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7 mai 2015 4 07 /05 /mai /2015 07:57
Tim SULLIVAN : La ballade des diamants perdus

Roi de la drague et de la rigolade
Rouleur flambeur ou gentil petit vieux
On vient te chanter la ballade
La ballade des diamants perdus...

Tim SULLIVAN : La ballade des diamants perdus

La 47ème Rue Ouest est le haut lieu des diamantaires juifs new-yorkais.

Alors que Sean O'Keefe, ex-policier reconverti comme journaliste TV, effectue un reportage dans ce quartier qu'il connait bien, la rue est envahie par un groupuscule armé. Il est pris en otage de même que son équipe et les habitants du quartier. Déguisés en Arabes, les terroristes, qui n'hésitent pas à tirer et abattre les récalcitrants, organisent une immense rafle de pierres précieuses.

Les policiers, le FBI et les Bérets Noirs sont sur le pied de guerre et tentent de prendre en étau les cambrioleurs haut de gamme qu'ils identifient bientôt comme des Noirs et des Irlandais. McBride, du FBI, rencontre le sénateur O'Leary qui pense qu'à la tête des terroristes se trouvent entre autres Michael Duggan et son propre fils Kévin. Duggan et ses hommes forcent l'un des coffres-forts puis, le partage effectué et la verroterie jetée en pâture à la foule qui suit les évènements, ils se dispersent selon un plan bien établi. Seuls deux hommes échappent aux policiers et aux hommes du FBI qui contrôlent la situation : Duggan et Stone, l'un de ses complices.

O'Keefe, déjà à la une des journaux à cause d'une photo prise par Miranda, une photographe de talent, démontre une fois de plus son courage. Enfermé avec les autres otages dans une cage, il parvient à éteindre la mèche de la dynamite qui devait le faire sauter lui et ses compagnons d'infortune. Epris de revanche, O'Keefe et McBride se lancent aux trousses de Duggan, aidés par un inspecteur de Scotland-Yard, Smythe-Houghton, qui n'est autre que la mère de Miranda.

Harriet Smythe-Houghton issue de la noblesse britannique, épouse d'un auteur de romans policiers, est une forte femme dans tous les sens du terme. O'Keefe est attiré par Miranda et réciproquement mais l'enquête prime. Chacun de leur côté le trio d'enquêteurs cherche une piste afin de localiser Duggan qui avec l'argent dérobé peut acheter des armes pour l'Ira. Des bribes d'informations recueillies par ci par là permettent de remonter la piste mais c'est le sergent Gallagher, ambitieux et observateur, qui apporte l'élément le plus intéressant.

Duggan a confié une partie de sa part de diamants à quelques vieilles dames dont Miss Osborne, une adepte du Loto, qui doit s'envoler la semaine suivante pour l'Irlande. Pendant ce temps Stone coule des jours tranquilles en compagnie de Lonnie, sa maîtresse, avant de partir pour le Brésil. Mais le petit ami de Lonnie le dénonce aux flics et il est arrêté. Duggan, déguisé en petit vieux, participe à une partie de Loto dans une église mais O'Keefe, McBride et Gallagher sont au rendez-vous pour le coincer, tandis qu'Harriet est grimée en Grand Mère Duggan.

 

Tim Sullivan met en scène des personnages étonnants, cupides ou naïfs, parfois caricaturaux comme celui d'Harriet Smythe-Houghton. Malheureusement il force un peu trop sur l'aspect négatif de l'action terroriste de l'Ira à travers le portrait de Duggan, et le passage dans lequel il met en scène des prostitués homosexuels manque de la plus totale élégance. Un roman dans lequel on assiste à deux moments forts, durs et violents : de l'entrée en scène des terroristes jusqu'à leur fuite au début du livre et l'épisode final, lorsque Duggan est démasqué et son arrestation.

Entre deux temps menés à un rythme rapide, un long passage, parfois humoristique, qui se rapproche de la procédure policière.

 

Les Américains sont assez provinciaux lorsqu'il s'agit de mettre des capitaux en sûreté pour les mauvais jours, sans doute parce qu'ils n'en ont pas connu autant que les Européens.

Curiosité:

Parmi les nombreux pseudonymes utilisés par Duggan figure celui de Sullivan.

On peut se demander si la traductrice n'est pas trompée en orthographiant dans le titre : ballade, qui veut dire chanson, au lieu de balade, promenade.

 

Tim SULLIVAN : La ballade des diamants perdus (Glitter street - 1979. Traduction Simone Hilling). Série Noire N°1798. Parution novembre 1980. 288 pages.

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6 mai 2015 3 06 /05 /mai /2015 13:50

L'été s'ra chaud, l'été s'ra chaud,

Dans les t-shirts dans les maillots...

Thomas DEGRE : 10 jours de canicule.

Depuis six mois, Jean Bonnet est stagiaire dans l'agence de détectives Duflère.

A trente et un ans, il a déjà été marié trois fois, divorcé deux fois et une fois veuf, père d'un gamin de cinq ans qui pour l'heure actuelle est chez sa grand-mère. C'est un instable sentimentalement et cela se ressent dans les missions qui lui sont confiées par Monsieur Charles, son patron. D'ailleurs en général, ce sont pour des enquêtes concernant des histoires de cocufiage qu'il doit prouver son talent.

Seulement, en cette fin de juillet 1975, une affaire plus sérieuse requiert ses services, monsieur Charles n'ayant personne d'autre sous la main. Jean Bonnet, qui préfère qu'on l'appelle Polo afin d'éviter des jeux de mots laids sur son patronyme, mais nous continuerons à le nommer ainsi, Jean Bonnet donc doit récupérer deux lettres compromettantes qu'un client aurait adressées à sa maîtresse dont il a eu un enfant.

