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19 octobre 2015 1 19 /10 /octobre /2015 13:13

Une réédition poche de fort bon aloi !

Laurent WHALE : Goodbye Billy.

Dans chaque légende, existe toujours une part de vérité.

Pendant dix-sept ans, Richard A. Benton a été agent spécial du F.B.I. puis il a été viré comme un malpropre. Et le voilà nommé comme chef de service à la Bibliothèque du Congrès de Washington, responsable d'une petite phalange de trois personnes et chargé de mener à bien les enquêtes diligentées par les sénateurs. Lui qui était habitué à côtoyer l'action, le voici devenu le chef des Rats de poussière.

Cette équipe est composée de Maureen McCornwall, à l'allure de punkette mâtinée rebelle gothique, d'Antonia Horowitz, fringuée limite loubard, bardée de diplômes et responsable informatique et technologies nouvelles, et de Andrew Kerouac, aucune parenté avec Jack, archiviste et doyen de la bande. Mais Dick (diminutif de Richard) Benton se rend vite compte qu'il n'est pas à la tête d'une équipe de bras cassés, de farfelus comme il le croyait au départ et que les résultats des enquêtes qui leurs sont confiées ne sont pas forcément transmis au FBI, à la CIA et autres services dits de sécurité comme la NSA, ou alors ils sont vidés d'une partie de leur contenu.

Le sénateur Allan Lloyd Ferguson est candidat à la primaire républicaine dans la course à la Maison Blanche. Digne descendant d'une lignée de Ferguson ayant tous gravité dans les arcanes de la politique il vise plus haut, et les Rats de poussière enquêtent sur son cas afin d'éviter que certaines affaires viennent par la suite entacher son éventuel succès. C'est Antonia qui s'est attelée à la tâche et elle a remonté le temps, jusqu'au grand-père Ferguson et à l'année 1925. Elle a déniché la photocopie d'une déclaration fiscale pour une société d'export de coton. Or théoriquement ce document ne devrait pas exister, caduc quelques cinquante ans avant sa rédaction. Un document qui fleure bon la fraude.

Kerouac, mis lui aussi à contribution, révèle qu'il s'agirait d'une vaste entreprise d'escroquerie immobilière d'un montant de trente-cinq-millions de dollars, ce qui représente une coquette somme surtout dans les années 1920. Et Maureen, en enquêtrice acharnée a établi une corrélation entre Ferguson et Al Capone. Cela sent de plus en plus mauvais, mais leur surprise va atteindre un sommet lorsqu'ils découvrent que quelqu'un a confié à Ferguson l'ancien trente millions en 1921 et ce donateur n'est pas anonyme, il s'agit d'un certain Ollie P. Roberts. Or il semblerait que sous cet alias se cache un célèbre bandit du nom de William Antrim ou Henry Mc Carthy plus connu sous celui de William H. Bonney surnommé Billy the Kid. Et selon la légende Billy the Kid est mort dans les années 1880, abattu par Pat Garrett le shérif qui fut son ami.

Deux agents du FBI, Jarvis et Kraube, les âmes damnées de Stevens, le patron de l'agence, s'introduisent dans le bureau de Dick lui enjoignant de laisser tomber l'affaire Ferguson. Mais Dick ne se laisse pas intimider et il est bien décidé à aller jusqu'au bout de ses recherches, ce qui évidemment ne peut que lui attirer des ennuis, à lui et aux autres membres de son équipe.

Dick et consorts suivent donc la piste Ollie Roberts-Billy the Kid et en s'infiltrant dans les ordinateurs de différents services, Antonia remonte jusqu'à un journaliste, aujourd'hui en retraite, qui aurait recueilli des informations en 1948. Coup dur, ce journaliste se serait suicidé quelques mois auparavant. Un suicide qui tombe à pic.

Dick est un amateur invétéré de vieux zincs, d'ailleurs il habite sur un ancien terrain d'aviation et lorsqu'il rentre chez lui quelques jours plus tard, il se rend compte que son antre a été visitée. Les événements s'enchainent dans un rythme infernal. Il fait appel à un vieil ami, Jake, susceptible de l'aider. Son ex-femme Jessica disparait et il doit s'occuper de son gamin, Jeremy. Le journaliste aurait tenu un carnet secret et la solution à leurs problèmes y serait peut-être consignée. Mais pour cela il faut mettre la main dessus. Tout en essayant d'échapper à des tueurs qui en veulent à leur peau. Et si Jarvis et Kraube ne sont pas étrangers à leurs soucis et à leurs désagréments, il n'est pas exclu que d'autres personnages en coulisses tirent les ficelles.

Alors direction le Texas puis le Nouveau Mexique sur la piste du journaliste et de Billy the Kid, à bord d'un vieux Beechcraft 18S des années 1930.

 

De nombreuses scènes épiques attendent le lecteur dont celle d'une course poursuite entre le Beechcraft et un F16 au milieu d'un meeting aérien composé de vieilles gloires des airs, ce qui n'est pas sans rappeler d'anciennes lectures comme par exemple les aventures de Biggles du Captain W.E. Johns ; ou encore comment détourner l'attention d'un couple d'agents du FBI surveillant les abords d'une maison.

