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6 février 2016 6 06 /02 /février /2016 14:14

Quand on vous dit, mesdames, de ne pas trop vous maquiller !

Béatrice EGEMAR : Le Fard et le Poison.

Si la comtesse de Lignac est venue s'installer dans le couvent de l'Assomption afin de se reposer, c'est mal connaître ce qu'il s'y déroule.

Pas tout le temps, d'accord, mais ce jour là, en descendant l'escalier, elle aperçoit, allongé sur les tomettes qui recouvrent le sol, le cadavre d'une novice. Morte.

Un spectacle horrible qui suit celui, charmant, que regardait peu de temps auparavant, Madame de Lignac par la fenêtre de son appartement. Les gamines mises en pension et qui s'ébrouaient lors de la récréation, dont une jolie fillette ayant pour nom Alexandrine Lenormant d'Etiolles, la fille de Madame de Pompadour.

Selon toute probabilité sœur Agnès est tombée dans l'escalier et s'est tuée en se cognant la tête contre une marche. Sœur Angélique est effondrée. Les deux religieuses étaient si proches. Aussitôt François Vernet le chirurgien de l'institution est prévenu. Mais surtout il faut mettre les jeunes pensionnaires à l'abri, afin de leur éviter un traumatisme. Sœur Antoine se rend auprès de la Supérieure car elle a une communication importante à lui confier, quelque chose qui la tourmente concernant sœur Agnès.

 

Dans son laboratoire où elle prépare avec amour et quelques ingrédients choisis potions, pommades, fards et autres substituts de beauté, Marie-Anne, dite Manon, est dépitée. Son lait virginal (un cosmétique, je précise) a tourné. Elle a vingt ans, s'est mariée avec Joseph Vérité, un garde-française, et reprend avec bonheur la boutique familiale, le Bouquet de Senteurs, en compagnie de son frère Claude et de quelques employés dont Louis, Rosine, et son neveu Jean-Baptiste, un gamin qui présente des signes d'autisme, même si cette maladie était inconnue à l'époque, mais qui possède un nez, lequel appendice sera d'un grand recours à Manon plus tard. Si elle mène la baraque avec vivacité, bonheur et intelligence, ses fards étant fort prisés, c'est Claude qui en est le propriétaire officiel, car en ce temps les femmes n'avaient pas voix et voie au commerce.

François Vernet, son beau-frère époux de sa sœur Catherine, vient lui rendre visite et lui annonce le drame du couvent. Or la sœur de François Vernet, elle-même religieuse dans cette communauté sous le nom de sœur Antoine, lui a appris qu'elle avait lavé le couloir après la chute de sœur Agnès et qu'il y avait du sang sur un chandelier. La supérieure n'avait été convaincue par les assertions de sœur Antoine, qui a parfois un comportement trouble. Mais cela suffisait-il pour enfermer la religieuse à la Salpêtrière, dans la partie réservée aux folles ? Et si sœur Antoine ne délirait pas et avait réellement vu du sang et l'avait effacé avec un linge ?

 

Manon profite de livrer savons et autres produits à madame de Lignac à l'Assomption et en profite pour rencontrer madame Dornoy, la gouvernante d'Alexandrine, et la belle Anne-Sophie de la Forge, la sous-gouvernante, il faut bien deux personnes pour s'occuper de la fille de Madame de Pompadour, sinon plus. Elle désire en apprendre un peu plus sur le drame qui s'est déroulé peu de temps auparavant. Nicole du Hausset, sa marraine et femme de compagnie de madame de Pompadour, est venue rendre visite à Alexandrine et Anne-Sophie est intéressée par ce genre de confidences.

 

Mais l'attention de Manon va bientôt être accaparée par une autre affaire qui risque de nuire à son commerce. Des fards provenant de son laboratoire ont été empoisonnés, et madame de Pompadour semble en être la principale destinataire. Pourtant c'est une jeune soprano qui, pour interpréter un rôle dans Les Indes Galantes de Rameau, s'était maquillée et en a subit les funestes conséquences. Funestes pour son visage défiguré par des boursouflures purulentes. Mais qui donc peut en vouloir à Madame de Pompadour, si c'est bien elle qui était visée ? Comment le boîtier contenant la poudre a pu atterrir entre les mains de l'actrice ? D'autres victimes seraient-elles à déplorer ? Ou tout simplement un concurrent de Manon n'essaierait-il pas de lui porter préjudice ? Et enfin, le décès de sœur Agnès n'est-il pas lié justement à celle des fards empoisonnés ?

 

De la rue Saint-honoré où est située la boutique le Bouquet de Senteurs à la Salpêtrière, du château de Versailles au château de Bellevue, résidence offerte par Louis XV à la favorite, le lecteur est entraîné dans un roman policier historique de fort bon aloi.

La plupart des personnages qui évoluent dans ce roman ont réellement existé, mais n'ont pas joué forcément le rôle qui leur est dévolu dans cette intrigue.

Manon est l'héroïne principale mais François Vernet, son beau-frère, Joseph, son mari, Jean-Baptiste, son neveu, et le lieutenant général Berryer vont prendre une part auxiliaire mais non négligeable dans la résolution de cette énigme. Manon, une forte femme, moralement, dans un XVIIIe siècle dans lequel les femmes n'avaient guère droit au chapitre, et ne pouvaient s'occuper d'affaires commerciales, n'est mariée que depuis un peu plus de six mois. Pourtant elle commence à se languir et à se demander quelle va être sa vie avec un mari souvent parti pour obligations militaires. De plus Joseph, sans être volage, revoit de temps à autre Violette, qui fut sa maîtresse, et est devenue une mamie de Manon. Violette, qui interprète un petit rôle dans Les Indes Galantes et qui a trouvé dans la loge de la soprano, un coffret contenant les fards empoisonnés appartenant à Madame de Pompadour, plongeant Manon dans des affres indescriptibles. Car ce coffret provient de sa boutique, Violette inconsciemment déclenchant toute cette histoire.

