Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
2 août 2016 2 02 /08 /août /2016 11:00

Sans lunettes et sans fusil...

Richard MARSH : La femme dans la voiture

Sortant du Climax Club de Londres, vers les deux heures du matin, le colonel Overton raconte à son compagnon de soirée, John Baird, un épisode dont il a été le témoin un peu plus d'une heure auparavant.

En effet il a vu, alors qu'il passait dans Piccadilly, une femme frappant un homme d'un coup de couteau dans le dos. Un événement passé inaperçu jusqu'à ce qu'elle disparaisse dans la foule.

Mais Baird est intrigué par une automobile stationnée de l'autre côté de la rue. Il l'a déjà remarquée une heure plus tôt. Un homme était au volant, semblant dormir. Tout à coup, une jeune femme s'est levée de l'intérieur, l'a dévisagé comme si elle voyait un spectre, puis s'est précipitée dans une ruelle.

Juste à ce moment, un taxi arrive, s'arrête au niveau du véhicule stationné, une femme en sort, se précipite vers l'auto, ramasse quelque chose puis remonte dans le taxi qui s'éloigne à grande allure.

Le chauffeur dort toujours, mais en réalité, les deux hommes vont bientôt s'en rendre compte, il est mort. Il a été assassiné. Baird est persuadé connaître cette jeune femme mystérieuse. D'autant qu'il ramasse subrepticement un mouchoir qu'il examine plus longuement et minutieusement chez lui. L'initiale E est brodée dans un coin. E comme Eleanor, qu'il a fort bien connue quelques années auparavant. Depuis il a parcouru le monde et au bout de cinq ans il est revenu en Angleterre. Eleanor s'est mariée avec le comte de Ditchling, notablement plus vieux qu'elle.

L'inspecteur Hextall de Scotland Yard, procède aux premières investigations et le docteur Leach donne son verdict : l'homme a bien été assassiné mais le plus étonnant c'est qu'il a reçu deux balles, qu'il a été apparemment égorgé mais que son corps comme ses vêtements sont déchiquetés. un collier d'animal est découvert ainsi que d'autres objets. L'homme se nomme Andrew Tozer et il est à bord d'une Rolls-Royce appartenant au comte de Ditchling.

Débute alors une enquête touffue à laquelle participent chacun de leur côté l'inspecteur Hextall et Baird.

Tout semble mener à la comtesse Ditchling, qui interrogée par son mari revenant de Londres, tergiverse alors qu'elle vient le chercher à la gare d'Exeter. Baird retrouve Pauline, la jeune sœur d'Eleanor, toute gamine lorsqu'il est parti et qui depuis est devenue une fort belle et avenante jeune fille. Et qui est cet Andrew Tozer dont ce n'est pas le véritable patronyme ? Bien d'autres personnages, féminins et masculins, se révèlent être le reflet d'eux-mêmes dans une glace déformante. Et pourquoi Eleanor ingurgite-t-elle un poison qui la laisse sans connaissance, affolant sa sœur Pauline, laquelle en informe Baird ?

 

Touffue, complexe, cette intrigue est pourtant méticuleusement concoctée, et les différents épisodes narrés minutieusement. Ainsi le parcours d'une voiture est décrit avec précision par Lewis Kohn, autre inspecteur de police, mais tout ceci n'apporte rien de probant selon Hextall.

Ce qu'il s'est passé, s'il s'est bien passé quelque chose, nous ne pouvons que le supposer; plus nous avançons dans cette enquête, plus les événements nous apparaissent comme inexplicables.

Et comme Hextall n'est pas un policier borné et imbu de lui-même, il déclare peu après :

Mais si les faits sont bien tels que vous les avez décrits, l'objectif de cette manœuvre nous échappe encore. Il se pourrait bien que j'ai pris cette affaire par le mauvais bout.

Si la narration de cette intrigue est fortement ancrée dans son époque, certains épisodes pouvant prêter à sourire, le fond en lui-même était novateur. Bien entendu l'emploi des technologies modernes auraient pu dénouer cette affaire plus rapidement, mais la voiture, en général, joue un rôle fort important, sinon primordial dans cette enquête.

Un roman dont les dialogues sont habilement construits, comme savaient le faire les romanciers à cette époque, parfois un peu longuets j'en conviens, mais dénués de la boue vulgaire qui englobe souvent la production actuelle.

Un roman qu'apprécieront les amateurs d'histoires complexes, bien construites, à l'énigme toujours présente et au suspense psychologique indéniable.

A lire également de Richard Marsh :

 

Richard MARSH : La femme dans la voiture (The woman in the car - 1915. Traduction de Charles Giraudeau, revue et complétée par Jean-Daniel Brèque). Première parution Le Figaro du 2 septembre 1915 au 29 octobre 1915. Collection Baskerville N°30. Editions Rivière Blanche. Parution avril 2016. 352 pages. 25,00€.

Repost 0
1 août 2016 1 01 /08 /août /2016 08:45

Mais l'aurore d'un nouvel ami ?

François RAHIER : Le crépuscule du compagnon.

Au fin fond de la Galaxie, existe un monde étrange nommé Elettreterre.

Une cité quelque peu médiévale dont le rythme est régi par un soleil au nom d'Aloysius et son satellite Compagnon.

Pendant une certaine durée dans l'année s'installe le crépuscule, sorte d'éclipse qui dure des semaines et pendant lesquelles la liesse populaire s'exprime de façon anarchique.

Un peu comme dans les kermesses de la bière ou le Carnaval de Venise. Tout est permis, même les complots qui agitent la classe dirigeante.

