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22 septembre 2015 2 22 /09 /septembre /2015 08:00
François JOLY : L'homme au mégot.

Il fait un tabac !

François JOLY : L'homme au mégot.

A quelques semaines d'intervalle, des voyous récemment sortis de prison sont assassinés en différents points du territoire français.

D'abord à Lyon, un homme qui fut condamné pour le viol d'une adolescente. Puis à Marseille un souteneur sadique. Dans le Jura, où des frères célibataires se défoulaient en pillant et violant.

Des exécutions sans lien apparent, du moins pour la police et pour les journalistes, car pour Curveillé qui découvre par hasard la relation d'un des faits-divers, il s'agit bel et bien du même personnage qui s'adonne à cette chasse d'un genre nouveau.

Manie ou signature ? Le tueur a écrasé dans l'une des douilles un mégot de cigarette. Et cette façon de procéder pour le moins bizarre renvoie Curveillé vingt-six ans en arrière, en pleine guerre d'Algérie.

Celui qui assassine et signe ainsi ses crimes ne peut être que l'un de ses anciens camarades, l'un de ses anciens compagnons d'arme.

En compagnie de Morizio, homme de main de Saryan le marchand d'armes, Curveillé se lance sur les traces de cet ami perdu de vue. Pas pour le livrer à la police, non, mais pour le comprendre, le raisonner, l'exhorter à cesser ce petit jeu.

Et puis il y a toujours un moment où l'action, juste ou non, se retourne contre son auteur et Curveillé arrivera à point nommé. Dans la douleur.

 

Curveillé, le lecteur fidèle de la Série Noire a fait sa connaissance dans Be-Bop à Lola, roman paru sous le numéro 2180. Un premier roman qui m'avait laissé sur une bonne impression. Impression favorable que ne dément point L'homme au mégot.

Curveillé n'est pas un surhomme, il a simplement traversé de dures épreuves et il essaie de s'en sortir. Et lorsqu'il s'agit d'un camarade, même perdu de vue depuis longtemps, il se sent investi d'une mission. Ce qui dénote de sa part un manque d'égoïsme.

En toile de fond la guerre d'Algérie, cette guerre peu glorieuse et qui entache l'honneur de la France et de ses militaires.

Et puis le Jazz imprègne ce récit, un jazz éclectique, dépendant de l'humeur du moment.

Un roman qui ne peut laisser indifférent, et François Joly, avec Jacques Syreigeol dans un registre différent mais complémentaire, parle de la guerre d'Algérie avec sobriété, justesse et réalisme. Depuis quelques temps (fin des années 1980), relater des faits de guerre, l'attitude des uns et des autres, voire les dénoncer, n'est plus un tabou, et les petits Français à l'instar des Américains qui exorcisent le drame vietnamien, osent écrire sur ce sujet sensible.

 

François JOLY : L'homme au mégot. Série Noire N°2247. Parution novembre 1990. 224 pages.

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21 septembre 2015 1 21 /09 /septembre /2015 13:54

Bon anniversaire à Olivier Thiébaut né le 21 septembre 1963.

Olivier THIEBAUT : Larmes de fond.

Enfermé dans un hôpital psychiatrique pendant sept ans, Alex retrouve une liberté qu'il respire goulûment.

Il s'installe dans un appartement meublé dans une cité où il ne connaît personne et se retranche entouré de ses souvenirs.

Remontent à la surface ses premiers émois sexuels avec Sylvie, sa première relation charnelle, et le dépit, la colère qu'il a ressentis en la voyant avec son père. Il est devenu assassin par chagrin.

Sept ans de sa vie passés derrière les barreaux d'un hôpital et lorsqu'il ressort, il n'a que vingt-cinq ans. Il reçoit la visite d'une assistante sociale, Laure, mais il l'éconduit. Il s'entiche d'un jeune blondinet et lui offre un vélo, rouge. Rouge comme le sang de l'enfant que l'on retrouve dans un terrain vague.

Il est accusé de meurtre par ses voisins et Laure pense lui sauver la mise en lui fournissant un alibi. Seulement cet alibi fait long feu et Alex est emmené manu militari dans un commissariat où il subit la pression d'un policier tenace et agressif.

