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8 octobre 2015 4 08 /10 /octobre /2015 13:10

Accrochez-vous aux branches !

Henri VERNES : L'arbre de la vie.

Bob Morane, de retour d'expédition en compagnie de son indéfectible et inséparable ami Bill Ballantine, n'a pas le temps de défaire ses valises.

Parmi tout son courrier en souffrance un télégramme du professeur Clairembart l'appelle au secours. Après une visite dans l'antre du vieil archéologue, afin d'obtenir des précisions sur le but du voyage qui a conduit le savant au Népal, nos deux aventuriers se lancent sur les traces de leur ami.

En plein cœur de l'Himalaya ils découvrent une vallée verdoyante, la Vallée de l'Eden. Cet endroit mythique, décrit dans un manuscrit de Shimon Ben Mordokkaï, renferme non seulement une communauté juive installée depuis quelques siècles, mais aussi l'Arbre de la vie et l'Arbre de la science, du bien et du mal.

Ces deux symboles hébraïques sont également convoités par une résurgence nazie sud-américaine, l'Ordre noir.

Bob Morane et Bill Ballantine, qui en cours de route ont rencontré la ravissante Sophia Paramount, vont délivrer le professeur Clairembart et échapper à la horde des fanatiques nostalgiques hitlériens, le tout dans une atmosphère mi-mystique mi-fantastique.

Le roman d'aventures n'est pas mort et Bob Morane un bon guide pour entraîner ses lecteurs dans des aventures merveilleuses.

 

Ce roman inaugurait une nouvelle collection du Fleuve Noir qui continuait de se chercher après les abandons de Spécial Police et Espionnage, en multipliant les collections qui ne durèrent que quelques mois, parfois un peu plus quand même.

Cette collection destinée aux adolescents et à tous les nostalgiques de Bob Morane, s’inscrit dans la continuité éditoriale qui avait été entreprise par les éditions du Masque peu avant. Seulement huit inédits pour quarante-six titres publiés provenant quasiment toutes du fond Marabout. Les illustrations de couverture sont signées CORIA.

 

De nouvelles aventures de Bob Morane paraissent aux éditions Ananké sous la plume de Brice Tarvel, aventures que j'espère découvrir prochainement. En attendant vous pouvez vous plonger dans un classique et dans les mémoires d'Henri Vernes.

 

Réédition Claude Lefrancq. Septembre 1999. 156 pages.

Réédition Claude Lefrancq. Septembre 1999. 156 pages.

Henri VERNES : L'arbre de la vie. Inédit Collection Aventures-Jeunes. Bob Morane N°1. Editions Fleuve Noir. Parution mai 1988. 192 pages.

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8 octobre 2015 4 08 /10 /octobre /2015 09:43
Joseph BIALOT : Le Royal-bougnat.

N'est pas un Auvergnat prolétaire...

Joseph BIALOT : Le Royal-bougnat.

Le Royal-bougnat est un café, presque le quartier général de Didier Valois.

Il y rencontre ses amis, Neurone et quelques autres. Il s'y sent bien, entouré d'âmes réconfortantes.

Marie, sa maîtresse, est dans tous ses états : son mari vient d'être assassiné et naturellement pour la police, elle est en tête de liste des suspects.

Mais pourquoi avoir dessoudé Maître Frédéric Cheney, avocat, et surtout qui ?

Didier, comédien de second plan, qui pointe plus souvent à l'ANPE que sur les tréteaux des saltimbanques, va fouiner de son côté afin de sortir du pétrin sa chère et tendre.

Commence un chassé-croisé entre Didier, Pietro Chiglione, spécialisé dans le vol de tableaux et de sculptures, sa femme Colette, qui ne comprend rien à rien et n'en sait guère plus, et quelques autres, truands notoires ou non.

 

Didier Valois, on a fait sa connaissance dans Un violon pour Mozart paru dans la même collection.

Malheureusement Le Royal-bougnat ne possède pas ce grain de folie, cette fantaisie débridée, cet humour qui imbibaient Un Violon pour Mozart. Un bon roman qui malgré tout me déçoit un peu car j'attendais mieux de Joseph Bialot, surtout après ses dernières productions, Un Violon pour Mozart à l'humour parfois ravageur, et La nuit du Souvenir, une œuvre forte et pathétique.

Mais Joseph Bialot a su réveiller en moi la fibre de la nostalgie par la description amoureuse de ses balades pédestres dans Paris. De bien beaux souvenirs.

 

Joseph BIALOT : Le Royal-bougnat. Série Noire N°2239. Parution août 1990. 192 pages. 6,05€.