Un jour s'échoue sur la plage d'Elettreterre un étrange naufragé. Il ressemble étonnamment à l'un des meneurs d'une insurrection déroulée quelques vingt-cinq ans auparavant et nommé Sandro Wasani. Il s'appelle Roj Sanders.

Fait prisonnier l'homme est emmené dans les fermes marines d'Anta'ar dirigées par un despote : Damasio.

Il participe à une rébellion et est sauvé par de curieux personnages. Complots, magouilles, dissidences, trahisons se succèdent et personne ne fait plus confiance à quiconque.

Certains redoutent la prise de pouvoir par des morts animés d'une seconde vie. Des morts venus d'ailleurs.

 

Le crépuscule du compagnon est un roman un peu touffu, confus, aux personnages complexes, ambigus, et dont la trame est elle-même complexe et ambigüe. Comme si l'auteur avait été brimé et bridé par la pagination imposée et donc qu'il n'ait pu développer entièrement son propos. Pourtant son style est travaillé et agréable, laissant augurer un avenir prometteur.

François Rahier faisait partie de la nouvelle génération d'auteurs qui firent leur entrée à cette époque dans la collection Anticipation, apportant un souffle de jeunesse et de renouvellement parallèlement aux romanciers déjà bien installés. Cette nouvelle génération avait pour noms : Max Anthony, Laurent Généfort, Bertrand Passegué, Samuel Dharma, Michel Pagel, Roland C. Wagner. Certains ont su tirer leur épingle du jeu, trouvant de nouveaux éditeurs, lorsque le Fleuve Noir abandonna lâchement cette collection mythique, remplacée par une nouvelle collection qui n'obtint pas l'adhésion des lecteurs.

 

François Rahier a également écrit :

L'ouragan des enfants-dieux. Collection Anticipation N°1853. Edtions Fleuve Noir.

Le canevas des dieux. Collection Blanche N°2036. Edition Rivière Blanche.

François RAHIER : Le crépuscule du compagnon. Illustration de couverture Florence Magnin. Collection Anticipation n°1660. Editions Fleuve Noir. Parution décembre 1998. 192 pages.

Disponible en version numérique. 4,49€.

Repost 0
31 juillet 2016 7 31 /07 /juillet /2016 14:38

Avec un billet d'aller-retour pour le pays

du surnaturel ?

Geneviève STEINLING : Partir pour revenir.

Enfant, j'aimais regarder les flammes dans l'âtre de la cheminée. Cela remplaçait avantageusement la télévision. Une distraction comme une autre.

Mais mon plus grand plaisir, c'était de prendre un livre et de m'enfermer dans mon monde secret, lisant avec voracité romans de cape et d'épée, romans d'aventures et romans ou contes fantastiques. Les aventures concoctées, dans des versions destinées aux enfants et parfois édulcorées, rédigées par Paul Féval, Alexandre Dumas, Michel Zevaco, Jack London, Jules Verne, Charles Perrault, les frères Grimm, Andersen, J.M. Barrie, Hector Malot, Charles Dickens, Erckmann-Chatrian, et bien d'autres, m'entrainaient hors du temps. Il m'arrivait de m'identifier aux héros, partageant avec délices et frayeur leurs aventures.

C'était dans les années 50 (1950, je précise), et depuis mes goûts ont évolués, avec des romanciers plus actuels, mais sans renier les précédents auteurs précités. La soixantaine largement dépassée (mais je ne suis pas en infraction au code de la route) je me régale toujours autant avec les mêmes auteurs et des romanciers ou nouvellistes modernes dans le domaine du fantastique, mais pas que.

Ainsi Geneviève Steinling, auteur de pièces de théâtre pour la jeunesse, a su me captiver avec quatre contes qui n'offrent pas de fées, d'enchanteurs, d'animaux au comportement humain, de manifestations magiques, de diables, de monstres, de spectres, mais offrent des possibilités d'entrer dans la frange du surnaturel tout en restant dans le domaine du quotidien.

Ce recueil est donc composé de quatre contes différents dans leur traitement mais qui abordent plus ou moins les mêmes thématiques.

La poupée qui chantait :

Fonctionnaire de police, Christine vient de cauchemarder. Sa fille en était la protagoniste, et Christine déplore l'absence de Jean son mari. Le lendemain matin, elle se voit confier une mission par son patron le commissaire de police. Alors qu'en général elle est affectée à un travail de bureau, voilà qu'il lui demande d'aller récupérer une lettre chez le nouveau propriétaire d'un domaine situé en dehors de la ville. Seulement Christine avait promis à sa fille qu'elles déjeuneraient ensembles. Tant pis, sur l'insistance de celle-ci, Christine emmène son adolescente avec elle recouvrer la missive qui semble fournir des données importantes pour une enquête pas encore résolue. L'ado veut absolument emmener Pierrot avec elle, Pierrot sa poupée de bois avec une tête en biscuit.

Le cordon est coupé :

Se réveiller dans ce qui semble être une chambre d'hôtel, cela arrive à tout le monde. Mais plus inquiétant c'est de ne se souvenir de rien. Que s'est-il passé la veille, et avant. La femme qui l'a fait émerger du sommeil dit s'appeler Maman Alice et elle l'appelle Zack, lui souhaitant bon anniversaire. Les murs sont blancs, nus, sauf une toile représentant un immeuble, aux multiples fenêtres. Celles-ci sont protégées par des barreaux. Une prison ? Pourtant figure un petit panneau avec un H d'inscrit. Un hôpital ? Le tableau est signé D.I.V.A.D. Qu'est-ce que cela signifie ? La porte est fermée à clef, de l'extérieur. Impossible de sortir. De se renseigner également car le cordon du téléphone est coupé. Pourtant la sonnerie l'a réveillé tout à l'heure, Maman Alice lui a parlé.