Il prend en otage son tortionnaire et parvient à s'enfuir en compagnie de Laure dans une maison du Perche dont a hérité la jeune femme.

 

Deuxième roman d'Olivier Thiébaut, Larmes de fond est singulièrement proche de son précédent ouvrage, L'enfant de cœur paru à la Série Noire. L'on ne peut s'empêcher de penser aux romans de Robert Bloch Psychose et Psychose 2.

Olivier Thiébaut met en scène deux personnages différents mais ce pourrait être le même qui traverse deux conflits en continu. En cause, les relations familiales et les traces laissées par une enfance houleuse et une adolescence perturbée. Une constante qui laisse penser que l'auteur est particulièrement attaché à ce problème sans pour cela l'avoir vécu.

Mais il faudrait qu'Olivier Thiébaut qui a toutefois peaufiné son personnage central et imposé celui de Laure, lequel s'avère tout à la fois simple et complexe dans le rôle de détonateur, qu'Olivier Thiébaut change de registre pour confirmer son talent. Ou tout du moins son imaginaire personnel.

 

Olivier THIEBAUT : Larmes de fond. Instantanés de Polar. Editions Baleine. Parution novembre 1995. 182 pages. 9,00€.

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21 septembre 2015 1 21 /09 /septembre /2015 07:43
John DOUGLAS : Arrêtez le folklore

Les traditions se perdent...

John DOUGLAS : Arrêtez le folklore

A vingt et un ans, Bill Edmonson ne connait pratiquement rien de la vie ni de la politique interne des Etats-Unis, ni même des principaux hommes qui dirigent le pays.

Ce qui ne l'empêche pas de vouloir devenir détective privé.

Grant, son partenaire, lui inculque les principaux principes d'une profession dangereuse et de la nécessité d'une bonne utilisation d'une couverture afin de pouvoir passer inaperçu lors d'une enquête.

C'est ainsi qu'en cette année 1922 le voilà promu folkloriste, à la recherche de vieux chants, de vieilles ballades, alors qu'il se sent tout feu tout flammes et ne souhaite qu'une chose, foncer dans le tas afin de régler au moins la mission dont ils sont chargés.

Mais dans ce petit village de Virginie où tout est nouveau pour lui, Bill est déboussolé. D'abord de cette enquête, il n'en connait que vaguement les grandes lignes. Ensuite, lorsque son compagnon disparait, il se retrouve bien seul à affronter un potentat local, le shérif et ses adjoints, véritables sbires du dit potentat et un envoyé du Syndicat qui essaie d'organiser une grève parmi les travailleurs mécontents.

Ce n'est pas parce qu'il est débutant que Bill va se laisser marcher sur les pieds et s'il ne possède pas la maturité et l'expérience nécessaires pour mener à bien et dans les règles de l'art la mission qui lui est confiée, il a au moins une qualité : la ténacité.

Et comme les jeunes roquets accrochés aux jambes du pantalon, il ne lâche sa proie que pour mieux mordre.

 

Dans une ambiance rétro et historique, John Douglas met en scène un nouveau détective privé fort sympathique auquel je souhaite de nombreuses aventures, pour le plus grand plaisir des lecteurs.

John DOUGLAS : Arrêtez le folklore (Blind Spring Rambler - 1988. Traduction de Simone Hilling). Série Noire N°2193. Parution août 1989. 256 pages. 7,10€.

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20 septembre 2015 7 20 /09 /septembre /2015 12:59

Tous des planqués, surtout les gradés...

Léo LAPOINTE : Le planqué des huttes.

Printemps 1903 dans la région d'Abbeville. Julien, douze ans, avant d'aller à l'école doit aider ses parents et notamment emmener les vaches pâturer tandis que P'tit frère, trois ans, ramasse les œufs en essayant de ne pas les casser.

