interroge et cherche à savoir s'il n'aurait pas failli à un certain moment, principalement dans le manuscrit, qu'il rédige en secret, et pourrait être un brûlot vis-à-vis de certaines personnes ou institutions.

 

Pendant ce temps le commissaire adjoint Jack Caffery est en proie a de violentes migraines. Lui aussi possède un passé douloureux, son frère Erwan, alors qu'il n'avait qu'une dizaine d'années, a disparu et n'a jamais plus donné de signe de vie. Un pédophile sévissait dans la région et il est actuellement écroué. D'autres membres ont aussi été arrêté, mais pas tous. Assistant à une commémoration à l'instigation d'une mère qui a décidé de faire construire un mémorial en l'honneur de sa fille victime d'un dérangé mental, Jack décide de reprendre son enquête. La femme qui est devenue alcoolique pleure sa fille, mais elle avait récupéré son corps tandis que Jack n'a jamais retrouvé celui de son frère.

En solitaire, aidé toutefois dans certaines démarches par des collègues ou des connaissances, il repart sur les traces de son enfance, interrogeant des témoins de l'époque, quémandant l'aide du Marcheur, un homme qui lui aussi peut lui apporter des éléments de réponse. Le Marcheur est accompagné d'un petit chien nommé Ourse, dont il ne connait pas la provenance. Si Ourse possède un collier, sous lequel était glissé un reliquat de papier avec la mention aidez-nous, aucune identification ne peut aider Jack Caffery à remonter aux propriétaires. Pourtant c'est bien grâce à la petite chienne que les deux affaires vont insensiblement converger.

 

Telle une sorcière qui ajouterait les condiments au fur et à mesure de la préparation d'une potion magique, Mo Hayder mitonne son suspense en incorporant petit à petit les ingrédients. Une grosse dose de terreur et une autre d'angoisse, assaisonné d'un suspense qui va grandissant et devient cauchemardesque.

Et lorsque la température désirée est atteinte dans la marmite de l'intrigue, les révélations éclatent à la surface comme des bulles pestilentielles.

Mo Hayder imbrique ces deux récits en laissant apparaître la vraie nature des personnages, principalement ceux de Honey et Molina, particulièrement retors, et lorsque l'on pense que tout est dit, des rebondissements surgissent sans crier gare. Mo Hayder manipule ses personnages et le lecteur, avec machiavélisme mais sans artifice qui pourrait laisser penser à des cachotteries. Tout est soigneusement amené, développé, et les protagonistes plongent dans le cauchemar alors qu'ils espéraient une rédemption.

Un roman étouffant, oppressant, et le lecteur ressent un sentiment contradictoire : il a hâte d'arriver à l'épilogue et en même temps il aimerait que cette histoire ne finisse jamais.

 

Mo HAYDER : Viscères (Wolf - 2014. Traduction de Jacques Martinache). Collection Sang d'encre. Editons Presses de la Cité. Parution le 15 janvier 2015. 448 pages. 22,00€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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