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5 novembre 2016 6 05 /11 /novembre /2016 14:03

L’Hydrangea, plus communément appelé hortensia, est l’un des éléments floraux les plus représentatifs de la Bretagne avec le chou-fleur et l’artichaut.

Hugo BUAN : Hortensias blues. Une enquête du commissaire Workan N°1.

Sauf que, jusqu’à preuve du contraire, cette fleur ne se déguste pas. Mais oser planter une fleur d’hortensia dans la partie charnue d’un individu, ce qui vous l’avouerez n’est pas le récipient idéal pour une décoration florale, dépasse l’entendement du quidam, et plus encore au commissaire Lucien Workan, enquêteur de la police rennaise. Et si encore le défunt était horticulteur ! Mais non, ce n’est qu’un chirurgien-dentiste dont le fondement est orné d’une fleur de cette plante originaire du Mexique, une fleur bleue doit-on préciser.

Marotan, tel est le patronyme du défunt fleuri, exerçait son art dans un immeuble dédié aux professions médicales sis quai de la Vilaine. La maison médicale l’Albatros gérée en SCI, abrite en ses murs un proctologue, un ORL, un psy, un allergologue, un rhumatologue, un généraliste, une kiné, une gynéco, une ophtalmo et une pédiatre. C’est la veuve de Marotan qui a découvert le corps de son mari, s’inquiétant de ne pas le voir rentrer à la maison après sa dure journée de labeur, et de labour dentaire. Il a été assassiné avec un club de golf, sport que pratiquait régulièrement l’arracheur de dents qui par ailleurs ne se contentait pas de lancer les balles dans les trous mais accumulait les conquêtes féminines.

Workan et son équipe sont sur les dents, d’autant qu’un autre cadavre , l’ORL, est bientôt découvert, lui aussi affublé d’un tel ornement floral. Workan soupçonne l’un des toubibs de la maison médicale de s’amuser aux dépens de ses collègues en fleurissant prématurément leurs cadavres, et plus particulièrement le psychiatre qu’il tarabuste avec une joie sadique. Mais il ne montre guère d’affabilité avec ses subordonnés, dont son adjoint Lerouyer, la Berbère Leïla avec qui il couche occasionnellement ce qui adoucit toutefois leurs relations, et quelques autres qui se demandent dans quelle galère ils se sont fourrés.

Sans oublier la Procureur, Sylviane Guérin, qu’il ne ménage pas non plus, par pur plaisir sadique. A moins qu’il s’agisse tout simplement de s’affirmer, lui qui doit sa relative tranquillité professionnelle au passé de résistant d’un aïeul d’origine polonaise. Et pourtant il les aime bien ses hommes (adjointes y compris) et se montre parfois paternaliste, bon enfant avec eux. Selon son humeur.

 

Hugo Buan visiblement s’amuse dans cette histoire mettant en scène un personnage quelque peu déjanté, le commissaire Workan un passionné des œuvres de Francis Bacon, et des adjoints qui parfois frisent le ridicule. Une fine équipe qui ne peut empêcher les cadavres de s’amonceler, au grand dam de Prigent, le grand patron. Le caractère souvent acariâtre de Workan l’amène à se montrer vindicatif, quelque soit son interlocuteur.

Hugo Buan est également un admirateur de Michel Audiard, ça se sent, ça se lit, ça se déguste.

 Pour preuve :

A ce niveau de crétinisme Workan regretta qu’il n’y eut pas de prix Nobel de la connerie, il y aurait au moins un Français vainqueur chaque année.

Un livre de divertissement plaisant à lire.

Hugo BUAN : Hortensias blues. Une enquête du commissaire Workan N°1. (Première édition Collection Univers Grands Romans - 2010. Pascal Galodé éditeurs). Editions du Palémon. Parution le 15 janvier 2016. 352 pages. 10,00€. Existe en version numérique 5,99€.

 

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4 novembre 2016 5 04 /11 /novembre /2016 13:55

Lorsque la littérature Noire et la littérature Blanche s'unissent, cela donne cinquante nuances de Gris... ponctuées de rose tendre.

Marcus MALTE : Le Garçon.

Le Garçon. Un roman plein de bruit et de fureur, de charme et d'amour, de violence et de morts, de calme et de poésie, un roman qui relate à travers l'existence d'un garçon puis d'un homme trente ans d'histoire et d'histoires de 1908 à 1938.

Chargé de vieilles hardes déposées dans une hotte fabriquée en peaux de chèvres le Garçon s'en va là-bas, vers la mer. C'est un adolescent de quatorze ans, mutique, qui ne sait ni lire, ni écrire. Les hardes bougent. C'est sa vieille mère d'une petite trentaine d'années qu'il porte ainsi, encouragé par la voix qui répète comme une antienne, la mer, la mer. Vieille avant l'heure, la mère, usée, affaiblie, malade, poitrinaire, la mère ne verra pas la mer. Parce que, lorsque le Garçon arrive devant l'étendue d'eau, il ne s'agit pas de la mer qui s'étale devant lui, mais l'étang de Berre. Et puis parce que la mère est morte.

Il ne lui reste plus qu'à retourner d'où ils sont partis, quatre heures de marche, chargé de son fardeau qui ne marmonne plus. Plus rien ne le rattache à la masure dans laquelle ils vivaient tous d'eux d'expédients. Il construit un bûcher et place le corps de la mère dessus, et lorsqu'il ne reste plus que des cendre il part à l'aventure.

Il monte vers le nord, grimpant dans les arbres, vivant de braconnages et de rapines. Des fruits, des poissons, parfois un animal. De sa vie il n'a côtoyé personne, juste aperçu de temps à autre des voyageurs. Il marche, durant des semaines, effectuant un périple circulaire, s'approchant parfois des fermes, des bourgades, épiant les habitants, singeant leurs gestes. Il apprend, sans comprendre. Il se repose dans une grotte dans laquelle il a découvert des trésors, des os, des tessons de vase, une pointe de javelot en silex, des pendeloques, un dé à jouer qu'il enfoui dans sa boîte d'allumettes, où gît déjà un os de grenouille. Il continue sa route jusqu'à une nouvelle caverne et lorsqu'il se réveille un fusil est pointé sur lui.

