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13 juin 2016 1 13 /06 /juin /2016 07:28

A déguster sans modération...

Jean RAY : Les contes du whisky.

Si le nom de Jean Ray est indissolublement lié au personnage d'Harry Dickson, il ne faut pas oublier la partie majeure de ses contes et romans que les éditions Alma rééditent aujourd'hui.

En effet le sieur de Gand, grand fantastiqueur belge, possède à son actif des classiques comme Malpertuis, La cité de l'indicible peur, Les derniers contes de Canterbury, Les contes noirs du golf, sans oublier bien d'autres ouvrages signés John Flanders, qui défient le temps.

Plongeons nous donc dans ces Contes du whisky, avec délectation, et peut-être pour certains de nous, ce côté nostalgique des découvertes enregistrées il y maintenant près de cinquante ans et qui se sont dissolues au fil des ans.

Trente huit textes réunis sous ce titre générique, publiés dans divers supports comme L'Ami du livre et Le Journal de Gand, entre 1921 et 1925 puis réunies dans son premier volume de nouvelles en 1925.

Chaque histoire est narrée à la première personne, comme si les aventures, les espoirs, les déceptions, les envies, les peurs, les regrets, c'était Jean Ray qui les avaient subis. Il existe dans ces textes un accent de vérité, comme de confession, d'épanchement. Ainsi dans A minuit, le lecteur peut se croire vraiment le confident du narrateur :

Alors je parlai très bas, et le whisky au fond de mon verre, reçut avec horreur dans sa mobile chair d'or, la douloureuse semence de mes larmes.

Un "héros" qui subit le plus souvent qu'il ne provoque. Et dans les brumes de Londres, ce sont les brumes éthyliques du cerveau qui régissent son esprit.

L'univers de Jean Ray est sombre, très sombre, le cauchemar obsédant, comme ces peurs craintives de l'enfant enfermé dans une pièce plongée dans le noir. Les ombres de la nuit rôdent, tenaces, alimentées des décors de docks, de ruelles mal éclairées, de bouges enfumés. Pas de monstres à proprement parler comme chez Lovecraft, car tout se dissout dans l'indicible, le ressenti, les fantômes intérieurs. Des situations qui provoquent peur, frissons, horreur, répulsion, frayeur, épouvante.

Et l'ombre derrière moi pesait sur ma chair frissonnante comme la détresse sur mon cœur.

C'est la tristesse qui prédomine, qui alimente les peurs. Quand on est joyeux, tout est rose. Dans ces textes tout est noir. Et c'est bien pour refouler la peur, la nuit, les ombres, que le narrateur boit.

On ne refuse pas une gorgée de vieux whisky par un jour brumeux pesant sur le marécage comme un manteau mouillé (Dans les marais de Fenn).

Le whisky est bien le liquide le plus absorbé dans ces nouvelles parfois morbides, et comme pour l'œuf et la poule, est-ce le whisky qui provoque cet état, ce sentiment de peur, ou au contraire parce que le narrateur est envahi par l'anxiété, la crainte, l'appréhension, qu'il boit ?

Jean Ray sait se montrer caustique, et si de nombreuses références sont glissées dans ses contes, Maupassant, Sir Arthur Conan Doyle, entre autres, il griffe au passage d'autres auteurs. Dans La Maison hantée, chronique fantaisiste, le whisky n'est pas le seul compagnon à glisser dans l'estomac du narrateur. Il s'enfile allègrement Cointreau, Armagnac, Bénédictine, Vieille Chartreuse, discutant avec un aimable fantôme. Il conclut, mais ceci n'enlève en rien le charme de cette histoire :

Il bâilla, mais personne ne saura dire si c'est sur la bêtise humaine ou sur le dernier volume de M. Paul Bourget qu'il avait ouvert, qu'il bâillait son profond ennui.

Il est vrai que Paul Bourget séduit le public mondain, mais qu'il n'est pas renommé pour ses romans populaires. Au contraire, ses études de mœurs et de caractères sont soporifiques, est-ce pour cela qu'il fut encensé par des intellectuels au début du XXe siècle. Ceci n'est qu'un aparté.

Le lecteur, qui a déjà lu Jean Ray, retrouve une seconde jeunesse, et il s'imbibe de ces nouvelles, s'en délecte, et s'il ressent un certain effroi, il ne peut s'empêcher de continuer sa lecture, comme on titille une dent qui fait mal pour en prolonger la souffrance.

Cette édition qui se veut originale et intégrale reprend les textes publiés dans la version Marabout, mais est complétée par onze autres nouvelles qui ne figuraient pas dans le volume précité. Seulement le volume Marabout possédait trois nouvelles réunies sous le titre La croisière des ombres, qui ne sont pas reprises ici. Peut-être le seront-elles dans La croisière des ombres, volume pour paraître prochainement.

Ce volume est complété par le recensement du parcours éditorial des Contes du whisky, mais surtout, et cela intéressera les amateurs pointilleux, de la date et le nom du magazine dans lesquelles elles furent publiées pour la première fois. Ainsi qu'une élégante et érudite postface d'Arnaud Huftier.

 

Réédition collection Le Masque Fantastique. Librairie des Champs Elysées. 1980.

Réédition collection Le Masque Fantastique. Librairie des Champs Elysées. 1980.

Collection Marabout fantastique N°237. Editions Gérard. 320 pages. Parution en 1965.

Collection Marabout fantastique N°237. Editions Gérard. 320 pages. Parution en 1965.

Jean RAY : Les contes du whisky. Alma éditeur. Parution 12 mai 2016. 288 pages. 18,00€.

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12 juin 2016 7 12 /06 /juin /2016 15:35

Hommage à Robin Cook né le 12 juin 1931.

Grenoble 1987

Grenoble 1987

Grâce aux Mystery Writers of América, ( Polar de la table - Encrage édition ) nous apprenons, mais fallait-il s'en étonner, que les auteurs de romans policiers ne négligent point les plaisirs de la chair.

Disons les plaisirs de la table afin de ne point offusquer les lecteurs prudes que la moindre connotation sexuelle, ou assimilée telle, dans un article dérangerait. Afin de nous imprégner de la saveur subtile de cette cuisine littéraire, délices de nos temps morts, rendons visite chez l'un de nos maîtres-queux, Le Rouge-gorge cuisinier britannique qui sait si bien nous mitonner de bons petits plats, à ne pas confondre avec le Rouge-gorge américain à la gastronomie par trop clinique. Lire l'un des romans de notre Rouge-Gorge, c'est comme entrer dans une gargote dans laquelle le cuistot serait affublé d'un béret en guise de toque. Je vous invite toutefois à vous attabler avec moi et à étudier le menu ensemble : cuisine concrète, cuisine métaphorique et si vous n'avez pas trop de haut-le-cœur, cuisine cannibale en dessert. 

Le premier plaisir de la table commence par la découverte des ingrédients : Deux jeunes types de couleur passèrent d'un pas vif, chacun fouillant joyeusement dans le filet à provisions de l'autre (BS), prélude à un bon repas même si celui se révèle frugal. Aussi ne faut-il point croire l'enquêteur lorsqu'il déclare: cette affaire me préoccupe trop. J'en perds le boire et le manger (mdf), ce n'est que pure figure de rhétorique. La preuve, quelques pages plus loin, il avoue: Je me dis que je ferais aussi bien de manger mais les réserves congelées de son réfrigérateur ne l'inspirent guère: le contenu ne me semblait guère ragoûtant. Dès lors il ne faut plus être surpris si la plupart du temps, lors d'une enquête, le protagoniste préfère emmener ses témoins, ses indicateurs ou ses collègues au restaurant, même si la constitution du menu crée problème ou que le sens olfactif est agressé: De plus l'atmosphère de l'établissement, avec sa musique rock et ses odeurs de mauvaise cuisine, le rebutait (MAV). Alors que le directeur de l'agence de sécurité voudrait imposer un repas composé d'un minestrone et de mouton (et surtout pas d'agneau !), son employé préfère commander en entrée des huîtres accompagnées de vodka, dédaignant le mouton qui lui rappelle l'école et le rationnement d'après guerre.

