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25 août 2016 4 25 /08 /août /2016 07:15

Les dossiers provoquent parfois des dos sciés...

Georges SIMENON : Les dossiers de l'Agence O.

La Cité Bergère, une ruelle qui prend naissance rue du faubourg Montmartre et se termine dans la rue Bergère, abrite le Palace, un grand music-hall réputé où défilent de nombreux artistes.

Face à l'établissement, un salon de coiffure. Et au second étage de l'immeuble abritant l'échoppe du figaro, une plaque annonce la présence de l'Agence O. Les lieux ne sont guère reluisants, mais les clients ne s'attardent pas sur la propreté ou le décor.

Une jeune femme appuie sur la sonnette et c'est un garçon de bureau qui ne paie pas de mine qui l'invite à entrer dans l'antichambre miteuse. Elle veut le directeur.

Elle est reçu par Joseph Torrence, ex-inspecteur de la police judiciaire, reconverti comme détective. L'Agence travaille surtout avec des assurances, résolvant des affaires de vol, ou d'arnaques, voire de meurtres.

Joseph Torrence est un colosse débonnaire, à la quarantaine bien soignée et bien nourrie.

La jeune femme se présente comme étant Denise Etrillard, de la Rochelle. Son père, qui doit se rendre à l'agence dans l'après-midi, est notaire dans la cité surnommée la Porte océane.

Ce qu'elle ignore cette gente demoiselle qui tamponne ses yeux avec un mouchoir, c'est qu'elle est surveillée au moyen d'une glace sans tain, dans une autre pièce, par Emile, un homme d'apparence jeune et roux.

Ce qu'elle ignore également, c'est que Torrence n'est que la devanture avantageuse de l'Agence, le véritable patron étant Emile qui préfère se cantonner dans un rôle subalterne. Emile qui se déplace toujours avec un appareil photographique, et qui dit Patron à Torrence devant les clients ou toute autre personne susceptible d'assister à leurs conversations.

L'édification d'Emile est rapidement faite. Dans son réduit il dispose de nombreux annuaires et Bottins, et d'indicateurs des Chemins de Fer. Ce qui lui permet de vérifier les assertions de la dénommée Denise, assertions qui sont fausses.

Alors il décroche le téléphone intérieur et ordonne à Barbet, le garçon de bureau, dont ce n'est pas le véritable nom et au passé chargé d'habile détrousseur, d'un seul mot : chapeau. Ce qui signifie que Barbet doit suivre la demoiselle lorsque celle-ci va quitter le bureau.

Un rite quasiment immuable lorsqu'une affaire se profile et que l'agence est chargée de résoudre, quel que soit le solliciteur des compétences de l'Agence O.

Ce trio d'enquêteurs masculins ne serait pas complet sans une présence féminine, même intermittente. Il s'agit de mademoiselle Berthe, la secrétaire, qui parfois aide Emile dans ses enquêtes.

Sans oublier une figure tutélaire, celle du commissaire Maigret. En effet Torrence fut l'un des adjoints du célèbre commissaire, pensionnaire du 36 Quai des Orfèvres. Et inévitablement quelques tics, quelques habitudes, des routines se sont imposés à Torrence.

Maigret travaillait volontiers à la bière, ou au gros rouge. Torrence, qui a été son élève pendant si longtemps, travaille indifféremment à tout ce qui se boit, et le bon feu de bûches ne lui vaut rien, ni le fauteuil profond dans lequel il s'enlise (La cabane en bois).

Serait-ce à supposer que Maigret a pris sa retraite ! Mais pas de souci il reviendra dans d'autres aventures, et d'ailleurs ce n'est pas notre propos.

Incidemment, le docteur, à qui l'hôte, chez qui Torrence s'est rendu pour une enquête, propose :

Un goutte d'armagnac, docteur ?

Le docteur répond :

C'est un remède que nous ne mettons pas souvent sur nos ordonnances, mais que nos malades prennent sans nous consulter.

Un toubib de la vieille sans aucun doute !

Si Maigret est omniprésent sans l'être physiquement, un ancien collègue de Torrence va participer à une enquête dans laquelle l'Agence O est impliquée. Lucas a monté de grade, il est devenu commissaire, mais il est toujours aussi petit (on ne se refait pas) et toujours aussi inquiet, et l'intrusion de Torrence l'exaspère. Il n'aime pas se faire monter sur les pieds, même par un ancien collègue, surtout lorsque celui-ci ne fait plus partie de la maison.

La maison. La fameuse Tour pointue !

Le grand et solide Torrence n'était jamais aussi radieux que quand il venait faire un tour à la "maison". Et la "maison", pour lui, c'était celle des débuts, c'était ce Quai des Orfèvres où il avait été quinze ans durant, comme inspecteur de la Police judiciaire, le bras droit du commissaire Maigret.

Pour les collègues, Torrence avait mal tourné, puisqu'il était devenu détective privé. Pour la majorité des gens, il avait fait fortune, puisqu'aussi bien il était, en titre tout au moins, le grand patron de l'Agence O, la plus sérieuse, la plus connue, la plus illustre des agences de police privée.

C'est la nostalgie qui guide les pas de Torrence dans ces lieux poussiéreux, alors qu'une rafle dans le quartier de Barbès-Rochechouart, haut lieu de la pègre, vient de porter ses fruits en la présence d'une soixantaine d'hommes de tout âge, de tout poil, de toute couleur, nus comme des vers.

Et qu'il trouvera incidemment un client, un avocat qui déguisé en clochard pour des raisons professionnelles.

Et tout comme dans certains Maigret, ou dans les nouvelles qui composent le Petit Docteur, Torrence porte-parole d'Emile, se montrera humain. Les enquêtes sont résolues, mais les fautifs ne sont pas forcément remis à la police et à la Justice pour des raisons d'humanisme.

Les quatorze nouvelles qui composent ce recueil ont été écrites en juin 1938, soit immédiatement après celles du Petit Docteur, et ont été publiées en 1941 dans la collection Police-Roman avant d'être réunies en volume en 1943 aux éditions Gallimard.

Seule la première nouvelle changera de titre, La jeune fille de La Rochelle devenant La cage d'Emile.

Sommaire :

  • La Cage d’Émile
  • La Cabane en bois
  • L’Homme tout nu
  • L’Arrestation du musicien
  • L’Étrangleur de Moret
  • Le Vieillard au porte-mine
  • Les Trois Bateaux de la calanque
  • Le Fleuriste de Deauville
  • Le Ticket de métro
  • Émile à Bruxelles
  • Le Prisonnier de Lagny
  • Le Docteur Tant-Pis
  • Le Chantage de l’Agence O
  • Le Club des vieilles dames
Réédition du 30 septembre 1964. Gallimard. 568 pages.

Réédition du 30 septembre 1964. Gallimard. 568 pages.

Douze de ces nouvelles ont été adaptées par Marc Simenon pour une série télévisée franco-canadienne en 1968.

Les interprètes principaux en furent :

Jean-Pierre Moulin: Emile.

Pierre Tornade : Torrence.

Michel Robin : Barbet.

Marlène Jobert : mademoiselle Berthe.

Et au fil des épisodes, apparaissent : Serge Gainsbourg, Chantal Goya, Jean-Roger Caussimon, Noël Roquevert, Pierre Mondy, Pascale Roberts, et bien d'autres dont vous pouvez retrouver la liste ci-dessous :

 

Première édition Gallimard. Les Simenon Policiers. Avril 1943.

Première édition Gallimard. Les Simenon Policiers. Avril 1943.

Georges SIMENON : Les dossiers de l'Agence O. Collection Folio Policier N°807. Editions Folio. Parution 8 juillet 2016. 704 pages. 8,70€.

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24 août 2016 3 24 /08 /août /2016 08:51

René REOUVEN, ou l’apocryphe talentueux.

