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29 juin 2016 3 29 /06 /juin /2016 14:35

Hommage à Frédéric Dard, né le 29 juin 1921.

Frédéric DARD : Un tueur, Kaput.

Parmi les pseudonymes que prit Frédéric Dard dans les années 1950 afin de diversifier sa production aux éditions du Fleuve Noir, figurent bien évidemment San Antonio, le chéri de ces dames, et Frédéric Charles pour des romans d'espionnage. Mais il ne faut pas oublier celui de Kaput, personnage qui est l'antithèse du fameux commissaire.

Kaput c'est le négatif du commissaire, un peu le Caïn de San Antonio/Abel. Quatre romans publiés dans le milieu des années 1950 dans la collection Spécial Police du Fleuve Noir le mettent en scène :

La Foire aux asticots ; La Dragée haute; Pas tant de salades qui était annoncé sous le titre La Bascule à Charlot et Mise à mort.

La Foire aux asticots (Kaput), Spécial Police 77, 1955

La Foire aux asticots (Kaput), Spécial Police 77, 1955

La Dragée haute (Kaput), Spécial Police 84, 1955

La Dragée haute (Kaput), Spécial Police 84, 1955

Dans La dragée haute, Kaput est en Italie, obligé de s'exiler les policiers français ayant lancé un avis de recherche à son encontre. Il est quasiment sans le sou dans Venise qui compte encore de nombreux touristes en cette fin de saison estivale. Il aimerait trouver sur son chemin une Anglaise pour la simple et bonne raison que, d'une façon générale, elle sont plus fastoches à allonger que les autres.

Kaput a faim et il rêve, regardant les pigeons en les imaginant sans leurs plumes sur un lit de petits pois. Il fait même le geste d'émietter du pain afin de les attirer lorsqu'une voix lui demande s'il est Français puis le sollicite pour le prendre en photo en compagnie des volatiles. Et c'est ainsi qu'il fait la connaissance de Robert Rapin, célibataire, dont le père est décédé il y a peu, et qui depuis traîne son ennui, et son argent, en Italie afin de se changer les idées.

Robert lui propose d'aller prendre un apéritif, puis l'invite à dîner, lui prête même de l'argent, entre compatriotes n'est-ce pas, afin de régler son hôtel, et rendez-vous au lendemain. Dès potron-minet, le lendemain matin Robert frappe à la porte de la chambre de Kaput et lui offre une balade en mer. Une aubaine pour Kaput, car décidément il ne sent pas Robert. L'homme est trop suave, trop doux, trop entreprenant à son goût. Kaput préfère les femmes et se faire draguer par un homosexuel, un pédé comme il dit, une fiotte comme les virils aimaient désigner leurs congénères au mœurs contraires, ce n'est vraiment pas son truc. Alors, profitant d'un arrêt sur une plage déserte, pause qu'il a provoquée, Kaput tue son conducteur avec une grosse pierre, le défigurant, brûlant ses habits non sans avoir au préalable prélevé les pièces d'identité ainsi que l'argent. Voilà qui lui promet de beaux jours.

Direction Bologne, dans la bagnole, pardon dans la voiture de Robert, une Alfa Roméo ça se respecte, et comme à son âge il a des besoins, Kaput remarque une jeune femme peu farouche. Pas besoin de chambre d'hôtel pour ce qu'ils ont à faire et la jeune femme semble aimer ce qu'il lui prodigue en guise de caresses. La déconvenue se traduit après le départ de sa passagère par l'envol de son portefeuille et d'une grande partie de son argent.

Puis c'est le retour en France et l'installation à Menton où il loue une petite villa, grâce au carnet de chèques du défunt Robert. Et comme il faut bien passer le temps, il se rend au casino où il repère l'étrange manège d'une jeune femme qui possède un truc presqu'infaillible pour gagner à la roulette. Herminia, c'est le prénom de la belle tricheuse, ne s'affole pas lorsqu'il lui annonce qu'il a découvert sa façon de procéder, et de fil en aiguille, les voici ensemble dans la villa. Kaput est comme le Loup de Tex Avery et Herminia ne semble pas indifférente à son charme. Seulement leur lune de miel est interrompue par l'arrivée impromptue d'un certain Bouboule, surnom donné par Kaput à ce petit homme rondouillard, qui réclame sa part. En effet il avait monté en compagnie de Robert un casse qui s'était soldé par une manne de vingt briques, mais Robert n'avait pas joué le jeu.

Evidemment Kaput ne peut que se débarrasser de Bouboule, enfin c'est Herminia qui s'en charge, et il leur faut trouver un moyen pour récupérer le magot. Et les morts vont parsemer le chemin de Kaput. Ainsi que les déconvenues, car lorsqu'il pense arriver au but, il n'est face qu'à une énorme déception.

 

Kaput est un tueur, mais qui officie pour son propre compte dans cet épisode. Pas de patron, mais des besoins. Beau gosse, Kaput ne manque pas d'idées. Il est encore jeune, il n'a que vingt cinq ans apprend-on au détour d'une conversation avec un policier qui vérifiant son permis de conduire, trouve qu'il paraît plus vieux sur la photo qu'en réalité. Normal puisque ce n'est qu'une pièce d'identité d'emprunt. Et comme les Pieds Nickelés qui malgré les nombreuses bonnes fortunes et les manigances imaginées se retrouvent le bec dans l'eau à la fin des épisodes de leurs aventures, Kaput est prêt pour repartir pour de nouvelles péripéties aussi démuni qu'au début.

Ecrit à la première personne, entre argot d'époque et néologismes, le style ressemble à celui de San Antonio, première époque, mais sans les grandes envolées et les notes en bas de pages, sans l'humour parfois ravageur. Pourtant parfois Frédéric Dard semble oublier ce style propre à Simonin et Ange Bastiani pour revenir à sa propre écriture, et l'on retrouve le Frédéric Dard parfois désabusé.

 

Pas tant de salades (Kaput), Spécial Police 92, 1956

Pas tant de salades (Kaput), Spécial Police 92, 1956

Mise à mort (Kaput), Spécial Police 95, 1956

Mise à mort (Kaput), Spécial Police 95, 1956

Les Kaput ont bénéficié déjà de réédition, soit en grand format, soit en format poche :

 

Réédition Fleuve Noir Grand Format. 1971.

