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10 mai 2015 7 10 /05 /mai /2015 14:42
Tony KENRICK : Trois petits soldats.

A la guerre comme à la guerre...

Tony KENRICK : Trois petits soldats.

Sa carte de crédit ayant été refusée au restaurant où il déjeune régulièrement, Barney Rivers décide de se renflouer financièrement par un moyen expéditif mais malhonnête.

Pour cela il lui faut l'aide de son voisin et ami, Tom Loder, qui lui aussi se trouve confronté au même problème du panier percé. Barney lui soumet son idée : prélever sur le compte bancaire suisse numéroté d'un inconnu une certaine somme d'argent. Tom après une réticence bien compréhensible accepte de jouer le jeu et trouve le nom de J.B. Madison, avocat d'affaires et ex-ambassadeur.

Il leur faut pour réaliser leur plan un exemplaire de la signature de Madison et après un essai infructueux au bureau de celui-ci, Barney décide mettre dans la confidence un autre de leur voisin, George Dourian, directeur d'un magasin de vêtement. Dourian, divorcé deux fois et qui lui aussi a besoin d'argent liquide, leur déniche Amanda Atwill, une jeune femme qu'il a surpris la main dans le sac en train de barboter des fringues. Amanda leur procure sans difficulté un papier portant la signature de Madison et la supercherie marche à merveille.

Ayant réussi une première fois, ils tentent leur chance une seconde fois, mais ils se montrent un peu trop gloutons et s'affolent lorsqu'ils s'aperçoivent qu'ils viennent de spolier Luis Ripoll, l'ancien dictateur d'une petite ile antillaise du nom de Cabrera.

Madison n'était que le prête-nom et le dépositaire d'une fortune détournée. Gage, un homme qui a un compte à régler avec Ripoll fournit à Barney des renseignements sur le dictateur déchu. Ripoll est protégé par deux douzaines de gardes du corps et un maniaque du couteau qui jettent la terreur dans le quartier de New-York où il s'est réfugié. Amanda mise en sécurité ainsi que les familles de Barney et de Tom, les trois hommes embauchent Cambell, un sergent recruteur en rupture de ban avec l'armée.

Cambell les forme, non sans mal, dans une cabane perdue au fond des bois dans les Adirondacks. Au bout d'une semaine d'un stage intensif avec au programme préparation physique, maniement d'armes, conditionnement militaire, Barney téléphone à Ripoll pour lui proposer de lui rendre l'argent par versements annuels. Son correspondant semble accepter ses conditions mais alors que Cambell est sur le point de quitter les trois hommes, Ripoll investit les bois en compagnie de sa petite armée.

Aidés par Cambell qui aime cette atmosphère de guérilla, Barney et ses compagnons éliminent peu à peu tous les membres du commando et capturent Ripoll. Ils ne sont pas bout de leur peine et de leurs surprises. Ripoll a récupéré son argent en utilisant la même astuce que Barney et Manolo, le tueur au couteau est chargé d'éliminer les femmes et enfants des trois soldats d'occasion.

 

Construit comme une énorme farce mais toutefois avec rigueur, Trois petits soldats met en scène trois Américains moyens victimes de la société de consommation, aidés en cela par l'aide non négligeable des cartes de crédit dont ils font collection et qui leur permet de dépenser plus qu'ils gagnent.

Cette facilité de pouvoir dilapider avec inconscience leurs payes bientôt se transforme en cauchemar et pour se renflouer ils n'ont d'autres moyens que d'étudier des parades malhonnêtes et d'essayer de les mener à bien.

La seule chose dans la pièce qui avait moins de cinquante ans d'âge, c'était la réceptionniste qui, encore que jeune, était comme il se doit terne et réservée.

 

Curiosité :

Alors que page 37 l'auteur, ou le traducteur, nous présente Dourian comme le directeur d'un grand magasin, page 43 le dit magasin n'est plus qu'une petite boutique.

 

Tony KENRICK : Trois petits soldats.

Tony KENRICK : Trois petits soldats. ( The seven days soldiers - 1975. Traduction de Janine Hérisson). Super Noire N°35. Parution mars 1976. 256 pages. Réédition Carré Noir N°544. Parution mai 1985. 4,50€. Disponible sur le site de la Série Noire.

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9 mai 2015 6 09 /05 /mai /2015 10:59

Patriiiick !

Patrick RAYNAL : Dead girls don't talk.

Installé tranquille dans son bureau, Corbucci voit entrer une jeune femme dont il pressent immédiatement qu'elle va lui apporter ennuis et plus si affinité.

Mais les billets de 200 qu'elle tient négligemment au bout de ses doigts seraient aussi bien à l'abri dans son portefeuille raplapla.

Seulement, il ne faut pas dire du mal des lectures de Corbucci qui était en train de feuilleter un vieux numéro de Rock and Folk. Le rock, c'est de la merde, déclame rageusement l'ancienne future cliente avant de s'esquiver sur les conseils pas forcément judicieux de notre privé. Et elle n'a pas laissé l'argent ce qui rend Corbucci fort marri.

Deux jours plus tard, alors qu'il se tâte afin de savoir quel morceau de bidoche il pourrait s'acheter avec l'argent péniblement gagné auprès d'un client, ne voilà-t-il pas qu'elle rapplique, comme si de rien n'était. Débute alors une bavette pas tendre concernant quelques morceaux choisis du cochon, voire du bœuf, entre le boucher, Corbucci et l'ex-future cliente qui n'apprécie pas les bas morceaux.

Faut vraiment savoir ce qu'elle veut...

