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25 février 2015 3 25 /02 /février /2015 16:52

Il était une fois dans l'Ouest !

Jacques BABLON : Trait bleu.

Ce roman aurait pu s'intituler Fantasia chez les Ploucs, mais il n'existe aucun ressemblance dans l'histoire avec ce titre de Charles Williams. Il faudrait plutôt se diriger vers Jim Thompson et James Hadley Chase pour trouver une analogie pour l'ambiance, l'atmosphère, les personnages de ce récit atypique.

Tout commence, selon le narrateur anonyme, lorsque le cadavre de Julian McBridge a été retrouvé dans l'étang, avec un couteau de chasse dans le ventre. Cela se passait deux ans auparavant et les enquêteurs n'ont eu aucun mal à identifier le propriétaire du coutelas et c'est ainsi que le narrateur, que l'on appellera désormais John Doe en référence à l'expression américaine désignant une personne non-identifiée, s'est retrouvé en prison.

Né de père inconnu et d'une mère morte en couches, John Doe a bourlingué dans des familles d'accueil. Et il est devenu ami avec Iggy, ils était tout le temps ensemble, à la pêche ou pour voir les filles. Mais quand les policiers sont arrivés, Iggy était parti à la pêche aux filles délurées, et comme la Chevy a toujours eu du mal à démarrer, John Doe n'a pu s'esquiver. Et il a avoué bien volontiers avoir perdu son couteau dans le bide de McBridge. Une grosse perte. Pas McBridge, mais le couteau.

En tôle, John Doe a droit à une remise en forme de la part du psy.

En réalité c'est John Doe qui abasourdi le psy qui ne sait comment interpréter ses réponses. Par exemple à la question toute bête : Comment vous sentez vous, ce matin ? John Doe, qui n'est pas avare de métaphores, répond : Comme un jockey qui touche les pieds par terre.

Mais John Doe est encore plus abasourdi que son psy lorsqu'il apprend qu'un visiteur l'attend au parloir. Il pense à Iggy mais c'est une femme qui l'attend. Une certaine Whitney Harrison (qui ne vient pas de Houston) qui se présente comme visiteuse de prison. Cela lui convient fort bien, surtout quand elle lui propose de pouvoir le faire s'évader et lui remet un revolver en pièces détachées. Il n'a plus qu'à s'amuser avec son petit jeu de construction. Il est convoqué par le directeur et il emmène son arme, au cas où, mais une bonne et une mauvaise nouvelles lui sont signifiées.

D'abord, ce n'est pas lui qui a tué McBridge, l'homme a été abattu par balles. C'est Iggy qui tenait l'arme. Et Iggy s'est pendu.

John Doe est libre, mais c'est alors que ces ennuis commencent. Il était plus tranquille dans sa geôle, tandis que maintenant il a des individus louches et malfaisants à ses trousses. Heureusement il peut compter sur quelques appuis, Pete le motard, le petit frère d'Iggy et magicien en moteurs, toque de raton-laveur à la Davy Crockett sur la tête en guise de casque. Et Rose, la chanteuse de bar, mignonne à croquer, mais elle n'est pas la seule femme à tourner autour de lui. Big Jim aussi, architecte de son état et propriétaire d'une résidence construite de guingois, mais ça c'est son problème. Il s'intéresse fortement au bateau que John Doe veut vendre afin de se faire un peu d'argent. Et de l'argent il parait qu'il y en a, ce qui attire les individus louches et malfaisants évoqués ci-dessus.

Et le premier problème qui se présente à John Doe, lorsqu'il veut retourner son lopin de terre, c'est de se trouver nez à nez avec une paire de chaussures. Et au bout des chaussures un cadavre. Celui de Lindegren, le copain de McBridge. Heureusement il y en a qui se servent d'acide dans des fûts découpés, et les cochons sont vraiment des animaux domestiques sympathiques lorsqu'il s'agit d'aider les humains qui ne pensent qu'à les manger. A charge de revanche.

 

Avec une écriture bourrue, rugueuse, râpeuse, drue, Jacques Bablon nous entraîne avec énergie dans les pérégrinations de John Doe dans un langage savoureux, nerveux tout comme l'est son héros. Le comique côtoie le tragique, selon les circonstances. C'est violent et tendre à la fois, le double effet qui s'coue.

 

Jacques BABLON : Trait bleu. Collection Polar Jigal. Editions Jigal. Parution 15 février 2015. 152 pages. 17,00€.

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25 février 2015 3 25 /02 /février /2015 10:28
John WAINWRIGHT : Le bois de justice

Hommage à John Wainwright né le 25 février 1921.

John WAINWRIGHT : Le bois de justice

Ancien officier de police John Wainwright a débuté dans l'écriture en 1965 et a abordé, sous ce nom et celui de Jack Ripley, un peu tous les domaines : romans de détection, romans noirs et thrillers. Il est l'auteur notamment de A table (Série Noire N°1774) que Claude Miller a porté à l'écran sous le titre de Garde à vue en 1981 avec Romy Schneider, Lino Ventura et Michel Serrault.

