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25 juin 2015 4 25 /06 /juin /2015 08:08
Laurent FETIS : Chien-Froid.

Le contraire du Hot-dog ?

Laurent FETIS : Chien-Froid.

Agé d'à peine vingt ans, le narrateur débarque à Londres avec déjà derrière lui un passé qui s'attache à lui comme du chewing-gum à la semelle d'une godasse.

Il se présente dans un bureau d'accueil où il fait la connaissance d'une pauvre paumée, Claire, qui l'amène chez elle. Elle a besoin d'une présence amicale, ce que le narrateur peut lui fournir. La nuit il regagne sa chambre d'hôtel, pensant à son avenir pas très rose. Il lui faut assurer sa pitance et le travail ne court pas les rues.

Il apprend par le journal la mort de Claire, et cela lui fout un coup au moral. Tout en cuisinant des hamburgers dans une chaîne de restauration rapide, il va battre le pavé à la recherche du mystérieux meurtrier. On l'avait vu en compagnie de Claire, et il préfère devancer les policiers. Un vigile du bureau d'accueil lui apporte son soutien, mais il est en butte à la vindicte de petits malfrats qui le surnomme Chien-Froid. Ses compagnons sont de pauvres déjantés, des exilés pour la plupart, qui ne pensent qu'à subsister, mal la plupart du temps, pourtant il trouve auprès d'eux un certain réconfort. Et toujours ce souvenir qui le taraude.

 

Depuis qu'il est à la barre de la Série Noire, Patrick Raynal a renouvelé le ton et le style de la glorieuse collection, recherchant de nouveaux auteurs aussi bien à l'étranger qu'en France. Cette démarche revivifie le Polar dans son ensemble puisque d'autres maisons d'éditions le suivent dans cette quête.

En ce qui concerne les auteurs, on peut déplorer la disparition de quelques noms, comme Julius A. Lion, dont l'humour noir était particulièrement tonique, ou Marie et Joseph, mais les petits nouveaux ne se défendent pas mal non plus. Qu'ils s'appellent Pascale Fonteneau, Eva David ou Laurent Fétis. Si le premier roman de Laurent Fétis, Le mal du double-bang, une histoire de truands mâtinée de drogue, m'avait quelque peu laissée sur ma faim, Chien-froid possède une autre envergure, une sensibilité digne d'un grand écrivain. Avec ses vingt-deux printemps (à l'époque de la parution de ce roman) Laurent Fétis s'affirme comme une valeur montante et même si résident encore quelques imperfections, son roman fait preuve d'une grande maturité d'esprit.

 

Laurent FETIS : Chien-Froid. Série Noire N°2328. Parution octobre 1993. 240 pages. 6,65€. Disponible sur le site de la Série Noire.

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24 juin 2015 3 24 /06 /juin /2015 12:17

Depuis le 23 juin, la nouvelle fournée des Petits Polars du Monde a fait son apparition sur les étals des libraires et des kiosquiers. Quelques modification mineures ou majeures par rapport à l'an dernier sont à enregistrer.

Tout d'abord deux ouvrages sont mis en vente dès cette semaine et il n'y en aura que neuf, et certaines pointures habituées à cette fête estivale ne se seront pas présents : Marc Villard ou Didier Daeninckx par exemple.

Autre nouveauté, l'ajout d'un mini-guide présentant la ville servant de décor au titre. Ainsi dans Pavillon rouge à la Baule d'Emmanuel Grand, quelques pages sont consacrées à cette station balnéaire.

Enfin le prix n'est plus de 2,50€ mais passe à 3,90€. Espérons que le prix ne rebutera pas les lecteurs, et que les auteurs et dessinateurs sauront en tirer un bénéfice financier. Y'a pas de raison !

Dernier détail à l'attention de ceux qui aiment les jeux de hasard. La SNCF lance un concours vous permettant de gagner des kilomètres entrain, une collection des Petits Polars, des romans, en cliquant sur http://www.sncf.com/fr/petits-polars Chaque ouvrage possède un numéro qui peut éventuellement faire de vous un heureux gagnant.

 

Les Petits Polars du Monde : Saison 4.

