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29 octobre 2015 4 29 /10 /octobre /2015 10:05
Lawrence BLOCK : Le blues des alcoolos

Toute la muse hic que j'aimeeu,

elle vient de là hic, elle vient du blues...

Lawrence BLOCK : Le blues des alcoolos

Matthew Scuder, ex-flic, s’est mis à boire afin d’effacer une vieille histoire. Cela ne l’empêche pas de travailler de temps en temps, pour faire plaisir, aidant des amis lorsque ceux-ci sont dans la panade.

Alors il effectue des recherches, de ci de là, en dilettante, surtout pour arrondir ses fins de mois et pouvoir contenter ses envies de bière et de bourbon.

Accessoirement envoyer un mandat à sa femme, dont il est séparé, afin qu’elle élève dignement ses deux garçons.

Coup sur coup il est chargé, quoi que cela ne l’enchante guère, d’enquêter sur le vol dont ont été victimes les tenanciers d’un bar clandestin, de retrouver les registres d’une comptabilité légèrement falsifiée et d’innocenter un homme accusé d’avoir tué sa légitime. Il passe ainsi d’une enquête à l’autre ou il les conduit de front selon son humeur.

 

Principale caractéristique de ce privé sans officine : il fait don du dixième de ce qu’il perçoit aux communautés religieuses.

Comme dans Huit millions de morts en sursis Lawrence Block nous dépeint une tranche de vie new-yorkaise avec humour, noir parfois, et les personnages sont profondément humains et vivants.

Les dialogues sont incisifs mais ne tombent pas dans une certaine facilité où la vulgarité serait de mise.

Réimpression avril 1995. 320 pages. 5,55€.

Réimpression avril 1995. 320 pages. 5,55€.

Lawrence BLOCK : Le blues des alcoolos (When the sacred ginmill closes – 1986. Traduit par Daniel Lemoine.) Série Noire N°2106. Première parution 1987.

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28 octobre 2015 3 28 /10 /octobre /2015 14:54

En piste pour le quadrille...

Michel QUINT : Fox-trot.

La foule est en effervescence, des hommes principalement arrachent des bancs, brandissent à bout de bras des grilles d'arbre, dressent des barricades. Des camions de troupes sont stationnés au bout du Pont de la Concorde qui justement ne règne pas, devant l'Assemblée Nationale, et des silhouettes casquées prêtes à charger.

Nous ne sommes pas en mai 1968 mais le 6 février 1934. L'affaire Stavisky vient d'éclater, éclaboussant les hommes politiques. La droite, l'extrême-droite, des associations d'anciens combattants, les Croix de feu, les Ligueurs prônant le retour de la monarchie et du Duc de Guise, manifestent violemment contre le limogeage du Préfet de Police Chiappe qui entretient des amitiés avec les factieux. Le gouvernement Daladier est sur la sellette.

Dans ce brouhaha, à la sortie de l'hôtel Crillon, Lisa Kaiser, danseuse et trapéziste dans la troupe de Max Rivers, aborde Rita Georg, la grande vedette des cabarets du moment. Elle aimerait que celle-ci l'aide à trouver une place dans une revue. Rita attend un homme qui doit lui remettre quelque chose, mais au moment où celui-ci, qui débouche de la sortie de métro la reconnait et lui fait un signe, il tombe à terre. Dans la bousculade, nombreux sont ceux qui entourent le blessé par balles. Lisa s'empare d'une enveloppe épaisse, et au revoir la compagnie, elle prend le train pour Lille, un retour au pays qu'elle a quitté alors qu'elle n'avait que dix-sept ans. Dans la grosse enveloppe sont glissées deux pochettes plus petites, une contenant des papiers d'immatriculation de véhicules, l'autre une importante somme d'argent.

 

Au même moment, à Lille, la même fièvre que celle qui agite Paris règne et Nelly, modiste et trentenaire florissante se trouve bousculée, un homme lui tient la poitrine, c'est pour la retenir, l'empêcher de tomber à terre, peut-être se faire écraser. Il existe d'autres façons, plus subtiles de faire connaissance, mais Charles Bertin, instituteur, à la petite moustache d'acteur de cinéma, est tout de suite pardonné. Elle en tombe même sous le charme et la modeste modiste se montre amoureuse experte.

Lisa arrive en gare de Lille et elle se fait indiquer l'adresse d'un hôtel grâce au kiosquier qui approvisionne Charles Bertin en journaux. Elle s'installe à l'hôtel de Lyon, sis juste en face de la gare, hôtel qui vient de connaître un drame. Une ressortissante belge s'est fait trucider et ses bijoux se sont évaporés dans la nature. Ceci ne concerne pas Lisa qui a en tête autre chose.

Le lendemain alors qu'elle sort de la gare après avoir acheté au kiosquier un journal, elle manque dégringoler et Charles Bertin qui passait par là la retient de justesse en lui plaquant une main sur la poitrine. Décidément, cela devient une habitude surtout pour Charles qui devient pataud devant les femmes. Puis elle remet à Gustave Noblet l'enveloppe contenant les papiers mais garde devers elle l'argent. Elle obtient un engagement au Sphinx, un cabaret, et se produit dans un numéro particulier de trapéziste.