Marie-Carotte :

A vingt six ans, Rebecca est auteur d'ouvrages pour des enfants. Son héroïne se nomme Marie-Carotte et elle vit par procuration des aventures imaginées et peut-être vécues par Rebecca.

Dans le petit lotissement où est située sa maison, vivent monsieur et madame Picardo, et d'après cette voisine, le docteur, autre habitant des lieux, est un libertin. Ceci intrigue bien évidemment l'esprit curieux de Rebecca. D'ailleurs, le toubib lui propose de participer à l'une des soirées spéciales qu'il organise, une soirée à thème. Mais Rebecca refuse, n'étant pas intéressée par ce genre de rencontres. Un soir, elle aperçoit une voiture se garant devant la maison du toubib. En sortent une femme portant un loup, tenant en laisse un homme simplement vêtu d'un slip et d'un maillot de corps échancré. Décidément Rebecca préfère se consacrer à son nouveau roman mettant en scène Marie-Carotte. Mais ne voilà-t-il pas que cette jeune enfant envahit l'écran de son ordinateur et l'implore en lui demandant de la laisser grandir.

L'esplumoir :

Curieuse rencontre que celle qu'effectue Victor dans une rue, alors qu'il attend de traverser la rue que le feu tricolore passe au vert. Pour lui bien entendu. En face un homme âgé se démène comme s'il voulait l'interpeller. Une situation qui contente Victor : il est écrivain et il recueille sur des bouts de papier le moindre petit fait susceptible de devenir un épisode pour les histoires qu'il rédige à l'aide d'un stylo-plume intarissable. Lorsqu'enfin il peut traverser, l'homme a disparu mais subsiste de sa présence une montre-gousset. Victor est alors entraîné dans une histoire saugrenue. Un vieillard a investi le studio dans lequel il habite et la montre-gousset qu'il a trouvée fonctionne selon son humeur. Mais peut-être va-t-il avoir l'explication de ce phénomène auprès de déballeurs dans un vide-grenier.

 

Le thème de l'enfant, abandonné, volé, adopté dans des conditions particulière est traité dans les trois premiers textes, mais ce sont bien les interférences temporelles qui guident ces contes. Le retour dans un passé proche ou lointain, imaginé ou réel, comme une réalité virtuelle qui engloutit les personnages, les obligeant à vivre ou revivre des aventures qu'ils ont connues ou subies, à moins que ce ne soient que des cauchemars éveillés.

Un autre thème, sous-jacent celui-ci, s'impose. La solitude des personnages, même s'ils vivent en compagnie, s'ils ont des voisins, avec qui parler, échanger.

Geneviève Steinling nous emmène dans des histoires inquiétantes, de celles que l'on pourrait rêver, mais sans pourtant jouer sur l'épouvante ou la terreur. Tout est diffus et pourtant angoissant. Une conteuse à suivre.

 

Geneviève STEINLING : Partir pour revenir. Editions Mon Petit Editeur. Parution le 10 décembre 2015. 130 pages. 14,95€.

Repost 0
30 juillet 2016 6 30 /07 /juillet /2016 13:09

Une loupiote fragile dans l'obscurité...

Kurt VONNEGUT Jr : Nuit noire

Enfermé dans une geôle de Jérusalem, Howard Campbell Junior revient sur sa vie, son œuvre, et surtout son passé d'espion.

Il est surveillé par quatre matons qui se relaient toutes les six heures, et, s'ils ne sympathisent pas, il parlote toutefois avec certains d'entre eux. Et il rédige ses confessions sur une vieille machine à écrire allemande. La nuit il prononce quelques mots, des prénoms féminins, Helga, sa femme, et Resi, la jeune sœur de celle-ci.

Son crime, avoir été la plume et la parole sur une radio allemande, la langue de la propagande nazie, vitupérant contre les Juifs, les Noirs, l'ennemi en général, et prônant les vertus aryennes. Il était l'homme qui propageait l'endoctrinement insufflé par Goebbels. Mais comment lui, l'américain de naissance, nazi de réputation, apatride par inclination, en est-il arrivé à mettre son talent au service des idées hitlériennes ?

Né à Schenectady, en 1912, dans l'état de New-York, Howard Campbell junior est le fils d'un ingénieur de la General Electric. A l'âge de onze ans il suit ses parents, son père ayant été assigné dans un poste à Berlin. Et c'est ainsi qu'il passe son adolescence dans une atmosphère trouble, connaissant la montée du nazisme. Il devient homme de théâtre et ses pièces sont jouées avec succès. Il fait la connaissance d'Helga, elle-même comédienne, fille du chef de la police de Berlin. Un amour fou les lie et ils se marient. Il n'est pas particulièrement attiré par les idées nazies, mais un jour de 1938 il est contacté par les services de renseignements américains.

C'est ainsi que débute sa carrière d'espion. Il doit, lorsqu'il déclame son texte à la radio, véritable ode au nazisme, fustigeant principalement les Juifs et donc tout ce qui touche à la finance, il doit tousser, émettre de petits bruits, et autres interruptions qui semblent anodines. Mais ces manifestations sont en réalité des messages cachés que seuls peuvent décrypter le service de renseignements. Seulement le major Wirtanen, l'homme qui l'a contacté, qu'il a surnommé Ma bonne marraine la Fée, est inconnu des services américains lorsque Berlin est occupée par les Alliés en 1945.