Laurent Whale s'empare de la légende de Billy the Kid, la réécrivant selon les suppositions d'historiens, tout en mettant en scène un personnage dont la présence est inattendue, celle de Guu Ji Ya plus connu sous le nom de Géronimo, et en offrant une version réaliste et plausible d'une affaire non encore résolue aujourd'hui et qui date de la fin de la guerre de Sécession.

De même le lecteur est en droit de se demander pourquoi un homme attend, dans le couloir de la mort du pénitencier d'état de Ridgeville en Caroline du Sud, son transfert vers le Texas afin d'y être exécuté. Quel peut-être le rapport entre son histoire et ce pour quoi il a été condamné vingt-quatre ans auparavant avec les recherches de Dick Benton et ses collègues ?

Dans la plus pure tradition du roman d'aventures avec incursion dans le passé et mettant en scène des personnages ayant réellement existés, Laurent Whale a écrit un roman ambitieux et composite puisqu'il interfère roman historique et western du plus bel effet, avec roman d'aviation, incursion dans le domaine politique et magouilles financières sur fond d'élection présidentielle, sans oublier le suspense incarné par les affres d'un prisonnier dans l'attente de son exécution et les souffrances endurées par une jeune femme enfermée dans une cave et subissant les maltraitances, et plus, de ses geôliers.

Un roman complexe, touffu, vivant, qui ne manque pas d'humour et joue sur les nerfs. Laurent Whale dont on avait déjà apprécié Le chant des psychomorphes et Les étoiles s'en balancent monte en puissance et n'a pas fini de faire parler de lui, en bien.

Première parution Editions Critic; Thriller. 608 pages. 20,00€.

Première parution Editions Critic; Thriller. 608 pages. 20,00€.

Laurent WHALE : Goodbye Billy. Réédition Folio Policier N°780. Parution 8 octobre 2015. 658 pages. 9,00€.

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19 octobre 2015 1 19 /10 /octobre /2015 08:03
Bill PRONZINI : Histoires pour rire et pour pleurer

Les plus courtes sont les meilleures !

Bill PRONZINI : Histoires pour rire et pour pleurer

C'est du moins ce que prétend un vieil adage et que démontre avec brio Bill Pronzini dans ce recueil de trente nouvelles où il déploie avec talent sa palette de conteur.

Des histoires courtes, incisives, dans lesquelles l'humour et le pathétique se disputent la primauté et dont la force réside à chaque fois dans la chute.

Un épilogue souvent inattendu, en forme de pirouette, mais toujours logique.

Des histoires noires, quelquefois à la limite du fantastique, prenant souvent leur source d'inspiration dans des faits-divers, dans le quotidien, mais narrées avec un petit air de dérision, de cynisme ou de causticité.

Trente nouvelles qui abordent les thèmes de l'amour, de la mort, de la solitude, des travers ou des vertus que recèle chaque être humain.

Le tout traité avec cet amour humour corrosif qui sublime les histoires les plus noires, les plus grotesques, les plus banales, les plus invraisemblables, les situations les plus farfelues.

Des actions longuement muries ou fortuites, débouchant sur des conclusions morales ou immorales.

Trente nouvelles à déguster, à savourer longuement, mais que voulez-vous, c'est comme si l'on présentait une boîte de chocolats avec friandises aux parfums et aux formes différentes.

On veut goûter à tout et bientôt on s'aperçoit qu'il ne reste plus que l'emballage.

L'avantage avec un livre, c'est que la dégustation peut être renouvelée moult fois.

Bil Pronzini, un digne successeur de Fredric Brown et de William Irish.

Bill PRONZINI : Histoires pour rire et pour pleurer (Small Felonies - 1988. Traduction de France-Marie Watkins). Série Noire N°2209. Parution novembre 1989. 256 pages. 7,10€.

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18 octobre 2015 7 18 /10 /octobre /2015 13:11

Ce qui ne veut pas dire qu'ils étaient sans esprit...

Jean-Christophe PORTES : L'affaire des Corps sans Tête.

Déjà que trouver un cadavre dans la Seine n'est guère réjouissant, en harponner un qui ne possède plus sa tête, il y a de quoi perdre la sienne.

L'enquête sur ce meurtre, la découverte de l'identité du cadavre et celui de son coupeur de tête est confiée au brigadier Picot, de la brigade de Nanterre, un sexagénaire averti et pugnace. Bouvreuil, le chirurgien-barbier ami de Picot, procède à l'autopsie.

Cette découverte a été effectuée le 21 février 1791, au petit matin.

Le même jour, le lecteur surprend une conversation entre deux hommes, dont un dénommé Talon, conversation dont l'objet réside en une demande pour le moins farfelue émanant d'un certain Danton. Celui-ci réclame cent mille livres pour le remboursement de sa charge d'avocat.

Le soir même, le sous-lieutenant Victor Dauterive, de la Gendarmerie Nationale, investit une imprimerie assisté d'une quinzaine de gardes nationaux. Il est chargé de procéder à l'arrestation du sieur Marat, le rédacteur belliqueux du journal L'Ami du Peuple, dont les écrits appellent à prendre les armes contre une possible et éventuelle fuite du roi. Mais Marat, comme à son habitude, sentait le vent de la maréchaussée, renommée gendarmerie nationale, venir et justement il n'était pas venu, évitant soigneusement la maréchaussée.

