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21 avril 2012 6 21 /04 /avril /2012 08:45

wiggins1.jpg

Pour une fois ce n’est pas le docteur Watson, le fidèle compagnon et historiographe de Sherlock Holmes qui nous narre une de ces aventures, une des enquêtes du célèbre détective anglais, mais Wiggins, un gamin déluré. Holmes ne pouvait être au four et au moulin, et l’aide apportée par ceux qu’il nommait les Irréguliers de Baker Street, s’avère prépondérante. Des gamins habitués à se faufiler partout, insaisissables, rusés, capables de passer inaperçus dans la foule. Wiggins vit seul avec sa mère et il ne mange pas tous les jours à sa faim. Aussi lorsque le grand homme le quémande, il accourt sachant que contre un coup de main il pourra aider sa mère à faire bouillir la marmite. Ce jour-là, Holmes, débordé par les affaires en suspens, lui demande d’enquêter sur le meurtre d’une jeune danseuse de cabaret retrouvée étranglée. Le fantôme de Jack l’Eventreur rôde encore dans les parages de Whitechapel. Pour seul indice, Wiggins ne dispose que d’une constatation effectuée par Holmes sur le terrain : une trace de pas, ou plutôt une empreinte due à une jambe de bois. Courageux, ne rechignant pas devant le danger, Wiggins se lance sur la piste de l’assassin. Après avoir écrit quelques bons romans policiers pour adultes, Béatrice Nicodème aborde la littérature juvénile, genre au combien difficile. Wiggins et le perroquet muet est habilement construit, fort bien documenté et allie à la description minutieuse de l’époque un humour léger, acidulé comme les bonbons anglais.

Cet ouvrage est le premier d’une série de 5 romans parus aux éditions Syros.

A lire également : Wiggins et la ligne chocolat

Wiggins chez les Johnnies

Wiggins et les plans de l’ingénieur

Wiggins et Sherlock contre Napoléon.

Vous pouvez aussi retrouver un portrait de  Béatrice Nicodème

 Béatrice NICODEME : Wiggins et le perroquet muet. Editions Syros. 5€.

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20 avril 2012 5 20 /04 /avril /2012 13:09

 B.-Nicodeme.jpgNée à Versailles le 26 novembre 1951, dernière d’une famille de six enfants, elle passe son Bac C puis une préparation HECJF parce qu’elle ne savait quoi faire et que ce concours abordait toutes les matières. Seulement les matières étudiées - gestion, marketing, comptabilité - sont aux antipodes de ce qu’elle avait aimé en préparation : littérature, culture générale, etc. Au bout d’un mois d’école, une grippe miraculeuse lui permet de prendre du recul et, après une licence d’allemand et un passage à l’institut des techniques documentaires au CNAM, elle échoue comme secrétaire dans un journal d’informatique où elle découvre le travail de maquettiste. Après un licenciement pour raisons complexes, elle entre comme maquettiste dans le groupe de preNicodeme-Beatrice-Inconnu-De-La-Terrasse-Livre-852999799_ML.jpgsse qui édite "Le Journal de Mickey", "Picsou Magazine" et autres publications destinées à un public juvénile. Sa passion pour le roman policier date de septembre 1964 en lisant Le chien des Baskerville. Elle se souvient encore du vertige ressenti en découvrant les premières déductions époustouflantes de Sherlock Holmes, un mélange de raison et de fantastique, qui donne de la vie une double lecture en apportant à la prosaïque réalité de la vie une dimension imaginaire.

Elle s’’intéresse à la musique, à la cartomancie et à l’irrationnel. Ce n’est donc pas étonnant si l’on retrouve ces thèmes dans ses romans ni si elle invente de nouvelles aventures à son détective préféré. De son premier ouvrage L’inconnu de la terrasse (Editions de l’Instant) elle reconnait qu’elle était "encore bien agrippé à une structure classique que je trouve aujourd’hui un peu figée". Après cette enquête classique au style marabout-de-ficelle, Terreur blanche (Sueurs Froides – Editions Denoël) lui permet de se plonger dans une atmosphère d’angoisse latente, de se renouveler, de peaufiner son écriture et nicodeme.jpgson imaginaire, mais c’est avec Meurtres par écrit puis Défi à Sherlock Holmes (Fleuve Noir) qu’elle trouve définitivement son amplitude.

Outre Conan Doyle et Agatha Christie, elle avoue avoir été influencée, dans le désordre, par Pierre Magnan, L.C. Thomas, Boileau-Narcejac, P.D. James, Ruth Rendell, Patricia Highsmith. Entre autres. Béatrice Nicodème a obtenu le prix du premier concours organisé par la ville de Dinard et le magazine Bonnes Soirées lors des journées littéraires 1996 consacrées à Agatha Christie.

Ensuite elle se tourne vers un autre genre littéraire qu’elle affectionne : le roman historique. Parmi les romans publiés au Masque : Les Loups de la Terreur, La mort du Loup blanc, Le Chacal rouge, La conspiration de l’Hermine ou L’envol de l’Aigle (Collection Labyrinthe). Le suspense est également présent dans ses romans, avec une dose d’intimisme, deux ingrédients que l’on retrouve dans les ouvrages parus dans la conicodeme3.jpgllection Grands Formats du Masque : La tentation du silence, La mort au doux visage ou encore Le venin du pouvoir.

Parallèlement, et peut-être est-ce la prolongation de son travail de maquettiste dans les magazines dits juvéniles, elle écrit des romans pour enfants et adolescents dont la série des Wiggins, le gamin gavroche qui aide Sherlock Holmes dans la résolution de quelques affaires, chez Syros. Elle écrit aussi quelques romans chez Hachette dans la Bibliothèque Mini Rose, dont la série des Enigmes de Futékati, des romans destinés aux lecteurs débutants et dont le principal intérêt est de développer le sens de l’observation. Depuis quelques années elle a produit chez Gulf Stream des romans destinés aux adolescents comme Wiggins et la nuit de l’éclipse, Les gentlemen de la nuit, mais elle est publiée également chez Nathan. Elle est aussi l’auteur en compagnie d’Eric Biville, d’un dictionnaire du roman policier destiné aux enfants, et qui a été édité au Livre de Poche Jeunesse. Un ouvrage de référence qui permet de découvrir l’univers de la littérature policière d’une façon attrayante, comportant de multiples entrées, des auteurs comme Conan Doyle et Agatha Christie, Maurice Leblanc et Emile Gaboriau bien évidemment mais aussi Léo Malet, Didier Daeninckx, James Hadley Chase, Alexis Lecaye, Jean-Patrick Manchette, Ed McBain, et bien d’autres thèmes ayant un rapport avec le roman policier et ses ressorts.

