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1 mai 2015 5 01 /05 /mai /2015 09:20

Le noir lui allait si bien, pourtant Hervé Jaouen troque de temps en temps la couleur fétiche, avec le rouge, de sa carrière de romancier pour celle plus verte de l'Irlande, qui est devenue comme une seconde patrie.

Hervé JAOUEN : Carnets irlandais.

Sa carrière de littérateur a débuté avec La Mariée rouge, roman réédité avec en complément six nouvelles, ce mois-ci chez Bibliomnibus. Cet ouvrage fut le déclencheur d'une carrière littéraire multiforme, Hervé Jaouen abordant quasiment tous les genres, du noir le plus noir, au rose érotique, en passant par la science-fiction et les albums jeunesse.

Mais là où il prend une dimension de témoin, ce sont ses chroniques irlandaises qui au début ne devaient se résoudre qu'en trois volumes, puis qu'il a enrichi, profondément attaché à cette île qu'il a prise comme décor pour quelques romans dont Connemara Queen ou Le Cahier noir.

 

Ses deux premiers ouvrages sur l'Irlande, Journal d'Irlande qui porte sur une période s'étalant de 1977 à 1983 édité en 1985 aux éditions Calligram, puis Chroniques irlandaises qui va de 1990 jusqu'en 1995, publié en 1995 aux éditions Ouest-France. Deux ouvrages qui ont compté dans sa carrière. Hervé Jaouen s'en explique :

Ma femme et moi adorons l'Irlande - la dernière terre habitable d'Europe, comme le dit si bien Michel Déon - et on serait bien allés y habiter si ça n'avait pas posé un tas de problèmes : le boulot de ma femme, la scolarité des gosses, mes parents âgés, etc. On a trouvé un moyen terme : on y va le plus souvent possible. Ce qui m'a amené à écrire des notes de voyage, Journal d’Irlande, Chroniques irlandaises et La cocaïne des tourbières. Je dois dire que cette trilogie a fait autant pour ma notoriété que mes polars, en donnant de moi une autre image, ce que je voulais, d'ailleurs. Quant à être traduit en anglais, c'est presque impossible. Le monde anglophone a une telle production qu'il n'a guère besoin de nous, auteurs continentaux. Ça a toujours été ainsi, malgré les efforts développés par les éditeurs français ou les institutions françaises à l'étranger. Connemara Queen a été traduit en anglais, par une étudiante anglaise dans le cadre d'une maîtrise de traductologie. J'ai fait lire la traduction à un agent anglais et à un agent américain. Ils l'ont trouvée bonne, voire excellente, côté américain. Malgré cela, ils n'ont pas pu la placer. Pourquoi ? Parce que, m'a dit l'agent américain en question, la plupart des éditeurs n'achètent pas un livre mais un auteur. Auteur qui doit être présent, dont on doit pouvoir vendre l'image. Heureusement que nous n'en sommes pas encore là, en France.

Hervé JAOUEN : Carnets irlandais.

La cocaïne des tourbières, dont je précise qu’il s’agit d’une titre à double sens, puisqu’il peut aussi bien signifier que l’Irlande est une drogue et que les gaz qui se dégagent des tourbières produisent des effets similaires à cet alcaloïde, est un agréable patchwork de souvenirs, d’impressions, de petits faits divers, sur la pêche bien entendu mais également sur le mode de vie des Irlandais.

Lors d'un entretien, j'avais posé les question suivantes, en rafale, à Hervé Jaouen qui a bien voulu se prêter au jeu.

Te promènes-tu toujours avec un petit carnet pour noter au fur et à mesure ces chroniques, même si après coup elles ne se semblent pas intéressantes à retranscrire ? Les touristes français ne se montrent guère à leur avantage. Un problème de civisme ? En France bon nombre de nos concitoyens reprochent aux touristes britanniques de ne pas s’adapter ne serait-ce qu’à notre langue et de ne pas faire d’efforts. Le ressens-tu comme tel et fais-tu des comparaisons entre l’attitude des Français à l’étranger et des étrangers (touristes) en France ?

Peu après L’Adieu aux îles j’ai écrit la première mouture de Journal d’Irlande. Toujours avec dans l’idée de brouiller les pistes, de m’éloigner du polar, pour mieux y revenir un peu plus tard avec Coup de chaleur, Histoires d’ombres, Hôpital souterrain, entre autres. Certains lecteurs ont été déconcertés, mais la plupart ont compris très vite que je tenais à ma liberté d’inspiration, que je ne me cantonnerais pas dans un genre. Michel Lebrun, dans sa préface à Toutes les couleurs du noir, a merveilleusement exprimé cela en me qualifiant de " Monsieur Plus… écrivain doué de diversité… grand pervers qui se complaît à défier l’analyse, refuser les étiquettes, affiner sans cesse un talent original…romancier ou missile à têtes multiples… " Rien n’aurait pu me faire plus plaisir, surtout venant de Michel Lebrun. Quand j’ai lu ça, j’ai su que c’en était fini pour moi du débat, intérieur ou extérieur, entre littérature blanche/noire (tiens, à propos, le blanc et le noir sous les deux couleurs du drapeau breton !), polar/pas polar, continuons d’écrire, point.

