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27 novembre 2011 7 27 /11 /novembre /2011 14:35

SylvieMoulinAVent-1.jpg

Pourriez-vous vous présenter ?
Difficile. Pas très grande, cheveux clairs, yeux bleus. Voilà pour le physique – comme dans Photoshop, j’ai gommé les imperfections. Née à Paris et fille du Midi. Hébergée à mon corps défendant dans le Beaujolais. Valeurs phare : amitié, respect, bienveillance. Plein de défauts, mais rien ne m’oblige à vous les dire ici. Horreur de la routine, du mépris et des fruits de mer.

La question qui est souvent posée lorsqu’un auteur se rend dans un établissement scolaire est : A part écrire, qu’est-ce que vous faites comme métier ? Alors je vous pose la même question :
A part écrire… je fais écrire les autres ! J’anime des ateliers d’écriture créative ainsi que des formations aux écrits professionnels dans les secteurs administratif et médico-social. Faire prendre du plaisir à écrire, dédramatiser l’écriture et permettre de mesurer l’impact de l’écriture sur autrui sont quelques-uns des objectifs que je poursuis à travers mes différentes interventions.

Vous avez commencé à être publiée depuis 2006. C’était des romans, comment dire, de littérature blanche ? Depuis vous avez enchaîné trois romans ancrés dans le genre policier. Vous vous sentez plus à l’aise dans ce genre ? Une autre façon d’aborder la littérature ? Ou tout simplement parce qu’ils se vendent mieux ?
En fait, je n’ai pas envie de m’enfermer dans un « genre ». En matière de littérature, j’ai des goûts très éclectiques : romans, polars, autobiographies, poésie classique et contemporaine… alors, pourquoi ne pas tenter toutes ces aventures côté écriture ? Après ma « trilogie polardesque », je pense passer à quelque chose de très différent.

Ces trois romans policiers ont un point commun : le liquide à teneur plus ou moins forte en alcool : Un petit jaune, référence au pastis, Moulin à vent, référence au Beaujolais et ce petit dernier Le vin des Maures, qui affiche sans complexe la couleur, si je puis dire ? Seriez-vous une militante de Bacchus ?
Avant tout, je suis militante de la convivialité. À travers mes titres vinicoles, je revendique également le droit à une certaine légèreté, au plaisir, au débordement. Marre des interdits, marre de cette société axée sur les profits, marre de la morosité ambiante, marre parfois des gens bien comme il faut (dont je fais sûrement partie. Quoique…)

Je fais référence dans Le Vin des Maures à Agatha Christie. Vous-même l’évoquez à travers Le Crime de l’Orient-Express. Un auteur qui figure en bonne place dans votre bibliothèque ?
J’ai lu tous les Agatha Christie. Et tous les Frédéric Dard (San Antonio). Et Izzo. Et Mankell. Et certains Jonquet – je me réjouis de lire ceux de ses bouquins que je ne connais pas encore. Je possède une grande bibliothèque « spécial polar ». On y trouve tous les auteurs que je viens de citer et bien d’autres encore.

Vous utilisez un peu sa façon de procéder. Peu de personnages, des indices et un épilogue qui joue avec le lecteur, en dépit des règles éditées par Van Dine. Comme dans Dix petits nègres, le Crime de l’Orient-Express (on y revient !) ou Le Meurtre de Roger Ackroyd. Le plaisir de déboussoler le lecteur et lui démontrer que tout est possible même l’impensable ?

À vrai dire, je me contrefous un peu des règles. Avant tout, je cherche à m’amuser. Et à me laisser guider par mes personnages. Ce sont eux qui me dictent mes intrigues, pas moi. Si ce que j’écris plaît à certains, c’est super, ça m’encourage pour continuer et, comme je suis aussi humaine qu’un(e) autre, ça flatte mon ego. Si ça ne plaît à personne, ça ne m’empêchera pas de continuer à écrire – zonkapa acheter mes livres. Je crois qu’il ne faut pas s’arrêter à ça, que c’est en écrivant qu’on devient écriveron. Ou pas. Mais bon, écrire, c’est une nécessité pour moi. Une façon de me retrouver. J’ai parfois l’impression que la vie m’éparpille.

J’ai constaté que vos romans sont relativement courts alors que la mode est aux pavés. Vous avez peur de ne pas tenir la route ou êtes-vous une minimaliste ?
Alors… compte tenu du fait que je ne suis pas célèbre, que mes romans ou polars ne sont pas adaptés à l’écran et que, par conséquent, je touche des droits d’auteur plus symboliques que réels… je suis bien obligée de trimer pour gagner ma pitance. Ce qui signifie : gérer de A à Z une association, animer des foSylvieLeMuy-1.jpgrmations dans la France entière, animer des ateliers et stages d’écriture, remplir des missions diverses (en ce moment, par exemple, j’écris un livre avec les ouvrières licenciées de Lejaby). ça plus quelques menus travaux hebdomadaires qui, je ne sais pourquoi, échoient souvent aux personne de mon sexe, genre ménage, lessive, repassage etc. Plus, de temps en temps, quelques balades ou randos ou visites d’expos pour m’aérer le corps et l’esprit. Plus les invitations d’amis qui nous sont chers, à mon sculpteur de mari et à moi. Plus le fait que j’ai besoin d’un nombre minimum d’heures de sommeil pour « tenir la route » comme vous dites… Je me demande bien quand j’aurais le temps d’écrire un pavé ? À moins d’y consacrer dix ans, peut-être. Je crois bien que je me lasserais avant.