Il est emmené dans un hameau d'une petite quinzaine de personnes, des enfants, des vieillards, des adultes, qui le considèrent comme une anomalie vivante. Pourtant il vivra durant des semaines dans ce petit bourg retiré, participant même comme figurant à la traditionnelle crèche de Noël. Mais comme tous les intrus dont on ne connaît pas l'origine, il est chassé lorsqu'un incident géologique se produit.

Il sera recueilli par un forain, un ancien lutteur de foire qui a parcouru les Etats-Unis dans un cirque. Le Garçon devient l'aide, l'assistant de Brabek, l'ogre des Carpates, qui se produit sur les places des villages et petites villes, couchant dans la roulotte tiré par un cheval hongre.

Mais le bonheur est relatif et de courte durée. Bientôt le Garçon devra tailler la route avec pour compagnon le cheval et comme toit la roulotte. Jusqu'au jour où le destin se manifeste sous la forme d'une voiture conduite trop rapidement par une jeune fille sur une route où il n'y a passage que pour un seul véhicule. Le choc est inévitable et le Garçon se réveille avec Emma, la responsable du choc, comme ange-gardien. Et pour le Garçon c'est vraiment un choc.

Il est adopté par Emma, de quelques années plus vieille que lui, il a maintenant seize ans, et par son père. Elle va l'appeler Félix, en hommage à Mendelssohn, car elle apprécie particulièrement ce compositeur dont elle joue admirablement les œuvres au piano. Son père et elle se chargent de l'éducation du Garçon mais il ne sait toujours pas lire et écrire. Il ne le saura jamais. Et s'il ne parle pas, cela ne gêne pas Emma qui se chargera de son éducation sentimentale. Emma, fille de Gustave, tout un symbole... C'est le temps des découvertes, des relations charnelles, de l'empire des sens, mais au loin se profilent de lourds nuages, annonciateurs de grêles d'obus, de mitrailles, de tranchées. Le Garçon part à la guerre.

 

Si au début de ce récit, je n'ai pu échapper à une vague réminiscence d'Hector Malot et de Sans famille, avec les tribulations du Garçon, balloté de gauche à droite et inversement, et ses pérégrinations du sud au nord-est de la France, en compagnie d'un forain qui ne possède ni un chien ni singe, mais un cheval, d'autres souvenirs remontent insidieusement à la surface, accompagnant la lecture.

Et pourtant il s'agit bien d'un roman qui allie tous les genres ou presque de la littérature dite populaire et sociale. Marcus Malte souffle le chaud et le froid sur trente ans de l'existence du Garçon, trente années au cours desquelles toutes les couleurs de la vie sont déclinées, le noir alternant avec le rose. Mais un noir dominant.

C'est un roman de l'apprentissage, apprentissage de la solitude, de la relation en société de personnes issues de différents milieux, de la tolérance, de l'amour sentimental et charnel, de la guerre, de la violence, des petites joies simples et des grandes colères.

Marcus Malte sait décrire et faire partager ses sentiments d'amour et de révolte. Il est aussi à l'aise dans les scènes d'amour desquelles se dégage un érotisme plus souvent suggestif que descriptif, que dans les scènes de la vie courante ou des épisodes de la Grande guerre, que dans la poésie.

 

Pour mieux placer ce roman dans l'époque traversée par le Garçon, Marcus Malte établit les rétrospectives d'une année sans la dater mais que le lecteur pourra reconnaître. Et il balaie en quelques pages les événements nationaux ou internationaux. Ainsi, Georges Clémenceau, encensé par Luc Ferry, n'hésita pas à envoyer gendarmes et dragons tirer sur les ouvriers des sablières de Vigneux, Draveil et Villeneuve-Saint-Georges. Une réponse à ceux qui étaient en grève depuis cent jours et fit plus de six morts et une centaine de blessés. Les principaux dirigeants du syndicat de la Confédération Générale du Travail, la C.G.T., étant arrêtés et emprisonnés. Beau fait d'arme courageux de la part d'un ministre, socialiste radical, de l'Intérieur et président du Conseil (l'appellation du Premier Ministre d'alors)

De petits épisodes, comme des vignettes, sont placés ici et là, telle la rencontre inopinée avec un soldat. Le Garçon se trouve nez à nez dans la Somme face à un peintre allemand pourvu d'une petit moustache carrée sous le nez.

Marcus Malte recense également la longue liste des morts, tombés comme on dit au champ d'honneur le 28 septembre 1915, liste qui devrait être soumise, apprise à tous ces intolérants sectaires, racistes, ségrégationnistes, xénophobes qui crachent sur les réfugiés et les migrants, oubliant que parmi les nombreux soldats ayant donné leur vie pour la France, nombreux étaient ceux qui provenaient des colonies d'Outre-mer ou simplement des étrangers.

 

Ai-je oublié quelque chose dans ma chronique ? Voyons cherchons bien... Ah oui, ce roman a reçu le prix Fémina 2016. Pour une fois, une récompense méritée, et la reconnaissance enfin d'un talent indéniable !

Mais tous ceux qui suivent régulièrement la parution des romans de Marcus Malte pressentaient déjà le talent de celui-ci en lisant ses premiers ouvrages, dont notamment Carnage constellation paru au Fleuve Noir en février 1998.

Que nul ne sache jamais d'où provient l'émotion qui nous étreint devant la beauté d'un chant, d'un récit, d'un vers.

Et pour quelques Malte de plus...
 

Marcus MALTE : Le Garçon. Editions Zulma. Parution le 18 août 2016. 544 pages. 23,50€. Existe en version numérique : 12,99€.

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4 novembre 2016 5 04 /11 /novembre /2016 12:08

C'est la musique de camionneur !
Embrasse-moi de minuit à cinq heures
Sur la musique de camionneur
Pose la main là, sur mon genou
Embrasse-moi là, là dans le cou
Sur la musique de camionneur...

Marcus MALTE : Carnage, constellation.