Réédition Fleuve Noir Grand Format. 1971.

Réédition Pocket août 1990.

Réédition Pocket août 1990.

Réédition Pocket septembre 1982.

Réédition Pocket septembre 1982.

Frédéric DARD : Un tueur, Kaput. Editions Fleuve Noir. Parution 9 juin 2016. 640 pages. 21,90€.

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28 juin 2016 2 28 /06 /juin /2016 09:02

Où Zigomar passe, l'ennui trépasse !

Léon SAZIE : Zigomar. Livre 2.

Ce volume propose la suite de Les lions et les tigres dont la première partie figure dans Zigomar Livre 1, et L'heure de la justice.

Nous retrouvons Paulin Broquet, miraculeusement épargné lors de l'effondrement d'un tunnel souterrain, et laissé pour mort. Courageusement, il s'est sorti de ce mauvais pas, et depuis, il travaille en sous-marin, seuls quelques amis et ses fidèles adjoints étant dans la confidence de sa résurrection.

Les membres de la bande des zigomars ne tiennent plus leurs réunions à la Barbottière mais au dernier étage d'un immeuble à Grenelle, près de l'ex-Village suisse. C'est en écoutant les conversations entre les malfrats chez Clafous, café fréquenté par les affidés de Zigomar, que l'Amorce a appris que le lieu de rendez-vous était maintenant chez Zulma, une ancienne blanchisseuse mariée à un militaire en retraite.

L'Amorce et ses compères sont persuadés avoir reconnu le Comte de la Guairinière sous le déguisement de Zigomar et de quelques-uns de ses complices et amis dont l'admirable Baron Dupont. Aussi Paulin Broquet s'invite-t-il clandestinement lors de cette réunion mais il est découvert et fait prisonnier. Il a beau nier être Paulin, lui ressembler certes, mais il n'est pas cru et il est laissé à son sort, c'est-à-dire périr saucissonné dans le grenier avec un explosif sur lui. Il n'est pas libre de ses mouvements, mais sportif accompli il parvient à défaire quelques liens. Il est sauvé in extremis par une mystérieuse femme rousse et peut continuer sa lutte contre ce nouveau génie du mal.

Paulin Broquet, dans cette scène se montre un admirable comédien puis plus tard un roi du déguisement, tout comme Zigomar qui utilise les mêmes ingrédients afin d'échapper aux poursuites. Zigomar ou comte de la Guairinière selon les déductions de Paulin Broquet et de ses hommes, possède toutefois le don d'ubiquité, car tandis qu'il œuvre à un méfait dans un endroit, il est également bien en vue dans une soirée comptant un bon nombre de participants tous de bonne foi. Il se montre également un bretteur accompli, ne dédaignant pas les duels, les provoquant même.

 

Cette mystérieuse femme rousse qui a aidé Paulin Broquet à se sortir d'un mauvais pas alors que la mort rôdait, cette mystérieuse femme va se montrer à plusieurs reprises sur le chemin du policier, jouant sur les deux tableaux, étant tour à tour complice ou adversaire dans les cas les plus critiques.

 

De l'action, encore de l'action, toujours de l'action, avec quelques plages de romantisme, de tendresse, d'émotion. Les épisodes se succèdent sans interruption ou presque, la priorité étant donnée à l'action. Toutefois quelques scènes sont réservées aux amours platoniques et contrariées entre Raoul Montreil, le médecin, et Riri alimentent les pages et servent de lien entre les différents protagonistes. Il ne faut pas oublier que la mère de Riri et la sœur bossue de la jeune furent spoliées par le banquier Montreil d'après les premiers résultats de l'enquête. De même l'avocat Robert Montreil, son frère amoureux également de Riri mais non déclaré car pas de jalousie entre les deux frères, joue un rôle non négligeable dans cette histoire. En effet les deux frères sont amis avec Paulin Broquet et leur aide se révèle efficace lors de certaines interventions.

 

Un nouveau personnage entre dans la danse, un sucrier du Nord venu applaudir la chanteuse Lucette Minois, maitresse attitrée du comte de la Guairinière. Des soupçons, fondés ou non, se portent sur ce brave homme surnommé La Betterave, bien sûr à cause de ses antécédents professionnels.

Parmi les nombreuses scènes audacieuses et mémorables qui fourmillent dans cette intrigue foisonnante, celle du chalumeau utilisé pour ouvrir un coffre-fort, mais pas de n'importe quelle façon. Les cambrioleurs utilisent une technique astucieuse et infaillible pour récupérer billets et documents dissimulés de ce meuble sans que ceux-ci soient détériorés sous l'action du feu et des flammes.

Quant au personnage de Paulin Broquet, qui je l'ai déjà signalé est un parfait comédien et un roi du déguisement, il possède des atouts et une psychologie particulière le mettant hors du lot des policiers habituels.

Paulin Broquet ne suivait pas la méthode policière un peu démodée, des conjectures, des suppositions; il ne courait pas après des probabilités ou des déductions dont le point de départ pouvait être faux, quoique logique en apparence. Il n'avançait que sur une donnée certaine, quand l'ennemi s'était découvert. De la sorte si au début il semblait perdre un peu de temps, il ne se voyait pas par la suite dans l'obligation de bifurquer et il parvenait à marcher beaucoup plus vite. Sa méthode, un peu spéciale, allait à son tempérament, elle lui réussissait.

Comme déjà précisé, entre Zigomar et Fantômas il n'existe que peu de différences, Fantômas étant le reflet de Zigomar à travers une loupe grossissante. Ce personnage récurrent de malfaiteur va connaître d'autres aventures, sous son nom et par le même auteur, ou sous un autre nom par des auteurs différents, la littérature policière, comme toute sorte de littérature, aimant se répéter.

Léon Sazie, un auteur à redécouvrir, car Zigomar n'est qu'une faible portion de sa production et il serait bon de redécouvrir les treize aventures de la série Martin Numa, et la quarantaine de titres isolés ne faisant partie d'aucune série. Mais cela dépend-il peut-être de l'accueil réservé aux deux ouvrages mettant en scène Zigomar et publiés chez les Moutons électriques éditeurs.