Vous pratiquez l’humour dans vos romans. Et dans la vie ?

Ça, il faudrait demander à mes proches. À tous ceux qui participent à mes formations, à mes animations, à tous ceux que je côtoie. Je me sens bien mal placée pour parler de ça. J’aimerais bien qu’on me voie comme ça, une nana sympa et pleine d’humour mais bon… c’est peut-être juste un gros fantasme.

Préparez-vous une suite aux pérégrinations de Jo dans le monde des détectives privés (d’emploi et de domicile personnel) et quels sont vos projets ?

Pour l’instant, Jo est en stand-by. J’ai un projet d’écriture très différent, mais c’est encore secret. Ça se fera à deux (non, ce n’est pas ce que vous pensez) et ce ne sera pas un polar. Voilà tout ce que je peux en dire pour l’instant.

Retrouvez mes chroniques concernant les livres de Sylvie Callet : Un petit jaune, Moulin à Vent et Le Vin des Maures.

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Published by Oncle Paul - dans Entretiens-Portraits
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27 novembre 2011 7 27 /11 /novembre /2011 14:30

Il est des titres qui enivrent le lecteur avant même que celui-ci ait débouché lavin-maure.jpgbouteille, pardon, ouvert le Livre. Ainsi Le vin des Maures, jeu de mots avec le vin des Morts ? Lors d’une répétition théâtrale, la comédienne Josy Pan n’en fait qu’à sa tête, changeant les répliques, ce qui n’est pas du goût de l’auteur de la pièce, Emilien Noailles. Quant à Béatrice, préposée à la mise en scène, elle a bien du mal à canaliser Josy dans ses débordements déclamatoires et scéniques.

Léo, le régisseur qui cumule les petits rôles, Rachid, Louis Rozier, comédiens, Freddie, comédienne, Maryse la costumière et amie de cœur depuis des années de Josy, et Jo, le narrateur, complètent la distribution. Mais la comédie boulevardière et vaudevillesque se transforme en drame lorsque Josy régurgite un jet de salive laiteuse. Beurk ! Cela non plus n’était pas prévu dans la mise en scène. Bon sang, mais c’est bien sûr ! La date du jour est un 1er avril. Une farce qui n’en est pas une car il faut bien se rendre à l’évidence, Josy vient de trépasser, et il ne reste plus à tout ce petit monde qu’à s’adresser à la police. D’autant qu’une lettre anonyme adressée à Josy est découverte : Tu dois payer pour tout le mal que tu as fait.

Comble d’ironie, c’est la capitaine Florence Thomasson, nouvellement promue dans ce grade, qui est en charge de l’enquête. Flo héberge Jo à titre gracieux en échange de quelques travaux d’entretien. Il est comédien en recherche perpétuelle de contrats et qui à la suite de diverses affaires dans lesquelles il a été impliqué, souvent à son corps défendant, envisage de se reconvertir en tant que détective privé.

Josy avait eu souvent recours lors de la répétition fatale, à une bouteille de vin des Maures et après analyse du flacon, il en ressort que le breuvage avait été agrémenté d’arsenic. Mais pas n’importe quel arsenic. Un vieux produit qui n’est plus sur le marché depuis des années. Sur la bouteille figurent toutes sortes d’empreintes, mais cela ne donne pas le nom du coupable pour autant. Alors tout le monde est soupçonné, sauf Jo, pour des raisons personnelles que Flo ne cherche pas expliquer. Et peu à peu, la véritable personnalité de tous les participants se révèle, se déchire comme un emballage usé, et les raisons de se débarrasser de Josy peuvent être attribuées à n’importe qui et à tout le monde.

Jo s’est retrouvé embarqué dans cette galère suite à la défection d’un comédien. Béatrice l’avait contacté et c’est tout le passé de Jo qui lui remonte à la tête. Son esprit devient de la lave en fusion. Pensez donc ! Jo et Béa n’avaient que quinze ans environ et Jo reluquait les filles, surtout les belles, les intouchables, celles qui se promènent toujours en compagnie de boudins susceptibles de mettre en valeur leur beauté. Et Jo et Béatrice avaient mis en pratique le simulacre de la reproduction, un soir, sur la plage. Une seule et unique expérience, mais quelle expérience, et quelles conséquences !

Sylvie Callet, qui situe son intrigue à Toulon, nous entraîne dans un univers qui mêle les genres. Une ambiance qui s’apparente aux vieux romans d’énigme, avec le poison adéquat, l’arsenic, et qui lorgne sans vergogne du côté d’Agatha Christie. Ce qui n’est pas une mauvaise référence puisque la bonne dame de Torquay avait su jouer avec ses lecteurs en les lançant sur de fausses pistes et dont l’épilogue était parfois improbable, tout en étant savamment agencé. Mais en même temps Sylvie Callet, dont le héros est un homme, se prend pour un auteur machiste avec délectation. Sous des dehors légers, l’humour enveloppe l’émotion et l’on ne peut se détacher de ce roman prenant. Evidemment, les lecteurs qui ne jurent que par le roman noir social et politique, débordement d’hémoglobine et violence à la clé, n’y trouveront pas leur compte. Et pourtant ! Sylvie Callet n’hésite pas à émettre via son narrateur quelques vérités qui dérangent.

