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3 janvier 2012 2 03 /01 /janvier /2012 13:07

Bon anniversaire à Isaac Asimov né le 2 janvier 1920 !

Si Isaac Asimov est considéré, à juste titre, comme l’un des maîtres de la science-fiction, il ne faut pas oublier qu’il a également écrit des nouvelles et quelques romans policiers. D’ailleurs dans certains de ses romans de SF dont Les Cavernes d’acier et Face au soleil il marie science-fiction et trame policière avec virtuosité. Aussi cet Omnibus rééditant l’intégralité des nouvelles policières consacrées aux Veufs Noirs, ne pourra qu’être un régal pour lesasimov.GIF amateurs des deux genres. Des nouvelles policières admirables par leur conception et, n’en déplaise aux puristes, même s’il n’y a pas de cadavres nichés dans ces textes, elles peuvent être cataloguées comme policières puisque la déduction et la réflexion seules résolvent les problèmes proposés. Des problèmes qui de mineurs vont crescendo et l’on assistera à des véritables affaires d’espionnage. Mais quel est ce club des Veufs Noirs qui est également le titre du premier recueil de cette série ? S’inspirant d’une association ayant réellement existé Isaac Asimov met en scène six personnages qui ont l’habitude de se retrouver en célibataires, une fois par mois autour d’une bonne table. A tour de rôle chacun d’eux amène un invité qui est quelque sorte mis sur la sellette et tous ensemble tentent de résoudre une énigme ayant trait le plus souvent à cet invité. Mais s’ils ne découvrent pas la solution, se perdant en conjectures, et ce n’est pas faute de leur part d’essayer, Henry leur serveur attitré la leur offrira comme sur un plateau, l’ayant déchiffrée de manière simple mais efficace, selon l’axiome holmésien : lorsque toutes les possibilités ont été envisagées et écartées, la seule qui reste est la bonne. Ou quelque chose d’approchant. Ces histoires, ces énigmes sont le plus souvent axées sur des recherches de trésors cachés, d’héritages à découvrir à l’aide de rébus apparemment inexplicables, de vagues histoires d’espionnage, de calculs savants dont la logique se trouve bousculée, pour ne pas dire bafouée, par des décisions humaines pas indubitablement abusives. Des histoires qui flirtent aussi bien avec l’énigme et le policier qu’avec la science-fiction. Des nouvelles réjouissantes et rafraîchissantes face à la débauche de meurtres et de fureur des romans noirs, mais à consommer avec modération, car le risque de saturation existe. Un opus que l’on peut reprendre entre deux romans, et alors le sel s’en trouvera renforcé. Les explications, les commentaires d’Asimov après chacune de ces historiettes sont en elles-mêmes des moments de lecture fort agréables pour leur humour à la fois naïf et légèrement mégalo. Dans l’une d’elles, intitulée Un meurtre ? Rien de tel, j’ai relevé ce court extrait significatif dédié spécialement aux intellectuels qui se prennent trop au sérieux :

asimov2.jpg« Pourquoi n’écrivez-vous pas un best-seller une bonne fois pour toutes ? Si vous vous contentez d’écrire des romans policiers pour un public restreint, vous ne ferez jamais fortune.

-Vous croyez que je ne suis pas capable d’écrire un best-seller ? Je peux le faire quand vous voudrez. J’ai analysé ça. Pour écrire un best-seller, il faut viser l’un des deux seuls marchés assez importants pour assurer le succès : les femmes au foyer ou les étudiants. Le sexe et les scandales attirent les femmes au foyer ; le pseudo-intellectualisme les gamins des universités. Je pourrais y arriver, dans un cas comme dans l’autre, si je le voulais, mais le sexe et le scandale ne m’intéressent pas et je ne veux pas faire l’effort d’abaisser mon intellect au point de le rendre pseudo».

Etonnant, non ?

Isaac ASIMOV : Les Veufs Noirs. Editions Omnibus. Contient : Le Club des Veufs Noirs, Retour au club des Veufs Noirs, Casse-tête au club des Veufs Noirs, A table avec les Veufs Noirs, Puzzle au club des Veufs Noirs. 1104 pages. 28€.

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2 janvier 2012 1 02 /01 /janvier /2012 13:50

GUIEU Jimmy , de son véritable pseudonyme Henri-René Guieu, est né le jimmy-guieu.jpg19 mars 1926 à Aix en Provence, et est décédé le 2 janvier 2000 dans des conditions mystérieuses selon certaines sources. Jimmy Guieu a également écrit sous les noms de Dominique Verseau, Claude Rostaing, Claude Vauzières et conjointement avec Georges Pierquin sous le nom de Jimmy G. Quint, des romans d’espionnage.

A l’âge de sept ans, une tante l’a abonné à une revue pour enfant et c’est ainsi qu’il a été fasciné par la lecture. Trois ans plus tard, un camarade de la cour d’école, un grand comme il l’appelait, et qui s’intéressait à l’alchimie et à la philatélie l’initie à l’ésotérisme. En réponse à l’avalanche de questions passionnées que Jimmy lui posait, ce “ grand ” (Guy Ehmard, âgé de 16 ans) lui répondit : ”étudie et tu comprendras ”.

Impressionné par la forte culture de ce “ grand ” qui sut donc l’intéresser au monde étrange de l’occultisme et de la Tradition, Jimmy Guieu éprouva à son contact la soif d’en savoir davantage, non seulement en ces domaines mais aussi par une sorte d’effet boule de neige, sur l’archéologie, la géographie, la géologie, la chimie (file moderne de l’alchimie), l’astronomie, voire la psychiatrie… L’occupation, la barbarie nazie le révoltent et à l’instar d’innombrables jeunes, il entre dans la Résistance.. à l’âge de seize ans et demi ! A dix-huit ans, il est instructeur de sabotage et agent d’un réseau-action opérant dans le Midi de la France. Arrêté par la Gestapo, interné à la prison des Beaumette (Marseille), désigné pour la déportation, il simule la folie, berne deux psychiatres allemands et se voit libéré… pour reprendre aussitôt du service et gagner le maquis de Dompierre-sur-Yon (Vendée). A la Libération,  il doit alors songer à gagner (fort mal) sa vie en devenant représentant de commerce en toutes sortes de camelotes infâmes (nous sommes en 45-46) puis en faisant de l’assurance, voire de la photo-stop sur la voie publique. Il s’orienta un temps vers l’import-export et séjourna au Maroc (Tanger et Casablanca). A son retour en France il devint l’imprésario d’un orchestre, puis son animateur et chanteur (Fleuve Noir Info N°53 – 1969).