Césaria a tout d’une femme, mais c’est un travesti.

Césaria, son ancien prénom n’a pas d’importance, s’est retrouvé(e) seul(e) à quatorze ans. Ne voulant pas connaître l’Assistance, la DDASS, les foyers, il est parti de chez lui.

Casper le clodo l’a pris sous sa protection et ils ont vécu ensemble pendant quelques années de petits rackets. Jusqu’au jour où Césaria a découvert que le rôle de femme ne lui était pas insensible.

Casper mort, Césaria a de nouveau bourlingué, jusqu’à sa rencontre avec Clovis qui traîne derrière lui dix ans de taule. Clovis sort de prison et joue les durs, les fiers à bras. Clovis veut savoir pourquoi le braquage auquel il participait c’est terminé en eau de boudin, pourquoi il s’est retrouvé en prison, qui a pu les dénoncer, lui et ses complices.

Charles, dit le Vieux, l’avait engagé comme chauffeur et avec Larosa et Savatini ils ont réalisé un nombre impressionnant de petits coups qui leur ont assuré des rentrées d’argent conséquentes. Jusqu’au jour où Charles a engagé un nouveau chauffeur, William.

 

Avec Carnage, Constellation, Marcus Malte a écrit un roman plein de finesse, de sensibilité, d’humanisme, abordant un sujet que tant d’autres auraient traité avec cynisme ou obscénité.

Quelques pages d’anthologie parsèment ce livre qui font presque oublier qu’il y a aussi une histoire, celle de Clovis d’avant la prison, et ce qui se passe après sa libération.

Le héros, c’est Césaria. Son parcours plein d’embûches pour muer d’homme en femme, les affres, les douleurs physiques et mentales qu’elle ressent, ses petites joies, ses petits bonheurs, ses peines, en font un livre qui ne s’oublie pas.

Un livre de la misère humaine, marginale mais profonde.

Réédition Folio Policiers N°506. Parution juin 2008. 7,10€. Version numérique à 6,99€ !

Réédition Folio Policiers N°506. Parution juin 2008. 7,10€. Version numérique à 6,99€ !

Marcus MALTE : Carnage, constellation. Collection les Noirs N°39. Editions Fleuve Noir. Parution février 1998. 270 pages.

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3 novembre 2016 4 03 /11 /novembre /2016 13:31

Une histoire mi-ange mi-démon...

Michel PAGEL : Les Antipodes. La Comédie inhumaine N°5.

La comédie inhumaine de Michel Pagel est un vaste cycle de 8 volumes proposé par les Moutons électriques en version papier, reliés, toilés, sous jaquette, mais dont l'ensemble est indissociable au prix de 220€ et dont le tirage est limité à 299 exemplaires. Mais comme tout le monde ne peut acquérir cette version de luxe, les Moutons électriques proposent également ces textes en version numérique en attendant une version papier (?) moins onéreuse pour le lecteur qui ne possède pas l'âme d'un collectionneur mais celle d'un affamé de lecture.

Les deux romans qui composent ce volume 5 ont été publiés pour la première fois aux éditions Fleuve Noir dans la collection Anticipation et s'intègrent dans une vaste saga qui se lit indépendamment mais possède des points de convergence comme souligné en fin d'article.

 

L'antre du serpent :

L'histoire est un éternel recommencement, dit-on. Et c'est d'après cet aphorisme que Michel Pagel a imaginé cette histoire d'inspiration biblique. Jennifer qui a survécu à un naufrage près de l'Ile d'Yeu, naufrage raconté dans la nouvelle L'Ile des Révélations dans le recueil Désirs Cruels paru dans la même collection (Anticipation N°1725), Jennifer a décidé de renoncer à sa vie de nomade et de retourner à la vie civile.

Elle a vingt et un ans et vit avec Arthur de trois ans son cadet. Si elle ne croit plus en sa vocation de religieuse, elle possède néanmoins la foi.

Un matin alors qu'elle se recueille dans une église, assistant à une messe basse, un jeune homme l'interpelle. Il s'agit de l'ange Gabriel qui lui confie qu'elle a été choisie pour enfanter le Fils de Dieu. Le monde a besoin d'un nouveau Sauveur.

Enfermé depuis près de deux mille ans aux Enfers, Satan a réussi à s'échapper de sa prison et pis, à prodiguer lui aussi sa semence. Une libération et un acte qui risquent de remettre en cause l'équilibre du monde, des forces du Bien et du Mal.

Investie de cette mission, Jennifer, ex Sœur Marie-Ange, malgré les contraceptifs, tombe enceinte. Pendant ce temps à l’hôpital, Anne Doleau vient de subir une IVG, c'est à dire en langage décrypté, une interruption volontaire de grossesse. A l'étonnement du médecin et à la grande fureur de la jeune femme, l'intervention s'est révélée inefficace. Anne est toujours enceinte des œuvres de Lucifer qui a pris les traits d'un industriel, Julien Nomade.

De retour chez elle Anne tente de se suicider mais elle est sauvée par Jo Vannier un ancien catcheur garde du corps de l'industriel. Nomade décide alors de la conduire en Vendée et de la faire surveiller afin qu'elle ne renouvelle pas son acte suicidaire. C'est qu'il y tient à son petit Diable. Mais un nouveau problème se présente à lui lorsqu'il apprend que Dieu lui a joué un mauvais tour en le contrant de la même manière.

Une parturiente primipare attend un sauveur qui sera prénommé Emmanuel.

Dans un style sobre et onirique, Michel Pagel a écrit un roman savoureux, mais en aucun cas choquant, irrespectueux ou risquant de blesser les lecteurs chrétiens. Il a simplement extrapolé sur un fait qui pourrait après tout, rien n'empêche de le croire, arriver un jour. A moins que cela ne soit déjà arrivé.

Michel PAGEL : L'antre du serpent. Les Antipodes, N°1. Collection Anticipation N°1794. Editions Fleuve Noir. Parution décembre 1990. 192 pages.

Michel PAGEL : L'antre du serpent. Les Antipodes, N°1. Collection Anticipation N°1794. Editions Fleuve Noir. Parution décembre 1990. 192 pages.