Liste des romans de cette saison 4 :

 

Jérémie Guez et Jacques Ferrandez : Là-bas, c'est Marseille.

 

Emmanuel Grand & Pierre Place : Pavillon rouge à La Baule.

 

Chantal Pelletier & Loustal : I Love Lyon.

 

Karim Miské & Florence Dupré La Tour : Les filles du Touquet.

 

Tito Topin & Vincent Gravé : Bloody Paris.

 

Antoine Chainas & Anthony Pastor : Le soleil se couche parfois à Montpellier.

 

Michel Quint & Pozia : Si près du malheur à Lille.

 

Ian Manook & Hervé Bourhis : Retour à Biarritz.

 

Nicolas Mathieu & Florence Chavouet : Paris-Colmar.

 

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Published by Oncle Paul - dans Infos
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24 juin 2015 3 24 /06 /juin /2015 10:07
Joseph HANSEN : Les ravages de la nuit

Ne sont pas réparés par la chirurgie esthétique !

Joseph HANSEN : Les ravages de la nuit

Chantre de l'homosexualité, Joseph Hansen a osé le premier en parler en termes non stéréotypés, sans clichés, sans complaisance, bannissant la vulgarité, ne vilipendant pas, n'encensant pas, ne ridiculisant pas non plus.

Joseph Hansen a écrit: Dans la plupart de mes romans, mon intention a été de traiter aussi honnêtement que possible des homosexuels et de l'homosexualité en tant que partie intégrante de notre vie contemporaine, et non comme une chose bizarre et étrange.

Nous retrouvons dans Les ravages de la nuit, Dave Brandstetter, enquêteur au service des compagnie d'assurance.

 

Un camionneur indépendant mortellement blessé au cours d'un accident de la route, ça arrive. Lorsqu'une assurance-vie de 100 000 dollars a été souscrite un mois auparavant, cela mérite bien une petite enquête de routine. Surtout si une bombe est à l'origine de cet accident.

Qu'un voyou, chef de bande, soit retrouvé derrière les barreaux à cause de ce camionneur et dont le séjour carcéral vient de se terminer, cela appelle réflexion. Surtout si des paroles vengeresses ont été proférées lors du jugement.

Qu'un routier de ses meilleurs amis, transporteur indépendant lui aussi, soit décédé peu de temps auparavant d'une maladie brutale et subite, drôle de coïncidence !

 

Une enquête qui ne sera pas de tout repos pour Dave Brandstetter dont le petit ami a des problèmes de santé.

Et Joseph Hansen brise un tabou offrant la possibilité à d'autres auteurs, masculins et féminins de s'exprimer sur ce sujet et d'avouer leur homosexualité, ce qui n'entache en rien leurs qualités, au contraire, car leurs personnages sont peut-être plus humains.

Joseph HANSEN : Les ravages de la nuit

Joseph HANSEN : Les ravages de la nuit (Nightwork - 1984. Traduction de Jean-Michel Alamagny). Série Noire N°2026. Parution novembre 1985. 256 pages. Réédition collection Folio N°2626. Parution septembre 1994. 256 pages. 6,40€. Disponible sur le site de la Série Noire.

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23 juin 2015 2 23 /06 /juin /2015 12:15
Emmanuel ERRER : L'envol des corneilles.

Des corneilles qui ne prennent pas racine...

Emmanuel ERRER : L'envol des corneilles.

Pour tous ceux qui comme moi pensent que l'humour est indispensable, même et surtout dans le roman noir et le roman policier, je conseille la lecture de cet Envol des corneilles, jubilatoire à souhait.

Esope Manzonnetta, qui fait ici sa troisième apparition après La came à nous autres et Saint-Tropez Oil Compagnie, et malheureusement la dernière, est un personnage haut en couleurs. D'origine napolitaine, Esope s'installe en 1938 à Tunis où il fera la connaissance d'une payse, Maria Candida Sparcamuzzo, laquelle travaille dans une maison close afin de constituer son trousseau. Coup de foudre ! Esope après avoir abattu le patron de l'hôtel se verra confier la direction de l'établissement.

Pendant la guerre il s'engagera dans la Légion étrangère, pendant que Maria Candida fera fructifier les affaires.