Howard Campbell est extradé aux Usa où il trouve un petit logement dans Greenwich, tandis qu'Helga est portée disparue, morte en Russie. Helga qui n'a jamais connu ses activités d'espion. Et de 1945 jusqu'en 1961 Howard Campbell va vivre, sous son nom, et faire la connaissance de ses voisins, dont George Kraft, dont ce n'est pas l'identité réelle, et avec lequel il joue aux échecs. Le docteur Epstein, qui le soigne pour un petit bobo au doigt et dont la mère se demande s'il n'est pas le Howard Campbell de sinistre réputation.

Un beau jour il reçoit dans sa boîte aux lettres une missive émanant de l'American Legion, ainsi qu'un journal, le White Christian Minuteman, dirigé par le Révérend Docteur Jones, qui cumule les fonctions de docteur en chirurgie dentaire, et dont le cheval de bataille est la composante d'une haine envers les Juifs, les Noirs et les Catholiques. L'une des formules chocs de sa profession de foi réside en cette phrase lapidaire : La Croix-Rouge met du sang noir dans les veines des Blancs.

Jones et ses séides, dont le Führer Noir ne tarissent pas d'éloges sur les prises de positions antérieures d'Howard Campbell jr et quelques temps plus tard, il rend visite à l'ancien espion en compagnie d'une femme sensiblement âgée, ses cheveux en attestent quoique son visage reste avenant, et qui se présente comme étant Helga. Helga est de retour. Un choc dans la vie d'Howard.

 

Constamment sur le fil du rasoir, ce récit dans lequel le narrateur tente d'expliquer ses faits et gestes, ses prises de position, laisse un goût amer et en même temps explique que des Français pouvaient tout à la fois collaborer et résister, être dans la lumière tout en étant dans l'ombre.

Il montre également que les Etats-Unis, qui se veulent le chantre de la démocratie peuvent aussi constituer un foyer fasciste à travers les nombreuses associations du Nord qui, tout comme le Ku Klux Klan dans le Sud, prêchent pour la suprématie de la race blanche. Les conseils qui sont largement distillés aux autres nations, européennes, africaines ou asiatiques devraient être déjà appliqués à l'intérieur même du pays.

Ce roman écrit en 1961, révisé en 1966, n'a aucune perdu de sa force et de son ambigüité, les hommes politiques actuels le prouvant largement semant dans l'esprit naïf de certaines personnes l'ivraie.

Première édition : Le Sagittaire. Collection Contre-Coup N°7. 1976.

Première édition : Le Sagittaire. Collection Contre-Coup N°7. 1976.

Les éditions Gallmeister rééditent ce roman le 18 août 2016, dans une nouvelle traduction de Gwylim Tonnerre, sous le titre originel de Nuit Mère. Une réédition fort bien venue de ce roman majeur dans l'œuvre de Kurt Vonnegut Jr, mais une nouvelle traduction s'imposait-elle ? Serait-ce à dire que Michel Pétris avait failli, que des coupures de texte avaient été honteusement pratiquées ? Que les éditeurs précédents également avaient absous cette pratique ? Il faudrait comparer les deux textes, ce que je ne ferai pas, n'étant pas anglophile et donc ne pouvant lire ce roman dans la version originale afin de me faire ma propre opinion.

Réédition Editions Gallmeister. Nouvelle traduction de Gwylim Tonnerre. Parution 18 août 2016. 248 pages. 10,50€.

Réédition Editions Gallmeister. Nouvelle traduction de Gwylim Tonnerre. Parution 18 août 2016. 248 pages. 10,50€.

Kurt VONNEGUT Jr : Nuit noire (Mother night - 1961/1966. Traduction de l'américain de Michel Pétris). Série Domaine étranger N°2011. Editions 10/18. Parution février 1989. 286 pages.

Repost 0
28 juillet 2016 4 28 /07 /juillet /2016 13:41

Dis Tonton, pourquoi tu tousses ?

Samuel SUTRA : Les deux coups de minuit

Se réveiller tout nu, mais pas bronzé, dans la chambre de Donatienne qui cumule les fonctions de bonne et baronne, descendre les escaliers et trouver ses gars dans les bras de l'orfèvre, comme disait San-A, cela dénote que la soirée a due être copieusement arrosée avec moult charrettes à la clé, breuvage inventé par la dite Donatienne.

Seulement deux ombres se profilent devant les rideaux qui ne sont pas tirés. D'abord les valises de billets ardemment et brillamment enlevées au prix d'un rude et louable effort lors d'un marché entre un acheteur et un vendeur d'armes destinées à entretenir une petite guérilla dans un pays démocratique de l'Amérique Centrale, les fameuses valises se sont volatilisées.

Second point qui chiffonne Tonton, le cadavre allongé et qui n'était pas prévu au programme. Et ce n'est pas la peine de demander quoique ce soit à Donatienne, qui doit encore être en train de cuver quelque part et à Bruno qui a bel et bien disparu dans la nature. En additionnant deux plus deux, les neurones de Tonton ne sont pas encore confits dans l'alcool ingéré sans mesure, le malfrat suppute, pute c'est interdit mais suppute non, suppute donc que les unes sont parties aux poignets de l'autre.

Tout a commencé lorsque le baron Edouard de Gayrlasse, le mari de Donatienne, dont il est séparé depuis des années, a souhaité rencontrer Tonton et ses acolytes. Il lui avait proposé de dérober des valises de billets, lors d'une rencontre entre un riche salvadorien et un marchand d'armes. L'idée était née dans la petite tête de Donatienne, qui savait que les finances d'Edouard étaient au plus mal, grâce ou à cause des confidences d'une compagne de casque-séchoir chez le coiffeur. Mais Edouard ne se sent pas assez courageux et intelligent pour perpétrer le vol lui-même, aussi il requiert les bons offices de Monsieur Tonton.

