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5 mai 2015 2 05 /05 /mai /2015 09:38

Souvenirs, souvenirs...

De nos beaux jours de l'été

Lorsque nous partions cueillir...

Jean-Marie PALACH : Souvenirs envolés.

Ce ne pourrait être un fait-divers estival comme un autre, mais la défenestration de Catherine Miobari fait les grands titres. Célèbre actrice de cinéma, elle n'avait aucune raison de se suicider. Pourtant c'est bien cette thèse qui est retenue, en attendant les résultats du laboratoire de la police scientifique.

Chiara Mobiari, sa fille qui suit les traces cinématographiques de la mère, est persuadée qu'il s'agit d'un meurtre et trois jours plus tard, elle se rend à la Criminelle où elle est reçue par le commandant Langlade. Elle accumule les raisons de sa mère à rester vivante, et Langlade est presque convaincu. Du moins c'est ce qu'il annonce à Clémence Malvoisin, la commissaire divisionnaire et il se promet d'aller visiter l'appartement afin de vérifier si rien n'aurait été omis par les enquêteurs. Maurice, le planton, cinéphile averti et collectionneur de revues consacrées au 7e art, a du mal à se remettre de cette nouvelle.

Rentrant chez elle à Saint-Maur, dans la banlieue est de Paris, Clémence traverse le bois de Vincennes. S'il n'a pas la réputation malfamée du Bois de Boulogne, cet endroit possède aussi ses fleurs de bitume qui attendent le chaland, court vêtues, avant de les entraîner dans leurs camping-cars transformés en garçonnières. Elle aperçoit deux hommes qui poursuivent une de ces jeunes femmes et veulent la molester. Elle s'interpose et grâce à des renforts promptement arrivés sur place, les deux hommes sont arrêtés. Ce ne sont pas des clients mais des hommes de main chargés de surveiller leurs "protégées".

Violette, ainsi se prénomme la jeune fille, narre à Clémence pourquoi elle se prostitue, une appellation qu'elle réfute. Agée d'environ seize ou dix-sept ans, elle est une M'Piga, une jumelle en langue Obemba, un village du Gabon. Et si elle vend ses faveurs, c'est pour tenir un engagement de son grand-père resté au village. En contrepartie de ses prestations forestières, des subsides sont alloués aux villageois. Violette sera placée dans un foyer, afin d'échapper à ceux qui se font du fric avec son corps. C'est ce qu'a décidé Clémence qui entend bien s'attaquer à la racine du mal, le propriétaire d'un restaurant gabonais.

A peine arrivée chez elle, Clémence reçoit un appel de Langlade. Jean-Paul Pournier, un célèbre acteur, s'est jeté chez du cinquième étage. Ecrasé, le pauvre sur le bitume.

Ceci n'est plus une coïncidence d'autant que Clémence apprend par Maurice, l'amateur cinéphile, que quelques années auparavant un réalisateur, avec lequel Catherine Mobiari et Jean-Paul Pournier auraient dû tourner un film se déroulant en Afrique, et plus particulièrement au Gabon se serait suicidé en se jetant du Pont du Gard. Or pour des raisons indéfinies, ce projet aurait avorté.

Violette se rend chez Clémence, son séjour au foyer ne se déroulant pas dans une ambiance sereine, et elle est accueillie les bras ouverts. En remerciement elle offre à la commissaire une amulette, un gri-gri ancestral, qui, elle en est persuadée, devrait la tirer des pires situations. Et Clémence en connaîtra des moments difficiles car elle s'envole pour le Gabon, sous la couverture d'une journaliste, afin de savoir pourquoi le film n'est pu être réalisé et son voyage ne sera pas de tout repos.

Dans le même temps, elle reçoit un message d'une ancienne condisciple l'invitant à une réunion au cours de laquelle devraient se retrouver tous ceux qu'elle a côtoyé en première. Les souvenirs affluent, les visages aussi, et son cœur s'emballerait presque. Si celle qui lui a lancé l'invitation était une adolescente insignifiante, Clémence se souvient très bien de deux autres condisciples, les meilleurs de la classe, et son penchant amoureux pour l'un d'eux.

 

Léo Malet m'avait déclaré un jour, lors d'un festival de Reims auquel il participait, que sans coïncidences, il n'y aurait pas de romans policiers. Les coïncidences en sont la charpente. Et effectivement dans ce roman, les coïncidences sont nombreuses, mais pas forcément fortuites. Mais elles sont expliquées en partie à la fin.

Avec une maîtrise d'horloger, Jean-Marie Palach construit son intrigue sans failles, en y apportant la touche d'exotisme qui lorgne vers le roman d'aventures. Le voyage au Gabon, les péripéties et les pérégrinations de Clémence qui l'amènent jusqu'au village de Violette, à rencontrer Solange, sa M'Piga, en compagnie d'un guide occasionnel, un commissaire qui dirige une école de formation policière et qui comprend le dialecte local, pourraient très bien s'inscrire comme le petit plus qui captive le lecteur. Mais l'auteur n'oublie pas de lorgner sur la géopolitique et les relations entre la France et le Gabon, et surtout cette transmission de pouvoir népotique. La diplomatie et l'immunité dont disposent justement les diplomates, ainsi que leurs employés, sont mises en avant. Et heureusement Clémence possède une hiérarchie qui sait prendre ses responsabilités.

Jean-Marie Palach met en avant également ce respect dû aux anciens, à la parole donnée, ce qui peut entraîner parfois des situations embarrassantes, délicates, voire dangereuses.

Jean-Marie PALACH : Souvenirs envolés. Editions Pavillon Noir. Parution le 10 octobre 2014. 232 pages. 14,00€.

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5 mai 2015 2 05 /05 /mai /2015 08:13

C'est la java bleue, la java la plus belle...

Arthur V. DEUTSCH : La java du poulet

L'amitié entre Starett et Babby Borsalino n'était pas feinte. Ils se considéraient comme deux frères, et Starett alla même jusqu'au meurtre d'un boutiquier qui avait permis l'arrestation de Babby auteur d'un hold-up raté envers le commerçant.

Si après avoir effectué son service militaire en Corée Starett entre dans la police, si pendant ce temps Babby Borsalino émarge de plus en plus à la Mafia dans une famille dirigée par son oncle Nappi, ce sont toujours de bons copains. Seules leurs occupations les éloignent l'un de l'autre.

L'assassinat de Babby Borsalino par des concurrents de Détroit oblige moralement Starett à mener une double vie. Ses résultats en tant que policier sont brillants et lui valent de rapides promotions ainsi qu'à son partenaire Vigdor, qui ne connaît que superficiellement les méthodes employées par Starett. Ainsi un audacieux cambrioleur sévit dans les beaux quartiers new-yorkais. Mais son forfait ne se limite pas au vol. Il viole également les femmes présentes sur les lieux de ses crimes, les forçant à des actes contre nature.

Vigdor et Starett acquièrent peu de temps après la certitude qu'un flic du nom d'Esko pourrait être de mèche avec le malfrat. Ils le suivent, repèrent son complice, et tandis que Vigdor planque en bas de l'immeuble, Starett attend sur le toit que le cambrioleur ait fini son opération puis il le balance du haut des trente sept étages. Une manière expéditive qui leur vaut une nouvelle promotion.

Parallèlement Starett occupe son temps en tant que tueur pour la Mafia. Il a éliminé les deux hommes qui ont occis son ami grâce aux renseignements fournis par Nappi. Depuis, lorsque Nappi, ou l'Organisation, ont besoin de se débarrasser d'une personne, un couple qui cocufie l'un des pontifes de la Mafia ou un chef qui à la suite d'une maladie devient sénile et dangereux pour la sécurité des truands, il prétexte un empêchement familial et remplit son contrat, aussi bien en Floride qu'en Californie. Si Vigdor a des soupçons sur les agissements de son collègue, il n'en dit rien.

