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8 avril 2015 3 08 /04 /avril /2015 15:42

Pourtant, on n'en sait jamais assez, paraît-il...

Nils BARRELLON : La fille qui en savait trop.

L'arrestation programmée de Bogdan Milanković, un Serbe de quarante-six ans qui a participé en 1995 aux côtés de Ratko Mladić aux massacres de Srebenika, est plutôt houleuse.

Il était recherché par les Stups mais également par la Criminelle suite à l'égorgement d'un petit malfrat qui aurait voulu le doubler. Le commissaire Nils Kuhn dirige la manœuvre, accompagné de Jérémy Lefort, un Seino-dionysien ancré dans sa banlieue du 9.3, parler y compris, Alain, l'encyclopédie ambulante, et quelques autres dont d'Anissa, une jeune stagiaire qui en veut.

L'arrestation se passe relativement bien, à part Anissa qui écope d'une balle. Une balle qui n'a pas été perdue.

Cette affaire réglée, Anissa à l'hôpital se remettant tout doucement de sa frayeur et de sa plaie, Nils Kuhn a droit à quelques jours de vacances et il entend bien en profiter avec son garçon, qui vit avec sa mère. Quelques jours à Marrakech, hors vacances scolaires comme ça ils ne sont pas embêtés par les criaillements de gamins turbulents, et il faut pense à rentrer. La belle vie cela ne dure guère. La preuve, à peine arrivés à Orly, alors qu'ils attendent les bagages qui font des tours de piste gratuits, Nils Kuhn est importuné par son téléphone.

Une main a été retrouvée dans l'auge aux cochons. Mais pas n'importe quels cochons. Ceux du Jardin des Plantes, des cochons rares d'origine diverses qui ont été offerts par des personnalités étrangères à de hauts personnages français. Et bien entendu, lorsque Nils veut savoir où sont passés les autres morceaux qui étaient primitivement accrochés à cette main orpheline, le directeur du parc pousse les hauts cris. Pourtant il va bien falloir qu'il accepte la décision. Les cochons vont être abattus afin de pouvoir leur pratiquer une autopsie et rechercher des morceaux non encore digérés, des bouts d'os, des mâchoires avec dents incluses.

Et après, lorsque ces morceaux ont été retrouvés, au grand soulagement de Nils Kuhn car si rien n'était caché dans l'estomac des porcs, il est évident qu'il aurait exigé une boucherie pour rien et que le procureur ne l'aurait pas digérée, donc lorsque les restes sont mis à jour, il faut comprendre le pourquoi de cette farce macabre. Le corps devait disparaître, c'est un fait, mais en quoi cette personne gênait et qui, c'est ce qui reste à définir.

Des lacunes s'avèrent préjudiciables, le directeur passant par une société privée de gardiennage, et or ce soir-là justement le gardien était absent et non remplacé. Les économies de bouts de chandelle sont prioritaires comme partout. L'une des premières vérifications à effectuer, est bien sûr de visionner les enregistrements vidéos nocturnes afin d'éventuellement procéder à une identification d'individus étant entrés par effraction ou non dans le parc. Deux silhouettes sont repérées lors du visionnage, trop floues pour obtenir une description précise.

Toutefois, quelques témoignages recueillis dans le voisinage et surtout celui d'une femme, qui maîtrise mal le Français, et qui donne rendez-vous au commissaire dans un café du XVIIIe arrondissement parisien vont quelque peu décanter l'enquête. Nils Kuhn s'y rend, accompagné de ses adjoints disséminés un peu partout, et attend la venue de cette précieuse informatrice. L'échange verbal est assez compliqué, heureusement N'Guyen est au bout du fil et tente de décrypter les paroles de cette apeurée à l'aide d'un ordinateur-traducteur de slovène. Un motard, casqué comme il se doit, entre dans le bistrot et tire sur la jeune femme. La piste s'effondre avec la mort de ce témoin mais tout n'est pas perdu.

Des ors d'une ambassade aux bas-fonds parisiens, Nils Kuhn enquête, et parfois le danger le guette dans les escaliers. Heureusement Anissa est là pour le tirer d'un mauvais pas. Comme quoi il faut savoir désobéir aux ordres d'un patron paternaliste.

 

Malgré une narration humoristique, surtout dans la première partie de cette histoire, ce nouveau roman de Nils Barrellon plonge le lecteur dans l'enfer de la prostitution exercée à l'encontre de jeunes femmes Slovènes, Serbes ou Croates. Des jeunes filles ou femmes, désemparées, qui pensent trouver du travail et la liberté en quittant leur pays, subjuguées par les belles paroles de bellâtres esclavagistes.

L'enquête de Nils Kuhn est ardue et périlleuse, et les premiers chapitres mettant en scène Bogdan Milanković ne sont pas pour donner un peu plus de poids au volume, mais s'intègrent dans le récit. Quant au séjour au Maroc, faut bien que jeunesse s'amuse.

Un roman habilement construit, qui ne manque ni d'actions, ni d'humanisme. Et Nils Kuhn et ses hommes, sans oublier Anissa bien sûr, sont sympathiques et complémentaires. Seul Jérémy Lefort est quelque peu énervant avec son parler en verlan.

 

- Mmm, c'est peau d'zob, ton quetru, dit Lefort.
- Jérémy, soigne ton langage, tu est pénible.
-Ben quoi ? On voit queud !

 

Nils BARRELLON : La fille qui en savait trop. Editions City. Parution le 11 mars 2015. 288 pages.16,50€.

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8 avril 2015 3 08 /04 /avril /2015 12:38
Robin ESSER : Rallye-missiles

Un rallye qui n'est pas inscrit au calendrier

du Championnat du Monde !

 

Robin ESSER : Rallye-missiles

Les rumeurs sont les rumeurs, mais lorsqu'elles sont accompagnées de mort, peut-être faut-il les prendre au sérieux. Les Soviétiques auraient l'intention de désintégrer le réseau de sécurité de l'Allemagne de l'Ouest et convoiteraient les plans d'un nouveau missile, le X14.

Les Anglais qui ont élaboré et construit cette petite merveille avec l'aide des Américains sont ennuyés car la perte des plans signifie la rupture d'un marché juteux avec un pays arabe, et concernant une grosse commande d'armes. Platt, un spécialiste semi privé est envoyé à Bonn pour faire le point. Il y retrouve Van Eyck et sa demi-sœur Inez qui enquêtent pour le compte de l'Otan et contacte Wesson l'attaché de presse de l'armée à l'ambassade, dont la secrétaire allemande effectue de nombreux voyages en Allemagne de l'Est.

Des soupçons pèsent sur un photographe, Kramer, dont la femme occupe un emploi dans les services de l'Etat. Le docteur Kosky, un trafiquant, s'approprie dans une base un missile et transporte l'engin à bord d'une VW. Platt et les envoyés de l'Otan apprennent que les Kramer se rendent en RDA, à Leipzig, soi-disant pour enterrer une vieille tante. Platt pense que le missile pourrait se trouver dans le cercueil et il se rend au cimetière en compagnie de Julius et d'Inez, ignorant qu'il est la mire d'un Russe, le capitaine Ogarev, qui suit les ordres de Moscou.

Pendant ce temps Kosky et sa maîtresse continuent leur périple en sens inverse. Howard, un journaliste ami de Platt et correspondant à Bonn, est mis sur la piste de Kosky par l'un de ses informateurs, et pond un article qui alerte Perkins, le supérieur de Platt. Perkins prépare le filet qui doit prendre Kosky à son arrivée à Londres. Celui-ci se débarrasse du missile par trop encombrant à Abbeville et le fait acheminer en Grande Bretagne par des comparses.