 nicodeme5.jpg

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19 avril 2012 4 19 /04 /avril /2012 11:16

De son vrai nom Constant Pettex, Dominique Arly est né le 08 novembre 1915 à Flumet (Savoie), et de parents qui avaient réalisé l’Europe ou presque avant l’heure. Si ses grands parents paternels sont Français, sa grand-mère maternelle est italienne et son grand-père Anglais. Il manifeste tout jeune son goût pour l’écriture. Il remporte à huit ans un concoursarly1.jpg de poésie organisé par Franc-Nohain dans le magazine L’écho de Paris. Son premier titre de gloire consistera en la rédaction d’une composition française en vers lorsqu’il passe son certificat d’études. Non seulement il obtiendra un dix sur dix, mais l’Académie lui décernera pour l’occasion un prix départemental. Tout en continuant ses études au collège à Chambéry, il participe à des concours de poésie, compose des paroles de chanson et rédige son premier ouvrage, un essai, à vingt ans, dont le titre est pour le moins revendicatif : Je veux vivre. Ouvrage signé sous le pseudonyme de Dominique Egleton du nom de grand-père. Il entre à l’Ecole Normale d’Albertville et deviendra tout naturellement instituteur et terminera sa carrière directeur d’école en 1970, à Saint Genix-sur-Guiers, fonction qui était à l’époque nettement plus honorifique que maintenant. Concomitamment à sa carrière d’enseignant, il poursuit une carrière d’écrivain, et après guerre il publie deux romans, toujours sous le pseudonyme d’Egleton, Neige en 1946 et Les feuilles du matin en 1947 aux éditions Lire de Chambéry ainsi qu’une quinzaine de livres pour enfant comme Michou et les carottes,Michou et les épinards ou encore Zoupette et les coquillettes au début des années 1950. Puis il collabore au quotidien Le Progrès, signant de très nombreux reportages et un billet quotidien en première page. Infatigable, débordan

t d’énergie, il est à la même époque lauréat du concours du Meilleur billet littéraire, concours organisé et décerné par l’Education Nationale. Comme si cela n’était pas assez, il s’adonne à quelques passe-temps originaux, comme la construction d’une lunette astronomique afin de pouvoir observer à loisir le ciel. Plus original, il réceptionne des émissions de télévision provenant d’une vingtaine d’émetteurs européens grâce à un appareil multistandard équipé d’un pré-ampli qu’il règle attentivement. Et l’une de ces expériences lui fournira le thème de son roman L’image fantôme dans lequel un homme voit apparaître sur l’écran de son téléviseur l’image de sa femme défunte.

arly2.jpgL’année 1964 s’avère cruciale pour la continuation de la carrière littéraire de Constant Pettex. Il est chargé d’interviewer Frédéric Dard qui est en vacances au bord du lac d’Aigue-Belette et la conversation early6.jpgntre les deux hommes déborde largement du cadre de l’entretien. Ils sympathisent et Frédéric Dard conseille à celui qui va devenir Dominique Arly d’écrire des romans policiers. Un conseil avisé qui ne tombe pas dans l’oreille d’un sourd et en 1966 c’est la parution du premier roman

signé Dominique Arly dans la collection Angoisse : Les revenantes. La même année parait Meurtre en Eurovision dans la collection Spécial Police.

Jusqu’en 1980, Dominique Arly sera l’un des petits maitres du Fleuve Noir, rédigeant quarante-sept romans pour Spécial Police et dix-neuf pour Angoisse. Soit une moyenne de quatre romans par an ! En 1971 et 1972 sa production annuelle sera même d’un roman tous les deux mois. Sa production littéraire ne s’arrête pas au Fleuve Noir car il signe aussi u ne dizaine de romans feuilletons policiers pour des hebdomadaires parisiens, des livres pour enfants comme Un chant dans la forêt, Quelques brins d’edelweiss ou Le Maître de la foudre paru aux éditions GP en 1970. En 1980, alors qu’il quitte le Fleuve Noir (remercié ?), il se tourne vers la littérature érotique et prend un nouveau pseudonyme pour une douzaine d’ouvrages édités chez Phénix (collection Alcôve) puis Eurédif (collections Alcôve et Frivole). Il signe Dominique Egly, contraction de Arly et Egleton. Un autre ouvrage sera signé François Domy chez Eurédif en 1982 (collection Aphrodite). Sa carrière littéraire se clôturera dans le milieu des années  80. Il décède le 8 novembre 2009 à Aoste (38).

Dans un courrier daté de juillet 1972, il précisait : J’ai écrit par goût et pour gagner de l’argent. Depuis quelques années mes ressources supplémentaires n’ont pas été négligeables ; actuellement elles sont évidemment plus importantes que ma pension de retraite. Je travaille méthodiquement, selon des plans, en utilisant aussi bien mes souvenirs personnels arly12.jpgque des documents. J’écris toujours, pour le moment, avec plaisir et facilité. Je ne sais si cela durera. Je suis bien assez occupé et je ne songe pas au cinéma, ni à la télévision où d’ailleurs les portes sont étroites.

Il faut préciser que trois de ses romans, publiés dans la collection Angoisse, ont été adaptés en Bandes dessinées chez Artima/Arédit : Les ailes de flamme, Les revenantes et Comme un sépulcre blanchi.

 

Angoisse 

126 - Les Revenantes

132 - Comme un sépulcre blanchi

145 - Leur âme au Diable

arly10.jpg

 

 arly11.jpg

 

153 - L'Image fantôme  

157 - Le Montre de Green Castle

 164 - Les Grelots de la folie

172 - La Dernière sorcière

 180 - Les Pistes maudites

187 - Les Ailes de flamme

193 - L'Immonde banshee

200 - Maléfique Hermès 

208 - Les Abominables

 215 - Ecrit de l'au-delà

220 - Tout ce qui tombe

224 - La Chair du démon 

236 - La Prison de chairarly8

245 - Le Manuscrit maudit

250 - Perfide Asmodée

258 - Au-delà du cauchemar

  

Spécial Police

556 - Meurtre en eurovision

604 - Les Ficelles du pantin

660 - La Menteuse

 