 

Léon SAZIE : Zigomar. Livre 2. Les Moutons Electriques éditeurs. Parution le 4 février 2016. 320 pages. 21,00€.

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27 juin 2016 1 27 /06 /juin /2016 09:51

La clonerie est humaine...

Gilles BERGAL : Dérive.

Eden, gigantesque île spatiale sur laquelle s'est réfugiée l'humanité, ou ce qu'il en reste, soit une dizaine de millions de personnes, vit des heures troubles.

Un vent de rébellion est en train de souffler qui peut dégénérer en tempête. A l'origine de ces perturbations, une loi inique dont peu à peu ceux qui en subissent les effets, les conséquences, veulent l'abolition.

Il faut dire que la population d'Eden se compose par moitié d'originaux et par moitié de clones. Or selon cette loi, les clones ne peuvent survivre à leurs originaux. S'ils obtiennent un sursis, leur avenir reste malgré tout sombre. Rares sont ceux qui devenus orphelins ont une vie normale. Pourtant, sans leurs clones, que seraient les originaux ? Pour marquer la différence entre originaux et clones, car derniers possèdent des mains noires, ce qui les font repérer immédiatement car seul ce signe diffamant permet de les différencier.

RayD, le clone de Ray Ghurdal, célèbre parolier et écrivain, est obligé de s'enfuir, son original venant d'être assassiné. Sa surie consiste en la fuite. Mais pourtant il ne veut rester passif et prend la tête du mouvement des affranchis, ceux qui refusent cet esclavage moderne. Manuel Rissi, Grand maître et fondateur d'une secte intolérante et fanatique, les Pénitents, n'a qu'un but : poursuivre et exterminer les clones, empêcher leur prolifération.

 

Gilles Bergal, alias de Gilbert Gallerne, et qui signait ces deux romans proposés aujourd'hui en un seul volume sous le pseudonyme de Milan, nous livre une réflexion sur la société actuelle, plus particulièrement exacerbée en cette période électorale, c'est à dire en 1988 lors de la sortie de ces deux titres.

La science-fiction n'est qu'un prétexte et le thème des clones et de leur rejet d'une société lorsqu'ils ne sont plus utiles à cette société, n'est en fait que la transposition d'un problème récurent et toujours à la pointe de l'actualité : le racisme. D'ailleurs les clones sont porteurs de mains noires, image assez explicite en elle-même.

De même, l'histoire débute comme un roman policier noir conventionnel et n'est pas sans rappeler certains ouvrages dénonçant les agissements de sectes fanatiques comme celles qui composent le Ku-Klux-Klan américain et dont les résurgences sporadiques secouent le Sud des Etats-Unis.

A l'époque où je rédigeais cette chronique, j'écrivais que Milan n'était pour moi que le pseudonyme d'un écrivain dont ce n'était pas la première production. Car si tout y est agencé, tout ce qui apparemment est sans lien, se retrouve complémentaire, tout y est habilement porté à un paroxysme au fil des chapitres, il ne s'agit pas d'un premier roman.

Au fait, pourquoi appelle-t-on ceux qui écrivent à la place des romanciers bien en place, des Nègres ? Bonne question n'est-ce pas ? Et qui complète l'analogie et la parabole de Milan, Gilles Bergal, puisque justement Ghurdal est parolier et romancier mais c'est son clone qui tient la plume.

 

Le Clone triste. Anticipation N°1616. Mars 1988.

Le Clone triste. Anticipation N°1616. Mars 1988.

Le rire du Klone. Anticipation N°1618. Avril 1988.

Le rire du Klone. Anticipation N°1618. Avril 1988.

Gilles BERGAL : Dérive. Comprend Le Clone triste et Le rire du Klone. Collection Objectif Noir. Version numérique Kindle. 4,99€.

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26 juin 2016 7 26 /06 /juin /2016 07:45

Bon anniversaire à Claude Amoz, née le 26 juin 1955.

Claude AMOZ : Dans la tourbe.

Révélée à Vienne en 1997 en obtenant le Grand Prix du roman policier Sang d’Encre pour Le Caveau, Claude Amoz a connu la consécration en 1999 avec deux romans : Dans la tourbe qui paraît chez Hors Commerce dans la collection Hors Noir, et L’ancien crime chez Rivages collection Rivages/Noir N°321.

 

Dans la tourbe est comme un huis-clos qui met en scène quelques vieillards d’une maison de retraite dirigée par des religieuses. Ils ont droit à une semaine de « vacances » dans un ancien orphelinat nommé les Roches Sourdes. Parmi les privilégiés, Francis, ancien livreur en camionnette, exploité toute sa vie par un épicier qu’il vénère encore, Elie, un violoniste promis à un bel avenir mais dont le talent a été gâché à cause d’une dipsomanie issue d’un drame dont il ne connaît même plus la raison, et des femmes dont deux infirmes, une autre en manque d’affection et une demoiselle, heureuse et fière de l’être, assoiffée de culture. Un pharmacien, piètre automobiliste, dont la femme atteinte d’une dépression à répétition est hospitalisée pour la énième fois, se joint au petit groupe qui compte déjà dans ses rangs une bénévole Irlandaise.

Seulement le potard se retrouve dans un pays, une ambiance, une atmosphère qu’il connaît bien puisqu’il y a vécu l’année de ses quinze ans. Une année qu’il se rappelle sans effort. L’odeur de la tourbe qui entoure la maison de retraite est toujours présente, obsédante. Le responsable du musée local est un ancien condisciple, spécialiste des coups fourrés et des intimidations, des sous-entendus. Alors entre tous ces protagonistes s’engage un bras de fer arbitré par une mémoire collective et individuelle défaillante, programmée et insidieuse, statufiée dans la tourbe qui rejetterait de vieux cadavres comme un placard expulserait un squelette encombrant.

 

Claude Amoz écrit comme si elle apposait sur l’intrigue une mousseline, un voile transparent qui laisserait apparaître le temps d’une phrase la signification profonde de son propos puis tout s’estompe, brume qui se déchire pour mieux se reformer et englober dans des rets un paysage qui se déforme au fur et à mesure que le lecteur avance dans l’intrigue. Comme des fumerolles qui s’élèvent dans l’air alors qu’un soleil fugace frappe la tourbe avant de s’estomper aussi rapidement qu’il est arrivé.