 

Rapidement j'ai été touché par une sérénité, un certain charme, une indéniable paix sylvestre dont tout le roman est nimbé. En le lisant, je ne pouvais m'empêcher aussi d'effectuer un rapprochement avec certains feuilletons du 19e siècle, Féval et Zevaco en ce qui concerne quelques situations machiavéliques, l'ère victorienne, Le Chambrion de Ponson du Terrail pour l'ambiance et l'atmosphère pastorale, une pointe de George Sand, des situations familiales ambigües.

L'explication en est simple : la complexité de quelques situations, les pièges employés pour faire trébucher l'adversaire, en l'occurrence un demi-frère, dans des chausse-trappes, et un amour impossible, de même qu'une relation, une communion de pensées, de paroles avec la nature, faune et flore, que l'on retrouve moins souvent et avec moins de force chez certains écologistes convaincus. Livre plus gris que noir avec des touches de couleurs, parfois rouges, souvent vertes.

 

Deux demi-frères issus du même père, l'un légèrement bancal, solitaire, aîné de la famille, l'autre jaloux, bien portant et le préféré de la famille, vont s'entredéchirer. L'un pour garder un minimum vieillesse et la tranquillité, l'autre afin d'obtenir en sus un titre nobiliaire. Là-dessus se greffe une étrange histoire d'amour, rassurez-vous, en tout bien tout honneur.

 

Un roman que je qualifierai de calme, de reposant, de rafraîchissant, mais qui ne manque ni de mystères, ni d'actions, ni de rebondissements, ni une bonne dose de noirceur dans certaines descriptions. Cette réussite est peut-être due à la sensibilité de la traductrice.

 

Un délicieux bonbon anglais acidulé fourré à la chlorophylle.

 

John WAINWRIGHT : Le bois de justice (The Forest - 1984. Traduction Isabelle Delord-Philippe). Série Noire N°2019. Parution octobre 1985. 288 pages.

 

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24 février 2015 2 24 /02 /février /2015 13:17

La peinture à l'huile c'est bien difficile

Mais c'est bien plus beau que la peinture à l'eau !

Marie DEVOIS : La jeune fille au marteau.

S'appeler Velàsquez, c'est bien, mais en être l'arrière-arrière-arrière (et j'en passe) petite-fille, ce serait mieux.

Toute petite, à l'âge de sept ans, lorsqu'elle avait remarqué sur un magazine consacré à l'art cette analogie patronymique, Inès avait laissé courir son imagination et donc ce n'est pas par hasard si elle possède un double master en art et en droit, et travaille dans un cabinet d'avocats spécialisé dont la clientèle est composée de collectionneurs d'œuvres d'art ou d'acquéreurs déçus. Ils sont chargés de vérifier la provenance des ouvres et la régularité des transactions. Mais son rêve est de devenir un jour commissaire-priseur.

L'une de ses passions est de consulter en ligne les catalogues d'enchères et une vente à Hendaye a attiré son attention. Il s'agit de procéder à la vente des toiles et objets ayant appartenu à Ambrosio Fernandez, dont la notoriété n'a guère dépassé les milieux professionnels, et qui était réputé pour peindre à la manière de Velàsquez et en offrant des copies de bonne facture. Dans la dépendance où a été assassiné Fernandez dix ans auparavant, de nombreux lots sont mis aux enchères, dont une toile défraichie, pour ne pas dire une serpillière qui aurait servie à essuyer des coulées de peinture, mais aux dimensions assez impressionnantes. L'unique grand format de la vente qui mesurait à vue d'œil plus de deux mètres de large sur quatre de haute. On l'avait sauvagement clouée au mur. Les bords découpés en vagues s'effilochaient et la presque totalité du tiers inférieur  avait disparu sous une croûte brunâtre. Un véritable coup de cœur.

Elle obtient cette toile malgré les enchères d'un concurrent pour un prix raisonnable. La toile possède un attrait indéfinissable et en l'examinant avec attention, relève certains détails, dont une inscription, qui lui titillent l'esprit et de vagues souvenirs. Deux mots situés presqu'en bas du tableau : Eliminatos foeliciter

Elle vérifie dans ses notes, auprès d'un conservateur du Prado, et surtout, grâce à la propriétaire d'ne somptueuse résidence dont dépendait l'atelier et le logis du peintre, qui lui met à disposition une malle renfermant de vieux papiers, qu'elle est bien en présence d'une toile de Velàsquez portée disparue depuis l'incendie de l'Alcazar en 1734 : L'Expulsion des Morisques.

Mais elle est suivie, son appartement est fouillé, or la toile ne semble pas intéresser ses visiteurs. Et Mijanou Etchebarne, la charmante vieille dame propriétaire du manoir et de la dépendance est elle aussi importunée et même séquestrée. Que recherchent donc ces individus ? Cerca Trova. Deux mots qui figurent derrière la toile et qui résonnent comme un mantra. Cerca trova : cherche trouve.

 

Après Van Gogh et ses juges, Marie Devois nous propose une nouvelle plongée dans l'art pictural. L'ombre de Velàsquez se profile derrière chaque page mais l'histoire se déroule bien de nos jours, même si en incrustation le lecteur assiste à l'incendie de l'Alcazar dans la nuit du 24 décembre 1734 et aux efforts des moines résidant dans le couvent voisin pour sauver les toiles du maître. Toiles qui étaient destinées au seigneur du lieu et que personne ne pouvait admirer, sauf les amis et les invités. Pouvez-vous imaginer ce que devait être un monde sans musée ?