Après avoir essuyé des coups de feu au cimetière, Platt et ses amis sont attaqués sur l'autoroute qui les mènent de Leipzig à Bonn. Julius blessé est provisoirement mis sur la touche et Platt et Inez rejoignent Londres sur les traces de Kosky. Inez suit Marie jusqu'à un entrepôt qu'elle visite le soir même avec Platt. Ils sont agressés alors qu'ils tentent de percer le mystère de caisse à destination de Varsovie, par Ogarev. Le Russe ne survit pas au combat.

Platt met les journalistes aux basques de Kosky. Celui ci parvient à échapper à la meute mais pas à son vieil ennemi des services secrets qui le prend en filature.

 

Un roman de contre-espionnage qui serait assez conventionnel si la chute n'était là pour tout remettre en cause. Pour une fois dans ce genre de roman, les vainqueurs ne sont pas ceux que l'on croit même si tout le monde est satisfait du résultat.

Aventure, amour et passion au programme pour une histoire menée tambour battant. Si rapidement que certains renseignements glanés par les services du même nom, le sont dans une sorte de confidentialité comme si le lecteur n'avait pas besoin de savoir la provenance des informations. A moins que l'auteur soit resté délibérément dans le flou afin de ne pas avoir à donner d'explications nébuleuses.

 

Pourquoi faut-il que les Allemands soient si morbides ?

 

Robin ESSER : Rallye-missiles (The raper chase - 1971. Traduction de Marcel Frère). Série Noire 1571. Parution mars 1973. 192 pages.

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7 avril 2015 2 07 /04 /avril /2015 08:15

Il faut savoir s'arrêter, et surtout où !

Jean AMILA : Terminus Iéna.

Le cadavre repêché au pont d'Austerlitz n'est pas celui de Charles Evariste Stern. Sa femme en est persuadée. D'ailleurs ce n'est pas d'un cadavre qu'elle veut, mais son mari disparu depuis trois mois.

L'appartement Stern est soufflé par une explosion qui ne peut être imputée à Stern puisque celui-ci tourne un film à grand spectacle retraçant l'épopée napoléonienne dans la plaine champenoise et adaptée du roman de Balzac, Une ténébreuse affaire. Geronimo se rend sur place et glane quelques renseignements auprès de Giberne, le réalisateur, et de Keth, préposée à la régie. Léonard, l'ex amant de la belle s'arrange pour prendre la place de Fernand le régisseur. Autour de tout ce petit monde cinématographique gravitent des Allemands de l'Est, venus superviser le bon déroulement du film pour le compte des coproducteurs et ainsi favoriser une ouverture vers l'Est.

Geronimo, et il n'est pas le seul, pense que ce sont tout simplement des agents des Services secrets. Selon Keth, Stern ne serait pas Stern, mais une sorte de sosie. D'après des dossiers de la P.J. il ressort que Stern, une dizaine d'années auparavant, aurait été confronté à ce même phénomène de substitution d'identité. Une demoiselle Legallec, institutrice, aurait aimé Malavoine, un spécialiste des bombes, disparu de la circulation depuis un bon bout de temps. Or elle aurait pris Stern pour Malavoine lors d'un voyage à Alicante. Elle assiste avec Geronimo à un cocktail au cours duquel elle doit donner son impression sur Stern. L'acteur la remarque. Le soir même elle est victime d'un accident de la circulation.

En compagnie de Léonard, Geronimo surprend Fräulein Schickemühle dans le bureau parisien de la régie. Léonard l'accuse d'avoir photographié des documents mais ils la laissent repartir avec son appareil. Le juge d'instruction et le commissaire Verdier, patron de Geronimo, ne suivent pas l'officier de police dans ses suppositions concernant la double identité Stern-Malavoine et lui demandent d'étayer ses soupçons. Les séances du film exigeant un déplacement sur les lieux de la bataille d'Iéna, tout le monde embarque dans un autobus affrété pour la circonstance, seulement la petite troupe est arrêtée à la frontière entre les deux Allemagne. Un bus identique au leur les a précédé et les douaniers les refoulent à cause de leurs faux passeports. Une substitution que Geronimo impute à la Fräulein photographe et ses complices.

Stern rejoint Iéna en calèche en compagnie de la vedette féminine du film. Des incidents émaillent son parcours. Ce n'est plus un Napoléon qu'ils croisent, mais trois. Geronimo tente de l'arrêter afin de lui demander à quoi peut correspondre un antibrouillard installé sur le bus et contenant une mini-bombe. Stern s'enfuit avec la moto du flic et le phare incriminé. Une fuite qui se termine en fumée. La C.I.A. serait également sur place à surveiller ou empêcher ce rapprochement franco-allemand.

 

Terminus Iéna s'inscrit dans les démons et les dénonciations d'Amila. On y retrouve les Services Secrets, les fameux Foderch, la présence des Allemands et l'envie de rapprochement, son esprit caustique et sa haine de la dictature dont Napoléon est l'un des représentants. Les amours de Mad et de Géronimo pimentent ce roman à part et dans lequel les participants, vedettes ou figurants, oscillent entre rêve et réalité, échappant parfois à l'auteur, recommençant la bataille de Iéna, sur le terrain même où celle-ci s'est déroulée.

On ne saurait trop conseiller de lire ou de relire l'article de Jean-Paul Schweig. consacré à Jean Amila et son œuvre dans L'Almanach du crime 1982 de Michel Lebrun.

 

Jean AMILA : Terminus Iéna.

- Un policier aux cheveux tombant sur les épaules, aux fréquentations douteuses, aux opinions certainement gauchisantes... Quel crédit pouvons-nous accorder à ses divagations, je vous le demande ?
- Le crédit qu'il faut accorder à la vérité.

 

Jean AMILA : Terminus Iéna. Série Noire N° 1559. Parution Février 1973. 256 pages. Réédition Carré Noir N° 571. Aout 1986.

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6 avril 2015 1 06 /04 /avril /2015 13:18

Mignonne allons voir si Sclérose,

Qui ce matin avait éclose

A enfin perdu cette vêprée

ce combat par tous mené...

COLLECTIF : Silencieuse et Perfide.

Pardon M'sieur Ronsard pour ce détournement.

Quatorze auteurs ont trempé leurs plumes dans l'encrier de la solidarité, afin de nous sensibiliser à la progression d'une maladie mal connue dont les effets peuvent induire en erreur les personnes qui côtoient celles qui en sont atteintes.

Ils se sont investis, soit par pure philanthropie et empathie, soit parce que eux-mêmes possèdent dans leur entourage de la famille ou des amis qui sont atteints de cette maladie Silencieuse et Perfide. Alors ils ont écrit chacun un texte à leur image, sincèrement, sans chercher à jouer dans le misérabilisme, restant simples mais prouvant leur empathie envers les victimes, jouant parfois avec le dérisoire et l'humour.

 

Voici par ordre d'entrée en scène, Gaylord Kemp, animateur du blog Du Bruit Dans Les Oreilles, et initiateur de ce recueil : En t'attendant est narré, à la première personne, par une future mère atteinte de sclérose en plaques et qui n'a pas renoncée à la vie puisqu'elle s'adresse à une enfant en fin de gestion. Une transmission, non de la maladie, mais de l'espérance d'une cellule familiale.

