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29 avril 2015 3 29 /04 /avril /2015 13:03

Bon anniversaire à Alexandre Lous, alias Jean-Baptiste Baronian, né le 29 avril 1942.

Alexandre LOUS : Jugement dernier.

Coincée entre un canal désaffecté et le Bois-Rouge, s'étend la Zone, triste conglomérat insalubre de baraquements, de caravanes, d'assemblages de planches, de tôles, de plastique ondulé, de matériaux de récupérations diverses.

De végétation, point, ou presque, tout étant englouti sous la poussière, la ferraille, les immondices, les déchets. Lorsqu'il pleut, les chemins de terre ne sont plus que des marécages, l'eau effaçant traîtreusement les nids de poule.

Dans cet endroit sordide, relégué loin de la ville, vivent, survivent, des chômeurs, des exilés, des exaltés, des émigrés de toutes races, de tous pays, formant un ensemble disparate et pourtant soudé, tout au moins en surface. Freddy le mystique, Stépan le Yougoslave, Chapeau-mou, Jonathan et Léon le Zaïrois, mais aussi le Grec, le Sicilien, l'Espagnol, le Turc, le Marocain, l'Egyptienne; ainsi que leurs femmes et leurs enfants, Julie, Irène, les frères Kojak, Gadi, Boga. Sur cette tour de Babel en ruine règne le Boiteux. Le Boiteux qui possède une Buick blanche et vit dans une vraie maison, sur la colline, au-delà du Bois-Rouge, forteresse à l'aspect sévère et rébarbatif.

Un matin, pas pire que les autres pourtant, on découvre Irène la fille du Grec, seize ans, étranglée. Le commissaire Delvaux, dépêché par la ville pour enquêter, se voit confronté à sa première grande affaire, son premier meurtre, depuis dix-sept ans qu'il exerce son métier.

Mal dans sa peau, ce n'est qu'un minable, un lamentable, un miteux, un piteux, un incapable en un mot. Tandis que Carl, son adjoint, c'est tout autre chose. Bouillant, fringant, il ne s'en laisse pas conter. Ce n'est pas lui qui va manger dans la main du Boiteux, au contraire ! Commence alors l'enquête dans ce décor pitoyable, dans cet univers glauque, dans ce cloaque. Une histoire digne de Goodis.

Les réactions déchaînent les passions, l'angoisse s'immisce, l'exaltation des uns amènent l'abattement des autres, le découragement, le dégoût, l'écœurement s'emparent de certains. Pour d'autres, il y a toujours un petit coin de ciel bleu à l'horizon. Des utopistes.

Pendant que les adultes se débattent, essayent de comprendre pourquoi et par qui ce fléau, la mort d'une jeune fille, est arrivé, Julie la fille du Yougoslave, loin de toute cette turbulence, visite la maison du Boiteux. Mais cela ne va-t-il pas attirer le malheur sur cette jeune existence ?

 

Alexandre Lous signe là peut-être son meilleur roman, avec Matricide. Cet écrivain qui rend si bien cette atmosphère glauque, aux relents acres de misère et de déchéance, est bien connu pour ses critiques pertinentes du roman policier puisqu'il signe une rubrique régulière dans le Magazine Littéraire. Mais aussi sous son véritable patronyme de Jean-Baptiste Baronian, c'est un chercheur, un bibliophile, un essayiste, un anthologiste infatigable et passionné, spécialiste du fantastique.

Alexandre LOUS : Jugement dernier. Collection Sueurs Froides. Editions Denoël. Parution février 1988. 204 pages.

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29 avril 2015 3 29 /04 /avril /2015 09:36
Erle Stanley GARDNER : L'envolé.

Après l'hirondelle éplorée, rien que de très logique...

Erle Stanley GARDNER : L'envolé.

L'envolé (A man is missing - 1946)

A la suite d'un courrier du chef de la police, le shérif Catlin demande à Hank Lucas, loueur de chevaux et guide touristique, d'accompagner dans leur expédition l'inspecteur Dewitt, un homme de la ville, et Corliss Adrian dont le mari amnésique aurait disparu depuis quelques mois.

D'après une carte postale envoyée à sa femme et sur laquelle il figure en pied, Adrian vivrait dans la montagne environnante dans une cabane. Marion Chandler, qui se fait passer pour une photographe, se joint au petit groupe. En cours de route, Marion confie à Hank qu'en réalité elle est à la recherche de son frère Harry qui aurait accompagné Adrian dans son voyage. Harry est un trappeur et un prospecteur dont la réputation laisse à désirer. Grâce à des traces laissées sur des arbres, Hank retrouve le refuge des deux hommes. L'intérieur est rangé, propre. Toutefois il découvre une lettre signée Adrian laissant entendre qu'une dispute aurait eu lieu entre lui et son compagnon. Ils déterrent un cadavre et Corliss reconnait son mari à certains détails. Du poste d'un garde forestier, qui aurait recueilli un cheval abandonné quelques mois auparavant, ils préviennent le shérif Catlin. Pour Dewitt l'affaire est simple. Adrian et Benton,le frère de Marion se seraient battus, atteints de la fièvre des cabanes. Benton aurait enfoui le corps d'Adrian et Marion aurait aidé son frère à s'enfuir. Une théorie que démonte le shérif Catlin qui connaît bien les us et coutumes des trappeurs.

 

Dans cette histoire qui fait la part belle à la déduction, au bon sens et à la logique, Erle Stanley Gardner joue sur l'antagonisme entre policiers des villes, imbus de leur prétendue supériorité intellectuelle, et les policiers ruraux qui n'ont peut-être pas l'habitude de côtoyer des malfaiteurs mais savent interpréter les signes placés devant leurs yeux. Catlin ne s'en formalise pas pour autant et attribue une grande partie du mérite d'avoir résolu l'énigme à Dewitt.