En 1954, quittant la Tunisie pour la France, la Côte d'Azur précisément, ils seront possesseurs de trois maisons dites de passe. Rangés des affaires, plus ou moins, ils reçoivent dans leur mas de Saint-Paul de Vence de nombreuses personnalités, que ce soit du monde du spectacle, des arts ou de la politique.

Dans L'envol des corneilles, Esope décide pour son dernier gros coup de s'attaquer à la Banque de France, braquage qui sera fomenté à l'aide de données d'ordinateur.

Seulement l'ordinateur n'avait pas prévu deux choses : une grève de la CGT et la convoitise d'une bande rivale.

 

Ce roman possède le ton que l'on retrouve dans les romans de Donald Westlake, l'un des nouveaux maîtres (lors de la publication de ce roman) de la nouvelle génération des écrivains américains.

 

Emmanuel ERRER : L'envol des corneilles.

Curiosité :

Les corneilles citées dans le titre sont les billets de 100 francs qui eurent cours en France entre 1965 et 1979. Cela ravivera sûrement quelques souvenirs à quelques-uns d'entre nous.

 

Quelques chroniques montrant les multiples facettes d'Emmanel Errer - Jean Mazarin - Nécrorian :

Un entretien avec Emmanuel Errer - Jean Mazarin

Emmanuel ERRER : L'envol des corneilles.

Emmanuel ERRER : L'envol des corneilles. Série Noire N°1711. Parution mars 1976. 192 pages. Réédition collection Carré Noir N°558. Parution novembre 1985. 192 pages. 4,10€. Disponible sur le site de la Série Noire.

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22 juin 2015 1 22 /06 /juin /2015 09:39

Antonia et elle avait raison...

Gildas GIRODEAU : Antonia.

1974. L'Italie entre dans les années de plomb.

L'extrême-droite et l'extrême-gauche se combattent et multiplient les attentats. Le général Dalla Chiesa est chargé d'organier la lutte anti-terroriste mais elle sera principalement dirigée contre les groupes de l'ultragauche, tandis que les fascistes seront la plupart du temps épargnés.

A Milan, une jeune femme, Antonia, surnommée la Pistolera, sait qu'elle doit fuir. A la télévision, un présentateur enthousiaste a annoncé l'arrestation de deux de ses compagnons dans la région de Pinerolo, et elle est consciente que bientôt ce sera son tour si elle ne s'enfuit pas immédiatement. Elle a pris ses dispositions et dans la chambre mansardée qu'elle partage avec Luciana, elle récupère quelques affaires et une perruque blonde qui doit détourner l'attention des policiers. Luciana lui remet une enveloppe contenant un peu d'argent qu'elle a économisé avec Josep, un voisin, puis sans regarder en arrière, Antonia quitte la ville.

Les abords de la gare sont truffés de policiers, toutefois elle se présente à un guichet et demande un billet pour Gênes. Les lunettes qu'elle porte ne sont pas adaptées à sa vue et le regard du guichetier est éloquent. Il l'a reconnue. Elle se débarrasse de sa perruque blonde, se change rapidement d'effets et c'est une autre femme, une touriste allemande qui fait du stop, qui brandit un panneau Frankeich à l'attention des automobilistes.

Antonia devient Astrid, ses vrais faux papiers l'attestent, et son chauffeur improvisé doit se rendre en France en passant par la Suisse. Robert, le conducteur attentionné lui propose une chambre à l'hôtel où il doit faire étape, et elle passe trois nuits et deux jours dont la teneur relève de la vie privée.

Mais elle n'a en tête que deux mots auxquels elle s'accroche, comme son père le lui a enseigné, et qui sont : fuir et disparaître. Elle quitte en catimini son sauveur involontaire et dans le train qu'elle emprunte vers Genève, elle repense à son cousin Anselme. Jésuite, Anselme travaille au Vatican précisant à Antonia : Nous soutenons des mouvements populaires, des pauvres bougres que le système tente de broyer, comme en Amérique latine, et même ici !

