Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
15 juin 2016 3 15 /06 /juin /2016 13:55

Le chômage, ce n'est pas de tout repos...

Mathilde BENSA : Aux enfants du Nord.

Franchement, le père de Maël et de Matéo pourrait quand même s'occuper de ses gamins. Il a tout son temps puisqu'il est au chômage.

Nelly, la sexagénaire qui pour faire plaisir à Manuela leur mère accepte de les garder commence à devenir vieille. Elle le ressent, la retraite est proche. Le poids des ans lui pèse, et les gamins braillards, Matéo la veille a eu la veille une crise de dent, elle ne peut plus les supporter. D'accord, il n'y peut rien Matéo, à six mois on ne maîtrise pas la douleur. Et Maël est trop turbulent pour que Nelly en supporte les conséquences.

Nelly aimerait remplir sa grille de Sudoku dans la sérénité, son moment de détente du samedi après-midi, mais son esprit est tourneboulé. Le matin, en passant l'aspirateur elle a retrouvé le doudou, un vieux chiffon, une loque, un rebut, de Maël. Elle ira le porter le soir, car elle a le cœur sur la main Nelly.

Oui, quand même, pourquoi Marc ne s'occupe-t-il pas de ses gamins ? Il prélasse au lit tandis que sa femme Manuela part au travail et s'octroie de temps à autre un peu de détente en allant à la salle de sport avec une copine. Marc lui n'a plus le goût à quoi que ce soit.

Manuela le lui reprocherait presque, car il ne l'aide même pas la nuit, lorsque Matéo crie à cause des dents qui veulent aller dehors. D'abord il est malade, ce n'est pas du chiqué, il le ressent dans son torse. Marc a rendez-vous chez le cardiologue, avant il avait mal au dos. Ce sont de bonnes excuses quand même. Le seul problème c'est peut-être qu'il a trop cru au syndicat, et à Philippe le délégué, son ami, qui n'a rien fait quand les mots vulgaires de chômage technique ont été prononcés à son encontre.

 

Cette nouvelle s'inscrit dans la thématique Famille je vous haime. Un épisode sociétal et familial qui ne fait pas la grande une des médias, car trop banal. Le chômage, ça fait vivre les statisticiens, les analystes économiques et politiques, mais en réalité ça n'intéresse personne, puisque tout le monde peut contracter ce virus moderne, ce cancer de la société consumériste qui engendre des retombées financières pour les actionnaires, les autres n'ayant qu'à prendre un marteau et un clou pour effectuer des trous dans la ceinture qui de plus en plus est serrée.

Derrière les volets clos, les drames se nouent mais on n'en parle pas, pudeur oblige.

Un très beau texte de Mathilde Bensa qui devrait toucher bien des personnes qui sont dans le cas de Marc et Manuela, mais qui devrait être lu par ceux qui ne s'intéressent qu'aux résultats de la bourse.

Mathilde BENSA : Aux enfants du Nord. Nouvelle Noire numérique. Collection Noire Sœur. Editions SKA. Parution mai 2016. 1,49€.

Repost 0
14 juin 2016 2 14 /06 /juin /2016 16:07

Ce ne serait pas bête !

Nicholas BLAKE : Que la bête meure...

Six mois après le drame qui a coûté la vie à son fils Marty, alors âgé de huit ans, Franck Cairnes, auteur de romans policiers sous le pseudonyme de Felix Lane, décide de rédiger son journal destiné à un lecteur inconnu. Et il débute sa narration ainsi :

20 juin 1937. Je vais tuer un homme. Je ne connais ni son nom, ni son adresse, ni son aspect physique. Mais je vais le trouver et le tuer.

Marty a été renversé par un chauffard, il est décédé, et les recherches effectuées par la maréchaussée n'ont rien donné. Alors Felix, car c'est sous ce nom que notre romancier a décidé d'enquêter, va se substituer aux policiers et retrouver l'automobiliste indélicat qui n'a pas daigné s'arrêter alors qu'il savait pertinemment qu'il avait percuté quelqu'un.

Il raisonne comme l'auteur de romans policiers qu'il est et à force de suppositions, de déductions, arrive à la conclusion que l'homme est en accointance avec un garagiste, ou garagiste lui-même, car son véhicule ayant été endommagé, il a dû le faire réparer en catimini afin de ne pas laisser de trace auprès des enquêteurs. C'est par hasard qu'en franchissant un gué, pensant que l'homme aurait pu se débarrasser des pièces endommagées dans la rivière, qu'il trouve un témoin. L'homme a aperçu un couple avec une voiture à l'avant cabossé. Une piste se profile, le témoin ayant reconnu la femme, actrice de cinéma.

Tandis qu'il essaie de remonter la piste, Felix Lane reçoit des lettres anonymes l'accusant de ne pas avoir su s'occuper de son gamin. Ce qui le chagrine fortement, car il faisait tout pour pallier l'absence de la mère décédée quelques années auparavant.

Lane contacte son agent afin qu'il puisse s'introduire dans les milieux du cinéma, prétextant qu'il a besoin de s'instruire pour planter les décors de son nouveau roman. La pêche est fructueuse puisqu'il fait la connaissance de Lena, actrice jouant dans des seconds rôles. Elle lui apprend que sa sœur est mariée avec un garagiste, dans un petit village du comté de Gloucester où lui même vit. Ce ne sont pas les quelques dizaines de kilomètres qui le séparent de ce village qui font obstacle.

Ses relations avec Lena deviennent assez intimes. Il s'installe dans une auberge du village puis il s'arrange pour être invité chez George Rafferty, le garagiste. L'homme est violent, contrairement à son associé Harrisson Carfax, tandis que sa femme, Violet, la sœur de Lena, est une femme effacée. Sa mère est directive et son fils Phil subit les remontrances du père et de la grand-mère, toute incartade, minime qu'il soit, étant sujette à rebuffade, voire plus. Felix est attiré par la fragilité de Phil et propose même de lui donner des cours de rattrapage.

Felix Lane étudie le comportement de Rafferty afin de parvenir à la conviction que celui-ci est bien le chauffard ayant pris la vie de son fils Marty. Puis il envisage de se débarrasser du bonhomme lors d'une partie de pêche en canot sur la rivière. Seulement il ne peut mener à bien son projet. Le soir même, Rafferty décède d'un empoisonnement. Et Felix jure qu'il n'est pas coupable, possédant même un alibi.

 

Ce roman divisé en trois partie, avant, pendant et après, c'est à dire la recherche du chauffard, la perpétration du meurtre ou plutôt l'essai manqué, puis l'enquête sur le décès par empoisonnement de Rafferty. Et l'entrée en scène Nigel Strangeways, détective amateur renommé et sa femme Georgia qui a déjà participé à quelques-unes de ses enquêtes ainsi que de l'inspecteur Blount de Scotland Yard.

La première partie, écrite à la première personne puisqu'il s'agit d'un journal allant du 20 juin au 21 août, narre l'enquête de Felix Lane concernant le meurtrier de son fils. Une histoire de vengeance décrite en direct par le principal intéressé, principalement psychologique et déductive. La deuxième partie étant l'essai de perpétration du meurtre envers le garagiste, la troisième étant du domaine du roman policier classique cherchant à découvrir le coupable dans l'empoisonnement du garagiste, à moins qu'il s'agisse tout simplement d'un suicide maquillé. Le tout sur fond de manipulation et de machiavélisme.

Première édition : Collection de l'Empreinte N°152. Editions de la Nouvelle Revue Critique. Parution 1938. 256 pages.

Première édition : Collection de l'Empreinte N°152. Editions de la Nouvelle Revue Critique. Parution 1938. 256 pages.