Au cours d'un autre repas cet agent de la sécurité déguste à nouveau des huîtres, saupoudrées de poivre et arrosées de Pouilly fumé, et s'étonne qu'on leur propose au mois d'avril de la perdrix (SQE). Que voilà un fin limier ! Les restaurants ne sont pas les seuls endroits à servir de la cuisine sélecte ou délicate: En 1986, je déjeunais à Scotland Yard. Ce fut un bon repas. Au menu, des gambas (MV). Plus que le menu, ce sont l'endroit et les circonstances qui font apprécier la tortore. Je le savoure, ce repas. C'est exaltant, de déjeuner pour des prix fous dans les aéroports, avec les avions qui vont et viennent derrière les grandes glaces panoramiques se dit en aparté le petit truand issu de la bourgeoisie tandis que son compagnon, l'ami Carême, dissèque un chouia de saumon (CA). Quand au régime pénitentiaire, les avis sont partagés. Le Bourdon préfère le petit déjeuner - œuf poché sur un toast, pain de seigle et café instantané - à l'invite d'une étreinte avec Jenny, s'écriant avec emphase mon premier repas correct depuis presque deux ans. Ce qui sous entend que s'il n'a pas toujours mangé à sa faim en prison, il n'a pas été privé sexuellement (BS). La cantine pénitentiaire n'est pas forcément une punition: en attaquant de bon cœur son pâté en croûte surgelé, le psychiatre analyse les pulsions de l'assassin en série, ce qui n'entame en rien son appétit (MAV).

Pat Hawes, un truand de plus grande envergure a droit à un met plus raffiné dans sa geôle: On m'a dit que vous aviez des blancs de caneton rôtis avec de la sauce au poivre vert à dîner ce soir (MAM). Un traitement de faveur auquel les Bobbies de Sa Très Gracieuse Majesté ne peuvent prétendre puisqu'ils apaisent leur faim dans des endroits pas toujours recommandables. Dans l'arrière salle, il y a un bar... où on sert une tambouille assez infecte à une bande de rapers (policiers), tandis que dans la grande salle, "MM. Copewood  et Cream, fournisseurs attitrés des gars du bâtiment en calibres et autres bidules... trônent avec leur suite à une table près du comptoir, où ils balancent des bouts de tournedos à un clébard hargneux(CA). Piètre considération envers les forces de l'ordre, les chiens étant mieux considérés que les policiers. Les mauvaises langues diront peut-être que ceux-ci n'ont que ce qu'ils méritent, je leur laisse l'entière responsabilité de leurs propos.

Manger est un acte qui procure des sensations fortes, mais c'est également un besoin, un dérivatif ou une excuse. A question piège le conférencier ne peut que prétexter un rendez-vous urgent : Malheureusement, j'ai un déjeuner (CVM). Pourquoi malheureusement s'interroge le personnage principal, et nous avec.

La cuisine est considérée comme un lieu béni, une pièce privilégiée, la chaleur et l'humanité de la cuisine (MV). La préparation des repas se révèle une excellente thérapie dans la mésentente conjugale. Mrs Durell, afin de reculer l'échéance des invectives de son mari, préfère s'éloigner sur la pointe des pieds pour aller faire réchauffer le dîner de son mari. Elle avait besoin de ce cours répit dans la cuisine pour se préparer à affronter l'instant où, une fois le repas terminé, il la sermonnerait au dessus des assiettes sales, s'échauffant jusqu'au moment où il serait suffisamment furieux pour la taper au dessus de la table" (BS). Une façon comme une autre de mettre en pratique cette locution: la paix des confiseurs. Attendrissant, non !

Dans le même registre, assistons à une autre scène de ménage, haute en couleurs, et qui nous livre la composition du menu familial: Tu te rappelles quand elle s'est mise à balancer de la vaisselle ? Elle a tout de suite choisi l'artillerie lourde. Elle a commencé par un plat énorme, celui qu'on prenait pour servir le rôti quand on avait des invités (MAV). Un plat dont le protagoniste se souvient avec nostalgie puisqu'il s'agissait d'un cadeau de mariage. Ensuite la soupière, pleine, est invitée à participer aux ébats puis j'avais pris des éclaboussures quand les patates avaient volé, j'avais eu droit au saladier en plus, et aux betteraves sur le devant de ma chemise (MAV). Ce que déplore le récipiendaire de légumes, ayant été dans l'obligation de jeter sa chemise à la poubelle, les tâches de betteraves étant du plus mauvais goût vestimentaire.

Aller au restaurant permet de mieux faire connaissance, et alors l'exotisme est de rigueur. Notre Rouge-gorge a toujours en mémoire ce déjeuner à Madrid en compagnie d'un poète, et le menu, calmars à l'encre, s'avère comme une aimable entrée en matière (MV). L'exotisme culinaire draine les affamés, ou tout simplement les esthètes de la bouffe. Le lecteur en aurait l'eau à la bouche mais le Rouge-gorge, s'il nous précise les hauts lieux de la gastronomie étrangère - un restaurant chinois (DS), une jaffe à l'indienne (CA), un tranquille bistro français (MAV), la Lumière de l'Inde (MDF)...- il omet de nous narrer par le menu icelui. Pour se remonter le moral, avant une opération chirurgicale délicate, un médecin radié propose à sa femme un repas de gala: Je me rappelle que ce furent des huîtres pour commencer, puis du rosbif, des pommes de terre et une salade verte, ainsi que deux très bonnes bouteilles de vin (CVM). Le lendemain régime perfusion.

Si comme vous avez pu le remarquer les huîtres ont une place de choix dans l'assiette anglaise de notre Rouge-gorge, les aliments roboratifs ne manquent pas toutefois et la diversité est de rigueur. Les tables de formica étaient assiégées par les chauffeurs de camion qui mangeaient viande, purée et deux légumes (MDF). Si ceci vous semble peu explicite sachez que les protagonistes du Rouge-gorge se montrent souvent plus prolixes: son plat principal: du corned-beef et des cornichons (MDF), nous commandâmes un oeuf double, une saucisse, des tomates et des frites, du pain et de la margarine (CVM), du boudin blanc et mon plat préféré de panais frits (MV), en poussant ma saucisse, en ramassant mes petits pois (CVM).

Un casse-croûte peut aussi bien faire l'affaire: Ce dont j'avais soudain envie, c'était d'acheter des sandwichs au pâté de foie (SQE). Il y en a qui dégustent avec un plaisir gourmand : d'une main il tenait le sandwich œufs jambon..., puis a léché le gras de jambon sur ses doigts, qu'il a essuyé sur son jean (SQE), d'autres font la fine bouche il était dans un pub, mangeant du bout des lèvres un sandwich au poulet (BS).

Le mariage des nourritures spirituelles et terrestres des rayons de livres couvraient deux des murs, une cuisinière était placée contre un autre mur, et il y avait des casseroles sur un égouttoir (CVM) parfois nous propose des élans lyriques: Ne dis pas de bêtises, répondit Monica, en décollant avec dextérité l'oeuf cuit au fond de la poêle et en le faisant voler comme un papillon éclatant dans une assiette chaude (BS). Ce qui est fort bien envoyé et nous facilite la transition vers la cuisine métaphorique. Mais auparavant posons une question dont la gravité n'échappera à personne : comment devient-on criminel ? Normalement, un criminel agit toujours selon le même scénario - répétitif, stupide. Il commence par piquer une boîte de haricots au supermarché, puis il passe au vol avec voies de fait, et continue à grimper l'échelle jusqu'au jour où il commet un meurtre" (MAV).