Charles et son amie Nelly assistent au spectacle que reluque une nombreuse assistance médusée. Lisa pratique ses jeux de barres entièrement nue ! Malheureusement elle est découverte peu après, assassinée, le bas-ventre lacéré comme si on avait voulu la dépiauter, et le piano est éventré.

Tout comme à Paris, la rue est en effervescence. Les différentes associations et partis politiques de droite et extrême-droite manifestent violemment. Le suicide de Stavisky, et le scandale qui continue à alimenter les journaux et les embarras de la classe politique, est à l'origine de ces émeutes. Et rien pour éteindre le feu de l'antisémitisme et du racisme.

C'est dans ce contexte que le commissaire Demeyer demande à son neveu Charles Bertin de se fourvoyer dans ces groupuscules, Croix-de-Feu, Alliance française et autres, et de se comporter en taupe de Roger Salengro, le maire socialiste de la cité nordiste. Un véritable cas de conscience pour ce jeune instituteur qui s'est bagarré avec un de ses collègues justement parce que celui-ci se montrait arrogant en déclarant sa flamme aux idées d'extrême-droite. Un conflit qui vaut à Charles Bertin de se retrouver éloigné de l'Education Nationale pour quelques semaines, étant l'agresseur et malgré son bon droit.

 

La montée de l'extrême-droite, l'antisémitisme et le racisme, dont le liant est la précarité de l'emploi, cela nous ramène à une époque actuelle. Pourtant tout ceci se déroule en 1934, alors que venant d'Outre-Rhin et en Italie les noms de Hitler et Mussolini dépassent les frontières.

Dans ce contexte historique nauséeux, qui prend son origine dans des magouilles financières, l'histoire se répète, se greffe une intrigue policière fort habilement menée. Les personnages secondaires prennent autant de place que les rôles principaux car Michel Quint sait mettre en valeur ces représentants du peuple, dont les idées de gauche sont humanistes, les truands qui traficotent, mais également ceux qui profitent des situations, des opportunistes, sans oublier ce couple de médecins légistes qui officient sur les cadavres sans pour autant négliger la chair fraîche.

Et dans ce petit monde qui gravite, signalons cet brave homme qui a gagné le gros lot à la loterie et vient avec une brouette chercher son gain, le couple de bistrotiers qui ont vendu le billet gagnant ou encore Jojo, le kiosquier qui ne comprend pas le retournement de veste de son ami Charles Bertin.

 

Michel Quint fut professeur de propédeutique théâtrale. Et comme dans pratiquement tous ses romans, le spectacle sous toutes ses formes prend une place importante dans l'intrigue. Dans Fox-trot, le théâtre est représenté avec Charles Bertin l'instituteur qui monte des pièces de théâtre avec ses élèves, mettant en scène un épisode de la Révolution Française. Mais le spectacle produit par Lisa est très visuel, réservé aux adultes naturellement. Et bientôt c'est Carnaval qui va investir les rues de Lille tandis qu'au théâtre est jouée l'opérette l'Auberge du Cheval blanc.

Une nouvelle réussite à mettre à l'actif de Michel Quint qui retrouve la verve des Grands Ducs ou des Joyeuses, dans un contexte historique proche de Veuve Noire.

 

Michel QUINT : Fox-trot. Editions Héloïse d'Ormesson. Parution 8 octobre 2015. 336 pages. 20,00€.

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28 octobre 2015 3 28 /10 /octobre /2015 13:26
J. ORIANO : B comme Baptiste.

Lorsque Janine Oriano ne s'appelait pas encore

Janine Boissard...

J. ORIANO : B comme Baptiste.

Une jeune femme aborde Yves-Marie Préjean dans une rue de la capitale, l'appelle Baptiste et lui remémore quelques bons moments passés ensemble à Saint-Malo, ville d'où tous deux sont originaires. Malgré toute sa bonne volonté, Baptiste (prénommons-le ainsi pour la commodité du récit) ne se souvient de rien pour la bonne raison qu'il ne connait pas celle qui s'est présentée à lui comme Sandrine. Au début cette méprise l'amuse, puis il doit rejoindre sa femme Madeleine, personne empâtée par les ans, qui lui reproche sa condition de gagne-petit. Toutefois, le lendemain Baptiste va au rendez-vous proposé par la belle Sandrine et insidieusement l'engrenage se met en route.

A la boutique où il travaille comme disquaire, ses collègues, Mériot le Don Juan et Polly, ainsi que le patron, s'étonnent de le voir si bien sapé. Sandrine l'aguiche et le fait même monter chez elle. Mais elle le repousse alors que les hostilités amoureuses allaient débuter.

