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27 septembre 2016 2 27 /09 /septembre /2016 13:13

Un auteur de romans policiers qui se mouille !

Max Allan COLLINS : Pas de pitié pour ceux qu'on aime

Il n'y a pas eu un seul foutu auteur de roman policier digne d'être lu depuis que Dashiell Hammett est mort.

C'est ce que déclare, ou plutôt bafouille Roscoe Kane, lui-même auteur de polars, prédécesseur de Mickey Spillane, à une table devant laquelle sont assemblés une poignée de confrères. Une affirmation qui jette un froid, tous les romanciers présents étant honorablement connus et même reconnus, puisqu'ils sont rassemblés pour la cérémonie annuelle de l'Anthony Boucher Convention, la Bouchercon pour les initiés, à Chicago.

Mallory, auteur invité ayant à son actif deux romans, nominé pour un prix, voue à Roscoe Kane une indéfectible amitié et une admiration sans borne. Pour lui le créateur de Gat Garson est l'un des meilleurs représentants de la profession, mais les goûts ont évolués et Roscoe Kane est quasiment oublié. Cela fait plus de quinze ans qu'il n'a pas publié dans son pays d'origine, et ses ouvrages ont continué à être édités à l'étranger durant encore cinq ans.

Mallory accompagne Roscoe Kane, complètement éméché mais remonté comme une pendule, jusqu'à sa chambre. Kane avoue ne pas avoir pensé tout ce qu'il avait proféré, et entre dans la pièce qui lui a été réservée.

Redescendu retrouver ses comparses en écriture, Mallory discute avec Tom Sardini, l'un des plus grands spécialistes du roman policier, lequel lui apprend qu'un manuscrit de Dashiell Hammett va être publié. Un inédit perdu puis retrouvé quelques mois auparavant. L'Empereur secret tel est le titre de cette œuvre que le capitaine Shaw, le grand manitou de Black Mask, aurait refusé, alors qu'il avait auparavant publié en feuilleton La Moisson rouge.

Ce manuscrit sera édité par Mystery House, une maison d'éditions spécialisée dans la réédition de polars "importants", souvent dans des éditions de luxe. Justement Gregg Gorman, le propriétaire de cette maison d'éditions est présent à la Convention. Mais les relations entre Mallory et celui qu'il considère comme un aigrefin, ne sont pas au beau fixe. Cynthia Crystal, romancière œuvrant dans le genre Agatha Christie puis Mary Higgins Clark, qui a écrit une biographie faisant autorité sur Hammett, est également présente. Et il ne faut pas oublier Mae Kane, la troisième femme de Roscoe.

Normalement Roscoe Kane devait retrouver sa femme à la réception mais il a dû oublier car l'heure passe et il n'est pas redescendu. Et il ne redescendra plus jamais, sur ses deux jambes du moins, car Mallory qui a accompagné Mae, le découvre mort dans sa baignoire.

 

Accident, suicide, assassinat ? Toutes les hypothèses peuvent être envisagées, mais la thèse de l'accident est privilégiée par le coroner venu constater la mort de Kane. Mallory penche plutôt pour un meurtre, et il va s'attacher à démontrer que ses soupçons ne sont pas des fariboles.

 

Outre une intrigue policière classique et agréable, Max Allan Collins nous offre un voyage dans les arcanes des rencontres d'auteurs, avec les amitiés et les inimitiés inhérentes à chacun de ces personnages, auteurs adulés, décriés, réels ou fictifs. Et coups de griffes au passage pour ceux qui se prennent pour de petits génies, encenseurs de tout poil ou démolisseurs jaloux de légendes. De petits conseils, des hommages appuyés, de l'humour, tout cela sur fond de vérité, qui peut déplaire à quelques romanciers mais fait la joie du lecteur, embellissent l'intrigue.

 

Mais plus qu'une longue et ennuyeuse digression sur les différents aspects et relations entre tous ces personnages et leurs prédécesseurs, quelques citations choisies au hasard devraient illustrer mon propos avec plus d'intensité et de respect.

Ainsi Kane déclare avec emphase :

J'étais le plus grand nom du livre de poche quand Spillane est arrivé et a secoué le petit monde du poche avec ses polars sanglants. C'était pendant l'après-guerre et les anciens combattants réclamaient des trucs plus virils, et malgré tous ses défauts, Spillane ne l'ignorait pas. Vous ne pouvez pas proposer à un gars qui s'est battu lors de la dernière offensive allemande un bouquin où un type en complet blanc tire un type en complet noir et fait un gentil petit trou bien propre dans son costard de méchant.

 

Cynthia Crystal, romancière et auteur d'une biographie de Dashiell Hammett énonce :

J'ai toujours admiré Hammett, dit-elle. Ce n'est pas un secret. Mon œuvre est une sorte de mariage improbable entre Hammett et Christie, mais le roman noir après Hammett est bien vite devenu d'une niaiserie abyssale. Chandler a quelques mérites, sans doute; mais qui d'autre ? Mickey Spillane ? Ne me gâche pas mon petit déjeuner. Ross McDonald ? A la rigueur.

Quant à Mallory lui-même, le narrateur et auteur de romans policiers, il déclare sans ambages :

Je vais vous expliquer : les petites choses auxquelles les auteurs accordent le plus d'importance dans leurs romans - une métaphore incohérente par-ci, une phrase tarabiscotée par-là, un passage enlevé mais hors sujet - sont bien souvent ce qu'il faut impérativement couper. Mais bien sûr, si je censurais toutes les pages qui me plaisent dans mes romans, je ne publierais plus que des nouvelles.

Donaldson, auteur invité lui aussi, répond par cette déclaration à cette question fondamentale : M. Donaldson, que pensez-vous de Hammett et Chandler ?

Hammett a écrit un très bon livre, un livre valable et trois très mauvais livres. Quoique très supérieur, Chandler était toutefois très limité; après tout il a écrit le même livre sept fois de suite. A mon avis, l'écrivain moderne qui utilise comme véhicule de son art le roman avec détective privé doit remercier ces deux auteurs et s'efforcer d'aller beaucoup plus loin qu'eux.

Un roman jouissif qui devrait plaire à tous ceux qui s'intéressent à la littérature policière, ils y trouveront des clés et ils pourront toujours essayer de découvrir qui se cache, parfois , parfois certains des invités. Ainsi l'un des invités présents se nomme Brett Murtz, et l'on ne peut s'empêcher de penser à Brett Halliday et John Lutz, pour de multiples raisons.

