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8 juillet 2015 3 08 /07 /juillet /2015 08:28
Lee MARTIN : La foire aux poupons

Et ceux-là ne sont pas en celluloïd !

Lee MARTIN : La foire aux poupons

Si quelqu'un ne m'avait pas conseillé vivement de lire ce roman, je dois avouer que je serais passé à côté d'un roman attachant, prenant.

Si le sujet est neuf, ce qui est déjà un bon point, la manière de développer ce sujet, de faire dialoguer les personnages, de camper ceux-ci et d'établir une relation de connivence entre l'auteur et le lecteur, par narrateur-héros interposé, à l'aide de touches sentimentalo-humoristiques, accroche dès la première page le lecteur.

La disparition de femmes enceintes et la découverte d'un trafic d'adoption de bébés, trafic illégal, sont des thèmes qui auraient pu être traités dans un style mélo jouant avec les grands sentiments. Ce n'est pas le cas, le mouchoir en papier n'est pas fourni avec le livre.

L'auteur, Lee Martin, a su établir la différence entre sensibilité et sensiblerie. Sensibilité donc car le thème est grave, sérieux, mais cette pointe d'humour indispensable à mettre en valeur les situations dramatiques est toujours présente.

Deborah Ralston, mère adoptive de trois enfants, femme-flic, jeune grand-mère, s'est remise au jogging, autant pour tenir la forme que pour entretenir celle de son chien. Et c'est justement au cours d'une séance de course qu'elle découvre le cadavre d'une jeune femme enceinte. C'est tout naturellement que l'enquête lui est confiée. Et nous assistons à une tranche de vie familiale typiquement américaine, bon enfant, décontractée, humoristiques et débridée, dans laquelle les chips et le Coca-Cola sont les éléments nutritionnels de base. Les investigations de Deborah Ralston sont toujours freinées par son capitaine qui a la phobie des heures supplémentaires, soit par la législation qui impose des limite à son rayon d'action, soit par un ulcère tenace et inopportun à l'estomac.

 

Ce roman se lit d'une traite tellement le lecteur est pris par l'intrigue, mais hélas ce sera le seul roman de l'auteur à être traduit. Le seul sous le nom de Lee Martin, je précise car deux autres romans seront traduits par la suite, Le crâne en fleur (SN N°2258) et La mort préfère les blondes (SN N°2271), sous le pseudonyme d'Anne Wingate et dont le véritable patronyme est Martha Guice, ancienne policière de son état.

Lee MARTIN : La foire aux poupons (A conspiracy of Strangers - 1986. Traduction de Noël Chassériau). Série Noire N°2118. Parution novembre 1987. 288 pages.

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7 juillet 2015 2 07 /07 /juillet /2015 10:54

Bon anniversaire à Jean Paul Nozière né le 7 juillet 1943.

Jean-Paul NOZIERE: Tangos.

Milou s’est installé à Sponge dix ans auparavant.

Directeur d’un supermarché il est devenu une figure marquante de la cité, chacun lui étant plus ou moins redevable. Il traficote et même les gendarmes bénéficient de ses largesses.

Seulement il a écrasé Babeth, la fille d’un riche transporteur, un soir de cuite, avec son 4X4 et il a été enfermé durant une semaine dans un asile psychiatrique, gavé d’antidépresseurs. Il revient au village et recueille une jeune auto-stoppeuse, Dolorès, et lui propose de dormir chez lui.

L’arrivée au village n’est pas ce qu’il escomptait. Les gendarmes ont dressé un barrage et se conduisent envers lui comme avec un vulgaire pékin. Les villageois le traitent d’assassin. Seul Maurice, son majordome, un Libanais qui reste en France grâce aux faux papiers que Milou parvient à lui procurer, semble lui vouer la même déférence qu’avant l’accident.

