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18 avril 2015 6 18 /04 /avril /2015 09:34
David GOODIS : Les pieds dans les nuages

Et la tête aussi ?

David GOODIS : Les pieds dans les nuages

Révoqué de la police cinq semaines auparavant pour avoir encaissé des pots de vin, Corey Bradford vit de gin dans les bars des bas quartiers de la ville de Philadelphie : Le Marais. Au Hangout, repaire des poivrots, il rencontre un soir son ex-femme Lilian, remariée avec Delbert Kingsley.

Désireux de se remettre en fonds, Corey tente de jouer au stud-poker ses derniers cents, mais il est refoulé par Walter Grogan, propriétaire du Hangout et de nombreux immeubles du Marais. A ce moment deux hommes masqués pénètrent dans la salle de jeux et sans la présence d'esprit de Corey, Grogan y passait.

Corey est embauché par le caïd pour découvrir qui se cache derrière cette fusillade. Le même soir, Mc Dermott, le chef de la Brigade Spéciale de nuit, une brigade légèrement en marge de la police officielle, embauche également Corey pour enquêter sur Grogan et le faire tomber dans les rets du fisc.

Deux gros bras à la solde de Grogan l'interpellent en pleine rue, le kidnappent mais Corey parvient à se débarrasser des deux hommes, simulant un règlement de compte entre les truands. Chez Grogan, Lita, la jeune épouse de celui-ci mais frustrée sexuellement, lui fait comprendre qu'il ne lui est pas indifférent. Face aux inquiétudes de Grogan, Corey lui relate les événements de la veille, précisant que les deux hommes doublaient le caïd pour une tierce personne.

Mc Dermott rend visite à Corey pour lui confier qu'il désire venger sa femme violée trente-trois ans auparavant. Il a déjà tué huit des participants de ce crime, mais il manque à son tableau de chasse le chef. Corey en déduit que le rescapé se nomme Grogan, mais il sent qu'entre Mc Dermott et lui existe un autre lien. Grâce à Carp, un nabot spécialiste de l'absorption de verres appartenant à d'autres consommateurs, Corey obtient l'adresse de son ex-femme. Celle-ci défend Kingsley mais Corey apprend qu'outre son passé de prisonnier, Kingsley a tué un homme par homicide soi-disant involontaire et qu'il rentre à des heures impossibles la nuit. Sortant de chez Lilian Corey est agressé par des inconnus.

Il réussit à leur fausser compagnie et se réfugie dans les marais qui s'étendent en bordure du quartier. A la faveur de la lune Corey reconnait en Kingsley le chef de ses poursuivants. La petite bande est dispersée par des sauveteurs providentiels.

 

Bizarrement l'action de ce roman se déroule en quarante-huit heures, alors que les faits qui déterminent la vengeance de Mc Dermott remontent à plus de trente-trois ans (A moins qu'il s'agisse d'une erreur de traduction et que ce ne soit que trente-trois mois). On peut se demander pourquoi tout se met en branle d'un seul coup. Les événements se précipitent, principalement lors de la seconde nuit particulièrement longue et éprouvante pour Corey.

Il existe une autre invraisemblance dans ce récit : Corey, alcoolique, se conduit en homme en possession de tous ses moyens, en sportif s'entraînant régulièrement et non comme un être au bout du rouleau. Il se pinte consciencieusement entre deux agressions, ce qui ne l'empêche pas de recouvrer sa lucidité dans les moments critiques.

Mais ce ne sont que détails auprès de la noirceur et de la force d'évocation de ce roman des ténèbres, au propre comme au figuré. Corey dès son enfance a été voué à un véritable enfer. Il n'a pas connu son père, assassiné quatre mois avant sa naissance. A dix-sept mois il a été mordu par un de ces rats qui pullulent dans le quartier du Marais. A six ans il tue un autre des ces rongeurs avec un couteau alors que sa mère découche et s'encanaille. Son mariage sera un échec, par sa faute, et il sera viré de la police, toujours par sa faute.

Et la lumière qui brille en épilogue de ce roman n'est peut-être qu'une flammèche, l'un de ces feux-follets qui luisent dans les marais. Le Marais, justement, nom du quartier dans lequel se déroule l'action, symbolise la fange dans laquelle s'enfoncent désespérément les habitants de ce coin de la ville bordé par des marais.

De son enfance, de ses tribulations, Corey garde quelques symptômes et manies, dont celle de se parler en aparté, de se motiver, de s'injurier, de se conseiller, comme s'il était en conversation permanente avec une tierce personne, sorte d'ange gardien peu efficace.

 

L'insigne (de policier), en quelque sorte, le gênait, l'irritait. C'était en somme comme un sous-vêtement qui l'aurait démangé.

 

Curiosité :

Lorsqu'un événement va se produire influent sur son destin, Corey ressent dans l'aine un tiraillement, souvenir de la morsure du rat dont il porter toujours la cicatrice.

Réédition : Carré Noir N°387, Mai 1981

Réédition : Carré Noir N°387, Mai 1981

Folio N°2141, Mars 1990.

Folio N°2141, Mars 1990.

Folio Policier N°244, Avril 2002.

Folio Policier N°244, Avril 2002.

David GOODIS : Les pieds dans les nuages (Night Squad - 1961. Traduction de Jean Debruz). Série Noire n°691. Parution février 1962. 256 pages.

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17 avril 2015 5 17 /04 /avril /2015 13:03

Un peu plus que les sept femmes de Barbe-Bleue...

Arthur Conan DOYLE : Les neuf femmes de Sherlock Holmes.

Le personnage de Sherlock Holmes fait partie du patrimoine littéraire mondial à l'instar d'Arsène Lupin, Hercule Poirot et autres figures légendaires. Et tout le monde le connait, ou croit le connaître.

Souvent il s'est imposé naturellement dans nos lectures, généralement lors de notre adolescence. Depuis les années ont passé et il ne reste dans nos esprits que de vagues souvenirs, telles ces amourettes juvéniles auxquelles on repense parfois avec une pointe de nostalgie. Un souvenir ému qui a tendance à s'estomper et qu'il est bon de réveiller parfois.

Ainsi à la lecture de recueil axé sur les femmes de Sherlock Holmes, j'ai découvert un personnage attachant, ce qui m'avait échappé lors de mes lectures adolescentes. Il n'est plus un détective froid et arrogant tel que j'en avais le souvenir, mais un être qui peut s'émouvoir ou compatir aux malheurs de ses concitoyens. En réalité, on se rend compte qu'il est humain sous une carapace.

 

Dans la première des enquêtes figurant dans ce recueil, Un scandale en Bohême, Sherlock Holmes va rencontrer La Femme, Irène Adler et il pensera souvent à elle au cours de ses enquêtes ultérieures.