 

Le refuge de l'Agneau.

Anne Doleau qui n'acceptait pas l'idée de donner naissance au fils de Lucifer, à un petit Diable dont rien ne pouvait laisser supposer qu'il fut bon un jour, Anne Doleau s'est défenestrée dans la propriété de Vendée où pourtant elle était surveillée. Mais on a beau s'appeler Lucifer, on ne peut pas tout prévoir semble-t-il.

Heureusement pour lui, et pour l'histoire, Lucifer avait sous la main une femme de rechange, Diane, la propriétaire de cette grande maison bourgeoise à l'abandon.

Marilith, la succube un peu à l'origine de la disparition prématurée d'Anne Doleau, est prévenue. A la première faute de sa part, elle retourne en Enfer. Dassin, un tueur professionnel recruté par Julien Nomade, alias Lucifer, est chargé de supprimer Jennifer, qui je vous le rappelle attend un petit Emmanuel, réincarnation de Jésus Christ Bis. Mais Dassin qui connaît la jeune femme et l'estime, refuse le contrat et au contraire aide Jennifer et son ami Arthur à échapper aux griffes du Diable. Il va même jusqu’à obtenir l'aide d'un exorciste occultiste.

Au début celui-ci est réticent mais bien vite se prend au jeu. Lucifer voudrait bien contrer Dassin voyant que celui-ci va à l'encontre de ses projets, mais le tueur est athée, agnostique, ce qui fait que rien n'a prise sur lui. Ni les séances d'hypnose, ni les manipulations diaboliques de toute sorte.

Le final, de toute beauté, est apocalyptique ou presque. Sachez simplement qu'il a pour cadre le couvent où Jennifer devait rester cloîtrée jusqu'à la fin de ses jours et que le destin, malin et peut-être prévoyant, lui avait permis de quitter.

 

La plupart des personnages de ce roman en deux volumes ne sont pas des inconnus pour les lecteurs fidèles de la collection Fleuve Noir Anticipation et de Michel Pagel. En effet on a pu faire leur connaissance dans la nouvelle L'Ile des Révélations dans le recueil Désirs Cruels (Anticipation n°1725) et dans le roman Le Diable à quatre (Anticipation N°1657). Après la Science-fiction, l'anticipation, le fantastique et l'héroïcfantasy, voici un nouveau genre : La Fantasy Biblique. D'ailleurs tous ceux qui connaissent bien la Bible seront d'accord avec moi : certains passages de l'Ancien et du Nouveau Testament relèvent du fantastique le plus débridé.

Michel PAGEL : Le refuge de l'Agneau, Les Antipodes N°2. Collection Anticipation N°1801. Editions Fleuve Noir. Parution février 1991. 194 pages.

Michel PAGEL : Le refuge de l'Agneau, Les Antipodes N°2. Collection Anticipation N°1801. Editions Fleuve Noir. Parution février 1991. 194 pages.

Pour tous renseignements sur cette édition, un éditeur, un lien :

Quelques ouvrages de Michel Pagel chroniqués sur ce blog :

Michel PAGEL : Les Antipodes. La Comédie inhumaine N°5. Collection Bibliothèque Voltaïque. Les Moutons électriques éditeur. Parution Octobre 2016. Version numérique. 7,99€.

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2 novembre 2016 3 02 /11 /novembre /2016 10:25

L'humour n'est pas l'épée mais le bouclier...

J.J. MURPHY : Le cercle des plumes assassines

C'est ce que déclare Dorothy Parker au capitaine Church qui lui reproche ses singeries et ses clowneries journalistiques, ou tout simplement dans ses réparties incisives avec ses interlocuteurs.

Mais pourquoi Dorothy Parker s'exprime-t-elle ainsi face à un policier ? Pour trois fois rien, juste un cadavre sous une table.

En effet, alors que la célèbre journaliste et poétesse s'apprête à s'installer à la table où elle déjeune tous les midis en compagnie de confrères et amis (?), elle découvre des pieds qui dépassent de sous la nappe. Les pieds appartiennent à un inconnu qui ne s'est pas enivré, qui ne dort pas non plus, mais qui est mort.

Pour une fois qu'elle pensait être en avance Dorothy Parker est dans de beaux draps, ou plutôt de belles nappes. Mais où sont les autres convives habituels ? se demande-t-elle à juste raison. Dans le hall de l'hôtel Algonquin, où elle réside, c'est l'effervescence. Alors qu'elle aperçoit Robert Benchley, qui travaille également en tant que journaliste comme elle au Vanity Fair, le seul des compagnons qu'elle apprécie vraiment, un jeune homme l'aborde. Il se prétend écrivain, venant du Mississippi, et lui demande humblement de bien vouloir jeter un œil, et même les deux, sur une poignée de feuilles qu'il lui tend. Il se nomme William Faulkner et est tout tremblant, d'abord de pouvoir enfin rencontrer la célèbre journaliste, ensuite parce qu'il a une envie pressante.

Dorothy Parker narre son aventure à Benchley, sa découverte de l'inconnu assassiné à l'aide d'une stylo-plume planté en plein cœur. Les autres participants au gueuleton quotidien, Dorothy en général se contente d'un œuf dur, arrivent peu à peu, et elle les présente à son nouveau protégé. Sherwood, qui travaille lui-aussi à Vanity Fair, Woollcot, critique d'art au New York Times, Benchley en profite pour signaler qu'il préfère qu'on l'appelle Woolcoït, petite digression de ma part mais qui démontre l'esprit facétieux qui anime Miss Parker et Mister Benchley, puis les autres, que l'on retrouvera d'ailleurs tout au long du roman. Enfin surgit l'inspecteur O'Rannigan, rapidement surnommé Ouragan, et autres petits surnoms tout autant agréables, qui veut connaître l'identité de tous ceux qui siègent dans le hall. Faulkner est présenté comme William Teckel, alias qui ne le quittera pas ou presque.

