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3 juin 2016 5 03 /06 /juin /2016 14:28

En mai, fait ce qu'il te plait... Une bonne petite insurrection estudiantine par exemple, comme en 1968.

Patrick RAYNAL : Une ville en mai.

C'est dans ce contexte de révolte que Frédéric est de retour dans sa bonne ville de Nice, après un séjour de dix ans en Afrique. Il était parti parce qu'entre lui et son ex-épouse, le torchon brûlait. Et s'il revient, c'est à cause de l'appel au secours épistolaire de Domi. Leur fille Sophie a disparu. Depuis trois mois !

Il serait peut-être temps de s'inquiéter !

Frédéric réaménage dans son vieil appartement puis il téléphone à Domi qui a trouvé un compagnon, Jérôme, un bellâtre sur lequel elle peut passer ses nerfs. Car elle a toujours été comme ça Domi, les nerfs à fleur de peau, et au moindre incident, à la moindre contrariété, elle monte comme le lait sur le feu, et même plus vite.

Et bien entendu leur rencontre débute en terrain miné, la discussion est vive et animée mais Frédéric parvient toutefois entre deux échanges ping-pong à obtenir quelques renseignements. En plus de ceux qu'il possède, car depuis quelques années Sophie correspondait avec son père. Ce que sa mère ignore. Elle lui avait même envoyé un cliché d'elle en bikini, et c'est (c'était ?) un sacré brin de fille.

Selon Domi, Sophie fréquentait un garçon en particulier, un nommé Thomas, en deuxième année de sociologie et qui est à la tête d'un mouvement estudiantin contestataire. Le coup de massue (comme le général) pour Frédéric qui ne s'attendait pas à ce que sa fille fréquente les communistes, terme générique pour tout ce qui de mouvance d'extrême-gauche. D'ailleurs c'est pour cela que Sophie et sa mère se sont engueulées et que Sophie a fini par claquer la porte.

A part le prénom de Thomas, Domi ne peut lui fournir plus de renseignement, alors Frédéric se résout à demander à un sien ami de fouiller et de lui apporter des éléments concrets afin d'entamer des recherches. Pancrazi, un ancien des RG, accède volontiers aux désidératas de Frédéric. Et c'est ainsi que le père frustré va remonter peu à peu le parcours de Sophie. Thomas non n'a pas de nouvelles de Sophie depuis quelques temps, de même que la colocataire de Sophie.

Dans l'enceinte de l'université de Nice, tenue par Thomas et ses amis, un drame vient de se dérouler. Le cadavre d'un professeur d'obédience d'extrême-droite a été retrouvé sur la plage. Sophie serait-elle à l'origine de ce meurtre ? Qu'est-elle devenue ? Est-elle encore vivante ou morte ? Autant de questions et d'autres qui se greffent les unes aux autres qui jalonnent le parcours d'enquêteur que s'est dévolu Frédéric. Un père qui découvre que sa fille, sa chère Sophie, possède des zones d'ombre et des ambigüités qu'il a du mal à cerner.

Et entre les diverses mouvances politiques, communiste, trotskiste, maoïste, ou encore marxiste-léniniste à laquelle Sophie appartenait, plus la résurgence de l'extrême-droite qui n'a jamais cessé d'exister mais prend de plus en plus d'importance, le lecteur qui n'a pas connu ces troubles qui enflammaient aussi bien Paris que la province découvre un pan de l'histoire de cette seconde partie du XXe siècle qui aura marqué toute une génération et dont les soubresauts sont encore prégnants à plusieurs titres.

 

Dans cette ambiance de révolte, de contestation, se déroule une affaire de disparition et d'un père aux abois. L'épilogue ne joue pas sur le sensationnel, au contraire, et pourrait paraître frustrant si justement Patrick Raynal ne s'était résolu qu'à raconter une histoire policière.

Mais c'est un peu de sa jeunesse qu'il dévoile, lui qui a passé une partie de son adolescence à Nice, fréquenté la faculté de Nice où il obtient une maîtrise de lettres modernes et qu'il milita activement dans un des mouvements d'extrême-gauche, la Gauche Prolétarienne.

C'est donc tout un pan de cette épopée qu'il nous narre, et il est amusant de constater qu'avec l'âge la façon d'aborder ces groupuscules a fondamentalement évolué. Mais tous les contestataires de cette époque ne possèdent plus la même foi, et l'on pourrait citer Daniel Cohn-Bendit qui était surnommé Dany le Rouge, Jacques Sauvageot, Alain Geismar dont les parcours ont évolué politiquement et professionnellement.

A noter, et pour revenir au roman, qu'apparaît la figure de Corbucci dit Corbu, un détective privé dont Patrick Raynal narrera quelques aventures dans Corbucci, recueil de nouvelles chez Albin Michel et Dead girls don't talk nouvelle numérique chez SKA.

 

Patrick RAYNAL : Une ville en mai. Editions de l'Archipel. Parution 11 mai 2016. 268 pages. 18,00€.

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2 juin 2016 4 02 /06 /juin /2016 14:10

Le roi des détectives, le Sherlock Holmes américain, le détective de l'impossible,

l'immortel Harry Dickson est de retour !

Robert DARVEL : Harry Dickson 1.

Tout comme le Sherlock Holmes de Conan Doyle, Harry Dickson possède ses admirateurs qui en véritables passionnés perpétuent ses aventures dans des ouvrages apocryphes, des pastiches qui ne sont pas parodiques mais entretiennent la légende.

Robert Darvel est de ceux qui perpétuent sa mémoire, tout comme l'ont fait ou le font encore Gérard Dôle et Brice Tarvel.

Mais reste l'examen de passage. Et à la lecture de ces cinq histoires, dont quatre avaient été précédemment publiées sous de très belles couvertures, aux éditions du Carnoplaste, on peut dire que Robert Darvel respecte le fond et la forme tout en imaginant de nouveaux épisodes tout aussi prenants, surprenants, plongeant le lecteur dans une atmosphère digne de ceux écrits par Jean Ray.

Le fond avec cette ambiance fuligineuse qui entoure chacune de ces enquêtes, souvent enrobée de fantastique, et dans la forme avec des phrases élégantes sublimées par l'adjonction recherchée de mots désuets, sans pour cela tomber dans la facilité de la vulgarité. Ce qui nous change d'une grande production actuelle et nous ramène au bon vieux temps où les écrivains avaient du style, et surtout n'utilisaient pas, pour masquer leur méconnaissance de la langue française, des mots issus du vocabulaire anglo-saxon, sans que cela soit justifié. Mais ceci est un autre débat.

Mais explorons un peu cet ouvrage :

Robert DARVEL : Harry Dickson 1.

Le dieu inhabité. Harry Dickson N°185.