La cocaïne des tourbières est le troisième et le dernier volume de ma trilogie irlandaise. D’ailleurs, pour que je ne sois pas tenté de continuer, les trois bouquins viennent de paraître en poche. Et sous coffret. (Précision: en 2002 chez Ouest France). Une façon bien "physique" de montrer qu’ils forment un tout définitif. Ils sont bouclés à l’intérieur de ce coffret. L’année dernière, pour la première fois, en Irlande je n’avais pas un carnet dans la poche. Oui, pendant quelque vingt ans, j’ai pris des notes. Mais peu. Je l’explique dans un avant-propos, aux Chroniques je crois. Je n’ai noté, pour écrire ces trois livres, que des choses dont il me serait difficile de me souvenir exactement – par exemple des jeux de mots et des histoires drôles, des métaphores ou des images qu’on est incapable de retrouver après. Il se trouve que ma mémoire ne m’a jamais fait défaut, au moment de rédiger. Au contraire, l’Irlande exerce une telle influence sur moi que quelques mots notés ont toujours suffi à me remettre en mémoire toute une scène, d’une ou de plusieurs pages. Je crois qu’il y a un mot en psychologie, pour traduire ce phénomène, mais il ne me revient pas, à la minute présente. Mystérieux, en tout cas.

Tu me trouves un peu méchant avec les touristes français ? C’est vrai qu’en Irlande je les fuis, comme d’autres me fuient, sans doute. Les amoureux de l’Irlande ne veulent pas partager. C’est vrai aussi que certains Français, pas les amoureux, se comportent très mal, en Irlande ou ailleurs. La réciproque est-elle vrai ? Franchement je n’en sais rien. Je ne fréquente guère les touristes étrangers en Bretagne. Je les fuis, aussi, en partant… en Irlande une partie de l’été, ou bien en faisant du bateau pendant les week-ends. Tout ce que je peux dire c’est que nous avons des amis allemands, que nous voyons tous les ans, parce qu’ils louent une maison pas loin de chez nous. Des gens absolument charmants, qui font un réel effort pour s’adapter. En une dizaine de séjours ils ont appris le français.

 

Hervé JAOUEN : Carnets irlandais.

Malgré ses promesses et souhait d'arrêter d'évoquer l'Irlande, Hervé Jaouen a repris la plume, ne pouvant s'empêcher d'évoquer ses séjours en la Verte Erin. Ce qui a donné Suite irlandaise en 2008 édité aux Presses de la Cité.

A la sortie de ce quatrième opus j'écrivais ceci :

Les chroniques d’Hervé Jaouen sur ses vacances en Irlande se dégustent comme l’on grappille des baies sauvages sur les arbrisseaux des talus, comme les mûres accrochées aux ronces, comme les “ blosses ”, ou prunelles sauvages, âpres mais tentantes car leur ramage buccal n’est pas en rapport avec leur plumage visuel. L’auteur nous entraîne en compagnie d’Oscar Wilde et W.B. Yeats ou encore Ken Bruen, sur les chemins d’une terre bénie des dieux et surtout des pêcheurs à la ligne. Avec en surimpression la musique de Bono. Depuis ses premières incursions dans le Connemara, le Donegal ou le Mayo, les paysages ont bien changés. Des villes se sont étendues, des maisons ont poussé dans les landes désertiques, le tourisme fait grimper les prix. Heureusement, Hervé Jaouen et sa femme se sont fait des relations durables et ils retrouvent tous les ans depuis des décennies les propriétaires des “ Beds and Breakfests ” accueillants où ils sont reçus en amis. Les anecdotes s’enchaînent les unes aux autres, empruntant parfois des chemins de traverse, comme dans une conversation.

Hervé Jaouen est un passionné de l’Irlande, de ses paysages, des relations qu’il peut entretenir avec les autochtones, des parties de pêche en solitaire ou avec des amis, mais c’est un amoureux lucide. Comme partout ailleurs, l’Irlande mute, se modernise physiquement, les mentalités évoluant et même les Irlandais eux-mêmes ne s’y retrouvent pas toujours. Heureusement des lieux de calme et de sérénité subsistent pour le plus grand bonheur des vrais touristes, de ceux qui ne s’imposent pas vacanciers colonisateurs. Breton de naissance Hervé Jaouen est Irlandais dans l’âme, d’ailleurs il existe de nombreux points communs entre ces deux contrées. Alors je ne demande qu’une chose, que notre raconteur d’histoire rallie souvent la verte Erin et nous ramène des souvenirs savoureux comme dans cet ouvrage.

 

Hervé Jaouen écrit avec ses yeux et avec son cœur et nous fait partager agréablement ses souvenirs, ses impressions de voyages. Alors suivez le guide, Hervé Jaouen connait fort bien son sujet.

 

Pour retrouver l'entretien complet avec Hervé Jaouen, je vous incite à vous rendre sur les liens ci-dessous :

Hervé JAOUEN : Carnets irlandais. Editions Ouest-France. Parution 24 avril 2015. 936 pages. 28,00€. Comprend Journal d'Irlande, Chroniques irlandaises, La Cocaïne des tourbières et Suite irlandaise.

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1 mai 2015 5 01 /05 /mai /2015 08:04
Nicholas GAGE : Du vent dans les toiles.

Des tableaux en Gage ?...

Nicholas GAGE : Du vent dans les toiles.

Ayant bien connu leur père, et peut-être responsable de sa mort, Scoraci accepte de prêter caution auprès de son patron à deux jeunes truands, Angelo et Vinnie Zampetta.

Ils sont chargés de négocier la revente de deux tableaux volés quelques années auparavant.

Agent du FBI nommé d'office à New-York après une faute de service, Martin Visco, dont la vie matrimoniale n'est pas au beau fixe, est contacté par son indic, Takis, lequel est en prison pour une histoire de drogue. En échange de sa caution Takis confie qu'un nommé Schlitten serait à la recherche d'un acheteur de tableaux de maître que deux gars essayent de refiler. Martin sent le gros coup et vérifie sur les listes les vols de tableaux déclarés depuis cinq six ans. D'après leur signalement ces œuvres seraient dues à Rubens et à Terboch.