Baptiste est intrigué par le manège d'un homme qu'il croise près de chez Sandrine, s'engouffrant dans un hôtel proche. Il le revoit à la boutique. Un soir que Madeleine mange chez sa mère, Sandrine l'entraîne au restaurant. Ils se font tirer le portrait par un photographe ambulant puis ils vont chez elle. Ils boivent et Baptiste s'endort. Lorsqu'il se réveille le lendemain matin, Sandrine est morte, étranglée par un lacet appartenant à Baptiste. Celui-ci rentre chez lui, déboussolé, sans prévenir la police, puis, dégrisé, se promet de venger la morte et de sauver sa peau par la même occasion. Il récupère chez la morte le ticket du photographe mais la boutique n'existe plus depuis belle lurette. Il suit l'homme qui l'avait tant intrigué jusqu'à son hôtel pour apprendre que c'est un détective privé.

Il l'assomme et répond à un appel téléphonique destiné au privé. Le correspondant donne rendez-vous au Clairon, sorte de club privé. Là il rencontre un personnage falot qui lui raconte que Sandrine lui avait monté le même bateau et le faisait chanter depuis à l'aide de photos compromettantes. C'est lui qui a engagé le privé et il doit remettre l'argent sous enveloppe dans un bar, le Tournesol. Baptiste met dans la confidence son cousin Alfred, le loufiat du bar-restaurant où il mange tous les midis.

 

Narré à la première personne, B comme Baptiste se lit facilement mais pêche par un épilogue téléphoné. L'on connait le nom du meurtrier cinquante pages avant la fin et le reste n'est plus qu'une grosse ficelle qu'il suffit de dérouler. Baptiste, on le serait à moins, a paniqué et son tort a été de se méfier du détective, qui lui aurait appris la combine dès sa première rencontre, lui évitant toutes sortes d'ennuis. Sauf peut-être avec les policiers qui en général ne s'embarrassent pas de fioritures. Le début est assez humoristique, employant un argot bon enfant. Ensuite le ton se montre plus noir sans pour autant prétendre au chef d'œuvre.

Bon roman d'une débutante qui allait connaître la consécration littéraire sous le nom de Janine Boissard. Malheureusement, dans les salons et festivals littéraires auxquels elle participe, Janine Boissard n'apprécie pas que quelqu'un se présente à elle pour se faire dédicacer un des trois romans qu'elle a signé à la Série Noire, prétextant que c'étaient des œuvres de jeunesse.

 

Curiosité.

Le manuscrit étant arrivé à la Série Noire sous le pseudonyme de J. Oriano, tout le staff, Marcel Duhamel en tête, pensait avoir déniché un nouvel auteur masculin. Une mystification involontaire entretenue par le ton de la narration. La méprise fut dissipée lors de la signature du contrat.

 

Toujours pareil avec les femmes; soyez fidèle pendant dix ans, elles s'endorment sur leurs lauriers.

Réédition Carré Noir N°385. Parution avril 1981. 256 pages. 3,80€.

Réédition Carré Noir N°385. Parution avril 1981. 256 pages. 3,80€.

J. ORIANO : B comme Baptiste. Collection Série Noire N°1391. Parution janvier 1971. 256 pages.

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27 octobre 2015 2 27 /10 /octobre /2015 13:53

Bon anniversaire à André Besson né le 27 octobre 1927.

André BESSON : Les randonneurs.

Renouant avec la tradition familiale, les frères Borel, Léon et Jean-Luc, vivent de la contrebande. Ils vivent aux Rousses dans le Jura et passent fréquemment en Suisse. Pendant la guerre ils ont convoyé des clandestins et passer du courrier.

Après la Libération ils ont été contactés par un ancien chef de réseau de la Résistance reconverti dans la pègre pour aider des repris de justice à se rendre en Suisse et transporter des marchandises illicites.

Léon doit passer en fraude une coquette somme d’argent mais il est pris dans un guet-apens. Leur correspondant Suisse avertit Jean-Luc que son frère ne s’est pas présenté au rendez-vous comme convenu. Jean-Luc reçoit un mandat expédié par son frère et Anne-Marie, une jeunette peu farouche, lui affirme que Léon lui a téléphoné. Il reste toutefois inquiet, d’autant que trois malfrats viennent aux nouvelles, le fameux colis n’ayant pas été livré. Fini l’exotisme.

 

Besson campe son intrigue dans un décor qu’il connaît bien, le Jura. Comme dans bien des romans il veut faire tomber certains tabous puisqu’il met en scène deux frères, l’aîné amoureux d’une aubergiste, mère d’une jolie rousse émancipée qui couche, entre autres avec le cadet.

Les personnages sont parfois un peu stéréotypés, notamment ceux des truands, mais l’histoire est prenante même si l’épilogue est un peu téléphoné.

On pourra regretter que sacrifiant à la pagination, André Besson n’ait pu s’exprimer pleinement pour planter d’une façon plus approfondie le magnifique paysage qui sert de décor.

André BESSON : Les randonneurs. Spécial Police N°1209. Editions Fleuve Noir. Parution 4ème trimestre 1975. 224 pages.

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27 octobre 2015 2 27 /10 /octobre /2015 10:19
D.R. MEREDITH : Secoue-toi, shérif !

Mais gardes tes puces !

D.R. MEREDITH : Secoue-toi, shérif !

Malgré son titre, ce roman relève plus du roman de détection que du western.