Des appels téléphoniques intempestifs, des dégradations sur son 4X4, les accusations portées par Dolorès le perturbent fortement. Ses deux chiens sont éventrés dans le chenil. Muni d’une carabine, Milou tire au hasard et tue Dolorès. Tandis que Maurice est chargé d’enterrer les cadavres, Milou fouille le sac de la jeune fille et découvre des lettres adressées par Babeth ainsi qu’un pistolet. Au supermarché, complètement disjoncté par l’alcool et les médicaments, il se montre particulièrement odieux envers ses employés, les menaçant du pistolet qu’il s’est accaparé, allant jusqu’à écraser une femme sous un chargement de pommes de terre déversées d’un chariot élévateur. A la fête du village il se conduit guère mieux et est rejeté par tous. Alors il se rend chez le père de Babeth et découvre cadavre gisant au milieu de bandes magnétiques et de lecteurs de cassettes.

 

L’action de ce roman se déroule dans un petit village des Côtes d’or, et pourtant le lecteur pourrait se croire transporté dans une bourgade des Etats-Unis, tellement l’ambiance décrite semble issue d’un ouvrage de Jim Thompson.

La vindicte des villageois, leur façon de procéder afin de démontrer que Milou n’a plus qu’une solution celle de quitter la cité, les agissements de Milou envers ses employés et ceux qu’il considère sous sa botte, à commencer par les gendarmes, n’ont rien à envier aux thèmes développés par Thompson.

Et une fois le livre terminé, avec un excellent retournement de situation, il reste une morale : il ne faut jamais se fier aux premières impressions. Un roman noir fort qui serait judicieux d’adapter au cinéma. Et l’on retiendra également la dérive de Milou comme une brèche issue de son enfance et les nombreuses références musicales qui sont échelonnées tout au long du roman.

 

Jean-Paul NOZIERE: Tangos. Collection Les Noirs N°42. Editions Fleuve Noir. Parution juillet 1998. 222 pages.

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7 juillet 2015 2 07 /07 /juillet /2015 08:09
Marcia MULLER & Bill PRONZINI : Mais où sont les trésors d'antan ?

Cherchez et vous trouverez... Peut-être !

Marcia MULLER & Bill PRONZINI : Mais où sont les trésors d'antan ?

Délaissant son personnage favori, le Nameless, Bill Pronzini aime à écrire à quatre mains, c'est à dire en collaboration, pour construire une histoire, chacun apportant une page, un chapitre, des idées.

C'est ainsi qu'il a coécrit avec notamment Barry Malzberg, John Lutz ou Collin Wilcox. Pour ce roman il a fait équipe avec Marcia Muller, dont on a pu lire Les puces tuent et De bric et de broc dans la même collection.

Ce roman est un habile montage utilisant le privé Quincannon de Bill Pronzini, qui apparait dans entre autres Une mine épatante, et l'héroïne de Marcia Muller, la directrice d'un musée d'art mexicain.

 

Histoire gigogne qui entremêle deux enquêtes, l'une en 1894, l'autre de nos jours, et dont le principal attrait est de mettre l'accent sur les rapports tendus, les contrastes, la culture, les difficultés d'adaptation entre les Mexicains d'origine espagnole et les Américains de souche anglo-saxonne, dans une région conquise par la lutte, la guerre, ce qui laisse toujours des traces, aussi bien maintenant que plus de cent ans auparavant.

 

Une histoire passionnante de recherche de trésors et étude de mœurs qui transporte le lecteur dans la Californie de Zorro et la ville de Santa Barbara, lieu d'un célèbre feuilleton télévisé de la fin des années 1980.

Marcia MULLER & Bill PRONZINI : Mais où sont les trésors d'antan ? (Beyond the Grave - 1986. Traduction de Madeleine Charvet). Série Noire N°2113. Parution novembre 1987. 320 pages. 6,65€.

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6 juillet 2015 1 06 /07 /juillet /2015 13:57

C'est un cas, dis ?

Roland SADAUNE : Un caddie nommé Désir.

Dans un chariot de supermarché, on peut entasser des packs d'eau, des packs de lait, des packs de bière, des packs d'essuie-tout papier, et bien d'autres packs comme des packs d'emmerdes.