 

Max Allan COLLINS : Pas de pitié pour ceux qu'on aime (Kill your Darlings - 1984. Traduction Jean-Paul Schweighaeuser).Collection Le Masque jaune. Editions Librairie des Champs-Elysées. Parution septembre 1990. 224 pages.

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26 septembre 2016 1 26 /09 /septembre /2016 08:12

Sherlock Holmes ? Même pas mort !

Arthur Conan DOYLE : La maison vide précédé de Le dernier problème.

Si tout le monde connait Sherlock Holmes et a entendu parler de Sir Arthur Conan Doyle, son créateur, moins nombreux sont ceux qui ont lu et se souviennent de ses multiples aventures. Des images rémanentes surgissent, surtout entretenues par les adaptations cinématographiques et télévisées, parfois par des bandes dessinées.

Bien sûr la disparition du célèbre détective dans les chutes de Reichenbach reste un souvenir pour la plupart d'entre nous, ne serait-ce parce qu'il s'agit d'un épisode mémorable, et sa résurrection littéraire est bien ancrée dans les esprits.

Mais vous souvenez-vous dans quelles conditions le locataire du 221 Baker Street a, momentanément, disparu dans les eaux tourbillonnantes du torrent suisse, et surtout comment et pourquoi il a effectué sa réapparition devant les yeux ébaubis du docteur Watson, son biographe officiel.

 

Le dernier problème (The Final Problem - décembre 1893) clôturait le volume intitulé Les Mémoires de Sherlock Holmes.

Et le bon docteur Watson dans les premières lignes de cette nouvelle mais dernière aventure déclarait : C'est avec tristesse que je prend ma plume pour évoquer une dernière fois les talents prestigieux qui firent de mon ami M. Sherlock Holmes un être exceptionnel.

Le ton était donné.

Le 24 avril 1891, Sherlock Holmes se présente devant Watson, plus blanc et plus maigre que d'habitude. Son premier geste est de fermer les volets. Pour une fois Watson se rend compte que son ami a peur. De fusils à vent précise le détective qui narre pourquoi il est venu rendre visite à son ami. Il traque depuis un certain temps le professeur Moriarty, un homme très cultivé et véritable phénomène en mathématiques. Seulement alors qu'il était promis à une grande carrière universitaire des bruits fâcheux ont commencé à courir et Moriarty a dû donner sa démission. Il s'est installé à Londres et ses instincts criminels lui ont permis de devenir le chef occulte d'une bande de malfrats aux multiples méfaits. Moriarty n'a jamais été inquiété par la police et Sherlock s'est mis en tête d'annihiler ce Napoléon du crime.

Entre les deux hommes s'est engagée une lutte sans pitié et Sherlock a décidé de rejoindre le continent et demande à Watson de le suivre. De France jusqu'en Suisse, les deux hommes vont essayer de fuir le professeur mais en vain. Et c'est ainsi que Watson découvrira un mot placé sous l'étui à cigarettes de Sherlock sur une pierre surplombant un précipice. Moriarty avait imaginé un stratagème pour éloigner le docteur du détective et parvenir à ses fins. Mais les deux hommes ont disparu, probablement dans l'eau tourbillonnante, enlacés au cours de leur affrontement.

 

Dans La Maison vide, (The Adventure of the Empty House - Octobre 1903), Watson s'attelle à nouveau à la relation des nouvelles aventures réunies dans le volume Le Retour de Sherlock Holmes. Il reprend la plume à peine dix ans après l'affaire Ronald Adair qui a secoué Londres au printemps 1894.

L'homme, gros parieur, qui revenait d'un club où il avait joué aux cartes, a été retrouvé mort atteint d'une balle en pleine tête. L'arme n'a pas été retrouvée, et la porte de la pièce était fermée de l'intérieur. Le début d'un mystérieux crime en chambre close.

C'est à ce moment que Sherlock refait son apparition au grand étonnement de Watson qui n'avait pas reconnu son ami déguisé en vieux monsieur bibliophile. Sherlock Holmes narre son épopée helvétique, comment il a réussi à échapper aux eaux tumultueuses du Reichenbach, ce qu'il fit ensuite, les nombreux voyages effectués, du Tibet jusqu'à Khartoum en passant par la Perse, et ce qui l'amène à Londres. Car le détective a appris par les journaux, alors qu'il était depuis de nombreux mois en France, le drame mystérieux de Park Lane.

Sherlock possédait deux ennemis, le professeur Moriarty et le colonel Sebastian Moran, ami du précédent et tireur émérite. Sherlock sait que les hommes de Moriarty, ou ce qu'il en reste, se doutaient eux-mêmes qu'il n'avait pas sombré dans le torrent et n'attendaient que son retour pour lui ôter définitivement la vie. Alors il a imaginé un traquenard pour résoudre l'affaire de Park Lane et se débarrasser définitivement de Moran.

 

Ces deux nouvelles qui terminent un cycle et qui en entament un autre possèdent néanmoins une forme de continuité, l'une dans le prolongement de l'autre.

La noyade de Sherlock Holmes est simplement évoquée, ce qui est normal puisque Watson n'ayant pu être le témoin des événements il ne peut que supposer la mort de Sherlock. Les corps n'ont jamais été retrouvés, tenter de les repêcher était hors de question. Et bien qu'intitulé Le dernier Problème, cette nouvelle laissait entrevoir, le cas échéant une porte de sortie avec réapparition à la clé. Si les lecteurs n'avaient pas réclamé la résurrection de Sherlock à corps et à cris, si sa mère n'avait pas joint sa voix à celles de tous ceux qui déploraient ne plus pouvoir lire les aventures du célèbre détective, et si le besoin d'argent conjugué à une carrière de romancier historique en demi-teinte ne l'avait obligé à procéder à la renaissance de son héros, nul doute que Conan Doyle l'eut laissé naviguer entre deux-eaux.

Toutefois Conan Doyle avait publié Le chien des Baskerville en 1902, mais ce roman n'entrait pas dans la chronologie des aventures de Sherlock Holmes.