Publié en 1938 dans la collection de l'Empreinte, ouvrage de référence pour la rédaction de cet article, ce roman a été adapté en 1969 au cinéma par Claude Chabrol avec dans les rôles principaux, Michel Duchaussoy, Caroline Cellier, Anouk Ferjac et Jean Yanne.

 

La Collection de l'Empreinte proposait en outre en fin de volume une chronique d'échecs signée François Le Lionnais, ingénieur chimiste, mathématicien épris de littérature, doublé d’un écrivain passionné de sciences, fondateur en 1960 de l'Oulipo, Ouvroir de Littérature Potentielle, qui donnera naissance plus tard à l'Oulipopo, Ouvroir de Littérature Potentielle Policière.

Suivaient ensuite un concours de problèmes policiers et bien entendu la solution au problème précédent. Ce concours était doté de cinquante prix, le premier étant un magnifique lampadaire (c'est du moins ce qui est annoncé), le deuxième étant de 300 francs de livres à choisir dans le catalogue des éditions de la Nouvelle Revue Critique et ainsi de suite. Sachant que ce roman valait 7,50 francs, cela équivalait à 40 ouvrages pour le gagnant en deuxième position et 8 ouvrages pour ceux arrivés entre la vingt-sixième et cinquantième position. A noter que les participants à ces concours envoyaient leur réponse de toute la France mais également de Belgique, de Suisse, du Portugal, du Maroc, de Tunisie, d'Indochine...

 

Une canne à pêche est une baguette munie d'un hameçon à un bout et d'un imbécile à l'autre.

Réédition collection Un Mystère 3e série. N°34. 1969.

Réédition collection Un Mystère 3e série. N°34. 1969.

Voir également les avis enthousiastes de Claude dans Action-Suspense et de Pierre dans BlackNovel1.

Nicholas BLAKE : Que la bête meure... (The Beast Must Die - 1938. Traduction de Simone Lechevrel). Collection Bibliomnibus Polar. Editions Omnibus. Parution 12 mai 2016. 224 pages. 13,00€.

Repost 0
14 juin 2016 2 14 /06 /juin /2016 08:07

Bon anniversaire à Yves Frémion né le 14 juin 1947.

Yves FREMION : Ronge.

Roman d'anticipation peut-être, mais plus que de l'anticipation ou de la science-fiction, Yves Frémion a écrit un roman constat.

Ce qui pourrait se passer dans un club de vacances, où tout est centralisé, fonctionnel, pensé en fonction d'un certain type de vacanciers, celui justement du vacancier type.

Tout est programmé, chacun ne peut y trouver que du plaisir.

Le vacancier qui arrive sur Faluce, c'est le nom du village, le vacancier est roi et s'il doit se plier à certaines exigences, c'est pour son bonheur, pour que son séjour soit le plus agréable possible.

Tout lui est fourni, en quantité suffisante, pour ne pas parler de gâchis, donc il ne peut être question de réclamer quoi que ce soit.

Alimentation, amour à discrétion, que peut-on demander de mieux ?

Mais il ne faut pas oublier que plus le fruit est beau, plus il parait sain, plus le ver qui le ronge peut prendre des proportions inquiétantes.

 

Ce roman d'Yves Frémion est un peu la parabole et l'univers de ces clubs de vacances où le tout est proposé, rien n'est imposé fait frémir.

Vive la toile de tente et le camping sauvage.

Construit comme un puzzle où chaque pièce suffit à elle-même ou presque, ce roman culmine dans une seconde partie apocalyptique.

Pouvait-il en être autrement ? Je ne le pense pas.

Je retire quand même un réconfort à la lecture de ce livre ambigu : celui d'être un vacancier indépendant qui n'a besoin de personne pour lui organiser son temps libre.

Extrait de la quatrième de couverture :

Qui sont les vrais acteurs de ce roman ? Qui le raconte ?

 

Les 24 heures du livre. Le Mans, octobre 1988.

Les 24 heures du livre. Le Mans, octobre 1988.

Yves FREMION : Ronge. Collection Anticipation N°1647. Editions Fleuve Noir. Parution octobre 1988. 192 pages.

Repost 0
13 juin 2016 1 13 /06 /juin /2016 07:28

A déguster sans modération...

Jean RAY : Les contes du whisky.

Si le nom de Jean Ray est indissolublement lié au personnage d'Harry Dickson, il ne faut pas oublier la partie majeure de ses contes et romans que les éditions Alma rééditent aujourd'hui.

En effet le sieur de Gand, grand fantastiqueur belge, possède à son actif des classiques comme Malpertuis, La cité de l'indicible peur, Les derniers contes de Canterbury, Les contes noirs du golf, sans oublier bien d'autres ouvrages signés John Flanders, qui défient le temps.

Plongeons nous donc dans ces Contes du whisky, avec délectation, et peut-être pour certains de nous, ce côté nostalgique des découvertes enregistrées il y maintenant près de cinquante ans et qui se sont dissolues au fil des ans.

Trente huit textes réunis sous ce titre générique, publiés dans divers supports comme L'Ami du livre et Le Journal de Gand, entre 1921 et 1925 puis réunies dans son premier volume de nouvelles en 1925.

Chaque histoire est narrée à la première personne, comme si les aventures, les espoirs, les déceptions, les envies, les peurs, les regrets, c'était Jean Ray qui les avaient subis. Il existe dans ces textes un accent de vérité, comme de confession, d'épanchement. Ainsi dans A minuit, le lecteur peut se croire vraiment le confident du narrateur :

Alors je parlai très bas, et le whisky au fond de mon verre, reçut avec horreur dans sa mobile chair d'or, la douloureuse semence de mes larmes.

Un "héros" qui subit le plus souvent qu'il ne provoque. Et dans les brumes de Londres, ce sont les brumes éthyliques du cerveau qui régissent son esprit.

L'univers de Jean Ray est sombre, très sombre, le cauchemar obsédant, comme ces peurs craintives de l'enfant enfermé dans une pièce plongée dans le noir. Les ombres de la nuit rôdent, tenaces, alimentées des décors de docks, de ruelles mal éclairées, de bouges enfumés. Pas de monstres à proprement parler comme chez Lovecraft, car tout se dissout dans l'indicible, le ressenti, les fantômes intérieurs. Des situations qui provoquent peur, frissons, horreur, répulsion, frayeur, épouvante.

Et l'ombre derrière moi pesait sur ma chair frissonnante comme la détresse sur mon cœur.

C'est la tristesse qui prédomine, qui alimente les peurs. Quand on est joyeux, tout est rose. Dans ces textes tout est noir. Et c'est bien pour refouler la peur, la nuit, les ombres, que le narrateur boit.

On ne refuse pas une gorgée de vieux whisky par un jour brumeux pesant sur le marécage comme un manteau mouillé (Dans les marais de Fenn).

Le whisky est bien le liquide le plus absorbé dans ces nouvelles parfois morbides, et comme pour l'œuf et la poule, est-ce le whisky qui provoque cet état, ce sentiment de peur, ou au contraire parce que le narrateur est envahi par l'anxiété, la crainte, l'appréhension, qu'il boit ?

Jean Ray sait se montrer caustique, et si de nombreuses références sont glissées dans ses contes, Maupassant, Sir Arthur Conan Doyle, entre autres, il griffe au passage d'autres auteurs. Dans La Maison hantée, chronique fantaisiste, le whisky n'est pas le seul compagnon à glisser dans l'estomac du narrateur. Il s'enfile allègrement Cointreau, Armagnac, Bénédictine, Vieille Chartreuse, discutant avec un aimable fantôme. Il conclut, mais ceci n'enlève en rien le charme de cette histoire :

Il bâilla, mais personne ne saura dire si c'est sur la bêtise humaine ou sur le dernier volume de M. Paul Bourget qu'il avait ouvert, qu'il bâillait son profond ennui.