Dauterive est le protégé de Lafayette, il n'a que dix-neuf ans et est sous-lieutenant de la Gendarmerie Nationale. Il vient de Bourgogne, après des démêlés avec son père et espère bien se faire une place dans la capitale. Sa mission est donc d'arrêter Marat qui appelle au meurtre des aristocrates, seulement cette mission est contrariée à cause des questions qu'il pose ici et là. Il attire sur lui l'attention du commissaire Charpier, du quartier du Théâtre Français, et de quelques personnages inquiétants. Mais il va être aidé par des personnages du petit peuple qui vont se révéler habiles auxiliaires dans ses démarches.

Lafayette lui fait remettre par Talon, lieutenant civil qui lui sert de secrétaire, une bourse de deux milles livres, somme destinée à soudoyer quelques personnages. Mais rentrant chez lui, il croise une jeune femme fort avenante, et ne rend pas compte immédiatement qu'elle vient de lui subtiliser sa bourse (celle qui lui a été remise, je précise). Pourtant il aurait dû se méfier, car des locataires de son immeuble se sont plaints de petits vols, de disparitions bizarres et lui ont demandé d'enquêter. Mais il a tant à faire.

Il enquête dans différents clubs et lieux de réunions dans lesquels Danton et consorts haranguent leurs troupes. Au club des Cordeliers par exemple, ou aux Jacobins, et il découvre que tous ces révolutionnaires ne prêchent pas forcément les mêmes idées, et que leurs propos ne s'accordent pas toujours avec leurs actes. De plus il apprend l'existence d'un mystérieux Comité de liquidation des dettes chargé de récupérer et rembourser des créances.

Seulement il découvre que trois créanciers, qui devaient récupérer cent cinquante milles livres chacun, ont disparu. Le lecteur, futé fera immédiatement la liaison avec les trois corps retrouvés dans la Seine. Car deux autres cadavres ont été retrouvés et les enquêtes sont confiées au brigadier Picot.

Dauterive fait la connaissance d'un archiviste du Châtelet, De Gastine, lui-même en relation avec Bouvreuil. Or Picot est assassiné et Bouillon en est fort marri d'avoir perdu son ami. Par De Gastine, Dauterive est amené à faire la connaissance de Bouvreuil, et il retrouve la trace de sa petite voleuse, une nommée Suzanne. Bouillon, De Gastine et Dauterive vont joindre leurs efforts pour découvrir qui a assassiné Picot et leurs ennuis commencent. Le commissaire Charpier, protecteur de Marat, et deux Volontaires de la Bastille sont à leurs trousses, et les trois hommes sont devenus des lapins pour ces trois chasseurs à l'affût de mauvais coups.

 

Avec ce roman, nous découvrons un nouveau et jeune détective de dix-neuf ans qui fait son apprentissage dans la Gendarmerie Nationale, nouvellement crée en remplacement de la Maréchaussée. Le parcours de Dauterive, un nobliau de province qui s'est échappé du carcan familial, et dont on apprend peu à peu les origines, sera semé d'embûches.

Mais s'il s'érige en personnage principal, d'autres protagonistes parcourent le récit. Danton, Marat, Lafayette, et bien d'autres révolutionnaires qui ne s'entendent guère entre eux, à cause de conflits d'intérêts. L'ombre du Comte d'Artois, le frère du roi, flotte sur cette intrigue, tandis que Louis XVI se montre moins falot que ce monarque décrit dans les manuels d'histoire. Et par dessus tous ces personnages réels ou fictifs, s'élève la grâce, le charme, la combattivité, le féminisme d'Olympe de Gouges.

C'est surtout pour Jean-Christophe Portes l'occasion de décrire un pan de la Révolution, alors que le comité travaille sur la rédaction de la Constitution, et de montrer que la plupart des Révolutionnaires œuvrent principalement pour leur chapelle et que souvent ils agissent en paranoïaques.

L'intrigue se situe entre février et fin juin 1791, et on ne peut éviter d'établir une corrélation entre la situation qui existait alors et celle qui prévaut de nos jours.

 

Ces coquins de financiers ont provoqué la Révolution en endettant le Royaume. Maintenant, ils mènent le pays à sa perte ! s'écria Duperrier, scandalisé. Ah ! quelle belle Révolution !!

Jean-Christophe PORTES : L'affaire des Corps sans Tête. Une enquête de Victor Dauterive. Editions City. Parution 30 septembre 2015. 400 pages. 19,00€.

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18 octobre 2015 7 18 /10 /octobre /2015 10:21
Jerry KENNEALY : Polo et ses poulains

Et quand y'en a poulain, y'en a pour l'autre ?

Jerry KENNEALY : Polo et ses poulains

Nick Polo, détective privé dont on a fait la connaissance dans Solo de Polo, ne pensait certainement pas découvrir ce jour-là un cadavre dans les toilettes pour hommes du champ de courses de Golden Gate Fields.

En réalité, Nick Polo s'était institué le mentor de la belle Jane Tobin, journaliste touche-à-tout mais dont les connaissances sur les milieux hippiques demandent à être approfondies.

Donc il lui enseigne ce qu'est un bookmaker, à quoi sert un stopper, comment faire baisser une cote, ou pourquoi Johnny Aiello, stopper de son état justement, porte un imperméable en plein été.

Johnny Aiello, figure connue des champs de courses, mais dont la carrière sera prématurément stoppée. Nick va enquêter pour le compte de son oncle, bookmaker privé surnommé Pee-Wee.