 

Frédéric Coudron enchaîne avec Les Apparences. Une jeune femme est retrouvée morte, nue, dans sa baignoire, un sac sur la tête. Pas de traces de coupures, pourtant du sang est étalé sur le sol, près d'une lame de rasoir. Donc, selon toute apparence, l'assassin se serait coupé. Farid, l'un des jeunes lieutenant de Catherine, l'enquêtrice, a déjà son avis sur la question et il est persuadé d'avoir raison. Un jeune imbécile qui se fie trop à ce qu'il voit et déduit, sans réfléchir, tandis que Catherine suit la procédure et sent que quelque chose n'est pas net. A noter que l'un des protagonistes se nomme Bernard Pouy.

 

Bénédicte Boullet, la seule représentante féminine ce qui est un peu dommage, nous entraîne dans Désirs à la suite d'Eva, jeune femme qui vient d'avoir de recevoir de bonnes nouvelles. Sa sclérose en plaques s'est stabilisée. Alors pourquoi ne pas en faire profiter son mari ?

 

Christian Rauth est acteur, scénariste et romancier, quoique cette dernière activité, il la pratique en dilettante. Dans Synapses, il laisse éclater un humour pince-sans rire qui fait mouche. Le narrateur est en baisse de forme. Il ne fait plus rien ce qui désole sa femme. Normal, le médecin lui diagnostique une suspicion de SEP. Alors, pourquoi ne pas en profiter.

 

Avec Gilles Gaillot, c'est Complaintes d'une vie presque trop ordinaire. Il est découpeur de cadavres, et depuis plus de vingt-cinq ans, il travaille comme un artiste. Voilà, c'est ça, c'est un artiste artisan. Ou le contraire. Et il découpe de petits morceaux de viande, amoureusement, malgré son handicap de sclérosé en plaques. Il veut faire plaisir à ses clients avant de passer la main.

 

Bertrand B. (qui signe également sous le nom de Bertrand Binois la couverture de l'ouvrage) propose Sous quelle étoile. Le docteur Rubiel jubile. Rita, sa patiente, est atteinte de sclérose en plaques, et il est fier de lui montrer sur les radios les petites taches noires qui démontrent que la maladie est à un stade avancé. Mais pour une fois, la vie a joué un drôle de tour à Rita, que son amie Laura qualifie de parfaite et de chanceuse. Mais Rita n'est pas que ça, elle est râleuse, geignarde. Alors Rita décide de porter réclamation. Humour noir garanti.

 

Stéphane Marchand déclare Quand tout allait bien. Mais c'était avant. Car Gary avait tout pour lui. Quinquagénaire bien de sa personne, riche, attirant les jeunes filles dans son lit, se prélassant à bord de son catamaran. Jusqu'au jour où le nouveau responsable de la Banque Royce le contacte et lui signifie qu'il va être obligé d'effectuer un petit travail, sinon... C'est dur parfois la vie de riche !

 

Pierre Gaulon, sentant le printemps venir se sert de son Taille-haie. Ou plutôt il a confié la tâche à Julie qui veut entretenir sa haie et la couper. Mais lorsqu'on est atteint d'une sclérose en plaques, ce n'est pas facile avec des membres qui ne répondent plus aux sollicitations du cerveau.

 

Dans l'univers de Jess Kaan se meut Uthoff, la tique. Lou-Ann se réveille d'une léthargie provoquée, elle s'en souvient, par un coton imbibé de chloroforme. Elle n'est pas seule dans la pièce à être enchaînée. Trois autres personnes sont prisonniers, un homme à l'air austère d'un professeur et deux femmes. Ce n'est pas le seul lien qui les unit, ils sont tous atteints de sclérose en plaques. Mais pourquoi les avoir enlevés ?

 

Associé à Michaël Moslonka Gaylord Kemp revient avec L'ombre de personne. Claire n'est pas bien. Elle est allongée sur un lit d'hôpital. Séraphine est présente. Claire est sa meilleure amie. Reviennent en flots les souvenirs, les moments passés avec cette Miss Parfaite. Il est vrai que Claire n'est pas atteinte de Sclérose en plaques.

 

Une existence sans contrainte, tel est le souhait de David Lecomte. Le narrateur est un rêveur. D'autres, des personnes mal intentionnées sans aucun doute, le qualifieraient de fainéant. Il est vrai qu'il a hérité de son paternel une somme conséquente, à la mort brutale de celui-ci. Mais il faut bien justifier cette paresse dans laquelle il s'englue avec ravissement.

 

Next Level, another day, de Fabio M. Mitchelli, nous emmène dans un Paris qui a mal vieilli, en 2034. Le 11 septembre 2029, un groupuscule terroriste a perpétré un attentat, coûtant la vie à plus de dix-sept mille personnes, détruisant de nombreux monuments prestigieux. Des étudiants en marketing et tourisme ont alors eu l'idée de proposer des visites touristiques qu'ils ont appelés Apocalyps Travels. Et les touristes, ce n'est pas ce qui manque.

 

Samuel Sutra, abandonnant encore une fois, après Kind of Black, Tonton et ses sbires, qui auraient pu être interprétés au cinéma par les Charlots avec à leur tête dans le rôle de Tonton Michel Galabru, Samuel Sutra affirme Sans échappée possible. Le narrateur examine Michel accroché à la rambarde d'un pont parisien. Au loin le Pont-Neuf et une péniche qui passe dessous. Le narrateur aborde Michel, il le connait, bien c'est peut-être s'avancer, mais il le connait, participant aux même réunions où se retrouvent ceux qui sont atteints de SEP. Il sait ce que Michel a en tête, passer au dessus du parapet. Alors il lui parle et lui offre même une cigarette.

 

Enfin, le mot de la fin est donné à Patrick S. Vast, dont vous pouvez retrouver la chronique du roman Requiescant sur ce blog. Ronnie met en scène un jeune homme, Jo, la vingtaine, et qui se défini comme un authentique Mod. Un Moderniste, pour tout vous dire. Mais un moderniste de la vieille époque, de celle de l'année 64 qui vit fleurir bon nombre de groupes rocks, chassant les Gene Vincent et autre Eddie Cochran de leur répertoire. Les Who, les Kinks, les Small Faces... D'ailleurs c'est en hommage à ses derniers que le groupe de Jo s'appelle The Wood Faces. Surtout en souvenir de Ronnie Lane... Souvenirs, souvenirs...

 

Souvent dans ce genre de recueil assemblant des textes de commande ou spontané, les auteurs se laissent parfois aller à la facilité. Avec Silencieuse et Perfide, je n'ai pas ressenti ce laisser-aller, qui se traduit quelquefois par des textes laborieux. Tous se sont sentis impliqués à des degrés divers et pour certains, ils ont même résolument changé leur style, s'adaptant aux circonstances. Et tous ont soigné la chute, primordial dans une nouvelle.

Si j'ai déjà lu quelques œuvres de ces auteurs, certains m'étaient totalement inconnus, et pour moi c'est également une découverte bénéfique. L'envie de les retrouver dans d'autres aventures.

Mais il n'en reste pas moins que ce recueil devrait intéresser bon nombre de lecteurs, même ceux qui rechignent à lire des nouvelles.

Et puis si ma présentation ne suffit pas à vous inciter à acheter cet ouvrage, sachez que les bénéfices seront versés à l'AFSEP, Association Française des Sclérosés En Plaques.