Il est vrai que Paul Bourget séduit le public mondain, mais qu'il n'est pas renommé pour ses romans populaires. Au contraire, ses études de mœurs et de caractères sont soporifiques, est-ce pour cela qu'il fut encensé par des intellectuels au début du XXe siècle. Ceci n'est qu'un aparté.

Le lecteur, qui a déjà lu Jean Ray, retrouve une seconde jeunesse, et il s'imbibe de ces nouvelles, s'en délecte, et s'il ressent un certain effroi, il ne peut s'empêcher de continuer sa lecture, comme on titille une dent qui fait mal pour en prolonger la souffrance.

Cette édition qui se veut originale et intégrale reprend les textes publiés dans la version Marabout, mais est complétée par onze autres nouvelles qui ne figuraient pas dans le volume précité. Seulement le volume Marabout possédait trois nouvelles réunies sous le titre La croisière des ombres, qui ne sont pas reprises ici. Peut-être le seront-elles dans La croisière des ombres, volume pour paraître prochainement.

Ce volume est complété par le recensement du parcours éditorial des Contes du whisky, mais surtout, et cela intéressera les amateurs pointilleux, de la date et le nom du magazine dans lesquelles elles furent publiées pour la première fois. Ainsi qu'une élégante et érudite postface d'Arnaud Huftier.

 

Réédition collection Le Masque Fantastique. Librairie des Champs Elysées. 1980.

Réédition collection Le Masque Fantastique. Librairie des Champs Elysées. 1980.

Collection Marabout fantastique N°237. Editions Gérard. 320 pages. Parution en 1965.

Collection Marabout fantastique N°237. Editions Gérard. 320 pages. Parution en 1965.

Jean RAY : Les contes du whisky. Alma éditeur. Parution 12 mai 2016. 288 pages. 18,00€.

Repost 0
12 juin 2016 7 12 /06 /juin /2016 15:35

Hommage à Robin Cook né le 12 juin 1931.

Grenoble 1987

Grenoble 1987

Grâce aux Mystery Writers of América, ( Polar de la table - Encrage édition ) nous apprenons, mais fallait-il s'en étonner, que les auteurs de romans policiers ne négligent point les plaisirs de la chair.

Disons les plaisirs de la table afin de ne point offusquer les lecteurs prudes que la moindre connotation sexuelle, ou assimilée telle, dans un article dérangerait. Afin de nous imprégner de la saveur subtile de cette cuisine littéraire, délices de nos temps morts, rendons visite chez l'un de nos maîtres-queux, Le Rouge-gorge cuisinier britannique qui sait si bien nous mitonner de bons petits plats, à ne pas confondre avec le Rouge-gorge américain à la gastronomie par trop clinique. Lire l'un des romans de notre Rouge-Gorge, c'est comme entrer dans une gargote dans laquelle le cuistot serait affublé d'un béret en guise de toque. Je vous invite toutefois à vous attabler avec moi et à étudier le menu ensemble : cuisine concrète, cuisine métaphorique et si vous n'avez pas trop de haut-le-cœur, cuisine cannibale en dessert. 

Le premier plaisir de la table commence par la découverte des ingrédients : Deux jeunes types de couleur passèrent d'un pas vif, chacun fouillant joyeusement dans le filet à provisions de l'autre (BS), prélude à un bon repas même si celui se révèle frugal. Aussi ne faut-il point croire l'enquêteur lorsqu'il déclare: cette affaire me préoccupe trop. J'en perds le boire et le manger (mdf), ce n'est que pure figure de rhétorique. La preuve, quelques pages plus loin, il avoue: Je me dis que je ferais aussi bien de manger mais les réserves congelées de son réfrigérateur ne l'inspirent guère: le contenu ne me semblait guère ragoûtant. Dès lors il ne faut plus être surpris si la plupart du temps, lors d'une enquête, le protagoniste préfère emmener ses témoins, ses indicateurs ou ses collègues au restaurant, même si la constitution du menu crée problème ou que le sens olfactif est agressé: De plus l'atmosphère de l'établissement, avec sa musique rock et ses odeurs de mauvaise cuisine, le rebutait (MAV). Alors que le directeur de l'agence de sécurité voudrait imposer un repas composé d'un minestrone et de mouton (et surtout pas d'agneau !), son employé préfère commander en entrée des huîtres accompagnées de vodka, dédaignant le mouton qui lui rappelle l'école et le rationnement d'après guerre.

Au cours d'un autre repas cet agent de la sécurité déguste à nouveau des huîtres, saupoudrées de poivre et arrosées de Pouilly fumé, et s'étonne qu'on leur propose au mois d'avril de la perdrix (SQE). Que voilà un fin limier ! Les restaurants ne sont pas les seuls endroits à servir de la cuisine sélecte ou délicate: En 1986, je déjeunais à Scotland Yard. Ce fut un bon repas. Au menu, des gambas (MV). Plus que le menu, ce sont l'endroit et les circonstances qui font apprécier la tortore. Je le savoure, ce repas. C'est exaltant, de déjeuner pour des prix fous dans les aéroports, avec les avions qui vont et viennent derrière les grandes glaces panoramiques se dit en aparté le petit truand issu de la bourgeoisie tandis que son compagnon, l'ami Carême, dissèque un chouia de saumon (CA). Quand au régime pénitentiaire, les avis sont partagés. Le Bourdon préfère le petit déjeuner - œuf poché sur un toast, pain de seigle et café instantané - à l'invite d'une étreinte avec Jenny, s'écriant avec emphase mon premier repas correct depuis presque deux ans. Ce qui sous entend que s'il n'a pas toujours mangé à sa faim en prison, il n'a pas été privé sexuellement (BS). La cantine pénitentiaire n'est pas forcément une punition: en attaquant de bon cœur son pâté en croûte surgelé, le psychiatre analyse les pulsions de l'assassin en série, ce qui n'entame en rien son appétit (MAV).

Pat Hawes, un truand de plus grande envergure a droit à un met plus raffiné dans sa geôle: On m'a dit que vous aviez des blancs de caneton rôtis avec de la sauce au poivre vert à dîner ce soir (MAM). Un traitement de faveur auquel les Bobbies de Sa Très Gracieuse Majesté ne peuvent prétendre puisqu'ils apaisent leur faim dans des endroits pas toujours recommandables. Dans l'arrière salle, il y a un bar... où on sert une tambouille assez infecte à une bande de rapers (policiers), tandis que dans la grande salle, "MM. Copewood  et Cream, fournisseurs attitrés des gars du bâtiment en calibres et autres bidules... trônent avec leur suite à une table près du comptoir, où ils balancent des bouts de tournedos à un clébard hargneux(CA). Piètre considération envers les forces de l'ordre, les chiens étant mieux considérés que les policiers. Les mauvaises langues diront peut-être que ceux-ci n'ont que ce qu'ils méritent, je leur laisse l'entière responsabilité de leurs propos.

Manger est un acte qui procure des sensations fortes, mais c'est également un besoin, un dérivatif ou une excuse. A question piège le conférencier ne peut que prétexter un rendez-vous urgent : Malheureusement, j'ai un déjeuner (CVM). Pourquoi malheureusement s'interroge le personnage principal, et nous avec.

La cuisine est considérée comme un lieu béni, une pièce privilégiée, la chaleur et l'humanité de la cuisine (MV). La préparation des repas se révèle une excellente thérapie dans la mésentente conjugale. Mrs Durell, afin de reculer l'échéance des invectives de son mari, préfère s'éloigner sur la pointe des pieds pour aller faire réchauffer le dîner de son mari. Elle avait besoin de ce cours répit dans la cuisine pour se préparer à affronter l'instant où, une fois le repas terminé, il la sermonnerait au dessus des assiettes sales, s'échauffant jusqu'au moment où il serait suffisamment furieux pour la taper au dessus de la table" (BS). Une façon comme une autre de mettre en pratique cette locution: la paix des confiseurs. Attendrissant, non !