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7 octobre 2015 3 07 /10 /octobre /2015 13:13

C'est pas pire que si c'était moins bien...

Pascal GARNIER : Comment va la douleur ?

Ils étaient faits pour se rencontrer. L'un se nomme Simon Marechall, sexagénaire sur la pente descente, portant beau physiquement mais malade, songeant à prendre sa retraite de dératisateur en tout genre. L'autre est Bernard Ferrand, vingt-deux ans, un peu benêt, qui vient de se couper deux bouts de doigts de la main gauche. Heureusement il est droitier, ce qui ne l'handicape pas trop. Il travaille et vit à Bron mais il est revenu chez sa mère à cause de son accident du travail.

Donc Marechall et Ferrand se rencontrent lors d'un mariage, auquel ils ne participent pas, juste en spectateurs, à Vals-les-bains.

Marechall s'est arrêté dans la station thermale un peu par hasard, parce qu'à la radio une valse de Strauss sortait des écouteurs alors qu'il arrivait aux abords de la ville. Une coïncidence. Et comme il n'avait rien de spécial à faire entre deux missions, il a trouvé à loger dans un hôtel.

Ferrand habite chez sa mère Anaïs. Des vacances inopinées qu'il entend bien passer le plus souvent en dehors de chez lui. Anaïs n'a pas eu de chance dans sa vie, et toutes ses entreprises pour tenir un petit commerce ont toutes débouché sur un ratage. Alors elle se console avec sa bouteille de rhum et son lampadaire figurant une Noire grandeur nature.

Marechall et Ferrand étaient donc nés, à quelques décennies de différence, pour se rencontrer et Marechall, qui vraiment ne se sent pas très bien et dont l'estomac joue au yoyo, embauche Ferrand comme chauffeur. Un dérivatif à ne pas négliger pense le jeune homme qui accepte immédiatement. Même si sa mère va penser qu'il la néglige. De toute façon ce ne sera pas pire que lorsqu'il travaille loin de chez elle.

En voiture vers l'aventure qui les attend sur la berme d'une route qui les mène vers le Sud. Une femme, qui porte une gamine, se fait tabasser par son compagnon, et Marechall va les départager. L'homme bascule dans le fossé et la jeune femme est recueillie avec sa petiote. Seulement il faut du lait et des couches et dans l'habitacle ça commence à sentir mauvais. Fiona n'a pas d'argent alors Marechall bougon la dépanne. Mais il aimerait bien déposer ses deux passagères encombrantes quelque part mais il n'y parvient pas. Ferrand s'est attaché à Fiona la mère et à sa gamine Violette.

Alors ils s'installent dans un camping, louant deux mobil-home afin de ne pas être dérangés par les cris du bébé lorsqu'il a faim ou pousse des cris uniquement pour le plaisir. Seulement le travail n'attend pas et Marechall sacrifie à quelques petits contrats de dératisation. Or l'un des commanditaires pense pouvoir le gruger et ça, Marechall n'aime pas, mais alors pas du tout.

 

Si le roman débute par la fin, livrant l'épilogue d'une histoire, c'est bien ce qu'il s'est passé avant qui importe et la description des protagonistes.

La rencontre de Marechall et Ferrand, cette forme de complicité qui va unir le vieux monsieur malade qui ne pense qu'à ranger son outil de travail, et Ferrand, un peu désœuvré et conciliant. Et leurs pérégrinations en compagnie de Fiona et Violette, attachées à eux comme une bernique sur son rocher. Un parcours qui comporte quelques scènes fortes et des moments de tendresse.

La tendresse est le thème récurrent des romans de Pascal Garnier, une tendresse bourrue, empreinte de dérision.

Des personnages de tous les jours, ou presque, gravitent dans des romans qui oscillent entre humour cynique et noirceur. Ainsi Anaïs, qui toute sa vie a tenté de s'en sortir, ouvrant et fermant presqu'aussitôt ses boutiques, n'ayant pas fait le bon choix et surtout parce que les centre-ville n'attirent plus les touristes, les curistes et que les usines ont fermé. Alors elle s'est réfugiée dans l'alcool, se forgeant son univers particulier :

On ne peut pas tout faire, boire ou manger, il faut choisir.

Dans le camping où Marechall et ses compagnons de virée, choisis ou imposés, ils font la connaissance d'une dame qui porte allègrement ses cinquante ans.

La dame à la table voisine avait tout d'une petite brioche, le cheveu frisotté, comme si elle s'était coiffé d'une casserole de coquillettes. Elle faisait penser aux bonnes fées des dessins animés.