 

Humour décalé et macabre pour une historiette dans laquelle Patrick Raynal se déchaîne. Et pour le lecteur le plaisir de retrouver Corbucci, le privé niçois qui a eu les honneurs de figurer dans quelques nouvelles dans le recueil justement titré Corbucci (quel sens de l'à-propos) et romans. Il n'a pas perdu le sens de la répartie, mais sa cliente a elle aussi la langue bien pendue. Mais elle est un un peu trop soupe-au-lait.

Voici donc Corbucci de retour, mais n'est-ce qu'un rapide passage ou une mise en bouche ? Seul l'avenir nous le dira, pourtant Patrick Raynal devrait le sortir du placard dans lequel il l'a enfermé depuis trop longtemps. Et puis ça doit sentir le résidu de rognons là-dedans, n'en déplaise à cette cliente qui n'aime pas la viande...

 

Patrick RAYNAL : Dead girls don't talk. Nouvelle Collection Noire soeur. Editions Ska. 1,49€.

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9 mai 2015 6 09 /05 /mai /2015 09:14
Robert B. PARKER : Ramdam-dame

Am-stram-gram radam-drame

Robert B. PARKER : Ramdam-dame

Féministe, lesbienne, Rachel Wallace dérange et la sortie de son prochain livre lui vaut des menaces prises au sérieux par son éditeur qui engage Spencer, un détective privé macho.

Les relations entre Rachel et Spencer tournent rapidement à l'aigre-doux, mais Susan, la petite amie du détective sauve la situation avec diplomatie lors du repas qui leur permet de prendre véritablement contact. En raccompagnant Rachel à sa chambre d'hôtel, Spencer évite de justesse un accrochage avec deux automobiles. Le lendemain une conférence est programmée à la bibliothèque municipale mais des manifestants tentent de les empêcher d'accéder à l'édifice public. Spencer passe outre grâce à sa force de frappe, sous les yeux de policiers qui ne mouftent pas. Ensuite, dans une librairie, Rachel est victime d'une tarte à la crème. Spencer en véritable garde du corps fait montre de rapidité d'esprit et de bons poings. Ce que déplore Rachel, adepte de la non-violence.

Le soir Spencer est prié de rentrer chez lui tandis que Rachel passe des heures agréables en compagnie d'une amie, Julie Wells. Rachel est invitée à parler de son livre auprès des employées d'une compagnie d'assurances mais la réunion est perturbée par le directeur du personnel et le service de sécurité. Spencer se montre une fois de plus trop violent au goût de l'auteur qui lui signifie son renvoi.

Quelque temps plus tard Rachel est enlevée et le kidnapping est revendiqué par une mystérieuse Ligue pour le Renouveau de la Morale Américaine. Pas de rançon mais des menaces concernant la vie de Rachel. Spencer contacte ses amis les flics Benson et Quirk, leur demande quelques renseignements tels que les noms des propriétaires du véhicule ayant voulu attenter à leur vie, et autres bricoles.

Il se renseigne également auprès d'un journaliste mais surtout il tire les vers du nez à Manfred, un adepte de la poupée gonflable reconverti dans le KU KLUX KLAN. Il rend visite également à Lawrence T. English, le responsable de la manifestation à la bibliothèque municipale. Mais toutes ses visites ne lui apportent pas grand chose, sauf un passage à tabac de la part de personnages qui n'apprécient pas ses investigations.

 

Si l'enquête et l'épilogue se révèlent faibles dans leur ensemble, il conviendra de retenir le propos même de la trame de ce roman.

L'exclusion dans une société dite civilisée de personnes qui pensent et agissent différemment que leurs concitoyens. La loi du plus fort étant la meilleure comme l'aimait à dire La Fontaine.

L'humour et la décontraction guident la première partie de l'ouvrage et il est dommage que Parker n'ait pas continué dans cette voie tout au long de l'enquête, ce qui ne l'aurait pas pour autant empêché de fustiger les donneurs de leçons imbus d'une morale de façade et les machos.

 

Les gens qui font appel aux services des gars dans mon genre ne savent jamais par quel bout s'y prendre et, presque invariablement, ils commencent par tourner autour du pot.

Robert B. PARKER : Ramdam-dame (Looking for Rachel Wallace- 1980. Traduction de Michel Deutsch). Série Noire N°1818. Parution avril 1981. 256 pages. 4,00€. Disponible sur le site de la Série Noire.

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8 mai 2015 5 08 /05 /mai /2015 14:46

Bon anniversaire à André-Paul Duchateau, né le 8 mai 1925.

André-Paul DUCHATEAU : Mourir à Angoulême.

Un fan de BD qui ose s'attaquer aux scénaristes et dessinateurs de la maison d'édition L'Audace, voilà de quoi surprendre et inquiéter tout à la fois.

Max Ruiter, le privé dont on a fait la connaissance dans de précédentes aventures (Knockke sur mort, La clé sur la porte, La petite fille à gauche sur la photo), est contacté par un certain Bernard qui lui signifie qu'il a un contrat à remplir. Quoique cette conversation ne se déroule pas à Marseille, Ruiter pense à une galéjade. N'empêche, les accidents et tentatives d'assassinats se multiplient.

La saison de la bande dessinée bat son plein. Ce mois à Bruxelles, le mois prochain à Angoulême. Tout le monde est sur les dents. Particulièrement à L'Audace dont les vedettes sont plus spécialement visées. Il y a ceux qui montent, Markos et Elmer par exemple, ceux qui stagnent ou sont en baisse, tels Claude Martel ou Marinal, ou encore ceux dont la popularité s'effrite d'album en album, comme Bastian. Et Géo Lamentin, le directeur des publications, se lamente et aligne sur sa calculette les chiffres, envisageant de virer ceux qui ne font plus recette.

