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12 mars 2015 4 12 /03 /mars /2015 12:00
Jean-Bernard POUY : Tout doit disparaître.

Bientôt en Pléiade ?

Jean-Bernard POUY : Tout doit disparaître.

Regroupant cinq romans de Jean-Bernard Pouy parus dans les années 1980, ce fort volume serait-il le premier d'une nouvelle forme éditoriale de la Série Noire, un peu dans la mouvance des éditions Omnibus ou de la collection Bouquins chez Robert Laffont ?

Pourquoi pas, une première tentative de proposer plusieurs titres d'un même auteur sous le nom de Bibliothèque Noire ayant été abordée entre 1988 et 1992. Ces ouvrages étaient consacrés à des auteurs phares de la collection Série Noire, Chester Himes, David Goodis, Raymond Chandler, James Hadley Chase, Dashiell Hammett, Jim Thompson ou encore Jérôme Charyn. Et Pouy représente ce renouveau de roman noir "militant" français tout comme Thierry Jonquet et quelques autres.

 

Avec ce recueil consacré à Jean-Bernard Pouy - espérons donc qu'il y aura d'autres élus - nous découvrons l'auteur qui dès ses débuts frappait fort et faisait une entrée fracassante à la Série Noire, pour ce qui n'était que les débuts d'un romancier franc-tireur qui n'hésitait pas, et le fait encore, à fournir des romans ou recueils de nouvelles à de jeunes éditeurs afin de les aider à s'imposer, mais ne furent pas toujours des entreprises qui furent suivies d'une véritable consécration.

 

Cinq romans donc qui ont pour titre :

Nous avons brûlé une sainte (Série Noire N° 1968. Juillet 1984).

La pêche aux anges (Série Noire N° 2042. Février 1986)

L'homme à l'oreille croquée (Série Noire N°2098. Mai 1987)

Le cinéma de papa (Série Noire N°2199. Octobre 1989)

RN 86 (Série Noire N°2377. Mars 1995. Réédition des éditions Clô - 1992)

 

Afin de ne pas vous infliger cinq résumés j'ai décidé de présenter uniquement celui que je préfère, en toute objectivité cela va de soi : Le cinéma de papa

Jean-Bernard POUY : Tout doit disparaître.

Alors qu'il travaille pour le compte de l'Alliance Française, au Brésil, Bertrand Bernat apprend que sa mère vient de mourir. Elle est même enterrée.

Tant pis, il bazarde toutes ses affaires et revient en France pour se recueillir sur la tombe encore fraîche et effectuer un pèlerinage dans la maison familiale.

Selon la police sa mère a été assassinée par des voleurs qui se sont contentés d'un service de table en argent. Mise en scène oui !

C'était bien autre chose que les voleurs désiraient. Un négatif de film 16mm, un vieux film au nitrate appartenant à son père, décédé depuis de longues années, a disparu. Son père qui était collectionneur et gardait des archives cinématographiques au grenier. Un film qui a été dérobé pour sa valeur intrinsèque par un amateur peu scrupuleux, ou pour ce qui figurait sur la pellicule ?

D'abord il faudrait savoir à quoi correspondait ce film et s'il peut servir à un chantage ou dissimuler des preuves compromettantes. Bernard se lance tête baissée dans la mêlée avec pour toute arme une malika, canne basque de bois dur qui lorsqu'on la dévisse s'avère être une arme redoutable et acérée.

Un véritable retour aux sources, à la recherches d'indices, en fouillant la passé trouble de son père dans une époque non moins trouble, les années qui ont précédé la deuxième guerre mondiale.

 

Ce roman est empreint de tendresse bourrue et la conclusion, le final, un peu faible peut-être, est moins important que l'atmosphère de cette histoire. Un tourbillon, un maelström qui emmène le lecteur du Brésil à Belle-Île via Paris et la Corse.

Après s'être fait l'apologue dans ses premiers romans du philosophe Wittgenstein, Jean-Bernard Pouy place son récit sous les doubles parrainages de Biga, poète obscur et obscur poète, ainsi que, plus inattendu, de l'auteur de Voyage dans les Cévennes avec un âne, Robert Louis Stevenson. Et comme tendresse n'exclut pas facétie, Jean-Bernard Pouy conclut en un énorme pied de nez.

 

Monsieur Gallimard vous incite à faire une cure de Pouy, car cela ne nuit pas grave à la santé ! Il est même conseillé d'en user et en abuser !

 

Jean-Bernard POUY : Tout doit disparaître. Série Noire. Editions Gallimard. Préface de Caryl Ferey. Parution 5 mars 2015. 720 pages. 24,50€.

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11 mars 2015 3 11 /03 /mars /2015 16:05

Un roman qui jette un froid et donne le frisson !

James SCOTT : Retour à Watersbridge

Le retour à la maison, après quelques semaines d'absence, n'est pas celui auquel s'attendait Elspeth Howell. Cela fait quatre mois qu'elle est partie exercer la profession de sage-femme et elle revient avec dans son cabas quelques bricoles achetée à la ville afin de les offrir à ses enfants, dont elle possède la liste, et à son mari.

Amos, quatorze ans, Caleb, douze ans, Jesse dix ans, Mary quinze ans et Emma six ans. Seulement après avoir longuement marché dans la neige et qu'elle parvient enfin à la ferme isolée où tous habitent, elle ne peut que constater le désastre.