Seulement William Faulker, déambulant dans le hall en attendant la chroniqueuse, a attiré l'attention d'un serveur, et l'inspecteur O'Rannigan soupçonne immédiatement le futur Prix Nobel de Littérature d'être un possible coupable. Benchley reconnait en le défunt Leland Mayflower, journaliste et chroniqueur de théâtre au Knickerbocker News. Un journal à scandales fort peu prisé des journalistes mais apprécié du peuple qui trouve dans ses colonnes pâture à alimenter les rumeurs. Battersby, le directeur et propriétaire du Knickerbocker, prend la relève de son collaborateur, et est toujours fourré entre les jambes (c'est une image) des membres de la petite troupe.

Commence alors une sorte de chassé-croisé entre Dorothy Parker, qui a pris sous son aile le jeune Faulkner alias Teckel pour tous, et Benchley, d'une part, et O'Rannigan et le capitaine Church d'autre part, et, voyageant comme une bille de flipper entre les uns et les autres, Battersby toujours à l'affût d'une information croustillante.

 

Cavales en taxi, jeu de cache-cache, descente non contrôlée d'alcool dans un speakeasy, et tentatives d'assassinat ponctuent ce roman course-poursuite contre le temps. D'ailleurs on le sait, pour les journalistes c'est toujours la corde raide avec le bouclage des journaux.

Le lecteur suit toutes ces péripéties avec l'impression d'être dans un film au rythme échevelé, noir et blanc bien entendu, mais pas muet, car les bons mots fusent même dans les cas les plus graves, voire dramatiques.

La reconstitution d'une époque, celle de la prohibition ce qui n'empêche pas les protagonistes de déguster des liquides illicites, soit dans les bars pas forcément clandestins soit grâce aux flasques qu'ils trimballent en permanence dans leurs poches. Et l'on rencontre au détour d'un ascenseur des personnages connus, Jack Dempsey par exemple. Quant au final, il restera... imprimé sur les rétines des lecteurs !

 

Les bons mots, qui souvent ne sont que des répliques acrimonieuses enveloppées d'humour, se télescopent, grâce à la verve de Dorothy Parker et de son complice Benchley, et que souvent l'inspecteur O'Rannigan ne comprend pas. Mais il est vrai qu'il est quelque peu limité culturellement. Et derrière tout ça, règne encore le spectre de la guerre de 14-18, que quelques personnages ont connu pour y avoir participer sur le front européen.

Les rendez-vous quotidiens à la Table Ronde de l'hôtel Algonquin, le Cercle des Vicieux comme aime à surnommer ces réunions Dorothy Parker dans l'ouvrage, se sont réellement déroulés, mais pas dans les conditions décrites par l'auteur, comme d'ailleurs cela est précisé en postface. La plupart des protagonistes ont eux aussi réellement existés et l'amitié et les antagonismes prévalaient comme dans toute bonne assemblée qui se fait concurrence. Cet ensemble d'actions parfois surréalistes, farfelues, dangereuses, possède un petit air suranné que l'on ne trouve plus guère dans les romans de littérature policière de nos jours, et c'est dommage, et souvent j'ai eu l'impression d'être plongé dans un roman de P.G. Wodehouse, avec un petit côté Incorruptibles.

- Et ne cessez pas de lire. Moi, en tant qu'écrivain, j'adore ça.
- Moi aussi. Qu'aimez-vous lire en particulier ?
- Une signature au bas d'un chèque. Dommage que ça n'arrive pas plus souvent.

Première édition : Editions Baker Street. Parution le 02 avril 2015.

Première édition : Editions Baker Street. Parution le 02 avril 2015.

J.J. MURPHY : Le cercle des plumes assassines (Murder your darlings - 2011. Traduction de Hélène Collon). Réédition Folio Policier N°813. Parution 20 octobre 2016. 432 pages. 8,20€.

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1 novembre 2016 2 01 /11 /novembre /2016 09:54

Aujourd'hui, fête de tous les saints, une pensée particulière pour les bibliothécaires avec Saint Laurent.

L. R. WRIGHT : Le suspect

A Sechelt, comme dans tous les autres villages qui parsèment la Côte du Soleil dans l’île de Vancouver, la police montée canadienne n’a qu’une activité assez restreinte.

Un meurtre sur la personne d’un vieux monsieur solitaire, voilà de quoi rompre la monotonie du commissariat et détourner l’esprit du brigadier Karl Alberg de ses soucis affectifs et domestiques.

Qui a pu tuer Carlyle Burke et pour quels motifs ? Le seul qui pourrait donner les réponses à ces questions et à quelques autres, est George Wilcox, son beau-frère, l’assassin.

A quatre-vingts ans, George, veuf depuis quelques mois, pacifiste convaincu, vient de perdre la tête sous les sarcasmes de Carlyle. Alors, il a tué l’homme envers qui il ressentait depuis des années une profonde aversion, pour ne pas dire une haine féroce.

George ne se dénonce pas aussitôt à la police, car ni le remords, ni la satisfaction d’avoir perpétré son acte ne le taraudent. Et puis qui s’occuperait de son jardin s’il allait en prison ?

Le brigadier, peu à peu, cristallise ses soupçons sur le vieillard qui ne démord pas de ses allégations : il a découvert le corps et appelé la police, un point c’est tout.

Le passé de la victime recoupe celui du suspect, de quoi apporter de l’eau au moulin des convictions de Karl. Mais il faut des preuves pour accuser. Entre les deux hommes jouant au chat et à la souris, s’érige en arbitre Cassandra, bibliothécaire de son état.

Elle a fait la connaissance de Karl grâce à une petite annonce. Quant à George, elle le connaît bien comme assidu de la bibliothèque qu’elle dirige. Or, ce dernier lui confie son envie de quitter Sechelt et lui avoue impunément avoir occis Carlyle. La bibliothécaire se retrouve déchirée, coincée entre les deux hommes.

Karl découvre dans la cabane de jardin de Burke un coffret contenant de vieilles lettres et finit par comprendre que, si George a assassiné son beau-frère, c’est parce que celui-ci l’avait poussé à bout. Mais s’il possède le scénario, il lui manque les motivations.