 

Le premier chapitre débute sur la petite fête donnée en l'honneur de Starett et de son départ, une forme de prologue qui permet à Deutsch d'écrire la biographie de ce flic aux agissements pour le moins contestable.

Ce n'est pas un flic pourri dans l'acception du terme, n'étant pas à la solde de truands pour fermer les yeux sur leurs petits trafics au sein des enquêtes qui lui sont confiées. C'est l'homme en lui-même qui est déplaisant.

Sa façon de résoudre les missions, sa collusion avec l'un des pontifes de la Mafia, même s'il obéit au code de l'amitié, sa jouissance physique lorsqu'il tue ses victimes en font un psychopathe. Un personnage malsain qui n'engendre pas la sympathie contrairement à d'autres truands issus de la littérature policière. Ses problèmes familiaux, sa désaffection envers sa femme n'expliquant pas tout.

 

La carrière d'un boxeur se mesure à la somme de souffrances et de coups qu'il peut infliger aux autres; de même un excellent flic n'était pas honoré à cause de ceux qui lui avaient échappé.

Curiosité :

L'orthographe du nom de l'auteur semble erronée, sur la couverture et aux divers endroit où il apparait. En réalité il faut l'écrire Deutsch.

Arthur V. DEUTSCH : La java du poulet (Starett - 1978. Traduction de F.M. Watkins. Série Noire N°1758. Parution janvier 1980. 256 pages.

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4 mai 2015 1 04 /05 /mai /2015 09:33

La Haine de la Hyène ou La mort sûre de la Hyène...

Gilles VINCENT : Hyenae.

Il a beau nier, Bertaux est fait comme un rat. La commissaire Aïcha Sadia et ses hommes, dont Théo Mathias le légiste qui la suit partout, effectuent une descente, enfin une montée puisqu'il habite au sixième étage, dès potron-minet chez lui et le réveillent sans douceur. Ils lui font visionner sur un ordinateur une vidéo montrant un homme cagoulé s'acharnant sur une gamine à coups de batte de base-ball.

La gamine n'est pas une inconnue. Il s'agit de Camille Carlotti, disparue le 7 septembre 2003, soit quatre ans auparavant, quasiment jour pour jour. Alors Bertaux se retranche derrière une histoire de série de cambriolages qu'il aurait perpétré dans la même rue peu de temps auparavant, qu'il aurait récupéré puis vendu le DVD à un homme, dont il donne une vague description, par l'intermédiaire d'un ami. Un individu en possession de cet objet a été arrêté à Roissy, alors qu'il s'apprêtait à embarquer.

Seulement, afin d'échapper aux poursuites, Bertaux préfère passer par la fenêtre des toilettes, et la réception dans la cour n'étant pas amortie, il ne reste plus aux policiers qu'un cadavre sur les bras. Ce qui ne fait pas leurs affaires, les habitants du quartier Nord, et notamment les jeunes à capuches commençant à gronder contre des bavures policières. Heureusement le capitaine Draux, un gars du Nord fraîchement muté, arrive à la rescousse rapidement.

Au même moment, à Maussanes-les-Alpilles, à quelques quatre-vingts kilomètres de Marseille, Sébastien Touraine se réveille avec toujours ce goût amer de bile dans la bouche. Un grand café noir accompagné d'une cigarette puis il sort, laissant son regard s'échapper au delà des collines et ses poumons expectorer ses glaires. Comme tous les jours il a mal dormi, passant des nuits blanches à ressasser une affaire vieille de quatre ans. Il était détective privé, il s'est recyclé comme bouquiniste en livres anciens. Une profession fort honorable.

Quatre ans auparavant, alors qu'il vivait une histoire d'amour avec Aïcha Sadia, il avait été amené à enquêter sur la disparition de la jeune Camille. Il s'était rendu dans le Nord, afin d'enquêter également sur une autre disparition de gamine. En rentrant en voiture, il avait appris la mort de sa fille Hélène, issue d'un premier mariage, dans un accident de voiture. Et en rentrant chez lui il avait eu la désagréable surprise de trouver sur le palier un jerrican d'essence.

En réalité il y avait eu trois disparitions de gamines à la même époque. Et en ce jour où Aïcha Sadia et ses hommes arraisonnent Bertaux, les parents de Julie, qui habitent à Orchies dans le Nord, reçoivent un courrier ne comportant que quelques mots : 100 000 euros contre une preuve de vie. Ils n'ont pas oublié leur fille depuis quatre ans dont ils n'avaient reçu aucune nouvelle depuis. Une disparition n'est pas un deuil.

Aïcha Sadia décide d'appeler Sébastien Touraine. Elle a besoin de lui, de le revoir, de parler, d'enquêter ensemble sur ces affaires douloureuses qui d'un seul coup ressurgissent sans crier gare. Camille est probablement morte, mais les autres ? Et ils possèdent aujourd'hui un indice, maigre il est vrai, mais ils ne doivent rien négliger et tenter de sauver les deux autres gamines avant qu'il soit trop tard.

Sébastien Touraine se rend vite compte qu'à travers ces disparitions, c'est lui qui est en cause. Il est la proie d'un terrible chasseur surnommé la Hyène à cause des empreintes qu'il laisse sur les cadavres. La Hyène qui ne le lâchera pas des dents jusqu'à ce qu'elle assouvisse une vengeance. Seulement qu'a pu faire Sébastien Touraine quatre ans auparavant , ou plus, pour engendre une telle haine, une telle violence ?

 

Lorsque j'avais lu J'étais Dora Suarez de Robin Cook, auteur que j'ai rencontré à diverses reprises, je m'étais demandé dans quel état psychique un auteur pouvait, à la fin de l'écriture d'un tel roman âpre, violent, avec tortures à l'appui, se retrouver et redevenir un homme calme, affable, joyeux même parfois. Avec Hyenae, je me suis posé la même question et j'espère que Gilles Vincent n'en ressent pas les affres. Apparemment non, puisque par la suite il a écrit des ouvrages moins durs, un peu, tout en étant aussi réalistes.

Torture, violence parsèment cet ouvrage dont des gamines ne sont pas les seules victimes. Une enquête qui dure une semaine à la recherche d'un personnage implacable, qui se joue de la police, qui la nargue, et dont Sébastien Touraine est la principale proie. Pas physiquement mais dans sa chair, celle de père, et dans son mental. Car non seulement il pense à Hélène, probablement victime d'un accident provoqué, mais à son autre fille, née d'un second mariage qui pourrait elle aussi devenir la cible de la Hyène.

La tension monte progressivement, entretenue par des événements qui se catapultent et le final atteint un paroxysme insoutenable. Dans la description des faits mais également dans l'esprit du lecteur qui se demande avec angoisse comment tout cela va finir.

Un roman âpre, dur, rude, comme il nous en est proposé de nombreux en ce moment, loin des romans dans lesquels des enquêtrices bon chic bon genre résolvent des problèmes tout en dégustant des scones accompagnés d'une tasse de thé. C'est la vie et la mort qui frappent le lecteur en pleine mâchoire, le laissant groggy. Le coin de ciel bleu dans cette grisaille romanesque impitoyable, ce sont les retrouvailles de Touraine et Sadia, et ça, ce n'est pas négligeable. Un peu de fraîcheur dans un monde de brutes.

Ce roman est la version réécrite et complétée par l'auteur d'un ouvrage paru en mai 2009 sous le titre de Sad Sunday aux éditions Timée. Il s'agit du premier opus mettant en scène Aïcha Sadia et Sébastien Touraine dont nous pouvons suivre les aventures dans Parjures puis dans Beso de la muerte.