Ses enfants ont été tués, abattus par des coups de fusil, de même que Jora son époux. Soudain un coup de feu retentit. Elle est touchée et perd connaissance. Lorsqu'elle se réveille péniblement, de longues heures après, son fils Caleb est penché sur elle et la soigne, extirpant les chevrotines parsemées un peu partout avec la pointe d'un couteau. Caleb qui lui a tiré dessus, croyant au retour des trois hommes munis d'un foulard rouge qui ont décimé la famille. Il était, lorsque les meurtriers sont arrivés, caché dans la grange, avec les animaux. Car Caleb est un solitaire, depuis qu'il a aperçu son père commettre un acte répréhensible. Son père qui ne s'exprimait que par versets ou citations de la Bible qu'il connaissait par cœur.

Elspeth la pécheresse, c'est ainsi qu'elle se définit intérieurement, se remet doucement Caleb l'ayant enveloppée dans des couvertures de fortune pour la protéger du froid. Puis, alors qu'elle peut à peine marcher, ils partent vers la ville laissant derrière eux un champ de ruines. Caleb, à cause de la neige et du gel, n'a pu offrir une tombe décente à son père et à sa fratrie, aussi il les a incinérés. Le feu s'est propagé aux bâtiments rapidement. Mais ils sont loin de tout. Ils arrivent d'abord dans une autre ferme où vit un vieux couple qui les héberge un certain temps, lui offrant vivres et vêtements. Puis il repartent pour Watersbridge, la grande ville minière située sur le lac Erié, au nord de l'état de New-York.

Elspeth est habillée en homme et Caleb la présente comme son père à l'hôtel où ils trouvent une chambre. Elle trouve un emploi à La Glacière, un vaste entrepôt de blocs de glace extraits des rives du lac. Le travail est dur, épuisant mais ils travaillent en binôme. Caleb se fait embaucher dans un tripot comme garçon à tout faire, surtout pour laver les draps que les jeunes filles ou femmes qui montent dans les chambres salissent consciencieusement avec les hommes qui les paient pour s'occuper de leur virilité. Car Caleb est toujours à la recherche des trois hommes aux foulards rouges. A la recherche d'autre chose aussi, sa véritable identité. Car il a compris peu à peu, Elspeth parlant parfois par énigmes, de même que Jora, qu'il n'est pas vraiment l'enfant du couple. D'ailleurs il ne ressemble ni physiquement, ni mentalement à ses frères et sœurs.

Car c'est bien tout le secret d'Elspeth qui se rendait à la ville, parfois pour plusieurs mois, employée comme sage-femme ou infirmière.

 

Ce roman à tendance plus naturaliste et sociale que policier, n'est pas sans rappeler à certains moments Zola, Dickens et Hector Malot. Par la violence de la terre et de ceux qui y vivent, par la misère pas seulement financière des protagonistes, et ces enfants qui triment, orphelins ou non et se retrouvent dans des situations ambigües qui les font devenir adultes avant l'heure. C'est également un roman réaliste dû à la plume d'un jeune auteur qui met en pratique ce qu'écrivait Guy de Maupassant dans la préface à Pierre et Jean : Le réaliste, s'il est artiste, cherchera, non pas à nous donner une photographie banale de la vie, mais à nous donner la vision la plus complète, plus saisissante, plus probante que la réalité même.

Un réalisme qui se décline aussi bien dans la narration de la découverte des corps par Elspeth, par l'intervention malheureuse de Caleb, dans sa façon de se débarrasser des corps et l'incendie qui s'ensuit, dans leur longue marche dans la neige, chez le couple qui vit avec leurs fantômes, puis à Watersbridge, où tout tourne autour de La Glacière alors qu'Elspeth travaille comme elle peut essayant de donner le change sur son sexe, et L'Orme où Caleb découvre la vie tronquée. Watersbridge où l'on peut acheter sans barguigner une arme à feu, même à crédit, Caleb en profite. Car il a besoin d'une arme pour réaliser sa vengeance, même s'il promène à longueur de temps ou presque son Ithaca, celui dont il s'est servi contre sa mère par inadvertance mais qui est un peu encombrant.

Le roman de la vie, de la mort, de la quête du père, de l'identité, de la vérité enfouie dans tous les mensonges dont Caleb a été abreuvé durant sa jeunesse, mensonges appuyés par la Bible dont Jora faisait abondamment usage. Peu à peu d'autres secrets se révèlent au jour, éclatent comme des bulles nauséeuses, et l'auteur distille avec un malin plaisir ses révélations au fur et à mesure que le récit avance, les lâchant au compte-gouttes souvent par insinuations.

L'histoire se passe en 1897, cela n'est pas précisé dans le roman, mais page 219 il est question du président McKinley et des problèmes avec l'Espagne, ce qui permet de dater l'intrigue.

Un roman qui aurait pu trouver sa place dans la collection Cadre Vert en compagnie de Ron Rash et Tim Gautreaux.

 

James SCOTT : Retour à Watersbridge (The Kept - 2014. Traduction d'Isabelle Maillet). Collection Policiers Seuil. Editions du Seuil. Parution le 5 février 2015. 400 pages. 21,50€.

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11 mars 2015 3 11 /03 /mars /2015 09:32
Jean DELION : Chérie froide.

Pas pratique pour se réchauffer les pieds la nuit...

Jean DELION : Chérie froide.

Femme d'un haut fonctionnaire du Ministère de l'Intérieur, Hélène empoisonne à l'aide d'un compte-gouttes contenant du cyanure, Puertarossa le play-boy, au cours d'un cocktail.

