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3 avril 2015 5 03 /04 /avril /2015 08:13
Oliver BLEECK : Confidences mortelles.

La parole s'envole, les écrits restent...

Oliver BLEECK : Confidences mortelles.

Ex-journaliste reconverti comme médiateur entre voleurs et spoliés, Philip Saint-Ives doit procéder en pleine nuit à une transaction dans un Lavomatic. Lieu rêvé pour un blanchiment d'argent ?.

Au lieu du sac contenant les documents appartenant à Procane - un truand sur qui la police ne possède aucune charge - et qu'il est chargé de récupérer contre une rançon de 90 000$, il découvre le cadavre d'un petit truand, Bobby. Il est surpris par un jeune flic bientôt rejoint par deux inspecteurs, Deal et Oller. Il prévient aussitôt Greene, son avocat, qui grâce à ses relations le fait libérer.

Le voleur de documents - des cahiers écrits par Procane dans lesquels il narre ses antécédents et les plans des hold-up qu'il a en prévision - lui donne un nouveau rendez-vous. En attendant le jour fixé pour la livraison, Saint-Ives se renseigne sur Bobby et apprend qu'il avait acheté les carnets à un truand nommé Peskoe. Seulement lorsque Saint-Ives se présente à l'hôtel où vivait ce dernier, l'homme n'est plus qu'un cadavre gisant sur la chaussée.

Saint-Ives a la désagréable surprise de reconnaître parmi les badauds un couple travaillant pour Procane : Miles Wiedstein et Janet Whistler. D'après Janet, eux aussi étaient sur les traces de Peskoe et la fouille dans la chambre du mort n'a rien donné. Le réceptionniste se rappelle avoir vu deux hommes monter, c'est tout. L'échange s'effectue sans problèmes mais il manque quatre pages à l'un des cahiers : la description du vol à des trafiquants de drogue que Procane devait réaliser le lendemain.

Au cours de l'entretien il avoue à Saint-Ives avoir recours à un psychiatre et lui propose de devenir son mémorialiste. L'agent Frann, celui qui avait procédé à l'arrestation de Saint-Ives, occupe ses loisirs à le surveiller. C'est ainsi qu'il a aperçu le destinataire de l'échange. Saint-Ives prévient l'inspecteur Deal et demande à ce que Frann soit retiré pour un temps de la circulation. Frann est retrouvé mort dans sa voiture et Saint-Ives est obligé de donner le nom de son client à Deal et Oller qui rencontrent Procane.

Le hold-up projeté par Procane, auquel il assiste en compagnie de ses acolytes et de Saint-Ives, a lieu dans un cinéma en plein air de Virginie et se déroule pratiquement tel qu'il l'avait imaginé. Sauf que les voleurs ne pensaient pas que l'instigateur du plan allait être sur place à les surveiller et leur prendre le butin.

 

Ce roman dû à Oliver Bleek, alias Ross Thomas, oscille entre sérieux et humour. Une histoire originale guère crédible dans laquelle on se laisse prendre et à l'épilogue moral. Ross Thomas possède l'art de fignoler ses intrigues mais pour une fois il ne s'attaque pas aux magouilles politiques. Son personnage de médiateur entre spoliés et truands se révèle sympathique sans s'ériger en superman.

 

 

Curiosité:

Procane rêve d'une adaptation cinématographique de sa biographie, avançant les noms de Steve McQueen ou Brando, à la rigueur Lee Marvin pour tenir son rôle. Ce roman a été effectivement adapté à l'écran avec Charles Bronson et c'est John Houseman qui jouait le truand.

 

Oliver BLEECK : Confidences mortelles. ( The Procane chronicle - 1971. Traduit de l'américain par S. Hilling). Série Noire N°1518: Parution septembre 1972. 256 pages.

 

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2 avril 2015 4 02 /04 /avril /2015 14:27

Il y a le ciel, le soleil et la mer...

Olivier GAY : Trois fourmis en file indienne.

Toujours à la pointe du combat, John-Fitzgerald Dumont, Fitz pour les intimes, dont nous faisons partie puisque c'est sa quatrième aventure (ou mésaventure) qui est présentée ici et que nous partageons, Fitz ne refuse aucun sacrifice. Surtout lorsqu'il s'agit d'être présent dans le nouveau club parisien à la mode. Sa carrière de détective, il l'a enterrée, mais il continue dans la revente de drogue, à petite échelle, il n'a pas de grands besoins.

Ce soir là, il est en compagnie de son amie Deborah, tandis que Moussah officie à l'extérieur comme videur. Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes, d'autant qu'une belle blonde lui fait du gringue. Il a presque revendu sa provision de petits sachets, ce qui le rend euphorique malgré le prix des consommations. Il prend l'air, suivi comme son ombre par Hélène, la blonde aux cheveux longs qui ne la pas quitté de la soirée, et reçoit un message de son hacker préféré, Bob, qui l'a dépanné lors d'une précédente aventure et qui lui demande de lui renvoyer l'ascenseur. Bob, c'est tout ce qu'il sait de ce correspondant anonyme dont il ne connait pas le visage, juste un prénom, et qui s'entretient avec lui par ordinateur interposé et surveille même ses faits et gestes grâce à la petite fenêtre placée en haut de l'écran.

Hélène en profite pour le braquer avec son arme et lui annoncer froidement qu'elle est lieutenant de police aux Stups. Fitz est vraiment mal parti, mais heureusement des coups de feu se produisent non loin et Hélène est obligée d'aller à la rescousse de ses collègues. Fitz a eu chaud. Mais ses ennuis ne sont pas finis. Bob lui demande un petit service qu'il ne peut lui refuser. Se rendre sur une île paradisiaque avec la personne de son choix, le billet d'avion étant prévu pour deux personnes. Auparavant il doit enfourner dans sa petite tête toute une encyclopédie sur la peinture. Car il n'y connait rien, et sa présence est indispensable en tant qu'expert acheteur dans une vente aux enchères organisée par un richissime oligarque russe installé en France.

