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10 octobre 2015 6 10 /10 /octobre /2015 13:36

Il pleure dans mon cœur

Comme il pleut sur la ville

Brice TARVEL : Dépression.

C'est ce que pourrait réciter Sarg, le pêcheur de rats qui vient d'apprendre un peu abruptement son infortune.

Sans prendre de gants, et avec une certaine jouissance dans la voix, la grosse Yaya, la loueuse de bouées, vient de lui apprendre que Jarine, qu'il aime, s'est amusée à batifoler près de l'Etang avec trois Batraks.

Il est de notoriété publique que Jarine vend son corps à qui veut en profiter, mais Sarg a des œillères, alors il noie son chagrin dans l'alcool d'algue et fume du varech.

Il pleut en permanence sur Duracor, ville située sur la mer ou près d'un lac immense. Les habitants, les Emergents, ne savent pas trop. Dans la basse ville, vivent les pauvres, pataugeant dans une boue qui imprègne tout. Les maisons sont de misérables huttes, ou des cabanes montées sur pilotis. Dans la haute ville se sont installés les riches. La pluie y est présente, comme partout, mais ils sont moins incommodés par les boues. Seulement s'ils ont bénéficié d'une certaine forme de protection, cela s'est retourné contre eux, et ils sont quasiment tous atteints de la rouille, cette maladie qui ronge implacablement.

Cette pluie a transformé morphologiquement certains organismes. Près de l'Etang vivent les Batraks, appelés aussi les dégénérés, le corps parsemé de pustules. Et Zam, par exemple, est affublé d'un pied palmé qui lui occasionne une claudication. La surveillance de la cité est assurée par les Squameux, des vigiles à l'affût de tout.

Jarine est amie avec Vavette, une adolescente qui pratique le même métier qu'elle. Seulement la maladie ronge la gamine. Elle a attrapé la rouille, juste une petite plaque qui ne demande qu'à s'élargir sur son bras, et Jarine est inquiète. Elles se rendent chez le docteur Tanagor, lequel pense pouvoir lui proposer une médication de sa composition.

Pendant ce temps, Sarg et Zam, chacun de leur côté, recherchent Jarine. Car Zam est devenu amoureux de celle qu'il a eu le plaisir d'honorer en compagnie de deux Batraks comme lui. Mais Jarine est introuvable, rongée et stimulée par un secret qu'elle garde jalousement.

De leur côté, inlassablement, les Compagnons de l'Arche construisent dans le Grand Marais, un bâtiment susceptible de pouvoir les emmener loin, au delà de l'horizon, vers des terres plus accueillantes. Ils sont guidés par une utopie qui pourrait un jour se transformer en réalité.

 

Un roman pluvieux, suintant d'humidité, dans lequel tout le talent de Brice Tarvel, qui signait lors de la première parution de ce roman François Sarkel, dégouline avec fraîcheur tout au long des pages. Figure de proue, Jarine, qui encore jeune, et peut-être est-ce pour cela, rêve de partir de ce cloaque, éprise de liberté.

On pourrait y voir une parabole, celle d'un pays en décomposition politique, cette pluie incessante se mesurant aux déclarations des hommes politiques qui entretiennent plus la morosité ambiante qu'un véritable espoir de changement, un déluge de décisions catastrophiques. Et Jarine, en désirant acquérir une liberté par la fuite peut se comparer à tous ces jeunes qui aspirent à un avenir meilleur, ensoleillé dans leurs têtes.

Mais est-ce vraiment ce qu'a voulu écrire l'auteur. Je n'en suis pas persuadé. En véritable romancier populaire, il a écrit une histoire dans laquelle les péripéties et les entrelacs entre le parcours des divers protagonistes foisonnent et ne laissent pas de temps aux lecteurs pour s'ennuyer.

Les jeunes auteurs français devraient lire ce roman et en prendre de la graine. Au lieu de puiser à outrance dans le vocabulaire anglo-saxon, il serait plus intelligent de leur part de s'inspirer de Brice Tarvel et de se pencher dans un dictionnaire des synonymes. Le plaisir de retrouver des mots peut-être obsolètes mais au combien jouissif à la lecture comme rubigineux, éburnéen, phosphène, palustre, stertoreuse, spumescente, smaragdin... Mais tout le monde ne peut se prévaloir d'une telle classe.

Un roman que Jean Ray ne pourrait renier.

Autre édition : Editions Lokomodo. Parution 17 mars 2012. 212 pages.

Autre édition : Editions Lokomodo. Parution 17 mars 2012. 212 pages.

Première édition sous le nom de François Sarkel. Editions Fleuve Noir. Collection Anticipation N° 1745. Parution mars 1990. 192 pages.

Première édition sous le nom de François Sarkel. Editions Fleuve Noir. Collection Anticipation N° 1745. Parution mars 1990. 192 pages.

Brice TARVEL : Dépression. Editions Lune écarlate. Parution 27 septembre 2015. 198 pages. 16,99€.

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10 octobre 2015 6 10 /10 /octobre /2015 12:20
JOYAUD Béatrice : Plaisir en bouche.

Ceci n'est pas un cours d'éducation sexuelle !