692 - Feu l'ami Pierrot

717 - Celle qui expia

755 - Votre sale vérité

789 - Crime sous le Mont-blanc

arly7

819 - Au bord du vide

861 - Un Guide pour la mort

880 - Adieu, Isola bella

916 - Chacun sa musique

 932 - Si petite

956 - Plus longtemps mort

981 - La Fille dans le trou

1010 - Faites-moi une fleur

1024 - L'Etoile dans le brouillard

1045 - La Nasse

1059 - Funèbre cavalcade

1079 - Les Nerfs en boule

1097 - Les Créanciers

arly9.jpg

1110 - Le Soleil et la mort

1129 - Une Blonde en noir

1142 - Nouées d'un ruban noir

1156 - Chambre à gaz

1164 - Fugue à Lesbos

1176 - Froide comme du marbre

1199 - Isabelle et la bête

1207 - Les Moulins de Letea

1228 - Le Dernier chèque

1249 - Une Si jolie majorette

1259 - L'Ombre d'Elsa

1275 - On demande un minable

1296 - Drôlement rétro

1312 - Délices au kirsch

1331 - Un Si brave hommearly13.jpg

1354 - Dix filles dans un pré

1367 - Le Forcené

1401 - La Honteuse blessure

1420 - La Grillade du chef

1436 - Les Raisins de la mort

1455 - Une Môme à dessaler

1466 - Un Bon jus bien chaud 

1477 - Le Poignet tailladé

1501 - Une Fleur en hiver

1516 - Les Vieux coffiots

1539 - Stop-bar

1554 - Le Vin mauvais

 

Sous le pseudo de Dominique Egleton :

Editions GParly5

Michou et les carottes (1952)

Zoupette et les coquillettes (1952)

Michou et les épinards (1954)

 

Société Nouvelle Des Éditions G.P.

Collection super 1000 N°40

Un chant dans la forêt (1966)

 

Presses de la Cité

Quelques brins d’edelweiss (1967

 

Sous le pseudonyme de Dominique Egly :

Editions Phénix :

Elles disent toutes oui (Alcôve N°206)arly4

La perverse inconnue (Alcôve N°207)

Adorables patineuses (Alcôve N°213)

Une si belle envie (Alcôve N°214)

De brûlants souvenirs (Alcôve N°217) 

 

Editions Eurédif :

Créatures de rêve (Alcôve N°220)

L’auberge rose (Alcôve N°224)

L’innocent aux mains pleines (Frivole N°129)

Une belle menteuse (Frivole N°132)

Un amour tout nu (Frivole N°136)

Les chichiteuses (Frivole N°141)

Bonne à tout faire (Frivole N°144)

Péchés cachés (Frivole N°147)

 

Si vous désirez découvrir quelques-uns des romans de Dominique Arly, vous pouvez vous rendre sur Action Suspense de l'ami Claude Le Nocher

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18 avril 2012 3 18 /04 /avril /2012 14:02

erckmann1.JPG

Lorsque j’ai découvert ce duo de prosateurs, ce fut à l’âge de dix ou onze ans avec un livre de la Bibliothèque Verte qui m’avait été offert lors d’une fête quelconque, Noël ou anniversaire. Il s’agissait d’une compilation titrée Contes choisis et comportait sept histoires aux titres évocateurs : La Taverne du jambon de Mayence, La trompette des hussards bleus, Le vieux tailleur, Le trésor du vieux seigneur, La comète, Les amoureux de Catherine et Les confidences d’un joueur de clarinette. Depuis ces quelques contes, dont plus particulièrement Le trésor du vieux seigneur, me trottinaient dans la tête à intervalles irréguliers mais toujours avec cette pointe de nostalgie propre à ceux qui se souviennent avec émotion de leurs lectures juvéniles.

Aussi c’est une indicible envie, un besoin presque, que j’ai recherché dans le sommaire de erckmann3.JPGl’ouvrage consacré aux Contes fantastiques d’Erckmann-Chatrian, ces titres, et j’en ai retrouvé quelques-uns que je me suis empressé de relire avant même de m’intéresser à la présentation de Jean-Pierre Rioux, préférant exalter mes souvenirs. Un indéfectible plaisir cette redécouverte avec quelques décennies de plus. Bien sûr la lecture est différente, car on ne raisonne pas de la même façon à dix ans ou à soixante ans et plus. Et puis l’expérience de la vie, la connaissance de l’histoire de France et de ses aléas, surtout en ce qui concerne l’Alsace et la Lorraine, apporte un jour nouveau sur certains textes. On en apprécie que plus la saveur qui s’en dégage, mais il me semble inutile de gloser plus longtemps et de vous présenter sans tarder certains de ces contes :

Le trésor du vieux seigneur : Lorsque en ce jour de septembre 1828, Nicklausse, le cocher du libraire Furbach dont l’échoppe est sise à Munich, annonce à son maître qu’il est obligé de le quitter, celui-ci est fort étonné et demande quelques explications car il n’a rien à reprocher à son serviteur. Nicklausse narre alors qu’au cours de la nuit il a eu un étrange songe et qu’il doit partir. Il a rêvé d’un vieux château en ruines et que dans la cave, dans un cercueil, reposait un inestimable trésor. Alors il est bien décidé à vérifier l’authenticité de ce rêve, ce dont il ne doute point. Furbach tente bien de lui expliquer qu’il s’agit sûrement d’une chimère mais après tout l’homme est libre et peu donc aller vérifier si le trésor n’est pas un leurre. D’autant qu’aucun nom de château est lié à ce rêve et que les recherches devraient être longues, si elles se révèlent fructueuses. Lorsqu’il prend sa retraite, Furbach le libraire décide de voyager, afin de compenser le manque d’activité. En 1838, il visite les bords du Rhin à bord d’un bateau et en lisant son guide il remarque qu’il approche de Vieux-Brisach, un lieu chargé d’histoire, un château-fort tombé en ruines, il décide de s’arrêter, et de visiter le site. Et alors qu’il recharge les batteries, c’est-à-dire qu’il dévore un copieux repas, le maître d’hôtel de l’auberge le reconnait : Nicklausse, devenu riche propriétaire et marié à une charmante jeune femme qui lui a donné deux enfants. Nicklausse lui raconte alors son épopée que je me garderai bien de dévoiler, car il faut ménager le suspense et préserver l’intérêt de l’intrigue. Cette histoire figure dans Les contes des bords du Rhin, dont la première édition remonte à 1862.

vieuxbrisach.jpgSi le rêve est à l’origine de ce conte, il en va de même pour par exemple dans Le rêve d’Aloïus. Mais la partie fantastique est quelque peu gommée et l’épilogue est, comment dire, idyllique. Le conte qui suit immédiatement, La Comète, et qui figure dans le recueil Contes populaires, emprunte aux superstitions rurales. Le passage d’une comète est annoncé. Le bruit court depuis quelques mois, une rumeur relayée par des Almanachs, ces ouvrages très répandus et qui étaient appréciés de tous pour des raisons diverses. Et l’issue risque d’être fatale pour les villageois d’Hunebourg. La fin du monde est programmée. Selon un savant parisien, si cette comète existe bien, elle ne devrait avoir aucun effet sur leur avenir. Seulement, comme dans tout village qui se respecte, une vieille femme, un peu sorcière, un peu pythonisse, affirme que cette comète va attirer le malheur. C’est le début de l’affolement général et il est même question d’annuler le carnaval. La conclusion est particulièrement réjouissante et l’on se rencontre qu’il y aura toujours des personnes qui sauront retomber sur leurs pieds, en n’importe quelles circonstances.