Malgré son masque, le visiteur qui rend visite au détective en ce 20 mars 1888, est étonné que Holmes l'appelle Votre Majesté. Il pensait avoir gardé l'incognito, mais on ne trompe pas ainsi l'ami du docteur Watson, qui incidemment est à Baker Street des visites à des malades l'ayant amené dans le quartier. Le visiteur n'est autre que le grand-duc de Cassel-Feslstein et roi héréditaire de Bohême. Cinq ans auparavant il a fait la connaissance d'Irène Adler, réputée comme aventurière, d'ailleurs dans ses fiches Sherlock Holmes possède un article sur la jeune femme. Le problème pour le grand-duc qui désire se marier, réside en quelques lettres et une photographie que possède Irène. Photo qui les représente tous les deux et il veut récupérer le tout. Sherlock Holmes va donc imaginer un stratagème lui permettant de s'approprier les pièces compromettantes au domicile d'Irène Adler, et le procédé réussit plus ou moins bien. Car Irène Adler savait que le grand-duc allait embaucher Sherlock Holmes. Mais ce qu'il ignorait, c'est que ces preuves d'intimité n'avaient pas forcément grand valeur, car Irène Adler est partie d'Angleterre avec son époux, un mariage tout frais. Toutefois Sherlock Holmes a été subjugué par cette femme et il y pense encore souvent.

 

Dans les huit autres affaires évoquées, Sherlock Holmes va devoir enquêter soit directement pour le compte d'une femme, afin de prouver par exemple son intégrité ou pour le compte d'un homme qui sait que sa fiancée, là encore par exemple est dans de mauvais draps et qu'il faut absolument la sauver.

 

Dans La Cycliste solitaire, Watson livre quelques traits de caractère de son ami et mentor.

De 1894 à 1901 inclus, M. Sherlock Holmes fut un homme très occupé. On peut avancer sans risque qu'il n'y a pas eu une seule affaire publique de quelque difficulté sur laquelle il n'ait été consulté ces huit années durant, et il y eu des centaines d'affaires particulières, dont certaines aux caractéristiques embrouillées et extraordinaires au plus haut point, dans lesquelles il joua un rôle prépondérant. De nombreux et retentissants succès ainsi que de rares et inévitables échecs constituent le bilan de cette longue période de travail ininterrompu.

Ainsi débute la narration de cette affaire dont le prologue est révélateur : Sherlock Holmes n'était pas infaillible. Mais continuons quelques lignes plus loin :

Mon ami, qui aimait par-dessus tout la précision et la concentration mentale, ne supportait pas que quelque chose le distraie du problème en cours. Et pourtant, sans un manque de cœur qui était étranger à sa nature, il était impossible de refuser d'écouter l'histoire de cette grande et belle jeune femme, gracieuse et altière, qui se présenta tard dans la soirée à Baker Street et implora son assistance et ses conseil.

Sherlock Holmes ressent une sympathie, une empathie, une compassion envers cette jeune femme, mais également pour d'autres dont il sera amené à faire la connaissance à travers certaines des enquêtes décrites dans ce recueil, et l'attrait de l'aventure et la curiosité qui l'animent l'obligent presque à accepter de les aider malgré les affaires pressantes et compliquées qui requièrent toute son énergie et ses facultés.

Il déléguera le début de l'enquête à Watson, qui pense bien faire mais rapidement le détective le remettra dans les rails et reprendra l'affaire en duo avec son ami et confident.

 

Dans Charles Augusta Milverton, Sherlock Holmes va jusqu'à conter fleurette à une employée de maison, et c'est en riant de bon cœur qu'il annonce à Watson qu'il est sur le point de se marier, qu'il est fiancé. Naturellement n'ira pas plus loin et Sherlock Holmes restera célibataire, mais on peut se rendre compte qu'il n'hésite pas parfois à batifoler pur faire avancer une enquête.

 

Autre point de caractère qui ne transparait pas toujours au cours de la relation de ses enquêtes, c'est celui de ne pas livrer un coupable à la police pour des raisons d'équité et d'humanité. Ainsi dans Le Manoir de l'Abbaye, il déclare :

Une fois ou deux dans ma carrière j'ai senti que j'avais fait plus de mal en découvrant le criminel qui lui n'en avait causé par son crime. J'ai désormais appris la prudence, et je préfère jouer un tour au droit anglais plutôt qu'à ma propre conscience.

 

Mais au fait combien de temps dura sa carrière ? Watson nous le précise dans La pensionnaire voilée :

Si l'on considère que M. Sherlock Holmes a exercé son activité pendant vingt-trois ans, et que durant dix-sept de ces années j'ai pu travailler avec lui et tenir des notes sur ses activités, on comprendra que j'ai à ma disposition une masse de matériau.

Des affaires qui sont simplement évoquées au détour des pages et que d'autres romanciers se chargeront de narrer tel René Reouven, mais ceci est une autre histoire justement.

 

L'on pourra juste regretter un appareil critique à ce volume, ne serait-ce que les titres anglais de ces nouvelles et leur date de première parution. Car il est annoncé que ces nouvelles sont extraites des trois volumes des Aventures de Sherlock Holmes, édition bilingue illustrée (pas de date ni de référence d'éditeur), or ces nouvelles ont été empruntées aux Aventures de Sherlock Holmes, aux Mémoires de Sherlock Holmes, au Retour de Sherlock Holmes, à Son dernier coup d'archet, ou encore aux Archives de Sherlock Holmes. Ce qui permet de mieux comprendre une anomalie financière : alors que la plupart du temps, ces jeunes femmes perçoivent soit une rémunération pour leur travail, soit une rente, et une centaine de livres par an leur suffit, alors que dans une nouvelle au moins, mille livres sont tout juste suffisantes pour survivre.

Afin de réparer cette lacune, voici donc les titres de ces nouvelles, dans une traduction d'Eric Wittersheim, avec leur titre en version originale, leur date de parution, et le recueil dans lequel elles figurent.

 

Un scandale en Bohême : A scandal in Bohemia - 1891. Les Aventures de Sherlock Holmes.

 

Une affaire d'identité : A case of identity - 1891. Les Aventures de Sherlock Holmes.

 

La bande tachetée : The Adventure of the Speckled Band - 1892. Les Aventures de Sherlock Holmes. Plus connue sous le titre Le Ruban moucheté.

 

La cycliste solitaire : The Adventure of the Solitary Cyclist. 1904. Le Retour de Sherlock Holmes.

 

Charles Augustus Milverton : The Adventure of Charles Augustus Milverton. 1904. Le Retour de Sherlock Holmes.

 

 

Le Manoir de l'Abbaye : The Adventure of the Abbey Grange. 1904. Le Retour de Sherlock Holmes.

 

La disparition de Lady Frances Carfax : The Disappearance of Lady Frances Carfax. 1911. Son Dernier coup d'archet.

 

La pensionnaire voilée : The Adventure of the Veiled Lodger. 1927. Les Archives de Sherlock Holmes.

 

La boîte en carton : The Adventure of the Cardboard Box. 1893. Les Mémoires de Sherlock Holmes.

 

 

Arthur Conan DOYLE : Les neuf femmes de Sherlock Holmes. Collection Bibliomnibus Polar. Editions Omnibus. Parution le 2 avril 2015. 204 pages. 10,00€.

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17 avril 2015 5 17 /04 /avril /2015 08:19
Gil BREWER : Mâtinés de Zoulous

La jeunesse est toujours aussi désemparée...