 

Le môme aux chocolats (the candy Kid - 1931 - réécrite en 1959)

Alors qu'il transportait des pierres précieuses, Mills le diamantaire s'est fait voler sa mallette. Blessé, traqué par la police, le voleur s'est réfugié dans une confiserie. Dans l'assaut qui a suivi il a été criblé de balles et est décédé. Mais les pierres n'ont pas été retrouvées. Une affaire qui intéresse Lester Leith, le gentleman cambrioleur. Il pense que le voleur a pu cacher les rubis dans les chocolats. Supposition dont il informe son valet Scuttle qui s'empresse de tout raconter au sergent Ackley, ennemi intime de Leith. Leith émet une théorie qu'Ackley s'empresse de vérifier. Munis de chalumeaux ils insèrent dans les chocolats des pastilles ou de faux bijoux, mais les résultats ne sont guère probants. Un individu sème des pierres précieuses un peu partout et Ackley qui pensait pouvoir inculper Leith en est pour ses frais. Scuttle pense que Leith devient fou lorsque celui-ci prétend tout d'un coup qu'ils ne sont plus en novembre mais au mois de juillet, et ceci à cause d'une réflexion sur l'heure d'été. Leith engage un couple chargé de mettre Ackley sur une fausse piste.

 

Une énigme tarabiscotée et guère convaincante par un auteur qui nous avait habitué à beaucoup mieux dans le genre. Son personnage de gentleman cambrioleur est toutefois assez proche d'Arsène Lupin pour que l'on s'intéresse à ses aventures.

 

Le témoin récalcitrant ( The affair of the reluctant witness - 1949).

Afin de ne pas dilapider son héritage, les comptes de Jerry Bane ont été confiés à un avoué, Anson. Mais Bane a besoin d'argent et il pense regonfler ses finances en s'intéressant aux faits-divers grâce à la mémoire visuelle de son valet, Mugs Magoo, ancien policier devenu clochard et qu'il a recueilli. C'est ainsi qu'il se penche sur l'affaire d'une commerçante qui aurait assisté à un vol mais aucun bijou n'a été retrouvé sur le présumé cambrioleur et le bijoutier dément avoir été spolié. Bernice, propriétaire d'un magasin d'alimentation et qui ne roule pas sur l'or, se demande si elle n'a pas rêvé le hold-up et Bane à son insu examine les boites de conserve. Il trouve dans l'une d'elle les pierres dérobées au bijoutier qui s'avère n'être qu'un receleur.

 

Amusante sans plus cette histoire un peu farfelue et désuète qui là encore joue sur la logique et la déduction. Jerry Bane n'a pas l'apanage de ses maîtres gentlemen cambrioleurs même s'il en possède quelques qualités.

 

un homme qui regarde le portrait d'une jolie femme a tout de suite des idées.

Erle Stanley GARDNER : L'envolé. Recueil de trois nouvelles traduites de l'américain par Alain Chataignier. Série Noire N°1620. Parution septembre 1973. 192 pages.

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28 avril 2015 2 28 /04 /avril /2015 09:20

Troublez-moi, j'aime ça...

Olivier TAVEAU : Les âmes troubles.

Un endroit sinistre, une zone industrielle la nuit, des coups de feu et Nicholas Bog-Bat qui perd connaissance quelques secondes. Un tireur dont il n'a pu apercevoir les traits a enfoncé son arme sur la tempe du commandant Ykse, son supérieur.

Pour Nicholas, c'est le cauchemar qui commence, ou qui continue. Un appel anonyme l'avait invité à se rendre dans cette friche industrielle à la rencontre d'un cadavre. Il s'y était rendu en compagnie de Ykse et de son adjoint Matthias. Le temps que Matthias aille prévenir les collègues et tout s'était décanté et en même temps embrouillé. Nicholas est blessé mais ce n'est pas ce qui importe. C'est ce qu'il va devenir.

Dans sa chambre d'hôpital, mais ce n'est peut-être qu'un rêve ou un cauchemar, le tueur lui rend visite et déclare se prénommer Luc. Et lui remet une clé, lui indiquant que cela pourrait lui être utile par la suite, lui conseillant d'être fort.

Une infirmière qui l'a soigné avant qu'il retombe dans les limbes est découverte assassinée. De la même manière que les autres.

Le commandant Odum prend la tête de la brigade en remplacement immédiat de Ykse, comme si tout était préparé depuis des semaines. Nicholas n'est pas en odeur de sainteté et Gaspard Tienne, de l'IGS ne cesse de le tarabuster. Comme si Nicholas était pour quelque chose dans tout ce qui arrive, dans les cadavres qui sont recensés depuis quelque temps et dans le meurtre de Ykse.

Il est vrai que le tueur n'y va pas de main morte, façon de parler. Les corps qu'il sème derrière lui n'ont plus de globes oculaires, que deux morceaux de charbon, et à l'intérieur du crâne, le cerveau n'est plus qu'une bouillie brune et poisseuse.

Les deux premiers cadavres ont été retrouvés dans une chambre non loin du domicile de Nicholas. Domicile, c'est un bien grand mot, un garage aménagé avec une ouverture, vue sur le ciel. Et l'un des cadavres était Amélie Pratt, qu'il connaissait.

Nicholas a dégringolé la pente insidieusement. Son frère Gabriel est, était une sommité dans la psychanalyse moderne, balayant l'inconscient, le moi et le reste et leurs mécaniques obscure. Mais c'était avant. Et Nicholas a usé et abusé de la drogue durant plus de deux ans. Il s'en est sorti, mais il boit.