Dans le même registre, assistons à une autre scène de ménage, haute en couleurs, et qui nous livre la composition du menu familial: Tu te rappelles quand elle s'est mise à balancer de la vaisselle ? Elle a tout de suite choisi l'artillerie lourde. Elle a commencé par un plat énorme, celui qu'on prenait pour servir le rôti quand on avait des invités (MAV). Un plat dont le protagoniste se souvient avec nostalgie puisqu'il s'agissait d'un cadeau de mariage. Ensuite la soupière, pleine, est invitée à participer aux ébats puis j'avais pris des éclaboussures quand les patates avaient volé, j'avais eu droit au saladier en plus, et aux betteraves sur le devant de ma chemise (MAV). Ce que déplore le récipiendaire de légumes, ayant été dans l'obligation de jeter sa chemise à la poubelle, les tâches de betteraves étant du plus mauvais goût vestimentaire.

Aller au restaurant permet de mieux faire connaissance, et alors l'exotisme est de rigueur. Notre Rouge-gorge a toujours en mémoire ce déjeuner à Madrid en compagnie d'un poète, et le menu, calmars à l'encre, s'avère comme une aimable entrée en matière (MV). L'exotisme culinaire draine les affamés, ou tout simplement les esthètes de la bouffe. Le lecteur en aurait l'eau à la bouche mais le Rouge-gorge, s'il nous précise les hauts lieux de la gastronomie étrangère - un restaurant chinois (DS), une jaffe à l'indienne (CA), un tranquille bistro français (MAV), la Lumière de l'Inde (MDF)...- il omet de nous narrer par le menu icelui. Pour se remonter le moral, avant une opération chirurgicale délicate, un médecin radié propose à sa femme un repas de gala: Je me rappelle que ce furent des huîtres pour commencer, puis du rosbif, des pommes de terre et une salade verte, ainsi que deux très bonnes bouteilles de vin (CVM). Le lendemain régime perfusion.

Si comme vous avez pu le remarquer les huîtres ont une place de choix dans l'assiette anglaise de notre Rouge-gorge, les aliments roboratifs ne manquent pas toutefois et la diversité est de rigueur. Les tables de formica étaient assiégées par les chauffeurs de camion qui mangeaient viande, purée et deux légumes (MDF). Si ceci vous semble peu explicite sachez que les protagonistes du Rouge-gorge se montrent souvent plus prolixes: son plat principal: du corned-beef et des cornichons (MDF), nous commandâmes un oeuf double, une saucisse, des tomates et des frites, du pain et de la margarine (CVM), du boudin blanc et mon plat préféré de panais frits (MV), en poussant ma saucisse, en ramassant mes petits pois (CVM).

Un casse-croûte peut aussi bien faire l'affaire: Ce dont j'avais soudain envie, c'était d'acheter des sandwichs au pâté de foie (SQE). Il y en a qui dégustent avec un plaisir gourmand : d'une main il tenait le sandwich œufs jambon..., puis a léché le gras de jambon sur ses doigts, qu'il a essuyé sur son jean (SQE), d'autres font la fine bouche il était dans un pub, mangeant du bout des lèvres un sandwich au poulet (BS).

Le mariage des nourritures spirituelles et terrestres des rayons de livres couvraient deux des murs, une cuisinière était placée contre un autre mur, et il y avait des casseroles sur un égouttoir (CVM) parfois nous propose des élans lyriques: Ne dis pas de bêtises, répondit Monica, en décollant avec dextérité l'oeuf cuit au fond de la poêle et en le faisant voler comme un papillon éclatant dans une assiette chaude (BS). Ce qui est fort bien envoyé et nous facilite la transition vers la cuisine métaphorique. Mais auparavant posons une question dont la gravité n'échappera à personne : comment devient-on criminel ? Normalement, un criminel agit toujours selon le même scénario - répétitif, stupide. Il commence par piquer une boîte de haricots au supermarché, puis il passe au vol avec voies de fait, et continue à grimper l'échelle jusqu'au jour où il commet un meurtre" (MAV).

Reims 1985

Reims 1985

Vous allez en avoir du crime, du bien saignant, de la belle entrecôte maison (CA). Voilà qui nous promet une entrée savoureuse en matière culinaire. Les locutions ayant pour référence la flore et la faune comestibles sont légions et s'il n'y prenait garde, l'indigestion guetterait le lecteur affamé. Après une Crème anglaise et une Bombe surprise qui nous glacent d'effroi, extirpons de notre filet garni quelques expressions dont notre Rouge-gorge est friand. Au hasard de la cueillette, voici: ramène ma fraise, te presser le citron, ne me cours pas sur le haricot, ce n'est pas nos oignons, lui coller une châtaigne (MDF). Un premier chapitre qui ressemble à un étal de marchande de quatre saisons.

Nous passerons rapidement sur mon lapin, mon chou, comment s'appelle ton pigeon sans oublier les inévitables poulets et des pots de vin qui font passer le tout, pour mieux nous concentrer de tomate (ça m'a échappé !) sur quelques situations épicées. Très souvent, Mrs Durrell - sans poursuivre jusqu'au bout la comparaison malheureusement - assimilait son mari à une cocotte-minute (BS). Un mari qui la néglige sexuellement, alors elle se raconte des salades et rêve à des aventures érotiques. La métaphore est hardie parfois, mais oh combien expressive: Le seul détail choquant, c'était le sperme; au moment de partir, j'ai trouvé que sa présence heurtait l'œil, comme la trace d'une limace qui aurait rampé sur une feuille de laitue (MAV). Si au restaurant vous êtes confrontés à de tels débordements baveux dans votre assiette, n'en concluez pas pour autant que le cuistot se montre lubrique envers les marmitons. Et lorsque vous dégusterez avec béatitude des huîtres, (nous y revenons, mais sachez que ces bestioles, les rares animaux que l'on mange vivants, sont considérés comme aphrodisiaques) méditez cette phrase profonde: Il secoua la tête; elle tremblota comme une huître au bout de la fourchette d'un pochard (MDF).

Tout aussi parlant, si l'on peut dire, ce cadavre qui se repose à la morgue: elle gisait, à demi tournée sur le flanc, comme un mets raffiné sur un lit de glace à un dîner mondain (DS). L'avantage d'une chambre froide, c'est de conserver à la viande sa fraîcheur. Un peu de chaleur et de suite, elle se déprécie, s'avarie : Ses yeux, littéralement frits dans leurs orbites, ressemblaient à des boulettes de chair de poissons (DS). Heureusement tout ne se réduit pas à cette symphonie macabre culinaire et les images suggestives s'appliquent surtout aux vivants: Elle braqua sur moi un index dépourvu de vernis à ongle; il ressemblait à une saucisse coincée dans une persienne métallique (DS), de profil son visage sans lèvres était aussi tranchant qu'un hache viande (CVM), sa grande paluche, grosse comme un jambon (CA). Même les vénérables monuments historiques n'échappent pas aux comparaisons culinaires: Car une bâtisse extravagante, encore plus folle que Château-Branlant, se dresse devant nous dans la nuit. Elle est gigantesque; c'est la Tour de Londres qu'on aurait un peu aplatie et étalée pour la faire refroidir comme un pudding au riz (CA).

La véritable cuisine se prépare au commissariat: on va commencer à le mettre sur le gril (MAV), puis je les ferais cuisiner a toutes les sauces (MAM) et afin de leur donner du goût, je les presserai jusqu'à ce que les citrons jutent (MAM). Il parait que dans ce cas le suspect ou le présumé coupable se met plus facilement à table. Le savoir faire, le tour de main sont indispensables, mais pour réaliser une préparation qui a de la gueule, il faut avoir toute sa tête et ne pas se fier uniquement à l'enseigne ou à la réputation: Les grands chefs sont comme des poulets à qui l'on a coupé la tête (MAM).