C'est Goodfield qui l'affirme, il s'agit d'un crime banal. Mais pour Harry Dickson, qui habite non loin du lieu où s'est déroulé le meurtre, aucun crime ne saurait être qualifié de banal. Une femme aux mœurs légères a été retrouvée égorgée et son corps a été placé dans un broyeur. Pas beau le corps, sauf pour le médecin légiste. Un policier a aperçu le meurtrier mais n'a pas réussi à le rattraper. C'est lui qui a prévenu Goodfield lequel s'est rendu séance tenante chez Harry Dickson. Un autre assassinat est perpétré dans les mêmes conditions, à la différence près qu'il semblerait que le second tueur soit un gamin ayant copié le maître. Les événements se précipitent, Ted Manley est retrouvé décapité, un gamin ayant Auntie Daphné dans la tête est alpagué mais échappe aux policiers dont un qui possède une oreille factice, et des plumes blanches sont retrouvées voletant de-ci de-là. Le gamin s'est défilé mais il a laissé derrière lui une chaussure contenant son pied. Un pied factice lui aussi. Pour Harry Dickson, il faut interroger le fabricant, un artisan ébéniste-prothésiste. Seulement Goodfield a lui aussi été égorgé...

 

Robert DARVEL : Harry Dickson 1.

Le secret de la pyramide invisible. Harry Dickson N°183.

Quatre hommes ont rendez-vous à Haggerdale Manor, un château en ruine dans la lande Whitestone Heath, propriété de Augustus Haggerdale qui n'a pas donné signe de vie depuis des années. Le mystère plane et la mort rôde. Deux ingrédients qui ne peuvent qu'inciter Harry Dickson et son sympathique élève Tom Wills à enquêter sur place. Une affaire qui ne va pas les laisser de glace, à laquelle on ajoute des singes, une pyramide incongrue, une tempête fantastique et autres éléments propices à nous plonger dans une aventure dont les stigmates peuvent se lire sur des visages.

 

Robert DARVEL : Harry Dickson 1.

La treizième face du crime. Harry Dickson N°202

De retour d'Equateur où il a accompli avec succès un accord portant sur l'importation de satin, George Beetham est importuné sur les quais par un barbier qui veut à tout prix lui faire la barbe. Beetham l'éconduit, il n'a pas besoin de ses services, et il s'éloigne rapidement. John Symond, un collègue de notre voyageur devait lui proposer de l'emmener en cab. Tant pis pour George et comme Symond n'a pu se tenir au courant des derniers événements, il achète au crieur qui passe le journal du jour. La manchette annonce un nouveau crime horrible. Le Barbier Gloussant a encore sévi. Et ce n'est pas fini car George est suivi et même précédé par ce fameux barbier, qui n'est pas de Séville. Alors que le figaro s'apprête à trancher la gorge de George, deux piliers encadrant un porche et représentant deux colosses s'emparent de l'individu et le portent dans une niche où se terre la reine Elisabeth, Première je précise, et le broient. Une affaire qui ne peut laisser indifférent Harry Dickson, toujours accompagné de Tom Wills, et entraînera les deux hommes dans les dédales d'un Londres particulièrement sanglant.

 

Robert DARVEL : Harry Dickson 1.

La rivière sans visage. Harry Dickson N°181.

Tom Wills est sous le choc de l'émotion. Son ami Jack Crofton avec qui il a couru de multiples dangers et fait les quatre-cents coups a disparu. Jack Crofton est surnommé Fascicule Jack à cause d'une particularité indélébile : il a le visage tatoué. Mais pas n'importe quels tatouages. Un fatras de lettres et de mots scarifiés par des marins qui ne lui avaient pas pardonné son intrusion dans un schooner. Tom Wills faisait partie de l'équipée mais agile comme une anguille il avait pu échapper aux griffes des matelots vindicatifs. Bref Fascicule-Jack a disparu et c'est inquiétant. Harry Dickson promet de tout faire pour le retrouver et leur enquête sera jalonnée de personnages tous plus inquiétants les uns que les autres.

L’Homme qui n’avait pas tué sa femme, le détrousseur à l’étalingure et des Six Couples Sanglants, un spirite ambulant et sa charrette à ectoplasmes et bien d'autres phénomènes.

 

Harry Dickson s'amuse. Inédit.

Nouvelle inédite qui clôt avec bonheur cet ouvrage et est suivie d'une postface mêlant fiction et réalité, vécu et imaginaire.

Le modeste jardin botanique de Bridgenorth est clos au public le soir. Les deux gardiens veillent consciencieusement à fermer à double tour les entrées qui sont dans l'autre sens les sorties. Toutefois, dans les bâtiments toute vie n'est pas exclue. En effet des chercheurs travaillent sur des plantes médicinales rares dont Lafolley qui reste tard dans la serre qui leur est attribuée. Redhead et deMars attendent tranquillement dans leur logement que le souper leur soit servi. Les deux hommes aperçoivent une silhouette de femme qui s'approche de la serre où se tient Laffoley et il leur semble qu'il s'agit de leur collègue miss Lafertoe en train de marmonner. Un cri retentit et peu après Lafolley est retrouvé mort.

 

Un ouvrage à conseiller pour tous les nostalgiques d'Harry Dickson et aussi à ceux qui veulent découvrir de nouveaux auteurs qui sortent du lot et reprennent l'héritage des grands anciens avec bonheur.

On y retrouve l'ambiance, l'atmosphère fantastique, fantasmatique même, qui prédominent dans les nouvelles du sieur de Gand, un mélange d'enquêtes policières et de surnaturel, effarantes, surprenantes, ahurissantes, inventives.

Un registre dans lequel Robert Darvel excelle et qu'il est bon de découvrir dans une collection moins confidentielle que les fascicules qu'il édite, même si ceux-ci sont proposés en ligne sur un site cavalier.

 

Pour retrouver toutes les publications du Carnoplaste, rendez-vous ci-dessous :

Robert DARVEL : Harry Dickson 1. Collection Hélios noir N°49. Editions Les Moutons électriques. Parution le 3 mars 2016. 322 pages. 9,90€.

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2 juin 2016 4 02 /06 /juin /2016 12:57

A ne pas confondre avec Le Mort descend ou Le Sort dément...

Gilles VIDAL : Le sang des morts.

Vernais, paisible station balnéaire, sur laquelle brille implacablement le soleil estival... Mais en grattant bien la couche superficielle, il s'avère que le côté débonnaire n'est que de façade, vanté pour des fins touristiques. Ainsi que fait le cadavre d'un homme dans une piscine hors sol posée sur la pelouse en attendant l'installation d'un véritable aquarium pour humains ? Margot Farges la sirène déçue par un mariage où elle pensait trouver uniquement calme et prospérité est en colère. Elle vient d'apprendre que son mari diffère d'une journée sa rentrée au bercail.