Raphael Darmont, ancien lieutenant de police, blessé professionnellement et physiquement, voire affectivement, va s'en ramasser un plein tombereau pour avoir dépanné une jeune femme en quête d'un euro, pièce libératrice d'engin à roulettes faussement économique que plus t'en mets dedans, plus tu crois faire des économies et plus tu dépenses car plus tu jettes, date de péremption faisant foi comme autrefois le cachet la Poste.

Raphael Darmont qui devait rejoindre sa femme Véronique, préposée à l'accueil du Mammouth écrase les prix et non Mamie écrase les prouts (dixit Coluche), prête donc une pièce que Malika avec un sourire aguichant lui promet de lui rendre. Il lui donne rendez-vous pour le lendemain dans un petit restaurant du quartier et ce qui devait arriver arriva. Eberlué et surtout essoufflé Darmont, qui a monté quatre à quatre les quatre étages de l'immeuble de la cité tandis que la belle se transbahutait tranquillement par l'ascenseur vers un septième ciel prometteur. Le logement ressemble plus à une caverne d'Emmaüs qu'à une chambrette d'amour mais ce n'est pas le décor qui importe, c'est le lit propice aux galipettes.

Avec Véronique, c'est souvent Véro tout court, car après bien des années de mariage, l'entente n'est plus tout à fait la même. Véro lui reproche ses manquements, ses oublis, de petites dates d'anniversaire qui comptent pour elle et qu'il enfouit enveloppé dans ses problèmes. Bref, la gente dame lui fait le plus souvent le coup des jambes croisées que la visite de la grotte Chauvet. Petit aparté, Malika, elle, a la grotte chauve, ce n'est qu'un détail mais Raphael n'est pas habitué à ce manque de pilosité. De plus Véro reproche à son mari des passades, mais faut le comprendre aussi. Enfin, essayer.

Malika est une ancienne caissière de cinéma, et comme les multiplexes phagocytent les petites salles, elle se retrouve sans emploi, avec un minuscule pécule qu'elle entretient en étant standardiste pour une boite qui met en relation des hommes esseulés avec des femmes compatissantes, mais uniquement par téléphone. Pour le numéro de téléphone, je ne l'ai pas en tête mais il figure dans le bouquin avec le prénom Monica.

Raphaël a déclaré être directeur d'une grosse entreprise, ça en jette, en réalité il n'est que le directeur des ressources humaines, le recruteur d'une société de sécurité, fonction qui lui assure un statut alors qu'il s'est fait virer de la police deux ans auparavant pour une bavure, une rixe dans laquelle il s'est retrouvé embringué en compagnie de municipaux et d'assistants de la sécurité, son arme à feu réglementaire se retrouvant entre les mains de ses agresseurs. Non seulement il s'est récupéré sur le carreau, mais son arme dite de sauvegarde, l'officieuse que tout bon policier possède attachée à la cheville, a été également confisquée par les malandrins malhonnêtes.

Darmont ne verra Malika que deux ou trois fois, et les deux personnages qui l'abordent, des amis ou connaissances supposées de la jeune femme, la décrivent sous un jour inattendu, lui instillant le doute dans son esprit. Et c'est à l'instigation de l'un des deux hommes qui lui confie avoir lui aussi été floué, qu'il se rend chez Malika. Elle recevrait chez elle un vieux, enfin un plus vieux que Darmont, pour des séances de relaxation dont on ressort fourbu. Seulement lorsque l'ex-flic s'introduit chez Malika, il se rend compte d'un changement, que des affaires ont disparu. Poussant son investigation, il découvre Malika, ou plutôt le cadavre de celle-ci recroquevillé dans sa douche.

Darmont est mal parti et l'instinct du policier, du chasseur se réveille en lui. Il demande en prenant des gants et en gardant la plupart des informations pour lui, des renseignements auprès d'un de ses anciens collègues, le brigadier-chef Limon qui pense avec justesse qu'il est dans la boue.

 

 

Avec Un caddie nommé Désir, titre clin d'œil à la pièce de théâtre de Tennessee Williams, Un tramway nommé Désir, Roland Sadaune nous brosse un tableau sombre mais empreint parfois d'onirisme d'une vie en demi-teinte d'un flic reconverti et qui s'adonne à quelques passades pour agrémenter sa vie en déliquescence.