 

Si, dès le premier chapitre, le lecteur connaît le nom de l’assassin, son attention et l’intérêt de l’histoire ne s’en trouvent pas pour autant dévalorisés.

Car, outre les motifs qui ont amené George à commettre ce meurtre et à ne pas se dénoncer, le long cheminement du policier à la recherche du coupable sont décrits d’une façon subtile.

Sans utilisation de violence inutile, la Canadienne L.R. Wright, qui se place entre Ruth Rendell et Mary Higgins Clark, joue plus sur l’angoisse, l’appréhension, l’oppression qui imprègnent cette enquête. Ce qui n’exclut pas les notes d’humour parsemant ce roman qui renouvelle le système du ménage à trois.

La trinité ici n’a rien d’un marivaudage, pourtant, entre l’assassin et le policier, la femme joue un rôle d’arbitre et de régulateur de tension. Un arbitre, malheureusement pas toujours très objectif, mais entre l’amour et l’affection, il existe un grand fossé à combler.

Karl l’apprend à ses dépens, car l’avenir qu’envisageait la bibliothécaire avec lui, timidement certes, se fissure. Et l’on se réfère plus à l’amitié et à l’affection qu’à l’amour, ce dernier sentiment étant peut-être plus difficile à discerner malgré le coup de foudre trompeur et l’attirance physique.

Réédition Le Point N° 612. 1993

Réédition Le Point N° 612. 1993

L. R. WRIGHT : Le suspect (The suspect - 1985. Traduction de Robert Pépin. Le Seuil Policiers. Editions du Seuil. Parution 30 mai 1991. 252 pages. 15,30€.

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31 octobre 2016 1 31 /10 /octobre /2016 13:54

Hommage à Henry Reymond Fitzwalter Keating, né le 31 octobre 1926.

H.R.F. KEATING : Un cadavre dans la salle de billard

Un romancier qui s'intéresse un peu trop aux faits et gestes d'un policier et chante les louanges du dit représentant de l'ordre et de la loi parce qu'il a mené à bien une enquête sur un viol et un meurtre, cela peut avoir ses bons côtés mais générer également des inconvénients.

Inconvénients qui frappent le pauvre inspecteur Ghote de Bombay, sollicité par un personnage influent et important de Ootacamund, une station d'hiver sise à plus de mille kilomètres au sud de Bombay dans les Nilgiris Hills.

Dans cette charmante ville, plus familière appelée Ooty, l'atmosphère, l'ambiance et les habitudes sont restées presque religieusement imprégnées de la domination et de la culture britannique.

Un endroit frais, trop frais pour Ghote habitué à la chaleur lourde de Bomba, un endroit vert comme une campagne anglaise, où l'on peut jouer au golf et au billard.

C'est d'ailleurs sur une table de billard que le cadavre d'un employé du club, vénérable institution de la fière Albion, a été découvert. Pour l'officier de police local, ce meurtre ne peut avoir été perpétré que par un dacoït, un voleur. D'ailleurs la blessure mortelle n'a-t-elle point été portée à l'aide d'une fine lame comme celle des dacoïts ?

Et toute l'argenterie, les coupes gagnées depuis des dizaines d'années lors de compétitions n'ont-elles point disparu ?

Pour Surinder Mehta, ex-ambassadeur, titulaire de la Military Cross et qui a expressément demandé à ce que Ghote s'empare de cette affaire, ce ne peut être que l'œuvre d'un des membres de ce club. Soit cinq personnes, six ou sept au grand maximum, en comptant le secrétaire adjoint et le secrétaire, le commandant Bell.

Qui de la Maharani voluptueuse et de son infidèle mari le Maharadja de Pra Tapgadh, de la typique représentante britannique Mistress Lucy Trailing, une veuve accompagnée en permanence d'un sac à ouvrage d'où dépassent de fines aiguilles à tricoter, de Monsieur Gogbole, un universitaire lecteur impénitent muni d'un coupe-papier, et de Monsieur Ali Akbar Habidullah, un musulman cadre en retraite des chemins de fer, qui a pu en vouloir ou céder au chantage du marqueur de points au billard ?

Ghote est un peu dépassé par les événements, d'autant plus que son mentor aimerait le voir agir et réagir à la façon des grands détectives, Hercule Poirot et Sherlock Holmes en tête.

Si Ghote parvient à démasquer le coupable, c'est plus grâce à un éclair de génie, à une intense réflexion, et à l'usage du yoga, que de la détection pure et simple.

Quoique l'accumulation de coïncidences et un parallèle avec les préceptes enseignés par Hercule Poirot ne soient pas négligeables dans l'accomplissement de cette enquête.

Ce roman à l'humour léger, vaporeux et subtil, est le deuxième roman traduit en France, le premier étant Pas d'enquêtes sans casser d'œufs paru en 1983 dans la collection Littérature Policière dirigée par Maurice-Bernard Endrèbe.

Nous retrouverons ce personnage sympathique et émouvant, naïf même dans sa gaucherie, son désir de bien faire et de ne pas brusquer ses interlocuteurs dans de nouvelles aventures dans la même collection chez Fayard, dont L'inspecteur Ghote en Californie.

Réédition Le Livre de Poche Policier N°9554. 1992.

Réédition Le Livre de Poche Policier N°9554. 1992.

H.R.F. KEATING : Un cadavre dans la salle de billard (The body in the billard room - 1987. Traduction de Denise Meunier). Parution novembre 1990.

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30 octobre 2016 7 30 /10 /octobre /2016 07:43

Les scènes de Q dans un roman policier, c'est comme le piment d'Espelette dans une préparation culinaire. Ce n'est pas indispensable, mais ça relève le goût !

Trois autres romans érotiques de La Brigandine.

Trois romans composent ce recueil qui annonce la donne, puisqu'il s'agit de rééditions d'ouvrages publiés au début des années 1980 dans la sulfureuse collection La Brigandine. Brigandine qui avait été précédée par Bébé Noir, lequel Bébé n'eut l'heur de vivre que le temps de vingt-huit publications, la censure passant par là. La Brigandine connut plus de chance puisque cent-vingt-quatre titres sont inscrits à son catalogue qui circule sous le manteau.