 

Claude AMOZ : Dans la tourbe. Collection Hors Noir. Editions Hors Commerce. Parution janvier 1999. 268 pages.

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25 juin 2016 6 25 /06 /juin /2016 13:10

Et pour se procurer ces trésors, point n'est besoin de fracturer un coffre-fort !

Les Trésors de Baskerville. Anthologie présentée par Jean-Daniel Brèque.

Il fut un temps où les magazines spécialisés en littérature policière, Ellery Queen Mystère Magazine, Alfred Hitchcock Magazine, Le Saint Magazine, pour ne citer que les plus connus et dont la longévité a parfois dépassé plusieurs décennies, ces mensuels permettaient de présenter aux lecteurs des nouvelles ou courts romans écrits par des pointures ou de jeunes pousses, tout autant anglo-saxonnes que françaises. Et combien ont pu se faire un nom et entrer dans des maisons d'éditions grâce à leurs textes.

Heureusement, il existe encore des passionnés pour non seulement proposer des anthologies mais également des auteurs pour la plupart tombés dans les oubliettes de la littérature populaire, d'évasion, policière, et dont les nouvelles sont de véritables petites perles.

Pour commémorer les 5 ans (déjà !) de la collection Baskerville (2011-2016) et afin de célébrer cet événement, Jean-Daniel Brèque a sélectionné cinq récits introuvables dus à ceux que l'on pourrait appeler les grands précurseurs de la littérature policière, ayant vécu fin du XIXe, début XXe siècle :

 

Grant ALLEN: Le grand vol de rubis.

Riche héritière, Persis Remanet est Américaine. Elle est hébergée à Londres, et participe à de petites fêtes et des réunions huppées, exhibant un magnifique collier de rubis. Elle fait la connaissance d'un Irlandais, Sir Justin. Le coup de foudre de la part de ce soupirant qui la raccompagne jusque chez elle, enfin chez les amis où elle est logée. Dans la nuit, son collier de rubis est dérobé.

Presqu'une parodie de nouvelle policière, humoristique, grinçante parfois, qui se moque gentiment mais ouvertement des Américaines et d'un enquêteur chargé de retrouver le collier.

La vie serait dure pour tout le monde (et en particulier pour les politiciens) si nous étions toujours liés par nos déclarations de la veille.

The Great Ruby Robbery. The Strand Magazine. Octobre 1892.

 

Robert BARR: Le mystère des 500 diamants.

Ancien chef de la Sûreté, durant sept ans, à Paris, Valmont a été obligé de s'exiler à cause d'une affaire dans laquelle il a été impliqué à son corps défendant. Depuis il vit à Londres exerçant la profession de détective privé, ce qui lui convient nettement mieux, financièrement. C'est l'affaire qui déclencha son renvoi que le narrateur évoque ici. Le Collier de la Reine, un collier de diamants découvert au château de Chaumont, portant malheur, selon les croyances, à celui qui le détient et qui entraînera le policier dans moult aventures pour le compte du gouvernement français.

The Mystery of the Five Hundred Diamonds. The Saturday Evenig Post. 4-11 juin 1904.

 

Richard MARSH: Haute finance.

Lorsqu'un boursicoteur (on ne parlait pas encore de trader à l'époque), afin de gagner beaucoup d'argent et même plus, propose à un ami une opération qui devrait leur rapporter une fortune. Mais pour cela, il suffit de fomenter une guerre entre la France et l'Allemagne. L'appât du gain mène à tout.

La Haute Finance. The Windsor magazine, février 1902.

 

Barry PAIN: Smeath le voyant.

Clerc d'avoué, Percy Bellowes désire gagner de l'argent mais il n'a pas encore trouvé sa voie. Il joue du violon, du cornet, danse à l'américaine, a figuré dans une troupe théâtrale, mais sans réel talent. Il se découvre toutefois une prédisposition dans la prestidigitation. Cela va un temps mais il faut trouver autre chose. L'hypnose par exemple. La rencontre avec un personnage dont il décèle des dons de voyance va pouvoir lui permettre de monter son pécule. Mais il arnaque son complice qui lui ne rêve que d'oiseaux.

Une historiette qui devrait ravir les amis des animaux, surtout ceux qui apprécient les hiboux.

Smeath. The London Magazine, avril 1911.

 

Fergus HUME: la danseuse espagnole.

Médecin, débordé par le nombre de patients à soigner, Dick est content de retrouver son cousin Tancred qui revient d'Espagne où il a séjourné durant deux mois. Trancred a la mine défaite, il est décharné, et il affirme être poursuivi par des démons. D'ailleurs, Dick l'entend peu après, un air de guitare retentit d'on ne sait où. Débute alors une étrange histoire dont Séville sert de décor. Dans le quartier gitan, Tandred assiste à une scène étonnante. Une jeune femme nommé Lola danse en jouant avec une tête de mort. Tandred est fasciné mais s'approche un peu de trop près de Lola, ce qui ne plait guère au compagnon de la danseuse. S'ensuit une rixe, et un mort.

Dans un contexte fantastique, cette nouvelle nous entraîne en de nombreux pays d'Europe, et jusqu'aux Antipodes pour revenir dans l'Angleterre des Hauts de Hurlevent. Une nouvelle à en perdre la tête.

The Dancer in Red. 1906. Première traduction dans Ric & Rac, 24 mars 1934 par René Lecuyer.

 

Toutes ces nouvelles sont traduites ou révisées par Jean-Daniel Brèque.

 

Cinq nouvelles dues à cinq auteurs différents et dont la thématique est elle aussi totalement différente. Certaines d'entre elles sont d'actualité, comme quoi nos conteurs, romanciers d'aujourd'hui, réadaptent au goût du jour des situations qui ne sont pas "nouvelles".

Un recueil indispensable, à mes yeux, pour qui veut connaître des conteurs et romanciers, leurs préoccupations et leur imaginaire, auteurs de textes qui n'ont pas vieilli et ont traversé le siècle et plus sans prendre une ride.