COLLECTIF : Silencieuse et Perfide. Editions Fleur sauvage. Parution le 10 février 2015. 200 pages. 15,60€.

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6 avril 2015 1 06 /04 /avril /2015 07:48
Raf VALLET : Mort d'un pourri.

Mais ils ne sont pas tous morts...

Raf VALLET : Mort d'un pourri.

Député dont le principal souci est d'être un jour nommé ministre, Philippe Dubay tue Serrano, agent électoral, gros entrepreneur d'origine italienne qui doit en partie sa puissance à la Mafia.

Dubay se confie à son ami Xav, garde du corps, confident, secrétaire, et lui avoue avoir dérobé un carnet compromettant sur lequel Serrano notait toutes les magouilles dans lesquelles il trempait, noms des bénéficiaires à l'appui. Il lui demande de servir d'alibi.

La police est représentée par Pernais que Dubay a autrefois aidé dans sa carrière. Sachant que les deux hommes avaient rendez-vous, Alice, la secrétaire de Serrano accuse Dubay mais sans apporter de preuves. L'ami et mentor de Dubay, Fondari, dont la chaîne de drugstores cache des activités occultes, convoque Xav et lui demande de retrouver le carnet. En sortant du Palais Bourbon, Dubay est agressé par Valérie, la fille de Serrano, qui la veille avait aperçu le député pénétrer chez son père. Le député et Xav réussissent à la neutraliser et l'emmènent dans une propriété de Dubay en banlieue.

La jeune fille s'échappe et Xav découvre Dubay assassiné dans sa voiture. Il récupère les papiers compromettants et retrouve Valérie dans une communauté d'hippies. Valérie, qui s'était enfuie sur l'instigation de Dubay, s'accuse du meurtre du député mais Xav n'en croit pas un mot. Il l'emmène près d'Auxerre et la confie à Henriette, une quinquagénaire avide de castagne. Puis il rentre à Paris où il est suivi par des policiers.

Ducor, un conseiller juridique magouilleur et fasciste, invite Xav dans une partouze à laquelle est invitée également Christiane, la veuve de Dubay. Ducor et Christiane sont assassinés dans le lupanar et Xav est soupçonné par Maret, l'un des inspecteurs qui le file. Pernais somme Xav de lui ramener les documents et Valérie. Pendant ce temps, deux faux policiers s'introduisent chez Henriette qui défend chèrement sa peau. Les deux femmes partent en abandonnant les cadavres. Elles rejoignent Xav qui les conduit dans un chantier appartenant à Serrano puis il transmet des photocopies des documents mettant en cause un secrétaire d'état au Canard enchaîné et à Minute qui s'empressent de les publier.

 

Mort d'un pourri signé Raf Vallet est dû à Jean Laborde qui a signé également à la Série Noire sous le pseudonyme de Jean Delion. Il dénonce avec un certain humour la corruption, et place de petites phrases incisives en forme d'axiomes. On regrettera toutefois le dénouement conventionnel alors que la corruption, la prévarication dénoncées dans ce roman eussent pu apporter un épilogue plus politiques et plus réaliste.

 

La plupart des femmes étaient non des filles - il y en avait car cela relevait le goût - mais des dames qui venaient là avec leur ami ou leur mari, parce qu'ils aimaient rire et s'amuser en faisant l'amour, qui est si triste lorsqu'on le fait à deux sous des draps, comme si on en avait honte.

Raf VALLET : Mort d'un pourri.

 

Curiosité: Le SDECE, le SAC, le FLN, L'OAS sont largement évoqués dans ce livre qui s'avère comme une filiation directe des romans noirs américains.

Ce roman a été adapté au cinéma sous le titre éponyme par Georges Lautner en 1977, avec, dans les rôles principaux : Alain Delon, Ornella Muti, Stéphan Audran, Mireille Darc, Maurice Ronet...

 

Raf VALLET : Mort d'un pourri.

 

Raf VALLET : Mort d'un pourri. Série Noire N°1527. Parution octobre 1972. 256 pages. Réédition Carré Noir N°146. Parution Septembre 1973.

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5 avril 2015 7 05 /04 /avril /2015 15:31

Loup y est-tu ?

Jean-Pierre PERRIN : un entretien.

 

Entretien paru dans la revue 813 N°56, octobre 1996.

 

Dans la série "les jeunes auteurs sont passés à la moulinette", après Paul Borelli, Jean-Jacques Busino, Pascal Dessaint et Olivier Thiébaut, offrons-nous une excursion dans l'imaginaire de Jean-Pierre Perrin, qui vient de publier Le Chemin des loups aux éditions de La Table Ronde.

 

 

Jean-Pierre PERRIN : un entretien.

Après avoir voyagé dans toutes les parties du globe où il se passait un événement politique, Francis le narrateur débarque à Besançon soi-disant comme envoyé spécial. En réalité c'est une voie de garage, une punition pour avoir purgé quelques mois de prison. Il a oublié son rôle de journaliste et a frayé avec les terroristes de l'ETA ou du Sin Fein irlandais. Le couperet est tombé, et le voilà seul, désemparé, dans la cité horlogère. Un cadavre dépecé est repêché dans le Doubs, et il se fait remonter les bretelles par sa direction pour ne pas avoir fourni la primeur de l'information. D'abord il n'était même pas au courant, trop absorbé à écluser et à se débattre avec ses souvenirs. Seulement son passé le rejoint avec l'arrivée d'Angela qui lui avait permis de découvrir la vie clandestine de l'organisation indépendantiste d'Euskadi. Alors qu'il croyait subir une petite vie pépère, ennuyeuse dans une ville engluée sous la neige Francis se trouve plongé dans une enquête qui se transforme vite en rodéo.

 

Lui-même journaliste à Libération, Jean-Pierre Perrin décrit la région de Besançon avec réalisme, sans pour autant user des clichés de carte postale ou dépliant d'offices du tourisme. Et s'il utilise quelques poncifs du roman noir - le héros s'imbibe d'alcool pour oublier sa déchéance et ses ennuis, il écoute du jazz et du blues et se fait consoler par les femmes après avoir donné horions et récolté plaies et bosses, ce que l'on pardonnera volontiers pour un premier roman - Jean-Pierre Perrin développe des thèmes d'actualité et griffe au passage les nouveaux philosophes. Sérieux et humoristique à la fois, Chemin des Loups est la bonne surprise de la rentrée, et espérons que nous retrouverons le journaliste Francis dans de nouvelles aventures !

 

Timide ou pudique, Jean-Pierre Perrin ne se dévoile qu'à petites touches. Aussi ne vous attendez pas à de fracassantes révélations sur sa vie privée. En voici toutefois quelques bribes :

- Je fus un élève paresseux et laborieux qui n'arrivait pas à mieux faire. En 1974, un voyage de quatre mois en voiture sur la route des Indes m'a permis de faire mes humanités ailleurs qu'en fac. Je professe une longue passion pour l'Himalaya, ce qui m'a permis d'étudier le Lhamo ou grand opéra populaire tibétain - un truc qui dure huit heures et s'avère terriblement ennuyeux dès la première seconde. Une de mes secondes patries est l'Afghanistan, pays que j'adore quand j'arrive et que je hais quand j'en pars. J'ai vécu en Iran après la Révolution, et, pendant trois ans, dans quelques émirats arabes. J'ai longtemps bossé à l'AFP, en province et à l'étranger, puis j'ai été adjoint du service étranger de Libération de 1992 à 1995. Aujourd'hui je suis responsable de la rubrique Proche, Moyen-Orient et Asie centrale.