Hyenae a été chroniqué par de nombreux blogueurs dont Pierre F. sur Black Novel1

Gilles VINCENT : Hyenae. Collection Polar Jigal. Editions Jigal. Parution 15 février 2015. 216 pages. 18,50€.

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4 mai 2015 1 04 /05 /mai /2015 08:02
Shepard RIFKIN : Crépuscule de sang.

Indien vaut mieux que deux tu l'auras...

Shepard RIFKIN : Crépuscule de sang.

C'est sur un cambriolage et un meurtre peu ordinaire que doit enquêter Damian McQuaid, inspecteur de police à New-York.

Cinq objets précieux d'origine indienne et un exemplaire rarissime de la Déclaration d'Indépendance des Etats-Unis ont été dérobés au couple Sorensen, et le gardien noir est mort, une lance indienne fichée près du cœur. Sorensen est l'un des hommes les plus riches du pays quant à sa femme elle est d'origine plus que modeste, née de l'union d'une Mexicaine avec un Apache.

McQuaid se rend tour à tour chez le bouquiniste qui a vendu à Sorensen la Déclaration, au Muséum d'histoire naturelle, puis dans une galerie d'art qui expose les toiles d'un peintre comanche. Il tente de comprendre qui a pu voler les objets et pourquoi. Une hypothèse émise par l'artiste indien, confirmée par une anthropologue du Muséum, amène McQuaid à s'intéresser au Pouvoir Rouge et à envisager à continuer son enquête au Nouveau Mexique dans la réserve Navajo.

Muni d'une lettre d'introduction de Madame Sorensen, McQuaid se rend à Gallup, et les premiers contacts qu'il a aussi bien avec le représentant local des forces de l'ordre qu'avec les Indiens sont tendus. Le président de la Nation Navajo, et non pas de la réserve qui est un terme injurieux, lui facilite ses déplacements en lui proposant un chauffeur de sexe féminin. L'association avec cette jeune fille comme guide tourne court notamment à cause du shérif et d'un ex petit ami jaloux.

McQuaid reçoit l'aide inattendue d'un spécialiste en archéologie indienne, puis celle d'un journaliste méfiant et soumis à pression. Il reconnait dans une boutique d'antiquité de Santa-Fe l'un des objets volés mais le propriétaire du magasin ne peut en donner la provenance. Bientôt va être célébrée le Shalako, grand festival d'hiver des Zunis, et dans la rue des Indiens procèdent à des répétitions. L'attitude de l'un des danseurs, Pete tue-deux-fois, d'origine Comanche et créateur du N.A.U. (Nationaux Américains, Unissez-vous) éveille l'intérêt de McQuaid.

Malgré les mises en garde, McQuaid ne se méfie pas et un chauffard le propulse dans un ravin alors qu'il regagne en voiture Gallup. Des marques de peinture sur les phares de son véhicule lui font comprendre qu'il a été victime d'un attentat. Le monde est petit et il retrouve sur sa route les responsables du Muséum ainsi que Madame Sorensen.

 

McQuaid met beaucoup plus de temps que le lecteur à comprendre l'importance du vol des reliques indiennes. Il est vrai que Tony Hillerman est passé entre temps et ses romans ont levé un voile sur la psychologie d'ethnies spoliées. Nous sommes bien loin des westerns dans lesquels les Blancs étaient confrontés à une horde de sauvages même si Shépard Rifkin ne peut s'empêcher d'utiliser des poncifs. Bizarrement ses personnages se mettent facilement en colère, sont soupe au lait, la moindre réflexion étant jugée déplacée. Dans ces conditions il est parfois difficile d'entendre la voix de la raison.

Quant aux personnages féminins, ce sont de véritables provocatrices sexuelles. Un peu l'anti thèse du harcèlement sexuel trop souvent reproché à des mâles subjugués par des appâts mammaires ou fessiers.

Les Indiens parlent seulement quand ils ont quelque chose à dire. Ils ne sont pas comme les Blancs, qui occupent leurs heures vides à jacasser.

 

Curiosité :

Annoncé du même auteur: Deux doigts de blonde sous le numéro 132 alors qu'il s'agit du numéro 1324.

Shepard RIFKIN : Crépuscule de sang. (The snow rattlers - 1977. Traduction de M. Charvet). Série Noire N°1752. Parution novembre 1979. 288 pages.

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3 mai 2015 7 03 /05 /mai /2015 13:46

Hommage à Barbara Vine, plus connue sous le nom de Ruth Rendell, décédée le 2 mai 2015.

Barbara VINE : Ravissements.

Depuis qu’il l’a empêché de se suicider, Sandor est devenu le mentor de Joé, handicapé mental léger, auquel il raconte parfois de belles histoires plus ou moins vraies : ainsi celle de la princesse kidnappée à Rome.

Peu à peu, Joé apprend que cette princesse a déjà été enlevée cinq ans auparavant et que Sandor en était le geôlier avec deux acolytes italiens. Et il ne voit aucun inconvénient à s’associer à ce nouveau forfait. Il est donc chargé par Sandor d’effectuer des repérages. Mais, un jour Paul Carnet, le gardien de la propriété, le surprend en flagrant délit d’espionnage. Ce cerbère ayant coupé les ponts avec son passé, est le garde du corps de Nina. Apsoland, son mari, directeur d’une firme spécialisée dans la sécurité, a multiplié les systèmes de protection de la maison. Colombo et Maria complètent le personnel domestique.

Paul se pose de nombreuses questions sur Nina, dont il tombe bientôt amoureux. Joé, de son côté, pense sans cesse à sa sœur adoptive, Tilly, dont il est sans nouvelles depuis des années. Par une petite annonce, il retrouve sa trace et l’invite à les rejoindre. Si Sandor n’apprécie guère cette intrusion, il n’en laisse rien paraître.

Mais bientôt, Tilly prend un ascendant certain sur les deux hommes. Joé soupçonne alors Sandor de lui cacher une partie de la vérité sur ses antécédents et ses motivations. Lors d’une visite à Diana, sa mère, il apprend que Sandor a passé quatre ans en prison. Or, il est continuellement fauché ; qu’est devenue, dans ce cas, sa part de la rançon ? Sandor avoue alors l’avoir redonnée à sa belle captive.

Sous la houlette de Tilly, Jessica est prise en otage, afin de faire pression sur son père, Paul Carnet, à qui ils proposent un échange : Jessica contre Nina. Le malheureux est partagé entre son sentiment paternel et l’amour qu’il porte à Nina, devenue sa maîtresse. Mise au courant, Nina l’encourage à se plier aux exigences des ravisseurs. Carnet, trop heureux de retrouver sa fille saine est sauve, quitte la région en attendant que Nina le rejoigne. Sandor, amoureux de Nina, n’avait imaginé cet enlèvement que pour mieux retrouver sa princesse, mais celle-ci, qui avait éprouvé un certain penchant pour son geôlier, lui déclare que cette attirance s’est effacée avec le temps.

 

Ce roman de Barbara Vine, pseudonyme derrière lequel se cache Ruth Rendell, démarre lentement, puis, après quelque temps morts, s’emballe pour se clore sur un final éblouissant, mené à un rythme d’enfer.

La trame est une duplication d’événements dans le temps, mais dont la réalisation et l’achèvement diffèrent. Ainsi la tentative de suicide de Joé et celle réussie de Sandor se déroulent dans les mêmes conditions.