Gil BREWER : Mâtinés de Zoulous

Blessé au bras droit en service commandé quatorze mois auparavant, l'inspecteur en civil Cliff Reddick passe devant un comité de réforme composé du docteur Maston, du commissaire Harnett, de son collègue et ami Andy Leonard, du sergent Al Calvin et de l'attorney Thayer.

Une parole malheureuse de Maston, la hargne de Calvin et le refus sans ambages de Thayer privent Reddick de reprendre le service actif. Reddick donne sa démission et rentre chez lui, une petite boutique d'articles de pêche et location de barques héritée de son père, ainsi qu'un grand terrain donnant sur le Grand Bayou. Sa disgrâce auprès de Thayer est due à une vengeance.

Depuis longtemps il connait Eve, la femme de l'attorney, désormais ils sont amants. Le soir même Eve et Reddick ont rendez-vous. Il vient la chercher en voiture et partent sur la plage. Ils assistent au meurtre en direct d'une jeune fille. Eve pense pouvoir reconnaître l'agresseur. Reddick en examinant le corps trouve une lettre signée Tal.

Thayer les attends à leur retour et une violente altercation s'ensuit. Reddick téléphone anonymement à la police pour les prévenir du meurtre et s'aperçoit qu'il a perdu son portefeuille. Probablement près du cadavre. Il est définitivement compromis et imagine assez bien les suites.

Afin de battre de vitesse ses anciens collègues et sachant qu'il sera accusé, tout au moins soupçonné, il se rend chez les parents de la jeune morte, Jenny Foster. Ceux-ci en plein désarroi ne lui apprennent rien, sauf le nom d'une camarade de Jenny. Reddick échappe de peu à deux flics, ca che sa voiture dans un bois, en emprunte une à son ami Andy Leonard, puis se rend immédiatement chez Inèz Harrington. Une jeunette de seize ou dix-sept ans qui s'ennuie seule chez elle.

Elle fournit à Reddick le nom de trois amis de Jenny, dont le fameux Talbot, le Tal de la lettre, et vampe le policier déchu.

Premier nom sur la liste : Sam Robertson. Reddick n'apprend rien de concret sauf que la dernière fois que Sam a rencontré Jenny celle-ci allait à la bibliothèque. Chez Talbot Swanson, il s'immisce bien malgré lui dans une party aux relents d'orgie. Les participants sont plus ou moins ivres; Il repart et se fait agresser en cours de route par une bande de jeunes, masqués, qui le déshabillent et le tabasse. Heureusement il peut rejoindre sans encombre son ami Andy qui, malgré une certaine réserve, accepte de le dépanner à nouveau en vêtements et argent.

Continuant son périple, Reddick retourne chez Eve, mais elle a disparu.

 

Gil Brewer démontre dans ce roman toute la désespérance d'un jeunesse en plein désarroi. Qu'ils soient fils de riches, de pauvres, de bourgeois ou de simples ouvriers, ils sont perdus en face d'un avenir sombre.

L'indifférence, le désistement des parents dans leur rôle de soutien, de conseillers, et le manque d'amour, d'affection, perturbent des êtres fragiles qui pour masquer leur peur jouent les durs.

Le meurtrier, dont l'idée fixe était de réussir ses études et décrocher une bourse universitaire a tué Jenny qui enceinte de lui devenait un boulet. Ce roman date de 1956, mais de nos jours la jeunesse est toujours aussi désemparée.

 

Curiosité :

Dans ce roman, Gil Brewer se montre moins misogyne qu'à son habitude. Au travers de ce roman c'est surtout l'avenir des enfants et des adolescents qui le préoccupe.

Gil BREWER : Mâtinés de Zoulous (And the Girl screamed - 1956. Traduction de Pierre Béguin). Série Noire N°386. Parution août 1957. 190 pages.

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16 avril 2015 4 16 /04 /avril /2015 12:08

Vous avez dix minutes à perdre, vous, avec tous vos livres à lire ?

Jean-Christophe TIXIER : Dix minutes à perdre.

Depuis que son père licencié d'une boîte sise en région parisienne, a pris le premier travail qui se présentait à cinq cents kilomètres de leur ancienne habitation, Timothée, plus communément appelé Tim, s'ennuie. Les joies de la campagne ne l'atteignent pas.

Internet n'est pas fiable alors il communique avec ses anciens amis Félix et Mat par Skype, mais c'est la galère. Finis les concours de Skate-board et juillet promet d'être une longue succession de jours sans fin. Et plus particulièrement en ce jeudi matin. Ses parents sont partis en région parisienne manifester avec d'autres laissés pour compte afin d'obtenir des primes de licenciement.

Maman a empli le réfrigérateur, car ils ne doivent rentrer que le vendredi soir, tard. Pendant deux jours, Tim va être seul, alors son père lui a lancé comme une boutade : si tu as dix minutes à perdre, commence à décoller le papier peint de ta chambre. Facile à dire, le père est infatigable, toujours à bricoler, sauf l'eau et l'électricité. Et justement un plombier chauffagiste doit remplacer dans la journée la chaudière déficiente.

Dix minutes pas plus. Tim attaque le papier peint, mais il ne récolte que des confettis. A treize ans et demi, on ne possède pas l'expérience d'un adulte. Pourtant le seau d'eau posé sur l'escabeau, une éponge bien en mains, Tim s'active. Tant et si bien que la bassine bascule et il récupère une serpillère afin de minimiser les dégâts. C'est alors qu'il aperçoit de sa fenêtre sa voisine, une gamine de son âge qui passe son temps à les reluquer mais se cache lorsqu'elle craint d'être surprise. Ne se laissant pas abattre Tim continue son travail d'épluchage Bientôt une inscription dévoilée par l'enlèvement d'un lambeau de papier laisse Tim perplexe. Ceci est mon histoire, écrit au crayon sur le plâtre à nu. il continue un peu puis abandonne.

Il préfère lézarder sur une chaise longue, et pris de pitié devant les légumes qui pâtissent de la chaleur, il entreprend une opération arrosage. C'est alors qu'il est abordé par la gamine, Léa, et dans le fil d'une conversation qui s'établit tout naturellement, elle déclare que le fils de la précédente propriétaire est mort, probablement assassiné. Aussitôt il téléphone à sa mère afin d'obtenir de plus amples renseignements puis il consulte Internet. Par chance la connexion peut être établie, et il récolte des informations de première main provenant du site du journal local.

Karl Duval, le mort en question, aurait procédé à un braquage de banque en 1992, prélevant une douzaine de lingots, et aurait été arrêté par la police purgeant une peine de douze ans de prison. Quelques semaines après sa libération il a été retrouvé la tête la première en bas de l'escalier et tout concorde à supposer qu'il s'agit d'un crime. Les lingots n'ont jamais été retrouvés.

Dix ans ont passé, sa mère est décédée et la maison a été mise en vente. Tim décide de continuer son labeur de dépiautage de papier peint et met à jour une nouvelle inscription : Il y a douze lingots...