Théoriquement il est en déplacement pour son travail, mais elle sait qu'il en profite pour planter ailleurs son couteau qui lui sert à découper le contrat de mariage. De toute façon elle s'en moque, du moment que sa carte de crédit est approvisionnée, il peut faire ce qu'il veut. Elle lui reproche surtout son manque de franchise. Alors pour calmer sa mauvaise humeur légitime, elle décide de prendre un bain dans le jardin et c'est ainsi qu'elle trouve au pied de l'échelle amovible, une paire de chaussure et des vêtements. Et un corps qui flotte sur le ventre. Suicide ? C'est à Garcia, le médecin légiste d'en décider. Les policiers ont été prévenus par un appel téléphonique anonyme et le lieutenant Stanislas Delorme, Stan pour les intimes dont bientôt fera partie Margot, est sur place lorsqu'elle reprend ses esprits.

Stan est un inspecteur consciencieux, apprécié de son supérieur le commissaire Vignes, et lorsqu'il rentre chez lui, il est accueilli avec une joie exubérante par Lucky, un Westie blanc qu'il a adopté. Il distribue les câlins comme si c'était un gamin. On pourrait penser que tout va bien pour Stan, seulement son père qui vit en dehors de la ville est bloqué dans un fauteuil roulant, suite à un accident vasculaire cérébral, ce qui ne l'empêche pas de se rouler un petit joint de temps à autre, reliquat de sa période hippie. Un défaut qu'il pense ignoré de son fils.

Félicien Faderne est atteint de troubles obsessionnels compulsifs, et il lui faut vérifier à plusieurs reprises si tout est bien rangé, les fenêtres closes et les robinets fermés. Maniaque il néglige toutefois sa vêture. Du moment que sa clé USB soit bien entreposée dans la poche intérieure de son blouson, peu lui importe la façon dont il s'habille. Une clé précieuse, car Félicien travaille toute la journée sur un écran manipulant des chiffres. Et à trente ans il a l'avenir devant lui. Il travaille pour un centre de recherches. Et quelques balles qui sifflent à ses oreilles en sortant ce jour là de chez lui. Une voiture qui vrombit, une voix qui l'interpelle, il n'a pas le temps de réfléchir et le voici à bord d'un véhicule conduit par une jeune femme qui n'a pas froid aux yeux. Devant l'attitude autoritaire d'Anne, c'est ainsi qu'elle se présente, il se demande si elle l'a sauvé des envies meurtrières de personnages vindicatifs, ou si elle l'a enlevé pour des raisons qui restent à déterminer. Il doit jeter son téléphone portable par la fenêtre de la voiture, quant à son ordinateur portable elle ira le récupérer. Du moins elle le promet car il se sent tout nu sans son micro qui est un prolongement de lui-même. Et elle s'entretient régulièrement par téléphone avec un certain Horb.

Walter, qui travaille pour une agence en écrivant des articles pour des catalogues, mais rêve de devenir romancier, est contacté par son jeune frère Stephan, avec lequel il communique rarement. Stéphan lui apprend que leur père a été retrouvé. Il s'était échappé d'un hôpital où il était interné depuis des mois. Quant à leur mère, elle a disparu douze ans auparavant, sans plus jamais donner de nouvelles, et Stéphan a eu beau effectuer des recherches et alerter le commissariat, elle est toujours dans la nature. Quant à Irène, l'ancienne petite amie de Walter, elle refait surface, sans crier gare et il semblerait qu'elle soit totalement paumée.

Un nouveau meurtre est découvert, et le corps pourrait être celui d'un Russe car il possède des tatouages, des inscriptions en cyrillique.

Un homme tout nu brandissant une pioche (peu après ce sera une bêche, comme quoi on ne peut pas se fier aux témoignages) a été arrêté en pleine rue. Il est interné d'office pour démence, mais en pénétrant dans le jardin puis dans la maison, Stan et les policiers qui l'accompagnent sont stupéfaits par ce qu'ils voient. Un véritable dépotoir, pire qu'une décharge, et à l'intérieur, des cadavres. D'autres corps seront retrouvés peu après en déblayant les ordures, mais ils ont en commun d'avoir le visage scarifier, comme si quelqu'un s'était amusé à le remodeler.

 

Ces événements, en apparence disparates et sans rapport entre eux vont bientôt se réunir pour former un tableau à la Jérôme Bosch, des pièces de puzzle qui vont s'emboiter inexorablement.

Tous les protagonistes de ce roman possèdent une coupure, une fêlure, une fissure, une fracture mentale ou physique, et personne n'est épargné par le sort qui s'acharne inéluctablement sur leur intégrité. Même ceux qui ne font qu'une apparition furtive ont droit à un petit portrait, soit de leur aspect vestimentaire, de leur déchéance, de leur passé. Ainsi cette dame qui arbore des tee-shirts avec des phrases en forme de contrepèteries du genre : Pensez le changement au lieu de changer le pansement. Et sous forme de bande-sons, des nombreuses références discographiques ponctuent le récit, tout comme celles qui sont littéraires. Anne est aussi appelée Zatte, car Ouarzazate et mourir, titre d'un roman d'Hervé Prudon dans la série du Poulpe.

Certaines scènes, certaines extrapolations dans le déroulement du récit viennent parfois interférer, mais cela apporte un petit piquant tout comme quelques feuilles de persil ou deux trois brins de ciboulettes disposés élégamment donnent une touche de couleur à un plat de crudités sans le dénaturer.

Réédition Multivers Editions. Formats ePub ou Kindle : 3,99€.

Réédition Multivers Editions. Formats ePub ou Kindle : 3,99€.

Première édition Collection Zone d'Ombres. Editions Asgard. Parution 22 janvier 2014. 380 pages. 19,00€.

Première édition Collection Zone d'Ombres. Editions Asgard. Parution 22 janvier 2014. 380 pages. 19,00€.

Gilles VIDAL : Le sang des morts. Réédition Collection Hélios Noir. Editions ActuSF. Parution le 2 juin 2016. 400 pages. 8,00€.

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1 juin 2016 3 01 /06 /juin /2016 08:10

Je viens de recevoir
Mes papiers militaires
Pour partir à la guerre
Avant mercredi soir.
Monsieur le président
Je ne veux pas la faire
Je ne suis pas sur terre
Pour tuer de pauvres gens.

 

Patrick S. VAST : Insoumis.

Insoumis, ce n'est pas être déserteur, mais presque.

En cette fin de juin 1961, selon certaines rumeurs, la guerre d'Algérie, ou les événements d'Algérie comme il était bon de la nommer pudiquement, touche à sa fin. Une décision qui n'est pas encore entérinée.

Jean Boitel, dont le voisin vient de décéder dans le Djebel, n'a pas du tout envie de partir de l'autre côté de la Méditerranée dans un conflit qui ne le concerne en rien et de terminer comme ce voisin, juste un nom sur une plaque. Son statut de soutien de famille n'a pas été reconnu. Et puis il y a Noëlle. Noëlle Damour de son si beau nom complet. Ils ne sont pas fiancés, mais presque. Alors lorsque son ancien professeur de français, monsieur Ménuge, lui propose de le cacher jusqu'à ce qu'il puisse partir se réfugier en Suisse, il n'hésite pas. Il prévient Noëlle et il se terre dans la maison des Ménuge, près du canal.