De même, le double enlèvement de Nina, la princesse, par les mêmes personnages. La première fois, Sandor et les deux Italiens étaient complices. Pour le second, ils échafaudent leur combinaison séparément. Quant à Joé, le narrateur, pris entre victime et ravisseurs, il est perturbé par l’amitié qu’il porte à Sandor. Cette confusion de sentiments fait osciller en lui la peur et l’attrait de l’homosexualité. Il connaîtra sa première relation sexuelle avec Tilly, sa sœur d’adoption.

Jusqu’au titre, ce roman, qui jongle avec la dualité, le double sens des mots, baigne dans une atmosphère trouble et dérangeante. Barbara Vine est bien le « double » de Ruth Rendell.

 

Barbara VINE : Ravissements. (Gallowglass - 1990. Traduction Sabine Porte). Hors collection. Calmann-Lévy. Parution 1991. Autres éditions : Le Livre de Poche Policiers n°9727 (1993).

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3 mai 2015 7 03 /05 /mai /2015 13:19

Hommage à Ruth Rendell, décédée le 2 mai 2015.

Ruth RENDELL : La demoiselle d’honneur

Depuis la disparition de son père, Philip vit entouré de sa mère Christine et de ses deux sœurs, Fee et Cheryl. Il a la phobie de la violence sous toutes ses formes. Ainsi la disparition de Rebecca Neaves, largement relatée par les médias, l’indispose. Sa mère, elle, songe à refaire sa vie avec Gérard Arnham et lui offre une statue de jardin, souvenir de son voyage de noces, qui représente la déesse Flore.

Au mariage de sa sœur Fee, Philip est fasciné par Senta, la cousine de son beau-frère. Elle devient sa maîtresse et commence alors pour lui une période merveilleuse. Mais Senta ne se contente pas de paroles d’amour ; il lui faut une preuve qui va à l’encontre de l’aversion du jeune homme : un échange de meurtres !

Pendant ce temps, la liaison de Christine avec Gérard est rompue. Et Philip est sidéré lorsqu’il aperçoit de la fenêtre de l’une de ses clientes, la statue de Flore dans un jardin. Il s’en empare. Entre Senta et lui, c’est la rupture. Il ne peut se résoudre à tuer un être humain, même par amour. Mais, au bout de quelques jours, il est en manque et renoue avec elle en lui jurant de passer à l’acte. Il décide de s’attribuer l’assassinat d’un clochard dont le corps a été découvert dans la banlieue londonienne. Folle de joie, Senta lui avoue être elle aussi passée à l’acte : elle a tué Gérard Arnham ! Philip pense qu’elle fabule ; ce que confirme sa rencontre avec l’ancien ami de sa mère qui aimerait bien la revoir.

Selon les journaux, un homme répondant au nom de Myerson aurait été assassiné à l’endroit indiqué par Senta et Philip est persuadé de la mythomanie de son amie jusqu’au jour où il comprend que, prenant Myerson pour Arnham, elle l’a effectivement assassiné. Plus grave, elle avoue avoir tué également, quelques mois auparavant, un certain Martin Hunt ! Un meurtre perpétré sous l’emprise de la jalousie. Les relations entre les amants se dégradent, mais Senta s’accroche désespérément.

Philip a d’autres soucis en tête. Sa sœur Cheryl, à cause du jeu, est arrêtée pour vol. Arnham rend visite à Christine. Par provocation, Philip replace la statue de Flore dans le jardin.

 

Autour d’une histoire d’amour qui se révèle tragique, Ruth Rendell construit un roman psychologique cruel dont tous les protagonistes agissent sous l’emprise d’une phobie, d’une schizophrénie, d’une névrose quelconque. Le personnage de Senta est fascinant. Prompte à travestir la réalité, elle est également en proie à l’agoraphobie. Vivant souvent cloîtrée dans sa petite pièce au sous-sol, elle possède une existence intérieure intense. Sa faculté à édulcorer la vérité est entretenue par son métier puisqu’elle est actrice à la recherche d’un rôle. Elle désire que le couple qu’elle forme avec Philip soit la réincarnation de Arès et Aphrodite, déclarant : Nous devons prouver que nous sommes prêts, l’un pour l’autre, à transcender les lois humaines ordinaires. Et je dirais même : à les réduire à néant, à montrer que, tout simplement, elles ne valent pas pour nous

Si les personnages masculins, en particulier Philip, sont un peu falots, les femmes, elles, sont montées en épingle, sous un angle qui n’est pas à leur avantage. Un roman bourré de métaphores, écrit par une femme qui ne se montre pas l’apologiste de la femme mais la dévoile sous diverses facettes qu’un homme aurait parfois du mal à imaginer.

 

Ruth RENDELL : La demoiselle d’honneur

Ruth RENDELL : La demoiselle d’honneur (The bridesmaid - 1989. Traduction de Pierre-Guillaume Lebon). Hors collection. Calmann-Lévy. Parution 1991. Autres éditions : Le Livre de Poche Policiers n°4315 (1992)

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3 mai 2015 7 03 /05 /mai /2015 10:09

Qui ne sont pas forcément des simples d'esprit...

Tony KENRICK : Heureux les condamnés !

Apprenant par son médecin qu'il n'a plus que quelques semaines à vivre, Harry Mercer, publicitaire, se transforme du jour au lendemain d'agneau bêlant en lion rugissant.

Il accepte de rencontrer Grace, une jeune femme atteinte du même mal incurable que lui et ils se donnent rendez-vous dans un restaurant. A la fin de la soirée, alors qu'ils regagnent l'appartement de la jeune femme, ils mettent en fuite deux malfrats qui tabassent un professeur de musique, propriétaire d'une boulangerie. Ramsey refuse de vendre sa boutique à Kolynos, un malfrat milliardaire racketteur bien connu des services de police, car il veut réaliser un projet qui lui tient à cœur: transformer son magasin en salle de concert dans laquelle les pauvres du quartier pourraient écouter de la musique classique sans pratiquement rien débourser.

Regan, un officier de police ami de Mercer, les éconduit en leur expliquant que sans preuves véritables, la loi ne peut rien contre ce genre d'intimidation. Les deux condamnés par la médecine décident en chœur de contrer Kolynos par leurs propres moyens. Sachant qu'il se trouve en possession de billets de 1000 $ provenant d'un hold-up, Harry et Grace imaginent un moyen pour l'obliger à les produire devant un policier et signer ainsi son forfait.

Kolynos, d'origine grecque, s'est élevé à la force du poignet, mais il exige toujours ce qu'il y a de mieux: le meilleur secrétaire, le meilleur chauffeur, la plus belle femme, etc... et les embauche sous la contrainte. Harry et Grace contactent Osborne, le secrétaire qui souffre de cet enrôlement forcé. Il accepte de trahir son patron en simulant un faux kidnapping. Le cuisinier français est ainsi enlevé et pour pallier cette défection Osborne propose à Kolynos de le remplacer par le numéro 2 dans la liste des meilleurs. En réalité c'est le plus mauvais des cuistots qui est engagé.

Kolynos refusant de payer la rançon, le chauffeur, le maître d'hôtel et la call-girl sont eux aussi pris en otages, à leur plus grand plaisir. La réception donnée par Kolynos à un malfrat du racket tourne à la catastrophe et il accepte à contrecœur de payer la rançon. Harry prévient Regan que la transaction aura lieu dans son bureau.

 

En prenant pour postulat un sujet grave Tony Kenrick le traite avec légèreté et humour, enchaînant les gags et les situations les plus dingues, tout en gardant en réserve les moments sensibles.

Ce qui donne, comme Michel Lebrun l'écrit si bien dans l'Année du Crime 1980, un livre en porte à faux. Aux moments de franche rigolade succèdent des passages émouvants. Ainsi lorsque Harry et Grace se rendent compte qu'ils sont tombés amoureux l'un de l'autre et qu'ils ne pourront pas avoir d'enfants.