Le plombier arrive, guère aimable et entreprend des travaux à la cave, démolissant un mur afin de passer des tuyaux. Mais peut-être cherche-t-il autre chose, car Tim l'entend au téléphone proposer à son correspondant un partage.

Tim narre cette aventure à Léa, lui confiant ses soupçons concernant le plombier, et bientôt tous deux vont s'atteler à la recherche du trésor en arrachant comme ils peuvent le papier peint, qui délivre un nom, puis peu à peu d'autres éléments.

 

Prenant exemple sur la morale du Laboureur et ses enfants, Tim et Léa vont essayer de trouver l'énigme sous les lambeaux de tapisserie, non pas en creusant et retournant la terre, mais en arrachant morceaux de papier après morceaux de papier, à la découverte de la moindre inscription, du moindre indice. Ils vont également mener leur enquête chez un particulier, ressentir quelques frayeurs, surtout Tim seul dans cette maison vide, être en proie à l'angoisse qui forge bien des idées propices à donner peur et à paniquer. Et ce plombier-chauffagiste patibulaire (mais presque comme aurait dit Coluche) qui tient des propos propres à donner la frousse.

Malgré tout, l'idée de pouvoir retrouver ces fameux lingots et d'en toucher la moitié, comme il est de mise lorsque l'on découvre un trésor, balaie toutes ces inquiétudes et ce malgré des visites impromptues. Et malgré lui le lecteur ressent cette angoisse à la lecture des péripéties mouvementées de ces deux gamins de treize ans et demi, bravant tous les dangers, par esprit d'aventure et de trésor caché quelque part, comme dans l'Ile au Trésor.

Jean-Christophe Tixier sait faire monter la pression, et même si l'on sait qu'au bout du compte et du conte, cela se terminera bien, logiquement, on ne peut qu'extrapoler les dangers encourus. Mais l'imagination de Tim, ses suppositions, ses analyses et déductions parfois hâtives, ne sont pas uniquement à attribuer à un gamin. Un adulte aussi dans de semblables circonstances pourrait se conduire comme lui, la curiosité étant légitime. A condition de posséder autant de courage.

Un bon petit roman agréable et plaisant à lire, même et surtout pour un adulte qui sort de la lecture de pavés, qui veut se changer les idées, qui veut autre chose que du sang, des larmes, de la sueur et du sexe...

Jean-Christophe TIXIER : Dix minutes à perdre. Collection Souris Noire. Editions Syros. Parution le 4 mars 2015. 160 pages. 6,30€.

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16 avril 2015 4 16 /04 /avril /2015 07:04
Eric KRISTY : Pruneaux d'agents.

Bon anniversaire à Eric Kristy, né le 16 avril 1951

Eric KRISTY : Pruneaux d'agents.

Gardien de la paix, Noblard ne possède plus la foi qui l'avait fait embrasser cette profession.

Célibataire et solitaire, il n'a guère d'amis. Tout au plus des relations de travail. Ce matin là, alors qu'il se prépare pour canaliser une manifestation de la CGT, ce qui en général ne pose aucun problème, il rembarre son collègue Marchand. Il ne sait pas que quelques heures plus tard, on le retrouvera assassiné dans une maison abandonnée près des Invalides.

La manifestation dégénère par la faute de quelques loubards et le service d'ordre est bousculé. Quelques jours plus tard, alors qu'il traîne inconsciemment dans le quartier, Noblard aperçoit le brigadier Berthier qui lui aussi rôde près du lieu du drame et s'entretient avec le concierge de l'immeuble voisin.

Noblard retrouve chez un collègue une jeune femme qui ne le laisse pas insensible, Clara.

Le commissaire Charron, de la police judiciaire, le convoque suite à la réception d'une lettre signée Vengeance-Police. Ses autres collègues eux aussi sont interrogés. Trois cadavres sont découverts dans une maison de la proche banlieue, un massacre signé Vengeance-Police. Les premières constatations sont effectuées par Charron qui a traîné Noblard avec lui.

Noblard, qui a reçu un appel téléphonique lui demandant de ne pas faire le curieux et qu'il pense émaner de Berthier, n'est pas rassuré. Il décide toutefois de continuer son enquête personnelle et rencontre Manowicz, le concierge. Tout ce qu'il peut dire, c'est qu'il a vu trois jeunes, masqués de foulard, entrer dans la maison et en ressortir. Il a noté le numéro d'immatriculation de leur véhicule.

Une jeune journaliste prénommée Sylvie et qui mène une enquête sur le groupe Vengeance-Police, requiert sa participation, jouant avec ses fibres sensuelles. Elle lui donne rendez-vous dans un café mais lorsque Noblard arrive elle est en compagnie d'un dénommé Patrick, ce qui attise la jalousie du policier. Ça se termine dans les draps et Noblard lui raconte tout ce qu'il sait, notamment ses soupçons envers Berthier.

Apprenant l'assassinat du concierge, Noblard décide de prendre quelques jours de congés. Brun, un collègue de nuit qu'il voyait tous les matins à la relève, vient le relancer chez lui. Il lui avoue être de connivence avec Berthier et avoir tué les trois loubards. Leur conversation se termine par un échange de coups de feu et Brun est atteint mortellement. Noblard s'enfuit et se réfugie chez Sylvie. Il lui narre ses dernières mésaventures et elle décide d'appeler à la rescousse son ami Patrick. Lequel débrouille légèrement l'écheveau en lui expliquant que les RG possédaient un grand nombre d'informations sur les milieux gauchistes, mais rien sur la droite et l'extrême-droite. Une lacune qui tend à se combler avec l'arrivée de la gauche au pouvoir. C'est pourquoi lui et Sylvie enquêtent sur Berthier. Noblard, que tout accuse, doit prouver la culpabilité de son brigadier. Aider à faire le ménage en quelque sorte.

 

Coincé comme un fétu de paille entre l'enclume et le marteau, Noblard, que l'on avait découvert dans la nouvelle "Chienlit et Co" (Collectif Contes des 9 et 1 nuits. SN 1976), est poussé par sa lâcheté à se lancer dans une enquête qui le dépasse. Il est la proie de manipulateurs qui l'ont choisi pour sa naïveté et sa faiblesse. Solitaire et tâtant volontiers de la bouteille, c'est un héros plutôt sympathique, comme des millions d'anonymes sur qui s'abattent les événements sans qu'ils cherchent à sortir de l'ombre.

Je ne voyais en général que les copains chez qui on mangeait bien. C'était un des critères qui me faisait sympathiser ou pas.

 

Curiosité :

Eric Kristy, qui a appris à Joseph du couple Marie et Joseph, à jouer de la guitare, a accompagné Philippe Chatel puis a collaboré avec Gotainer. Mais cet amateur de blues, de country et de bluegrass, contrairement à d'autres ne le laisse pas transparaître dans ses romans. Il s'est tourné dans l'écriture de scénarios télévisés avec son complice Christian Biégalsky.

 

Eric KRISTY : Pruneaux d'agents. Série Noire N°2011  Parution juillet 1985. 224 pages.