 

- Etes vous un grand lecteur de polars ou de romans noirs?

- Malheureusement, oui. Malheureusement parce que, trop souvent, je me laisse aller à lire un polar médiocre, convenu, besogneux au lieu d'aller à la découverte d'auteurs de genres différents ou de relire quelques classiques. J'adore la poésie et je me maudis parce que cela fait plusieurs années que je n'ai pas relu René Char, Lorca, Rimbaud,... Disons que le polar encourage ma paresse naturelle, en tout cas, il me sert de bouc-émissaire. Polar, levez-vous ! Z'êtes accusé d'avoir corrompu un honnête lecteur.

 

- Quels auteurs ont votre pr‚f‚rence ?

- D'abord Cervantès. C'est le père de la littérature moderne, et peut-être celui du polar. Car la quête à la fois dérisoire et sublime de Don Quichotte annonce celle des privés que j'affectionne. Il y a la solitude, les moulins à vent, les plaies et les bosses et au bout du long et âpre chemin une vérité souvent amère. Quand Cervantès écrit que "la meilleure auberge, c'est le chemin", il veut dire que la quête de la vérité est plus importante que la vérité et je souscris tout à fait. Est-ce à cause du "chevalier à la triste figure" que j'apprécie beaucoup les auteurs espagnols, comme Gonzales Ledesma - Soldado (L'Atalante) est un très grand bouquin - ou Mendoza, beaucoup moins Juan Madrid. Quant à Montalban, je trouve que Pépé Carvalho, son privé, s'empâte un peu de livre en livre. Il va bientôt ressembler à Sancho Pança. Attirance extrême aussi pour le polar américain. Dans un genre très différent, Chandler et Ellroy me semblent indépassables. En revanche, je plaide coupable de bailler en lisant Hammett; certes il y a le style Hammett mais je n'arrive pas à m'intéresser à ses histoires. C'est grave, M'sieu le commissaire politique? Combien je vais prendre d'années de rééducation? Du côté français, j'aime tout particulièrement la petite musique de Pouy; mes derniers coups de cœur datent d'ailleurs un peu : "La belle de Fontenay" de Pouy (Série Noire) , "Quai de l'oubli" de Philippe Huet (Albin Michel), et "Fou-de-coudre" de Setbon (Rivages Noirs). Hommage aussi à nos chers disparus : Cook, Manchette, ADG - je sais qu'il n'est pas mort mais vu ce qu'il a pondu ces dernières années, c'est comme si. J'ai du mal à citer de jeunes auteurs mais je ne les connaît pas tous. Globalement, si je me fonde sur les lectures, je trouve que le polar français manque d'ambition.

 

Vous avez cité en premier Cervantès comme auteur ayant votre préférence. Est-ce pour cela que deux personnages de votre nouvelle "Le matador" (cf 813 N°47) ressemblent physiquement à Don Quichotte et Sancho Pança ?

- Maintenant que vous me le dites, peut-être. Mais c'est inconsciemment que je les ai décrits ainsi. Une réminiscence littéraire involontaire qui s'est glissée à mon insu.

 

- Votre héros vous ressemble-t-il ?

- Pas du tout. Il aime surtout les whiskies pur malt des Lowlands, je préfère ceux des Highlands. Pareil pour le jazz, il en préfère la part sombre, Coltrane, Monk... j'aime tout autant la part lumineuse du jazz, celle d'un Stan Getz par exemple. Les femmes, il les préfère brunes et moi plutôt blondes. Et si lui a beaucoup traîné dans les maquis kurdes, j'ai plutôt couru ceux des moudjahidines afghans.

 

- Etes-vous proche sentimentalement des révoltés, des séparatistes, des révolutionnaires ?

- Instinctivement, j'éprouve de la sympathie pour tout homme qui se révolte contre un ordre établi en gueulant qu'il n'est pas un esclave; j'avoue d'ailleurs avoir passé mes vacances pendant plusieurs années à trimballer clandestinement des montagnes de fric pour une guérilla lointaine. Cela dit, une fois cette sympathie passée à travers le tamis de la raison, les nobles causes sont souvent moins nobles. La cause irlandaise est belle mais je tiens les militants de l'IRA pour des barbares. Leur façon de rendre la justice est épouvantable : les violeurs doivent être sévèrement punis mais méritent-ils pour autant le châtiment dit du "pack de quatre" ? Une balle dans chaque genou, une autre dans chaque coude. Et pour que les balles rendent à jamais invalide le supplicié, elles sont tirées de l'intérieur de l'articulation afin de faire éclater les os. Imaginons maintenant que les bourreaux se soient trompés de bonhomme ! En revanche, comme rien n'est simple, la mort de Bobby Sands et de ses copains à la prison de Long Kesh après une grève de la faim effroyable et la méchanceté sinistre et crasse de l'oraison de Margareth Tatcher m'ont beaucoup touché. Je n'ai pas pu m'empêcher de rappeler cet épisode dans Chemin des loups. Quant à l'ETA, c'est pire. Autant j'ai applaudi des deux mains quand ils ont fait sauter Carrero Blanco, l'âme damnée de Franco, autant je les trouve ignobles quand ils flinguent un flic dans l'Espagne de Felipe Gonzales, pour ne rien dire des attentats contre les civils. Tout ça pour dire que si la révolte armée est légitime dans une dictature ou une autocratie, elle est inadmissible dans une démocratie. Reste à voir tout cela sous l'angle littéraire : un homme traqué, en lutte contre l'ordre établi, qui risque sa peau pour un idéal, c'est toujours passionnant.

 

- L'alcool, le Jazz, les femmes sont la marque de fabrique du roman noir. Etait-ce raisonnable de les incorporer à votre roman ?

- C'est vrai, ce sont des poncifs mais j'avais envie de m'amuser avec les lois du genre. Le critique de la revue Lire prétend même que Chemin des loups est une variation ironique sur l'art et la manière d'écrire un roman noir. Il a raison mais ce n'est pas l'essentiel. Ensuite, comme le livre tend à s'échapper du côté des grands espaces, j'avais envie de bien le marquer "Polar" avec ces trois fers rouges dès les premières pages. Le prochain roman sera plus blues et plus bourbon; John Lee Hooker, Buddy Guy, Tony Joe White et Mary Chapin Carpenter vont relayer Parker, Coltrane et Gil Evans. Le Jack Daniels et d'autres bourbons vont remplacer l'Auchentoshan écossais. Il faut varier les plaisirs.

 

- La ballade en traîneau tiré par des chiens est une image forte. Avez-vous vous même fait de semblables ballades? Incidemment cela me fait penser un peu à Jack London.

- Je connais assez bien le Jura, ce qui m'a valu de rencontrer un coureur des bois qui vit de ses chiens et de son traîneau. Sa relation avec ses groenlandais est celle que j'ai décrite. J'ai emprunté le nom de ses chiens et les mots qu'il emploie pour les diriger. Si j'ai imaginé cette course folle entre traîneau à chiens et scooter des neiges, c'est pour essayer d'emmener le polar au-delà de ces autres poncifs que sont l'éternelle filature, les poursuites en bagnole... Là encore, il faut varier les plaisirs. Pour Jack London, je ne sais pas si je lui dois ou non quelques chose. C'est vrai que la fin du livre a un côté L'appel de la forêt. C'est vrai encore que Chemin des loups louche un peu du côté du roman d'aventures. Mais je suis plus fasciné par les personnages d'aventuriers de Conrad et de Malraux que par ceux de London.