Il pensait inviter Déborah, mais c'est Jessica, son ex qui est également commissaire de police qui s'invite dans le bal. Un attentat dans le métro parisien s'est soldé par une dizaine de morts, et d'après les renseignements de la cellule antiterroriste, l'oligarque en question est soupçonné d'en être le responsable.

Jessica obtient la place qui était réservée à Déborah et nos deux anciens tourtereaux arrivent sur l'île, munis de vrais faux papiers, d'une invitation pour deux en bonne et due forme, et d'une culture picturale toute fraîche (la peinture n'a pas eu le temps de sécher et elle déborde un peu dans ses neurones) pour Fitz.

Fitz n'oublie pas que s'il a été choisi pour se rendre sur cette île paradisiaque, et de plus en compagnie de Jessica qui fait la gueule à cause de lui, de l'avion et plein d'autres motifs, c'est parce qu'il doit poser un keylogger (en français dans la texte) dans le bureau de l'oligarque. Pour l'instant ce petit bidule est en pièces détachées planquées dans sa valisette, et il a appris à le remonter comme un jeu de construction. Sera-ce la partie la plus facile de sa mission ?  

 

Quatrième roman d'Olivier Gay mettant en scène John-Fitzgerald Dumont, Trois fourmis en file indienne est peut-être le plus réussi. Si les deux premiers m'avaient auguré d'un bel avenir, le troisième quelque peu désemparé le héros ne se montrant pas à son avantage, ce dernier opus en date est particulièrement réjouissant.

Fitz, qui ne se plait que dans son quartier, le quitte rarement et se sent en terre étrangère lorsqu'il passe le périphérique, va se trouver embringué dans une histoire à la Crocodile Dundee sur une île qui n'a de paradisiaque que le qualificatif.

D'accord, la maison, le palais plutôt, est accueillant, la plage de sable blond aussi, le maître de maison affable et les autres invités, environ deux cents pas plus embêtants que d'autres, à part peut-être cette Cindy qui se présente comme escort-girl accompagnant un partenaire ombrageux.

Et les relations entre Fritz, qui doit mener sa mission à bien, et Jessica qui elle aussi à une tâche à accomplir, ne sont pas toujours représentatives du ciel bleu qui règne. Elles sont mêmes assez orageuses, mais le contexte va obliger Jessica à surmonter son caractère vindicatif, acrimonieux. Fitz lui est toujours secrètement amoureux de son ex.

Alors un rapprochement va toutefois s'effectuer, encouragé par les dangers. Les araignées et les serpents qui pullulent autour de la demeure, les éventuels requins vaquant à la recherche de leur repas quelque part au-delà de la plage, et surtout les hommes armés qui gardent la bâtisse n'offrent pas la sérénité requise pour passer un agréable séjour. Sueurs froides garanties.

Le final est bien mené et nous réserve son lot de surprises. Quant au titre de ce roman, il faut aller le chercher dans la devinette proposée par Cindy à la sagacité de notre héros et sa compagne.

 

 

 

Olivier GAY : Trois fourmis en file indienne. Grand Format. Editions Le Masque. Parution le 18 mars 2015. 270 pages. 16,00€

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2 avril 2015 4 02 /04 /avril /2015 12:20
Jean AMILA : Contest-flic.

Lorsque Jean Amila s'intéressait aux faits-divers en été !

Jean AMILA : Contest-flic.

 

Un couple de touristes allemands, les Hauselman, et leur petite fille ont été retrouvés assassinés près de leur campement à Denjuan, dans les Basses-Alpes. L'homme et la femme abattus à coups de feu et la fillette la tête éclatée par des coups de crosse.

Les policiers menés par le commissaire Domergue de Marseille retrouvent l'arme du crime, un fusil de guerre. Les corps ont été découverts par Armand Bellone, un cultivateur qui vit avec sa femme Sophie et ses parents dans une ferme proche du lieu du drame. Armand est le suspect idéal pour Domergue quant aux journalistes ou curieux qui réagissent selon leurs opinions politiques - les Bellone sont communistes - les avis sont partagés.

Edouard Magne, flic parisien surnommé Géronimo à cause de sa chevelure et de sa dégaine hippie, est convié par son chef Verdier à enquêter sur la présence d'une mystérieuse WV blanche immatriculée en Allemagne et qui aurait servi d'escorte au couple. Verdier, ami de Domergue, pressent une affaire plus emberlificotée, Hauselman étant un célèbre professeur de biochimie.

Géronimo, qui pour tout le monde est là par hasard et en vacances, assiste à la reconstitution, noyé dans la meute des journalistes. Il fait la connaissance de Hilda, envoyée spéciale d'un journal de Cologne, et en sa compagnie va entamer une enquête parallèle à Cagnes sur mer où il retrouve la trace des Hauselman chez des amis Allemands. Chris, le fils, possède des photos prises en Italie qui confirment que le savant était surveillé notamment par un certain Riko.

Géronimo à la recherche du Teuton est contacté par Santoni, truand local et seul rescapé d'une tuerie qui a décimé sa famille quelques années auparavant, qui le dirige vers un avocat, maître Caparacci lequel l'invite à se renseigner sur un certain Kern, directeur d'une agence immobilière. Une piste que Géronimo avait déjà flairé. Hauselman et Kern s'étaient rencontrés à plusieurs reprises.