Pourtant de nombreuses petites perles sont ainsi éditées, dues à des auteurs cachés sous pseudonymes (parfois un seul auteur pur trois ou quatre alias). Et c'est Gallimard qui sous-traitait ces deux collections puisque qu'elle naquirent chez Henry Veyrier, éditeur qui appartenait au groupe SODIS. Ne cherchez pas l'erreur, il n'y en a pas.

Avec des titres réjouissants, en forme de clin d'œil, des titres potaches selon Olivier Bailly, le préfacier de la précédente livraison chez La Musardine, Trois romans érotiques de La Brigandine, une idée dont s'est peut-être inspiré Jean-Bernard Pouy pour les romans dédiés au Poulpe.

Trois romans composent donc ce recueil avec un petit bonus. Les véritables auteurs ont rédigé une sorte de préface à leur roman, préface qu'ils signent de leur véritable patronyme, que je ne vous dévoilerai pas ici, l'un des petits plaisirs de cette réédition résidant justement dans ces levées de secrets. Secrets qui ne l'étaient pas ou plus pour les amateurs de littérature populaire érotique. Disons que l'un d'eux a écrit un Série Noire.

Trois autres romans érotiques de La Brigandine.

Francis Lotka : Des hommes sans cible. 1980.

Journaliste pigiste, Nicolas Vincent passe plus de temps à draguer les jolies filles et à écluser quelques bonnes bouteilles qu'à chercher des sujets d'articles. Ce jour-là, quand il se pointe au bureau du magazine, cela fait trois semaines qu'il n'a pas mis les pieds dans son bureau et, évidemment, son rédacteur en chef n'est guère satisfait, c'est le moins qu'on puisse dire, de ses prestations manquées. Et pas le moindre chèque à se mettre sur un compte en banque en berne.

Son collègue et ami, Roland Minois, lui suggère un projet d'article. C'est par hasard que lui est venue l'idée de cet article en rencontrant une ancienne du lycée Chaptal. Que sont devenus les anciens de sa classe quinze ans après ? Minois en a déjà repéré un. Il s'est fait buter dans son bateau alors qu'il batifolait en compagnie d'une jeune fille, à l'insu de sa femme.

Et c'est comme ça que tout débute, ou presque. Nicolas Vincent va aller de surprises en surprises, compter les morts et les disparus. Car dans l'ombre, quelqu'un secoue l'encensoir.

Heureusement, Nicolas Vincent, et les autres protagonistes, dont on fait la connaissance avant et après l'apparition du journaliste, profite de quelques pages et plages de détente charnelle, description à l'appui.

Joyeux, enlevé, ce conte, pas vraiment moralisateur, quoique, nous propose de gentilles parties fines, mais anticipe le système de recherche d'anciens élèves, genre Les copains d'avant, qui lui ne fut créé qu'en 2001. Alors en avance sur son temps Francis Lotka ? On pourrait le penser, et même imaginer que les créateurs de ce réseau social pourraient en avoir eu l'idée en lisant ce roman.

 

Trois autres romans érotiques de La Brigandine.

Hurl Barbe : Pompe le mousse. 1982.

Pensionnaires dans un institut privé catholique de province, Juliette et Alice sont deux sœurs, de dix-neuf et dix-huit ans, qui aiment se faire du plaisir. Elles ont été à bonne école grâce à la mère supérieure et dispensent leur savoir et leur expérience à leurs condisciples. Elles sont jeunes, belles, issues du même géniteur mais pas du même moule utérin, naïves et dévergondées.

Malheureusement leur père s'est suicidé, ce qui ne les chagrine guère, à la suite d'une banqueroute, et elles sont chassées de l'internat, puisqu'elles ne pourront plus payer leur séjour et l'enseignement prodigué, officiellement et officieusement.

Les voilà sur la route et les rencontres sont nombreuses, et charnelles. Le covoiturage n'est pas gratuit. Arrivées à Paris le 10 mai 1968, elle se trouvent prises en sandwich entre les étudiants en colère et le policiers déguisés. Elles ne savent pas que ce sont des hommes chargés de réprimer les manifestations, et comme elles ne connaissent pas, elles préfèrent accorder leurs faveurs aux étudiants, qui sont nettement plus membrés que les forces de l'ordre malgré les bâtons dont ceux-ci disposent.

Puis c'est un nouveau départ vers le sud de la France et en cours de route elles sont prises en stop par un Italien libidineux qui les emmènent dans son château. Le castel n'est pas celui de la Belle au Bois-Dormant mais plutôt celui du seigneur au membre vivant. De jeunes personnes y vivent, cloitrées afin d'assouvir les pulsions de leur maître lubrique et scatologique, qui a conçu de drôles de machines. Puis nous suivons les deux adolescentes en compagnie de l'Italien à bord d'un sous-marin pour des péripéties mouillées.

Dans ce roman, nous entrons directement dans le vif du sujet. Pas de préliminaires superflus. et nous passons allègrement d'une univers sadien à celui de Jules Verne, avec des sévices compris, et bien d'autres références. D'ailleurs, les prénoms invitent à des relectures puisque les premières jeunes et jolies filles qui se présentent au lecteur ont pour prénom Alice, la narratrice, Juliette et Sophie.

Trois autres romans érotiques de La Brigandine.

Eric Guez : Le massacre du printemps.

Un flic poli et courtois, ça lui semblait louche... pense la concierge face au jeune inspecteur Philippe Auger, lequel enquête sur le meurtre de Roger Baudet, garçon-boucher. Le défunt avait été libéré depuis un mois, ayant purgé une peine de prison pour des bricoles illégales à répétition.

Peu après, c'est au tour d'un collègue d'Auger d'être la victime du tueur, signalé comme un blond barbu à chapeau et lunettes noires. Normalement il n'hérite pas de l'affaire, mais il tient à mettre son grain de sel, car les deux policiers se connaissaient, ayant fréquenté le même commissariat. On a les fréquentations qu'on peut.