Apparemment, Béatrice Egémar possède une affection particulière pour les prénoms en A. Outre Marie-Anne dite Manon et Anne-Sophie de la Forge, évoluent Alexandrine, Agnès, Angélique, sœur Antoine, Aimée, Aglaé et quelques autres. Mais peut-être était-ce l'époque qui voulait cela.

 

Béatrice EGEMAR : Le Fard et le Poison. Editions Presses de la Cité. Parution le 14 janvier 2016. 368 pages. 21,50€.

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5 février 2016 5 05 /02 /février /2016 09:05

Maintenant on dit Préposé à la distribution du courrier. Avec une telle dénomination à rallonges, m'étonne pas que le courrier arrive en retard !

David BRIN : Le facteur

Nous sommes en 2011 (le roman date de 1985, précision utile, il me semble) et Les Etats-Unis, suite à des émeutes post-atomiques, ne sont plus que décadences et ruines.

Des communautés vivotent ou survivent selon des moyens de fortune dans ce pays qui est devenu les Etats-Unis Restaurés d'Amérique.

Gordon Kranz court les bois à la recherche, de ces communautés mais les dangers sont nombreux. Au froid et à la difficulté de trouver son alimentation, s'ajoutent les bandes de pillards, les Survivalistes.

Dépouillé par des bandits lors d'une confrontation avec ceux-ci il découvre par hasard le cadavre d'un facteur des Postes des Etats-Unis. Endossant les habits de l'employé administratif, il va s'efforcer de réunir les différents groupes éparpillés dans la nature sauvage grâce au système du courrier.

Il rencontrera successivement Le Cyclope, ordinateur vestige d'une communauté scientifique un peu plus épargnée que d'autres, puis le chef indien Pawotan.

La restructuration ne va pas sans difficultés, les dangers sont nombreux, mais seule la bonne transmission du courrier peut encourager la population à résister aux hordes bien entraînées et supérieurement équipées des Survivalistes.

 

Un roman axé sur la solidarité et le refus de la résignation. L'ancien slogan de la Poste française trouve là toute sa signification : Les hommes qui relient les hommes. Ce qui n'est guère vrai de nos jours.

 

Première édition : Editions J'ai Lu. Collection Science-fiction N°2261. Parution septembre 1987. 448 pages.

Première édition : Editions J'ai Lu. Collection Science-fiction N°2261. Parution septembre 1987. 448 pages.

David BRIN : Le facteur (The Postman - 1985. Traduction de Gérard Lebec). Editions Milady. Parution 18 septembre 2015. 480 pages. 8,20€.

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4 février 2016 4 04 /02 /février /2016 15:14

Vous pouvez y entrer sans crainte,

il a été dépoussiéré !

Jacques BAUDOU : Au grenier des sortilèges.

Après avoir publié de nombreuses anthologies dans le domaine du roman policier, découvrant quelques auteurs qui ont eu les honneurs d'être édités dans de grandes collections par la suite, après avoir rédigé, seul ou en collaboration des essais et des études, dont Le vrai Visage du Masque et Les Métamorphoses de la Chouette, après avoir été chroniqueur au journal Le Monde dans la rubrique Science-fiction et Fantastique, rédigé de nombreuses préfaces ou présentations pour des volumes Omnibus, créé une revue Enigmatika, dans laquelle il signait des articles sous le pseudonyme d'Anne Matiquat, tout en étant animateur culturel à Reims créant le Festival du Roman et du Film Policiers puis Les Rencontres européennes puis internationales de la Télévision... et j'en oublie, il fallait bien que Maître Jacques Baudou s'attèle à l'écriture d'un roman, même s'il avait déjà tâté de l'écriture publiant par-ci par-là des nouvelles policières et de science-fiction.

Voilà qui est fait de charmante et pétillante façon, et nous ne le regretterons pas, de nombreuses références littéraires, qui vont de Victor Hugo à Paul Gilson, de Charles Nodier à Jean-Louis Foncine, de Lawrence Sterne à Joseph Peyré, d'Alfred Jarry à Yves Gibeau parsèment le roman et l'enquête de Jonathan, le héros encore une référence à Jonathan Carroll, auteur du Pays du fou rire...

 

Intéressons-nous maintenant à l'intrigue de ce roman qui prend pour décor la bonne cité royale de Reims, ville adoptive de Jacques Baudou.

Jonathan, enquêteur à la Société d'études et de recherches ésotériques et métapsychiques, est convoqué par son directeur pour résoudre deux affaires délicates dont le point d'ancrage se trouve à Reims et dans ses environs.

Tout d'abord, Aristide Forcier, correspondant de la Serem en Champagne, a envoyé un télégramme dont le contenu est pour le moins laconique et intriguant : Événements sidérants à Reims. Envoyez votre meilleur enquêteur. Forcier est connu pour sa fiabilité et n'adresserait pas de demande d'aide sur de simples rumeurs farfelues. Entre autres activités multiples, il édite un fanzine fortéen (de Charles Fort, écrivain américain dont le fond de commerce littéraire étaient les phénomènes paranormaux), l'Intermédiariste.

Et puisqu'il part pour Reims, Jonathan doit en profiter pour se renseigner sur la collection du docteur Octave Guelliot, un médecin puis chirurgien ayant vécu à Reims à partir de 1882, et éventuellement savoir ce qu'elle est devenue. Histoire de faire coup double, cela rentabilise.