Certains m'objecteront que cela sent l'ancien, le renfermé, le daté. Peut-être. Personnellement j'ai trouvé ces deux lectures rafraîchissantes, intemporelles, procurant un grand plaisir de (re)lecture et une invitation et une incitation à en (re)lire d'autres, ce qui est indubitablement le propos caché de Madame Folio.

 

Arthur Conan DOYLE : La maison vide précédé de Le dernier problème. Deux aventures de Sherlock Holmes. Traduction d'Alain Jumeau. Collection Folio 2€ N° 6180. Editions Folio. Parution 8 septembre 2016. 96 pages. 2,00€.

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25 septembre 2016 7 25 /09 /septembre /2016 11:30

Tu ne tueras point, sauf si tu gardes ton calme !

Cicéron ANGLEDROIT : Sois Zen et tue-le.

Les romans humoristiques ou à tendance humoristique sont trop rares parmi la production actuelle pour les oublier lorsqu’un auteur, même débutant, s’y colle.

C’est ainsi que Cicéron Angledroit, auteur et héros de De la part des enfants, devenu Soit zen et tue-le, s’inscrit en marge de l’actualité polardeuse. Son roman avait paru déjà depuis un peu plus d’un an (lorsque j’écrivais cette chronique en 2002, lors de la première édition de ce roman) mais il n’est jamais trop tard pour réparer un oubli.

 

Cicéron Angledroit est donc détective en banlieue parisienne. Divorcé il a une fille à charge, confiée à sa mère (la mère du détective, je précise) et côté finances, ce n’est pas la joie. Entre deux constats d’adultère, il passe son temps avec Brigitte, une pharmacienne mariée mais délaissée.

Une vieille dame lui demande d’enquêter sur la mort de son époux, décès survenu dix ans auparavant d’une crise cardiaque, mais qu’elle juge peu naturelle. Il a pour habitude de prendre son café matinal dans un bistrot d’une galerie marchande et ce matin là, une explosion jette la perturbation parmi les promeneurs. Un SDF qui s’était probablement emparé d’une valise oubliée et tentait de l’ouvrir rejoint le pays des sans logis.

Parmi les témoins René employé pour ranger les caddies et Momo, qui vend le Belvédère, journal des sans abris. Entre l’enquête à lui confiée par la vieille dame et la prolifération d’attentats envers les petits voleurs, jeunes ou vieux, Angledroit ne va perdre son temps et va même trouver quelques heures de libres pour consoler la belle-fille de sa cliente.

 

Ecrit à la première personne, ce roman oscille vers l’humour mais ne vous y trompez pas, l’épilogue est noir.

Parfois on pense un peu à San-Antonio à ces débuts, lorsque l’histoire n’était pas délayée dans une logorrhée verbeuse. D’ailleurs l’un des personnages se prénomme Félicité, presque pareil que la mère du célèbre commissaire. Et l’auteur narrateur s'entretient avec son lecteur de la même façon.

Un roman plaisant à lire et délasse après une longue journée de labeur. Le sourire est omniprésent, pourtant, vous vous en rendrez compte à sa lecture, le sujet est grave.

Et cette réédition est la bienvenue car le talent de Cicéron Angledroit (c'est un alias, vous vous en serez douté !) est indéniable et mérite d'être reconnu, même si ses romans n'entrent pas dans les critères souvent pessimistes des lecteurs. Alors, justement, pour chasser les miasmes de la morosité ambiante, n'hésitez pas. L'humour est présent mais n'oblitère pas le côté humain du sujet.

Certains auteurs écrivent en blanc cassé, d'autres en rouge hémoglobine, Cicéron Angledroit rédige en noir tendresse.

Première édition sous le titre : De la part des enfants. Goutte d’Or productions. Décembre 2000. 256 pages.

Première édition sous le titre : De la part des enfants. Goutte d’Or productions. Décembre 2000. 256 pages.

Cicéron ANGLEDROIT : Sois Zen et tue-le. Enquêtes de Cicéron N°1. Editions du Palémon. Parution 9 septembre 2016. 272 pages. 10,00€. Version numérique : 5,99€.

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24 septembre 2016 6 24 /09 /septembre /2016 11:26

Teddy est revenu, alléluia...

Gilbert GALLERNE. Teddy est revenu.

Depuis l'enlèvement de sa fille Lucie et le divorce d'avec un mari qui ne tenait plus guère à elle, Laura vit dans une espèce de brouillard, travaillant comme un zombi, se gavant de cachets.

Une tragédie qui s'est déroulée cinq ans auparavant. Jusqu'au jour où elle reçoit par la poste dans un carton l'ours en peluche de Lucie.

Elle décide de rejoindre sans plus tarder à Saint-Nazaire d'où a été expédié le colis. Elle rend visite aux directrices d'écoles, surveille les sorties de classe dans l'espoir de reconnaître sa fille, mais en vain.

Alerté, le commissaire Cointeau ne croit guère en son histoire, d'autant qu'elle ne veut montrer le jouet qui lui a permis de relancer ses recherches. Il n'ouvrira le dossier que si elle apporte un élément irréfutable justifiant sa présence et ses démarches.

Elle est démoralisée et ne reprend espoir qu'en lisant dans une feuille locale les avis de bienvenue aux nouveaux habitants de la cité. Elle pense pouvoir découvrir un nom, une piste dans la rubrique parue cinq ans auparavant. Le journaliste local, Albert Toulouse se propose de l'aider.

C'est un être quelque peu désabusé, alcoolique, mais l'idée de pouvoir damer le pion aux journalistes nationaux, et pourquoi pas à la police, lui revigore le moral. Il trouve une piste qui avait échappé à Lucie, mais comment aurait-elle pu la débusquer, elle qui n'est pas de la région. Tandis que lui, qui de par sa profession et de son origine est au courant de pas mal de petits secrets, peut relier entre eux des faits divers qui sont passés inaperçus aux yeux de beaucoup de monde, même de la police.

 

Par petites touches, sans effets grandiloquents, mais avec efficacité, Gilbert Gallerne nous entraîne en compagnie de cette mère qui recherche son enfant, persuadée que sa fille est toujours en vie, malgré les avis de ses proches ou de la police.

Il fait monter la tension jusqu'au dénouement avec pudeur et justesse, dosant subtilement psychologie, montée de l'angoisse et action. Il évite les écueils de la sensiblerie ou du misérabilisme trop larmoyant, trouvant le ton en adéquation entre le fatalisme et le je m'enfoutisme de quelques personnages, de la perversité qui mène certains autres.