Dans la vie civile, Auger a des problèmes de ménage avec sa compagne. Celle-ci se refuse à lui pour des raisons qui lui sont propres. Ou alors elle se comporte en statue de marbre.

D'autres meurtres sont perpétrés, et Auger reçoit des missives qui dressent la liste des victimes. Et si lui aussi figurait prochainement sur ce recensement ?

En fil rouge, le lecteur peut suivre les malheurs de Liz, qui ayant quitté une cérémonie de mariage à la fin du repas, pensant à sa fille en garde, est braquée par deux loubards. Ceux-ci ne se contentent pas de s'emparer de son portefeuille mais attentent également à sa vertu dans une cabane de chantier. Elle est obligée de subir les travaux pratiqués à l'arrière par l'un de ses ravisseurs. L'autre n'est pas en reste profitant qu'elle ouvre la bouche pour reprendre sa respiration.

Ce roman est nettement plus sage, que les deux précédents et les scènes de sexe se révèlent presque sobres, banales, telles qu'elles pourraient être écrites de nos jours, car la littérature noire ou blanche s'est émancipée de bien des carcans imposés par la censure éditoriale. Au contraire, les éditeurs en redemandent, obéissant au goût des lecteurs.

Donc ce roman est très sage et les scènes de libertinage forcé, non souhaité, permettent de se projeter dans les affres d'une femme violée. Contrairement à certains auteurs dans ce type de romans, Eric Guez ne joue pas sur le consentement féminin, la libido ne se réveillant pas sous les coups de boutoir comme cela est souvent décrit dans d'autres romans. Il reste pudique et réaliste.

Trois autres romans érotiques de La Brigandine. Collection Lectures amoureuses N°197. Editions de La Musardine. Parution le 20 octobre 2016. 464 pages. 10,95€.

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29 octobre 2016 6 29 /10 /octobre /2016 13:07

Bon anniversaire à Jean-Jacques Reboux né le 29 octobre 1958.

Jean-Jacques REBOUX : Le voyage de Monsieur Victor.

Monsieur Victor est bien malheureux. Depuis qu’il a perdu sa femme Yvette, il y a quatre ans de cela, il végète seul dans sa grande maison paimpolaise.

Et comme les falaises c’est jamais qu’une invention pour justifier les rimes, Monsieur Victor n’a qu’une solution pour rejoindre son Yvette : se pendre.

C’est sans compter sur l’intrusion de madame Armande, sa voisine, qui a le don de se pointer toujours au mauvais moment. Ce n’est que partie remise, et quelques verres de gnôle arrangeront ça.

Ne voilà-t-il pas que Chloé, sa petite-fille Chloé, qu’il n’a pas vue depuis des années, l’appelle à la rescousse. Ni une, ni deux, il se rend à Paname, et s’installe chez la jeune fille qui partage son appartement avec Yanos, un artiste polonais et Lakdar, réfugié politique algérien.

Au cours de ses pérégrinations monsieur Victor aura maille à partir avec les policiers et retrouvera un amour de jeunesse perdu à cause d’une incompréhension auditive.

 

Jean-Jacques Reboux nous a habitué depuis quelques années à s’évader du roman policier ou noir en l’enrobant d’une trame populaire ou feuilletonesque.

Avec Le voyage de Monsieur Victor il récidive, s’insérant dans le créneau de l’humour satirique enchâssé dans un contexte d’humanisme et de sensibilité.

Peut-être catalogué roman à l’eau de rose pour certain, Monsieur Victor possède son crêpe noir qui fait mieux ressortir le charme qui s’en dégage.

 

Quelques exemplaires de ce roman sont encore disponibles chez Baleine :

Autres ouvrages de Jean-Jacques Reboux dont la lecture est fortement conseillée :

Jean-Jacques REBOUX : Le voyage de Monsieur Victor. Collection Velours N°14, éditions Baleine. Parution 224 pages. 8,00€

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28 octobre 2016 5 28 /10 /octobre /2016 13:04

Bon anniversaire à Simon Brett né le 28 octobre 1945.

Simon BRETT : Les coulisses de la mort

Simon Brett, auteur de Le théâtre du crime, paru dans la même collection sous le numéro 1787 cette même année 1985 mais qui a été publié en Grande-Bretagne en 1983, soit un an après Les coulisses de la mort (ironie de l'édition française qui publie des romans dans le désordre !), Simon Brett met en scène un acteur de théâtre vieillissant dont la carrière n'est en réalité qu'une succession de ratages.

Pourtant Charles Pris, tel est son nom, y croit encore, espérant décrocher un jour un premier rôle qui le rendra riche et célèbre. Ce rêve va peut-être se concrétiser à l'occasion de la représentation en province d'une pièce de théâtre écrite par un jeune auteur.

D'autant que le producteur est confiant et qu'au loin se profile la perspective de se produire à Londres, dans le West-end, le quartier des spectacles.

Pour cela faut-il encore récolter des critiques élogieuses.

Mais Charles Paris, ce héros qui a connu bien des vicissitudes tout au long de sa carrière se méfie. Il a la nette impression qu'une magouille se profile. Impression qui se verra confortée en de nombreux points, le moindre n'étant pas un coup de revolver incongru et intempestif.

 

Satire des milieux théâtraux Les coulisses de la mort est autant un reportage qu'un roman policier. A conseiller aux acteurs débutants qui aspirent à une gloire rapide.

Charles Paris est le héros de dix-huit romans, dont le dernier publié en Grande-Bretagne en 2012, mais dont seules trois aventures auront été traduites en France.

Simon Brett, qui a connu le succès dans les années 80/90 semble aujourd'hui ignoré, méprisé, des éditeurs français, et c'est dommage, mais c'est le lot de bon nombre de romanciers honnêtes, de bons artisans reconnus comme tels, qui sont délaissés au profit d'auteurs plus en vogue mais pas forcément intéressants. A mon avis.

Simon BRETT : Les coulisses de la mort

Simon BRETT : Les coulisses de la mort (Murder unpromted - 1982. Traduction Jacques Satori); Collection Le masque N°1813. Librairie des Champs Elysées. Parution 1985. 156 pages.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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