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13 mai 2015 3 13 /05 /mai /2015 08:14
Malcolm BRALY : La neige était noire

Alors que la poudre est blanche ?

Malcolm BRALY : La neige était noire

Carver, lieutenant de police à la Brigade des Stups, voue une profonde aversion pour les musiciens de jazz et les drogués.

Et son point de fixation, c'est Gabiness, saxophoniste qui, avec quelques comparses musiciens, prône le jazz avant-gardiste. Carver s'est juré de faire tomber Gabiness, et pour cela tous les moyens sont bons.

Il exerce un chantage sur Sullivan, une cloche qu'il alimente en poudre, et il le charge de fourguer de l'herbe, des sachets ou des comprimés à Gabiness et ses amis. Gabiness ne tâte que modérément aux paradis artificiels, contrairement à Furg le tromboniste ou Kovin le trompettiste.

Un soir, lors d'une rafle organisée par Carver, Gabiness sauve la mise à Claire Hubler, riche héritière à la recherche de sensations fortes et frigide. Il vit plus ou moins à la colle avec Jean, hôtesse de bar, cependant Claire l'attire. Et puis elle a de l'argent, ce qui n'est pas négligeable pour un fauché perpétuel.

Carver a raté son entreprise mais il ne s'avoue pas vaincu et il relance Sullivan, afin qu'il continue son opération intoxication, aux deux sens du terme. Sullivan surprend fortuitement Carver en train de se piquer, et le policier a beau avancer l'hypothèse du diabète, le fourgue reste sceptique. Gabiness s'installe chez Claire tandis que Jean est draguée par John Randozza, espèce de playboy. Le rêve de Gabiness, pouvoir monter une petite formation de jazz avec Kovin, Furg et un batteur. Mais il est alpagué par Carver pour une peccadille et Claire le fait libérer de prison en versant la caution. Il devra passer devant un tribunal mais pour le moment il est libre.

Le directeur d'un cabaret miteux accepte d'engager Gabiness et son équipe, mais Randozza est derrière et effectue quelques transformations afin de rendre la boite plus attractive. Jean devient plus distante envers le jazzman et évolue physiquement, plus provocante dans sa mise vestimentaire. Il ne réalise pas immédiatement qu'elle est devenue prostituée et que Randozza n'est qu'un souteneur. Claire dont les sautes d'humeur sont trop fréquentes et à la frigidité incurable n'intéresse plus Gabiness qui la plaque. Il retourne chez ses amis Kovin, Furg et Ann, professeur de littérature dans une école du soir pour adultes.

Un jour Furg décède d'une overdose, la came étant empoisonnée, contenant un mélange trop corsé de strychnine.

 

Musique, sexe et drogue. Trois thèmes du roman noir réunis pour cette histoire tranche de vie.

Le jazz y est omniprésent, avec des références à Charlie Parker, Miles Davis et autres innovateurs. Le sexe, pas encore débridé, annonce l'amour libre prôné peu de temps après par les beatniks et les babas cools. Quant à la drogue, c'est la poudre qui lie la sauce avec la présence de Carver, ce flic des stups lui-même drogué et qui essaie par tous les moyens de coffrer ceux à qui il voue une haine tenace et incompréhensible.

Un flic qui travaille en solitaire, espérant pouvoir profiter de ses confiscations et qui se bat contre une chimère. Pour une raison ou une autre, pas clairement définie, il ressent une haine viscérale envers Gabiness, mais contrairement à d'autres musiciens de son entourage, celui-ci n'est pas un dépendant à la drogue. Il en tâte en dilettante, la musique étant sa passion, quoique celle-ci passera après ses résolutions de s'établir comme employé et de fonder un foyer.

Les personnages qui gravitent dans cette histoire ne sont pas véritablement des paumés, à part Sullivan qui malgré tout veut briser l'emprise exercée par Carver et désire se racheter, mais des marginaux. Et plus que les musiciens, toujours à la recherche d'un son - et d'un engagement - de la fameuse note bleue, ce sont les femmes qui acceptent volontiers de descendre la pente tout en prodiguant conseils et une relative honorabilité : Claire, frigide et vaguement lesbienne, en quête d'orgasme, alliant frénésie et répulsion; Ann, professeur de littérature amoureuse de Kovin et qui copule allègrement avec Furg, faisant plaisir à l'un parce que cela ne dérange pas l'autre; Jean qui se prostitue par dépit, par jalousie, ce que ne peut comprendre Gabiness puisque selon lui il n'a fauté qu'avec une seule femme.

L'alcool, autre thème porteur, est absent du débat. Les musiciens boivent, comme tout le monde, mais ils se contentent d'ingurgiter du vin rouge.

C'était duraille de secouer le public de North Beach. Les gens prenaient soin de surveiller leurs réactions. Personne ne tenait à applaudir de la vacherie, et on ne savait pas toujours très bien faire la différence.

 

Curiosité :

A noter que le titre français rappelle étrangement un roman de Georges Simenon : La neige était sale.

Ce roman a reçu le Prix 813 de la meilleure réédition 1983.

