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1 novembre 2016 2 01 /11 /novembre /2016 09:54

Aujourd'hui, fête de tous les saints, une pensée particulière pour les bibliothécaires avec Saint Laurent.

L. R. WRIGHT : Le suspect

A Sechelt, comme dans tous les autres villages qui parsèment la Côte du Soleil dans l’île de Vancouver, la police montée canadienne n’a qu’une activité assez restreinte.

Un meurtre sur la personne d’un vieux monsieur solitaire, voilà de quoi rompre la monotonie du commissariat et détourner l’esprit du brigadier Karl Alberg de ses soucis affectifs et domestiques.

Qui a pu tuer Carlyle Burke et pour quels motifs ? Le seul qui pourrait donner les réponses à ces questions et à quelques autres, est George Wilcox, son beau-frère, l’assassin.

A quatre-vingts ans, George, veuf depuis quelques mois, pacifiste convaincu, vient de perdre la tête sous les sarcasmes de Carlyle. Alors, il a tué l’homme envers qui il ressentait depuis des années une profonde aversion, pour ne pas dire une haine féroce.

George ne se dénonce pas aussitôt à la police, car ni le remords, ni la satisfaction d’avoir perpétré son acte ne le taraudent. Et puis qui s’occuperait de son jardin s’il allait en prison ?

Le brigadier, peu à peu, cristallise ses soupçons sur le vieillard qui ne démord pas de ses allégations : il a découvert le corps et appelé la police, un point c’est tout.

Le passé de la victime recoupe celui du suspect, de quoi apporter de l’eau au moulin des convictions de Karl. Mais il faut des preuves pour accuser. Entre les deux hommes jouant au chat et à la souris, s’érige en arbitre Cassandra, bibliothécaire de son état.

Elle a fait la connaissance de Karl grâce à une petite annonce. Quant à George, elle le connaît bien comme assidu de la bibliothèque qu’elle dirige. Or, ce dernier lui confie son envie de quitter Sechelt et lui avoue impunément avoir occis Carlyle. La bibliothécaire se retrouve déchirée, coincée entre les deux hommes.

Karl découvre dans la cabane de jardin de Burke un coffret contenant de vieilles lettres et finit par comprendre que, si George a assassiné son beau-frère, c’est parce que celui-ci l’avait poussé à bout. Mais s’il possède le scénario, il lui manque les motivations.

 

Si, dès le premier chapitre, le lecteur connaît le nom de l’assassin, son attention et l’intérêt de l’histoire ne s’en trouvent pas pour autant dévalorisés.

Car, outre les motifs qui ont amené George à commettre ce meurtre et à ne pas se dénoncer, le long cheminement du policier à la recherche du coupable sont décrits d’une façon subtile.

Sans utilisation de violence inutile, la Canadienne L.R. Wright, qui se place entre Ruth Rendell et Mary Higgins Clark, joue plus sur l’angoisse, l’appréhension, l’oppression qui imprègnent cette enquête. Ce qui n’exclut pas les notes d’humour parsemant ce roman qui renouvelle le système du ménage à trois.

La trinité ici n’a rien d’un marivaudage, pourtant, entre l’assassin et le policier, la femme joue un rôle d’arbitre et de régulateur de tension. Un arbitre, malheureusement pas toujours très objectif, mais entre l’amour et l’affection, il existe un grand fossé à combler.

Karl l’apprend à ses dépens, car l’avenir qu’envisageait la bibliothécaire avec lui, timidement certes, se fissure. Et l’on se réfère plus à l’amitié et à l’affection qu’à l’amour, ce dernier sentiment étant peut-être plus difficile à discerner malgré le coup de foudre trompeur et l’attirance physique.

Réédition Le Point N° 612. 1993

Réédition Le Point N° 612. 1993

L. R. WRIGHT : Le suspect (The suspect - 1985. Traduction de Robert Pépin. Le Seuil Policiers. Editions du Seuil. Parution 30 mai 1991. 252 pages. 15,30€.