Kern, sous-fifre de Gastaldi, P.D.G. d'une société de crédit, gros bonnet de la drogue, correspondant du S.D.E.C.E. et responsable du décès des frères Santoni, est assassiné dans son ascenseur sous les yeux de Géronimo et de Santoni par deux hommes à l'aide d'une projection de cyanure. Un meurtre qui porte la signature des Services Secrets. Deux hommes de main de Gastaldi se présentent chez Kern, preuve que le P.D.G. aux multiples casquettes n'est pour rien dans la disparition de l'agent immobilier, et Géronimo leur fait subir le même sort en les enfermant dans l'ascenseur.

 

En partant d'une affaire qui a défrayé la chronique au début des années cinquante, la fameuse affaire Dominici, Jean Amila a reconstitué une enquête qui peut sembler rocambolesque mais n'est pas si farfelue qu'il y parait. Evidemment la solution proposée sent le souffre, le scandale, et dénonce le laxisme des autorités policières préférant la solution facile et réclamée par une bonne partie de la populace à la vérité. D'autres appelleraient cette façon de procéder démagogie ou raison d'état. La manipulation n'est pas réservée à un régime politique et Jean Amila dénonce les Services Secrets en les affublant du nom de la compagnie des Foderch. Géronimo par conviction profonde s'habille en hippie et se conduit comme bon lui semble. Un anachronisme dans une société régentée par l'apparence et qui se traduit encore de nos jours par ce que certains appellent le délit de sale gueule.

 

Vous attendiez vous, mon petit O.P. à une scène de Shakespeare...: " T'en iras-tu, maudite tache ? " Le remords est une invention purement littéraire. Et par ici, on ne lit pas beaucoup.

 

Quelques titres de Jean Amila

 

Réédition Carré Noir N°567. Parution avril 1986. 192 pages. 3,80€ Disponible.

Jean AMILA : Contest-flic.

Jean AMILA : Contest-flic. Série Noire N°1501. Parution juillet 1972. 192 pages.

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1 avril 2015 3 01 /04 /avril /2015 13:17

Bon anniversaire à Pascal Basset-Chercot né le 1er avril 1956.

Pascal BASSET-CHERCOT : Un baiser de Malmédy. la dernière enquête du Boiteux.

Fin juin à Seilans. Albertin sort de prison, une liberté conditionnelle obtenue après quelques années d’incarcération. Un moment attendu et redouté par l’inspecteur Déveure, dont la cheville brisée se rappelle trop souvent à lui, laissant remonter à la surface de sa mémoire des moments pénibles.

Déveure et Granier, son adjoint, attendent la libération de celui qui a handicapé pour la vie le policier. Un dernier rendez-vous pour Déveure qui a décidé de donner sa démission et de quitter la police. Albertin est pris en charge par Luc de Boivillère qui le conduit chez sa tante, une châtelaine jamais mariée qui vit en dehors de la ville. Albertin est embauché comme jardinier et Déveure veut en savoir plus sur celle qui l’a recueilli.

Un manoir qui tombe en ruines mais recèle en ses flancs d’étranges reliques. Notamment une guillotine en bon état de fonctionnement que bon nombre de touristes viennent visiter, alléchés par le sensationnel. La reconversion d’Albertin tourne court quelques jours plus tard. Madame de Boivillère est retrouvée décapitée au pied de La Veuve.

Si tout accuse Albertin, Déveure est cependant persuadé que l’ex-détenu n’est pour rien dans cette tragique affaire. Et il ne s’agit pas plus d’une mauvaise manœuvre puisqu’il faut au moins deux ou trois personnes pour faire fonctionner la guillotine. Déveure, tout en pensant à sa prochaine retraite, enquête parmi les proches de Boivillère, des membres du Rotary, des notables de la ville, des adolescents d’un centre de réinsertion proche, un jeune guide archéologue et autres protagonistes, autochtones ou étrangers. Mais c’est par le truchement d’Internet que Déveure obtiendra la solution de cette dernière affaire qui se clôt dans l’horreur et le tragique.

 

Attendu depuis de nombreuses années par tous les aficionados des aventures de l’inspecteur Déveure, et sous titré La Dernière enquête du Boîteux, ce roman de Pascal Basset-Chercot se révèle peut-être le plus humain et le plus dramatique, le plus passionnant et le plus émouvant de cette série qui ne peut se terminer ainsi. Le lecteur se prend de sympathie et de compassion pour ce flic pas comme les autres, qui malgré ses déboires physiques et sentimentaux ne recherche pas systématiquement une vengeance envers ceux qui l’ont maltraités corporellement et sentimentalement.

Il veut simplement mener ses enquêtes à bon port, que les coupables soient appréhendés, avec ce goût d’amertume qui l’amène à démissionner tout en se demandant ce qu’il fera après. Une histoire forte mais on regrettera la sortie prématurée de Déveure, à moins que Pascal Basset-Chercot nous réserve d’agréables surprises, que l'on attend toujours.

 

Pascal BASSET-CHERCOT : Un baiser de Malmédy. la dernière enquête du Boiteux. Calmann-Lévy crime. Parution mai 2003. 248 pages.

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Published by Oncle Paul - dans La Malle aux souvenirs
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1 avril 2015 3 01 /04 /avril /2015 12:22
Anthony FERGUSON : Les embrouilles de Gulliver

Il voyage encore ?

Anthony FERGUSON : Les embrouilles de Gulliver

Possesseur d'un diplôme de physique et d'un doctorat de géomagnétisme, à moitié Russe par sa mère et trilingue (Anglais, Russe et Ukrainien) Gulliver a été embauché par le parti communiste britannique puis par le Comité des Russes Libres, et enfin par le S.I.S.

Malgré son statut d'agent double ou triple, et son amitié avec Vladimir, responsable du KGB sur le sol anglais, le patron du S.I.S. lui confie une mission particulièrement délicate.