Reims 1985

Reims 1985

Vous allez en avoir du crime, du bien saignant, de la belle entrecôte maison (CA). Voilà qui nous promet une entrée savoureuse en matière culinaire. Les locutions ayant pour référence la flore et la faune comestibles sont légions et s'il n'y prenait garde, l'indigestion guetterait le lecteur affamé. Après une Crème anglaise et une Bombe surprise qui nous glacent d'effroi, extirpons de notre filet garni quelques expressions dont notre Rouge-gorge est friand. Au hasard de la cueillette, voici: ramène ma fraise, te presser le citron, ne me cours pas sur le haricot, ce n'est pas nos oignons, lui coller une châtaigne (MDF). Un premier chapitre qui ressemble à un étal de marchande de quatre saisons.

Nous passerons rapidement sur mon lapin, mon chou, comment s'appelle ton pigeon sans oublier les inévitables poulets et des pots de vin qui font passer le tout, pour mieux nous concentrer de tomate (ça m'a échappé !) sur quelques situations épicées. Très souvent, Mrs Durrell - sans poursuivre jusqu'au bout la comparaison malheureusement - assimilait son mari à une cocotte-minute (BS). Un mari qui la néglige sexuellement, alors elle se raconte des salades et rêve à des aventures érotiques. La métaphore est hardie parfois, mais oh combien expressive: Le seul détail choquant, c'était le sperme; au moment de partir, j'ai trouvé que sa présence heurtait l'œil, comme la trace d'une limace qui aurait rampé sur une feuille de laitue (MAV). Si au restaurant vous êtes confrontés à de tels débordements baveux dans votre assiette, n'en concluez pas pour autant que le cuistot se montre lubrique envers les marmitons. Et lorsque vous dégusterez avec béatitude des huîtres, (nous y revenons, mais sachez que ces bestioles, les rares animaux que l'on mange vivants, sont considérés comme aphrodisiaques) méditez cette phrase profonde: Il secoua la tête; elle tremblota comme une huître au bout de la fourchette d'un pochard (MDF).

Tout aussi parlant, si l'on peut dire, ce cadavre qui se repose à la morgue: elle gisait, à demi tournée sur le flanc, comme un mets raffiné sur un lit de glace à un dîner mondain (DS). L'avantage d'une chambre froide, c'est de conserver à la viande sa fraîcheur. Un peu de chaleur et de suite, elle se déprécie, s'avarie : Ses yeux, littéralement frits dans leurs orbites, ressemblaient à des boulettes de chair de poissons (DS). Heureusement tout ne se réduit pas à cette symphonie macabre culinaire et les images suggestives s'appliquent surtout aux vivants: Elle braqua sur moi un index dépourvu de vernis à ongle; il ressemblait à une saucisse coincée dans une persienne métallique (DS), de profil son visage sans lèvres était aussi tranchant qu'un hache viande (CVM), sa grande paluche, grosse comme un jambon (CA). Même les vénérables monuments historiques n'échappent pas aux comparaisons culinaires: Car une bâtisse extravagante, encore plus folle que Château-Branlant, se dresse devant nous dans la nuit. Elle est gigantesque; c'est la Tour de Londres qu'on aurait un peu aplatie et étalée pour la faire refroidir comme un pudding au riz (CA).

La véritable cuisine se prépare au commissariat: on va commencer à le mettre sur le gril (MAV), puis je les ferais cuisiner a toutes les sauces (MAM) et afin de leur donner du goût, je les presserai jusqu'à ce que les citrons jutent (MAM). Il parait que dans ce cas le suspect ou le présumé coupable se met plus facilement à table. Le savoir faire, le tour de main sont indispensables, mais pour réaliser une préparation qui a de la gueule, il faut avoir toute sa tête et ne pas se fier uniquement à l'enseigne ou à la réputation: Les grands chefs sont comme des poulets à qui l'on a coupé la tête (MAM).

Rien ne remplace la diplomatie dans une conversation et les mises au point s'avalent plus facilement lorsque l'engueulade est tempérée : Tu n'es vraiment qu'un con, je te l'ai toujours dit, et tu mérites ce qui t'arrive, comme une côtelette de porc mérite sa compote (CVM).

 

La cuisine du Rouge-Gorge ou Le Rouge-Gorge Cuisinier.

Si les Français se délectent de viandes en sauce, les Britanniques préfèrent les viandes bouillies. Notre Rosse - beaf, saignant, adapte à sa manière cette dernière préparation que les images d'Epinal ont contribué à populariser, dans la version cannibale, avec au milieu de la marmite tribale un missionnaire desséché entouré de futurs dégustateurs hilares. Il faut d'abord disposer d'une grande quantité d'eau, de grandes casseroles, d'un réchaud à gaz, d'une baignoire pour récolter le sang, et de quelques sacs plastiques pour entreposer la viande bouillie (MAM). Mais auparavant le cadavre doit être découpé dans les règles de lard, comme si on avait devant soi un cochon engraissé. Décrochez toute cette délicate, cette incroyable dentelle de chair, détachez le cœur d'un seul coup, découvrez les tissus derrière la peau, enlevez les cotes, mettez a nu la colonne vertébrale, ôtez la longue enveloppe de muscles tendus sur les os auxquels ils sont accrochés. Un instant d'arrêt pour faire bouillir les scalpels - puis d'un mouvement incurve, audacieux mais habile, plongez dans le crâne trépané, dans le cerveau, et extrayez en l'art si vous le pouvez. Mais vous aurez du sang plein les mains a moins que vous ne le recueilliez préalablement dans des bouteilles, et tout cet art des morts, vous pouvez le saler, mais dans de la saumure - un plat pour vous engraisser quand votre tour viendra (MDF). Cela demande toutefois un certain doigté, un tour de main que l'on n'acquiert qu'après une longue pratique. Pour les pressés, les impatients, ou les malhabiles voici une méthode de découpage moins raffinée et plus expéditive: Un bon couteau et un aiguisoir, un marteau également pour briser les os, comme ça tout rentrera dans les casseroles. Tu aiguises le couteau et tu tranches la colonne vertébrale en deux ou trois endroits, aux vertèbres. Tu coupes la tête, les pieds et les mains. Tu fais sauter les dents également. Tu attends que tout cuise (MAM). Le résultat  n'est pas toujours appétissant. La chair est grise et la peau du visage avait disparu lors de la cuisson; les orbites avaient été vidées (MAM). C'est peut-être pour cela que le meurtrier cuistot a  transvasé le résultat dans des sacs en plastique. Mais des égouts et des odeurs, ça ne se discute pas. Des coups et des douleurs non plus d'ailleurs.

Certains assassins affamés préfèrent la viande crue: Je découvris que le meurtrier avait léché et mangé de petits morceaux du corps de la jeune femme (DS). Après il ne lui reste plus qu'à quitter les lieux. Le tueur se sentait obligé de partir - non par raison de sécurité, mais pour préserver la précieuse saveur de son copieux dîner et emporter ce succulent souvenir en regagnant la nuit froide de la rue (DS). Oui mais voilà, à se montrer trop gourmand le repas pèse sur l'estomac, ce précieux banquet tourna soudain à l'aigre. A peine avait-il décidé de s'en aller que le festin trop riche dont il s'était repu, et toutes ses sauces épaisses, lourdes et gorgées de sang, se mirent brusquement à bouillonner dans ses tripes, lui soulevant l'estomac (DS). Un véritable gâchis, le sang de la fille avait perdu son bouquet, son parfum frais et épicé (DS).