Les avatars subits par Kolynos à cause de ses nouveaux employés relèvent de l'anthologie humoristique, même si certaines situations sont démesurées. Quant à l'épilogue, lui aussi est en porte à faux et l'on peut ressentir une certaine frustration.

 

Je cesse de fumer, c'est décidé. Je l'ai déjà fait plusieurs fois et je le ferai encore.

Curiosité :

La cuisine française est à l'honneur. Le chef cuisinier est Français et son remplaçant américain, qui accumule les erreurs à cause de sa myopie, ne jure que par Escoffier.

 

Tony KENRICK : Heureux les condamnés ! (Two lucky people - 1978. Traduction de Jane Fillion). Série Noire N°1744. Parution septembre 1979. 256 pages. 4,90€, disponible sur le site de la Série Noire.

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2 mai 2015 6 02 /05 /mai /2015 14:19

Temps glaciaires, un titre qui refroidit !

 

Le nouveau Fred Vargas, Temps Glaciaires, est sur les étals des libraires. Bizarrement il n'est guère chroniqué sur les blogs dits spécialisés. Parait que ce serait la faute à l'éditeur. Il est vrai que recevoir un prix est plus gratifiant pour l'éditeur, plus important aux yeux du lectorat, que d'envoyer des services de presse onéreux.

Ceci m'a amené à mettre en ligne un article paru dans la défunte revue Caïn N°27, éditions Baleine. Parution octobre 2001. 224 pages. 9,20€. Disponible chez l'éditeur.

Vous avez reçu un nouveau message !

Internet, paraît que c’est bien, genre le maxi micro qui rapproche les hommes (ce n’est qu’une généralité car je n’oublie pas les femmes lorsque j’écris les hommes, je ne suis pas misogyne, loin de là, quoique parfois, mais bon on n’est pas là pour parler de moi et de mes états d’âmes…), donc j’écrivais : Internet, avec le émail (en français courrier électronique, qui permet à deux personnes de correspondre, d’envoyer des fichiers, des photos de leur dernière prise majeure dans le lac ou de leur femme majeure dans le lit, et autres échanges instructifs) offre la faculté de passer par un groupe de discussion qui facilite les échanges d’idées, d’opinions, de point de vue, un peu sous couvert d’anonymat, sans recevoir sauf par écran interposé, de désagréables, pour ne pas dire plus, réflexions qui ne prêtent pas à conséquence (en général) mais fournissent aux scripteurs un moyen facile de se défouler sans passer par un ring de boxe, et autres désagréments qui laissent souvent des traces sur l’épiderme des participants (ouf, j’ai terminé ma phrase !). Donc je voulais simplement mentionner, sans paraître cauteleux (eh oui, je l’ai placé !) auprès de ceux qui lisent cette notule, que dans les groupes de discussion, on trouve de tout et de rien, c’est-à-dire des avis divergents sur tel ou tel sujet sans que le fond du problème soit réellement abordé et les opinions explicitées. En voici une preuve commentée humblement par le scripteur qui a désiré s’en tenir au simple rôle de voyeur d’écran.

 

La discussion débute par un adepte, appelons le X, qui après avoir lancé négligemment le pavé dans la mare, ne se manifestera plus. En réalité c’est une réponse à quelqu’un qui avait critiqué négativement un bouquin mais nous ne reviendrons pas à l’origine du monde et au big-bang, Michel Rocard ayant participé en son temps à cette explosion. Et puis le nombre de pages dédiées à ce dossier nous oblige à rester sobre (dans le texte bien entendu).

Or donc voici cette phrase qui lança le débat, petite pierre qui engendra pas mal de remous et de cercles sur la mare aux polars :

“ J’ai lu le Sylvain l’an dernier ou avant, je ne sais plus. J’ai trouvé ce roman carrément idiot. ”

 

La réponse fournie à cette question, qui n’était qu’une simple réflexion, ne se fait pas attendre et aussitôt nous voyons les cercles concentriques se former à vitesse grand V et se transformer en mascaret d’équinoxe. Désormais nous appellerons les interlocuteurs de cette discussion par les lettres A, B, C et suivantes afin de préserver leur anonymat.

 

Interlocuteur A :

Oui, je crois qu’il y a effectivement un problème avec les polars de Viviane Hamy, quand c’est pas des plagiats (Tabachnick) c’est de la grosse daube (Sylvain… et encore j’ai pas lu “ Vox ” mais je défie quiconque de dépasser la page 12 de son précédent “ Baka ” !) ou alors c’est chiantissime et totalement surfait (Vargas). V. Hamy est une excellent éditrice de littérature Blanche mais en noire… Allez, on va dire qu’elle doit être mal conseillée.

Notes du scripteur totalement impartial : La lecture de la première phrase de ce message m’induirait avec de l’erreur si je ne connaissais pas la maison d’édition. Les polars de Viviane Hamy, est-il écrit. Non, ce ne sont pas les polars de Viviane Hamy mais les polars édités par Viviane Hamy, ce qui est différent. Ensuite, examinons le jugement porté sur les ouvrages de Sylvain (Dominique de son prénom) qui, selon l’auteur de cette critique lapidaire, ne valent pas le déplacement. Pourquoi donc, dans ce cas, Viviane Hamy s’obstine-t-elle à publier des romans de cette gente dame (Dominique Sylvain est de sexe féminin) si les écrits en question sont illisibles et comment se fait il qu’il y ait encore des lecteurs, et inversement ? Ensuite, nous arrivons au cœur du sujet quoique dans ce cas de figure nous nous voyons plutôt confronté à notre corps défendant à un rejet exprimé par une partie anatomique de l’auteur que nous ne dévoilerons pas. Chiantissime, est-il écrit. De deux choses l’une : ou ce roman remplace les bénéfiques dragées Fuca et provoque une diarrhée pseudo littéraire, ou au contraire il faudrait entendre par là (par là je n’entends pas grand chose comme auraient dit les fameux duettistes Pierre Dac et Francis Blanche) que Fred Vargas rédige des ouvrages constipants. Remarquez avec quelle élégance le débat (merdique ?) est lancé.

 

Dorénavant nous nous contenterons d’indiquer les interventionnistes par la lette alphabétique qui leur a été attribuée par ordre chronologique.

 

B :

Plagiat ? De qui ?

Note intermédiaire. Le débat n’est pas encore réellement lancé, et nous tournons autour du pot, si je puis m’exprimer ainsi. Le débat s’avançant dans le temps et dans cette chronique, les intervenants devenant plus nombreux et explicites, les notes intermédiaires seront remplacées par des billets d’humeur modératrice à tendance plus ou moins philosophique, psychologique ou d’obédience pseudo-psychanalytique. Il faut bien gagner sa croûte et réaliser un reportage sur le vif comme si le lecteur se trouvait confronté à un problème hautement sociologique avec à la clé un médiateur intellectuellement débâtant d’une manière circonstanciée.

 

A :

“ Un été pourri ” de Tabachnick est presque intégralement pompé sur “ Le prochain sur la liste ” de Dan Greenburg (en Points Seuil Policiers). Et l’original est beaucoup mieux of course.

Le scripteur (moi-même en l’occurrence) commence à s’interroger : s’agirait-il d’un mauvaise traduction, de quand date le Greenburg, ne serait-ce pas un plagiat à l’envers, l’Américain ayant pompé la Française (n’y voyez dans cette question anodine aucune intervention extra littéraire et/ou à dominante sexuelle, ce qui n’entre d’ailleurs pas dans le propos de cette chronique) ? Mais de toute façon il ne s’agit que d’un aparté dans la discussion qui va véritablement démarrer sous peu.

