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14 mai 2015 4 14 /05 /mai /2015 13:20

Au moins, cela ne peut être considéré comme du racolage sur la voie publique...

Jérémy BOUQUIN : Phone sex.

Accrochée au téléphone, Cynthia attend que son client se manifeste. Elle a l'habitude Cynthia, qui d'ailleurs ne se prénomme pas ainsi mais on ne va pas chipoter. Michel est un mutique.

Ses autres clients ne se conduisent pas lui, ils ont tous leurs propres réactions. Ceux qui causent beaucoup ne laissant pratiquement pas Cynthia placer une parole, ceux qui vitupèrent, ceux qui quémandent, des brutaux de la gueule, des timides, des passionnés, il y en a pour tous les goûts. Il y en même un qui parfait son éducation sexuelle en posant des questions. De toute façon, cela ne la gêne pas, Cynthia, bien cachée derrière son écouteur.

Michel ne s'exprime pas, ou si peu. Alors elle est obligée de combler les silences, et faire durer le plaisir. Elle est payée au temps passé, et plus longtemps reste le client au bout du fil, plus les piécettes tombent dans son escarcelle. Les billets plutôt, mais j'aime bien l'image sonore des piécettes.

Car Cynthia, qui est comédienne, pratique un métier pas très difficile en apparence mais qui requiert une grande imagination, une voix sensuelle et doigté avec les clients. Il ne faut pas les brusquer et les garder le plus longtemps possible. Elle est employée au téléphone rose. Elle ne fait de mal à personne, au contraire. Ils sont soulagés de l'entendre Cynthia lorsqu'elle suggère qu'elle déboutonne son corsage, que ses petits tétons pointent sous la dentelle, qu'elle glisse un doigt sur la couture du pantalon. Certains en bavent de plaisir.

Mais Michel ce soir là est en veine de confidence. Et il trouve que Cynthia a la voix de quelqu'un qu'il connait.

 

Rangée dans la collection Culissime, cette nouvelle aurait tout aussi bien pu être cataloguée comme Noire Soeur. En effet le final, particulièrement bien amené, nous démontre que tout n'est pas rose dans la vie, pas comme le téléphone, et que les à-côtés sont frangés de noir. Jérémy Bouquin laisse monter la pression tout en finesse, avec subtilité, et nombreux sont ceux qui, je le pense, vont se laisser piéger par l'épilogue.

Jérémy BOUQUIN : Phone sex. Collection Culissime. Editions Ska. 0,99€.

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14 mai 2015 4 14 /05 /mai /2015 12:14
Thierry JONQUET : La bête et la belle.

Le numéro 2000 de la Série Noire : un numéro... impérissable !

Thierry JONQUET : La bête et la belle.

Dans un petit cimetière de Normandie le commissaire Gabelou surveille l'exhumation du cercueil du Gamin. Le médecin légiste qui l'accompagne ne peut déterminer avec certitude si la mort a été accidentelle ou le fait du Coupable. De loin l'Emmerdeur, agent d'une compagnie d'assurances, assiste à cette étrange cérémonie. Une énigme qui s'ajoute à celles du Commis Boucher et de la Vieille.

De retour à Paris Gabelou s'enferme dans son bureau avec Léon, le Clodo, l'ami du Coupable. Etrange affaire que celle du Coupable et que doit démêler Gabelou. Le Coupable était instituteur à Altay, ville champignon de la banlieue. Malgré sa jeunesse, c'est un homme effacé, maniaque, propre, prônant les vieux principes de la scolarité. Irène, sa femme, ne lui accorde ses faveurs qu'une fois par an, étant beaucoup plus sensible aux charmes de ses collègues de l'Education nationale. Le Coupable possède une passion : les maquettes de train.

Un jour la coupe déborde. Irène se moque une fois de plus du Coupable qui a encore loupé le concours d'Inspecteur, alors qu'il n'avait pas le temps de le préparer, obligé de faire des heures supplémentaires en garderies, en cours particuliers, afin de satisfaire ses goûts dispendieux. Il tue Irène et cache son corps dans le congélateur. Puis il entasse les sacs poubelle dessus. Bientôt tout l'appartement est envahi de sacs de détritus. Seul le vestibule est épargné. Le Coupable et Léon sont obligés de ramper sous une sorte de tunnel, des planches supportant les sacs qui s'amoncellent dans toutes les pièces.

Tout cela Gabelou l'apprend par des cassettes que le Coupable enregistrait, un journal parlé, ce qui lui laissait les mains libres pour monter les maquettes. Léon pense qu'il sait tout mais il s'enferme dans son mutisme. Dans ses enregistrements le Coupable avoue être le meurtrier de la Vieille, une voisine, et avoir mis en scène un suicide au gaz. Mais pour Gabelou il ne s'agit pas d'une preuve tangible, concrète. Il écoute les cassettes, les réécoute. La deuxième victime est le Commis Boucher qui se rend à l'appartement du Coupable. Peu de temps après, alors qu'il roulait à vélo, il est victime d'un accident de voiture. Le Coupable se vante d'en être à l'origine, mais les premiers rapports démontrent qu'il n'a pu provoquer l'accident avec son véhicule. L'Emmerdeur parvient à prouver que c'était possible. Ensuite le Gamin qui voulait rendre des outils empruntés au Coupable se faufile sur le balcon. Il décède en tombant d'un wagon alors qu'il rejoignait Paris. Le Coupable se vante d'avoir éliminé ces intrus car ils pouvaient raconter ce qu'ils étaient sensés avoir vu. Les mauvaises odeurs envahissent l'appartement, les sacs éclatent et un jus noirâtre s'en échappe.