Une chambre est réservée dans un établissement rémois et Jonathan après un voyage ferroviaire au cours duquel il a pu découvrir la campagne champenoise, rejoint à pied son hôtel. Cela lui permet de prendre le pouls de la cité et d'assister, en passant devant le Manège, à un phénomène étrange dont il est le seul témoin. Une représentation du Wild West Show, le cirque créé par William Cody, alias Buffalo Bill, lors de sa tournée européenne. Bizarre.

Puis il contacte Forcier qui lui donne rendez-vous pour le lendemain. N'ayant rien de spécial à faire de sa soirée, il décide de dîner en ville mais auparavant il s'enquiert auprès du réceptionniste de lui indiquer quelle rue serait propice pour lui offrir la meilleure idée de Reims. Et c'est ainsi qu'il déambule (je vous épargne le trajet qui est indiqué dans l'ouvrage) et entend une voix rocailleuse vociférant La sphère est la forme des anges... Cette fois encore il est le seul témoin auditif de ces paroles sibyllines.

Le mieux est encore de se restaurer, et il entre dans un restaurant attiré par l'enseigne, El Diablo, restaurant mexicain. Le repas est excellent mais la serveuse est sublime avec sa mèche blanche. Et il se promet d'y retourner, aussi bien pour les plats que pour la jeune femme.

L'entretien qu'il a le lendemain avec Forcier est riche d'enseignements. De nombreuses personnes ont été les témoins d'un phénomène étrange, dont s'est fait l'écho le journal local : un Spring-heeled Jack aurait agressé quelques individus qui ne demandaient rien à personne, et dont l'origine est ancrée dans l'imaginaire victorien. Jack Talons-à-Ressort, en français, et dont vous pouvez vous faire une opinion visuelle ci-dessous.

Jacques BAUDOU : Au grenier des sortilèges.

 

La seconde apparition collective s'est déroulée près de la bibliothèque Carnegie. Une photo prouve que cette apparition fut réelle et non imaginaire. Un château, un burg romantique était imprimé dans le ciel, mais positionné à l'envers. Jonathan va être confronté à d'autres manifestations, auditives ou visuelles, et son enquête va le mener, en compagnie de Forcier jusqu'en forêt de Verzy, au milieu des faux, ou hêtres tortillards, des arbres difformes.

Le hêtre tortillard (Fagus sylvatica f. tortuosa) est notamment connu par les Faux de Verzy près de Reims.

Le hêtre tortillard (Fagus sylvatica f. tortuosa) est notamment connu par les Faux de Verzy près de Reims.

Cette enquête-aventure de Jonathan est prétexte à déambulations dans Reims et son voisinage, sorte de guide touristique à usage des curieux d'un héritage culturel, immobilier et littéraire.

C'est ainsi que l'œil (et même les deux) de Jonathan est attiré par la devanture d'une boutique qui expose, entre autres objets, des disques vinyles, des Vautours, des Lionceaux, des Pingouins, des groupes rocks français des années 1960.

Et ceux qui comme moi se rendaient tous les ans au Festival du roman et du film policiers se souviendront avec une nostalgie certaine de certains sites. D'ailleurs cette histoire est ancrée dans les années 1980, car le téléphone portable n'existait pas encore. Une époque où l'homme n'était pas encore asservi aux technologies nouvelles de la communication.

Roman fantastique à l'ancienne, dans lequel la violence est exclue, et c'est reposant, l'intrigue reposant sur des images et des manifestations auditives, avec cependant un thème qui est toujours d'actualité malgré les nombreuses déclinaisons qui en ont été faites.

Le crédo de Jonathan se résume ainsi :

Je suis enquêteur pour la Société d'études ésotériques et métapsychiques, une organisation plus sérieuse que sa dénomination pourrait le laisser supposer qui a pour but de démêler le vrai du faux, de trier les événements étranges ou d'apparence fantastique pour se concentrer sur ceux qui résistent aux explications rationnelles.

Je gage que nous retrouverons Jonathan dans d'autres aventures, du moins c'est ce que j'espère.

Pour tout savoir sur Jacques Baudou :

Jacques BAUDOU : Au grenier des sortilèges. Collection Noire N°80. Editions Rivière Blanche. Parution novembre 2015. 184 pages. 17,00€.

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3 février 2016 3 03 /02 /février /2016 09:45

Pas étonnant avec l'augmentation du prix des péages...

Maxime GILLIO : Les disparus de l’A16.

Dès la première page, le ton est donné : « Mais comme on est dans un polar sérieux, je ne vais pas m’abaisser à écrire toutes ses répliques en petit rosbif. Faites juste un léger effort d’imagination ».

C’est un peu comme du…. Continuons.

Virginia Valmain, célèbre détective de la région Nord, basée à Dunkerque, a une pile de dossiers et d’affaires à traiter, mais elle se laisse séduire non pas par la cliente dont le fondement a du mal à être absorbé par un fauteuil en cuir et qui lui fait face, mais de la demande de recherche qu’elle lui propose. Que le mari de madame Slatter ait disparu, vu la dégaine de sa conjointe serait un acte pardonnable, sauf que le dit époux est camionneur, qu’il transportait de la farine destinée à l’alimentation du bétail, qu’il n’a pas donné de ses nouvelles depuis six mois, et surtout que la dernière fois où il a été aperçu c’est à Saint Folquin.

Or il semblerait que ce patelin, et ses environs, serait le nouveau triangle des Bermudes du Nord, dans lequel se seraient volatilisées quatre autres personnes, deux Français dont une femme, un Belge et un Allemand. Du pain béni pour la réputation de Virginia selon Mère-Grand, alias la tante de notre détective et dont Lao-Tseu partage le point de vue.