Et il faut saluer le gros travail de recherche et de défrichage de Jean-Daniel Brèque qui œuvre en dehors des modes pour notre plus grand plaisir.

Les Trésors de Baskerville. Anthologie présentée par Jean-Daniel Brèque. Editions Rivière Blanche. Parution 2016. 132 pages. 5,00€

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24 juin 2016 5 24 /06 /juin /2016 12:27

Du grisbi à Neuilly...

Auguste Le BRETON : Du Rebecca chez les Aristos.

Délaissant le mot Rififi, qu'il avait créé en 1942 à Nantes avec son pote Gégène de Montparnasse et devenu quelque peu galvaudé, Auguste Le Breton a préféré utiliser un vieux substantif argotique tombé en désuétude pour titrer son nouveau roman.

Une incursion joyeuse à prétexte policier chez les représentants de la Haute qui vont démontrer que l'aristocratie n'est pas uniquement constituée de snobinards, fils à papa, comme certains aimeraient à le faire croire. Que nenni !

Mais avant de continuer, peut vaut-il mieux vous présenter quelques-uns des personnages qui gravitent dans cet opus. Ils ont pour patronyme le comte de Mesroustons, le duc et la duchesse de Sifilo, le marquis et la marquise de Couillemol, le baron et la baronne de Chéquenbois, le vicomte et la vicomtesse de La Pinepercée, Mr Braquemard et le sire de Moudevot. Dernière petite précision : Roseline de Chéquenbois est à la tête d'une maison particulière dite close ouverte aux portefeuilles garnis et soumet une partie de son cheptel à se faire tondre les poils du Mont de Vénus afin d'accéder au désir de certains clients étrangers.

Touchez à un cheveu d'un des leurs et vous sentirez le vent de leurs soufflets. Car ce ne sont pas des ramollis du bulbe, des atrophiés du muscle. Ils savent se lancer sur le pied de guerre lorsque le besoin s'en fait sentir. Bon chic bon genre au dehors, les Aristos de Le Breton recèlent en eux des chromosomes actifs de leurs pères, de leurs ancêtres, de ceux qui se défendaient avant qu'on les attaque, de ceux qui ont participé aux diverses croisades, de ceux qui jouaient innocemment avec de l'huile bouillante, de ceux qui troussaient hardiment les servantes et les femmes de leurs copains et qui ripaillaient à pleines bouches sans penser à leur taux de cholestérol. Après eux le déluge.

Bien entendu, comme dans toutes les couches de la société, la jalousie, la perfidie, les entrainent à se rencontrer en duel, mais que l'une de leur descendante soit prise en otage par de vulgaires bourgeois issus de la grande bourgeoisie dégénérée, et le ban et l'arrière-ban rappliquent en quatrième vitesse.

Qui s'y frotte s'y pique et tant pis pour les négociants du cartel de Medellin, ils n'avaient pas à vouloir jouer à l'héroïne. Les Aristos se shootent au Dom Pérignon, pas à la poudre de Perlimpinpin.

Dans un style rabelaisien et san-antonionesque, Auguste Le Breton en mettant en scène des personnages à la Dubout, nous offre un roman drôle, paillard, humoristique, égrillard, font la trame pseudo policière fait place parfois à des digressions pseudo-psychologiques non exemptes de bon sens.

Par exemple ces quelques pages dans lesquelles Dieu se doit de résoudre un problème kafkaïen. Après la tornade blanche et nucléaire qui a détruit toute vie sur Terre, Dieu doit-il laisser la vie sauve au misérable poisson, seul et unique survivant, afin qu'il redémarre la longue lignée des bêtises humaines, ou doit-il le noyer et continuer à jouer à la pétanque avec Saint-Pierre en toute tranquillité ?

Les amoureux de l'argot vont se régaler à la lecture de cette histoire empruntant bon nombre de mots à la langue verte, une langue imagée, savoureuse et truculente. Les autres n'auront aucun mal à décrypter, le contexte se suffisant à lui-même pour traduire les mots qu'ils ne connaissent pas encore, les quelques noms et verbes pas encore popularisés ou entrés dans le langage familier.

 

Auguste Le BRETON : Du Rebecca chez les Aristos. Editions du Rocher. Parution avril 1991. 298 pages.

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23 juin 2016 4 23 /06 /juin /2016 15:16

Pas si sûr !

Alexis AUBENQUE : Tu ne manqueras à personne.

C'est le jour de la rentrée et Raphaël est quelque peu angoissé. Il ne connait personne au collège Bellamy de Pacific View et il se demande comment il va pouvoir s'intégrer.

Or la première personne qu'il aperçoit engluée dans la foule des étudiants, c'est Kelly, son amie Kelly, enfin son ancienne amie car depuis que sa sœur est décédée, elle le fuit.

Mais cette rentrée n'est pas placée sous le signe de la bonne humeur, au contraire. Une étudiante est retrouvée dans les toilettes, morte. Aussitôt le lieutenant Gregory Davis, le père de Raphaël, est dépêché sur place en compagnie du sergent Veronica Boom. Lorsqu'ils arrivent sur place, c'est pour constater que la jeune Lucy Torper est sur les toilettes, totalement nue, décapitée, la tête sur les genoux, les cheveux teints en vert. Un simulacre macabre du Joker de Batman.

Faye Sheridan, journaliste au San Francisco Chronicle, apprenant cette découverte veut immédiatement couvrir l'événement. Normalement elle est spécialiste des chroniques de l'Art de vivre, mais l'art de mourir ne la répugne pas. Seulement elle va devoir collaborer avec un envoyé de la maison-mère, Angelo Guadardo, qui souvent la prend de haut, du moins c'est ce qu'elle imagine. Elle possède sa fierté.

Les premiers interrogatoires des étudiants révèlent que Lucy n'était guère appréciée par ses condisciples. Une question de physique car elle détonait parmi les jeunes filles sosies de mannequins délurées. Mégan, sa seule copine en apparence, dévoile toutefois qu'il y a une rumeur de vidéo cochonne qui traînerait et dont Lucy aurait fait les frais. Mégan aussi désavantagée que Lucy accuse Heather d'avoir incité Conrad, un petit connard qu'elle déteste, ce sont ses propres mots, à coucher avec Lucy et de les avoir filmés.