Alors cet amateur de BD qui perpètre ces petits meurtres, qui tous heureusement ne réussissent pas, est-il l'un des scénaristes ou dessinateurs, jaloux pour une quelconque raison de ses confrères ? Ou tout simplement celui qui se surnomme le Fan de BD, Juan Dupont, un Belge, le véritable maniaque, écumant les festivals, quémandant dessins et autographes, ne lésinant pas sur les critiques élogieuses ou acerbes ? A moins qu'il s'agisse tout simplement de Luc Ludovic qui faisait partie de la bande et qui depuis son séjour carcéral à cause d'une histoire de cœur, ne retrouve plus d'éditeur. Il aurait plus d'un motif de se venger de ses confrères.

 

Après avoir joyeusement brocardé le monde de la littérature policière dans Palmarès pour cinq crimes, paru au Masque, André-Paul Duchateau récidive plaçant son intrigue dans un milieu qu'il connait bien. Lui-même est scénariste de BD, papa de Ric Hochet avec son complice Tibet.

D'ailleurs l'une des aventures de Ric Hochet avait eu pour cadre Reims et le festival international des littératures policières dans La maison de la vengeance.

Quant à Mourir à Angoulême certaines analogies font penser justement à Palmarès pour cinq crimes dont le chapitre intitulé Coloriage.

D'ailleurs chaque titre de chapitre possède un rapport avec la bande dessinée et est suivi d'une citation extraite d'albums célèbres.

Un bon roman d'André-Paul Duchateau, amusant et satyrique. Peut-être pas assez mordant, pas assez percutant, pas assez acerbe. Mais Duchateau ne veut-il pas se fâcher ou faire de la peine à certains de ses confrères.

A noter un très beau passage sur les relations des duettistes scénaristes-dessinateurs, dans la réalisation d'un album et dans leur vie de couple, professionnellement parlant bien entendu.

André-Paul DUCHATEAU : Mourir à Angoulême. Collection Les Maîtres de la Littérature Policière. Editions du Rocher. Parution janvier 1991. 204 pages.

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8 mai 2015 5 08 /05 /mai /2015 12:53

Hommage à Victor Harter alias Gérard Buhr né le 8 mai 1928.

Victor HARTER : Un portrait

Sous ce pseudonyme se cachait Gérard Louis Victor Simon BUHR né le 8 mai 1928 à Strasbourg, d’un père Alsacien et d’une mère Lorraine. Il est décédé le 8 janvier 1988 à Paris.

Après une petite enfance passée en Alsace, il se réfugie avec sa famille à Grasse en 1940 et il y rencontre Gérard Philipe qui aura une influence décisive sur sa carrière. Ses études secondaires à peine terminées il part pour les Etats-Unis en 1945 et y séjourne jusqu’en 1948 entreprenant des études d’art dramatiques. Il revient en France, à Paris. Et accumule les petits rôles au théâtre. Il part pour Rome mais la poule aux d’or était déjà agonisante. Il n’y trouve des rôles de second plan dans deux films et retraverse les Alpes.

En France il fait la connaissance des pionniers de la nouvelle vague. Jean-Pierre Melville le guide dans cette esthétique cinématographique et lui offre le second rôle masculin dans Bob le Flambeur. « Résultat, soupire-t-il, quand la nouvelle vague sera à flot, acceptée, vénérée, idolâtrée même, elle me laissera sur le sable ». Ensuite il partage l’affiche avec Curd Jurgens dans Michel Strogoff en 1956. Sa carrière débute sous de bons auspices mais la super production Normandie-Niemen ne s’avère être qu’un succès mitigé. Gérard Buhr se cantonnera alors dans les seconds rôles pour des films comme Léon Morin prêtre avec Belmondo, Le cave se rebiffe, Le monocle noir avec Paul Meurisse, jusqu’à Dangereusement vôtre en 1985 en passant par Le Pacha, Le Clan des Siciliens, Le Chacal et bien d’autres. Il est également comédien et crée en 1954 La Condition humaine d’André Malraux, ou encore en 1966 Six hommes en question de Frédéric Dard et Robert Hossein. Il interprétera aussi pour la télévision des rôles dans la série des Cinq dernières minutes de Claude Loursais ou encore la saga de Chateauvallon.

Enfin il sera scénariste pour la télé, adaptant son roman Le Pèlerinage réédité pour l’occasion chez Casterman mais qui était la seconde mouture de Choucroute au sang paru au Fleuve Noir en 1970.

Son grand-père maternel se nommait Harter, prénommé Victor. C’est tout naturellement qu’il empruntera ce pseudonyme pour ses romans publiés au Fleuve Noir. C’est un ami de la famille, José-André Lacour dont j’aurai surement l’occasion de reparler, qui lui conseille d’écrire, pour voir… Et c’est ainsi qu’il entre au Fleuve Noir en 1965 et fournira seize romans jusqu’en 1975.

Victor HARTER : Un portrait

C’est principalement dans la collection L’Aventurier que seront édités ses titres, dans une série consacrée à Cyrille Turpin et à Patricia Mac Cud, un couple qui n’est pas sans rappeler celui créé par M.G. Braun : Sam et Sally. Le prénom de l’héroïne, Patricia, n’est pas choisi au hasard puisque c’est le prénom de la femme de Gérard Buhr/Victor Harter, elle-même comédienne. Cyrille Turpin et son énigmatique compagne Patricia forment un couple d’espions économiques. Engagés par un organisme ultra-officieux, ils sont chargés de missions de renseignements dans le cadre de la défense des intérêts commerciaux et économiques du Benelux.