 

Une double enquête est proposée dans ce roman. Enquête physique avec celle concernant l'assassinat de Fernandez, rapidement avortée par manque de preuves concrètes, et peut-être le laxisme des autorités policières et judiciaires de l'époque lors de la découverte du cadavre en 2003, et réouverture du dossier, puis enquête intellectuelle dix ans plus tard par la recherche sur l'origine de la toile et le décryptage des documents. Inès bénéficie de l'aide précieuse de son ami Damien qui grâce aux techniques modernes peut vérifier l'authenticité du tableau.

 

Marie Devois évite de tomber dans le piège du pédantisme, construisant son intrigue policière dans un contexte historique avec pour toile de fond la figure du grand peintre espagnol.

Marie DEVOIS : La jeune fille au marteau. Collection Artnoir. Editions Cohen & Cohen. Parution 12 février 2015. 238 pages. 19,00€.

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24 février 2015 2 24 /02 /février /2015 09:01
A.S. FLEISCHMAN : Gardez-vous à Gauche !

Aucun rapport avec la politique actuelle !

A.S. FLEISCHMAN : Gardez-vous à Gauche !

Se produisant comme prestidigitateur au luxueux Hôtel des Mers de Chine, à Macao, Bruce Flemish est contacté par Donna Van Deerlin, une Américaine qui lui donne rendez-vous dans sa chambre.

Dans le même temps, le Señor Gonsalves lui demande un petit service : il doit grâce à ses dons d'illusionniste glisser une liasse de billets de dollars dans la poche d'un client lors de sa prochaine représentation. Flemish accepte, mais au dernier moment n'accomplit pas le geste pour lequel il a été payé. Cette affaire ne lui plait guère. Il reçoit des menaces et un inconnu tente de l'étrangler avec un fil de fer. Jordan, le personnage à qui il doit remettre subrepticement l'argent, n'est autre que le compagnon de la jeune femme.

Intrigué, il se rend dans la chambre de Donna qui en réalité s'appelle Chandler. Son père, assassiné, enquêtait à Macao et elle sollicite Flemish de se rendre à Hong-Kong et remettre le rapport paternel caché dans un pétard.

Flemish, dont l'argent en sa possession lui brûle les doigts, tente sa chance au jeu mais les billets s'avèrent faux. Le Señor Gonsalves, à qui il manque les deux pouces à la suite d'un enlèvement survenu six mois auparavant, est fort mécontent de la prestation manquée de son artiste. De plus il est au courant de son entretien avec Donna grâce à un enregistrement.

De nombreuses personnes sont à la recherche du dossier compromettant. Jordan, tout d'abord, en qui Donna n'a guère confiance. Le Señor Gonsalves et son bras droit Nakov. Quant à Wilkerson, un Américain propriétaire d'une fabrique de pétards, Flemish le trouve trop souvent sur son chemin à son goût.

Avec la complicité de Phébé, une stripteaseuse, Nakov et Gonsalves tentent d'imputer le meurtre de Jordan à l'illusionniste. Flemish se réfugie en compagnie de Donna dans une chambre dans le quartier des prostituées. Alors qu'il enquête dans la ville, Donna est enlevée, leur trace ayant été dévoilée par un prêtre qui pensait bien faire. Parmi les microfilms dissimulés dans le pétard, Flemish trouve un plan des catacombes de la Basilique Saint-Paul. Un souterrain relierait l'édifice religieux à un cimetière chinois, juste de l'autre côté de la frontière. Supposant que la jeune femme y est détenue, Flemish requiert les services d'un pirate, les autres marins refusant de sortir du port à cause d'un typhon prévu par la météo.

 

Roman d'espionnage tout autant que d'aventures, Gardez-vous à Gauche est plaisant à lire, malgré les quelques attaques anti-communistes. Il serait intéressant à ce titre de lire le texte original et de comparer les apports du traducteur, sachant que ce roman a été écrit en 1952 et édité en France en 1965, le contexte international ayant évolué. Mais il vrai qu'à l'époque où a été écrit ce roman, le maccarthysme était dans sa phase de pic, et la chasse aux sorcières rouges virulente. D'ailleurs de nombreux écrivains, dont Dashiell Hammett et Howard Fast, en furent les principales victimes, ainsi que des chanteurs et acteurs, dont Danny Kaye et Jean Seberg et des musiciens de jazz, Artie Shaw par exemple.

A.S. Fleischman ne dénonce pas les Chinois dans leur trafic de drogue. Il en rejette toute la responsabilité sur les Occidentaux, rappelant si besoin est que les Britanniques et les Américains avaient à l'origine imposé l'opium aux Chinois en échange des soieries, du thé et du jade. Par un juste retour des choses, les Chinois ayant besoin des devises américaines pour acheter médicaments et carburants exportent les stupéfiants afin de combler une demande.

 

Curiosité :

Les éditions Fleuve Noir ont édité dans leur collection Espionnage Train d'enfer (N°71 - 1955) dû à Sid Fleischman qui n'est autre que A.S. Fleischman. Un anachronisme dans cette collection vouée aux auteurs français.

 

Citation :

Le tapis d'Orient, de couleur jaune, était si épais qu'on aurait presque cru nécessaire de le passer à la tondeuse à gazon.