Science et Génie, le deuxième recueil de contes à être publié, en 1850, un sculpteur et un scientifique s’affrontent, et les historiettes s’échelonnent comme un jeu de construction. Entre Micaël, le statuaire, et Don Spiridio Doloso, le démoniaque, s’établit une guerre larvée. Micaël est un rêveur, et est amoureux d’Erwinia, la fille d’un seigneur local. Don Spiridio ressemble à un spectre cynique. C’est le combat entre le Bien et le Mal, entre celui qui n’est jamais satisfait de ses œuvres et celui qui se défend d’être un artiste mais qui pourtant soumet à la vue de son meilleur ennemi une sculpture parfaite. La folie va conduire le bal fantastique et nous renvoie implicitement à Shakespeare et à son Roméo et Juliette, avec un emprunt biblique. C’est également une symphonie pastorale qui est présentée au lecteur. Car la nature est toujours présente dans ces contes, une nature apaisante, en apparence. Tout autant par la faune que par la flore. Car L’araignée-crabe, un conte inclus dans Contes fantastiques, nous plonge dans une nature qui pourrait être bénéfique mais qui se révèle effrayante. Les eaux thermales de Spinbronn sont réputées et nombreux sont les touristes qui viennent y chercher un réconfort médical. Jusqu’au jour où la cascade rejette des ossements provenant selon un docteur d’un monde antédiluvien. Mais une jeune fille disparait et d’autres cadavres d’animaux sont régurgités par la cascade. Dans ce conte qui nous fait penser aux histoires de Jean Ray, les Contes du whisky par exemple, figure un personnage qui ferait considérer le couple Erckmann-Chatrian comme des racistes. En effet un jeune médecin parti à Saint-Domingue revient quelques années plus tard avec dans ses bagages une vieille négresse appelée Agathe : une affreuse créature, le nez épaté, les lèvres grosses comme le poing, la tête enveloppée d’un triple étage de foulards aux couleurs tranchantes. Pour l’époque, surtout dans les campagnes, les Noirs étaient une curiosité, et l’appellation de négresse, qui date de 1637, était la dénomination usuelle avant que cela devienne péjoratif par la suite. Erckmann-Chatrian.jpg

Je n’aurais garde d’oublier parmi ces contes deux œuvres majeures, d’Emile Erckmann, puisqu’il fut le principal scripteur, Alexandre Chatrian ayant en charge de trouver les revues et les éditeurs susceptibles de publier leurs écrits, je n’aurais garde donc d’oublier L’illustre docteur Mathéus et Hugues-le-loup, qui auraient être considérés comme des romans mais jugés pas assez conséquents en nombre de pages par les éditeurs et qui ont été intégrés dans des recueils.

Souvent le côté fantastique est tempéré par une touche d’humanisme, et par l’épicurisme prôné par l’auteur et ses personnages. Je ne m’attarderai pas sur le côté d’Emile Erckmann concernant la métaphysique. Seuls comptent la subtilité de ces contes et leur sensibilité feutrée, qui n’emploient pas des effets grandioses, des scènes grandiloquentes et des monstres issus d’un imaginaire torturé comme les auteurs de la fin du XXème siècle, je pense principalement à Clive Barker, mais qui seront l’apanage d’autres romanciers et nouvellistes comme Maurice Renard. Une redécouverte qui ne peut qu’intéresser les lecteurs de 7 à 107 ans.

Vous pouvez également retrouver Erckman-Chatrian dans Gens d'Alsace et de Lorraine.

ERCKMANN-CHATRIAN : Contes fantastiques. Présentation de Jean-Pierre Rioux. Editions Omnibus. 1072 pages. 29 €.

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18 avril 2012 3 18 /04 /avril /2012 13:12

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Erckmann-Chatrian, dont longtemps j’ai cru qu’il s’agissait d’un seul et unique auteur, fait partie de ces romanciers qui ont alimenté nos lectures de jeunesse puisées dans la fameuse et mythique Bibliothèque Verte, aux côtés des Jules Verne, Alexandre Dumas, Hector Malot, Paul Féval et autres romanciers du XIXème siècle. Leur intention était de décrire avec simplicité, amabilité, délicatesse, les petites gens du peuple, d’écrire des ouvrages populaires, populaire dans le bon sens du terme, tout comme Hector Malot le fit avec Sans Famille et En Famille, pour ne citer que les plus connus. Leur priorité est de retracer des histoires du peuple pour le peuple, eux-mêmes étant issus du peuple et le revendiquant à travers leurs ouvrages dont le décor est le terroir natal.