Sylvie CALLET : Le vin des Maures. Editions Presses du Midi.

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27 novembre 2011 7 27 /11 /novembre /2011 14:27

Le Moulin à vent du titre pourrait nous faire penser à Alphonse Daudet, moulin-a-vent.jpgil n’en est rien. La reproduction d’un moulin est en arrière-plan mais en premier plan, que trouve-t-on ? Un ballon de rouge, sûrement ce fameux Moulin à vent issu du Beaujolais, un grand cru avec le Fleurie, le Morgon et quelques autres éclipsés par le trop médiatique Beaujolais nouveau. Joël-Marie Bianco, plus familièrement appelé Jo, comédien au chômage et détective amateur, jardinier de Flo qui lui prête un cabanon, vient d’hériter de son ami Bèbe, barman de son état et décédé dans de tragiques circonstances, d’un boui-boui, d’une garçonnière miteuse et d’une vieille R5 toujours vaillante. Il ne garde que la relique sur roues et brade le reste afin de payer les frais de succession. Et la voiture justement il va en avoir utilité car sa belle-sœur, Mathilda, d’origine de petite noblesse, lui téléphone afin de lui apprendre que son frère Louis-Edouard vient d’être agressé et est à l’hôpital dans le coma. C’est plus par charité que par amour de la fratrie que Jo se rend dans le beaujolais où il est accueilli assez sèchement. Il est vrai que les deux frères ne s’entendaient pas très bien et même qu’ils ne s’étaient pas vus depuis un lustre. La gentilhommière, possession ancestrale de la famille de Mathilda, est extérieurement à l’abandon. Quant à l’intérieur, c’est un vrai labyrinthe aménagé en gîte rural. Les retrouvailles entre Jo et Mathilda manquent de chaleur. Franck, le cousin germain de la châtelaine genre brute épaisse et Jean-Noël, le fils dont les conduits auriculaires sont assaillis par les décibels belliqueux issus de son baladeur, n’ont guère l’air d’apprécier cette intrusion. Seule Maryanne, la gamine délurée de sept ans qui ne pose pas de questions sur l’arrivée de cet oncle qu’elle ne connaissait pas, et Luna, la servante du château, lui font comprendre que ce débarquement inopiné est une sorte de récréation dans leur quotidien. D’ailleurs Luna, dont la fille et le gendre vignerons produisent du Beaujolais l’initie à ce breuvage. Sans oublier les pensionnaires de ce gîte rural. Les Delaunay, un couple riche mais pingre, dont le mari a prêté de l’argent à Louis-Edouard, lequel conseiller fiscal est dans la panade, et Jambon, pardon Verbaurin, poète qui emprunte volontiers à ses illustres ainés des citations toutes faites et dont la prose orale n’est pas piquée des vers. Enfin Sylvio, le neveu de Luna, qui entretient un contentieux avec Franck. Jo ne tarde pas à comprendre qu’il a mis le pied dans un nid de vipères plus ou moins lubriques et l’enquête qu’il entreprend afin de définir qui s’est amusé à agresser Louis-Edouard s’avère pour le moins mouvementée.

Ce qui prime dans ce court roman, ce n’est pas tant l’intrigue, pourtant bien amenée, que l’humour lexical dans lequel il baigne. Jo est un personnage atypique, que son passé de comédien, « intermiteux » du spectacle comme il se définit lui-même, aime à appeler à la rescousse des comédiens célèbres qui l’apostrophent afin de le remettre sur les rails lorsqu’il dévie, ce qui lui arrive très souvent. De plus, c’est un homme qui aime non seulement la bonne chère mais également la chair fraîche, passion qu’on lui pardonnera volontiers, car ses bonnes fortunes ne sont pas réticentes à ses charmes. Une petite récréation guillerette dans une production qui actuellement joue trop souvent dans le pessimisme, le sanguinolent, les conflits de banlieue, la drogue, le chômage et autres affaires politiques qui polluent notre quotidien, même si l’on ne doit pas se leurrer car c’est la réalité.

Sylvie CALLET : Moulin à vent. Editions Les Presses du Midi.

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27 novembre 2011 7 27 /11 /novembre /2011 14:20