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31 octobre 2016 1 31 /10 /octobre /2016 13:54

Hommage à Henry Reymond Fitzwalter Keating, né le 31 octobre 1926.

H.R.F. KEATING : Un cadavre dans la salle de billard

Un romancier qui s'intéresse un peu trop aux faits et gestes d'un policier et chante les louanges du dit représentant de l'ordre et de la loi parce qu'il a mené à bien une enquête sur un viol et un meurtre, cela peut avoir ses bons côtés mais générer également des inconvénients.

Inconvénients qui frappent le pauvre inspecteur Ghote de Bombay, sollicité par un personnage influent et important de Ootacamund, une station d'hiver sise à plus de mille kilomètres au sud de Bombay dans les Nilgiris Hills.

Dans cette charmante ville, plus familière appelée Ooty, l'atmosphère, l'ambiance et les habitudes sont restées presque religieusement imprégnées de la domination et de la culture britannique.

Un endroit frais, trop frais pour Ghote habitué à la chaleur lourde de Bomba, un endroit vert comme une campagne anglaise, où l'on peut jouer au golf et au billard.

C'est d'ailleurs sur une table de billard que le cadavre d'un employé du club, vénérable institution de la fière Albion, a été découvert. Pour l'officier de police local, ce meurtre ne peut avoir été perpétré que par un dacoït, un voleur. D'ailleurs la blessure mortelle n'a-t-elle point été portée à l'aide d'une fine lame comme celle des dacoïts ?

Et toute l'argenterie, les coupes gagnées depuis des dizaines d'années lors de compétitions n'ont-elles point disparu ?

Pour Surinder Mehta, ex-ambassadeur, titulaire de la Military Cross et qui a expressément demandé à ce que Ghote s'empare de cette affaire, ce ne peut être que l'œuvre d'un des membres de ce club. Soit cinq personnes, six ou sept au grand maximum, en comptant le secrétaire adjoint et le secrétaire, le commandant Bell.

Qui de la Maharani voluptueuse et de son infidèle mari le Maharadja de Pra Tapgadh, de la typique représentante britannique Mistress Lucy Trailing, une veuve accompagnée en permanence d'un sac à ouvrage d'où dépassent de fines aiguilles à tricoter, de Monsieur Gogbole, un universitaire lecteur impénitent muni d'un coupe-papier, et de Monsieur Ali Akbar Habidullah, un musulman cadre en retraite des chemins de fer, qui a pu en vouloir ou céder au chantage du marqueur de points au billard ?

Ghote est un peu dépassé par les événements, d'autant plus que son mentor aimerait le voir agir et réagir à la façon des grands détectives, Hercule Poirot et Sherlock Holmes en tête.

Si Ghote parvient à démasquer le coupable, c'est plus grâce à un éclair de génie, à une intense réflexion, et à l'usage du yoga, que de la détection pure et simple.

Quoique l'accumulation de coïncidences et un parallèle avec les préceptes enseignés par Hercule Poirot ne soient pas négligeables dans l'accomplissement de cette enquête.

Ce roman à l'humour léger, vaporeux et subtil, est le deuxième roman traduit en France, le premier étant Pas d'enquêtes sans casser d'œufs paru en 1983 dans la collection Littérature Policière dirigée par Maurice-Bernard Endrèbe.

Nous retrouverons ce personnage sympathique et émouvant, naïf même dans sa gaucherie, son désir de bien faire et de ne pas brusquer ses interlocuteurs dans de nouvelles aventures dans la même collection chez Fayard, dont L'inspecteur Ghote en Californie.

Réédition Le Livre de Poche Policier N°9554. 1992.

Réédition Le Livre de Poche Policier N°9554. 1992.

H.R.F. KEATING : Un cadavre dans la salle de billard (The body in the billard room - 1987. Traduction de Denise Meunier). Parution novembre 1990.

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30 octobre 2016 7 30 /10 /octobre /2016 07:43

Les scènes de Q dans un roman policier, c'est comme le piment d'Espelette dans une préparation culinaire. Ce n'est pas indispensable, mais ça relève le goût !