 

A.S. FLEISCHMAN : Gardez-vous à Gauche ! (Look behind you, Lady - 1952. Traduction de Georges Geoffroy). Série Noire N° 949. Parution juin 1965. 256 pages.

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23 février 2015 1 23 /02 /février /2015 13:36

L'histoire en marche effectue souvent des retours en arrière, préjudiciables à tous.

Agnès LAROCHE : Marjane et le sultan.

Entrez dans l'univers magique d'un conte qui pourrait être extrait des Mille et une nuits.

Entrez dans la réalité d'une histoire qui pourrait se dérouler de nos jours, mais en sens inverse.

Marjane est une jeune tisseuse dont les tapis sont fort appréciés des riches notables du Sultanat d'Aroum, pourtant elle n'a que dix-sept ans. Elle dessine les motifs, choisit les couleurs, et surveille les ouvrières dans la petite pièce qui sert d'atelier. Elle a repris les rênes de sa mère, décédée deux ans auparavant, et son père est fort malade. Elle envisage de continuer l'activité de tissage, seulement son père refroidit sa légitime ambition en l'informant qu'il existe des règles strictes en matière de succession.

Si elle veut garder la maison et l'atelier, elle doit se marier. La loi est ainsi faite que seuls les fils peuvent hériter. On ne juge pas les femmes capables de disposer avec bon sens des biens familiaux. A la mort de leurs parents, le Sultan en devient propriétaire. Une loi inique selon Marjane et elle s'indigne, et ne veut pas entendre parler d'épousailles arrangées. Elle décide de rencontrer directement le sultan Bahman et de plaider sa cause. Elle est courageuse Marjane et intrépide aussi, alors elle surmonte les difficultés et parvient à obtenir un entretien.

Le sultan Bahman, qui est monté sur le trône deux ans auparavant, est un jeune homme gracieux, mais pas facile à manier. Et il confirme la loi ancestrale :

Cette loi est juste et vous n'y échapperez pas, lâche-t-il froidement. Les femmes n'ont pas les qualités requises pour gérer des biens ou de l'argent en toute indépendance ! Elles s'occupent de leur foyer, de leurs enfants, travaillent parfois, mais il serait vain de leur en demander davantage, elles n'en sont tout simplement pas capables ! Sans parler de la frivolité et de l'inconséquence de certaines qui dilapideraient en bien peu de temps leur héritage.

Une fin de non recevoir qui ne réjouit pas Marjane, indignée par de tels propos. Alors elle persiste, s'entête et décide d'écrire une missive dans laquelle elle met les choses au point, non sans un humour caustique. Mais elle ne l'envoie pas. Le Sultan aurait-il ressenti du remord devant la pugnacité de la jeune fille, il se peut car il se présente incognito, lui tendant un des dessins qu'elle avait omis de reprendre lorsqu'elle s'était présentée à lui. Il lit la lettre qui lui était destinée, ce qui le met en colère, et il lui lance un défi : elle doit confectionner un tapis volant.

Marjane qui ne veut absolument pas se marier avec l'un des prétendants que lui présente son père, décide de relever le défi sachant pertinemment qu'elle ne pourra accéder à la demande du Sultan mais cherche une parade.

 

Marjane incarne la féministe décidée et entreprenante dans son combat pour l'égalité des sexes, la reconnaissance des qualités dont ses consœurs sont dotées tout en démontrant que les hommes peuvent parfois se conduire comme ce que le Sultan reproche à la femme en général. Et elle va démontrer aux cours des aventures qu'elle va partager en compagnie d'Adi, puisque le Sultan souhaite qu'elle l'appelle ainsi, qu'elle n'est pas timorée, mais au contraire capable d'aller jusqu'au bout de ses forces dans les situations délicates et capable de prendre les décisions adéquates.

Cette histoire se déroule en 1898, or si l'Orient s'ouvrait au modernisme, il existait de nombreuses lacunes sociétales. Tout cela allait changer jusqu'à ce que des extrémistes religieux, des fanatiques, dénoncent le grand bouleversement dans la vie quotidienne, familiale, professionnelle, culturelle des femmes, remettant en cause leur émancipation.

Agnès Laroche n'évoque pas ces transformations, ces régressions, mais bien entendu cela est sous-entendu. Si le livre est destiné à une couche juvénile de la population, nul doute que les adultes doivent lire ce court roman, et en expliquer les arcanes à leur progéniture.

 

Agnès LAROCHE : Marjane et le sultan. Editions Talents hauts. Parution le 19 février. 144 pages. 8,00€.

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23 février 2015 1 23 /02 /février /2015 08:45
Mildred DAVIS : La chambre du haut

Un classique de la littérature de suspense...

Mildred DAVIS : La chambre du haut

Le mystère plane sur la maison des Corwith, sise dans le Bronx, faubourg campagnard de New-York.

Swendsen, le nouveau chauffeur embauché pour un mois, s'intéresse de près à ses patrons, à leurs habitudes, inspectant l'état de leurs voitures. Il interroge les employés, la cuisinière, Weimuller le maître d'hôtel, et surtout Patricia, la femme de chambre.