Le tout pour en arriver à un mobile mercantile qui règle de nos jours encore, malheureusement, les actes de certaines familles provinciales.

 

Première édition : Collection Attitude. Editions LEFRANCQ.

Première édition : Collection Attitude. Editions LEFRANCQ.

Réédition Edition City 2010.

Réédition Edition City 2010.

Gilbert GALLERNE. Teddy est revenu.

Réédition Collection Objectif Noir. Disponible en version numérique Kindle. Samedi 24 septembre et dimanche 25 septembre : Promotion à 0,99€. Sinon, 4,99€.

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23 septembre 2016 5 23 /09 /septembre /2016 08:46

Après La Lutte, qui ne fut pas finale...

Marek CORBEL : En proie au labyrinthe : La Tourmente.

La manifestation qui s'est déroulée devant le Palais de l'Elysée, le 13 février 2016, s'est terminée dans un débordement fatal à Daumal, policier à la DGSI.

Ceci clôturait le premier épisode La Lutte de cette trilogie dont le prochain volume doit paraître en 2017.

Cette manifestation n'a pas été sans conséquence dans la vie politique française. L'état d'urgence avait été décidé et un profond remaniement gouvernemental avait été opéré. Akni, le précédent président, toujours aussi vindicatif, est devenu premier ministre du président actuel Govin, dans le cadre d'un gouvernement d'union nationale. Les fauteurs de trouble incarcérés, sous le coup d'inculpation de meurtre. Mais aucune preuve ne pouvant étayer cette accusation, bon nombre de membres du Collectif ont été relâchés au bout de quelques mois. Une liberté conditionnelle qui affecte certains des affiliés de ce Collectif.

 

Mais les méfaits du Cartel, dirigé par Herrero de La Pena, sont inamovibles, et les pays européens toujours sous la pression. Réduire la dette publique, augmenter le PIB, par tous les moyens même les plus inhumains et quelles que soient les conséquences sur la population.

Or s'immiscer dans les affaires d'un pays, vouloir s'ériger en donneurs de leçons, ne plait pas à tout le monde.

En ce 10 avril 2017, alors qu'Enzo Van den Huyghen doit se rendre en mission à Athènes, il est pressenti pour remplacer Massimo Conti, vieux politicien conservateur italien, ancien président du conseil, chargé d'assurer les (bonnes ?) relations entre les états membre et le Cartel. Car Herrero de La Pena n'a pas apprécié que Conti ait divulgué certaines informations auprès de la NSA, via son représentant Winsley, d'où le projet d'écartement de Conti dans les arcanes du Cartel. Mais à la NSA, les mouvements de personnel depuis l'élection à la présidence des USA d'une Démocrate, se multiplient. Et Morrington, le nouvel Ambassadeur signifie à Winsley qu'il est sur une chaise musicale avec des couacs à la clé.

Enzo Van den Huyghen se rend à l'invitation d'Oloros, le Vice-Premier ministre grec, en compagnie de son chauffeur, au nouveau siège du PASOK, un immense entrepôt sur Le Pirée. Le pire est à venir car des ouvriers syndicalistes réclamant le retrait du plan Docker ont établi un barrage. Oloros a été obligé, à la suite d'ardues tractations, de proposer une loi sur les ports, une nouvelle déréglementation, afin qu'une troisième tranche de subventions soit versée à la Grèce. En rentrant à l'aéroport, le véhicule d'Enzo Van den Huyghen est pris pour cible dans un attentat. Le délégué du Cartel, ainsi que son chauffeur garde-du-corps, ne repartira pas vivant de ce pays en proie à la crise depuis de très et trop nombreuses années.

 

Depuis la manifestation devant le palais de l'Elysée du 13 février 2016, le capitaine Girod s'est reclassé dans une entreprise privée et il revient d'une mission de trois mois en Ukraine. Il a décidé de rétablir l'honneur de son ancienne chef, la commissaire Béhar dite Madame Raymonde, car celle-ci a été obligée de démissionner de son poste à la DGSI.

Et pendant ce temps, les membres du Collectif essaient de se recaser dans la société. Julie vient de trouver un emploi, ce qui lui permettra de mettre du baume au cœur à son banquier qui est désolé (même pas vrai !) de constater que son compte bancaire est souvent, pour ne pas dire tout le temps, dans le rouge. Geneviève tient son journal à l'intention de sa fille qui n'a toujours pas trouvé de travail. Sa rancune depuis les événements l'ont radicalisée et elle ressasse son amertume. Arno, lui, doit terminer sa thèse et devenir maître de conférence en histoire contemporaine à l'Université de Créteil. La politique ne l'intéresse plus.

Quant à Jacques Tomrine, qui fut ancien cadre au Parti réformiste du Président Govin, il a pris ses distances avec la politique menée par le gouvernement actuel et se dresse en adversaire. Il rencontre Arno dans la prison de Fleury-Mérogis afin de lui proposer une place dans le mouvement qu'il reconstruit et il l'invite à se présenter comme candidat aux élections législatives de juin à Creil, fief d'Arno.

 

Tout ceci n'est qu'une extrapolation, une uchronie politique dans ce que pourrait devenir le système politique français, les divergences fondamentales et les restrictions budgétaires imposées aux pays européens par le Cartel. Mais il existe un fond de réalité actuelle dans ce roman, et on peut reconnaitre certains personnages qui gravitent, ou ont gravité, dans le paysage politique français et européen.

Et une fois de plus Marek Corbel nous entraîne dans une histoire qui est une fiction mais pourrait être réelle car les nombreux dérapages de certains ministres, toujours en place ou qui ont démissionné depuis la sortie du roman, énervent, agacent, voire déstabilisent la plupart des électeurs potentiels lors d'un renouvellement politique de plus en plus proche et entraîner un marasme dans lors des prochaines élections présidentielles. Soit par des votes contestataires soit par désaffection de la fréquentation des urnes. Mais attendons le troisième volet de cette trilogie et quelles seront les interférences avec l'avenir.

Un roman peut-être un peu ardu, comme le précédent, mais qui fait néanmoins réfléchir sur les agissements des hommes politiques quels qu'ils soient.