Attardons nous quelque peu sur ces deux nouveaux personnages qui entrent dans le décor. Mère-Grand, c’est 1,60 m à peine, pour près de 100 kg dont 15 au moins de nibards, deux sacs à farine en guise de poitrine, la petite cinquantaine bien marquée sur le visage, et dont la consommation d’alcool avoisine la demi bouteille de Bourbon. Si vous ne me croyez pas, lisez le livre, c’est Virginia qui décrit sa tante en ces termes. Et encore, je n’ai pas tout dit, ou écrit.

Quant à Lao-Tseu, de son vrai nom Sidi Coulibaly, géant noir d’origine malienne, il doit son surnom à sa propension à citer le philosophe chinois, capable de mémoriser tout ce qu’il lit et limite autiste. Des personnages à la Dubout, et la galerie en comporte bien d’autres sur lesquels je fais l’impasse, sinon vous échapperiez au charme de la lecture. Je poursuis.

Voilà donc Virginia en pleine enquête à Saint Folquin, accompagnée d’un troisième larron, Curly, ainsi appelé à cause de la ressemblance de son appareil supposé reproductif qui n’est guère plus conséquent que ce gâteau apéritif.

Le village est envahi par des touristes voyeurs venus s’imprégner de l’atmosphère trouble de la bourgade et ils retrouvent avec un plaisir mitigé Adam Bathany, un policier qui a déjà goûté aux faveurs de Virginia. Les relations entre notre quatuor d’enquêteurs et certains villageois soulèvent des vagues. Les membres des familles des disparus, que rien ne raccorde entre eux, ne sont pas forcément perturbés par les disparitions, sauf lorsque leur vie privée et familiale subit des désagréments.

 

C’est un peu comme du…, écrivais-je en début de présentation de cette chronique. Je suppose que vous avez deviné que je parlais de San-Antonio, mais première époque. Calembours, interpellations au lecteur, notes en bas de pages, descriptions caricaturales des personnages, un humour omniprésent, tels sont les ingrédients qui composent ce roman agréable à lire, que dis-je à déguster.

J’ai relevé pour le plaisir quelques sentences édictées par Lao-Tseu : « Les paroles sincères ne sont pas élégantes ; les paroles élégantes ne sont pas sincères » ou encore « Ceux qui savent ne parlent pas, ceux qui parlent ne savent pas ». Des pensées que bien des hommes politiques, et d’autres, devraient mettre en application.

J’allais oublier de préciser que Maxime Gillio, spécialiste de l’œuvre de Frédéric Dard, est membre de l’association Les Amis de San Antonio, et qu’il est (ou était, je ne sais plus) le rédacteur en chef de la revue Le Monde de San Antonio. Il n’a pas écrit une parodie, ou un pastiche, mais plutôt une forme d’hommage.

Dernière précision : la détective narratrice se nomme Valmain, comme Frédéric Valmain, auteur de romans policiers qui signait également James Carter, et dont certains affirment qu’il ne s’agirait que d’un des multiples pseudo de Frédéric Dard. Mais ceci est une autre histoire.

Première édition Polars en Nord N°55. Editions Ravet-Anceau. Parution novembre 2009. 224 pages.

Première édition Polars en Nord N°55. Editions Ravet-Anceau. Parution novembre 2009. 224 pages.

Maxime GILLIO : Les disparus de l’A16. Collection Thriller N° 11261. Editions J'ai Lu. Parution le 3 février 2016. 286 pages. 5,00€.

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2 février 2016 2 02 /02 /février /2016 09:12

Mais quelle petite demoiselle ? C'est un secret...

Jess KAAN : Le secret de la petite demoiselle.

Alors qu'il est en train d'honorer sa belle-sœur, son mari étant parti pour affaires, Ernest Hornes, qui pallie ainsi la défection de son frère pour la plus grande satisfaction de sa partenaire, est dérangé par le coup de sonnette d'un jeune télégraphiste qui lui remet un pli le mandant de suite et immédiatement.

Besoins talents. Malo-les-Bains. Urgent. Decoopman.

Une invitation laconique qui ne déstabilise pas Hornes. Et peu après il est fin prêt, et débarque en gare de Dunkerque en ce mois de juillet 1903. Les retrouvailles avec Decoopman sont celles qui régissent les rapports entre deux amis. Aujourd'hui homme de confiance du maire de Malo-les-Bains, station balnéaire en plein développement touristique sise près de Dunkerque, Decoopman travailla dans une autre vie au ministère de l'Intérieur, quant à Hornes, son passé est plutôt trouble aussi nous ne nous attarderons par dessus.

Deux personnalités influentes de la cité, ou de sa grande sœur Dunkerque viennent d'être découvertes mortes. Le premier s'était pendu et le dernier en date a été retrouvé noyé. La version officielle qui a été donnée en pâture aux journalistes. En réalité Thébord avait été enseveli dans le sable, seule la tête dépassant. Toutefois quelque chose relie ces deux morts : des roses blanches ont été déposées chez les victimes. Une signature qu'il convient de déchiffrer.

Hornes, ou plutôt Darras, selon les vrais faux papiers en sa possession, s'installe dans un hôtel coté malouin, et lorsqu'il voudra rencontrer son ami, il lui suffira d'emprunter le véhicule hippomobile conduite par Marcel, le cocher, sur la plage, près des cabines de bains.

Leberghe, le pendu, et Thébord l'ensablé noyé, avaient l'habitude de jouer en compagnie d'autres personnages au casino, et Hornes, qui se prétend auprès du directeur comme dirigeant d'une petite fabrique de porcelaine près d'Arras, s'y rend afin de pouvoir infiltrer ce groupe. Il souhaite, prétend-il, faire la connaissance d'hommes d'affaires, afin d'étendre ses activités, et le directeur le présente à ces joueurs assidus dont une femme, Félicie Duval. Les premiers contacts sont cordiaux et le charme d'Hornes-Darras opère sur Félicie (aussi !) et il va jusqu'à la raccompagner chez elle, une grande villa malouine, et on les laissera sur le pas de la porte.