Minou, la plus jeune fille des Corwith vit cloîtrée dans une chambre à l'étage depuis son accident de voiture qui l'a laissée défigurée. Minou touche à peine à ses plateaux repas, joue parfois du piano. Ce sont les seules manifestations de sa présence. Dora et Hilda, ses sœurs, et ses parents en parlent, de même que les domestiques, mais avec réserve, avec réticence. Surtout Hilda qui exprime un profond ressentiment envers cette adolescente choyée, adulée, plus belle qu'elle et qui avant son accident était le pôle d'attraction de la maisonnée. Minou qui attirait les hommes et était détestée des femmes.

Au cours d'une séance d'hypnose, Helen, une amie de la famille, est priée de tuer Dora qui joue le rôle de Minou, avec une pipe. Elle laisse échapper l'arme improvisée et la ramasse. Ce n'est plus un article de fumeur qu'elle brandit, mais un canif tombé malencontreusement d'une poche. Swendsen surgit à temps pour immobiliser son bras. Ce n'était qu'un incident qui s'inscrit parmi tant d'autres.

Patricia confie au cours d'un repas bien arrosé à Swendsen qui ne lui est pas indifférent, que malgré les affirmations de la famille, Minou n'aurait pas été seule dans la voiture lors de son accident. Dora doit se marier avec Francis et la noce se prépare dans la fièvre mais pas dans l'harmonie. Francis, qui est docteur et a ausculté Minou après la tragédie, ne semble pas empressé auprès de sa fiancée.

Un jour, alors qu'il vient de déposer Corwith à son bureau, Swendsen aperçoit la voiture d'Hilda. Il la suit et entre comme par hasard dans le restaurant où elle déjeune. Il lui fait du gringue, l'invite dans une boîte de nuit et passe un mystérieux coup de fil. Sur le chemin du retour ils passent devant la propriété des Batchfleder. Des hommes fouillent dans les buissons à l'aide de torches électriques. Un événement qui trouble fortement Hilda.

Le dimanche suivant, alors que la cérémonie du mariage doit avoir lieu, l'effervescence règne chez les Corwith. Hilda va d'un groupe à l'autre, à moitié ivre. Dora trébuche dans l'escalier et se foule une cheville ce qui entraîne au grand soulagement de Francis le report du mariage. Lewis, le jeune garçon des Corwith est affolé : Minou n'est pas dans sa chambre.

 

Premier roman de Mildred Davis, écrit alors qu'elle fréquentait encore le lycée, La Chambre du haut n'en est pas moins construit avec rigueur, avec minutie, entretenant le suspense avec une pointe de sadisme, dévoilant peu à peu les arcanes de ce mystère comme une stripteaseuse se dévêt morceau par morceau, prolongeant l'attente du spectateur fébrile.

 

Du 9 février au 24 du même mois, on suit les investigations de Swendsen, n'étant pas dupe de sa couverture de chauffeur de maître. Mais l'hypothèse du maître-chanteur vient immédiatement à l'esprit et rien ne laisse supposer qu'il s'agisse d'un policier, à moins de connaître les numéros de téléphone new-yorkais.

Le récit est subtilement découpé par la narration en filigrane d'une femme évoluant dans une chambre, et lisant un carnet intime. Cependant subsiste un mystère qui permet toutes les extrapolations : la mort de Dora, fauchée par une voiture.

 

Curiosité :

On peut lire en exergue à ce roman : Cet ouvrage a paru en 1950 dans la Série Blême. C'est sa qualité et le faible tirage de l'édition antérieure qui nous ont incités à la publier dans la Série Noire.

 

Citation :

L'ennui de l'enseignement gratuit, dit-elle d'un ton acerbe, c'est que n'importe qui, à commencer par le balayeur des rues, se croit psychologue à ses heures.

Quelques éditions ou rééditions de La Chambre du hautQuelques éditions ou rééditions de La Chambre du hautQuelques éditions ou rééditions de La Chambre du haut

Quelques éditions ou rééditions de La Chambre du haut

Mildred DAVIS : La chambre du haut (The room upstairs - 1948. Traduction de Lola Reinova). Série Noire N°931. Parution 1965. Réimpression Mai 1997. 272 pages. 7,80€.

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22 février 2015 7 22 /02 /février /2015 16:40

Bon anniversaire à Pierre Filoche, né le 22 février 1951.

Pierre FILOCHE : Le Septième Pilier.

Jamais un roman n’aura autant mérité l’apposition de cette petite phrase figurant la plupart du temps sous le copyright : Les personnages et les événements relatés dans ce roman sont fictifs.

Toute ressemblance avec des personnes existant ou ayant existé serait purement fortuite, phrase qui permet à l’auteur de délirer sur des faits plus ou moins réels, connus ou non du public.

 

Ainsi Pierre Filoche nous entraîne dans la Principauté de Montésimi, coincée sur la Côte d’Azur.

Eddy Derouet est videur dans une boîte de Pigalle. Il ne parle pas, ne met pas son nez dans les affaires des autres même si parfois le patron va un peu trop loin. Bref, le serviteur idéal auquel le boss va confier une mission de tout repos.

Eddy se voit propulsé garde du corps de Cristina, la belle princesse et accessoirement fille du comte de Montésimi. Une véritable sinécure, entrecoupée toutefois par les incursions déplacées des paparazzis, qui lui laisse le temps de s’éprendre de la belle qui ne demandait que ça. Faut bien que jeunesse se passe et que les tempéraments trouvent un palliatif corporel et charnel.