A Béthune à cette époque, il n'y avait pas que le bourreau qui officiait comme catcheur sur les rings, il y avait aussi les appelés fiers de porter le costume. Et ceux-là ils ne se gênent pas pour brocarder Jean Boitel, l'insoumis, et importuner Noëlle, surtout en ce soir de bal du 14 juillet 1961. La jeune fille doit retrouver Jean dans son refuge, mais elle ne sait pas qu'elle est suivie par trois individus mal intentionnés.

Les adieux sont tendres mais Noëlle n'a pas de temps à perdre et repart à vélo. Un homme vient chercher Jean qui doit convoyer par la même occasion une valise. L'un des trois individus éméchés veut entrer afin de s'en prendre à Jean mais l'inconnu l'abat de deux balles. Le mort était un militaire imbu de son uniforme. L'un de ses compagnons affirme que c'est l'insoumis qui a tiré. Noëlle sait que c'est faux, mais elle ne peut avancer de preuves.

Jean est convoyé jusqu'à Paris, seulement ses déboires ne sont pas terminés. Il est d'abord hébergé chez une famille d'Algériens, mais ceux-ci sont abattus chez eux. Jean peut s'enfuir et il est recueilli par une prostituée qui le confie à une concierge, laquelle le cache dans une pièce secrète qui avait servi à dissimuler des Juifs sous l'Occupation. Il y vivra quelques années, apprenant par la télévision qu'il est recherché pour le meurtre d'un appelé et condamné à mort par contumace. Mais il devra à nouveau fuir et gagnera le Gers, muni de faux papiers établis au nom d'un soldat du contingent.

Pendant ce temps Noëlle se morfond, n'ayant pas de nouvelles de son amoureux. Elle se mariera même avec celui qui a établi un faux témoignage, car il exerce sur elle un chantage.

A une soixantaine de kilomètres de là, alors que se déroulaient les événements qui ont amené Jean Boitel à devenir un paria recherché pour meurtre, Irène pleure son fiancé. Il dirigeait un petit commando qui est tombé en embuscade. Quatre de ses compagnons sont retrouvés morts, mais Philippe Orval a disparu, probablement enlevé par les fellaghas. Elle espère son retour un jour.

 

Nul doute que de ce roman à l'intrigue qui narre quarante années d'histoire, remémorera quelques souvenirs aux lecteurs sexagénaires. Les années d'insouciance pour les uns, de troubles pour d'autres.

Les groupes de musiciens de rock fleurissent un peu partout, certains ne vivant que le temps de deux ou trois disques, la jeunesse s'amuse tandis que les anciens regrettent le bon temps de l'Algérie Française. Pas tous évidemment. Les avis sont partagés, mais partir pour le front pour la plupart signifie accomplir un devoir nécessaire pour garder les départements français d'Algérie, encouragés par les anciens. Et tandis que tous ont encore en mémoire que les Résistants défendaient leur patrie lors de l'Occupation, peu comprennent que les Algériens veulent se débarrasser de la tutelle des coloniaux français. Des nostalgiques de la France colonialiste. C'est aussi l'arrivée massive de ceux qui sont surnommés les Pieds-noirs, qui, pour certains gros propriétaires fonciers, se retrouvent démunis en arrivant en Métropole et remontés contre le gouvernement.

C'est pudiquement que Patrick S. Vast raconte cette histoire d'amour et de fuite, d'attentes et de recherches, de résurrection presque et de désillusions. Dans une atmosphère où les petits plaisirs se trouvent au pied de la porte, que la révolution sexuelle n'a pas encore détruit les tabous, que le chômage existait peu, que la richesse était surtout dans les cœurs, les mois se passent sans heurts visibles mais les revendications pointent le bout de leur nez. Et si l'auteur recense les faits marquants c'est bien pour remettre l'Histoire dans son parcours et souligner l'évolution des mœurs dans un sens qui ne correspond pas à des idées utopiques. Quarante années passent avant que le dénouement trouve sa justification.

Pourtant, malgré les démêlés subis par le héros, Jean Boitel et les dommages collatéraux qui ont touché Noëlle et quelques autres, on peut se dire qu'on vivait une époque formidable, malgré le service militaire et les soubresauts belliqueux. Mais il est vrai que les préoccupations des adolescents différaient de celles des adultes. Et le ressenti de lecture sera différent selon l'âge du lecteur, adolescent mature, quadragénaire senior ou vétéran sexagénaire, lequel a vécu de l'intérieur toutes les transformations et les événements décrits.

 

La chanson Le Déserteur de Boris Vian a été reprise par Les Sunlights en 1966.

Patrick S. VAST : Insoumis. Editions Aconitum. Parution le 2 mai 2016. 192 pages. 15,90€.

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31 mai 2016 2 31 /05 /mai /2016 09:20

Bon anniversaire à Serge Brussolo, né le 31 mai 1951

Serge BRUSSOLO : L’Enfer, c’est à quel étage ?

L’univers de Serge Brussolo est étrange, fascinant, captivant, démoniaque, angoissant et autres qualificatifs que vous voudrez bien lui attribuer. Son nouvel opus ne déroge pas à la règle. Enfin, quand je dis nouvel opus, je me comprends et vous saurez pourquoi à la fin de cette notice.

Jeanne, qui a effectué pas mal de petits boulots et a même connu le succès avec un roman, le second n’ayant pas répondu à ses espérances et enregistré un bide monumental, n’a d’autre solution pour subsister que de répondre à une petite annonce. Elle se présente donc comme modèle nu auprès d’un sculpteur habitant une drôle de maison dans une impasse.

Un hôtel particulier qui ressemble vu de l’extérieur à un soufflet au fromage ou à un chou-fleur, à la surcharge décorative baroque. A l’intérieur, ce n’est guère mieux, avec toutes ces statues qui trônent dans un hall qui ressemble à un tunnel creusé dans une congère. L’individu qui officie en tant que concierge n’est guère avenant mais après tout ce qui lui importe est de trouver un job et de pouvoir manger à sa faim.

La première séance de pose se passe bien et elle est engagée, et même logée, dans une chambre de bonne au sixième étage, chez ce sculpteur qui ressemble plus à un boucher qu’à un artiste. Mais il ne faut pas se fier aux apparences (appâts rances ?) et surtout oublier que dans cette demeure s’est déroulé cinquante ans auparavant un drame qui pèse encore dans tous les esprits.

La fameuse maison Karkersh, dont le corps du propriétaire a été retrouvé déchiqueté dans le zoo adjacent. Trois sœurs se seraient suicidées, de manière différente, dans trois des chambres de bonne contiguës à celle de Jeanne et les avis divergent sur la mort de Karkersh : suicide en se jetant de la fenêtre de son balcon, ou dépeçage organisé par sa parentèle ?