L'action se déroule au Texas, dans une petite bourgade dont la ressource principale est l'agriculture, plus spécialement la culture du maïs.

Un jeune homme; quelque peu arriéré mentalement, un niais, est découvert mort dans sa camionnette dans un ravin. L'autopsie démontrera qu'il a été assassiné, notamment à l'aide de pesticides.

Quelques heures plus tard, c'est le corps d'une jeune Mexicaine enceinte qui est retrouvé dans le brasier d'un barbecue géant préparé la veille.

Le shérif, Charles Matthews, un citadin qui officiait précédemment à Dallas (et son univers impitoyable !) est chargé de l'enquête. Mais il patauge un peu. Heureusement il est entouré d'adjoints autochtones qui le conseillent quant à la manière de se conduire avec tact.

 

L'un de ses adjoints, Meenie, est un personnage savoureux et les séquences au cours desquelles il apparait sont parfois extrêmement humoristiques. Son vive, c'est de chiquer et le lancement du jet ferait une remarquable scène cinématographique.

 

Un roman qui offre un bon moment de lecture même s'il est conventionnel dans son intrigue.

D.R. MEREDITH : Secoue-toi, shérif ! (The Sheriff and the Panhandle Murders - 1984. Traduction de Michel Deutsch). Série Noire N°2027. Parution décembre 1985. 288 pages. 6,05€.

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26 octobre 2015 1 26 /10 /octobre /2015 16:01

Avec la mort en libre-service...

Serguei DOUNOVETZ : La vie est une immense cafétéria.

L'univers littéraire de Serguei Dounovetz est noir et ne possède aucune rémission. Ou presque. Les protagonistes subissent les aléas de la vie, ou les provoquent, jusqu'à leur extinction, comme une lumière qui aurait été allumée trop longtemps.

Douze nouvelles, pas une de plus pour ne pas tenter le sort, douze nouvelles, sombres, très sombres, avec quelquefois une lueur d'espoir sous forme de dérision, une éclaircie dans un monde voué au noir, comme douze peintures réalisées par Edward Munch.

Douze nouvelles dont le Languedoc et le Roussillon servent de décor, mais également Paris et peut-être Le Havre. Et bien évidemment certaines de ces nouvelles interpellent le lecteur pour des raisons personnels, sentimentales ou autres qu'il saura plaquer à sa convenance.

Ainsi dans P'tit bob nous entrons dans l'univers d'un amateur de rock, le vrai, celui qui déménage. Roberto est sous le charme de P'tit bob depuis que son grand-père Luigi, docker sur le port havrais, lui a donné en héritage Come and see me, un vieux 33 tours de 1978, et qu'il écoute en boucle depuis qu'il est tout petit et même avant. D'ailleurs c'est le seul qu'il possède. Pas grave. Roberto s'identifie à Little Bob, le chanteur de Little Bob Story, devenu Little Bob Blues Bastards.

Dans Walther, mon meilleur ami, Serguei Dounovetz nous entraîne dans le quartier de la porte de Vanves et d'Alésia. Ce quartier dans lequel vécut Georges Brassens, Renaud et quelques autres qui ont marqué leur époque. Tanguy se rend à un rendez-vous Porte de Vanves avec son meilleur ami, un Walther P38, dans la poche. Il a décidé de s'en débarrasser.

La main du diable nous propulse quelques siècles en arrière, chez les Hurons. Une série de meurtres se propagent dans un petit régiment. Un point commun relie ces exécutions et pour le capitaine Mandrin, les morts n'étaient pas exempts de reproches.

Pirate est un chat, ou plutôt était un chat. Et toute sa vie Pirate aura subi les avanies prodiguées avec une certaine jouissance par les humains et le mauvais sort. Seul Dominique, celui qui l'a recueilli quand il était encore un minuscule chaton, a essayé de l'entourer d'affection. Féline aussi, une vieille chatte. Mais quand le mauvais sort s'acharne, il n'y a rien à faire, sauf peut-être croire en un au-delà meilleur.

Le dernier pour la route, c'est Gonzo, le narrateur, le dernier d'une fratrie de cinq. Et une nuit ses frères reviennent lui rendre une petite visite. En rêve, ou en cauchemar. Ils sont tous décédés, d'une façon différente, mais ils sont bien morts, de même que son grand-père. Mais là ce n'est pas pareil que dans la réalité, celle qu'on lui a toujours serinée.

 

Ceci n'est qu'un petit extrait de l'univers de Serguei Dounovetz, un univers qui vous touche, car parmi ces nouvelles, l'une au moins s'approchera du vôtre, vous renverra dans votre enfance avec des désirs enfouis. Peut-être pourriez-vous être ce photographe au bout du rouleau, l'image d'une ancienne petite amie tournant en boucle dans son esprit, et qui va rendre visite à l'un des anciens professeurs qui s'était ingénié à vouloir le casser pour lui apprendre la vie. Ceci est décliné dans Il joue du piano avec les doigts des autres.

Laissez-vous prendre par la main pour visiter cet univers onirique, noir, sublime, poétique, tendre et violent, comme une douceur qui pétille en gouttes de feu dans votre bouche au fur et à mesure qu'elle se dissout.