Malcolm BRALY : La neige était noire

Malcolm BRALY : La neige était noire (Shake Him till the Ratlles - 1963. Traduction de France-Marie Watkins) Série Noire N°937. Parution mai 1965. 192 pages. 4,90€. Disponible sur le site de la Série Noire

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12 mai 2015 2 12 /05 /mai /2015 14:26

Et le narrateur ne se nomme pas Quasimodo...

Pascal PRATZ : Esméralda.

La grande Ducasse bat son plein et le narrateur flâne parmi les manèges, les stands, assailli par les odeurs de frites, de barbe à papa et pommes d'amour. Une fête foraine qui va durer pendant deux mois.

Il est seul et donc il peut se rendre où il le désire sans être tiraillé par des demandes émanant de gamins turbulents et exigeants ou de femme désireuse de trouver le grand frisson ailleurs que dans la chambre conjugale.

Ce n'est pas le décor externe du Palais des Horreurs qui l'attire, ni les cris, les hurlements d'extase des demoiselles qui s'engouffrent dans cette bouche géante pour en ressortir par une ouverture en forme d'anus (c'est pas moi qui ai eu l'idée de cette image suggestive, mais l'auteur), non, c'est la gente demoiselle qui se tient à la caisse.

Elle est belle comme... Tiens l'image m'échappe... Ses cheveux couleur d'incendie et ses yeux verts l'aspirent et aussitôt il lui pose une question qui dénote une recherche linguistique savante et osée, du genre : Vous finissez à quelle heure ?

Rendez-vous est pris pour minuit, heure de fermeture de l'attraction. Minuit personne, le temps passe, un peu plus tard, personne, il poireaute, personne, enfin vers une heure du matin, la voilà qui arrive, toujours aussi belle, éblouissante, provocante. Et à ce moment se joue une scène qui le pétrifie. Elle lui prend la main et s'en va et lui, il reste comme un manchot accroché à sa banquise. Retour arrière et s'engage une conversation pour le moins passionnante, qui consiste à savoir ce qu'ils vont pouvoir faire et où.

Non seulement elle a un corps admirable, qu'il dévore des yeux, mais au goût c'est une déferlante de friandises dont il se repait avec volupté. Et rendez-vous est pris pour le lendemain soir, afin de savoir si les sensations seront les mêmes et aussi sensationnelles. Mais il semblerait bien qu'une diablerie se soit glissée dans leur chambre, des pattes fourchues pouvant en attester.

 

Nouvelle érotique, comme le laisse supposer le titre de la collection, mais également à tendance onirique et fantastique, Esméralda joue avec les sens, et pas uniquement celui du toucher du narrateur, et par voie de conséquence du lecteur. Esméralda, comment dire, s'envoie en l'air dans toute l'acception du terme, aussi bien au figuré qu'au propre. Et le narrateur la suit dans cette explosion charnelle, à sa grande joie mais également à son grand étonnement. Bref ils passent tous les deux une nuit mémorable et le lecteur un moment lui aussi mémorable.

 

Pascal PRATZ : Esméralda. Collection Culissime. Editions Ska. 0,99€.

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12 mai 2015 2 12 /05 /mai /2015 12:38

Oui mais Salve à tort...

Eva SCARDAPELLE : Salves.

La narratrice est devenue misanthrope. Comme ça d'un seul coup ou presque. En réalité cela c'est fait progressivement mais à son insu et un beau jour elle s'est rendu compte qu'elle n'aimait plus les gens.

Et quand je dis, j'écris, les gens, c'est tout le monde. Même ses enfants. D'ailleurs ce rejet a débuté par ses gamins qu'elle nourrissait à la va-comme-je-te-pousse. Des plats trop froids. Des bains trop chauds. Allant même jusqu'à les oublier à l'école.

La vie continue, en pointillé, sans elle. Elle a autre chose à faire.

Salves est une courte nouvelle pour exprimer une longue dégringolade. A cause d'une addiction, à cause de réseaux sociaux aussi, des miroirs aux alouettes qui ne tiennent pas leurs promesses. A cause d'un abandon de soi et des autres.

Une nouvelle profondément pessimiste, mais qui reflète sûrement le lot quotidien de nombreuses personnes, des jeunes principalement, qui ne savent pas ou plus quoi faire de leur vie. Dont l'esprit est englué de pensées négatives. Une nouvelle alarmiste dont il serait bon de chercher les origines de ce dédain de soin, de cette forme de rejet envers les autres, de ce repli.

 

Eva SCARDAPELLE : Salves. Nouvelle. Collection Noire Sœur. Editions SKA. 0,99€.

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12 mai 2015 2 12 /05 /mai /2015 08:21
Thierry JONQUET : Mygale.

Une araignée au plafond !

Thierry JONQUET : Mygale.

Chirurgien plasticien réputé, Richard Lafargue est un homme pervers. Il cloître dans sa maison de la banlieue parisienne une jeune femme, Eve, la soumettant au caprice d'hommes dépravés pour son seul plaisir si cela l'incommode parfois. Lorsqu'ils se rendent dans des restaurants, dans des réceptions, ils se conduisent comme un couple normal.