JOYAUD Béatrice : Plaisir en bouche.

Abandonné, recueilli par un policier et placé dans un orphelinat, Balthazar Chacun prend son envol à quinze ans en s’enfuyant de l’établissement.

Il rencontre dans un bar Helga, une gamine de son âge, et l’emmène dans sa chambrette. En reconnaissance de la nuit passée, elle le présente à son oncle Robert qui tient un petit restaurant. Il gravit tous les échelons de la restauration et bientôt s’impose comme un maître queux incontestable.

Il s’inscrit dans une école gastronomique, qui compte une centaine d’élèves dont une seule fille, et en sort haut la main major de sa promotion. Au cours de ses années d’études il s’est lié avec trois autres compères, Lepan, Berthelin et Perduré. Quelques incidents émaillent ses années d’études. Il se confronte à des tenants de la défense du terroir, tandis qu’il prône la valorisation de la recherche, du goût et des couleurs. Parmi ces défenseurs du terroir figure la seule fille du groupe.

Au décès de l’oncle Robert, Balthazar reprend l’affaire avec Helga. Rapidement ils rachètent un restaurant plus sélect, l’Arthus et le cuisinier peut se consacrer à de nouvelles recettes. Rapidement il obtient ses trois étoiles. Tout marche pour le mieux jusqu’au jour où il reçoit une lettre anonyme le prévenant qu’il s’est englué dans la facilité. Conséquence il perd une étoile. Mais il s’acharne malgré les lettres anonymes qui lui donnent conseils ou le réprimandent. Le succès de l’Arthus ne lui suffit pas. Il crée Le Palais des Nuits, grâce à un fond d’investissement, et s’investit dans de nouvelles préparations, plus scientifiques. Il veut se surpasser, étonner. Il va même jusqu’à élaborer des recettes à base de résidus d’origine humaine ou animale, de pierre et même de drogues ou de poison.

 

Sous l’étiquette de roman noir, Plaisir en bouche dénonce certaines dérives gastronomiques, en grossissant d’une manière pour le moins exagérée l’inventivité qui devient le moteur obsessionnel de quelques chefs de cuisine.

L’action se passe dans les années 2040 et quelques, mais on ne peut présager des résultats. D’ailleurs sous les traits de Balthazar j’ai aussitôt plaqué le visage d’un cuisinier savoyard coiffé d’un chapeau à larges bords qui est le chantre de la cuisine dite du terroir mais à base d’éprouvettes, instigateur de la cuisine dite moléculaire.

Si le roman se montre fade dans les premiers chapitres, peu à peu la saveur se rehausse grâce à quelques épices savamment dosées et ajoutées au gré du déroulement de l’intrigue jusqu’à un final qui se révèle savoureux.

Réédition Folio Policier N°503. Parution février 2008. 240 pages. 7,00€.

Réédition Folio Policier N°503. Parution février 2008. 240 pages. 7,00€.

JOYAUD Béatrice : Plaisir en bouche. La Noire. Parution novembre 2001. 176 pages. 14,75€.

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9 octobre 2015 5 09 /10 /octobre /2015 09:12
Fredric BROWN : Ça ne se refuse pas

Ça dépend de ce que l'on vous propose !

Fredric BROWN : Ça ne se refuse pas

La ville a peur !

En deux mois, deux femmes ont été violées puis étranglées chez elles, et depuis la ville vit dans la peur d'une récidive. Des consignes ont été données, chaque porte doit être munie d'une chaîne de sécurité et les femmes qui sont seules chez elles ne doivent pas laisser entrer un inconnu sans s'assurer qu'elles ne craignent rien. Il est dix-sept heure et le Monstre a tenté de répéter son forfait. En vain.

Ray Fleck est en colère. Il doit près de cinq cents dollars à Joe Amico, un preneur de paris (un bookmaker en français courant). Seulement il n'a que vingt-huit dollars sur lui, et sa femme refuse de lui avancer une partie de son assurance-vie.

Ray est représentant en alcool et s'il ne roule pas sur l'or, il gagne confortablement sa vie, grâce aux commissions qu'il empoche. Ruth, son épouse depuis six ans, une jolie femme précisé-je en passant, est serveuse le soir, de dix-sept heure jusqu'à près de minuit, dans un restaurant grec, Chez Mikos. Mikos est secrètement amoureux de Ruth mais est un homme loyal. Seulement Ray est un parieur invétéré et il ne peut s'empêcher de continuer malgré tout de miser sur les chevaux. Il gagne, il perd, la chance n'est pas toujours au rendez-vous.

Il décide de participer à une partie de poker le soir même mais pour cela il lui faut un minimum de cent dollars. Et il espère bien gagner afin de rembourser, tout au moins en partie, Amico.

Il pense qu'en empruntant dix dollars, voire plus, par-ci par-là il va pouvoir faire fructifier ses vingt-huit dollars, seulement ce n'est pas ce qui se produit. Il ponctionne son vendeur de journaux habituel, Benny le Dingue, qui affirme que c'est lui le Monstre, de dix dollars, lui promettant de miser la somme sur un cheval gagnant. Benny confiant et crédule lui avance la somme, mais au fur et à mesure qu'il entame sa tournée, Ray va récolter quelques dollars qui aussitôt ressortiront plus vite qu'ils sont entrés dans son escarcelle.