René REOUVEN : Un entretien.

Lors de la sortie en librairie du Cercle de Quincey, René Reouven a accepté de répondre à quelques questions. Cet entretien a été publié dans la Revue 813 N°66 de mars 1999.

 

Avec Le Cercle de Quincey, René Reouven joue avec le temps, mêlant habilement passé et présent, laissant planer sur ce roman les ombres de De Quincey, de Jules Romains, de Dostoïevski et de Shakespeare, par personnages interposés. Ce n’est pas le coup d’essai de Reouven qui, depuis de nombreuses années, joue ainsi à cache-cache avec les littérateurs, principalement du siècle dernier : Courteline, Alphonse Allais, Gaston Leroux, André Gide, Oscar Wilde, R.L. Stevenson, Jules Verne et surtout Conan Doyle.

Avec un peu plus d’une trentaine de romans à son actif, en quarante ans de carrière, René Reouven reste toutefois un cas à part, comme un anachronisme dans le monde du polar. Il a débuté en signant des ouvrages de littérature dite générale, démarche inverse de bien des auteurs qui aspirent à la consécration en reniant leurs origines de polardeux. Puis il écrit aussi bien des romans de science fiction, des essais, un Dictionnaire des Assassins, des nouvelles. Il engrange les Prix, mais sans faire vraiment parler de lui, se retranchant derrière son œuvre comme derrière un paravent. C’est surtout quelqu’un de modeste.

René REOUVEN : Un entretien.

« René Reouven est un excellent constructeur d’intrigues mais il aime bien rajouter un petit quelque chose en jouant avec les références littéraires qui feront jubiler les connaisseur ». Michel Lebrun et Jean-Paul Schweighaeuser dans Le guide du Polar (Syros -1987).

 

La première question, rituelle, est de demander à l’auteur de se présenter, dont acte :

Je suis né en 1925 à Alger et je publie depuis 1959. Après des études secondaires, c’est l’armée. Puis je deviens commissaire aux Enquêtes Economiques de l’Algérie. J’en démissionne au bout de quelques années pour tenter l’expérience du kibboutz. Plus tard, de retour en France, j’exerce au sein des Services Académiques de l’Education Nationale, d’où j’ai pris ma retraite pour exercer l’activité d’auteur à plein temps.

 

Comment vous est venu le goût, l’envie d’écrire ?

Le goût de lire m’a conduit au goût d’écrire, et d’écrire surtout ce qui me tentait, à savoir ce que j’aurais aimé lire. C’est la raison pour laquelle je ne me suis pas borné à un seul genre : je les aime tous. Je suis toujours à l’aise dans ce que j’écris, dans la mesure où je ne m’impose rien, ni genre, ni thème, ni mode.

 

Vous avez commencé par de la littérature générale puis vous vous êtes lancé dans le roman policier. Comment s’est effectuée cette transition ?

J’ai toujours plus ou moins écrit, sans penser tout d’abord à me faire publier. Et puis un jour j’ai prêté un manuscrit à un camarade qui a pris le temps de le taper, ce qui m’a mis dans l’obligation de le présenter à un éditeur. C’était un roman de littérature générale, comme vous dites, qui s’appelait La route des voleurs. Et par la suite j’en ai écrit quatre ou cinq et un roman de science-fiction avant de m’orienter vers la littérature policière vers laquelle me poussaient en vérité mes goûts, car sur les romans de littérature générale que j’ai écrit, il y en a trois qui sont à thème policier. D’ailleurs, si j’ai écrit plus de trente livres, je ne juge plus utile de porter dans ma bibliographie les romans de littérature générale, la grande disent les imbéciles, par lesquels j’ai commencé. Cinq ou six ouvrages qui ont obtenu le Prix Cazes et le grand prix de Littérature de la Fondation Del Duca pour l’ensemble de mon œuvre, laquelle à l’époque ne comptait pas de romans policiers.

 

René REOUVEN : Un entretien.

Quels ont été vos maîtres ?

Je peux dire que j’ai été influencé par des ouvrages différents qui vont de Zevaco à Arthur Koestler. Ce sont ceux qui m’ont appris, sinon à penser, mais qui m’ont donné quelques grands schémas dans lesquels je me suis un peu orienté.

 

Que représente pour vous la littérature policière ?

Pour moi la littérature policière c’est la meilleure parce qu’elle ne se contente pas de raconter des histoires. Elle fait en plus appel à toutes les ressources de l’esprit du lecteur. Elle établit un dialogue en quelque sorte, puisque l’auteur propose un problème, le lecteur y réfléchit. Il y a même des romans policiers où l’auteur s’adresse au lecteur et lui pose le problème. C’est un jeu excitant pour l’esprit, et, en plus, c’est une histoire qui peut-être passionnante, qui peut retenir en dehors de tout autre problème.

 

Comment travaillez-vous ? Préparez-vous un plan longtemps à l’avance et laissez-vous mûrir vos idées, ou vous astreignez-vous à des pages d’écriture quotidiennes ?

En réalité je ne m’astreins à rien du tout. Lorsque j’ai une idée, je la laisse mûrir très très longtemps. Je fais le plan peu à peu, au fur et à mesure que l’idée se développe, et lorsque l’inspiration me vient, je me mets à écrire. Il peut m’arriver de rester sans écrire pendant plusieurs jours, voire une ou deux semaines, lorsque je ne me ressens pas dans l’état d’esprit nécessaire pour pouvoir écrire. Les idées se décantent, elles s’ordonnent, peut-être inconsciemment, et finalement je me remets à écrire mais je ne m’astreins à aucune contrainte, ni dans le temps, ni dans le lieu.

 

Où puisez-vous vos sujets ?

Un peu n’importe où. Moins souvent dans la presse comme mes confrères le disent généralement. Souvent, je l’avoue, il m’arrive de lire des romans policiers où j’imagine une solution ou une vérité qui est cachée, que je pense être celle proposée par l’auteur, et je m’aperçois qu’il propose une autre vérité. A ce moment là j’utilise la vérité que moi j’avais imaginée et, très souvent, c’est quelque chose qui peut réussir.

 

Pourquoi avoir utilisé les pseudonymes de René Reouven et d’Albert Davidson ?

Lorsque j’ai commencé à écrire des romans policiers sous couverture spécialisée, je venais de publier plusieurs romans de littérature générale pour lesquels j’avais obtenu des prix. Je pensais qu’il n’était pas très élégant de publier des romans policiers sous mon nom et puis, d’autre part, comme je ne proposais pas la même marchandise aux lecteurs, je ne voulais pas l’abuser. Quant au nom de Reouven, la raison pour laquelle je l’ai pris remonte au temps où je vivais en Israël dans un kibboutz. C’est la transcription approximative de René. J’ai donc utilisé ce pseudonyme, puisque j’en avais déjà un. C’était inutile d’en chercher un autre. En ce qui concerne Albert Davidson, c’est un peu différent. J’ai écrit un livre qui s’appelait Elémentaire, mon cher Watson et à ce moment là, la directrice de la collection Sueurs Froides, qui était à l’époque Noëlle Loriot, m’a proposé de prendre un pseudo anglo-saxon. Non pas tellement pour abuser les journalistes, mais sutout pour que le lecteur, qui pratique un chauvinisme à l’envers dans cette matière, soit plus tenté d’acheter ce livre parce que simplement, lorsque l’on parle de Sherlock Holmes, on imagine surtout que ce sont les anglo-saxons qui savent en parler.

 

Etes-vous fasciné par Sherlock Holmes ?

Je suis moins fasciné par Sherlock Holmes que par son environnement britannique et surtout victorien. Je crois que le romantisme de l’horreur prend, dans ce cadre, ses plus belles couleurs, même si elles sont feutrées par le brouillard.