Guieu-Jimmy-La-Grande-Epouvante-Livre-754724238_ML.jpgEn 1952 Jimmy Guieu écrit son premier roman : Le pionnier de l’atome. Qu’il regrette fort d’avoir écrit dans un style qu’il juge sévèrement aujourd’hui…, après dix-sept ans de métier, il est vrai (FNI 53). En 1953, il publie deux ouvrages documentaires qui font autorité : Les soucoupes volantes viennent d’un autre monde et Black-out sur les soucoupes volantes lequel est préfacé par Jean Cocteau.

A partir de 1947, Jimmy Guieu est captivé par le phénomène des soucoupes volantes et devient l’un des pionniers de l’ufologie européenne. Et dès 1951 il collabore aux premières enquêtes des chercheurs français et étrangers, fondant l’IMSA (Institut Mondial des Sciences Avancées – World Institute of Advanced Sciences). En 1993 il participe à la création de l’UECDS (Union Européenne de Chercheurs pour le Droit de Savoir) et est nommé conseiller technique. Il est en outre consultant du CEOF (Centre d’études OVNI/France). Ce chemin, ou plutôt une autoroute parcourue par Jimmy Guieu, débute au Fleuve Noir par des documentaires et des romans dits d’anticipation. Parmi les documentaires qu’il a écrit, sa préférence allait Nos Maîtres les Extra-terrestres, ou EBE, parce que, et je cite madame Lucia Guieu : faisant preuve d’une clairvoyance peu commune et une grande soif de vérités, il se sentait impliqué pour la défense du droit de savoir. L’on ne s’étonnera pas dans ce cas que ses deux livres de chevet étaient la Bible et Le matin des magiciens de Berger et Pauwels. En littérature en général il aimait aussi bien le fantastique, l’ésotérisme, la parapsychologie et les auteurs français et anglo-saxons travaillant sur l’ufologie.

Afin de mieux connaître la personnalité, plongeons nous dans un article du Fleuve Noir Informations (n°138-1979) via quelques questions dites indiscrètes posées par Bernadette Laffont.

-      Comment avez-vous été amené à écrire des romans d’anticipation ?
En lisant Pascal. La fameuse “ Pensée ” : ”Qu’est-ce que l’homme dans la nature ? Un néant à l’égard du néant, un milieu entre rien et tout ”.

-      A quel âge avez-vous commencé d’écrire ?
A douze ans, un feuilleton que je contais à mes copains de classe contre la modique somme de 25 centimes l’épisode. Ne l’ébruitez pas : je n’ai jamais déclaré ces droits d’auteur à mon percepteur !

-      On m’a dit que vous avez été chanteur de charme ?
J’ai été chanteur de charme, c’est une autre histoire, de 1948 à 1951.

-      Quel genre aviez-vous adopté ?
Je m’efforçais d’imiter deux chanteurs que j’aime beaucoup : notre ami Henri Salvador et Georges Ulmer.

-      Avez-vous beaucoup voyagé ?
Durant la guerre, membre d’un réseau du S.R.., j’ai fait une quinzaine de fois le tour de France pour assurer des liaisons ; par la suite, j’ai parcouru l’europe et l’Afrique. Un bref séjour aux States, un autre à Tahiti.

-      Quelles langues parlez-vous ?
L’anglais (avec l’accent américain !), l’espagnol, l’italien, quelque peu le tahitien…

-      Où Allez-vous chercher les noms étranges de vos personnages extra-terrestres ?
Dans le “ code national français ”, un monumental ouvrage servant à coder les câbles ou lettres intéressant le commerce d’import-export. Dans les innombrables groupes de consonnes et de voyelles formant des onomatopées bizarres, je choisis ceux qui me paraissent les mieux “ prononçables ”, je les divise, les associe ou les transforme afin d’obtenir des noms “ propres ”.

-      En dehors de la littérature, quelle profession auriez-vous aimé exercer ?
Celle d’archéologue ou d’électronicien.

-      Comment travaillez-vous ?
Le matin, en général, mon courrier, des articles pour la presse ou préparation d’émissions radiophoniques. De 13 heures 30 à 21 heures, ponte quotidienne. Reprise du chapitre en cours à 22 heures jusqu’à minuit ou davantage. Ensuite, un soir sur deux, j’étudie un ouvrage scientifique. Les autres soirs, une heure de détente avec un Anticipation, un Policier ou un Espionnage.

-      Croyez-vous vraiment à l’existence des soucoupes volantes ?
 Croyez-vous vraiment que la Terre tourne ? La négation de cette question procède du même esprit que la négation de la précédente.

-      Avez-vous une devise ?
“ Hors des cages de la vie, il n’est d’issue que le savoir ”. H.G. Wells.

-      A travers vos romans, l’on sent cette confiance en un avenir meilleur pour l’humanité. Est-ce votre propre conviction ou bien un simple décor littéraire ?
L’humanité, cela ne date pas d’hier, est soumise à un phénomène de croissance. Tout comme chez l’individu, elle traverse des périodes crises cycliques, mais son évolution générale va en s’améliorant, quoi qu’on en dise. Nous connaîtrons encore quelques remous, certains catastrophiques et à l’échelle planétaire : de ces convulsions, psychiques ou matérielles, naîtra une espèce nouvelle, sans doute meilleure et différente sur le plan mental, psychique. Déjà certains indices annoncent cette race.

Jimmy Guieu, reconnu comme l’un des piliers de la collection Anticipation Guieu-Jimmy-La-Voix-Qui-Venait-D-ailleurs-Livre-164816830_M.jpgdu Fleuve Noir, est un auteur à part, car sa Science-fiction aborde des problèmes capitaux qui concernent directement notre Terre et notre Epoque, même s’ils semblent avoir pour cadre une lointaine planète perdue dans un passé et un avenir accessible à tous. L’univers “ guieuvien ” est celui des mystères qui entourent les Origines, le Présent, et le Devenir de la race humaine. Chaque roman de cet auteur est un “ message ”. Guieu pressent une grande Vérité cachée, et son but est plus de communiquer au lecteur les hypothèses les doutes qui lui viennent à l’esprit, que de faire œuvre de simple romancier. C’est un prédicateur qui a choisi cette voie comme d’autres choisissent le porte à porte (Jean Giraud dans Horizons du Fantastique).

Si le grand axe qui régit l’œuvre de Jimmy Guieu est la visitation et la surveillance de la Terre par des êtres d’une autre planète qui ne cherchent qu’à favoriser en secret l’épanouissement de l’homme voir (Anticipation N° 31, 36, 41, 45, 47, 51 54, 58, et 72) au travers des aventures de Jean Kariven et ses amis, quatre autres thèmes sont également abordés : la mise en garde quasi permanente contre l’utilisation inconsidérée de l’énergie atomique, le danger que représente l’accumulation de ses radiations, son côté humaniste et sa haine du racisme sous toutes ses formes, et le rôle joué par les sociétés secrètes, Temple et Alchimistes par exemple. Sans oublier que l’œuvre de Guieu pose cette question fondamentale et récurrente : Que va devenir la race humaine ?

