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20 février 2015 5 20 /02 /février /2015 16:12

Parfaitement parfaits !

Raphael MONTES : Jours parfaits .

Etudiant en médecine, se destinant à devenir légiste, Téo aime Gertrudes. Cette association de prénoms n'est pas aussi romantique que celle de Roméo et Juliette, mais l'amour y est tout aussi platonique. En effet Gertrudes n'est autre que le cadavre que Téo dissèque allègrement depuis quelques semaines afin de se faire la main.

C'est un jeune homme timide, réservé qui ne pense qu'à ses études et ses dissections. Il ne boit pas d'alcool, ou rarement. Il vit chez sa mère, Patricia, veuve d'un juge qui était en délicatesse avec la loi et décédé dans un accident. Depuis Patricia est paraplégique et ne se déplace qu'un fauteuil roulant.

Malgré son aversion pour les sorties, et son statut de végétarien (on le comprend, à charcuter de la barbaque longueur de jours) il est obligé, afin de faire plaisir à sa mère, de l'accompagner à une barbecue partie. Il pensait s'ennuyer mais il est abordé par Clarice, un petit bout de femme, légèrement plus âgée que lui, et au style de vie totalement différent. Je bois pas mal, je mange de tout, et j'ai déjà fumé un peu aussi. Et, ma foi, je baise de temps en temps. Elle est en fac d'histoire de l'art mais elle est passionnée par une autre activité : elle écrit un scénario pour le cinéma. Il est subjugué et le voilà transformé en Loup de Tex Avery amoureux de Betty Boop. Sous un prétexte fallacieux il lui demande de lui prêter son téléphone portable et grâce à un subtil (pense-t-il) subterfuge, il obtient son numéro d'appel.

Rentré chez lui il téléphone à Clarice, prétendant lui demander des renseignements pour un sondage et ainsi il sait où sa dulcinée habite. Il la suit, la voit entrer dans une boîte de nuit, sortir avec un homme qui pourrait être son amant et est violoniste, et surtout se tenir de façon inconvenante avec une autre femme qui l'embrasse. A sa décharge il faut avouer que Clarice est pompette, mais quand même cela ne se fait pas, de plus en pleine rue. La jalousie le torture. Et Clarice pousse l'affront de l'informer qu'elle va partir durant quelques mois afin de peaufiner son scénario.

Une annonce qu'il n'apprécie pas et Téo achète dans un sex-shop quelques petits gadgets qu'il détourne de leur fonction première, le plaisir supposé des partenaires. Puis il enlève Clarice et la cache chez lui, sous son lit, droguée afin que sa mère ne sache pas qu'il est en bonne compagnie. Il l'attache avec des menottes et des écarteurs de membres, la bâillonne, afin qu'elle ne puisse se faire entendre et s'évader. Seulement Sansao, leur chien, sent une personne étrangère au domicile et afin d'éviter qu'il donne l'alerte, Téo l'endort définitivement à l'aide d'une boîte de cachets de sa génitrice, mélangeant les comprimés dans la pâtée canine. Sa mère est attristée de cette perte, et comme elle a entraperçu Clarice, dont seuls les cheveux dépassaient de la couverture, elle l'accuse tout en laissant les soupçons se porter sur son fils.

Téo lit le scénario de Clarice : Jours parfaits mais il ne lui convient pas et en fait part à son invitée surprise. Il va l'aider à le retravailler. Mais cette lecture lui a donné une idée. Comme elle doit partir, son voyage étant programmé, il va l'emmener en voiture vers les différentes étapes prévues. Ils partent donc pour Teresopólis et comme c'était prévu dans Jours parfaits, s'installe dans un motel, l'Hôtel du Lac des Nains, tenu justement par des personnes de petites tailles. Le réceptionniste et patron se nomme Gulliver ! Or Clarice et ses parents ont l'habitude de se rendre régulièrement se reposer en ce lieu. Il faudra donc à Téo jouer des manœuvres subtiles (?) pour que personne ne se demande pourquoi Clarice ne sort pas de la chambre. Mais l'excursion n'est pas terminée.

 

Clarice l'avait prévenu, elle voulait bien devenir son amie, pas SA petite amie, mais Téo, grand adolescent imbu de sa personne, infatué, menteur, n'appréciant pas que quelqu'un lui résiste lorsqu'il a décidé de quelque chose, ne l'entend pas de cette oreille.

C'est un manipulateur qui veut que tout le monde se plie à ses exigences, et lorsqu'il est obligé de temporiser, comme avec sa mère, il donne l'impression de plier mais parvient toujours à ses fins. Il trompe son mode en effectuant des photomontages le représentant en compagnie de Clarice. Il sait toujours retomber sur ses pieds, même dans les moments délicats. Il sait dénigrer avec sourire et persuasion tous ceux qui pourraient lui nuire en approchant Clarice.

Il est mythomane, mégalomane, mais tous ces défauts se dessinent peu à peu et s'imposent dans l'esprit du lecteur qui n'est pas dupe. D'autant que le lecteur ne connait en réalité l'histoire que du point de vue de Téo, même si le roman est écrit à la troisième personne. Et bien entendu, même vis à vis du lecteur, Téo est présenté, au départ comme quelqu'un d'intransigeant certes, mais pour la bonne cause. La sienne, qui est juste, jusqu'au moment où tout dérape.

Au début du roman, on pense être plongé dans une simple farce, une joyeuseté cynique, mais peu à peu on se rend compte que cette farce peut se révéler macabre. Quant à l'épilogue, il surprend, mais finalement est moral sans l'être.