Serguei DOUNOVETZ : La vie est une immense cafétéria. AAARG ! Editions. Parution 22 octobre 2015. 148 pages. 13,00€.

 

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26 octobre 2015 1 26 /10 /octobre /2015 12:20
John AMILA : Y'a pas de bon dieu !

Barrages contre barrage !

John AMILA : Y'a pas de bon dieu !

L'histoire a tendance à se répéter, pas toujours dans les mêmes circonstances, pas toujours dans le même lieu et à la même époque, avec des variantes come l'inversion du rôle des protagonistes, mais elle se répète.

1950. La petite cité de Mowalla, aux Etats-Unis, est en effervescence. Des baraquements de l'entreprise Dam ont été incendiées par les villageois qui ne veulent pas la construction d'un barrage dans leur vallée. En guise de représailles, le pasteur méthodiste Paul Wiseman est enlevé par des hommes de mainconduits par un inconnu vêtu de blanc et emmené dans une ancienne forge. Sur place il est étendu sur une vaste enclume et l'homme en blanc lui assène un violent coup de marteau sur un genou.

Laissé seul à l'abandon, il se traîne comme il peut dans cette haute vallée encastrée dans la montagne et au bout de quelques heures, épuisé, il est recueilli par un des agriculteurs qui vivent de leur élevage.

La construction du barrage signifie pour ces éleveurs la submersion de leur petit bourg, des pâturages, la mort de la communauté qui compte trois cent cinquante âmes. La pasteur Wiseman est soigné chez l'habitant et reprend petit à petit ses occupations au magasin coopératif. Il prononce un sermon dans l'église bondée alors que d'habitude de nombreuses chaises vides attendent les paroissiens.

James Hillary, qui tient une fromagerie et est brouillé avec son frère Edward, n'entend pas en rester là. Tout comme les autres habitants de la cité d'ailleurs. Alors qu'il se rend à Altone en compagnie du pasteur Wiseman, leur voiture évite de justesse un autre véhicule. Commence une course poursuite avec échange de coups de feu. Et un mort sur le carreau côté hommes du Dam.

Wiseman reçoit la visite d'un policier d'Altone, la ville distante de quelques miles. Mais le représentant de l'ordre est plus obnubilé par l'incendie des baraquements que par l'agression subie par le religieux. Puis l'homme en costume blanc se présente, avec de belles paroles et un projet d'apaisement. Il s'agit de Sorodale, le patron, auteur du coup de marteau appliqué sans discernement sur le genou de Wiseman. Il propose en dédommagement aux fermiers sur le point d'être expulsés une autre vallée, un endroit merveilleux selon lui, à Kennecot, à une cinquantaine de miles de Mowalla. Wiseman sent venir le coup fourré mais pour autant le mieux est peut-être de se rendre sur place. Un énorme convoi s'élance donc vers la terre promise.

Un journaliste de Chicago, Forster, passe ses vacances dans une roulotte installée dans les bois avec sa famille. Il prend au départ ces événements à la légère, mais peu à peu il deviendra partie prenante aux côtés des fermiers dans leur lutte pour garder leur bien.

Mais un autre problème, plus personnel celui-là, trouble Wiseman. Un problème qui a pour nom Amy, la cadette de James Hillary, âgée de quinze ans, et qui court après les hommes. Elle a élu Wiseman comme prochaine victime. Et elle s'immisce dans cette histoire jetant la perturbation dans l'âme du pasteur qui ne sait plus à quels seins se vouer.

 

Dans ce roman, John Amila dont c'est le premier roman édité à la Série Noire mais qui deviendra un fidèle sous le prénom de Jean, dénonce la prédominance de la finance sur la qualité de vie.

Des fermiers délogés, sans s'inquiéter des conséquences que cela peut entraîner sur leurs conditions de vie, sur l'avenir d'une vallée, et comme le pressent Wiseman, pour des raisons qui ne sont pas celles avancées, tout ceci forme la trame, le fondement de l'intrigue. Car les intérêts politiques qui ne résident pas dans la construction d'un barrage mais se trouvent enfouis dans le sous-sol de la vallée de Mowalla, sont plus forts que les intérêts particuliers d'une communauté.

Sans vouloir par trop déflorer le but de Sorodale, précisons toutefois que ce nom n'est pas inconnu des habitants de Mowalla. Sorodale, le bienfaiteur du séminaire où Wiseman a fait ses études, propriétaire de mines de cuivre, de fonderies, et dont les convois de minerai passaient non loin du dit séminaire.

Wiseman, qui est le narrateur de cette histoire, ne peut s'empêcher d'invoquer son bon droit :

Mais enfin, nous sommes dans notre droit. Nous en appellerons à la justice. Nous sommes dans un pays libre et nul ne peut dépouiller son prochain...

Pauvre cornichon ! me dit-il (Luckes, le policier) Vous croyez encore à ça ? Vous ne comprenez donc pas que nous sommes tous dans les mains de hauts et puissants seigneurs, et que le reste est littérature ?