 

« Ce succès auquel Victor Harter était bien loin de rêver le contraint, depuis la parution de ses trois premiers romans, à concilier ses deux métiers, ce qui n’est pas toujours des plus faciles. D’une part il faut apprendre des textes que l’on n’a pas écrit et, d’autre part, en écrire que l’on n’apprendra jamais ! Et les journées n’ont que vingt-quatre heures, soupire-t-il, en attendant philosophiquement que l’un de ces deux métiers prennent le pas sur l’autre. Mais Victor Harter qui connait ainsi la fortune des planches et de l’édition connait également le bonheur. Il connait le bonheur d’abord parce qu’il est l’époux de l’éblouissante Patricia Karim, elle aussi comédienne, interprète de Frédéric Dard, auteur du déjà fameux Monsieur Carnaval au châtelet, et célèbre confrère de son époux aux Editions Fleuve Noir. Il connait ensuite le bonheur avec la naissance de Frédéric et Delphine, son garçon et sa fille avec qui il aime à jouer, quand ses loisirs le lui permettent dans cette petite maison entourée d’un jardin familier à Saint-Leu-la-Forêt. C’est là sa distraction préférée, dans le cadre de la maison familiale, lorsque Patricia profite de son jour de relâche au théâtre pour lui mitonner un de ces nombreux petits plats dont elle a le secret. Accessoirement Victor Harter aime recevoir ses vrais amis et bavarder avec eux autour d’une bonne bouteille. Il n’apprécie ni le sport, ni les voitures de courses, ni les chiens que l’on dit amusant, seulement un bon fusil. Il adore le tir. »

 

Victor HARTER : Un portrait

Certains ont avancé que Victor Harter aurait écrit en collaboration avec Xavier Snoeck. Personnellement je n’y crois guère, jusqu’à preuve du contraire. Et s’il a été « aidé », je pencherais plus vers José-André Lacour, grand pourvoyeur de titres au Fleuve Noir sous divers pseudonymes.

Portrait réalisé à partir de sources diverses dont le bulletin Fleuve Noir information N°15 de mars 1966.

 

Collection L'Aventurier

108 - Turpin tire la contrepointe

109 - Turpin se paume dans les psaumes

112 - Turpin coxe la Mafia

115 - Turpin croque un diamant

117 - Turpin n'est pas un gentleman

136 - Le Dongo rend Turpin dingo

138 - Pas d'esquimau pour Turpin

140 - Turpin mange kasher

149 - Le Tour de Rhin de Turpin

155 - Turpin cliche Paris by night

163 - Turpin du tac au toc

 

Collection Feu

147 : Les bambous sont coupés

 

Collection Spécial Police

725 : Les Vieux loups bénissent la mort

798 : Choucroute au sang

852 : Un Valet se coupe à cœur

1211 : Un Homme légèrement assassiné

Victor HARTER : Un portrait

Casterman :

Le pèlerinage.

 

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8 mai 2015 5 08 /05 /mai /2015 12:21
Nicholas LUARD : Piège pour un frimant.

Un frimant n'est pas un frimeur, qu'on se le dise...

Nicholas LUARD : Piège pour un frimant.

L'armée et les services secrets britannique recrutent parfois des volontaires d'office. Des hommes qui pour une raison ou une autre sont mis sur la touche et leur passé sous l'éteignoir à condition de rendre service lorsqu'ils sont appelés.

Alors qu'il était officier, Steele a commis une bavure lors de manœuvres de l'Otan. Quelques années plus tard, il est convoqué pour effectuer une mission à Tanger. Il doit prendre l'identité d'un certain Ross Callum, bien connu dans la zone du détroit de Gibraltar, dite "Zone de crasse". Ce Callum, aventurier et héros local n'existe pas, ce n'est qu'un personnage mythique inventé de toutes pièces par les Services Secrets Britanniques.

Steele doit mettre à la raison Velatti, lequel accuse Callum d'avoir brisé sa carrière. Au cas où Callum ne lui serait pas livré, Velatti menace de révéler l'identité des agents en place et leurs missions. Dès son arrivée à Tanger Steele, dont le nom de Callum agit sur ses interlocuteurs tel un sésame, échappe de peu à un attentat. Il se rend chez Donovan, un Américain ivrogne qui garde le bateau de Callum dans l'éventualité d'un retour de celui-ci, et chez Wedderburn sensé être le responsable de sa sécurité lors de son séjour.

Seulement Steele ne lui fait pas confiance, l'homme n'étant pas franc du collier. Mary Beth, la fille de Donovan, lui propose de remettre la vedette en état, lui trouve un chauffeur matelot homme à tout faire, un Arabe du nom de Marcel, lui déniche un appartement dans la vieille ville et lui demande d'aider un de ses vieux amis, Gonsalves, un Portugais. Après un aller retour à Gibraltar où il fait la connaissance de Louise, la maîtresse supposée de Callum, qui lui fournit des indications précieuses concernant un prêteur, il rencontre Gonsalves, un vieux socialiste qui a fui les dictatures de Salazar et Caetano et redoute le retour de la droite.

Gonsalves veut acheter des armes et Steele accepte de lui en procurer pensant que Velatti mène les ficelles pour le retrouver. Après un voyage à Algésiras où il a négocié l'achat des armes qu'il doit aller chercher dans le désert marocain, il est attaqué par cinq individus dans les rues de Tanger et apprend par Wedderburn que Velatti serait à Lisbonne. Il s'envole pour la capitale portugaise, s'entretient avec Béni à qui il doit livrer les armes, se rend à Gibraltar chez le prêteur puis chez Louise où il est à nouveau agressé par des inconnus. Il s'en débarrasse sans trop de bobo et prévient Wedderburn de ce nouvel incident qu'il impute à Velatti.