Les curistes qui déambulent Vals-les-Bains ont entre soixante et cent ans, et cela fout le vertige à Marechall qui est aussi âgé qu'eux. Peu de jeunesse dans les rues et c'est comme un village hanté par des fantômes qui se présente à lui. Il existe comme une obsession de la vieillesse, plutôt que de la mort. Comme le déclare Marechall:

La mort n'est pas un problème, mais l'éternité, c'est autre chose.

En peu de mots Pascal Garnier décrit ses personnages, empruntant aux métaphores avec une jouissance jubilatoire. Une marque de fabrique qui font le charme de ses romans et qui permettent de le différencier de Simenon auquel il est souvent comparé.

 

Pascal GARNIER : Comment va la douleur ? Editions Zulma. Collection Zulma Poche N°24. Réédition 1er octobre 2015. 192 pages. 8,95€.

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7 octobre 2015 3 07 /10 /octobre /2015 08:44
Noël SIMSOLO : Ciel noir.

Avec un peu de bleu... à l'âme...

Noël SIMSOLO : Ciel noir.

Romancier, alcoolique, Pierre Villon trimbale une espèce de désespoir, de désespérance, de nostalgie, de phobie, héritages de son enfance et de son adolescence.

Dans un café de la banlieue bordelaise, il est abordé par une jeune fille. Un amour embryonnaire qui se transforme en fugue.

L'adulte et la mineure se moquent du Qu'en dira-t-on. A cause d'un banal accident qui occasionne mort d'homme, la fugue devient fuite. Les amants sont traqués par la police et les médias avides de sensationnel. Une célébrité et une mineure, voilà de quoi alimenter les ragots et assouvir la passion du scandale du bon peuple.

De Bordeaux à Thonon, en passant par Toulouse, puis dans le Nord après une retraite dans l'Ardèche, Pierre et Anne, fille d'émigrés espagnols, vont connaître des hauts et des bas.

Tandis que certaines des connaissances qu'ils vont se faire au cours de leur échappée les exploitent, les flouent, les bernent, d'autres les aident, pour le plaisir, sans arrière-pensée.

Une balade à la Bonny and Clyde mâtinée de Love Story.

Alors qu'ils pourraient rentrer au bercail, l'origine de leur escapade ayant été reconnue comme un malentendu, Pierre et Anne se complaisent dans leurs tribulations. Ils entretiennent comme une peur de vivre à nouveau normalement et accumulent les erreurs, puis les tragédies. Une équipée sauvage qui se transforme en déroute, en sauve-qui-peut.

Pierre est à la recherche d'un souvenir, et Anne veut oublier une partie de son enfance. Pierre qui lorsqu'il succombe à la colère redevient un être primitif et ne se contrôle plus.

 

Noël Simsolo, avec Ciel noir, livre un roman attachant malgré la personnalité ambigüe de ses héros, des différents protagonistes qui parsèment cette histoire. Malgré, ou à cause de, qui sait.

Spécialiste reconnu du cinéma, il a écrit de nombreux ouvrages notamment sur Hitchcock, Fritz Lang, Sacha Guitry, Clint Eastwood..., Noël Simsolo ne tombe pas dans le piège du roman documentaire imprégné d'art cinématographique. Une œuvre nettement plus aboutie, plus forte que son premier roman Nuit Nord paru aux éditions de L'Instant l'année précédente.

 

Noël SIMSOLO : Ciel noir. Série Noire N°2266. Parution avril 1991. 224 pages. 6,65€.

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6 octobre 2015 2 06 /10 /octobre /2015 12:31

Coucher avec une autre personne que son conjoint, ce n'est pas le tromper, mais bénéficier d'une

formation permanente.

Philippe GEORGET : Méfaits d'hiver.

Il parait, selon les magazines féminins bien informés, que le nombre de cocus est en courbe ascendante, une inflation galopante, et si cette propension à aller voir chez les autres si c'est mieux que chez soi, était réservé de tout temps aux hommes, les femmes de nos jours n'hésitent à suivre ce précepte : changement d'herbage réjouit les veaux.

Pourtant l'équation Deux plus un = un gros paquet d'emmerdes, tarabuste Sebag qui d'un seul coup (sic !) est confronté à ce problème.

Ce qui le chagrinait depuis un certain temps, ce qu'il supputait vient d'être confirmé, à quelques jours de Noël. Un drôle de cadeau parvenu sous forme de SMS dans le téléphone de sa femme. Claire le trompe. Pourtant, elle l'affirme avec conviction, elle l'aime toujours. D'ailleurs c'est terminé, son amant ayant été muté de l'autre côté des Pyrénées. Un accident de parcours.

Est-ce le fait d'apprendre son cocufiage qui déclenche une réaction en chaine, nul ne saurait le dire. Pourtant c'est bien ce qui se produit.