Il repère le manège de deux individus qui rôdent près de chez Félicie, les met en fuite en fuite, et puis s'enquiert de leur identité. Il fait également la connaissance de Denise, la jeune bonne de l'un des membre du groupe d'habitués du casino, des investisseurs. Mais un autre membre est assassiné, et Hornes recueille l'une des fleurs blanches afin de la faire analyser par l'un de ses amis horticulteurs et d'en déterminer la provenance.

L'hécatombe continue et lui-même se trouvera à plusieurs reprises dans des situations périlleuses et délicates. Et ce n'est pas parce qu'il pratique la savate et le Jiu-jitsu qu'il annihile du premier coup les coups bas à bas coût de ses agresseurs.

 

En cette année 1903, le ressentiment envers l'Allemagne est encore très profond. Et les investisseurs qui vitupèrent contre l'ancienne Prusse qui a annexé l'Alsace et la Lorraine ne sont pas les seuls à s'exprimer véhémentement et même à souhaiter une revanche prompte, rapide et efficace.

Parmi les rencontres de Darras-Hornes, un jeune adolescent de treize ans, ayant plus la dégaine d'une asperge que une endive, avec lequel il s'affronte à la nage dans la Mer du Nord. Un gamin sportif qui passe ses vacances en compagnie de ses parents et qui plus tard fera parler de lui : Charles de Gaulle.

Si les roses blanches jouent un rôle primordial dans cette intrigue, il ne faut pas croire qu'à cette époque cette célèbre chanson misérabiliste interprétée par de nombreux artistes, dont Berthe Sylva, était une rengaine sur toutes les lèvres puisqu'elle n'a été écrite qu'en 1925 par, pour les paroles, Charles-Louis Pothier et, pour la musique, par Léon Raiter.

Mais quelle est donc cette demoiselle dont il est question dans le titre ?

Une jeune fille qui aurait disparu ? Une grosse crevette qui est également appelée demoiselle dans certaines régions ? Un avion construit par Santos-Dumont ? Un insecte type libellule ? La carcasse d'un canard ou le grain de maïs qui servait en cuisine pour les pop-corn ? Une pièce de bois utilisée par les paveurs, appelée aussi hie ou marquise ? Ou encore autre chose ? La réponse est bien évidemment dans l'épilogue !

Roman historique, comprenant de nombreuses références, ce roman policier est aussi un roman d'espionnage, habilement troussé, Félicie aussi, et avec Un Américain sur la Côte d'Opale de Jean-Christophe Macquet dont je publierai sous peu la chronique, ce roman donc inaugure de belle manière la nouvelle collection Belle époque des éditions Pôle Nord, éditions qui avaient fait une entrée remarquée avec sa collection 14/18.

 

L'amour est l'apprentissage de la souffrance, et le chagrin une armure pour affronter la vie.

Jess KAAN : Le secret de la petite demoiselle. Collection Belle époque N°2. Pôle Nord éditions. Parution 15 janvier 2016. 184 pages. 9,00€.

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1 février 2016 1 01 /02 /février /2016 14:05

Bon anniversaire à Horst Bozetsky, dit -Ky,

né le 1er février 1938.

-Ky : Pour le Roi de Prusse

Le commissaire Hans Jürgen Mannhardt est dans une phase de profonde déprime.

Sa femme l'a quitté et ses enfants le déçoivent. Au bout de trente ans de métier, il est complètement désabusé. Alors il se terre dans une cabane de jardin située dans la banlieue berlinoise et passe des heures à lire des ouvrages des deux plus grands poètes allemands, Théodor Fontane et Heinrich Von Kleist.

Le reste du temps il sombre dans la morosité, se réfugiant dans les brumes éthyliques en compagnie de Blaubacke, sémiologue convaincu, et de deux jeunes femmes, Tolldu et Suppenhuhn.

Contrarié, dépressif, il n'arrive même plus à concrétiser son envie de relations sexuelles.

Son supérieur, le docteur Weber, le convoque pour enquêter sur la mort du sénateur Boese. Sa gouvernante a découvert l'homme politique baignant dans son sang, chez lui, alors qu'un jeune homme farfouillait ses poches.

Le commissaire Mannhardt refuse cette enquête mais Weber est à court d'effectif, et il doit s'atteler à cette tâche, bon gré mal gré. Le commissaire, entre deux lampées à sa flasque et en se référant à de nombreuses reprises au code du parfait enquêteur, va tenter de débrouiller cette affaire dans laquelle se trouvent impliqués des adolescents ou de jeunes hommes.

Mannhardt passe d'un suspect à un autre comme une boule de billard renvoyée par les bandes. En même temps, conseillé par Tolldu, il consulte le docteur Junge, spécialiste des maladies psychiques par la thérapie de la réincarnation.

C'est ainsi que le commissaire Mannhardt revit une expérience antérieure en tant que Joachim Ernst von Mannhardt, chambellan et ami de Frédéric II de Prusse, dit Frédéric le Grand. Et cette introspection dans le passé lui fournira, peut-être des éléments de réponse.

 

Avec ce roman, Horst Bozetsky, plus connu sous le nom de Ky, aborde le domaine du fantastique tout en jetant un regard dénué de complaisance sur l'Allemagne des années 1980, empruntant à ses souvenirs d'enfance pour construire son intrigue et se référant à des faits réels pour l'étayer.

Un roman écrit en 1985 dans une certaine ambiance, avec un certain état d'esprit comme le précise Ky dans sa préface. C'était avant le démantèlement du mur de Berlin, événement qui l'aurait empêché d'écrire par la suite ce roman. Pourquoi ? Il ne le précise pas.