Et dire que l'auteur a l'âge de son héros ou presque !

 

Raphael MONTES : Jours parfaits (Dias Perfeitos - 2014. Traduction du portugais /Brésil par François Rosso). Editions des Deux Terres. Parution 11 février 2015. 272 pages.

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20 février 2015 5 20 /02 /février /2015 14:00

Pourrait être l'Hôtel du Nord ?

Francis PORNON : Hôtel du Canal.

A l'avant de la voiture, deux hommes, à l'arrière, Rosette, qui est accognée près de la vitre, loin des mitraillettes cachées sous le siège.

A la gare de Montauban, elle se précipite, un sac à la main et un béret sur la tête. Elle remonte les wagons du Toulouse-Bordeaux en sifflotant Que reste-t-il de nos amours ? de Charles Trenet. Le signal de reconnaissance.

Dans un compartiment, un homme élégant reprend le refrain. En cette année 1944, même si l'air est à la mode, l'individu ne peut qu'être son contact, celui qu'elle doit accompagner jusqu'à destination. Ils vont former un couple afin de déjouer les éventuels suiveurs. Un bisou (dans le temps on disait un bécot) qui se transforme rapidement en baiser prolongé, ce qui n'est pas pour déplaire à Rosette même si au départ ce n'était que de la frime.

En gare de Toulouse, ils descendent sur le quai, passant devant les soldats allemands et deux membres de la Gestapo qui ne font pas attention à ce couple dont l'allure est éminemment amoureuse. Puis ils se dirigent vers le lieu de rendez-vous qui leur a été indiqué, l'hôtel du Canal, où ils doivent attendre les instructions. La tenancière, dont le regard en dit long, est elle aussi abusée par ces deux personnes, jeunes, qui sans aucun doute vont passer un bon moment.

 

Un épisode de la Résistance vers la fin de la guerre, comme il y a dû s'en dérouler beaucoup. Une femme qui accompagne un homme, pour le protéger, un couple qui passe plus facilement inaperçu qu'un homme seul, des heures d'attente, tel fut le lot de bons nombres de personnes engagées ou simplement désireuses d'aider selon leurs faibles moyens parfois, et des histoires avortées ou non. Un sujet à la Simenon pimenté avec élégance.

Francis Pornon sait faire monter la pression avec pudeur le lecteur visualise cette histoire comme s'il l'avait vécue.

Francis PORNON : Hôtel du Canal. Collection Culissime (Romance rose). Editions SKA. Parution février 2015. 1,49€.

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Published by Oncle Paul - dans Livre Numérique
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20 février 2015 5 20 /02 /février /2015 08:15
Bud CLIFTON : Le spécialiste

Il existe des spécialistes en tout mais surtout en rien !

Bud CLIFTON : Le spécialiste

Hal Williams est un tueur, méthodique, maquillant ses meurtres en accidents.

Il est embauché par Contino, l'un des responsables des rackets de Los Angeles, pour abattre Albers, son rival, convoqué devant le grand Jury. Un contrat qui permet à Williams d'assouvir une vengeance personnelle.

Marié, Contino possède une maîtresse d'origine nordique, Unne, au passé indéfini. Il s'attend à une guerre des gangs mais il n'en a cure, arguant que la piétaille doit trinquer en premier. Lorsque Unne et Wiliams se rencontrent, c'est le coup de foudre réciproque, tempéré cependant de la part de la jeune femme d'une certaine réserve.

Comme prévu, Norman, le bras droit d'Albers, déclenche des représailles et peu à peu les effectifs maigrissent de chaque côté. Bientôt ne sont plus en lice que Norman d'un côté et Contino assisté de Paul son adjoint de l'autre. Une situation qui déplaît fortement à Petersen, le grand caïd résident à Las Vegas. Unne elle aussi a un compte à régler avec Contino qui est à l'origine de la mort de son mari, un routier qui ne voulait pas se plier aux exigences du Syndicat.

Hal Williams se délecte de cette hécatombe, la favorisant même. Il enlève Norman et l'abandonne dans le désert. De même il se débarrasse de Paul en sabotant un ascenseur. Il n'a qu'un but, celui de prendre en main les rackets de Norman et Contino. Il est éconduit dans ses revendications par Petersen qui ne veut pas confier ses affaires à un homme qu'il juge non seulement dangereux mais cinglé.

 

Hal et Unne vivent une histoire d'amour pimentée de haine et de méfiance, unis dans leur combat contre Contino. Leurs motifs ne sont pas les mêmes mais tous deux ont une vengeance à accomplir.

Cependant Hal, qui au départ est décrit sous un jour disons d'un homme normal, froid, méthodique, méticuleux, ambitieux, malgré un statut de tueur, est transformé en personnage nerveux, considéré comme cinglé. Et l'on ne sait pas trop où le décalage s'effectue.

Le reproche que l'on peut faire à Bud Clifton est de ne pas avoir exploité à fond le personnage de Hal Williams, de ne pas en avoir exploré toutes les facettes et la psychologie. De même les rapports entre le tueur et la maîtresse de Contino manquent de consistance, malgré les périodes de méfiance, de suspicion, ou au contraire de crédulité totale de la part de Hal lorsque tout commence à aller à vau-l'eau. La prédominance est un peu trop donnée aux seconds couteaux qui rejettent dans l'ombre le "héros" de cette histoire qui en pâtit légèrement et manque de ce fait de tonus.