Comédien de seconde zone, cabotin, Jo, malgré un trou dans son compte en banque presque aussi profond que celui de la sécu, aime se prélasser au soleil dans le parc de sa copine Flo. Il vit dans un cabanon, non loin de l’habitation de sa logeuse, une policière qui fut petit-jaune.jpgson amante, mais sans grande conviction. Ils sont restés amis, et c’est très bien comme ça. Souvent il se rend chez Bèbe, un cafetier dont le bar est retiré et n’accueille que de rares clients. Son havre de paix est perturbé un soir par une jeune fille, Tristane, qui s’est fâchée avec son petit ami, D. Joyce, de son vrai nom David Lajoie, surnommé aussi Chien Fou. Il traficote, se cachant dans une cave de l’immeuble où il habite lorsque les choses se gâtent. Tristane se confie à Jo, révélant que si son père est riche, elle gagne sa vie comme hôtesse dans un centre d’appel pour âmes en manque d’affection. Le Sexhôtel. Elle est en conflit avec ses parents, surtout sa belle-mère. Bref elle est déboussolée, seulement Jo interrompt brutalement les confidences lorsqu’il se rend compte que le trouble qu’il ressent, c’est à cause de la voix de Tristane, une voix qui ressemble étrangement à Héloïse, sa demi-sœur décédée d’une absorption démesurée de poudre blanche. Il rentre chez lui, avale deux somnifères et dort sans se douter que la nuit sera tragique. Tristane a été retrouvée morte sur la plage, assassinée à coups de couteau. Flo est chargée de l’enquête mais Jo ne désire pas raconter sa soirée. D’autant que son répondeur regorge d’appels de la jeune fille, appels qu’il n’a pas entendus à cause de son batifolage dans les bras de Morphée. Alors, il décide d’enfiler son imper de détective privé, se grime, accumule les erreurs, retombe sur ses pieds à chaque fois, se retrouve dans des situations scabreuses et fait d’étonnantes rencontres.

Avec maîtrise Sylvie Callet narre une histoire dans laquelle l’humour est toujours présent, grâce surtout à son personnage quelque peu bouffon mais humain, décrivant les situations avec verve, la tragédie se substituant au comique sans à-coups, dans des transitions subtiles. Toulon et l’arrière pays pour le décor, mais sans ostentation, sans ressembler à des cartes postales ou guides touristiques, des personnages bien campés, et une écriture fluide font de ce petit roman (160 pages) un agréable passe-temps. Et si Jo ne parvient pas à lire un roman de Fred Vargas, ce n’est pas le talent de l’auteur qu’il remet en question, au contraire, c’est parce que les émotions qu’il ressent prennent le pas sur l’intérêt de l’histoire. Et puis que penser de cette déclaration : « Je n’avais rien contre les pros du ciboulot, mais il était hors de question que je leur livre à la fois mon fric et mes secrets les plus intimes. A tout prendre je préférais le confessionnal. C’était gratuit et on pouvait y broder tout à loisir. Pour ma part, je trouvais que la réalité gagnait à être enjolivée ».

Sylvie CALLET : Un petit jaune. Les Presses du midi.

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26 novembre 2011 6 26 /11 /novembre /2011 17:58

Pourriez-vous vous présenter, me fournir une biographie ?

Je suis un apprenti écrivain entré, comme beaucoup d’autres, comme étudiantphoto-michel.jpg à l’université… et qui pour ne jamais la quitter, est devenu professeur d’université… Les lectures et écritures académiques ont longtemps éclipsé l’écrivain qui sommeillait en moi (manque de temps, manque de disponibilité d’esprit pour aller au-delà d’un scénario ou d’une nouvelle), jusqu’au moment où le virus de l’écriture romanesque ne refasse surface… Désormais, je tente de concilier la direction d’une équipe CNRS d’une centaine de personnes et la production presque annuelle d’un roman… ce qui, croyez-moi, n’est pas toujours simple…

Vos précédents romans, édités chez PTC ou aux éditions des Falaises, sont-ils toujours disponibles et envisagez-vous une réédition en collection de poche, Pocket par exemple ?

Tous mes précédents romans, Code Lupin, Mourir sur Seine, Sang Famille, Omaha Crimes, sont encore disponibles à peu près partout à condition de chercher un peu ou fond d’une librairie ou sur le net… Les voir édités en poche serait pour moi une vraie reconnaissance, bien entendu… Cela a failli être le cas pour Omaha Crimes (chez Pocket) ou pour Code Lupin… Avis aux éditeurs…

La Normandie est le lieu privilégié dans lequel vous placez vos intrigues. Pensez-vous vous évader un jour et visiter d’autres régions ?

La réponse est claire, oui ! Même si je suis loin d’avoir épuisé les lieux normands emblématiques, secrets ou intimes, et si mon lectorat m’attend en partie sur ce terrain, j’ai déjà deux manuscrits bien avancés beaucoup plus éloignés de la Normandie. Cela dit, pour des lecteurs pas très calés en géographie, je peux faire passer mes polars de Normandie, terre de vikings, pour des polars scandinaves... Ce qui est plutôt vendeur en ce moment… Disons que je fais du régionalisme scandinave méridional.

Pourriez-vous nous parler de Code Lupin et de Mourir sur Seine ?

Code lupin est à la fois un court roman, un jeu de pistes en Seine-Maritime dans les pas codelupin1.jpgd’Arsène Lupin, une biographie de Maurice Leblanc. Le pitch est simple : postuler que Maurice Leblanc a dissimulé un code dans les aventures d’Arsène Lupin… Le couple de héros de Code Lupin dispose d’une journée pour découvrir la clé d’énigme, en visitant l’intégralité des lieux lupiniens… Je me suis amusé comme un fou à tout inventer, mais les coïncidences pourraient presque laisser croire que tout est véridique et qu’un trésor dort, pour de vrai, dans les falaises du pays de Caux… Tiré d’abord à 500 exemplaires, Code Lupin s’est vendu jusqu’à maintenant à près de 7000 exemplaires après 7 ou 8 rééditions…

mourir-sur-seine.jpgMourir sur seine est une enquête plus classique… Pendant l’armada de Rouen, le festival de vieux gréements qui rassemble 10 millions de visiteurs sur les quais de Seine, un marin, puis un deuxième, puis un troisième, sont assassinés… panique à bâbord… Une jolie journaliste et un commissaire débordé doivent démasquer le tueur dans la foule avant que les voiliers ne reprennent le large… La sage ville de Rouen, déjà toute chamboulée par le grand carnaval de l’armada, en devient folle !