 

Vos livres sont souvent empreints d’un humour corrosif. Le ressentez-vous comme tel ?

Je pense que cela correspond un peu à mon caractère. Je crois que la vie n’est acceptable qu’à condition de l’accommoder à une certaine sauce d’humour, et surtout lorsqu’il s’agit d’histoires aussi horribles qu’on raconte dans des romans policiers. C’est peut-être ce que l’on appelle l’humour noir. Et ça correspond, d’une certaine façon, à une forme d’esprit que j’ai et qui consiste à voir le côté cocasse de chaque situation. Je pense en outre que sur le plan littéraire ça peut apporter certaines trouvailles. En fait l’humour qu’on peut trouver dans mes romans, voire dans mes essais comme le Dictionnaire des Assassins, est pour moi le condiment nécessaire à l’assaisonnement de la mort, qui, sans lui, tournerait vite à la monotonie.

 

René REOUVEN : Un entretien.

Quelles sont les qualités que vous appréciez le plus dans la vie, chez les autres, et les défauts que vous abhorrez le plus ?

Les qualités que j’apprécie le plus chez les autres, c’est la propreté, la dignité, l’honnêteté au sens moral et intellectuel. Bien entendu un certain courage. L’intelligence n’est pas une qualité, c’est un don, par conséquent je l’écarte. Il est plus intéressant, bien sûr, de parler avec quelqu’un d’intelligent, mais je ne pense pas que ce soit la qualité primordiale. Quant aux défauts que j’abhorre le plus, ce que je ne peux pas encaisser, c’est l’hypocrisie d’une part, et d’autre part d’être sans gêne. De penser que tout vous est dû. Le fait de penser ausssi que le monde attend le message que vous allez lui délivrer. Bref, vous avez parlé tout à l’heure de ma modestie. En fait la modestie, c’est la paresse. C’est la raison pour laquelle je suis un peu dans une tour d’ivoire dans ce domaine.

 

Contrairement à beaucoup d’auteurs, et même en prenant des pseudonymes, vous êtes toujours resté fidèle au même éditeur. Bizarre, non ?

Non, non, pas bizarre du tout. Je n’ai pas eu de gros problèmes avec mon éditeur et comme je vous l’ai dit, je suis un paresseux. Je ne me vois pas en train de frapper à d’autres portes, sauf évidemment si nos relations s’envenimaient. Ce qui peut toujours arriver...

 

Loin de tout tapage et de tout bruit, vous avez construit une œuvre comportant plus d’une trentaine de romans. Œuvre importante plus par la qualité que par la quantité. Que pensez-vous des auteurs plus prolifiques que vous ?

Il n’a jamais été question dans mon esprit de construire une œuvre. J’écris comme ça vient, à droite, à gauche, à hue et à dia. Et dirait l’autre, j’arrête quand je veux. Je pense que c’est une question de choix. Moi, quand j’écris, c’est pour m’amuser, c’est pour y prendre du plaisir. Il est certain qu’il y a des auteurs qui ont choisi une fois pour toute de vivre de leur plume. Et il est certain également que ça les met dans l’obligation d’écrire beaucoup, parfois avec des fortunes diverses. Il y a des gens qui sont capables d’écrire vite, bien et beaucoup. Comme Georges-Jean Arnaud par exemple. Moi, je ne crois pas que je serais capable de le faire. La qualité des textes est simplement due au fait que j’écris des livres tels que j’aimerais en lire. Et si j’ai écrit une trentaine de romans, il ne faut pas oublier que j’ai écrit sur une période de quarante ans.

 

Que pensez-vous des jeunes loups qui montent et montrent les dents, faisant parfois beaucoup parler d’eux ?

Je les comprends. Chacun son caractère. Ils ont choisi, eux, de se faire connaître, ils sont beaucoup moins paresseux que moi, ils s’agitent... Cela fait peut-être partie du travail d’auteur. C’est un travail que moi je n’aime pas beaucoup faire. Il semble qu’ils aient tout à fait saisi la vérité de notre temps. A mon avis les dents valent mieux que la langue, mais je suis trop paresseux pour faire comme eux. Et puis, l’arrivisme, ce n’est jamais que l’ambition des autres.

 

Lisez-vous les critiques lors de la parution d’un nouveau roman et comment réagissez-vous ?

Quand un de mes nouveaux romans paraît, bien sûr que je lis les critiques. D’ailleurs mon éditeur m’adresse les photocopies de toutes les critiques qui paraissent. Je n’ai pas trop à me plaindre, généralement je ne suis pas malmené par la presse. Il peut arriver qu’un de mes romans ne plaise pas; c’est le droit du critique de le dire. Je ne suis pas de ceux qui pensent qu’un critique, s’il n’a pas écrit lui-même, n ‘a pas le droit de juger les autres. Quand je vais voir un film, que je serais incapable de réaliser, si c’est un navet, je dis que c’est un navet. Bien entendu, quand les critiques sont mauvaises, ça ne me fait pas plaisir, mais après tout c’est le jeu. C’est moi qui l’ai choisi et je ne vois pas pourquoi je me plaindrais.

 

Pourquoi votre goût pour la littérature classique, goût qui se ressent dans votre œuvre, parfois de façon iconoclaste ?

Mon goût pour la littérature classique ? Une revanche perverse contre ceux - certains professeurs du secondaire - qui ont tout fait pour m’en dégoûter. Heureusement, les méthodes ont bien changé, et je retournerais bien sur les bancs. Et puis, encanailler dans le polar les institutions littéraires que sont devenus certains auteurs, me parait une œuvre de salubrité publique.

 

René REOUVEN : Un entretien.

Quels sont vos projets ?

J’ai un manuscrit chez Denoël qui doit paraître dans la collection Présences : La partition de Jéricho. Dans l’anthologie Noëls meurtriers, réunie au Masque par Jean-Pierre Croquet, j’ai donné une nouvelle, La nuit des Mages. Enfin, j’achève une grande nouvelle pour l’anthologie de Steampunk que Daniel Riche prépare pour le Fleuve Noir : Ame qui vive.

René REOUVEN : Un entretien.
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Published by Oncle Paul - dans Entretiens-Portraits
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23 août 2016 2 23 /08 /août /2016 08:45

Bon anniversaire à René REOUVEN, né le 23 août 1925.

René REOUVEN : Souvenez-vous de Monte-Cristo.

Exercer la profession de documentaliste dans un lycée peut réserver parfois d'heureuses surprises.

C'est ce qui arrive à César Brunel qui déniche, enfoui au fond d'un rayon de la bibliothèque, un ouvrage signé d'un certain Peuchet, préfet de police au début du 19ème siècle, et dont s'inspira largement Alexandre Dumas pour écrire son Comte de Monte-Cristo.

Brunel a envie de devenir riche, et pour cela il lui suffit d'hériter de son oncle. Or, coïncidence étrange, un parallèle existe entre l'un des personnages des mémoires de Peuchet et Brunel. Loupian.

Loupian, nom de jeune fille de sa mère et du héros de ce livre qui lui livre sinon la solution du moins une façon de procéder pour éliminer son riche parent.

Pour détourner l'attention de la maréchaussée, il choisit quelques victimes en concordance avec ce roman qui devient sa bible de chevet. Le premier pas est plus facile à sauter qu'il le pensait, il ne lui reste plus qu'à continuer sur sa lancée.

 

René Réouven abandonne un temps le pastiche holmésien dont il s'est instauré le chantre mais pas le plaisir d'émailler son roman de références littéraires et historiques.

Sans pour autant verser dans le pédantisme.

Un roman fort bien construit malgré une facilité apparente, jusque dans la pirouette finale, pourtant annoncée mais dont on se demande si l'auteur osera l'exécuter.