 

Si dans Mygale (cf SN1949) Thierry Jonquet mettait en scène une vengeance que l'on pourrait qualifier d'extérieure, dans La bête et la belle il nous livre une histoire tout aussi intimiste et dont le thème est toujours la vengeance, intérieure cette fois.

C'est une histoire de misérables dans le sens de Victor Hugo, ce n'est pas une histoire de misérabilisme. De même que dans les Misérables, il y a une miséricorde. (Robert Soulat).

Avec Didier Daeninckx, Joseph Bialot, Jean-Paul Demure, Marie et Joseph, Thierry Jonquet fait partie de la relève de la Série Noire. Robert Soulat à l'occasion de la sortie du numéro 2000 avouait qu'il avait le vertige devant cette prolifération d'auteurs français de talent et se demandait si un jour il n'y aurait pas plus d'auteurs français à la Série Noire que de lecteurs.

Thierry JONQUET : La bête et la belle.

Rester propre, c'est ne pas avoir besoin des autres, ne rien quémander, subvenir soi-même à ses besoins.

Thierry JONQUET : La bête et la belle.

 

Curiosité :

Thierry Jonquet déclare, toujours à l'occasion de la parution de ce livre et des quarante ans de la Série Noire, que cette histoire est issue d'un fait divers. Il a travaillé dans ce genre de collège et de ville de banlieue sordide. De nombreux cas de rétention d'ordures existent, et leurs auteurs en général sont des gens d'apparence respectable.

Thierry JONQUET : La bête et la belle. Série Noire N°2000. Parution 1985. 160 pages. Réédition mai 1995. Nombreuses autres rééditions disponibles que le site de la Série Noire.

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13 mai 2015 3 13 /05 /mai /2015 12:34

Lire ou relire Paul d'Ivoi, un agréable plongeon dans le passé...

La revue Rocambole N°70 : Dossier Paul d'Ivoi. Explorations de Paul d'Ivoi.

Si Paul d'Ivoi est surtout connu pour son roman Les cinq sous de Lavarède, cosigné avec Henri Chabrillat, et premier volume de la série Les Voyages excentriques, il ne faut pas oublier qu'il est l'auteur d'autres romans non moins intéressants mais quelque peu confinés dans des placards dépourvus de lumière.

C'est justement pour mettre en lumière ces romans que le comité de rédaction de la revue et la coordinatrice du dossier, Marie Palewska, ont choisi de développer des articles sur des romans mais également des récits dits d'exploration méconnus ou dont le propos a parfois été déformé.

Ainsi, avoir présenté brièvement la dynastie Paul d'Ivoi - en effet ils furent trois à porter ce nom : le père, né Charles Deleutre, peintre avant de devenir homme de lettres et chroniqueur pour divers journaux, Paul d'Ivoi fils, celui qui nous intéresse, puis le fils de celui-ci qui se tournait également vers la profession de chroniqueur avant de mourir sur le front, dans la Somme, le 6 septembre 1916, un an jour pour jour après son père - Marie Palewska nous présente le roman Les juifs à travers les âges. Publié pour la première fois en 1890 en vingt-neuf livraisons de huit pages, cette œuvre aurait dû être plus conséquente mais fut abandonnée pour des raisons mal définies.

Ne furent offertes aux lecteurs que deux parties, Jésus puis La république de Gaule. Contrairement aux idées antisémites de l'époque, idées relayées par l'église catholique et qui perdurent encore de nos jours, Paul d'Ivoi démontre que les juifs ne furent pas à l'origine de la crucifixion du Christ mais bien les Romains. Marie Palewska intitule son chapitre consacré à cette première partie : Jésus ou les juifs innocents de la mort du Christ et propagateurs des idées de liberté, égalité et fraternité. L'auteur de l'article dissèque les écrits de Paul d'Ivoi et démontre qu'en réalité il était philosémite, donc à contre-courant des idées de son époque. Idées délétères qui amenèrent à la condamnation injuste du capitaine Dreyfus.

 

Charles Ridoux nous entretient ensuite de deux romans napoléoniens : La mort de l'Aigle et Les cinquante. Si Paul d'Ivoi se dresse en apologue de l'Empereur Napoléon 1er, une démarche qui peut en réjouir certains et offusquer d'autres, le trait marquant, que l'on retrouvera dans d'autres romans, est bien le constat suivant. Si l'Angleterre est considérée comme l'ennemi séculaire de la France, Paul d'Ivoi met l'accent sur l'Allemagne, ou à l'époque la Prusse, et l'accable de tous les maux, démontrant que de l'autre côté du Rhin cet ennemi était encore plus virulent que l'Angleterre.

 

Aussi bien dans les deux volumes napoléoniens, que dans La Patrie en danger, histoire de la guerre future, coécrit avec le colonel Royet, et publié en 1904, ou encore Un, la mystérieuse, publié en 1905, toujours avec la participation du colonel Royet. L'Allemagne, qui semble être la bête noire de Paul d'Ivoi, lequel décrit des événements futuristes prémonitoires, notamment la révolution russe. L'analyse est signée Daniel Compère.

Paul d'Ivoi va même plus loin dans ses romans historiques car dans Jalma la double, il place son intrigue en Turquie, avec comme principaux protagonistes des personnages encore en exercice à l'époque, dont Abdul Hamid, le sultan successeur de Mourad V. Un roman qui aurait pu figurer dans la série des Voyages excentriques comme le fait justement remarquer Marie Palewska, signataire de l'article.