Mais à fureter dans le monde des courses et des chevaux, il arrive un moment ou un autre où l'enquêteur dérange, ce qui lui permet d'apprécier pleinement cette expression : prendre une avoine.

 

Cette intrigue plongée dans le monde des courses hippiques nous fait penser immédiatement à un autre romancier qui a débuté comme jockey de la Reine et qui a produit de très bons romans : Dick Francis dont vous pouvez retrouver quelques chroniques de ses ouvrages sur ce blog.

 

Jerry KENNEALY : Polo et ses poulains (Polo's Ponies - 1988. Traduction de Madeleine Charvet). Série Noire N°2202. Parution octobre 1989. 192 pages. 6,65€.

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17 octobre 2015 6 17 /10 /octobre /2015 12:44

Hommage à Brice Pelman, décédé le 17 octobre 2004.

Brice PELMAN : Attention les fauves.

Patrick et Marieke, les jumeaux de onze ans, n’ont pas du tout envie d’aller en pension. Ils n’envisagent pas cette possibilité une seconde, quel qu’en soit le prétexte.

Depuis le décès de leur père deux ans auparavant ils vivent seuls avec leur mère qui pour des raisons d’économie a loué une petite maison dans l’arrière pays niçois. Afin de subsister elle effectue des traductions pour une maison d’édition parisienne. Alors, lorsque ce matin-là en se levant ils découvrent leur mère décédée, ils décident de ne rien dire, de ne rien faire, de gérer leur emploi du temps en se conduisant comme la veille et les jours précédents.

Doria, leur mère, est allongée sur son lit, sa langue est noire. Aussitôt Patrick avance l’hypothèse de la peste. Mais comment pourrait-il savoir que la veille au soir, alors qu’il dormait, tout comme sa sœur, leur voisin, Jourdain, est venu rendre visite à leur mère sous un prétexte futile. Et devant cette jolie femme, lui qui est frustré sexuellement, sa femme étant sujette à des migraines quotidiennes, il a perdu la tête. Il a violé Doria et afin d’empêcher la jeune femme de crier, il l’a étranglée.

Patrick et Marieke avalent leur petit déjeuner et empruntent le car scolaire comme si de rien n’était. Et ils vont vivre pendant quelques jours ainsi, effectuant quelques achats afin de se sustenter, préparant leurs repas selon leurs maigres possibilités culinaires, fermant à clé la chambre de leur mère.

Mais Jourdain se demande bien comment il se fait que personne n’ait réagi, et puis dans son affolement il a perdu la petite culotte de Doria qu’il avait empochée. Madame Josépha, la grenouille de bénitier du quartier, est-elle aussi surprise de l’absence de Doria mais les enfants ont une bonne raison à invoquer. Toutefois elle se pose des questions sur les mœurs de sa jolie voisine lorsqu’elle trouve la culotte dans un fourré.

La catastrophe survient sous la forme d’une lettre émanant de Tante Françoise qui a décidé de passer quelques jours chez sa belle-sœur. L’oncle Paul, son mari polytechnicien est en déplacement au Mexique, alors, passer quelques jours au soleil lui semble une bonne initiative. Pour les enfants c’est tout le contraire, d’autant que la tante Françoise est une fouineuse. Et lorsqu’elle ouvre la chambre avec une clé de rechange, les enfants ayant jeté la première, et découvre Doria, c’est le drame qui s'amplifie.

 

Issu d’un fait-divers, l’un des rares utilisé par Brice Pelman qui nous raconte dans l’entretien qu’il m’avait accordé, la genèse de cette histoire, ce roman nous entraîne dans l’univers des enfants qui se prennent pour de grandes personnes, par la force des événements mais également par peur d’être envoyés en pension.

Des enfants qui veulent forger leur destin, à la place des adultes. Leur imagination, leur rouerie presque, leur permet de s’affranchir temporairement mais il ne faut pas se leurrer, ils seront obligés de se conformer à l’autorité. Dans quelles conditions, et comment l’histoire se dénouera, c’est Brice Pelman qui nous donne les clés.

Et il ne faut pas chercher une quelconque moralité dans ce roman qui parfois joue avec les nerfs, tant on se sent proche de ces enfants qui veulent préserver leur liberté, et pourtant on voudrait les morigéner parce qu’ils ne se conforment pas à une attitude considérée comme normale, c'est-à-dire se conduire en enfants.

Et puis que penser de ces personnes, ces voisins qui s’ingénient à vouloir connaître ce qui se passe chez les autres, des curieux éhontés pour certains car leur comportement est à tout le moins indiscret. Mais lorsqu’un drame vient de se dérouler, on reproche justement à ceux qui ne se sont pas inquiétés de se montrer indifférents. Alors quel comportement adopter ?

Réédition collection Noir Rétro, éditions Plon. Parution juillet 2010. 186 pages. 9,20€.

Réédition collection Noir Rétro, éditions Plon. Parution juillet 2010. 186 pages. 9,20€.

Brice PELMAN : Attention les fauves. Collection Spécial Police N°1641. Editions Fleuve Noir. Parution 1981.

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17 octobre 2015 6 17 /10 /octobre /2015 10:06

Ah, ma Zaune... à risques...

OPPEL : Zaune.
OPPEL : Zaune.

Au cours d'une partie de poker dans un pavillon inhabité de la banlieue parisienne, Zaune, la belle et flamboyante Zaune, la sage Zaune s'aperçoit avec colère et dépit que son frangin Nanar a repiqué au truc.