Il veut comprendre. Le tueur lui en veut, certes, mais pourquoi? Alors il prend la route et s'arrête loin d'où il vient, dans un routier. Il boit, trop, prend l'air pour s'allonger, faire un somme réparateur. Il est tiré brutalement du néant par des appels, des cris. La caissière a disparu. Non elle est retrouvée, morte.

 

Dans l'ombre, se déplace Virgile, grand Noir qui se comporte en vieux gourou, en maître à penser. Pour l'heure il doit assurer l'enseignement d'une jeune fille, une gamine même pas encore majeure, il doit l'initier aux savoirs dévolus à ses semblable. Loah qui n'est pas aussi naïve que son âge pourrait le laisser penser, se conduit comme une manipulatrice.

 

Dans une ambiance glauque, une atmosphère poisseuse, une descente aux Enfers que n'aurait pas renié David Goodis, le lecteur est trimbalé, transbahuté, chahuté, au gré des pérégrinations de ce policier à la dérive. Le doute s'installe dans un flou artistiquement entretenu, avec l'intrusion de Virgile dont on sait pas trop ce qu'il veut, ce qu'il est, ce qu'il enseigne. Pourtant il n'apprécie guère les religieux même s'il est amené à les croiser.

Nicholas barbote, au propre comme au figuré dans la fange, et son passé lui revient en pleine figure, et ses ennuis avec sa hiérarchie, avec l'IGS, avec ses collègues ne se comptent plus. La faute a une dégringolade non programmée.

Roman de l'ombre, nimbé de flou, entouré de voiles qui ne se déchirent qu'à contrecœur, avec des accents de métaphysique, Les âmes troubles est véritablement troublant, dérangeant, premier roman d'un auteur manipulateur dont on se demande s'il n'a pas tout jeté dans ce premier titre, ou s'il en a d'autres en réserve, ce qui promet un bel avenir.

 

- Des philosophes, grommela-t-il. J'ai côtoyé nombre d'auteurs qui s'arrogeaient ce titre. Leur ardeur allait plus à l'élévation de leur égo qu'à celle de leurs semblables.
- Certains ne manquent pas d'intérêt.
- Des rescapés qui ne doivent leurs fulgurances qu'à des prises élevées de stupéfiants. Ils parlent comme si le monde avait leur oreille. Tellement pénétrés par leur clairvoyance qu'ils en oublient d'être humbles.

Olivier TAVEAU : Les âmes troubles. Le Masque Poche N°60. Editions du Masque. Parution le 25 mars 2015. 400 pages. 7,90€.

 

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28 avril 2015 2 28 /04 /avril /2015 07:44
Al CONROY : Comme il y va !

Comme il peut, ma brave dame, comme il peut...

Al CONROY : Comme il y va !

Milliardaire, malade, Pannunzio ne peut accepter que la Mafia régisse ses pays d'origine et d'adoption.

Ne pouvant faire le grand balayage intégral, il veut s'attaquer aux parrains locaux, notamment Don Max Vigilante de Philadelphie et Don Aldo Bell de Reading, et les réduire à néant. Pour cela il embauche Johnny Morini, dont il a apprécié les antécédents et lui confie la redoutable mission d'infiltrer les deux bandes pour mieux les annihiler. La jeune femme de Morini, qui est devenu Johnny March, a appris ses antécédents et l'a quitté à la suite d'une fausse couche. Depuis il vit en compagnie de l'alcool. Aussi n'ayant rien d'autre de mieux à faire il accepte et prend l'identité d'un petit truand californien.

A Philadelphie il effectue quelques raids solitaires, volant des camions et refourguant la marchandise au receleur local, Corngold. Il joue les sommes gagnées au poker et accuse certains joueurs de connivence. Ces faits d'armes attire l'attention de Sutro, adjoint de Fava, responsable d'un "régime" de Max Vigilente. Johnny, après avoir déjoué les pièges tendus par Sutro et Fava et ayant prouvé sa valeur, se voit confié par ce dernier la mission de se faire recruter dans la bande à Bell, ce qui arrange ses affaires.

A Reading il se lie avec Franck, l'un des fils Bell mais il est reconnu par Mack, cousin de Lou, l'un des hommes de main du parrain. Mack et Lou surprennent Johnny alors qu'il cambriole pour son compte une grande surface mais Phil Rosen, jeune complice de Morini arrive à temps. Les deux hommes sont éliminés et Rosen, gravement blessé, est confié à un docteur émargeant à l'Organisation. Une opération de grande envergure est montée par Doyle, un truand qui réussit de gros coups mais n'est pas le genre à s'embarrasser de fioritures.

Morini, pressenti pour l'aider dans un cambriolage, refuse mais il peut placer un micro émetteur et connaît ainsi les coordonnées du vol. Des accrochages ont lieu entre les deux bandes rivales et les deux pontes se demandent comment enrayer cette guerre froide qui tourne au vinaigre. Doyle mène à bon terme le cambriolage projeté, avec quelques cadavres sur le terrain, et retrouve Corngold dans une cabane de pêche. Seulement Johnny est lui aussi au rendez-vous et subtilise le butin une mallette remplis de pierres précieuses.

Doyle et un de ses complices le poursuivent dans la forêt. S'ensuit un duel au bout duquel Johnny sort vainqueur. Il propose à Franck Bell un rendez-vous chez Dietrich, autre receleur, et avertit Sutro. Les deux bandes mises en présence se canardent et pratiquement seul Sutro d'un côté, les frères Bell, dont Tony sérieusement blessé, de l'autre échappent au guet-apens.