Jeanne rêve qu’elle aussi est la proie de ces apprentis bouchers, et des marques de stigmates apparaissent durant son sommeil. Sans oublier cette étrange bâtisse qui recèle bien d’autres secrets, ces statues dans le hall qui ne seraient que moulages de plâtre sur des ossements humains, et une étrange machine dans la cave qui mène aux catacombes.

 

Catacombes est d’ailleurs le titre de la version abrégée de ce roman paru en 1986 dans la collection Anticipation du Fleuve Noir, sous le numéro 1491, un roman qui aurait dû paraître dans la collection Angoisse si celle-ci n’avait été supprimée depuis des années.

L’Enfer c’est à quel étage ? titre sous lequel est réédité ce roman n’a pas vieilli, au contraire, même si le lecteur doit effectuer quelques réajustements de dates afin de comprendre la genèse de l’histoire, et contient tous les phantasmes et obsessions qui parsèmeront l’œuvre de Serge Brussolo depuis ses débuts jusqu’à aujourd’hui.

La maison, lieu idéal d’une mise en scène angoissante et étouffante par idéal, mais également par touches subtiles le froid, la glace, la mer. Même pour ceux qui ont lu Catacombes, je conseille cette lecture, ne serait-ce que pour en apprécier la teneur et se rendre compte des aménagements qui avaient été jugés nécessaires à l’origine, pour la simple et bonne raison d’une politique éditoriale basée sur une pagination uniforme. Coût de rentabilité oblige, présumé-je.

 

Première édition : Collection Moyen Format, éditions du Masque, 2003. 252 pages.

Première édition : Collection Moyen Format, éditions du Masque, 2003. 252 pages.

Collection Anticipation du Fleuve Noir, sous le numéro 1491, en 1986.

Collection Anticipation du Fleuve Noir, sous le numéro 1491, en 1986.

Serge BRUSSOLO : L’Enfer, c’est à quel étage ? Réédition Le Livre de Poche. Parution 1er septembre 2004. 220 pages. 5,10€.

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30 mai 2016 1 30 /05 /mai /2016 08:54

Ce qu'on appelle l'esprit sain ?

Jean-Jacques REBOUX : L'esprit Bénuchot.

Tout a commencé avec la fin du monde. Ou presque.

Car la fin du monde n'a pas eu lieu. Les oracles péruviens se sont trompés dans leur palindrome chiffré. Elle se produira le 21 12 2112, et non le 21 décembre 2012. C'était juste un petit aparté, qui n'a rien à voir avec notre ami Bénuchot dont on n'a pas encore fait la connaissance, mais cela va se produire immédiatement sous peu.

J'écrivais donc, avant de m'interrompre, que cette histoire a débuté avec la fin du monde, tout au moins à la date prévue pour cet événement qui a déjoué tous les pronostics.

Léa sort d'une petite réunion arrosée entre amis, et en cours de chemin elle est agressée par un individu qui veut la violer. C'est sans compter sur Bénuchot, soixante-dix huit ans, ancien chauffeur de taxi à la stature impressionnante. L'indélicat assommé rejoint la fosse confortable d'un conteneur à détritus et Bénuchot propose à Léa de la raccompagner chez lui afin de lui permettre de réajuster sa tenue. Léa est fort impressionnée par le pavillon en meulière dans lequel Bénuchot habite, pavillon situé dans une impasse de la Rue de la Grange-aux-Belles. Et l'intérieur est tout autant étonnant avec ses bibliothèques vitrées contenant plus de quatre-cents carnets dont les couvertures sont de couleur différente selon les notes prises par Bénuchot.

C'est aussi ce qui rapproche Léa et Bénuchot, ces carnets. Car la rencontre entre la jeune fille et le vieil homme ne date pas d'hier, mais de quelques mois alors que Léa lui avait posé en pleine rue une question dont la réponse devait être consignée dans son carnet d'impressions. Une réponse qu'il devait fournir sans réfléchir. La question étant Y'a-t-il une vie avant la mort ? Il s'était laissé attendrir par Léa et l'avait suivie et c'est ainsi que ce soir-là, jour de fin du monde, il s'est trouvé sur son chemin.

Léa devra, si elle accepte cette mission rémunérée, mettre les notes de Bénuchot au propre, réécrire le film de sa vie, une biographie qu'elle devra dégraisser en lisant les carnets quels qu'ils soient. Les noirs exceptés, mais ce n'est pas une interdiction formelle. La curiosité étant l'apanage des personnes s'intéressant à leurs concitoyens, Léa ouvre les carnets comme si elle entrait dans la chambre de Barbe-Bleue. Il n'y a pas grand chose à découvrir, qu'une seule phrase par calepin, du genre Et si tu avais rêvé ? ou Et s'ils étaient morts pour rien ? Enigmatiques en diable ces énoncés qu'elle s'empresse de partager avec son amie Olivia.

Bénuchot est bon prince et sa protégée va vivre chez lui, tandis que de temps en temps il s'absente, se rendant en un endroit tenu secret. Il l'emmène chez un sien ami, le notaire Biscop, dont les antécédents ne sont pas tristes quoique, afin de rédiger un contrat en bonne et due forme. Il est généreux Bénuchot, et Léa ne peut que se louer de cette rencontre pas forcément improvisée.

Bénuchot est un graphomane observateur impénitent à la recherche, la quête d'un père mort ou presque, disparu, et d'une fille, Adèle, décédée d'un accident de la circulation. Elle est morte Adèle mais elle revit sous les traits de Léa qui lui ressemble fortement.

C'est ainsi que le lecteur découvre en même temps que Léa le parcours de Bénuchot, parcours empli de heurts en tout genre, de petites joies, de grandes peines, de rencontres improbables, de marches en solitaire dans Paris, de stations dans des cafés et des restaurants même si Bénuchot est un cuisinier averti. Des cassettes sont également à sa disposition dans lesquelles Bénuchot se confie. Tout y passe. Sa jeunesse, la disparition de son père après avoir été interné dans un camp nazi où il avait fait la connaissance d'un homme qui l'avait initié à la physique quantique, la mort d'Adèle dont il ne se remet pas, sa vie familiale avec Adrienne. Les petites joies de la vie en couple et les accrochages. Et ceux à qui il doit de petits bonheurs et surtout ceux qu'il exècre pour une raison ou une autre. Comme un voile qui peu à peu se déchire et montre le côté obscur d'un homme qui pourrait être un mythomane.

Car a-t-il réellement vécu tout ce qu'il narre? Et sa mémoire est vivace, se remémorant des années après les noms de personnes qu'il n'a côtoyé que peu de temps. Seulement il défaille parfois notamment dans l'âge d'Adèle. A un certain moment elle a vingt-trois ans lorsqu'elle décède, ailleurs c'est vingt-neuf. Il est vrai qu'à près de quatre-vingt balais et sous le coup d'une douleur toujours vivace, on peut se tromper. D'autant que dans le recensement des personnages en fin de volume, il est précisé qu'elle a vécu de 1965 à 1991.