 

Curiosité :

A part une ou deux fois, les villes de Las Vegas et Tijuana sont orthographiées Vegas tout simplement et Tia Juana.

 

Citation :

Je sais même faire la cuisine, dit-il; à condition d'avoir un ouvre-boîte sous la main.

 

Bud CLIFTON : Le spécialiste (The murder specialist - 1959. Traduction de M. Elfvik). Série Noire N°834. Parution janvier 1964. 256 pages.

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19 février 2015 4 19 /02 /février /2015 13:31

A déguster sans modération !

Max OBIONE : Gaufre Royale.

Issu d’un accouplement improbable entre Shrek et Obélix, Abel Salinas après avoir été policier s’est reconverti comme détective privé, spécialisé dans les minables affaires de cocufiage.

Bref il végète jusqu’au jour où une enquête qui pourrait se révéler lucrative lui est confiée par un ténor du barreau à la santé déficiente.

Maître Beausang ressent une forme de remord car de tous les nombreux procès qu’il a gagné haut la main et le verbe, un dossier n’a jamais été mené à bon terme. Une tache dans une brillante carrière.

Trois ans auparavant, la cour d’assises de Paris a condamné Edo Gradine, d’origine lituanienne, à dix ans de réclusion perpétuelle, pour le meurtre de Berverly Poulot. Or Maître Beausang est convaincu que l’inculpé n’a pas commis ce crime, d’ailleurs aucun cadavre n’ayant été retrouvé. Abel Salinas va donc remonter la filière, de Bully les mines où a vécu la jeune femme dans une famille d’accueil, jusqu’à Cabourg, en passant par Granville et autres lieux de villégiatures de la côte normande, utilisant ses méthodes personnelles, et son flair de chien pataud.

 

Max Obione dans Gaufre royale, avec une écriture bourrue, joue avec le lecteur, passant allègrement du Je au Il, le personnage s’adressant tout autant à lui-même qu’à un imaginaire compagnon, à moins que ce soit le lecteur qu’il prend pour témoin en employant aussi la deuxième personne du singulier, une tournure grammaticale particulière pas forcément recommandée par les profs de français dans la rédaction des compos, mais qui se révèle jouissive à la lecture.

Une gaufre sucrée salée à déguster sans arrière pensée de cholestérol, de diabète, une gaufre normande certifiée bio à déguster sans modération.

Max OBIONE : Gaufre Royale. Editions du Horsain (3ème édition). 168 pages. 8,00€

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19 février 2015 4 19 /02 /février /2015 08:49
Harrison JUDD : Les ailes de la peur

C'est vrai que la peur donne des ailes !

Harrison JUDD : Les ailes de la peur

Patron d'une petite agence de publicité en devenir, Ben Latham est la victime depuis quelque temps d'une campagne de dénigrement.

On l'accuse notamment d'ivrognerie et un incident survenu dans un bar élégant le met brutalement en face de la réalité. Mais il n'y attache que peu d'importance. Janie, sa jeune secrétaire, est prête à lui faire des confidences mais se rétracte au dernier moment.

Le soir même il participe avec sa femme Lori à un raout chez le riche Ed Lindsell, ex-soupirant de Lori, qui aimerait bien investir dans l'agence Latham. A leur retour, le lieutenant Floyd de la brigade criminelle leur apprend le décès de Janie, retrouvée morte sous un pont. Après autopsie il s'avère que Janie est morte étranglée et qu'elle attendait un enfant.

Ben Latham, en mémoire de la jeune fille, décide d'enquêter et découvre chez elle des mots doux tapés à la machine sur du papier à en-tête de l'agence. Appréhendé par des policiers qui surveillaient l'appartement, il est relâché faute de preuves.

Le Globe, journal à scandales, lui consacre la Une, Tripp le journaliste et son assistant photographe utilisant d'odieux subterfuges pour réaliser des photos le montrant dans des postures délicates. Ainsi Latham est agressé par un énergumène l'accusant d'avoir tué sa fiancée. Auprès d'une vieille dame, voisine et amie de Janie, Ben tente d'en connaitre davantage sur les habitudes de sa secrétaire et ses relations. Tout s'écoule autour de Latham.

Lori quitte le domicile conjugal, Le Globe est de plus en plus virulent dans ses articles à l'encontre du publicitaire et Floyd lui apprend que son alibi ne tient pas, la jeune fille ayant été assassinée en début de soirée. De plus le policier a trouvé chez Janie une alliance appartenant à Ben et que Lori ne portait plus. Latham lui confie la boîte dans laquelle elle était rangée afin de vérifier les empreintes digitales. Ray Payton, son adjoint, lui conseille de passer la main, les clients annulant leurs contrats. Une initiative corroborée par Aggie Peters, maquettiste et pivot de l'agence, peu gâtée par la nature.

A une nouvelle visite à la vieille dame, Ben fait la connaissance de Forbes, le neveu de celle-ci qui l'entraîne dans un hôtel très spécial, habité par des travestis et des homosexuels. Latham comprend qu'il est tombé dans un traquenard d'autant qu'à sa sortie les journalistes du GLobe sont encore présents.

 

L'histoire d'un homme victime des rumeurs et des événements, manipulé et qui doit se défendre bec et ongles d'une accusation d'assassinat, ce n'est pas nouveau et William Irish, entre autres, en a plusieurs fois exploré les facettes sous l'angle du suspense. Ce roman cependant se lit avec plaisir, car comme l'édictait une publicité pour un grand magasin parisien, à chaque instant il se passe quelque chose.