 

Car derrière tout ce micmac, se cachent des politiciens qui s'entourent de truands pour mieux aboutir à leurs projets.

Je vous le dis, Wiseman. Vous ne savez donc pas qu'on vous baptisera tous saboteurs communistes avant de vous écraser ?

 

Et les journaux du cru, publient des articles en faveur de Sorodale et de sa clique, dénonçant les agissements communistes, donc anti-américains, des habitants de Mowalla. Des journalistes habilement manipulés. D'où l'influence négative des médias dans certaines circonstances et que l'opinion publique avale sans barguigner. L'impartialité est un leurre, sujette à caution, selon les médias pour lesquels les journalistes sont appointés et les pressions politiciennes.

 

Curiosité :

Comme il était de coutume à l'époque ce roman faussement américain, est adapté par son auteur, Jean Meckert, véritable patronyme de John/Jean Amila. Ce fut le cas précédemment pour La mort et l'ange signé Terry Stewart, dont le patronyme était Serge Arcouet et qui se fit connaitre au Fleuve Noir sous l'alias de Serge Laforest.

Réédition collection Carré Noir N°36. Parution avril 1972. 192 pages. 3,80€.

Réédition collection Carré Noir N°36. Parution avril 1972. 192 pages. 3,80€.

John AMILA : Y'a pas de bon dieu ! Série Noire N°53. Parution mars 1950. 190 pages.

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24 octobre 2015 6 24 /10 /octobre /2015 12:45
Dominique MANOTTI & DOA : L’honorable société.

La politique a ses raisons que la raison ignore.

Dominique MANOTTI & DOA : L’honorable société.

Et dans les coulisses du pouvoir se trament des magouilles basses, viles, méprisables, que ne peut imaginer le commun des mortels, tout cela au nom de la France, une main sur le cœur pour l’image, l’autre sur le portefeuille.

En cette veille du premier tour des élections présidentielles, trois jeunes, Erwan, Julien et Saffron bidouillent un ordinateur, dans le but de s’infiltrer à distance dans celui d’un homme de l’ombre afin de pomper des dossiers. Benoît Soubise ne se doute nullement de ce piratage lorsqu’il travaille dessus, et encore moins que Julien a réussi à brancher la webcam. Mais les trois jeunes ne s’attendaient pas à assister en direct au meurtre de Soubise par deux inconnus cagoulés qui allaient emporter l’ordinateur piraté.

Panique générale, débandade, mais pas au point d’oublier de mettre en lieu sûr une clé USB. Lorsque les policiers arrivent sur place ils se rendent rapidement compte que Soubise est un homme de la maison détaché des RG en tant que responsable de la sécurité auprès du CEA (Commissariat à l’Energie Atomique).

Le commissaire Pâris de la Criminelle est chargé de l’enquête. C’est un teigneux Pâris, d’autant que s’il a été affecté de la brigade financière à la Crim, sous couvert de promotion, c’est bien parce que ses investigations à la financière gênaient du monde. D’abord il interroge Barbara Borzeix, la compagne depuis quelques semaines de Soubise et qui a trouvé le corps. Selon elle Soubise était ingénieur commercial pour une entreprise sous-traitante d’EDF et surtout d’Areva. Quant à Barbara elle est responsable juridique dans une grande entreprise de BTP, la Picot-Robert Groupe plus communément appelée la PRG, dirigée d’une main de fer par Elisa Picot-Robert.

Un souvenir cuisant pour Pâris dans une autre vie professionnelle. Neal Jones-Saber, chroniqueur gastronomique et ancien grand reporter, est inquiet. Sa fille Saffron devait le rejoindre à Cahors mais elle s’est décommandée et depuis elle ne donne plus de ses nouvelles. Journaliste d’investigation Pierre Moal, grâce à un informateur bien placé, révèle le décès de Soubise et pointe du doigt un groupe d’éco-terroristes Urgence Planète Bleue. Tout ce petit monde va enquêter d’abord chacun de son côté, puis il y aura des alliances, et peu à peu les suspicions portées sur le groupe des éco-terroristes battent de l’aile malgré les pressions subies par Pâris et son groupe.

Il faut absolument trouver un ou des coupables, mais pas forcément les vrais. Les clés du pouvoir ne sont pas dans la boîte à gants comme l’a écrit Frédéric Dard/SanAntonio, mais la vérité réside dans une clé USB. Et ce qui intéresse surtout les Français c’est la bataille électorale. D’un côté Pierre Guérin, dont le mariage avec Sonia est plus que vacillant, et de l’autre son challenger Eugène Schneider.

 

Je ne m’appesantirai pas sur ces deux caractères, le lecteur les découvrira à la lecture de ce roman, mais il ne pourra s’empêcher de mettre un visage sur chacun de ces noms. Tout au plus pourrais-je indiquer que Pierre Guérin, homme à femmes, coléreux, est obligé de prendre de temps à autre de petites pilules afin de canaliser son caractère ombrageux, ministre des finances en exercice et que Schneider catalogue comme un « type fasciné par le fric qui joue les tribuns populaires ».