Les bouchers utilisent un artifice pour rendre à la barbaque un moelleux, une tendreté factice, mais le morceau de viande déchiquetée ainsi passée à la torture, en perdant son jus, devient insipide, fade. En un mot, il se ramollit. Un tueur psychopathe invente un matériel, compromis entre le vélo et l'attendrisseur du boucher, qu'il expérimente sur son appendice génital. Mais les résultats ne s'avèrent guère probant, lacérant son organe qui rétrécit, au grand dam de ses partenaires dans des joutes érotiques avortées. Il ne restait pratiquement plus rien de son phallus, sinon quelques lambeaux écarlates (DS). Simple remarque à l'attention du traducteur : le phallus étant l'emblème de la virilité et désignant un membre en érection, il aurait mieux valu employer le terme de verge. Ce qui entraîne frustration, désillusion et malgré tout un intérêt d'ornithologiste confronté à un spécimen inconnu: Ton drôle de petit oiseau est vraiment minuscule, tu ne trouves pas ? (DS). Réflexion quelque peu déplacée puisque c'est la jeune femme qui le cherche. Enfin, avec un peu de bonne volonté, elle parvient à dénicher sa proie: J'en ai vu de toutes sortes, mais le tien est pratiquement inexistant. C'est à peine si je parviens à le trouver, tu vois, je le cherche (DS). 

 

Ingérer autant d'aliments sans se désaltérer est impensable, et notre Rouge-gorge possède une cave dans laquelle l'éclectisme voisine parfois avec la banalité des libations. Le vin y est présent, chichement mais de qualité. Un Mauzac 76, du Pouilly fumé figurent sur la carte, mais préférence est donnée aux liquides d'origine britannique, alcoolisés ou non. Le thé est servi à profusion, ainsi que le whisky et le gin (quoique cette boisson soit un dérivé du genièvre néerlandais). Le gin est employé dans la préparation de cocktails, thé ou gin-tonics. Le haut-de-forme est ainsi baptisé parce que le gin est versé par dessus le tonic, si bien que la première gorgée est de l'alcool pur (BS). La bière, le café instantané et à petites doses le jus de fruits ont également droit de cité. Plus insolite le cidre, boisson ingurgitée par Billy le tueur (MAM). Ce qui nous amène tout naturellement à conclure cet article par une note poétique extraite du Cidre:

                        Orage, odes et espoirs, ô vieille soif ennemie

                        N'ai-je donc tant vécu que pour boire cette lie?

 

*****

 

Je ne mange pas moins de bon appétit parce que je parle à ma nourriture pendant que je me nourris. Plus vous avez besoin de nourriture, plus vous devez la traiter intelligemment, sinon qu'il n'existe pas de nourriture intelligente... Ce que je veux dire, c'est qu'on ne peut tolérer que la nourriture courre en  hurlant sur l'assiette - il est logique de la tuer d'abord. Ensuite vous pouvez lui parler. Mais il est évident que vous ne devez pas vous attacher à votre nourriture si vous voulez pouvoir la couper en morceaux. (Le mort à vif)

 

Article paru dans la revue Polar Hors Série d'octobre 1994.

 

 

BS : Bombe surprise

CA : Crème anglaise

MDF : On ne meurt que deux fois

MAV : Le mort à vif

SQE : Le soleil qui s'éteint

CVM : Comment vivent les morts

DS : J'étais Dora Suarez

MAM : Les mois d'avril sont meurtriers.

MV : Mémoire vive

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11 juin 2016 6 11 /06 /juin /2016 08:08

Des hommes en noir sur des pelouses vertes, cela doit se voir...

Frédéric PRILLEUX présente…Les hommes en noir.

Ces hommes en noir, ce sont ceux qui ne font partie d’aucune équipe, qui courent sur le terrain comme des dératés, qui s’époumonent le sifflet à la bouche, qui se distinguent en portant des habits qui sont différents des joueurs lesquels folâtrent sur la pelouse, et qui tendent vaillamment, le bras rigide, une biscotte, un carton jaune en langage footballistique, ou pis un carton rouge, signification de l’expulsion.

S’instituant manager sélectionneur, entraîneur, et inspecteur, Frédéric Prilleux a sélectionné dix-sept candidats prêts à se lancer dans la fosse aux lions, je veux dire dans les arènes du football, et officier déguisés en homme en noir qui justement ne le sont plus beaucoup habillés de la sorte.

Ne se refusant rien il requiert également l’assistance d’un ex-arbitre international, Bruno Derrien qui inflige un premier avertissement, histoire de mettre la classe au pas.

En bon entraîneur soucieux des règles Fred Prilleux assène le second avertissement. Bien sûr dans ce contingent les vétérans côtoient les jeunots, tous issus de l’amateurisme. Décortiquons donc cette équipe mixte, l’intention de ces prétendants qui ne se prennent pas toujours au sérieux, leurs valeurs, leur conception du jeu, les débordements qui les guettent, leur faculté de rester neutre, leur prise d’initiative, leurs qualités individuelles et leur volonté à faire respecter les règles tout en essayant de rester calme, voire flegmatique.

Car comme dans tout jeu, il existe des règles à appliquer quel que soit l’enjeu. Les aspirants arbitres ont donc été confinés dans une salle avant l’épreuve pratique sur le terrain afin de tester leur souffle, et ont dû sacrifier à la partie écrite, pas toujours évidente. Car il ne leur suffit pas dans l’exercice de leur fonction de reconnaitre un numéro et de le noter sur un petit carnet, ils doivent connaître les lois qui régissent ce sport. Et afin de tester leurs connaissances, ils planchent devant une double feuille A4, en déclinant la règle qu’ils ont tirée au sort et, afin d’éviter toute tricherie, chacun des postulants s’est vu attribuer une loi différente de celle son voisin.

Dix-sept hommes, et femmes qui comme dans le corps arbitral sont peu représentées, dissertent donc sur la loi qui lui est propre et si leurs copies sont jugées satisfaisantes, ils seront reçus ou éliminés. Etant membre du jury des correcteurs je me suis donc attelé à lire leur prose en toute impartialité, et en mon âme et conscience, je peux vous affirmer qu’ils ont tous réussi leur examen de passage.

Figuraient, par ordre de remise des copies, Marc Villard, Jérôme Leroy, Jean-Hugues Oppel, Michel Pelé, Thierry Gatinet, Denis Flageul, Jean-Luc Manet, Thierry Crifo, François Thomazeau, Pierre Cherruau, Olivier Thiébaut, Annelise Roux, Caryl Ferey, Jean-Marie Villemot, Marcus Malte, Jean-Noël Levavasseur et Dominique Sylvain.

Difficile de pouvoir faire émerger un texte par rapport aux autres car chaque sujet proposé et traité étant différent, la comparaison se révèle difficile. Pourtant j’attribue une mention spéciale à Jean-Marie Villemot qui ne profitera pas de son diplôme, étant malheureusement décédé dans les entre-faits, et qui ne s’est pas contenté d’interprété sa vision de la loi qui lui avait été attribuée : Le coup de pied de réparation.

Cette difficulté qu’il s’est volontairement infligé a été de rédiger son texte en alexandrins. Pas moins.

Pendant ce temps ses petits camarades s’évertuaient à coller une histoire à la loi qui leur avait été attribuée. Parmi celles-ci, je pourrais citer : Le terrain de jeu, le ballon, l’équipement des joueurs, l’arbitre, la durée du match, le coup d’envoi et la reprise du jeu, les fautes et comportement antisportifs, la rentrée de touche ou encore le coup de pied de coin, toutes règles à observer et auxquelles les joueurs doivent se plier.

Seulement, et les rédacteurs l’ont fort bien mis en exergue, tout autant les joueurs que les supporters, n’acceptent pas forcément les décisions prises et parfois cela devient la cacophonie et la confusion aussi bien dans les tribunes que sur les terrains. Les empoignades ne tardent pas à se manifester sous forme de coups de poing et de pied. Expulsions puis vengeances touchent aussi bien les professionnels que les amateurs, lors de matchs de coupes ou rencontres hebdomadaires entre clubs de petits villages qui se crêpent le chignon pour des broutilles.