Rien ne remplace la diplomatie dans une conversation et les mises au point s'avalent plus facilement lorsque l'engueulade est tempérée : Tu n'es vraiment qu'un con, je te l'ai toujours dit, et tu mérites ce qui t'arrive, comme une côtelette de porc mérite sa compote (CVM).

 

La cuisine du Rouge-Gorge ou Le Rouge-Gorge Cuisinier.

Si les Français se délectent de viandes en sauce, les Britanniques préfèrent les viandes bouillies. Notre Rosse - beaf, saignant, adapte à sa manière cette dernière préparation que les images d'Epinal ont contribué à populariser, dans la version cannibale, avec au milieu de la marmite tribale un missionnaire desséché entouré de futurs dégustateurs hilares. Il faut d'abord disposer d'une grande quantité d'eau, de grandes casseroles, d'un réchaud à gaz, d'une baignoire pour récolter le sang, et de quelques sacs plastiques pour entreposer la viande bouillie (MAM). Mais auparavant le cadavre doit être découpé dans les règles de lard, comme si on avait devant soi un cochon engraissé. Décrochez toute cette délicate, cette incroyable dentelle de chair, détachez le cœur d'un seul coup, découvrez les tissus derrière la peau, enlevez les cotes, mettez a nu la colonne vertébrale, ôtez la longue enveloppe de muscles tendus sur les os auxquels ils sont accrochés. Un instant d'arrêt pour faire bouillir les scalpels - puis d'un mouvement incurve, audacieux mais habile, plongez dans le crâne trépané, dans le cerveau, et extrayez en l'art si vous le pouvez. Mais vous aurez du sang plein les mains a moins que vous ne le recueilliez préalablement dans des bouteilles, et tout cet art des morts, vous pouvez le saler, mais dans de la saumure - un plat pour vous engraisser quand votre tour viendra (MDF). Cela demande toutefois un certain doigté, un tour de main que l'on n'acquiert qu'après une longue pratique. Pour les pressés, les impatients, ou les malhabiles voici une méthode de découpage moins raffinée et plus expéditive: Un bon couteau et un aiguisoir, un marteau également pour briser les os, comme ça tout rentrera dans les casseroles. Tu aiguises le couteau et tu tranches la colonne vertébrale en deux ou trois endroits, aux vertèbres. Tu coupes la tête, les pieds et les mains. Tu fais sauter les dents également. Tu attends que tout cuise (MAM). Le résultat  n'est pas toujours appétissant. La chair est grise et la peau du visage avait disparu lors de la cuisson; les orbites avaient été vidées (MAM). C'est peut-être pour cela que le meurtrier cuistot a  transvasé le résultat dans des sacs en plastique. Mais des égouts et des odeurs, ça ne se discute pas. Des coups et des douleurs non plus d'ailleurs.

Certains assassins affamés préfèrent la viande crue: Je découvris que le meurtrier avait léché et mangé de petits morceaux du corps de la jeune femme (DS). Après il ne lui reste plus qu'à quitter les lieux. Le tueur se sentait obligé de partir - non par raison de sécurité, mais pour préserver la précieuse saveur de son copieux dîner et emporter ce succulent souvenir en regagnant la nuit froide de la rue (DS). Oui mais voilà, à se montrer trop gourmand le repas pèse sur l'estomac, ce précieux banquet tourna soudain à l'aigre. A peine avait-il décidé de s'en aller que le festin trop riche dont il s'était repu, et toutes ses sauces épaisses, lourdes et gorgées de sang, se mirent brusquement à bouillonner dans ses tripes, lui soulevant l'estomac (DS). Un véritable gâchis, le sang de la fille avait perdu son bouquet, son parfum frais et épicé (DS).

Les bouchers utilisent un artifice pour rendre à la barbaque un moelleux, une tendreté factice, mais le morceau de viande déchiquetée ainsi passée à la torture, en perdant son jus, devient insipide, fade. En un mot, il se ramollit. Un tueur psychopathe invente un matériel, compromis entre le vélo et l'attendrisseur du boucher, qu'il expérimente sur son appendice génital. Mais les résultats ne s'avèrent guère probant, lacérant son organe qui rétrécit, au grand dam de ses partenaires dans des joutes érotiques avortées. Il ne restait pratiquement plus rien de son phallus, sinon quelques lambeaux écarlates (DS). Simple remarque à l'attention du traducteur : le phallus étant l'emblème de la virilité et désignant un membre en érection, il aurait mieux valu employer le terme de verge. Ce qui entraîne frustration, désillusion et malgré tout un intérêt d'ornithologiste confronté à un spécimen inconnu: Ton drôle de petit oiseau est vraiment minuscule, tu ne trouves pas ? (DS). Réflexion quelque peu déplacée puisque c'est la jeune femme qui le cherche. Enfin, avec un peu de bonne volonté, elle parvient à dénicher sa proie: J'en ai vu de toutes sortes, mais le tien est pratiquement inexistant. C'est à peine si je parviens à le trouver, tu vois, je le cherche (DS). 

 

Ingérer autant d'aliments sans se désaltérer est impensable, et notre Rouge-gorge possède une cave dans laquelle l'éclectisme voisine parfois avec la banalité des libations. Le vin y est présent, chichement mais de qualité. Un Mauzac 76, du Pouilly fumé figurent sur la carte, mais préférence est donnée aux liquides d'origine britannique, alcoolisés ou non. Le thé est servi à profusion, ainsi que le whisky et le gin (quoique cette boisson soit un dérivé du genièvre néerlandais). Le gin est employé dans la préparation de cocktails, thé ou gin-tonics. Le haut-de-forme est ainsi baptisé parce que le gin est versé par dessus le tonic, si bien que la première gorgée est de l'alcool pur (BS). La bière, le café instantané et à petites doses le jus de fruits ont également droit de cité. Plus insolite le cidre, boisson ingurgitée par Billy le tueur (MAM). Ce qui nous amène tout naturellement à conclure cet article par une note poétique extraite du Cidre:

                        Orage, odes et espoirs, ô vieille soif ennemie

                        N'ai-je donc tant vécu que pour boire cette lie?

 

*****

 

Je ne mange pas moins de bon appétit parce que je parle à ma nourriture pendant que je me nourris. Plus vous avez besoin de nourriture, plus vous devez la traiter intelligemment, sinon qu'il n'existe pas de nourriture intelligente... Ce que je veux dire, c'est qu'on ne peut tolérer que la nourriture courre en  hurlant sur l'assiette - il est logique de la tuer d'abord. Ensuite vous pouvez lui parler. Mais il est évident que vous ne devez pas vous attacher à votre nourriture si vous voulez pouvoir la couper en morceaux. (Le mort à vif)

 

Article paru dans la revue Polar Hors Série d'octobre 1994.

 

 

BS : Bombe surprise

CA : Crème anglaise

MDF : On ne meurt que deux fois

MAV : Le mort à vif

SQE : Le soleil qui s'éteint

CVM : Comment vivent les morts

DS : J'étais Dora Suarez

MAM : Les mois d'avril sont meurtriers.

MV : Mémoire vive

Repost 0
Published by Oncle Paul - dans Hommage
commenter cet article
11 juin 2016 6 11 /06 /juin /2016 08:08

Des hommes en noir sur des pelouses vertes, cela doit se voir...

Frédéric PRILLEUX présente…Les hommes en noir.

Ces hommes en noir, ce sont ceux qui ne font partie d’aucune équipe, qui courent sur le terrain comme des dératés, qui s’époumonent le sifflet à la bouche, qui se distinguent en portant des habits qui sont différents des joueurs lesquels folâtrent sur la pelouse, et qui tendent vaillamment, le bras rigide, une biscotte, un carton jaune en langage footballistique, ou pis un carton rouge, signification de l’expulsion.