Comme le souligne toujours Jean Giraud dans son article :Héritier de Charles Fort et précurseur dès 1954 du Matin des Magiciens, en raison de sa foi en l’avenir de l’homme et parce que pour lui espoir et confiance ne sont pas des mots vides de sens, Monsieur Guieu mérite qu’on l’admire et qu’on le respecte en tant qu’Ecrivain de Science-fiction à part entière.

Jimmy-Guieu.JPGIl ne faut pas oublier non plus que Jimmy Guieu fut conférencier, producteur radiophonique, et de Radio-Monte-Carlo à l’ORTF de Marseille, le spécialiste des émissions de vulgarisation scientifiques, de documentaires et d’émissions pour les jeunes. Il produisit également un mardi sur deux, à 19H30, les carrefours de l’étrange une émission qui passionna les auditeurs, et assura une rubrique de l’insolite dans la revue Provence-Panorama. En 1954 L’homme de l’espace reçut le Grand Prix du Roman de Science-fiction et en 1969 L’ordre Vert le prix du roman ésotérique.

Les dictionnaires consacrés à la Science-fiction oublient souvent l’apport des auteurs français, oblitérant leur popularité parce que justement ils étaient trop populaires pour la masse de lecteurs friands d’évasion. Jimmy Guieu n’échappe pas à la règle et Roger Bozzetto écrit, dans La Science-fiction, l’encyclopédie de poche dirigée par Denis Guiot, J.P. Andrevon et G.W. Barlow (MA éditions – 1987) : c’est la cohorte des J. Guieu, des Richard-Bessière, des M. Limat, etc. à qui l’on ne peut rien reprocher que d’être des contre exemples pour la S.F. à un moment (depuis 1960) où elle se veut une dimension originale de l’imagination, et se présente comme “ fiction spéculative ”.

La jalousie des uns est toujours attisée par le succès des autres, et les critiques peuvent décrier tel ou tel auteur, telle ou telle production, tel ou tel ouvrage, la vox populi aura toujours raison. Et si Jimmy Guieu eut pendant cinquante ans, et en a encore aujourd’hui, malgré l’oubli et le rejet des intellectuels de la S.F., c’est peut-être justement parce qu’il a su toucher la corde sensible à travers ses écrits, qu’il a su donner une quatrième dimension à la littérature d’évasion.

Richard D. Nolane a publié un très bel article sur Jimmy Guieu que vous pouvez retrouver ici. Les éditions Rivière Blanche proposent quelques romans et nouvelles inédites de Jimmy Guieu. A découvrir ici.

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31 décembre 2011 6 31 /12 /décembre /2011 14:43

diabolique.jpgSi les grandes métropoles ont mauvaise réputation en matière de criminalité, Paris, Marseille, Lyon et d’autres, il ne faut pas croire que nos belles campagnes soient virginales. Mais les affaires de meurtres sont plus diffuses, moins spectaculaires, moins médiatiques dans l’ensemble. Sauf cas rares ou lors de disettes journalistiques. Pourtant si l’on s’intéresse un tant soit peu aux faits-divers ruraux, d’hier et d’aujourd’hui, on peut s’apercevoir que ceux-ci constituent un véritable réservoir de source d’inspiration pour les auteurs de littérature policière.


Viviane-Janouin-Bénanti s’est forgée au cours de ses nombreuses recherches comme un auteur de premier plan dans la traque des criminels dont la petite histoire regorge, et ses ouvrages sont mi-récits, mi-fictions romanesques. Son dernier opus ne déroge pas à cette règle. Il emprunte à une histoire réelle qui s’est déroulée en Alsace, près d’Altkirch, au milieu du XIXème siècle.


Antoine Groguth vit seul, avec une servante, dans le petit village de Waldighoffen et traîne derrière lui une réputation de malandrin. Rien d’avéré, mais les rumeurs courent comme quoi il serait un contrebandier. D’ailleurs sa plus proche voisine, toujours collée derrière sa fenêtre l’a aperçut à plusieurs sortant le soir et ne rentrant que le lendemain matin, à cheval avec des musettes pleines ou vides selon les cas. Antoine n’a cure des ragots, et les remontrances du curé ne le touchent guère même s’il s’emporte rapidement. D’ailleurs il ne va jamais à confesse. Pourtant il va bien falloir qu’il se prête au bon vouloir du prêtre car il s’est mis en tête de se marier avec Madeleine, une fille simplette âgée de cinquante ans. Sa mère, madame Eglin, tient l’auberge florissante du village et c’est bien ce commerce qui attire la convoitise d’Antoine. Madeleine a été mariée, elle est veuve, mais à cinquante ans elle est restée une gamine, s’occupant de ses oiseaux dans la volière que sa mère lui a fait construire dans le jardin.

Une fois marié, le maire et le curé ayant été obligés de se résoudre à appliquer les conditions qu’il a fixées, Antoine est enfin le propriétaire de l’auberge. Pas tout à fait quand même car la mère Eglin, à soixante-dix ans passés, est vive et alerte. Il se contente de vérifier les livres de compte et d’empocher un dixième de la recette. Il ne vit pas avec sa femme, ce qui n’offusque pas celle-ci trop occupée à ses jeux de gamine. Alors il imagine un subterfuge pour éliminer sa belle-mère devenu trop encombrante. Son dessein mené à bien, et malgré l’affliction dont il fait preuve, quelques ragots ne sont pas longtemps à se propager. Mais feutrés car tout le monde se méfie d’Antoine. Et les ragots sont rapidement démentis par sa duplicité. La vie continue son bonhomme de chemin, ponctuée par un nouveau décès. Car Antoine, qui ne se contente pas de l’auberge, a des visées sur la fille du boucher d’un village voisin, et comme la jeune fille recherche activement un mari, ses vingt-huit printemps commençant à lui peser, elle n’hésite pas à lui promettre sa main et autre chose malgré les avis négatifs de son père.

A la fin des années 1840, la famine sévit. Antoine Groguth se révèle un meneur d’hommes. Il encourage quelques-uns de ses concitoyens à organiser une expédition de représailles envers une partie de la population de Durmenach. Leur but, s’emparer des biens des Juifs qui y résident et tant pis si ceux-ci résistent ou n’ont pas eu le temps de s’enfuir, ils termineront sous forme de cadavres.

Tel père tel fils affirme le proverbe. Antoine, le fils d’Antoine, quelques années plus tard prendra le même chemin que son père.