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15 avril 2015 3 15 /04 /avril /2015 12:25

Si t'es gai, ris donc !

Roger FACON : La Templière.

Sauf que depuis qu'il a acquis un authentique guéridon Napoléon III, Rufus Fogier ne rit guère plus. Il n'en a guère le cœur.

Pourtant le meuble était presque donné, trois bouchées et demi de pain, et, en pratiquant une légère restauration, il va pourvoir revendre trente fois plus cher.

Un de ses amis, ancien brocanteur, lui fournit la provenance de ce meuble. Il appartenait au baron Morel, à Monchecourt, un vieux noble assassiné en décembre 2005. Rufus se rend au village pour se rendre compte que La Citadelle médiévale du baron a été démolie pour laisser place à trois maisons neuves. Le village natal de Rufus. Bizarrement, lorsqu'il rentre chez lui, Sinistror son chat borgne et claudiquant ne marque pas son territoire en urinant deux ou trois gouttes au pied du meuble. Bizarre vous dis-je !

Dans la nuit Rufus fait un rêve étrange, un cauchemar presque. Le baron Morel est là, qui l'interpelle, l'informant qu'il est dans un sous-plan de l'astral, et qu'il ne lui arrivera rien. Il désire lui présenter l'inspecteur Voitou et Maxime Tendremont, journaliste au Fanal de Rouen. Voitou, le policier lévite ou coince ses pieds sous la cathèdre sise près de Rufus et se met à parler, le visage difforme. Il déclare avoir résolu le prétendu suicide de la Bovary. Son enquête recoupe les découvertes de Maxime Tendremont ainsi que celles de Gustave Flaubert. Il a recueilli le témoignage de Justin, élève en pharmacie, arrière-cousin de Homais à qui il servait de domestique. Le pharmacien Homais, qui appartient à une Loge noire, l'avait chargé de porter des pâtisseries à la Bovavy lui faisant croire que ces douceurs provenaient de son ex-amant Rodolphe.

Réveil brutal de Rufus Fogier qui décide d'en apprendre un peu plus sur l'assassinat du Baron Morel auprès d'un de ses clients adjudant de gendarmerie à Arleux, lequel le renvoie auprès de l'ancien jardinier du défunt aristocrate. La cueillette est bonne puisque l'homme lui parle de Morel qui avait quitté Rouen, où il dirigeait le Fanal, et était propriétaire de plusieurs entreprises avant de rejoindre le Nord en 1981, immensément riche. Il lui remet également un exemplaire de Madame Bovary de Flaubert. Rufus entame le roman le soir même, les premiers chapitres lui paraissant ardus.

Il narre cette aventure à Muriel, son amie Muriel nettement plus jeune que lui, qu'il connait depuis quelques semaines, avec qui il couche épisodiquement. Ils aiment se retrouver mais ne vivent pas ensemble. Muriel lui propose de vérifier, sûre d'obtenir des renseignements grâce à sa sœur habitant Rouen. Le Fanal de Rouen a existé jusqu'en 1997, et les informations arrivent : Maxime de Tendremont a disparu dans la nuit du 12 au 13 mars 1857 de son appartement rouennais, alors que le matin même il aurait été aperçu arpentant les ruines du château de Tiffauges, et Benjamin Morel, l'ancêtre du baron, était déjà propriétaire du Fanal et avait pour complice et condisciple Flaubert. Ils se sont connus en 1834.

Muriel présente à Rufus à Nathalie, une amie d'enfance qui est médium. Des séances de spiritisme sont organisées, et Rufus se trouve plongé en plein XIXe siècle. Seulement quelques jours plus tard Muriel et Nathalie sont retrouvées assassinées, sauvagement mutilées, dans une habitation abandonnée. Le meurtrier les a éviscérées, puis emmaillotées comme des momies. Le commandant Roussel, en charge de l'affaire, lui apprend que Muriel n'était pas celle que pensait connaître Rufus. Elle menait une double vie.

Commence alors pour Rufus un long chemin de croix qui l'emmène jusqu'à son enfance, car ses parents, tout comme le commandant Roussel, étaient des Rosicruciens. Mais pas que. Ses parents étaient classés vampires ou dhampires par le Pieu, une structure officieuse spécialisée dans la lutte contre les Saigneurs de la nuit.

 

Ce roman ressemble à deux puzzles dont les pièces auraient été mélangées avec diablerie. Mais en les assemblant, peu à peu on s'aperçoit qu'en réalité il ne s'agit que d'un seul tableau, le premier enchâssant un autre.

Le lecteur navigue entre hier et aujourd'hui, les événement s'étant déroulés à différentes dates dans le milieu du XIXe siècle, avec pour protagonistes personnages réels et fictifs, rejaillissant de nos jours. Avec pour lien une mystérieuse femme, la Templière.

Comme pense Rufus Fogier lorsque son interlocuteur lui pose une question concernant sa passion commune avec Muriel pour l'ésotérisme : J'ai le choix entre la ligne droite et la ligne brisée. Je choisis la ligne brisée. Tel est le principe même de la narration de cette histoire.

Les amateurs d'ésotérisme, un thème que je maîtrise mal, se trouveront comblés à la lecture de ce roman atypique qui parfois m'a déboussolé à cause des nombreux allers et retours dans le temps.

Avec cette histoire complexe, sur fond de Rose-croix, de templiers, Roger Facon revient à ses premières amours et qui furent le thème de ses premiers ouvrages dont les titres sont :

Quand l'Atlantide resurgira (A.Lefeuvre - 1979)

La Flandre Insolite. Le Plat Pays des Magiciens Robert Laffont - 1981)

Les Meurtres de l'occulte (A.Lefeuvre - 1981)

Châteaux-forts magiques de France (Robert Laffont - 1982)

Vercingétorix et les Mystères Gaulois (Robert Laffont - 1983).

avant de se tourner d'abord vers la science-fiction, le fantastique puis le roman noir.

Roger FACON : La Templière. Collection Noire N°72. Editions Rivière Blanche. Parution février 2015. 272 pages. 20,00€.

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15 avril 2015 3 15 /04 /avril /2015 10:51
Carter BROWN : La tournée du patron

Si c'est gratuit, autant y aller tous...!

Carter BROWN : La tournée du patron

Au cours d'une soirée organisée par Moyra, l'avocat Marc Whitman fait la connaissance de sa meilleure amie Theresa Van Clune, fille d'un célèbre industriel pétrolier.

Celle-ci l'invite à son anniversaire et au cours de la petite sauterie, ils approfondissent leurs relations plus intimement. Parallèlement Big Joe, un truand, demande à plusieurs reprises à Whitman, qui refuse, de retrouver Waldo Malone libéré de prison depuis peu.

Van Clune reçoit un billet anonyme réclamant 200 000 dollars de rançon en échange de sa fille, billet stipulant que Whitman doit servir d'intermédiaire. L'avocat ne remet aux ravisseurs que le dixième de la somme, exigeant une preuve par laquelle Theresa est en vie et en bonne santé.