Alex est une petite frappe qui, après avoir réussi un braquage de banque au cours duquel un flic a été tué, s'est réfugié en Provence dans un mas prêté par un copain. Il n'a pas de nouvelles depuis quatre ans de son ami Vincent lequel lui aurait surement évité les bavures survenues au cours de son hold-up.

Vincent Moreau a été kidnappé sur une route de campagne par un homme qui le séquestre dans une cave. Après avoir l'avoir privé de nourritures liquides et solides son tortionnaire lui fournit peu à peu le minimum. Vincent devient sinon amoureux tout du moins reconnaissant envers cet homme qui lui apporte des vêtements, meuble son réduit, lui propose des divertissements sous forme de peinture et un piano. Puis tous les jours son kidnappeur, qu'il a surnommé Mygale, lui injecte un produit.

Obligé de quitter sa planque Alex remonte à Paris et se réfugie dans une villa. En regardant une émission à la télévision sur la chirurgie plastique, l'idée lui vient de changer de visage et d'identité et de quitter le pays. Il suit dans ses déplacement l'un des invités, le professeur Lafargue. C'est ainsi qu'il découvre que l'homme de l'art possède une fille enfermée dans un asile psychiatrique en Normandie.

La folie de sa fille Viviane est l'un des sujets de préoccupation de Lafargue. Et lorsqu'elle est en crise, il passe sa douleur en soumettant Eve à une séance de flagellation avec un des clients de sa compagne, prostituée sur rendez-vous.

Alec enlève Eve, sans que celle-ci voit son visage et l'enferme dans la cave de son pavillon. La jeune femme en se réveillant pense à une brimade de la part de son protecteur tortionnaire. Elle se revoit quatre ans plus tôt, lorsqu'elle était encore Vincent Moreau, avant que Lafargue lui injecte des produits destinés à développer ses tissus mammaires et l'opère pour le transmuer en femme. Ensuite Alec pose ses conditions au chirurgien plasticien et lui demande de lui modifier le visage. Le toubib l'anesthésie et le voyou est enfermé à la cave, là où a vécu durant des mois Vincent/Eve. Une nouvelle injection lui délie la langue et il donne les coordonnées du pavillon où il a enfermé Eve. Lafargue délivre la jeune femme qui ne comprend rien, croyant à un nouveau jeu sadique de Lafargue, pensant que l'histoire du truand kidnappeur n'est qu'un mensonge. Lorsqu'elle aperçoit Alec, Eve suppose que Lafargue vient de peaufiner sa vengeance. Vincent et Alec avaient quatre ans auparavant violé Viviane, ce qui avait fait perdre la raison à la jeune fille.

 

Tout est ambigüité dans ce roman : ambigüité des situations, des personnages, des sentiments. En peu de pages, ce qui démontre que point n'est besoin d'écrire un gros pavé pour construire une histoire, Thierry Jonquet nous entraîne dans un monde de folie et de vengeance. Il tisse sa trame avec une maestria digne d'un auteur aguerri, alors qu'il n'en est qu'à son cinquième roman. Ce qui lui vaudra d'être choisi pour porter les couleurs de la Série Noire avec le numéro 2000.

Thierry JONQUET : Mygale.

Thierry JONQUET : Mygale. Série Noire N° 1949. Parution avril 1984. 192 pages. Nombreuses rééditions dont Folio Policier N°52. Janvier 1999. 6,40€. Disponible sur le site Série Noire.

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11 mai 2015 1 11 /05 /mai /2015 12:53

Cela ne nous rajeunit pas !

Frédéric PAULIN : Rappelez-vous ce qui est arrivé aux dinosaures.

Imagez un feu d’artifice : Oh la belle bleue (Pour les policiers de la BAC) ! Oh la belle rouge (Label rouge ? pour les jeunes femmes de l’association d’Entraide et vous) ! Oh la belle verte (Pour l’herbe qui circule dans la ZUP Sud) ! Oh la belle blanche (Pour les masques destinés à se protéger du virus H1N1) ! Oh encore une blanche (Pour la drogue dite dure)… C’est ainsi que débute le roman de Frédéric Paulin, stylistiquement parlant.

L’action, un catapultage d’événements, se déroule dans une ville de l’ouest de la France, Rennes plus précisément quoique le nom ne soit jamais cité. Le lieutenant Paul Gascogne, qui officie à la BAC (Brigade Anti-Criminalité) tente d’intercepter deux petits loubards qui circulent en scooter et s’amusent à bousculer les piétons sur leur passage, au risque d’en blesser comme l’a été la copine de l’un des fils de Gascogne, d’où son ressentiment. La souricière mise en place s’avère efficace, à tel point que les loustics dérapent et l’un d’eux est grièvement blessé. Aussitôt les policiers appellent les secours qui tardent à arriver. D’abord c’est le toubib, Elvis Dubrinfaux qui arrive, puis les pompiers. Enfin soupire Gascogne qui poireaute depuis de longues minutes en compagnie de ses hommes, Newel Österberg, un vieux de la vieille, et Pablo Ruiz, un jeunot. Pour Gascogne, Österberg est plus qu’un membre de sa section, c’est presqu’un ami. Cela ne l’empêche pas d’être irrité par les propos racistes que Newel, surnommé Jean-Marie c’est tout dire, tient des propos que confirment Ruiz et dont la teneur devrait être aboli dans le langage policier. Le docteur Dubrinfaux et les pompiers ont été appelés afin de secourir une dame âgée qui semblerait atteinte de la grippe A, dite aussi aviaire, porcine, mexicaine ou encore H1N1.