Pourtant il lui avait bien promis de ne plus se droguer, de ne plus jouer avec la seringue, de ne plus se transformer en passoire. Peine perdue.

La partie terminée, tout le monde rentre chez soi, retrouver ses petites habitudes. Zaune en profite pour passer un savon à son jeune frère. Mais ils ne sont pas seuls. D'une voiture s'élève une voix se rappelant au bon souvenir de Nanar.

Celui-ci s'enfuit avec ses problèmes et son manque. Il rentre en pleine nuit dans l'appartement familial et repart aussitôt.

Le lendemain matin, Zaune procède à une inspection minutieuse de la chambre du frérot. Elle y découvre un revolver, un kilo de blanche et de jolies liasses de billets verts. Elle n'a pas le temps de se demander ce qu'elle va pouvoir faire de ses trouvailles, le carillon de la porte la sort de sa torpeur. Vite, elle cache le revolver et balance la marchandise dans le vide-ordures.

Sue le palier, un  inspecteur de police fait le pied de grue, désirant rencontrer le drogué en fuite. Elle rembarre le flic et lui fausse compagnie. En tête, une idée, une seule. Retrouver Nanar et le remettre dans le droit chemin, lui sauver la mise.

D'un no man's land banlieusard au Chinatown du 13e en passant par la MJC qu'elle fréquentait toute jeunette, Zaune ne perd pas son temps. Peut-être ses illusions, ou ce qu'il en restait.

Deux malfrats et le flic sont à ses trousses, aux basques du frangin, et à la recherche active de la marchandise. Moustache, l'un des animateurs de la MJC, est un bon gars, il va l'aider. Et le voilà embringué dans une course poursuite qui va laisser des traces aussi bien sur le bitume que dans les corps.

 

Encore une histoire de banlieue, de drogue et de paumés, sauce néo polar, me direz-vous et me ferez remarquer avec juste raison.

Oui, peut-être, mais revue et corrigée par une grande tendresse.

Oppel a supprimé de sa prose nerveuse tous les poncifs, tous les clichés faciles sur la délinquance, le pourquoi du comment et tutti quanti.

Zaune se sent investie d'une mission : protéger son frère, cela ne va pas plus loin. Elle ne se pose pas de questions, elle n'en a pas le temps.

Une histoire dont la banalité se trouve effacée par la force d'évocation avec laquelle Oppel campe ses personnages, transcendée par des courses poursuites à la limite du burlesque et sur laquelle plane l'ombre d'une Jeanne d'Arc inconsciente et banlieusarde en lutte contre la drogue et ses méfaits. Il y a des gagnants et des perdants. Et il y a ceux qui raflent la mise sans avoir participé au jeu.

Réimpression octobre 2004.

Réimpression octobre 2004.

OPPEL : Zaune. Série Noire N°2257. Parution 1991. 192 pages.

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16 octobre 2015 5 16 /10 /octobre /2015 12:16

A ne pas confondre avec Le Mort descend ou Le Sort dément...

Gilles VIDAL : Le sang des morts.

Séance de rattrapage !

Pour tous ceux qui n'auraient pas lu ce roman en version papier lors de sa sortie, une séance de rattrapage est proposée en version Epub et Kindle sur le site de l'éditeur Multivers.

Vernais, paisible station balnéaire, sur laquelle brille implacablement le soleil estival... Mais en grattant bien la couche superficielle, il s'avère que le côté débonnaire n'est que de façade, vanté pour des fins touristiques. Ainsi que fait le cadavre d'un homme dans une piscine hors sol posée sur la pelouse en attendant l'installation d'un véritable aquarium pour humains ? Margot Farges la sirène déçue par un mariage où elle pensait trouver uniquement calme et prospérité est en colère. Elle vient d'apprendre que son mari diffère d'une journée sa rentrée au bercail.

Théoriquement il est en déplacement pour son travail, mais elle sait qu'il en profite pour planter ailleurs son couteau qui lui sert à découper le contrat de mariage. De toute façon elle s'en moque, du moment que sa carte de crédit est approvisionnée, il peut faire ce qu'il veut. Elle lui reproche surtout son manque de franchise. Alors pour calmer sa mauvaise humeur légitime, elle décide de prendre un bain dans le jardin et c'est ainsi qu'elle trouve au pied de l'échelle amovible, une paire de chaussure et des vêtements. Et un corps qui flotte sur le ventre. Suicide ? C'est à Garcia, le médecin légiste d'en décider. Les policiers ont été prévenus par un appel téléphonique anonyme et le lieutenant Stanislas Delorme, Stan pour les intimes dont bientôt fera partie Margot, est sur place lorsqu'elle reprend ses esprits.

Stan est un inspecteur consciencieux, apprécié de son supérieur le commissaire Vignes, et lorsqu'il rentre chez lui, il est accueilli avec une joie exubérante par Lucky, un Westie blanc qu'il a adopté. Il distribue les câlins comme si c'était un gamin. On pourrait penser que tout va bien pour Stan, seulement son père qui vit en dehors de la ville est bloqué dans un fauteuil roulant, suite à un accident vasculaire cérébral, ce qui ne l'empêche pas de se rouler un petit joint de temps à autre, reliquat de sa période hippie. Un défaut qu'il pense ignoré de son fils.