Seulement il s’est embarqué dans une galère qu’il ne soupçonnait pas et qui va le meurtrir.

Pierre Filoche joue dans le registre de la satire, faussement naïf, et inverse les rôles de la bergère et du prince charmant. Comme cela pourrait se dérouler dans la réalité si celle-ci était objective. J’ai bien dit pourrait, mais cela n’est qu’une fiction et toute ressemblance etc… ne serait que pure coïncidence.

Un roman réjouissant basé sur la manipulation et dont le dénouement sans être véritablement imprévu s’inscrit dans une logique impitoyable.

 

Pierre FILOCHE : Le Septième Pilier. Collection Instantanés de polar N°215. Editions Baleine. Parution mars 2001. 154 pages. 9,00€.

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22 février 2015 7 22 /02 /février /2015 09:33
William Campbell GAULT : Il court, il court...

A la longue, il va s'essouffler !

William Campbell GAULT : Il court, il court...

Accusé à tort du meurtre de sa richissime femme Loïs, abattue dans sa propriété de Saint-Louis, Tom Spears s'est évadé de la prison où il croupissait.

Dans un patelin de l'Arizona, aux portes du désert, il est abordé par une jeune femme qu'il reconnait vaguement. Il s'agit de Jane Revolt, la fiancée de son avocat, Joe Hubbard. Elle lui apprend que non seulement Joe a été assassiné, mais de plus a saboté sa défense lors du procès, enfonçant un peu plus Tom.

Bookmaker avant son emprisonnement, Tom veut prendre contact avec Nannie Koronas, son patron, le caïd des paris de la Côté Ouest. Il demande asile à son ami Jud Shallock, bookmaker également, mais l'intrusion d'un policier l'oblige à fuir. Il accepte l'hospitalité de Jane, et malgré les conseils de celle-ci s'obstine à vouloir renouer avec Nannie puis à se réfugier au Mexique. Jane l'encourage à se défendre, à prouver son innocence, mais à cause d'un copain trop curieux de la jeune femme, et d'un policier qui se présente chez elle avec un mandat de perquisition, il poursuit sa cavale.

Il se rend alors chez Connie, fille facile chez qui il a partouzé un soir avec Joe. Connie lui en apprend de belles sur son avocat qui aurait couché avec Loïs, et ce n'était pas le seul. Joe n'était pas l'ami qu'il croyait se révélant homme à double personnalité.

Un individu surveille l'appartement de Connie, et malgré son aversion pour ceux qu'il appelle les pieds-plats, Tom prend rendez-vous avec Delavan, détective privé. Au cours de l'entretien Tom apprend que le policier qui désirait perquisitionner chez Jane n'en est pas un en réalité. Il ne peut s'empêcher de soupçonner Jane d'être à l'origine du meurtre de sa femme, jalouse de la liaison de son fiancé avec Loïs. Mais le meurtre de Joe ne s'imbrique pas dans ses déductions.

Delavan lui prête un appartement dans lequel Tom peut se cacher un certain temps. Mais le détective est inquiet, un homme, le même qui poireautait devant chez Connie, surveille son bureau. Tom téléphone à Lisa, la petite ami de Nannie, qui accepte de le recevoir et l'héberger pour la nuit.

 

Au cours de sa cavale, Tom Spears va connaître en trois nuits, trois femmes différentes et se partager leurs faveurs. Leurs motivations ne sont pas les mêmes. Jane désire profondément aider Tom dans ses démarches malgré, ou à cause, qu'elle fut la fiancée de Joe Hubbard et s'apercevant peu à peu que l'homme qu'elle aimait n'était pas celui qu'elle imaginait; Connie elle aussi, un peu en mémoire de Hubbard, mais sans calcul, par seule bonté d'âme, connaissant les liaisons de l'avocat mais lui pardonnant; Lisa enfin, par duplicité, ne cherchant qu'à s'approprier le magot de Nannie.

Trois femmes qui s'érigent un peu en marge des héroïnes de l'époque, à l'origine des initiatives prises par Tom, se montrant plus réfléchies et dont le rôle s'avèrera primordial. Sans Jane et sans Connie, Tom n'aurait songé qu'à fuir, à s'établir au Mexique, la quête de la vérité passant après sa soif de liberté.

Ne se fiant qu'à l'amitié virile, il aura les yeux dessillés par les femmes même si, une fois de plus, c'est l'une d'entre elles qui joue le rôle du méchant.

A noter un passage très angoissant et cinématographique au cours duquel Tom, réfugié dans le grenier de la villa de Jane, obligé de rester immobile afin de ne pas révéler sa présence, doit subir les attouchements, sur sa tête et le long de sa figure, d'une araignée noire.

 

Curiosité :

Il faudra attendre vingt ans et le numéro 1948 (Le Méchant Samaritain) pour que la Série Noire accueille à nouveau W.C. Gault à son catalogue.

 

Citation :

Certes, ils se livraient à des opérations illicites, mais celles-ci répondaient à un sentiment apparemment universel : l'attrait du jeu. Et la loi conférant à l'Etat l'exclusivité d'un commerce considéré par ailleurs comme illégal et répréhensible au point de vue social paraissait bien étrange.