Et les auteurs nous relatent, nous remettent en mémoire quelques bousculades célèbres, quelques tacles bien appuyés, quelques gestes qui ont défrayé la chronique sportive. Mais quoique l’on fasse, il existera toujours des erreurs d’arbitrage, des fortes têtes, des excités, des revanchards, des pots de vin, et quand même de jolis moments de jeu, de passion, de communion. C’est ce que nous démontrent tous ces auteurs qui effectuent leurs reportages à chaud.

N’oublions pas ces répliques cultes que nous rappelle fort justement Thierry Crifo :

Monsieur l’arbitre a toujours raison, n’est-ce pas Jean-Mimi ?

Tout à fait Thierry…

Je précise que point n’est besoin d’être amateur de foot, d’en connaître les arcanes, pour déguster ce recueil.

Frédéric PRILLEUX présente…Les hommes en noir. Collection Petite noire. Editions les Contrebandiers. Parution janvier 2011. 170 pages. 15,00€.

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10 juin 2016 5 10 /06 /juin /2016 07:11

Reine des neiges un jour, Reine des neiges

toujours...

Max OBIONE : Reine des neiges et autres gens d'ici.

Ce titre pourrait faire penser à un film d'animation, à un conte féérique, à un monde merveilleux, c'est tout le contraire.

Max Obione aime à se plonger dans le quotidien ordinaire des petites gens, des sans-dents, des sans avenir, des exclus de la normalité, traquant le sordide derrière les portes closes ou étalé de l'autre côté du soleil. Ce qui n'exclue pas l'amour, l'amitié, l'humanisme, le rêve, l'espoir, même si celui-ci possède un goût de frelaté. Et ce n'est pas parce que ce sont des défavorisés de la nature qu'il faut attenter à leur dignité, à leur honneur, à leur intégrité.

Ainsi dans Le petit légume, la narratrice n'accepte pas qu'un homme recueilli par sa mère afin qu'il se repose, dénigre son grand-frère. A dix ans, on sait quand quelqu'un se moque des autres, et que cet individu soiffard et sans gêne traite Jean-Mi de Petit légume, cela la révolte. Ce n'est pas parce que Jean-Mi est couché dans une caisse, qu'il possède deux nageoires en guise de bras et de mains, qu'il ne peut s'exprimer qu'avec les yeux, qu'il faut lui manquer de respect.

Reine des neiges, c'est la vieille dame qui s'assied tous les jours à la même place dans le bus, étalant autour d'elle ses cabas. Elle est assurée de s'installer au même endroit car l'odeur qui se dégage d'elle n'est pas recensée par les parfumeurs de Grasse. Pourtant la narratrice n'hésite pas à lui parler et lui faire narrer son aventure, le pourquoi de Reine des neiges.

Ankylose pourrait être une nouvelle mouture du Blé en herbe, ou au livre Le Rouge et le Noir que le jeune narrateur est en train de lire, car la copine de maman qui vient passer quelques jours chez eux, au Havre, le rejette après l'avoir dessalé dans l'eau de mer. Ce n'est pas parce que Josiane travaille à l'ORTF, qu'elle est considérée comme une traînée par sa mère qui a les idées qui ne descendent jamais en dessous de la ceinture, qu'elle doit se moquer de lui.

Le pied de Jeanne n'est pas une histoire bancale mais l'aventure d'une jeune femme devenue détective privée à la suite d'un accident lorsqu'elle était policière. Elle se fait draguer par un homme portant beau sur lui dans une boîte de nuit. Elle n'est pas une danseuse accomplie, pourtant il l'invite à échanger leur salive et plus si affinité. Et ce n'est pas la jambe artificielle de Jeanne qui va l'empêcher de prendre son pied.

Entre hier et aujourd'hui, Max Obione nous présente sa ville d'adoption, Le Havre. Ainsi dans Momo au présent, nous sommes en 1951, lorsqu'Auguste Perret visite un chantier de la reconstruction d'après-guerre. Et que certains en profitent pour faire leur blé en chapardant du ciment.

Canon, c'est peut-être la mère qui l'est, physiquement, mais c'est surtout son travail. Elle est femme-canon dans un cirque. Quant à sa fille, elle est obligée de supporter son frère qui est toujours dans son dos.

Un groupe rock auditionne des candidats afin de remplacer au pied et à la voix levés leur chanteur défaillant. Big Dicky Joe, le dernier à se présenter, semble être le bon, et ce qui les étonne, c'est que pour eux c'est un parfait inconnu alors qu'il possède de nombreuses références.

Un vieux danseur cire consciencieusement sa paire de chaussures, des Carlito, vestiges d'un passé de gala. Il formait avec Maddy, son épouse, un couple de danseurs renommés qui écumait les concours, jusqu'à Las Vegas. C'était le bon temps décrit dans Fin de Maddy.

 

Treize nouvelles qui mettent en scène surtout des femmes, soit comme protagonistes principales, soit comme seconds rôles indispensables. On le sait, le poète l'a chanté, la femme est l'avenir de l'homme. Dans la vie comme dans la mort. Alors, sordides, ces histoires, oui, mais poignantes, tristes, dans lesquelles l'humour noir féroce, caustique, dilue la désespérance, la pitié et la compassion. Une joie de vivre factice, et pourtant une grande envie de vivre... autre chose.

Max OBIONE : Reine des neiges et autres gens d'ici. Nouvelles. Collection Cappucinos. Editions des Falaises. Parution mai 2016. 140 pages. 12,00€.

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9 juin 2016 4 09 /06 /juin /2016 13:05

Mois de mai joli, mois de fièvre et de sève, mois de liesse.

Jacques MONDOLONI : Fleur de rage ou le Roman de Mai.

Délaissant pour un temps - des cerises - le roman noir, Jacques Mondoloni nous entraîne dans la cueillette primesautière de ses souvenirs. Souvenirs de printemps, alors que les pavés fleurissaient dans les mains des étudiants et que ceux-ci offraient leurs bouquets aux flics hilares, bâtons de guignol dans les mains. Souvenirs de jeune déluré, sonorisateur engagé‚ pour accompagner Chanteur Engagé par une station de radio périphérique.

Mois de mai joli, mois de fièvre et de sève, mois de liesse.

Chanteur Engagé est la vedette du Car Podium et bien content de porter la bonne parole aux ruraux et provinciaux. Engagé mais pas intellectuel, le Chanteur. Populaire. C'est la consigne. Etre et rester populaire.

 

Le narrateur, embarqué dans cette galère, entre province et Paris, entre sono et lumière, entre pétards et turbulence, entre théâtre en plein air et Odéon. Le bon vieux temps où les étudiants bizutaient les syndicats, où les hommes politiques tiraient à eux une couverture effilochée, où flics et grévistes se tenaient par la main dans une ronde enflammée, prémices de la Saint-Jean et des départs en vacances. Il faut bien que jeunesse se passe et la turbulence d'un enfant témoigne de sa bonne santé.

 

Merci Jacques de l'avoir fait, et nostalgie livre de chevet. Mondoloni joue des phrases comme des ricochets. Les verbes se catapultent, billes de flippers renvoyés par les plots des événements. Mai, j'y étais, vieux grognard sans étiquette ni distinction.

 

Ce roman est précédé d'extraits de Tenue de galère, publié en 1991 aux éditions Denoël.

Les tribulations d'un ingénieur du son, surnommée la Boue, et de ses compagnons, l'éclairagiste, les musiciens, le secrétaire de J.B., la révélation de l'année 87, lors d'une tournée de l'Idole. Il ne faut pas oublier les groupies qui accompagnent l'Idole, mais également Marie-Jeanne que les musicos et les techniciens se partagent allègrement entre deux canettes. Marie-Jeanne, plus ou moins bien roulée mais toujours en pétard !

Les difficultés avec les bénévoles des communes dans lesquelles J.B. et ses accompagnateurs doivent se produire, la grève envisagée afin d'obtenir une augmentation, les voyages de nuit après le spectacle et le débranchement des spaghettis de fils électriques, les beuveries et les réveils difficiles, l'annonce impromptue de l'arrivée des femmes de J.B. et de la Boue, les deux F. pour Fantôme et Framboise, qui débarquent le thermomètre à la main pour bien signifier que c'est le moment propice pour procréer, la méthode Ogino à l'envers en quelque sorte, relâche dans un gîte-château... et... Bref, la galère quoi !