Il se rend chez sa maîtresse, Dolly Mason, mais il n'est pas le seul à partager son lit. Ce n'est pas grave, du moment qu'elle accepte de le recevoir le soir même, et qu'elle lui prête cent dollars, à la rigueur cinquante, il n'est pas trop regardant. Elle affirme ne rien posséder alors tandis qu'elle procède à ses ablutions, il s'empare des bijoux qui résident dans un petit coffret. Malheureusement deux impondérables s'élèvent devant lui. D'abord les bijoux ne sont que de la pacotille, de plus l'amant de cœur de Dolly est un détective privé.

Pendant ce temps, le Monstre parcourt les rues de la ville à la recherche d'une prochaine victime. Ray va se trouver dans un bar face à ce récidiviste et imagine que si le tueur s'en prenait à sa femme, ses ennuis financiers seraient résolus. Pour cela il lui faut un alibi solide.

 

L'action de ce roman est condensée en à peine huit heures puisque le début de l'intrigue démarre à dix-sept heure et trouve son épilogue à deux heure quarante-cinq le lendemain matin. Mais entre temps que de péripéties, que de retournement de situation dans le portefeuille de Ray, que d'avatars en tout genre, de périodes d'espoir et de découragement, d'abattement, de dépenses d'énergie.

Si Ray se dresse comme le personnage central du récit, les autres protagonistes ont droit à la parole et les séquences dans lesquelles ils apparaissent alternent avec celles dans lesquelles Ray évolue.

Et cette quête d'argent, omniprésente, nous renvoie à des romans de William Irish dans lesquels un homme seul doit rechercher une vérité pour se dédouaner. L'impression qu'un homme se débat contre tous, abandonné.

Mais s'il existe une légère approche avec William Irish, ce roman résume toute la quintessence de l'univers Brownien, l'alcool, et ce n'est pas par hasard si Ray est représentant en spiritueux, et un humour sous-jacent qui n'appartient qu'à lui.

Si ce roman n'est pas le meilleur de Fredric Brown, dans le domaine du policier, il n'en est pas loin et il fait partie des réussites de cet auteur à part, un peu délaissé de nos jours après avoir connu une vague d'engouement dans les années 1980.

 

Ce roman a été adapté au cinéma par Jean-Pierre Mocky en 1975 sous le titre L'ibis rouge, avec dans les rôles principaux Michel Serrault, Michel Simon, Michel Galabru, Jean Le Poulain, Evelyne Buyle.

Fredric BROWN : Ça ne se refuse pas (Knock Three-One-Two - 1959. Traduction de Jean Rosenthal). Série Noire N°768. Parution février 1963. 192 pages.

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8 octobre 2015 4 08 /10 /octobre /2015 13:10

Accrochez-vous aux branches !

Henri VERNES : L'arbre de la vie.

Bob Morane, de retour d'expédition en compagnie de son indéfectible et inséparable ami Bill Ballantine, n'a pas le temps de défaire ses valises.

Parmi tout son courrier en souffrance un télégramme du professeur Clairembart l'appelle au secours. Après une visite dans l'antre du vieil archéologue, afin d'obtenir des précisions sur le but du voyage qui a conduit le savant au Népal, nos deux aventuriers se lancent sur les traces de leur ami.

En plein cœur de l'Himalaya ils découvrent une vallée verdoyante, la Vallée de l'Eden. Cet endroit mythique, décrit dans un manuscrit de Shimon Ben Mordokkaï, renferme non seulement une communauté juive installée depuis quelques siècles, mais aussi l'Arbre de la vie et l'Arbre de la science, du bien et du mal.

Ces deux symboles hébraïques sont également convoités par une résurgence nazie sud-américaine, l'Ordre noir.

Bob Morane et Bill Ballantine, qui en cours de route ont rencontré la ravissante Sophia Paramount, vont délivrer le professeur Clairembart et échapper à la horde des fanatiques nostalgiques hitlériens, le tout dans une atmosphère mi-mystique mi-fantastique.

Le roman d'aventures n'est pas mort et Bob Morane un bon guide pour entraîner ses lecteurs dans des aventures merveilleuses.

 

Ce roman inaugurait une nouvelle collection du Fleuve Noir qui continuait de se chercher après les abandons de Spécial Police et Espionnage, en multipliant les collections qui ne durèrent que quelques mois, parfois un peu plus quand même.

Cette collection destinée aux adolescents et à tous les nostalgiques de Bob Morane, s’inscrit dans la continuité éditoriale qui avait été entreprise par les éditions du Masque peu avant. Seulement huit inédits pour quarante-six titres publiés provenant quasiment toutes du fond Marabout. Les illustrations de couverture sont signées CORIA.

 

De nouvelles aventures de Bob Morane paraissent aux éditions Ananké sous la plume de Brice Tarvel, aventures que j'espère découvrir prochainement. En attendant vous pouvez vous plonger dans un classique et dans les mémoires d'Henri Vernes.