Mais là où l'auteur, et peut-être le traducteur, dépasse la dose dans l'ineptie réside dans la description des démêlés de Latham avec les homosexuels. Les termes, les qualificatifs injurieux font florès et Latham se montre particulièrement odieux et virulent dans ses jugements, ses discours discriminatoires. Ce qui enlève, non pas de la crédibilité au récit, mais la note de sympathie que le lecteur pouvait ressentir envers celui qui victime des rumeurs et des racontars, ne se prive pas de taper à bâtons rompus sur une partie marginalisée de la population.

 

Curiosité :

Les amateurs de cocktails trouveront la recette du Side-car : un mélange de jus de citron, de Cointreau et de Cognac.

 

Citation :

Une femme affligée d'un visage comme le mien doit faire travailler sa tête si elle veut survivre.

 

Harrison JUDD : Les ailes de la peur (Experiment in fear - 1963. Traduction de André Maury). Série Noire N°824. Parution décembre 1963. 256 pages.

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18 février 2015 3 18 /02 /février /2015 13:23

Hommage à Auguste Le Breton né le 18 février 1913.

Auguste Le BRETON : Ils ont dansé le Rififi.

Deux jeunes filles interprétant sur le trottoir de vieilles chansons d’avant-guerre, il n’en faut pas plus pour qu’Auguste Le Breton, assis à la terrasse d’un café de la place Blanche se plonge avec nostalgie dans son passé.

A dix-huit ans, les jeunes de cette époque étaient déjà largement émancipés, surtout ceux qui comme Le Breton avaient vécu une enfance difficile, pauvre, sans père ni mère pour les épauler, les choyer, les réconforter. Evadé de l’orphelinat, Le Breton se retrouve sur les pavés parisiens, arpentant les rues d’un trapèze montmartrois haut en couleurs : square des Epinettes, place Clichy, Pigalle, porte de Clignancourt. Cette partie Ouest du XVIIIe arrondissement de la capitale était le repaire des petites frappes et des caïds, nés à Paris ou en province.

A dix-huit ans, Auguste Le Breton navigue dans les eaux troubles de la petite délinquance en compagnie de son ami Dédé-la-Glace. Pour subsister, il effectue de petits boulots, tour-à-tour terrassier, docker, couvreur-zingueur, et même ouvrier dans une société d’ascenseurs. Un emploi qu’il ne garde pas longtemps, viré parce qu’il faisait équipe avec un syndicaliste ayant fomenté une grève. Plus souvent au chômage, il connaît le froid, la faim, la misère, heureux de pouvoir coucher de temps en temps dans de minables chambres d’hôtel.

Souvent il se réfugie au bas des marches du métro, coincé contre les grilles, recherchant un minimum de chaleur. Il organise des parties de bonneteau, jeu de trois cartes qui demande une extrême habileté manuelle et dans lesquelles se font plumer les gogos. Cela ne l’empêche pas de fréquenter les bals de quartier dans lesquels les jeunettes perdaient leur pucelage et se retrouvaient sur le trottoir par amour pour leurs barbeaux. Il y côtoie les maquereaux, les petits et grands truands, un pied de chaque côté de la frontière séparant le légal de l’illégal, au mieux avec Milo Jaquot, caïd légendaire de Saint-Ouen, et bien d’autres.

Les orchestres font florès et les accordéonistes, Gus Viseur en tête, connaissent leurs heures de gloire. C’est ainsi qu’il paie un sandwich à Edith Piaf, alors âgée de seize ans, qui poussait encore sa goualante dans les rues et les bastringues de quartier. Il suit de loin sa carrière, ses déboires, ses avatars amoureux, et sa perdition dans la drogue et l’alcool. Mais c’est surtout au Petit Jardin qu’il fait la rencontre de sa vie : Poulbot, une jeune fille promise elle aussi à un bel avenir de chanteuse mais qui sabre sa carrière par amour pour Le Breton. Un coup de foudre partagé sur l’air du Dénicheur. Et c’est la seule fois qu’il ne partage pas sa bonne fortune avec son ami Dédé-la-Glace. Tandis qu’Auguste Le Breton tente de sortir de l’ornière, Dédé lui s’y fera un trou.

Le Breton goûte également aux joies de la chasse dans les plaines de la Beauce avec ses potes Panafieu, Trintignon, Jo-la-Feuille, Dédé-la-Frotte, Adrien-le-Bique. Le Breton passe rapidement sur la période de la Seconde Guerre mondiale, avouant, presqu’à contrecœur, avoir fabriqué des faux papiers permettant ainsi à quelques juifs d’échapper aux nombreuse rafles de l’époque. Après c’est sa période sud-américaine, parcourant l’Argentine, la Colombie, le Venezuela, côtoyant de près ou de loin truands locaux et immigrés européens : l’ancien champion cycliste José Beyaert, vainqueur du premier tour de Colombie en 1951 ; Lincoln Montero, célèbre pour son Escadron de la Mort brésilien ; le Dr Joseph Mengele, bourreau d’Auschwitz ; Auguste Ricord, considéré comme le caïd de la « French Connection » ; et bien d’autres. Des voyages qui assouvissent sa soif d’aventures et lui fournissent des sujets pour ses romans. Poulbot est toujours présente, mais en pointillés.