 

C :

Bonjour, je n’ai pas d’avis sur Sylvain, ne sais pas si “ un été pourri ” est un plagiat. Par contre j’avais beaucoup aimé “ Le festin de l’araignée ” de Tabachnick. Et dire que Vargas c’est chiantissime et surfait ! ! Dis que tu n’aimes pas, que ça te gonfle, que c’est pas ton style. OK. Moi je trouve ça superbe, c’est un de mes auteurs de polar préféré en France, et comme je m’occupe à mes moments perdus d’une bibliothèque d’entreprise, je peux t’aaurer que mon avis est partagé par de très nombreux lecteurs, habitués au polar ou non. Peut-être n’est-ce pas assez noir, ni assez musclé pour plaire aux amateurs de polar pur et dur ; c’est recevable, mais c’est loin d’être chiantissime. Et le dernier écrit et dessiné à 4 mains avec Baudoin est un pur délice.

Tout à fait d’accord dans ton analyse cher correspondant C. Mais avant de la disséquer je voudrais te dire qu’il n’y a pas de moments perdus, et si effectivement tu avais des moments perdus, tu pourrais éventuellement les retrouver dans une officine spécialement dédiée aux objets trouvés, à moins que quelqu’un de peu scrupuleux se les soit accaparés et dans ce cas tu pourras dire définitivement adieu à tes moments qui ne seront pas perdus pour tout le monde. Mais revenons à nos moutons comme disait Jeanne d’Arc en filant sa quenouille et en rêvant du prince charmant aux quenouilles laineuses et soyeuses, mais je m’égare…

 

B

Vargas n’est certes pas une géante (A tous point de vue, hi hi) mais ses livres sont sans prétention et font passer un moment sympa. C’est déjà pas mal.

On sent l’intervenant qui se veut modérateur dans cette réponse tout en jouant sur les maux et les mots. Effectivement Fred Vargas n’est pas grande physiquement, mais ceci n’est qu’un appréciation personnelle en fonction de la taille de l’interlocuteur. Moi-même je ne suis pas grand mais comparé à mes petits-fils, je possède encore une autorité et une aura que nul ne contestera et d’ailleurs ceci n’entre pas en compte dans le sujet traité. Quant à dire qu’elle n’est pas grande en littérature, faut-il attendre la consécration mortuaire ou prendre en considération le nombre d’exemplaire vendus ? Je déborde et m’immisce dans un problème auquel je m’étais promis de ne pas participer.

 

D :

Quand j’ai lu “ L ’homme à l’envers ”, je me suis dit que c’était un polar qui flirtait avec le fantastique sans réussir à y plonger complètement. L’écriture, les personnages, les lieux tout est légèrement décalé, un brin mythique, un tantinet absurde. J’ai beaucoup aimé ce livre mais je l’ai aussi trouvé surfait et chiantissime (je vole des mots là). L’utilisation d’une narration à la polar est un tour de passe-passe, une coquetterie, un pis aller.... parce que ce n’est pas du roman policier. C’est du roman qui utilise les conventions du genre pour structurer son propos. C’est pas un crime. C’est pas un exploit non plus. C’est juste, légèrement, décevant. Ce que j’en dis...

N’en dis pas plus, nous avons tous compris que tu avais aimé, et qu’en même temps tu avais été déçu (par correction envers les auteurs des messages, le scripteur ne s’embarrassera pas des signatures au féminin). Tu exprimes un point de vue personnel bien structuré, poli, avec des appréciations douces-amères. On sent que tu veux ménager la chèvre et le chou, dire que tu n’as pas vraiment aimé le bouquin, mais que tu lui trouves cependant une qualité d’écriture certaine. Sous entendu, Fred Vargas, si elle s’était impliquée un peu moins dans le roman policier et plus dans la blanche aurait pu connaître la consécration, voire plus. Tiens peut-être comme Vautrin, Jean de son prénom, qui après avoir voyagé à la Série Noire puis chez Engrenage, a obtenu le Prix Goncourt (entaché de plagiat selon certains, donc je ne sais plus si c’est une bonne référence) ou encore Daniel Picouly pour ne citer que les exemples qui me viennent à l’esprit. Le côté fantastique, décalé, déjanté même, est effectivement présent dans ce roman, et pour preuve le titre du roman ne prête pas à confusion. Et derrière le “ c’est un peu décevant ”, ne se cache-t-il pas cette pensée profonde mais inavouée, dans le genre “ c’est beaucoup intéressant” ? Mais continuons notre exploration sans nous disperser.

 

E :

Ah ! Je ne suis pas le seul à ne pas aimer Vargas !

Réponse du psy de service. Cet internaute est arrivé en retard dans la discussion et n’apporte aucune précision complémentaire sur les raisons de son intérêt ou désintérêt (désintérêt dans le cas présent) concernant le cas étudié. En réalité, posant une question naïve qui est en réalité une exclamation, il se rend compte qu’il n’est pas le seul sur la planète Internet à ne pas aimer Fred Vargas, sans pour cela se montrer vindicatif, et presque en s’excusant.. Fallait-il pour autant oblitérer sa prestation, qui sans fournir d’avancées sociologiques évidentes, ne tombe pas dans le négationnisme primaire mais ose émettre une opinion qui sans être fondée et démontrée, ne se voile pas la face et se solidarise avec une opinion démontrée plus haut sans pour autant nier fondamentalement le pourquoi du comment. En réalité il se pose la question tout en fournissant la réponse : il n’est pas le seul à ne pas aimer, il constate mais ne dénigre pas pour autant les qualités littéraires des romans de l’auteur passé à la moulinette, et surtout il ne jette pas l’opprobre sur les uns ou les autres.

 

F :

Moi non plus je n’accroche pas trop avec Vargas. J’en ai essayé un, deux, trois, en espérant à chaque fois être mal tombé mais je crois que c’est juste que ça passe pas avec moi. J’arrive pas à croire aux personnages, je trouve ça froid. Bref  je ne rentre pas dedans.

La réponse, négative elle aussi, est plus explicite sans se montrer agressive. L’auteur de cette répartie avoue avoir essayé à moult reprises de se plonger dans l’univers personnel et particulier de Fred Vargas, mais ne pas s’y accrocher. C’est tout à son honneur, on ne s’accroche pas à un auteur, à un personnage, à moins d’être né sous le signe de la sangsue. De plus la dernière phrase est assez ambiguë pour ne pas cacher autre chose, un malaise profond, une personnalité latente qui ne demande qu’à s’extirper d’un corps encombrant. Qu’est-il écrit, “ Bref, je ne rentre pas dedans ”. Bref n’est-il pas la réaction frustrante énoncée sans ambages après un rapport auteur/lecteur qui se serait soldé par une éjaculation précoce et, poussons notre analyse, externe puisque le scripteur confesse ne pas rentrer dedans ? J’avoue ne pas comprendre toutefois la syntaxe car j’ai essayé mais ne suis point arrivé à rentrer dehors.