Cela n'aurait pu être qu'une comédie de boulevard, un vaudeville de supermarché, seulement Roland Sadaune est trop empreint de littérature noire pour laisser passer une si belle occasion de nous fournir un drame. Il y a un peu de Day Keene dans ce roman ancré dans l'est du 17e arrondissement parisien et sa périphérie. En artiste peintre talentueux il nous brosse des portraits façon Van Gogh, mais ce ne sont pas les seules analogies picturales que j'ai ressenties à la lecture de ce roman. S'il fallait transposer ses phrases, ses scènes, son ambiance et son atmosphère en toile, j'associerai Seurat pour son pointillisme dans la description, Arcimboldo pour la composition de ses tableaux qui forment un tout avec des éléments divers mais relevant de la même famille, et Turner pour la noirceur entrecoupée d'un rayon de soleil fugace de l'ensemble du roman.

Alors que l'on pense que l'épilogue va s'acheminer vers un dénouement convenu, Roland Sadaune d'un tour de pinceau renverse la situation et nous entraîne vers un final inédit et pointu.

 

Roland SADAUNE : Un caddie nommé Désir. Val d'Oise Editions. Parution juin 2015. 194 pages. 13,00€.

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6 juillet 2015 1 06 /07 /juillet /2015 11:43

Bon anniversaire à Dominique Rocher née le 6 juillet 1929.

Dominique ROCHER : Le serpent dans la chaussette.

Selon la tradition anglaise, on glisse les cadeaux de Noël dans des chaussettes accrochées à la tablette de la cheminée.

Une coutume sympathique qui tend à s’étendre mais pas toujours à bon escient. Ainsi trouver dans une chaussette un serpent est pour le moins inattendu et désagréable, du moins c’est que ressent Olga Vincent, dite la Rouquine à cause de sa chevelure flamboyante.

Olga a décidé de passer des vacances tranquilles au Sénégal, via un Tour-operator. Dans l’avion qui l’emmène en Afrique elle est assise à côté d’une femme qui s’obstine à garder son bagage avec elle. Au bout d’un petit sommeil réparateur elle se retrouve avec toujours la même personne sur le siège voisin, ce qui à priori est normal, sauf que la dame semble partie chez Hadès. Pourquoi s’empare-t-elle du bagage ? Elle serait bien incapable de le dire. Peut-être un réflexe, le bagage menaçant de choir.

Dans sa chambre d’hôtel, Olga, curieuse et impulsive, inspecte le sac emprunté par erreur et d’une chaussette s’échappe le fameux serpent évoqué plus haut. Selon les infos télévisées, Marie Borman, docteur en médecine, ne serait pas décédée mais simplement dans le coma et Olga est priée de se présenter à l’aéroport. Ce qui n’enchante guère notre Rouquine avide d’aventures. Comme Marie Borman devait rejoindre une mission humanitaire, Olga décide de s’échapper de l’hôtel à bord d’un taxi de brousse. Après tout elle est infirmière, alors elle peut donner le change.

Elle est arrêtée par un contrôle de police, et comme une étourdie elle tend le passeport de la défunte. Au commissariat elle tente d’expliquer pourquoi elle est en possession de papiers ne lui appartenant pas et convainc par des arguments tarabiscotés les policiers qui la laissent repartir pour le fameux camp humanitaire. Lequel lui réserve de nombreuses surprises, mais pas celles auxquelles elle s’attendait, c'est-à-dire un mâle pouvant lui faire gouter les charmes de l’amour charnel exotique. Des hommes elle en rencontre et s’ils s’en prennent à son corps ce n’est pas forcément à cause de ses charmes indéniables.

 

Le serpent dans la chaussette s’inscrit dans la veine des romans policiers d’aventures des années 60, charmant, sans prétention, mais habilement construit, avec de nombreux rebondissements, et une bonne dose d’humour. Ce qui n’empêche pas Dominique Rocher d’égratigner au passage le système médical de plus en plus administratif.