Et c'est pour cela que nous retrouvons notre détective à la terrasse d'un café boulevard de la Madeleine afin d'étancher sa soif, c'est le début de la canicule, et tenter d'attirer l'attention de la gente dame en question. Or c'est Ann, oui elle s'appelle ainsi mais elle ne l'est pas, Ann, qui l'aborde. Elle lui propose de passer un bon moment chez elle pour cinq cents francs (nous sommes en 1975, je l'ai déjà dit, mais une petite piqûre de rappel ne nuit pas !). Ce n'était pas prévu au contrat, et Jean n'a pas l'argent sur lui. Rendez-vous est donc pris pour le lendemain au même endroit.

Il rend compte de son début de mission à monsieur Charles lequel l'informe que son client, monsieur Dubourg, mais c'est sûrement un pseudo, est marié et qu'il ne veut pas que ces lettres tombent entre les mains de sa femme. Il en va de sa quiétude mais également de sa situation, l'épouse étant nettement plus riche que le mari.

Le lendemain la jeune femme, un peu moins de la quarantaine, sublime, et dont Jean tombe tout de suite amoureux, se présente en retard au lieu dit. Ce n'est pas grave, le principal étant qu'elle soit là et que la proposition tienne toujours. Seulement au lieu de l'emmener chez elle, la partie de plaisir devra s'effectuer à l'hôtel. Jean Bonnet n'est pas né de la dernière pluie, qui d'ailleurs date, et il a connu les faveurs de très nombreuses femmes. Mais il n'a jamais couché avec une fleur de bitume, ce qui l'embarrasse. Embrasse-t-on une prostituée par exemple. Arrivé sur place, il affole et malgré ses efforts, il n'arrive pas à redresser... la situation. Paniqué, il se sauve tout en s'habillant à la hâte dans la rue. Et il rentre chez lui, se demandant quel stratagème utiliser pour informer son patron de l'échec de sa mission.

Le lendemain il est réveillé par le téléphone, qui sonne mais ne pleure pas. Ann lui pose la question cruciale : pourquoi s'est-il enfui si vite ? L'éponge est passée et elle l'enjoint de la retrouver chez elle. Jean se précipite sur l'occasion, c'est une figure de style, et va guilleret chez la belle, qu'il retrouve assommée dans un appartement dévasté.

 

Dans l'enfer de la canicule de l'été 1975, qui d'ailleurs s'est produite en 1976, nous faisons la connaissance d'un détective stagiaire, amateur de jolies femmes et surtout cinéphile passionné.

Jean Bonnet se montre un peu comme un épigone de Nestor Burma, dont les aventures rocambolesques sont un bain de fraîcheur dans l'univers violent des romans policiers actuels. Jean Bonnet c'est un peu Guy Marchand et Jean-Paul Belmondo, un brin gouailleur, désinvolte, bravant les dangers pour une belle, et ramassant des gnons à l'occasion. Parfois il est le dindon de la farce, mais sait retomber sur ses pieds. Et s'il lui arrive de mentir, ou d'écorner la vérité, c'est pour ne pas froisser, vexer, faire du mal inutilement à ses interlocuteurs, c'est à dire en particulier Ann et monsieur Charles. Et sans trop en dévoiler sur sa vie privée, disons qu'il n'a pas eu une enfance heureuse et que ses relations avec son géniteur se sont déroulées comme les montagnes russes partagées entre attrait et retrait. Aussi il reporte tout l'affection qu'il n'a pas obtenue sur son fils, Boris, et sur ses animaux de compagnie, chats, poissons rouges et autres bestioles. Un autre animal, en peluche lui, tient une grande place dans cette histoire, un gentil Teddy Bear. Un roman qui oscille entre humour et émotion, ce qui n'est pas incompatible.

 

Le lecteur pourra s'amuser à retrouver des titres de films réalisés par François Truffaut, Jean-Luc Godard ou en encore Maurice Pialat, la liste étant fournie en fin de volume afin de vérifier vos réponses. Mais d'autres œuvres cinématographiques sont disséminées de-ci de-là, sans compter celles qui sont nettement et en italiques citées.

Thomas DEGRE : 10 jours de canicule. Collection Dépendances. Editions Territoires Témoins. Parution 22 avril 2015. 156 pages. 15,00€.

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6 mai 2015 3 06 /05 /mai /2015 12:27
Domini WILES : Les pas beaux.

Et je dirais même mieux : hou qu'ils sont laids...

Domini WILES : Les pas beaux.

En cambriolant la bijouterie Lancing & Warwick, un samedi en fin de journée, Wilder, qui a recruté deux compagnons d'occasion, pense opérer en toute impunité ou presque.

Les deux joailliers sont aussi receleur et possèdent dans leur coffre des diamants bruts, une marchandise illégale et non assurée. La première partie du hold-up se passe comme prévue. La boutique ferme sur la dernière cliente de Lancing: Shirley, sa maîtresse. Wilder, muni d'une carte de police, Rey et Craven, ses comparses, s'introduisent dans la bijouterie et s'emparent des bijoux ainsi que du contenu du petit coffre.

Wilder n'avait pas prévu que le gros coffre, situé au sous-sol et contenant les pierres précieuses, s'ouvre avec deux clés. Lancing en possède une et Warwick, l'associé, détient la seconde. Or Warwick est parti en week-end. Les heures s'égrènent. Craven se montre particulièrement odieux envers les deux otages, tentant de violer Shirley. L'angoisse s'installe lorsque des policiers embarquent un clochard affalé sur le pas de porte. Wilder décide de déménager. La petite troupe rejoint sans difficultés la maison de Lancing. Ils réveillent la femme de celui-ci et attendent en s'occupant comme ils peuvent.