Un matin comme les autres, sauf qu'un inconnu l'aborde, lui demandant où se trouve la gendarmerie. Puis, après avoir donné quelques piécettes à Julien, il se dirige vers l'opposé de Pont-Rémy, ce qui étonne le gamin. Il ne sait pas qu'il vient de rencontrer Alexandre Marius Jacob, l'anarchiste recherché par toutes les polices, et qu'il va entraîner de ce fait sa famille dans la déroute. Mais un autre homme, l'oncle Emile, le frère de leur mère, sera lui aussi le pion de ce drame qui plongera ses parents, P'tit frère et leur deux sœurs dans la tourmente.

L'homme s'éloigne surveillé par Julien et P'tit frère. Les gendarmes ne sont pas loin et interrogent les gamins qui bien entendu ne disent rien, pas même qu'ils ont trouvé une longue-vue perdue par l'inconnu. L'homme n'est pas un inconnu pour les gendarmes, il s'agit d'Alexandre Marius Jacob, recherché comme anarchiste.

L'oncle Emile est colporteur, et dans sa musette et sous ses habits il transporte des tracts jugés subversifs. Alors qu'il est abordé pour un contrôle de routine il est arrêté par des représentants de la maréchaussée qui découvrent les papiers compromettants. Aussitôt il est catalogué lui-aussi comme anarchiste, les faits ne plaidant pas en sa faveur. Il devient la bête noire du commissaire Giraud d'Abbeville, lequel fera tout pour le coincer et l'envoyer en prison. Les gendarmes s'acharneront même sur Capi, le chien d'Emile, une pauvre bête qui ne leur avait rien fait mais qui est exécutée.

Mais Giraud ne s'arrête pas là, car il est obsédé par ces groupuscules qui menacent le gouvernement selon lui. Et non content de traquer l'oncle Emile, il va également forger son ire envers la famille Coulon, le père Gustave, la Mère Victoire, et les quatre enfants, Rémi et Julien les garçons, France et Jeanne les filles.

Les gendarmes sont obtus, ils détruisent tout à l'intérieur de la ferme des Coulon, à la recherche de Jacob, éventuellement de l'oncle Emile. Celui-ci emprisonné ne sera guère longtemps derrière les barreaux et libéré il trouvera du travail dans une usine à Amiens. Mais les méthodes patronales, réduisant les ouvriers en esclaves, encouragent ceux-ci à fomenter une grève qui sera réprimée. L'oncle Emile est catalogué dans le lot des meneurs. Le commissaire Giraud, qui élabore et tient à jour ses petites fiches sur toutes les personnes ayant eu maille à partir avec la justice, inculpés, famille proche, amis, une première qui bientôt deviendra chose courante, se focalise sur Gustave et sa famille. Ils seront obligés de déménager et se rendre dans l'ancienne ferme qui appartenait aux parents de Victoire à Nolette près de Nouvion.

 

Les années passent, les Coulon essayent de s'en sortir comme ils peuvent, malgré Giraud. L'oncle Emile est au bagne, et Julien est incorporé mais la guerre arrive. Il partira au front et participera aux nombreux combats qui se déroulent dans la région et en Champagne. L'armée ayant de plus en plus besoin de viande fraîche pour combler les tranchées, Rémi lui aussi va être convoqué pour participer au bal de la mitraille. Une guerre plus ou moins attendue par les habitants de la région, de nombreux Français ne digérant pas la défaite de 1870 et l'annexion de l'Alsace et La Lorraine à la Prusse. Mais Rémi ne veut pas quitter la terre afin de protéger sa famille et il se réfugie dans des gabions (d'où le titre du roman), ces édifications semi enterrées qui permettent aux chasseurs de traquer le gibier à plumes.

Des troupes britanniques s'installent non loin de la ferme des Coulon, et érigent un camp. Bientôt c'est l'arrivée de Chinois, transportés par bateaux via le Canal de Suez ou par le Canada. Ces supplétifs son traités rien moins que des bêtes de somme, de nouveaux esclaves, et les tentatives d'évasion sont durement réprimées.