Pendant ce temps, ou presque, Farid, son cousin Zinedine et Ronald, se partagent un pétard au pied d’une tour de la ZUP sud, pensant à leur avenir de petits loubards, sections dealers et racketteurs. Ils aimeraient bien se voir en leaders de dealers. Ils sont abordés par deux salariées d’une association qui travaille en partenariat avec les services sociaux de la mairie. Martine Miossec et Eve Mauléon, d’Entraide et Vous, sont chargées de recruter des jeunes dans le cadre de la réinsertion et de leur proposer de les aider à créer leurs entreprises. Ce qui, vous l’avouerez, part d’un bon sentiment. Mais personne n’est intéressé par ces projets aléatoires. Alors les deux jeunes femmes décident d’inverser la tendance. Elles savent que Farid et ses deux compagnons traficotent dans l’herbe. Elles leur suggèrent que, en investissant leur temps dans la confection et la vente de kebabs et autres spécialités pas forcément locales mais prisées par une population grandissante d’adolescents, ils pourraient, éventuellement, si cela les tentait, en se partageant les tâches, cumuler les emplois. Par exemple tandis que l’un des trois compagnons est aux fourneaux, les autres pourraient étendre leurs activités de dealers en pourvoyant d’autres substances, et que l’argent ainsi acquis serait absorbé dans le chiffre d’affaire de la restauration. Justement, à quelques kilomètres de là, une échoppe dans un centre commercial pourrait leur convenir. Marché conclu.

Et c’est ainsi qu’un aréopage de personnalités, la mairesse en tête et quelques pontes, organise l’ouverture du Kebab Babek (Original, non ?) et se presse lors de l’inauguration. Félicitations, petits fours et champagne à l’appui, sont adressées aux jeunes entrepreneurs.

Par un de ses informateurs, Mytho Yann, le lieutenant Mordefroid qui lui travaille à la Brigade des Stups, est informé de la venue d’un grossiste en provenance de la région parisienne, Black Francis. Une bonne prise se profile à l’horizon !

Oui mais, il y a toujours un os dans le potage, et dans ce cas précis, ce seraient plutôt des charançons dans la farine. Pendant ce temps la grippe H1N1 se développe, s’étend dans toutes les couches de la société, même les couches culottes et les couches de protection pour personnes âgées. Personne n’est à l’abri de cette invasion qui n’a pas été déclarée en douane. Manque à gagner ? Pas pour tout le monde ! Ce qui n’empêche pas que les toubibs, les infirmières sont sur les dents et les rotules et que les cadavres commencent à envahir les salles dédiées aux défunts. Un véritable engorgement des bronches et des hôpitaux.

 

Frédéric Paulin pratique l’humour à froid, et cette histoire nous offre une vue personnelle mais pas innocente de plusieurs tableaux. D’abord, les personnages qui gravitent dans cette histoire et leurs patronymes qui ne manqueront pas d’interpeller le lecteur. J’ai omis de citer qu’il existait aussi un Jean-Marc Rouillan parmi les policiers. Les personnages donc, qui sont tous plus ou moins atteints de fractures familiales, ce qui peut éventuellement interférer dans leur métier. Et puis, que faire quand la société, et ses instances dirigeantes, est confrontée à une pandémie puis une épidémie ? Et que penser de la politique du chiffre qui régit tout alors que la réinsertion n’est pas forcément quantifiable et surtout ne doit pas l’être à tout prix ? Mais tout ceci est bien évidemment sorti de l’imagination fertile de l’auteur, et il ne faudrait pas que le lecteur relie des faits ayant existé à des affabulations littéraires. Quoi que…

Frédéric PAULIN : Rappelez-vous ce qui est arrivé aux dinosaures. Editions Pascal Galodé. Parution septembre 2011. 206 pages. 18,50€.

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11 mai 2015 1 11 /05 /mai /2015 08:15
William MARSHALL: Hong-Kong Blues.

Hong-Kong star
T'es pas né là où tu voulais
T'as pas la peau qu'il te faudrait
Celle du vrai pays du dollar

William MARSHALL: Hong-Kong Blues.

Un mystérieux personnage, qui se surnomme l'Exécuteur, tue dans les salles de cinéma de la Baie de Hong d'inoffensifs spectateurs.

Pour l'inspecteur principal Feiffer, son adjoint O'Yee, les inspecteurs Spencer et Auden et tout le commissariat de Yellowsthread, c'est la bouteille à l'encre. Le laboratoire de balistique parvient à la conclusion que le tueur se sert d'une arme à quatre canons, un Sharps derringer, modèle en principe introuvable sur le territoire de Hong-Kong mais dont l'armurerie de la police possède un exemplaire. Feiffer pensant que l'individu ne s'arrêtera pas en si bon chemin, et ayant commis ses meurtres dans trois salles de cinéma, il décide de faire surveiller les deux autres.