Ce n'est que le premier d'une série, une sorte de répétition. Seulement son geste n'est pas passé inaperçu de Jean Quous, romancier à l'imagination débridée, mythomane et mégalomane. Il l'invite à partager avec lui son flacon de poison, sinon il l'a dénonce.

Le docteur Marcieux, chez qui elle s'est procuré la fiole, la soupçonne et lui aussi a droit au breuvage mortel. Ensuite c'est au tour de Maître Cassidis, l'avocat bien connu, qui au cours d'une conférence décède grâce aux bons soins d'Hélène.

Le commissaire Durin, assisté de Finet, a dégagé sur une liste une quarantaine de personnes susceptibles de supprimer ceux qu'il nomme les locomotives de la vie parisienne. Hélène figure dans son fichier en bonne place en compagnie d'autres personnalités du monde des arts, du spectacle et de la politique.

Jean Quous prend la relève et distille son poison dans le verre de Saltareff, animateur d'un trust de presse. Obligé de se débarrasser de son vaporisateur, il le glisse dans la blague à tabac d'un metteur en scène, Médéo. Celui-ci décède en portant à sa bouche sa pipe. Si les soupçons policiers convergent un moment sur le cinéaste, d'autres morts se succèdent à porter à l'actif d'Hélène et de Jean Quous.

L'une des victimes n'est autre que Marc Saint-Marc, le couturier. Hélène avait un contentieux à régler avec lui mais ses premières victimes n'étaient qu'un trompe-l'œil. Frigide, elle possède cependant un grand nombre d'amants, selon l'axiome qui stipule qu'une femme vertueuse sert les intérêts de son mari. Et les hommes qui couchent avec elle ont autant de plaisir qu'en copulant avec un congélateur.

Un troisième personnage, qui se nomme pompeusement Le Grand Epurateur, revendique par voie de presse tous ces décès et d'ailleurs il en a provoqué au moins un. Jean Quous et Hélène continuent leur œuvre. Le romancier échoue auprès d'un émir qui ne le dénonce pas, et Hélène est privée du restant de son poison par son mari qui a tout compris ou presque. Un explorateur aventurier lui ayant reproché sa passivité au lit, elle s'arrange pour le tuer, utilisant une mygale que l'impertinent possédait.

 

Roman humoristique et amoral, Chérie Froide s'inscrit dans la veine des œuvres dans lesquelles les criminels détiennent le beau rôle. Jean Delion égratigne gaillardement le gratin parisien et le lecteur peut reconnaître (du moins lors de la parution du roman) certains personnages célèbres par leur description ou altération de leur nom.

Billie Berkley, industriel du disque très connu, Salatreff, pontife de la presse écrite, ou encore Philippe Revard, qui dirige la page parisienne dans un grand journal. Il passait pour avoir le tempérament le plus perfide de la Terre. On le craignait, on le détestait, on le courtisait. Il avait trente cinq ans, une tête ronde et bouclée...

Un roman un peu en marge de la production de la Série Noire, mais alerte et plaisant à lire. Une véritable satire du monde huppé de la capitale dans laquelle l'auteur pressent le rôle important dévolu quelques années plus tard aux ordinateurs.

 

Curiosité :

Seuls les premiers et derniers chapitres sont écrits à la première personne, Hélène étant la narratrice.

 

Citation :

Le tutoiement est un signe de familiarité. On l'emploie avec une femme qui a couché avec vous, ce qui n'implique souvent aucun rapprochement réel.

 

Jean DELION : Chérie froide. Série Noire N°1145. Parution août 1967. 256 pages.

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10 mars 2015 2 10 /03 /mars /2015 14:21

Avis aux futurs habitants d'un lotissement en construction...

Patrick S. VAST : Requiescant.

Les joies d'un lotissement tranquille dans une petite ville du Nord de la France. Seulement à Villeneuve-sur Deûle, commune située à une dizaine de kilomètres de Lille, la chaleur sévit, tout comme sur le reste du pays d'ailleurs.

Une canicule que n'avait pas connu Gilles Lévêque depuis 1976.

A force de se retourner dans son lit sans pouvoir trouver le sommeil, il décide de se lever, de s'enfiler une bonne bière bien fraîche, même s'il n'est que quatre heure du matin, et de se promener en compagnie de son chien. Malgré l'interdiction de laisser un représentant de la race canine vagabonder, Gilles Lévêque n'en a cure. Il fait nuit, il est tous seul, pas de voisins à l'horizon, alors un peu de liberté, cela ne se refuse pas. Sauf que les vigiles qui patrouillent ne l'entendent pas de cette oreille et voient d'un mauvais œil l'aimable animal se balader sans laisse. Premier avertissement.

Seulement lorsque les deux hommes, un jeune et un vieux, c'est bon pour les statistiques, reviennent sur le train communal, c'est pour apercevoir l'homme couché à terre, apparemment sans vie. Plus surprenant des flammèches, comme des bougies d'anniversaire, jouent la sarabande sur le corps.

Les policiers sont aussitôt prévenus et le capitaine Franck Lemon, un gars plutôt acide, effectue les premières constatations et prend quelques renseignements auprès de voisins réveillés ou alertés par le boucan et les gyrophares. Arrive ensuite le maire, Martial Delorme, l'air très martial, qui ne badine pas avec la sécurité. S'il n'est pas à l'origine de ce lotissement, c'est lui qui en a entrepris la reconstruction après la tornade de 1999. Et il a édicté un cahier des charges très précis concernant la sécurité.