La transaction dans le désert d'effectue sans encombre mais lorsqu'il revient à Tanger à bord du bateau remis en état, c'est pour mettre en fuite deux hommes qui ont attaqué Mary Beth. C'est le moment que choisit Velatti pour faire son apparition. Velatti ne veut aucun mal à Steele, seulement le rencontrer et l'informer qu'il voulait empêcher une négociation conclue entre Wedderburn dont il désire se venger et un Libanais : contre la libération de Lorenz, un terroriste détenu en Allemagne, le commandement militaire palestino-libanais détruit la récolte d'opium d'une année dans la vallée de la Bekaa.

 

Mi roman d'espionnage, mi roman d'aventure, Piège pour un frimant n'est pas sans rappeler, comme le fait remarquer J. M. Le Sidaner dans Polar N°14, (première série) que l'atmosphère générale fait penser au film Casablanca. D'ailleurs Nicholas Luard ne s'en cache pas, puisque l'un de ses protagonistes avoue avoir vu le film 9 fois et s'en être inspiré pour créer le personnage mythique de Callum.

Un roman qui joue à fond sur la manipulation, avec en prime l'élévation d'un quidam, né pour perdre, en aventurier qui sait se sortir avec brio de toutes les embûches.

 

Dès le départ j'ai compris que si nous pouvions donner à Callum ce qu'avait Bogart, il ne pouvait pas perdre. Les filles, le champagne, l'argent, mais surtout le style. Le style de Bogart...

Nicholas LUARD : Piège pour un frimant. (The dirty area - 1979. Traduction de Madeleine Charvet). Série Noire N°1781. Parution juin 1980. 288 pages.

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7 mai 2015 4 07 /05 /mai /2015 13:40

Un bouquiniste meurt, un bouquin jamais...

François DARNAUDET : Autopsie d'un bouquiniste.

Ayant donné sa démission à l'Inéducation Nationale, Francis Darnet se retrouve à la tête d'un petit pécule qu'il dépense en achetant des livres d'occasion, des romans populaires principalement. Il baguenaude, il flâne sur les quais , conversant avec les bouquinistes installés sur les quais de la Seine, ou dans les déballages comme à Oberkampf. Il découvre des ouvrages anciens dont il se régale à la lecture. Francis Darnet n'est pas un sectaire et tout ce qui touche à la littérature populaire l'intéresse et le captive. Alors qu'il est plongé à la terrasse d'un café dans Couché dans le pain de Chester Himes il reçoit un appel téléphonique de Béa.

Béa, toute sa jeunesse. Elle était le d'Artagnan des Trois Mousquetaires, les trois amis, Piter, Sollers dit Soso et lui. Béa avait choisi pour faire sa vie Soso, et depuis ils s'étaient quelque peu perdus de vue. Mais Soso vient de décéder. Tombé de la terrasse de leur appartement à Andernos alors qu'elle était ailleurs pour convenances personnelles. Même si le couple ne s'entendait plus guère, Soso buvait et découchait probablement, Béa est persuadée qu'il ne s'agit pas d'un suicide. Alors direction Arcachon, retrouver Béa, assister aux obsèques et se replonger dans l'atmosphère d'antan.

Francis passe d'abord voir Piter afin de tâter le terrain, puis Béa qui affirme que la mort de Soso serait dû à un ouvrage : Regrets sans repentir de Chester Himes, dans lequel l'auteur américain raconte notamment son séjour sur le bassin d'Arcachon en 1953 et la réécriture de l'épilogue, la première version ne convenant pas, de La Troisième génération. Chester Himes est en compagnie de Willa, laquelle s'attèle également à un ouvrage. Il en réécrit certains passages, le met en forme, lui donne bonne façon. Ils vivent dans la villa que leur a obligeamment prêtée Yves Malartic, le traducteur de quelques-uns de ses propres romans.

Serait-ce cette première version qui aurait provoqué la mort de Soso. Francis Darnet le pense et il enquête dans le milieu des bouquinistes, milieu que connaissait bien Soso pour avoir été lui-même bouquiniste. Un tapuscrit qui pourrait valoir une fortune auprès de certains collectionneurs peu soucieux d'en savoir la provenance.

Bien entendu le lecteur ne peut se contenter de cette simple évocation de Chester Himes et de la recherche d'un manuscrit ayant provoqué la mort d'un bouquiniste. François Darnaudet sait qu'il faut toujours ajouter du piment dans une intrigue.

Et le déclencheur est peut-être un nommé Eric Dufau, lieutenant de gendarmerie, qui dégustant un énorme plateau de fruits de mer à la terrasse d'un restaurant en compagnie de son amie Martine, lorgne vers un couple de jeunes campeurs en vadrouille sur la plage. Et comme il n'est pas de service, il demande à son adjoint de les intercepter et de leur faire la morale. Ils n'ont pas le droit, primo de fumer de l'herbe, il les a vu avec un pétard coincé entre les lèvres de la jeune fille, ensuite, ils ne doivent pas s'installer sur la plage pour la nuit, le sac à dos porté le jeune homme supposant que c'est leur intention. Mais quelques heures plus tard, la nuit tombée, alors que Dufau et Martine ont fait l'amour sur la plage (c'est pas interdit ?) des gyrophares se profilent à l'horizon. Le jeune homme aperçu dans l'après-midi et un autre individu sont couchés sur le sable, non point pour rééditer les exercices physiques dont Dufau et sa compagne sont adeptes, mais parce qu'ils sont sérieusement blessés. L'un ayant attaqué l'autre pour un vol de portable.