Narrée sur un mode caustique et humoristique, cette histoire, Jacques Mondoloni l'a peut-être vécue, ou tout au moins il en a emprunté des séquences véridiques pour décrire le monde du spectacle et surtout des intermittents. Lui-même ayant été sonorisateur-régisseur, il sait ce dont il écrit et c'est réjouissant en diable, sauf pour ceux qui vivent ce genre de situation mais n'en perdent pas pour autant leur bonne humeur.

 

Première édition Editions le Temps des Cerises. Parution octobre 1996.

Première édition Editions le Temps des Cerises. Parution octobre 1996.

Tenue de galère, publié en 1991 aux éditions Denoël.

Tenue de galère, publié en 1991 aux éditions Denoël.

Jacques MONDOLONI : Fleur de rage ou le Roman de Mai. Préface d'Alphonse Boudard. Réédition Editions Arcane 17. Parution 9 juin 2016. 316 pages. 22,00€.

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8 juin 2016 3 08 /06 /juin /2016 14:35

Et que j'écouterai attentivement...

Frédérique VOLOT : Toutes ces choses à te dire.

2003. Alors qu'il fignole un tableau en ajoutant quelques touches de peinture, Ettore se sent mal. C'est vrai qu'il est vieux, qu'il a pas mal bourlingué et vécu d'événements tragiques depuis sa naissance en 1910. En entendant le bruit qu'il produit en tombant, Lucie, sa femme, s'inquiète et prévient immédiatement les autorités médicales. Mais elle sait, et elle en a confirmation, qu'Ettore n'en a plus pour longtemps. Il est usé. Il réclame son violon, qui ne l'a jamais quitté, et demande à voir Ange, sa petite-fille partie en Russie où elle a trouvé un compagnon afin de lui transmettre un message, lui confier une mission.

 

Défilent alors dans la tête d'Ettore sa vie tumultueuse et mouvementée, ses pérégrinations de Gorizia jusqu'à Vittel, son enfance, son adolescence à Trieste, puis son départ pour la France et son installation dans les Vosges.

En cette année 1916, la guerre fait rage entre l'Autriche-Hongrie et l'Italie, et le premier fait marquant dont se souvient avec précision, c'est le laitier qui perd la tête. A cause d'un obus. Les Italiens se sont rendus maître de la province et l'ont annexée. Et les exactions envers les Slovènes sont nombreuses. Les années passent, la famille est obligée de se rendre à Trieste, mais les Slovènes doivent se soumettre à la férule des Italiens, bientôt dirigés par Mussolini. Une forme d'épuration raciste débute envers les habitants de cette province qui est tombée dans leur giron.

Les années passent, dans la douleur et la pauvreté. Pourtant Ettore et sa famille vont trouver du soutien parmi leurs compatriotes, les Slovène devenus Italiens de force. Il va apprendre à lire, à écrire, la moindre des choses, mais surtout à jouer du violon. Certains membres de sa famille osent défier les autorités et fuient vers l'Argentine. Ettore gagnera la France, en 1930, il a vingt ans, mettant plusieurs mois avant d'atteindre une petite station thermale des Vosges, et grâce à son violon, intégrera une formation musicale qui se produit dans les bals populaires. Il possède aussi dans ses bagages une solide formation de cordonnier-tapissier-ébéniste. Le travail ne manque pas et il fait la connaissance de Lucie.

Lucie a grandi entre frères et sœurs, une mère aimante mais brutalisée par un mari ivrogne. Elle est née en 1914, et sa jeunesse est marquée par les taloches paternelles. Sauf lorsqu'il est obligé d'aller sur le front combattre les Allemands. Mais à son retour, les brutalités vont empirer et l'atmosphère est électrique. Heureusement, parfois, il se rend chez une amie, alcoolique elle aussi, et pendant ce temps il suspend les coups destinés à sa femme et ses gamins, sauf l'aîné, le chouchou.

Lucie devient vendeuse dans une pâtisserie chic, et c'est ainsi qu'elle fait la connaissance d'Ettore, venu acheter quelques friandises entre deux bals. C'est le coup de foudre bientôt suivi par les prémices du nazisme. Les esprits racistes commencent à bougonner, à râler contre ces étrangers qui prennent la place des Français. Néanmoins, Ettore et Lucie vont se marier, en catastrophe car une descendance est programmée, et ils peuvent s'installer quiètement.

Les vexations ne manquent pas, enflent de jour en jour, mais Ettore est un excellent ouvrier et nul ne peut lui reprocher un travail bâclé. Bientôt la guerre se profile, et un jour de 1943 les gendarmes viennent chercher Ettore pour l'envoyer dans un camp de travail, une concentration d'étrangers italiens, yougoslaves, russes vivant en France et ayant fui la dictature régnant dans leur pays, dans la forêt d'Eperlecques. Ettore fait partie des étrangers en surnombre dans l'économie nationale. L'enfer subi par des centaines de prisonniers gardés par des soldats russes, qui se montrent pires dans les exactions que l'envahisseur allemand.

 

Roman historique, inspiré de faits réels et dont une grande partie est issue de la biographie familiale, Toutes ces choses à te dire est un exemple de courage de la part d'hommes et de femmes qui subissent la vindicte, le racisme, la ségrégation forgée par des dictatures et des guerres ethniques et religieuses. D'abord entre l'Empire austro-hongrois et l'Italie puis en France, les vexations envers les étrangers ne manquant pas de s'exprimer en toute liberté et impunité. C'est pour moi la découverte de faits qui se sont déroulés lors de la Première Guerre Mondiale, non loin de nos frontières, la célébration de 14/18 occultant tout un pan de l'histoire européenne.

De même j'ignorais l'existence et l'histoire du camp de Watten, dans le Pas-de-Calais, qui est un véritable abcès. Les étrangers qui y sont parqués, venus se réfugier en France, ont été rejeté par une grande partie de la population, des épisodes indignes d'individus se prétendant civilisés. Et l'on ne peut s'empêcher de mettre en comparaison des événements avec de nombreuses réactions et déclarations politiques actuelles tendant à faire croire que s'il y a du chômage, c'est de la faute des réfugiés issus de divers pays européens ou africains, et le parcage dans des camps de rétention. Toujours dans le Pas-de-Calais.

Un roman du souvenir, dédié entre autres à Ettore/Hector et Lucie, les grands-parents de l'auteur, un roman de la mémoire, poignant, émouvant, touchant, révoltant parfois, qui laisse un goût d'amertume une fois refermé et qui une fois de plus démontre que l'histoire devrait être une leçon de vie et de morale, mais que souvent elle est oubliée et bafouée. L'histoire se répète, et toujours dans le mauvais sens.

On peut juste regretter le titre et la couverture qui font penser à un roman de Mary Higgins Clark et qui ne transmettent pas toute l'émotion contenue dans ces pages.

 

Ne manquez pas l'avis d'Yv sur son blog dont l'adresse figure ci-dessous.

Précédents romans de Frédérique Volot :

Frédérique VOLOT : Toutes ces choses à te dire. Collection Terres de France. Editions Presses de la Cité. Parution 19 mai 2016. 352 pages. 21,00€.

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7 juin 2016 2 07 /06 /juin /2016 13:47

La peinture à l'hawaïle
C'est bien diffic'hawaïle
Mais c'est bien plus beau
Dalida la di a dadi
Que la peinture à l'eau *

 

Michel DRESCH : Le plasticien.

Pour un beau tableau, c'est un beau tableau. Et le concierge qui découvre cette scène haute en couleurs pourrait penser à une nouvelle composition de Kovacs, le peintre plasticien qui vit dans l'appartement-atelier de la rue Neuve-Tolbiac.