Dans la cabane où Theresa est détenue, Whitman reconnait en l'un des kidnappeurs le fameux Waldo. Mais surtout il se rend compte que cet enlèvement n'est qu'une mise en scène permettant à la jeune fille de ponctionner son père. Whitman indique où trouver Waldo, en échange Big Joe doit délivrer Theresa. Content du bon tour qu'il pense avoir joué, l'avocat retourne à la cabane pour n'y découvrir que le corps d'un comparse. La police intervient en la personne du Lieutenant Bryant qui n'est pas au courant de l'enlèvement.

Moyra relance Whitman et lui apprend que Theresa était en relations avec Waldo depuis plusieurs semaines et l'engage pour surveiller l'héritière. Sur ses indications, Whitman se rend au Styx Club, repère de Big Joe et Buno. Big Joe n'a trouvé à la cabane que le cadavre de Fats. Pensant que l'avocat connait la cachette de Waldo et Theresa, il lui fait subir le supplice de l'eau dans une version améliorée, l'alcool remplaçant l'inoffensif liquide.

Lors d'un nouveau rendez-vous, Whitman remet l'argent à Theresa et Waldo mais il est suivi par Big Joe qui s'empare de la rançon, avouant être le meurtrier de Fats. Il kidnappe Theresa et précise que celle-ci ne sera rendue qu'en échange de la concession Sorrienta, terrains pétrolifères dont Van Clune est propriétaire. Aussitôt les soupçons se portent sur Hilton, le rival en affaires de Van Clune.

Whitman découvre chez lui le cadavre de Waldo et nouvelle intervention du Lieutenant Bryant qui se contente de mettre en garde l'avocat sans procéder à une fouille de l'appartement. Après un intermède langoureux avec Moyra et une conversation avec Buno, entretien qui s'avère funeste pour celui-ci, Whitman retourne à la cabane, abat un ravisseur et délivre Theresa.

Nouvelle apparition de Bryant en compagnie de Big Joe. Bryant se démasque avouant être aux ordres d'un caïd. Whitman réussi à leur fausser compagnie et, quoique blessé, récupère Theresa. Il la reconduit chez son père qui s'apprêtait à remettre le dossier Siorrenta au Sénateur Bridges, désireux de servir comme médiateur auprès des ravisseurs.

 

Comme dans la plupart de ses romans, Carter Brown utilise l'humour trop souvent facile pour faire passer une intrigue un peu faible.

Cependant la causticité de Whitman et ses jeux de mots laids (comme disent les coureurs cyclistes) s'étiolent au fil du roman. La seconde partie du roman se lit avec plus de plaisir que la première.

Le whisky et le martini dry coulent à flot et pour ne pas déroger à ses principes, Carter Brown met en scène la Blonde, Theresa, la Rousse, Moyra, et la Brune, Jane, secrétaire de Hilton à qui Whitman ne peu s'empêcher de conter fleurette.

 

Un avocat qui se conduit comme un vulgaire privé de roman populaire, faut le voir pour le croire.

Curiosité :

A l'origine ce roman était signé Peter Carter Brown.

Carter BROWN : La tournée du patron

Carter BROWN : La tournée du patron (Stripper You've sinned - 1957. Traduction de Henri Collard). Série Noire N°615. Parution janvier 1961. 192 pages. Réédition Carré Noir N°101. Parution janvier 1973.

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14 avril 2015 2 14 /04 /avril /2015 13:07

S’il faut en croire l’auteur dans sa préface, chaque chapitre de ce court roman contiendra soixante-treize assassinats !

Paul FEVAL : La fabrique de crimes.

Evidemment, ceci n’est qu’une accroche propre à méduser, surprendre et estomaquer le futur lecteur. Car il ne faut pas oublier que les romans en ce XIXème siècle paraissaient en priorité en feuilletons, et Paul Féval savait que pour appâter le lecteur, le début se doit d’être assez mystérieux et surprenant. Aussi, l’écriture de la préface n’est pas confiée à un spécialiste, un confrère ou un critique littéraire, mais il se charge lui-même de la rédiger, annonçant la couleur :

Nous aurions pu, imitant de très loin l’immortel père de Don Quichotte, railler les goûts de notre temps, mais ayant beaucoup étudié cette intéressante déviation du caractère national, nous préférons les flatter.

C’est pourquoi, plein de confiance, nous proclamons dès le début de cette œuvre extraordinaire, qu’on n’ira pas plus loin désormais dans la voie du crime à bon marché.

 

Nous savons tous que les records sont faits pour être battus, et le bon Paul Féval s’il vivait aujourd’hui verrait ses cheveux se dresser sur sa tête s’il lisait certaines productions. Pourtant, toujours dans sa préface, ne seront pas comptés les vols, viols, substitutions d’enfants, faux en écriture privée ou authentique, détournements de mineures, effractions, escalades, abus de confiance, bris de serrures, fraudes, escroqueries, captations, vente à faux poids, ni même les attentats à la pudeur, ces différents crimes et délits se trouvant semés à pleines mais dans cette œuvre sans précédent, saisissante, repoussante, renversante, étourdissante, incisive, convulsive, véritable, incroyable, effroyable, monumentale, sépulcrale, audacieuse, furieuse et monstrueuse, en un mot Contre nature, après laquelle, rien n’étant plus possible, pas même la Putréfaction avancée, il faudra, Tirer l’échelle !

 

Mais avant d’aller plus loin dans cette mini étude, je vous propose de découvrir l’intrigue dans ces grandes lignes.

Dans la rue de Sévigné, trois hommes guettent dans la nuit la bâtisse qui leur fait face. Ce sont les trois Pieuvres mâles de l’impasse Guéménée. Ils ont pour crie de ralliement Messa, Sali, Lina, et pour mission de tuer les clients du docteur Fandango. L’un d’eux tient sous le bras un cercueil d’enfant. Un guetteur surveille les alentours, placé sur la Maison du Repris de Justice. Ils ont pour ennemis Castor, Pollux et Mustapha. Ce dernier met le feu à une voiture qui sert à transporter les vidanges des fosses dites d’aisance et derrière laquelle sont cachés les trois malandrins. Sous l’effet de la déflagration, les trois hommes sont propulsés dans les airs, mais le nombre des victimes de l’explosion se monte à soixante-treize. Le docteur Fandango s’est donné pour but de venger la mort d’une aristocrate infidèle, homicidée par son mari le comte de Rudelane-Carthagène. Les épisodes se suivent dans un rythme infernal, tous plus farfelus, baroques, insolites et épiques les uns que les autres. Tout autant dans la forme que dans le fond, dans l’ambiance, le décor, les faits et gestes des divers protagonistes.

Ce malfaiteur imita le cri de la pieuvre femelle, appelant ses petits dans les profondeurs de l’Océan. Avouez que ceci nous change agréablement de l’ululement de la chouette ou du hurlement du loup, habituellement utilisés par les guetteurs et par trop communs. Et puis dans les rues nocturnes parisiennes, au moins cela se confond avec les bruits divers qui peuvent se produire selon les circonstances.