 

Roman naturaliste, roman historique, roman de guerre, roman engagé, Le planqué des huttes est tout cela à la fois, et même un peu plus. L'auteur n'est pas tendre envers les Anglais, dont la méthode pour s'approprier les terrains est comparable à celle des envahisseurs et colonisateurs. Mais c'est la guerre, ce sont des alliés, ils ont donc tous les droits. L'arrogance et le mépris affiché des officiers tant Français que Britanniques à l'encontre des soldats et des civils, ne peut qu'aviver la rancœur et l'amertume. Et des scènes d'entraide sont particulièrement poignantes et démontrent le courage des petites gens face à ceux qui considèrent qu'ils peuvent tout se permettre.

Ainsi la scène au cours de laquelle la ferme des Coulon à Nolette est déménagée car empiétant sur le terrain annexé par la soldatesque britannique est émouvante, tout le village s'unissant pour que les bâtiments ne soient pas détruits et que la famille soit à la belle étoile.

 

Léo Lapointe remet les pendules à l'heure concernant les généraux français qui planqués dans leurs bureaux envoient sans scrupules leurs hommes à la boucherie. Clémenceau n'est pas épargné lui non plus, mais l'auteur ne fait qu'exprimer les sentiments de l'oncle Emile.

Il savait toutefois que son ennemi, le commissaire Giraud, était toujours en poste à Abbeville avec une autorité grandissante depuis son rapprochement avec le traître Clémenceau. Cette année-là, le moustachu, à la fois président du Conseil et ministre de l'intérieur, avait définitivement renié tout son passé à l'extrême-gauche en décidant de forger un appareil répressif contre le mouvement populaire. Il modernisait l'organisation de la Sûreté générale notamment par la création de brigades régionales de police mobile et par la mise en place d'un fichier central. Brigade des Renseignements généraux qu'il l'avait appelée, au lieu tout bêtement de police politique comme avant.

Petit aparté : c'est cet homme, Clémenceau, que Luc Ferry, professeur de philosophie et ancien ministre de l'éducation, aurait préféré que François Hollande rende hommage au lieu de Jules Ferry, dont il serait un cousin éloigné. Il est vrai que Jules Ferry était en faveur de la colonisation et non Clémenceau. Mais c'est oublier, impardonnable de la part de Luc Ferry, que Clémenceau fut un briseur de grèves et qu'il réprima dans le sang la révolte des vignerons au printemps 1907. Fin de l'aparté.

 

Le commissaire Giraud, un paranoïaque, obtus, sadique, a réellement existé et qu'une partie de ses rapports peuvent être consultés aux archives départementales de la Somme ainsi que sur le lien ici proposé.

 

Si l'histoire de la famille Coulon est fictive, quoi que possédant peut-être un fond de réalité, bien des événement décrits dans ce roman se sont réellement déroulés.

 

Mais ce roman aurait dû, à mon avis, être publié en deux parties. La première en effet s'intéresse plus aux avatars de la famille Coulon, par le truchement de la présence de Marius Jacob et de l'oncle Emile, tandis que la seconde est plus axée sur la guerre de 14/18, avec l'affaire de cette "invasion" britannique et le comportement de l'armée envers des déracinés chinois. Si l'oncle Emile est quelque peu perdu de vue dans la seconde partie, le lien est effectué par la présence malsaine du commissaire Giraud. Quant à l'épilogue, il suggère une suite.

 

Léo LAPOINTE : Le planqué des huttes. Collection 14/18. Pôles Nord éditions. Parution le 5 juin 2014. 504 pages. 12,50€.

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20 septembre 2015 7 20 /09 /septembre /2015 08:37
Jeremiah HEALY : Fugue pour un surdoué

Elle était difficile

Mais on l'aimait quand même

La fugue d'autrefois

Qu'on jouait tous les trois..

Jeremiah HEALY : Fugue pour un surdoué

Dans ce roman de facture classique, faisons la connaissance d'un nouveau détective privé, John Cuddy, au chômage et veuf.

Il doit effectuer une enquête de routine puisqu'il est engagé par une vieille dame afin de retrouver son petit-fils Stephen, un enfant surdoué, qui a disparu.

Kidnapping ? Fugue ? Tout penche en faveur de la seconde solution.

Mais pourquoi le mère de l'enfant, juge d'instruction, et la police municipale du petit village de Meade mettent-ils tout en œuvre pour écarter de leurs jambes ce pauvre détective privé ? Les bâtons dans les roues, les peaux de banane ne manquent pas.