Son ami et collègue Jerry Brancato, promu pour la circonstance le représentant d'un gros client potentiel, rencontre Schlitten puis les frères Zampetta. Sûr de son affaire Martin réquisitionne quelques personnages auxquels il est lié ou qui lui doivent un service. Ainsi Stuart Abrams se voit confier le rôle d'acheteur éventuel et en compagnie de Jerry rencontre Vinnie et Angelo. Ils étudient ensemble les modalités de la transaction. Ils ne remettront les tableaux qu'une fois l'argent en poche.

Hunt, l'agent spécial dont dépendent Martin et Jerry ne veut pas prélever le pognon sur la caisse du FBI et ils sont obligés de contacter une banque qui leur avance l'argent. Cutler, professeur d'art est chargé d'authentifier les toiles. Les spécialistes lui branchent un micro portable puis une souricière est organisée dans l'hôtel où doit s'effectuer l'échange. Seulement à leur sortie d'hôtel Vinnie et Cutler s'évaporent et le micro de Cutler est débranché. Dès lors les policiers perdent leur trace.

Dans le grenier d'une demeure de Staten Island, Cutler constate que les tableaux sont d'époque. Vinnie le laisse prendre seul le chemin du retour. L'expert en profite pour indiquer au FBI le lieu où sont remisées les toiles. Le commissariat de Staten Island, par erreur ou par animosité envers le FBI, se trompe de demeure et arrête un innocent. Martin à la tête de policiers investit la chambre d'hôtel où tout le monde s'est retrouvé. Angelo, malgré une blessure au poignet tente de s'enfuir. Il est rattrapé en essayant de s'échapper par les garages et il est conduit à l'hôpital. Vinnie dont les agents du FBI ignorent l'identité est appréhendé en compagnie d'Abrams, Cutler et Jerry. Il requiert les services de Maître Vecchione, un ancien flic reconverti.

Le Patron fait comprendre à Scoracci qu'il est important qu'Angelo se taise. Lorsque Martin se rend à l'hôpital pour interroger Angelo, celui-ci est décédé. Apparemment d'un suicide.

 

Cette histoire dans laquelle tout le monde sort gagnant ou perdant, selon le point de vue que l'on adopte, met en scène quelques personnages qui se révèlent à l'usage moins mièvres que lors de leur présentation. Si Abrams prend cette aventure comme un jeu, Cutler au départ est mort de trouille. Cela ne l'empêche pas de prendre des initiatives, pas toujours couronnées de succès. Tout comme Martin en butte à un responsable de service qui ne prise guère les initiatives personnelles.

Certaines situations ne manquent pas d'originalité mais ne sont pas misent en valeur. 

L'humour y est présent mais à l'état larvaire et l'on regrette que ce sujet n'ait point été traité à la façon d'un Westlake.

 

Curiosité:

L'un des protagonistes de cette histoire traduite par R. Fitzgerald s'appelle Robert Fitzgerald. Etonnant, non !

Nicholas GAGE : Du vent dans les toiles. (Bones of contention - 1974. Traduction de R. Fitzgerald). Super Noire N°24. Parution novembre 1975. 256 pages. 2,80€. Disponible sur le site Série Noire.

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30 avril 2015 4 30 /04 /avril /2015 12:19

Ah ! que c'est bon la bouillabaisse

Ah ! mon dieu que c'est bon bon bon

DEL PAPPAS : La rascasse avant la bouillabaisse.

Mais que fait donc notre narrateur, qui on l'apprendra plus tard se prénomme Robert d'après son faux passeport, dans le parc d'une demeure marseillaise quasiment à l'abandon ?

Un notaire à la retraite vit dans cette propriété délaissée, ayant engrangé assez de pognon après avoir grugé bon nombre de clients. Il vit en solitaire et a recours à des professionnelles dont l'argent est la seule motivation de le rencontrer. C'est un mordu du jeu, n'hésitant à mettre plein pot, perdant souvent. Toutes les semaines il reçoit ses partenaires, dont le plus jeune est un promoteur devenu riche en oubliant de régler les factures et roulant en décapotable anglaise. Un troisième issu d'un milieu modeste a réussi dans la truanderie et enfin Sonia, la seule femme, racée, élégante, et propriétaire d'un réseau d'escort girl comme on est propriétaire d'un élevage de chevaux de course.

Il attend celui qu'il traque depuis longtemps, afin d'assouvir une vengeance, car Robert n'a pas la mémoire courte, même si les événements se sont déroulés au moins quinze ans auparavant.

Tout a commencé quand, impliqué dans une minable affaire, Robert a dû quitter Marseille et rompre les ponts avec la France. Métropolitaine. Car grâce à un marin qui se fait rémunérer pour transporter parfois un passager encombrant tout en sacrifiant à son plaisir, la navigation, Robert est d'abord parti pour les Antilles puis il s'est retrouvé à Saint-Laurent du Maroni en Guyanne.

Il fait la rencontre dans un bar de Guy Descombes, un blond à l'abord sympathique. Très propre sur lui, et avec des antécédents familiaux, père chirurgien et mère pédiatre, qui plaident pour lui. Ayant perdu gros au jeu, il a été expédié par sa famille voir découvrir le monde afin de lui remettre les idées en place. Bref le garçon auquel on pourrait faire confiance lorsque l'on se retrouve seul loin de chez soi. Mais sous des dehors affables, Guy peut se montrer violent, hargneux, dangereux, incapable de se maîtriser. Robert alias Bob en aura la preuve peu après avoir fait sa connaissance.

En effet les deux hommes doivent participer à une partie de chasse dans la forêt amazonienne en compagnie d'un guide. Ils remontent le fleuve en pirogue et débarquent à l'endroit choisi. En fait de chasse, ils aperçoivent un homme cachant un sac dans un arbre. Ils récupèrent l'objet mais des orpailleurs spoliés les prennent en chasse. C'est alors que le véritable caractère de Guy se révèle. L'homme affable se transforme en un être brutal, véritable bête aveuglée par la rage.