 

Un homme tue sa femme alors qu'elle venait de terminer une partie de billard avec son amant dans une chambre d'hôtel. L'homme est parti le premier et le mari trompé s'est engouffré dans le nid d'amour abattant sa femme, qui fumait sa dernière cigarette, avec une carabine. Puis il repart dans la nature.

Appréhendé, il ne nie pas, toutefois ses déclarations jettent un trouble dans l'esprit de Molina, de Ménard et de Sebag. Si le meurtre ne fait aucun doute, ils se rendent compte que le mari bafoué avait été prévenu. Or, idée lumineuse, en vérifiant les vidéos des caméras de surveillance placées un peu partout dans Perpignan, il ne pouvait être sur place au moment où l'a déclaré.

Et comme une contagion qui se répand insidieusement, un autre couple va être séparé à cause d'un vol plané par une fenêtre. Mais cette fois, c'est le mari trompé qui se tue en passant par dessus la rambarde. Volontairement.

Un troisième larron ne trouve rien de mieux que de prendre sa femme en otage, précisant à tous ceux qui regardent le spectacle de la rue, qu'il va brûler sa maison, et eux avec par la même occasion. Il ne fait pas dans le détail. Sebag, habile négociateur, parvient à le raisonner, mais ce n'est pas une thérapie pour le policier rongé par la jalousie.

 

Tout autant roman policier que roman sentimental et étude de mœurs, Méfaits d'hiver comporte plusieurs étages de lecture.

Roman policier, bien évidemment puisque meurtre il y a et incitation au meurtre. Et donc enquête avec plusieurs policiers sur le terrain, tâtonnant, conjecturant, soupçonnant, et empruntant de mauvaises directions, persuadés détenir le coupable ou présumé coupable et avoir compris ses motivations.

Roman d'amour ou sentimental, car outre Sebag ce sont tous les protagonistes impliqués qui sont visés par cette fracture du cœur. Ce n'est pas parce que leurs femmes ne les aiment plus qu'elles vont goûter ailleurs si l'herbe est plus tendre. D'un côté l'amour existe toujours, plus ou moins fort il est vrai, les années passant, mais il est présent. De l'autre côté il y a la recherche d'une forme de tendresse, de complicité amicale qui n'est plus aussi prégnante. Le besoin d'une amitiés amoureuse.

Enfin étude de mœurs déclinée par Julie, nouvellement arrivée et qui participe activement à cette enquête. Elle va faire équipe avec Sebag plus particulièrement, selon les besoins et les approches professionnelles des uns et des autres, mais possédant un autre regard qui lui permet de prendre cette enquête sous un angle différent. De plus elle est amie avec Marina, une kiné qui a effectué des études de psychologie, section sexologie.

Sebag va apprendre ou découvrir un pan sociétal sur l'évolution de la sexualité féminine et de son émancipation par rapport à l'homme, le mâle, dominant. La femme devait rester confinée chez elle tandis que l'homme pouvait sans vergogne aller butiner ailleurs. D'ailleurs, l'expression Rangez vos poules je lâche mon coq, édictée par une mère fière de son fils nous montre combien l'homme pouvait tout se permettre tandis que la femme n'avait pas le droit de lever même les yeux sur un individu de sexe masculin. En général car des cas particuliers nous montrent que la femme pouvait également se montrer avide d'expériences nouvelles.

Autant que je m'en souvienne, le plaisir masculin [...] c'est un petit spasme et puis s'en va. Alors que chez nous (la femme), c'est une vague, une tempête, parfois un raz-de-marée. La jouissance féminine a longtemps fait peur, aux hommes et aux femmes également. C'est pour ça qu'on l'a tant réprimée.

Un peu plus loin :

Nous ne connaissons pas qu'un seul plaisir, ni même deux seulement comme on le pense trop souvent, mais des dizaines de variétés de plaisir. Certains comparent le corps d'une femme à un calendrier de l'Avent avec une multitude de fenêtres qui ne demandent qu'à s'ouvrir.

Mais ce n'est uniquement cela qui pousse un homme ou une femme à tromper son partenaire, seulement c'est la face visible de l'iceberg matrimonial.

 

Je ne voudrais pas m'immiscer dans la vie privée de l'auteur, mais il se dégage de ce roman comme une relation d'authenticité dans cette histoire.

 

Le personnage de Julie, lieutenant de police, le lecteur assidu l'a déjà rencontré dans Le paradoxe du cerf-volant. Philippe Georget tisse sa toile en imbriquant les différents personnages de ses romans pour en constituer une saga.