Dans Omaha Crimes hier et aujourd’hui se mélangent habilement. D’où vous est venue l’idée ?

L’idée est venue du livre de Sébastien Japrisot, Un long dimanche de fiançailles. J’ai eu envie de transposer l’univers des tranchées de l’est de la France à celle des plages du débarquement en Normandie. Il y avait là une sorte d’évidence ! Ensuite, jouer sur le temps qui passe s’imposait. Ce qui m’intéressait était de faire vieillir ces adolescents, rangers américains ou filles normandes, qui se trouvèrent sur ce petit coin de Normandie le jour où l’histoire du monde bascula…  Comment vivre avec ce souvenir, ce traumatisme, cette émotion, de part et d’autre de l’Atlantique. J’avais également envie de faire vieillir les lieux, les villages reconstruits sans églises, les plages bombardées qui redeviennent au fil du temps des plages tout court… avec leurs touristes de toutes les nationalités qui viennent se faire bronzer sur ces plages, sous les vestiges de blockhaus. J’aime bien les histoires où la mémoire des lieux colle aux bottes des héros…

Omaha, ou tout autre lieu de débarquement, peut-il vous inspirer pour d’autres intrigues ?

Je ne sais pas… je n’aime pas trop revenir plusieurs fois dans les mêmes lieux, de peur omaha1.jpgde me répéter je crois. Dans mes derniers romans, je me suis immergé dans des lieux très différents, dont Veules-les-roses, le plus joli village de la cote normande, ou Giverny pour Nymphéas noirs. C’est à chaque fois l’occasion d’une immersion nouvelle. J’apprends beaucoup, mais chaque roman est l’occasion d’une autre découverte, d’une autre atmosphère à respirer, à capturer… Bref, d’un nouveau voyage… je suis plus « papillon voyageur » que « résidence secondaire » !

Dans Sang Famille, dont le titre est un hommage à Hector Malot, le décor est celui d’une petite ile anglo-normande nommée Mornesey. Imaginaire ou un mélange de Guernesey, Aurigny, Sercq… ?

Disons, pour être plus précis, un mélange de Chausey, de Serq, de l’ile de Ré et de Jersey. sangfamille.jpgChausey pour les couleurs et les marées qui modifient chaque heure les paysages. Serq parce que c’est la plus étonnante des iles anglo-normandes, avec son port de poupée, ses criques et plages inaccessibles. L’ile de Ré parce que c’est le seul endroit que je connaisse où une prison, dans la citadelle de Saint-Martin, jouxte un lieu bondé de touristes. Le contraste est saisissant entre les pistes cyclables et les barbelés ! Jersey enfin pour la révélation finale, la Folie-Mazarin, mais sur ce point, chut… Enfin, j’ajouterai un ou deux rochers de Sarek, en hommage à l’Ile aux trente cercueils de Maurice Leblanc.

2010 était l’année de l’impressionnisme. Sujet idéal que vous avez exploité dans Nymphéas Noirs. Etes-vous un passionné de peinture ? Vous avez effectué des repérages à Giverny ? Et ailleurs ?

Petit, du moins jeune, j’aimais beaucoup peintre et dessiner, mais le goût pour l’écriture a pris rapidement le dessus. Je ne suis pas forcément un passionné de peinture mais pour mon histoire, j’avais besoin de mettre en scène une fillette qui disposait d’un talent particulier, viscéral, mais que son entourage familial et amical s’évertuait à dénigrer, à ne considérer que comme une lubie… La peinture m’a semblé le talent le plus universel à décrire, mais cela aurait pu être la danse ou la comédie. Ensuite, la passion de la peinture imposait de poser mon histoire dans un village particulier, et Giverny s’est imposé ! J’ai effectivement eu recours à beaucoup de repérages sur place et dans les environs. C’est d’ailleurs un des moments les plus agréables de la préparation d’un roman : se promener dans un lieu appareil photo et carnet de notes à la main, peupler par la pensée ce lieu de personnages fictifs, utiliser le décor pour faire progresser l’aventure, traquer le détail insolite, et surtout, se dire que les fantômes auxquels vous donnez vie vont hanter longtemps les lieux, au moins dans le regard des lecteurs qui ne les verront plus ensuite tout à fait de la même façon…

Dans vos romans il me semble que vous utilisez un sujet récurrent : l’imbrication entre passé et présent. Un moyen de consolider vos intrigues ?

C’est vrai que dans tous mes romans, il est presque toujours question de destin, de vie qui bascule, de mémoire et de vengeance, de secrets enfouis qui ressurgissent… Je crois que tous les auteurs ont leurs obsessions : moi c’est la relation passé-présent-futur. Du point de vue technique, cela permet de construire des intrigues tordues, des filets d’araignées compliqués qui prennent le lecteur au piège. Cela permet aussi, je crois, d’éviter d’avoir des personnages trop monolithiques, genres tueurs en série nés monstrueux, et qui le restent jusqu'à ce qu’un flic les abatte dans un bain d’hémoglobine. Je préfère les « méchants » pour qui la frontière entre le bien et le mal dérape à cause d’un grain de sable.