Dans L’Ami Fritz, c’est un hobereau de la petite ville de Hunebourg qui tient la vedette. Fritz Kobus est à plus de trente ans encore célibataire. Son père juge de paix décédé quinze ans auparavant lui a légué un riche héritage composé d’une belle maison, d’une ferme et de pas mal d’écus placés sur de solides hypothèques. Alors il se contente de vivre en épicurien, obéissant à trois règles simples qu’il s’est édictées : éviter de devenir trop gras, de prendre des actions industrielles et de se marier. Et il a réussi à ne jamais contrevenir à ces prises de position, malgré les avances de son vieil ami le rabbin David Sichel qui lui a déjà proposé de convoler en justes noces, lui ayant présenté quelques vingt trois jeunes femmes. Ses journées sont bien réglées, lisant le journal ou effectuant un tour dans les champs environnant, dînant et soupant à heures régulières, se délectant des bons plats préparés par Katel sa vieille servante, vidant quelques chopes le soir à la brasserie du Grand-Cerf, jouant aux cartes avec ses amis Frédéric Schoultz et le percepteur Hâan principalement. Lors de l’arrivée du printemps, il est réveillé par un concert donné par Iôsef, le vieux bohémien violoniste auquel par le passé il a sauvé la mise face à la maréchaussée. Tout irait donc pour le mieux jusqu’au jour où il s’aperçoit que la jeune Sûzel, la fille de son fermier est devenue à dix sept ans une jeune fille fort agréable à regarder avec ses joues rebondies et ses bras dodus. Mais les romans d’Erckmann-Chatrian s’inscrivent également dans des épisodes d’un passé récent de l’histoire de France. Avec Madame Thérèse, ils nous plongent en plein cœur de la Révolution française au tout début de la République. Ceci ne sert qu’à implanter le décor, car leur propos n’est autre que de mettre en scène une femme, madame Thérèse, emblème des personnages féminins jouant un rôle prépondérant mais effacé. Comme bien de ses consœurs, elle n’aspire qu’à mener une vie tranquille, simple et paisible, ponctuée des tâches ménagères quotidiennes, se trouvant élevées malgré elles héroïnes face à l’envahisseur qui menace la paix. Madame Thérèse fit partie de la collection des Romans Nationaux de l’éditeur Hetzel tout comme Histoire d’un conscrit de 1813 (bizarrement renommé sur la couverture Histoire d’un conscrit de 1830 !), Le Blocus, épisode de la fin de l’Empire ou encore Waterloo présents dans ce volume. Enfin Histoire d’un paysan, fort roman de quelques 620 pages, sous titré La Révolution française racontée par un paysan, se décline en quatre parties : 1789, Les Etats Généraux ; 1792, La Patrie en danger ; 1793, L’An I de la République ; 1794 à 1815, Le Citoyen Bonaparte. Les titres se suffisent à eux-mêmes pour mettre le lecteur dans cette ambiance de confidence guerrière qui secoua la France durant de longues années, la campagne n’échappant pas à la frénésie parisienne. Le narrateur se contente de relater ce qu’il a vu, ce qu’il a vécu, sans vouloir prendre une position partisane. Ce que l’on retiendra c’est qu’en réalité ce vieux paysan qui rédige ses mémoires afin d’en faire profiter ses proches, ses amis et sa famille, était un pacifiste. « Les massacres ont toujours été et seront toujours des choses épouvantables ». Et il met dans le même panier, nobles, religieux et soi-disant Jacobins. « Quand on voit que les gens sont si bons pour les blessés, l’idée vous vient naturellement qu’ils n’auraient pas besoin d’être si bons, s’ils avaient le bon sens de s’entendre entre eux et de s’opposer à la guerre de toutes leurs forces ».

Erckmann-Chatrian étaient des humanistes qui après être tombés quelque peu dans l’oubli se voient aujourd’hui réhabilités. Et je conseillerai à tous ceux qui désirent en savoir plus de se procurer la revue Le Rocambole N° 47 qui leur a été consacré en 2009. Et j’ose espérer que d’autres auteurs dont Hector Malot connaitront un même hommage.

 

ERCKMANN-CHATRIAN : Gens d’Alsace et de Lorraine. Volume comprenant L’Ami Fritz ; Histoire d’un paysan ; Madame Thérèse ; Histoire d’un conscrit de 1813; Le Blocus ; Waterloo. Editions Omnibus. Présentation de Jean-Pierre Rioux. 1344 pages. 25,40€.

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17 avril 2012 2 17 /04 /avril /2012 06:43

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Quatre personnes attablées dans le sous-sol aménagé d’une maison de Bloomsbury à Londres. Deux couples assis face à face. Perry et Gail d’un côté, Luke et Yvonne de l’autre. Luke et Yvonne sont chargés de recueillir les dépositions de leurs vis-à-vis, concernant un voyage de vacances en l’île d’Antigua. Perry et Gail ont écrit une déposition, Perry surtout, mais ils doivent répéter ce qu’il s’est passé, en complément du rapport qu’ils ont fournis.

Perry et Gail narrent donc leurs aventures, avec force détails, qui ne sont pas superflus car Luke ou Yvonne leur demandent parfois d’autres précisions.

Gail est avocate et espère bien se faire un nom dans la profession tandis que Perry, professeur à Oxford, désire quitter l’enseignement pour d’autres occupations en province.

Profitant d’une rentrée d’argent inattendue, Gail et Perry ont décidé de passer une dizaine de jours de vacances à Antigua. Sur place, ils logent dans un bungalow et Marc, l’entraîneur de tennis local leur propose de jouer contre d’autres résidents. Contre Dima par exemple, qui habite près de leur hôtel, sur le domaine de Three Chimneys qu’il vient d’acquérir. Entre Perry et Dima, un Russe richissime, les relations s’établissent rapidement, Dima louant le fair-play de l’Anglais. Dima est accompagné de deux gardes du corps, qui pourraient interpréter les rôles de Laurel et Hardy, mais aussi de sa nombreuse famille. Tamara, sa femme, toujours habillée de noir et portant en sautoir une énorme croix, ses deux petites filles tristounettes, Katia et Irina, deux garçons, des jumeaux, Natasha, sa superbe fille aînée née d’un précédent mariage et qui est toujours accompagnée d’un livre, plus quelques autres personnes qui font partie de la famille. Tous sont issus de la ville de Perm, en Russie. Dima brasse beaucoup d’affaires, depuis sa base de Chypre, des affaires internationales, des trafics en tout genre, et du blanchiment d’argent.

Au bout de quelques jours, Perry et Gail sont invités chez Dima, pour participer à un repas de famille. Dima les reçoit dans une maison délabrée, en compagnie de Tamara qui leur remet une lettre, en leur signifiant le silence. Il a peur des micros qui pourraient être dissimulés. Il fait référence à la mafia russe, à ses débuts, à sa progression dans le monde feutré du crime, à son ami Misha, à sa sœur Olga qui justement s’est mariée avec Misha, de leur accident « de voiture », de ses démêlés actuels et des précautions qu’il doit prendre et enfin de la confiance qu’il place en ses nouveaux amis afin qu’ils contactent les services secrets britanniques. Il a peur et veut se réfugier en Angleterre, mais pour l’instant il a encore le beau rôle auprès de la Mafia. Jusqu’à quand ?

Perry et Gail raconte donc cette rencontre, puis Gail part, ainsi qu’Yvonne, mais un nouveau personnage apparait : Hector, un collègue, peut-être un supérieur hiérarchique de Luke, et Perry continue ses explications. Mais John Le Carré ne se contente pas de l’histoire de Perry et Gail et de celle de Dima, il remonte à la source. C'est-à-dire qu’il intercale des retours en arrière avec les pérégrinations de Luke, d’Yvonne et d’Hector.