 

Voir également l'analyse de Yv sur son blog :

Philippe GEORGET : Méfaits d'hiver. Collection Polar Jigal. Editions Jigal. Parution 15 septembre 2015. 352 pages. 19,50€.

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6 octobre 2015 2 06 /10 /octobre /2015 08:55
Jean-Hughes OPPEL : Piraňa Matador.

L'Amazone, l'enfer.... des libraires !

Jean-Hughes OPPEL : Piraňa Matador.

Au cœur de l'immense forêt de l'Amazonie, à la limite du Brésil, de la Colombie et du Pérou, vit une petite communauté de mineurs travaillant à l'extraction du diamant sous la férule de Don Armando de Cristobal y Majorca.

Santa Cruz de Natividad est uniquement desservie par bateau. Tous les quinze jours la barge coffre-fort appartenant à la Compagnie est réservée exclusivement au transport de la pierre précieuse. Tous les mois, vaille que vaille, à dates fixes, un vieux rafiot qui descend le fleuve et le remonte, rythmant la vie communautaire. Le fleuve, seul moyen de communication. Tout autour, la forêt, et ses pièges, ses traitrises. La flore et la faune se défendent comme elles peuvent de l'invasion du modernisme et les Indiens se transmettent depuis des siècles la haine et la peur de l'homme blanc.

Les festivités sont rares à Santa Cruz de Natividad, et les seuls plaisirs que peuvent s'octroyer les mineurs, véritables esclaves au service de la compagnie toute puissante, sont la boisson et l'amour tarifé, les soirs de paye.

Cependant la révolte gronde et Don Armando pour mater les meneurs fait appel à Jorge Luis Alfaquès, tueur à gages sur le déclin et rongé par le cancer.

 

En reprenant les rênes de la Série Noire, Patrick Raynal désirait rajeunir la célèbre collection, lui redorer son blason et pour cela se montrer plus intransigeant dans le choix des textes et des auteurs. Retrouver l'esprit Série Noire. Et sous les pages d'austère jaquette, qui en fait est un retour aux sources, Oppel inaugure d'une façon éclatante ce besoin d'une nouvelle vitalité.

La littérature noire par essence est le reflet de la société, mais à force de se cantonner dans la grisaille des banlieues et de disséquer ses problèmes, la saturation gagnait le lecteur avide de sensations nouvelles. Et avec Oppel, nous sommes servis.

Après des prolégomènes oniriques et documentés, Oppel nous plonge dans la touffeur et la moiteur de l'Enfer Vert, et contradictoirement on respire une bouffée d'air pur.

A l'aide de phrases rapides, concises, hachées comme le staccato d'une mitraillette, il développe son histoire, et le héros, malgré son statut de tueur à gages, devient presque sympathique.

 

Réédition Folio Policier juillet 2001. 224 pages.

Réédition Folio Policier juillet 2001. 224 pages.

Jean-Hughes OPPEL : Piraňa Matador. Série Noire N°2287. Parution janvier 1992. 208 pages.

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5 octobre 2015 1 05 /10 /octobre /2015 13:59

Chavez le dire à tout le monde...

Maxime VIVAS : Rouges, les collines de Caracas

Journaliste indépendante et grand reporter, Elisabteh W. Parrot signe ses articles sous le nom de Gaya pour différents médias.

Un peu plus de trente ans et un gamin, Pablo, qu'elle a eu avec Paul Delpeuch, un agriculteur, dont elle vit séparée mais en bonne intelligence toutefois, Gaya ne se contente pas de rédiger ses articles. Elle cuisine, elle bricole, pratique l'Aïkido et d'autres sports moins violents, bois et fume avec modération. Elle voyage beaucoup aussi pour son travail et au mois d'avril 2007 elle est contactée par Las Noticias, journal vénézuélien au fort tirage et considéré comme respectant une neutralité politique.

Elle est invitée au Venezuela afin d'écrire pour l'édification des Européens des articles sur la vision européenne sur la grande bataille médiatique qui déchire le pays depuis plusieurs mois et qui doit atteindre son apogée le 27 mai 2007 avec le non renouvellement d'une concession qui avait été accordée vingt ans auparavant à l'importante chaîne de télévision RCTV pour offrir la bande hertzienne à une chaîne publique éducative et populaire.

Elle doit donc se rendre sur place, et autant en profiter, pense Paul, pour enquêter sur la disparition présumée de Jean-Pascal Laborde, agriculteur comme lui, et qui avait entendu dire qu'au Venezuela il pourrait s'offrir pour pas cher des centaines d'hectares de terre aisées à travailler. Il avait demandé à sa sœur de vendre sa ferme et de lui envoyer l'argent là-bas au Venezuela. Ce qui fut fait en bonne et due forme mais depuis des années, personne n'a eu de ses nouvelles.