 

Johnny Morini, s'il veut, sinon démanteler la Mafia mais au moins l'affaiblir comme il est prévu à la fin du roman, aura fort à faire pour réduire cette hydre. Al Conroy, alias Marvin H. Albert, fidèle à lui-même, n'épargne pas les détails dans les scènes d'action en général, et en particulier. Sobre dans les dialogues, il s'exprime avec force dans la description des scènes de violence, et règle les combats avec minutie.

Et la phase romanesque s'efface presque derrière le documentaire, le récit, pour ne pas dire la biographie. Sérieux, Al Conroy ne lâche ses traits d'humour qu'au compte-gouttes, comme involontairement. La fibre sensible existe cependant avec la liaison, brève, entre Morini et une serveuse de bar, divorcée et désabusée.

 

Curiosité:

L'une des scènes, celle de la poursuite dans la forêt, entre deux truands et Morini, possède un grand nombre d'analogies avec une autre scène décrite dans l'épisode précédent, Soldato.

 

Al CONROY : Comme il y va ! (Death grip - 1972. Traduction de A. Vincent-Harmel). Série Noire N°1614. Parution septembre 1973. 192 pages.

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27 avril 2015 1 27 /04 /avril /2015 12:28

Bon anniversaire à Didier Daeninckx, né le 27 avril 1949.

Didier DAENINCKX : Le facteur fatal.

Au travers de quelques épisodes de la vie, de la carrière de l’inspecteur Cadin, Didier Daeninckx dévoile un pan de mur gris sur lequel sont écrits en relief : déchéance, désespérance et déprime.

Des différents commissariats où il a végété, de Strasbourg à Toulouse en passant par Hazebrouck et Courvilliers, de son boulot de détective privé, de Toulon à Aubervilliers, Cadin garde un goût d’amertume.

Mal dans sa peu, mal dans sa fonction, mal avec ses collègues et ses supérieurs, mal avec les coupables et les victimes, Cadin vivote en collectionnant les faits divers bizarres. Mais son existence n’est-elle pas justement qu’une succession de faits divers ? Peut-être plus par pitié envers son personnage que par lassitude, Daeninckx supprime Cadin en lui imposant le suicide. D’autres auteurs, avant lui, ont essayé de rompre avec leur héros, le plus célèbre exemple étant bien évidemment Conon Doyle et Sherlock Holmes. Sous la pression du public, de sa mère, sans compter les besoins financiers, Doyle a du ressusciter sa créature pour la plus grande joie de ses lecteurs et éditeurs. Didier Daeninckx se séparera-t-il aussi facilement de Cadin qu’il le suppose, seul l’avenir nous le dira.

Pourtant je suis sûr que Cadin, même s’il a levé un voile sur sa vie et le pourquoi de sa dégringolade physique et morale, a gardé par pudeur en réserve d’autres tranches de sa carrière de flic, d’autres enquêtes, et peut-être a-t-il raté son suicide comme il a raté sa destinée.

Et si Daeninckx se refuse à nous narrer d’autres épisodes du Poor Lonesome Flic Cadin, il ne nous restera plus qu’à nous replonger dans ses précédentes aventures : Mort au premier tour, Meurtres pour mémoires, Le géant inachevé ou Le bourreau et son double. Au fait qui est le bourreau ? Qui est le double ?

Réédition Folio janvier 1992.

Réédition Folio janvier 1992.

Folio Policier N°85. Juin 1999. 6,40€.

Folio Policier N°85. Juin 1999. 6,40€.

Didier DAENINCKX : Le facteur fatal. Editions Denoël. Parution octobre 1990. 210 pages.

Rééditions : Folio janvier 1992. Folio Policier N°85. Juin 1999. 6,40€.

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Published by Oncle Paul - dans La Malle aux souvenirs
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27 avril 2015 1 27 /04 /avril /2015 07:55
Clifton ADAMS : La loi du flingue

Dans les plaines du Far-West quand vient la nuit,

les cow-boys près du bivouac sont réunis...

Clifton ADAMS : La loi du flingue

Ayant échappé de peu à la mort, Gibbs dit Shorty est recueilli par Bohannan, un berger itinérant, anachronisme dans ce pays d'éleveurs de bovins.

Reconverti depuis quelques années dans le transport du courrier postal, Shorty constate que son agresseur s'est emparé de sa sacoche. A Hardrow, Tooms le marshal, Goldie la tenancière du saloon Haut-de-forme, et les autres villageois sont étonnés et gênés du retour de Shorty. Ceux-ci le croyaient définitivement disparu et ils ont même lynché et suspendu Courtney, un prétendu flambeur professionnel de Tascosa, suspecté d'avoir trucidé le courrier postal.

Shorty comprend, d'après l'attitude des habitants d'Hardrow qu'il est devenu indésirable, un point de vue entériné par les éleveurs de vaches de la région, John English, Paul Mason et Straiter, ainsi que par l'inspecteur de l'association des éleveurs, Sam Milo. Shorty, hargneux comme un roquet, déduit que le tireur désirait s'approprier sa sacoche et surtout son contenu.

Bohannan lui apprend que Ramon, son fils, a été tué des années auparavant et qu'il garde rancune auprès des éleveurs. En sillonnant la Prairie, Shorty évite à madame Courtney d'être abattue par Vance, le fils d'English, et Nate Corry le contremaître. Un acte dont ils réfutent l'idée. La veuve Courtney lui révèle que son mari était en réalité un détective privé engagé par l'association et qu'il avait posté deux rapports à l'adresse de celle-ci.