Vous n’utilisez jamais un personnage récurrent. Pourquoi ?

Maline Abruzze, l’héroïne de Mourir sur Seine, a été créée pour revenir dans d’autres aventures. Mais je suis un père indigne et elle continue de dormir dans le placard…

Disons que j’ai au moins l’avantage (pour l’instant ?), de ne pas vivre de mon écriture ; du coup, me « coltiner » un personnage récurrent m’ennuie un peu. Mais surtout, j’aime que lorsqu’un lecteur découvre un de mes romans, il soit dans une position où tout peut arriver : chaque personnage peut mentir, mourir, une trappe peut s’ouvrir à chaque page ; une sorte de voyage dans l’inconnu, sans balises. A l’inverse, le personnage récurrent vous oblige à passer par des codes et limite le champ des possibles : le héros n’est pas coupable, ne peut pas mourir… Certains auteurs policiers ont créé des personnages récurrents, mais parviennent de temps en temps à s’en extraire. Pour ma part, je trouve plus fascinants et inventifs les romans d’Agatha Christie sans Poirot (10 petits nègres ou La souricière) ; même chose pour les Harlan Coben sans Bolitar.

Mais promis, je ressuscite Maline aussitôt que j’ai le temps ou que je vends assez de livre pour en vivre …

Votre prochain roman est-il en gestation, en cours d’écriture ou presqu’achevé ?

Oui, il est presque achevé… En phase d’ultime relecture, disons… Il aura un pied en Normandie et un pied autre part… histoire de sortir doucement de ma région. Puisqu’on en a parlé, j’y pousse plus encore le lien passé-présent. Tout est même basé sur ce principe. Le pitch ? Un accident d’Airbus au début des années 80. Un seul survivant parmi les deux cents passagers, un bébé de trois mois éjecté de l’avion… sauf que la liste des passagers révèle que deux bébés se trouvaient à bord de l’avion. Deux familles vont alors se battre pour découvrir l’identité de la jeune survivante… Pile ou face. L’identité que le juge va choisir sera-t-elle la bonne ? Quelles en seront les conséquences, 18 ans plus tard ?

Merci infiniment et j’incite les lecteurs, en attendant, de découvrir Nymphéas Noirs.

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26 novembre 2011 6 26 /11 /novembre /2011 17:55

L’année de l’impressionnisme avec comme chef de file Claude Monet vient de s’achever avec un succès auquel les organisateurs ne s’attendaient peut-être pas. Et afin de clore en beauté cette manifestation qui s’est déroulée au Grand Palais à Paris, mais également dans Nymphéas2de nombreux sites normands dont évidemment Giverny, Michel Bussi nous offre un roman hommage à Monet, aux impressionnistes, aux fameux nymphéas et bien évidemment à Giverny, ce petit village de l’Eure coincé entre Normandie et Ile de France, niché dans un méandre de la Seine.

Quel point commun peut relier Fanette, la gamine de onze ans, qui fréquente l’école de Giverny, douée pour la peinture et dont les camarades de classe se nomment Paul, Vincent, Camille et Mary ; à Stéphanie, la belle institutrice aux yeux nymphéas, séduisante, mariée à un agent immobilier et vivant dans une mansarde au dessus de l’école ; à la Sorcière, le Fantôme, cette vieille femme octogénaire tout de noir vêtue, marchant péniblement avec une canne et qui passe quasiment inaperçue dans les rues de Giverny, logeant dans le donjon du Moulin des Chennevières. Peut-être un meurtre, celui d’un ophtalmologiste dont le cabinet est situé à Paris dans les quartiers chics de la capitale et dont la femme, Patricia, se morfond à Giverny, rue Claude Monet. Jérôme Morval ne rentre pas tous les soirs, à cause de son travail bien sûr, ce qui ne l’empêche pas de séduire de nombreuses femmes, au contraire. Son corps est retrouvé dans un ru de l’Epte, un bras détourné de la rivière qui alimente l’étang aux Nymphéas du jardin de Monet. Il aurait été poignardé, avant d’avoir la tête écrasée par une grosse pierre, puis noyé dans le ru. Non loin du cadavre est retrouvée une carte d’anniversaire qui apparemment ne lui était pas destinée. Pour le jeune lieutenant Laurenç Sérénac, un Occitan muté à Vernon qui remplace le commissaire parti en retraite sans en avoir véritablement le grade, c’est la première grosse affaire à laquelle il est confronté. S’il possède des connaissances en art pictural, il a travaillé à la Brigade des Arts, son adjoint Sylvio Bénavides est plus calme, plus posé, presque maniaque, adepte du classement des archives. Un expéditeur anonyme envoie, histoire d’aider les policiers dans leur quête du meurtrier, cinq photos représentant le défunt en compagnie de femmes. Cinq maîtresses supposées dont certains clichés ne laissent guère de doute quant aux relations charnelles qu’elles pratiquent à l’œil. Normal quand on a un ophtalmo dans ses relations. Des photos annotées au dos par des numéros sur lesquels Sévérac et Silvio se cassent les dents. A part la belle Stéphanie que l’homme de l’art dentaire tient chastement par la main, les autres femmes sont inconnues au bataillon. A force de recherches les identités seront bientôt dévoilées, presque, mais cela ne les avancent guère. Sévérac est persuadé que le mari de Stéphanie ferait un coupable idéal, d’ailleurs son alibi, une partie de chasse privée, est démoli par sa femme. Le matin du meurtre elle aurait couché avec lui, mais n’est-ce que provocation envers Sévérac ? Cela se pourrait car tous deux ressentent une forte attirance l’un pour l’autre. Fanette rejoint, l’école terminée, un vieux peintre américain qui lui prodigue ses conseils. Sous l’impulsion de l’institutrice, elle devrait participer à un concours organisé par la fondation Théodore Robinson. La Vieille arpente les rues de Giverny ou surveille du haut de la tour les mouvements du village, après avoir enterré son mari. Il avait été transporté à l’hôpital de Vernon suite à un malaise, et elle a subrepticement débranché les perfusions. Neptune, le chien, se contente de suivre tout ce petit monde, suivant les uns et les autres ou se reposant sous le cerisier dans la cour du bief du moulin. Sylvio, s’il ne possède pas le flair d’un chien de chasse retrouve dans archives une histoire ancienne remontant à 1937, un meurtre perpétré dans des conditions similaires.