Dans ce nouveau roman, issu je le répète d’une histoire vraie, Viviane Janouin-Benanti met en scène ce genre de gredins qui sévissaient dans les campagnes, des marginaux qui n’ont pas fait grand bruit dans l’actualité mais beaucoup de dégâts. Cette histoire est narrée avec verve, avec réalisme, avec ce petit plus alerte et vivant dans le style qui fait que le lecteur passe allègrement du récit au roman et vit par procuration cette chronique ordinaire d’un village tranquille en apparence et dont les foyers couvent un feu destructeur.

Vivianne JANOUIN-BENANTI : Les Diaboliques de Waldighoffen. Editions Du bout de la rue. 226 pages. 20,00€

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31 décembre 2011 6 31 /12 /décembre /2011 10:36

De son véritable patronyme Martiniani Marc, né à Toulon le 30 décembre 1 9M.-Malte.JPG67, Marcus Malte habite depuis plus de quarante ans à La Seyne sur mer. Après un bac littéraire il se tourne vers le 7ème art, obtenant une licence d’études cinématographiques et un CAP de projectionniste. Il également été musicien, thème qui se retrouve dans ses livres. Il aime la vie, les hommes, les femmes et le reste. Ce qui l’amène à déclarer “ rien d’extraordinaire dans ma vie ! » Il lit depuis qu’il sait lire et écrit depuis qu’il sait écrire. Une profession de foi. “C’est essentiellement une question de plaisir (pour moi et pour essayer d’en procurer autour de moi). Je ne cherche pas particulièrement à faire du Noir ou de la littérature pop. C’est ainsi ou plutôt je fais ce que je peux ! ”

Si on lui demande parmi sa production quel est l’ouvrage qu’il préfère, il répond modestement : Aucun de mes romans ne plaît entièrement. Seulement quelques phrases dans chacun. Quand j’en aurai écrit 200, je rassemblerai peut-être les meilleurs morceaux. Dans le domaine littéraire, il privilégie le polar, le roman noir. Mais il n’est pas toujours certain que ce soit de la littérature populaire. Sinon tout, quand c’est bon avec toutefois une préférence pour Giono, qu’il met au dessus du lot. Parmi les romanciers plus spécifiquement noirs ou policiers, il aime à l’instar de beaucoup de ses confrères Chandler, Goodis, Manchette. Mais il professe surtout une vive admiration pour Frédéric Dard/San-Antonio. Une anecdote qu’il narre volontiers : ”Le premier de ses bouquins sur lequel je suis tombé s’appelait San-Antonio chez les Gones. Il traînait depuis un bon moment entre les deux banquettes de la vieille voiture de mon père. Je l’ai ramassé, dépoussiéré, ouvert, j’en ai lu une partie, puis je me suis arrêté et l’ai mis de côté. Parce que j’avais 12 ans. Je sortais à peine du Club des Cinq et de Fantômette. San-Antonio, je n’y comprenais pas grand chose. Sa langue, son style, ses mots, tout ça, c’était trop nouveau pour moi, trop original. Une explosion. Je sentais que beaucoup de choses me dépassaient, je sentais en même temps que c’était dommage, parce que c’était précieux et qu’il n’en fallait rien perdre. Bref, ce n’était pas le moment. Patience. J’y suis revenu quelques années plus tard. J’y suis encore et toujours. ”


Mais Marcus Malte ne fait ni du San-Antonio, ni du Frédéric Dard. Il écrit du Malte, se bonifiant à chaque livraison. Il débute dans la collection Noirs du Fleuve Noir avec Le doigt d'Horace (1996,) puis Le lac des singes (1997) mais Carnage Constellation (1998) est sans aucun le roman qui aurait dû mériter un prix en 1998, de par cet humanisme qui s’en dégage, sa construction fouillée, travaillée, ses personnages qui tentent de se surpasser tout en refusant le titre de héros. Et, sans vouloir déflorer l’intrigue et l’atmosphère de ce roman, disons que Marcus Malte a écrit des morceaux d’anthologie dans lesquels l’amour prend le pas sur l’érotisme. Ensuite il émigre aux éditions Zulma où là encore, il se fait remarquer par des ouvrages emprunts de poésie, de musique, gardant son style particulier, et ses personnages décrits tout en émotion : Et tous les autres crèveront, La part des chiens, Mon frère est parti ce matin..., Intérieur nord, Garden of love, Toute la nuit devant nous. Garden of love est peut-être le roman qui aura le plus marqué les lecteurs et obtenu une grande diffusion nationale, sortant du carcan des amateurs de romans noirs, obtenant le Grand Prix Littéraire des lectrices de ELLE 2008. Mais Marcus Malte écrit aussi des romans pour enfants et adolescents, publiés chez Syros ou Pocket Jeunesse.


Mais cet article ne serait pas complet sans la chronique de son dernier roman paru en janvier 2011 à la Série Noire avec pour titre tout l’univers musical de Marcus Malte :  Les Harmoniques.

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31 décembre 2011 6 31 /12 /décembre /2011 10:31

Pour Mister, pianiste de jazz, il n’y en a pas, de mystère. Des cachotteries harmoniques-copie-1.jpgtout simplement, un détournement de la vérité. Véra Nad, d’origine yougoslave, est morte brûlée vive. Son corps a été retrouvé dans un entrepôt et les coupables appréhendés. L’histoire pourrait s’arrêter là, mais Mister ne croit pas du tout à la version dite officielle. Les deux hommes étaient de petits dealers et ont argué la version d’une dette. Mais entre la découverte du corps et l’arrestation des soi-disant coupables il ne s’est passé que 72 heures.

 

La police est efficace, certes, mais à ce point, c’est difficilement compréhensible. Mister soupçonne que les deux meurtriers ont mal négocié leur contrat, que quelqu’un est derrière tout ça, bref des coupables désignés comme écran de fumée. Se souvenant que Véra, son amie Véra qu’il n’a pas bien connue, dont il ne sait s’il est amoureux, se rendait parfois à l’Atelier Lazare où elle suivait des cours de théâtre. Il se renseigne sur place auprès d’une jeune femme prénommée Karima. Celle-ci accompagnée d’un homme mutique délivre des infos, peu, à regret. Toutefois Mister reçoit dans le cabaret où le soir il se produit un appel téléphonique anonyme émanant d’une jeune femme lui suggérant d’aller visiter une galerie d’art. Sur place, Mister est soufflé : douze toiles représentant Véra sont accrochées et accessoirement à vendre. Sur la première Véra est en gros plan, un corbeau volant dans le lointain ; sur la dernière le corbeau prend toute la place et Véra n’est plus qu’une silhouette dans l’iris du volatile. En compagnie de son ami Bob, agrégé de philosophie, discipline qu’il enseigna pendant vingt ans avant de passer le relais, et devenir chauffeur de taxi dilettante à bord d’une 404 déglinguée mais qui roule toujours contre vents et marées, Mister va tenter de remonter une piste qui pourrait partir du peintre, de la drogue, mais prend peut-être sa source ailleurs, dans la poudrière des Balkans.