Ses mémoires affluent un peu dans le désordre, pêle-mêle, surgissant au gré d’une ritournelle ou d’un souvenir évoqué par Didi, un ancien ami qu’il retrouve place Blanche. C’est également l’occasion pour évoquer Tino Rossi, chanteur débutant encouragé et soutenu par ses compatriotes corses ; Yves Montand échappant de peu aux balles d’un gestapiste français ; Jacques Prévert, l’éternel mégot coincé entre les lèvres. Des mémoires sur lesquelles plane la nostalgie.

Le Breton se fait fort de défendre ses amis les voyous, les truands qui respectaient un code de l’honneur qui n’existe plus aujourd’hui. Il cite volontiers ses livres autobiographiques, Les pégriots, Pour deux sous d’amour, Fortifs, La môme Piaf, Les hauts murs, etc., rappelant qu’il est le coauteur de certains mots comme « rififi » ou « valseur » — arrière-train féminin — …

Un encart central photographique complète cette biographie écrite un peu en l’honneur de la truanderie d’avant guerre.

 

Auguste Le BRETON : Ils ont dansé le Rififi. Mémoires. Editions du Rocher. Parution avril 1991. 364 pages.

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Published by Oncle Paul - dans La Malle aux souvenirs
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18 février 2015 3 18 /02 /février /2015 11:56
Kevin FITZGERALD : Un trône de baïonnettes

Mieux vaut ne pas s'assoir dessus...

Kevin FITZGERALD : Un trône de baïonnettes

Un message important, émanant d'un agent du nom de Bird, a disparu des Services Secrets, le coupable n'étant autre que Roydon employé au déchiffrage.

Jim Harrisson, chargé de retrouver ce document, écrit sur du papier pelure et susceptible de déclencher une nouvelle guerre mondiale, entame son enquête sous des auspices néfastes. Un tireur isolé embusqué sur un toit le rate de peu. Harrisson, plus connu sous l'alias d'Alexander Langton, se renseigne auprès de Joë, son indicateur habituel, au Singe Jaune, espèce de club privé et plaque tournante de la drogue, de recels et autres indélicatesses.

Roydon n'est pas un inconnu et la piste le conduit à un autre club malfamé, le Nid du ramier. Agressé Harrisson tient cependant un bout de piste. Il se rend dans la campagne anglaise sur les traces d'un certain Liffey. A Chenley, personne ne connait cet individu, mais tout porte à croire qu'il se dissimule sous les traits de l'énigmatique Dowson. Entré en fraude dans la propriété de Dawson, Harrisson ne doit son salut qu'à la présence providentielle de Bernard Feston, un ex-militaire, mathématicien, possesseur d'un chat, reconverti dans les enquêtes policières et lui-même sur les traces d'une bande de malfaiteurs, l'Émeraude verte, dirigée par une femme nommée Annie.

Ayant obtenu enfin un entretien du fameux Dowson, qui gravite illégalement dans les boîtes de nuit, Harrisson continue ses recherches dans de nouveaux bars londoniens. Il se fait éjecter, ses adversaires le croyant à la solde d'une bande rivale, Feston s'attachant à ses basques comme son ombre et arrivant toujours au moment propice pour le soutenir. Leurs pérégrinations les conduisent au Pays de Galles, où le papier aurait disparu, perdu par un malfrat lors de l'ascension d'une montagne.

Le document, protégé dans une blague à tabac, est découvert par deux excursionnistes adeptes de la grimpette qui le remettent à Harrisson, toujours accompagné de Feston. Malgré un guet-apens en haut de la montagne, Harrisson s'en sort et est enlevé alors qu'il redescendait tranquillement.

 

L'action, qui se déroule quelques années après la fin de la Seconde Guerre Mondiale, soulève déjà la possibilité et la probabilité d'une guerre froide entre le bloc de l'Ouest et le bloc de l'Est, sur fond d'intimidation et d'armes nucléaires élaborées.

Oscillant entre le roman d'espionnage et le roman noir, par le biais d'une guerre des gangs, la trame de cet ouvrage est particulièrement alambiquée. Le rôle de Feston est mal défini. Quant à Harrisson, malgré son succès, il se révèle comme un agent un peu timoré, ayant en horreur l'usage des armes à feu, et ne menant à bien sa mission que grâce à l'omniprésence de Feston.

 

Curiosité :

Le narrateur de cette histoire n'est autre que Harrisson lui-même mais incontestablement c'est Feston qui tient la vedette. Feston que l'on retrouve dans les numéros 762 (E pericoloso sorgersi) et 817 (Croisades sur les pointes) de la Série Noire.

 

Citation :

Vous avez pris un mauvais départ pour cette importante mission, Harrisson, me déclara-t-il. Mais je suppose que ce n'était pas votre faute.

 

Kevin FITZGERALD : Un trône de baïonnettes (A throne of bayonets - 1952. Traduction de Noël Chasseriau). Série Noire 787. Parution juin 1963. 256 pages.

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17 février 2015 2 17 /02 /février /2015 14:11

Comme chantait Sacha Distel : Oh quelle nuit !

Chevy STEVENS : Cette nuit-là

Faire de la publicité, c'est agiter un bâton dans l'auge à cochons disait George Orwell, l'auteur de 1984.

Et une fois de plus preuve est faite qu'il ne faut pas se fier aux petites phrases inscrites en première et quatrième de couvertes dues par des auteurs payés pour promotionner un ouvrage et qu'ils n'ont apparemment pas lu. Ainsi Harlan Coben affirme La tension monte à chaque page, tandis que Lee Child déclare Terriblement intense : une réussite.