Anselme, prévoyant qu'Antonia, qui ne partage pas ses idées religieuses, pourrait subir des déconvenues dans ses activités, lui avait proposé de se réfugier, si besoin était, dans une congrégation à Genève, installée sur la route de Lausanne. Et Antonia, devenue Astrid se souvient du conseil et se présente donc à la directrice, qui l'accueille sans poser de questions. Et c'est ainsi qu'elle sera fortement conseillée et amenée à s'engager dans l'humanitaire et à prodiguer son savoir en Ethiopie, devenant institutrice, enseignant aux gamins l'anglais et l'italien. Elle change une nouvelle fois d'apparence et commence une nouvelle vie. Elle rencontrera à plusieurs reprises Anselme, et au bout de quelques années de tribulations elle sera en poste au Rwanda, coincée entre les Tutsis et les Hutus, au début des années 1990.

Seulement, à Milan les policiers ne l'ont pas oubliée. Le colonel et son adjoint le capitaine Octavio sont obnubilés par la Pistolera et ils mettent tout en œuvre afin de procéder à son arrestation. Un défi qu'ils se sont lancés, une obsession qui confine presque à la paranoïa.

 

Dans ce roman qui est presqu'un récit biographique, Gildas Girodeau soulève de nombreux points d'interrogations, concernant la lutte des Italiens contre les Brigades Rouges, mais également la politique du Vatican et des Etats-Unis, via la CIA, sur les continents africains et sud-américains. Et on ne peut s'empêcher de mettre en parallèle l'histoire et les conviction d'Antonia à celles de Cesare Battisti. La Pistolera a été ainsi surnommée car elle ne tuait pas mais tirait sur les jambes des fascistes. Il est étonnant de constater que les fascistes ne furent que peu ou prou inquiétés alors qu'ils posaient des bombes et s'adonnaient à des attentats meurtriers tandis que les membres de l'extrême-gauche était traqués à outrance, alors qu'ils répondaient, violemment certes, aux provocations. Et dans ce cas on comprend fort bien que les gouvernements de la droite italienne concentraient leurs efforts dans la lutte contre l'extrême-gauche, de même que les gouvernements de droite français, en soutien à leurs homologues transalpins.

Tu sais bien que l'ennemi, c'est la gauche, déclare Octavio lors d'une conversation avec son supérieur, conversation qui tourne sur les événements au Chili et de l'opération Condor.

 

Gildas Girodeau remet également les pendules à l'heure sur les terribles événements qui se sont déroulés d'abord en Ethiopie, Erythrée et Somalie, puis dans l'antagonisme, supposé ethnique, entre Tutsis et Hutus, des combats qui se transforment en génocides par la volonté de tiers dont les principales préoccupations sont la plupart du temps financières en asseyant une hégémonie capitaliste et religieuse sur certaines régions du monde. Comme l'annonce une des principales protagonistes du roman à Antonia : Les élites Tutsies commençaient à lorgner vers le bloc de l'Est, ce qui menaçait les colonisateurs mais aussi la mission d'évangélisation des Pères... Et une fois de plus les supposés bienfaits de la colonisation avec son aspect parfois néfaste, des envahisseurs qui n'agissaient pas par philanthropie, peuvent être remis en cause, de même que l'évangélisation forcée et forcenée par des religieux qui ne se montrent chrétiens que d'appelation.

Toutefois, ce travail d'historien, Gildas Girodeau l'effectue honnêtement, sans prendre partie, sans dévoiler son sentiment, mais en décrivant les faits tels qu'ils se sont déroulés et non pas comme aimeraient le faire croire quelques journalistes inféodés à des partis politiques qui ne veulent regarder que par le bout de la lorgnette favorable dans leur posture. Evidemment on peut toujours arguer que derrière les personnages, se cache l'auteur, mais il faut savoir aussi se rendre à l'évidence. Les déclarations des hommes politiques ne sont pas toujours empreintes de bonne foi.

 

Gildas GIRODEAU : Antonia. Editions Au-delà du raisonnable. Parution 26 mars 2015. 256 pages. 18,00€.

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22 juin 2015 1 22 /06 /juin /2015 07:45
Franck PAVLOFF : Le vent des fous.

Il est vrai que le vent rend fou parfois...

Franck PAVLOFF : Le vent des fous.