Trois autres romans érotiques de La Brigandine.

Trois romans composent ce recueil qui annonce la donne, puisqu'il s'agit de rééditions d'ouvrages publiés au début des années 1980 dans la sulfureuse collection La Brigandine. Brigandine qui avait été précédée par Bébé Noir, lequel Bébé n'eut l'heur de vivre que le temps de vingt-huit publications, la censure passant par là. La Brigandine connut plus de chance puisque cent-vingt-quatre titres sont inscrits à son catalogue qui circule sous le manteau.

Pourtant de nombreuses petites perles sont ainsi éditées, dues à des auteurs cachés sous pseudonymes (parfois un seul auteur pur trois ou quatre alias). Et c'est Gallimard qui sous-traitait ces deux collections puisque qu'elle naquirent chez Henry Veyrier, éditeur qui appartenait au groupe SODIS. Ne cherchez pas l'erreur, il n'y en a pas.

Avec des titres réjouissants, en forme de clin d'œil, des titres potaches selon Olivier Bailly, le préfacier de la précédente livraison chez La Musardine, Trois romans érotiques de La Brigandine, une idée dont s'est peut-être inspiré Jean-Bernard Pouy pour les romans dédiés au Poulpe.

Trois romans composent donc ce recueil avec un petit bonus. Les véritables auteurs ont rédigé une sorte de préface à leur roman, préface qu'ils signent de leur véritable patronyme, que je ne vous dévoilerai pas ici, l'un des petits plaisirs de cette réédition résidant justement dans ces levées de secrets. Secrets qui ne l'étaient pas ou plus pour les amateurs de littérature populaire érotique. Disons que l'un d'eux a écrit un Série Noire.

Trois autres romans érotiques de La Brigandine.

Francis Lotka : Des hommes sans cible. 1980.

Journaliste pigiste, Nicolas Vincent passe plus de temps à draguer les jolies filles et à écluser quelques bonnes bouteilles qu'à chercher des sujets d'articles. Ce jour-là, quand il se pointe au bureau du magazine, cela fait trois semaines qu'il n'a pas mis les pieds dans son bureau et, évidemment, son rédacteur en chef n'est guère satisfait, c'est le moins qu'on puisse dire, de ses prestations manquées. Et pas le moindre chèque à se mettre sur un compte en banque en berne.

Son collègue et ami, Roland Minois, lui suggère un projet d'article. C'est par hasard que lui est venue l'idée de cet article en rencontrant une ancienne du lycée Chaptal. Que sont devenus les anciens de sa classe quinze ans après ? Minois en a déjà repéré un. Il s'est fait buter dans son bateau alors qu'il batifolait en compagnie d'une jeune fille, à l'insu de sa femme.

Et c'est comme ça que tout débute, ou presque. Nicolas Vincent va aller de surprises en surprises, compter les morts et les disparus. Car dans l'ombre, quelqu'un secoue l'encensoir.

Heureusement, Nicolas Vincent, et les autres protagonistes, dont on fait la connaissance avant et après l'apparition du journaliste, profite de quelques pages et plages de détente charnelle, description à l'appui.

Joyeux, enlevé, ce conte, pas vraiment moralisateur, quoique, nous propose de gentilles parties fines, mais anticipe le système de recherche d'anciens élèves, genre Les copains d'avant, qui lui ne fut créé qu'en 2001. Alors en avance sur son temps Francis Lotka ? On pourrait le penser, et même imaginer que les créateurs de ce réseau social pourraient en avoir eu l'idée en lisant ce roman.

 

Trois autres romans érotiques de La Brigandine.

Hurl Barbe : Pompe le mousse. 1982.

Pensionnaires dans un institut privé catholique de province, Juliette et Alice sont deux sœurs, de dix-neuf et dix-huit ans, qui aiment se faire du plaisir. Elles ont été à bonne école grâce à la mère supérieure et dispensent leur savoir et leur expérience à leurs condisciples. Elles sont jeunes, belles, issues du même géniteur mais pas du même moule utérin, naïves et dévergondées.