Une œuvre forte et parfois déroutante.

 

-Ky : Pour le Roi de Prusse (Friedrich der Große rettet Oberkommissar Mannhardt - 1985 Traduction de Jean-Paul Schweighaeuser). Editions de l'Atalante. Parution septembre 1991. 256 pages.

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31 janvier 2016 7 31 /01 /janvier /2016 10:53

Mais c'est Dieu qui l'a créée ! Il parait...

Stuart KAMINSKY : Et le Diable rencontra la femme

Dans la série Moi j'aime le cinéma, incontestablement on ne peut passer sous silence, et je m'en voudrais de le faire, de passer sous silence donc, les romans de Stuart Kaminsky.

Du moins ceux qui mettent en scène le privé californien Toby Peters. Je ne veux pas dire pour autant que les autres sont moins intéressants, loin de là, mais j'ai comme qui dirait un faible pour ce mec qui a toujours mal au dos. Peut-être une forme inavouée de symbiose.

Revenons à nos moutons comme disait Panurge.

Un des romans de Stuart Kaminsky porte le titre français de Moi, j'aime le cinéma, et qui s'en plaindra, contant l'une des aventures de Toby, l'homme qui enquête dans les milieux cinématographiques hollywoodiens des années 1940 et se retrouve à chaque fois fauché, malgré la qualité de ses clients qui, soit dit en passant, pourraient se fouler un peu plus le poignet en versant l'obole qu'il a largement mérité.

Je sais, j'utilise abondamment des adverbes, surtout en ment, et alors, c'est défendu ? Il me semble qu'ils sont dûment répertorié dans les dictionnaires de bon aloi. Et Bernard Pivot à qui un journal littéraire avait posé la question s'il était pour la suppression des adverbes se terminant pas ment, avait répondu évidemment !

Vous remarquerez que je ne me prive pas, comme les scénaristes ou les feuilletonistes qui divergent afin de faire durer le suspense, à moins qu'ils se trouvent bloqués dans une situation inextricable et demandent à un de leurs copains de leur souffler la suite du texte qu'ils doivent écrire, de prendre des chemins de traverse et d'allonger la sauce.

Dans Et le Diable rencontra la femme (le veinard !), Toby est contacté par le mari de Bette Davis. Il travaille pour un bureau d'études non gouvernemental, s'occupant de recherches aéronautiques confidentielles, et dont le résultat pourrait influer sur la prolongation du conflit modial (je rappelle que cette histoire se déroule en 1943, mais vous le saviez déjà peut-être). Un inconnu lui a téléphoné, le menaçant de créer un énorme scandale, d'enlever sa femme, affirmant posséder un enregistrement dans lequel Bette Davis... (Toby ne veut pas en savoir davantage), bref de lui fournir certains renseignements, notre détective devant assurer la transaction.

Toby accepte le mission, c'est à dire protéger la vedette, et fait appel à ses amis, Gunther le nain, Sheldon le dentiste, Jérémy le poète. Persuadé que le premier mari de Bette Davis ne peut qu'être le maître-chanteur, il décide de s'octroyer également les services d'Andréa Pincketts, le détective le plus louche du monde, avec qui il avait fait équipe à ses débuts quelques années auparavant.

Pinketts se souvient fort bien de l'incident de l'enregistrement, auquel Toby avait lui aussi participé n'étant pas au courant du travail peu ragoûtant qu'il devait alors effectuer et les conséquences qui en résulteraient.

Pinketts et Toby avaient procédé à la demande du premier mari de Bette à un enregistrement des relations charnelles entre l'actrice et un troisième larron, de la conversation explicite échangée et des bruits non moins explicites. Le mari bafoué, je sais dit comme ça cela fait un peu tiré par la queue, avait récupéré l'objet compromettant ignorant que Pinketts en avait réalisé un autre, échangé quelques semaines plus tard contre une coquette somme d'argent.

Toby tente de remonter la filière, mais des tueurs se dressent sur son chemin et il se fait enlever en compagnie de celle qu'il doit protéger. Pas bon pour son image de marque !

 

Cette aventure inédite de Toby Peters, qui a toujours mal au dos et entretient avec sa logeuse des relations non équivoques, d'ailleurs cela ne le tente pas, est un véritable régal aussi bien pour les cinéphiles que pour les autres. Le lecteur découvre une facette de l'actrice qui porte mal son prénom, facette qu'il ne connaissait peut-être pas.

Celle d'une femme qui, malgré son statut de star, n'hésite pas à remonter le moral des troupes, proposant par exemple un lieu de rencontres, de spectacles, aux soldats en permission ou en instance de départ pour le Pacifique. Ou encore, récitant un poème lors d'une soirée organisée entre gens de la petite société.

Un roman qui nous change des serials killers à la mode et donne envie de retrouver le charme des films en noir et blanc.

 

Stuart KAMINSKY : Et le Diable rencontra la femme (The devil met a lady - 1993. Traduction de François Loubet). Collection Grands Détectives N°3011. Editions 10/18. Parution novembre 1998. 240 pages.

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30 janvier 2016 6 30 /01 /janvier /2016 09:18

Être financier, c'est pas du gâteau !

Claude CHARLES : Léo, tout faux.

Un accrochage dans Paris, entre deux véhicules qui se percutent, cela relève du quotidien. Mais pour Sandrine Duflot, qui se présente comme travaillant au Ministère des Finances, plus précisément à la Brigade Financière, c'est la catastrophe. Son capital bonus est en péril.