Il doit aider Sokolnikov, le patron du KGB dont la disgrâce moscovite est flagrante, à franchir la frontière soviétique. Ayant annoncé à Therson, son contact, qu'il regagnera l'Angleterre par le Nord, il demande à Irina, une vague cousine d'origine russe comme lui et qui ne peut rien lui refuser, de lui préparer un itinéraire par la frontière turque.

Afin de pouvoir étudier en toute sécurité et en toute sérénité les dossiers, cogiter son plan et ne pas mettre ses amis du KGB au courant, Gulliver est consigné dans une ferme isolée.

Cassandre, sa geôlière, prend son rôle trop au sérieux au goût de Gulliver. Il parvient à négocier cependant de passer une journée à Brighton où il retrouve Louise, une accorte veuve, à qui il transmet un message. De retour à la ferme-prison, Gulliver est inspiré et imagine une bombe à infra-sons. Avec l'aide du CRL, quatre-vingt-dix de ces engins seraient disposés sur la Place Rouge le 7 novembre, jour de Commémoration de la Révolution. Ce dispositif devrait permettre d'annihiler pendant une dizaine de minutes environ l'attention du quart de million de spectateurs et policiers, et favoriser l'enlèvement de Sokolnikov.

Entre Gulliver et Cassandre, les relations sont moins tendues. Le garde-chiourme féminin cède au charme de l'espion. Gulliver en profite pour rencontrer Louise et Irina et leur faire parvenir des messages. Cassandre, qui elle non plus n'est pas à court d'idées, envisage de créer une diversion en volant les bijoux de la Couronne des Tsars. Gulliver s'attaque à ce nouveau problème et ses connaissances en physique lui permettent d'imaginer un double stratagème: s'emparer des diamants et cacher Solkonikov pendant un certain temps à l'intérieur du Mausolée de Lénine. Une incursion rapide au Canada leur est nécessaire afin de se procurer une partie du matériel adéquat.

 

Cette histoire d'agent double qui veut contenter tout le monde, mais surtout prouver une loyauté quelque peu controversée, est totalement rocambolesque et abracadabrante malgré une certaine rigueur dans la construction.

Les moyens techniques employés par Gulliver sont minutieusement et longuement décrits, mais seul un physicien pourrait nous en démontrer la fiabilité. L'épilogue toutefois se termine un peu en queue de poisson, tout étant axé sur les manigances de Gulliver, mais il reste une part d'ombre sur la fausseté des diamants.

 

Ne jamais dire aux gens plus qu'ils n'ont besoin d'en savoir. Et jamais, au grand jamais, tout dire. A partir du moment où on le sait, on n'a plus besoin de vous.

Curiosité :

La mention Espionnage ne figure plus dans un bandeau jaune en bas de couverture, mais en rouge, façon estampille.

 

Anthony FERGUSON : Les embrouilles de Gulliver (The big Snatch - 1971. Traduction de Madeleine Charvet). Série Noire N°1494. Parution juin 1972. 192 pages.

 

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31 mars 2015 2 31 /03 /mars /2015 12:25

Effet Haine...

Stanislas PETROSKY : Haine 13.

Lorsque l'on sort d'une maison d'arrêt des Hauts-de-Seine et que l'on veut rejoindre Caen, sans débourser un fifrelin, le meilleur moyen pour ce rendre dans la capitale bas-normande, c'est de faire du stop, et principalement sur une route nationale, voire départementale.

Pourtant le narrateur n'est pas chaud. Emprunter la RN 13, c'est bien, le seul petit problème réside justement en ce nombre 13, synonyme de malheur.

Pourtant il doit s'y rendre à Caen, et il sait quand et pourquoi. Il a un petit compte à régler avec une fille qu'il a connu et l'a déçu. Elle l'avait balancé aux policiers pour une histoire d'herbe, qu'il ne lui aurait pas échangé en contrepartie d'une petite coucherie. Mais si elle était belle et sculptée comme une déesse grecque, sa prestation au lit n'avait pas convaincu notre narrateur, qui en réprimande ne lui avait pas donné la botte de foin désirée. Du coup, elle l'avait dénoncée pour viol et il s'était retrouvé en cabane.

Tout ça c'est du passé, et route vers la dulcinée à qui il réserve un chien de sa chatte.

En cet été 1976, le soleil donne, et personne ne s'arrête, pas même un routier. Vraiment ils ne justifient pas leur qualificatif de sympa...

Enfin un bon père de famille, du moins c'est l'impression qu'il donne, lui propose de monter à bord. Seulement, y'a un truc. S'il devine que Quinquin, c'est un surnom donné au narrateur à cause de la couleur de ses cheveux, a passé de longs mois à l'ombre, il reste obscur sur sa vie professionnelle, familiale, publique et privée. Quinquin déblatère, d'autant mieux que l'autre lui refile le volant, histoire de se reposer. Et Quinquin se pose des questions.

 

Ancré dans un style qui a fait florès dans les années cinquante et soixante, avec quelques réminiscences de faits divers dont les plus anciens se souviennent encore, Haine 13 est une nouvelle qui dépasse la limitation de vitesse.

Le langage employé relève de l'argot de grand-papa, d'Audiard, de Simonin, d'Ange Bastiani, du compréhensible et de l'imagé. Mais c'est surtout à un autre auteur auquel j'ai pensé, décédé à la fin des années 70 dans un accident... de voiture. Il s'agit d'André Duquesne, alias Peter Randa.

Alors hommage ou coïncidence, peu me chaut, Stanislas Petrosky est un auteur que je découvre avec plaisir et dont j'aurai l'occasion de présenter non plus une nouvelle mais un docu-roman prochainement.

 

Stanislas PETROSKY : Haine 13. Nouvelle. Collection Noire Sœur. Editions Ska. Version numérique. 1,49€.