Malheureusement leur père s'est suicidé, ce qui ne les chagrine guère, à la suite d'une banqueroute, et elles sont chassées de l'internat, puisqu'elles ne pourront plus payer leur séjour et l'enseignement prodigué, officiellement et officieusement.

Les voilà sur la route et les rencontres sont nombreuses, et charnelles. Le covoiturage n'est pas gratuit. Arrivées à Paris le 10 mai 1968, elle se trouvent prises en sandwich entre les étudiants en colère et le policiers déguisés. Elles ne savent pas que ce sont des hommes chargés de réprimer les manifestations, et comme elles ne connaissent pas, elles préfèrent accorder leurs faveurs aux étudiants, qui sont nettement plus membrés que les forces de l'ordre malgré les bâtons dont ceux-ci disposent.

Puis c'est un nouveau départ vers le sud de la France et en cours de route elles sont prises en stop par un Italien libidineux qui les emmènent dans son château. Le castel n'est pas celui de la Belle au Bois-Dormant mais plutôt celui du seigneur au membre vivant. De jeunes personnes y vivent, cloitrées afin d'assouvir les pulsions de leur maître lubrique et scatologique, qui a conçu de drôles de machines. Puis nous suivons les deux adolescentes en compagnie de l'Italien à bord d'un sous-marin pour des péripéties mouillées.

Dans ce roman, nous entrons directement dans le vif du sujet. Pas de préliminaires superflus. et nous passons allègrement d'une univers sadien à celui de Jules Verne, avec des sévices compris, et bien d'autres références. D'ailleurs, les prénoms invitent à des relectures puisque les premières jeunes et jolies filles qui se présentent au lecteur ont pour prénom Alice, la narratrice, Juliette et Sophie.

Trois autres romans érotiques de La Brigandine.

Eric Guez : Le massacre du printemps.

Un flic poli et courtois, ça lui semblait louche... pense la concierge face au jeune inspecteur Philippe Auger, lequel enquête sur le meurtre de Roger Baudet, garçon-boucher. Le défunt avait été libéré depuis un mois, ayant purgé une peine de prison pour des bricoles illégales à répétition.

Peu après, c'est au tour d'un collègue d'Auger d'être la victime du tueur, signalé comme un blond barbu à chapeau et lunettes noires. Normalement il n'hérite pas de l'affaire, mais il tient à mettre son grain de sel, car les deux policiers se connaissaient, ayant fréquenté le même commissariat. On a les fréquentations qu'on peut.

Dans la vie civile, Auger a des problèmes de ménage avec sa compagne. Celle-ci se refuse à lui pour des raisons qui lui sont propres. Ou alors elle se comporte en statue de marbre.

D'autres meurtres sont perpétrés, et Auger reçoit des missives qui dressent la liste des victimes. Et si lui aussi figurait prochainement sur ce recensement ?

En fil rouge, le lecteur peut suivre les malheurs de Liz, qui ayant quitté une cérémonie de mariage à la fin du repas, pensant à sa fille en garde, est braquée par deux loubards. Ceux-ci ne se contentent pas de s'emparer de son portefeuille mais attentent également à sa vertu dans une cabane de chantier. Elle est obligée de subir les travaux pratiqués à l'arrière par l'un de ses ravisseurs. L'autre n'est pas en reste profitant qu'elle ouvre la bouche pour reprendre sa respiration.

Ce roman est nettement plus sage, que les deux précédents et les scènes de sexe se révèlent presque sobres, banales, telles qu'elles pourraient être écrites de nos jours, car la littérature noire ou blanche s'est émancipée de bien des carcans imposés par la censure éditoriale. Au contraire, les éditeurs en redemandent, obéissant au goût des lecteurs.

Donc ce roman est très sage et les scènes de libertinage forcé, non souhaité, permettent de se projeter dans les affres d'une femme violée. Contrairement à certains auteurs dans ce type de romans, Eric Guez ne joue pas sur le consentement féminin, la libido ne se réveillant pas sous les coups de boutoir comme cela est souvent décrit dans d'autres romans. Il reste pudique et réaliste.