Où étaient passés ses rêves de jeunesse quand il avait décidé de faire médecine pour sauver des vies ? Bien sûr il lui arrivait encore d’en sauver, souvent par l’intermédiaire d’un spécialiste, ce qui n’était pas particulièrement gratifiant. Et puis les méthodes de soins étaient devenues trop techniques… Les consultations étaient minutées. Le côté humanitaire était perdu.

Dominique ROCHER : Le serpent dans la chaussette. Editions L’Orchidée Noire. Lulu.com. Parution décembre 2009.

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6 juillet 2015 1 06 /07 /juillet /2015 08:14
ROLO DIEZ: Vladimir Ilitch contre les uniformes

Et les Unis forment quoi ?

ROLO DIEZ: Vladimir Ilitch contre les uniformes

Prenez d'un côté l'armée, représentée par le Commandant Araiza, frustré sexuellement par sa femme, ayant une fille prônant des idées socialistes et un fils homosexuel. Et le lieutenant-colonel, adepte de la gégène, la torture infligée aux autres lui procurant une trouble jouissance. A leurs côtés Di Gioia, comptable et assistant du chef du personnel de l'usine Mercedes-Benz, indic des services secrets et anti-communiste.

De l'autre côté, Don Ramon, un retraité ayant travaillé dans une maison d'édition, amateur de bandes dessinées et décidé à dévaliser une banque. Son compère Mastretta, anarchiste, qui vit en reclus dans un hôpital neuropsychiatrique. Et son ami Vladimir Ilitch, un prénom imposé par son père en représailles du vœu de la mère d'appeler l'aîné Amadeus. Vladimir dont il a fait la connaissance sur un banc et qui partage avec lui la même passion, ses héros se nommant Hulk, l'Homme Araignée, von Kranach ou Vito Nervio.

Le lien, c'est le soldat Artime, dactylo d'Araiza, proxénète à ses heures et pourvoyeur de blanche à l'occasion. Plus quelques trouble-fêtes dont Amadeo, le frère de Vladimir, conspirateur à l'ERP, une des nombreuses branches hostiles au pouvoir en place ou Gabriela, l'égérie du groupe et le responsable.

Passons à l'ambiance qui règle ces divers personnages. Di Gioia est chargé de relever parmi le personnel de son entreprise les subversifs susceptibles de déstabiliser le régime argentin. Le Responsable confie à Amadeo le soin de supprimer Di Gioia. Mais le comptable abat son agresseur.

Vladimir dont l'esprit est imprégné des aventures de ses super-héros, rumine sa vengeance tout en pensant au braquage de la banque. Quant à Artime, il louvoie, utilisant les services de Marcia, sa compagne, pour prendre dans ses rets le colonel Salinas. Car Artime, dont le cœur penche à gauche, n'est qu'un infiltré dans l'armée.

Di Gioia le dénonce à Araiza qui doit en outre s'occuper d'un hold-up bancaire. Les deux retraités alliés à Vladimir et à Juan Carlos, le caissier, ont mené à bien leur entreprise contre le coffre-fort de la banque, symbole du capitalisme. Seulement le quatuor a naïvement élaboré l'action dans un café jouxtant l'édifice, prenant en otage quelques clients et le patron du bar, s'appelant au cours de l'effraction par des numéros ou par leurs noms.

 

Un roman picaresque à double détente, et dont la fausse moralité ne peut qu'être sauve à cause du contexte.

L'action se passe en 1976-1977, et plus que l'attaque de la banque, qui réussit malgré de nombreuses bévues, et donc en fait s'inscrit comme le gag de l'intrigue, ce sont les griefs politiques qui mènent la danse.

Véritable diatribe contre le pouvoir argentin en place, contre l'autorité et l'administration militaire, Vladimir Ilitch contre les uniformes dénonce l'anarchie entre les divers groupes de gauche de l'opposition, et face à l'idéal de certains, le défaitisme de responsables.