Craven boit, violente les deux otages, se montre particulièrement odieux, et se rebelle même contre ses compagnons. Wilder s'occupe de Shirley puis c'est Rey qui monte dans la chambre à coucher avec Catherine la femme de Lancing. Une épouse délaissée, pleine de ressentiment envers un mari dont elle ne compte plus les conquêtes. L'occasion lui est donnée de lui jouer un bon tour.

Après moult coups de téléphone, la fille de Warwick répond enfin et rendez-vous est donné à l'associé de Lancing. Un inconnu tourne autour de la maison. D'après Catherine, il s'agit d'un jardinier. Après avoir frappé à la porte et fait le tour de la maison, l'homme part. La tension monte entre les trois truands. Craven se montre de plus en plus ignoble, pervers, brutalisant les deux femmes, principalement Shirley dont il hérite enfin avec l'accord de Wilder et de Lancing. Lancing tente de composer avec Wilder tout en essayant de dresser les truands les uns contre les autres.

Wilder n'est pas dupe et Rey comprend qu'il n'est pas au courant de toute la machination. Lorsque Warwick arrive les quatre hommes se rendent à la bijouterie tandis que Rey garde les deux femmes. L'opération ouverture du coffre se passe bien. Wilder s'empare des diamants, d'une forte somme d'argent, d'un carnet sur lequel sont répertoriés les clients officieux et du revolver sur lequel comptait Lancing pour contrer les truands. Craven enferme Warwick et la clé dans le coffre. Wilder mécontent ne peut qu'accepter les excuses sarcastiques de Craven. De retour chez Lancing, Craven abuse une fois de plus de Shirley puis part, avec sa part de butin. Entre Rey et Wilder, la tension monte.

 

Entre Wilder, le truand propre et bien mis, entretenant le chaud et le froid avec ses complices, et Craven, un être frustre, sale, coléreux, psychopathe, les différences sont énormes. Pourtant l'association trouve un certain équilibre et Lancing ne peut qu'échafauder des portes de secours sans pouvoir les utiliser.

Un roman construit comme un huis-clos dans lequel les personnages révèlent leur véritable nature. Seule Shirley en est la véritable victime, innocente, abusée dans tous les sens du terme.

 

Les gestes nobles, ça n'était pas son genre, et pour lui les voleurs minables devaient s'attendre à des gages minables.

Curiosité:

Etourderie du traducteur ou américanisme involontaire: page 7 le coffre devrait contenir 250 mille dollars, tandis que page 32, il est question de 250 mille livres.

 

Domini WILES : Les pas beaux. ( The betrayer - 1979. Traduction de Anne Amberni). Série Noire N°1768. Parution mars 1980. 192 pages.

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5 mai 2015 2 05 /05 /mai /2015 09:38

Souvenirs, souvenirs...

De nos beaux jours de l'été

Lorsque nous partions cueillir...

Jean-Marie PALACH : Souvenirs envolés.

Ce ne pourrait être un fait-divers estival comme un autre, mais la défenestration de Catherine Miobari fait les grands titres. Célèbre actrice de cinéma, elle n'avait aucune raison de se suicider. Pourtant c'est bien cette thèse qui est retenue, en attendant les résultats du laboratoire de la police scientifique.

Chiara Mobiari, sa fille qui suit les traces cinématographiques de la mère, est persuadée qu'il s'agit d'un meurtre et trois jours plus tard, elle se rend à la Criminelle où elle est reçue par le commandant Langlade. Elle accumule les raisons de sa mère à rester vivante, et Langlade est presque convaincu. Du moins c'est ce qu'il annonce à Clémence Malvoisin, la commissaire divisionnaire et il se promet d'aller visiter l'appartement afin de vérifier si rien n'aurait été omis par les enquêteurs. Maurice, le planton, cinéphile averti et collectionneur de revues consacrées au 7e art, a du mal à se remettre de cette nouvelle.

Rentrant chez elle à Saint-Maur, dans la banlieue est de Paris, Clémence traverse le bois de Vincennes. S'il n'a pas la réputation malfamée du Bois de Boulogne, cet endroit possède aussi ses fleurs de bitume qui attendent le chaland, court vêtues, avant de les entraîner dans leurs camping-cars transformés en garçonnières. Elle aperçoit deux hommes qui poursuivent une de ces jeunes femmes et veulent la molester. Elle s'interpose et grâce à des renforts promptement arrivés sur place, les deux hommes sont arrêtés. Ce ne sont pas des clients mais des hommes de main chargés de surveiller leurs "protégées".

Violette, ainsi se prénomme la jeune fille, narre à Clémence pourquoi elle se prostitue, une appellation qu'elle réfute. Agée d'environ seize ou dix-sept ans, elle est une M'Piga, une jumelle en langue Obemba, un village du Gabon. Et si elle vend ses faveurs, c'est pour tenir un engagement de son grand-père resté au village. En contrepartie de ses prestations forestières, des subsides sont alloués aux villageois. Violette sera placée dans un foyer, afin d'échapper à ceux qui se font du fric avec son corps. C'est ce qu'a décidé Clémence qui entend bien s'attaquer à la racine du mal, le propriétaire d'un restaurant gabonais.

A peine arrivée chez elle, Clémence reçoit un appel de Langlade. Jean-Paul Pournier, un célèbre acteur, s'est jeté chez du cinquième étage. Ecrasé, le pauvre sur le bitume.

Ceci n'est plus une coïncidence d'autant que Clémence apprend par Maurice, l'amateur cinéphile, que quelques années auparavant un réalisateur, avec lequel Catherine Mobiari et Jean-Paul Pournier auraient dû tourner un film se déroulant en Afrique, et plus particulièrement au Gabon se serait suicidé en se jetant du Pont du Gard. Or pour des raisons indéfinies, ce projet aurait avorté.