Nymphéas2Ce ne pourrait être qu’une banale enquête située dans un lieu prisé par les touristes depuis l’ouverture de la maison et des jardins de Monet en 1980. Le Clos Normand, le Jardin Japonais, et bien entendu l’hôtel Baudy et tous les lieux qui constituent le charme de Giverny, ses ruelles fleuries, son église, sa prairie, ses champs de blés, sont décrits avec la palette d’un peintre impressionniste. Si l’ombre de Monet plane sur ce roman, celle d’Aragon est aussi présente, par le truchement d’un livre, Aurélien, qui trône sur une table de chevet. Mais Michel Bussi ne s’est pas contenté d’une simple visite guidée, et d’une intrigue semi-classique, il a reconstitué une ambiance, des images, introduit des faits divers réels, jouant à l’illusionniste avec un jeu de miroir à trois faces, des reflets qui se répètent et pourtant ne sont pas identiques. Il parsème son intrigue de petits indices que peut relever le lecteur attentif, et son épilogue est subtil tout en étant logique. Une cascade temporelle jonchée de Nymphéas, de rumeurs souvent savamment entretenues concernant des toiles qui auraient existées, qui n’auraient pas toutes été recensées, d’ultimes peintures du maitre, lequel atteint de la cataracte aurait imaginé reproduire des nymphéas noirs, des personnages qui se retrouvent placés en pleine lumière avant de s’évanouir dans la nature, d’amours enfantines, de jalousies, de dénis, d’enquêtes parallèles. Et une voix s’élève dans une narration à la troisième personne, le Je de la sorcière s’immisce dans le récit, tirant les ficelles d’une toile dans lequel l’esprit s’égare, noyant un peu plus le poisson. Et malgré les illusions, les effets d’optique, tout est astucieusement et rigoureusement agencé et lorsque la vérité sort de l’eau, le lecteur ne peut que s’écrier, tel Raymond Souplex dans son interprétation du commissaire Bourrel : Bon Dieu, mais c’est bien sûr !

Michel BUSSI : Nymphéas Noirs. Presses de la Cité

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26 novembre 2011 6 26 /11 /novembre /2011 17:52

“ Les jolies colonies de vacances, merci maman, merci papa… ” comme chantait Psangfamilleierre Perret. Colin n’est pas un accro des colonies, des camps de vacances, des stages et encore moins ceux consacrés à la voile. Et s’il doit remercier quelqu’un, c’est lui même car il est orphelin depuis dix ans. S’il s’est inscrit pour participer à un stage à l’île de Mornesey, c’est qu’une idée bien ancrée dans sa petite tête d’adolescent de seize ans le turlupine : retrouver la trace de son père disparu et dont il pressent que tout ce qu’on a pu lui dire depuis des années ne sont que mensonges et compagnie. Effectuant des fouilles dans les ruines de l’abbaye de Saint Antoine dans l’île de Mornesey avec quelques amis et sa femme, Jean Rémy se serait suicidé en mer après des incidents ayant coûté la vie à trois ouvriers. Sa mère aurait eu un accident de voiture peu après et Colin a été recueilli par son oncle et sa tante. Ses soupçons ont été étayés par de petits indices qui mis bout à bout formaient un faisceau de preuves irréfutables, du moins à son avis.

L’île de Mornesey, située dans la Manche au large de Granville, possède deux particularités : depuis plusieurs siècles une prison y est édifiée, servant autrefois de transit pour les bagnards, mais aujourd’hui encore débordante d’activités. Pour preuve, cette évasion de deux prisonniers, dont l’un est multirécidiviste, donc dangereux, et l’autre devant être libéré dans deux mois. L’autre particularité réside en une légende, celle d’un trésor nommé la Folie Mazarin qui serait caché probablement dans l’un des nombreux souterrains qui traversent l’île de part en part. Tandis que Colin cherche à confirmer ses soupçons, Simon Casanova, jeune agent de sécurité temporaire sur l’île, entame sa petite enquête sur cette étrange évasion. Une investigation qui va le mener loin, très loin, jusqu’à Nice, et qui ne sera pas sans rapport avec les tribulations de Colin.