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31 mars 2015 2 31 /03 /mars /2015 10:52
Janine ORIANO : Au veuf hilare.

Vous en connaissez, vous ?

Janine ORIANO : Au veuf hilare.

Une rousse qui lui donne rendez-vous rue de la Brèche, une impasse mal famée, et il n'en faut pas plus pour que Macaire, ex-détective privé reconverti comme garçon de café chez son oncle tenancier restaurateur du Veuf hilare, sente l'aventure à plein nez.

D'autant qu'arrivé sur place, il découvre un cadavre et, cachés dans un trou du mur, un mouchoir teinté de sang et une lettre scellée. Il dépose les objets compromettants sur le comptoir. C'est alors qu'un inspecteur choisit de faire irruption dans le troquet, mis au courant par un appel téléphonique dénonçant un certain Emile lui-même mettant en cause Macaire.

S'il a eu la présence d'esprit d'escamoter la lettre et le mouchoir, l'oncle ne se souvient plus où les avoir rangés.

Un nommé Raoul de Dreux, marquis de son état, réclame la bafouille contre une somme d'argent. Grain de Cafard, un habitué de la tambouille du Veuf hilare, raconte que contrairement à ses principes, l'Emile s'est laissé emmené dans une grosse limousine. Claudia, la rousse par qui tous les ennuis sont arrivés, avoue que le mort était un ami de son père et qu'il devait lui remettre un document attestant sa filiation avec Hervé de Vitré, beau-frère de Raoul de Dreux.

Un chauffeur de maître lui aussi réclame la missive contre une avoinée maison.

Macaire s'invite dans une réunion huppée chez madame de Vitré et fait la connaissance de la fameuse belle-mère de Claudia et de son fils Charles, un demeuré sanguin. Accompagné de Grain de Cafard qui doit assurer ses arrières, Macaire s'introduit comme un voleur à la Renaudière, propriété des de Vitré - de Dreux. Il entend au grenier Emile chanter sous l'emprise de la boisson, et se réveille dans un enclos réservé au gibier. Pourchassé par des chiens de chasse, il ne doit son salut qu'à Maître Grandbois, notaire. Quant au pauvre contractuel il est retrouvé dans un square, nouvel abonné du boulevard des Allongés.

Emile, indemne et ayant retrouvé l'enveloppe dans un sac à pain obligeamment fourni par l'oncle qui lui refilait de vieux croûtons pour nourrir les pigeons et accessoirement se sustenter, remet le document à Claudia. Tout ce beau monde se retrouve au Veuf hilare, madame de Vitré et monsieur de Dreux en tête.

 

Janine Oriano, dont le prénom est dévoilé sur la couverture de ce roman, n'atteint pas l'humour qui imprégnait, du moins dans la première partie, son précédent roman, B. comme Baptiste. Il y a de bonnes choses dans cette intrigue qui malgré tout se révèle assez conventionnelle et qui aurait demandé à être mieux construite.

Les phrases sont hachées, le style vieillot, et le tout confine à un pastiche de la Série Noire début de catalogue, dont l'auteur n'aurait pas réussi à saisir toute la subtile quintessence.

 

Y'en a comme ça qui ne réussissent nul part, même pas chez les flics.

Curiosité :

Si le premier roman de J. Oriano était écrit à la première personne, celui-ci emploie le Il, classique et neutre. Les amateurs de bonne cuisine trouveront leur compte dans l'élaboration odorante de la recette du faisan aux cèpes.

 

Janine ORIANO : Au veuf hilare. Série Noire N° 1447. Parution novembre 1971. 192 pages.

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30 mars 2015 1 30 /03 /mars /2015 12:59

Elle est belle, elle est Cybione,
C'est une bien gentille personne...

AYERDHAL : Le cycle de Cybione.

Artiste ou artisan, un romancier est un peu des deux à la fois, il ne se contente pas de son travail une fois celui-ci achevé. Il n'est jamais satisfait et essaie de l'améliorer constamment. Aussi, lorsqu'un de ses romans est réédité, n'est-il pas rare de s'apercevoir que ce romancier l'a retravaillé, afin de lui fournir non seulement une seconde jeunesse mais de l'améliorer, ne serait-ce que par respect envers son lecteur.

 

Alors qu'il avait déjà publié une dizaine de romans dans la collection Anticipation du Fleuve Noir, Ayerdahl a reçu le conseil suivant de son directeur de collection : Il lui fallait appliquer La règle des trois S : Du sang, du sexe, de la sueur ! Il n'a pas cherché à comprendre (quoi que) ni à trouver des excuses ou tout simplement refuser, mais il s'est plié au désir exposé. Cybione a été pris dans la foulée, ce qui une façon de s'exprimer bien entendu.

 

Les éditions Au Diable Vauvert, avant d'éditer le nouveau roman d'Ayerdhal qui doit paraître le 13 mai et dont le titre est Kwak (espérons que ce n'en sera pas un !), viennent de procéder à la réédition des quatre premiers romans, revisités, de la série du Cycle de Cybione. Les deux premiers volumes Cybione et Polytan étant parus au Fleuve Noir dans la mythique collection Anticipation sous les numéros 1886 (Octobre 1992) et 1935 (Février 1994), les deux autres, Keelsom, Jahnaïc et L'œil du Spad ayant été édité chez J'ai Lu en 2001 et 2003.

 

Avant de vous présenter plus avant cet ouvrage, je me suis amusé à comparer Cybione version Fleuve Noir puis version Au Diable Vauvert. La version Fleuve Noir est écrite à l'imparfait, ce qui était déjà parfait. Ayerdahl a inscrit son intrigue au présent, ce qui est plus que parfait, car la lecture en devient plus proche de nous, plus ancrée dans une actualité que l'on pourrait connaître car depuis l'écriture et la parution de ce roman les progrès technologiques sont tels que certains objets nous sont presque familiers. Elle est plus vivante, plus intense également car il n'y a plus ce recul entre les actions et ce qui se déroule sous nos yeux. Le lecteur est en phase directe.