Le tout enrobé d'un brin d'humour léger, pour ne pas dire primesautier.

Première édition Collection Sueurs Froides. Editions Denoël. Parution 14 mai 1996. 224 pages. 12,14€.

Première édition Collection Sueurs Froides. Editions Denoël. Parution 14 mai 1996. 224 pages. 12,14€.

René REOUVEN : Souvenez-vous de Monte-Cristo.

René REOUVEN : Souvenez-vous de Monte-Cristo. Folio N° 3034. Parution 23 janvier 1998. 208 pages. 6,50€.

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22 août 2016 1 22 /08 /août /2016 12:50

Bon anniversaire à Alexis Lecaye, né le 22 août 1951.

Alexis LECAYE : Julie Lescaut.

Mutée dans un commissariat d'une petite ville de la banlieue parisienne, Madame le commissaire Julie Lescaut est un peu perdue.

Pas encore la quarantaine, divorcée et mère de deux fillettes, elle en avait marre de végéter au Ministère de l'Intérieur après avoir exercé durant quelques années le métier d'avocate.

Sa première journée au commissariat lui fait découvrir un monde auquel elle n'était pas habituée. Tétanisée, elle subit les attouchements de Peuchard, l'heureux retraité grivois qui la pelote sans vergogne. Pour sa défense il faut avouer qu'il est quelque peu éméché.

Trémois, un inspecteur au faciès cadavérique, lui remet un rapport dans lequel il est question de cercles de jeux clandestins, de tripots. Une affabulation, ou un début de paranoïa, pense-t-elle.

Quant à N'Guma, un autre inspecteur, un Noir natif de Bécon, il l'a suivie ostensiblement en sifflotant Auprès de ma blonde... Plus que l'erreur dans la couleur de cheveux,      Julie Lescaut est rousse, cette drague qu'elle estime éhontée lui a mis les nerfs en pelote.

Elle va avoir bien du mal à s'imposer, à diriger ce poste banlieusard dans lequel ses trente-deux subordonnés ont été habitués à recevoir des ordres d'un supérieur hiérarchique mâle.

Elle a à peine le temps de s'installer dans son bureau que la disparition d'un gamin de huit ans, Tarik, est signalée. Bonjour l'ambiance.

Entre Julie Lescaut, qui s'illusionnait lors d'un rendez-vous avec le meilleur ami de son mari, le meilleur ami du couple, et Trémois, dont la vie privée est un cauchemar, un calvaire, le courant passe mal, mais rien ne vaut une bonne enquête policière dans laquelle chacun peut démontrer ses qualités, parfois cachées, pour souder une équipe.

 

Alexis Lecaye, qui sous le pseudonyme d'Alexandre Terrel nous avait régalé avec sa série consacrée au Croque-mort, présentait un nouveau personnage qui ne manque ni d'attrait, ni de charme.

Interprétée au petit écran par Véronique Genest, Julie Lescaut a su plaire et s'imposer auprès des téléspectateurs, grâce à ses qualités et ses défauts.

Ce n'est pas une superwoman. C'est une femme tout simplement, avec tous les aléas de la vie quotidienne, familiale et professionnelle que cela comporte. La description des autres policiers évoluant dans ce roman ne manque pas non plus de profondeur. L'enquête est au cœur de l'histoire, certes, mais les à-côtés sont tout aussi intéressants.

Alexis Lecaye n'a écrit qu'un seul roman mettant en scène Julie Lescaut, la série télévisée lui prenant tout son temps, son énergie, et il faut bien l'avouer, se montrant plus lucrative qu'un livre.

Réédition Le Masque Jaune N°2492. 12 Janvier 2005. 7,50€.

Réédition Le Masque Jaune N°2492. 12 Janvier 2005. 7,50€.

Alexis LECAYE : Julie Lescaut. Le Masque Jaune N°2098. Editions Librairie des Champs Elysées. Parution 1992.

Réédition Le Masque Jaune N°2492. 12 Janvier 2005. 7,50€.

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21 août 2016 7 21 /08 /août /2016 14:30

Tu vas réveiller les voisins...

Hank JANSON : Faut pas crier, chérie !

Malgré quelques nouvelles publiées et des pièces radiophoniques dont le succès obtenu au début n'a pas connu de suite, Amber Blake est dans la dèche. Alors il décide de quitter son logement en partant à la cloche-de-bois, laissant avec regret sa chère machine à écrire et n'emportant pour tout viatique que quelques objets dont un stylo et une édition défraîchie de Guerre et Paix.

Alors qu'il s'éclipse, sans annoncer à sa logeuse son départ définitif de Chicago, Blake se voit remettre une lettre en provenance d'Hastings. Au cours des dernières semaines, il a envoyé un nombre incalculable de demandes d'emploi, et c'est l'unique réponse qu'il reçoit. Il estime que c'est trop tard et décide de retourner chez lui, en Californie. Il est pris en stop par un camionneur complaisant malheureusement son voyage s'arrête net à Hastings, à cause d'une panne.

Puisqu'il se trouve dans cette ville sans vraiment l'avoir désiré, peut-être un signe du destin, Blake décide alors de se rendre à l'adresse indiquée, n'ayant guère de d'espoir. Il se présente donc devant une riche demeure, mais les ennuis commencent dès l'entrée. Le domestique lui signifie sèchement qu'il faut prendre rendez-vous. Brandissant la lettre comme un talisman, Blake peut enfin être dirigé dans un bureau où il est accueilli par une jeune femme avec laquelle il doit une fois de plus tergiverser, démontrer qu'il est bien Amber Blake, malgré son prénom féminin, et qu'il se présente pour la place revendiquée. Enfin il est reçu par Mme Eleanor Knight, la patronne, héritière des usines que possédait son mari décédé quelques années auparavant

Après un test sur ses connaissances philosophiques, Blake est enfin embauché pour écrire un livre à la place de sa nouvelle patronne. Il est logé, nourri et surtout sa garde-robe est remplacée avantageusement par des vêtements neufs et dispendieux. Tout irait pour le mieux s'il n'était émoustillé par la présence de Carol, la secrétaire et nièce d'Eleanor qui joue le chaud et le froid sur ses sens.

Mais bientôt Blake se retrouve coincé entre Carol et Eleanor qui le veulent toutes les deux dans leurs lits. Et qui y arrivent. Seulement, Blake doit prendre ses précautions, Eleanor ne devant pas savoir qu'il fricote avec Carol. Tout se complique lorsqu'Eleanor décide de coucher Blake sur son testament, en reconnaissance de ses bons services. Au détriment bien entendu de Carol. Et comme il fallait s'y attendre, les deux jeunes amants sont surpris par la vieille dame qui les et immédiatement à la porte avec armes et bagages.

Car Eleanor est découverte assassinée et Blake est arrêté par les policiers.

 

Ce roman aurait pu figurer au catalogue de la Série Noire, le thème de deux femmes d'âge différent se partageant parfois à leur insu le même homme, ayant été traité à moult reprises, et par des auteurs aussi bien renommés que par ceux qui sont aujourd'hui considérés comme des nanars, Carter Brown en tête.

Mais le contenu jugé sulfureux pour l'époque ne convenait-il pas forcément à la Série Noire. Pourtant de nos jours ces quelques pages dont l'érotisme paraît bien fade comparé aux textes publiés dans des collections sérieuses (ou jugées comme telles). Le narrateur se montre cynique dans certaines descriptions, surtout celles qui concernent Eleanor, comme en pourra juger le lecteur d'après ce passage :

Sa chemise de nuit, dénouée avait maintenant glissé jusqu'à la taille et je pouvais ainsi voir ses seins flasques et volumineux crouler vers ses aisselles.