A Hardrow, Shorty confie Madame Courtney à Goldie et malgré les conseils du marshal s'incruste dans la bourgade. Bohannan le berger est retrouvé mort, calciné, ainsi que ses animaux; Shorty est passé à tabac par une bande à la solde d'English. Le soir même, dans le saloon de Goldie, où il couche sur le billard depuis l'incendie de sa cabane, il échappe de peu à une fusillade. Il parvient à sauver du saloon en flammes, un incendie criminel, Goldie et madame Courtney avec l'aide du marshal Tooms. Ils se réfugient dans la prison et doivent subir les assauts de Vance English et Nate Corry. Vance est mortellement blessé et Corry est lui aussi touché par les balles.

Malgré ses réticences, madame Courtney avoue avoir lu le rapport de son mari.

 

Dans le cadre d'un western, dont l'action se déroule en 1890, ce roman est en réalité la parabole sur la mainmise des puissants (quel que soit leur métier ou leur fonction) sur les faibles et de la contestation de privilèges abusifs.

Cette histoire qui se déroule dans un état américain en pleine mutation mais encore soumis à la loi des Seigneurs de la terre (cela a-t-il réellement changé ?) est une version moderne de la lutte biblique entre David et Goliath. Une lutte qui perdure un peu partout malgré les déclarations de bonnes intentions proférées à l'envi.

 

Avec sa barbe de huit jours, il faisait l'effet d'un cadavre au visage malpropre.

 

Curiosité :

Tom & Jerry ne sont pas uniquement des personnages de dessins animés. C'est également une boisson à base de rhum, d'œufs battus et de muscade.

Clifton Adams souligne également la différence entre existant entre le Marshall, représentant de la loi dans une bourgade, et du Shérif, responsable d'un comté.

Clifton ADAMS : La loi du flingue (Shorty - 1965. Traduction de M. Elfvik). Série Noire N°1098. Parution janvier 1967. 256 pages.

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26 avril 2015 7 26 /04 /avril /2015 09:51

Hommage à Marcel Aymé et au Passe-Muraille.

Jean-Pierre FAVARD : Le fantôme du mur.

A Dôle dans le Jura, là où vécu durant son enfance perturbée Marcel Aymé, existe une maison dont la construction remonte à plusieurs siècles. Au dessus de la porte d'entrée figure une inscription gravée dans la pierre et dont seuls les initiés et les amateurs de vieilles pierres connaissent l'existence.

ABEANT FURES MURES LEMURES.

Des lettres ravagées par le temps et le narrateur n'en possédera la signification complète qu'au bout d'intenses moments de réflexion et en ravivant ses souvenirs de latiniste.

Mais que fait le narrateur en cette bonne ville de Dôle. Encore une histoire d'amour qui s'est terminée en vrac. Emargeant à l'Eduction nationale, il a demandé à être muté dans une autre académie. Professeur d'histoire et de géographie, il s'est retrouvé dans la cité jurassienne par hasard, mais il ne s'en plaint pas.

Afin de passer le temps et comme c'est une passion chez lui, il se renseigne aussi bien auprès des bouquinistes de diverses institutions, Archives départementales par exemple, afin de s'imprégner de l'âme de la ville. Mais il existe aussi une autre raison à ses recherches.

Madame Angèle, sa voisine nonagénaire et plus, lui affirme qu'un fantôme réside dans les murs. Il est vrai que son appartement était inoccupé depuis très longtemps, mais les quatre-vingt-quatorze printemps d'Angèle ont peut-être influé sur son esprit. Justement il s'agirait d'un esprit frappeur. Le narrateur pensait au début qu'il s'agissait d'un problème de robinetterie ou du travail du bois dans la charpente et les cloisons.

Mais cette histoire de fantôme qui traverserait les murs l'intrigue et il se doit de résoudre cette affaire de passe-muraille. Madame Angèle le prend sous sa coupe, lui préparant de petits repas qu'elle apporte dans une assiette qu'elle refuse de récupérer.  

 

L'occasion rêvée pour le narrateur, et l'auteur, de nous faire découvrir Dôle par ses aspects géographiques, historiques et touristiques, avec l'attrait lié à la curiosité, en échappant à la pédagogie primaire et en incluant poésie et humour. Un bel hommage à Marcel Aymé puisque cet ouvrage comporte en outre :

Marcel Aymé, le faussaire du quotidien par Philippe Curval

Une biographie non exhaustive de Marcel Aymé

Les ouvrages consultés et un articulet concernant les illustrations de couverture.

 

Vous pouvez commander ce livre directement aux éditions La Clef d'Argent

Jean-Pierre FAVARD : Le fantôme du mur. Collection LoKhaLe N°1. Editions La Clef d'Argent. Parution le 15 avril 2015. 112 pages. 6,00€.

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26 avril 2015 7 26 /04 /avril /2015 08:40
Victor CANNING : L'oeil incandescent

Protégez-vous !

Victor CANNING : L'oeil incandescent

Echoués à Sugulli, petit port sur la côte somalienne, le docteur Wellard, Royce, en délicatesse avec la loi anglaise, Blaikie, prêtre, Fisher, peintre, Lily, artiste, Juliette, riche oisive, et un marin sont les seuls survivants du Cambria, un navire qui de l'Inde devait rallier l'Italie.

Ils sont recueillis par le carabinier local, Dracopoli, et s'installent dans un hôtel. Vit également à Sugulli, Harmer, un Américain prospecteur de pétrole marié avec une indigène dont il a eu une fille, Maria. Harmer dont la jeep est convoitée par Royce confie son rapport habituel à Dracopoli qui le joint à la demande de secours formulée par Wellard. Fagih, un indigène, muni du rapport et du mot de Wellard doit rallier Kandala à dos de mulet en quatre ou cinq jours. Il est assailli en cours de route par les hommes du Sultan Ali Yacquibi, le seigneur de la région.