L'opération doit avoir lieu au Royal Monceau et Tonton image un subterfuge pour s'approprier l'argent, assisté de Pierre son neveu à la cervelle d'oiseau, de Gérard guère mieux loti question neurones, de Bruno, de Mamour l'aveugle, et de Donatienne. Le début se déroule presque comme imaginé, sauf qu'une vieille dame veut absolument entrer dans l'ascenseur qui doit les emmener jusqu'à la chambre où doit s'effectuer l'échange.

Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes possible sauf si une échauffourée provoquait quelques victimes et si la police qui n'avait pas été convoquée investit l'établissement. Seulement il faut compter sur les capacités de Tonton à réagir au moindre incident, et enfin tout ce petit monde rejoint Saint-Maur dans la grande demeure du truand. Et bien entendu, comme il faut fêter copieusement cette victoire, les flacons sont rapidement et nombreusement débouchés.

Et donc au petit matin, la tête dans le sac, Tonton s'aperçoit de la disparition de l'argent et de la présence d'un invité qui ne l'était pas à l'origine mais qui ne pourra pas expliquer pourquoi il est mort.

Tonton n'a plus qu'une chose à faire, démêler lui même cette affaire pour le moins biscornue, retrouver son bien, et par la même occasion Bruno et Donatienne qui ne sont peut-être pas innocents dans cette affaire.

 

Indéniablement Samuel Sutra a subi l'influence de Michel Audiard, de San-Antonio, d'Alphonse Boudard, mais il est un autre écrivain dont il ne se revendique pas ouvertement, je pense à Pierre Siniac. En effet si l'écriture de Samuel Sutra rejoint celle des auteurs précités, le style, la démesure dans la narration et les avatars subis par les protagonistes, les descriptions des personnages, les mises en scène, le machiavélisme de l'intrigue nous ramène à Pierre Siniac.

Car il s'agit bien d'une histoire machiavélique qu'a imaginé Samuel Sutra qui nous démontre que le temps, s'il ne fait rien à l'affaire, passe plus vite qu'on serait tenté de le croire, et que les journaux ne mentent pas toujours. Car comme l'affirmait Coluche, La seule chose exacte dans un journal, c'est la date.

Une réussite de plus à mettre à l'actif de Tonton et ses sbires, via l'entregent de Samuel Sutra, et à peine lue, on espère une nouvelle aventure de ce sympathique truand et de ses ineffables séides.

 

Samuel SUTRA : Les deux coups de minuit (Tonton passe aux heurts divers). Editions du Flamant noir. Parution le 1er juillet 2016. 254 pages. 15,00€.

Repost 0
27 juillet 2016 3 27 /07 /juillet /2016 14:38

Un roman policier mais pas que*...

Jules VERNE : Le pilote du Danube.

En cette année 1876, la tension entre l'empire Ottoman et les autres pays qui bordent le Danube est extrême.

Surtout vers la seconde moitié de son parcours, l'actuelle Hongrie, la Serbie, la Roumanie et la Bulgarie.

Mais à Sigmaringen, l'effervescence règne pour une toute autre raison. La Ligue Danubienne organise son traditionnel et fort prisé concours de pêche. Deux prix sont attribués, l'un à celui qui aura pris à la ligne le plus grand nombre de poissons, l'autre à celui qui sera l'heureux possesseur du poisson le plus gros. Quatre-vingt-dix-sept concurrents, de nationalités diverses comprenant aussi bien Badois, Wurtembergeois, Autrichiens, Hongrois, Serbes, Valaques, Moldaves, Bulgares, Bessarabiens, sont en lice et à la surprise générale, c'est un inconnu, fraîchement adhérent de la Ligue, le Hongrois Ilia Brusch.

Ilia Brusch, qui se déclare comme vivant à Szalka petite bourgade située à quelques lieues de Budapest, émet une proposition qui enthousiasme l'assistance. Il déclare qu'il va descendre le Danube jusqu'à son embouchure, soit trois mille kilomètres, ce qui devrait lui prendre deux mois environ, en ne vivant uniquement que de sa pêche.

Si cette décision est annoncée dans les journaux comme il se doit, une autre affaire tient la une des médias. Depuis plusieurs mois une bande de brigands sévit sur les bords du Danube, et le nombre de fermes dévalisées, de châteaux pillés, de meurtres même ne se comptent plus. Un policier hongrois, Karl Dragoch, est désigné comme chef d'une police internationale destinée à traquer ces voleurs. Certains émettent l'hypothèse que Karl Dragoch et Ilia Brusch ne feraient qu'un.

Et le 10 août, c'est le grand départ, fêté comme il se doit par une présence importante de membres de la Ligue Danubienne. Mais Ilias Brusch, lorsque les regards ne sont pas portés sur lui, se dépêche de descendre le Danube, pêchant certes comme il l'avait promis et vendant son poisson dans les petits ports lors de ses escales, mais la nuit il godille frénétiquement et avance à grande vitesse.

A Ulm, un individu s'invite dans son embarcation, lui offrant une forte somme afin de continuer sa route en sa compagnie. Au départ, Ilia Brusch refuse catégoriquement de prendre un passager à son bord, mais l'homme qui se présente comme un certain Jaeger possède un sésame. Lorsqu'un gendarme se pointe sur le quai et demande à Ilia Brusch ses papiers d'identité, Jaeger soumet une lettre au représentant de la loi et affirme qu'il répond de son hôte. Brusch est bien obligé d'accéder à la demande de Jaeger, et continue sa route fluviale en sa compagnie.