Gaya se renseigne sur l'état du pays qu'elle doit visiter et ce qu'elle lit n'est guère encourageant. Les conseils destinés aux futurs touristes n'incitent guère à visiter le pays, au contraire. Néanmoins elle reçoit son billet d'avion très rapidement et après avoir sacrifié à quelques formalités, elle peut s'envoler tranquille ou presque.

Dans l'avion une passagère dit la reconnaître et apprécier son travail journalistique. Elle se présente : Alicia Hernandez, attachée aux affaires culturelles de l'ambassade du Venezuela à Paris. Une approche qui alarme quelque peu Gaya, étonnée d'être si connue, même si parfois sa photo figure en tête d'articles. Elle profite d'un moment durant lequel Alicia part se soulager, pour essayer de regarder un dossier placé dans la pochette de l'attachée culturelle mais elle n'en a pas le temps. Pourtant ce dossier paraissait être important et éventuellement la concerner.

A l'aéroport elle doit être réceptionnée par quelqu'un mais personne n'est présent. Si, un chauffeur est bien là brandissant une pancarte, mais au nom de ViVaTV. Elle se renseigne et lui donne son nom. Gaya. C'est bien elle qu'il doit conduire en taxi, mais la pancarte était à l'envers intentionnellement, tout le monde pouvant affirmer qu'il ou elle se nomme Gaya. Un début de paranoïa ou une confirmation.

Elle est dotée d'un accompagnateur, Ricardo, et elle apprend incidemment que celui-ci est Cubain. Ce n'est pas par hasard qu'il est là, Cuba étant proche du pouvoir bolivarien. Elle lui demande s'il peut se renseigner sur son compatriote venu exploiter des terres sud-américaines, Jean-Pascal Laborde. Il promet de faire tout son possible. Gaya va faire la connaissance au cours d'un repas de deux vénézuélien, Mariela Daragon, journaliste à Las Noticias, et Marino Douglas, réalisateur à VivaTV.

Gaya collabore avec Mariela dans les bureaux de Las Noticias, situés dans un immeuble qui héberge de nombreux médias. Mais Marino disparait et Gaya lancée à sa recherche, aidée par un gamin qui la conduit dans une impasse, va se retrouver enfermée dans une sorte de cave. De sa fenêtre munie de barreaux, elle aperçoit un cadavre sur une décharge. Sa pratique de l'Aïkido va lui servir pour s'évader. Ce sont les débuts des nombreuses péripéties.

 

Ce roman, un romanquête comme il est défini en quatrième de couverture, est tout autant un document sur le Venezuela des années Hugo Chavez, celles voyant sa réélection et l'échec de la réforme constitutionnelle. Le peuple vénézuélien est partagé, les pauvres espérant en Chavez un sauveur, les riches le considérant presque comme un usurpateur et un futur dictateur.

Le pays, s'il possède des richesses intérieures comme le pétrole, n'arrive pas à s'affirmer comme une grande puissance, de nombreuses pressions extérieures l'étranglant. L'administration Bush par exemple. La proximité de Chavez avec le régime cubain ne plaide pas en sa faveur.

Règne donc une ambiance délétère, et les médias se déchainent souvent en défaveur de Chavez. Gaya va s'en rendre compte sur place et se demande si son invitation a été programmée afin de donner du crédit aux réformes médiatiques envisagées. Et le lecteur peut s'interroger de l'utilité de savoir lire entre les lignes les articles journalistique, et surtout de ne pas cataloguer un journal dont certains écrits ne sont pas dans la ligne politique gouvernementale comme obligatoirement un journal d'opposition.

Elle va apprendre également que se montrer jambes nues, en short, est considéré comme une atteinte à la pudeur, alors qu'exhiber ses appas mammaires n'est pas provocant.

Rouges, les collines de Caracas est tout autant un roman hybride mêlant aventures, action, espionnage qu'un documentaire sur un pays à un moment donné. Tout ce qui est susceptible d'entrer dans un tel roman est utilisé, que ce soit manipulations, disparitions, assassinats, complots et autres formes de trahison avec bien entendu l'ombre néfaste de la CIA, qu'un document tentant d'expliquer la mutation géopolitique et journalistique d'un pays.

Le départ est poussif, puis l'action venant l'intérêt grandit, mais comme un soufflé cela retombe rapidement avant de reprendre du volume. Une histoire qui alterne avec le chaud et le froid et dont je ressors avec un sentiment dubitatif.

 

Curiosité :

La photo de couverture fait penser à une représentation du Mont-Saint-Michel.