Ce Beau Danube Blues (sous-titre du roman) est un véritable concert avec des moments, des passages, des mouvements qui se montrent tour à tour, ou simultanément : fort, orageux, doux, champêtre, shakespearien, politique, pictural, et dont je me permets de vous en dévoiler quelques morceaux choisis, le tout formant une sorte de pot-pourri. D’abord, le chapitre 1, qui est un peu le prologue, pourrait être considéré comme un chapitre pour rien. Pour moi, c’est un peu la symbolique musicale, lorsque deux exécutants se mettent au diapason, règlent leurs instruments, répètent leurs gammes, leurs arpèges, afin de se mettre à l’unisson, de chauffer la salle, avant le début véritable du récital. Une improvisation primesautière est incarnée par la répétition d’une petite troupe théâtrale, la comédienne entonnant son texte en pédalant sur un vélo d’appartement, son compagnon de scène, grassouillet, ponctuant ses réparties avec une télécommande à la main. Les cuivres se déchaînent, entraînés par les grosses caisses des fanfares, lors de l’évocation de Vukovar et des événements tragiques dont la Serbie, La Croatie et la Bosnie furent les exécutants. La partie pastorale, genre Poète et paysan de Von Suppé dans un arrangement pour trois instruments, avec à la grosse caisse, celle de la batterie, le paysan, la partition au piano de Mister et aux cymbales et à la pédale Charleston Bob le taxi. Des solos en alternance, interprétés par Véra, comme le violon tzigane qui déroule un destin, pas plaintif mais pas joyeux non plus, comme des soupirs entre les différents mouvements, des lamentos, enjoués ou tragiques. Un duo accordéon-guitare de musiciens issus des Balkans, jouant dans le métro apporte la touche exotique, contraste entre vieux et jeune, aux accords d’à-peu-près, de fausses notes, mais empreints de fougue et d’enthousiasme afin de récolter quelque menue monnaie et qui se montreront indispensables dans un domaine où la musique est supplantée par des coups de gong. La partie politique, partition jouée au tuba, pointe le ministre de l’Intérieur, un certain Karoly, décrit en ces mots par Karima : « C’est un arriviste. Un affairiste. Un menteur, un hypocrite, un égoïste, un manipulateur, un pervers. Méprisant avec les faibles, servile avec les puissants. Il n’a aucun scrupule. Aucune morale ». Il est évident que ce rôle de composition ne saurait être attribué à un personnage existant ou ayant existé.


Quelques muharmoniques-copie-1siciens de réputation internationale sont également invités : Gerry Mulligan, Herbie Hancock, John Coltrane, Bill Evans, Billie Holiday, les frères Adderley…


Marcus Malte rend un petit hommage également à Pascal Garnier dont il fut le compagnon de route chez Zulma. Pas un hommage appuyé, en mettant en scène un personnage portant ce nom. Tout simplement en lui attribuant un nom de rue, ce qui est quand même une certaine reconnaissance.

Après Le doigt d’Horace et Le lac des singes, voici donc le troisième volet consacré à Mister, un pianiste de jazz noir, qui parfois s’empêtre dans ses soupçons, ses déductions hâtives, ses doutes, ses humeurs. Qui est remis sur la portée par son ami Bob. Peut-on penser que d’autres histoires s’ensuivront jusqu’à former une dodécalogie, comme la dodécaphonie, les douze mesures du blues ? Pourquoi pas si l’on se fie à Mister lui-même : « Tu ne m’avais jamais raconté cette histoire, reprit Bob. - Faut bien que j’en garde quelques unes pour nos vieux jours ».


Marcus Malte se fait rare, il prend son temps pour affiner son intrigue, son style, et le résultat est époustouflant. Marcus Malte n’écrit pas un roman, il le vit. Et les lecteurs vivent avec lui, en même temps que lui, devenant musiciens sans instruments, acteurs sans paroles, mimes en symbiose. Quelqu’un a écrit, je ne sais plus qui et ce n’est pas important : un livre, ça se mérite. Une belle phrase, mais creuse, une affirmation à l’emporte-pièce. Un livre, ça s’achète, ça se donne, ça se prête, ça s’offre. Mais un lecteur, oui, ça se mérite. Ça s’agrippe, ça se séduit, ça se fidélise. Et nul doute que Marcus Malte parvienne à emporter plus encore l’adhésion de nombreux lecteurs avec Les Harmoniques, même si ce roman est publié dans une collection plus ciblée que l’était Garden of love, qui a multiplié les récompenses. A méditer cette citation :Quand un être humain cesse d’en être un pour devenir une icône, c’est la porte ouverte à tous les fanatismes (page 64).

Vous pouvez retrouver un portrait de Marcus Malte ici.

Marcus Malte : Les Harmoniques. Série Noire, éditions Gallimard.

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30 décembre 2011 5 30 /12 /décembre /2011 13:37

Avant de vous présenter, dans quelques jours le nouveau roman de Laurent Whale, qui s'intitule Les étoiles s'en balancent, je vous propose la chronique que j'avais effectuée lors de la parution de son premier roman.

Zéar, contrôleur au Service de Contrôle des Taxes Commerciales, préfère les grands psychomorphes.jpgespaces à une promotion qui le cantonnerait dans un rôle d’agent administratif. Au bout de quelques jours de repos dans la mégalopole de Novo-Pétersbourg, il commence à s’ennuyer dans la grisaille ambiante. Alors qu’il songe à partir en vacances sur Paradis 5, un importun force la porte de son appartement. L’homme dit être originaire de Bristo IV, une planète qui profite de ses ressources naturelles pour pressuriser ses voisines, et déclare être un envoyé secret pour revoir les prix d’une matière première très prisée à la baisse. Zéar est interloqué mais en aucun il ne peut refuser de servir d’interlocuteur privilégié, quoiqu’il se demande pour quoi lui. Endetté à cause de sa passion du jeu, il a le couteau sous la gorge. Seulement le véhicule de son correspondant est désintégré avec son occupant et Zéar pressent que lui aussi va sous peu être la cible de la GouvPo. Il se réfugie en catastrophe dans un entrepôt de l’aérodrome et est pris en charge par des ados en marge de la société, non sans avoir auparavant fait ses preuves. Sa cavale commence et n’est pas près d’être terminée, sautant comme une puce de planète en planète, d’autant qu’il a compris, un peu tard, qu’il était le jouet d’une manipulation. Mais dans quel but ?

Laurent Whale est un jeune auteur prometteur qui n’aurait pas déparé dans la défunte et prestigieuse collection Anticipation du Fleuve Noir. Il sait mettre en scène ses personnages, les faire évoluer dans des situations pour le moins ardues, complexes, obscures, parfois tragiques, souvent épiques, et relance sans cesse l’action. Il possède des idées foisonnantes qu’il maîtrise avec brio.