 

- Que privilégiez-vous dans un roman : l'atmosphère, la trame, l'écriture ?

- L'intrigue est fondamentale, sinon je m'ennuie, que ce soit en lisant ou en écrivant. Et l'écriture l'est tout autant. Si c'est mal écrit, je ne suis pas client. L'atmosphère, c'est évidemment important comme la densité des personnages. Je renifle d'ailleurs tout de suite les auteurs qui ont imaginé leurs personnages derrière leur claviers d'ordinateurs et ceux qui sont allés les chercher dans la vie, que ce soit la rue ou ailleurs. Car, bien sûr, ça se ressent à la lecture des bouquins.

 

- La carte de visite d'un journaliste, à Libération ou tout autre journal, sert-elle de sésame dans la publication d'un roman ?

- Excellente question, ça me fait très plaisir d'y répondre. D'abord, le copinage entre la presse et l'édition a quelque chose de honteux. C'est le renvoi d'ascenseur permanent. Un critique de bouquins a cent fois plus de chances de voir son premier roman publié par un éditeur qu'un auteur inconnu. C'est différent pour un journaliste qui ne bosse pas dans la Culture avec un grand C comme crotte. Car il n'est pas en situation de renvoyer l'ascenseur à un éditeur, donc il ne l'intéresse pas. Ne connaissant personne dans l'édition, j'ai donc fait ce qu'il ne faut surtout pas faire : déposer son manuscrit au hasard de quelques maisons d'édition de polars et attendre. Résultat, on m'a traité comme si j'étais un verre de Beaujolais nouveau qui se serait glissé dans un caveau d'œnophiles : un éditeur n'a jamais ouvert le manuscrit, un autre ne m'a jamais répondu... Donc, petit conseil à ceux qui veulent se lancer dans l'aventure : ne jamais envoyer votre manuscrit par la poste, ni le déposer sur la pile. Il faut se débrouiller autrement, rencontrer un auteur par exemple qui fera l'intermédiaire. Comme on m'avait dit que les éditeurs disons classiques étaient bien pires, j'étais donc résolument pessimiste en déposant mon manuscrit à la Table Ronde où j'avais simplement eu l'assurance qu'il serait lu. Quelques semaines plus tard, j'avais une réponse. Surprise ! Accueil chaleureux et même affectueux, l'impression d'être dorloté.

 

- Francis sera-t-il le héros de nouvelles aventures ?

Je ne le pensais pas mais je suis bêtement sensible à l'opinion des critiques et déjà trois d'entre eux, dont vous Paul Maugendre, ont souhaité le retrouver. Mais comme c'est déjà un grand brûlé de la vie, j'espère que son âme aura le temps de cicatriser avant les prochaines aventures.

 

- Quels sont vos projets ?

- A quarante quatre ans, j'arrive assez tard dans le monde du polar mais c'est peut-être parce que je n'étais pas prêt avant. Pour bien écrire des histoires, je crois qu'il faut les avoir un peu vécues. Les imaginer ne me suffit pas. Si "Fat City" est le film le plus juste sur le monde de la boxe, c'est d'abord parce que John Huston est un ancien boxeur. Un passage à tabac, autre exemple, ça se raconte quand même mieux si on l'a vécu soi-même, on sait au moins ce qu'on a pensé à ce moment-là. Ça fait surement vieux con de le dire mais j'assume : toute cette extrême violence dans lesquels baignent nombre de polars français, dont on dit beaucoup de bien dans les gazettes, ont été écrits par de jeunes auteurs qui, visiblement, n'ont jamais pris de vrais gnons, ou alors à la maternelle. Et ça me gêne beaucoup parce que ces histoires sonnent faux. C'est comme l'amour, est-ce qu'on peut arriver à en parler sans avoir été amoureux ? Cela dit, j'entends bien rattraper le temps perdu : j'ai donc deux polars en chantier. Deux parce que l'un et l'autre mettent en scène des personnages et des lieux que j'ai un temps approchés ou fréquentés et que je ne peux plus revoir. Donc, la mémoire perd des bribes de souvenirs, des détails, des impressions, des paroles. Et si je me concentre sur un seul bouquin, j'ai peur que les souvenirs relatifs à l'autre histoire, notamment les propos tenus par certains personnages, s'estompent encore plus vite. Le premier se passe dans les Vosges. Point de départ, une histoire de collaboration et d'épuration sur laquelle j'ai fait une longue enquête. L'histoire est terrible, si terrible que j'ai peur qu'elle puisse paraître exagérée. Comme dans Chemins des Loups, je mélange fiction et réalité. Le héros, cette fois, sera un ancien otage du Liban venu régler quelques comptes dans la région. Il va découvrir que, quarante ans avant, il y a eu d'autres otages et d'autres bourreaux, cette fois des Français. Le second se passe dans le Golfe Arabo-persique. Là, le héros est un de ces flics français chargés de la sécurité des émirs, un pote du capitaine Barril. Il veille aussi à ce que les fabuleuses commissions secrètes sur les ventes d'armes à ces pays arrivent bien directement dans la poche de nos hommes politiques, de droite comme de gauche. Catastrophe, un jour il dérape en direction du droit chemin. Comme nos juges n'enquêtent pas sur de telles affaires et que les preuves matérielles sont impossible à réunir, il me restait le polar pour parler des eaux troubles du Golfe. Corruption, esclavagisme, trafics en tout genre, violences politiques et sociales, terrorisme d'Etat, le Golfe c'est aussi ça. Il y a longtemps, c'était Babylone.

 

Déjà Jean-Pierre Perrin est absorbé par son travail de journaliste. Des événements aux Proche-Orient requièrent son attention. Peut-être y trouvera-t-il l'idée d'un autre roman ?

 

 

Bibliographie (Extrait) :

Le Matador. Nouvelle 813 N°47

Les petite rats de l'an 2000. 813N°72/73. Octobre 2000.

Chemin des loups. La Table Ronde. Août 1995.

L'Iran sous le voile. Editions de l'Aube. Mai 1998

Chiens et louves. Série Noire N°2556. Avril 1999.

Les Rolling Stones sont à Bagdad. Irak, dans les coulisses d'une guerre. Flammarion. Septembre 2003.

Jours de poussière. Choses vues en Afghanistan. Editions des Syrtes. Réédition La Table Ronde. Septembre 2003.

La machination. Grancher. Janvier 2004.

Le Paradis des perdantes. Stock. Mai 2006. Réédition le Livre de Poche 2008.

La mort est ma servante. Fayard. Octobre 2013.

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5 avril 2015 7 05 /04 /avril /2015 09:37
Jeff JACKS : Sortie des médiums

Un médium dans le milieu ?

Jeff JACKS : Sortie des médiums

Limogé de la police pour avoir touché des pots de vin, Stone s'est reconverti comme privé sans licence.

Il partage son travail entre constats d'adultère, recherche d'adolescents et fréquentation de bars. Il découvre dans un appartement de l'immeuble où il habite le cadavre d'une vieille femme venant d'être égorgée. Charley, un photographe a précédé Stone dans sa découverte du corps. Véra Brownmiller, ou Braunmuller, était connue dans le quartier pour vendre des mouchoirs et napperons.