Je distinguais les pattes d'oie au coin des yeux, les rides profondes de son cou, mais ses bras m'enserraient et je me sentais emporté dans un tourbillon. Je n'avais pas désiré que cela se passe ainsi mais je n'étais plus maître de la situation.

De la main gauche, à tâtons, j'éteignis la lumière. Ne pas la voir faciliterait les choses.

Ses lèvres trop humides se collèrent aux miennes avidement tandis que ma main se lançait à l'exploration des cuisses fermes mais grasses, effleurant la toison crépue qui s'étendait sous le ventre trop rond.

Eleanor ronronnait de plaisir, écartait ses cuisses, s'offrait toute entière...

Je ne me fis pas prier davantage...

Fin du passage dont la suite est :

Il n'y a que le premier pas qui coûte.

 

Le traducteur a-t-il voulu rester fidèle au texte ou est-ce une erreur due à un manque d'inattention, mais dans les premières pages Eleanor Knight paraît quarante ans puis, page 89, Carol annonce qu'elle en a cinquante cinq. En soi, ce n'est pas trop grave, sauf que la description physique ne correspond guère aux deux âges avancés. Ou alors cette charmante (!) femme qui répond d'une seul coup au doux prénom d'Elsa (!), est vraiment décatie avant l'âge permis.

Les policiers américains sont décrits comme brutaux, obtus, dans la tradition des romans noirs, surtout lorsque le contexte s'y prête. En effet le District Attorney doit se présenter pour sa réélection, et une affaire bouclée rapidement servirait ses projets.

 

Hank JANSON : Faut pas crier, chérie !

Quelques mots sur l'auteur :

Hank Janson, de son vrai nom Stephen D. Frances (1917 - 1989), utilise son pseudonyme pour en affubler dans certains de ses écrits son narrateur, dès 1946. Mais ici il s'agit d'un autre personnage, calqué sur Hank Janson le personnage. Seuls quelques romans signés Hank Janson dus à la plume de Stephen Frances ont été traduits en France, deux dans cette collection Votre roman noir, Madame, ce roman et Les jupes lui donnent du souci (N°4 en 1953), un autre dans la collection Détective-Pocket N° 61 chez Bel-Air, en 1955, Razzia sur la drogue.

Le nom de Hank Janson est devenu un collectif d'auteurs, et les romans publiés dans la collection L'Aventurier au Fleuve Noir, entre 1966 et 1972 :

119 : A la va-viet (Never center)

120 : Fan-Fantare

121 : Yé-yé Yemen (Hot Line)

125 : Vaudou veau d'or (Voodoo violence)

128 : Ding dong dingues (A girl in hand)

187 : Intoxicomanie.

 

Quelques liens pour mieux connaître Hank Janson et son oeuvre :

 

Hank JANSON : Faut pas crier, chérie ! (Baby, don't dare squeal - 1951. Traduction de M. Nicols). Collection Votre roman noir, Madame. Editions Le Condor. Parution décembre 1952. 192 pages.

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20 août 2016 6 20 /08 /août /2016 13:07

C'est du cinéma...

Marie-Bernadette DUPUY : Un festival meurtrier.

En réalité, ce volume comporte deux courts romans qui ont déjà été publiés aux éditions le Soleil de Minuit en 1996. Il s'agit de Cognac, un festival meurtrier et de Vent de terreur sur Baignes. Deux historiettes dans lesquelles l'inspectrice Maud Delage est le personnage principal, mais c'est toute une petite équipe qui tient la vedette de ce commissariat d'Angoulême.

Cognac, un festival meurtrier:

Maud Delage, la trentaine affirmée et toujours célibataire, reçoit un appel inopiné qui la plonge dans son passé. Stéphane, son premier amoureux, son fiancé qui l'avait délaissée quelques années auparavant pour aller voir ailleurs si c'était mieux. Il est journaliste-photographe et doit couvrir l'événement annuel du festival du film policier de Cognac, une manifestation qui draine de nombreux amoureux du 7e art, et pour laquelle les acteurs se déplacent, accordant volontiers leurs autographes, pour la plupart.

Toutefois une enquête requiert ses services. Une jeune femme est tombée de quinze mètres, et la réception a été mortelle. Pour l'inspecteur principal Irwan Vernier, un Breton comme Maud Delage qui l'accompagne sur les lieux, il ne s'agit pas d'un suicide mais d'un meurtre. Des traces de strangulations éloquentes apparaissent sur le cou de la morte.

Evidemment, il leur faut s'intéresser aux proches de la jeune morte qui fréquentait depuis un certain temps une adepte du karaté. D'ailleurs, comme les trois mousquetaires, elles étaient quatre à se retrouver régulièrement. Mais une deuxième jeune femme est, elle aussi, la victime d'une tentative de meurtre.

Maud se rend à Cognac afin d'interroger une des amies des deux victimes et presque sous ses yeux, alors qu'elle est en compagnie de Stéphane, un nouveau meurtre est perpétré. Alors qu'elle procède aux premières constations, et que la quatrième compagne est arrêtée, malgré ses dénégations d'en être l'auteur, car se trouvant dans l'appartement de cette troisième défenestrée, un motard surgit voulant la prendre comme passagère sur son engin.

Irwan, Xavier, Maud forment une fine équipe complétée de Dimitri le stagiaire, et du commissaire Valardy. Si l'enquête concernant cette affaire qui met en scène des femmes, toutes lesbiennes ou presque, et insinue donc des crises de jalousie, une autre crise de jalousie risque de perturber les relations amoureuses épisodiques entre Irwan et Maud. Il leur arrive de coucher ensemble mais Maud tient à son indépendance, tout comme Irwan d'ailleurs. Et seul réside à demeure chez Maud, Albert, le chat.

Une intrigue sympathique qui nous plonge dans l'univers lesbien narré avec tact et dont l'épilogue joue sur une partie de cache-cache informative déjà moult fois utilisée.

 

Vent de terreur sur Baignes.

S'étant blessée à l'épaule, lors d'une planque sur un toit en compagnie d'Irwan, Maud Delage est en convalescence chez elle à Gond-Pontrouve, commune sise près d'Angoulême. Sa mère est venue de Bretagne afin de l'aider dans ses taches ménagères, mais cela pèse sur les épaules et le moral de la policière qui s'ennuie. Heureusement, elle reçoit la visite de Xavier qui lui donne quelques nouvelles, notamment une nouvelle affaire qui leur a échue à Irwan et lui. Retrouver un homme porté disparu. Un nommé Raymond Chantrel.

Le cousin banquier du disparu affirme ne pas eu de ses nouvelles depuis cinq mois, et pourtant son compte bancaire est régulièrement ponctionné. Sa maîtresse elle n'a plus de nouvelles depuis quatre mois. Toutefois elle leur apprend qu'il possède, ou possédait une maison à Baignes, au sud du département, en dessous de Barbezieux.

Pendant ce temps à Baignes, un jeune couple vit des moments difficiles. Surtout la jeune femme qui entend des bruits la nuit dans la cave. Les époux, alors qu'ils visitent les lieux, sont surpris de voir le lave-linge se mettre en route toute seule tandis que les néons s'éteignent. Et elle sent come une main sur son épaule, un souffle se propager.

Irwan, Xavier et Dimitri apprennent ces incidents lors de leur enquête et ils convient Maud à participer à leurs recherches. Maud qui a déjà eu maille à partir avec des événements surnaturels.

Ancré dans un registre fantastique, ce court roman permet à l'auteur de nous décrire sa région plus en profondeur que dans Cognac, un festival meurtrier et de mettre en avant quelques sites et monuments remarquables comme le château de Montausier. Xavier se montre féru de l'histoire locale mais ce n'est pas pour autant que l'ouvrage est un guide touristique. Tout s'intègre sans que les digressions géographiques et historiques prennent le pas sur l'intrigue.