Et un dossier sur un auteur, un écrivain, un romancier ne serait pas complet sans quelques textes choisis. Deux nouvelles parachèvent donc ce dossier, deux nouvelles tournées vers l'humour et la dérision. Le siège d'un cœur et L'Ad-mi-nis-tra-tion : plaidoyer d'une petite feuille de papier.

 

Vous pouvez retrouver les rubriques habituelles, Le courrier des lecteurs, Le Front Populaire qui présente les nouveautés en matière d'études, de thèses, de magazines et revues, ou encore La revue des autographes par Jean-Pierre Galvan, qui nous propose quelques extraits de lettres écrites par Hector Malot, de Maurice Leblanc ou encore d'Emile Richebourg.

Enfin, rubrique qui pourrait devenir permanente, celle de Jérôme Serme de la Librairie Mompracem : l'analyse d'un roman catalogué dans les seconds rayons, ces ouvrages qui ont connu un succès fort honorable mais depuis longtemps oubliés de même que leurs auteurs. Pour cette livraison Jérôme Serme s'est penché sur La fille des fétiches d'Henri-Georges, auteur dont on ne possède guère de renseignement, ouvrage publié dans la collection Grandes aventures, Voyages excentriques et plus familièrement nommée les Tallandier Bleus.

Retrouvez sur ce blog quelques chroniques concernant des numéros du Rocambole :

 

Vous pouvez vous abonner au Rocambole, 48,00 euros par an pour trois numéros dont un double, en dirigeant le curseur de votre souris ci-dessous:

La revue Rocambole N°70 : Dossier Paul d'Ivoi. Explorations de Paul d'Ivoi. Parution avril 2015. 176 pages. 17,00€.

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13 mai 2015 3 13 /05 /mai /2015 08:14
Malcolm BRALY : La neige était noire

Alors que la poudre est blanche ?

Malcolm BRALY : La neige était noire

Carver, lieutenant de police à la Brigade des Stups, voue une profonde aversion pour les musiciens de jazz et les drogués.

Et son point de fixation, c'est Gabiness, saxophoniste qui, avec quelques comparses musiciens, prône le jazz avant-gardiste. Carver s'est juré de faire tomber Gabiness, et pour cela tous les moyens sont bons.

Il exerce un chantage sur Sullivan, une cloche qu'il alimente en poudre, et il le charge de fourguer de l'herbe, des sachets ou des comprimés à Gabiness et ses amis. Gabiness ne tâte que modérément aux paradis artificiels, contrairement à Furg le tromboniste ou Kovin le trompettiste.

Un soir, lors d'une rafle organisée par Carver, Gabiness sauve la mise à Claire Hubler, riche héritière à la recherche de sensations fortes et frigide. Il vit plus ou moins à la colle avec Jean, hôtesse de bar, cependant Claire l'attire. Et puis elle a de l'argent, ce qui n'est pas négligeable pour un fauché perpétuel.

Carver a raté son entreprise mais il ne s'avoue pas vaincu et il relance Sullivan, afin qu'il continue son opération intoxication, aux deux sens du terme. Sullivan surprend fortuitement Carver en train de se piquer, et le policier a beau avancer l'hypothèse du diabète, le fourgue reste sceptique. Gabiness s'installe chez Claire tandis que Jean est draguée par John Randozza, espèce de playboy. Le rêve de Gabiness, pouvoir monter une petite formation de jazz avec Kovin, Furg et un batteur. Mais il est alpagué par Carver pour une peccadille et Claire le fait libérer de prison en versant la caution. Il devra passer devant un tribunal mais pour le moment il est libre.

Le directeur d'un cabaret miteux accepte d'engager Gabiness et son équipe, mais Randozza est derrière et effectue quelques transformations afin de rendre la boite plus attractive. Jean devient plus distante envers le jazzman et évolue physiquement, plus provocante dans sa mise vestimentaire. Il ne réalise pas immédiatement qu'elle est devenue prostituée et que Randozza n'est qu'un souteneur. Claire dont les sautes d'humeur sont trop fréquentes et à la frigidité incurable n'intéresse plus Gabiness qui la plaque. Il retourne chez ses amis Kovin, Furg et Ann, professeur de littérature dans une école du soir pour adultes.

Un jour Furg décède d'une overdose, la came étant empoisonnée, contenant un mélange trop corsé de strychnine.

 

Musique, sexe et drogue. Trois thèmes du roman noir réunis pour cette histoire tranche de vie.

Le jazz y est omniprésent, avec des références à Charlie Parker, Miles Davis et autres innovateurs. Le sexe, pas encore débridé, annonce l'amour libre prôné peu de temps après par les beatniks et les babas cools. Quant à la drogue, c'est la poudre qui lie la sauce avec la présence de Carver, ce flic des stups lui-même drogué et qui essaie par tous les moyens de coffrer ceux à qui il voue une haine tenace et incompréhensible.

Un flic qui travaille en solitaire, espérant pouvoir profiter de ses confiscations et qui se bat contre une chimère. Pour une raison ou une autre, pas clairement définie, il ressent une haine viscérale envers Gabiness, mais contrairement à d'autres musiciens de son entourage, celui-ci n'est pas un dépendant à la drogue. Il en tâte en dilettante, la musique étant sa passion, quoique celle-ci passera après ses résolutions de s'établir comme employé et de fonder un foyer.