Ils se rendent de l'autre côté du fleuve, chez un receleur puis ils se partagent le magot récolté enfin direction le Brésil. Bob délaisse peu à peu son compagnon et chacun d'eux se fondent dans Belém, traçant leur route séparément. Bob fait la connaissance d'Eduarda, une charmante jeune fille, ils s'apprécient, et cela aurait pu continuer ainsi dans le meilleur des mondes jusqu'au jour où Guy réapparait. Cette rencontre scelle le destin de Bob : il se retrouve en prison où il va végéter durant douze ans, avec les vicissitudes inhérentes à ce genre de séjour.

 

Il existe des truands sympathiques, j'en ai rencontré un. Bon d'accord, Bob, alias Robert, n'est pas franchement un type fréquentable, moralement quoique, mais tout n'est pas de sa faute, et il aurait pu s'amender s'il n'avait pas rencontré un Gugusse nommé Guy, un manipulateur qui n'est lui pas franchement sympathique sous des dehors abordables.

Roman d'aventures pur jus mâtiné de policier, avec une approche amoureuse ainsi qu'une histoire de vengeance à la Monte-Cristo, La rascasse avant la bouillabaisse nous entraîne des bords de la Méditerranée, côté Marseille, jusqu'en Amérique du Sud, ce qui lui permet de raviver quelques mémoires :

Un ministre de la Justice qui voulait devenir président de la République s'est trouvé un moment de faire parler de lui : traquer les anciens gauchistes étrangers et les renvoyer dans leur pays d'origine où comme par hasard, les politiques en place étaient revanchards.

Non les auteurs de polar, de littérature noire, et rose, n'ont pas la mémoire courte, et les lecteurs non plus grâce à eux. Alors, encore une histoire de truands, oui, mais humaniste par certains côtés.

DEL PAPPAS : La rascasse avant la bouillabaisse. Editions Lajouanie. Parution le 20 mars 2015. 200 pages. 18,00€.

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30 avril 2015 4 30 /04 /avril /2015 08:36
Joe L. HENSLEY : Un été pourri.

Ne vous fiez pas aux prévisions météorologiques...

Joe L. HENSLEY : Un été pourri.

Avocat, travaillant pour le gouverneur de l'état, Mike Wright revient dans la petite ville de Lichmont prendre provisoirement la succession de son père, avocat lui aussi, décédé d'un accident dans les escaliers de son étude alors qu'il était chargé de défendre Kate Powell.

D'origine modeste, elle est accusée d'avoir empoisonné Skid, son mari. La sentence doit être prononcée dans quelques jours mais est pratiquement connue d'avance: Kate sera déclarée coupable et finira ses jours en prison. Outre le fait que son père l'avait appelé la veille pour lui dire qu'il pensait être sur une piste, Mike s'intéresse au dossier pour de multiples raisons : d'abord il n'existe aucune preuve probante, les Powell règnent en maîtres sur la ville et pratiquement tout le monde leur mange dans la main. Sans oublier que Mike fut amoureux de Kate au cours de son adolescence et qu'il l'avait perdue de vue à cause d'aléas familiaux.

G.P. Powell, le patriarche, Dave Jordan, le gendre, Stickney, le juge, Axe, le maire, Jett, le chef de la police, tentent de convaincre ou intiment l'ordre à Mike de ne pas rouvrir le dossier. Mais cette affaire lui semble bâclée et les jurés, comme une grande partie de la population, sont redevables auprès des Powell. Seul le shérif et à un moindre degré Charley Powell, le cadet, qu'il a fréquenté un certain temps à l'école, l'encouragent à persévérer dans son entreprise.

Mike interroge tous les protagonistes, accumule les déclarations, les compare. C'est ainsi qu'il apprend que l'usine de produits pharmaceutiques des Powell aurait un marché avec l'armée, qu'un des militaires préposés à la surveillance de la partie top secret de l'usine aurait eu une liaison avec Kate, que la strychnine, le poison employé pour assassiner Skid, proviendrait des laboratoires de l'usine, etc... et il est persuadé que son père est mort d'un acte de malveillance.

Ses investigations n'ont pas l'heur de plaire à tout le monde, et il a droit à quelques coups de fusil, tirés trop haut pour l'atteindre. Une intimidation qui renforce sa détermination à continuer son enquête. Charley se montre aimable avec lui, l'invite au restaurant, lui confie que son ambition serait de diriger l'usine à la place de son beau-frère et qu'il a besoin de Kate pour racheter des parts d'action de l'usine et contrer les éventuels opposants de la prochaine assemblée générale. Susan, la femme de G.P., absorbe une dose mortelle de poison et laisse un message la désignant comme coupable. Un épilogue qui ne satisfait pas Mike.

Il possède sa petite idée concernant l'identité du coupable des deux meurtres.

 

Mike Wright en abordant cette enquête obéit à deux objectifs : d'abord découvrir si son père avec qui il n'avait guère d'atomes crochus, suite au divorce de ses parents, et dont l'association comme avocats n'avait pas été une réussite, n'a pas succombé à une agression, ensuite parce que Kate fut son premier amour. Ce qui donne à ce roman une note romantique.

De sa carrière juridique Joe L. Hensley a gardé le goût des interrogatoires et son roman est une suite de conversations, de dialogues, de recherche de la vérité au travers de ses discussions avec les différents protagonistes de cette affaire. La parole est privilégiée par rapport à l'action et pourtant le roman ne sombre pas dans le blabla soporifique.

 

Avant, elle s'habillait si court qu'on voyait le paradis chaque fois qu'elle se levait ou s'asseyait.

Curiosité :

Cette affaire de famille possède un avant-goût de Dallas.