 

 

AYERDHAL : Le cycle de Cybione.

Cybione :

Comme à chaque mission Elyia est réveillée en sursaut par Saryll. Elle doit à nouveau jouer au pompier-vidangeur, c'est à dire que quelque chose cloche sur une planète qu'elle doit nettoyer. Une mission à laquelle elle ne se dérobe pas car d'avoir grandi sous la férule d'une oppression militaire, raciste, avilissante et meurtrière ne l'avait pas seulement dotée d'une allergie aiguë à l'injustice, mais aussi altéré son ego au point qu'il s'identifiait à toute victime de l'arbitraire.

Cette fois elle doit de rendre à Cheur, une planète ultralibérale. En haut, l'Etat, impuissant, qui se conduit comme une entreprise peu regardante : en dessous, des trusts surpuissants qui agissent comme des états totalitaires. Tous les grands corps d'état sont privés et capitalisé, depuis l'Education jusqu'à la Justice, en passant par le Fisc et l'Armée. Bien sûr, un gouvernement chapeaute les grands postes d'une administration officielle - comme cette Police d'Etat chargée de veiller à l'intégrité des entreprises policières - mais il a été jusqu'à vendre ses Relations Extérieures (politiques et commerciales) à deux firmes dont l'une est majoritairement extra planétaire.

Ender est un cabinet d'assurances dont la fonction est quelque peu spéciale et dont la principale fonction est d'assurer des états, leur compétence, leurs dérives éventuellement et autres fariboles, un peu comme les agences de notation se mêlent de noter des états, des entreprises, et leur donnant des bons points ou des blâmes. Elyia est l'une des employées dont Ender a recours au dernier moment, lorsque toutes les possibilités ont été explorées.

Deen Chad est un employé d'Invest, la deuxième agence policière de la planète, depuis six mois. Auparavant et pendant quatre ans, il a bourlingué comme flic, sur des enquêtes de délits mineurs. Pour la première fois il est confronté à une affaire sérieuse. Il doit découvrir qui a tué Axid, un de ses collègues, lequel enquêtait déjà sur le meurtre d'HherKron, un skamite qui n'a pas vécu sur Skam mais sur tous les mondes habitables de l'Agrégat d'Eben. C'était un multi-techno indépendant, dont la spécialité était la maintenance de machines-robots en milieu anaérobie.

Elyia et Deen Chad vont devoir unir leurs efforts, même si au début leurs relations sont pour le moins tendues. Ils se trouvent confrontés à des tueurs dont ils ignorent l'appartenance, et devront déjouer de nombreux pièges afin de préserver leur vie. Et ce ne sera pas chose facile.

 

Le parcours d'Elyia est à chaque fois interrompu, lorsqu'elle mène à bien sa mission car elle est programmée ainsi. C'est une cybione, c'est à dire CYbernetic BIologic clONE qui tel le phénix renait à chaque fois de ses cendres. Mi-humaine, mi-robot, elle est truffée de microcircuits, et si elle est blessée, elle se régénère plus ou moins rapidement selon la gravité de ses blessures.

 

Dans les épisodes suivants, elle sera confrontée à moult épisodes tous aussi dangereux les uns que les autres pour le bienfait de la civilisation.

AYERDHAL : Le cycle de Cybione.

Ainsi dans Polytan, elle est envoyée sur la planète Cinq-Tanat, afin de briser un mouvement révolutionnaire qui menace la planète de retomber dans une dictature antérieure dite le Polytan. Elle doit débarrasser ce groupuscule des chefs emblématiques qui dirigent ce mouvement, dont le Prophète, l'Organisateur, l'Informaticien, et une jeune fille dotée d'un pouvoirs parapsychologiques et coordinatrice du groupe.

 

AYERDHAL : Le cycle de Cybione.

Keelson, Jahnaïc : Jhanaïc est une planète tropicale qui pourrait être la sœur de la Jamaïque, tant pour son climat que pour ses distractions : la bière et la fumette en sont les passe-temps favoris. Une mission périlleuse puisqu'elle doit enquêter sur sa propre disparition, ou plutôt sur son clone qui a disparu lors de sa précédente incarnation. Et ce n'est pas la première fois que telle mésaventure se produit. Et découvrir qui a intérêt à ce que Ender, son employeur, n'offre pas comme aux autres planètes une garantie constitutionnelle. Pourtant Jhanaïc semble si paisible...

AYERDHAL : Le cycle de Cybione.

L'Œil du Spad : Echappant à Ender et aux assassins lancés à ses trousses, Elyia se réfugie à Jaïlur, ex capitale de l'Union en butte à un capitalisme sauvage et à ses conséquences, depuis que son système collectiviste a été passé à la moulinette. Plus dense que les épisodes précédents, L'Œil du Spad lorgne résolument vers les feuilletons populaires dans lesquels magouilles, conspirations, complots, mafieux et spadassins en tout genre faisaient florès. Mais on ne peut s'empêcher de penser qu'il s'agit également d'une parabole sur la chute de l'URSS et de ce qu'il advint.

 

Tout autant ouvrages d'anticipation et de science-fiction, policiers et thrillers, en un mot romans d'aventures plus ou moins politiques, cette tétralogie nous emmène dans un monde futur à une date indéterminée mais dont certains systèmes politiques et financiers ressemblent furieusement à ceux qui sévissent actuellement sur notre planète. Pourtant à l'époque de leur écriture, cela n'était si prononcé qu'aujourd'hui, et Ayerdhal a devancé, prévu, ce qui n'était alors qu'en gestation.