Les personnages qui gravitent dans cette histoire ne sont pas véritablement des paumés, à part Sullivan qui malgré tout veut briser l'emprise exercée par Carver et désire se racheter, mais des marginaux. Et plus que les musiciens, toujours à la recherche d'un son - et d'un engagement - de la fameuse note bleue, ce sont les femmes qui acceptent volontiers de descendre la pente tout en prodiguant conseils et une relative honorabilité : Claire, frigide et vaguement lesbienne, en quête d'orgasme, alliant frénésie et répulsion; Ann, professeur de littérature amoureuse de Kovin et qui copule allègrement avec Furg, faisant plaisir à l'un parce que cela ne dérange pas l'autre; Jean qui se prostitue par dépit, par jalousie, ce que ne peut comprendre Gabiness puisque selon lui il n'a fauté qu'avec une seule femme.

L'alcool, autre thème porteur, est absent du débat. Les musiciens boivent, comme tout le monde, mais ils se contentent d'ingurgiter du vin rouge.

C'était duraille de secouer le public de North Beach. Les gens prenaient soin de surveiller leurs réactions. Personne ne tenait à applaudir de la vacherie, et on ne savait pas toujours très bien faire la différence.

 

Curiosité :

A noter que le titre français rappelle étrangement un roman de Georges Simenon : La neige était sale.

Ce roman a reçu le Prix 813 de la meilleure réédition 1983.

Malcolm BRALY : La neige était noire

Malcolm BRALY : La neige était noire (Shake Him till the Ratlles - 1963. Traduction de France-Marie Watkins) Série Noire N°937. Parution mai 1965. 192 pages. 4,90€. Disponible sur le site de la Série Noire

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12 mai 2015 2 12 /05 /mai /2015 14:26

Et le narrateur ne se nomme pas Quasimodo...

Pascal PRATZ : Esméralda.

La grande Ducasse bat son plein et le narrateur flâne parmi les manèges, les stands, assailli par les odeurs de frites, de barbe à papa et pommes d'amour. Une fête foraine qui va durer pendant deux mois.

Il est seul et donc il peut se rendre où il le désire sans être tiraillé par des demandes émanant de gamins turbulents et exigeants ou de femme désireuse de trouver le grand frisson ailleurs que dans la chambre conjugale.

Ce n'est pas le décor externe du Palais des Horreurs qui l'attire, ni les cris, les hurlements d'extase des demoiselles qui s'engouffrent dans cette bouche géante pour en ressortir par une ouverture en forme d'anus (c'est pas moi qui ai eu l'idée de cette image suggestive, mais l'auteur), non, c'est la gente demoiselle qui se tient à la caisse.

Elle est belle comme... Tiens l'image m'échappe... Ses cheveux couleur d'incendie et ses yeux verts l'aspirent et aussitôt il lui pose une question qui dénote une recherche linguistique savante et osée, du genre : Vous finissez à quelle heure ?

Rendez-vous est pris pour minuit, heure de fermeture de l'attraction. Minuit personne, le temps passe, un peu plus tard, personne, il poireaute, personne, enfin vers une heure du matin, la voilà qui arrive, toujours aussi belle, éblouissante, provocante. Et à ce moment se joue une scène qui le pétrifie. Elle lui prend la main et s'en va et lui, il reste comme un manchot accroché à sa banquise. Retour arrière et s'engage une conversation pour le moins passionnante, qui consiste à savoir ce qu'ils vont pouvoir faire et où.

Non seulement elle a un corps admirable, qu'il dévore des yeux, mais au goût c'est une déferlante de friandises dont il se repait avec volupté. Et rendez-vous est pris pour le lendemain soir, afin de savoir si les sensations seront les mêmes et aussi sensationnelles. Mais il semblerait bien qu'une diablerie se soit glissée dans leur chambre, des pattes fourchues pouvant en attester.

 

Nouvelle érotique, comme le laisse supposer le titre de la collection, mais également à tendance onirique et fantastique, Esméralda joue avec les sens, et pas uniquement celui du toucher du narrateur, et par voie de conséquence du lecteur. Esméralda, comment dire, s'envoie en l'air dans toute l'acception du terme, aussi bien au figuré qu'au propre. Et le narrateur la suit dans cette explosion charnelle, à sa grande joie mais également à son grand étonnement. Bref ils passent tous les deux une nuit mémorable et le lecteur un moment lui aussi mémorable.

 

Pascal PRATZ : Esméralda. Collection Culissime. Editions Ska. 0,99€.

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12 mai 2015 2 12 /05 /mai /2015 12:38

Oui mais Salve à tort...

Eva SCARDAPELLE : Salves.

La narratrice est devenue misanthrope. Comme ça d'un seul coup ou presque. En réalité cela c'est fait progressivement mais à son insu et un beau jour elle s'est rendu compte qu'elle n'aimait plus les gens.

Et quand je dis, j'écris, les gens, c'est tout le monde. Même ses enfants. D'ailleurs ce rejet a débuté par ses gamins qu'elle nourrissait à la va-comme-je-te-pousse. Des plats trop froids. Des bains trop chauds. Allant même jusqu'à les oublier à l'école.

La vie continue, en pointillé, sans elle. Elle a autre chose à faire.

Salves est une courte nouvelle pour exprimer une longue dégringolade. A cause d'une addiction, à cause de réseaux sociaux aussi, des miroirs aux alouettes qui ne tiennent pas leurs promesses. A cause d'un abandon de soi et des autres.