Mais il s'agit bien de Kovacs couché sur le dos, les mains jointes sur la poitrine, les yeux fermés. Comme un gisant qui serait endormi. Sauf que l'ultime œuvre de Kovacs, c'est lui-même, mort. Plus incongrus, les multiples dessins qui ont été enfournés dans son pantalon. Et dans la bouche un morceau de chiffon imprégné de peinture fraîche.

Le pipelet prévient immédiatement Johanna, la compagne du plasticien et dont ses relations avec Kovacs étaient plutôt élastiques. Il la trompait ouvertement, elle essayait de lui remonter le moral lorsqu'il était en crise. Toutefois elle est étonnée qu'il se soit remis à peindre, car Kovacs avait abandonné l'aspect pictural pour se consacrer d'abord à des œuvres modernes commandées notamment par des municipalités nouvelles, puis depuis quelques années à des Installations, des structures répétitives qui connaissaient un réel succès.

Ce meurtre serait-il l'œuvre (!) d'un confrère jaloux, de Johanna trop souvent blessée moralement et quelque peu jalouse, d'un larron extérieur à la pratique des arts plastiques ? Pour le commissaire Joubert, qui débarque dans le domaine artistique, lui qui est plus habitué aux tripatouillages politiques, et son adjoint Lucas, c'est la bouteille à l'encre. Il lui faut démêler les liens complexes qui unissaient Kovacs à des personnages aussi différents que Johanna la maîtresse, Axel l'ex-mari, Marie-Paule la nouvelle maîtresse, Lassus le galeriste, les autres peintres qui se réunissent dans d'anciens entrepôts de Bercy. En réalité peu de monde, car tout tourne autour des quatre premiers nommés et de leurs relations bizarroïdes, compliquées, et dont les obstacles ne manquent pas de surgir à tout moment.

 

Dans une intrigue classique où évoluent peu de personnages, lesquels avaient tous une raison plus ou moins légitime pour supprimer le plasticien, lequel n'était pas un homme sans reproche, le propos de Michel Dresch est surtout de décrire le monde de l'art moderne sous ses différents aspects. La tension conceptrice, le besoin moral et financier de reconnaissance, les différents acteurs qui gravitent dans le domaine artistique du créateur rongé par les affres de l'innovation et du succès, au marchand d'œuvres d'art dont souvent il dépend, un microcosme dédié à l'art plastique et pictural, un monde en réduction qui se déploie sous les yeux du profane que je suis et a tout autant été conquis par cette description que par l'intrigue elle-même.

 

*Bobby Lapointe.

 

Pour en savoir plus sur cette collection ArtNoir et ses ouvrages n'hésitez pas à visiter le catalogue :

Michel DRESCH : Le plasticien. Collection ArtNoir. Cohen & Cohen éditeurs. Parution le 24 mars 2016. 222 pages. 20,00€.

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6 juin 2016 1 06 /06 /juin /2016 12:43

Hommage à Frédéric Dard, décédé le 6 juin 2000.

François RIVIERE : Frédéric Dard ou la vie privée de San-Antonio.

Romancier, scénariste de bandes dessinées, critique littéraire, François Rivière est également l’auteur de biographies consacrées à des auteurs éclipsés parfois par leurs personnages.

Ainsi s’est-il penché sur l’œuvre et la vie d’Agatha Christie, d’Enid Blyton et James M. Barrie, le créateur de l’immortel Peter Pan. En mars 1999 il publiait au Fleuve Noir une biographie dédiée à un auteur vivant : Frédéric Dard ou la vie privée de San-Antonio, ouvrage qu’il avait terminé en novembre 1998.

Le 6 juin 2000 disparaissait Frédéric Dard, physiquement, mais son héros, le commissaire préféré de ces dames, vit toujours non seulement sous la plume de Patrice Dard, son fils spirituel et génétique, mais dans les cœurs et les esprits de tous ses nombreux lecteurs et admirateurs.

De la naissance de Frédéric Dard le 29 juin 1921, et même un peu avant, jusqu’à la fin des années 90, François Rivière explore le parcours de cet obsédé textuel qui avant d’être reconnu comme un romancier de talent, aura végété malgré les nombreux encouragements prodigués par ses pairs : Simenon, Max-André Dazergues, Marcel E. Grancher…

L’accouchement de sa mère s’avère difficile et son père craint pour la vie de la parturiente. Il en restera des séquelles, un bras gauche déformé et inerte, que s’emploiera à soigner avec persévérance, abnégation et un amour quasi exclusif, sa grand-mère paternelle Claudia, se substituant aux parents accaparés par leur travail. La carrière de Frédéric Dard débute en 1940 avec la parution de La Peuchère chez Lugdunum, mais cet ouvrage comme les suivants, ne connaîtra qu’un succès d’estime. Véritable bourreau de travail, il enchaine les titres et les pseudonymes, pour la plupart empruntés à l’américanisme ambiant, écrivant dans de petites revues dont les illustrations sont signées Roger Sam, son beau-frère, lequel récidivera beaucoup plus tard pour des romans publiés au Fleuve Noir, mais c’est la galère.

Selon la légende, Armand de Caro, découvrant chez un bouquiniste Réglez-lui son compte édité chez Jacquier en 1949 et signé San Antonio, lui donnera sa véritable première chance et en 1950 débute une carrière qui ira crescendo. Croire que San Antonio a phagocyté son géniteur serait presque une erreur ou une hérésie. Car les premiers romans publiés chez cette maison d’édition qui sera « sa » maison furent bien sous les noms de San Antonio (Laissez tomber la fille) dans la collection Spécial Police et de Frédéric Charles pour un roman d’espionnage en 1950 (Dernière mission), le premier Frédéric Dard ne l’étant qu’en 1951 toujours en Spécial Police avec Du plomb pour ces demoiselles.

Et il faudra bien des années pour que la corrélation entre Frédéric Dard et San Antonio soit effective pour les critiques et les lecteurs. Mais il faut avouer que le style littéraire était complètement différent et pouvait désorienter. Pendant ce temps, Frédéric Dard ne chômait pas car le succès qu’il connaitra par la suite n’était pas encore au rendez-vous. Et toujours en point de mire comme l’eut longtemps Simenon, la reconnaissance du public en tant qu’auteur à part entière et non pas forcément catalogué dans un genre considéré comme mineur.

Ainsi il accumula les romans en parallèle du Fleuve Noir chez d’autres éditeurs dont Jacquier ou La Pensée Moderne (sous le pseudonyme de l’Ange Noir) et les pièces de théâtre, des adaptations tirées de ses propres romans ou de ceux de Simenon, seul ou avec la collaboration de son ami Robert Hossein. Robert Hossein avec lequel il signera également quelques ouvrages dont Le sang est plus épais que l’eau en 1962.

Si la gloire, la notoriété et l’aisance financière sont enfin au rendez-vous, Frédéric Dard subira des accrocs, des coups durs qui laisseront des traces. Une tentative de suicide en 1965 alors que L’histoire de France vue par San Antonio bat des records d’édition ou encore l’enlèvement de sa fille Joséphine en 1983.

François Rivière ne pouvait pas ne pas évoquer ces douloureux moments de la vie privée et familiale de Frédéric Dard. Mais il relate également et surtout le parcours littéraire et établit lorsque le besoin s’en fait sentir afin de mieux plonger son lecteur dans l’époque des débuts, le parallèle entre les romans noirs de Frédéric Dard et ceux de Boris Vian, sa rencontre avec James Hadley Chase dont il a adapté La Chair de l’orchidée en 1955 au théâtre ou encore Jean Bruce, l’auteur phare du Fleuve Noir avec Paul Kenny, un auteur bicéphale, et quelques autres. Le tirage des romans de Frédéric Dard avoisine bientôt ceux du créateur de OSS117, et Josette Bruce, femme et collaboratrice de l’écrivain, le complimentera en ces termes : vous êtes un écrivain, mon mari, lui, n’est qu’un fabricant.