Félicien Faderne est atteint de troubles obsessionnels compulsifs, et il lui faut vérifier à plusieurs reprises si tout est bien rangé, les fenêtres closes et les robinets fermés. Maniaque il néglige toutefois sa vêture. Du moment que sa clé USB soit bien entreposée dans la poche intérieure de son blouson, peu lui importe la façon dont il s'habille. Une clé précieuse, car Félicien travaille toute la journée sur un écran manipulant des chiffres. Et à trente ans il a l'avenir devant lui. Il travaille pour un centre de recherches. Et quelques balles qui sifflent à ses oreilles en sortant ce jour là de chez lui. Une voiture qui vrombit, une voix qui l'interpelle, il n'a pas le temps de réfléchir et le voici à bord d'un véhicule conduit par une jeune femme qui n'a pas froid aux yeux. Devant l'attitude autoritaire d'Anne, c'est ainsi qu'elle se présente, il se demande si elle l'a sauvé des envies meurtrières de personnages vindicatifs, ou si elle l'a enlevé pour des raisons qui restent à déterminer. Il doit jeter son téléphone portable par la fenêtre de la voiture, quant à son ordinateur portable elle ira le récupérer. Du moins elle le promet car il se sent tout nu sans son micro qui est un prolongement de lui-même. Et elle s'entretient régulièrement par téléphone avec un certain Horb.

Walter, qui travaille pour une agence en écrivant des articles pour des catalogues, mais rêve de devenir romancier, est contacté par son jeune frère Stephan, avec lequel il communique rarement. Stéphan lui apprend que leur père a été retrouvé. Il s'était échappé d'un hôpital où il était interné depuis des mois. Quant à leur mère, elle a disparu douze ans auparavant, sans plus jamais donner de nouvelles, et Stéphan a eu beau effectuer des recherches et alerter le commissariat, elle est toujours dans la nature. Quant à Irène, l'ancienne petite amie de Walter, elle refait surface, sans crier gare et il semblerait qu'elle soit totalement paumée.

Un nouveau meurtre est découvert, et le corps pourrait être celui d'un Russe car il possède des tatouages, des inscriptions en cyrillique.

Un homme tout nu brandissant une pioche (peu après ce sera une bêche, comme quoi on ne peut pas se fier aux témoignages) a été arrêté en pleine rue. Il est interné d'office pour démence, mais en pénétrant dans le jardin puis dans la maison, Stan et les policiers qui l'accompagnent sont stupéfaits par ce qu'ils voient. Un véritable dépotoir, pire qu'une décharge, et à l'intérieur, des cadavres. D'autres corps seront retrouvés peu après en déblayant les ordures, mais ils ont en commun d'avoir le visage scarifier, comme si quelqu'un s'était amusé à le remodeler.

 

Ces événements, en apparence disparates et sans rapport entre eux vont bientôt se réunir pour former un tableau à la Jérôme Bosch, des pièces de puzzle qui vont s'emboiter inexorablement.

Tous les protagonistes de ce roman possèdent une coupure, une fêlure, une fissure, une fracture mentale ou physique, et personne n'est épargné par le sort qui s'acharne inéluctablement sur leur intégrité. Même ceux qui ne font qu'une apparition furtive ont droit à un petit portrait, soit de leur aspect vestimentaire, de leur déchéance, de leur passé. Ainsi cette dame qui arbore des tee-shirts avec des phrases en forme de contrepèteries du genre : Pensez le changement au lieu de changer le pansement. Et sous forme de bande-son, des nombreuses références discographiques ponctuent le récit, tout comme celles qui sont littéraires. Anne est aussi appelée Zatte, car Ouarzazate et mourir, titre d'un roman d'Hervé Prudon dans la série du Poulpe.

Certaines scènes, certaines extrapolations dans le déroulement du récit viennent parfois interférer, mais cela apporte un petit piquant tout comme quelques feuilles de persil ou deux trois brins de ciboulettes disposés élégamment donnent une touche de couleur à un plat de crudités sans le dénaturer.

 

Première édition Collection Zone d'Ombres. Editions Asgard. Parution 22 janvier 2014. 380 pages. 19,00€.

Première édition Collection Zone d'Ombres. Editions Asgard. Parution 22 janvier 2014. 380 pages. 19,00€.

Gilles VIDAL : Le sang des morts. Réédition Epub et Kindle chez Multivers Editions. 3,99€.

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16 octobre 2015 5 16 /10 /octobre /2015 08:14
James Hadley CHASE : Méfiez-vous, fillettes !

Il ne faut jamais refuser les avances d'une femme, même si elle est déjà âgée et physiquement mal conservée.

James Hadley CHASE : Méfiez-vous, fillettes !

C'est ce qu'apprend à ses dépends Hamsley, danseur mondain, dont le domaine de chasse est le Club 22 tenu par Grantham.

Madame Polson accuse Hamsley d'avoir voulu la violer, et son mari, le propriétaire du Saint-Louis Banner, est furieux et il exige de Jay Ellinger, journaliste spécialisé dans les affaires criminelles, qu'il se renseigne sur Grantham et le présumé violeur.