Yacquibi, élevé à l'européenne mais qui déteste les étrangers, attend impatiemment encore deux ans lorsque le protectorat italien aura pris fin. Il brûle les papiers confiés à Fagih et fait tuer celui-ci par ses hommes.

Wellard soigne les malades du village aidé par Juliette tombée amoureuse de lui. Un incendie ravage l'habitation de Harmer. Wellard assisté de Royce qui tentait de s'échapper sauve Maria des flammes. Yacquibi, à qui Wellard et Dracopoli rendent visite, impute le crime à des membres de sa tribu qui n'auraient pas accepté le mariage de Harmer avec une Somali. Wellard ne croit pas à une vengeance à retardement et pense que l'Américain avait découvert du pétrole, ce qui contrarierait les projets d'indépendance du Sultan.

Un pêcheur a recueilli un blessé et Wellard s'empresse au chevet du moribond. Il s'agit de Fagih qui a survécu à ses blessures. Seul Dracopoli est mis dans la confidence. Juliette aime Wellard, et c'est réciproque mais le médecin qui possède sa fierté ne veut pas vivre aux crochets d'une femme. Et pour installer un cabinet à Londres il lui faut de l'argent qu'il ne possède pas. Il pense alors au petit coffre-fort de Harmer qu'il récupère dans le lagon où les hommes de Yacquibi l'avaient jeté et l'ouvre découvrant une liasse de papiers. Fait prisonnier par le Sultan il parvient à s'échapper avec les documents. Il est obligé d'avouer à ses compagnons qu'il désirait s'approprier de l'argent et Dracopoli les avertit que le Sultan n'en restera pas là.

Le lendemain c'est la fête de l'Au Hiltir et les survivants ont une journée de répit pour organiser la résistance dans l'hôtel et le poste de police le jouxtant.

 

Perdu dans la Série Noire ce roman n'est ni policier, ni noir, ni même espionnage comme en a écrit Victor Canning mais bien un roman d'aventures exotiques avec naufrage, documents, conflit avec les autochtones, et histoire d'amour bien entendu.

Les personnages ne sont ni bon ni franchement mauvais tel Royce le fraudeur qui ne s'érige pas en truand, ou Wellard le médecin qui par égarement déclenche l'ire du Sultan ou encore le prêtre qui se rappelle un épisode honteux de sa vie au contact de l'enfant. Quant à Lily, l'artiste effeuilleuse aux colombes, elle s'efface au profit de Juliette sans ressentir de rancune envers Wellard qu'elle aime mais qui ne la considère que comme une amie.

J'oubliais que vous êtes anglais ! Les enfants et les chiens, c'est sacré.

 

Curiosité :

Ce roman a paru pour la première fois dans la collection Panique des éditions Gallimard sous le numéro 19 en janvier 1963. Réédité sous le titre Un pyjama de sapin sous titré L'Œil incandescent, Paniques 2e série no 8,

Victor CANNING : L'oeil incandescent

Victor CANNING : L'oeil incandescent (The burning eye - 1959 - 1960. Traduction de Denise Rousset). Série Noire N°1625. Parution octobre 1973. 192 pages.

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25 avril 2015 6 25 /04 /avril /2015 16:26

Hommage à Paul Sala né le 25 avril 1921

Paul SALA. Un portrait.

Né d’un père mi-jurassien, mi-parisien, le 25 avril 1921 à Paris, René Mérillon, véritable patronyme de Paul Sala, connait bien ce dont il écrit car il fut policier.

Et comme il ne voulait pas mélanger travail et loisir, il emprunta le nom de sa femme comme pseudonyme pour la publication de ses romans, tous au Fleuve Noir. S’il s’est servi du nom de son épouse pour signer ses romans, c’est par pudeur, pudeur qui englobe sa carrière de fonctionnaire de l’état dont il ne parle quasiment jamais dans les entretiens qu’il a accordés.

Il est nettement plus prolixe lorsqu’il parle de sa passion, l’écriture. A Georges Rieben, il confiait en 1973 (Mystère Magazine 308) : « S’il n’y a pas d’aventure dans un roman, ce n’est pas un roman », refusant les étiquettes, que ce soit roman policier, roman d’aventure ou roman d’espionnage. « Il n’y a que le roman, comme il n’y a que l’homme, qu’il soit noir, blanc ou vert, maçon, psychiatre ou truand. Si le roman est lu et s’il passe la barrière des générations, alors c’est aussi de la littérature ».

Et Paul Sala de préciser un peu plus loin : « Un livre qui n’est pas un roman d’aventures, qui est une dissertation sur je ne sais quel phénomène ou sujet, n’a pas droit au titre de roman : il n’entre pas dans la littérature de loisirs ».

Paul SALA. Un portrait.

Paul Sala pense qu’un roman lu par un public nombreux, et relu avec plaisir vingt ans après, est un bon roman. Le reste étant une histoire de technique, de dissertation et de culture. Et lorsqu’il rédige un roman, Paul Sala en est le premier lecteur en même temps que le premier protagoniste. C’est donc tout évidemment que son héros est Le Savoyard, Paul Sala étant savoyard de cœur et habitant près des berges du lac Léman, il peut apercevoir les contreforts de ces monts qui furent le berceau de sa famille.

Cette osmose entre auteur et personnage oblige Paul Sala à une petite gymnastique intellectuelle. « Son point de départ est rarement une chute finale mais plutôt un climat, une ambiance, l’envie de faire se rencontrer à un moment deux personnages semblables ou opposés et voir ce qui en résultera ». Et « lorsqu’il s’attaque à la première page blanche, Paul Sala ne sait en principe pas où il va, afin de vivre lui aussi cette aventure, à mesure qu’il la crée ». Et s’il possède déjà en tête son intrigue « je mets très longtemps à l’écrire parce que ça ne m’intéresse plus guère : je connais toute l’histoire. Cela devient du travail, et même une corvée. Et le lecteur risque de ressentir la même impression ensuite ».