 

Ses petites guiboles coincées contre la base du secrétaire de bois clair, époque Louis XV, le premier ministre Akni considérait, avec mépris, l'hôte présidentiel de l'après-midi.

Marek CORBEL : En proie au labyrinthe : La Tourmente. Volume 2. Editions La Liseuse. Parution 21 juin 2016. 246 pages. 17,99€.

Existe en version numérique : 3,99€.

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22 septembre 2016 4 22 /09 /septembre /2016 08:30

En pleine lumière...

Jean-Pierre FAVARD : L'Ombre Noire.

Un esclandre dans la cour de récréation du lycée qu'il fréquente à cause d'une fille qui l'a plaqué et ne le fréquente plus, et Yoann est viré de l'école. Exclusion définitive. Faut croire que le proviseur n'a jamais eu de chagrin d'amour.

Les parents de Yoann n'ont pas trouvé mieux que de le conduire chez sa grand-mère, une vieille dame qui vit seule avec son chien dans un village perdu de Bourgogne. Châteauneuf en Auxois. Quatre-vingts âmes environ. Et son château. Et une pancarte à l'entrée du village annonçant aux touristes qu'ils arrivent dans un village classé parmi les plus beaux de France. Et à par ça ? Rien ou pas grand chose.

Yoann reste la plupart du temps enfermé dans sa chambre. Aussi Mamie lui confie des petits travaux, comme des missions délicates et indispensables pour la bonne tenue de la maison. Ainsi il doit aller chercher du bois pour alimenter le poêle, et des légumes dans le jardin pour les alimenter tous deux.

Mais pour se rendre au jardin, il faut traverser le bois. Et en chemin, Yoann remarque une masure, puis entend un bruit. Il s'agit d'une jeune fille qui sort une boite puis se roule une cigarette. Ils font connaissance et échangent quelques confidences. Garance va au lycée, vit avec sa mère et de temps à autre travaille comme serveuse dans une crêperie mais également au château comme guide ou libraire. D'ailleurs elle lui promet de faire visiter l'édifice qui date du Moyen-âge, sachant où se trouve les clefs pour accéder à la cour intérieure du château.

Ils se retrouvent souvent, pour se promener et converser en toute liberté. Il la trouve très belle Garance, avec ses longs cheveux rouges, surtout lorsqu'ils sont dénoués et flottent sur ses épaules. La mère de Garance est une jeune femme un peu baba-cool, qui a beaucoup voyagé et a ramené du Népal, d'Inde ou du Maroc, de nombreux objets disposés au hasard dans sa maison. Le seul problème qui empêche Yoann de rester à manger, c'est le côté végétarien des repas. Hélène, la mère, lui apprend qu'au château ils ont besoin de monde. Ce serait pas mal pour l'occuper durant les journées puisqu'il ne va plus à l'école.

Et c'est ainsi que Yoann débroussaille les buissons, désherbe, nettoie les lieux et il peut même visiter ce fameux château qui fut la propriété de Philippe Pot, Grand Sénéchal de Bourgogne au XVe siècle. Et dans la crypte repose justement le gisant de ce personnage célèbre pour avoir déclaré que la légitimité des rois était une invention, énonçant les premières théories démocratiques de l'histoire. Théories reprises quelques siècles plus tard.

Ce gisant est entouré de huit statues, des pleurants, et Yoann aime les contempler, avant de se mettre au travail, ou après. Or un jour, il n'a pas bu et d'ailleurs il ne boit jamais, il croit entrapercevoir un mouvement. Une statue a bougé les tête et ses yeux sont devenus jaunes, brillants. Il n'en faut pas plus pour impressionner Yoann qui en parle à Garance, et à sa mère, ainsi qu'à sa grand-mère. Il rencontre également d'autres personnes, dont un auteur local et une dame qui ne sort quasiment jamais de chez elle, qui vont radicalement changer sa vie pour des raisons diverses.

 

Débute alors une histoire semi-fantastique entrecoupée par la relation historique de la vie de Catherine de Châteauneuf, condamnée à la question pour avoir empoisonné son mari. En ce temps-là, on condamnait et on torturait les gens pour leur faire avouer une faute qu'ils n'avaient pas forcément commise. Et bien entendu, ces aveux arrachés sous la torture conduisaient tout droit au bûcher.

Ce court roman est suivi d'un article extrait très intéressant et très instructif des Annales de Bourgogne, signé Hélène Bouchard, qui explique un épisode de la vie de Philippe Pot et remet ses déclarations dans leur contexte.

Cette collection mérite largement le détour par son approche romanesque empruntant à des histoires locales, d'où son titre, méconnues et qui mettent en valeur une petite ville et ses personnalités. Et je verrais bien ce roman très visuel adapté en bande dessinée ligne claire façon années 50/60.

Jean-Pierre FAVARD : L'Ombre Noire. Collection LoKhaLe N°4. Editions La Clef d'Argent. Parution le 26 août 2016. 136 pages. 6,00€.

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21 septembre 2016 3 21 /09 /septembre /2016 08:23

Bon anniversaire à Olivier Thiébaut

né le 21 septembre 1963.

Petit entretien express avec Olivier THIEBAUT.

Dans le roman noir, comme en général dans toute littérature, existent les textes qui dérangent et dont les chroniqueurs parfois n'osent rendre compte, peut-être de peur de se mouiller. L'enfant de cœur d'Olivier Thiébaut paru dans la Série Noire (N°2332) quasiment en même temps que La Sirène rouge de Maurice Dantec (N°2326) n'a pas eu les honneurs de la grande presse, ou alors juste quelques lignes en catimini. Il est vrai que ce roman est plus intimiste que la plupart des productions habituelles de la vénérable vieille dame en noir et jaune. Et qu'il aborde un thème un peu tabou. Faut-il pour cela l'occulter ? Non, au contraire, il faut en parler et ne pas hésiter à donner son avis.

Toutes les sensibilités doivent être respectées et ce n'est pas parce qu'une histoire trouble la conscience qu'elle doit se trouver sous l'éteignoir.

 

 

Prévenu Thiébaut: nom, prénom, âge, profession, antécédents scolaires ?

Je m'appelle Olivier Thiébaut, je suis né le 21.09.63 à Cherbourg. Mon père était inspecteur du trésor, ma mère prof d'anglais. Tous deux sont bien vivants, je tiens à le préciser. Scolarité chaotique avec au bout du compte Bac D., DEUG LAEC...