Il est en conflit avec son voisin le maire de Rontignies, lequel, malgré ses objurgations laisse les immeubles de la Cité en bordure du terrain communal se délabrer. C'est le repaire des marginaux et des étrangers, deux engeances que Martial Delorme voue aux gémonies. D'ailleurs son souhait est de réunifier les deux communes qui seraient alors sous sa coupe. La cité est donc le point de mire de tous, et il est envisagé une sorte d'action punitive.

 

Parmi les habitants du lotissement la famille Lefort, qui ne déroge pas à la règle sécuritaire. Pour Joël Lefort nul doute que la racaille d'en face constitue le problème majeur, et que des moyens radicaux doivent être mis en place. Il est directeur des stocks dans la grande surface de Villeneuve sur Deûle, et sa femme Lydie responsable des caisses. Et comme le supermarché appartient au frère du maire, on peut penser qu'il est conditionné. La famille Lefort a juste un petit problème qui se nomme Martha, sept ans. Elle affirme recevoir la nuit la visite d'un petit garçon nommé Brian. D'ailleurs ils l'entendent parler dans sa chambre, mais n'ont jamais aperçu de gamin, Brian ou autre. Ils commencent à se demander si Martha ne serait pas atteinte d'une maladie mais ils ne disent rien, ils interdisent même à Martha d'en parler à l'école, leur réputation et leur place de cadres sont en jeu.

La tension monte, des vigiles sont appelés en renfort, ils sont armés d'armes de guerre, et le secret enterré dans ce lotissement va éclater comme une bulle nauséabonde.

 

C'est dans une ambiance délétère et légèrement fantastique que ce déroule cette histoire axée sur la sécurité à outrance et la gestion d'un lotissement conçu par un maire qui s'érige en petit dictateur de province. Et tout le monde est à sa botte, ou devrait l'être, car parfois cela renâcle. Mais un lourd secret plane sur ce lotissement reconstruit sur des ruines. Gilles Lévêque, le mort aux chandelles est dans la confidence, mais trois ou quatre autres le sont aussi, et les feux follets pourraient très bien orner leurs corps. L'enquête de Franck Lemon ne sera pas sans surprise d'autant qu'il ne s'agit pas de petites gens qui sont en cause mais des édiles. Alors que l'on voudrait faire porter le chapeau à des marginaux qui vivent non loin dans une cité promise à l'éradication.

Alors cette fiction, qui d'ailleurs n'est pas revendiquée en tant que telle, n'est que le reflet de ce qui se passe avec plus ou moins de force dans certaines villes et ce qui pourrait devenir un lieu commun si l'on n'y remédie pas. Les mauvaises habitudes, les mauvaises pensées, les mauvaises action, le sectarisme, le trafic d'influence et l'abus d'autorité deviennent monnaie courante, insidieusement.

Le trait est forcé, les situations décrites sont peut-être exagérées, mais c'est justement le propos de Patrick S. Vast de mettre en garde. Ce n'est que lorsque des scènes identiques éclatent au grand jour que l'on se rend compte que tout était latent. Le principe de précaution se doit d'être appliquer et pas uniquement dans des cas d'épidémie, mais cela pourrait en être une psychiquement, afin de ne pas tomber des nues lorsque l'on se trouve en face de ce genre de problème. Et ce n'est pas forcément des habitants des cités que vient le mal.

 

L'hommage à Robert Bloch n'est pas anodin, car il existe une petite analogie entre ce roman et Un serpent au Paradis dû à l'auteur de Psychose. Si le thème n'est pas à proprement parler le même, des vétérans dans un lotissement aménagé pour des retraités aisés, c'est bien la dérive sécuritaire qui en est le fondement. Et si selon l'ombre menaçante de Stephen King n'est jamais bien loin, comme le précise la quatrième de couverture, ce roman possède un avantage sur ceux de l'Américain, dès le premier chapitre le lecteur entre dans le vif du sujet et n'en sort plus jusqu'au mot fin.

Patrick S. VAST : Requiescant. Editions Fleur Sauvage. Parution 10 février 2015. 240 pages. 16,80€.

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10 mars 2015 2 10 /03 /mars /2015 11:48

Bon anniversaire à Hubert Haddad, né le 10 mars 1947.

Hugo HORST : Les cendres de l’amante asiatique.

Ayant rapidement bouclé son enquête sur le meurtre de l’écrivain Jérôme Carné, Schlomo sauve de la noyade Lin, une jeune Chinoise correctrice dans des maisons d’éditions.

Lorsqu’il veut la rencontrer à l’hôpital, elle est déjà sortie. Tandis que fleurit sur des panneaux d’affichage le portrait de Jean Tinglet, un parfait inconnu, Schlomo retrouve à la terrasse d’un café Lin qui lui déclare que selon une coutume ancestrale, elle lui doit la vie, donc que sa vie lui appartient.

Ce qui n’est plus le cas de Varjac de la Chevrière, académicien fort connu pour sa saga romanesque de La Symphonie atlantique, qui est découvert embroché chez lui, son épée au travers du corps. Schlomo et Lin se rencontrent plusieurs fois, dans des réunions littéraires, des signatures, comme par hasard. Ainsi lors de la sortie du livre d’un certain Marcel Bourrichon, qui signe un pamphlet Le nègre se rebiffe, et dont le carton d’invitation a été retrouvé dans une corbeille à papier de Varjac.