Précisons qu’il est gaucher mais qu’il écrit de la main droite. Qu’il est culturiste, yogi, athlète, footballeur, cyclotouriste, adepte des sports d’hivers, bon tireur d’arme au poing, pêcheur, montagnard, peintre. D’ailleurs cette envie d’écrire lui venue par cette pratique de la peinture. Outre ses quarante-deux romans parus dans la collection Spécial Police, publiés entre 1970 et 1983, il a rédigé un copieux ouvrage : Le Roy des Coquillards, une histoire aventureuse de François Villon dans la collection Grands Succès. Un personnage dans lequel il se retrouve. Il a connu la disette pendant la guerre comme le célèbre chroniqueur du Moyen-âge au lendemain de la guerre de Cent Ans. « Le martèlement des bottes sur les routes de France évoquera pour lui le vers célèbre : En mon pays, suis en terre lointaine ».

Paul SALA. Un portrait.

Il cumule avec son célèbre héros les points communs. Turbulent, rouspéteur, il a horreur de la contrainte, et l’on ne s’éloigne guère du chantre des escholliers qui descellaient le Pet du Diable, du chenapan qui s’abouchait avec les compagnons de la Coquille. Villon n’avait pas de plus fervent admirateur que le Prévôt de Paris. Et l’aventure est toujours nichée au coin de la rue de la Grande Truanderie où les traditions subsistent : cours des miracles, ribaudes, tire-laine, crocheteurs, lieutenant criminels, Châtelet ». Seuls les termes ont changé, tout comme la langue verte qui a évolué.

Ma dernière correspondance avec Paul Sala date de novembre 2004, et malheureusement, son écriture était tremblotante, quasi illisible. Aujourd’hui il aurait plus de quatre-vingt dix ans. Est-il encore en bonne santé ?

Ce portrait a été réalisé grâce à une correspondance personnelle, à Fleuve Noir Information 77/78 daté de 1971 et Mystère Magazine N°308 de 1973.

 

Paul SALA. Un portrait.

Collection Spécial Police

773 : Le Savoyard (1970)

851 : Le Savoyard prend ses patins (1971)

922 : Alerte à toutes voitures (1972)

968 : Les Braqueurs (1972)

1012 : Le Journal d'un juge (1973)

1032 : Le Savoyard et la Vaudoise (1973)

1061 : Le Savoyard a le punch (1973)

1100 : L'Indic a tort (1974)

1147 : Interpol (1974)

1158 : Les Dépouilleurs (1975)

1183 : L'Héroïne d'Amsterdam (1975)

1262 : Code vénal (1976)

1271 : Faubourg Montmartre (1976)

1285 : Miss flic (1976)

1317 : Filière blanche pour l'ami noir (1977)

1321 : Une Bande décimée (1977)

1337 : Un Loubar (1977)

1347 : La Mort en petites coupures (1977)

1361 : Au nom du flair (1977)

1387 : Des Cendres à chaque otage (1978)

1404 : Trafic d'âmes (1978)

1421 : Une Garce (1978)

1428 : Le Savoyard au Canada (1978)

1434 : Au nom du vice (1978)

1449 : Le Forcené de Chibougamau (1978)

1463 : Monsieur Lucien (1979)

1484 : Le Monstre de la Vanoise (1979)

1490 : Ma canaille au Canada (1979)

1499 : Les Voraces et les coriaces (1979)

1523 : Tueries Pigalle (1979)

1535 : On va tuer le Président (1979)

1546 : Tel père, tel flic (1980)

1567 : La Châtaigne... faut aimer (1980)

1581 : Contre deux rançons (1980)

1613 : Le Disparu de Montparnasse (1981)

1649 : Les Marionnettes de Manhattan (1981)

1667 : C'est pas fait pour les chiens (1981)

1698 : Cauchemar blanc (1982)

1719 : Brooklyn, 14e district, j'écoute... (1982)

1750 : Jusqu'au dernier (1982)

1778 : Bon flic, bon genre, etc. (1983)

1834 : Le Cimetière des éléphants (1983)

 

Collection Grands Succès

Le Roy des Coquillards

Paul SALA. Un portrait.
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Published by Oncle Paul - dans Entretiens-Portraits
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25 avril 2015 6 25 /04 /avril /2015 14:52

Une hirondelle ne fait pas le printemps, elle fait l'enfer.

Michel VIGNERON : Un vent printanier.

En ce 16 juillet 1995, une petite foule se presse auprès du monument rappelant la Rafle du Vélodrome d'hiver le 16 juillet 1942. Cinquante trois ans se sont écoulés et Jacques Chirac, le nouveau président de la République va s'adresser en public lors de cette commémoration. Parmi les personnes venues l'écouter de nombreux Juifs composent cette assemblée. La gamine qui accompagne son arrière-grand-père en fauteuil roulant aurait préféré être avec ses amis aux Champs Elysées, car il faut l'avouer il ne lui adresse quasiment jamais la parole, ses pensées tournées vers le passé. Pourtant peu à peu, en entendant les paroles de Jacques Chirac, elle sent qu'il se passe un événement sans précédent.

D'ailleurs son papé en a les larmes aux yeux et elle l'entend qui prononce ces mots : Il l'a dit. Pour la première fois depuis cinquante-trois ans, La France reconnait son implication entière dans cette rafle, seuls les policiers français ayant participé à cette ignominie. La France fait acte de repentance.