Ce qui veut dire ?

Lettres, arts, expression, communication. Tout un programme pour beaucoup de vent dans la tête. Puis une licence de cinéma. Ce qui est loin de valoir une licence IV...

Pas d'humour déplacé si vous voulez bien.

Bien monsieur. Quant à mon expérience professionnelle, elle se résume en de petits boulots. Animateur et directeur adjoint de jolies colonies de vacances, surtout avec des enfants de la DDASS; puis stagiaire et assistant, mais très peu, à la mise en scène et enfin scénariste sur une dizaine de séries télévisées. Sinon, mis à part les oreillons à 20 ans, je ne vois pas de quoi défrayer la chronique.

Comment vous est venue l'idée de ce roman.

J'avais envie de raconter une histoire d'adolescent. Ce passage entre l'enfance et l'âge adulte engendre, à mon sens, des comportements intéressants dus à la fragilisation, l'incertitude, le manque de confiance en soi... De plus je souhaitais mettre en scène un personnage de "victime" qui devienne malgré lui un "bourreau". De là à me lancer dans une sorte "d'Oedipe version rock and roll", il n'y avait qu'un pas. D'autre part, le côté familial et intimiste sans héros flics ou détectives ( d'autres auteurs font ça mieux que moi) est un genre un peu délaissé. Et pourtant, statistiquement, on a plus de chance de se faire assassiner en famille au coin du feu que dans la rue par un étranger patibulaire... Quant à la poésie, je voulais insérer un élément un peu onirique, en décalage avec le côté sordide de l'histoire. Pour Benoît, le héros, si tant est qu'on puisse l'appeler ainsi, elle tient lieu de véritable religion même s'il ne l'assimile qu'à la fin. Voilà pour l'idée dont, finalement, je ne sais plus d'où elle vient. Si, de J.B. Pouy qui m'a dit un jour : " Ecris-moi un polar... Je te laisse deux mois..." J'ai mis un an. C'est énervant les gens qui pensent qu'on est aussi doués qu'eux...

Qu'elle est la part d'autobiographie ...

Elle est quasiment nulle pour autant qu'un auteur puisse totalement faire abstraction de son vécu.

Quelles sont vos antécédents littéraires ?

Dès le berceau mes parents m'ont appris à aimer la lecture. . Plus tard, ils ont insisté sur l'importance de l'expression écrite. C'est devenu une quasi obsession. Sinon, j'aimerais bien prendre l'apéro avec le prof de français qui m'a mis 7 à l'oral du BAC et qui m'a dit que si je voulais écrire, j'avais du boulot...

Un peu de respect, s'il vous plaît. Bien, passons à vos auteurs préférés et quelles sont vos influences ?

Ça fait deux question !

Pas d'impertinence et répondez !

Difficile... En polar, j'aime surtout les auteurs français. Moins de flics, de détectives... Et surtout une réalité bien de chez nous que je suis plus facilement capable d'appréhender et où l'identification est plus évidente. Je ne citerai pas de nom pour ne pas passer pour un fayot mais Pouy, par exemple, j'aime beaucoup... Hors polar, encore que, selon moi, la frontière est très mince, j'apprécie particulièrement : Vian, Nabokov, Belleto, Toole - L'unique conjuration des imbéciles - , Céline ... Et encore bon nombre d'auteurs, surtout ceux qui sur un bouquin de 500 pages ne font pas 400 pages de description pour expliquer comment le petit pont qui enjambe la rivière est joli quand le soleil se couche.

Et votre travail comme scénariste à la télé ?

Alimentaire mon cher Watson, oh pardon ...

Vous êtes excusé, mais uniquement parce que vous savez apprécier à sa juste valeur J.B.

Merci de votre mansuétude. Je voulais dire que mon travail comme scénariste c'est ... c'est un boulot qui m'a appris la rigueur, le sens du rebondissement, la simplicité d'une écriture directe et aussi l'humilité.

Acquitté, au bénéfice du doute, et à condition que vous fassiez des petits frères à L'enfant de cœur.

 

(Entretien publié dans la revue 813 N°52 de juin 1995).

 

*****

Des petits frères à L'enfant de cœur, Olivier Thiébaut en a fait quelques-uns, entre deux scénarii et des illustrations notamment pour des ouvrages destinés aux adolescents et publiés aux éditions Sarbacane. Mais il a écrit, seul ou en compagnie d'Eric Kristy, de Jean-Claude Schineizer et autres, des scénarii de téléfilms et séries telles que Une femme d'honneur, Les enquêtes d'Eloïse Rome, Le grand patron, Fabien Cosma ou encore de Chante !

 

Bibliographie :

Enquête d’un père, éd. Après la Lune, coll. Lunes Blafardes, 2006 ;

L’un seul, Editions Lignes noires. 2000.

J’irai revoir mon Cotentin, Éditions Baleine, coll. Tourisme et Polar, 1998.

Les Pieds de la dame aux clebs, Éditions Baleine, coll. Le Poulpe, N°15. 1996.

Rock and Vérole. La Loupiote N°4. 1996.

Larmes de fond, Éditions Baleine, coll. Instantanés de Polar, no 5. 1995.

L’Enfant de cœur, Gallimard, coll. Série noire n° 2392. 1993.

 

Romans Jeunesse

À feu et à sang, Syros, coll. Souris noire, 1996 puis 2000, illustré par Lewis Trondheim.

Frères de sang, Syros, coll. Souris Noire, 1998.

 

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19 septembre 2016 1 19 /09 /septembre /2016 09:30

Une nuit à Bangkok

Et le monde vous appartient

Les bars sont des temples

Mais les perles ne sont pas gratuites.

One night in Bangkok. Murray Head.

 

Christophe SEMONT : Une danse avec le diable.

Les adversaires et les lieutenants, à la mort du chef du clan Sukapatana, pensaient pouvoir s'annexer le trafic dont celui-ci était le détenteur. Mais l'héritière, Dao Sukapatana, la fille du défunt, une femme déterminée, mentalement et psychiquement, s'est imposée aux prétendants, parfois avec la manière forte. Et elle sait qu'elle peut compter sur son adjoint Khim Pao et deux tueurs à sa solde et entièrement dévoués, Alisa Keerati et Pawalit Timkul, intraitables et ne se posant pas de questions sur la finalité de ses exigences.