Maxime VIVAS : Rouges, les collines de Caracas. Editions Arcane 17. Parution le 1er octobre 2015. 278 pages. 22,00€.

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5 octobre 2015 1 05 /10 /octobre /2015 09:58
James DURHAM : La fenêtre obscure.

Il n'y a qu'à ouvrir les volets...

James DURHAM : La fenêtre obscure.

Détective privé, associé à Graciella dite Lupe, James Jones est alcoolique, désabusé, atrabilaire.

Il traîne derrière lui une histoire de meurtres dont il n'est qu'en partie responsable. Cependant il reste sous la surveillance des flics de Los Angeles. Lorsque Judy Jefferson lui téléphone d'El Paso, il sent les ennuis s'amonceler sur sa tête.

Judy est son ancienne petite amie, à qui il pense dans les moments de déprime. Danseuse dans les années cinquante, de vingt ans plus âgée que lui, elle a connu la prison pour trafic de drogue, et depuis continue en sous-main ses petits boulots de dealer. Son dernier amant en date, Pablo Norman n'a pas reparu depuis quelques jours alors qu'il s'était rendu au Mexique, propriétaire de quasiment tout un village, Cabo Lobos, dont un hôtel, El Espijismo.

En débarquant à El Paso pour une enquête qu'il espère boucler en un week-end, Jones retrouve son enfance, une partie de ses connaissances, l'herbe et la coke. Il fait le tour de ses anciens compagnons de frasques devenus plus ou moins marginaux comme lui. Il retrouve également Sharlalou, une chanteuse de blues, l'une de ses grandes amours. Des retrouvailles déchirantes.

Il fait appel à Félix Mondragon, qui fut son premier patron. Pendant que James parcourt le pays à la recherche du moindre renseignement concernant Pablo Norman, Félix console à sa façon Judy. Puis ils passent des heures à boire divers alcool, à fumer de l'herbe et à consommer de la méthédrine. Après une virée dans des bars, ils reviennent au bercail pour trouver Sharlalou endormie chez Judy. Ils décident de partir tous les trois, Judy restant chez elle, et à passer au Mexique par des chemins détournés. Ils tombent en panne et Judy démontre son adresse avec une arme à feu que lui ont confié les deux hommes, ratant de peu Franck parti à l'aventure. Il arrivent à Cabo Lobos à bord d'un vieil avion appartenant à une relation de Franck.

 

Les digressions personnelles du héros sont trop nombreuses et masquent une histoire qui traîne en longueur.

Digressions intéressantes certes et qui brisent en miettes le rêve américain. Elles relèvent de la psychanalyse et de l'introspection.

L'intrigue se réduit en peau de chagrin une fois ses considérations expurgées. Drogue, alcool, sexe assaisonnés de musiques blues et country sont le leitmotiv de ce roman guère convaincant.

 

James DURHAM : La fenêtre obscure. (Dark window - 1993. Traduction de Franck Reichert). Série Noire N°2407. Parution janvier 1996. 256 pages. 7,10€.

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4 octobre 2015 7 04 /10 /octobre /2015 16:30

En raccourci, l'Antikons...

Georges-Jean ARNAUD : L'antizyklon des atroces.

Le personnage du Poulpe ne pouvait laisser Georges-Jean Arnaud indifférent et dans L’antizyklon des atroces nous replongeons dans l’univers politique actuel, miroir d’une époque où l’extrême-droite fasciste était au pouvoir, avec ses nostalgiques du passé rigoriste et sectaire, ses nouveaux prêtres et ses nouveaux officiants, les hommes de l’ombre du gouvernement n’étant pas épargnés.

Alors que des journaux comme Libération ou Le Monde remettent au goût du jour un monstre du Loch Ness par le biais d’articles consacrés à une fuite de gaz en 1944, fuite entre la France et l’Allemagne et évaluée à une tonne de Zyklon B produit par des firmes françaises, un vieux monsieur juif demande au à Gabriel Lecouvreur alias Le Poulpe d’enquêter sur ce qui pourrait bien être plus qu’une rumeur.

Le Poulpe va traîner sa longue carcasse dans l’Oise, plus particulièrement à Bresle patrie de Doriot, et aux alentours.

Des chiens de chasse qui disparaissent, des colombophiles non répertoriés, des pigeons voyageurs lestés de plomb et un vieillard qui a fricoté avec les nazis alors que pour tous il était décédé depuis des décennies, tels sont les ingrédients-personnages de ce roman dans lequel Georges-Jean Arnaud renoue avec le roman dit populaire, se glissant, une fois n’est pas coutume, dans la peau  d’un personnage qu’il n’a pas créé.