 

William Campbell GAULT : Il court, il court... (Run, Killer, Run - 1954. Traduit par André Bénat). Série Noire N°912. Parution janvier 1965. 256 pages.

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21 février 2015 6 21 /02 /février /2015 19:26

Aucun rapport avec la Gordini, mais ça roule aussi vite...

SELLIG : L'opération R8.

Dans un lotissement normal, situé dans une périphérie normale lyonnaise, vit une famille normale, comme un certain président. Et ils vont vivre, avec quelques amis normaux, des aventures presque normales.

D'abord, il y a la mère, Olga, chef d'atelier dans un garage, qui pratique assidument le culturisme comme peuvent le démontrer ses muscles harmonieusement développés.

Ensuite Bernard, dit Nanet, qui travaille à l'EDF et dont la principale occupation est d'assister aux pots de départ, d'arrivée, et autres boulots tout aussi exténuants. C'est un bricoleur impénitent, mais il ne possède apparemment pas le mode d'emploi des objets qu'il fabrique, car ils ne fonctionnent jamais, ou à une autre destination que celle qui était prévue à l'origine.

Jürgen, dit Doudou, le fiston de bientôt dix-huit ans, est également passionné par des expériences, souvent sur animaux, qu'il réalise en compagnie de ses deux amis, Alexandre, obséquieux et flagorneur, et la glaciale Ruth qui ne l'est pas encore mais ressent un certain penchant inavoué pour Jürgen.

Pupuce, c'est le chienchien à sa mémère, façon de dire car Olga est une femme moderne et épanouie qui aime les animaux, et Pupuce, c'est un cas d'os de la nature. Décrire Pupuce prendrait au moins trois ou quatre pages, mais signalons que si elle est de race indéfinie, elle pourrait être la progéniture d'un chien, d'un hippopotame et d'un dahu mais dont les pattes seraient plus courtes à l'avant que sur le côté. Elle engloutit ses trois kilos de barbaque par jour et en dessert des chambres à air, des éponges, un sécateur... Elle a toujours une petite faim dans un coin de l'estomac. Et Olga, s'étant fait rejeter par tous les vétérinaires de la région a trouvé en René Lacrosse, un véto digne de ce nom, ancien béret vert selon ses voisins.

Enfin pour compléter le tableau des personnages, n'oublions pas Sam, le frère d'Olga, qui rechigne tout le temps, pestant contre ci ou contre ça, rouspétant mais déjeunant quand même le dimanche chez Olga et Bernard, sa sœur sachant se montrer convaincante. Et Henri Baratté, leur voisin, installé dans le lotissement à peu près en même temps qu'eux, avec qui ils s'entendent bien, surtout lors de l'apéro, au pssé toruble et indéfini.

Un dimanche de juin ensoleillé, alors qu'ils sont réunis en famille comme tous les dimanches, ils entendent des sirènes. Un camion de pompier et un véhicule des urgences sont stationnés devant chez le voisin. Henri est mal en point selon les infirmiers qui transportent le brancard sur lequel gît Henri. Crise cardiaque et il n'est pas sûr qu'il ne soit pas décédé. Départ en trombe direction l'hôpital. Olga téléphone à l'hôpital où doit être réceptionné leur ami, mais aucune entrée n'est signalée à son nom. Et dans les hôpitaux environnants, même réponse.

Alors il ne leur reste plus qu'à ouvrir une lettre qu'Henri leur avait remise quelque temps auparavant, lors d'un apéritif copieusement arrosé, leur demandant de ne prendre connaissance du contenu que si un cas exceptionnel se présentait. Et justement il s'agit bien d'un cas exceptionnel. Seulement l'enveloppe referme un rébus qu'il faut déchiffrer.

Je vous passe les détails, vous les trouverez dans le livre, mais sachez qu'une fois l'énigme résolue ils obtiennent un numéro de téléphone. Et au bout du fil, quelqu'un qu'Olga connait bien: il s'agit tout simplement de René Lacrosse, le vétérinaire attitré de Pupuce.

Aussitôt l'ancien béret vert prend les choses en mains (il lui faut bien les deux) car Henri Baratté est son ami.

Tout commence cinq ans auparavant en Amazonie...

 

Roman policier, roman d'aventures, thriller, Opération R8 est tout cela et plus, le lecteur navigant dans le mélange des genres avec appétence, tant Sellig joue avec le vraisemblable et l'invraisemblable. Mais il ajoute une denrée non périssable, l'humour. Une forme de nonsense à la britannique, l'humour par l'absurde, un peu comme le pratiquait Wodehouse et bon nombre de ses confrères romanciers qui privilégient la dérision au sérieux. Sellig nous entraîne dans des péripéties insensées, virevoltantes, mais par paliers successifs, le ton changeant selon son humeur et surtout les avatars, les aventures traversées par nos héros.

Pourtant, le roman, s'il met en scène des situations drolatiques, possède un fond de gravité car en Amazonie Henri Baratté et René Lacrosse ont fait une découverte fondamentale pouvant mettre en péril toute une économie. La nature est bien faite et il faut savoir l'exploiter à bon escient, seulement la nature est contradictoire. Certaines plantes annihilent les effets d'autres végétaux, et lorsque toute une industrie repose justement sur des effets indésirables sur la santé, il est évident que cela ne peut pas plaire à tout le monde et tous les moyens sont bons pour contrecarrer certaines mises en œuvre susceptibles de favoriser une atteinte à une hégémonie mercantile.