 

 

Sous cette couverture austère ne se cache pas un obscur et aride traité de physique cantique, pardon quantique, un missel narrant la vie édifiante d'un sain d'esprit confit comme une oie en dévotion, mais au contraire une œuvre relatant les aventures bouillonnantes et foisonnantes d'un ancien chauffeur de taxi quelque peu télépathe dont le passage sur Terre aura été consacré à observer ses contemporains et à corriger quelques erreurs dans leurs agissements.

Un roman à particules qui se décline comme l'arc-en-ciel en différentes couleurs. On passe du grave au comique, du réfléchi au vaudeville, de l'espérance à la déprime, du traité de philosophie au bon sens populaire, ce qui est souvent contradictoire, du sérieux au roman-feuilleton digne de Pierre Dac et Francis Blanche. Par exemple les divagations raisonnées sur la physique quantique côtoient l'enregistrement d'une réunion de membres, dont Biscop, se référant à la Mandragore, les Compagnons de la Mandragore, les plaisanteries fusant au milieu de moments de colère, la conversation tournant autour des pendus et de leur virilité et du produit de leur sécrétion séminale.

Les chapitres se suivent mais se déclinent comme autant de nouvelles à savourer dans ce qui forme une quête, une enquête, dans laquelle l'amour et la haine se juxtaposent, explorant toute la palette des sentiments, et que le lecteur ne peut lâcher.

D'une écriture vive Jean-Jacques Reboux met en scène un quidam qui ne laisse pas de glace. Bénuchot ce pourrait être, vous, moi, l'auteur, qui sait, avec un peu d'imagination et d'introspection, n'importe qui et tout le monde pourrait se calquer sur ce héros de papier peut-être vivant.

 

Jean-Jacques REBOUX : L'esprit Bénuchot. Lemieux éditeur. Parution avril 2016. 544 pages. 22,00€.

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29 mai 2016 7 29 /05 /mai /2016 07:38

Les hommes préfèrent les blondes ? Je demande sept ans de réflexion...

Philippe LAGUERRE : Manhattan Marilyn.

Si Marilyn n'avait connu un si tragique destin, l'aura dont elle jouit encore de nos jours serait-elle aussi brillante ? La question mérite d'être posée, mais vous n'aurez jamais la réponse.

Quoi qu'il en soit, Philippe Laguerre revient sur ce drame, ce destin brisé, mais également sur tout ce et ceux qui ont entouré cette étoile filante du cinéma.

Née d'un père émigré mexicain et d'une mère new-yorkaise, Kristin Arroyo milite au sein du mouvement Occupons Wall Street, avec pour slogan Nous sommes les quatre-dix neuf pour cent. A trente-quatre ans et dix années passées comme Marine en Afghanistan, elle vit seule et sans ami(e)s. Elle n'a pas eu une jeunesse facile, suivant des études à l'Université où elle était rejetée à cause de son côté Hispanique, puis l'enchaînement de petits boulots et enfin son engagement à l'armé deux mois après les événements du 11 septembre. Elle a obtenu le grade de lieutenant, profitant de ses permissions pour voyager puis elle a décidé de regagner New-York, vivant de son pécule et de l'héritage immobilier de ses parents.

A son retour elle se retrouve dans les mêmes dispositions d'esprit qu'à son départ, et sa solitude ne l'empêche pas d'analyser la situation de son pays. Elle avait compris que les lobbies pesaient toujours plus sur la société, au pont de devenir plus important même que le bulletin de vote des citoyens américains. Et c'est ainsi qu'elle s'engage dans ce mouvement dénonçant une Amérique malade de la crise économique.

En ce 12 octobre, parmi la foule qui défile dans le parc Zuccotti, elle percute un homme qui photographie les participants de cette manifestation. Il se présente, Nathan Stewart, photographe professionnel, et il aimerait réaliser plusieurs clichés d'elle et sur le combat qu'elle mène. Au départ réticente, elle cède devant les arguments de ce quinquagénaire sympathique et une semaine plus tard elle se rend dans sa galerie afin de sélectionner les photos susceptibles d'être intéressantes pour figurer dans une exposition.

En discutant avec Nathan, elle se souvient qu'elle possède une malle héritée de son grand-père, Edward Pyle, lui même photographe. Or ce qu'elle ignorait c'est qu'il était connu et reconnu dans la profession, et parmi les nombreux clichés qu'elle déniche, figurent des portraits de nombreux artistes des années 50 et 60, dont quelques tirages représentant Marylin Monroe. Nathan examine soigneusement les tirages et est interloqués par certaines d'entre elles. L'une d'elle représente Marilyn dans le désert, avec en arrière-plan une fusée. Un détail anachronique, mais d'autres photos présentent elles aussi des détails troublants.

Aussitôt Nathan décide d'organiser une autre exposition mettant en parallèle Kristin et Marilyn et lors de ce que l'on peut appeler le vernissage, elle s'aperçoit que cette rétrospective attire du monde. Notamment Michael Pear, un jeune homme qui travaille à la Fondation Monroe, un ami de Nathan. Michael, un golden boy, représente tout ce que Kristin combat, l'argent gagné facilement. Deux mondes qui s'affrontent, mais si les atomes ne sont pas crochus à leur première rencontre, bientôt ils vont tisser une complicité qui ne demandera qu'à s'exprimer plus amoureusement. Nathan n'a pas exposé toutes les photos et alors qu'il en montre certaines à Michael, un homme s'approche et sans vergogne les compulse. C'est le début d'une aventure dans laquelle Nathan va perdre la vie, et à laquelle Kristin est mêlée à son corps défendant. Car ces photographies attisent la curiosité et n'auraient jamais dû sortir de leur cachette recélant un secret d'état.

Des policiers, des agents du FBI, des membres d'une organisation nommée le Triangle de Fer défiant les lois et passant au-dessus des régimes politiques, et d'autres, n'auront de cesse de prendre Kristin pour cible, et Michael par la même occasion.

Tout est lié à ces photographies représentant Marilyn et si mystère il y a , il faut le percer afin de battre leurs adversaires qui ne manquent pas d'arguments frappants tout en défendant leur vie. Et remonte alors à la surface les thèses d'un complot, d'un faux suicide, d'un meurtre déguisé, avec pour principaux protagonistes le président américain de l'époque, et son frère, leur implication dans le décès de la vedette. Il s'agit de la recherche d'une vérité engluée dans les rumeurs et les thèses diverses, peut-être plus farfelues les unes que les autres, avancées pour cacher une réalité bien plus embarrassante.

 

Un roman ambitieux qui tient toutes ses promesses. Philippe Laguerre part d'une hypothèse qui pourrait être jugée saugrenue, insolite, mais parvient à la rendre crédible grâce à cette magie des explications étayées avec rigueur. L'invraisemblable peut cacher des vérités encore plus incroyables que la réalité et il n'est pas vain de rêver que tout ceci pourrait être vrai.