Une vieille dame, plus jeune que l'homme assis dans un fauteuil roulant, a elle aussi assisté à ce discours, accompagnée de son petit-fils. Il est bon que la jeunesse, dont l'enseignement de l'histoire de France est aléatoire, apprenne qui furent les véritables artisans de cette rafle. Des Français et non pas des Allemands. A un mouvement de foule, elle aperçoit le vieux monsieur et le reconnait, plus de cinquante ans après. Il faut absolument qu'ils se parlent et joignent leurs deux bouts d'étoile juive afin de renouer en évoquant un passé douloureux.

 

Le 15 juillet 1942, la rumeur court. Une rafle va être organisée, contre les Juifs. Une de plus. Seulement à l'encontre des Juifs étrangers. Allemands, Autrichiens, apatrides... De toute façon pour les bons Parisiens, les bons patriotes, ceux qui adhèrent au système de Vichy et même aux catholiques intégristes, cela ne peut qu'être utile. Mais ce qu'ils ignorent, c'est que René Bousquet et ses sbires, dont Emile Hennequin, vont organiser cette opération que seules les forces policières françaises mèneront. Ils vont même aller plus loin que ce que désiraient les Allemands, c'est à-dire que dans un louable sentiment d'humanisme (!!!) les enfants et les femmes ne seront pas séparés des hommes et tous seront conduits au Vélodrome d'Hiver avant d'être dirigés vers des camps en Allemagne. Mais les événements sont plus tragiques que ce que pouvait imaginer l'opinion publique même si certains auraient voulu encore beaucoup plus dans cette forme d'épuration. Que tous les Juifs soient arrêtés, Français ou non, et exterminés.

De cette narration douloureuse, émouvante, poignante, violente, émergent quelques figures auxquelles l'auteur va s'attacher à reconstituer le parcours sur quatre journées sans fin.

Rachel malgré ses treize ans est la chef incontestée de la petite bande des Etoiles de Shérif, un gang composé de Michel, Simon et Samuel. Ils s'amusent dans le quartier et souvent ils sont confrontés à une bande de Goys. Les échanges sont musclés et parfois même scatologiques. Mais le 16 juillet au petit matin il n'est plus l'heure de s'amuser.

Les policiers, imbus de la mission qui leur est confiée, investissent les immeubles, munis de listes d'habitants juifs, et défoncent les portes lorsque les locataires n'ouvrent pas assez vite. Souvent il ne reste plus que les femmes et les enfants, les pères s'étant évanouis dans la nature. Parmi ces policiers vindicatifs, hargneux et profondément antisémites pour des raisons dont ils ne connaissent pas forcément l'origine, mais obéissants aveuglément aux ordres reçus, les devançant même dans certaines occasions, François. Il ne réfléchit pas, il exécute ce que l'on lui a demandé de faire, et il veut montrer, démontrer qu'il est un bon Français, selon les exigences vichystes édictées par Pierre Laval. Alors il arrête dans la foulée des Juifs Français, pour faire bon poids, et à la moindre velléité de résistance il les tue. Il a toujours une bonne excuse auprès de ses responsables qui préfèrent fermer les yeux sur ces agissements.

Mais dans son aveuglement et son inconscience, le képi lui mélange les neurones, il va outrepasser les ordres, et organiser, avec deux autres collègues dépassés par les événements et soumis à son influence néfaste, des tortures dans une enceinte cachée du Vélodrome d'Hiver à des fins de vengeance personnelle.

Jean est lui aussi policier. Il obéit mais il est bouleversé par le regard d'une jeune mère, par un enfant confiant qui lui tient la main. Tous ne sont pas comme François et certains policiers vont fermer les yeux lorsque des Juifs parviennent à prendre la fille de l'air. Et Jean à un certain moment va se transcender, chercher à sauver des vies.

Dans l'enceinte du Vel d'Hiv où sont confinés hommes, femmes, enfants de tous âges, la tension monte et les conditions de survie se dégradent.

 

C'est dans cette ambiance délétère que Michel Vigneron raconte au travers des déboires et des confusions, des certitudes et des regrets, des amours et des amitiés perforées, les pérégrinations d'une dizaine de personnes prises dans la tourmente, la subissant, l'avalisant, l'avilissant aussi. Des personnages, héros en puissance et monstres affirmés, qui ne pourront pas quitter votre esprit le livre refermé.

L'opération Vent Printanier, tel était le nom donné à cette manifestation d'horreur commanditée par Bousquet, mais plus de soixante dix ans après, la mentalité n'a pas changé. Les Juifs sont toujours la cible de quelques excités qui prennent de plus en plus d'hardiesse devant la montée du racisme et de l'antisémitisme prônée par des individus dont les discours ne sont même pas pointées du doigt ou si peu. Et ce ne sont pas les déclarations démagogiques, ou des lois, qui y changeront quelque chose. Ce sont les mentalités qui doivent être éduquées en profondeur.

Un roman, souvent dur, dont l'action principale se déroule du 15 juillet au 18juillet 1942, qui emprunte à la réalité. Un roman-document réaliste qui devrait faire réfléchir toute une frange de la population alors que l'antisémitisme progresse. Mais les religions elles-mêmes sont souvent à l'origine de ces débordements par leur intransigeance, leur intégrisme, leur intolérance, leur certitudes et leur fanatisme.

Cette chronique n'est qu'un petit aperçu de ce roman qu'il faut lire pour comprendre toute l'ignominie développée durant ces quelques jours qui restent une tache dans l'histoire de la police.

 

Dans cette même collection [39-45] dont je n'aurai de cesse de vanter et de vous conseiller de découvrir, lire également :

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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