 

Réédition Claude Lefrancq. Septembre 1999. 156 pages.

Réédition Claude Lefrancq. Septembre 1999. 156 pages.

Henri VERNES : L'arbre de la vie. Inédit Collection Aventures-Jeunes. Bob Morane N°1. Editions Fleuve Noir. Parution mai 1988. 192 pages.

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8 octobre 2015 4 08 /10 /octobre /2015 09:43
Joseph BIALOT : Le Royal-bougnat.

N'est pas un Auvergnat prolétaire...

Joseph BIALOT : Le Royal-bougnat.

Le Royal-bougnat est un café, presque le quartier général de Didier Valois.

Il y rencontre ses amis, Neurone et quelques autres. Il s'y sent bien, entouré d'âmes réconfortantes.

Marie, sa maîtresse, est dans tous ses états : son mari vient d'être assassiné et naturellement pour la police, elle est en tête de liste des suspects.

Mais pourquoi avoir dessoudé Maître Frédéric Cheney, avocat, et surtout qui ?

Didier, comédien de second plan, qui pointe plus souvent à l'ANPE que sur les tréteaux des saltimbanques, va fouiner de son côté afin de sortir du pétrin sa chère et tendre.

Commence un chassé-croisé entre Didier, Pietro Chiglione, spécialisé dans le vol de tableaux et de sculptures, sa femme Colette, qui ne comprend rien à rien et n'en sait guère plus, et quelques autres, truands notoires ou non.

 

Didier Valois, on a fait sa connaissance dans Un violon pour Mozart paru dans la même collection.

Malheureusement Le Royal-bougnat ne possède pas ce grain de folie, cette fantaisie débridée, cet humour qui imbibaient Un Violon pour Mozart. Un bon roman qui malgré tout me déçoit un peu car j'attendais mieux de Joseph Bialot, surtout après ses dernières productions, Un Violon pour Mozart à l'humour parfois ravageur, et La nuit du Souvenir, une œuvre forte et pathétique.

Mais Joseph Bialot a su réveiller en moi la fibre de la nostalgie par la description amoureuse de ses balades pédestres dans Paris. De bien beaux souvenirs.

 

Joseph BIALOT : Le Royal-bougnat. Série Noire N°2239. Parution août 1990. 192 pages. 6,05€.

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7 octobre 2015 3 07 /10 /octobre /2015 13:13

C'est pas pire que si c'était moins bien...

Pascal GARNIER : Comment va la douleur ?

Ils étaient faits pour se rencontrer. L'un se nomme Simon Marechall, sexagénaire sur la pente descente, portant beau physiquement mais malade, songeant à prendre sa retraite de dératisateur en tout genre. L'autre est Bernard Ferrand, vingt-deux ans, un peu benêt, qui vient de se couper deux bouts de doigts de la main gauche. Heureusement il est droitier, ce qui ne l'handicape pas trop. Il travaille et vit à Bron mais il est revenu chez sa mère à cause de son accident du travail.

Donc Marechall et Ferrand se rencontrent lors d'un mariage, auquel ils ne participent pas, juste en spectateurs, à Vals-les-bains.

Marechall s'est arrêté dans la station thermale un peu par hasard, parce qu'à la radio une valse de Strauss sortait des écouteurs alors qu'il arrivait aux abords de la ville. Une coïncidence. Et comme il n'avait rien de spécial à faire entre deux missions, il a trouvé à loger dans un hôtel.

Ferrand habite chez sa mère Anaïs. Des vacances inopinées qu'il entend bien passer le plus souvent en dehors de chez lui. Anaïs n'a pas eu de chance dans sa vie, et toutes ses entreprises pour tenir un petit commerce ont toutes débouché sur un ratage. Alors elle se console avec sa bouteille de rhum et son lampadaire figurant une Noire grandeur nature.

Marechall et Ferrand étaient donc nés, à quelques décennies de différence, pour se rencontrer et Marechall, qui vraiment ne se sent pas très bien et dont l'estomac joue au yoyo, embauche Ferrand comme chauffeur. Un dérivatif à ne pas négliger pense le jeune homme qui accepte immédiatement. Même si sa mère va penser qu'il la néglige. De toute façon ce ne sera pas pire que lorsqu'il travaille loin de chez elle.

En voiture vers l'aventure qui les attend sur la berme d'une route qui les mène vers le Sud. Une femme, qui porte une gamine, se fait tabasser par son compagnon, et Marechall va les départager. L'homme bascule dans le fossé et la jeune femme est recueillie avec sa petiote. Seulement il faut du lait et des couches et dans l'habitacle ça commence à sentir mauvais. Fiona n'a pas d'argent alors Marechall bougon la dépanne. Mais il aimerait bien déposer ses deux passagères encombrantes quelque part mais il n'y parvient pas. Ferrand s'est attaché à Fiona la mère et à sa gamine Violette.

Alors ils s'installent dans un camping, louant deux mobil-home afin de ne pas être dérangés par les cris du bébé lorsqu'il a faim ou pousse des cris uniquement pour le plaisir. Seulement le travail n'attend pas et Marechall sacrifie à quelques petits contrats de dératisation. Or l'un des commanditaires pense pouvoir le gruger et ça, Marechall n'aime pas, mais alors pas du tout.