 

Livre alerte et émouvant, sans violence inutile, à l'humour subtil, tel est cette Fugue pour un surdoué. Un bon roman classique mais qui n'aura pas de suite puisque c'est l'unique ouvrage publié en France de cet auteur qui possède à son actif une vingtaine de romans et un grand nombre de nouvelles dont certaines ont été traduites dans divers recueils collectifs dans les années 80.

Né le 15 mai 1948 dans le New-Jersey, Jeremiah Healy est décédé le 14 août 2014 en Floride.

Il s'interrompit pour tirer de façon obscène sur un cigare qui semblait aussi adapté à la morphologie humaine qu'une crotte de Saint-Bernard.

Jeremiah HEALY : Fugue pour un surdoué (Blunt Darts - 1984. Traduction de Michel Deutsch). Série Noire N°2012. Parution juillet 1985. 256 pages. 5,55€.

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19 septembre 2015 6 19 /09 /septembre /2015 12:46

Bon anniversaire à Jean-Pierre Andrevon né le 19 septembre 1937.

Jean-Pierre ANDREVON : L’amour, comme un camion fou.

L’angoisse, c’est délicieux. Surtout lorsque ce sentiment nous est procuré à la lecture d’un livre d’où surgissent les fantasmes de la peur.

Avec L’amour, comme un camion fou, Jean-Pierre Andrevon continue son exploration de l’angoisse ordinaire.

François Valmont, la quarantaine assurée - il va fêter ses quarante-deux balais - passe quelques jours chez sa mère. Un courrier reçu de son ami Xavier, qu’il n’a pas vu depuis des années, lui sauve ses vacances. C’est ce qu’il pense car arrivé à Caussac, au fin fond de la campagne auvergnate, les déboires commencent.

Des rêves, des apparitions nocturnes étranges qui le réveillent en pleine nuit, des fantômes qui s’obstinent à venir entretenir des cauchemars dont il se passerait bien - mais sont-ce vraiment des cauchemars ou une réalité changeante - perturbent ce séjour qu’il regrette peu à peu, les réminiscences se ressentant plus vives d’heure en heure, la mémoire défaillante dont il est affligé se réveillant peu à peu transformant son univers en catastrophe.

 

Roman noir, roman d’angoisse, L’amour, comme un camion fou est précédé d’une courte préface signée Serge Brussolo. Andrevon reste un maître angoisseur, quel que soit le domaine littéraire dans lequel il évolue. Un domaine bien particulier, étrange, parsemé de petites touches comme une composition à la Vasarely, partant du noir le plus sombre pour aboutir au blanc le plus éclatant, en passant par toutes les gammes du gris mais qui par un effet d’optique inverserait les couleurs.

 

Jean-Pierre ANDREVON : L’amour, comme un camion fou. Moyen Format. Le Masque. Parution décembre 2001. 282 pages.

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19 septembre 2015 6 19 /09 /septembre /2015 10:02
Marc VILLARD : Le sentier de la guerre.

Heureusement que ce n'est qu'un sentier ! Si cela avait été une autoroute...

Marc VILLARD : Le sentier de la guerre.

Pourquoi une jeune femme, muette et apparemment amnésique, a-t-elle tenté de braquer un grand magasin, prenant des otages à l'aide d'une arme plastique, et se rend auprès des forces de l'ordre sans effusion de sang et sans remous ?

C'est ce que s'attachera à trouver le jeune journaliste pigiste grouillot et homme à tout faire dans un journal du week-end.

De Paris en province, auprès d'une communauté dont les liens sont assez lâches, en passant par la Gironde, il enquête sur le passé de cette femme qui l'attire, le fascine peu à peu.

Sous le prétexte de lui consacrer un livre, il recherche parmi les différents témoignages, parfois contradictoires, de ses interlocuteurs, à cerner la personnalité de celle dont inconsciemment il s'st pris d'affection.