Ancien baroudeur, ancien mercenaire, Victor Boris a quitté l'Afrique où il a connu quelques déboires que nous connaîtrons à la fin de cette histoire.

Pour l'heure il est en villégiature, si l'on peut dire, dans un couvent des Hautes Alpes. Il se refait une santé, il s'oxygène, il en apprécie la quiétude, mais il n'est pas pour autant cloitré. Il se ressource pour employer un mot à la mode. D'ailleurs il ne se prive pas d'arpenter la région à bord de sa DS qu'il bichonne et dont il est assez fier. Après le bol d'air il déguste une consommation au café du village, chez Ornella.

Drôle de village que Sauveterre puisqu'il abrite une communauté de harkis, une autre de jeunes loubards marseillais et une maison de retraite pour anciens du spectacle. Le passé de Victor est derrière lui mais il le rejoint lors de la découverte d'un cadavre encore tout chaud dans les jardins du couvent. Le lendemain le cadavre est toujours là, mais le meurtre a été trafiqué.

Le mort est un jeune délinquant échappé de Lapalud, la communauté des Marseillais. Victor Boris fait la connaissance de Lalou qui, ancienne prostituée, s'est reconvertie comme antiquaire, se ménageant les faveurs du maire du village. D'autres cadavres parsèment le chemin de Victor Boris: Stanislas, ancien vieux beau de la scène, puis Lalou.

A chaque fois les crimes ont été‚ maquillés. Sur ces affaires plane un étrange trafic de tableaux de maîtres. En compagnie d'Ornella, Victor Boris mène son enquête, parallèlement à celle de la police, et son passé lui rebondit entre les dents.

 

Franck Pavloff met en scène un personnage dont le passé est dévoilé peu à peu, attisant la curiosité du lecteur. Mais ce n'est pas la seule force de l'intrigue. Par la même occasion l'auteur dénonce quelque peu l'exclusion, des harkis principalement, et l'histoire d'aujourd'hui rejoint celle d'hier.

Parfois onirique, Frank Pavloff use de métaphores et son écriture est ample, l'inverse des auteurs de romans noirs qui utilisent un style haché.

 

Rien de tel pour éponger l'inquiétude d'un religieux que de sortir la serpillière du positivisme.

Les contours du village de Sauveterre tremblotaient comme un mirage, un paillasson mal secoué avec quelques touffes d'arbres en manque de chlorophylle.

Franck PAVLOFF : Le vent des fous. Série Noire N° 2334. Parution janvier 1994. 208 pages. 6,65€. Disponible sur le site de la Série Noire

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21 juin 2015 7 21 /06 /juin /2015 11:29

Bon anniversaire à Elena Arseneva, née le 21 juin 1958.

Elena ARSENEVA : La fourche du Diable.

En cette fin de l’an de grâce 1073, la petite ville de Kremni s’apprête à fêter Noël tout en sacrifiant avec joie aux rites païens qui se traduisent par un carnaval masqué auquel tous les habitants participent, quelle que soit leur condition et leur rang dans la société.

Un qui ne pourra partager cette liesse populaire, c’est bien Procope, le fils aîné d’Olaf, le richissime seigneur du lieu. Il est retrouvé dans une clairière, au lieu dit la Fourche du Diable, affreusement mutilé. Mais s’il a eu la main tranchée et a été énucléé, une estafilade à la poitrine un coup de poignard au cœur, il semble que le décès soit dû à un empoisonnement.

Toutefois la mise en scène est signée : il ne peut s’agir que d’un meurtre perpétré par les Drégoves, de dangereux païens installés dans la forêt proche. Olaf requiert auprès du prince Vladimir de dépêcher sur les lieux son meilleur enquêteur.

Artem, puisque c’est de lui qu’il s’agit, arrive en compagnie de son fils adoptif, Philippos, et de ses deux fidèles Varlets, Mitko et Vassili.

Un étrange personnage habite non loin du lieu du meurtre. Il s’agit du Passeur, reconnu comme sorcier et vivant en ermite, que les habitants de Krimni considèrent comme une brebis galeuse, capable de tous les maux mais qu’ils ne dédaignent pas consulter à l’occasion, pour se procurer quelque potion magique.