Il faut attendre le chapitre 14, de la page 194 à la page 204, pour véritablement entrer dans l'histoire, le meurtre de Nicole, et l'arrestation de Tonie, sa sœur aînée et de Ryan, son petit ami. Le chapitre charnière de l'intrigue car auparavant Tonie, la narratrice et personnage principal du récit, entame un long processus de description de ses années d'adolescente parmi sa famille, ses condisciples, ses amours avec Ryan, ainsi que les longues années d'incarcération au pénitencier de Rockland à Vancouver puis dans le centre de réinsertion d'Echo Beach à Victoria, sur l'ile de Vancouver.

Le lecteur fait la connaissance de Tonie à sa sortie de la prison de Rockland alors qu'elle bénéficie d'un placement en centre de réinsertion. Elle a trente-quatre ans et a déjà passé pratiquement la moitié de sa vie enfermée. Tout ça parce qu'elle est devenue au collège la tête de Turc d'une soi-disant amie.

Tonie aurait pu être heureuse entourée d'un père débonnaire, dont le métier était de remettre en état de vieilles bâtisses. Sa mère, petite souris très énergique, qui achetait les maison que le père rénovait, tenait le ménage d'une main de fer et n'autorisait aucun manquement. Quant à Nicole, c'était la préférée. Du moins de la mère. Et bien entendu à l'adolescence les conflits mère-fille ont commencé à perturber les relations entre Tonie et sa mère. Tonie est indépendante et les études ne l'attirent pas trop.

Au collège elle se lie avec Shauna qui traîne derrière elle une petite cour d'admiratrices. Cathy, Kim et deux ou trois autres. Au début elle s'entendait bien avec Shauna, jusqu'au jour où celle-ci l'a accusée de lui avoir pris son petit copain et l'obliger à effectuer quelque chose dont Tonie deviendra la principale victime. La suite ne fut que harcèlement moral et physique. Shauna, belle petit gueule d'ange savait toujours retourner la situation en sa faveur, Tonie devenant la risée des autres élèves. Et puis Shauna vivait seule avec son père, Franck MacKinney, un policier local qui lui pardonnait tout.

Tonie est tombée amoureuse de Ryan, et le jeune homme ressentait les mêmes sentiments à son égard, au point d'envisager le mariage comme avenir. Mais il leur fallait être indépendants financièrement et pour cela Ryan a trouvé de petits boulots et Tonie a été engagée comme serveuse dans un petit restaurant. Mais Shauna lorsqu'elle avait quelqu'un dans le nez ne lâchait pas si facilement sa prise, toujours souriante, le regard noir et les propos acerbes, mensongers, sachant rester maîtresse de la situation.

Nicole prend de l'âge, commence à devenir jeune fille, se maquille, sort le soir, à l'insu des parents. Et rentre ivre parfois. Des médicaments disparaissent. Dans l'esprit de la mère c'est Tonie qui est fautive, ne voulant pas écouter les explications de son aînée, prenant toujours la défense de sa cadette. Et lorsque le drame arrive, la faute en incombe inexorablement à Tonie et dans une moindre mesure à Ryan, dans l'esprit de tous ou presque.

Au pénitencier où elle est enfermée, Tonie est en butte une fois de plus face à une meneuse qui régi toutes les prisonnières sous sa coupe, en véritable tyran. Tonie n'accepte pas cette dictature, se rebelle, se révolte. Des coups sont échangés, des agressions ont lieu dans les couloirs, et Tonie est la plupart du temps déclarée coupable. Mais elle arriv eà se faire respecter.

Enfin, lorsqu'elle peut sortir de cet enfer, Tonie revient chez elle, là où elle est née, mais pas chez ses parents. Elle s'installe sur un vieux bateau mis au rebut, travaille dans un refuge pour animaux, adopte un chien, un pit-bull couturé de partout qui lui témoigne son affection, et tout irait pour le mieux si un jour, malgré l'interdiction qui leur a été signalée, Ryan ne cherchait à la revoir.

 

Construit comme un récit autobiographique déstructuré, les chapitres s'imbriquant les uns dans les autres sans véritable suivi, Cette-nuit là est autant un documentaire-fiction sur les relations tumultueuse que peut entretenir une adolescente avec son entourage qu'un reportage dans l'univers carcéral. Comme c'est Tonie qui s'exprime, et que le lecteur ne possède que sa version, il est obligé de se fier à son témoignage. Et bien entendu lui aussi se révolte en lisant les sévices subis par la jeune fille. Pourtant une question demeure : pourquoi et surtout comment Shauna peut posséder une telle emprise, une telle aura, un tel charisme auprès des autres écolières, et ne jamais être prise en défaut ? Seule Tonie se rebelle et elle focalise sur elle tous les regards, tous les reproches, toutes les inimitiés.

Et comme justement ce roman se rapproche plus d'un reportage, intéressant certes, qu'une fiction dont l'angoisse serait savamment entretenue, il en perd sa force de persuasion et la tension n'est pas au rendez-vous. Autant les précédents romans de Chevy Stevens entretenaient la peur, la crainte, le frisson, l'envie du lecteur de poursuivre sans interruption le déroulement de l'histoire, ici on décroche souvent, à cause peut-être de l'accumulation des sévices et des rejets subis par Tonie. Et l'on se demande si au fond d'elle-même elle ne cache pas quelque chose de sa personnalité. Bref, à aucun moment je n'ai vibré devant l'accumulation de malheurs de Tonie, sauf peut-être au fameux chapitre 14 et vers la fin, lorsqu'enfin éclate la vérité.