Pierre Guérin, dans l’intimité avec ses conseillers ou sa femme Sonia, beaucoup plus calme et posée que lui, ne mâche pas ses mots, déclarant : Quand j’aurai les pleins pouvoirs, je me chargerai moi-même d’en pendre quelques-uns à des crocs de bouchers. Tout ça à cause d’une problématique financière avec l’EPR de Flamanville dont le lancement du chantier est programmé. Signalons que ce chantier est effectivement en cours de réalisation, avec plusieurs mois, pour ne pas dire plusieurs années, de retard et des dépenses qui ont pratiquement doublées d’après les premières estimations, que de nombreux incidents ont déjà émaillé sa construction, certains ayant d’ailleurs été étouffés ou minimisés, et que ce chantier est confié au groupe Bouygues.

Ne croyez pas que je suis hors sujet, car il s’agit bien de magouillages entres différents groupes en vue du CAC 40 qui sont en filigrane de ce roman, qui traite également de l’avenir de l’énergie nucléaire, mais toujours d’un point de vue financier.

Ceci est bien un roman de politique-fiction et il serait évidemment osé de vouloir trouver une ressemblance avec des situations, des faits ou des personnes existant ou ayant existé.

Dominique Manotti et DOA ont construit une intrigue toile d’araignée dans laquelle bon nombre de protagonistes s’engluent et certains décèdent. Quant aux autres, s’ils s’en sortent, ce ne sera pas forcément sans dommages.

Réédition Folio Policier N°688. Parution mars 2013. 384 pages. 8,00€.

Réédition Folio Policier N°688. Parution mars 2013. 384 pages. 8,00€.

Dominique MANOTTI & DOA : L’honorable société. Série Noire. Parution mars 2011. 336 pages. 18,30€.

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23 octobre 2015 5 23 /10 /octobre /2015 08:22
Joseph BIALOT : Les bagages d'Icare.

M'étonne pas qu'il soit tombé à la baille s'il était en surcharge...

Joseph BIALOT : Les bagages d'Icare.

Rien ne vaut la campagne, le silence, l'air pur, la tranquillité !

Des ingrédients indispensables pour que les petites cellules grises des publicitaires en mal d'inspiration puissent bouillonner à l'aise, et découvrir le slogan choc d'une marque de couches-culottes pour bébés modernes.

Mais Philippe Barret, le directeur de l'agence Média's, ne pensait certes pas en organisant un séminaire dans le Lot, que deux de ses collaborateurs allaient perdre la vie. Et donc qu'ils seraient mal barrés.

Bon d'accord, les divergences, les accrochages s'exaspèrent toujours un peu plus lorsqu'on vit en vase clos. Les petites phrases perfides ne font pas toujours plaisir. C'est bon, parait-il, pour l'intellect, pour forcer la créativité.

En tout cas, Alain le créatif du groupe, est retrouvé mort, assassiné. Ensuite Cathy s'enfuit en voiture. Les soupçons pèsent sur elle, d'autant qu'elle possède un motif. Jean-Charles, son mari, lui a annoncé qu'il l'a quittait. Pas pour une femme, non ! Pour un homme ! Pour Alain justement. Cathy est retrouvée morte, apparemment d'un accident de voiture. Mais le petit trou rond dans sa tête est l'œuvre d'une balle de revolver.

Philippe Barret, qui ne fait pas confiance à la police, décide d'enquêter pour son propre compte. Il n'apprécie pas du tout que l'on tue impunément ses collaborateurs. Alors il requiert les services de son ami Didier Valois, un comédien en quête d'emploi.

 

Les bagages d'Icare est le troisième roman dans lequel on retrouve Didier Valois et son ami Neurone, alias Philippe Barret, reconverti dans la publicité.

Leurs précédentes aventures avaient pour titre : Un violon pour Mozart et Le Royal-bougnat. Une histoire complexe à souhait mais dont le début, malgré les décès impromptus est nettement plus guilleret que la dernière partie du roman.

Un livre qui tient ses promesses, certes, mais dont le ton imperceptiblement change au fur et à mesure que se développe l'intrigue, d'humoristique se transformant en noir sérieux. Dommage.

 

Joseph BIALOT : Les bagages d'Icare. Série Noire N° 2259. Parution mars 1991. 224 pages. 6,65€.

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22 octobre 2015 4 22 /10 /octobre /2015 08:23
Michel LEBRUN : Loubard et Pécuchet.

Une vocation tardive !

Michel LEBRUN : Loubard et Pécuchet.

Anecdote en guise d'introduction :

Lorsqu'au mois de mars 1996, je téléphonai à Michel Lebrun pour le féliciter d'entrer enfin au catalogue de la Série Noire, même si c'était pour une réédition, et souhaitai le retrouver prochainement avec un nouveau titre, il m'a dit d'un ton désabusé :

Oh, tu sais Paul, maintenant c'est trop tard !

Le 20 juin 1996, Michel Lebrun s'éteignait dans son appartement parisien.

 

Pour son dix-septième anniversaire, Pécuchet, appelé plus familièrement Pécu, n'y voyez aucune allusion scatologique, est invité par ses copains à se restaurer dans un entrepôt transformé en garde-meubles dans un quartier d'Aubervilliers.