Au château la tension règne. Natalia, la jeune veuve est sur la corde raide, car sans enfant, elle ne pourra rester longtemps et devra se trouver un autre mari. Olaf songe à convoler une nouvelle fois ce qui n’est pas du goût de ses autres enfants, Stepan et Ipate, les garçons, et Alia, turbulente jeune fille qui ne s’en laisse pas conter.

Mais Artem et ses acolytes côtoient également Titos, le médecin grec, un érudit dont ils se demandent pourquoi il s’est installé dans une petite bourgade comme Krimni. Et puis il y a aussi leur logeuse, Varvara, la belle et jeune veuve qui a eu un garçon du fruit de ses amours éphémères avec Stépan. D’autres décès se succèdent, d’autres meurtres, signés plus ou moins de la même manière, et sur lesquels plane l’ombre du liéchy, le démon tout puissant qui règne sur les bois et les forêts.

 

Nimbé d’une aura de sorcellerie, de superstitions, dans une ambiance de fêtes païennes et de religion orthodoxe, de carnaval et des cérémonies proches de la Nativité, ce roman d’Elena Arseneva nous propose une incursion dans le moyen âge de la Russie, période méconnue de l’histoire mais qui se révèle riche et moins obscurantiste que l’on pourrait le croire. Le commerce et la culture intellectuelle sont en plein épanouissement, avant de sombrer dans des siècles de régression avec l’invasion des Koumans ou Tatars.

Elena Arseneva nous livre un roman qui éclaire d’une façon particulièrement vivante une époque et une contrée secrètes et mystérieuses. Un plongeon vivifiant, exotique, historique, à la limite du fantastique, mais en aucun cas rébarbatif.

 

Elena ARSENEVA : La fourche du Diable. Collection Grands Détectives N° 3412, éditions 10/18. Parution mai 2002. 320 pages. 7,50€

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21 juin 2015 7 21 /06 /juin /2015 09:21
Laurent FETIS : Le mal du double-bang.

Pourrait être le Big-bang...

Laurent FETIS : Le mal du double-bang.

Rico, propriétaire d’un garage à Béroir, la capitale du Midi, est habillé été comme hiver d’une chemise jaune héliotrope, artistiquement froissée, et d’un costume italien couleur bleu cobalt.

Un chapeau mou de même couleur et des chaussures blanches complètent sa tenue vestimentaire. Avec son œil gauche qui clignote de manière incontrôlée, il ressemble à un gangster. Au gangster qu’il est d’ailleurs, car son garage n’est qu’une couverture. Mais ce n’est qu’un minable petit malfrat, tenu pour quantité négligeable par les truands de la ville, les vrais, les durs, les pros.

Sa femme Bélinda est responsable de la bonne tenue d’un trio de gagneuses zaïroises. Quant à son frère Gus, vingt ans, il se came, exécutant à la lettre les ordres de son frère. Trafics d’autoradios, de bagnoles, de faux-papiers, assurent de confortables revenus.

Mais Rico est ambitieux. Il veut devenir le caïd de Béroir et il n’hésite pas à s’attaquer à la Baleine et au Kabyle qui se partagent la ville. C’est Gus, qui enfermé dans un asile psychiatrique, nous raconte cette épopée épique, parfois haute en couleurs et assaisonnée à la sauce du double-bang, une drogue spéciale concoctée par Arthur Hylgon, le chimiste bidouilleur de came et bras droit de la Baleine. Les autres personnages qui complètent la galerie de portraits peints pas Laurent Fétis oscillent entre farce et attrape.

Si cette histoire de tentative d’ascension par un petit malfrat dans la coterie huppée du grand banditisme ne manque pas d’humour, versant parfois dans la caricature grandguignolesque, le côté apothéose de la came me laisse dubitatif et un rien songeur. Il faut soigner le mal par le mal parait-il, soit, mais il est difficile d’accrocher à cette attirance.

Mais ce n’est que le simple avis d’un lecteur lambda et sexagénaire qui ne comprend pas cette attirance à la drogue.

Laurent FETIS : Le mal du double-bang.