De nombreux ouvrages, de nombreuses études ont été consacrées à Frédéric Dard et à son jumeau San Antonio, mais François Rivière a écrit un livre sensible, parfois émouvant, richement documenté, proche de l’homme et du romancier, peut-être le plus abouti de tous ceux qui ont été publiés. Et il était normal, logique, indispensable même que ce document soit réédité dix ans après la disparition de Frédéric Dard.

Première édition : Fleuve Noir. Parution 10 mars 1999. 320 pages.

Première édition : Fleuve Noir. Parution 10 mars 1999. 320 pages.

François RIVIERE : Frédéric Dard ou la vie privée de San-Antonio. Editions Pocket. Nouvelle édition revue et augmentée. Parution Juin 2010. 376 pages.

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5 juin 2016 7 05 /06 /juin /2016 13:59

Un Cassius Clay de province ?

Pierre PELOT : Le 16ème round.

Pour Renato, fils d’émigrés portugais, son emploi au super marché, rayon légumes et poissons, ce n’est peut-être pas la grande vie, mais au moins il travaille.

Il est heureux, à sa façon. Son passé ne plaide pas en sa faveur pourtant le gérant l’a embauché. Et avec sa petite amie, ce pourrait être pire. Bien sûr il y a parfois les petits coups de gueule avec Verchant, son chef de rayon, mais ça ne va jamais bien loin.

Début de semaine morose, mais tout finit par s’arranger. A la faveur d’un incident, Renato va faire la connaissance de Raymond Clay, un vieux boxeur. Celui-ci est installé dans une maison qui rappelle de mauvais souvenirs à Renato, mais le passé, c’est le passé.

Sauf que parfois il vous remonte à la surface. Juste au moment où l’on ne s’y attendait plus. Alors tout commence à aller de travers, et les gendarmes se mettent de la partie.

 

Comme dans la plupart des romans de Pierre Pelot, l’action se passe dans les Vosges.

Dans le vent, la pluie, le froid, la neige. Une histoire simple, avec des personnages simples.

Enfin, c’est ce que l’on croit car Pierre Pelot n’a pas son pareil pour planter le décor et construire une intrigue dans laquelle le suspense, l’angoisse, l’émotion tiennent les rôles principaux.

Un livre pour les enfants, à partir de 12 ans, mais que les plus grands liront avec plaisir, en cherchant bien.

 

Pierre PELOT : Le 16ème round. Editions La Farandole/Messidor. Parution septembre 1990. 182 pages.

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4 juin 2016 6 04 /06 /juin /2016 13:41

Disparue, tu as disparue.
Disparue, tu as disparue

Au coin de ta rue.
Je t´ai jamais revue.

 

Didier JUNG : Disparu.

Il ne s'agit pas d'elle, comme dans la chanson, mais de lui. Lui, c'est Jean-Marc, le mari de Carole.

C'est ce que Carole apprend à Alain lors d'une réunion à La Défense. Tous deux possèdent des postes importants, elle à EDF, lui ingénieur dans une usine de composants à Châlons-sur-Marne. La dernière fois qu'ils se sont vus Alain et elle, c'était il y a déjà seize ans. Mais ils se reconnaissent de suite. Normal, ils se sont fréquentés, aimés, puis la vie les a séparés d'un commun accord.

Alain a épousé Sylvie, un amour de jeunesse qui travaille dans un cabinet d'avocats, a eu deux enfants et a divorcé. Sylvie l'a abandonné pour un collègue. Carole est mariée avec Jean-Marc, un ami d'enfance qu'Alain lui avait présenté lorsqu'ils vivaient plus ou moins ensemble. Jean-Marc travaillait pour une banque, diplôme de Sciences-Po en poche. Au début tout était bel et bien et il refusait une mutation en province. Cinq ans auparavant il a démissionné, est parti travailler pour une banque concurrente, charger d'effectuer des audits d'agence. Mais c'était lourd, toujours par monts et par vaux, et de plus il s'était découvert une nouvelle passion, la peinture.

Jean-Marc était lassé de ses déplacements continuels et Carole ne voulait pas quitter Meudon, leur maison, leurs enfants, étant casanière. Et puis un beau jour, trois ans auparavant, alors que Carole devait aller le rejoindre à la gare, Jean-Marc n'était jamais descendu du train. Et depuis Carole n'a eu aucune nouvelle de lui. Elle a bien contacté la police, demandé d'effectuer des recherches dans l'intérêt des familles, mais Jean-Marc est majeur et il fait ce qu'il lui plait. Bref, depuis, sans réponse, Carole reste dans l'expectative.

Alain lui avoue alors qu'il était resté en contact téléphonique épisodiquement avec son ami d'enfance, et que ce jour du 15 juin 1990, alors que cela faisait un an qu'ils n'avaient échangé aucune conversation, Jean-Marc lui a narré cette fameuse inspection dans l'agence strasbourgeoise, mais surtout qu'il a décidé de prendre le maquis. Et cette phrase prend tout son sens en cet échange avec Carole. En effet lorsqu'ils étaient jeunes adolescents, Alain et Jean-Marc avaient passé quelques jours de vacances dans les environs de Propriano.

Alain ne peut laisser Carole avec ses inquiétudes et il lui propose de contacter un sien ami, un ancien commandant de police qui avait été détaché au service de sécurité pour la boîte où il travaille. Depuis trois ans Morazzani est en retraite dans son île natale, mais nul doute que reprendre du service en dilettante et suppléer à l'incompétence ou mauvaise volonté du policier que Carole avait contacté, lui permettrait d'échapper à un quotidien supposé ennuyeux.

Morazzani accepte de bon cœur malgré son récent mariage sur le tard d'enquêter durant quelques jours, loin de chez lui et de sa femme Thelma connue lors d'une croisière nordique. Après tout Propriano n'est éloigné de chez lui que de deux cents kilomètres environ, il couchera sur place et ne devrait connaître aucune difficulté pour retrouver l'absent, ancien banquier et peintre.

 

Didier Jung a composé un roman d'excellente facture classique, mais qui est presque un défi au lecteur car l'épilogue en contrepoint propose un dénouement bien venu et quelque peu amoral, selon le point de vue où l'on se place. Or le lecteur est à même de résoudre lui aussi l'énigme pour peu qu'il lise attentivement l'histoire et s'attarde parfois sur quelques détails.

Morazzani prend sa tâche au sérieux, enquêtant, rencontrant voisins, policiers, personnes susceptibles d'avoir côtoyé Jean-Marc et de l'avoir aidé à se cacher, essayer de cerner son profil psychologique, mais également déguster les plats dont il se délecte en fin connaisseur et gourmet, de partir sur de mauvaises pistes, tenter de reprendre le bon chemin. En cela Morazzani possède une légère ressemblance avec Maigret, physiquement et moralement. Mais pour enquêter et s'imposer dans le paysage sans dévoiler qu'il fut policier, Morazzani se fait passer pour un sujet britannique, et il s'intéresse comme tout bon touriste qui se respecte à Colomba, personnage réel et héroïne d'un roman de Prosper Mérimée.

Quant aux différents personnages, protagonistes qui évoluent dans ce roman, ils possèdent une face cachée qui peut laisser supposer une entourloupette de la part de l'un d'eux. Et Didier Jung les décrit finement, sans mettre l'accent plus sur l'un que sur l'autre, en les montrant dans leur élément, mais en laissant planer un doute.

L'épilogue, sans être moral, reflète quelques épisodes qui pourraient être le reflet d'affaires s'étant déroulées il y a quelques années et dont on n'a jamais connu le véritable dénouement.

 

Didier JUNG : Disparu. Collection Bordeline. Editions Territoires Témoins. Parution 25 mai 2016. 156 pages. 15,00€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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