WHALE Laurent : Le chant des Psychomorphes. Editions Rivière Blanche, collection Blanche n°2024. 192 pages. 17€.

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29 décembre 2011 4 29 /12 /décembre /2011 14:46

requiem.gifLa Seconde Guerre Mondiale fourmille d’épisodes sanglants, largement narrés dans les manuels d’histoire, les récits dus à des historiens consciencieux ou dans les revues consacrées à cette période, les témoignages et les biographies d’auteurs célèbres ou non. Des romanciers aussi se sont attelés à faire revivre ces péripéties violentes, parfois dans des collections populaires dédiées aux faits de guerre imaginaires mais empruntant à la réalité. Les collections Feu du Fleuve Noir, Baroud de l’Arabesque, et Gerfaut Guerre par exemple. Mais souvent c’étaient les batailles, les combats, les engagements entre deux fractions, les mêlées furieuses entre combattants, qui primaient, le spectaculaire prévalant sur les petites touches d’humanisme qui parfois pouvaient étreindre des blessés gisant entre deux camps.


Renée Bonneau a choisi une autre démarche pour construire son roman-récit. Comme un huis-clos dans l’abbaye cistercienne de Casamari, située non loin de Monte Cassino où s’affrontèrent durant quelques mois, de janvier à mai 1944 exactement, l’armée allemande et la coalition anglo-américaine, puis les armées françaises et polonaises. Le monastère de Monte Cassino fut une cible privilégiée des assaillants visant à déloger les soldats allemands qui étaient supposés s’être réfugiés dans l’abbaye. Ce qui était une erreur de tactique et des suppositions non fondées et lorsqu’il ne resta plus que des ruines, les décombres servirent de positions privilégiées aux tireurs allemands pour contrer l’offensive alliée. Les morts et les blessés des deux camps furent légion.


C’est dans l’abbaye cistercienne de Casamari, proche des lieux des combats meurtriers que des soldats allemands furent soignés, durant quelques semaines, attendant une improbable ambulance, des médicaments, le rapatriement.


Le père Mattéo prend sous son aile un jeune soldat autrichien sérieusement blessé à l’épaule et au ventre, parmi la quinzaine de patients qui attendent d’être rétablis. Certains se guérissent plus ou moins bien, d’autres s’arrangent avec leur handicap, s’adaptent avec leurs infirmités, perte de la vue ou de la mobilité. Les moines prélèvent dans leur jardin des simples afin d’atténuer les souffrances, la morphine dont ils disposent étant restreinte. Le père Mattéo est un interlocuteur privilégié, son père ayant été employé auprès de riches Allemands installés en Italie et auprès desquel il a appris la langue. Il peut communiquer avec les patients et particulièrement avec Franz son jeune protégé. Il s’aperçoit que dans son sommeil celui-ci tapote des doigts, comme s’il scandait la mesure. Franz a étudié la musique, pratiquant le violoncelle, et pour lui faire oublier la douleur qui le ronge, un des moines qui fut dans une autre vie concertiste, interprète à l’orgue des œuvres de Schubert ou Bach. Ils échangent leurs souvenirs, évoquent un possible retour à la vie civile, leurs espérances, tandis qu’en dehors du couvent les affrontements continuent. Les soldats de la Wehrmacht se replient, suivis par les SS aidés par les fascistes italiens, ne laissant derrière eux que désolations et représailles. Les Partigiani, les résistants italiens les talonnent malgré les carnages effectués auprès des civils.


Ponctuées par les cris des blessés dont la souffrance ne peut être jugulée, les journées défilent entre compassion, fraternité, dignité et mensonges pieux. La guerre semble s’être arrêtée aux portes du couvent, mais ce n’est qu’un leurre et les soldats ainsi que les civils continuent à être décimés. Pourtant c’est bien l’humanisme qui prévaut dans cette petite communauté et Renée Bonneau décrit ces longues journées sans prosélytisme, sans effets spéciaux, sans voyeurisme, mais avec émotion. Un récit-roman qui dévoile un épisode douloureux de la guerre, un épisode qui se dresse comme un perce-neige dans la froidure de l’hiver, fragile mais annonciateur de beaux jours.

Renée BONNEAU : Requiem pour un jeune soldat. Editions Nouveau Monde. 176 pages. 15,90€.

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29 décembre 2011 4 29 /12 /décembre /2011 13:08

Le titre à lui seul est énigmatique. La solution nous est révélée dans lebistanclaques.jpg prologue. Il s’agit du surnom donné par les canuts à une machine à tisser au XIXème siècle, à cause des sons, bis – tan – clac, émis par la machine lors des trois étapes consistant à former la trame du tissu. Et c’est dans un atelier de la Croix-Rousse, en cette année 1920 à Lyon, qu’une vieille ouvrière, qui préfère travailler de nuit ou de bon matin étant quasi aveugle, est retrouvée assassinée, violentée, ayant subi une agression anale, emberlificotée dans son métier à tisser. Si l’identité de la victime est rapidement établie, ce n’est pas le cas pour le cadavre défiguré, putréfié, retrouvé enfermé dans un sac de jute, dans un ruisseau au lieu dit le Pré aux moines. Pourtant quelques similitudes existent entre ces deux meurtres et elles sont relevées par le professeur Hugo Salacan et ses adjoints, du laboratoire de recherches scientifiques, division policière nouvellement créée sous l’impulsion du Professeur Edmond Locard et dirigée par le commissaire Victor Kolvair. Par exemple les victimes sont septuagénaires et un fil a été passé dans leur larynx à l’aide d’une force, un outil utilisé par les canuts.

 

Même si ce n’est pas encore la guerre des polices, la Brigade du Tigre lyonnaise est chargée de l’enquête en la personne de l’inspecteur Legone, un personnage plutôt antipathique qui raisonne à l’ancienne, tandis que la police scientifique, comme son nom l’indique, prélève des indices afin de démasquer le coupable. Un troisième meurtre est annoncé, la femme d’un tisseur, mais s’il existe des ressemblances entre tous ces assassinats, il semble bien qu’il ne s’agit dans le dernier cas que d’un duplicata grossier perpétré selon la méthode dévoilée par le journal Le Progrès. Bianca, une aliéniste, est chargée d’étudier le comportement de supposés coupables, et de ceux qui se dénoncent alors que preuve est faite qu’ils ne pouvaient être à l’origine de ces meurtres.