 

Quête désespérée de l'espoir, ou espoir nimbé de pessimisme, telle est la toile de fond de ce court roman de Marc Villard, qui excelle dans le minimaliste. Mais ne faut-il pas s'en étonner lui dont l'œuvre est surtout composée de nouvelles.

Marc VILLARD : Le sentier de la guerre. Série Noire N°2020. Parution octobre 1985. 160 pages.

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18 septembre 2015 5 18 /09 /septembre /2015 13:16

Hommage à Loup Durand né le 18 septembre 1933.

Loup DURAND : Le seigneur des tempêtes.

Etre traqué, poursuivi, chassé, à la fois par des policiers et des truands, je ne veux pas dire que c'est un cas banal, ni courant, mais quoi, cela arrive encore assez souvent.

Règlement de comptes d'un côté, justice de l'autre, les journaux relatent souvent ce genre de fait-divers. Mais ne pas connaître les causes de cette traque parce que l'on se réveille amnésique, voilà de quoi pimenter la situation.

C'est ce que pense Luis Sahagun en se réfugiant dans une propriété privée du Dauphiné. Avec la complicité d'une jeune femme, Luis Sahagun - mais est-ce véritablement son nom ? - parvient à déjouer les barrages mis en place. Jusqu'à un certain point !

D'abord arrêté par des gendarmes, il ne doit son salut qu'à la complicité d'un policier. Ensuite les truands qui le traquent lui annoncent qu'en fait ils le protègent.

Une cavalcade qui le conduit du Dauphiné en Provence en passant par la France profonde et Paris.

Luis Sahagun, appelons-le ainsi puisque c'est son nom jusqu'à preuve du contraire, se sent l'objet d'une vaste manipulation. Mais de la part de qui ?

Des truands qui essaient de l'occire tout en le protégeant, ou des policiers qui semblent débordés tout en le suivant à la trace ? Si seulement il pouvait se raccrocher à un petit bout de mémoire. Mais non, rien de rien. Pas le moindre fil conducteur malgré les repères qu'obligeamment ses complices lui dévoilent. Complices ou ennemis?

Une question parmi tant d'autres qui taraudent notre héros.

 

Une histoire rocambolesque écrite à cent à l'heure, sans limitation de vitesse, et qui se lit de même.

Loup Durand possède un parcours d'écrivain peu ordinaire. Après avoir écrit sous le pseudonyme de H.L. Dugall pour l'ouvrage La porte d'or, prix du Quai des Orfèvres 1967 (roman coécrit avec Henri Gallissian) puis sous celui de Loup Durand (ce roman date de 1983) on n'en entend plus parler. Puis d'un seul coup c'est la résurgence avec Daddy et Le Jaguar. Pourtant entre deux, il a continué à écrire, mais en homme invisible puisqu'il a collaboré avec Bernard Lenteric pour La nuit des enfants-rois et La gagne, avec Pierre Rey pour la série des TNT sous le pseudonyme de Michael Borgia, ou encore avec Sulitzer mais sans jamais que son nom apparaisse.

Loup Durand est décédé en 1995.

Réédition collection Sueurs Froides; Denoël. Parution mai 1990. 216 pages.

Réédition collection Sueurs Froides; Denoël. Parution mai 1990. 216 pages.

Loup DURAND : Le seigneur des tempêtes. Collection Sueurs Froides. Editions Denoël. Parution avril 1983.

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18 septembre 2015 5 18 /09 /septembre /2015 09:14
Teri WHITE : Un trio sans espoir

Le tiercé perdant...

Teri WHITE : Un trio sans espoir

Mac a connu Johnny au Vietnam.

Il l'a pris sous son aile, le protégeant des autres et de lui-même. Entre eux s'est instaurée une amitié bourrue.

Johnny est un peu branque, un peu bargeot, les séquelles de la guerre sans aucun doute.

Mac n'a jamais voulu confier Johnny à des psychiatres, ou à un hôpital, cela lui rappelle trop de mauvais souvenirs familiaux. C'est un joueur invétéré et les pertes qu'il subit au jeu, aux cartes, n'entament en rien la confiance que lui voue Johnny. Celui-ci ferait tout pour garder intacte l'amitié de Mac.