Ulcéré par la diffusion par voie de presse de la photo du cadavre, Bowen, ancien collègue de Stone, promet à celui-ci de lui procurer une licence de privé s'il parvient à dénicher le coupable. Miss Cynthia, une voisine qui tient une boutique de dessous féminins érotiques, est apeurée tandis que Master un autre voisin, handicapé, tempête que quelqu'un lui a volé des Bibles précieuses.

Stone se voit confier une autre affaire, payante celle-ci. Un industriel du Milwaukee lui demande rechercher sa fille Anne disparue depuis quelques mois. Une fugue pense Stone qui ne se fait guère d'illusions. Un certain Talbot, spirite et astrologue, escroc à la petite semaine, propose à Stone ses conseils.

Miss Cynthia avoue le motif de sa peur : le soir du meurtre elle recevait son amie Marcia, lesbienne, et celle-ci a proféré des menaces de mort envers la vieille dame. Stone à l'issue d'une entrevue avec Marcia est convaincu de son innocence.

Les deux fils de Véra Braunmuller ont suivi des chemins différents. Ernst, l'ainé, est parti en Russie en 1954 après avoir obtenu un diplôme de docteur en physique. Franklin est homosexuel et a travaillé dans un club disparu depuis. Stone ne néglige pas pour autant sa recherche de la fugitive. Anne a habité pendant quelques mois auparavant un immeuble croulant et le concierge le branche sur deux de ses petits amis. L'un est mort au cours d'une rixe, l'autre sérieusement blessé.

Stone est contacté par Doc Nations, un avorteur qui eut son heure de gloire en publiant en prison un traité en faveur de l'avortement, libre choix pour la femme. Rayé de l'ordre des médecins, Doc prodigue ses conseils dans un café. Il sait que Anne gît dans un hôpital suite à une opération massacrée par Lu Bane, qui se dit médecin, mais procède plutôt comme un équarisseur. Doc Nations propose de lui révéler où se trouve Anne plus 1000 dollars afin de mettre fin aux agissements de ce boucher et de ses assistantes.

Stone demande à son ex-femme Joan, membre influente du MLF, de l'aider mais elle refuse. La nuit il campe dans la chambre de la vieille dame. Quelqu'un glisse une enveloppe sous la porte, contenant de l'argent et un billet lui ordonnant de se mêler de ses affaires. Un homme cherche à le rencontrer mais il s'agit d'un quidam nomme Mayer animé d'une curiosité malsaine. Stone est agressé dans la rue et il pense que soit Talbot soit Mayer est à l'origine de sa dérouillée.

Sa veille dans la chambre de Miss Braunmuller s'avère payante.

 

Un très bon roman de Jeff Jacks et sa seule contribution à la Série Noire. Son personnage de détective privé... de licence, mis à pied à la suite d'une erreur de parcours dans la police, est sympathique malgré ses antécédents. Il carbure à la vodka glacée, et l'on pourrait croire que sa déchéance lui a ratatiné ses petites cellules grises. C'est faux et il se montre aussi vaillant qu'un autre, sinon plus. Il n'y a qu'en amour qu'il subit parfois des défaillances mais il sait se montrer gentleman.

 

Le crime me passionne. C'est une des quelques valeurs absolues de ce monde et il dispose d'infinies variations pour maintenir l'intérêt en éveil.

 

Jeff JACKS : Sortie des médiums (Murder on the wild side - 1971. Traduction de Robert Bré). Série Noire N°1528. Parution octobre 1972. 256 pages.

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4 avril 2015 6 04 /04 /avril /2015 12:22

Roman, récit, témoignage... ? Tout cela à la fois et plus encore.

Stanislas PETROSKY : Ravensbrück mon amour.

Stanilas Petrosky, l'auteur, est jeune, trop jeune pour avoir connu ce camp de concentration dédié aux femmes, celles qui étaient rejetées, honnies, bannies par le nazisme, de par leur religion, leur ethnie, leurs idées politiques ou leur comportement sexuel, tout comme cela fut le cas pour les hommes.

Pourtant il nous entraîne dans ce cœur inhumain de Ravensbrück comme s'il y avait vécu, mais en tant qu'observateur, car on ne peut pas rester insensible devant les horreurs qui y ont été perpétrés, et en tant qu'artiste adoubé par les autorités militaires pour dépeindre des scènes macabres et terrifiantes.

Il se coule dans la peau de Gunther, l'auteur et son personnage ne faisant plus qu'un, et décrit avec des mots simples mais efficaces les sévices et brutalités encourus par ceux et celles qui ont vécu dans cet enfer.

 

Né en 1918, Gunther Frazentich a soixante-dix sept ans et ,atteint d'un cancer, il sait qu'il n'en n'a plus pour longtemps. Il se remémore sa jeunesse puis ses longues années passées au camp de Ravensbrück.

Tout jeune, Gunther a été attiré par le dessin, qu'il pratique en autodidacte. Au grand désespoir de ses parents, au lieu d'aider à la ferme, il préfère s'installer dans la nature et se consacrer à mettre sur des feuilles ses impressions d'artiste en herbe. Il a vingt ans lorsque les nazis entreprennent la construction d'un camp près du lac où il habite. Son père le considérant comme une bouche inutile le donne à l'armée, et Gunther se retrouve à trimer sur un chantier qui deviendra le camp de Ravensbrück.

Les conditions sont dures, le travail est difficile, surtout pour quelqu'un qui préfère user d'un crayon que de la pelle.

Le commandant du camp, l'Hauptsturmfuher Koegel, est assisté d'officiers militaires féminins. Il en comprend la raison lorsque le 15 mai 1939, débarquent plus de huit-cents femmes en provenance du camp de concentration de Lichtenburg. Puis d'autres convois arrivent, et Gunther et ses compagnons doivent raser le crâne des prisonnières. Il assiste impuissant aux exactions commises sur les détenues. Il parvient à dégotter un crayon et un carnet et il commence à croquer ce qu'il voit, ce qui lui sert d'exutoire. Un jour la chef des gardiennes le surprend alors qu'il dessine les regards plein de désarroi et de détresse de ces pauvres prisonnières.

A son grand étonnement, elle apprécie ses dessins, et il est bombardé dessinateur officiel du camp, obligé d'être présent et représenter des scènes quasi insoutenables. Par exemple lorsque le chirurgien du camp dissèque des membres sur des prisonnières vivantes non anesthésiées.

Les mois passent. Gunther reste le même qu'à ses débuts, il n'est pas converti au nazisme, et ce qu'il dessine au contraire l'éloigne encore plus de ce régime tortionnaire.

Jouer un rôle, porter un masque, je ne pouvais pas faire autrement, question de survie. Pourtant vingt-cinq ans était un bon âge pour se révolter, mais cela m'était impossible, même avec la plus forte des convictions. Je n'avais aucune chance de m'en sortir face à ces déments en armes, alors je ne disais et ne faisais rien, mais je restais intérieurement le même, un opposant farouche à leurs idées, penchant du côté des opprimés et non de celui des bourreaux.

 

D'autres travaux sont entrepris, un four va être construit, et il cache dans un recoin de briques réfractaires une caisse contenant ses dessins, ceux qu'il a fait en double, à l'insu des SS et des soldats, tous plus virulents les uns que les autres, par idéologie ou par peur de se retrouver eux-aussi prisonniers. Car d'autres convois arrivent en permanence. Même des gamines, des Tsiganes, des Juifs, des sous-races comme définis par Hitler, des lesbiennes, des communistes, des droits communs, un mélange distingué par la couleur des insignes accrochés à leurs vêtements.