Violette se rend chez Clémence, son séjour au foyer ne se déroulant pas dans une ambiance sereine, et elle est accueillie les bras ouverts. En remerciement elle offre à la commissaire une amulette, un gri-gri ancestral, qui, elle en est persuadée, devrait la tirer des pires situations. Et Clémence en connaîtra des moments difficiles car elle s'envole pour le Gabon, sous la couverture d'une journaliste, afin de savoir pourquoi le film n'est pu être réalisé et son voyage ne sera pas de tout repos.

Dans le même temps, elle reçoit un message d'une ancienne condisciple l'invitant à une réunion au cours de laquelle devraient se retrouver tous ceux qu'elle a côtoyé en première. Les souvenirs affluent, les visages aussi, et son cœur s'emballerait presque. Si celle qui lui a lancé l'invitation était une adolescente insignifiante, Clémence se souvient très bien de deux autres condisciples, les meilleurs de la classe, et son penchant amoureux pour l'un d'eux.

 

Léo Malet m'avait déclaré un jour, lors d'un festival de Reims auquel il participait, que sans coïncidences, il n'y aurait pas de romans policiers. Les coïncidences en sont la charpente. Et effectivement dans ce roman, les coïncidences sont nombreuses, mais pas forcément fortuites. Mais elles sont expliquées en partie à la fin.

Avec une maîtrise d'horloger, Jean-Marie Palach construit son intrigue sans failles, en y apportant la touche d'exotisme qui lorgne vers le roman d'aventures. Le voyage au Gabon, les péripéties et les pérégrinations de Clémence qui l'amènent jusqu'au village de Violette, à rencontrer Solange, sa M'Piga, en compagnie d'un guide occasionnel, un commissaire qui dirige une école de formation policière et qui comprend le dialecte local, pourraient très bien s'inscrire comme le petit plus qui captive le lecteur. Mais l'auteur n'oublie pas de lorgner sur la géopolitique et les relations entre la France et le Gabon, et surtout cette transmission de pouvoir népotique. La diplomatie et l'immunité dont disposent justement les diplomates, ainsi que leurs employés, sont mises en avant. Et heureusement Clémence possède une hiérarchie qui sait prendre ses responsabilités.

Jean-Marie Palach met en avant également ce respect dû aux anciens, à la parole donnée, ce qui peut entraîner parfois des situations embarrassantes, délicates, voire dangereuses.

Jean-Marie PALACH : Souvenirs envolés. Editions Pavillon Noir. Parution le 10 octobre 2014. 232 pages. 14,00€.

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5 mai 2015 2 05 /05 /mai /2015 08:13

C'est la java bleue, la java la plus belle...

Arthur V. DEUTSCH : La java du poulet

L'amitié entre Starett et Babby Borsalino n'était pas feinte. Ils se considéraient comme deux frères, et Starett alla même jusqu'au meurtre d'un boutiquier qui avait permis l'arrestation de Babby auteur d'un hold-up raté envers le commerçant.

Si après avoir effectué son service militaire en Corée Starett entre dans la police, si pendant ce temps Babby Borsalino émarge de plus en plus à la Mafia dans une famille dirigée par son oncle Nappi, ce sont toujours de bons copains. Seules leurs occupations les éloignent l'un de l'autre.

L'assassinat de Babby Borsalino par des concurrents de Détroit oblige moralement Starett à mener une double vie. Ses résultats en tant que policier sont brillants et lui valent de rapides promotions ainsi qu'à son partenaire Vigdor, qui ne connaît que superficiellement les méthodes employées par Starett. Ainsi un audacieux cambrioleur sévit dans les beaux quartiers new-yorkais. Mais son forfait ne se limite pas au vol. Il viole également les femmes présentes sur les lieux de ses crimes, les forçant à des actes contre nature.

Vigdor et Starett acquièrent peu de temps après la certitude qu'un flic du nom d'Esko pourrait être de mèche avec le malfrat. Ils le suivent, repèrent son complice, et tandis que Vigdor planque en bas de l'immeuble, Starett attend sur le toit que le cambrioleur ait fini son opération puis il le balance du haut des trente sept étages. Une manière expéditive qui leur vaut une nouvelle promotion.

Parallèlement Starett occupe son temps en tant que tueur pour la Mafia. Il a éliminé les deux hommes qui ont occis son ami grâce aux renseignements fournis par Nappi. Depuis, lorsque Nappi, ou l'Organisation, ont besoin de se débarrasser d'une personne, un couple qui cocufie l'un des pontifes de la Mafia ou un chef qui à la suite d'une maladie devient sénile et dangereux pour la sécurité des truands, il prétexte un empêchement familial et remplit son contrat, aussi bien en Floride qu'en Californie. Si Vigdor a des soupçons sur les agissements de son collègue, il n'en dit rien.

 

Le premier chapitre débute sur la petite fête donnée en l'honneur de Starett et de son départ, une forme de prologue qui permet à Deutsch d'écrire la biographie de ce flic aux agissements pour le moins contestable.

Ce n'est pas un flic pourri dans l'acception du terme, n'étant pas à la solde de truands pour fermer les yeux sur leurs petits trafics au sein des enquêtes qui lui sont confiées. C'est l'homme en lui-même qui est déplaisant.

Sa façon de résoudre les missions, sa collusion avec l'un des pontifes de la Mafia, même s'il obéit au code de l'amitié, sa jouissance physique lorsqu'il tue ses victimes en font un psychopathe. Un personnage malsain qui n'engendre pas la sympathie contrairement à d'autres truands issus de la littérature policière. Ses problèmes familiaux, sa désaffection envers sa femme n'expliquant pas tout.