S’instituant manager sélectionneur, entraîneur, et inspecteur, Frédéric Prilleux a sélectionné dix-sept candidats prêts à se lancer dans la fosse aux lions, je veux dire dans les arènes du football, et officier déguisés en homme en noir qui justement ne le sont plus beaucoup habillés de la sorte.

Ne se refusant rien il requiert également l’assistance d’un ex-arbitre international, Bruno Derrien qui inflige un premier avertissement, histoire de mettre la classe au pas.

En bon entraîneur soucieux des règles Fred Prilleux assène le second avertissement. Bien sûr dans ce contingent les vétérans côtoient les jeunots, tous issus de l’amateurisme. Décortiquons donc cette équipe mixte, l’intention de ces prétendants qui ne se prennent pas toujours au sérieux, leurs valeurs, leur conception du jeu, les débordements qui les guettent, leur faculté de rester neutre, leur prise d’initiative, leurs qualités individuelles et leur volonté à faire respecter les règles tout en essayant de rester calme, voire flegmatique.

Car comme dans tout jeu, il existe des règles à appliquer quel que soit l’enjeu. Les aspirants arbitres ont donc été confinés dans une salle avant l’épreuve pratique sur le terrain afin de tester leur souffle, et ont dû sacrifier à la partie écrite, pas toujours évidente. Car il ne leur suffit pas dans l’exercice de leur fonction de reconnaitre un numéro et de le noter sur un petit carnet, ils doivent connaître les lois qui régissent ce sport. Et afin de tester leurs connaissances, ils planchent devant une double feuille A4, en déclinant la règle qu’ils ont tirée au sort et, afin d’éviter toute tricherie, chacun des postulants s’est vu attribuer une loi différente de celle son voisin.

Dix-sept hommes, et femmes qui comme dans le corps arbitral sont peu représentées, dissertent donc sur la loi qui lui est propre et si leurs copies sont jugées satisfaisantes, ils seront reçus ou éliminés. Etant membre du jury des correcteurs je me suis donc attelé à lire leur prose en toute impartialité, et en mon âme et conscience, je peux vous affirmer qu’ils ont tous réussi leur examen de passage.

Figuraient, par ordre de remise des copies, Marc Villard, Jérôme Leroy, Jean-Hugues Oppel, Michel Pelé, Thierry Gatinet, Denis Flageul, Jean-Luc Manet, Thierry Crifo, François Thomazeau, Pierre Cherruau, Olivier Thiébaut, Annelise Roux, Caryl Ferey, Jean-Marie Villemot, Marcus Malte, Jean-Noël Levavasseur et Dominique Sylvain.

Difficile de pouvoir faire émerger un texte par rapport aux autres car chaque sujet proposé et traité étant différent, la comparaison se révèle difficile. Pourtant j’attribue une mention spéciale à Jean-Marie Villemot qui ne profitera pas de son diplôme, étant malheureusement décédé dans les entre-faits, et qui ne s’est pas contenté d’interprété sa vision de la loi qui lui avait été attribuée : Le coup de pied de réparation.

Cette difficulté qu’il s’est volontairement infligé a été de rédiger son texte en alexandrins. Pas moins.

Pendant ce temps ses petits camarades s’évertuaient à coller une histoire à la loi qui leur avait été attribuée. Parmi celles-ci, je pourrais citer : Le terrain de jeu, le ballon, l’équipement des joueurs, l’arbitre, la durée du match, le coup d’envoi et la reprise du jeu, les fautes et comportement antisportifs, la rentrée de touche ou encore le coup de pied de coin, toutes règles à observer et auxquelles les joueurs doivent se plier.

Seulement, et les rédacteurs l’ont fort bien mis en exergue, tout autant les joueurs que les supporters, n’acceptent pas forcément les décisions prises et parfois cela devient la cacophonie et la confusion aussi bien dans les tribunes que sur les terrains. Les empoignades ne tardent pas à se manifester sous forme de coups de poing et de pied. Expulsions puis vengeances touchent aussi bien les professionnels que les amateurs, lors de matchs de coupes ou rencontres hebdomadaires entre clubs de petits villages qui se crêpent le chignon pour des broutilles.

Et les auteurs nous relatent, nous remettent en mémoire quelques bousculades célèbres, quelques tacles bien appuyés, quelques gestes qui ont défrayé la chronique sportive. Mais quoique l’on fasse, il existera toujours des erreurs d’arbitrage, des fortes têtes, des excités, des revanchards, des pots de vin, et quand même de jolis moments de jeu, de passion, de communion. C’est ce que nous démontrent tous ces auteurs qui effectuent leurs reportages à chaud.

N’oublions pas ces répliques cultes que nous rappelle fort justement Thierry Crifo :

Monsieur l’arbitre a toujours raison, n’est-ce pas Jean-Mimi ?

Tout à fait Thierry…

Je précise que point n’est besoin d’être amateur de foot, d’en connaître les arcanes, pour déguster ce recueil.

Frédéric PRILLEUX présente…Les hommes en noir. Collection Petite noire. Editions les Contrebandiers. Parution janvier 2011. 170 pages. 15,00€.

Repost 0
Published by Oncle Paul - dans Nouvelles
commenter cet article
10 juin 2016 5 10 /06 /juin /2016 07:11

Reine des neiges un jour, Reine des neiges

toujours...

Max OBIONE : Reine des neiges et autres gens d'ici.

Ce titre pourrait faire penser à un film d'animation, à un conte féérique, à un monde merveilleux, c'est tout le contraire.

Max Obione aime à se plonger dans le quotidien ordinaire des petites gens, des sans-dents, des sans avenir, des exclus de la normalité, traquant le sordide derrière les portes closes ou étalé de l'autre côté du soleil. Ce qui n'exclue pas l'amour, l'amitié, l'humanisme, le rêve, l'espoir, même si celui-ci possède un goût de frelaté. Et ce n'est pas parce que ce sont des défavorisés de la nature qu'il faut attenter à leur dignité, à leur honneur, à leur intégrité.

Ainsi dans Le petit légume, la narratrice n'accepte pas qu'un homme recueilli par sa mère afin qu'il se repose, dénigre son grand-frère. A dix ans, on sait quand quelqu'un se moque des autres, et que cet individu soiffard et sans gêne traite Jean-Mi de Petit légume, cela la révolte. Ce n'est pas parce que Jean-Mi est couché dans une caisse, qu'il possède deux nageoires en guise de bras et de mains, qu'il ne peut s'exprimer qu'avec les yeux, qu'il faut lui manquer de respect.

Reine des neiges, c'est la vieille dame qui s'assied tous les jours à la même place dans le bus, étalant autour d'elle ses cabas. Elle est assurée de s'installer au même endroit car l'odeur qui se dégage d'elle n'est pas recensée par les parfumeurs de Grasse. Pourtant la narratrice n'hésite pas à lui parler et lui faire narrer son aventure, le pourquoi de Reine des neiges.

Ankylose pourrait être une nouvelle mouture du Blé en herbe, ou au livre Le Rouge et le Noir que le jeune narrateur est en train de lire, car la copine de maman qui vient passer quelques jours chez eux, au Havre, le rejette après l'avoir dessalé dans l'eau de mer. Ce n'est pas parce que Josiane travaille à l'ORTF, qu'elle est considérée comme une traînée par sa mère qui a les idées qui ne descendent jamais en dessous de la ceinture, qu'elle doit se moquer de lui.