 

Si le roman débute par la fin, livrant l'épilogue d'une histoire, c'est bien ce qu'il s'est passé avant qui importe et la description des protagonistes.

La rencontre de Marechall et Ferrand, cette forme de complicité qui va unir le vieux monsieur malade qui ne pense qu'à ranger son outil de travail, et Ferrand, un peu désœuvré et conciliant. Et leurs pérégrinations en compagnie de Fiona et Violette, attachées à eux comme une bernique sur son rocher. Un parcours qui comporte quelques scènes fortes et des moments de tendresse.

La tendresse est le thème récurrent des romans de Pascal Garnier, une tendresse bourrue, empreinte de dérision.

Des personnages de tous les jours, ou presque, gravitent dans des romans qui oscillent entre humour cynique et noirceur. Ainsi Anaïs, qui toute sa vie a tenté de s'en sortir, ouvrant et fermant presqu'aussitôt ses boutiques, n'ayant pas fait le bon choix et surtout parce que les centre-ville n'attirent plus les touristes, les curistes et que les usines ont fermé. Alors elle s'est réfugiée dans l'alcool, se forgeant son univers particulier :

On ne peut pas tout faire, boire ou manger, il faut choisir.

Dans le camping où Marechall et ses compagnons de virée, choisis ou imposés, ils font la connaissance d'une dame qui porte allègrement ses cinquante ans.

La dame à la table voisine avait tout d'une petite brioche, le cheveu frisotté, comme si elle s'était coiffé d'une casserole de coquillettes. Elle faisait penser aux bonnes fées des dessins animés.

Les curistes qui déambulent Vals-les-Bains ont entre soixante et cent ans, et cela fout le vertige à Marechall qui est aussi âgé qu'eux. Peu de jeunesse dans les rues et c'est comme un village hanté par des fantômes qui se présente à lui. Il existe comme une obsession de la vieillesse, plutôt que de la mort. Comme le déclare Marechall:

La mort n'est pas un problème, mais l'éternité, c'est autre chose.

En peu de mots Pascal Garnier décrit ses personnages, empruntant aux métaphores avec une jouissance jubilatoire. Une marque de fabrique qui font le charme de ses romans et qui permettent de le différencier de Simenon auquel il est souvent comparé.

 

Pascal GARNIER : Comment va la douleur ? Editions Zulma. Collection Zulma Poche N°24. Réédition 1er octobre 2015. 192 pages. 8,95€.

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7 octobre 2015 3 07 /10 /octobre /2015 08:44
Noël SIMSOLO : Ciel noir.

Avec un peu de bleu... à l'âme...

Noël SIMSOLO : Ciel noir.

Romancier, alcoolique, Pierre Villon trimbale une espèce de désespoir, de désespérance, de nostalgie, de phobie, héritages de son enfance et de son adolescence.

Dans un café de la banlieue bordelaise, il est abordé par une jeune fille. Un amour embryonnaire qui se transforme en fugue.

L'adulte et la mineure se moquent du Qu'en dira-t-on. A cause d'un banal accident qui occasionne mort d'homme, la fugue devient fuite. Les amants sont traqués par la police et les médias avides de sensationnel. Une célébrité et une mineure, voilà de quoi alimenter les ragots et assouvir la passion du scandale du bon peuple.

De Bordeaux à Thonon, en passant par Toulouse, puis dans le Nord après une retraite dans l'Ardèche, Pierre et Anne, fille d'émigrés espagnols, vont connaître des hauts et des bas.

Tandis que certaines des connaissances qu'ils vont se faire au cours de leur échappée les exploitent, les flouent, les bernent, d'autres les aident, pour le plaisir, sans arrière-pensée.

Une balade à la Bonny and Clyde mâtinée de Love Story.

Alors qu'ils pourraient rentrer au bercail, l'origine de leur escapade ayant été reconnue comme un malentendu, Pierre et Anne se complaisent dans leurs tribulations. Ils entretiennent comme une peur de vivre à nouveau normalement et accumulent les erreurs, puis les tragédies. Une équipée sauvage qui se transforme en déroute, en sauve-qui-peut.

Pierre est à la recherche d'un souvenir, et Anne veut oublier une partie de son enfance. Pierre qui lorsqu'il succombe à la colère redevient un être primitif et ne se contrôle plus.

 

Noël Simsolo, avec Ciel noir, livre un roman attachant malgré la personnalité ambigüe de ses héros, des différents protagonistes qui parsèment cette histoire. Malgré, ou à cause de, qui sait.

Spécialiste reconnu du cinéma, il a écrit de nombreux ouvrages notamment sur Hitchcock, Fritz Lang, Sacha Guitry, Clint Eastwood..., Noël Simsolo ne tombe pas dans le piège du roman documentaire imprégné d'art cinématographique. Une œuvre nettement plus aboutie, plus forte que son premier roman Nuit Nord paru aux éditions de L'Instant l'année précédente.

 

Noël SIMSOLO : Ciel noir. Série Noire N°2266. Parution avril 1991. 224 pages. 6,65€.