 

La carrière d'un boxeur se mesure à la somme de souffrances et de coups qu'il peut infliger aux autres; de même un excellent flic n'était pas honoré à cause de ceux qui lui avaient échappé.

Curiosité :

L'orthographe du nom de l'auteur semble erronée, sur la couverture et aux divers endroit où il apparait. En réalité il faut l'écrire Deutsch.

Arthur V. DEUTSCH : La java du poulet (Starett - 1978. Traduction de F.M. Watkins. Série Noire N°1758. Parution janvier 1980. 256 pages.

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4 mai 2015 1 04 /05 /mai /2015 09:33

La Haine de la Hyène ou La mort sûre de la Hyène...

Gilles VINCENT : Hyenae.

Il a beau nier, Bertaux est fait comme un rat. La commissaire Aïcha Sadia et ses hommes, dont Théo Mathias le légiste qui la suit partout, effectuent une descente, enfin une montée puisqu'il habite au sixième étage, dès potron-minet chez lui et le réveillent sans douceur. Ils lui font visionner sur un ordinateur une vidéo montrant un homme cagoulé s'acharnant sur une gamine à coups de batte de base-ball.

La gamine n'est pas une inconnue. Il s'agit de Camille Carlotti, disparue le 7 septembre 2003, soit quatre ans auparavant, quasiment jour pour jour. Alors Bertaux se retranche derrière une histoire de série de cambriolages qu'il aurait perpétré dans la même rue peu de temps auparavant, qu'il aurait récupéré puis vendu le DVD à un homme, dont il donne une vague description, par l'intermédiaire d'un ami. Un individu en possession de cet objet a été arrêté à Roissy, alors qu'il s'apprêtait à embarquer.

Seulement, afin d'échapper aux poursuites, Bertaux préfère passer par la fenêtre des toilettes, et la réception dans la cour n'étant pas amortie, il ne reste plus aux policiers qu'un cadavre sur les bras. Ce qui ne fait pas leurs affaires, les habitants du quartier Nord, et notamment les jeunes à capuches commençant à gronder contre des bavures policières. Heureusement le capitaine Draux, un gars du Nord fraîchement muté, arrive à la rescousse rapidement.

Au même moment, à Maussanes-les-Alpilles, à quelques quatre-vingts kilomètres de Marseille, Sébastien Touraine se réveille avec toujours ce goût amer de bile dans la bouche. Un grand café noir accompagné d'une cigarette puis il sort, laissant son regard s'échapper au delà des collines et ses poumons expectorer ses glaires. Comme tous les jours il a mal dormi, passant des nuits blanches à ressasser une affaire vieille de quatre ans. Il était détective privé, il s'est recyclé comme bouquiniste en livres anciens. Une profession fort honorable.

Quatre ans auparavant, alors qu'il vivait une histoire d'amour avec Aïcha Sadia, il avait été amené à enquêter sur la disparition de la jeune Camille. Il s'était rendu dans le Nord, afin d'enquêter également sur une autre disparition de gamine. En rentrant en voiture, il avait appris la mort de sa fille Hélène, issue d'un premier mariage, dans un accident de voiture. Et en rentrant chez lui il avait eu la désagréable surprise de trouver sur le palier un jerrican d'essence.

En réalité il y avait eu trois disparitions de gamines à la même époque. Et en ce jour où Aïcha Sadia et ses hommes arraisonnent Bertaux, les parents de Julie, qui habitent à Orchies dans le Nord, reçoivent un courrier ne comportant que quelques mots : 100 000 euros contre une preuve de vie. Ils n'ont pas oublié leur fille depuis quatre ans dont ils n'avaient reçu aucune nouvelle depuis. Une disparition n'est pas un deuil.

Aïcha Sadia décide d'appeler Sébastien Touraine. Elle a besoin de lui, de le revoir, de parler, d'enquêter ensemble sur ces affaires douloureuses qui d'un seul coup ressurgissent sans crier gare. Camille est probablement morte, mais les autres ? Et ils possèdent aujourd'hui un indice, maigre il est vrai, mais ils ne doivent rien négliger et tenter de sauver les deux autres gamines avant qu'il soit trop tard.

Sébastien Touraine se rend vite compte qu'à travers ces disparitions, c'est lui qui est en cause. Il est la proie d'un terrible chasseur surnommé la Hyène à cause des empreintes qu'il laisse sur les cadavres. La Hyène qui ne le lâchera pas des dents jusqu'à ce qu'elle assouvisse une vengeance. Seulement qu'a pu faire Sébastien Touraine quatre ans auparavant , ou plus, pour engendre une telle haine, une telle violence ?

 

Lorsque j'avais lu J'étais Dora Suarez de Robin Cook, auteur que j'ai rencontré à diverses reprises, je m'étais demandé dans quel état psychique un auteur pouvait, à la fin de l'écriture d'un tel roman âpre, violent, avec tortures à l'appui, se retrouver et redevenir un homme calme, affable, joyeux même parfois. Avec Hyenae, je me suis posé la même question et j'espère que Gilles Vincent n'en ressent pas les affres. Apparemment non, puisque par la suite il a écrit des ouvrages moins durs, un peu, tout en étant aussi réalistes.

Torture, violence parsèment cet ouvrage dont des gamines ne sont pas les seules victimes. Une enquête qui dure une semaine à la recherche d'un personnage implacable, qui se joue de la police, qui la nargue, et dont Sébastien Touraine est la principale proie. Pas physiquement mais dans sa chair, celle de père, et dans son mental. Car non seulement il pense à Hélène, probablement victime d'un accident provoqué, mais à son autre fille, née d'un second mariage qui pourrait elle aussi devenir la cible de la Hyène.