Une nouvelle profondément pessimiste, mais qui reflète sûrement le lot quotidien de nombreuses personnes, des jeunes principalement, qui ne savent pas ou plus quoi faire de leur vie. Dont l'esprit est englué de pensées négatives. Une nouvelle alarmiste dont il serait bon de chercher les origines de ce dédain de soin, de cette forme de rejet envers les autres, de ce repli.

 

Eva SCARDAPELLE : Salves. Nouvelle. Collection Noire Sœur. Editions SKA. 0,99€.

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12 mai 2015 2 12 /05 /mai /2015 08:21
Thierry JONQUET : Mygale.

Une araignée au plafond !

Thierry JONQUET : Mygale.

Chirurgien plasticien réputé, Richard Lafargue est un homme pervers. Il cloître dans sa maison de la banlieue parisienne une jeune femme, Eve, la soumettant au caprice d'hommes dépravés pour son seul plaisir si cela l'incommode parfois. Lorsqu'ils se rendent dans des restaurants, dans des réceptions, ils se conduisent comme un couple normal.

Alex est une petite frappe qui, après avoir réussi un braquage de banque au cours duquel un flic a été tué, s'est réfugié en Provence dans un mas prêté par un copain. Il n'a pas de nouvelles depuis quatre ans de son ami Vincent lequel lui aurait surement évité les bavures survenues au cours de son hold-up.

Vincent Moreau a été kidnappé sur une route de campagne par un homme qui le séquestre dans une cave. Après avoir l'avoir privé de nourritures liquides et solides son tortionnaire lui fournit peu à peu le minimum. Vincent devient sinon amoureux tout du moins reconnaissant envers cet homme qui lui apporte des vêtements, meuble son réduit, lui propose des divertissements sous forme de peinture et un piano. Puis tous les jours son kidnappeur, qu'il a surnommé Mygale, lui injecte un produit.

Obligé de quitter sa planque Alex remonte à Paris et se réfugie dans une villa. En regardant une émission à la télévision sur la chirurgie plastique, l'idée lui vient de changer de visage et d'identité et de quitter le pays. Il suit dans ses déplacement l'un des invités, le professeur Lafargue. C'est ainsi qu'il découvre que l'homme de l'art possède une fille enfermée dans un asile psychiatrique en Normandie.

La folie de sa fille Viviane est l'un des sujets de préoccupation de Lafargue. Et lorsqu'elle est en crise, il passe sa douleur en soumettant Eve à une séance de flagellation avec un des clients de sa compagne, prostituée sur rendez-vous.

Alec enlève Eve, sans que celle-ci voit son visage et l'enferme dans la cave de son pavillon. La jeune femme en se réveillant pense à une brimade de la part de son protecteur tortionnaire. Elle se revoit quatre ans plus tôt, lorsqu'elle était encore Vincent Moreau, avant que Lafargue lui injecte des produits destinés à développer ses tissus mammaires et l'opère pour le transmuer en femme. Ensuite Alec pose ses conditions au chirurgien plasticien et lui demande de lui modifier le visage. Le toubib l'anesthésie et le voyou est enfermé à la cave, là où a vécu durant des mois Vincent/Eve. Une nouvelle injection lui délie la langue et il donne les coordonnées du pavillon où il a enfermé Eve. Lafargue délivre la jeune femme qui ne comprend rien, croyant à un nouveau jeu sadique de Lafargue, pensant que l'histoire du truand kidnappeur n'est qu'un mensonge. Lorsqu'elle aperçoit Alec, Eve suppose que Lafargue vient de peaufiner sa vengeance. Vincent et Alec avaient quatre ans auparavant violé Viviane, ce qui avait fait perdre la raison à la jeune fille.

 

Tout est ambigüité dans ce roman : ambigüité des situations, des personnages, des sentiments. En peu de pages, ce qui démontre que point n'est besoin d'écrire un gros pavé pour construire une histoire, Thierry Jonquet nous entraîne dans un monde de folie et de vengeance. Il tisse sa trame avec une maestria digne d'un auteur aguerri, alors qu'il n'en est qu'à son cinquième roman. Ce qui lui vaudra d'être choisi pour porter les couleurs de la Série Noire avec le numéro 2000.

Thierry JONQUET : Mygale.

Thierry JONQUET : Mygale. Série Noire N° 1949. Parution avril 1984. 192 pages. Nombreuses rééditions dont Folio Policier N°52. Janvier 1999. 6,40€. Disponible sur le site Série Noire.

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11 mai 2015 1 11 /05 /mai /2015 12:53

Cela ne nous rajeunit pas !

Frédéric PAULIN : Rappelez-vous ce qui est arrivé aux dinosaures.

Imagez un feu d’artifice : Oh la belle bleue (Pour les policiers de la BAC) ! Oh la belle rouge (Label rouge ? pour les jeunes femmes de l’association d’Entraide et vous) ! Oh la belle verte (Pour l’herbe qui circule dans la ZUP Sud) ! Oh la belle blanche (Pour les masques destinés à se protéger du virus H1N1) ! Oh encore une blanche (Pour la drogue dite dure)… C’est ainsi que débute le roman de Frédéric Paulin, stylistiquement parlant.