 

François DARNAUDET : Autopsie d'un bouquiniste.

Incontestablement, Francis Darnet, le personnage principal de cette histoire, est une copie, une réplique presque parfaite de l'auteur. Mais le héros intrinsèque par procuration de cette histoire, c'est Chester Himes évoluant dans le Bassin d'Arcachon entre juin et juillet 1953.

François Darnaudet mêle personnages réels et fictifs en proposant une œuvre qui oscille entre véracité et imaginaire. Un jeu de miroir en forme de clin d'œil et une idée originale pour concilier hommage et plaisir.

Il ne faut pas croire que si l'histoire se tient en grande partie sur le Bassin d'Arcachon, entre Cap-Ferret, Andernos et autres lieux, qu'il faut cataloguer ce roman comme régionaliste, terme souvent réducteur. Tout Polar est forcément régionaliste lorsqu'il est concentré sur une région, même à Paris, puisque l'Ile-de-France est elle-même une région. Non, ce roman, qui pourrait posséder une entrée fantastique dans les premières pages relatant le passage par la fenêtre de Soso, est bien le respect affiché et revendiqué à un auteur, Chester Himes, à travers son œuvre, et à la littérature populaire dans son ensemble, sans distinction et sans ghettoïsation.

Chester Himes a réellement habité quelques semaines dans le bassin d'Arcachon dans la maison prêtée par Yves Malartic qui a traduit notamment La Croisade de Lee Gordon, La Troisième génération ou encore La fin d'un primitif. Mais si François Darnaudet jette un petit projecteur sur le fait qu'il y a eu plusieurs versions de la fin de La Troisième Génération, c'est la rampe entière qu'il allume afin de mettre en avant le travail accompli dans la rédaction de Garden Without Flowers de Willa Thompson Trierweiler (eh oui !), roman inédit en France.

Parmi les nombreux personnages fictifs évoluant dans ce roman, saluons la présence d'Eric Dufau, le gendarme, qui n'est autre dans la vie réelle qu'Elric Dufau, le dessinateur d'Harpignies, la bande dessinée dont le scénario est dû à François Darnaudet.

François DARNAUDET : Autopsie d'un bouquiniste.

François DARNAUDET : Autopsie d'un bouquiniste. Menace sur Arcachon. Collection Zones noires. Editions Wartberg. Parution 4 mai 2015. 168 pages. 10,90€.

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7 mai 2015 4 07 /05 /mai /2015 07:57
Tim SULLIVAN : La ballade des diamants perdus

Roi de la drague et de la rigolade
Rouleur flambeur ou gentil petit vieux
On vient te chanter la ballade
La ballade des diamants perdus...

Tim SULLIVAN : La ballade des diamants perdus

La 47ème Rue Ouest est le haut lieu des diamantaires juifs new-yorkais.

Alors que Sean O'Keefe, ex-policier reconverti comme journaliste TV, effectue un reportage dans ce quartier qu'il connait bien, la rue est envahie par un groupuscule armé. Il est pris en otage de même que son équipe et les habitants du quartier. Déguisés en Arabes, les terroristes, qui n'hésitent pas à tirer et abattre les récalcitrants, organisent une immense rafle de pierres précieuses.

Les policiers, le FBI et les Bérets Noirs sont sur le pied de guerre et tentent de prendre en étau les cambrioleurs haut de gamme qu'ils identifient bientôt comme des Noirs et des Irlandais. McBride, du FBI, rencontre le sénateur O'Leary qui pense qu'à la tête des terroristes se trouvent entre autres Michael Duggan et son propre fils Kévin. Duggan et ses hommes forcent l'un des coffres-forts puis, le partage effectué et la verroterie jetée en pâture à la foule qui suit les évènements, ils se dispersent selon un plan bien établi. Seuls deux hommes échappent aux policiers et aux hommes du FBI qui contrôlent la situation : Duggan et Stone, l'un de ses complices.

O'Keefe, déjà à la une des journaux à cause d'une photo prise par Miranda, une photographe de talent, démontre une fois de plus son courage. Enfermé avec les autres otages dans une cage, il parvient à éteindre la mèche de la dynamite qui devait le faire sauter lui et ses compagnons d'infortune. Epris de revanche, O'Keefe et McBride se lancent aux trousses de Duggan, aidés par un inspecteur de Scotland-Yard, Smythe-Houghton, qui n'est autre que la mère de Miranda.

Harriet Smythe-Houghton issue de la noblesse britannique, épouse d'un auteur de romans policiers, est une forte femme dans tous les sens du terme. O'Keefe est attiré par Miranda et réciproquement mais l'enquête prime. Chacun de leur côté le trio d'enquêteurs cherche une piste afin de localiser Duggan qui avec l'argent dérobé peut acheter des armes pour l'Ira. Des bribes d'informations recueillies par ci par là permettent de remonter la piste mais c'est le sergent Gallagher, ambitieux et observateur, qui apporte l'élément le plus intéressant.

Duggan a confié une partie de sa part de diamants à quelques vieilles dames dont Miss Osborne, une adepte du Loto, qui doit s'envoler la semaine suivante pour l'Irlande. Pendant ce temps Stone coule des jours tranquilles en compagnie de Lonnie, sa maîtresse, avant de partir pour le Brésil. Mais le petit ami de Lonnie le dénonce aux flics et il est arrêté. Duggan, déguisé en petit vieux, participe à une partie de Loto dans une église mais O'Keefe, McBride et Gallagher sont au rendez-vous pour le coincer, tandis qu'Harriet est grimée en Grand Mère Duggan.