Tandis qu'il observe dans la salle les spectateurs, O'Yee, chargé de filtrer les sorties, parle avec le directeur. Alors qu'un jeune l'apostrophe, dévoilant l'identité d'O'Yee, un homme qui prenait son billet à la caisse, braque un pistolet à quatre canons et s'enfuit. Il ne reste plus à O'Yee qu'à fournir un signalement passe-partout de l'Exécuteur.

Une quatrième victime, un Allemand, est à déplorer dans l'enceinte d'une salle des ventes. La réflexion d'un collègue permet à O'Yee de compléter le portrait de celui qu'ils recherchent. L'homme se balade les poches pleines de pièces de dix cents. Une cinquième victime est découverte dans le train traversant l'ile de Hong-Kong : l'agent chargé de pointer les billets.

Le commissaire de police de Kowloon a pu recueillir une déposition du fonctionnaire avant son décès. Un témoignage décousu, haché, confirmant simplement que le tueur se promène avec plein de pièces dans ses poches. Seule une remarque selon laquelle la victime et son meurtrier auraient un point commun plonge la brigade dans l'expectative.

Madame Mortimer, une vieille dame qui se croit à Shanghai au temps de la révolution et prend l'inspecteur Spencer pour le Consul Britannique, lui demandant aide et assistance contre les Chinois qui lui ont kidnappé son fils - mort depuis longtemps - se fait écraser par un tramway. A l'agent de police présent sur les lieux il se plaint que le contrôleur de billets s'est enfui et ne peut donc pas lui servir de témoin.

L'Exécuteur téléphone pour se disculper de cet accident, et malgré tous leurs efforts, les inspecteurs ne peuvent localiser l'appel. Toutefois cela donne l'idée à Feiffer d'éplucher le rapport de l'accident et d'établir une corrélation entre l'Exécuteur et le contrôleur parti si précipitamment.

 

 

William Marshall tout en relatant les difficultés rencontrées par la brigade de police pour découvrir l'identité du tueur nous fait côtoyer celui-ci et assister à ses différents meurtres. Mais surtout il dévoile peu à peu les motifs du dérèglement de l'esprit de ce Sérial Killer et ce qui l'a amené à supprimer ainsi des innocents. C'est la fin de la colonisation, les inspecteurs sont nés à Hong-Kong et recèlent en eux une dose de sang asiatique. Cela n'évite pas cependant les bavures et William Marshall à sa façon raconte la vie dans un commissariat façon Ed McBain.

 

Inspecteur, chez les antiquaires, personne n'a l'air de ce qu'il est. Les riches essayent de prendre l'air pauvre, les pauvres se donnent l'air riche pour que les gens croient qu'ils ont de l'argent, ou bien ils ont l'air pauvre pour qu'on croit que ce sont des riches qui se font passer pour pauvres alors qu'en fait ils peuvent être ou riches ou pauvres. On n'est jamais sûr.

William MARSHALL: Hong-Kong Blues. (The Hatchet man - 1976. Traduction de S. Hilling). Super Noire N°95. Parution avril 1978. 256 pages. 2,80€. Disponible sur le site de la Série Noire.

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10 mai 2015 7 10 /05 /mai /2015 15:11

Et ce n'est pas du cinéma... quoique...

Brigitte AUBERT : La mort au Festival de Cannes.

Invitée au festival de Cannes, Elise Andrioli anticipe son plaisir, elle qui a vécu son enfance dans un cinéma dit de quartier.

Elle est devenue aveugle, muette et tétraplégique à la suite d'un attentat, mais cela ne l'empêche pas d'apprécier la télévision et le cinéma. Elle doit participer comme membre du jury Jeunes Talents et grâce à son fauteuil roulant aérodynamique et son ordinateur à synthèse vocale qu'elle manipule avec sa main gauche, seule rescapée du désastre qui la prive de tout mouvement, elle va pouvoir communiquer ses impressions. Elle est accompagnée par Yvette, qui cumule les fonctions de dame de compagnie, d'infirmière, de nounou, et de lunettes et autres petits boulots occasionnels.

Elise Andrioli est devenue célèbre en partie grâce une romancière nommée B.A. (discrétion oblige, Elise Andrioli narre cette histoire !) qui a relaté ses aventures dans un livre titré La mort des bois mais aussi parce qu'un film a été adapté de l'ouvrage sous le titre éponyme et interprété par Jodie Foster (Pourquoi faut s'taire ?) dans le rôle d'Elise et Woody Golberg dans celui d'Yvette. Le film est même sélectionné pour le festival.

Elles sont reçues par Antoine de Caumont, qui les guide quelque peu malgré toutes les demandes dont il est assailli, puis alors qu'elles se dirigent vers leur hôtel, elles sont bousculées par un individu discourtois en scooter. Comme le leur précise Charles Moroni, un passant qui justement a travaillé au bar de leur hôtel, c'était surtout aux sacs qui viennent de leur être remis et contenant laissez-passer, guides, et autres bricoles indispensables pour se sentir à l'aise et être considérées comme des VIP lors du festival, que le peu respectueux scootériste en avait.