Il apparait qu'au cours d'une conversation avec une charmante femme, Irwan ne voit pas le temps passer, ce que je comprends tout à fait. Cependant je m'étonne, qu'en arrivant chez cette dame, il est 16 heures (page 186). L'heure du thé pour certains. Comme Irwan est accompagné de Xavier, celui-ci ne peut s'empêcher d'étaler sa culture sur la région. Et à un certain moment Irwan, regardant sa montre, s'aperçoit qu'il est 15h55. Bigre !Non seulement on ne voit pas le temps passe mais on ne se rend pas compte non plus qu'il recule !

Chateau de Montausier

Chateau de Montausier

 

Ces deux courts romans de charmante facture classique pour l'un, fantastique pour l'autre puisqu'il aborde le surnaturel et ne propose pas un épilogue cartésien, ce qui eut été dommage, se lisent facilement et sont d'aimables divertissements entre deux romans plus complexes.

 

Autre édition : éditions JCL (Canada). Parution 28 août 2013. 326 pages.

Autre édition : éditions JCL (Canada). Parution 28 août 2013. 326 pages.

Première édition : Editions Le soleil de minuit. Parution 1996.

Première édition : Editions Le soleil de minuit. Parution 1996.

Première édition : Editions Le soleil de minuit. Parution 1996.

Première édition : Editions Le soleil de minuit. Parution 1996.

Pour en savoir plus sur les éditions Soleil de minuit et Marie-Bernadette Dupuy n'hésitez pas à vous rendre ici :

Marie-Bernadette DUPUY : Un festival meurtrier. Une enquête de Maud Delage. Editions de l'Archipel. Parution le 15 juin 2016. 336 pages. 19,95€.

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19 août 2016 5 19 /08 /août /2016 10:04

Et pourtant si près...

Marie-Pierre LOSFELD : Si loin…

Avec Si loin, Marie-Pierre Losfeld signait son troisième roman en neuf ans, après Tancrède et Hauts-fonds, mais gardait le même regard pétri d’humanisme envers les marginaux, qui se font la belle, parcourant la France à la recherche d’un Graal inaccessible.

Agil, pickpocket, et Paule, sa compagne, squattent une vieille baraque en attendant mieux. Faut bien s’abriter surtout lorsqu’on a charge d’âme, un petit poussin prénommé Titi. Et puis faut songer à nourrir la petite famille, alors le mieux pour Agil, c’est de travailler dans un endroit passager, dans une fête foraine par exemple.

Les badauds ont autre chose à faire que de surveiller leur portefeuille, attirés par les attractions, occupés à manger des friandises ou à s’embrasser, l’un n’empêchant pas l’autre.

L’esprit occupé ils ne se rendent pas compte qu’Agil les déleste, d’autant que Paule sait accaparer leur attention, profitant des cris du poussin réclamant sa pitance.

Des amitiés se nouent entre les forains et le couple. Avec Tonino, le Gitan, puis de fil en aiguille avec Ferdinand le camelot, vendeur de couteaux qui a plus d’un accroc dans son contrat de mariage, ou encore Robber, l’illusionniste. Bon, il y a bien Alexandra, la femme de Ferdinand, qui n’apprécie pas d’avoir été larguée, et le voue aux gémonies, mais ses interventions ne sont que des entractes dans la vie quotidienne.

C’est la foire, entre potes, c’est la Foire du Trône aussi, et un beau jour l’incendie. Pas celui qui ravage les cœurs, mais celui qui détruit la baraque. Alors la seule solution, c’est de partir sur les routes de France, et de vivre de nombreux avatars.

 

Un livre humoristique, chaleureux, noir, sensible, vivant, qui par certains côtés retrouve la veine des romans feuilletons avec l’aspect épopée aux nombreux rebondissements.

Marie-Pierre Losfeld se fait trop rare et c’est dommage.

Marie-Pierre LOSFELD : Si loin… Editions Bartillat. Parution septembre 1999. 252 pages. 16,00€.

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18 août 2016 4 18 /08 /août /2016 06:45

Hommage à Michel Grisolia, né le 18 août 1948.

Michel GRISOLIA : L'amour noir.

« Il faut se montrer humble si on veut trouver sa place. Ce que serait sa place, Antoine l’ignorait, mais il était décidé à s’en faire une ».

Antoine Louvier est un être complexe, ambigu, qui réagit presque comme un marginal alors qu’il voudrait se fondre dans l’anonymat des êtres simples, sans histoires. Une vie linéaire : voilà ce à quoi il aspire mais pourtant à chaque fois, il agit, réagit en individu troublé, insatisfait, imprévisible.

De son enfance, il ne se souvient que d’une mère, obscure artiste, plus préoccupée d’elle que de ses enfants. Alors, Antoine se marie à dix-neuf ans, avec Jennifer, une Américaine, qu’il délaisse aussitôt pour parcourir les Etats-Unis. Revenu à Paris, c’est pour trouver son épouse dans les bras d’un autre homme.

Il tue cette femme qui n’a eu que le tort de vouloir vivre. Après un séjour de trois ans en prison, trois ans qui, paradoxalement, n’auront sur lui aucune emprise, Antoine revient à Nice, sa ville natale. Il est pris en charge par Philippe, un jeune homme dont il a fait connaissance dans le train qui les redescendait sur la Côte. Philippe lui procure un emploi à l’Hôtel Marbella, que dirige Madame Micheline, une femme très proche de ses employés.

En prison, Antoine n’a pas connu la souillure de la promiscuité et, à Nice, il reste calfeutré dans sa chambre en dehors de ses heures de service, ne cherchant pas à renouer avec le passé, avec sa famille. Il reste replié sur lui-même, ne se réveillant qu’au contact de Dominique, une cliente de l’hôtel qui traîne derrière elle : un passé trouble, énigmatique, un petit garçon, Christopher, et un Anglais, la cinquantaine avantageuse qui la suit, la surveille, s’instaurant comme l’ombre du défunt mari de la belle Dominique, un certain Richardson.

Pour Antoine qui ne rêve que d’anonymat et de conformisme, c’est encore une occasion de se mettre en vedette. Et cet amour-passion qui devrait les exalter, n’est que l’antichambre de la descente aux enfers. Dominique, Christopher et Antoine, un trio qui s’entend bien. Entre Christopher et Antoine, s’établit une complicité, plus forte que des relations filiales. Dominique décide même que tous trois vont quitter Nice, la France. D’ailleurs, elle a déjà les billets d’avion.

 

L’amour noir n’est pas un roman policier, c’est un roman noir, un hymne à l’amour dont la chute est surprenante, mais en même temps logique. Si l’on tente de se mettre dans la peau du personnage — ce qui n’est pas toujours facile à cause de son imprévisibilité — on se rend compte qu’il ne pouvait agir, réagir que de cette façon suicidaire, ambiguë et sacrificielle.

Réédition Le Livre de Poche. 1991.

Réédition Le Livre de Poche. 1991.

Michel GRISOLIA : L'amour noir. Editions Flammarion. Parution 14 février 1990. 250 pages. 14,70€.

Réédition Le Livre de Poche. 1991.

Existe en format numérique à 4,49€.

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17 août 2016 3 17 /08 /août /2016 14:11

Quoi de neuf, docteur ?

E. W. HORNUNG : Docteur Crime

Alors qu'il s'apprête à franchir le seuil de sa maison sise à Portman Square, un quartier huppé londonien, l'honorable Topham Vinson, secrétaire d'Etat au ministère de l'Intérieur, entend  un jeune homme crier son nom. L'inconnu lui raconte qu'il lui rapporte sa montre qu'un aigrefin indélicat lui a subtilisé alors que celui-ci lui demandait une aumône.