Un traître à notre goût oscille entre roman d’espionnage, d’aventure, de thriller sans grands effets de mise en scène spectaculaires, et l’on ne peut s’empêcher de penser à des auteurs qui ont frôlé le roman dit d’espionnage tout en gardant l’optique d’un genre littéraire indéfinissable et dont les œuvres ont été définitivement classées dans un catalogue généraliste. Je pense par exemple à Graham Greene, Somerset Maugham, et aux romans de Peter Cheyney dans ses ouvrages ayant pour décor Londres durant la guerre. Toute ressemblance avec les personnages de Sam & Sally, créés par M.G. Braun aux éditions du Fleuve Noir et qui connurent u n certain succès à la télévision sous les traits de Louis Velle et Corinne Le Poulain puis Nicole Calfan, serait purement fortuite. Il règne dans ce roman un humour subtil qui séduira le lecteur.

Vous pouvez retrouver les avis de Gridou ainsi que de Pyrausta.babelio.jpg

Cette chronique a été réalisée grâce à Babelio et les éditions Points.

John LE CARRE : Un traître à notre goût. (Our Kind of Traitor – 2010. Traduction d’Isabelle Perrin). Editions Points P2815. 456 pages. 7,90€.

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16 avril 2012 1 16 /04 /avril /2012 07:48

Bon anniversaire à Patrick BARD né le 13 avril 1958.

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Plus d’une cinquantaine de cadavres de jeunes femmes, violées et assassinées, ont été retrouvées dans le désert près de Ciudad Juarez, à la frontière américano-mexicaine. Une bande surnommée Los Diablos a été arrêtée. Toni Zambudio, chroniqueur judiciaire à Madrid est dépêché sur place afin d’enquêter et fournir un papier avant le procès. Après avoir pris connaissance des différentes pièces du rapport de police, il prend contact avec Pazos, le chef de la police local. La plupart des jeunes femmes, parfois des adolescentes, travaillaient dans des maquiladoras, des usines appartenant à des multinationales utilisant de la main d’œuvre à pas cher. Selon le policier certaines se seraient adonnées à la prostitution. Un suspect, Fouad El Aziz, chimiste, a été arrêté grâce à des renseignements fournis par le VICAP. Les traces morsures relevées sur les victimes correspondent à la denture du chef des Diablos mais tous reviennent sur leurs aveux. Toni rencontre également Guadalupe Vidal responsable du collectif Alliance des femmes ainsi que la famille d’une des victimes, Catalina Cruz.

Selon un article d’un journal américain, une usine serait responsable de la naissance d’enfants atteints du spina-bifida, une déformation fœtale de la moelle épinière en inondant la quartier de produits toxiques. A cause d’une prostituée occasionnelle, Toni rate son rendez-vous avec Guadalupe et son avion qui devait le ramener à Madrid. Le cadavre d’une autre victime est découvert et Pazos présente au journaliste Harding, sociologue et consultant auprès du FBI. Harding avance la thèse de meurtres rituels dans la mouvance de la secte de Matamoros. Toni décide de rester. Un guérisseur confirme l’analyse de Harding et le met en garde contre un grand danger. El Aziz est égorgé par un de ses codétenus. Toni assiste à une réunion de l’Alliance des femmes à laquelle participe ouvrières et prostituées. Guadalupe pense qu’il s’agit de meurtres dus à la mondialisation et met en avant la prolifération des maquilas. Son fils est inscrit à l’école de police du FBI d’El Paso. Aussi bien qu’Harding et que Pazos, Guadalupe lui demande de retourner en Espagne.

Cependant les noms de quelques usines reviennent trop souvent aux oreilles de Toni pour le laisser indifférent. Les évènements se précipitent. Guadalupe reçoit un petit cercueil puis elle retrouvée noyée dans un cours d’eau. La mère d’une des victimes qui avait parlé au journaliste est sauvagement assassinée. Il décide de rencontrer Lourdes, une amie de Guadalupe, vivant à San Diégo. Elle est la responsable d’une association de soutien des ouvrières et a elle-même été confrontée à de nombreuses vicissitudes, dont des harcèlements moraux et physiques provoqués par Harding. Elle le met en relation avec un avocat qui habite à l’autre bout de la frontière. Alors que Toni et Torres, l’avocat, discutent à bord de la voiture de location du journaliste, un motard leur tire dessus. C’était le journaliste qui était visé mais c’est Torres qui est mortellement atteint.

Sous couvert de fiction La frontière est un reportage accablant sur les maquiladoras, ces usines-tournevis appartenant à de grands groupes européen, américains et asiatiques, exploitant sans vergogne la main d’œuvre locale. Les ouvrières sous-payées, vivent dans des bidonvilles, doivent allégeance aux contremaîtres et ne pas se trouver enceintes sous peine de renvoi. Les conditions de vie sont déplorables et les responsables des usines sont à l’origine de pollutions massives afin de rentabiliser au maximum les produits. L’air et l’eau viciés entraînent des malformations sur les nouveau-nés et de nombreuses maladies parmi les habitants des bidonvilles. La corruption règne partout au détriment de la justice. Enfin se greffent sur cette enquête des réminiscences douloureuses liées à l’enfance de Zambudio.

Patrick BARD : La frontière. Editions du Seuil (2002). Réédition collection Points (2003). 384 pages. 7,60€

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15 avril 2012 7 15 /04 /avril /2012 13:29

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Ou quand les éditions Asphalte cultivent les fleurs de bitume. Ces fleurs sont les nouvelles qui décrivent, loin des clichés des cartes postales destinées aux touristes, des quartiers qui recueillent la faune hétéroclite, cosmopolite et interlope qui s’y trimballe. Souvent des musiciens qui auraient pu devenir des stars mais qui vivent en marginaux, n’ayant pas obtenu le succès escompté pour diverses raisons. Ces fleurs sont aussi celles qui fissurent le goudron recouvrant les rues malfamées, l’orge, le houblon ou encore le pavot et qui ne seront pas foulées au pied par des visiteurs en mal de sensations fortes à moins que leurs pas les conduisent justement les traces de ces vaincus de la vie. Parce que, eux-mêmes, se sentent en adéquation et désirent s’accrocher à des images de vaincus, à partager une vie d’errance, à se fondre dans les squats et les bars louches, à avaler moult pintes de bière, de whisky, et s’envoyer en l’air à l’aide de poudre blanche en compagnie de filles anorexiques et de gars désabusés. Dans ce Londres Noir, recueil de nouvelles préparé, concocté et proposé par Cathi Unsworth, c’est bien l’alcool et la drogue qui régit le quotidien des protagonistes de ces récits écrits par des pointures comme Ken Bruen et des auteurs plus ou moins inconnus chez nous mais qui ont à leur actif pour la plupart déjà quelques romans noirs. Ils sont dix-sept et possèdent en point commun d’être ou d’avoir été journalistes et de graviter dans le monde musical. Soit comme compositeur comme Sylvie Simmons qui a rédigé une biographie de Serge Gainsbourg, John Williams qui écrit pour un fanzine punk et joue dans des groupes ou encore Max Décharné, auteur de recueils de nouvelles, des essais sur la musique, le cinéma et la contre culture, batteur du groupe Gallon Drunk et chanteur du groupe de garage punk The Flaming Stars.