Laurent FETIS : Le mal du double-bang. Série Noire n° 2305. Parution octobre 1992. 272 pages. Réédition Collection Baleine Noire. Editions Baleine. Parution décembre 2009. 326 pages.

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20 juin 2015 6 20 /06 /juin /2015 10:59
Olivier THIEBAUT : L'enfant de cœur.

N'en était pas un !

Olivier THIEBAUT : L'enfant de cœur.

Féru de poésie et rimailleur à ses heures, Benoît, dix sept ans, tue sa mère à coups de couteau, et aux policiers qu'il a appelé, dénonce Antoine Lacaze, l'amant de sa génitrice, comme le meurtrier.

Au commissaire qui prend sa déposition, qui l'invite au restaurant et le fait parler, il raconte sa version édulcorée des faits. La jeunesse de Benoît n'a pas été toujours rose. Le divorce de ses parents, l'alcoolisme de sa mère et sa fringale sexuelle ont quelque peu perturbé son enfance.

L'amour des vers est un héritage paternel et il se plonge avec délice dans Rimbaud. Il revit les scènes qui l'ont marqué enfant, des scènes de violences entre ses parents, leur séparation, les algarades entre Antoine et sa mère, les moments au cours desquels sa mère recherchait une affection sexuelle auprès de lui, et il y incorpore ses rêves.

Des rêves de conquêtes féminines auprès de jeunes filles et qui se terminent toujours par des accidents. Antoine Lacaze se défend d'être le meurtrier mais Benoît ne démord pas de sa déposition. Ce jour là, Antoine a effectivement rendu visite à sa mère, lui a fait l'amour, d'ailleurs des traces de sperme l'attestent, puis il a essayé de renverser Benoît en fonçant en voiture sur lui.

Sa mère lui ayant fait une confidence, Benoît l'a tuée et il recherche auprès du commissaire confirmation. Benoît se rend auprès du cadavre à la morgue où il jette la perturbation parmi les corps qui gisent dans les tiroirs. Sa mère n'était pas enceinte comme elle le lui avait annoncé. Le commissaire confie Benoît à son père qui malgré tout aime son fils, mais Benoît l'accuse d'avoir été à l'origine de la déchéance de sa mère, de la multiplicité de ses amants, de son alcoolisme.

 

Olivier Thiébaut fait partie de cette nouvelle génération d'auteurs qui renouvellent le roman noir français, en lui apportant une dose d'intimisme, de sensibilité qui jusqu'alors n'apparaissait qu'en filigrane.

Le déroulement de cette histoire n'est que le prétexte à mettre en scène un personnage d'adolescent perturbé dans ses relations familiales, et principalement maternelles. Cette graine d'homme est engluée dans ses souvenirs, dans ses rêves, ses cauchemars, dans son ressentiment envers son père qui n'a pas su assumer son rôle de pater familias.

La poésie contribue pour une bonne part à l'atmosphère glauque, pernicieuse qui se dégage de ce roman. Quant à l'épilogue il est assez déroutant, logique et perturbant.

 

Ça vous arrive d'avoir à faire à des assassins sympathiques ?

Olivier THIEBAUT : L'enfant de cœur. Série Noire N°2332. Parution novembre 1993. 176 pages. 6,65€. Disponible sur le site de la Série Noire

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19 juin 2015 5 19 /06 /juin /2015 12:30

Elles sont îles...

Léopold TURGOT : Si loin des îles....

En ce temps là, les textos n'existaient pas, et pour communiquer en famille, le papier et le stylo étaient de mise.

Et quel plaisir pour la famille, proche ou séparée par l'Atlantique, de recevoir des nouvelles de personnes éloignées ou dont le destin est suspendu par la guerre.

Ainsi lorsqu'une missive écrite pendant la Seconde Guerre mondiale est redécouverte dans des affaires de famille, il est intéressant de retrouver trace de ceux qui aujourd'hui sont disparus. D'autant qu'il s'agit d'un témoignage poignant écrit, ou plutôt tapé à la machine, narrant les vicissitudes de l'expéditeur et de ses proches sur vingt-trois pages en petits caractères, les mots les uns à la suite des autres, sans interligne, et qu'il faut déchiffrer avec une règle à la main, ou presque.