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6 octobre 2015 2 06 /10 /octobre /2015 12:31

Coucher avec une autre personne que son conjoint, ce n'est pas le tromper, mais bénéficier d'une

formation permanente.

Philippe GEORGET : Méfaits d'hiver.

Il parait, selon les magazines féminins bien informés, que le nombre de cocus est en courbe ascendante, une inflation galopante, et si cette propension à aller voir chez les autres si c'est mieux que chez soi, était réservé de tout temps aux hommes, les femmes de nos jours n'hésitent à suivre ce précepte : changement d'herbage réjouit les veaux.

Pourtant l'équation Deux plus un = un gros paquet d'emmerdes, tarabuste Sebag qui d'un seul coup (sic !) est confronté à ce problème.

Ce qui le chagrinait depuis un certain temps, ce qu'il supputait vient d'être confirmé, à quelques jours de Noël. Un drôle de cadeau parvenu sous forme de SMS dans le téléphone de sa femme. Claire le trompe. Pourtant, elle l'affirme avec conviction, elle l'aime toujours. D'ailleurs c'est terminé, son amant ayant été muté de l'autre côté des Pyrénées. Un accident de parcours.

Est-ce le fait d'apprendre son cocufiage qui déclenche une réaction en chaine, nul ne saurait le dire. Pourtant c'est bien ce qui se produit.

 

Un homme tue sa femme alors qu'elle venait de terminer une partie de billard avec son amant dans une chambre d'hôtel. L'homme est parti le premier et le mari trompé s'est engouffré dans le nid d'amour abattant sa femme, qui fumait sa dernière cigarette, avec une carabine. Puis il repart dans la nature.

Appréhendé, il ne nie pas, toutefois ses déclarations jettent un trouble dans l'esprit de Molina, de Ménard et de Sebag. Si le meurtre ne fait aucun doute, ils se rendent compte que le mari bafoué avait été prévenu. Or, idée lumineuse, en vérifiant les vidéos des caméras de surveillance placées un peu partout dans Perpignan, il ne pouvait être sur place au moment où l'a déclaré.

Et comme une contagion qui se répand insidieusement, un autre couple va être séparé à cause d'un vol plané par une fenêtre. Mais cette fois, c'est le mari trompé qui se tue en passant par dessus la rambarde. Volontairement.

Un troisième larron ne trouve rien de mieux que de prendre sa femme en otage, précisant à tous ceux qui regardent le spectacle de la rue, qu'il va brûler sa maison, et eux avec par la même occasion. Il ne fait pas dans le détail. Sebag, habile négociateur, parvient à le raisonner, mais ce n'est pas une thérapie pour le policier rongé par la jalousie.

 

Tout autant roman policier que roman sentimental et étude de mœurs, Méfaits d'hiver comporte plusieurs étages de lecture.

Roman policier, bien évidemment puisque meurtre il y a et incitation au meurtre. Et donc enquête avec plusieurs policiers sur le terrain, tâtonnant, conjecturant, soupçonnant, et empruntant de mauvaises directions, persuadés détenir le coupable ou présumé coupable et avoir compris ses motivations.

Roman d'amour ou sentimental, car outre Sebag ce sont tous les protagonistes impliqués qui sont visés par cette fracture du cœur. Ce n'est pas parce que leurs femmes ne les aiment plus qu'elles vont goûter ailleurs si l'herbe est plus tendre. D'un côté l'amour existe toujours, plus ou moins fort il est vrai, les années passant, mais il est présent. De l'autre côté il y a la recherche d'une forme de tendresse, de complicité amicale qui n'est plus aussi prégnante. Le besoin d'une amitiés amoureuse.

Enfin étude de mœurs déclinée par Julie, nouvellement arrivée et qui participe activement à cette enquête. Elle va faire équipe avec Sebag plus particulièrement, selon les besoins et les approches professionnelles des uns et des autres, mais possédant un autre regard qui lui permet de prendre cette enquête sous un angle différent. De plus elle est amie avec Marina, une kiné qui a effectué des études de psychologie, section sexologie.

Sebag va apprendre ou découvrir un pan sociétal sur l'évolution de la sexualité féminine et de son émancipation par rapport à l'homme, le mâle, dominant. La femme devait rester confinée chez elle tandis que l'homme pouvait sans vergogne aller butiner ailleurs. D'ailleurs, l'expression Rangez vos poules je lâche mon coq, édictée par une mère fière de son fils nous montre combien l'homme pouvait tout se permettre tandis que la femme n'avait pas le droit de lever même les yeux sur un individu de sexe masculin. En général car des cas particuliers nous montrent que la femme pouvait également se montrer avide d'expériences nouvelles.

Autant que je m'en souvienne, le plaisir masculin [...] c'est un petit spasme et puis s'en va. Alors que chez nous (la femme), c'est une vague, une tempête, parfois un raz-de-marée. La jouissance féminine a longtemps fait peur, aux hommes et aux femmes également. C'est pour ça qu'on l'a tant réprimée.