 

E :

Je n’ai pas réussi à terminer “ L’homme aux cercles bleus ” et “ Debout les morts ”, trop décalé, peu réaliste. AMHA. Par contre pour “ Debout les morts ” dont j’ai lu environ 100 pages, puis la fin, j’ai eu l’impression que l’aspect énigme n’était as mal trouvé, écrit par un G.J. Arnaud ou un expert en énigme cela aurait donné (AMHA) un très bon suspens ou un très bon roman d’énigme, enfin, un comme je les aime. Mais les goûts et les couleurs, hein…

Tout à fait cher ami correspondant, qui explicite ton choix, ton avis négatif sans pour cela vouloir conditionner les autres commentateurs de cette liste d’échange d’idées et d’opinions. Par deux fois tu t’exprimes modestement (pour les néophytes AHMA signifiant à mon humble avis), et développes ta désaffection envers un genre qui te nourrit intellectuellement. Passionné de romans dont l’énigme est reine et les chambres closes un lieu de prédilection, notre interlocuteur (je m’adresse à vous maintenant) avoue ne pas entrer dans l’univers décalé, peu réaliste des deux romans qu’il évoque. Ce qui à mon sens est contradictoire, car la résolution d’énigmes en chambre close se trouve justement, la plupart du temps, dans un univers décalé, peu réaliste, à la limite du fantastique. Mais on notera toutefois cette réflexion que, traité par un autre auteur, le sujet aurait pu donner naissance à un bon roman d’énigme ou de suspens. Hum, je suis dubitatif quant à cette assertion, ne mettant pas en cause cette allégation, mais chaque auteur écrit selon sa sensibilité et si l’on propose un même sujet (l’amour par exemple) à deux auteurs dont la sensibilité diverge, ils le traiteront avec une optique et un stylo diamétralement opposé, surtout s’ils ne sont pas du même sexe.

 

G :

Je suis un peu étonné par ton commentaire sur Vargas. Tu dis que tu trouves ses romans peu réalistes. Cela m’étonne, parce qu’il m’a semblé que tu es un fan de cambres closes qui sont en quelque sorte l’antithèse du roman REALISTE. Il y a là un paradoxe que j’aimerais que tu développes,. N’y vois aucune critique mais c’est un commentaire qui m’a semblé curieux ou peut-être je n’ai pas compris ce que tu as écrit. En ce moment je lis plein de choses sur la réception des œuvres policières par leurs lecteurs et je suis un eu obnubilé par le sujet.

Ah que voilà une remarque simple, limpide, pleine de bon sens, et qui va dans le sens que j’ai voulu développer précédemment. La réponse est formulée avec humilité, modestie, presque une componction moniale, soulignant toutefois le paradoxe existant dans la réponse précédente. Si j’avais su, j’aurais lu cette réponse avant de m’escrimer pendant quelques lignes et rechercher l’adéquation exacte et la formulation lapidaire susceptible de résumer en peu de mots le flot d’interrogations engendré par cette réaction à double sens. M’en suis-je bien sorti ?.

 

E :

La contradiction n’est qu’apparente. Quand je lis un roman de Paul Halter, au hasard ; je sais où je mets les pieds, ou un roman de Moselli. Ah Moselli ! J’accepte que son héros tombe à la mer dans une eau glacée, qu’il y passe la nuit (ou plus) à barboter, qu’au petit jour quand il n’en peut plus, qu’il va couler, tiens un bateau passe et le voit, ce n’est pas réaliste du tout, mais cela fait partie du jeu, quand je lis Moselli j’ai dix ans et accepte tout. Pour un roman de chambre close c’est pareil. Malgré tout, même si les situations sont improbables, l’auteur raconte d’une façon qui me paraît réaliste, et cela pourrait être vrai.

Par contre pour Vargas, je pense être dans un roman réaliste (peut-être que je me trompe) et donc le côté déjanté, un peu en dehors de la plaque de ses personnages, ne me convient pas, il y a un je ne sais quoi qui ne me fait pas adhérer à son univers. Car elle a un “ univers ”, une façon d’écrire qui lui est propre, AMHA. Et puis j’ai sauté au plafond quand elle avait écrit : il décida qu’il avait faim. J’en avais parlé ici même. Non ! on ne décide pas qu’on a faim ! on décide qu’on va aller boire un verre, au restaurant, au ciné, mais pas qu’on a faim ! Cette phrase m’est restée en mémoire ! C’est ce côté un peu surréaliste qui ne passe pas

J’ai réussi l’examen ?

Cher ami, j’espère que tu ne t’es pas fait mal et que le plafond ne se ressent pas de cet impact par quelques fissures de mauvais aloi. Voici une réponse longue mais qui au moins respecte le code de bonne conduite avec des explications sobres, détaillées, logiques et nullement agressives. La cacophonie enregistrée lors des premières interventions devient dialogue constructif, chacun des deux derniers participants apportant sa pierre à l’édifice littéraire et critique. Mais a-t-il réussi l’examen me demanderez-vous ? Nous le saurons dans un prochain épisode.

 

G :

Moi ça m’arrive très souvent de décider d’avoir faim ! ! ! et j’adore Vargas. Elle a son style à elle, je comprends très bien que beaucoup de gens n’aiment pas, mais son monde n’est pas éloigné du mien. Peut-être faut-il être zen pour apprécier ? En tout cas elle a le mérite de faire des polars très différents. A bientôt.

Nouvel intervention dans ce monde qui se partage quant aux qualités d’écriture et de style de Fred Vargas. Nous retiendrons dans cet envoi somme toute assez court, trois directions à explorer. D’abord le fait que cette personne décide d’avoir faim. C’est très bien et il est intéressant de savoir que ce locuteur ne veut pas se laisser mener par le bout du nez par un estomac qui n’en fait qu’à sa tête. Ensuite la question fondamentale est posée : faut-il être zen pour lire Vargas. A mon humble avis non, mais je m’immisce dans une conversation à laquelle je m’étais promis de ne pas prendre part. Enfin, il est écrit : elle a le mérite d’écrire des polars différents. Tout à fait, mais c’est le rôle d’un écrivain, d’un auteur, d’un romancier de ne pas écrire à l’identique de ses confrères ou consœurs. C’est même une obligation sinon cet auteur romancier écrivain ne risque-t-il point d’être accusé de plagiat ? Et vlan !

 

C :

Mais c’est vrai qu’il faut aimer les ambiances décalées, bizarres, pas forcément logiques.

Intervention d’un correspondant qui ne s’était pas manifesté depuis quelques messages. Cette phrase possède un double sens qui, A Mon Humble Avis, ne résout pas le problème puisque son ton sibyllin risque de perturber un peu plus les lecteurs des messages qui ne participent pas activement à cet échange de plus en plus feutré. Il faut aimer… : est-ce une injonction, une obligation de lire des romans décalés et tutti quanti, ou tout simplement un conseil, il faut aimer les ambiances… pour se plonger dans l’univers Vargasien ?

 

E :

C’est bien ce que je disais : c’est une question de longueur d’ondes ! D’équation personnelle, comme disait un personnage célèbre. Pour être très différents, sûr ils le sont ! Et il me semble que beaucoup apprécient, vu qu’elle a eu un grand prix de littérature policière ou un truc de ce genre.

Cher ami, d’abord ce n’est pas ce que tu disais, mais ce que tu écrivais. Mais bon nous ne te tiendrons pas rigueur d’une faute de syntaxe puisque via le Net, la correspondance presque en direct donne l’impression que nous nous parlons plus que nous écrivons. Je ne voudrais pas pinailler mais Vargas n’a pas reçu que le Grand Prix de littérature policière ou un truc de ce genre. Je ne vais toutefois pas recenser tout ces prix qu’elle a obtenu puisque d’autres rédacteurs dans cette revue le feront aussi bien que moi et cela risquerait de faire doublon. Mais j’apprécie que tu écrives qu’il s’agit d’équation personnelle. En effet chacun a le droit de lire ce qu’il lui plait et c’est bien pourquoi il existe autant d’auteurs de romans policiers sur le marché et qu’autant de genres sont proposés aux lecteurs. Un même lecteur peut aimer tout à la fois Mary Higgins Clark, Frédéric Dard/San Antonio (d’ailleurs l’emploi de pseudonymes explique le pourquoi du comment), Chandler, Pouy, Mizio et Vargas. Ce n’est pas incompatible et de plus cela démontre une curiosité littéraire non négligeable tant vis à vis des éditeurs que des auteurs.