Mais au-delà du mythe Marilyn et des mésaventures vécues par Kristin et ses amis, c'est Manhattan qui se trouve en vedette. Philippe Laguerre ne décrit pas cet arrondissement de New-York comme un guide touristique mais en voyageur-explorateur tombé amoureux de cette portion de ville dans la mégapole.

Et surtout c'est le regard porté sur ses habitants, ou plutôt une frange de la population dédaignée par les administrations et les politiques. Les vétérans du Vietnam et de l'Afghanistan, des valides partis combattre pour la renommée de la patrie et rentrés éclopés, délaissés, abandonnés, trouvant refuge dans des coins improbables, dans des tunnels, mais qui possèdent encore l'honneur de survivre sans devenir des hors-la-loi.

Si le mythe de Marilyn sert de prétexte, quoi que l'égérie du cinéma y figure de façon prégnante, on croirait même presque la voir, ce roman est également une diatribe contre les agissements des multinationales qui passent les lois des Etats pour affirmer leur prépondérance financière, économiques, au détriment de la population. D'où ce mouvement des Quatre-dix neuf pour cent, qui représente le pourcentage de pauvres par rapport à celle des nantis.

Un regard sans concession et une intrigue diabolique qui monte en puissance au fil des chapitres qui s'enchainent inexorablement, un peu à la manière des feuilletons d'antan. La dernière phrase relançant l'action qui va suivre.

 

Depuis toujours, le monde appartient aux grosses fortunes. Elles sont au dessus des frontières et des lois. Elles rachètent les médias, paient les campagnes présidentielles et diffusent des divertissements abrutissants.

Nous parlons bien des Etats-Unis, non ?

Philippe LAGUERRE : Manhattan Marilyn. Thriller. Editions Critic. Parution le 19 mai 2016. 340 pages. 19,00€.

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27 mai 2016 5 27 /05 /mai /2016 15:15

Lorsque l'assassin défie le temps...

Michel BUSSI : Le temps est assassin.

Le 23 août 1989, alors que Clotilde, alias Clo, consigne dans un carnet ses petits secrets et rêvasse, elle est happée par la main par son père qui est pressé. Tout le monde en voiture. Paul, le père, est nerveux, Palma, la mère, à côté de lui est non moins nerveuse, et derrière les deux gamins, Nicolas statique et Clo qui déplore avoir oublié son précieux carnet sur le tronc d'arbre sur lequel elle était assise. Papa conduit vite, trop vite et l'accident est inévitable. La voiture défonce une barrière et plonge dans la mer en dessous du ravin. Lorsque Clo sort de son étourdissement, elle est hospitalisée et la seule survivante. Elle n'a que quinze ans.

Vingt sept ans plus tard, Clo revient sur le théâtre de cet accident, au camping des Euproctes, celui où elle passait ses vacances avec ses parents, situé sur la presqu'île de la Revelatta, non loin de Calvi. Elle est mariée avec Franck, qui connait ses antécédents familiaux, et ils ont une gamine, Valentine, dite Valou, du même âge que Clo lors de cet été funeste.

Ce n'est pas vraiment un pèlerinage qu'effectue Clo, mais presque. Car à quelques kilomètres de là, à la bergerie d'Arcanu, vivent encore ses grands-parents. L'accident dont ont été victimes ses parents et son frère lui taraude toujours l'esprit. Son père n'avait pas braqué le volant, il avait foncé tout droit dans les barrières de protection de la corniche de Petra Coda. Et la moindre des choses, c'est bien de déposer un bouquet de fleurs à l'endroit où la voiture a dévalé le ravin. Quelques minutes de recueillement, c'est peu, et pourtant c'est déjà beaucoup pour Valou et Franck.

Le camping des Euproctes est dirigé par Cervone Spinello, le fils de l'ancien directeur. Cervone, qu'elle n'aimait guère à l'époque faisait partie de la petite bande qu'elle formait avec quelques autres adolescents. Elle va retrouver d'autres compagnons, filles et garçons, qu'elle fréquentait plus ou moins à l'époque. Ils ont vieilli, comme elle, ils ont changé, comme elle, certains ont disparu de la circulation, d'autres se sont fait un nom et sont devenus plus ou moins célèbres. Les souvenirs affluent.

Dès les premiers jours, quelque chose ne tourne pas rond. D'abord une lettre l'attend à l'emplacement de la caravane que ses parents louaient. Une lettre non signée mais c'est l'écriture de sa mère, Clo en est sure. Et le contenu est une forme de prière. Elle doit se tenir le lendemain sous le chêne vert de la bergerie d'Arcanu, lors de sa visite chez Cassanu et Lisabetta, ses grands-parents. Et Valou, sa fille, devra être présente également. Une mauvaise blague, sans aucun doute, pourtant comme le ver dans le fruit, cette missive la perturbe. Et alors qu'elle désire prendre ses papiers dans le coffre où elle les a déposé, elle s'aperçoit qu'ils ont disparu. Un coffre fermé par une combinaison.

Peu à peu, le drame s'installe, d'abord diffus. Selon un ancien gendarme en retraite, qui aurait participé à l'enquête, l'accident ne serait pas dû à un défaut de maîtrise de la part du conducteur mais à un acte de sabotage. A la bergerie, Orsu, qui travaille au camping, a appelé son chien Pacha. Comme celui qu'elle possédait lorsqu'elle jeunette. Un vieil Allemand, habitué du camping, aujourd'hui veuf, mais dont le fils fréquentait la petite bande, est un passionné de photographie. Et depuis des décennies il entasse les clichés dans des cartons. Lorsque Clo lui demande si elle peut regarder celles de l'année 89, il accède à se demande sans rechigner. Hélas, le carton est vide, les photos se sont envolées, volées.

Valou manque se casser les os lors d'une sortie organisée, alors qu'elle devait plonger dans la mer, attachée par une corde, afin de ne pas se fracasser sur les rochers et laisser emporter par les eaux. Le mousqueton lâche, probablement saboté D'autres événements se précipitent, et le drame qui couvait se transforme en tragédie, ou du moins ça y ressemble. Clo reçoit d'autres messages de sa mère, ou d'une personne qui s'est substituée à elle.

 

Tel Pénélope qui le jour tissait sa tapisserie et la nuit la défaisait, la détissait afin de prolonger le temps, Michel Bussi construit son histoire en habillant la trame de son histoire avec des épisodes, des événement, des personnages, des sentiments, puis il détricote ce qu'il a patiemment assemblé pour reprendre et offrir de nouvelles images sur une toile tout en gardant l'esquisse originelle, les fils étant entremêlés de façon différente mais toujours dans un décor identique.