Ils forment un drôle de couple qui bientôt aura à sa poursuite Simon, un flic qui abandonne tout, femme, enfants, maison, pour venger le meurtre de son collègue et ami que Johnny a tué dans le cadre d'une mission exigée par l'Organisation. En effet les deux hommes sont devenus, à la suite d'un vol, des encaisseurs et des tueurs à la solde du roi des jeux clandestins new-yorkais.

Mac prenant en charge Johnny, lui prodiguant conseils, ayant parfois envie de le quitter mais n'allant jamais bien loin dans l'exécution de cette séparation.

Un homme veillant sur les faits et gestes de son compagnon quelque peu perturbé, qui tuerai père et mère pour faire plaisir à son protecteur, cela fait irrésistiblement penser à cette très belle histoire de John Steinbeck : Des souris et des hommes.

Une analogie frappante même si au lieu de se dérouler en campagne cette histoire d'amitié virile avec toutefois une consonance homosexuelle, a pour cadre la ville, ses tripots et ses hôtels minables.

Ce roman a été porté au cinéma par Jacques Audiard en 1994 sous le titre Regarde les hommes tomber, avec Jean-Louis Trintignant, Mathieu Kassovitz et Jean Yanne.

Teri WHITE : Un trio sans espoir

Teri WHITE : Un trio sans espoir (Triangle - 1982. Traduction France-Marie Watkins). Série Noire N°2191. Parution juin 1989. 320 pages.

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17 septembre 2015 4 17 /09 /septembre /2015 13:04

Un Simenon ? Mais si !

Christian BRULLS : Les pirates du Texas.

Dans un bar américain, près des Champs Elysées à Paris, un homme corpulent accompagné de sa fille bouscule un client accoudé au comptoir. Lorsqu'il sort des toilettes, à nouveau il le culbute et celui-ci ne peut plus faire l'ignorant. D'autant que le colosse l'apostrophe par son nom.

Ted Brown est un agent américain de la police spéciale pour la défense de la prohibition et il est aux basques de Bob Cummins, à la tête d'un important réseau de trafiquants d'alcool. Seulement, le hic (c'est le cas de le dire !) réside dans le fait que Ted Brown est amoureux de la fille de Cummins et qu'il n'est pas indifférent aux yeux de celle-ci. Mais ils ne sont pas à Galveston, haut lieu du trafic d'alcool, mais à Paris, et donc ils peuvent déguster ensemble un, voire plusieurs verres d'un breuvage interdit.

Cummins ne se prive pas d'offrir un cocktail bien tassé à Ted Brown puis de l'inviter à déjeuner en sa compagnie et celle de sa fille Winnie, qui n'est pas une oursonne. Il va même chercher à la cave, c'est un habitué des lieux, une bouteille poussiéreuse et verse généreusement le vin dans le godet de Ted Brown. Celui-ci s'assoupit peu après, il sombre même dans un profond endormissement.

Cummins se rend au Havre, toujours avec Winnie, où ils doivent embarquer à bord de l'Hidalgo, un cargo battant pavillon d'une nation sud-américaine et qui transporte pour quatorze millions de francs d'alcool. L'équipage est armé jusqu'aux dents, provenant de diverses nations mais ayant comme point commun d'être des malfrats. La destination du navire est inconnue et la cargaison sera débarquée en un endroit tenu secret afin que les autorités américaines, toujours sur la brèche, ne puissent pas l'arraisonner.

Seulement à bord se cache Ted Brown, qui méfiant, n'avait pas avalé la boisson proposée et avait rejoint le port normand à bord d'un avion. Ted Brown se cache dans un canot de sauvetage bâché et fait tout son possible pour ne pas être découvert. Il possède quelques tablettes de chocolat qu'il économise et passe son temps à regarder Winnie déambuler sur le pont, tout en restant soigneusement caché. Il récupère un journal américain qui allait tomber à l'eau et est fort étonné en découvrant un article consacré à Cummins, le fameux milliardaire qui effectue, selon le journaliste, une croisière le long des côtes de Floride. Bizarre. Comment se fait-il que Cummins soit en deux endroits en même temps ?