 

Chevy STEVENS : Cette nuit-là (That Night - 2014. traduction de Sebastian Danchin). Editions de l'Archipel. Parution le 4 février 2015. 400 pages. 22,00€.

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17 février 2015 2 17 /02 /février /2015 09:15
Hillary WAUGH : Feu l'épouse de Monsieur

Un titre à la Georges Feydeau !

Hillary WAUGH : Feu l'épouse de Monsieur

Un billet anonyme, adressé à Warner, président du conseil municipal de Stocford, et suggérant que le décès de Célia Donaldson ne serait pas dû à des causes naturelles, incite le commissaire Fellows à enquêter sur cette mort suspecte au moins pour une personne.

Célia était la troisième femme du docteur Donaldson et ses deux précédentes épouses sont elles aussi décédées, de maladie. Lors de l'enquête préliminaire Donaldson réfute les arguments de l'accusation, soutenu par son assistante et infirmière Miss Barnes et sa servante Kathleen Durkin. Les deux femmes toutes dévouées au médecin jurent que les deux époux formaient un couple uni.

Burke, employé d'une compagnie d'assurances, réclame une autopsie que ne peut refuser Donaldson malgré les protestations de son avocat. La première autopsie ne révèle rien pour la simple raison que le cadavre n'est pas le bon. Il y a eu substitution avec le corps d'une autre défunte. Ni le directeur des pompes funèbres, ni aucuns de ceux ayant pu approcher le cadavre ne s'expliquent cette permutation.

Pendant que les spécialistes s'occupent du corps de Célia, retrouvé, Fellows poursuit ses investigations, surtout auprès de Kathleen Durkin et du mari de celle-ci, voyageur de commerce, dont elle vit séparée pour des commodités de travail.

L'autopsie pratiquée sur le cadavre de Célia démontre que la jeune femme n'est pas décédée d'une maladie de rein mais d'un empoisonnement au phosphore et que de plus elle avait avorté peu de semaines auparavant. Tout le monde semble abasourdi, aussi bien son mari que sa famille.

Célia aurait effectué un voyage fin janvier chez ses parents mais rien ne corrobore l'assertion du docteur. De plus lors de la maladie de sa femme, Donaldson aurait refusé aux parents de sa femme et à son frère tout droit de visite, ou alors à condition que ce membre soit accompagné et pour une durée restreinte.

Le pillage d'une chambre meublée chez un particulier louée par un certain Waterhouse permet à Fellows de découvrir des lettres signées Célia mettant en cause une dénommée Doris, jalouse de la liaison entre Célia et Waterhouse. L'enquête qui suit ne permet pas de retrouver ce témoin et seule une valise contenant quelques affaires appartenant à Waterhouse est retrouvée en mer. Des traces de sang laissent supposer que meurtre il y a eu. Fellows subodore un coup fourré, une mise en scène destinée à le lancer sur une fausse piste.

 

Le personnage de Donaldson est le prototype du Don Juan ensorceleur, usant et abusant de ses conquêtes féminines, sorte de gourou manipulant ses proches et s'en débarrassant lorsqu'il en a extirpé tout ce qui pouvait lui être profitable. La duplicité dont il fait preuve et son sens de la manipulation sont dissimulés sous une superficialité de bonhommie, d'intégrité, de naïveté, acceptant les coups du sort, et il est difficile à Fellows et ses hommes de lui arracher ce masque.

Le lecteur soupçonne dès le début le bon docteur d'être le meurtrier de sa femme, mais ce qui importe, c'est de dénouer les fils de l'intrigue et d'assister au déroulement de l'enquête.

Une fois de plus il est démontré que des présomptions ne sont pas des preuves et que la petite phrase, le petit fait insignifiant, perdus au milieu des déclarations et des témoignages se révèlent fondamentaux lorsque le puzzle prend place. Cependant l'une des déductions de Fellows, qui s'avère capitale, est battue en brèche par un journaliste et pimente l'épilogue.

 

Curiosité :

Si Lawrence Treat est à juste titre considéré comme le créateur du roman de procédure policière, Hillary Waugh est bien celui qui s'érige en maître, devenant le chef de file d'une école dont l'un des plus beaux fleuron se nomme Ed MacBain. Cependant ce roman est un compromis entre la procédure policière et une autre forme de narration, celle qui fit la renommée d'Erle Stanley Gardner, le retournement de situation lors des jugements et expositions des faits dans un tribunal.

 

Citation :

Donaldson faisait figure d'un député menant sa campagne électorale, plutôt que d'un assassin présumé.

 

Hillary WAUGH : Feu l'épouse de Monsieur (The late Mrs D. - 962. Traduction de C. Wourgaft). Série Noire N°748. Parution novembre 1962. 256 pages.

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16 février 2015 1 16 /02 /février /2015 13:07

La philosophie est la nourriture de l'esprit !

Alimentaire, mon cher Voltaire !

Frédéric LENORMAND : Elémentaire, mon cher Voltaire.

En l'an de grâce 1734, Voltaire ne pense pas encore à Mirabeau, mais il commençait à en avoir marre des mirabelles.