En réalité John Dollar, tel est le nom de cet inconnu qui ramène cet objet familial portant les armes des Vinson, est le chapardeur et ce n'était qu'un subterfuge pour entrer en contact avec le secrétaire d'état. Il avait écrit pour demander un entretien, mais comme il n'a jamais eu de réponse, il n'a trouvé que ce moyen quelque peu illégal pour expliquer son projet de devenir Docteur Crime, c'est à dire de démontrer que le crime est parfois la résultante d'une maladie et qu'il espère bien, par une pathologie qu'il a mise au point, guérir ses semblables qui sont atteint de ce penchant. John Dollar narre alors ce qui l'a amené à devenir le médecin des criminels.

Durant la guerre des Boers, en Afrique du Sud, il a été atteint à la tête, d'ailleurs il en porte encore des séquelles sous la forme d'une plaque de métal du diamètre d'une pièce d'argent, et il s'en est remis physiquement et mentalement. Mais moralement, un défaut subtil s'est glissé dans son inconscient, détruisant justement son sens moral. Il s'est tourné vers de nombreux docteurs londoniens, mais tout ce qu'ils ont réussi à faire, c'est de puiser dans son portefeuille. S'il est aujourd'hui guéri de ce défaut, c'est grâce à un docteur étranger, et il souhaite distribuer ses nouvelles connaissances auprès des criminels afin de les amender.

Le crédo de John Dollar, alias Docteur Crime, tient en ces quelques lignes, parlant des criminels et déclarant à son interlocuteur Topham Vinson :

En les sauvant d'eux-mêmes pendant qu'ils peuvent encore être sauvés; en ce sens que la prévention n'est pas seulement préférable à la guérison, mais qu'elle est un principe vital de la thérapeutique moderne dans tous les sens du terme. Et pour ce faire, nous devons quel qu'en soit le prix conserver les bonnes personnes en dehors des prisons...

Ce à quoi le secrétaire d'état rétorque :

Les prisons, mon cher Dollar, existent pour le bien de ceux qui n'y séjournent jamais et non de ceux qui insistent pour y entrer.

Ecrits il y a cent ans, ces propos démontrent la modernité de ce roman et les solutions envisagées pourraient être, parfois, appliquées de nos jours.

 

Sa mission l'amène à rencontrer Lady Vera Moyle qui s'est fait remarquer lors d'une manifestation de suffragettes. Elle et ses compagnes ont défilé et elle affirme avoir cassé une vitrine, celle d'un bijoutier. Or c'est un pauvre hère qui a été arrêté, coupable du meurtre d'un policier. L'homme clame son innocence et elle n'est pas persuadée qu'il soit véritablement coupable. Docteur Crime va donc être obligé de sortir de prison l'individu qui est promis à la peine de mort.

Cette affaire, plus ou moins résolue, Croucher, l'homme en question, est hébergé dans la clinique de l'aliéniste, mais un de ses amis vient le chercher un soir.

Puis le Docteur Crime se rend en Suisse, où il retrouve le psychiatre qui l'a soigné. De sa chambre il aperçoit un jeune homme, doué pour la luge, un sport dont il est devenu le héros, trafiquer en bas de l'immeuble le matériel. Le jeune homme est le protégé de Scart dont il dépend. S'inscrit alors une histoire de fausse ordonnance, que John Dollar démontre avec brio. Puis retour à Londres où Croucher et Scart vont se retrouver sur le chemin du Docteur Dollar. Entre temps l'aliéniste, transformé en détective amateur, aura dénoué quelques autres affaires, mais se sera également épris de Lady Vera Moyle, laquelle n'est pas indifférente à son charme.

 

Publié sous forme de feuilleton, en huit épisodes, entre mai 1913 et mai 1914, ce roman semble décousu, pour peu que l'on pense lire des nouvelles indépendantes dont le Docteur Crime est le personnage principal.

Des non-dits, des sous-entendus, comme si le lecteur se devait de faire sa propre opinion, et découvrir la face cachée du crime ou du criminel. Mais dans le dernier épisode, Le Second couteau, tout se délie et ce qui était dissimulé devient évident. Tous les protagonistes se retrouvent mis en scène, non pas pour une reconstitution, mais à cause d'événements provoqués et ce qui était confus devient lumineux, ou presque. Car soit il s'agit d'une fin ouverte, soit l'auteur pensait-il écrire une suite aux aventures du Docteur Dollar, mais à mon avis, il manque un petit quelque chose. Mais ceci n'est pas grave, car l'ensemble se tient malgré tout, et comme je l'ai déjà précisé, la tonalité de ce roman, tout en finesse psychologique, est terriblement moderne, en ce qui concerne les coupables, ou présumés coupables, et leur traitement sur des indices erronés ou par manque de preuve. Jusqu'à preuve du contraire, justement, il faut se méfier des apparences.

 

E. W. HORNUNG : Docteur Crime (The Crime Doctor - 1914. Traduction Alice Ray). Collection Baskerville N°32. Editions Rivière Blanche. Parution août 2016. 260 pages. 20,00€.

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14 août 2016 7 14 /08 /août /2016 13:12

Prescription médicale :

Lire une histoire tous les matins à jeun et une autre le soir avant de procéder à la gymnastique du simulacre de la reproduction...

Georges SIMENON : Le Petit Docteur.

D'avril 1932 jusqu'en 1936, Georges Simenon vécut en compagnie de Tigy, son épouse, à Marsilly, dans la Charente Maritime, puis en 1938 il revint dans cette région, d'abord à La Rochelle, puis à Nieul sur mer où il achète une maison. Mais c'est dans la villa Agnès, à La Rochelle, que ce prolifique auteur écrivit d'abord en mai 1938 les treize nouvelles qui composent le recueil ayant le Petit Docteur comme héros.

Au mois de juin, ce sera au tour des Dossiers de l'agence O, quatorze nouvelles, qui font l'objet d'un recueil publié simultanément chez Folio.

Jean Dollent, alias le Petit Docteur, ainsi surnommé à cause de son physique, âgé de trente ans, pratique son art à Marsilly à une dizaine de kilomètres de La Rochelle. Il ne manque pas de patientèle, tant de jour que de nuit, car à l'époque au cours de laquelle se passent ces enquêtes, un médecin, c'est le seul homme qui se dérange toujours, qui est moralement obligé de se déranger.

Sa carrière d'enquêteur amateur, comme souvent, est liée à un épisode subi par un de ses patients occasionnels. Le titre Le flair du Petit Docteur est à double sens, puisque ce sens olfactif est lié aussi bien au nez du toubib qui va déceler un produit qui ne devrait pas se trouver dans une bouteille de spiritueux, mais en référence au flair du détective à l'affût de la vérité.

Le Petit Docteur est appelé au téléphone par une jeune femme qui lui demande de venir immédiatement à la Maison-Basse, une maison située dans les marais. Seulement quelque chose ne concorde pas dans cet appel. Il est midi et demi, et à cette heure là la Poste d'Esnandes, auquel est relayé la ligne téléphonique, est fermée. Donc soit il s'agit d'une plaisanterie soit l'appel a été lancé d'ailleurs.

Petite digression qui n'est pas inutile mais que vous pouvez passer, je ne vous en voudrai pas : Il faut signaler que la Poste joue un grand rôle et est un réservoir inépuisable d'indices pour les enquêteurs en général. Par exemple, dans Le mort tombe du ciel, le Petit Docteur récolte quelques renseignements précieux auprès de la postière mais également grâce aux timbres apposés sur des lettres. Il est évident que de nos jours, tout autant le téléphone qui ne dépend plus des fameuses demoiselles des standards, que les timbres qui sont oblitérés de façon anarchique et sur lesquels la ville de départ ne figure plus, n'offrent plus les mêmes possibilités indiciaires. Ce que l'on appelle le progrès...