Joe L. HENSLEY : Un été pourri. (The poison summer - 1974. Traduction de M. Charvet). Série Noire N°1672. Parution juin 1974. 256 pages.

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29 avril 2015 3 29 /04 /avril /2015 16:06

La musique, elle vient de là, elle vient du blues...

Max OBIONE : So suspicious.

Véritable caricature empruntée à Robert Crumb, son ramage n'est pas à l'égal de son plumage. A le voir on aurait plutôt tendance à pouffer, à rire à gorge déployée, à le monter du doigt tel un phénomène de cirque. Les yeux fermés, les oreilles en prennent plein le pavillon. On ne sait plus à quel saint se vouer. Saint Elvis, Saint Rod Stewart, Saint Little Richard, Saint Barry White ou Saint Little Bob... Mais pas Saint Thétiseur.

Pas besoin de musique d'accompagnement, du brut pour les brutes, et ceux qui l'écoutent sont scotchés dans leur fauteuil. Une bête de scène interprétant une composition personnelle.

C'était le dernier à passer, il est prié d'aller attendre au bistrot en face, on le rappellera.

La délibération qui s'ensuit n'est entamée que pour la forme car tous ont été bluffés par la prestation de Big Dicky Joe, fallait le trouver ce blaze, un inconnu inscrit via le site, en provenance d'un bled au nom allemand imprononçable.

Ils viennent d'entendre la perle, Le remplaçant de Mac qui s'est pété les cordes vocales. Mac fait la gueule dans son coin, mais comme on dit, le spectacle continue... Se pose la question maintenant de savoir d'où il vient exactement ce chanteur providentiel inconnu de tous et même des autres, peut-être un peu dépressif sur les bords.

 

Avec une écriture brute, râpeuse, et néanmoins poétique, Max Obione nous permet d'espionner une séance musicale, une audition qui pourrait être salvatrice, aussi bien pour les membres du groupe que pour ce chanteur à voix de rogomme venu de nulle part. Et qui aurait pu interpréter Quand t'es dans le désert de Jean-Patrick Capdevielle, cet auteur-compositeur-interprète à la voix rauque quelque peu négligé depuis des années.

Nostalgie et mélancolie sont les deux mamelles de So Suspicious, un blues à déguster avec un verre de Johnny Marcheur à la main.

 

Pour vous procurer ce texte, une seule librairie :

 

Max OBIONE : So suspicious. Collection Noire Sœur. Editions Ska. Parution décembre 2014. 1,49€.

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29 avril 2015 3 29 /04 /avril /2015 13:03

Bon anniversaire à Alexandre Lous, alias Jean-Baptiste Baronian, né le 29 avril 1942.

Alexandre LOUS : Jugement dernier.

Coincée entre un canal désaffecté et le Bois-Rouge, s'étend la Zone, triste conglomérat insalubre de baraquements, de caravanes, d'assemblages de planches, de tôles, de plastique ondulé, de matériaux de récupérations diverses.

De végétation, point, ou presque, tout étant englouti sous la poussière, la ferraille, les immondices, les déchets. Lorsqu'il pleut, les chemins de terre ne sont plus que des marécages, l'eau effaçant traîtreusement les nids de poule.

Dans cet endroit sordide, relégué loin de la ville, vivent, survivent, des chômeurs, des exilés, des exaltés, des émigrés de toutes races, de tous pays, formant un ensemble disparate et pourtant soudé, tout au moins en surface. Freddy le mystique, Stépan le Yougoslave, Chapeau-mou, Jonathan et Léon le Zaïrois, mais aussi le Grec, le Sicilien, l'Espagnol, le Turc, le Marocain, l'Egyptienne; ainsi que leurs femmes et leurs enfants, Julie, Irène, les frères Kojak, Gadi, Boga. Sur cette tour de Babel en ruine règne le Boiteux. Le Boiteux qui possède une Buick blanche et vit dans une vraie maison, sur la colline, au-delà du Bois-Rouge, forteresse à l'aspect sévère et rébarbatif.

Un matin, pas pire que les autres pourtant, on découvre Irène la fille du Grec, seize ans, étranglée. Le commissaire Delvaux, dépêché par la ville pour enquêter, se voit confronté à sa première grande affaire, son premier meurtre, depuis dix-sept ans qu'il exerce son métier.

Mal dans sa peau, ce n'est qu'un minable, un lamentable, un miteux, un piteux, un incapable en un mot. Tandis que Carl, son adjoint, c'est tout autre chose. Bouillant, fringant, il ne s'en laisse pas conter. Ce n'est pas lui qui va manger dans la main du Boiteux, au contraire ! Commence alors l'enquête dans ce décor pitoyable, dans cet univers glauque, dans ce cloaque. Une histoire digne de Goodis.

Les réactions déchaînent les passions, l'angoisse s'immisce, l'exaltation des uns amènent l'abattement des autres, le découragement, le dégoût, l'écœurement s'emparent de certains. Pour d'autres, il y a toujours un petit coin de ciel bleu à l'horizon. Des utopistes.

Pendant que les adultes se débattent, essayent de comprendre pourquoi et par qui ce fléau, la mort d'une jeune fille, est arrivé, Julie la fille du Yougoslave, loin de toute cette turbulence, visite la maison du Boiteux. Mais cela ne va-t-il pas attirer le malheur sur cette jeune existence ?

 

Alexandre Lous signe là peut-être son meilleur roman, avec Matricide. Cet écrivain qui rend si bien cette atmosphère glauque, aux relents acres de misère et de déchéance, est bien connu pour ses critiques pertinentes du roman policier puisqu'il signe une rubrique régulière dans le Magazine Littéraire. Mais aussi sous son véritable patronyme de Jean-Baptiste Baronian, c'est un chercheur, un bibliophile, un essayiste, un anthologiste infatigable et passionné, spécialiste du fantastique.