Pas de problème lui rétorque câlin, Maillard, son percuteur. Lui, c'est Christian, Maillard comme je l'ai déjà précisé, et il est courtier en tableaux. Il achète, il revend avec bénéfice, et roule sur l'or et en 4x4, le tracteur urbain. Les réparations sont à sa charge, de même que le verre de l'amitié qu'il lui propose dans un endroit huppé de Paris, Paris qui est également le prénom de l'héritière de la chaine d'hôtels où ils se donnent rendez-vous. Vous me suivez ? Bien, cela dit, de fil en aiguille se tricote une gentillette histoire d'amour entre notre jeune femme et le quinquagénaire, ou supposé tel.

Sandrine aussi a menti, mais subjuguée par Maillard elle rectifie le tir. En réalité elle travaille chez Uniphone, qui comme son nom l'indique est une société de téléphonie. Elle est même la secrétaire du grand patron Mahon, qui est plus ou moins un mac, directif, violent, arrogant, colérique, despotique, et autres qualificatifs dont vous voudrez bien l'affubler du moment que cela ne soit pas à son avantage. Et elle ne compte pas ses heures de présence, et de travail, toujours à sa disposition, quelles que soient les circonstances.

Leur première rencontre a eu lieu le 13 janvier 2013, et nous suivons l'évolution de leurs rapports, de leurs confidences, de leurs rendez-vous, et de bien d'autres choses aussi et ceci pendant quelques semaines, avant que l'auteur les abandonne à leur sort pour nous présenter d'autres personnages qui vont prendre une importance indéniable dans ce roman qui nous met en garde contre les prélèvements. Prélèvements financiers bien sûr.

 

9 avril 2013. Caro, alias Carole, reçoit un message, signé Léo, sur son téléphone. Dix ans qu'elle ne l'avait plus vu, qu'elle n'en avait plus entendu parler, et là d'un seul coup, il se rappelle à son bon souvenir. Ce n'est uniquement pour ses beaux yeux que Léo lui demande de venir, et d'ailleurs elle n'est pas la seule à être convoquée. Sont également présents lors de la réunion, Damien dit Dédé et Rémy.

Ils possèdent chacun leur spécialité que va mettre à profit Léo qui envisage, et même a mis au point une arnaque financière. Carole est consultante en optimisation fiscale, Damien est expert en sécurité informatique en retraite, Rémy, en retraite également, est spécialiste des réseaux télécom, quant à Léo, en retraite lui aussi, se targue d'une expérience de direction de projet. C'est le grand moment, celui d'annoncer pourquoi ils sont tous réunis ce jour là.

Léo a imaginé d'escroquer Uniphone en détournant les prélèvements automatiques mensuels, juste une partie sinon les responsables financiers s'en apercevraient immédiatement, ce qui devrait leur rapporter la coquette somme de deux cents millions d'euros, à partager selon ses directives, lui se réservant la plus grosse part arguant qu'il apporte les fonds nécessaires pour la mise en place de cette manipulation. L'opération détournement est programmée pour la mi-août, ce qui devrait leur laisser le temps nécessaire pour peaufiner leur stratagème. Tandis que Damien et Rémy s'introduisent dans le sous-sol du local abandonné par les services informatiques à cause d'un déménagement effectué trois mois auparavant, et installent un système informatique branché sur l'ancienne ligne téléphonique toujours en service, Carole est chargée d'ouvrir des comptes au nom de Publiphone, dans différents établissements bancaires et agences, afin de pouvoir récupérer les prélèvements.

Elle doit également contacter une machine à laver avec laquelle elle est habituée à travailler. Dans le jargon des financiers, il s'agit d'une société spécialisée dans le blanchiment d'argent. Mais toujours pour éviter que la fraude soit connue par trop de monde et que l'argent arrive par la suite sur leurs comptes, elle va contacter deux lavandiers qui géreront les opération en marge de leurs dirigeants. Bien entendu ils vont se sucrer au passage, et comme prudence est mère de sécurité, elle charge une amie qui officie comme détective d'enregistrer leurs conversations lors de son voyage à Vienne (Autriche) et de les filmer, assurant ainsi ses arrières et neutralisant leurs velléités de cafardage ou autre.

 

Malgré les bisbilles qui se dressent entre les divers éléments du groupe, entre Damien et Rémy un vieux contentieux se prolonge et tous deux à la moindre parole de travers risquent de tout faire capoter, entre Carole et Léo, petit à petit tout se met en place.

 

Mais il ne faut pas jouer avec les sentiments des femmes, cela revient en pleine figure comme un boomerang à celui qui pense pouvoir manipuler ces charmantes dames. Si elles se sentent trompées, bafouées, avilies, leur capital confiance se désagrège et dans ce cas elles peuvent se montrer plus virulentes, plus vindicatives, plus rusées, plus roublardes que leur tourmenteur moral qui s'est amusé avec elles. Pourtant à son âge, et quelques antécédents malheureux, Léo n'a pas tout compris, n'a pas assimilé les leçons. Il pourra s'en mordre les doigts.

L'aspect financier et surtout l'arnaque montée pourrait donner des idées à quelques lecteurs. Seulement l'auteur ne dévoile pas toutes les ficelles, juste ce qu'il faut pour comprendre le processus. Et puis même si tout n'est pas assimilé, si comme Léo qui n'avait pas vraiment suivi tout ce qui lui avait été expliqué, il suffit de retenir un chose : l'opération aura bien lieu en août. C'est après que cela devient plus problématique.

Claude CHARLES : Léo, tout faux. Collection Dépendances. Editions Territoires Témoins. Parution le 3 décembre 2015. 276 pages. 20,00€.

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29 janvier 2016 5 29 /01 /janvier /2016 14:19

Bon anniversaire à Yves Ellena né le 29 janvier 1944.

Yves ELLENA : Radio Corbeau.

La délation a toujours existé, et pour propager les médisances, les racontars, les ragots ou les vérités qui ne sont pas toujours bonnes à dire, le véhicule le plus fréquent était le bouche à oreilles.