Les membres du jury Jeunes Talents proviennent d'horizons divers. La présidente de l'association et du jury, un sportif apnéiste multi-médaillé, une poétesse, un homme de théâtre, une mère de jumelles surdouées, et un directeur de conservatoire complètent cette phalange. Mais qui dit jeunes talents, dit participation de gamins au festival. Parmi eux Gwendoline, une encyclopédie vivante, qui ne rate aucune occasion pour déclamer son savoir tel un robot dont les piles viendraient d'être changées. Le documentaire qui lui a été consacré concourt pour ce prix de même que ceux qui ont été réalisés auprès de Géraud, vice-champion du monde d'échecs, catégorie moins de quatorze ans, et de Samir, violoniste prodige.

Tandis que les enfants s'amusent, les grandes personnes s'agglutinent au buffet. Les enfants s'amusent, pas vraiment. Ils s'ennuient. Ils s'immiscent dans les conversations des grandes personnes, des propos pour la plupart du temps insipides aux oreilles de jeunes plantes montées en graines et exhibées comme sur un marché. Clap clap, non ce n'est pas le clap de fin, mais le bruitage effectué par Gwendoline qui toutes les cinq minutes tape dans ses mains. Un tic en toc. Ludivine, la mère de Gwendoline, a un malaise. La gamine qui a réponse à tout déclare que c'est à cause des sulfites, sa mère buvant trop de vin.

Le temps passe, agréablement pour les uns, pour les autres peut-être moins, pourtant ce ne sont pas les dérivatifs qui manquent. Réceptions, visionnage de films, buffets garnis... Il y en a même qui plongent tout habillés dans la piscine. Et certaines qui n'en ressortent pas. La poétesse n'a pas dû digérer tout ce qu'elle a ingurgité. Bref elle fait la planche sur le ventre. Une pose pas très commode pour respirer. D'ailleurs elle ne respire plus.

Elle est la première à dire au-revoir au festival, et d'autres vont la suivre. Des accidents, selon les premières constatations policières, mais l'officier de police Isidore ne peut nier que certains décès relèvent du meurtre. Elise se mêle d'enquêter sur ces morts brutales, bien entendu accompagnée d'Yvette, qui l'aide dans ses déplacements, et de Charles Moroni, toujours là quand il le faut. Mais peut-être est-ce l'attrait d'Yvette qui l'amène à fréquenter les deux femmes ? Pourtant Elise n'est pas à l'abri du tueur, ou de la tueuse, car apparemment quelqu'un voudrait bien l'éliminer. Heureusement, si elle est aveugle et muette, elle n'est pas sourde. Et comment transmettre ses impressions lorsque sa tablette ne veut plus lui obéir ou que son crayon disparait.

 

Le festival de Cannes, loin des paillettes et des strass, même si ceux-ci ne pas loin, loin des vedettes, même si celles-ci traversent la foule de temps à autre. La manifestation vue de l'intérieur, par une dame qui connait bien l'atmosphère, l'ambiance de ce festival et le milieu du cinéma puisque son enfance a été baignée dans ce genre de manifestation. De même qu'Elise son héroïne qui a tenu une salle d'art et d'essai.

Cela aurait pu être un reportage sous la plume d'autres romanciers, reportage agrémenté d'une intrigue plaisante. Avec Brigitte Aubert, c'est plus que cela. C'est l'humour qui imprègne ce roman ébouriffant, décapant et très... cinématographique. Le spectateur, pardon, le lecteur ne s'ennuie à aucun moment, attendant les scènes successives avec impatience. Action, suspense, situations burlesques et numéros de charme alternent ou se complètent pour notre plus grand plaisir. Sans oublier le final enflammé.

Elise narre cette histoire à la première personne, normal puisqu'elle est au cœur de l'action. Et qu'elle ressent l'envie de prendre la place de sa biographe, une certaine B.A. et forcément elle ne fait pas toujours dans la dentelle tout en étant lucide, aussi bien envers les autres qu'envers elle-même. Lucide mais pas méchante, juste parfois sarcastique à son encontre.

J'ai toujours fait cet effet là aux hommes : je les rends intelligents. Du coup, ils m'abandonnent.

Mais justement la force de Brigitte Aubert réside dans les descriptions de personnages, ou des scènes d'action des décors, uniquement grâce aux perceptions olfactives et auditives d'Elise ou encore par le biais soit de la narration effectuée par les divers interlocuteurs de la dame au fauteuil roulant, soit des conversations échangées entre les différents protagonistes. Car beaucoup oublient qu'Elise n'est pas sourde, et donc échangent quelques propos qu'elle entend à leur insu.

J'ai relevé par-ci par-là de petites phrases qui mériteraient à elles seules tout un article, mais je me contenterai de signaler celle-ci :

Les hommes d'affaires du XXIe siècle sourient en moyenne cent cinquante fois plus que leurs ancêtres maquignons. Ce n'est pas qu'ils soient plus aimables, c'est qu'ils sont plus hypocrites.