Alexandre LOUS : Jugement dernier. Collection Sueurs Froides. Editions Denoël. Parution février 1988. 204 pages.

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29 avril 2015 3 29 /04 /avril /2015 09:36
Erle Stanley GARDNER : L'envolé.

Après l'hirondelle éplorée, rien que de très logique...

Erle Stanley GARDNER : L'envolé.

L'envolé (A man is missing - 1946)

A la suite d'un courrier du chef de la police, le shérif Catlin demande à Hank Lucas, loueur de chevaux et guide touristique, d'accompagner dans leur expédition l'inspecteur Dewitt, un homme de la ville, et Corliss Adrian dont le mari amnésique aurait disparu depuis quelques mois.

D'après une carte postale envoyée à sa femme et sur laquelle il figure en pied, Adrian vivrait dans la montagne environnante dans une cabane. Marion Chandler, qui se fait passer pour une photographe, se joint au petit groupe. En cours de route, Marion confie à Hank qu'en réalité elle est à la recherche de son frère Harry qui aurait accompagné Adrian dans son voyage. Harry est un trappeur et un prospecteur dont la réputation laisse à désirer. Grâce à des traces laissées sur des arbres, Hank retrouve le refuge des deux hommes. L'intérieur est rangé, propre. Toutefois il découvre une lettre signée Adrian laissant entendre qu'une dispute aurait eu lieu entre lui et son compagnon. Ils déterrent un cadavre et Corliss reconnait son mari à certains détails. Du poste d'un garde forestier, qui aurait recueilli un cheval abandonné quelques mois auparavant, ils préviennent le shérif Catlin. Pour Dewitt l'affaire est simple. Adrian et Benton,le frère de Marion se seraient battus, atteints de la fièvre des cabanes. Benton aurait enfoui le corps d'Adrian et Marion aurait aidé son frère à s'enfuir. Une théorie que démonte le shérif Catlin qui connaît bien les us et coutumes des trappeurs.

 

Dans cette histoire qui fait la part belle à la déduction, au bon sens et à la logique, Erle Stanley Gardner joue sur l'antagonisme entre policiers des villes, imbus de leur prétendue supériorité intellectuelle, et les policiers ruraux qui n'ont peut-être pas l'habitude de côtoyer des malfaiteurs mais savent interpréter les signes placés devant leurs yeux. Catlin ne s'en formalise pas pour autant et attribue une grande partie du mérite d'avoir résolu l'énigme à Dewitt.

 

Le môme aux chocolats (the candy Kid - 1931 - réécrite en 1959)

Alors qu'il transportait des pierres précieuses, Mills le diamantaire s'est fait voler sa mallette. Blessé, traqué par la police, le voleur s'est réfugié dans une confiserie. Dans l'assaut qui a suivi il a été criblé de balles et est décédé. Mais les pierres n'ont pas été retrouvées. Une affaire qui intéresse Lester Leith, le gentleman cambrioleur. Il pense que le voleur a pu cacher les rubis dans les chocolats. Supposition dont il informe son valet Scuttle qui s'empresse de tout raconter au sergent Ackley, ennemi intime de Leith. Leith émet une théorie qu'Ackley s'empresse de vérifier. Munis de chalumeaux ils insèrent dans les chocolats des pastilles ou de faux bijoux, mais les résultats ne sont guère probants. Un individu sème des pierres précieuses un peu partout et Ackley qui pensait pouvoir inculper Leith en est pour ses frais. Scuttle pense que Leith devient fou lorsque celui-ci prétend tout d'un coup qu'ils ne sont plus en novembre mais au mois de juillet, et ceci à cause d'une réflexion sur l'heure d'été. Leith engage un couple chargé de mettre Ackley sur une fausse piste.

 

Une énigme tarabiscotée et guère convaincante par un auteur qui nous avait habitué à beaucoup mieux dans le genre. Son personnage de gentleman cambrioleur est toutefois assez proche d'Arsène Lupin pour que l'on s'intéresse à ses aventures.

 

Le témoin récalcitrant ( The affair of the reluctant witness - 1949).

Afin de ne pas dilapider son héritage, les comptes de Jerry Bane ont été confiés à un avoué, Anson. Mais Bane a besoin d'argent et il pense regonfler ses finances en s'intéressant aux faits-divers grâce à la mémoire visuelle de son valet, Mugs Magoo, ancien policier devenu clochard et qu'il a recueilli. C'est ainsi qu'il se penche sur l'affaire d'une commerçante qui aurait assisté à un vol mais aucun bijou n'a été retrouvé sur le présumé cambrioleur et le bijoutier dément avoir été spolié. Bernice, propriétaire d'un magasin d'alimentation et qui ne roule pas sur l'or, se demande si elle n'a pas rêvé le hold-up et Bane à son insu examine les boites de conserve. Il trouve dans l'une d'elle les pierres dérobées au bijoutier qui s'avère n'être qu'un receleur.

 

Amusante sans plus cette histoire un peu farfelue et désuète qui là encore joue sur la logique et la déduction. Jerry Bane n'a pas l'apanage de ses maîtres gentlemen cambrioleurs même s'il en possède quelques qualités.

 

un homme qui regarde le portrait d'une jolie femme a tout de suite des idées.

Erle Stanley GARDNER : L'envolé. Recueil de trois nouvelles traduites de l'américain par Alain Chataignier. Série Noire N°1620. Parution septembre 1973. 192 pages.

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28 avril 2015 2 28 /04 /avril /2015 09:20

Troublez-moi, j'aime ça...

Olivier TAVEAU : Les âmes troubles.

Un endroit sinistre, une zone industrielle la nuit, des coups de feu et Nicholas Bog-Bat qui perd connaissance quelques secondes. Un tireur dont il n'a pu apercevoir les traits a enfoncé son arme sur la tempe du commandant Ykse, son supérieur.