L’action, un catapultage d’événements, se déroule dans une ville de l’ouest de la France, Rennes plus précisément quoique le nom ne soit jamais cité. Le lieutenant Paul Gascogne, qui officie à la BAC (Brigade Anti-Criminalité) tente d’intercepter deux petits loubards qui circulent en scooter et s’amusent à bousculer les piétons sur leur passage, au risque d’en blesser comme l’a été la copine de l’un des fils de Gascogne, d’où son ressentiment. La souricière mise en place s’avère efficace, à tel point que les loustics dérapent et l’un d’eux est grièvement blessé. Aussitôt les policiers appellent les secours qui tardent à arriver. D’abord c’est le toubib, Elvis Dubrinfaux qui arrive, puis les pompiers. Enfin soupire Gascogne qui poireaute depuis de longues minutes en compagnie de ses hommes, Newel Österberg, un vieux de la vieille, et Pablo Ruiz, un jeunot. Pour Gascogne, Österberg est plus qu’un membre de sa section, c’est presqu’un ami. Cela ne l’empêche pas d’être irrité par les propos racistes que Newel, surnommé Jean-Marie c’est tout dire, tient des propos que confirment Ruiz et dont la teneur devrait être aboli dans le langage policier. Le docteur Dubrinfaux et les pompiers ont été appelés afin de secourir une dame âgée qui semblerait atteinte de la grippe A, dite aussi aviaire, porcine, mexicaine ou encore H1N1.

Pendant ce temps, ou presque, Farid, son cousin Zinedine et Ronald, se partagent un pétard au pied d’une tour de la ZUP sud, pensant à leur avenir de petits loubards, sections dealers et racketteurs. Ils aimeraient bien se voir en leaders de dealers. Ils sont abordés par deux salariées d’une association qui travaille en partenariat avec les services sociaux de la mairie. Martine Miossec et Eve Mauléon, d’Entraide et Vous, sont chargées de recruter des jeunes dans le cadre de la réinsertion et de leur proposer de les aider à créer leurs entreprises. Ce qui, vous l’avouerez, part d’un bon sentiment. Mais personne n’est intéressé par ces projets aléatoires. Alors les deux jeunes femmes décident d’inverser la tendance. Elles savent que Farid et ses deux compagnons traficotent dans l’herbe. Elles leur suggèrent que, en investissant leur temps dans la confection et la vente de kebabs et autres spécialités pas forcément locales mais prisées par une population grandissante d’adolescents, ils pourraient, éventuellement, si cela les tentait, en se partageant les tâches, cumuler les emplois. Par exemple tandis que l’un des trois compagnons est aux fourneaux, les autres pourraient étendre leurs activités de dealers en pourvoyant d’autres substances, et que l’argent ainsi acquis serait absorbé dans le chiffre d’affaire de la restauration. Justement, à quelques kilomètres de là, une échoppe dans un centre commercial pourrait leur convenir. Marché conclu.

Et c’est ainsi qu’un aréopage de personnalités, la mairesse en tête et quelques pontes, organise l’ouverture du Kebab Babek (Original, non ?) et se presse lors de l’inauguration. Félicitations, petits fours et champagne à l’appui, sont adressées aux jeunes entrepreneurs.

Par un de ses informateurs, Mytho Yann, le lieutenant Mordefroid qui lui travaille à la Brigade des Stups, est informé de la venue d’un grossiste en provenance de la région parisienne, Black Francis. Une bonne prise se profile à l’horizon !

Oui mais, il y a toujours un os dans le potage, et dans ce cas précis, ce seraient plutôt des charançons dans la farine. Pendant ce temps la grippe H1N1 se développe, s’étend dans toutes les couches de la société, même les couches culottes et les couches de protection pour personnes âgées. Personne n’est à l’abri de cette invasion qui n’a pas été déclarée en douane. Manque à gagner ? Pas pour tout le monde ! Ce qui n’empêche pas que les toubibs, les infirmières sont sur les dents et les rotules et que les cadavres commencent à envahir les salles dédiées aux défunts. Un véritable engorgement des bronches et des hôpitaux.

 

Frédéric Paulin pratique l’humour à froid, et cette histoire nous offre une vue personnelle mais pas innocente de plusieurs tableaux. D’abord, les personnages qui gravitent dans cette histoire et leurs patronymes qui ne manqueront pas d’interpeller le lecteur. J’ai omis de citer qu’il existait aussi un Jean-Marc Rouillan parmi les policiers. Les personnages donc, qui sont tous plus ou moins atteints de fractures familiales, ce qui peut éventuellement interférer dans leur métier. Et puis, que faire quand la société, et ses instances dirigeantes, est confrontée à une pandémie puis une épidémie ? Et que penser de la politique du chiffre qui régit tout alors que la réinsertion n’est pas forcément quantifiable et surtout ne doit pas l’être à tout prix ? Mais tout ceci est bien évidemment sorti de l’imagination fertile de l’auteur, et il ne faudrait pas que le lecteur relie des faits ayant existé à des affabulations littéraires. Quoi que…

Frédéric PAULIN : Rappelez-vous ce qui est arrivé aux dinosaures. Editions Pascal Galodé. Parution septembre 2011. 206 pages. 18,50€.

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11 mai 2015 1 11 /05 /mai /2015 08:15
William MARSHALL: Hong-Kong Blues.

Hong-Kong star
T'es pas né là où tu voulais
T'as pas la peau qu'il te faudrait
Celle du vrai pays du dollar

William MARSHALL: Hong-Kong Blues.

Un mystérieux personnage, qui se surnomme l'Exécuteur, tue dans les salles de cinéma de la Baie de Hong d'inoffensifs spectateurs.