Un jour, alors qu'il veut écouter une conversation entre le capitaine du navire et Cummins, il bouge légèrement son embarcation qui émet un petit bruit. Il espère ne pas avoir éveillé la curiosité des deux hommes, mais ceux-ci continuent leur discussion comme si de rien n'était. De plus Ted Brown n'a rient entendu, étant placé trop loin.

Le soir, il reçoit la visite de Cummins, hilare, qui avait bien entendu le craquement. Le bootlegger lui propose de venir partager sa confortable cabine, et une fois installés, il lui tient un discours sur la force des bootleggers, environ vingt mille, et celle des policiers qui ne possèdent pas le nombre d'éléments susceptibles de les contrer, et surtout ne peuvent prendre d'initiatives sans en référer à leurs chefs et n'ont guère de moyens financiers pour mener à bien leur chasse. Il propose même à Ted Brown, son ennemi potentiel, dix mille dollars pour rejoindre leurs rangs et fermer les yeux. un marché que refuse bien évidemment le policier.

Le bâtiment approche des eaux du Texas, non loin de Galveston, et un petit rafiot embarque à son bord une partie du chargement. Le lendemain, même manège. Ted Brown sent que l'escale va bientôt se terminer et il se débarrasse de Cummings, saute par dessus bord et échappe de peu à de petits canots à moteur qui patrouillent, surveillant le bon déroulement des opérations. Blessé, il gagne le rivage et s'évanouit sur le sable. Lorsqu'il reprend connaissance, il est installé dans une chambre et une brave femme lui propose à manger répondant avec un accent allemand à quelques questions. Notamment qu'il a été sauvé par Le mari. Le mari, pas son mari...

Mais l'histoire continue et Ted Brown se demande s'il reverra Winnie et parviendra à mettre fin aux agissements des bootleggers, Cummings en tête. Un dilemme le ronge en même temps. Comment conquérir le cœur de la jeune fille, si ce n'est déjà fait, alors qu'il traque son père. Les embûches, les coups de feu, des empoignades, des journées passées en prison et bien d'autres péripéties attendent Ted Brown jusqu'au mot Fin.

 

Sous l'alias de Christian Brulls, Georges Simenon peaufine sa plume et ses intrigues, tout en songeant sérieusement aux premiers Maigret via des romans dans lesquels il ébauche celui qui deviendra le policier le plus célèbre de France, et en entamant le cycle de ses romans noirs, ou durs, sous son véritable patronyme. En cette fin de décennie, il produit beaucoup, des romans d'aventures ou sentimentaux, chez Ferenczi, Tallandier, des éditeurs populaires.

Ce roman dans lequel résonne le souffle de l'aventure avec un côté sentimental qui aurait pu cataloguer cette histoire dans les collections dédiées justement à ce genre de romans, possède les prémices de ce qui fera le succès par la suite de l'œuvre simenonienne, une marque de fabrique à nulle autre pareille. L'intrigue est simple sans être simpliste et Simenon commence à fouiller la psychologie des personnages et introduit dans certaines scènes le côté intimiste de ses grands romans comme La maison du canal, Betty, La neige était sale, La fuite de Monsieur Monde, La neige était sale, Les inconnus dans la main, Feux rouges, La vieille et bien entendu Trois chambres à Manhattan.

Une curiosité à ne pas dédaigner et qui possède l'avantage de transporter le lecteur de l'époque dans un univers qu'il connait peu, celui des trafiquants lors de la Prohibition. Depuis de nombreux auteurs, Américains plus particulièrement ont traité abondamment de ce sujet, mais le charme de Simenon opère toujours et le roman n'a guère vieilli. Et l'alcool s'est bonifié.

C'est une remarque que chacun a fait cent fois dans son existence, que la vie est beaucoup plus romanesque que les plus romanesques des romans.

Première parution : Collection Le livre de l'aventure N° 10. Editions Férenczi. 1929

Première parution : Collection Le livre de l'aventure N° 10. Editions Férenczi. 1929

Christian BRULLS : Les pirates du Texas. Collection Les introuvables de Georges Simenon. Presses de la Cité. Parution novembre 1980. 196 pages.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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