La tension monte progressivement, entretenue par des événements qui se catapultent et le final atteint un paroxysme insoutenable. Dans la description des faits mais également dans l'esprit du lecteur qui se demande avec angoisse comment tout cela va finir.

Un roman âpre, dur, rude, comme il nous en est proposé de nombreux en ce moment, loin des romans dans lesquels des enquêtrices bon chic bon genre résolvent des problèmes tout en dégustant des scones accompagnés d'une tasse de thé. C'est la vie et la mort qui frappent le lecteur en pleine mâchoire, le laissant groggy. Le coin de ciel bleu dans cette grisaille romanesque impitoyable, ce sont les retrouvailles de Touraine et Sadia, et ça, ce n'est pas négligeable. Un peu de fraîcheur dans un monde de brutes.

Ce roman est la version réécrite et complétée par l'auteur d'un ouvrage paru en mai 2009 sous le titre de Sad Sunday aux éditions Timée. Il s'agit du premier opus mettant en scène Aïcha Sadia et Sébastien Touraine dont nous pouvons suivre les aventures dans Parjures puis dans Beso de la muerte.

Hyenae a été chroniqué par de nombreux blogueurs dont Pierre F. sur Black Novel1

Gilles VINCENT : Hyenae. Collection Polar Jigal. Editions Jigal. Parution 15 février 2015. 216 pages. 18,50€.

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4 mai 2015 1 04 /05 /mai /2015 08:02
Shepard RIFKIN : Crépuscule de sang.

Indien vaut mieux que deux tu l'auras...

Shepard RIFKIN : Crépuscule de sang.

C'est sur un cambriolage et un meurtre peu ordinaire que doit enquêter Damian McQuaid, inspecteur de police à New-York.

Cinq objets précieux d'origine indienne et un exemplaire rarissime de la Déclaration d'Indépendance des Etats-Unis ont été dérobés au couple Sorensen, et le gardien noir est mort, une lance indienne fichée près du cœur. Sorensen est l'un des hommes les plus riches du pays quant à sa femme elle est d'origine plus que modeste, née de l'union d'une Mexicaine avec un Apache.

McQuaid se rend tour à tour chez le bouquiniste qui a vendu à Sorensen la Déclaration, au Muséum d'histoire naturelle, puis dans une galerie d'art qui expose les toiles d'un peintre comanche. Il tente de comprendre qui a pu voler les objets et pourquoi. Une hypothèse émise par l'artiste indien, confirmée par une anthropologue du Muséum, amène McQuaid à s'intéresser au Pouvoir Rouge et à envisager à continuer son enquête au Nouveau Mexique dans la réserve Navajo.

Muni d'une lettre d'introduction de Madame Sorensen, McQuaid se rend à Gallup, et les premiers contacts qu'il a aussi bien avec le représentant local des forces de l'ordre qu'avec les Indiens sont tendus. Le président de la Nation Navajo, et non pas de la réserve qui est un terme injurieux, lui facilite ses déplacements en lui proposant un chauffeur de sexe féminin. L'association avec cette jeune fille comme guide tourne court notamment à cause du shérif et d'un ex petit ami jaloux.

McQuaid reçoit l'aide inattendue d'un spécialiste en archéologie indienne, puis celle d'un journaliste méfiant et soumis à pression. Il reconnait dans une boutique d'antiquité de Santa-Fe l'un des objets volés mais le propriétaire du magasin ne peut en donner la provenance. Bientôt va être célébrée le Shalako, grand festival d'hiver des Zunis, et dans la rue des Indiens procèdent à des répétitions. L'attitude de l'un des danseurs, Pete tue-deux-fois, d'origine Comanche et créateur du N.A.U. (Nationaux Américains, Unissez-vous) éveille l'intérêt de McQuaid.

Malgré les mises en garde, McQuaid ne se méfie pas et un chauffard le propulse dans un ravin alors qu'il regagne en voiture Gallup. Des marques de peinture sur les phares de son véhicule lui font comprendre qu'il a été victime d'un attentat. Le monde est petit et il retrouve sur sa route les responsables du Muséum ainsi que Madame Sorensen.

 

McQuaid met beaucoup plus de temps que le lecteur à comprendre l'importance du vol des reliques indiennes. Il est vrai que Tony Hillerman est passé entre temps et ses romans ont levé un voile sur la psychologie d'ethnies spoliées. Nous sommes bien loin des westerns dans lesquels les Blancs étaient confrontés à une horde de sauvages même si Shépard Rifkin ne peut s'empêcher d'utiliser des poncifs. Bizarrement ses personnages se mettent facilement en colère, sont soupe au lait, la moindre réflexion étant jugée déplacée. Dans ces conditions il est parfois difficile d'entendre la voix de la raison.

Quant aux personnages féminins, ce sont de véritables provocatrices sexuelles. Un peu l'anti thèse du harcèlement sexuel trop souvent reproché à des mâles subjugués par des appâts mammaires ou fessiers.

Les Indiens parlent seulement quand ils ont quelque chose à dire. Ils ne sont pas comme les Blancs, qui occupent leurs heures vides à jacasser.

 

Curiosité :

Annoncé du même auteur: Deux doigts de blonde sous le numéro 132 alors qu'il s'agit du numéro 1324.

Shepard RIFKIN : Crépuscule de sang. (The snow rattlers - 1977. Traduction de M. Charvet). Série Noire N°1752. Parution novembre 1979. 288 pages.

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3 mai 2015 7 03 /05 /mai /2015 13:46

Hommage à Barbara Vine, plus connue sous le nom de Ruth Rendell, décédée le 2 mai 2015.

Barbara VINE : Ravissements.

Depuis qu’il l’a empêché de se suicider, Sandor est devenu le mentor de Joé, handicapé mental léger, auquel il raconte parfois de belles histoires plus ou moins vraies : ainsi celle de la princesse kidnappée à Rome.