Pour Nicholas, c'est le cauchemar qui commence, ou qui continue. Un appel anonyme l'avait invité à se rendre dans cette friche industrielle à la rencontre d'un cadavre. Il s'y était rendu en compagnie de Ykse et de son adjoint Matthias. Le temps que Matthias aille prévenir les collègues et tout s'était décanté et en même temps embrouillé. Nicholas est blessé mais ce n'est pas ce qui importe. C'est ce qu'il va devenir.

Dans sa chambre d'hôpital, mais ce n'est peut-être qu'un rêve ou un cauchemar, le tueur lui rend visite et déclare se prénommer Luc. Et lui remet une clé, lui indiquant que cela pourrait lui être utile par la suite, lui conseillant d'être fort.

Une infirmière qui l'a soigné avant qu'il retombe dans les limbes est découverte assassinée. De la même manière que les autres.

Le commandant Odum prend la tête de la brigade en remplacement immédiat de Ykse, comme si tout était préparé depuis des semaines. Nicholas n'est pas en odeur de sainteté et Gaspard Tienne, de l'IGS ne cesse de le tarabuster. Comme si Nicholas était pour quelque chose dans tout ce qui arrive, dans les cadavres qui sont recensés depuis quelque temps et dans le meurtre de Ykse.

Il est vrai que le tueur n'y va pas de main morte, façon de parler. Les corps qu'il sème derrière lui n'ont plus de globes oculaires, que deux morceaux de charbon, et à l'intérieur du crâne, le cerveau n'est plus qu'une bouillie brune et poisseuse.

Les deux premiers cadavres ont été retrouvés dans une chambre non loin du domicile de Nicholas. Domicile, c'est un bien grand mot, un garage aménagé avec une ouverture, vue sur le ciel. Et l'un des cadavres était Amélie Pratt, qu'il connaissait.

Nicholas a dégringolé la pente insidieusement. Son frère Gabriel est, était une sommité dans la psychanalyse moderne, balayant l'inconscient, le moi et le reste et leurs mécaniques obscure. Mais c'était avant. Et Nicholas a usé et abusé de la drogue durant plus de deux ans. Il s'en est sorti, mais il boit.

Il veut comprendre. Le tueur lui en veut, certes, mais pourquoi? Alors il prend la route et s'arrête loin d'où il vient, dans un routier. Il boit, trop, prend l'air pour s'allonger, faire un somme réparateur. Il est tiré brutalement du néant par des appels, des cris. La caissière a disparu. Non elle est retrouvée, morte.

 

Dans l'ombre, se déplace Virgile, grand Noir qui se comporte en vieux gourou, en maître à penser. Pour l'heure il doit assurer l'enseignement d'une jeune fille, une gamine même pas encore majeure, il doit l'initier aux savoirs dévolus à ses semblable. Loah qui n'est pas aussi naïve que son âge pourrait le laisser penser, se conduit comme une manipulatrice.

 

Dans une ambiance glauque, une atmosphère poisseuse, une descente aux Enfers que n'aurait pas renié David Goodis, le lecteur est trimbalé, transbahuté, chahuté, au gré des pérégrinations de ce policier à la dérive. Le doute s'installe dans un flou artistiquement entretenu, avec l'intrusion de Virgile dont on sait pas trop ce qu'il veut, ce qu'il est, ce qu'il enseigne. Pourtant il n'apprécie guère les religieux même s'il est amené à les croiser.

Nicholas barbote, au propre comme au figuré dans la fange, et son passé lui revient en pleine figure, et ses ennuis avec sa hiérarchie, avec l'IGS, avec ses collègues ne se comptent plus. La faute a une dégringolade non programmée.

Roman de l'ombre, nimbé de flou, entouré de voiles qui ne se déchirent qu'à contrecœur, avec des accents de métaphysique, Les âmes troubles est véritablement troublant, dérangeant, premier roman d'un auteur manipulateur dont on se demande s'il n'a pas tout jeté dans ce premier titre, ou s'il en a d'autres en réserve, ce qui promet un bel avenir.

 

- Des philosophes, grommela-t-il. J'ai côtoyé nombre d'auteurs qui s'arrogeaient ce titre. Leur ardeur allait plus à l'élévation de leur égo qu'à celle de leurs semblables.
- Certains ne manquent pas d'intérêt.
- Des rescapés qui ne doivent leurs fulgurances qu'à des prises élevées de stupéfiants. Ils parlent comme si le monde avait leur oreille. Tellement pénétrés par leur clairvoyance qu'ils en oublient d'être humbles.

Olivier TAVEAU : Les âmes troubles. Le Masque Poche N°60. Editions du Masque. Parution le 25 mars 2015. 400 pages. 7,90€.

 

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28 avril 2015 2 28 /04 /avril /2015 07:44
Al CONROY : Comme il y va !

Comme il peut, ma brave dame, comme il peut...

Al CONROY : Comme il y va !

Milliardaire, malade, Pannunzio ne peut accepter que la Mafia régisse ses pays d'origine et d'adoption.

Ne pouvant faire le grand balayage intégral, il veut s'attaquer aux parrains locaux, notamment Don Max Vigilante de Philadelphie et Don Aldo Bell de Reading, et les réduire à néant. Pour cela il embauche Johnny Morini, dont il a apprécié les antécédents et lui confie la redoutable mission d'infiltrer les deux bandes pour mieux les annihiler. La jeune femme de Morini, qui est devenu Johnny March, a appris ses antécédents et l'a quitté à la suite d'une fausse couche. Depuis il vit en compagnie de l'alcool. Aussi n'ayant rien d'autre de mieux à faire il accepte et prend l'identité d'un petit truand californien.