Un jour il participe à l'arrivée d'un nouveau convoi ferroviaire, une femme en descend et elle lui sourit. Aussitôt il tombe amoureux d'elle et il essaie de lui démontrer qu'il n'est pas comme les autres, qu'il n'est pas un soldat malgré la défroque dont il affublé, qu'il est du côté des détenus. Grâce à quelques relations qu'il s'est faites, il parvient à la placer comme couturière, alors qu'elle n'a jamais cousu un bouton de sa jeune vie.

 

Les tortures, les exactions, les supplices, les expériences chirurgicales diverses, les stérilisations féminines pratiquées même sur des gamines, les coups de schlague, les humiliations, les dégradations, les exécutions s'intensifient, surtout lorsque des rumeurs font état d'avancées de troupes russes.

Un livre âpre, rude, poignant, délivrant des images qui s'imprègnent dans l'esprit, comme si le romancier s'était mué en graveur sur cerveau.

Gunther Frazentich décrit ce camp de la mort au jour le jour, souvent écœuré de ce qu'il voit, dessinant encore et encore. Il a confié ses souvenirs à Stanislas Pétrosky qui les relate fidèlement, sans rien changer, sans minimiser ces années d'horreur. Il les restitue en son âme et conscience afin de montrer les effets néfastes d'une guerre déclenchée et entretenue par une idéologie inhumaine. Transmettre aux générations futures un tel témoignage sur le nazisme est faire œuvre pie, et malgré les déclarations répétées encore dernièrement d'un président d'honneur, d'horreur, il ne s'agit de détails dans un conflit. Les militants de ce parti Effet Haine devraient lire cet ouvrage afin de se rendre compte à quoi les entraînent ces idées idéologiques délétères.

Mais je doute de l'efficacité d'une telle démarche en constatant l'esprit obtus dont ils font preuve.

 

Stanislas PETROSKY : Ravensbrück mon amour. Collection [39-45]. Editions L'Atelier Mosesu. 232 pages. 18,00€.

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4 avril 2015 6 04 /04 /avril /2015 09:52
Jean-Pierre PERRIN : Chiens et louves.

Bon anniversaire à Jean-Pierre Perrin né le 4 avril 1951.

Jean-Pierre PERRIN : Chiens et louves.

Ex-otage du Liban, Francis, le narrateur, est invité par un mystérieux colonel Robert à se venger en enlevant l’un des gardes-chiourmes qui l’avaient gardé durant sa détention par le Hezbollah, un mauvais moment de sa vie qui revient chaque soir le tarauder.

Pour chasser ses fantômes il ingurgite du whiskey et écoute des disques de blues sur une chaîne qu’il emporte dans ses déplacements. Il doit préparer le terrain dans un petit village de la Haute-Saône avec un ancien résistant et ses hommes. Comme tenue de camouflage, toujours sur les conseils du colonel Robert, il se fait passer pour un historien recherchant des vestiges de l’histoire locale, principalement sur certains événements s’étant déroulés durant l’été 44.

Il se pique au jeu et compare les différents témoignages qu’il recueille auprès des acteurs de l’époque ou découvre dans des récits émanant d’historiens locaux. Il constate des divergences qui l’intriguent.

Par exemple les relations des faits ne concordent pas, le nombre de tués lors d’un assaut entre maquisards et Allemands sont soit sous évalués, soit exagérés. Et puis il y a les corps que l’on aimerait retrouver. Isis, prêtresse du rock local voudrait retrouver le cadavre de sa grand-mère. Le colonel Robert pense en faisant parler l’ex tortionnaire libanais retrouver le corps d’un prisonnier afin de lui donner une sépulture décente.

L’histoire ancienne et l’actualité se rejoignent, se chevauchent parfois, les blessures, les meurtrissures perdurent et ne se refermeront que lorsque chacun des protagonistes pourra enfin vivre ou mourir dans la paix de la vérité.

 

Jean Pierre Perrin, journaliste à Libération et spécialiste du Moyen Orient, n’est pas tendre avec une certaine frange de Résistants de la vingt cinquième heure, ceux qui voudraient, et parfois réussissent à faire croire qu’ils ont gagné la guerre à eux tous seuls.

C’est aussi un hommage à ceux qui ont traversé, comme Jean Paul Kaufmann, l’Enfer des prisons des intégristes. Enfin, Jean-Pierre Perrin nous invite à partager une épreuve ressentie par les personnes qui pleurent leurs morts sans savoir où se trouvent leurs corps et leur offrir une sépulture décente.

Un roman profondément humain qui mêle habilement passé et présent et qui a le mérite de dénoncer ceux qui se glorifient de faits d’armes qu’ils n’ont pas vécus, ou s’ils les ont vécus, ce ne fut qu’en marge, tandis que les vrais, les purs de la première heure n’ont pas toujours été reconnu à leur vraie valeur.

Jean-Pierre PERRIN : Chiens et louves. Série Noire N°2556. Parution octobre 1999. 288 pages. 6,65€. Disponible.

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3 avril 2015 5 03 /04 /avril /2015 13:28

Non, Erika n'est pas une fille venue du froid, c'est une fille qui promet un bout de ciel bleu...

Hafed BENOTMAN : Erika.

Un détenu entretient toujours une petite fleur qu'il cache soigneusement de la vue de ses codétenus. Une amie, une confidente, une maîtresse.

Erika qu'il l'appelle, et s'est vrai que ses doigts se délectent à la toucher, la caresser, et il la sent vibrer et jouir en exprimant des :

A.Z.A.Z A.Z.A.Z. A.Z.A.Z. A.Z. DRING !

C'est une mélopée un peu répétitive certes, mais il communique avec Erika, il lui parle, elle lui répond par onomatopées. Sa présence lui donne tant de joie, lui fait tant de bien.

Elle est fidèle Erika, elle est sensible, et il en prend soin. Il la pose sur des couvertures, mais parfois c'est direct sur la planche qui lui sert de table qu'il la dépose.

Et les autres crient au scandale, au raffut que tous deux font le soir, la nuit.

Ne vous méprenez pas, Erika n'est qu'une machine... à écrire, et pour celui qui est en prison, qui aime les mots, qui vide sa rancœur, sa bile et sa haine des matons, qui apprécie plus que tout la liberté, Erika est son âme sœur, son soutien, son double, son évasion.

 

Décédé le 20 février 2015, Abdel Hafed Benotman n'avait que cinquante quatre ans. Il a connu la prison, il a écrit des livres, et il possédait en lui ce que Milton Mezz Mezzrow appelait La rage de vivre.

Son œuvre se compose de poésie, de pièces de théâtre, de chansons, de scénarios de films, de nouvelles comme Erika. Il est décédé avant d'avoir tout dit, tout écrit, mais Erika, c'est un peu son testament littéraire qui est prolongé par une correspondance avec Brigitte Guilhot, La peau sur les mots, édité chez Ska et que je vous présenterai plus tard.

 

Mais en attendant vous pouvez découvrir Abdel Hafed Benotman sur scène lisant Erika

et retrouver un roman pour adolescents

et l'ultime lettre de Brigitte Guilhot à son ami parti vers une autre liberté, à moins que l'au-delà soit encore une prison.

Pour commander ce livre, en version papier ou version numérique, une seule adresse

 

 

Hafed BENOTMAN : Erika. Editions du Horsain. Parution Avril 2015. 44 pages. 5,00€.

Version numérique Editions Ska. juin 2013. 0,99€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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