Pour l'inspecteur principal Feiffer, son adjoint O'Yee, les inspecteurs Spencer et Auden et tout le commissariat de Yellowsthread, c'est la bouteille à l'encre. Le laboratoire de balistique parvient à la conclusion que le tueur se sert d'une arme à quatre canons, un Sharps derringer, modèle en principe introuvable sur le territoire de Hong-Kong mais dont l'armurerie de la police possède un exemplaire. Feiffer pensant que l'individu ne s'arrêtera pas en si bon chemin, et ayant commis ses meurtres dans trois salles de cinéma, il décide de faire surveiller les deux autres.

Tandis qu'il observe dans la salle les spectateurs, O'Yee, chargé de filtrer les sorties, parle avec le directeur. Alors qu'un jeune l'apostrophe, dévoilant l'identité d'O'Yee, un homme qui prenait son billet à la caisse, braque un pistolet à quatre canons et s'enfuit. Il ne reste plus à O'Yee qu'à fournir un signalement passe-partout de l'Exécuteur.

Une quatrième victime, un Allemand, est à déplorer dans l'enceinte d'une salle des ventes. La réflexion d'un collègue permet à O'Yee de compléter le portrait de celui qu'ils recherchent. L'homme se balade les poches pleines de pièces de dix cents. Une cinquième victime est découverte dans le train traversant l'ile de Hong-Kong : l'agent chargé de pointer les billets.

Le commissaire de police de Kowloon a pu recueillir une déposition du fonctionnaire avant son décès. Un témoignage décousu, haché, confirmant simplement que le tueur se promène avec plein de pièces dans ses poches. Seule une remarque selon laquelle la victime et son meurtrier auraient un point commun plonge la brigade dans l'expectative.

Madame Mortimer, une vieille dame qui se croit à Shanghai au temps de la révolution et prend l'inspecteur Spencer pour le Consul Britannique, lui demandant aide et assistance contre les Chinois qui lui ont kidnappé son fils - mort depuis longtemps - se fait écraser par un tramway. A l'agent de police présent sur les lieux il se plaint que le contrôleur de billets s'est enfui et ne peut donc pas lui servir de témoin.

L'Exécuteur téléphone pour se disculper de cet accident, et malgré tous leurs efforts, les inspecteurs ne peuvent localiser l'appel. Toutefois cela donne l'idée à Feiffer d'éplucher le rapport de l'accident et d'établir une corrélation entre l'Exécuteur et le contrôleur parti si précipitamment.

 

 

William Marshall tout en relatant les difficultés rencontrées par la brigade de police pour découvrir l'identité du tueur nous fait côtoyer celui-ci et assister à ses différents meurtres. Mais surtout il dévoile peu à peu les motifs du dérèglement de l'esprit de ce Sérial Killer et ce qui l'a amené à supprimer ainsi des innocents. C'est la fin de la colonisation, les inspecteurs sont nés à Hong-Kong et recèlent en eux une dose de sang asiatique. Cela n'évite pas cependant les bavures et William Marshall à sa façon raconte la vie dans un commissariat façon Ed McBain.

 

Inspecteur, chez les antiquaires, personne n'a l'air de ce qu'il est. Les riches essayent de prendre l'air pauvre, les pauvres se donnent l'air riche pour que les gens croient qu'ils ont de l'argent, ou bien ils ont l'air pauvre pour qu'on croit que ce sont des riches qui se font passer pour pauvres alors qu'en fait ils peuvent être ou riches ou pauvres. On n'est jamais sûr.

William MARSHALL: Hong-Kong Blues. (The Hatchet man - 1976. Traduction de S. Hilling). Super Noire N°95. Parution avril 1978. 256 pages. 2,80€. Disponible sur le site de la Série Noire.

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10 mai 2015 7 10 /05 /mai /2015 15:11

Et ce n'est pas du cinéma... quoique...

Brigitte AUBERT : La mort au Festival de Cannes.

Invitée au festival de Cannes, Elise Andrioli anticipe son plaisir, elle qui a vécu son enfance dans un cinéma dit de quartier.

Elle est devenue aveugle, muette et tétraplégique à la suite d'un attentat, mais cela ne l'empêche pas d'apprécier la télévision et le cinéma. Elle doit participer comme membre du jury Jeunes Talents et grâce à son fauteuil roulant aérodynamique et son ordinateur à synthèse vocale qu'elle manipule avec sa main gauche, seule rescapée du désastre qui la prive de tout mouvement, elle va pouvoir communiquer ses impressions. Elle est accompagnée par Yvette, qui cumule les fonctions de dame de compagnie, d'infirmière, de nounou, et de lunettes et autres petits boulots occasionnels.

Elise Andrioli est devenue célèbre en partie grâce une romancière nommée B.A. (discrétion oblige, Elise Andrioli narre cette histoire !) qui a relaté ses aventures dans un livre titré La mort des bois mais aussi parce qu'un film a été adapté de l'ouvrage sous le titre éponyme et interprété par Jodie Foster (Pourquoi faut s'taire ?) dans le rôle d'Elise et Woody Golberg dans celui d'Yvette. Le film est même sélectionné pour le festival.

Elles sont reçues par Antoine de Caumont, qui les guide quelque peu malgré toutes les demandes dont il est assailli, puis alors qu'elles se dirigent vers leur hôtel, elles sont bousculées par un individu discourtois en scooter. Comme le leur précise Charles Moroni, un passant qui justement a travaillé au bar de leur hôtel, c'était surtout aux sacs qui viennent de leur être remis et contenant laissez-passer, guides, et autres bricoles indispensables pour se sentir à l'aise et être considérées comme des VIP lors du festival, que le peu respectueux scootériste en avait.