La dernière mission en date, dont ils sont sortis maîtres avec l'aide de quelques hommes, récupérer une cinquantaine de kilos d'héroïne quasiment pure.

 

Prachya Srimonju, cinquante-six ans et capitaine de police de Bangkok, peut s'estimer satisfait. Il a grimpé un à un les échelons de la hiérarchie, mais cela ne suffit pas à son bonheur. Car la solde qu'il perçoit chaque mois est maigre en comparaison à ce que peuvent percevoir les truands et les hommes politiques corrompus dans l'exercice de leurs petites magouilles. Alors en compagnie de son adjoint, le sergent Piak Chaiyon, il propose aux tenanciers de bar et de bordels, leur protection, contre monnaie sonnante et trébuchante, bien entendu. Ce jour-là, il est obligé de s'adjoindre lors de sa tournée une jeune recrue, un stagiaire pas encore perverti. Le jeunot est prié de rester dans le véhicule de fonction, tandis que Srimonju et Chaiyon mettent la pression sur le patron d'un restaurant. Le restaurateur est rétif et les ennuis physiques commencent à lui tomber sur le râble (même si le lapin n'est pas au menu du jour) afin qu'il comprenne qu'il a besoin de protection. Le jeunot assiste à cette échauffourée et Chaiyon lui indique que son avenir dépend de son silence. Mais il existe une fracture dans la vie de Srimonju. Il vit avec sa jeune sœur Pumwaree qui est aveugle. Elle se débrouille seule, mais ne sort uniquement que dans la maison avec jardinet qu'ils habitent.

 

Petchai Nakprasitte est un boxeur raté. Son père misait beaucoup sur lui, des espoirs déçus, mais il pariait sur ses adversaires. Petchai n'a pas réussi une carrière dans cet art martial mais il ne s'est pas laissé abattre et il est devenu propriétaire du Snakes and Dragons, aimable établissement destiné aux détentes masculines. Officiellement, c'est un bar, officieusement un bordel et Petchai est à la tête d'une petite équipe de jeunes femmes qui se prostituent volontairement. Souvent par obligation financière, mais un statut accepté.

Parmi les jeunes femmes qui constituent son cheptel, Mai Lek, une mère dont la fille Chintara a été accidentée et qui depuis végète dans un hôpital. Mai Lek est confiante, nul doute que sa fille va guérir, mais les soins coûtent cher.

 

C'est par l'une de ses protégées que Petchai apprend que le clan est en possession d'une très grosse quantité d'héroïne. Justement, lorsqu'on parle du loup il pointe sa queue, Khim Pao, du clan Sukapatana, lui rappelle incidemment que son père, joueur invétéré, devait une grosse somme à l'héritière du clan, et que lui, le fils, doit rembourser, sinon, les ennuis vont lui tomber dessus comme un nuage de sauterelles sur un champ de blé mûr. Et comme un problème n'arrive jamais seul, le corps d'une de ses protégées est retrouvé par un de ses employés au fond de son établissement. Il décide d'en informer la police et Prachya Srimonju en profite pour lui proposer, sinon imposer, sa protection.

Et Petchai se trouve placé en haut du triangle dont les deux autres angles sont constitués par le clan d'un côté, et le capitaine de police et son fidèle adjoint de l'autre.

Un sacré méli-mélo qui va devenir un affrontement général, aussi violent que la boxe thaïlandaise mais dont les protagonistes ne respecteraient pas les règles. Petchai ne savait pas qu'en informant Prachya du meurtre de l'une de ses protégées qu'il mettait les doigts dans un engrenage infernal qui allait dégénérer en guerre de tranchées avec nombreuses victimes à la clé.

 

Dans les années 1980, le gros reproche qui était fait à l'encontre de Gérard de Villiers était que ses romans comportaient une grosse dose de violence et d'érotisme. Ce qui n'empêchait pas les ventes au contraire. Seuls les critiques vertueux s'élevaient contre l'accumulation de ces deux ingrédients. Depuis, pratiquement tous les auteurs de romans noirs et d'aventures utilisent ces condiments et cela apparemment n'importune plus personne. Au contraire, les critiques et blogueurs spécialisés font leurs choux gras de ce genre de roman. Et insidieusement, le lecteur, qui aurait pu effectuer des critiques négatives dans les années 1980, se délecte à la description de scènes érotiques et violentes. Les temps changent ma brave dame.

Christophe Sémont, comme bien d'autres, a amalgamé ces recettes, se les appropriées et il nous propose un roman noir et dur non dénué de tendresse par moment, d'humanisme parfois, d'émotion également, les moments de tendresse et de misérabilisme alternant avec les scènes d'action.

Un roman exotique placé dans un pays qui attire le tourisme pour la beauté de ses paysages mais également pour des raisons sexuelles. Et dont le propos, le thème, le lieu diffèrent totalement du premier ouvrage de Christophe Sémont, Soleil noir, dont l'action se situe en Argentine.

Une danse avec le Diable est un roman beaucoup plus ambitieux, même si la barre était déjà placée haut dans Soleil noir, et le pari est réussi. Maintenant il ne reste plus qu'à Christophe Sémont à continuer et à réaliser la passe de trois.

Christophe SEMONT : Une danse avec le diable. Thriller. Editions Critic. Parution le 2 septembre 2016. 242 pages. 17,00€.

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18 septembre 2016 7 18 /09 /septembre /2016 10:33

Comme un ouragan...

François RAHIER : L'ouragan des Enfants-Dieux.

Dans le froid, la neige, deux hommes surveillent deux enfants et un chien qui s'ébrouent, s'ébattent en riant.

Ce sont des chasseurs d'une espèce nouvelle. Des chasseurs d'enfants.

Il les traquent et les conduisent à une destination inconnue. Des rumeurs circulent. Il paraitrait que les gosses serviraient à alimenter en chair fraîche des laboratoires. Des rumeurs.

Depuis l'explosion, conséquence funeste d'adultes jouant à la guerre, tout est désorganisé, retour à un monde aride et inhumain. Les pillards quadrillent les vallées, les montagnes.

Entre Hilberto, le chef du convoi, et Jori, le gamin arraché à se tranquillité, la méfiance règne. La méfiance et la haine. Hilberto et ses six compagnons qui se disputent un pouvoir illusoire encadrent une quarantaine d'enfants perdus dans la tourmente d'éléments déchaînés.