 

Mais intéressons de plus près de ces deux personnages, puisque Jules Verne lui-même les présente quasiment dès le début du roman, avec un autre protagoniste pour l'instant caché mais qui fera parler de lui.

Tout d'abord Ilia Brusch, qui bien évidemment ne se nomme pas ainsi mais Serge Ladko et est natif de Roustchouck, petit port sur la partie bulgare du Danube. Il exerce la profession de pilote de gabarre, et connait donc bien le fleuve. Mais c'est également un patriote, et il est chargé d'une mission afin de contrer les avancées et l'emprise de l'Empire Ottoman sur son pays. Il aime et est aimé de Natcha, seulement un second prétendant se met sur les rangs, Striga, le côté obscur de Roustchouk, un rival qui dirige la bande de brigands qui sévit sur les bords du Danube. Personne n'a vu son visage, sauf quelques fidèles et il signe ses crimes du nom de Ladko, guidé par la jalousie.

Sous le nom de Jaeger, le passager de Brusch/Ladko n'est autre que le policier Karl Dragoch. Il est chargé comme dit plus haut de traquer et surtout découvrir l'identité du chef des brigands semant la terreur le long du Danube.

Et bien sûr cette intrigue repose sur les machinations et les méprises des uns et des autres, sur fond historique belliqueux entre les pays austro-hongrois, balkans et slaves et la Turquie, guerre qui continuera par la suite et connaitra son apogée en 1912/1913.

Le cours du Danube

Le cours du Danube

Ebauché dès 1880, ce roman, qui à l'origine sera titré Le beau Danube jaune, sera publié à titre posthume en 1908. Si l'on retrouve une grande partie des thèmes chers à l'auteur, les déclinaisons géographiques notamment, les promenades en bateau, et accessoirement la pratique halieutique, Jules Verne intègre à son récit une dimension policière, dont l'enquête tient plus du roman noir que du roman problème tel qu'il fut en vogue à l'époque jusque dans les années cinquante.

Jules Verne, toujours précurseur, quel que soit le domaine littéraire populaire dans lequel il se produit, est donc en rupture complète ne proposant pas une intrigue sophistiquée mais juste une intrigue dans un contexte historique. Dragoch ne se montre pas particulièrement inspiré dans ses déductions, même lorsqu'il se prend pour un émule de Zadig, de Voltaire, en déduisant d'après une lecture du terrain que les bandits, lors du pillage d'un château, ont utilisé une charrette à quatre roues, attelée de deux cheveux dont l'un, celui de flèche, offre cette particularité qu'il manque un clou au fer de son pied extérieur droit.

De même il remarque qu'Ilia Brusch n'est pas véritablement noir de cheveux puisque, au bout de quelques jours, les racines deviennent d'un blond anachronique. De même il fouillera les coffres du pilote, lors d'une absence de celui-ci, absence qui correspond à un nouveau pillage, découvrant l'identité réelle de son compagnon.

L'aspect scientifique présent dans bon nombre des romans de Jules Verne y est gommé. Peut-on tout au plus mettre en avant le plaisir de la pêche, qui est nettement supérieur à celui de la chasse, selon le président de la Ligue Danubienne, et donc de l'auteur :

Quel mérite y a-t-il à tuer un perdreau ou un lièvre, lorsqu'on le voit à bonne portée, et qu'un chien - est-ce que nous avons des chiens, nous ? - l'a dépisté à votre profit ?... Ce gibier, vous l'apercevez de loin, vous le visez à loisir et vous le visez à loisir et vous l'accablez d'innombrables grains de plomb, dont la plupart sont tirés en pure perte !... Le poisson, au contraire, vous ne pouvez le suivre du regard... Il est caché sous les eaux... Ce qu'il faut de manœuvres adroites, de délicates invites, de dépenses intellectuelles et d'adresse, pour le décider à mordre à votre hameçon, pour le ferrer, pour le sortir de l'eau, tantôt pâmé à l'extrémité de la ligne, tantôt frétillant et pour ainsi dire, applaudissant lui-même à la victoire du pêcheur !

Un roman qui n'a pas vieilli, justement grâce au côté précurseur de Jules Verne, et qui par certains côtés nous ramène à des problèmes sociaux-ethniques actuels.

 

*Petit clin d'œil aux éditions Lajouanie !

Edition 10/18, N°1286, du 1er trimestre 1979. Préface de Francis Lacassin.

Edition 10/18, N°1286, du 1er trimestre 1979. Préface de Francis Lacassin.

Jules VERNE : Le pilote du Danube. Collection L'Aube Poche Littérature. Editions de l'Aube. Parution 2 juin 2016. 328 pages. 13,00€.

Repost 0
26 juillet 2016 2 26 /07 /juillet /2016 10:00

Bon anniversaire à John Farris né le 26 juillet 1936.

John FARRIS : La forêt sauvage

Whitman Bowers profite de la venue de son fils Terry, quatorze ans et demi, qu'il ne voit que lors des vacances, pour allier plaisir et travail. C'est à dire qu'en plus de quelques excursions de détente, il va visiter les Great Smoky Mountains, principalement la forêt de Wildwood, pour le compte de son employeur.

En effet celui-ci compte bâtir un village de vacances ainsi que des pistes de ski, et Whitman doit étudier sur place si ces projets sont réalisables.