Sous la couche d'humour se niche la gravité du propos. Un roman qui ne manque pas de profondeur dans le propos et devrait faire un tabac !

 

SELLIG : L'opération R8. Hors Série. Editions Rivière Blanche. Parution février 2015. 272 pages. 20,00€.

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21 février 2015 6 21 /02 /février /2015 10:08
Richard STARK : Pour l'amour de l'or

Parker, un Arsène Lupin américain ?

Richard STARK : Pour l'amour de l'or

Truand indépendant, Parker qui s'est mis le Consortium à dos, abat un soir un tueur de l'Organisation qui a retrouvé sa trace malgré un changement d'identité et une opération de chirurgie esthétique.

Bett, la jeune fille qui se prélassait dans la couche de Parker, en profite pour subtiliser le revolver du crime. Elle le convoque à Miami et lui présente Harrow, son père, richissime homme d'affaires et collectionneur, qui lui demande un petit service. S'emparer d'une statuette médiévale dont le propriétaire actuel est Kapor, attaché d'ambassade d'un état slave situé au nord de la Tchécoslovaquie, la Klastravie. En échange il lui remet l'arme compromettante et une substantielle poignée de dollars.

Assisté d'Handy McKay qui a séduit Clara, la bonne du diplomate, afin de connaître les aîtres, Parker de retour à Washington organise minutieusement le hold-up. Seulement une autre bande semble être sur le coup et McKay est enlevé. Parker remonte en cuisinant la boniche la piste des ravisseurs, délivre son ami et soutire les coordonnées du chef de la bande rivale, un nommé Menlo. Celui-ci lui apprend qu'il est chargé par son gouvernement de récupérer 100 000$ qu'aurait détourné Kapor au préjudice de son pays. Menlo estime que ses qualités ne sont pas reconnues à leur juste valeur et il a décidé de s'approprier le magot et de s'évanouir dans la nature.

Associé à Parker et McKay, il profite des charmes de Bett, la jeune femme n'étant pas sectaire partageant volontiers son lit, négligeant le physique de son partenaire mais pas son portefeuille. Mais Menlo est gourmand, une fois introduit dans la salle aux trésors de Kapor, il se débarrasse de Parker et McKay en leur tirant dessus, les laissant pour morts, et il s'enfuit avec la statuette et l'argent laborieusement amassé par le diplomate.

Parker, moins sérieusement touché que son compagnon, sollicite le concours de Kapor, effondré par la perte de son argent. McKay est conduit dans une clinique et Parker rejoint Harrow à Miami, se doutant que Menlo contactera le collectionneur.

 

Richard Stark, alias Donald Westlake, nous conte avec humour les aventures de cet épigone américain d'Arsène Lupin, qui, s'il n'en a pas toutes les qualités, se rapproche cependant de notre gentleman-cambrioleur national. Il existe de nombreux points de convergence entre ces deux héros, mais dans cette histoire cette ressemblance est accentuée par l'enjeu constitué par la statuette.

En effet, ce "pleurant" d'albâtre (petite statue d'une quarantaine de centimètres de hauteur et représentant un personnage triste, souvent un moine dans une attitude d'extrême affliction, feinte ou non) convoité par Harrows, tire son origine de l'histoire de France, et plus précisément fait partie d'un lot de quatre-vingt-deux statuettes, toutes différentes, exécutées pour orner des niches entourant le tombeau de Jean Sans Peur et Philippe le Bon. A la révolution ces sculptures ont été disséminées et soixante-dix-neuf d'entre elles ont pu être récupérées ou repérées. La statuette de l'histoire étant l'une des pièces manquantes.

La corrélation entre Maurice Leblanc et Richard Stark est évidente, tout du moins dans Pour l'amour de l'or, puisque le thème principal des œuvres de Leblanc était la recherche de trésors, principalement ceux ayant appartenu aux Rois de France.

Mais le personnage de Richard Stark est beaucoup plus violent et nettement moins poétique, moins fantasque, moins distingué que son prédécesseur. Il lui manque la prestance et la dignité, mais pas le sens de la répartie. Il reflète cependant un certain état d'esprit caractérisé par la lutte pour la survie des artisans face aux monopoles tentaculaires et aux grosses entreprises représentées par le Consortium. Dans Voyage au bout de la Noire, Parker est même considéré comme le Nicoud des bas-fonds.

Quant à la construction du récit, elle utilise souvent le retour en arrière, ce qui permet une relance d'intérêt lorsque l'action s'essouffle et d'entretenir le suspense dans l'intrigue.

 

Curiosité :

Malgré le titre il n'est pas une seule fois question d'or, seulement d'argent, en liquide, et d'objets de collection, des statuettes.

 

Citation :

L'expérience lui avait appris que les gens les plus pressés de torturer leurs semblables étaient ceux qui se mettaient le plus vite à table pour échapper à la torture.

 

Richard STARK : Pour l'amour de l'or (The Mourner - 1963. Traduction de Marcel Frère). Série Noire N°885. Parution octobre 1964. 192 pages.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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