 

Tim Sullivan met en scène des personnages étonnants, cupides ou naïfs, parfois caricaturaux comme celui d'Harriet Smythe-Houghton. Malheureusement il force un peu trop sur l'aspect négatif de l'action terroriste de l'Ira à travers le portrait de Duggan, et le passage dans lequel il met en scène des prostitués homosexuels manque de la plus totale élégance. Un roman dans lequel on assiste à deux moments forts, durs et violents : de l'entrée en scène des terroristes jusqu'à leur fuite au début du livre et l'épisode final, lorsque Duggan est démasqué et son arrestation.

Entre deux temps menés à un rythme rapide, un long passage, parfois humoristique, qui se rapproche de la procédure policière.

 

Les Américains sont assez provinciaux lorsqu'il s'agit de mettre des capitaux en sûreté pour les mauvais jours, sans doute parce qu'ils n'en ont pas connu autant que les Européens.

Curiosité:

Parmi les nombreux pseudonymes utilisés par Duggan figure celui de Sullivan.

On peut se demander si la traductrice n'est pas trompée en orthographiant dans le titre : ballade, qui veut dire chanson, au lieu de balade, promenade.

 

Tim SULLIVAN : La ballade des diamants perdus (Glitter street - 1979. Traduction Simone Hilling). Série Noire N°1798. Parution novembre 1980. 288 pages.

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6 mai 2015 3 06 /05 /mai /2015 13:50

L'été s'ra chaud, l'été s'ra chaud,

Dans les t-shirts dans les maillots...

Thomas DEGRE : 10 jours de canicule.

Depuis six mois, Jean Bonnet est stagiaire dans l'agence de détectives Duflère.

A trente et un ans, il a déjà été marié trois fois, divorcé deux fois et une fois veuf, père d'un gamin de cinq ans qui pour l'heure actuelle est chez sa grand-mère. C'est un instable sentimentalement et cela se ressent dans les missions qui lui sont confiées par Monsieur Charles, son patron. D'ailleurs en général, ce sont pour des enquêtes concernant des histoires de cocufiage qu'il doit prouver son talent.

Seulement, en cette fin de juillet 1975, une affaire plus sérieuse requiert ses services, monsieur Charles n'ayant personne d'autre sous la main. Jean Bonnet, qui préfère qu'on l'appelle Polo afin d'éviter des jeux de mots laids sur son patronyme, mais nous continuerons à le nommer ainsi, Jean Bonnet donc doit récupérer deux lettres compromettantes qu'un client aurait adressées à sa maîtresse dont il a eu un enfant.

Et c'est pour cela que nous retrouvons notre détective à la terrasse d'un café boulevard de la Madeleine afin d'étancher sa soif, c'est le début de la canicule, et tenter d'attirer l'attention de la gente dame en question. Or c'est Ann, oui elle s'appelle ainsi mais elle ne l'est pas, Ann, qui l'aborde. Elle lui propose de passer un bon moment chez elle pour cinq cents francs (nous sommes en 1975, je l'ai déjà dit, mais une petite piqûre de rappel ne nuit pas !). Ce n'était pas prévu au contrat, et Jean n'a pas l'argent sur lui. Rendez-vous est donc pris pour le lendemain au même endroit.

Il rend compte de son début de mission à monsieur Charles lequel l'informe que son client, monsieur Dubourg, mais c'est sûrement un pseudo, est marié et qu'il ne veut pas que ces lettres tombent entre les mains de sa femme. Il en va de sa quiétude mais également de sa situation, l'épouse étant nettement plus riche que le mari.

Le lendemain la jeune femme, un peu moins de la quarantaine, sublime, et dont Jean tombe tout de suite amoureux, se présente en retard au lieu dit. Ce n'est pas grave, le principal étant qu'elle soit là et que la proposition tienne toujours. Seulement au lieu de l'emmener chez elle, la partie de plaisir devra s'effectuer à l'hôtel. Jean Bonnet n'est pas né de la dernière pluie, qui d'ailleurs date, et il a connu les faveurs de très nombreuses femmes. Mais il n'a jamais couché avec une fleur de bitume, ce qui l'embarrasse. Embrasse-t-on une prostituée par exemple. Arrivé sur place, il affole et malgré ses efforts, il n'arrive pas à redresser... la situation. Paniqué, il se sauve tout en s'habillant à la hâte dans la rue. Et il rentre chez lui, se demandant quel stratagème utiliser pour informer son patron de l'échec de sa mission.

Le lendemain il est réveillé par le téléphone, qui sonne mais ne pleure pas. Ann lui pose la question cruciale : pourquoi s'est-il enfui si vite ? L'éponge est passée et elle l'enjoint de la retrouver chez elle. Jean se précipite sur l'occasion, c'est une figure de style, et va guilleret chez la belle, qu'il retrouve assommée dans un appartement dévasté.

 

Dans l'enfer de la canicule de l'été 1975, qui d'ailleurs s'est produite en 1976, nous faisons la connaissance d'un détective stagiaire, amateur de jolies femmes et surtout cinéphile passionné.