Il va retrouver sur place Arn Rutledge et sa femme Faren. Arn servit sous ses ordres pendant la Seconde Guerre Mondiale.

Mais Wildwood semble bien être une forêt maléfique. Faren se montre réticente lorsque Whitman lui expose ses projets. Quant à Arn, il est parti à la chasse, mais nul ne sait exactement quel est son gibier.

Wildwood, forêt sauvage, mystérieuses, enchantée, magique, mais aussi maléfique, et qui recèle bien des secrets.

En 1916, il y a un peu plus de quarante ans de cela, lors d'une réception organisée par Edgar Langford, Edgar le Fou, magicien et prestidigitateur à ses heures, passionné d'archéologie et de la civilisation assyrienne en particulier, lors d'une réception donc, ses cinq cents invités et son château disparaissent bizarrement.

Un château immense, construit à la manière des châteaux européens des XVIe et XVIIe siècles, ne peut se volatiliser ainsi dans la nature, et pourtant !

Des manifestations bizarres se produisent de temps à autre. De même apparaissent des personnages étranges, mi êtres humains, mi animaux.

 

John Farris, dont on n'a pas oublié le magnifique Ecailles, paru dans la même collection, nous livre cette fois encore un roman envoûtant, magique, angoissant, moins teinté d'exotisme mais tout aussi prenant, à cause ou grâce à l'ambiance ténébreuse, démoniaque et énigmatique qu'il distille avec un art consommé du suspense d'épouvante.

John Farris semble obsédé, obnubilé, fasciné par les serpents, puisque, tout comme dans Ecailles, ils jouent un rôle important. Mais le serpent n'est-il pas l'origine biblique de la race humaine, tout au moins l'un de ses acteurs principaux.

John FARRIS : La forêt sauvage (Wildwood - 1986. Traduction de Michel Demuth). Collection J'ai Lu épouvante N°2407. Editions J'ai Lu. Parution juin 1988. 448 pages.

Réédition février 2001.

Repost 0
25 juillet 2016 1 25 /07 /juillet /2016 11:32

Tombe la neige
Tu ne viendras pas ce soir
Tombe la neige
Et mon cœur s'habille de noir

 

Brigitte GUILHOT : Soluble.

Bloquée par la neige dans sa maison isolée, dans un lieu-dit de montagne, loin de tout, Rita, la narratrice, vit avec pour toute compagnie son chat le bien-nommé Elgato.

Ce matin-là, surprise ! La neige, non seulement cerne tout, mais a érigé un mur tout autour de la maison, bloquant les issues. De quoi rester coite, en plein milieu de l'escalier, vêtue d'une veste rouge de camionneur. Une veste offerte.

Petit rituel matinal, allumer la radio. Et dans les grésillements émis Rita entend une information hachée, qui la touche de près. De très près.

Astérion H., le poète, l'écrivain, l'homme de théâtre, qui a effectué quelques séjours en prison, Astérion H. s'est éteint le matin même à l'hôpital Tenon. La voix sans visage du transistor est brutalement coupée. Rita est désemparée. Non pas parce que la radio est devenue muette, mais bien par cette annonce qui la bouleverse.

Astérion H. monamour, monamour, monamour.... Comme un mantra Rita psalmodie ces mots enchaînés, comme elle était enchaînée à Astérion, comme Astérion était enchaîné à la vie. En principe. Et pourtant il est parti...

Les jours vont passer, Rita est anéantie, désemparée, perdue, en colère également. Astérion faisait partie intégrante de sa vie et il revient quotidiennement dans sa pensée, lui suggérant des idées, des faits, des gestes. L'esprit lui joue des tours, Elgato n'en peut mais. Et puis le Livre d'Astérion est là qui lui tend les pages, elle se remémore des phrases, des écrits, comme des maximes.

Une mouche tournicote, l'importune et bientôt Rita se demande si le corps d'Astérion n'a pas envahi celui de ce diptère enquiquineur. Et pour faire bon compte, bon conte, la mouche va se trouver emprisonnée dans les pages du livre.

 

Sous forme de long message destiné à l'édification d'un enfant, celui de sa fille, Rita la narratrice clame, crie son amour envers Astérion, mais également son désespoir, son accablement, son envie de le revoir, de l'étreindre. Elle se remémore des épisodes passés en sa compagnie, mais d'autres petits faits qui se rattachent à sa maison à sa vie quotidienne, à l'après nouvelle du décès.

Elle raconte ce que l'on peut ressentir dans ces moments d'égarement, de perturbation morale, physique, psychique, cette longue déliquescence dans un trou d'enfer, dans une claustration voulue par les éléments météorologiques et peut-être sa volonté.

Une histoire dont l'épilogue réserve des surprises en cascades, qui s'enchaînent inéluctablement pour le plus grand plaisir du lecteur, et qui explique des petits faits, des gestes, des pensées, qui semblaient anachroniques ou pour le moins surprenants.

 

Pour commander l'ouvrage, se rendre ci-dessous

Autre chronique sur Brigitte Guilhot :

Brigitte GUILHOT : Soluble. Editions de L'Ours Blanc. Parution le 19 juillet 2014. 120 pages. 9,00€.

Repost 0
24 juillet 2016 7 24 /07 /juillet /2016 14:12

Hommage à Alexandre Dumas né le 24 juillet 1802.

Alexandre DUMAS : Voyage au Caucase.

Pour Kléber Haedens, Alexandre Dumas écrivait à la bonne franquette dans une langue remuante et dépourvue de toute rigueur, dont l'enthousiasme fait négliger les contradictions.