Une enquête complexe et qui pose de nombreux problèmes à Kolvair et Salacan. D’autant que Kolvair est handicapé et est affublé d’une prothèse suite à un feu nourri de la part des Allemands durant la première guerre mondiale, occasionnant l’amputation d’une jambe. D’ailleurs il profite d’un creux de sa jambe artificielle pour y cacher quelques grammes de cocaïne, poudre qu’il mélange à son tabac lorsqu’il se roule une cigarette. Legone n’est pas mieux loti, complètement défiguré durant le conflit dont la France se relève péniblement et possédant un passé qu’il cache soigneusement. Dans un contexte historique tous ces personnages évoluent dans un milieu huppé, celui des soyeux. La guerre a laissé des traces morales et physiques, et outre ce nouveau service de police scientifique, d’autres institutions sont en pleine mutation. Les Prud’hommes, les revendications des ouvriers, les méthodes de travail, leur durée légale. Seuls la morale bourgeoise, les cachotteries familiales perdurent, au détriment des rejetons. A noter qu’il était de bon ton que les personnages importants de la cité fréquentassent le lupanar « Chez Lili », afin de déjouer les suppositions malveillantes concernant leur possible homosexualité.


Odile Bouhier délivre ses révélations, dévoile ses indices, impose ses personnages par petits touches, et la complexité psychologique des personnages, qui semblent arriver comme un cheveu dans la soupe, est dévoilée peu à peu. Et lorsque le lecteur est en présence de tous les éléments, il lui semble que l’intrigue était cousue de fil blanc. Toutefois tout n’est pas écrit sur l’avenir de certains des protagonistes, et il me parait évident qu’Odile Bouhier doit se remettre à l’ouvrage, tisser une nouvelle intrigue, afin de mieux développer les caractères, et donner une suite aux aventures de Kolvair, Salacan, Bianca et surtout Legone qui ne peut être abandonné comme ça. Enfin, on ne m’ôtera pas de l’idée que les procureurs en général sont des personnages profondément antipathiques, et celui incarné par Rocher le démontre. Et comme tout n’est pas fictif dans ce roman, un hommage est rendu au juge Puzin, personnage du roman et grand-père maternel de l’auteure. Un autre hommage est rendu aux frères Lumières et leur invention du cinéma qui à l’époque, grâce ou à cause d’opportunistes, n’était déjà pas forcément destiné à tout public. Toute petite fausse note, en 1920 la société Velux n’existait pas encore et donc on ne peut pas nommer une fenêtre de toit par cette appellation (page 89). Il eut mieux valu écrire tabatière.

Voir également l'avis de Joyeux Drille sur  Appuyez sur la touche lecture.

Odile BOUHIER : Le sang des bistanclaques. Collection Terre de France ; Presses de la Cité. 288 pages. 19€

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27 décembre 2011 2 27 /12 /décembre /2011 15:44

Tout commence en 1999, lorsque le père, malade, du journaliste Jean Pandolfi-Crozier, confie à son fils quelques objets contenus dans une vieille malle. Un étui à violon, deux curieuses pierres et quelques livres. Dans l’étui de l’instrument à cordes, une clé à laquelle estvendetta.jpg accrochée une étiquette portant comme suscription Serra. Parmi les volumes poussiéreux, quelques aventures du détective britannique Sherlock Holmes datant de la fin du XIXème siècle, quelques exemplaires de la nouvelle de Maupassant Le Horla, ainsi qu’un guide, Richesses géologiques et minières de l’île de Corse, écrit par l’ingénieur et géologue Ugo Pandolfi, un arrière grand-oncle paternel. Quelques mois plus tard, Jean Pandolfi-Crozier hérite d’une maison de village en Corse du Sud. Et en réhabilitant cette bâtisse, l’entrepreneur à qui les travaux ont été confiés découvre un coffre. A l’intérieur quatre carnets ayant été écrits par Ugo Pandolfi, quatre manuscrits dont la teneur est pour le moins surprenante et qu’il nous délivre ici :


En novembre 1893, Ugo Pandolfi se trouve à Montpellier suite à une convocation signée Sigerson. Il est intrigué par cette missive qui fait référence à Guy de Maupassant, l’écrivain décédé quelques mois auparavant et ami du géologue. Sous l’alias de Sigerson, se cache le célèbre détective Sherlock Holmes, qui n’est pas décédé lors d’une chute à Reichenbach en Suisse mais depuis se déplace sous un autre pseudonyme. Or si Sherlock Holmes demande l’aide de Pandolfi, c’est bien à cause, ou grâce, à l’amitié commune qui les liait à l’auteur du Horla. Et pour une affaire qui requiert les connaissances insulaires de l’île de Beauté de Pandolfi. Lors d’une réunion à laquelle assistent quelques membres éminents de la criminologie française, Bertillon, Lacassagne et autres, réunion placée sous la houlette du commissaire Le Villard, Pandolfi apprend que Sherlock et les services de police sont sur les traces des frères Moriartini qui sont activement recherchés. Et que l’un d’eux ne serait autre que le célèbre et malfaisant professeur James Moriarty.


C’est ainsi que Pandolfi se trouve embringué dans une aventure épique au cours de laquelle il apprend à mieux connaître le détective écossais et à tisser des liens amicaux avec lui. Lors du voyage maritime qui l’emmène du continent vers Ajaccio, Pandolfi a bien du mal à reconnaître Sherlock qui use à nouveau de déguisements sophistiqués. Moriarty a été repéré par des policiers français et britanniques, et il semblerait qu’il soit au cœur d’une entreprise d’escroquerie immobilière. Des notaires se rendent très souvent dans l’une ou l’autre de ses résidences, l’une située au nord de l’île, l’autre au sud. Or Moriarty semble posséder un moyen de locomotion extrêmement rapide, car il se déplace d’un point à un autre sans que les forces de police puissent le suivre. Il apparait puis disparait sans laisser de traces, ce qui est pour le moins étonnant.


Sherlock et Pandolfi s’installent, en compagnie de policiers dont Ors’Anto et O’Near chargés de les épauler et les ravitailler, à Cauria où réside l’un des Moriartini. Cachés sous un dolmen préhistorique ils peuvent à loisir surveiller le domaine qui s’apparente à une ferme. Un trafic de moutons semble organisé sous la responsabilité notamment d’un Annamite. Le point culminant, et non point d’orgue comme disent si volontiers quelques journalistes, puisqu’un point d’orgue est une note prolongée, le point culminant de cette affaire se déroulera les 24 et 25 décembre 1893.

De nombreux personnages évoluent dans ce roman qui crée un lien entre la disparition de Sherlock Holmes puis sa réapparition officielle, apportant une saveur particulière. Outre les parties de pêche et les balades maritimes de Pandolfi en compagnie de Maupassant, sont évoquées les figures de Zola et de Réouven, tandis que miss Bell, la fille du professeur Bell qui servi à Conan Doyle de référence pour camper son personnage, subjugue Pandolfi. On découvre un Sherlock Holmes gourmet et même gourmand, s’intéressant particulièrement à la gastronomie locale ainsi qu’au travail des apiculteurs. Un homme curieux, désireux de développer ses connaissances mais pas d’un abord aussi froid qu’on pourrait le croire.