Le pied de Jeanne n'est pas une histoire bancale mais l'aventure d'une jeune femme devenue détective privée à la suite d'un accident lorsqu'elle était policière. Elle se fait draguer par un homme portant beau sur lui dans une boîte de nuit. Elle n'est pas une danseuse accomplie, pourtant il l'invite à échanger leur salive et plus si affinité. Et ce n'est pas la jambe artificielle de Jeanne qui va l'empêcher de prendre son pied.

Entre hier et aujourd'hui, Max Obione nous présente sa ville d'adoption, Le Havre. Ainsi dans Momo au présent, nous sommes en 1951, lorsqu'Auguste Perret visite un chantier de la reconstruction d'après-guerre. Et que certains en profitent pour faire leur blé en chapardant du ciment.

Canon, c'est peut-être la mère qui l'est, physiquement, mais c'est surtout son travail. Elle est femme-canon dans un cirque. Quant à sa fille, elle est obligée de supporter son frère qui est toujours dans son dos.

Un groupe rock auditionne des candidats afin de remplacer au pied et à la voix levés leur chanteur défaillant. Big Dicky Joe, le dernier à se présenter, semble être le bon, et ce qui les étonne, c'est que pour eux c'est un parfait inconnu alors qu'il possède de nombreuses références.

Un vieux danseur cire consciencieusement sa paire de chaussures, des Carlito, vestiges d'un passé de gala. Il formait avec Maddy, son épouse, un couple de danseurs renommés qui écumait les concours, jusqu'à Las Vegas. C'était le bon temps décrit dans Fin de Maddy.

 

Treize nouvelles qui mettent en scène surtout des femmes, soit comme protagonistes principales, soit comme seconds rôles indispensables. On le sait, le poète l'a chanté, la femme est l'avenir de l'homme. Dans la vie comme dans la mort. Alors, sordides, ces histoires, oui, mais poignantes, tristes, dans lesquelles l'humour noir féroce, caustique, dilue la désespérance, la pitié et la compassion. Une joie de vivre factice, et pourtant une grande envie de vivre... autre chose.

Max OBIONE : Reine des neiges et autres gens d'ici. Nouvelles. Collection Cappucinos. Editions des Falaises. Parution mai 2016. 140 pages. 12,00€.

Repost 0
9 juin 2016 4 09 /06 /juin /2016 13:05

Mois de mai joli, mois de fièvre et de sève, mois de liesse.

Jacques MONDOLONI : Fleur de rage ou le Roman de Mai.

Délaissant pour un temps - des cerises - le roman noir, Jacques Mondoloni nous entraîne dans la cueillette primesautière de ses souvenirs. Souvenirs de printemps, alors que les pavés fleurissaient dans les mains des étudiants et que ceux-ci offraient leurs bouquets aux flics hilares, bâtons de guignol dans les mains. Souvenirs de jeune déluré, sonorisateur engagé‚ pour accompagner Chanteur Engagé par une station de radio périphérique.

Mois de mai joli, mois de fièvre et de sève, mois de liesse.

Chanteur Engagé est la vedette du Car Podium et bien content de porter la bonne parole aux ruraux et provinciaux. Engagé mais pas intellectuel, le Chanteur. Populaire. C'est la consigne. Etre et rester populaire.

 

Le narrateur, embarqué dans cette galère, entre province et Paris, entre sono et lumière, entre pétards et turbulence, entre théâtre en plein air et Odéon. Le bon vieux temps où les étudiants bizutaient les syndicats, où les hommes politiques tiraient à eux une couverture effilochée, où flics et grévistes se tenaient par la main dans une ronde enflammée, prémices de la Saint-Jean et des départs en vacances. Il faut bien que jeunesse se passe et la turbulence d'un enfant témoigne de sa bonne santé.

 

Merci Jacques de l'avoir fait, et nostalgie livre de chevet. Mondoloni joue des phrases comme des ricochets. Les verbes se catapultent, billes de flippers renvoyés par les plots des événements. Mai, j'y étais, vieux grognard sans étiquette ni distinction.

 

Ce roman est précédé d'extraits de Tenue de galère, publié en 1991 aux éditions Denoël.

Les tribulations d'un ingénieur du son, surnommée la Boue, et de ses compagnons, l'éclairagiste, les musiciens, le secrétaire de J.B., la révélation de l'année 87, lors d'une tournée de l'Idole. Il ne faut pas oublier les groupies qui accompagnent l'Idole, mais également Marie-Jeanne que les musicos et les techniciens se partagent allègrement entre deux canettes. Marie-Jeanne, plus ou moins bien roulée mais toujours en pétard !

Les difficultés avec les bénévoles des communes dans lesquelles J.B. et ses accompagnateurs doivent se produire, la grève envisagée afin d'obtenir une augmentation, les voyages de nuit après le spectacle et le débranchement des spaghettis de fils électriques, les beuveries et les réveils difficiles, l'annonce impromptue de l'arrivée des femmes de J.B. et de la Boue, les deux F. pour Fantôme et Framboise, qui débarquent le thermomètre à la main pour bien signifier que c'est le moment propice pour procréer, la méthode Ogino à l'envers en quelque sorte, relâche dans un gîte-château... et... Bref, la galère quoi !

Narrée sur un mode caustique et humoristique, cette histoire, Jacques Mondoloni l'a peut-être vécue, ou tout au moins il en a emprunté des séquences véridiques pour décrire le monde du spectacle et surtout des intermittents. Lui-même ayant été sonorisateur-régisseur, il sait ce dont il écrit et c'est réjouissant en diable, sauf pour ceux qui vivent ce genre de situation mais n'en perdent pas pour autant leur bonne humeur.

 

Première édition Editions le Temps des Cerises. Parution octobre 1996.

Première édition Editions le Temps des Cerises. Parution octobre 1996.

Tenue de galère, publié en 1991 aux éditions Denoël.

Tenue de galère, publié en 1991 aux éditions Denoël.

Jacques MONDOLONI : Fleur de rage ou le Roman de Mai. Préface d'Alphonse Boudard. Réédition Editions Arcane 17. Parution 9 juin 2016. 316 pages. 22,00€.

Repost 0
8 juin 2016 3 08 /06 /juin /2016 14:35

Et que j'écouterai attentivement...

Frédérique VOLOT : Toutes ces choses à te dire.

2003. Alors qu'il fignole un tableau en ajoutant quelques touches de peinture, Ettore se sent mal. C'est vrai qu'il est vieux, qu'il a pas mal bourlingué et vécu d'événements tragiques depuis sa naissance en 1910. En entendant le bruit qu'il produit en tombant, Lucie, sa femme, s'inquiète et prévient immédiatement les autorités médicales. Mais elle sait, et elle en a confirmation, qu'Ettore n'en a plus pour longtemps. Il est usé. Il réclame son violon, qui ne l'a jamais quitté, et demande à voir Ange, sa petite-fille partie en Russie où elle a trouvé un compagnon afin de lui transmettre un message, lui confier une mission.

 

Défilent alors dans la tête d'Ettore sa vie tumultueuse et mouvementée, ses pérégrinations de Gorizia jusqu'à Vittel, son enfance, son adolescence à Trieste, puis son départ pour la France et son installation dans les Vosges.

En cette année 1916, la guerre fait rage entre l'Autriche-Hongrie et l'Italie, et le premier fait marquant dont se souvient avec précision, c'est le laitier qui perd la tête. A cause d'un obus. Les Italiens se sont rendus maître de la province et l'ont annexée. Et les exactions envers les Slovènes sont nombreuses. Les années passent, la famille est obligée de se rendre à Trieste, mais les Slovènes doivent se soumettre à la férule des Italiens, bientôt dirigés par Mussolini. Une forme d'épuration raciste débute envers les habitants de cette province qui est tombée dans leur giron.