Rédigé entre le 24 novembre 1940 et le 1er janvier 1945, l'expéditeur, Léopold Turgot, originaire de Saint-Pierre et Miquelon, narre les pérégrinations qui le conduisent, lui et sa famille, de Brest et l'arrivée des Allemands dans la ville portuaire jusqu'à la Libération du Huelgoat, et les conditions de vie durant l'occupation.

Une lettre qui aura beaucoup voyagé, de Brest à Saint-Pierre et Miquelon, retrouvée dans les papiers familiaux quelques trente années plus tard puis retransmise en Bretagne et atterrissant enfin au domicile d'Hervé Jaouen, apparenté par sa femme à l'expéditeur.

Léopold narre la vie quotidienne lors de son arrivée à Brest, les premières difficultés de ravitaillement tandis que les avions allemands bombardent la ville et qu'il a dû quitter Déolen le 17 juin 1940 au matin afin de rejoindre Saint-Pierre-Quilbignon en catastrophe, tous les tracas subit par de nombreuses familles en perdition. Pourtant Léopold Turgot ne se plaint pas. Il travaillait au Cable et il se retrouve sans emploi, vivant dans une ferme accueillante. Emmanuel (son frère) et moi sommes sans emploi, mais nous ne nous plaignons pas car il en est de plus malheureux que nous. Il faut boucher les fenêtres avec du carton, et pour pallier le manque de beurre (en Bretagne !) il ramasse des mûres pour les confitures.

Les mois passent, et le 23 mars 1941 Léopold écrit : Le gaz a fait sa réapparition à Brest. Mais ce n'est pas encore le cas dans les villages environnants, et il faut se débrouiller autrement. La solution reste le charbon pour la cuisson des aliments, une distribution de deux sacs de cinquante kilos. Ce n'est guère et il faut économiser. Avec le poussier au fond des sacs, j'ai moulé des pâtés dans de vieux journaux. Ils macèrent dans l'eau pendant quelque temps, et une fois secs nous donnent des petits briquettes qui permettent de faire durer le charbon.

En mai 1944, alors que le débarquement est proche, les Allemands sont sur les dents. Notre curé a été arrêté une deuxième fois et enfermé à Brest pendant un mois. A son retour, il nous a un peu décrit le régime des prisons allemandes. On ne peut pas se faire à l'idée qu'il existe encore de tels sauvages. Je ne puis pas vous raconter ici les actes de barbarie exercés sur les civils, cela n'en finirait plus.

Beaucoup de pudeur de la part du narrateur, tout comme ceux qui ont vécu cette période trouble, qui ne se vantaient pas, gardant pour eux la plupart du temps les misères endurées, sauf bien entendu les résistants de la dernière heure qui voulaient cacher leur collusion par des actes de bravoure fictifs et des histoires inventées de toute pièce.

 

Dans un long, tout est relatif, mais fort utile prologue, Hervé Jaouen nous présente les pérégrinations de cette missive et les tribulations des membres de sa famille par alliance. Famille qu'il a déjà eu le plaisir de mettre en scène dans L'Adieu aux îles. Et il fait œuvre pie en publiant ce texte, en permettant de découvrir le quotidien d'un homme et de sa famille pendant la guerre.

Un homme qui a rédigé ce texte destiné à ses proches avec pour seule ambition de décrire ce qu'il voyait, ressentait, sans emphase, sans vouloir se montrer historien, simplement un témoin.

De nombreuses photographies complètent ce témoignage, dont trente-trois dans un encart, qui montrent les représentants de la famille à Saint-Pierre et Miquelon, quelques ruines brestoises et l'arrivée des Américains. Un livre tout en pudeur à lire avec attendrissement, en pensant que vos parents, grands-parents, ou autres membres de votre famille, ont peut-être vécu les mêmes drames, les mêmes petites joies ou grandes douleurs, mais sans en parler ou avec réserve.

 

Léopold TURGOT : Si loin des îles.... De Brest bombardé à Huelgoat libéré. Présenté et édité par Hervé JAOUEN. Carnet central iconographique de seize pages. Editions Locus Solus. Parution 24 avril 2015. 96 pages. 13,00€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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