Peu à peu, Joé apprend que cette princesse a déjà été enlevée cinq ans auparavant et que Sandor en était le geôlier avec deux acolytes italiens. Et il ne voit aucun inconvénient à s’associer à ce nouveau forfait. Il est donc chargé par Sandor d’effectuer des repérages. Mais, un jour Paul Carnet, le gardien de la propriété, le surprend en flagrant délit d’espionnage. Ce cerbère ayant coupé les ponts avec son passé, est le garde du corps de Nina. Apsoland, son mari, directeur d’une firme spécialisée dans la sécurité, a multiplié les systèmes de protection de la maison. Colombo et Maria complètent le personnel domestique.

Paul se pose de nombreuses questions sur Nina, dont il tombe bientôt amoureux. Joé, de son côté, pense sans cesse à sa sœur adoptive, Tilly, dont il est sans nouvelles depuis des années. Par une petite annonce, il retrouve sa trace et l’invite à les rejoindre. Si Sandor n’apprécie guère cette intrusion, il n’en laisse rien paraître.

Mais bientôt, Tilly prend un ascendant certain sur les deux hommes. Joé soupçonne alors Sandor de lui cacher une partie de la vérité sur ses antécédents et ses motivations. Lors d’une visite à Diana, sa mère, il apprend que Sandor a passé quatre ans en prison. Or, il est continuellement fauché ; qu’est devenue, dans ce cas, sa part de la rançon ? Sandor avoue alors l’avoir redonnée à sa belle captive.

Sous la houlette de Tilly, Jessica est prise en otage, afin de faire pression sur son père, Paul Carnet, à qui ils proposent un échange : Jessica contre Nina. Le malheureux est partagé entre son sentiment paternel et l’amour qu’il porte à Nina, devenue sa maîtresse. Mise au courant, Nina l’encourage à se plier aux exigences des ravisseurs. Carnet, trop heureux de retrouver sa fille saine est sauve, quitte la région en attendant que Nina le rejoigne. Sandor, amoureux de Nina, n’avait imaginé cet enlèvement que pour mieux retrouver sa princesse, mais celle-ci, qui avait éprouvé un certain penchant pour son geôlier, lui déclare que cette attirance s’est effacée avec le temps.

 

Ce roman de Barbara Vine, pseudonyme derrière lequel se cache Ruth Rendell, démarre lentement, puis, après quelque temps morts, s’emballe pour se clore sur un final éblouissant, mené à un rythme d’enfer.

La trame est une duplication d’événements dans le temps, mais dont la réalisation et l’achèvement diffèrent. Ainsi la tentative de suicide de Joé et celle réussie de Sandor se déroulent dans les mêmes conditions.

De même, le double enlèvement de Nina, la princesse, par les mêmes personnages. La première fois, Sandor et les deux Italiens étaient complices. Pour le second, ils échafaudent leur combinaison séparément. Quant à Joé, le narrateur, pris entre victime et ravisseurs, il est perturbé par l’amitié qu’il porte à Sandor. Cette confusion de sentiments fait osciller en lui la peur et l’attrait de l’homosexualité. Il connaîtra sa première relation sexuelle avec Tilly, sa sœur d’adoption.

Jusqu’au titre, ce roman, qui jongle avec la dualité, le double sens des mots, baigne dans une atmosphère trouble et dérangeante. Barbara Vine est bien le « double » de Ruth Rendell.

 

Barbara VINE : Ravissements. (Gallowglass - 1990. Traduction Sabine Porte). Hors collection. Calmann-Lévy. Parution 1991. Autres éditions : Le Livre de Poche Policiers n°9727 (1993).

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3 mai 2015 7 03 /05 /mai /2015 13:19

Hommage à Ruth Rendell, décédée le 2 mai 2015.

Ruth RENDELL : La demoiselle d’honneur

Depuis la disparition de son père, Philip vit entouré de sa mère Christine et de ses deux sœurs, Fee et Cheryl. Il a la phobie de la violence sous toutes ses formes. Ainsi la disparition de Rebecca Neaves, largement relatée par les médias, l’indispose. Sa mère, elle, songe à refaire sa vie avec Gérard Arnham et lui offre une statue de jardin, souvenir de son voyage de noces, qui représente la déesse Flore.

Au mariage de sa sœur Fee, Philip est fasciné par Senta, la cousine de son beau-frère. Elle devient sa maîtresse et commence alors pour lui une période merveilleuse. Mais Senta ne se contente pas de paroles d’amour ; il lui faut une preuve qui va à l’encontre de l’aversion du jeune homme : un échange de meurtres !

Pendant ce temps, la liaison de Christine avec Gérard est rompue. Et Philip est sidéré lorsqu’il aperçoit de la fenêtre de l’une de ses clientes, la statue de Flore dans un jardin. Il s’en empare. Entre Senta et lui, c’est la rupture. Il ne peut se résoudre à tuer un être humain, même par amour. Mais, au bout de quelques jours, il est en manque et renoue avec elle en lui jurant de passer à l’acte. Il décide de s’attribuer l’assassinat d’un clochard dont le corps a été découvert dans la banlieue londonienne. Folle de joie, Senta lui avoue être elle aussi passée à l’acte : elle a tué Gérard Arnham ! Philip pense qu’elle fabule ; ce que confirme sa rencontre avec l’ancien ami de sa mère qui aimerait bien la revoir.

Selon les journaux, un homme répondant au nom de Myerson aurait été assassiné à l’endroit indiqué par Senta et Philip est persuadé de la mythomanie de son amie jusqu’au jour où il comprend que, prenant Myerson pour Arnham, elle l’a effectivement assassiné. Plus grave, elle avoue avoir tué également, quelques mois auparavant, un certain Martin Hunt ! Un meurtre perpétré sous l’emprise de la jalousie. Les relations entre les amants se dégradent, mais Senta s’accroche désespérément.