Jean Bonnet se montre un peu comme un épigone de Nestor Burma, dont les aventures rocambolesques sont un bain de fraîcheur dans l'univers violent des romans policiers actuels. Jean Bonnet c'est un peu Guy Marchand et Jean-Paul Belmondo, un brin gouailleur, désinvolte, bravant les dangers pour une belle, et ramassant des gnons à l'occasion. Parfois il est le dindon de la farce, mais sait retomber sur ses pieds. Et s'il lui arrive de mentir, ou d'écorner la vérité, c'est pour ne pas froisser, vexer, faire du mal inutilement à ses interlocuteurs, c'est à dire en particulier Ann et monsieur Charles. Et sans trop en dévoiler sur sa vie privée, disons qu'il n'a pas eu une enfance heureuse et que ses relations avec son géniteur se sont déroulées comme les montagnes russes partagées entre attrait et retrait. Aussi il reporte tout l'affection qu'il n'a pas obtenue sur son fils, Boris, et sur ses animaux de compagnie, chats, poissons rouges et autres bestioles. Un autre animal, en peluche lui, tient une grande place dans cette histoire, un gentil Teddy Bear. Un roman qui oscille entre humour et émotion, ce qui n'est pas incompatible.

 

Le lecteur pourra s'amuser à retrouver des titres de films réalisés par François Truffaut, Jean-Luc Godard ou en encore Maurice Pialat, la liste étant fournie en fin de volume afin de vérifier vos réponses. Mais d'autres œuvres cinématographiques sont disséminées de-ci de-là, sans compter celles qui sont nettement et en italiques citées.

Thomas DEGRE : 10 jours de canicule. Collection Dépendances. Editions Territoires Témoins. Parution 22 avril 2015. 156 pages. 15,00€.

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6 mai 2015 3 06 /05 /mai /2015 12:27
Domini WILES : Les pas beaux.

Et je dirais même mieux : hou qu'ils sont laids...

Domini WILES : Les pas beaux.

En cambriolant la bijouterie Lancing & Warwick, un samedi en fin de journée, Wilder, qui a recruté deux compagnons d'occasion, pense opérer en toute impunité ou presque.

Les deux joailliers sont aussi receleur et possèdent dans leur coffre des diamants bruts, une marchandise illégale et non assurée. La première partie du hold-up se passe comme prévue. La boutique ferme sur la dernière cliente de Lancing: Shirley, sa maîtresse. Wilder, muni d'une carte de police, Rey et Craven, ses comparses, s'introduisent dans la bijouterie et s'emparent des bijoux ainsi que du contenu du petit coffre.

Wilder n'avait pas prévu que le gros coffre, situé au sous-sol et contenant les pierres précieuses, s'ouvre avec deux clés. Lancing en possède une et Warwick, l'associé, détient la seconde. Or Warwick est parti en week-end. Les heures s'égrènent. Craven se montre particulièrement odieux envers les deux otages, tentant de violer Shirley. L'angoisse s'installe lorsque des policiers embarquent un clochard affalé sur le pas de porte. Wilder décide de déménager. La petite troupe rejoint sans difficultés la maison de Lancing. Ils réveillent la femme de celui-ci et attendent en s'occupant comme ils peuvent.

Craven boit, violente les deux otages, se montre particulièrement odieux, et se rebelle même contre ses compagnons. Wilder s'occupe de Shirley puis c'est Rey qui monte dans la chambre à coucher avec Catherine la femme de Lancing. Une épouse délaissée, pleine de ressentiment envers un mari dont elle ne compte plus les conquêtes. L'occasion lui est donnée de lui jouer un bon tour.

Après moult coups de téléphone, la fille de Warwick répond enfin et rendez-vous est donné à l'associé de Lancing. Un inconnu tourne autour de la maison. D'après Catherine, il s'agit d'un jardinier. Après avoir frappé à la porte et fait le tour de la maison, l'homme part. La tension monte entre les trois truands. Craven se montre de plus en plus ignoble, pervers, brutalisant les deux femmes, principalement Shirley dont il hérite enfin avec l'accord de Wilder et de Lancing. Lancing tente de composer avec Wilder tout en essayant de dresser les truands les uns contre les autres.

Wilder n'est pas dupe et Rey comprend qu'il n'est pas au courant de toute la machination. Lorsque Warwick arrive les quatre hommes se rendent à la bijouterie tandis que Rey garde les deux femmes. L'opération ouverture du coffre se passe bien. Wilder s'empare des diamants, d'une forte somme d'argent, d'un carnet sur lequel sont répertoriés les clients officieux et du revolver sur lequel comptait Lancing pour contrer les truands. Craven enferme Warwick et la clé dans le coffre. Wilder mécontent ne peut qu'accepter les excuses sarcastiques de Craven. De retour chez Lancing, Craven abuse une fois de plus de Shirley puis part, avec sa part de butin. Entre Rey et Wilder, la tension monte.

 

Entre Wilder, le truand propre et bien mis, entretenant le chaud et le froid avec ses complices, et Craven, un être frustre, sale, coléreux, psychopathe, les différences sont énormes. Pourtant l'association trouve un certain équilibre et Lancing ne peut qu'échafauder des portes de secours sans pouvoir les utiliser.

Un roman construit comme un huis-clos dans lequel les personnages révèlent leur véritable nature. Seule Shirley en est la véritable victime, innocente, abusée dans tous les sens du terme.

 

Les gestes nobles, ça n'était pas son genre, et pour lui les voleurs minables devaient s'attendre à des gages minables.

Curiosité:

Etourderie du traducteur ou américanisme involontaire: page 7 le coffre devrait contenir 250 mille dollars, tandis que page 32, il est question de 250 mille livres.

 

Domini WILES : Les pas beaux. ( The betrayer - 1979. Traduction de Anne Amberni). Série Noire N°1768. Parution mars 1980. 192 pages.

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