Il est exilé à Cirey, en Lorraine, dans un vieux château médiéval appartenant à son amie Madame Du Châtelet, Emilie pour les intimes. Et elle en a beaucoup. Voltaire en a ras l'estomac de manger des mirabelles à longueur de repas, et de plus il s'ennuie loin de la capitale. Une simple missive, émanant du comte d'Argental, lui donne l'occasion de fuir Cirey et de rejoindre sa belle, sa chambre et son ami-valet-secrétaire, l'abbé Linant.

La dame que vous savez est aujourd'hui est en grand péril
de tomber dans les bras de certain savant de votre connaissance.

Il n'en faut pas plus pour que la jalousie perfore le cœur du philosophe et immédiatement il prépare ses affaires, au grand désarroi de la maîtresse-queux qui lui mijote avec amour lapins et sangliers qu'il ne peut plus voir en peinture. Malgré l'interdiction qui lui a été signifiée, suite à la publication des Lettres Philosophiques, il regagne la capitale où il n'est attendu par personne ce qui le rend fort marri. Ses logeurs ont loué sa chambre, déménageant et ses affaires, et il retrouve l'abbé Linant en piteux état dans le grenier. Il est vrai que Voltaire a moins de mal à coucher ses idées sur le papier qu'à gérer sa bourse.

Effectivement la belle Emilie du Châtelet est fort embarrassée. Non point parce qu'elle recherche activement la présence de Maupertuis, académicien et physicien, sur lequel elle a jeté son dévolu, mais parce qu'elle a un cadavre dans le placard. Et ce n'est pas une figure de style. Elle a envoyé son personnel effectuer quelques emplettes, avec ordre de ne pas revenir avant deux heures, afin d'être tranquille en compagnie de Maupertuis. Ils s'adonnent à des expériences et ayant besoin d'ustensiles se rendent dans la cuisine. Ils découvrent dans un réduit, debout au milieu des jambons et d'objets de cuisine, le cadavre de Margoton. Et ils ne savent que faire de ce corps encombrant. Si Voltaire était là, il nous dirait quoi faire avoue Emilie. Seulement elle ne sait pas, encore, que son ami est aux prises avec son logeur et qu'il lui faut trouver un autre point de chute.

Une indiscrétion de la part d'un membre de son petit personnel, peuvent pas se taire ceux-là !, et bientôt toute la rue est au courant et la rumeur enfle jusqu'au Châtelet où le lieutenant général de la police, René Hérault, est immédiatement averti. Et comme ses mouches ont prévenu ses gens d'arme, Voltaire et Emilie se retrouvent ensembles dans la vieille bâtisse. Si Hérault n'apprécie pas Voltaire, Emilie ne lui est pas indifférente, et il charge son plus cher ennemi d'aider sa plus chère amie.

Et c'est ainsi que Voltaire, ou plutôt Tairvol ainsi qu'il se présente dans les différents endroits où il se rend, un pseudo comme un autre, prend l'affaire à bout de bras, tout en essayant de détourner Emilie de ceux de Maupertuis.

Margoton a été assassinée malencontreusement, car apparemment ce n'était pas elle qui était visée. Et il apparait que les jouets, dont une maison de poupée, qui encombrent la pièce destinée aux enfants, n'ont pas été livrés au bon destinataire. Alors, tout en se cachant des hommes de Hérault qui le suivent à la trace comme de bons chiens qu'ils sont, il va se rendre chez une modiste, un fabricant de jouets du nom de Gépétaud (tiens cela me dit quelque chose ce nom, mais j'ai du nez, je trouverai !) ou encore chez un fabricant d'automates.

 

Pauvre Voltaire qui à cause d'écrits jugés tendancieux est contraint de se cacher, de s'exiler et de voir sa belle amie tomber dans les bras d'un concurrent et dans le même temps chargé par un haut représentant de la police d'enquêter tout en étant pourchassé. C'est vraiment à n'y rien comprendre, d'autant qu'il doit enquêter dans des lieux de perdition chez les couturières, les modistes, les fabricants de jouets, et même se déguiser en femme pour passer inaperçu, ou encore se réfugier sous un pont dans la boue. Pourtant il est reconnu de tous ou presque, sauf d'une vieille connaissance à la vue basse et un air, pas plus bête qu'un autre, puisqu'il s'agit de madame du Deffant, également épistolière. Il imagine stratagèmes sur ruses et matoiseries. Mais le chemin de Voltaire sera encombré de cadavres qu'il sèmera malgré lui sur son chemin tel un Petit Poucet. Et à voir Voltaire se démener, se montrer grognon, sautiller, l'image de Louis de Funès s'est imposée à moi.

 

Ah, si à l'école, on nous avait appris la philosophie avec l'humour de Voltaire, involontaire parfois mais corrosif souvent, et bien aidé par son biographe, nul doute que ce cela nous eut plus captivé.

Par exemple disserter sur cette affirmation voltairienne : Cher monsieur, les femmes ne mentent pas, elles voient la réalité différemment !

Un voyage dans l'histoire qui ne nous prend pas pour des pantins ou des poupées de chiffons, peut-être pour de grands gosses qui aiment les contes vivants, enlevés, enjoués, troussés, humoristiques, avec une belle intrigue à la clé (pour remonter les boîtes à musique pare exemple) et, je n'oserai pas aller jusqu'à déclarer pédagogique mais au moins instructive.

Frédéric LENORMAND : Elémentaire, mon cher Voltaire. Série Voltaire mène l'enquête. Editions Jean Claude Lattès. Parution 4 février 2015. 318 pages.

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