 

Revenons au Flair du Petit Docteur. Lorsqu'il arrive à destination, la demeure est vide. Toutefois, porté par la curiosité, il visite les lieux et comme il a soif, avant de se servir un verre de vermouth, il renifle la bouteille qui est dans la chambre à portée de main. Et stupéfait il se rend compte que du bicarbonate de soude à été introduit dans le liquide. Alors il se souvient que l'homme, le mari ou le compagnon supposé de la femme qui l'a appelé, lui avait demandé des somnifères, et que la jeune femme avait été interloquée lorsqu'il lui avait demandé incidemment si son ami dormait mieux.

Résolvant avec brio cette énigme, le Petit Docteur prend goût à enquêter, et lorsqu'il est en chasse, devient intempérant.

Mais pour résoudre les énigmes qui se présentent à lui, Jean Dollent possède un truc. Les autres, le substitut, le commissaire, à plus forte raison le brave homme de maire, avaient pataugé, et le docteur se disait qu'il devait en être ainsi, qu'il en était fatalement presque toujours ainsi dans une affaire policière. Parce qu'on s'y prenait mal ! Et ce truc, c'est qu'il essaie de se mettre à la place de ses personnages.

 

Georges SIMENON : Le Petit Docteur.

Il devient intempérant ai-je écrit quelques lignes ci-dessus. Le vermouth, le pernod, le porto, le whisky, le calvados et autres boissons alcoolisées vont scander ses enquêtes. Ainsi dans La demoiselle en bleu pâle, il commande un porto, se faisant in petto cette réflexion : Etait-ce sa faute si, pour suivre une enquête, on est sans cesse obligé de boire ?

Dans La demoiselle en bleu pâle, le Petit Docteur malgré ses obligations, prend un peu de repos et un dimanche se rend à Royan. Un mois est passé depuis l'affaire précédente, et il se rend au casino afin de se changer les idées. Il remarque une jeune fille qui joue à une table de boule. A un certain moment, alors qu'elle a changé de place, il l'aperçoit saisir une liasse de billets dans le réticule d'une joueuse. Ce n'est pas parce que cette grosse dame est désagréable qu'il faut se conduire ainsi. Il lui sauve la mise, c'est la cas de le dire, en certifiant auprès du croupier puis du directeur de l'établissement, qu'il ne s'agissait uniquement d'un pari conclu avec la jeune fille. Mais cet incident l'incite à enquêter sur les faits et gestes de cette demoiselle qui a accompli son forfait au seul moment qui n'était pas favorable pour le perpétrer. Il faut signaler qu'un indice dû au hasard, mais sciemment utilisé par les Allemands durant la Seconde Guerre Mondiale notamment dans le métro pour confondre certains voyageurs, permet au Petit Docteur de résoudre en partie cette énigme. Mais de nos jours, l'usage du port du pantalon change peut-être les réflexes féminins.

Si le Petit Docteur tombe amoureux de la première jeune fille qui se présente à lui, il est toujours célibataire. Aussi pour le ménage et la cuisine il est aidé par Anna. Et Anna, sachant que le docteur s'est entiché à résoudre des enquêtes, lui signale un fait divers s'étant déroulé près de Nevers. Un gérant de station-service a remarqué, alors qu'il servait un client, que deux personnes se tenaient à l'arrière du véhicule. Dont une femme qui au dernier moment a crié, Au secours !... A moi... Il a également pu relever une partie du numéro d'immatriculation. Le véhicule appartient à un avocat honorablement connu, qui avait joué au bridge avec des amis ce soir-là. Il avait garé sa voiture dans la rue puis l'avait récupérée à la fin de la partie. Or selon sa femme, le réservoir était vide la veille mais le lendemain, il reste une quantité non négligeable de carburant. L'enquête piétine et le Petit Docteur s'exclame : Il faudra bien qu'un jour ou l'autre j'aille faire un tour là-bas !. Aussitôt dit aussitôt fait, malgré les patients et parturientes, il a déjà procédé à vingt-trois naissances rien que pour ce mois d'octobre, qui attendent ses bons offices. Heureusement, un confrère assure les dépannages lorsqu'il quitte son village de Marsilly. Il va conduire son enquête en s'immisçant comme un officiel entre le commissaire et le procureur, qui pensent, chacun de leur côté qu'il accompagne l'autre. Ainsi débute cette affaire intitulée Une femme a crié.

Si le Petit Docteur s'intéresse au Fantôme de Monsieur Marbe, c'est bien parce qu'il a reçu une lettre lui demandant son aide. L'expéditeur se réfère au procureur Verdelier, un homme qu'il a connu lorsqu'il était administrateur aux Colonies. Or justement ce procureur Verdelier est le magistrat qui a instruit l'affaire d'Une femme a crié, et entre le docteur et le procureur, une certaine amitié s'est instaurée. Et voilà notre détective amateur qui se rend sur la Côte d'Azur, et pour la première fois de sa courte carrière, un client lui propose de l'argent pour enquêter.

Puis il va retrouver un ancien condisciple qu'il a côtoyé sur les bancs de la faculté de médecine, lequel lui demande de l'aider. Trois semaines plus tôt, le docteur Lourtie se mariait à Boulogne-sur-Mer, et tout laissait supposer que ce mariage d'amour allait continuer sous les meilleurs auspices. Seulement, Lourtie en trois semaines est devenu un homme agité, en proie aux pensées les plus noires. Il a reçu une seconde lettre anonyme lui signifiant : Si vous voulez vous convaincre de la double vie de votre femme, allez ce soir vers onze heures au Tonneau-d'argent, une taverne que vous trouverez sur les quais... Madeleine n'était pas présente mais une photo lui a été remise, montrant la jeune femme attablée dans ce bouge mal famé. Et c'est ainsi que pour aider son ami plongé dans la détresse, le Petit Docteur accède à sa demande, la veille de Noël. Il s'agit des Mariés du 1er décembre.

 

Georges SIMENON : Le Petit Docteur.

Jean Dollent, alias le Petit Docteur, va donc vivre treize aventures, treize enquêtes, en ingurgitant, comme s'il fallait fêter ses succès par procuration et anticipation, moult boissons, le rendant plus ou moins dépendant au cours de ses enquêtes :

Boire ! Toujours boire ! A cet instant il se demanda si les policiers officiels avaient un budget spécial pour la boisson, tant il constatait que la tâche de détective entraîne d'obligations dégustatives. Le fantôme de Monsieur Marbe.

Alors je vous invite à le suivre dans ses obligations, dans ses enquêtes, de véritables petites récréations estivales et souvent humanistes.

Georges SIMENON : Le Petit Docteur.

Ces nouvelles ont été publiées entre 1939 et 1941 puis réunies en volume chez Gallimard en 1943, sous le titre Le Petit Docteur.

 

Le Flair du Petit Docteur. Publié initialement sous le titre Rendez-vous avec un mort dans la collection Police-Roman N° 76.

La Demoiselle en bleu pâle. Police-Roman N°79.

Une Femme a crié. Police-Roman N°82.

Le Fantôme de Monsieur Marbe. Police-Roman N°85

Les Mariés du 1er Décembre. Police-Roman N°88.

Le Mort tombe du Ciel. Police-Roman N°91.

La Bonne Fortune du Hollandais. Police-Roman N°106.

Le Passager et son Nègre. Police-Roman N°97.

La Piste de l'Homme roux. Police-Roman N°100.

L'Amiral a disparu. Police-Roman N°103.

La Sonnette d'Alarme. Police-Roman N°94.

Le Château de l'Arsenic. Police-Roman N°108.

L'Amoureux aux Pantoufles. Police-Roman N°112.

 

Georges SIMENON : Le Petit Docteur. Collection Folio Policier N°806. Editions Folio. Parution le 8 juillet 2016. 624 pages. 8,70€.

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