Certains personnages pensaient pouvoir trouver amour, peut-être, gloire sûrement (et beauté ?) mais ils se rendent comptent qu’ils se sont fourvoyés et repartent chez eux loin dans le Nord. C’est ce qui arrive aux protagonistes de Sic transit gloria mundi de Joolz Denby, auteur de Stone Baby publié chez Baleine. Mais tous n’ont pas ce privilège et continuent de végéter dans les brumes de l’alcool, de la fumée et de la poudre. D’autres sont des passagers de la rue, dont c’est le travail d’arpenter ce bitume. Dans Rigor mortis de Stewart Home, le narrateur est un flic et ce qu’il fait, il le fait en son âme et conscience. D’ailleurs il se défend en déclarant : Toute personne sensée reconnaîtrait que sans lois ni agents de police préparés à faire le sale boulot avec vigilance, la société deviendrait une véritable jungle. Ceci dit, il y a encore trop d’âmes charitables qui aiment salir l’image de la police de Londres.

Et que penser de cette phrase du poète gallois Dylan Thomas, citée par John Williams dans New Rose : Un alcoolique, c’est quelqu’un que tu n’aimes pas et qui boit autant que toi.

Vous pouvez également lire mon article sur Paris Noir, réédité également chez Folio.

Londres Noir. Recueil proposé par Cathi Unsworth. Collection Folio policiers N°654. 400 pages. 7,50€ (réédition des éditions Asphalte).

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14 avril 2012 6 14 /04 /avril /2012 11:20

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Octobre 1992. Des soldats « oublient » de rentrer de permission au camp de Saint-Cyr Coëtquidan dans le Morbihan. Le lieutenant de réserve Geoffroy de la Roche, psychologue dans le civil et plus particulièrement en charge de délinquants dits difficiles, se voit confier la délicate mission de procéder à un débriefing afin de comprendre, d’analyser, d’annihiler cette vague de désertion et éventuellement de retrouver les disparus. Pour cela le général Amaury Chastaing de Lesgrée, que nous appellerons désormais Lesgrée tout simplement, lui adjoint deux adjudants de la sécurité militaire, Dumoulin et Raskovic, tout en lui demandant de ne pas ébruiter l’affaire. Cela doit rester entre eux, l’honneur de la Grande Muette étant en jeu.

Bizarrement ces désertions sont similaires à d’autres événements qui se sont déroulés en 1981 à Pau. D’ailleurs Lesgrée remet un dossier à La Roche. Cinq noms, cinq évaporations dans la nature, cinq disparitions qui n’ont jamais été résolues. Or ce dossier est incomplet car n’y figure pas le nom du frère du psychologue qui lui-même a disparu un beau jour, ne donnant plus de ses nouvelles.

Entre Dumoulin et Raskovic, ce n’est pas le grand amour, c’est le moins qu’on puisse dire. Si Dumoulin accepte plus ou moins bien la présence de La Roche, Raskovic l’ignore, le traitant avec mépris, lui l’officier de réserve qui n’a obtenu ses galons que grâce à des examens et non à des faits de guerre. L’ombre de la guerre bosniaque plane sur ses épaules et dans sa tête. Pour eux La Roche n’est qu’un soldat de papier, en référence aux tigres de papiers comme étaient surnommés les combattants américains par les Viêt-Cong. Une inefficacité bruyante.

Durant la nuit de son arrivée, un soldat est à nouveau porté manquant alors qu’il participait à une marche nocturne. Seul son paquetage a été retrouvé non loin des camions qui devaient rapatrier les hommes. La mission de La Roche commence sous de sombres auspices d’autant qu’il a bien du mal à gérer les deux hommes qui n’en font qu’à leur tête, se vouant une haine prononcée l’un envers l’autre.

Malgré l’hostilité et la mise en garde de Lesgrée qui ne veut pas parler de disparition mais bien de désertion, La Roche se renseigne auprès des rares camarades du fuyard. Or le portrait qu’ils en font ne correspond nullement à la note passe-partout du général. Zemourian, le volatilisé, est décrit par ses compagnons comme quelqu’un de timide, sans résistance durant les manœuvres, toujours à la traîne. D’ailleurs c’est un des soldats qui a aidé à porter le sac à dos de Zemourian qui avançait quelques mètres derrière eux jusqu’à ce qu’ils le perdent de vue. Or il est difficilement compréhensible dans ce cas que Zemourian ait pu se carapater dans la nature alors qu’il était à bout de force, de marcher encore durant des kilomètres avant de rejoindre la route pour une éventuelle prise en auto-stop.

Dans le dossier concernant les défections de Pau remis par Lestrée, il relève le nom du frère de Raskovic. Et à chaque fois les disparitions étaient enregistrées un vendredi soir, au début de la permission. Ce qui est pour le moins bizarre car les déserteurs se rendent d’abord dans leurs familles avant de se volatiliser. Les parents et connaissances des trouffions n’en ont plus jamais entendu parler et rares sont ceux qui ont demandé des comptes aux responsables militaires. La Roche rencontre également l’aumônier du camp, un prêtre qui ingurgite le whisky comme s’il s’agissait d’eau, et apprend que celui-ci était en poste à Pau au moment des disparitions. Selma, la mère d’un des déserteurs et d’origine bosniaque, se manifeste au grand dam de Lestrée. D’ailleurs celui-ci ne veut en aucun cas entendre parler de disparitions mais affirme qu’il s’agit de désertions. Faut-il le répéter à satiété ? Point. Grâce à une connaissance, La Roche reçoit par fax des éléments nouveaux, mais cela ne plait pas du tout au général ni à ses adjoints car selon eux il dépasse le cadre de sa mission.

Les cauchemars commencent à perturber La Roche, il revoit son frère dans ses rêves, un frère qui semble avoir besoin de lui, qui lui fait signe à bord d’un camion. Et un fragment de photo est glissé sous son oreiller, fragment représentant une partie de corps humain en lequel il reconnait son frérot. D’autres morceaux de la photo sont distribués à ses adjoints qui sous des dehors bravaches semblent ressentir une peur diffuse que ne peut s’expliquer La Roche qui a bien l’intention de ne pas abandonner son enquête, comme le souhaite et même l’exige le général.