Les lettres anonymes firent florès également. Mais ces dénonciations n'impliquaient en général qu'une personne.

Aussi l'utilisation d'une radio locale pour dévoiler des affaires louches, des turpitudes, des infamies, des magouilles, des crimes même, jette la stupeur, la consternation, la colère puis la révolte, dans un petit village des Alpes de Haute Provence, Saint Meyran.

Douze mille habitants qui vivaient bien sereinement, dans une douce quiétude, oubliés des grandes métropoles et qui apprennent brusquement que l'incendie d'une ferme est dû à une origine criminelle, que le notaire a des relations extraconjugales, qu'un bijoutier serait un receleur de bijoux volés, et bien d'autres vilenies.

Mais le Sycophante, puisqu'ainsi se surnomme le dénonciateur, le révélateur de ces bassesses, agit-il dans un esprit de vengeance ?

Les esprits s'échauffent, s'exacerbent, des comités de défense s'organisent, et des innocents sont pris à partie.

 

Ce roman se termine en fin ouverte, et l'auteur a peut-être envie de réutiliser certains de ses personnages qui sont parfois attachants, tel le localier ou journaliste local Maurier.

Sans être un réquisitoire, ce roman dénonce simplement une certaine intolérance d'idées, de mœurs. Partis pris, incompréhension, méfiance des autochtones vis-à-vis d'une personne considérée comme étrangère puisque n'étant pas de la région.

 

Yves Ellena, spécialiste cinématographique et scénariste, a construit cette intrigue un peu à la façon d'un scénario. Peu de détails superflus, dialogues courts et percutants, descriptions de paysages ou de situations narrées en peu de mots, mais efficacement comme si une caméra remplaçait le stylo ou la machine à écrire.

 

D'ailleurs cette histoire a été adaptée en 1988 par Yves Boisset, sous le même titre, avec pour interprètes principaux Claude Brasseur, Pierre Arditi, Evelyne Bouix, Christine Boisson. A noter qu'Yves Ellena interprète le rôle du prêtre.

Yves ELLENA : Radio Corbeau.
Yves Ellena passé à la moulinette par l'Oncle Paul, octobre 1987, à Grenoble.

Yves Ellena passé à la moulinette par l'Oncle Paul, octobre 1987, à Grenoble.

Yves ELLENA : Radio Corbeau. Collection L'Instant Noir N°16. Editions de l'Instant. Parution septembre 1987. 204 pages.

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28 janvier 2016 4 28 /01 /janvier /2016 13:55

Lorsque la Terre prend l'eau...

G. Elton RANNE : New-York Underwater.

Après avoir en scène Ange Gabriel, détective amateur, dans Chute libre (collection SF Polar N°20) puis Dan Campbell et Spencer Goren, deux détectives en un, dans Double Jeu (SF Polar N°20) nous retrouvons Alex Green, un policier de San Francisco, chargé d’enquêter dans une cité sous-marine sur les agissements d’une faction terroriste appelée La Terre est à vous.

Vite fait un petit résumé, je sais que vous aimez çà.

Un attentat a été perpétré dans l’un des dômes, provoquant de nombreuses victimes et selon les rumeurs un Hyash, c’est-à-dire un espion, se serait infiltré. Ce qui pourrait amener à d’autres dégradations plus sérieuses encore, préjudiciables à la cité même.

Les Terriens vivent en compagnie d’autres représentants de la galaxie, mais l’osmose n’est pas parfaite. Les jalousies, les récriminations sont légions, bref l’harmonie ne règne pas.

Pour Alex Green, la mission qui lui est confiée est plus que périlleuse.

 

Cette fois le lecteur est plongé plus loin dans le temps puisque l’action se déroule dans les années 2340 et que la Terre est devenue l’une des composantes de la Fédération Galactique. Et faut pas croire. Rien ne s’est arrangé dans les relations entre les différents représentants de cette confédération.

Les Terriens n’apprécient pas, mais pas du tout, ceux qu’ils jugent comme des envahisseurs. Et c’est bien ce qui sous-tend les romans de G. Elton Ranne (et Franck Morrisset) : comment les humains réagissent face à des entités venues d’ailleurs.

Une façon détournée de dénoncer le racisme, le sectarisme, la ségrégation. Et au lieu de placer ce sentiment dans un roman noir actuel, ils ont préféré le support de la S.F. Des romans à découvrir même si vous préférez la littérature policière à la S.F. ou vice-versa.

 

Alex Green est le héros de deux autres romans : La résolution Andromède de... Franck Morrisset (SF N°27) et La mâchoire du dragon de... G. Elton Rannne (Anticipation N°1991).

Un nouvel échange de personnage entre Elton G. Ranne et Franck Morrisset qui avaient déjà procédé avec Ange Gabriel : L'Ange et la Mort de Franck Morrisset (collection Anticipation N°1996). et Chute libre d'Elton G. Ranne Collection SF Polar 20), de même que Dan Campbell et Spencer Goren dans Alice qui dormait de Franck Morrisset (Collection Anticipation N° 1990) et Double Jeu de Elton G. Ranne (Collection SF POLAR N° 3).

Des romans qui seront peut-être réédités chez Multivers, pourquoi pas, et qui ont fait l'objet d'un article plus conséquent dans L'Annonce-Bouquins N°154 de Janvier 1999.

Première édition Collection S.F. N°44. Alien World 3. Editions Fleuve Noir. Parution juin 1998. 250 pages.

Première édition Collection S.F. N°44. Alien World 3. Editions Fleuve Noir. Parution juin 1998. 250 pages.

G. Elton RANNE : New-York Underwater. Editions Multivers. Parution 19 juin 2015. 163 pages. Format ePub, Kindle. 2,49€.

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  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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