Trois autres romans érotiques de La Brigandine. Collection Lectures amoureuses N°197. Editions de La Musardine. Parution le 20 octobre 2016. 464 pages. 10,95€.

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29 octobre 2016 6 29 /10 /octobre /2016 13:07

Bon anniversaire à Jean-Jacques Reboux né le 29 octobre 1958.

Jean-Jacques REBOUX : Le voyage de Monsieur Victor.

Monsieur Victor est bien malheureux. Depuis qu’il a perdu sa femme Yvette, il y a quatre ans de cela, il végète seul dans sa grande maison paimpolaise.

Et comme les falaises c’est jamais qu’une invention pour justifier les rimes, Monsieur Victor n’a qu’une solution pour rejoindre son Yvette : se pendre.

C’est sans compter sur l’intrusion de madame Armande, sa voisine, qui a le don de se pointer toujours au mauvais moment. Ce n’est que partie remise, et quelques verres de gnôle arrangeront ça.

Ne voilà-t-il pas que Chloé, sa petite-fille Chloé, qu’il n’a pas vue depuis des années, l’appelle à la rescousse. Ni une, ni deux, il se rend à Paname, et s’installe chez la jeune fille qui partage son appartement avec Yanos, un artiste polonais et Lakdar, réfugié politique algérien.

Au cours de ses pérégrinations monsieur Victor aura maille à partir avec les policiers et retrouvera un amour de jeunesse perdu à cause d’une incompréhension auditive.

 

Jean-Jacques Reboux nous a habitué depuis quelques années à s’évader du roman policier ou noir en l’enrobant d’une trame populaire ou feuilletonesque.

Avec Le voyage de Monsieur Victor il récidive, s’insérant dans le créneau de l’humour satirique enchâssé dans un contexte d’humanisme et de sensibilité.

Peut-être catalogué roman à l’eau de rose pour certain, Monsieur Victor possède son crêpe noir qui fait mieux ressortir le charme qui s’en dégage.

 

Quelques exemplaires de ce roman sont encore disponibles chez Baleine :

Autres ouvrages de Jean-Jacques Reboux dont la lecture est fortement conseillée :

Jean-Jacques REBOUX : Le voyage de Monsieur Victor. Collection Velours N°14, éditions Baleine. Parution 224 pages. 8,00€

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28 octobre 2016 5 28 /10 /octobre /2016 13:04

Bon anniversaire à Simon Brett né le 28 octobre 1945.

Simon BRETT : Les coulisses de la mort

Simon Brett, auteur de Le théâtre du crime, paru dans la même collection sous le numéro 1787 cette même année 1985 mais qui a été publié en Grande-Bretagne en 1983, soit un an après Les coulisses de la mort (ironie de l'édition française qui publie des romans dans le désordre !), Simon Brett met en scène un acteur de théâtre vieillissant dont la carrière n'est en réalité qu'une succession de ratages.

Pourtant Charles Pris, tel est son nom, y croit encore, espérant décrocher un jour un premier rôle qui le rendra riche et célèbre. Ce rêve va peut-être se concrétiser à l'occasion de la représentation en province d'une pièce de théâtre écrite par un jeune auteur.

D'autant que le producteur est confiant et qu'au loin se profile la perspective de se produire à Londres, dans le West-end, le quartier des spectacles.

Pour cela faut-il encore récolter des critiques élogieuses.

Mais Charles Paris, ce héros qui a connu bien des vicissitudes tout au long de sa carrière se méfie. Il a la nette impression qu'une magouille se profile. Impression qui se verra confortée en de nombreux points, le moindre n'étant pas un coup de revolver incongru et intempestif.

 

Satire des milieux théâtraux Les coulisses de la mort est autant un reportage qu'un roman policier. A conseiller aux acteurs débutants qui aspirent à une gloire rapide.

Charles Paris est le héros de dix-huit romans, dont le dernier publié en Grande-Bretagne en 2012, mais dont seules trois aventures auront été traduites en France.