Un peu plus loin :

Nous ne connaissons pas qu'un seul plaisir, ni même deux seulement comme on le pense trop souvent, mais des dizaines de variétés de plaisir. Certains comparent le corps d'une femme à un calendrier de l'Avent avec une multitude de fenêtres qui ne demandent qu'à s'ouvrir.

Mais ce n'est uniquement cela qui pousse un homme ou une femme à tromper son partenaire, seulement c'est la face visible de l'iceberg matrimonial.

 

Je ne voudrais pas m'immiscer dans la vie privée de l'auteur, mais il se dégage de ce roman comme une relation d'authenticité dans cette histoire.

 

Le personnage de Julie, lieutenant de police, le lecteur assidu l'a déjà rencontré dans Le paradoxe du cerf-volant. Philippe Georget tisse sa toile en imbriquant les différents personnages de ses romans pour en constituer une saga.

 

Voir également l'analyse de Yv sur son blog :

Philippe GEORGET : Méfaits d'hiver. Collection Polar Jigal. Editions Jigal. Parution 15 septembre 2015. 352 pages. 19,50€.

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6 octobre 2015 2 06 /10 /octobre /2015 08:55
Jean-Hughes OPPEL : Piraňa Matador.

L'Amazone, l'enfer.... des libraires !

Jean-Hughes OPPEL : Piraňa Matador.

Au cœur de l'immense forêt de l'Amazonie, à la limite du Brésil, de la Colombie et du Pérou, vit une petite communauté de mineurs travaillant à l'extraction du diamant sous la férule de Don Armando de Cristobal y Majorca.

Santa Cruz de Natividad est uniquement desservie par bateau. Tous les quinze jours la barge coffre-fort appartenant à la Compagnie est réservée exclusivement au transport de la pierre précieuse. Tous les mois, vaille que vaille, à dates fixes, un vieux rafiot qui descend le fleuve et le remonte, rythmant la vie communautaire. Le fleuve, seul moyen de communication. Tout autour, la forêt, et ses pièges, ses traitrises. La flore et la faune se défendent comme elles peuvent de l'invasion du modernisme et les Indiens se transmettent depuis des siècles la haine et la peur de l'homme blanc.

Les festivités sont rares à Santa Cruz de Natividad, et les seuls plaisirs que peuvent s'octroyer les mineurs, véritables esclaves au service de la compagnie toute puissante, sont la boisson et l'amour tarifé, les soirs de paye.

Cependant la révolte gronde et Don Armando pour mater les meneurs fait appel à Jorge Luis Alfaquès, tueur à gages sur le déclin et rongé par le cancer.

 

En reprenant les rênes de la Série Noire, Patrick Raynal désirait rajeunir la célèbre collection, lui redorer son blason et pour cela se montrer plus intransigeant dans le choix des textes et des auteurs. Retrouver l'esprit Série Noire. Et sous les pages d'austère jaquette, qui en fait est un retour aux sources, Oppel inaugure d'une façon éclatante ce besoin d'une nouvelle vitalité.

La littérature noire par essence est le reflet de la société, mais à force de se cantonner dans la grisaille des banlieues et de disséquer ses problèmes, la saturation gagnait le lecteur avide de sensations nouvelles. Et avec Oppel, nous sommes servis.

Après des prolégomènes oniriques et documentés, Oppel nous plonge dans la touffeur et la moiteur de l'Enfer Vert, et contradictoirement on respire une bouffée d'air pur.

A l'aide de phrases rapides, concises, hachées comme le staccato d'une mitraillette, il développe son histoire, et le héros, malgré son statut de tueur à gages, devient presque sympathique.

 

Réédition Folio Policier juillet 2001. 224 pages.

Réédition Folio Policier juillet 2001. 224 pages.

Jean-Hughes OPPEL : Piraňa Matador. Série Noire N°2287. Parution janvier 1992. 208 pages.

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Published by Oncle Paul - dans Spécial Série Noire
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5 octobre 2015 1 05 /10 /octobre /2015 13:59

Chavez le dire à tout le monde...

Maxime VIVAS : Rouges, les collines de Caracas

Journaliste indépendante et grand reporter, Elisabteh W. Parrot signe ses articles sous le nom de Gaya pour différents médias.

Un peu plus de trente ans et un gamin, Pablo, qu'elle a eu avec Paul Delpeuch, un agriculteur, dont elle vit séparée mais en bonne intelligence toutefois, Gaya ne se contente pas de rédiger ses articles. Elle cuisine, elle bricole, pratique l'Aïkido et d'autres sports moins violents, bois et fume avec modération. Elle voyage beaucoup aussi pour son travail et au mois d'avril 2007 elle est contactée par Las Noticias, journal vénézuélien au fort tirage et considéré comme respectant une neutralité politique.

Elle est invitée au Venezuela afin d'écrire pour l'édification des Européens des articles sur la vision européenne sur la grande bataille médiatique qui déchire le pays depuis plusieurs mois et qui doit atteindre son apogée le 27 mai 2007 avec le non renouvellement d'une concession qui avait été accordée vingt ans auparavant à l'importante chaîne de télévision RCTV pour offrir la bande hertzienne à une chaîne publique éducative et populaire.