Un roman rafraîchissant qui nous change des œuvres plus violentes et pessimistes lues dernièrement.

Brigitte AUBERT : La mort au Festival de Cannes. Collection Seuil Policiers. Editions Le Seuil. Parution le 7 mai 2015. 270 pages. 19,00€.

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10 mai 2015 7 10 /05 /mai /2015 14:42
Tony KENRICK : Trois petits soldats.

A la guerre comme à la guerre...

Tony KENRICK : Trois petits soldats.

Sa carte de crédit ayant été refusée au restaurant où il déjeune régulièrement, Barney Rivers décide de se renflouer financièrement par un moyen expéditif mais malhonnête.

Pour cela il lui faut l'aide de son voisin et ami, Tom Loder, qui lui aussi se trouve confronté au même problème du panier percé. Barney lui soumet son idée : prélever sur le compte bancaire suisse numéroté d'un inconnu une certaine somme d'argent. Tom après une réticence bien compréhensible accepte de jouer le jeu et trouve le nom de J.B. Madison, avocat d'affaires et ex-ambassadeur.

Il leur faut pour réaliser leur plan un exemplaire de la signature de Madison et après un essai infructueux au bureau de celui-ci, Barney décide mettre dans la confidence un autre de leur voisin, George Dourian, directeur d'un magasin de vêtement. Dourian, divorcé deux fois et qui lui aussi a besoin d'argent liquide, leur déniche Amanda Atwill, une jeune femme qu'il a surpris la main dans le sac en train de barboter des fringues. Amanda leur procure sans difficulté un papier portant la signature de Madison et la supercherie marche à merveille.

Ayant réussi une première fois, ils tentent leur chance une seconde fois, mais ils se montrent un peu trop gloutons et s'affolent lorsqu'ils s'aperçoivent qu'ils viennent de spolier Luis Ripoll, l'ancien dictateur d'une petite ile antillaise du nom de Cabrera.

Madison n'était que le prête-nom et le dépositaire d'une fortune détournée. Gage, un homme qui a un compte à régler avec Ripoll fournit à Barney des renseignements sur le dictateur déchu. Ripoll est protégé par deux douzaines de gardes du corps et un maniaque du couteau qui jettent la terreur dans le quartier de New-York où il s'est réfugié. Amanda mise en sécurité ainsi que les familles de Barney et de Tom, les trois hommes embauchent Cambell, un sergent recruteur en rupture de ban avec l'armée.

Cambell les forme, non sans mal, dans une cabane perdue au fond des bois dans les Adirondacks. Au bout d'une semaine d'un stage intensif avec au programme préparation physique, maniement d'armes, conditionnement militaire, Barney téléphone à Ripoll pour lui proposer de lui rendre l'argent par versements annuels. Son correspondant semble accepter ses conditions mais alors que Cambell est sur le point de quitter les trois hommes, Ripoll investit les bois en compagnie de sa petite armée.

Aidés par Cambell qui aime cette atmosphère de guérilla, Barney et ses compagnons éliminent peu à peu tous les membres du commando et capturent Ripoll. Ils ne sont pas bout de leur peine et de leurs surprises. Ripoll a récupéré son argent en utilisant la même astuce que Barney et Manolo, le tueur au couteau est chargé d'éliminer les femmes et enfants des trois soldats d'occasion.

 

Construit comme une énorme farce mais toutefois avec rigueur, Trois petits soldats met en scène trois Américains moyens victimes de la société de consommation, aidés en cela par l'aide non négligeable des cartes de crédit dont ils font collection et qui leur permet de dépenser plus qu'ils gagnent.

Cette facilité de pouvoir dilapider avec inconscience leurs payes bientôt se transforme en cauchemar et pour se renflouer ils n'ont d'autres moyens que d'étudier des parades malhonnêtes et d'essayer de les mener à bien.

La seule chose dans la pièce qui avait moins de cinquante ans d'âge, c'était la réceptionniste qui, encore que jeune, était comme il se doit terne et réservée.

 

Curiosité :

Alors que page 37 l'auteur, ou le traducteur, nous présente Dourian comme le directeur d'un grand magasin, page 43 le dit magasin n'est plus qu'une petite boutique.

 

Tony KENRICK : Trois petits soldats.

Tony KENRICK : Trois petits soldats. ( The seven days soldiers - 1975. Traduction de Janine Hérisson). Super Noire N°35. Parution mars 1976. 256 pages. Réédition Carré Noir N°544. Parution mai 1985. 4,50€. Disponible sur le site de la Série Noire.

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9 mai 2015 6 09 /05 /mai /2015 10:59

Patriiiick !

Patrick RAYNAL : Dead girls don't talk.

Installé tranquille dans son bureau, Corbucci voit entrer une jeune femme dont il pressent immédiatement qu'elle va lui apporter ennuis et plus si affinité.

Mais les billets de 200 qu'elle tient négligemment au bout de ses doigts seraient aussi bien à l'abri dans son portefeuille raplapla.

Seulement, il ne faut pas dire du mal des lectures de Corbucci qui était en train de feuilleter un vieux numéro de Rock and Folk. Le rock, c'est de la merde, déclame rageusement l'ancienne future cliente avant de s'esquiver sur les conseils pas forcément judicieux de notre privé. Et elle n'a pas laissé l'argent ce qui rend Corbucci fort marri.