Mais le rôle d'Alexandre Dumas dans la littérature ne s'arrête pas là, et d'autres voient en lui un formidable précurseur et un prodigieux inventeur. Sans jamais avoir écrit de véritables romans policiers même s'il a abordé ce genre, Dumas amorce néanmoins une lignée de personnages qui marquèrent la littérature à tout jamais, même si ses mérites ne sont pas assez reconnus : D'Artagnan qui se transforme en détective privé pour récupérer les férets de la Reine Anne d'Autriche, courant mille dangers dans la plus pure tradition du roman noir; Milady de Winter, l'archétype de la femme fatale, séduisant les hommes pour mieux les asservir; ou encore l'abbé Faria, premier détective en chambre.

Mais Alexandre Dumas n'est pas que le romancier de cape et d'épée qui a enchanté notre jeunesse, et encore maintenant.

Ce fut également un grand voyageur et un grand reporter avant la lettre. Ses impressions de voyage il nous les restitue comme dans Voyage au Caucase, dans un style alerte, vif, chaleureux, bon enfant, enthousiaste, pétillant, gai, parfois naïf, mais ne ménageant pas pour autant ses réflexions personnelles et les petite piques. Ainsi écrit-il :

Principe général : il ne faut rien laisser décider aux savants, attendu qu'ils ne décident rien. Si Oedipe avait laissé l'énigme du Sphinx à deviner aux savants de la Béotie, le Sphinx dévorerait encore aujourd'hui les voyageurs.

Les anecdotes foisonnent dans ce récit qui se lit comme un roman. Je sais, c'est une formule un peu plate, passe-partout, conventionnelle, employée bien souvent par des critiques qui ne savent pas comment s'en sortir, mais que dire d'autre de Dumas et de ses œuvres non romanesques ?

Les péripéties contées par Dumas sont tellement savoureuses, incroyables de nos jours, que l'on se demande quelle est la part de vérité, de réalité et de fabulation.

Mais il ne faut pas oublier que ce voyage s'est déroulé en 1858, et que le risque était présent dans chaque déplacement, que la route qu'il parcourait était loin d'être balisée et sécurisante, que les hôtels et les auberges ne poussaient pas comme des champignons et que le danger était partout présent et à l'affût.

Ce récit est un véritable enchantement, et mon seul regret, que bon nombre d'entre vous partagerons j'en suis sûr, le manque de reproductions de quelques-uns des croquis et dessins de Moynet qui effectuait ce voyage en compagnie de Dumas.

Autre édition : éditions François Bourin. Parution mars 1990. 586 pages.

Autre édition : éditions François Bourin. Parution mars 1990. 586 pages.

Alexandre DUMAS : Voyage au Caucase. Préface de Michel Brix. Editions Bartillat. Parution 12 mai 2016. 624 pages. 22,00€.

Repost 0
23 juillet 2016 6 23 /07 /juillet /2016 11:01

Grand Prix de Littérature Policière 1998.

Serge GARDEBLED : Sans homicide fixe.

Alors que depuis quelques mois une vague d'assassinats est perpétrée sur des hommes en vue, impliqués dans la politique, la finance, le pouvoir, un journaliste décide de mener sa propre enquête dans un milieu parisien en voie de prolifération, celui des SDF.

Pour effectuer cette plongée dans cette nouvelle couche sociale, il devient lui-même un sans domicile fixe, essayant de s'intégrer, de vivre comme ses nouveaux compagnons, de comprendre, de partager leurs souffrances morales et physiques. Tout en essayant de garder une part de dignité, à l'instar des marginaux qu'il côtoie.

La recherche d'un abri pour se reposer, d'un morceau de pain pour se nourrir, est hasardeuse mais il existe des petits trucs que lui livrent d'autres SDF, plus partageurs que la plupart des nantis. Il fait la connaissance du Breton qui lui donne des adresses d'associations caritatives.

C'est sans compter sur la chasse organisée par la Préfecture de Police et de ses sbires, les Bleus, des vigiles qui se défoulent sur des êtres sans défense. Ramassé lors d'une rafle il se retrouve dans un centre à Nanterre où il retrouve le Breton et fait la connaissance du Musicien et de Fine à qui il trouve tous les attraits, alors que dans d'autres conditions il n'aurait pas fait attention à elle.

La révolte gronde parmi les SDF maltraités par les Bleus, notamment par un surnommé Gants Blancs, véritable sadique qui se retranche derrière sa fonction et son uniforme. Gants Blancs reste sur le carreau et le journaliste s'échappe en compagnie de ses nouveaux amis. L'actualité le rattrape lorsque le directeur du Centre est assassiné.

 

Ce roman est une véritable plongée en Enfer, dans les bas fonds de la Ville Lumière, un livre que n'aurait pas renié Eugène Sue lorsqu'il écrivait les Mystères de Paris.

Certes le style est différent mais la misère actuelle n'est guère plus reluisante que celle qu'il avait dénoncée.

Serge Gardebled a effectué de nombreuses reportages sur le terrain, et si le fil conducteur, l'assassinat de personnalités en vue relève de la fiction, la description des conditions de vie des SDF, elle, est réelle.

Un livre noir, sans fard, avec en filigrane la photo d'un petit Africain agonisant prise par un reporter

Réédition Le Livre de Poche. Parution 17 juin 1998. 186 pages.

Réédition Le Livre de Poche. Parution 17 juin 1998. 186 pages.

Serge GARDEBLED : Sans homicide fixe. Collection Sueurs froides. Editions Denoël. Parution 3 octobre 1996. 240 pages. 13,45€.

Repost 0

Présentation

  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
  • Contact

Recherche

Sites et bons coins remarquables