Jay Ellinger, mais c'est vraiment pour faire plaisir à son rédacteur en chef qui se trouve sur une chaise éjectable, accepte à contrecœur d'enquêter sur les deux hommes et éventuellement découvrir quelque chose qui serait susceptible d'intéresser les policiers. Il se rend donc au fameux club où il retrouve une de ses connaissances, Perminger dont la femme, Sadie, est également présente mais attablée à un autre endroit. Grantham n'aime pas les journalistes et le fait savoir. Seulement en bon journaliste de chasse, Jay ne lâche pas le morceau facilement.

Grâce à un musicien, Jay apprend qu'un client du nom de Fletcher a foutu le bordel peu avant au Club 22 et s'est fait renvoyé manu militari avec tabassage en règle à la clé. Il se rend immédiatement chez Fletcher qui déclare que sa sœur a été embrigadée de force comme prostituée par Grantham. Seulement il ne peut pas le prouver. Toutefois Jay parvient à savoir que le Club 22 est un bordel dépendant de Tootsie Mendetta, un caïd qui a la main mise sur le trafic de tapineuses de Saint-Louis.

Une prostituée est découverte étranglée. Cela commence à grenouiller dans le quartier. Un homme de Mendetta a aperçu un homme sortir de l'hôtel où a eu lieu le crime. Il a reconnu Raven, un autre truand, qui vient d'arriver à Saint-Louis. Auparavant il était à Chicago, tout comme Mendetta. Il est arrivé à Saint-Louis sans le sou mais pas sans ambition.

Polson demande à Jay d'arrêter son enquête car il est lié à Mendetta, tout comme certains notables de la cité dont le procureur et le juge, mais rien n'y fait. Alors devant son refus, le journaliste est envoyé à New-York suivre un procès criminel.

Raven, qui possède sa garde privée sous forme de trois lascars entièrement dévoués à son service; veut s'emparer des affaires de Mendetta et il ne fait pas dans le détail. Il abat Mendetta et sa maîtresse, seulement Sadie l'a aperçu opérer depuis la fente de sa boite aux lettres. En effet Mendetta et le couple Perminger sont voisins de palier. Benny Perminger était absent à ce moment là à cause d'une crise de jalousie de Sadie.

Sadie est enlevée et Perminger est dans tous ses états et en informe Jay. Raven s'impose dans les maisons closes dont la principale est tenue par une métisse qui sait comment casser les filles qui lui sont confiées. Raven empêche par tous les moyens les péripatéticiennes de continuer à exercer leur métier dans la rue, en employant des moyens radicaux.

Il réforme le système de prostitution et fait enlever des jeunes femmes aussi bien à Saint-Louis que dans des grandes villes comme Kansas City, Denver, Springfield, et augmente son cheptel.

 

Méfiez-vous , fillettes ! est un roman noir, dur, âpre, qui se décline sur trois périodes de quelques jours chacune. Juin, août et septembre. Dans ce conflit entre truands puis la mainmise de Raven sur la prostitution, James Hadley Chase est du côté des prostituées malgré elles. Il insiste sur le rôle joué par la mère maquerelle et les sbires de Mendetta puis de Raven, sur les méthodes employées afin de briser la résistance des victimes. Les policiers ne se sentent pas concernés par les disparitions qui leur sont signalées et ne font aucun effort dans leurs recherches. Seuls les chauffeurs de taxi regrettent que la prostitution affichée dans les rues soit éradiquée au bénéfice des maisons closes par Raven car les courses nocturnes deviennent quasiment nulles.

Raven sait qu'il y aura toujours des clients pour son petit négoce de chair fraîche et il sait comment s'y prendre pour augmenter ses bénéfices. Sadie est devenue sa maîtresse officielle, mais il est persuadé qu'elle a le ressort brisé, tout comme certaines prostituées placées sous la coupe de la métisse. Mais c'est mal connaître les ressources morales de ces jeunes femmes.

James Hadley Chase insiste également sur le racisme ambiant qui règne sur la cité même parmi les prostituées autochtones. Il ne s'attarde pas sur les sévices infligés à ces futures prostituées, mais ce qui choque le plus ces jeunes femmes, c'est de se réveiller, après une séance viol au cours de laquelle elles étaient endormies, auprès d'un nègre, mot qui était couramment usité à l'époque, d'un Chinois ou d'un Philippin. Chase jette l'opprobre aussi bien sur les proxénètes que sur les clients, car s'il n'y avait pas de demande, cette profession n'existerait pas.

 

La seule passion de Raven réside dans une occupation qui lui prend parfois des heures, et toute la surface qu'une pièce de l'appartement qu'il occupe. C'est un fanatique des petits trains et il a installé un immense circuit ferroviaire qui lui détend les nerfs.

 

Curiosité :

Ce roman porte la double signature de James Hadley Chase et de Raymond Marshall, cet auteur étant publié aux débuts de la Série Noire indifféremment sous ces deux noms. Par la suite seul celui de J. H. Chase sera apposé sur les couvertures des romans publié dans cette collection puis les inédits dans la collection Poche Noire.

 

Ce roman a été adapté au cinéma par Yves Allégret en 1957 avec dans les rôles principaux : Antonella Lualdi, Robert Hossein et bien d'autres comédiens dont vous pouvez retrouver la liste ici.

James Hadley CHASE : Méfiez-vous, fillettes !
Réédition Poche Noir N°91. 1969.

Réédition Poche Noir N°91. 1969.

Réédition Carré Noir N°60. 1972.

Réédition Carré Noir N°60. 1972.