Deux jours plus tard, alors qu'il se tâte afin de savoir quel morceau de bidoche il pourrait s'acheter avec l'argent péniblement gagné auprès d'un client, ne voilà-t-il pas qu'elle rapplique, comme si de rien n'était. Débute alors une bavette pas tendre concernant quelques morceaux choisis du cochon, voire du bœuf, entre le boucher, Corbucci et l'ex-future cliente qui n'apprécie pas les bas morceaux.

Faut vraiment savoir ce qu'elle veut...

 

Humour décalé et macabre pour une historiette dans laquelle Patrick Raynal se déchaîne. Et pour le lecteur le plaisir de retrouver Corbucci, le privé niçois qui a eu les honneurs de figurer dans quelques nouvelles dans le recueil justement titré Corbucci (quel sens de l'à-propos) et romans. Il n'a pas perdu le sens de la répartie, mais sa cliente a elle aussi la langue bien pendue. Mais elle est un un peu trop soupe-au-lait.

Voici donc Corbucci de retour, mais n'est-ce qu'un rapide passage ou une mise en bouche ? Seul l'avenir nous le dira, pourtant Patrick Raynal devrait le sortir du placard dans lequel il l'a enfermé depuis trop longtemps. Et puis ça doit sentir le résidu de rognons là-dedans, n'en déplaise à cette cliente qui n'aime pas la viande...

 

Patrick RAYNAL : Dead girls don't talk. Nouvelle Collection Noire soeur. Editions Ska. 1,49€.

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Published by Oncle Paul - dans Livre Numérique
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9 mai 2015 6 09 /05 /mai /2015 09:14
Robert B. PARKER : Ramdam-dame

Am-stram-gram radam-drame

Robert B. PARKER : Ramdam-dame

Féministe, lesbienne, Rachel Wallace dérange et la sortie de son prochain livre lui vaut des menaces prises au sérieux par son éditeur qui engage Spencer, un détective privé macho.

Les relations entre Rachel et Spencer tournent rapidement à l'aigre-doux, mais Susan, la petite amie du détective sauve la situation avec diplomatie lors du repas qui leur permet de prendre véritablement contact. En raccompagnant Rachel à sa chambre d'hôtel, Spencer évite de justesse un accrochage avec deux automobiles. Le lendemain une conférence est programmée à la bibliothèque municipale mais des manifestants tentent de les empêcher d'accéder à l'édifice public. Spencer passe outre grâce à sa force de frappe, sous les yeux de policiers qui ne mouftent pas. Ensuite, dans une librairie, Rachel est victime d'une tarte à la crème. Spencer en véritable garde du corps fait montre de rapidité d'esprit et de bons poings. Ce que déplore Rachel, adepte de la non-violence.

Le soir Spencer est prié de rentrer chez lui tandis que Rachel passe des heures agréables en compagnie d'une amie, Julie Wells. Rachel est invitée à parler de son livre auprès des employées d'une compagnie d'assurances mais la réunion est perturbée par le directeur du personnel et le service de sécurité. Spencer se montre une fois de plus trop violent au goût de l'auteur qui lui signifie son renvoi.

Quelque temps plus tard Rachel est enlevée et le kidnapping est revendiqué par une mystérieuse Ligue pour le Renouveau de la Morale Américaine. Pas de rançon mais des menaces concernant la vie de Rachel. Spencer contacte ses amis les flics Benson et Quirk, leur demande quelques renseignements tels que les noms des propriétaires du véhicule ayant voulu attenter à leur vie, et autres bricoles.

Il se renseigne également auprès d'un journaliste mais surtout il tire les vers du nez à Manfred, un adepte de la poupée gonflable reconverti dans le KU KLUX KLAN. Il rend visite également à Lawrence T. English, le responsable de la manifestation à la bibliothèque municipale. Mais toutes ses visites ne lui apportent pas grand chose, sauf un passage à tabac de la part de personnages qui n'apprécient pas ses investigations.

 

Si l'enquête et l'épilogue se révèlent faibles dans leur ensemble, il conviendra de retenir le propos même de la trame de ce roman.

L'exclusion dans une société dite civilisée de personnes qui pensent et agissent différemment que leurs concitoyens. La loi du plus fort étant la meilleure comme l'aimait à dire La Fontaine.

L'humour et la décontraction guident la première partie de l'ouvrage et il est dommage que Parker n'ait pas continué dans cette voie tout au long de l'enquête, ce qui ne l'aurait pas pour autant empêché de fustiger les donneurs de leçons imbus d'une morale de façade et les machos.

 

Les gens qui font appel aux services des gars dans mon genre ne savent jamais par quel bout s'y prendre et, presque invariablement, ils commencent par tourner autour du pot.

Robert B. PARKER : Ramdam-dame (Looking for Rachel Wallace- 1980. Traduction de Michel Deutsch). Série Noire N°1818. Parution avril 1981. 256 pages. 4,00€. Disponible sur le site de la Série Noire.

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