Un jeu de miroir habilement développé car l'histoire des jours qui ont précédé l'accident qui ont coûté la vie des parents de Clo ont été consignés dans le carnet qu'elle trimbalait partout avec elle. Un carnet qui était resté abandonné sur le tronc d'arbre à la bergerie alors que son père l'entraînait de force. Un carnet qui n'a pas été perdu pour tout le monde et qu'un lecteur inconnu lit, ou relit, avidement, laissant parfois transparaître ses sentiments mais pas son identité.

Comme dans une galerie des glaces où l'image se déforme quelque peu, à cause des souvenirs de Clo qui ne sont pas forcément le reflet de la réalité, le lecteur vit intensément les quelques jours entre l'arrivée de Clo et sa petite famille dans la presqu'île de la Revelatta, et les événements qui se sont déroulés vingt-sept ans auparavant. Tout s'imbrique et se détache en une succession inexorable d'épisodes qui vont crescendo.

La magie Bussi opère une fois de plus, plus intéressante dans la puissance d'évocation que dans son roman précédent, Maman a tort, dans une construction implacable, à l'égale de Nymphéas noirs, et qui marque le lecteur. Un suspense qui oblige le lecteur à ne reposer le livre qu'une fois le mot fin apparait et qui réconforte.

Cela nous change d'une production actuelle où tout est basé sur des histoires répétitives de banlieues, de marlous de banlieues, de drogue, de casses mal ficelés, de délinquants minables, le tout dans un style déplorable et une écriture bâclée qui se veulent être modernes mais qui ne sont que le mépris de la langue française.

 

Michel BUSSI : Le temps est assassin. Editions Presses de la Cité. Parution 4 mai 2016. 544 pages. 21,50€.

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26 mai 2016 4 26 /05 /mai /2016 13:01

Mais viande saignante...

Claude AMOZ : Bois-brûlé.

Comme bon nombre de romans qui paraissent actuellement Bois-Brûlé ne se démarque pas de cette forme d’obsession envers les périodes troubles, et joue en filigrane avec les cicatrices morales de la Grande Guerre et des évènements d’Algérie.

Ce ne sont que des images, avec une résonance matérielle, éclats d’obus, queues de grenades, ossements, mais qui expliquent le comportement des “ héros ”, du moins des protagonistes.

Victor Brouilley, standardiste dans une maison d’édition, plaque tout du jour au lendemain, sur un coup de tête. Il a cru reconnaître sur les photos d’un magazine la maison où il passait enfant ses vacances, avec comme occupante Mara, une chanteuse populaire.

Viviane vit à Bois-Brûlé, en lisière de la forêt d’Argonne, avec son fils Stephen, dont le père est parti soigner ses blessures et celles des autres et Martin Tissier, notaire. Stephen n’apprécie guère ce père de substitution, et Viviane n’attend que le retour du géniteur. Leila a été embauchée, le temps des vacances de Pâques comme baby-sitter de Stephen.

Le drame naît lors de l’arrivée de Victor, mais en est-il vraiment responsable ? Les images qui se bousculent dans la tête des protagonistes sont autant de photos choc qui s’inscrivent dans l’esprit.

 

Claude Amoz découpe son histoire d’une façon insidieuse, laissant le suspense monter, s’installer, tarauder l’esprit du lecteur qui croit détenir une vérité habilement déformée et dont l’ambiguïté ne sera levée qu’à la toute fin du dernier chapitre.

 

Claude AMOZ : Bois-brûlé. Rivages Noir N°423. Parution février 2002. 320 pages. 8,65€.

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25 mai 2016 3 25 /05 /mai /2016 13:54

Sous les projecteurs de Charlie Hebdo...

Marek CORBEL : Mortelle sultane.

Le 7 janvier 2015, un attentat contre Charlie Hebdo était perpétré. Le 9 janvier de la même année, c'était un hyper casher qui se trouvait pris pour cible. Le 11 janvier une foule immense manifestait pour montrer son soutien aux victimes. Parmi celle-ci des inconnus et des politiciens de tout bord, surtout présents par démagogie. Trois événements qui ont marqué la vie politique et médiatique.

Pourtant un autre épisode a été passé sous silence. Celui d'un forfait ayant pour protagonistes trois femmes. Sihem, trentenaire issue d'une banlieue dite défavorisée, de ces cités qui ont poussé comme des champignons et en possède la durée de vie, délabré aussitôt construites. Avec elle Diane, la bimbo et Laurence, plus âgée et surtout abonnée aux alcools forts qui lui détruisent les neurones, un palliatif pour masquer sa déchéance. Et en ce 12 janvier, à bord d'une voiture déglinguée, Sehim récupère ses deux complices avant de rejoindre Roissy pour une destination aléatoire : Dubaï ou Collioure. Au choix.

Pendant ce temps, le lieutenant Belkacem, promu capitaine au Château des Rentiers, haut lieu de la brigade financière, depuis le 1er janvier, tente de prendre ses marques, habitué qu'il était à bosser au commissariat du XIIIe. Fini le bitume à arpenter pour ce péripatéticien policier. Mais auparavant il doit passer au 36 quai des Orfèvres, où il retrouve avec plaisir Alain Charry, lieutenant à la Crim, dit le Pinède à cause de sa taille et de son origine landaise. L'envers du décor, c'est le commissaire divisionnaire Monteil, un homme irascible, incisif aux dents longues. Heureusement son ami Duval est toujours présent pour l'aider dans les coups durs.

Par l'un de ses indics, Belkacem apprend qu'une opération doit avoir lieu, mais il faut trouver le commanditaire, un certain Kader, un caïd de banlieue. Charry, qui ne charrie pas, lui signale qu'Aguarelli, un Corse, vient d'être transformé en passoire, un déguisement comme un autre mais auquel on ne survit pas. L'année commence bien.

 

La lecture de ce roman m'a donné l'impression d'être un spectateur entrant par hasard dans une salle de cinéma, alors que la projection du film a débuté depuis un certain temps, et partant alors que la séance n'est pas terminée. Je dois avouer que je n'ai pas tout compris au film, me laissant bercer par des images, des répliques, des situations qui se juxtaposent comme de courts-métrages.

On passe allègrement du 12 janvier au 6 janvier, puis on retrouve le 12 pour remonter au 7, ainsi de suite jusqu'à la fin du roman, dont l'avant dernier chapitre est daté du 12 et l'épilogue du 11.

Etant un vétéran de la lecture (je déteste l'hypocrite mot senior utilisé pour définir les retraités), je commence à avoir les neurones fatigués, et peut-être est-ce pour cela qu'il faut m'expliquer longuement le pourquoi du comment, alors que dans cette histoire tout est plus suggéré que développé.

Un roman destiné aux quadragénaires aimant s'imbiber dans une nouvelle histoire de banlieue, ancrée dans un contexte historique. Wesh...

Marek CORBEL : Mortelle sultane. Collection Noir de Suite. Editions du Horsain. Parution 20 mai 2016. 144 pages. 8,00€.

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  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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