Sont présent Jojo, le maître des lieux qui a mis les petits plats dans les grands, il n'a qu'à se servir avec tous les meubles et la vaisselle entreposés et dont il a la garde. Sont également présents, le petit Lucien à la face ravagée par l'acné, la Grande Geneviève dite Gin, Léon la Défonce déjà raide bourré et sa copine Crista, et Mimile l'Ordure qui doit son surnom à sa profession puisqu'il émarge à la voirie. Et une inconnue, blonde plantureuse à la poitrine accueillante.

Ils se sont tous cotisés et Marlène, la gironde dame, est son cadeau d'anniversaire !

Deux ans plus tard, nous retrouvons notre ami Pécu dans une résidence surveillée. Il rêvasse sur son pageot lorsqu'il est demandé au parloir. Lucien vient lui rendre une petite visite amicale, s'enquiert de ses conditions de vie et, surtout, lui remet un petit paquet contenant des clefs fabriquées par Léon grâce à de la mie de pain séchée. Léon est serrurier et a la main sûre dans la journée car il n'entame les litrons que lorsque la boutique est fermée. En sus des sésames, le paquet contient une matraque et une bombe paralysante.

Muni des précieuses clefs, Pécu sort de l'établissement en catimini, récupère sur un chantier voisin sa bécane motorisée, et se rend chez sa bru. Ah oui, je ne vous ai pas dis ! Pécu est né un 29 février et comme son anniversaire légal ne se fête que tous les quatre ans, on comprend mieux, n'est-ce pas ? Donc il se rend chez sa bru, qui vit seule car Alain le fils de Pécu l'a quittée, laquelle dort consciencieusement abrutie par les soporifiques. L'appartement est à Pécu mais il l'avait laissé à Alain, qui lors de son divorce l'avait donné à son ex-femme. Un méli-mélo pour Pécu qui ne roule pas sur l'or, loin de là et c'est pour cela qu'il végète dans un hospice pour indigents.

Donc Pécu sait que Roselyne, sa bru, cache son argent chez elle et il investigue soigneusement l'armoire. Il n'a pas besoin de fouiller longtemps pour tomber sur le magot. Seulement l'imprévu se matérialise sous la forme d'un intrus qui se faufile dans la chambre de la Belle au lit dormant. Pécu assomme le Prince Charmant et regagne béatement sa piaule à l'asile.

Je passe sur les détails, la venue de Roselyne qui se plaint du cambriolage, le soupçonnant quelque peu, mais Pécu possède un alibi en béton puisque théoriquement tous les pensionnaires de l'hospice sont consignés le soir. Pécu, grâce au pactole qu'il s'est approprié, loue un petit appartement dans le XVIIe seulement il faut penser à renouveler les rentrées d'argent. Alors il imagine, et mène à bien son projet, dévaliser les personnes ayant un besoin pressant de liquide. Il se place près des distributeurs de billets et assomme proprement les individus qui glissent leurs cartes bleues dans la fente. Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si un jour un récalcitrant ne l'envoyait bouler. Il n'obtient de l'aide de la part d'Hélène, une Bibendum moustachue quinquagénaire qui vit dans une Estafette aménagée et est affublée d'un chien, un mastard,

Hélène va prendre Pécu sous son aile protectrice et tutélaire, il y a de la place, et Pécu est bien obligé de faire contre mauvaise fortune bon cœur. Une association est née mais un troisième larron s'immisce, le voisin de Pécu, Montescourt, officier de police, qui se sent investi d'une mission, celle de protéger l'adolescent prolongé. Montescourt que les lecteurs fidèles de Michel Lebrun avaient déjà rencontré dans L'O.P.A de 4 sous.

Mais à cette époque, les distributeurs de billets ne s'affichaient pas avec arrogance à chaque coin de rue, aussi il leur faut gravir un échelon. Hélène et Pécu vont s'y employer.

 

On retrouve dans ce roman, toute la finesse, l'élégance, l'humour parfois ironique, le machiavélisme des intrigues concoctées par Michel Lebrun.

Une accroche inventive en prologue et au fur et à mesure que se déroule l'action, l'intrigue prend en consistance, toujours sur la corde raide. Michel Lebrun sait retomber sur ses pieds avec un épilogue sous forme de pied de nez jubilatoire.

Et l'ombre de Flaubert se profile dans ce roman, avec quelques allusions et des citations en introduction des différentes parties découpant ce roman.

Il est dommage que Michel Lebrun soit entré si tard dans la collection Série Noire, alors qu'il fit les beaux jours de la collection Un Mystère, puis lors de la disparition de celle-ci offrant des romans de qualité aux jeunes maisons d'édition, dont celles crées par exemple par François Guérif (Red Label) ou Alex Varoux (Engrenage).

Première édition Collection Engrenage N°54. Parution décembre 1982. 192 pages.

Première édition Collection Engrenage N°54. Parution décembre 1982. 192 pages.

Michel LEBRUN : Loubard et Pécuchet. Série Noire N°2415. Parution mars 1996. 176 pages. 6,05€.

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