Les membres du jury Jeunes Talents proviennent d'horizons divers. La présidente de l'association et du jury, un sportif apnéiste multi-médaillé, une poétesse, un homme de théâtre, une mère de jumelles surdouées, et un directeur de conservatoire complètent cette phalange. Mais qui dit jeunes talents, dit participation de gamins au festival. Parmi eux Gwendoline, une encyclopédie vivante, qui ne rate aucune occasion pour déclamer son savoir tel un robot dont les piles viendraient d'être changées. Le documentaire qui lui a été consacré concourt pour ce prix de même que ceux qui ont été réalisés auprès de Géraud, vice-champion du monde d'échecs, catégorie moins de quatorze ans, et de Samir, violoniste prodige.

Tandis que les enfants s'amusent, les grandes personnes s'agglutinent au buffet. Les enfants s'amusent, pas vraiment. Ils s'ennuient. Ils s'immiscent dans les conversations des grandes personnes, des propos pour la plupart du temps insipides aux oreilles de jeunes plantes montées en graines et exhibées comme sur un marché. Clap clap, non ce n'est pas le clap de fin, mais le bruitage effectué par Gwendoline qui toutes les cinq minutes tape dans ses mains. Un tic en toc. Ludivine, la mère de Gwendoline, a un malaise. La gamine qui a réponse à tout déclare que c'est à cause des sulfites, sa mère buvant trop de vin.

Le temps passe, agréablement pour les uns, pour les autres peut-être moins, pourtant ce ne sont pas les dérivatifs qui manquent. Réceptions, visionnage de films, buffets garnis... Il y en a même qui plongent tout habillés dans la piscine. Et certaines qui n'en ressortent pas. La poétesse n'a pas dû digérer tout ce qu'elle a ingurgité. Bref elle fait la planche sur le ventre. Une pose pas très commode pour respirer. D'ailleurs elle ne respire plus.

Elle est la première à dire au-revoir au festival, et d'autres vont la suivre. Des accidents, selon les premières constatations policières, mais l'officier de police Isidore ne peut nier que certains décès relèvent du meurtre. Elise se mêle d'enquêter sur ces morts brutales, bien entendu accompagnée d'Yvette, qui l'aide dans ses déplacements, et de Charles Moroni, toujours là quand il le faut. Mais peut-être est-ce l'attrait d'Yvette qui l'amène à fréquenter les deux femmes ? Pourtant Elise n'est pas à l'abri du tueur, ou de la tueuse, car apparemment quelqu'un voudrait bien l'éliminer. Heureusement, si elle est aveugle et muette, elle n'est pas sourde. Et comment transmettre ses impressions lorsque sa tablette ne veut plus lui obéir ou que son crayon disparait.

 

Le festival de Cannes, loin des paillettes et des strass, même si ceux-ci ne pas loin, loin des vedettes, même si celles-ci traversent la foule de temps à autre. La manifestation vue de l'intérieur, par une dame qui connait bien l'atmosphère, l'ambiance de ce festival et le milieu du cinéma puisque son enfance a été baignée dans ce genre de manifestation. De même qu'Elise son héroïne qui a tenu une salle d'art et d'essai.

Cela aurait pu être un reportage sous la plume d'autres romanciers, reportage agrémenté d'une intrigue plaisante. Avec Brigitte Aubert, c'est plus que cela. C'est l'humour qui imprègne ce roman ébouriffant, décapant et très... cinématographique. Le spectateur, pardon, le lecteur ne s'ennuie à aucun moment, attendant les scènes successives avec impatience. Action, suspense, situations burlesques et numéros de charme alternent ou se complètent pour notre plus grand plaisir. Sans oublier le final enflammé.

Elise narre cette histoire à la première personne, normal puisqu'elle est au cœur de l'action. Et qu'elle ressent l'envie de prendre la place de sa biographe, une certaine B.A. et forcément elle ne fait pas toujours dans la dentelle tout en étant lucide, aussi bien envers les autres qu'envers elle-même. Lucide mais pas méchante, juste parfois sarcastique à son encontre.

J'ai toujours fait cet effet là aux hommes : je les rends intelligents. Du coup, ils m'abandonnent.

Mais justement la force de Brigitte Aubert réside dans les descriptions de personnages, ou des scènes d'action des décors, uniquement grâce aux perceptions olfactives et auditives d'Elise ou encore par le biais soit de la narration effectuée par les divers interlocuteurs de la dame au fauteuil roulant, soit des conversations échangées entre les différents protagonistes. Car beaucoup oublient qu'Elise n'est pas sourde, et donc échangent quelques propos qu'elle entend à leur insu.

J'ai relevé par-ci par-là de petites phrases qui mériteraient à elles seules tout un article, mais je me contenterai de signaler celle-ci :

Les hommes d'affaires du XXIe siècle sourient en moyenne cent cinquante fois plus que leurs ancêtres maquignons. Ce n'est pas qu'ils soient plus aimables, c'est qu'ils sont plus hypocrites.

Un roman rafraîchissant qui nous change des œuvres plus violentes et pessimistes lues dernièrement.

Brigitte AUBERT : La mort au Festival de Cannes. Collection Seuil Policiers. Editions Le Seuil. Parution le 7 mai 2015. 270 pages. 19,00€.

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  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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