Pour Gregory Davis et Veronica Bloom commence la longue tournée des parents à prévenir ou à interroger. Faye elle aussi, en compagnie de son ange gardien Angelo, s'attelle à la même tâche. Et bien entendu ils sont, aussi bien Davis que Faye, reçus comme des chiens dans des jeux de quilles. D'un côté ceux qui ont perdu leur fille, de l'autre ceux qui n'acceptent pas que leur progéniture, bien sous tous rapports, soit soupçonnée. On fait partie de la bonne société ou pas. Cette histoire de vidéo est toutefois contrebalancée lorsqu'un nom est avancé, celui d'un professeur.

Ryan, un motard en rupture de ban de la société, travaillant pour une mystérieuse organisation dont le but est de suppléer les policiers lorsque ceux-ci ont failli dans leurs enquêtes, revient se cacher dans la caravane de Faye. Les deux amants se retrouvent avec plaisir, tout en sachant que l'épée de Damoclès plane sur la tête de Ryan. Il veut savoir ce qu'est devenue Rosie, une collègue de Faye, disparue depuis des semaines et qui du jour au lendemain alors qu'elle effectuait des recherches, a disparu de la circulation.

Bien entendu ce meurtre à la mise en scène peu ordinaire met en transe la petite ville. Et dans ce microcosme, se trame une intrigue à plusieurs entrées, dont l'épilogue laisse entrevoir une suite.

 

En effet, nous retrouvons les principaux personnages qui ont été présentés dans Ne crains pas la Faucheuse, avec en suspens des interrogations qui se prolongent.

Ainsi Ryan qui cherche après Rosy, est toujours persuadé que Gregory Davis a tué sa femme Charleen pour capter son héritage. D'ailleurs Davis a effectivement hérité de la magnifique villa de Pacific View dont l'oncle de Charleen était propriétaire. Davis fait des cauchemars récurrents concernant Charleen, et il va découvrir une pièce secrète dans le grenier, pièce dans laquelle son entreposés des tableaux peints par Charleen.

Faye et Veronica qui étaient fâchées depuis des années ont renoué suite à l'épisode précédent. Quant aux amours de Kelly et de Raphaël, ils semblent au point mort depuis le décès de la sœur de la jeune fille, décès relaté dans des circonstances décrites elles aussi dans Ne crains pas la Faucheuse.

Mais ce ne sont pas les seuls points noirs, ou roses, qui parsèment ce roman, car l'attitude de Ryan est peu à peu développée, surtout ses relations avec l'association secrète, mais des brumes subsistent, de même que les prises de position du shérif Crawford. Le plat de résistance, le meurtre de Lucy et ses conséquences, reste le cœur de l'intrigue et lui ne souffre d'aucune échappatoire, tout étant résolu à la fin, mais dans des conditions qui ne sont pas évidentes au départ.

Encore une intrigue à double facette maîtrisée de bout en bout et qui nous annonce un troisième épisode particulièrement palpitant. Un troisième épisode qui pourrait s'intituler : Le principal est que je sois en vie.

 

Petite précision : Je ne comprends pas trop la mention en quatrième de couverture : Texte intégral, sachant que ce roman est inédit !

 

Je suis moi aussi une farouche adepte du respect du droit des femmes et dans tous les domaines. Mais je vais dire une évidence, l'homme et la femme sont différents, même s'ils sont égaux. Les instincts existent. Qu'on le veuille ou non, chaque sexe a le sien propre.

Alexis AUBENQUE : Tu ne manqueras à personne. Editions J'ai Lu. N°11251. Inédit. Parution le 2 juin 2016. 380 pages. 8,00€.

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23 juin 2016 4 23 /06 /juin /2016 10:40

L’Académie du Bassin d’Arcachon délivrera

son huitième prix à
François DARNAUDET
pour son ouvrage

« L’homme qui valait des milliards »,
publié par les éditions Wartberg.
Cérémonie de remise du Prix : Mercredi 29 juin à 15h
au siège de l'Académie : 20 avenue Sainte Marie,

Arcachon

 

François DARNAUDET : L'homme qui valait des milliards.

Les élèves du collège Bastiani ne sont pas des anges, mais pour Jean-Claude Bauduer, professeur de mathématiques, ils ne sont pas pire que d'autres.

Divorcé, trois enfants qui ont pris leur envol, la cinquantaine déprimante arrosée avec une bouteille de Cragganmore, pour son anniversaire il pouvait bien s'offrir ce luxe, Jean-Claude se réveille pâteux, nonchalamment vautré dans son canapé, n'ayant pas entendu le réveil le rappeler à l'ordre.

Il fait acte de présence toutefois l'après-midi au collège en salle d'informatique et répond obligeamment aux questions posées par sa petite troupe d'élèves avides de savoir, surtout sur sa personne. C'est ainsi qu'ils apprennent avec surprise qu'il a suivi une école d'ingénieur en Travaux Publics, mais pour des raisons indépendantes de sa volonté n'a jamais exercé et qu'il est docteur en mécanique. Si cette dernière qualité ne disent rien aux loupiots éberlués, l'un d'entre eux en farfouillant dans son ordinateur découvre qu'un milliardaire féru de sciences offre un million de dollars à la personne qui résoudra l'un des sept problèmes de mathématique du siècle.

En parcourant les textes des énoncés proposés, Jean-Claude est tout étonné que l'un d'eux corresponde à son vieux sujet de thèse de mécanique. Mais un autre problème l'intéresse plus particulièrement, la structure des nombres premiers. Et c'est le genre de problème qui le branche.

Mais il n'y a pas que les maths dans la vie, il y a aussi les collègues. Et justement l'arrivée d'une nouvelle collègue, Anne-Dominique, qui vient d'obtenir son agrégation externe de mathématiques, va bousculer son existence.