Philip a d’autres soucis en tête. Sa sœur Cheryl, à cause du jeu, est arrêtée pour vol. Arnham rend visite à Christine. Par provocation, Philip replace la statue de Flore dans le jardin.

 

Autour d’une histoire d’amour qui se révèle tragique, Ruth Rendell construit un roman psychologique cruel dont tous les protagonistes agissent sous l’emprise d’une phobie, d’une schizophrénie, d’une névrose quelconque. Le personnage de Senta est fascinant. Prompte à travestir la réalité, elle est également en proie à l’agoraphobie. Vivant souvent cloîtrée dans sa petite pièce au sous-sol, elle possède une existence intérieure intense. Sa faculté à édulcorer la vérité est entretenue par son métier puisqu’elle est actrice à la recherche d’un rôle. Elle désire que le couple qu’elle forme avec Philip soit la réincarnation de Arès et Aphrodite, déclarant : Nous devons prouver que nous sommes prêts, l’un pour l’autre, à transcender les lois humaines ordinaires. Et je dirais même : à les réduire à néant, à montrer que, tout simplement, elles ne valent pas pour nous

Si les personnages masculins, en particulier Philip, sont un peu falots, les femmes, elles, sont montées en épingle, sous un angle qui n’est pas à leur avantage. Un roman bourré de métaphores, écrit par une femme qui ne se montre pas l’apologiste de la femme mais la dévoile sous diverses facettes qu’un homme aurait parfois du mal à imaginer.

 

Ruth RENDELL : La demoiselle d’honneur

Ruth RENDELL : La demoiselle d’honneur (The bridesmaid - 1989. Traduction de Pierre-Guillaume Lebon). Hors collection. Calmann-Lévy. Parution 1991. Autres éditions : Le Livre de Poche Policiers n°4315 (1992)

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3 mai 2015 7 03 /05 /mai /2015 10:09

Qui ne sont pas forcément des simples d'esprit...

Tony KENRICK : Heureux les condamnés !

Apprenant par son médecin qu'il n'a plus que quelques semaines à vivre, Harry Mercer, publicitaire, se transforme du jour au lendemain d'agneau bêlant en lion rugissant.

Il accepte de rencontrer Grace, une jeune femme atteinte du même mal incurable que lui et ils se donnent rendez-vous dans un restaurant. A la fin de la soirée, alors qu'ils regagnent l'appartement de la jeune femme, ils mettent en fuite deux malfrats qui tabassent un professeur de musique, propriétaire d'une boulangerie. Ramsey refuse de vendre sa boutique à Kolynos, un malfrat milliardaire racketteur bien connu des services de police, car il veut réaliser un projet qui lui tient à cœur: transformer son magasin en salle de concert dans laquelle les pauvres du quartier pourraient écouter de la musique classique sans pratiquement rien débourser.

Regan, un officier de police ami de Mercer, les éconduit en leur expliquant que sans preuves véritables, la loi ne peut rien contre ce genre d'intimidation. Les deux condamnés par la médecine décident en chœur de contrer Kolynos par leurs propres moyens. Sachant qu'il se trouve en possession de billets de 1000 $ provenant d'un hold-up, Harry et Grace imaginent un moyen pour l'obliger à les produire devant un policier et signer ainsi son forfait.

Kolynos, d'origine grecque, s'est élevé à la force du poignet, mais il exige toujours ce qu'il y a de mieux: le meilleur secrétaire, le meilleur chauffeur, la plus belle femme, etc... et les embauche sous la contrainte. Harry et Grace contactent Osborne, le secrétaire qui souffre de cet enrôlement forcé. Il accepte de trahir son patron en simulant un faux kidnapping. Le cuisinier français est ainsi enlevé et pour pallier cette défection Osborne propose à Kolynos de le remplacer par le numéro 2 dans la liste des meilleurs. En réalité c'est le plus mauvais des cuistots qui est engagé.

Kolynos refusant de payer la rançon, le chauffeur, le maître d'hôtel et la call-girl sont eux aussi pris en otages, à leur plus grand plaisir. La réception donnée par Kolynos à un malfrat du racket tourne à la catastrophe et il accepte à contrecœur de payer la rançon. Harry prévient Regan que la transaction aura lieu dans son bureau.

 

En prenant pour postulat un sujet grave Tony Kenrick le traite avec légèreté et humour, enchaînant les gags et les situations les plus dingues, tout en gardant en réserve les moments sensibles.

Ce qui donne, comme Michel Lebrun l'écrit si bien dans l'Année du Crime 1980, un livre en porte à faux. Aux moments de franche rigolade succèdent des passages émouvants. Ainsi lorsque Harry et Grace se rendent compte qu'ils sont tombés amoureux l'un de l'autre et qu'ils ne pourront pas avoir d'enfants.

Les avatars subits par Kolynos à cause de ses nouveaux employés relèvent de l'anthologie humoristique, même si certaines situations sont démesurées. Quant à l'épilogue, lui aussi est en porte à faux et l'on peut ressentir une certaine frustration.

 

Je cesse de fumer, c'est décidé. Je l'ai déjà fait plusieurs fois et je le ferai encore.

Curiosité :

La cuisine française est à l'honneur. Le chef cuisinier est Français et son remplaçant américain, qui accumule les erreurs à cause de sa myopie, ne jure que par Escoffier.

 

Tony KENRICK : Heureux les condamnés ! (Two lucky people - 1978. Traduction de Jane Fillion). Série Noire N°1744. Parution septembre 1979. 256 pages. 4,90€, disponible sur le site de la Série Noire.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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