Et si on le sent parfois gêné aux entournures, évoluant dans un cadre trop strict, on ressent que le thème abordé par l’auteur lui tenait à cœur et que le Poulpe s’avérait un excellent vecteur pour le développer.

 

Georges-Jean ARNAUD : L'antizyklon des atroces. Le Poulpe N°113. Editions Baleine. Parution février 1998. 140 pages. 9,00€.

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4 octobre 2015 7 04 /10 /octobre /2015 08:33
Jean Pierre BASTID : Notre-Dame-des-Nègres.

Pour fidèles de race blanche ?

Jean Pierre BASTID : Notre-Dame-des-Nègres.

28 février. Mardi-Gras. Le journaliste Johann Usbek rejoint Paris par les égouts où il s'est réfugié.

Il transporte avec lui des documents secrets et un magnétophone. Pourchassé par des miliciens il se réfugie dans un vestiaire réservé aux égoutiers et entreprend de narrer sur cassette ses récentes mésaventures. Il termine à peine sa dictée que le commissaire Ben M'hdi et ses hommes font irruption. Son magnéto est confisqué ainsi que les documents. Puis le commissaire téléphone en haut lieu, à Lapeyrouse, lui signifiant que le fuyard vient d'être abattu et que les papiers sont détruits. Puis il se rend chez son correspondant et les deux hommes écoutent l'enregistrement réalisé.

Sous l'identité d'un certain docteur Mercoeur, Usbeck quitte sa famille et traverse la frontière. En route il recueille à bord de son véhicule Mélanie, une jeune femme noire et apeurée qui disparait à leur arrivée à Paris. Il a le temps de lui donner ses coordonnées.

 

La France est sous la domination d'un gouvernement fasciste qui traque les marginaux, noirs et SDF, aidé par l'armée, des vigiles et des particuliers unis sous le sigle PPP : Pour un Peuple Purifié. Usbek doit interviewer le ministre de l'économie mais il se sent constamment surveillé. Fabienne, une policière, lui sert de guide. Il récupère au cours d'un incident un badge sur lequel figure l'inscription "Notre-Dame des Nègres". Il s'agit d'une chanteuse prisée par les allochtones, c'est à dire les Nègres. Mélanie, réfugiée dans la chambre d'Usbek, lui demande de l'aider.

Tandis que des attentats secouent la capitale, il est invité à une soirée. Il rencontre Lapeyrouse, le numéro 2 du ministère de l'Intérieur, le commissaire M'hdi et un nommé Alban qu'il catalogue comme deuxième garde du corps. Lapeyrouse l'appelle par son véritable patronyme. Fabienne est assassinée dans le parking de l'hôtel et Mélanie portant perruque se substitue à la policière. Elle conduit Usbek dans un pavillon de banlieue où il fait la connaissance d'hommes d'affaire en vue, des Noirs. La villa est envahie par des miliciens commandés par Alban.

Mélanie peut s'enfuir, Usbek est assommé et les autres assassinés. Evello, l'organisateur de la soirée à laquelle il a assisté lui conseille de contacter Alban, directeur d'une boîte de nuit où travaillait une strip-teaseuse du nom de Notre-Dame des Nègres. Elle a disparu, devenant le chef des terroristes. Pensant à sa fille, Usbek achète un ours en peluche. Il découvre dans sa chambre un dossier dans lequel est consigné tout ce qui se trame. Une véritable Saint Barthélémy des miséreux. Il effectue des photocopies, glisse le dossier dans la peluche et expédie le tout en Suisse via le consulat. A la boîte de strip-tease Alban lui indique qu'il peut retrouver Notre-Dame à un meeting. Après quelques difficultés, il assiste à la réunion houleuse et perturbée par des activistes qui sèment le sang et la mort.

 

Avec la description d'une France en proie à crise et à la montée du chômage, du regroupement familial des étranges, de la recrudescence de la petite délinquance, et des conséquences qui en découlent, fracture, exclusion, repli sur soi des autochtones, Jean-Pierre Bastid tenait un sujet d'actualité qu'il transpose dans le temps avec un certain paroxysme.

Seulement les promesses du début ne se concrétisent pas et le roman sombre dans un ronron que seul l'épilogue parvient à sauver de l'ennui, jouant sur la duplicité des hommes à la solde du pouvoir et leurs ambitions. On trouvera parmi les personnages un certain Francisque de Villiers, mais ce n'est pas le plus important.

Jean Pierre BASTID : Notre-Dame-des-Nègres. Série Noire N°2431. Editions Gallimard. Parution septembre 1996. 304 pages.

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Published by Oncle Paul - dans Spécial Série Noire
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