Schlomo converse avec Bourrichon, nègre d’un Narcisse, mais l’auteur caché nie avoir envoyé l’invitation, accusant un collaborateur occasionnel. L’arrestation de l’assassin présumé de Varjac clôt l’affaire provisoirement. Lors de l’enterrement de l’académicien, Schlomo est abordé par Arnolphe Hortense, agent littéraire accompagné d’une sorte de gnome. Hortense accuse Bourrichon, le nègre de Varjac, d’avoir assassiné celui-ci, preuve à l’appui. Un feuillet anonyme imprimé sur une presse antique révélant la collusion de la famille Varjac avec l’occupant nazi.

Zoe Aubiern, une poivrote qui écrit des romans à l’eau de rosse, est découverte assassinée chez elle. Les indices abondent et le meurtrier est rapidement appréhendé. Lin écrit à Schlomo, lui révélant qu’un agent de la Surveillance du Territoire l’oblige à le surveiller, un permis de séjour étant en jeu.

 

Sous l’enquête proprement dite, Hugo Horst propose une satire des milieux éditoriaux. Il distille de petites phrases qui percutent, genre c’est toujours le maître de maison qu’on félicite du dîner. Jamais le cuisinier, en référence aux nègres de littérature, même s’ils sont reconnus comme La Rolls des nègres.

Quant à Schlomo, personnage éminemment sympathique, il promène une sorte de désabusement dans un Paris qu’il redécouvre à chaque pas, perdu dans ses pensées qui vont à sa mère internée et à Lin, la petite Asiatique, et méditant sur les effets secondaires de l’alcool.

 

Hugo HORST : Les cendres de l’amante asiatique. Collection Quatre-Bis. Editions Zulma. Parution Octobre 2002. 122 pages. 10,70€. Disponible !

 

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10 mars 2015 2 10 /03 /mars /2015 08:41
Christopher DAVIS : Le déterré

Qui pourrait être le revenant !

Christopher DAVIS : Le déterré

Ayant confié Absalom, son chien, à une clinique vétérinaire des environs de Francfort, Bodo Cohen est persuadé reconnaître, en l'un des hommes qui dirigent l'établissement, Kuhn surnommé le Boucher de Dachau.

Il en avise immédiatement Karl Heinz, son ami et propriétaire de trois boîtes de nuit. Après la guerre Bodo s'est refait une santé aux Etats-Unis, après un passage en Israël, tandis que Karl purgeait une peine de prison pour avoir tué l'un des tortionnaires du camp. Karl lui ayant demandé s'il voulait bien s'associer avec lui, Bodo est revenu en Allemagne.

Les journaux avaient annoncé la mort de Kuhn dans un accident, ainsi que la disparition de sa femme. Mais il semble bien qu'il s'agissait d'une mystification. Un tableau représentant un chien, accroché dans le bureau de la secrétaire, s'il ne porte pas la signature de Kuhn, constitue une preuve aux yeux de Bodo par sa facture.

Lors d'une nouvelle visite de Bodo à la clinique, il apprend que son chien est mort et a été incinéré. Fritz, le chauffeur de Karl, se présente à la clinique vétérinaire comme inspecteur des impôts. Kuhn qui se fait appeler Vogel est parti mais Klatt, l'un des employés, lui montre une lettre sur le dos de laquelle figure l'adresse de la fille du criminel de guerre à Berlin. Bodo se rend dans cette ville où il rencontre Helga, incarcérée pour un délit mineur. Célibataire elle est mère d'un bébé de huit mois qu'elle a eu avec un militaire américain. Un Noir.

Tout d'abord elle réfute le fait que Vogel soit son père puis peu à peu elle avoue. Karl et Bodo se présentent une nouvelle fois à la clinique où ils sont reçus par le professeur Harme, son épouse et leur neveu, qui ne sont autres que respectivement Frau Kuhn et Victor le fils. Ils suivent Victor en pleine nuit jusqu'à un cimetière juif. Bodo et Karl se séparent pour mieux l'attraper, mais Bodo est agressé par Victor. Péniblement Bodo regagne son appartement. Le lendemain les tombes sont recouvertes de graffitis. Lorsque Bodo se réveille Helga veille à son chevet. Il reçoit un appel téléphonique de Harme lui précisant qu'ils détiennent Karl.

 

Ce roman eut gagné en force s'il avait été plus concentré, élagué de certaines scènes qui semblent répétitives. Les souvenirs des exactions nazies hantent les esprits avant que l'Algérie et le Viêt-Nam prennent le relais. Mais ce n'est qu'une toile de fond. Les tortures et les persécutions ne sont qu'évoquées. La traîtrise de Karl à Dachau est contrebalancée par l'acte d'Helga, fille du Boucher, qui s'accouple avec un Noir américain, et en a un enfant.

Mais si le sujet est grave, le style lui dérape de temps en temps et on a l'impression de lire une parodie. L'humour y est sous-jacent, ce qui là aussi fait perdre de sa rigueur au roman. Peut-être ce que l'on nomme l'humour juif.

 

Curiosité :

Ce roman est narré à la première personne. Bizarrement Bodo parfois s'efface devant le Je, parlant de lui à la troisième personne.

 

Citation :

Avant Absalom, je n'avais pas été indispensable à un animal, et je savais que je ne le serais jamais.

 

Christopher DAVIS : Le déterré (The shamir of Dachau - 1966. Traduction de Gérard Dosithé). Série Noire N°1181. Parution février 1968. 256 pages.

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9 mars 2015 1 09 /03 /mars /2015 08:41
Jean DELION : Les espions ont soif.

Moi aussi !

Jean DELION : Les espions ont soif.