Elle doit donc se rendre sur place, et autant en profiter, pense Paul, pour enquêter sur la disparition présumée de Jean-Pascal Laborde, agriculteur comme lui, et qui avait entendu dire qu'au Venezuela il pourrait s'offrir pour pas cher des centaines d'hectares de terre aisées à travailler. Il avait demandé à sa sœur de vendre sa ferme et de lui envoyer l'argent là-bas au Venezuela. Ce qui fut fait en bonne et due forme mais depuis des années, personne n'a eu de ses nouvelles.

Gaya se renseigne sur l'état du pays qu'elle doit visiter et ce qu'elle lit n'est guère encourageant. Les conseils destinés aux futurs touristes n'incitent guère à visiter le pays, au contraire. Néanmoins elle reçoit son billet d'avion très rapidement et après avoir sacrifié à quelques formalités, elle peut s'envoler tranquille ou presque.

Dans l'avion une passagère dit la reconnaître et apprécier son travail journalistique. Elle se présente : Alicia Hernandez, attachée aux affaires culturelles de l'ambassade du Venezuela à Paris. Une approche qui alarme quelque peu Gaya, étonnée d'être si connue, même si parfois sa photo figure en tête d'articles. Elle profite d'un moment durant lequel Alicia part se soulager, pour essayer de regarder un dossier placé dans la pochette de l'attachée culturelle mais elle n'en a pas le temps. Pourtant ce dossier paraissait être important et éventuellement la concerner.

A l'aéroport elle doit être réceptionnée par quelqu'un mais personne n'est présent. Si, un chauffeur est bien là brandissant une pancarte, mais au nom de ViVaTV. Elle se renseigne et lui donne son nom. Gaya. C'est bien elle qu'il doit conduire en taxi, mais la pancarte était à l'envers intentionnellement, tout le monde pouvant affirmer qu'il ou elle se nomme Gaya. Un début de paranoïa ou une confirmation.

Elle est dotée d'un accompagnateur, Ricardo, et elle apprend incidemment que celui-ci est Cubain. Ce n'est pas par hasard qu'il est là, Cuba étant proche du pouvoir bolivarien. Elle lui demande s'il peut se renseigner sur son compatriote venu exploiter des terres sud-américaines, Jean-Pascal Laborde. Il promet de faire tout son possible. Gaya va faire la connaissance au cours d'un repas de deux vénézuélien, Mariela Daragon, journaliste à Las Noticias, et Marino Douglas, réalisateur à VivaTV.

Gaya collabore avec Mariela dans les bureaux de Las Noticias, situés dans un immeuble qui héberge de nombreux médias. Mais Marino disparait et Gaya lancée à sa recherche, aidée par un gamin qui la conduit dans une impasse, va se retrouver enfermée dans une sorte de cave. De sa fenêtre munie de barreaux, elle aperçoit un cadavre sur une décharge. Sa pratique de l'Aïkido va lui servir pour s'évader. Ce sont les débuts des nombreuses péripéties.

 

Ce roman, un romanquête comme il est défini en quatrième de couverture, est tout autant un document sur le Venezuela des années Hugo Chavez, celles voyant sa réélection et l'échec de la réforme constitutionnelle. Le peuple vénézuélien est partagé, les pauvres espérant en Chavez un sauveur, les riches le considérant presque comme un usurpateur et un futur dictateur.

Le pays, s'il possède des richesses intérieures comme le pétrole, n'arrive pas à s'affirmer comme une grande puissance, de nombreuses pressions extérieures l'étranglant. L'administration Bush par exemple. La proximité de Chavez avec le régime cubain ne plaide pas en sa faveur.

Règne donc une ambiance délétère, et les médias se déchainent souvent en défaveur de Chavez. Gaya va s'en rendre compte sur place et se demande si son invitation a été programmée afin de donner du crédit aux réformes médiatiques envisagées. Et le lecteur peut s'interroger de l'utilité de savoir lire entre les lignes les articles journalistique, et surtout de ne pas cataloguer un journal dont certains écrits ne sont pas dans la ligne politique gouvernementale comme obligatoirement un journal d'opposition.

Elle va apprendre également que se montrer jambes nues, en short, est considéré comme une atteinte à la pudeur, alors qu'exhiber ses appas mammaires n'est pas provocant.

Rouges, les collines de Caracas est tout autant un roman hybride mêlant aventures, action, espionnage qu'un documentaire sur un pays à un moment donné. Tout ce qui est susceptible d'entrer dans un tel roman est utilisé, que ce soit manipulations, disparitions, assassinats, complots et autres formes de trahison avec bien entendu l'ombre néfaste de la CIA, qu'un document tentant d'expliquer la mutation géopolitique et journalistique d'un pays.

Le départ est poussif, puis l'action venant l'intérêt grandit, mais comme un soufflé cela retombe rapidement avant de reprendre du volume. Une histoire qui alterne avec le chaud et le froid et dont je ressors avec un sentiment dubitatif.

 

Curiosité :

La photo de couverture fait penser à une représentation du Mont-Saint-Michel.

Maxime VIVAS : Rouges, les collines de Caracas. Editions Arcane 17. Parution le 1er octobre 2015. 278 pages. 22,00€.

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