 

Paul Féval ironise sur les feuilletonistes qui produisent à la chaîne, lui-même en tête. Derrière eux venait le nouveau mari de la jeune Grecque Olinda. Nous ne sommes pas parfaitement sûrs du nom que nous lui avons donné, ce doit être Faustin de Boistord ou quelque chose d’analogue. Il est vrai que parfois les auteurs se mélangeaient les crayons dans l’attribution des patronymes de leurs personnages, rectifiant après coup sous les injonctions des lecteurs fidèles, intransigeants et attentifs.

Le sensationnel est décrit comme s’il s’agissait de scènes ordinaires, mais qui relèvent du Grand Guignol : Bien entendu, les malheureuses ouvrières, composant l’atelier des Piqueuses de bottines réunies, avaient été foulées aux pieds et écrasées dès le premier moment ; elles étaient maintenant enfouies sous les cadavres à une très grande profondeur, car le résidu de la bataille s’élevait jusqu’au plafond et les nouveaux venus, pour s’entr’égorger, étaient obligés de se tenir à plat ventre… Le sang suintait comme la cuvée dans le pressoir.

 

Tout cela est décrit avec un humour féroce, débridé et en lisant ce livre, le lecteur ne pourra s’empêcher de penser aux facétieux Pierre Dac et Francis Blanche dans leur saga consacrée à Furax ou à Cami pour les aventures de Loufock-Holmès, ainsi qu’à Fantômas de Pierre Souvestre et Marcel Allain. A la différence près que Paul Féval fut un précurseur, et ces auteurs se sont peut-être inspirés, ou influencés, par cette Fabrique de crimes. Nous sommes bien loin de l’esprit du Bossu et autres œuvres genre Les Mystères de Londres, Alizia Pauli, Châteaupauvre, ou encore Les Habits Noirs, Les Couteaux d’or ou La Vampire. Quoi que…

Paul FEVAL : La fabrique de crimes. Editions SKA. version numérique. 3,99€.

(Précédente édition Collection Labyrinthes. 160 pages. Volume offert pour l'achat de trois ouvrages dans la collection Labyrinthes. Parution juin 2012).

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Published by Oncle Paul - dans Livre Numérique
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14 avril 2015 2 14 /04 /avril /2015 10:50
Erle Stanley GARDNER : Le témoin en colère

Trois nouvelles par le créateur de Perry Mason !

Erle Stanley GARDNER : Le témoin en colère

Le témoin en colère ( The case of the irate witness - 1953 ).

La chambre forte de la Jebson Commercial Company a été forcée durant la nuit et la paye bimensuelle des ouvriers, soit 100 000 dollars, a été dérobée. Perry Mason qui se rendait à une partie de pêche est amené à défendre le principal suspect à cause d'un policier qui interprète mal ses réponses à un contrôle routier. Corbin, outre le fait qu'il a un casier judiciaire, possède des billets provenant du vol. Bergal, directeur de la compagnie depuis un an, malgré les conseils et le rapport de Nesbitt le comptable n'a pas changé le coffre jugé désuet. Il a procédé à quelques améliorations, ajoutant une alarme et demandant à la banque livrant l'argent de la paye deux fois par mois de relever les numéros des billets de 20 dollars.

 

Une histoire courte qui met en valeur les talents de Mason sans s'encombrer de fioritures descriptives ou de dialogues oiseux.

 

La chasse au papillon ( The jeweled butterfly - 1952 ).

Secrétaire de direction d'une compagnie d'assurances et responsable des potins et cancans dans le journal de l'entreprise, Peggy Castle reçoit une missive anonyme l'informant que Don Kimberley, l'un des pontes du contentieux, a rendez-vous dans une boîte de nuit avec une employée, Stella Lynn, surnommée Miss Lolo. Stella ne vient pas et Don, inquiet, demande à Peggy de l'accompagner chez la jeune fille. Ils la découvrent morte, empoisonnée au cyanure avec posée sur une de ses jambes une broche représentant un papillon, broche faisant partie d'un lot de bijoux volés et assurés par la compagnie d'assurances. Peggy trouve des morceaux de verre dans le bac à douche et une pellicule photo parmi les affaires de bureau de Stella. Elle demande à Don de la faire développer chez lui. C'est le moment choisi par l'inspecteur Nelson de faire son entrée en compagnie de Fran Bushnell qui déclare avoir connu Stella en même temps que Peter son mari et d'un autre homme Bill Everett. L'un des flacons de son labo contenant du cyanure, Don est arrêté au grand dam de Peggy qui se promet de l'innocenter. Stella était enceinte et grâce au talent de déduction de son oncle Bénédict et aux photos développées, Peggy retrouve la trace de son amant qui n'est autre que Peter Bushnell. Celui-ci avoue même s'être marié avec Stella au Mexique, mais selon Fran le divorce n'aurait pas été prononcé.

 

Une histoire un peu tirée par les cheveux et qui met en scène un personnage assez sympathique malgré ses antécédents. L'oncle Bénédict en effet est un ancien bonimenteur, charlatan, et escroc à ses heures. Il philosophe volontiers sur la femme, et pour lui il n'en existe que deux sortes, incompatibles entre elles: les séductrices et les intelligentes. Peggy démontrera qu'elle est l'une et l'autre en même temps.

 

Une femme, expliqua Peggy, remarque naturellement certains détails qui échapperaient à un homme. (page 130).

Cherchez la dépouille (The vanishing corpse - 1931, revu en 1959).

Au cours de sa tournée de surveillance sur la partie du port qui lui est dévolue, l'agent O'Hara entend un cri et aperçoit la silhouette d'un fuyard. Il s'élance et est aidé dans sa poursuite par Sidney Zoom, dilettante habitant un bateau, et son chien policier qui accule le quidam. La, plutôt, car il s'agit d'une jeune femme en possession d'un revolver dont deux balles ont été tirées. Le sac à main de Mildred, nièce du collectionneur excentrique Stanwood, contient entre autre un diamant. La maisonnée du collectionneur est composée de Wetler, le secrétaire, de Shinahara, le domestique japonais, de Rabb, un assistant et de Buntler, un vieil ami. Le bureau de Stanwood a été dévasté, une mare de sang s'étale sur la table mais le maître des lieux a disparu, laissant un testament léguant la moitié de sa fortune à sa nièce, le reste à la maisonnée, et un message selon lequel on l'aurait drogué et enlevé. Bostwich, un ami de Stanwood, qui revient d'une croisière maritime, prétend l'avoir vu assassiné à l'aide d'une dague, dans sa voiture fermée à clé, sur une jetée. Arrivés sur place les policiers découvrent une voiture vide. Une semaine plus tard le corps est découvert dans une décharge, une balle dans l'épaule, et tué à l'arme blanche. Zoom, qui aime aider son ami le lieutenant Mahoney, ne croit pas en la culpabilité de Mildred mais soupçonne l'un des familiers de Stanwood. Il suppute que le cadavre dans la voiture n'était qu'un mannequin de cire..

 

Une fois de plus Erle Stanley Gardner s'amuse à dévoiler l'identité du coupable comme le prestidigitateur sort le lapin de son chapeau. Les explications sont habiles mais aucune piste ne permet au lecteur de résoudre l'énigme par lui-même.