C'est l'hiver, saison de la froidure et aube de la création.

Jori veille sur Mogol, le petit débile, et sur Husband le chien. Chez les enfants comme chez les adultes, des clans se forment. Des complots se fomentent, des idées de révolte gagnent les esprits. La caravane avance péniblement, bravant tous les dangers.

La nature et l'homme conjuguent leurs efforts, accumulant les embûches sur leur route. Au bout du voyage, le printemps ou l'enfer.

 

L'ouragan des Enfants-Dieux est construit comme si deux histoires prenaient le relais, s'imbriquant peu à peu l'une dans l'autre.

La première partie, à la narration plus fluide, relate l'intégration de Jori et de ses deux compagnons dans le convoi et le long cheminement dans la nature hostile et déchaînée.

La seconde partie, plus hermétique, se veut un peu la parabole sur les progrès de la science et leurs applications à des fins malveillantes.

Mais c'est surtout l'antagonisme dans les relations entre enfants et adultes qui prévaut, et l'incompréhension entre deux mondes, deux époques de la vie, le tout régit par la méfiance et les mensonges.

 

François RAHIER : L'ouragan des Enfants-Dieux. Collection Anticipation N°1853. Editions Fleuve Noir. Couverture de Florence Magnin. Parution décembre 1991. 192 pages.

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17 septembre 2016 6 17 /09 /septembre /2016 08:31

Le numéro 2000 de la Série Noire !

Thierry JONQUET : La bête et la belle.

Dans un petit cimetière de Normandie le commissaire Gabelou surveille l'exhumation du cercueil du Gamin. Le médecin légiste qui l'accompagne ne peut déterminer avec certitude si la mort a été accidentelle ou le fait du Coupable. De loin l'Emmerdeur, agent d'une compagnie d'assurances, assiste à cette étrange cérémonie. Une énigme qui s'ajoute à celles du Commis Boucher et de la Vieille.

De retour à Paris Gabelou s'enferme dans son bureau avec Léon, le Clodo, l'ami du Coupable. Etrange affaire que celle du Coupable et que doit démêler Gabelou. Le Coupable était instituteur à Altay, ville champignon de la banlieue. Malgré sa jeunesse, c'est un homme effacé, maniaque, propre, prônant les vieux principes de la scolarité. Irène, sa femme, ne lui accorde ses faveurs qu'une fois par an, étant beaucoup plus sensible aux charmes de ses collègues de l'Education nationale. Le Coupable possède une passion : les maquettes de train.

Un jour la coupe déborde. Irène se moque une fois de plus du Coupable qui a encore loupé le concours d'Inspecteur, alors qu'il n'avait pas le temps de le préparer, obligé de faire des heures supplémentaires en garderies, en cours particuliers, afin de satisfaire ses goûts dispendieux. Il tue Irène et cache son corps dans le congélateur. Puis il entasse les sacs poubelle dessus. Bientôt tout l'appartement est envahi de sacs de détritus. Seul le vestibule est épargné. Le Coupable et Léon sont obligés de ramper sous une sorte de tunnel, des planches supportant les sacs qui s'amoncellent dans toutes les pièces.

Tout cela Gabelou l'apprend par des cassettes que le Coupable enregistrait, un journal parlé, ce qui lui laissait les mains libres pour monter les maquettes. Léon pense qu'il sait tout mais il s'enferme dans son mutisme. Dans ses enregistrements le Coupable avoue être le meurtrier de la Vieille, une voisine, et avoir mis en scène un suicide au gaz. Mais pour Gabelou il ne s'agit pas d'une preuve tangible, concrète. Il écoute les cassettes, les réécoute. La deuxième victime est le Commis Boucher qui se rend à l'appartement du Coupable. Peu de temps après, alors qu'il roulait à vélo, il est victime d'un accident de voiture. Le Coupable se vante d'en être à l'origine, mais les premiers rapports démontrent qu'il n'a pu provoquer l'accident avec son véhicule. L'Emmerdeur parvient à prouver que c'était possible. Ensuite le Gamin qui voulait rendre des outils empruntés au Coupable se faufile sur le balcon. Il décède en tombant d'un wagon alors qu'il rejoignait Paris. Le Coupable se vante d'avoir éliminé ces intrus car ils pouvaient raconter ce qu'ils étaient sensés avoir vu. Les mauvaises odeurs envahissent l'appartement, les sacs éclatent et un jus noirâtre s'en échappe.

 

Si dans Mygale (cf SN1949) Thierry Jonquet mettait en scène une vengeance que l'on pourrait qualifier d'extérieure, dans La bête et la belle il nous livre une histoire tout aussi intimiste et dont le thème est toujours la vengeance, intérieure cette fois.

 

C'est une histoire de misérables dans le sens de Victor Hugo, ce n'est pas une histoire de misérabilisme. De même que dans les Misérables, il y a une miséricorde. (Robert Soulat).

Avec Didier Daeninckx, Joseph Bialot, Jean-Paul Demure, Marie et Joseph, Thierry Jonquet fait partie de la relève de la Série Noire. Robert Soulat à l'occasion de la sortie du numéro 2000 avouait qu'il avait le vertige devant cette prolifération d'auteurs français de talent et se demandait si un jour il n'y aurait pas plus d'auteurs français à la Série Noire que de lecteurs.

 

Rester propre, c'est ne pas avoir besoin des autres, ne rien quémander, subvenir soi-même à ses besoins.

Thierry Jonquet déclarait, toujours à l'occasion de la parution de ce livre et des quarante ans de la Série Noire, que cette histoire est issue d'un fait divers. Il a travaillé dans ce genre de collège et de ville de banlieue sordide. De nombreux cas de rétention d'ordures existent, et leurs auteurs en général sont des gens d'apparence respectable.

 

Première édition Collection Série Noire N°2000. Editions Gallimard. Parution 1985. 160 pages. Il existe de nombreuses rééditions, notamment en 1998 et 2012.

Première édition Collection Série Noire N°2000. Editions Gallimard. Parution 1985. 160 pages. Il existe de nombreuses rééditions, notamment en 1998 et 2012.

Thierry JONQUET : La bête et la belle. Réimpression Folio Policier N°106. Parution 15 septembre 2016. 160 pages. 6,50€.

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  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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