Retenu depuis deux mois par Poliakov, officier du KGB, Anton Quitch détient des documents, films et bandes magnétiques, qui prouvent que les gouvernements soviétiques et américains se seraient rencontrés et auraient conclu un accord secret.

Quitch, d'origine serbe mais travaillant pour le gouvernement français, résiste à la torture et à l'attrait de l'argent. Suite à un accord il est échangé contre un prisonnier russe en Suède et est sommé par son patron de retrouver les fameux documents. Seulement il est incapable de se rappeler où et comment il a été amené à s'en séparer. Ses seuls souvenirs se résument à une cuite mémorable à New-York alors qu'il transportait les objets convoités dans une mallette.

Il a été fait prisonnier à Cuba par Poliakov et entre-temps il aurait vagabondé de par le monde. En compagnie d'Olivia il retourne à New-York où se rattachent ses derniers lambeaux de conscience. En parcourant la ville il repère un bar dans lequel il aurait eu une altercation. Les habitués et la serveuse se montrent récalcitrants à son égard et il a la confirmation de son passage.

Un Albanais est à ses trousses, un espion qui aurait tué une jeune femme innocente, la croyant en collusion avec l'agent français. Une vague réminiscence entraine Olivia et Anton à Mexico puis Acapulco. A l'hôtel où ils résident ils sont contactés par Haig, agent de la CIA, et par Poliakov. Ils leur proposent un pactole pour ne pas retrouver les objets litigieux.

Seulement toute une pléiade d'espions représentant une dizaine de pays gravitent autour d'eux, attendant le moindre faux pas, la moindre révélation pour s'emparer des documents. Ils imaginent alors un plan destiné à se débarrasser des importuns. Ils organisent une expédition sur les flancs du Popocatépetl, entraînant à leur suite Chinois, Allemands, Egyptiens, Albanais et Israéliens. Lorsque Anton déterre une mallette sensée contenir les fameux documents, c'est la curée. Les indésirables s'entretuent et les principaux protagonistes de cette histoire sont provisoirement à l'abri. Seulement Anton n'a toujours pas rempli sa mission et de plus il se saoule consciencieusement en compagnie de Haig et Poliakov.

 

Dans cette histoire Jean Delion reprend le système déjà mis en place dans Pouce !, c'est à dire le piège dans lequel les espions entraînent leurs poursuivants à la queue-leu-leu les amenant à s'annihiler les uns après les autres.

Avec humour il nous livre une parodie de roman d'espionnage, l'alcool coulant à flot. Les protagonistes s'imbibent généreusement de vodka, de whisky, de téquila et autres productions locales sans oublier l'alcool à 90°, se montrant particulièrement résistants.

On assiste, et ce n'est pas si courant, à une collusion entre les gouvernements américains et soviétiques. Cette chasse au trésor complètement farfelue se montre guère crédible mais possède au moins un avantage : les heures passées à sa lecture font oublier les vicissitudes quotidiennes.

 

Curiosités :

Selon Jean Delion la téquila est un alcool blanc extrait de la canne à sucre. Selon les dictionnaires, cet alcool provient de l'agave, plante ressemblant fortement à l'aloès, d'où peut-être son goût piquant.

On peut retrouver Olivia, espionne française dans quatre romans signés Jean Laborde et publiés chez Plon entre 1964 et 1966 : Câline Olivia, Olivia à Gogo, Olivia et les quatre boss et enfin Le Froid qui venait de l'espionne, dans une collection qui accueillit les romans de Ian Fleming, de Giorgio Scerbanenco, de Nicholas Freeling et les premiers SAS de Gérard de Villiers.

 

Citation :

L'aquavit est un alcool de grain qui permet aux Suédois de progresser rapidement vers les premières places pour la consommation mondiale des liqueurs fortes. En degrés cela pèse facilement dans les cinquante. Il faut respecter un pays qui a choisi une boisson nationale d'une telle vigueur.

Jean DELION : Les espions ont soif. Série Noire N°1180. Parution février 1968. 256 pages.

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8 mars 2015 7 08 /03 /mars /2015 13:25

Et Marc vit l'art, Monika !

Marc VILLARD : Harmonicas et chiens fous.

La musique et l'écriture sont les deux mamelles auxquelles s'abreuve Marc Villard, pour le plus grand plaisir de ses lecteurs. Il pourrait être surnommé le Petit Mozart de la nouvelle, à moins que Chet Baker lui convienne mieux, car il joue dans le même registre, celui de la mélancolie, ou encore Roland Kirk, le phénomène qui pouvait jouer de plusieurs instruments à vent à la fois. Chaque texte est différent même si parfois il improvise sur un registre déjà abordé.

Ainsi La rivière argentée reprend le même thème que Rivière profonde traité dans Scènes de crime. Une scierie en forêt, une jeune fille, deux garçons, des jumeaux qui ne se ressemblent pas vraiment, et une attirance, un accident du travail, une promenade en barque, quelques éléments semblables et pourtant si divergents dans le traitement. L'art du nouvelliste de pouvoir changer en jouant avec des situations identiques.

Le dernier combat, c'est dur pour un boxeur mais il faut bien raccrocher un jour. Hakim le sait, Nina sa compagne aussi. Nina joue de la guitare et de sa voix rauque, éraillée à la Janis Joplin, elle assume tandis que leur fillette essaie de ne pas s'endormir tout en écoutant sa mère qui récoltera quelques euros à la fin de sa prestation. Mais le couple refuse toute concession, et quitte à gagner de l'argent, autant que ce soit honnêtement.