 

G :

J’ai réussi l’examen ?

Je te rassure pas de diplômes à la clé. Merci d’avoir répondu : c’était détaillé et intéressant.

Cette phrase qui répond d’abord à une question ci-dessus posée, clôt le débat d’une manière frustrante mais en même temps polie. C’était détaillé et intéressant. Le débat manque toutefois de profondeur, certains ayant répondu plus longtemps que d’autres, avec moult détails, mais il est à noter que celui ou ceux qui ont allumé la mèche et provoqué cette explosion de messages se sont courageusement réfugiés dans un silence ostentatoire.

 

Le scripteur de cet article n’ayant plus grand chose à ajouter se retire sur la pointe des pieds et ne vous livrera pas ses conclusions personnelles quant à la lecture des romans de Fred Vargas. Il ne pourra que vous engager à apprécier un court ouvrage intitulé “ Petit traité de toutes vérités sur l’existence ” et qui s’il n’est pas policier est bourré de bon sens.

Je vous donne rendez-vous dans un prochain article, à définir par le rédac chef qui lui au moins n’est pas à court d’idée et sait vous relancer au bon moment lorsque vous sentez faiblir votre implication. Mais ceci n’était qu’une réflexion personnelle que vous n’étiez pas obligé de lire.

 

Cet échange de civilités s'est tenu sur le site de discussion Rompol du 2 avril au 5 avril 2001.

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2 mai 2015 6 02 /05 /mai /2015 10:53
Frédéric FOSSAERT : Touche pas à ma cible.

Bon anniversaire à Frédéric Fossaert né lé 2 mai 1954.

Frédéric FOSSAERT : Touche pas à ma cible.

Deux demi-sels, les frères Jean et Louis Monestier, sont à la tête d'une petite entreprise de racket dans un quartier de Paris.

Ils proposent leurs services à un nouveau client qui les accueille à coup de fusil. La riposte se termine mal et ils décident de se rendre à Marseille en passant par le Massif Central. Ils tombent en panne de voiture et louent une chambre chez un couple de paysans dans le Bourbonnais. Alors que Jean et son hôte palabrent auprès du garagiste local pour faire réparer le véhicule, Louis s'occupe de la fermière.

Le paysan n'apprécie guère cette intrusion dans la vie sexuelle de sa femme et Louis, ancien boxeur, frappe un peu trop fort. Lucien décède et il ne reste plus aux deux frères qu'à s'enfuir à pied. Un autochtone découvre le drame et ameute le village. Après un conseil de guerre dans le café local, il est décidé d'en référer au commissaire Brijangoux, un policier en retraite qui eut son heure de célébrité.

Brijangoux vient de recueillir, après l'avoir blessé d'un coup d'arbalète, Eric, un étudiant fugueur déçu par sa petite amie volage et volant mobylette ou voiture au gré de son périple. Eric s'est évadé de la cellule où il était enfermé après "l'emprunt" d'un véhicule, profitant d'une confusion semée par un tueur arrêté pour un motif futile. Brijangoux et sa petite-fille Hélène s'entichent du jeune homme et le soignent. L'ex-commissaire accepte de se lancer sur la piste des deux fuyards, en souvenir du bon temps, et enrôle Eric. Au grand dam d'Hélène, et du représentant du SRPJ à qui est dévolue l'enquête en remplacement de la maréchaussée.

Une battue est organisée par les villageois. Les Monestier pensent pouvoir s'échapper par la forêt mais l'un des chasseurs les aperçoit et tire. Riposte de Louis qui blesse gravement son poursuivant. Les deux frères en cavale s'emparent d'une voiturette, puis d'un second véhicule plus performant abandonné par un couple illégitime occupé à regarder le dessous des feuilles.

 

Second roman de Frédéric Fossaert, qui avait fait une entrée remarquée à la Série Noire avec Prouvez-le (SN N°2022), Touche pas ma cible joue sur le mode humoristique. Les personnages d'Eric, jeune délinquant en mal d'amour, d'Hélène, qui attend le Prince Charmant, de Brijangoux, le commissaire en mal de retraite, des frères Monestier, truands à la petite semaine perdus hors de leur territoire parisien, d'un maréchal des logis qui ne pense qu'à sa promotion, de paysans locaux hâbleurs et revanchards, sont décrits avec une certaine jubilation communicative.

Sans oublier les deux femmes qui subiront les derniers outrages, avec le regret de perdre leur amant d'un jour. Allégrement troussé, ce roman possède toutefois une fausse note. On se demande pourquoi l'auteur commence la narration par la 1ère personne pour l'abandonner au bout de quelques chapitres et remplacer le "je" par le "il".

A peine avez-vous un amant que déjà le destin vous le prend !

Frédéric FOSSAERT : Touche pas à ma cible. Série Noire N°2115. Parution novembre 1987. 256 pages. 6,65€. Disponible sur le site Série Noire

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1 mai 2015 5 01 /05 /mai /2015 13:59

Un bijou et ce n'est pas du toc !

Gilles VIDAL : Maty.

Rien n'est plus énervant que de ne pas pouvoir honorer un contrat.

Bob Richard le sait bien, lui qui s'escrime sur sa guitare acoustique à plaquer des accords afin de composer un thème musical à remettre pour le lendemain. Trois semaines qu'il gratte et rien ne vient. L'écrivain qui pond de temps à autre des chansons afin de mettre du beurre sur la tartine de pain dur attend sa prestation.

Mais rien de vient et tout ça à cause de Mathilde, ou plutôt Maty car elle a en horreur son prénom. Et puis elle est violente, pourtant elle lui devrait le respect avec ses vingt-deux printemps de moins. Mais à vingt-quatre ans a-t-on de la considération pour les quadragénaires avancés, même lorsqu'ils offrent une Mini-Cooper ?

Bref quand elle a failli claquer sa Fender Stratocaster, signée au feutre par une pointure, contre le mur, Bob s'est fâché tout rouge, il lui a gentiment balancé une torgnole afin de lui remettre les esprits à l'endroit.

Alors ? Alors elle est partie et depuis il recherche désespérément l'air qui en fera le tube de l'été, pas dentifrice mais celui qui entre dans une oreille et refuse d'en ressortir.

Seulement, où est passée Maty ? La question bête et méchante à laquelle il ne possède aucune réponse et qui le taraude.

Bon, c'est vrai qu'elle a des raisons de boire et de se défoncer, mais ce n'est pas de sa faute à lui, Bob, c'est celle de son père et de trois clébards au passeport allemand.

Le téléphone sonne, (l'air est déjà pris), Maty bout du fil, qui d'ailleurs n'existe plus avec les portables mais c'était juste une image, Maty qui pleure et a besoin de lui.

 

Dans une ambiance musicale très rock and blues, Gilles Vidal nous emmène à la poursuite de l'amour, celui qui étreint un presque quinquagénaire à une jeune fille. Ce n'est pas tant la différence d'âge qui importe mais la divergence de caractère. Quand on est mature, on connait le poids des responsabilités, même si l'on se conduit comme un imbécile qui pourrait tout faire capoter, et quand on est jeune la fougue vous amène à provoquer des événements inconsidérés. Dans les deux cas, c'est l'amour qui guide, même si justement l'amour est aveugle.

Un texte d'une tendresse bourrue qui joue insensiblement sur la nostalgie et sur la mélancolie, et si nous étions dans la peau de Bob, nous conduirions-nous de façon similaire? Mieux vaut ne pas avoir à se poser la question.

 

 

Pour consulter le catalogue SKA (Romans et nouvelles), deux adresses :

La librairie en ligne et le blog :

Gilles VIDAL : Maty. Nouvelle noire. Collection Noire Sœur. Editions Ska. 1,49€.

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