Les années passent, dans la douleur et la pauvreté. Pourtant Ettore et sa famille vont trouver du soutien parmi leurs compatriotes, les Slovène devenus Italiens de force. Il va apprendre à lire, à écrire, la moindre des choses, mais surtout à jouer du violon. Certains membres de sa famille osent défier les autorités et fuient vers l'Argentine. Ettore gagnera la France, en 1930, il a vingt ans, mettant plusieurs mois avant d'atteindre une petite station thermale des Vosges, et grâce à son violon, intégrera une formation musicale qui se produit dans les bals populaires. Il possède aussi dans ses bagages une solide formation de cordonnier-tapissier-ébéniste. Le travail ne manque pas et il fait la connaissance de Lucie.

Lucie a grandi entre frères et sœurs, une mère aimante mais brutalisée par un mari ivrogne. Elle est née en 1914, et sa jeunesse est marquée par les taloches paternelles. Sauf lorsqu'il est obligé d'aller sur le front combattre les Allemands. Mais à son retour, les brutalités vont empirer et l'atmosphère est électrique. Heureusement, parfois, il se rend chez une amie, alcoolique elle aussi, et pendant ce temps il suspend les coups destinés à sa femme et ses gamins, sauf l'aîné, le chouchou.

Lucie devient vendeuse dans une pâtisserie chic, et c'est ainsi qu'elle fait la connaissance d'Ettore, venu acheter quelques friandises entre deux bals. C'est le coup de foudre bientôt suivi par les prémices du nazisme. Les esprits racistes commencent à bougonner, à râler contre ces étrangers qui prennent la place des Français. Néanmoins, Ettore et Lucie vont se marier, en catastrophe car une descendance est programmée, et ils peuvent s'installer quiètement.

Les vexations ne manquent pas, enflent de jour en jour, mais Ettore est un excellent ouvrier et nul ne peut lui reprocher un travail bâclé. Bientôt la guerre se profile, et un jour de 1943 les gendarmes viennent chercher Ettore pour l'envoyer dans un camp de travail, une concentration d'étrangers italiens, yougoslaves, russes vivant en France et ayant fui la dictature régnant dans leur pays, dans la forêt d'Eperlecques. Ettore fait partie des étrangers en surnombre dans l'économie nationale. L'enfer subi par des centaines de prisonniers gardés par des soldats russes, qui se montrent pires dans les exactions que l'envahisseur allemand.

 

Roman historique, inspiré de faits réels et dont une grande partie est issue de la biographie familiale, Toutes ces choses à te dire est un exemple de courage de la part d'hommes et de femmes qui subissent la vindicte, le racisme, la ségrégation forgée par des dictatures et des guerres ethniques et religieuses. D'abord entre l'Empire austro-hongrois et l'Italie puis en France, les vexations envers les étrangers ne manquant pas de s'exprimer en toute liberté et impunité. C'est pour moi la découverte de faits qui se sont déroulés lors de la Première Guerre Mondiale, non loin de nos frontières, la célébration de 14/18 occultant tout un pan de l'histoire européenne.

De même j'ignorais l'existence et l'histoire du camp de Watten, dans le Pas-de-Calais, qui est un véritable abcès. Les étrangers qui y sont parqués, venus se réfugier en France, ont été rejeté par une grande partie de la population, des épisodes indignes d'individus se prétendant civilisés. Et l'on ne peut s'empêcher de mettre en comparaison des événements avec de nombreuses réactions et déclarations politiques actuelles tendant à faire croire que s'il y a du chômage, c'est de la faute des réfugiés issus de divers pays européens ou africains, et le parcage dans des camps de rétention. Toujours dans le Pas-de-Calais.

Un roman du souvenir, dédié entre autres à Ettore/Hector et Lucie, les grands-parents de l'auteur, un roman de la mémoire, poignant, émouvant, touchant, révoltant parfois, qui laisse un goût d'amertume une fois refermé et qui une fois de plus démontre que l'histoire devrait être une leçon de vie et de morale, mais que souvent elle est oubliée et bafouée. L'histoire se répète, et toujours dans le mauvais sens.

On peut juste regretter le titre et la couverture qui font penser à un roman de Mary Higgins Clark et qui ne transmettent pas toute l'émotion contenue dans ces pages.

 

Ne manquez pas l'avis d'Yv sur son blog dont l'adresse figure ci-dessous.

Précédents romans de Frédérique Volot :

Frédérique VOLOT : Toutes ces choses à te dire. Collection Terres de France. Editions Presses de la Cité. Parution 19 mai 2016. 352 pages. 21,00€.

Repost 0
7 juin 2016 2 07 /06 /juin /2016 13:47

La peinture à l'hawaïle
C'est bien diffic'hawaïle
Mais c'est bien plus beau
Dalida la di a dadi
Que la peinture à l'eau *

 

Michel DRESCH : Le plasticien.

Pour un beau tableau, c'est un beau tableau. Et le concierge qui découvre cette scène haute en couleurs pourrait penser à une nouvelle composition de Kovacs, le peintre plasticien qui vit dans l'appartement-atelier de la rue Neuve-Tolbiac.

Mais il s'agit bien de Kovacs couché sur le dos, les mains jointes sur la poitrine, les yeux fermés. Comme un gisant qui serait endormi. Sauf que l'ultime œuvre de Kovacs, c'est lui-même, mort. Plus incongrus, les multiples dessins qui ont été enfournés dans son pantalon. Et dans la bouche un morceau de chiffon imprégné de peinture fraîche.

Le pipelet prévient immédiatement Johanna, la compagne du plasticien et dont ses relations avec Kovacs étaient plutôt élastiques. Il la trompait ouvertement, elle essayait de lui remonter le moral lorsqu'il était en crise. Toutefois elle est étonnée qu'il se soit remis à peindre, car Kovacs avait abandonné l'aspect pictural pour se consacrer d'abord à des œuvres modernes commandées notamment par des municipalités nouvelles, puis depuis quelques années à des Installations, des structures répétitives qui connaissaient un réel succès.

Ce meurtre serait-il l'œuvre (!) d'un confrère jaloux, de Johanna trop souvent blessée moralement et quelque peu jalouse, d'un larron extérieur à la pratique des arts plastiques ? Pour le commissaire Joubert, qui débarque dans le domaine artistique, lui qui est plus habitué aux tripatouillages politiques, et son adjoint Lucas, c'est la bouteille à l'encre. Il lui faut démêler les liens complexes qui unissaient Kovacs à des personnages aussi différents que Johanna la maîtresse, Axel l'ex-mari, Marie-Paule la nouvelle maîtresse, Lassus le galeriste, les autres peintres qui se réunissent dans d'anciens entrepôts de Bercy. En réalité peu de monde, car tout tourne autour des quatre premiers nommés et de leurs relations bizarroïdes, compliquées, et dont les obstacles ne manquent pas de surgir à tout moment.

 

Dans une intrigue classique où évoluent peu de personnages, lesquels avaient tous une raison plus ou moins légitime pour supprimer le plasticien, lequel n'était pas un homme sans reproche, le propos de Michel Dresch est surtout de décrire le monde de l'art moderne sous ses différents aspects. La tension conceptrice, le besoin moral et financier de reconnaissance, les différents acteurs qui gravitent dans le domaine artistique du créateur rongé par les affres de l'innovation et du succès, au marchand d'œuvres d'art dont souvent il dépend, un microcosme dédié à l'art plastique et pictural, un monde en réduction qui se déploie sous les yeux du profane que je suis et a tout autant été conquis par cette description que par l'intrigue elle-même.

 

*Bobby Lapointe.

 

Pour en savoir plus sur cette collection ArtNoir et ses ouvrages n'hésitez pas à visiter le catalogue :

Michel DRESCH : Le plasticien. Collection ArtNoir. Cohen & Cohen éditeurs. Parution le 24 mars 2016. 222 pages. 20,00€.

Repost 0

Présentation

  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
  • Contact

Recherche

Sites et bons coins remarquables