A Philadelphie il effectue quelques raids solitaires, volant des camions et refourguant la marchandise au receleur local, Corngold. Il joue les sommes gagnées au poker et accuse certains joueurs de connivence. Ces faits d'armes attire l'attention de Sutro, adjoint de Fava, responsable d'un "régime" de Max Vigilente. Johnny, après avoir déjoué les pièges tendus par Sutro et Fava et ayant prouvé sa valeur, se voit confié par ce dernier la mission de se faire recruter dans la bande à Bell, ce qui arrange ses affaires.

A Reading il se lie avec Franck, l'un des fils Bell mais il est reconnu par Mack, cousin de Lou, l'un des hommes de main du parrain. Mack et Lou surprennent Johnny alors qu'il cambriole pour son compte une grande surface mais Phil Rosen, jeune complice de Morini arrive à temps. Les deux hommes sont éliminés et Rosen, gravement blessé, est confié à un docteur émargeant à l'Organisation. Une opération de grande envergure est montée par Doyle, un truand qui réussit de gros coups mais n'est pas le genre à s'embarrasser de fioritures.

Morini, pressenti pour l'aider dans un cambriolage, refuse mais il peut placer un micro émetteur et connaît ainsi les coordonnées du vol. Des accrochages ont lieu entre les deux bandes rivales et les deux pontes se demandent comment enrayer cette guerre froide qui tourne au vinaigre. Doyle mène à bon terme le cambriolage projeté, avec quelques cadavres sur le terrain, et retrouve Corngold dans une cabane de pêche. Seulement Johnny est lui aussi au rendez-vous et subtilise le butin une mallette remplis de pierres précieuses.

Doyle et un de ses complices le poursuivent dans la forêt. S'ensuit un duel au bout duquel Johnny sort vainqueur. Il propose à Franck Bell un rendez-vous chez Dietrich, autre receleur, et avertit Sutro. Les deux bandes mises en présence se canardent et pratiquement seul Sutro d'un côté, les frères Bell, dont Tony sérieusement blessé, de l'autre échappent au guet-apens.

 

Johnny Morini, s'il veut, sinon démanteler la Mafia mais au moins l'affaiblir comme il est prévu à la fin du roman, aura fort à faire pour réduire cette hydre. Al Conroy, alias Marvin H. Albert, fidèle à lui-même, n'épargne pas les détails dans les scènes d'action en général, et en particulier. Sobre dans les dialogues, il s'exprime avec force dans la description des scènes de violence, et règle les combats avec minutie.

Et la phase romanesque s'efface presque derrière le documentaire, le récit, pour ne pas dire la biographie. Sérieux, Al Conroy ne lâche ses traits d'humour qu'au compte-gouttes, comme involontairement. La fibre sensible existe cependant avec la liaison, brève, entre Morini et une serveuse de bar, divorcée et désabusée.

 

Curiosité:

L'une des scènes, celle de la poursuite dans la forêt, entre deux truands et Morini, possède un grand nombre d'analogies avec une autre scène décrite dans l'épisode précédent, Soldato.

 

Al CONROY : Comme il y va ! (Death grip - 1972. Traduction de A. Vincent-Harmel). Série Noire N°1614. Parution septembre 1973. 192 pages.

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27 avril 2015 1 27 /04 /avril /2015 12:28

Bon anniversaire à Didier Daeninckx, né le 27 avril 1949.

Didier DAENINCKX : Le facteur fatal.

Au travers de quelques épisodes de la vie, de la carrière de l’inspecteur Cadin, Didier Daeninckx dévoile un pan de mur gris sur lequel sont écrits en relief : déchéance, désespérance et déprime.

Des différents commissariats où il a végété, de Strasbourg à Toulouse en passant par Hazebrouck et Courvilliers, de son boulot de détective privé, de Toulon à Aubervilliers, Cadin garde un goût d’amertume.

Mal dans sa peu, mal dans sa fonction, mal avec ses collègues et ses supérieurs, mal avec les coupables et les victimes, Cadin vivote en collectionnant les faits divers bizarres. Mais son existence n’est-elle pas justement qu’une succession de faits divers ? Peut-être plus par pitié envers son personnage que par lassitude, Daeninckx supprime Cadin en lui imposant le suicide. D’autres auteurs, avant lui, ont essayé de rompre avec leur héros, le plus célèbre exemple étant bien évidemment Conon Doyle et Sherlock Holmes. Sous la pression du public, de sa mère, sans compter les besoins financiers, Doyle a du ressusciter sa créature pour la plus grande joie de ses lecteurs et éditeurs. Didier Daeninckx se séparera-t-il aussi facilement de Cadin qu’il le suppose, seul l’avenir nous le dira.

Pourtant je suis sûr que Cadin, même s’il a levé un voile sur sa vie et le pourquoi de sa dégringolade physique et morale, a gardé par pudeur en réserve d’autres tranches de sa carrière de flic, d’autres enquêtes, et peut-être a-t-il raté son suicide comme il a raté sa destinée.

Et si Daeninckx se refuse à nous narrer d’autres épisodes du Poor Lonesome Flic Cadin, il ne nous restera plus qu’à nous replonger dans ses précédentes aventures : Mort au premier tour, Meurtres pour mémoires, Le géant inachevé ou Le bourreau et son double. Au fait qui est le bourreau ? Qui est le double ?

Réédition Folio janvier 1992.

Réédition Folio janvier 1992.

Folio Policier N°85. Juin 1999. 6,40€.

Folio Policier N°85. Juin 1999. 6,40€.

Didier DAENINCKX : Le facteur fatal. Editions Denoël. Parution octobre 1990. 210 pages.

Rééditions : Folio janvier 1992. Folio Policier N°85. Juin 1999. 6,40€.

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Published by Oncle Paul - dans La Malle aux souvenirs
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