AYERDHAL : Le cycle de Cybione. Editions Au Diable Vauvert. Parution 12 mars 2015. 768 pages. 25,00€.

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30 mars 2015 1 30 /03 /mars /2015 09:46
Richard LOCKRIDGE : La mort du prêcheur

Faites ce que je vous dis, mais pas ce que je fais !

Richard LOCKRIDGE : La mort du prêcheur

Le célèbre pasteur évangéliste Jonathan Prentis a été retrouvé mort, assassiné d'un coup de pic à glace, dans une boîte de nuit.

Lui qui prêchait la vertu, dénonçait les méfaits de l'alcool et du tabac !

Cook et Shapiro de la Brigade Criminelle ne peuvent que constater que Prentis avait dérogé à ses pieux principes en buvant au moins quatre whiskies en compagnie d'une jeune femme blonde. A l'hôtel où la mission logeait temporairement, Higgs, l'adjoint de Prentis, ne peut en croire ses oreilles. Cependant il se retranche un peu trop derrière l'humilité, avouant aider Prentis dans la rédaction de ses sermons, de ses articles paraissant dans des magazines, laissant tout le mérite de l'inspiration à l'évangéliste, la Voix comme était surnommé Prentis.

La Voix a été découvert habillé en costume de ville, tenue pour le moins inhabituelle chez lui. La petite amie de Cook ayant eu l'occasion de fréquenter l'une des nombreuses choristes embauchées lors de la venue de Prentis pour mettre en valeur ses sermons, le policier se rend chez la chanteuse. Il trouve porte close. Pas étonnant celle-ci (la chanteuse, pas la porte !) a été assassinée, étouffée par un oreiller. Détail troublant, la jeune choriste, une belle blonde qui s'avère être celle vue en compagnie du prédicateur, repose sur son lit, sa robe soigneusement lissée sur ses jambes.

Cook et Shapiro se partagent les tâches. Ils interrogent les membres de la congrégation religieuse : madame Prentis, blonde, cadette de vingt ans du prêcheur, Farmington, responsable de l'embauche des choristes et ex-chanteur d'opéra, Higgs, l'adjoint-nègre en écriture, madame Matthews, l'intendante, et monsieur Pruitt qui n'est autre que le frère de madame Prentis et responsable de questions diverses. Les différentes déclarations recueillies par les policiers sont édifiantes.

Ainsi la veuve, enrhumée et ayant soi-disant avalé un somnifère le soir du meurtre, a pris l'avion pour se rendre de l'Arkansas, siège social de la confrérie, jusqu'à Saint-Louis, le dimanche 22 février, puis effectué une retraite dans une mission proche de New-York. Détail banal en apparence mais en contradiction avec les sentiments religieux de madame Prentis qui d'habitude ne fait rien le dimanche, pas même de voyages.

Autre détail qui décante cette enquête, madame Prentis n'avait plus fait l'amour avec son mari depuis qu'elle avait appris qu'elle était stérile. Le péché de chair n'ayant aucune raison d'être puisqu'elle ne pouvait procréer. Quant à l'évangéliste, il se rendait régulièrement en reconnaissance dans les villes dans lesquelles il devait prêcher, une semaine ou deux avant le gros de la troupe, afin de se tremper dans l'atmosphère délétère de la cité à purifier.

 

La mort du prêcheur nous invite à une incursion dans l'univers des évangélistes, un univers régit, quoi que l'on pense, par les biens matériels. Il faut bien vivre certes, mais certaines contributions forcées relèvent plus du pot de vin ou du chantage que de la donation. Ainsi Farrington, qui engage les choristes au taux de cinquante dollars par jour - c'est l'intendante qui règle les cachets - leur demande une participation de dix pour cent pour alimenter les caisses de l'Eglise de la Rédemption. Et chacun doit glisser, dans l'enveloppe sur laquelle le nom du donateur figure, cinq dollars et déposer son obole dans une urne. Prentis n'était peut-être pas au courant de ce prélèvement, ayant d'autres chats à fouetter.

Ce roman honnête pêche cependant par le style. Nos professeurs de français nous exhortaient à écrire des phrases courtes, de préférence à de longs développements. Ici nous avons droit à un style télégraphique, surtout dans les dialogues.

 

Personne n'a intérêt à aller raconter un mensonge qui peut être démasqué immédiatement.

 

Curiosité :

Richard Lockridge a principalement écrit en duo avec sa femme Leslie décédée en 1963.

 

Richard LOCKRIDGE : La mort du prêcheur (Freach no more - 1970. Traduction de Denise May) Série Noire N°1444. Parution octobre 1971. 256 pages.

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29 mars 2015 7 29 /03 /mars /2015 14:06

La question qui tue...

Olivier GAY : Mais je fais quoi du corps ?

Je ne dealais que trois soirs par semaine, sans courir après le profit. Tant que je parvenais à payer le loyer, quelques verres en soirée et le pressing de mes costumes, tout allait bien.

Fitz, de son vrai nom John-Fitzgerald Dumont, n'a pas pour ambition de devenir un trafiquant de drogue prospère entouré d'une bande de petits revendeurs, juste de quoi assumer le quotidien. Il a pour amis Deborah, professeur d'histoire dans une ZEP de banlieue, et Moussah, agent de sécurité et videur. Et aujourd'hui dimanche, il va déjeuner chez ses parents, une réunion hebdomadaire immuable, leur présenter Deborah comme sa petite amie afin de les rassurer sur sa sexualité et son envie d'enfin se poser. Ils croient, les malheureux, que Fitz est commercial dans une boîte de jeux vidéos, un paravent social.