Vladimir se prend et prend ses héros de bandes dessinées au sérieux, et comme un grand enfant traverse les embûches parce qu'il ne les voit pas, ne veut pas les voir.

Un roman faussement humoristique, irrévérencieux et Rolo Diez déboulonne de leur piédestal militaires et pékins, révolutionnaires et psychiatres, dictature et anarchie.

 

ROLO DIEZ: Vladimir Ilitch contre les uniformes (Vladimir Ilitch contra los uniformados - 1989. Traduction d'Alexandra Carrasco). Collection La Noire, éditions Gallimard. Parution septembre 1992. 336 pages. 17,05€.

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5 juillet 2015 7 05 /07 /juillet /2015 08:14
Frank GÖHRE : La nuit de St.-Pauli.

Retiens la nuit...

Frank GÖHRE : La nuit de St.-Pauli.

Johnny, libéré de prison depuis quelques jours, habite chez Stéphanie, une jeune employée de banque. Il envisage même de se marier avec.

Il reçoit un appel téléphonique d'un inconnu lui promettant une mort prochaine. Allant à la pêche aux renseignements, il constate qu'il est suivi par deux gamins. Il est abordé par Roberta, un travelo frère de Timo, l'un des mômes. Un homme, nu, marchant entre les voitures, brandit un revolver, tire au hasard. Johnny touché décède.

Le Frison, après avoir bricolé chez Yvonne dont il a fait la connaissance lors de séances de jogging, se voit confier pour quelques heures un chien énorme qui tire sur sa laisse au moment où le dingue abat Johnny. L'animal mord l'énervé. Le Frison essaye de s'enfuir mais il est assommé par des policiers.

Rentrant chez lui, Manfred apprend que tous les appartements de son immeuble viennent d'être cambriolés. Karin, sa femme, Allemande de l'Est comme lui, est absente. En inventoriant les objets dérobés, il met la main sur une réserve de préservatifs, lui qui n'en utilise jamais. Sonné, il se fait conduire dans le quartier des prostituées, et est racolé. Complètement déjanté il frappe une péripatéticienne, vole le revolver du concierge et sort dans la rue, nu. Il tire au hasard et blesse mortellement Johnny.

Pendant ce temps Karin fornique avec Bernd, un photographe. Elle apprend le cambriolage de son appartement et quitte précipitamment son amant aux prises avec un début d'incendie ravageant le grenier où il entrepose ses documents.

Sven, un petit malfrat, est attiré par l'attroupement. Il reconnait en Johnny l'une de ses relations. Fedder, commissaire de police, lui demande de dénicher la nouvelle adresse du mort. Il se rend chez la sœur de la victime et en voulant récupérer les affaires de Johnny dans le grenier, il déclenche un incendie.

Rasta Robby, un chauffeur de taxi, apprend la mort de Johnny. Il se doit d'annoncer la nouvelle à son ex petite amie, Stéphanie. Seulement un gamin se jette en travers de son véhicule et il finit la nuit au poste.

Roberta, le travelo, désire changer de protecteur. Brilli, qui est à la recherche de Johnny, lui refile de quoi compenser le manque à gagner. Elle le remet à Kalle, son ex, mais retombe sous le charme. C'est en rentrant chez elle qu'elle apprend la mort de son frère Timo, écrasé par un chauffeur de taxi.

 

Construit comme un véritable puzzle, chaque chapitre représentant un morceau disparate mais néanmoins cohérent dans une imbrication logique, La nuit de St-Pauli est le tableau d'une nuit ordinaire dans le quartier de St Pauli à Hambourg. Chaque personnage apporte un élément de construction, dans un temps donné, interférant l'histoire, influant sur celle-ci, jouant un rôle prépondérant souvent à son corps défendant.

Des tranches de vie narrées dans un style rapide, vif, adapté à chaque fois au personnage mis sous le projecteur.

Frank GÖHRE : La nuit de St.-Pauli. (St.-Pauli nacht -1993. Traduction de Patrick Kermann). Série Noire N°2412. Parution février 1996. 192 pages. 6,05€.