Ce roman trouve son épilogue en ex-Yougoslavie, dans les affrontements entre Bosniaques, Serbes et Croates, mais avant cela La Roche connaitra bien des vicissitudes, mais aussi de petites joies qui seront vite balayées par les événements. Les soldats de papier est l’un des rares romans dans lequel l’armée est personnage à part entière. Il nous est arrivé de lire des romans de guerre ou autres dans lesquels des militaires sont impliqués, et qui étaient un hommage, une apologie presque des combattants, mettant en valeur leur courage. Mais là il s’agit de mettre en exergue une école militaire prestigieuse en vedette, en temps de paix, et de démontrer la grande complicité, la collusion, la coalition des militaires, les engagés, du haut de l’échelle jusqu’en bas. La grande famille des soldats de métier, qui se serrent les coudes lorsqu’un pépin, une avarie, une avanie se greffent sur leur honneur. Tout le monde se serre les coudes, tout le monde réfute qu’un problème majeur puisse exister. Quitte à mentir, à tricher, à truquer des rapports, des déclarations. De nier l’évidence. Il est plus simple de parler de désertions que de disparitions afin d’éviter de jeter l’opprobre sur une institution, et sur ses membres. Et le lecteur se remémorera sans peine l’affaire des disparus de Mourmelon.

Mais le plaisir de la lecture est décuplé lorsque le lecteur connait lescasoar.jpg lieux qui sont décrits dans l’ouvrage. Ainsi dans les années cinquante, tous les ans je passais mes vacances d’été dans un hameau non loin du camp de Saint-Cyr Coëtquidan et les images me sont revenues en nombre. L’entrée du camp avec sa guitoune pour y accéder, le village de Bellevue qui s’étire tout en longueur, la chapelle où m’emmenait parfois ma grand-mère pour assister à la messe dominicale (nul n’est parfait), le cinéma où j’ai découvert les premiers épisodes de Zorro (films en noirs et blanc avant que la télé les diffuse), le Triomphe des Saint-Cyriens fin juillet avec reconstitutions d’épisodes guerriers et de batailles historiques avant l’éclosion des parcs de loisirs, le photographe de Bellevue et dans la vitrine les nombreux portraits de militaires coiffés du casoar, les cafés… Au fait, le nom de la commune dont dépend Bellevue et ses environs : Guer (prononcez guerre), ça ne s’invente pas !

Marc CHARUEL : Les soldats de papiers. Albin Michel. Avril 2012. 464 pages. 21,90€.

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13 avril 2012 5 13 /04 /avril /2012 08:30

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A première vue, Paris Noir ne pourrait être qu’un simple recueil de nouvelles, comme bien d’autres, dont les auteurs font partie du gratin de la littérature noire, Didier Daeninckx, Jean-Bernard Pouy, Hervé Prudon ou Marc Villard ; d’autres se forgeant doucement un nom sur les grilles du Panthéon de ce genre littéraire comme DOA, Jérôme Leroy, Laurent Martin, Patrick Pécherot ou Chantal Pelletier ; les derniers possédant la clé et n’ayant plus qu’à entrouvrir la porte tels Salim Bachi, Dominique Mainard et Christophe Mercier. Mélange heureux d’anciens prenant sous leurs ailes protectrices ces oisillons qui ne demandent qu’à s’ébrouer avant de s’envoler sous l’œil bienveillant et tutélaire d’Aurélien Masson, patron depuis 2005 de la Série Noire.

Le propos de ce recueil est de montrer Paris comme on ne le voit jamais sur les cartes postales. Un Paris inconnu des touristes qui passent sans voir les quartiers de la capitale, se précipitant sur les icones obligées. Des quartiers qui parfois ressemblent à de petits villages, proches des centres dits d’intérêt, et auxquels on ne prête guère attention. Chaque écrivain possède ses points d’ancrage (d’encrage ?), ses quartiers de prédilection et nous guide dans un Paris méconnu et que nous côtoyons, parisiens, banlieusards ou simples touristes avides de découvertes. Ainsi la gare du Nord, et ses cariatides aux gros seins qui regardent passer les voyageurs pressés. Qui les scrutent vraiment et qui connait les à-côtés de cette bâtisse, le canal Saint-Martin, et ses agents de l’état qui se déchirent sur fond de sécurité du territoire ? Ainsi les Halles et la Rambut’ (la rue Rambuteau) chères à Marc Villard qui explore le monde des prostituées, de la drogue et des flics pourris, et ses clubs de jazz. Ainsi le Quartier Latin dans lequel deux Maghrébins imaginés ( ?) par Salim Bachi qui ne sont pas vraiment intégrés malgré toutes les connaissances didactiques du Grand-Frère. Des images rémanentes, des retours sur une vie antérieure pour le héros narrateur de Laurent Martin, dans le quartier Daumesnil, narrateur qui est parti de chez lui dix ans auparavant et qui revient pour le mariage de sa sœur. Il aurait mieux fait de rester dans son sous-marin ou le garage dans lequel il travaille maintenant. Tout ça pour faire plaisir à la famille ! Et ce Chinois qui pensait déguster la bonne cuisine française et qui passera à la casserole (c’est une image) par la volonté d’une ancienne nageuse tout en muscles et en amours déçues qu’elle aimerait pouvoir déguster à sa convenance.

Lieu récurrent : les cafés, dans lesquels les habitués se mêlent avec méfiance aux protagonistes de passage qui ne cherchent pas à s’encanailler comme le pékin de province, mais qui résolvent plus ou moins bien leurs petites affaires, leurs amours, leurs échecs, leur rancunes, leurs mystères.

Mais attention, ceci n’est pas un guide touristique à l’usage de curieux en mal de sensations fortes. Vous ne rencontrerez pas ses personnages qui se fondent dans la foules, vous n’entrerez pas dans leur intimité, professionnelle, amoureuse, vous passerez peut-être près d’eux mais vous ne les reconnaitrez pas. Laissez-vous plutôt porter par ses histoires sorties de l’imagination d’auteurs qui grattent le vernis pour nous dévoiler l’envers du décor.

Enfin, et si j’ai gardé cette information pour la fin, pour la bonne bouche comme on dit, c’est parce qu’elle est d’importance, cet ouvrage est la réédition d’un recueil paru en 2007… aux Etats-Unis ! Mais Aurélien Masson nous en dit plus dans ses deux introductions, l’une consacrée à l’édition américaine, l’autre à la version française.


PARIS NOIR. Recueil collectif de nouvelles présenté par Aurélien MASSON. Collection Folio policier N°655. (réédition des éditions Asphalte). 400 pages. 7,50€.

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  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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