Chez Mama-San, Daniel joue de la guitare avec deux amis. Ils interprètent le registre de CSN &Y (Crosby, Stills, Nash & Young, groupe mythique des années 60/70)) mais ce n'est pas sa seule occupation. Il travaille de temps à autre pour un malfrat, et cette fois-là il doit retrouver un comptable indélicat. Mais entre Cécile, son amie de dix-huit ans, sa guitare, et l'attrait qu'il ressent en entendant quelqu'un d'autre jouer du Neil Young, cela fait beaucoup pour un seul homme et lui fait perdre de vue son but.

Des Harmonicas, Paul en possède toute une collection. Douze exactement. Et il a un gamin, qu'il voit de temps en temps. Sa femme est partie, et il a un droit de visite. Seulement de petits blancs en petits blancs, et autres boissons alcoolisées, la famille s'est délitée. Pourtant il l'aime son gamin, il partirait n'importe où avec lui pour le garder.

Dans Hallucinex, nom du groupe dans lequel joue et chante Alan. Sa femme Brigitte et sa fille le suivent, de concert en concert, mais cela ne peut durer. Brigitte en a marre, se bourre de médicaments, et un jour le drame éclate.

Le stade Jean Carillon, c'est le rendez-vous des gamins qui tapent dans la balle comme ils peuvent, selon leurs moyens et leur physique, sans se préoccuper de leurs origines. Sur les gradins se tient Freddy, un ado qui ne se sépare jamais de sa guitare. Un beau (?) jour Freddy n'est plus là, les garçons tapent toujours dans leur ballon, mais pour accéder au stade, il faut prendre des chemins détournés, comme Fabien et les rencontres ne sont pas toujours source de Plaisir.

Suivent Le voyageur immobile, Né dans le bayou, Jaurès Stalingrad et Beauduc, en tout dix histoires dont six inédites, les quatre autres ayant été publiées dans des recueils collectifs ou dans des quotidiens comme Le Courrier Picard, mais qui toutes tournent autour de la musique mais surtout dans le glauque.

Des personnages lambdas, des paumés de la vie, des rejetés de la société, des exclus du bonheur simple comme un coup de fil pour se pendre, des habitués du sordide, des individus en recherche d'un coin de ciel bleu, eux qui pour la plupart végètent ou transitent par la Picardie, la Belgique, la banlieue parisienne, et qui n'ont que la musique pour seul viatique.

Marc Villard s'étend sur ces êtres qui vivotent comme ils peuvent, qui auraient pu être mais ne le sont pas, à cause de la drogue ou de l'alcool, ou tout simplement par manque d'amour et d'affection, Marc Villard s'étend sans concession mais il ne peut les aider sinon décrire leur quotidien parfois misérabiliste.

Il vit avec eux, en eux, tente de les extirper de la fange par des mots, il nous les montre dans tout leur désarroi.

Marc Villard, c'est un peu l'Abbé Pierre de la nouvelle, il construit, il montre du doigt, il prend son stylo de pèlerin et embouche son harmonica afin que la foule le suive. Et s'il était peintre au lieu d'être écrivain, il tremperait son pinceau sur la palette de Brueghel l'Ancien ou le Jeune, de Jérôme Bosch, restituant la noirceur de leurs tableaux montrant les petites gens au quotidien et les scènes de la vie rurale.

 

Autres chroniques recueillies chez des amis blogueurs, n'hésitez-pas à leur rendre visite !

Roland-Kirk  par Heinrich Klaffs

Roland-Kirk  par Heinrich Klaffs

Marc VILLARD : Harmonicas et chiens fous. Collection Bande à part. Editions Cohen & Cohen. Parution 12 février 2015. 132 pages. 14,00€.

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8 mars 2015 7 08 /03 /mars /2015 09:53
Breni JAMES : La grande lessive

Si vous avez du linge à laver, profitez-en !

Breni JAMES : La grande lessive

Le sergent Gun Matson prévoyait des embêtements pour cette nuit de Noël, mais il ne pensait pas que cela irait au-delà de ses pressentiments.

D'abord Lockland, l'un des hommes affectés à la ronde de nuit, a été muté à la suite d'une affaire de corruption. Ensuite il doit rechercher Charlie Cox, autre membre de sa brigade, soupçonné de s'être enivré une fois de plus et le ramener chez lui pour le border dans son lit. Il repère la trace de Cox dans un bar dans lequel le policier s'est approvisionné en cognac.

Ce qui chiffonne Matson, c'est qu'un flic en civil est lui aussi à la recherche de Cox. Au cours de sa ronde, Matson surprend un demeuré, Olivier Hooker surnommé Pipeau à cause de l'instrument de musique qui ne le quitte jamais, dans une ruelle. Celui-ci a découvert Ketta Trout, la propriétaire d'une laverie automatique dont l'arrière donne sur la ruelle, morte dans un séchoir. Oliver déclare qu'il voulait simplement prévenir le mari, dentiste de son état, de l'inconfortable position dans laquelle se trouve sa femme.

Mais Trent est absent, parti réveillonner en famille, sans Ketta. Ketta traîne derrière elle une réputation de coureuse de pantalons. Matson entreprend d'interroger Fidelity Slade, une femme à l'affût du moindre ragot et qui s'occupe du standard téléphonique, entre autres des appels destinés au dentiste, ainsi que divers personnages susceptibles d'avoir vu quelque chose dont Baba Gorbv et son jeune frère Neal en proie à une frayeur inconnue, quelques amants recensés de Ketta habitant le quartier et Jamik propriétaire d'un magasin d'alcool jouxtant la laverie.