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4 juillet 2015 6 04 /07 /juillet /2015 12:14

Hommage à Pascal Garnier né le 4 juillet 1949, et décédé le 3 mars 2010.

Pascal GARNIER : Demain, on lève l’ancre.

Présenter des livres pour adultes, c’est bien, mais il faut aussi penser à nos chères petites têtes blondes, rousses ou brunes, qui prendront la relève dans quelques années.

Aussi se plonger dans un roman pour les jeunes, c’est retourner en arrière, ce qui parfois est assez réjouissant tout en gardant une partie de nostalgie.

Demain, on lève l’ancre ! de Pascal Garnier, par ailleurs a écrit des romans noirs très forts pour les grands.

Mano et Boule sont copains de classe depuis leur entrée à l’école. Tout irait bien si la catastrophe ne s’abattait pas sur leurs familles. Leurs pères se retrouvent au chômage, avec tous les aléas, les dissensions, les problèmes familiaux que cela engendre.

Ils s’arrangent donc pour faire se rencontrer leurs géniteurs, et ceux-ci se trouvent de nombreux points communs, dont un amour immodéré pour les bateaux et la marine. Les deux pères sympathisent, fraternisent et décident conjointement de construire leur propre navire, qui ressemblerait au Titanic. Mais tout cela ne va pas sans mal.

Ce petit roman charmant met le doigt sur la réalité sociale et même si l’épilogue est un peu trop enclin à l’optimisme, il faut se rappeler que comme écrit l’auteur :

Les rêves, c’est comme les plantes vertes, ça s’entretient.

Pascal GARNIER : Demain, on lève l’ancre. Collection Pleine Lune n° 152, éditions Nathan. Parution octobre 2002. 90 pages.

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4 juillet 2015 6 04 /07 /juillet /2015 09:53
KONOP : Pas de kaddish pour Sylberstein.

Pas même dans un caddie ?

KONOP : Pas de kaddish pour Sylberstein.

Un flic ressentant une certaine sympathie envers un meurtrier, cela peut sembler bizarre mais ne se révèle pas forcément incompatible avec l'éthique de sa profession.

Un vieux brocanteur de Belleville, d'origine juive, se présente spontanément au poste de police du XXème arrondissement, se constituant prisonnier après avoir abattu un touriste allemand de l'ex-RDA qui était entré dans sa boutique de bric-à-brac. L'inspecteur Bénamou, vingt ans de maison, établit auprès du Substitut son rapport réglementaire, assorti de requêtes non réglementaires, ce qui l'amène à donner sa démission. Ce n'est pas tellement le fait de s'être senti proche du coupable qui lui a dicté sa décision, mais peut-être parce que ce meurtre s'est produit dans la nuit du 15 au 16 juillet, date anniversaire de la grande rafle.

Au delà de l'enquête menée par Benamou pour son compte personnel; une enquête qui le conduira jusqu'en ex-RDA et lui permettra de montrer ses talents d'accordéoniste, un loisir qui devient un complément de salaire car il n'a pas oser avouer à sa femme qu'il n'était plus policier, c'est l'ambiance du petit monde juif de Belleville qui nous est décrite avec humour et cynisme. C'est également une plongée dans l'Histoire de la Seconde Guerre Mondiale et un règlement de compte envers un dogme.

Konop, pseudonyme transparent de l'écrivain et journaliste Guy Konopnicki, brûle ce qu'il a adoré, comme bon nombre de communistes qui ont été aveuglé par leurs œillères et s'interrogent sur le bienfait du stalinisme. Prise de position courageuse, ou retournement de veste démagogique, je laisse le soin aux intellectuels pinailleurs de gloser sur cette question.

Le dénouement du roman de Konop est téléphoné, ou plutôt il nous est livré avec (mal)adresse par l'auteur. Mais au moins ce livre nous aura tenu en haleine pendant les deux tiers de l'histoire.

Heureux sont ceux qui n'ont pas lu la chronique de Michèle Bernstein dans Libération du 13 janvier 1994. En deux lignes de présentation, ils ont la résolution de l'énigme servie sur un plateau. Un crime !