Les nombreuses notes en bas de pages imbriquant des épisodes concrets qui se sont déroulés, des références littéraires, géographiques ou historiques, avec des explications fournies par le petit-neveu concernant les écrits d’Ugo Pandolfi, et astucieusement délivrées font que ce roman n’est ni une parodie, ni un pastiche, ni un roman apocryphe, mais comme le testament d’une aventure réellement vécue écrite sous forme de journal. Et le lecteur habitué à retrouver les dessins de Jean-Pierre Cagnat dans le Monde, L’Express, VSD et autres magazines, se délectera à ces respirations en noir et blanc.

Ugo PANDOLFI : La vendetta de Sherlock Holmes. Dessins de Jean-Pierre Cagnat. Editions Albiana. 256 pages. 14,50€.

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26 décembre 2011 1 26 /12 /décembre /2011 10:31

On trouve de tout dans les caves d’immeubles. De la poussière, des toiles d’araignées, de vieux objets dont on ne se débarrasse pas par sentimentalisme, des rats crevés, despetit-papa-noel-def_206.jpg ramas entreposés à la va-vite, des bouteilles, le plus souvent vides, et parfois même il arrive que l’on débusque un squatteur. Pour une vague histoire de passage de câbles, Jacques Villeneuve descend à la cave, mais l’employé asthmatique ne veut pas continuer, une grosse pierre fichée dans le sol l’empêchant de travailler. Plus tard Jacques arrive à desceller ce qu’il croit être un gros caillou, et quelle n’est pas sa surprise de découvrir qu’en réalité il s’agit d’un coffre contenant dix petits sacs, une fortune en pièces d’or. Sa voisine Ludivine le surprend et après une petite gâterie qui fait du bien aux deux protagonistes, il ne peut s’empêcher de vendre la mèche. Du coup il lui faut bien faire part de sa trouvaille aux autres copropriétaires de l’immeuble. Mais présentons ce microcosme : Jacques Villeneuve, qui oscille entre la cinquantaine et la soixantaine, sans travail, amoureux de Mozart auquel il a consacré une étude qui a connu un succès inespéré et continue dans l’écriture. Il absorbe régulièrement ses verres d’huile afin de se graisser les neurones. Ondine, sa compagne, sa cadette de vingt ans, est quelque peu folâtre, et sans aucun complexe, surtout lorsqu’il s’agit de dépenser l’argent de Jacques. Ludivine, rousse flamboyante, très portée sur la fellation, ce qui est peut-être la cause de sa propension à employer un mot pour un autre, et mère de Greg, un gamin qui veut à tout prix se fourrer la tête dans une bonbonnière et dont la conversation se limite à des aga, aga. Aurore possède un chien, un chowchow nommé Mao, un chat qui répond au nom de Tsé Toung, un perroquet, et n’est pas franchement affriolante avec sa tête de gargouille. Ensuite, Gérard, qui habite la loge de concierge, ancien typographe à la retraite et s’amuse à tirer sur les pigeons se nichant dans le marronnier du jardinet. Cédric, prof de lettres, ancien maoïste, pince-sans-rire, citant à tout propos Baudelaire, appréciant les boissons fortes et les films d’horreur. Le docteur Schlick est un cas lui aussi : affligé d’une coquetterie oculaire, les cheveux gominés, le stéthoscope en bandoulière, affublé d’une blouse blanche, débordant de vitriol avec une tête pleine de clochettes, il a une bonne (à tout faire ?) nommée Mélia. Enfin le seul couple officiel de l’immeuble, les Benabid, surnommés avec ironie Benaventre par Schlick. Ils ont recueilli leur petite fille Nébia à la mort de ses parents dans un accident, Nébia qui aime grimper dans le marronnier au grand dam de Gérard qui a peur de toucher la gamine de dix ans en tirant sur les pigeons.


Maintenant que tous les personnages principaux vous ont été présentés, introduisons-nous subrepticement dans l’appartement du docteur Schlick qui organise un repas afin de réunir tous ces copropriétaires face à cette manne tombée de la cave. Seulement le cochon de lait et le lapin prévus au programme des réjouissances gustatives ne sont pas exactement les animaux servis dans les assiettes des convives. C’est ce que Mélia découvre en tournant de l’œil en ouvrant sa cuisinière. Figurez-vous son étonnement, et son horreur, en se retrouvant nez à nez avec les têtes de Mao (le chien) et de Tsé Toung (le chat) les animaux d’Aurore qui n’avaient aucunement besoin de se réchauffer mais se retrouvent refroidis par la malice d’un petit malin qui se joue des nouveaux millionnaires en herbe (de Provence). Un coup de froid pour Aurore qui perd la raison et est hospitalisée. Quand la bague de Gérard, qui n’a pas donné de ses nouvelles depuis quelque temps, est retrouvée dans le ventre d’un poisson acheté sur le marché, l’inquiétude grandit. Ce n’est pas encore l’affolement mais tout le monde se pose des questions. D’autant plus que les décès, accidentels apparemment, se succèdent. Les optimistes se consolent en se disant que moins de monde il y aura à se partager la galette, plus les parts seront conséquentes.


250 petit papa noel def 206 Petit papa Noël, dont le titre trouve sa justification dans le déroulement du récit, nous emmène un peu sur les traces d’Agatha Christie et à son célèbre roman Les dix petits nègres. Un hommage mais en même temps une œuvre personnelle, avec une trame humoristique, comprenant de très nombreuses références cinématographiques et littéraires. Ce qui n’empêche pas l’auteur, au contraire, de placer des coups de griffes qui trouvent leur justification dans un contexte actuel. Ainsi Cédric, prof de lettres je le remémore, se positionne en se posant des questions fondamentales : « S’il ne pouvait pas donner ses cours sans risquer des insultes et même des coups, il se sentait en droit de demander des comptes à la République. Tous ces politiques, syndicalistes et intellectuels qui s’exprimaient à la place des profs, des gens de terrain, il les maudissait ». Mais restons philosophes, quelles que soient les circonstances. Et si comme Jacques Villeneuve, le héros de ce roman et non l’ancien champion automobile de formule 1, vous demandez à votre compagne lorsqu’elle se rend à un rendez-vous : « Et tu vas y aller comme ça, en mini et en string ? », ne vous étonnez pas si elle vous rétorque : « Le string, personne ne le voit. La mini, c’est la mode », il est évident que vous aurez posé la mauvaise question, au mauvais moment.

François CERESA : Petit papa Noël. Pascal Galodé éditeurs. 184 pages. 17 €.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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