Au départ, en vieux grognon pas envieux, Jean-Claude professe une certaine retenue envers la jeune et belle Anne-Dominique mais bientôt leurs relations premières vont se tourner vers les nombres premiers, version Euclide, la case Eros n'étant pas programmée pour tout de suite. Et ce problème à résoudre, c'est son copain Eric qui souffle, non pas la solution, mais une invitation à rapprochement. Et ce rapprochement s'effectue au départ par un échange de mails, au cours desquels Anne-Dominique l'informe qu'elle vient de rompre avec son ami du moment, pour la petite histoire cadre sup chez Coca donc décapant mais pas forcément attirant, et qu'elle s'intéresse elle aussi à ce problème, et qu'éventuellement... S'ensuivent des échangent dans lesquels Riemann, la conjoncture Goldbach et autres chinoiseries sont évoquées.

Ce sont les vacances et Jean-Claude est à Biscarosse, planchant sur ces nombres premiers tandis Anne-Dominique déménage d'Angoulême où elle habitait à Saint-Jean d'Illach afin de se rapprocher de Bordeaux et de son lieu de travail. Apparemment, cela n'a rien à voir avec l'histoire et pourtant, cette séparation momentanée possède son importance vitale.

Car ils sont surveillés, comme bien d'autres internautes s'intéressant aux problèmes posés par le Clay Institute, et leurs échanges de courriers électroniques ne passent pas inaperçus. Ce qui semblait anodin pour J.C. et A.D. ne l'est point pour le hacker qui déchiffre leurs messages et transmet aussitôt à une entité spécialisée dans la protection, bancaire entre autres. En effet si ces deux chercheurs trouvaient la solution, on peut rêver, ils seraient capables de casser le secret des codes bancaires, et gagner non pas un million comme prévu mais des milliards.

A Paris, un journaliste pigiste qui aimerait bien obtenir une place stable, travaillant pour des magazines scientifiques, découvre justement la dépêche concernant le suicide à Bordeaux d'un homme de l'Est, un matheux. Or, depuis quelques mois, des mathématiciens ayant mis leurs neurones au service de la résolution de problèmes du siècle sont décédés dans des conditions troubles.

Aussitôt des tueurs, nommés Smith 1 et Smith 2 sont lancés sur la trace de ce journaliste fouineur ce qui ne pose aucun problème de logistique puisqu'ils sont basés à Bordeaux, venant de réussir une mission plutôt délicate.

Commence une chasse à l'homme, et à la femme, lesquels s'apercevront vite qu'ils ne sont pas les premiers à être poursuivis et que leurs pourchassants sont en nombre. De Taussac à Pauillac, d'Auch au col de Bayuls, en passant par quelques petites villes et Bordeaux naturellement, c'est le véritable parcours d'un combattant pas con et pas battu qui ne doit compter que sur lui-même, voire sur un ami puisque deux est un nombre premier, oubliant qu'on peut le retrouver à la trace à cause de ses retraits d'argents avec sa carte bancaire.

 

Alliant avec brio le principe des chiffres et des lettres, François Darnaudet nous propose une histoire habilement construite dans laquelle la partie pédagogique mathématique, ou arithmétique, n'occupe que quelques lignes, voire pages afin de ne pas décevoir les lecteurs scientifiques, mais qui ne perturberont pas le lecteur moyen âgé d'une soixantaine d'années, sachant que cette matière était enseignée au collège dans les années soixante et qu'aujourd'hui elle est réservée à une élite. Comme bien d'autres domaines lâchement abandonnés par des ministres de l'Inéducation Nationale (comme aime le préciser François Darnaudet) lesquels pour la plupart n'ont jamais enseigné et ne savent pas ce qu'est un élève, sinon grâce à des tableaux statistiques.

Ce roman possède des résonnances qui ne manqueront pas d'échapper aux lecteurs qui suivent le parcours de François Darnaudet depuis des années puisqu'il emprunte pour beaucoup dans la biographie de l'auteur. Et pour ceux qui ne le connaissent pas encore, je leur conseille de lire le portrait que j'ai réalisé il y a quelques années déjà, portrait qui depuis a subi de nombreuses fractures.

Le parcours professionnel de Jean-Claude permet à l'auteur de montrer son côté anar grognon, révolté lucide, et de placer quelques vérités premières concernant les administratifs :

Finalement, la dernière petite nana ministre de l'Inéducation Nationale, avec son joli minois à sucer du bout des lèvres peinturlurées au rose chanel, elle a fait autant de mal avec sa réforme du collège que le gros Allègre ou l'immarcescible Haby.

Mais il démontre également son côté humaniste, un peu aigri, conscient que tout ne se résoudra pas du jour au lendemain, et que tenir à jour un petit carnet, nommer le Foaitrekhon, peut éventuellement évacuer sa bile. Toutefois, il faut savoir tourner la page :

Tu cultives ton aigreur en écrivant ce journal. Jette-le ! Le monde est truffé de cons, mais ça ne sert à rien de les recenser.

Il y en aurait probablement plus que des nombres premiers.

Et l'amour là-dedans, me demanderez-vous. Je me contenterai d'une dernière citation :

Nous nous aimions comme des gourmets qui dégustent une bouteille de bordeaux, sachant qu'elle finirait par être vide...

François DARNAUDET : L'homme qui valait des milliards. Sous-titré : Le hacker de Bordeaux. Collection Zones Noires. Editions Wartberg. Parution le 1er avril2016. 180 pages. 11,90€.

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22 juin 2016 3 22 /06 /juin /2016 11:27

Bon anniversaire à Catherine Fradier, née le 22 juin 1958.

Catherine FRADIER : Ballon.

Tandis que des centaines de milliers de supporters, à un ou deux près, envahissent la France, désirant encourager leurs équipes respectives, dépensant sans compter leurs euros, faisant le bonheur des débits de boissons et fournissant allègrement du travail à ceux qui sont au chômage ou non lors des dégâts occasionnés par leurs débordements joyeux, là-bas, en Orient, un gamin pigne auprès de sa mère son ballon.

Il a oublié son ballon sur la plage, à cause des bombardements. Alors sa mère, Razan, sachant que le père lui offrira gentiment quelques torgnoles en rentrant, Qusaï effectuant six tours dans ses baskets délabrées sans toucher les bords, Razan décide d'aller récupérer le jouet de son fils malgré son ventre en capilotade.