 

KONOP : Pas de kaddish pour Sylberstein. Série Noire N° 2335. Parution janvier 1994. 160 pages. 6,05€.

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3 juillet 2015 5 03 /07 /juillet /2015 12:56

Bon anniversaire à Georges-Jean Arnaud, né le 3 juillet 1928.

G.-J. ARNAUD : Spoliation.

G.J. Arnaud est sans conteste l’un de nos meilleurs raconteurs d’histoires, sinon le meilleur, dépassant, sauf peut-être dans les tirages de vente, Serge Brussolo par sa production et son imagination.

Mais ce n’est que mon avis que je partage entièrement car Arnaud a tout exploré, sous son nom ou sous celui de pseudonymes divers, variés, exotiques même, de la littérature d’espionnage au policier, sous toutes ses formes ou presque, en passant par l’historique, la science-fiction au long cours, la science-friction appelée aussi érotisme, le fantastique, la biographie familiale, sauf peut-être le western et le cape et d’épée. Avec son nouvel ouvrage, G.-J. Arnaud renoue dans la veine de ses plus belles réussites, l’histoire banale et bancale de simples particuliers dans l’atmosphère confinée d’un appartement.

Spoliation débute dans cette ambiance particulière chère aux fantastiqueurs et utilisée à de nombreuses reprises par Arnaud, et quelques uns de ses confrères dont Brussolo, dans des romans comme Bunker Parano et autres où le suspense s’installe dès le prologue afin d’engluer le lecteur et le retenir dans ses rets.

Une vieille dame qui demeure seule dans un immense appartement qu’elle a scindé en deux, une partie qu’elle n’habite plus et qui recèle un trésor composé de vieux meubles, de vaisselle et bibelots anciens de valeur, et l’autre partie où elle vit dans un total dénuement.

Des squatters investissent la partie meublée et s’installent en toute impunité, vivant sans vergogne dans des lieux qui sont devenus une sorte de musée. La vieille dame est persuadée qu’il s’agit de fantômes, le retour d’une famille qu’elle a fort bien connu durant la dernière guerre mondiale. Deux des squatters, dénués de scrupules, se mettent en tête de revendre la lingerie à des receleurs et brocanteurs, mettant la main dans un engrenage infernal.

Daisy, la vieille dame, se lie d’amitié avec une des deux jeunes femmes occupant le logement abandonné, la confondant avec une de ses anciennes connaissances. Les deux enfants de Daisy, qui roulent sur l’or amassé par le père lors de la dernière guerre mondiale, et qu’elle ne voit qu’à de rares occasions et encore, n’apprécient guère l’intrusion de ces squatters. S’ensuit une histoire basée sur, comme le titre l’indique, une sordide affaire de spoliation durant la dernière guerre mondiale, mais l’intérêt ne réside pas en soi sur cet épisode tragique et vénal perpétré par des profiteurs.

 

C’est toute l’ambiance, l’atmosphère; le suspense, décrits par G.-J. Arnaud qui retiennent l’attention du lecteur.

Une œuvre dense, forte, entre fantastique et enquête historico-sociale par un auteur qui demeurera l’un des meilleurs représentants du roman populaire de la seconde moitié du XXème siècle, dans la lignée des Hugo, Sue et Balzac, qui est entre nous soit dit l’un de ses maîtres. Le talent de G.-J. Arnaud, même s’il a été long a être reconnu par les littéraires parce que l’auteur fournissait trop sous divers pseudonymes et dans des collections ou chez des éditeurs dont l’aura n’atteignait pas celle de collections plus “ intellectuelles ”, n’est plus à démontrer.

Pour preuve, alors que le Fleuve Noir se cherchait une nouvelle voie et avait tendance à délaisser ses vieilles gloires, Arnaud a fourni une série de très bons polars historiques chez l’Atalante et dans le giron du Masque.

 

G.-J. ARNAUD : Spoliation. Noirs grand format. Fleuve Noir. Parution novembre 2000. 266 pages.

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Présentation

  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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