Réédition Collection Chase N°17. Parution mai 1996. 272 pages.

Réédition Collection Chase N°17. Parution mai 1996. 272 pages.

Réédition Folio Policier N°490. Parution décembre 2007. 8,00€.

Réédition Folio Policier N°490. Parution décembre 2007. 8,00€.

James Hadley CHASE : Méfiez-vous, fillettes ! (Miss Callaghan comes to grief - 1941. Traduction de Jacques Legris). Série Noire N°41. Parution octobre 1949. 254 pages.

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15 octobre 2015 4 15 /10 /octobre /2015 12:43

Hommage à Bob Leuci, décédé le 12 octobre 2015.

Bob LEUCI : Captain Butterfly

Depuis dix-neuf ans, Marjorie Buttera, surnommée Captain Butterfly, est dans la police, et après avoir fait ses classes sur le terrain, elle est actuellement à la DAI (Division des Affaires Internes), la police des polices. Marjorie prend son boulot à cœur, n’hésite pas à braver des inspecteurs chefs comme Janesky qui règne en véritable petit potentat outrepassant ses droits et ses devoirs tant dans son quartier de Red Hook à Brooklyn que sur ses hommes.

Marjorie veut une police propre, responsable, soucieuse de son éthique. Elle en fait un acte de foi, et combat, insensible aux retombées possibles. Charlie Rose, son amant, journaliste, tente toutefois de la temporiser, la mettant en garde contre de possibles dangers. Marjorie n’en a cure. Elle sait que Janesky et ses hommes sont coupables de corruption, qu’ils violentent et torturent les criminels, les truands qui leur tombent sous la main. Mais son intime conviction ne suffit pas, il lui faut apporter des preuves afin d’évincer ces brebis galeuses.

D'autant que pour tous, seuls les résultats comptent. Elle se sert d'indicateurs qui travaillent au sein même du commissariat sur lequel elle enquête. Ken Malloy mis provisoirement hors course, elle jette son dévolu sur Franck Bosco, flic intègre mais qui préfère garder les yeux fermés sur ces exactions. Franck vient de vient de perdre Murray, son coéquipier en qui il avait toute confiance, même s'il traficotait par-ci, par-là. C mais il en veut pas voir la réalité en face. Sa femme et sa fille sont en Floride et il attend avec impatience sa retraite. Surtout il ne veut pas d'éclaboussures qui lui feraient perdre le bénéfice de sa pension alors qu'il n'a plus que six mois à tirer. Cependant, certaines choses le révoltent. Ainsi Ronnie, la jeune fille dont il s’est entiché, se pique et il se promet de la sauver.

 

Marjorie se dresse en purificatrice de la police. Sans peur et sans reproche, elle combat les traîtres à la profession, ceux qui dérogent à la déontologie. Elle est animée d’une foi presque intégriste. Mais elle ne se rend pas compte qu’elle flatte en même temps son ego et que son intransigeance risque de tout balayer sur son passage.

Elle entraîne sous son étendard des hommes fatigués, usés, qu’elle parvient toutefois à exalter. Elle s’apitoie légèrement sur le sort de Franck, blessé au cours de la dernière algarade, mais Franck mort, elle eut été tout de même satisfaite d’avoir mené à bien sa mission.

Une mission qu’on lui avait confiée et qu’elle s’est appropriée.

Bob LEUCI : Captain Butterfly (Captain Butterfly. Traduction de Annie Hamel). Rivages Noir N°149. Parution mars 1993. 304 pages. 9,15€.

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15 octobre 2015 4 15 /10 /octobre /2015 11:02
James N. FREY : Du plomb dans la tête

Surtout ne pas dépasser la dose prescrite !

James N. FREY : Du plomb dans la tête

Ancien boxeur, Joseph Zanca dit le Tank effectue de petits boulots pour une mystérieuse agence.

Il supplée en quelque sorte les flics, lui qui ne les aime guère. Sauf un, Donaldson, qui semble être embarqué dans une très sale affaire.

C'est Samantha, la fille de Donaldson, qui appelle à la rescousse Zanc. Mais ces deux là ne sont guère faits pour s'entendre. Pour Samantha, le mieux pour débrouiller une affaire compliquée, c'est de se servir de ses petites cellules grises. Zan ne demande pas mieux, mais faudrait-il encore qu'il ait en main toutes les données. Et comme il le constate :

Traquer un tueur en sa compagnie, c'est attirer la catastrophe sur sa tête comme l'arbre attire la foudre.

Et bizarrement, tout ce qu'ils entreprennent semble enfoncer davantage Donaldson dans la panade.

 

Flics pourris et drogue au programme. Plus évidemment quelques cadavres pour épicer le récit qui, s'il n'est pas sans saveur, aurait gagné à être réduit.

 

Je dois avouer qu'au début j'ai eu du mal à accrocher, mais peu à peu que se précisait la trame, que les personnages prenaient de l'ampleur, que l'action devenait moins confuse, la lecture est devenue plus agréable.

L'épilogue, l'identité du coupable, est archi-classique et la traduction d'un autre roman de James N. Frey nous permettrait de mieux appréhender cet auteur qui au demeurant ne manque pas de qualités.

James N. FREY : Du plomb dans la tête (A Killing in Dreamland - 1988. Traduction de Michel Deutsch). Série Noire N°2211. Parution janvier 1990. 320 pages. 7,80€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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