Erle Stanley GARDNER : Le témoin en colère. Recueil de trois nouvelles traduites par S. Hilling. Série Noire N°1604. Parution juillet 1973. 192 pages.

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13 avril 2015 1 13 /04 /avril /2015 12:12

Le faon et l'enfant.

Daniel CARIO : Petite Korrig.

Abandonnée à sa naissance par son père, c'est Francine, sa mère, qui va l'élever toute seule. Mais ce ne sera pas tous les jours facile.

Car Violette n'est pas tout à fait comme les autres enfants du Faouët. Et comme tous ceux qui possède une particularité physique, elle est la cible et la risée de ceux qui ne souffrent pas d'anomalies. C'est une naine !

Elle a été surnommé Korrig, qui signifie lutin, naine, petite, par sa mère et cela lui est resté. Korrig fréquente jeune l'école sous l'impulsion de la maîtresse d'école, et comme elle possède déjà des rudiments, notamment en lecture, elle devient rapidement la meilleure élève. Et quand on est meilleur que les autres et qu'on est handicapé, on se retrouve vite la tête de Turc de certains élèves et de leurs parents.

Elle accompagne sa mère au lavoir, mais trop petite avec des bras trop courts, elle ne peut pas l'aider comme lavandière. Pourtant elle est tenace, courageuse, pugnace. Francine, afin de mettre du beurre sur les crêpes, travaille aussi le soir et même la nuit. Elle repasse, amidonne, répare des coiffes de dentelles du pays d'Aven. Korrig, puisqu'elle ne peut aider sa mère au lavoir va prendre sa succession dans ce travail minutieux. Et elle excelle au plus grand plaisir des clientes. Jusqu'au jour où accaparée ailleurs elle oublie le fer sur une coiffe. Pas de panique, elle va en confectionner une qui sera semblable, mais en mieux, à celle qui a subi les assauts du fer.

Un faon égaré se réfugie dans le jardin de leur chaumière et la mère et la fille nourrissent au biberon le futur cervidé. L'appel de la forêt bientôt se fait sentir, mais Mabig, ainsi qu'elles ont appelé l'animal, revient de temps à autre pour une visite amicale. Elle ne le savent pas encore, mais Mabig sera à l'origine des malheurs de Korrig. Nous n'en sommes pas encore là, le temps s'écoule, tout irait pour le mieux si Francine n'avait eu une altercation avec l'une des lavandières. Elle tombe à l'eau, prend froid et décède.

Korrig se retrouve seule, mais elle est courageuse et à dix-sept ans elle a tout l'avenir devant elle. Elle a décroché son certificat d'études, haut la main, avec un an d'avance, quelques années auparavant, ce qui a bouché le bec à bien des commères et attisé encore plus les jalousies, mais ce diplôme ne lui sert à rien dans son métier de fabricante de coiffes à domicile.

Mabig vient la voir de temps à autre mais ce jour-là le chevreuil est traqué par des chasseurs accompagnés de chiens, hargneux comme il se doit. Mabig se réfugie chez Korrig qui le cache mais les chasseurs émoustillés à la vue de la naine, et bien chargés d'alcool changent leur fusil d'épaule. Ils sont quatre, trois vont la tenir, les jupes sur la tête, et le quatrième se conduit comme une bête en rut. Un événement qui va se décliner par une double conséquence, mais Korrig ne livrera qu'une moitié de son secret. Elle n'a pas vu le visage de son agresseur.

 

Quelques semaines plus tard, Korrig ne peut que constater les dégâts : elle est enceinte. Et dans le bourg, ça jase. Korrig se tait, laissant les commères extrapoler sur l'identité du père. Commères qui vont rabattre leur caquet plus tard, lorsque l'enfant naitra.

Korrig n'a pas cherché à avorter, et elle met au monde Justin seule. Justin qui est bien portant, mange comme deux, et n'est pas atteint de nanisme comme sa mère. Justin, dont le prénom a été donné par confusion, mais il lui va bien. Enfin presque. Le secret de Korrig réside justement en Justin, mais jusqu'à sa mort, elle le gardera en elle. Et Justin n'apprendra le nom de son père que plus tard, beaucoup plus tard, à l'occasion d'une noce de mariage.

 

La mutation de la Bretagne s'étale tout au long du début du XXe siècle avec la naissance de Korrig en 1900, son enfance, son adolescence, son viol et la naissance de Justin en 1920 et le dénouement durant les années de la Seconde Guerre Mondiale.

Mais outre cette mutation, cette transformation qui se décline socialement avec les progrès et les techniques nouvelles, c'est l'antagonisme entre les citadins et les ruraux qui est analysée. Des citadins arrogants, les chasseurs notamment venus de Lorient, imbus de leurs prérogatives, des notables pour la plupart, qui prennent les ruraux pour des arriérés. Et les ruraux matois ne s'en laissent pas compter, se moquant de ces citadins qui sont tournés résolument vers le modernisme en bradant les traditions. L'incompréhension et les difficultés d'établir un dialogue, chaque groupe s'enfermant dans ses certitudes.

De petites joies, de bonheurs fugaces, en drames et mélodrames, la vie de Korrig et celle de Justin, juste un, défilent au Faouët et ses environs, dans les bois, la chaumière natale convoitée par une Parisienne héritière, les voisins, la petite Violette qui porte le même prénom que Korrig, une muette qui a l'âge de Justin et est nantie d'un père ivrogne, Juliette, la fille du boulanger dont les premiers émois amoureux dépassent Justin, et bien d'autres événements qui se télescopent dont une nouvelle fois l'arrivée impromptue de Mabig pourchassé encore une fois par des chasseurs.

 

On ne peut s'empêcher en lisant ce roman de penser à des auteurs qui ont décrit l'âpreté de la vie rurale et les secrets qui entourent des familles, secrets jalousement gardés à cause des conséquences que cela pourrait entraîner sur la vie même de ces familles, mais aussi par orgueil et honte. Alors comparer Daniel Cario à Emile Zola, Hector Malot, Xavier de Montépin, pour des scènes dures, violentes, représentatives de l'âme humaine, une certaine forme de misérabilisme également, et plus près de nous à Hervé Jaouen, ou chez les Américains, Ron Rash, John Steinbeck ou d'autres, cela serait malvenu, car l'auteur possède sa propre identité, son talent de conteur et de raconteur, mais il peut être placé sur le même piédestal.

Il sait émouvoir le lecteur avec des personnages attachants. Aujourd'hui Korrig ne se conduirait peut-être pas comme elle l'a fait en ce début de vingtième siècle, mais demeurent les jalousies, la méchanceté, la bêtise de villageois, mais ceci pue être également porté au crédit des citadins et des banlieusards, qui n'ont de cesse de dénigrer ceux qui ne vivent pas comme eux. Korrig restera une figure marquante par son abnégation et sa dignité dans les épreuves.

Daniel CARIO : Petite Korrig. Collection Terres de France. Editions Presses de la Cité. Parution le 19 mars 2015. 480 pages. 20,00€.

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