La veille il s'est largement décrasser les papilles avec de nombreux mélanges alcoolisés et au petit matin il s'est réveillé dans un environnement inhabituel. Il n'est pas dans son lit. A côté de lui, une femme. Il y a pire comme réveil. Mais il ne se souvient pas de ce qu'il s'est passé. Alors, ils font à nouveau connaissance. Sa partenaire se prénomme Daniela et elle est avocate. Elle n'aime pas trop son prénom. Peut-être à cause de la chanson d'Elmer Foot Beat mais sûrement pas en référence à celle des Chaussettes Noires, ils sont trop jeunes. Une aventure sans lendemain comme souvent. Donc déjeuner chez les parents de Fitz (je reprends le fil de l'histoire) en compagnie de Déborah. Et les retrouvailles avec son frère Howard, que Fitz n'a pas vu depuis quelques mois, pour ne pas dire quelques années. Faut expliquer qu'entre les deux frangins, les valeurs sociales et professionnelles ne vont pas dans la même direction. Il est alors dérangé par une appel intempestif : Georges Venard, jeune député pas dépité mais ambitieux, ayant déjà quelques propositions de loi, controversées, à son actif, a besoin de soleil. En langage codé, il s'agit ni plus ni moins qu'il est en manque. Fitz en général n'effectue pas de livraisons le dimanche mais la promesse d'une récompense alléchante l'incite à déroger à ses principes.

Dans le hall de l'immeuble du député, il rencontre un homme qui descend les escaliers. Rien de particulier, sauf que l'inconnu a l'air surpris. Tout comme Fitz d'ailleurs qui s'étonne légèrement de l'attitude du personnage. Il se toisent puis chacun va de son côté. Seulement Venard ne daigne pas ouvrir lorsque Fitz sonne à sa porte. Dépité notre revendeur de drogue rentre chez lui, dort tout son saoul et le lendemain il apprend par les journaux que Venard a été retrouvé mort dans son appartement. Selon toutes vraisemblances il s'est suicidé. Fitz se renseigne sur Internet afin de mieux connaître les antécédents de son défunt client. C'est à ce moment que Bob, un hacker dont il a fait la connaissance lors d'une précédente aventure s'immisce via son écran interposé. Fitz dont les habitudes alimentaires sortent de l'ordinaire, il mange à pas d'heure, se rend dans une échoppe de restauration rapide. Bob le contacte sur son téléphone pour lui signaler que quelqu'un s'est introduit chez lui. Comme quoi, il vaut mieux laisser son ordinateur allumé, Bob a pu entendre une conversation entre l'intrus et un correspondant téléphonique. La dernière phrase se résume en ces quelques mots : Mais je fais quoi du corps ?

Fitz se rend compte que devant chez lui deux hommes l'attendent et ce n'est surement pas pour lui offrir des fleurs. Commence alors une course poursuite et il est obligé de requérir les services de Déborah et de Moussah ainsi que d'une autre connaissance rencontrée dans une précédente aventure qui l'aidera à établir le portrait robot de l'inconnu dans l'escalier de chez Venard. Fitz est traqué, et il ne peut compter que sur ces deux fidèles amis, peut-être éventuellement sur son ex, Jessica, commissaire de police, mais il traîne trop de casseroles derrière lui qu'il vaut mieux éviter de la contacter. Et il possède encore sur lui une somme d'argent conséquente ainsi que quelques sachets de drogue qui ne lui serviront pas de passeport s'il est arrêté par les policiers.

Traqué par des hyènes, le chaton se transforme peu à peu en tigre. Mais un tigre qu'une cohorte de tueurs poursuivent, comme s'il avait une balise accrochée autour du cou.

 

Fitz, c'est un peu comme un voisin de palier dont on a fait la connaissance entre deux portes. On se dit bonjour, bonsoir, on échange quelques mots, il s'épanche parfois sur des incidents qui lui sont arrivés. Mais ce voisin devient à la longue plus présent et on arrive à mieux le connaître, le définir, le situer dans l'échelle sociale. C'est quelqu'un portant beau sur lui, toujours propre, soigné, affable, un peu naïf, aux horaires décalés, et un beau jour, une nouvelle facette remplace la précédente, et l'on se demande si l'on doit continuer à le fréquenter ou non. On se pose la question de savoir si vraiment c'est une personne de bon aloi, s'il ne nous manipulerait pas, si cet homme propre sur lui ne cacherait pas une âme et un esprit diaboliques. Et lorsqu'il se confie entièrement, qu'il vous narre ses pérégrinations, on se demande si l'on doit s'apitoyer sur son sort ou se révulser. Il se dévoile sans manichéisme, sans fard. Mais en y réfléchissant bien on se demande si quelle serait notre réaction si on était confronté à ce genre de problèmes. Car un jour, qui sait, même si on n'est pas revendeur de drogue, on peut se trouver embarqué dans la même galère, et si on possède de bons amis, des vrais, peut-être qu'on n'irait pas trouver la police pour dénouer ce genre de problème.

C'est également une réflexion sur les méfaits des technologies nouvelles, téléphones portables dernière génération, réseaux sociaux et autres. Soyons honnêtes, parfois ils ont du bon, mais c'est l'addiction et la dépendance qui sont la plupart du temps néfastes. Personnellement j'ai été plus convaincu par Olivier Gay et l'histoire qu'il nous raconte avec une pointe d'humour et d'angoisse que par des auteurs qui furent de véritables truands, drogués et fourgueurs de drogue, casseurs et même tueurs, tels que Donald Goines dont quelques romans furent traduits en Série Noire.

 

 

Olivier GAY : Mais je fais quoi du corps ? (Première édition : Le Masque Grand Format. Parution le 3 janvier 2014). Réédition Le Masque Poche N°58. Parution le 18 mars 2015. 302 pages. 6,90€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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