Sang famille, titre jeu de mots qui rappelle un célèbre roman d’Hector Malot, se révèle justement le prototype même du roman populaire de la fin du XIXème siècle et du début du XXème. Avec son lot de mystères, de courses poursuites, de trésors supposés (ou non), d’un adolescent narrateur, pour une partie du texte, et héros malmené, des méchants, des bons, des personnages secondaires qui ne le sont pas tant que ça. Ainsi Clara employée de mairie à la recherche de l’amour, ou tout au moins une amourette pour faire passer le temps et adepte du karaoké sur ordinateur ou Delpech journaliste indépendant et rédacteur du seul journal de l’île. Quelques bévues et incohérences dans le déroulement de l’histoire émaillent le récit. Pour preuve ce problème de datation : sur la tombe des parents de Colin, il est indiqué que le père est né en 1962 et la mère en 1965, or l’on apprend qu’ils avaient tous deux 19 ans lorsqu’ils se sont rencontrés. D’autres petites erreurs, toujours dans le décompte des années, attireront l’attention du lecteur, mais ce n’est pas grave en soi. Autre petite anomalie, en l’an 2000, puisque l’action se déroule en août 2000, on ne parlait pas encore en euros, et il eu peut-être été plus judicieux de laisser les prix en francs, quitte à signaler la conversion dans une petite note en bas de page. Quoi qu’il en soit, ce roman est très agréable et nous offre plus qu’un roman policier, un véritable roman d’aventures et de mystères.

Sang famille. Editions des Falaises/PTC.

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26 novembre 2011 6 26 /11 /novembre /2011 16:46

6 Juin 1944. 178 rangers, commandés par le lieutenant Dean, se lancent omaha-crime.gifà l’assaut de la pointe Guillaume. Mais avant d’accéder à cette falaise, il leur faut pratiquer une brèche dans un mur construit sur la plage par les Allemands. Trois jours auparavant, un tirage au sort a été effectué, des numéros inscrits sur des bouts de papier, et celui qui se saisira du numéro un partira en premier, et ainsi de suite. La mort quasiment assurée pour les premiers soldats qui s’élanceront avec en prime une caisse d’explosifs à déposer au pied du mur. Si Oscar Arlington a tiré le numéro 4, d’autres ont été plus chanceux, alors qu’il pensait bien échapper au mauvais sort. Tout ça à cause de sa mère, sénatrice, qui voulait absolument que son garçon participe à la guerre ! Ne serait-ce qu’en mémoire de son mari qui est mort des suites de la précédente. De nombreux rangers restent sur le terrain, en ce 6 juin. Alan Woe, lui, est rescapé et soigné par Lison, une jeune fille de la région. Un mois plus tard, Alice Queen, en provenance des Etats-Unis, vient effectuer une sorte de pèlerinage, à la recherche de son amour disparu lors des combats du débarquement. Mais Lucky, le mal nommé en la circonstance, n’est plus. Au dernier moment, alors qu’elle reprend le car, Alan Woe l’aperçoit. Il pense la reconnaître mais c’est trop tard : la jeune femme est repartie, décidée à refaire sa vie ailleurs, en Australie. Vingt ans plus tard, Alan Woe quitte Lison et ce bout de terre qui est désormais sa patrie. De temps à autre il recevait du courrier des Etats-Unis, mais jamais il n’a voulu se confier. Cela fait près de six mois qu’Alan a déserté le foyer normand lorsqu’Alice revient et se lie d’amitié avec Lison. Un groupe de vétérans venus pour commémorer le vingtième anniversaire du Débarquement, et s’ils ne reconnaissent pas immédiatement Alice, son nom leur rappelle des souvenirs. Notamment celui de Larry et de l’étrange marché passé avec Oscar Arlington. Oscar avait tiré le numéro 4, Larry le 148 et les deux hommes avaient inversé leur sortie de la péniche. Contre une forte somme d’argent. Argent qui n’aurait jamais été versé. Alice décide alors de renter aux USA et de retrouver Oscar et récupérer son dû. Pour cela elle requiert les services d’un détective privé. Mais les chausse-trappes s’accumulent et les morts aussi.

omaha crimeMichel Bussi nous entraîne en de multiples allers et retours de ce coin de Normandie, entre Isigny sur mer et Colleville, là où a été édifié le célèbre cimetière américain d’Omaha Beach, aux Etats-Unis, dans de petites villes dans une sorte de road-movie, de 1945 à 1975 pour le principal de roman. Si au début j’ai pensé, malgré moi, à une nouvelle version de La Lune d’Omaha de Jean Amila, bien vite j’ai été rassuré, car en prenant pour base le même thème Michel Bussi a su le renouveler et l’exploiter différemment. Avec une tension qui ne cesse de croître, jouant avec les sentiments, ou ressentiments des personnages. Seul bémol, il est dommage que l’auteur ait confondu à un certain moment Isigny sur mer, célèbre pour ses caramels, et Isigny le Buat, petite ville du sud de la Manche, située au fin fond des terres. Ce n’est qu’un petit détail dont ne s’aperçoivent pas forcément les lecteurs, mais qui peut faire froncer les sourcils des gens du cru.

Michel BUSSI : Omaha crimes. Editions des Falaises /PTC.

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