 

En quatre pages, Catherine Fradier aborde un sujet grave. Elle nous montre les horreurs de la guerre à travers un événement parmi tant d'autres, un court épisode de la vie quotidienne, alors que tout devrait être joie pour des gamins qui n'ont rien demandé sauf une parcelle de bonheur, toucher la lune par exemple.

Une page d'histoire écrite tout en finesse, en toucher de plume, et le lecteur assiste, comme au cinéma, à ce qui pourrait être un moment de détente au milieu de la guerre. Mais la détente n'est pas celle à laquelle Qusaï pourrait, devrait, avoir droit, car les doigts des hommes sont dessus.

Catherine FRADIER : Ballon. Nouvelle numérique. Collection Noire Sœur. Editions Ska. Parution juin 2016. 1,49€.

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22 juin 2016 3 22 /06 /juin /2016 08:07

Quand il était enfant, sa mère lui disait

"Mange ta soupe, Herman..."

Jean-Noël LEVAVASSEUR : Herman dans les dunes.

Depuis il a bien vieilli, connu des vicissitudes, la guerre, la démolition du mur de Berlin.

Installé dans son fauteuil, Herman a du mal à suivre les documentaires sur sa télévision. Pourtant les documentaires sont intéressants, tels que la vie sexuelle des mygales roses ou la masturbation des escargots en période de reproduction. Non, ce qui est dérangeant, c'est cette neige qui tombe continuellement et en permanence dans son petit écran.

Il est vrai que son téléviseur grand écran, vu de côté, n'est plus de toute première jeunesse, mais quand on a soixante-trois ans, que l'on a une jambe dans le plâtre, que l'on vit à Berlin dans ce qui était encore il y a peu Berlin-Est, que le mur est tombé depuis six mois, il faut bien occuper son esprit. Et justement son esprit vient d'être accaparé par un reportage sur les plages du Débarquement.

Les plages du Débarquement, il connait. Il les a visitées en 1944, alors qu'il n'avait que dix-sept ou dix-huit ans. Et d'un seul coup, en cette année 1990 (et non 1994 comme précisé en quatrième de couverture) une figure bien connue quoiqu'effacée s'inscrit sur son écran. Jeanne, sa Jeanne, la jeune fille qu'il a connue et aimée... Il la reconnait, elle n'a pas changé.

Herman a été marié, il a eu un fils, mais les aléas de la vie font qu'il est seul maintenant. Sa femme et son fils ont préféré le laisser vaquer à son sort. Alors, puisque rien ne le retient à Berlin, sauf ses béquilles car il s'est cassé une jambe, il décide de retourner sur les lieux de sa jeunesse militaire, là où il a connu et aimé Jeanne, la retrouver peut-être, lorsqu'il sera remis sur patte. Les souvenirs qu'il garde d'Isigny-sur-Mer, des marais, des plages, des fossés et des haies, sont encore tenaces. Il a été soldat, il le fallait, on ne leur demandait pas leur avis, mais il n'a jamais considéré les Français, les Normands, comme des ennemis. Il devait plus se préserver qu'abattre des hommes comme lui lancés dans une guerre qui n'était voulue ni par les uns ou par les autres, en grande majorité. Et puis c'étaient les Américains qui les traquaient.

Herman réunit son pécule, puis il prend le train, Paris, Caen, où il effectue une station, avant de rejoindre Isigny et tenter de retrouver Jeanne, qui a dû bien changer elle aussi, s'est sûrement mariée, à moins que l'après-guerre lui ait réservé de mauvaises surprises. Une quête, la quête d'un amour improbable.

 

A Isigny, Alain est une vedette locale ayant connu au plan national son heure de gloire. Il avait enregistré un disque qui a connu le succès, avec sa chanson fétiche Marie-France, a donné des concerts, est passé à la télé, mais depuis il est passé à la trappe. Un peu par sa faute. Beaucoup à cause de l'alcool et de la drogue.

Pourtant Marie-France, sa compagne l'aime et ne le laisse pas tomber. Elle travaille à Isigny, d'ailleurs elle est quasiment la seule à faire vivre le ménage. Parfois il trouve un petit boulot de remplacement, un gala pour des fêtes de village, rien de bien enthousiasmant. Et son addiction à la drogue lui coûte cher. Dragan, un mafieux qui lui a prêté de l'argent sait se rappeler à son bon souvenir. Et comme Dragan en a marre de le relancer téléphoniquement, il envoie sur place deux de ses sbires qui devraient le raisonner, par les grands moyens s'il le faut.

Le Petit Tonio et Le Shérif ne sont pas des tendres, ne sont pas très futés non plus, surtout le Shérif, mais ils prennent leur travail à cœur, ne ménageant pas leur peine. Et naturellement leur chemin va croiser celui d'Herman, revenu à Isigny à la recherche de sa belle, ainsi que celui d'Alain pour le plus grand déplaisir de celui-ci.

 

Avec une certaine pudeur dans la narration, Jean-Noël Levavasseur narre deux histoires en une. Celle d'Herman vieillissant, entretenant son corps et découvrant qu'il y a une autre vie derrière le mur, désirant retrouver les origines d'un amour contrarié par la guerre. Pudeur sur la guerre, le débarquement, les agissements des soldats Allemands qui n'en pouvaient mais, mais aussi sur ces amours singulières fort décriées, vilipendées, honnies entre hommes et femmes de nationalité différente et adversaire. Pudeur aussi sur ce qui advint par la suite.

L'histoire d'Alain est plus proche de nous, et nul doute que le lecteur n'hésitera pas à mettre quelques noms sur ces vedettes d'un jour, célèbres le temps d'un disque ou deux, retombant rapidement dans l'anonymat mais gardant à l'esprit l'espoir de revenir un jour sur le devant de la scène.

Les personnages de Dragan, Petit Tonio ont déjà effectué des apparitions remarquées dans des nouvelles tandis que l'on retrouve le journaliste Léo Tanguy au détour des pages et d'un comptoir de café.

Jean-Noël LEVAVASSEUR : Herman dans les dunes. Collection Goater Noir N°14. Editions Goater. Parution le 20 avril 2016. 224 pages. 18,00€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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