Matson découvre par hasard le corps de Cox, lui aussi assassiné, tenant dans sa main un morceau de bois sur lequel il a écrit la mention trouvé le... Oliver lâche au compte-gouttes des informations qui l'accablent plus qu'elles l'innocentent. Il possède même, lui qui est toujours fauché, des pièces de monnaie provenant du réticule de Ketta, jeté derrière une machine à laver.

Si Neal est en proie à un sentiment de peur, et est sur le point de s'enfuir, ses bagages l'attestent, le policier Lockland lui se montre nerveux et trop souvent dans les jambes de Matson.

 

Aimable et intéressant roman de procédure policière d'atmosphère, La grande lessive met en scène un policier enquêtant dans un quartier de la banlieue de San Francisco, Ingleside, dans la nuit du 24 au 25 décembre et qui respecte les unités d'action, de lieu et de temps. Son auteur, Bréni James fut respectivement pilote, météorologiste et institutrice en Français. Deux nouvelles historiques sont parues dans Mystère Magazine : Socrate détective (N°107) et Socrate et le crime (N°112).

 

Curiosité :

Le film éponyme de Jean-Pierre Mocky avec Bourvil, Roland Dubillard et Francis Blanche comme interprètes principaux et datant de 1968 n'a rien à voir avec ce roman sauf le titre.

 

Citation :

Elle remonta son corset sous sa vaste poitrine d'un geste agressif, comme un poids coq remontant la ceinture de sa culotte avant de marcher sur son adversaire.

 

Breni JAMES : La grande lessive (The Shake-up - 164. Traduction de André Bénat). Série Noire N°1160. Parution octobre 1967. 192 pages.

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7 mars 2015 6 07 /03 /mars /2015 10:34
Ray HOGAN : La mort sur un cheval noir

Dans les plaines du Far-West quand vient la nuit...

Ray HOGAN : La mort sur un cheval noir

Accusé d'un meurtre qu'il n'a pas commis, Jim Shay s'évade du tribunal où il est jugé.

Mais il est rapidement rattrapé et conduit en prison. Afin de le protéger des Vengeurs, espèce de milice locale, qui ne pensent qu'à le lyncher, le shérif Cole décide de le transférer au pénitencier de Santa-Fe sous bonne escorte. Pour cela il charge Gilman, son adjoint, de convoyer le prisonnier à cheval en empruntant un itinéraire détourné. Gilman est persuadé de la culpabilité de Jim mais il ne peut qu'exécuter les ordres reçus.

Au cours de leur périple ils tombent sur Lund et Sanford, deux repris de justice. Désireux de faire d'une pierre deux coups, Gilman s'apprête à les arrêter lorsque Sanford tire sur l'adjoint et le tue. Jim en profite pour s'échapper. Dans sa fuite il rencontre un jeune prospecteur blessé par les bandits. Le blessé demande à Jim de prévenir sa fiancée Stella et de lui avouer qu'il lui avait menti. Il s'était vanté de posséder un gros tas d'or mais ce n'est qu'un mensonge. Jim promet de retourner à Sacramento Springs tandis que Garrick meurt dans ses bras.

Bravant les dangers, Jim retourne au village malgré les risques qu'il encourt de se faire non seulement repérer et mais également pendre haut et court par les Vengeurs. Stella, qui n'est qu'une prostituée, croit que Jim s'est accaparé l'or de Garrick. Afin qu'elle n'alerte pas village, il l'attache et repart à la recherche d'un vieil homme susceptible de l'innocenter. Saül Croock, un fermier noir, le met sur la piste de Barndollar qui pourrait bien être l'homme pouvant le dédouaner.

Pour le rejoindre le plus rapidement possible, Jim entreprend la traversée du désert de Jordana, affrontant la chaleur et les tempêtes de sable. Une entreprise qui s'avère inutile, car il découvre le cadavre de Barndollar tué et dépouillé par les Apaches. Il traverse à nouveau le Jordana, ignorant que Stella accompagnée de Sanford et de Lund est à sa recherche. Il se réfugie dans la ferme des Slausson, le couple qu'il est présumé avoir trucidé. Lieu privilégié de rencontre puisque les deux bandits et leur égérie y font halte également.

 

Spécialiste du western, Ray Hogan a écrit un roman dont l'action est intemporelle. L'histoire pourrait très bien se dérouler de nos jours, en pleine ville, l'innocent à la recherche des véritables tueurs pour se dédouaner vis-à-vis de la loi n'étant pas l'apanage de la ruralité et d'une époque. Seulement cette histoire, qui se passe en 1870, prend sa dimension par les grands espaces américains, les traversées du désert Jordana et des dangers y afférents. Au péril de sa vie, Jim Shay doit affronter chaleur diurne, froidure nocturne, fatigue et pénurie d'eau, sans compter les éléments humains qui se révèlent tout autant redoutables. La cupide Stella refuse d'accepter le mensonge de Garrick malgré les faits probants de la non-existence d'un magot. La Justice ne se pose pas de questions. Ayant un possible coupable dans la main, elle ne s'inquiète pas de savoir si celui-ci est innocent ou non.

 

Citation :

Il y en a des choses qu'un homme doit apprendre, rien que sur la vie.

 

Ray HOGAN : La mort sur un cheval noir (Dead man on a black horse - 1966. Traduction Simone Hilling). Série Noire N°1146. Parution août 1967. 192 pages.

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