Simon Brett, qui a connu le succès dans les années 80/90 semble aujourd'hui ignoré, méprisé, des éditeurs français, et c'est dommage, mais c'est le lot de bon nombre de romanciers honnêtes, de bons artisans reconnus comme tels, qui sont délaissés au profit d'auteurs plus en vogue mais pas forcément intéressants. A mon avis.

Simon BRETT : Les coulisses de la mort

Simon BRETT : Les coulisses de la mort (Murder unpromted - 1982. Traduction Jacques Satori); Collection Le masque N°1813. Librairie des Champs Elysées. Parution 1985. 156 pages.

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27 octobre 2016 4 27 /10 /octobre /2016 13:34

Ou contrariées ?

Olivia CATTAN : Identités contraires.

Quadragénaire, mariée, trois enfants, Sarah Keller est journaliste dans un journal dirigé par son ami Georges. Tout pourrait aller pour le mieux dans le meilleur des mondes, sans les petits incidents inhérents à la vie familiale.

Par exemple sa grande, Laura, dix-sept ans, qui rechigne comme ce jour-là à garder les jumeaux de neuf ans, car Sarah a rendez-vous avec Georges, son patron. Ou David, son mari, avec lequel les relations ne sont plus aussi amoureuses qu'au début de leur mariage. Tout ça par la faute d'un ami (un ami ? Est-ce vraiment le rôle d'un ami ?) qui a signalé avoir vu Sarah embrasser un ancien petit ami qu'elle avait perdu de vue après l'avoir quitté d'un commun accord.

Donc ce jour-là, Sarah doit effectuer un entretien avec Adrian Shek, un architecte de renommée internationale, malgré son âge et sa maladie. Enfin, pas vraiment une maladie, mais un syndrome. Il est autiste Asperger.

Tout en se rendant sur les lieux où ils doivent déjeuner, Sarah compulse son ordinateur afin de mieux connaître l'homme et son parcours chaotique. Adrian Shek est né en Tchécoslovaquie, a perdu sa sœur jumelle dans un accident de voiture, a suivi brillamment des études et son syndrome autistique a été décelé tard. Plus quelques autres petites informations.

Munie de ce maigre bagage, Sarah parvient en retard au rendez-vous mais ce n'est pas grave. Il est absorbé à écrire sur son cahier rouge, une occupation qui requiert toute son attention. Ils conversent, Adrian s'étend volontiers sur son syndrome, la soirée s'éternise, Sarah est presque subjuguée, même si elle est déboussolée par certaines impulsions ou refus de la part de son interlocuteur. A un certain moment Shek reçoit un appel téléphonique auquel Sarah ne comprend rien, l'échange oral étant en langue étrangère, et l'homme s'en va, contrarié apparemment. Il oublie sur la banquette son carnet rouge.

Sarah, curieuse comme une journaliste, hésite puis elle ouvre le carnet. Le lit. Elle est stupéfiée. Les trente premières pages lui sont consacrées. Des articles de presse qu'elle a écrit, des photos d'elle récupérées sur Internet. Et plus loin une série de lettres et de chiffres, des dates.

Le lendemain elle en parle à son mari, mais celui-ci, comme à son habitude, détourne la conversation, ne la prend pas au sérieux. C'est vrai qu'il a un métier autrement plus enrichissant : il est le directeur d'une société de comptabilité et commissaire aux comptes. Il est débordé et elle doit conduire les jumeaux à l'école.

Alors que Samuel, l'un des deux garçons, s'apprête à traverser la rue, une voiture s'élance, elle retient le gamin et le rétroviseur du véhicule la percute. Rien de grave, heureusement, mais Sarah est légèrement traumatisée. D'autant que plus tard elle comprend la signification des lettres, des chiffres et des dates inscrites dans le carnet.

Elle est invitée à manger chez Shek et une scène violente se produit, alors que sa servante sert le café. Elle appelle Georges afin de lui rendre compte de sa mission, mais il écourte la conversation, un nouveau pigiste se présentant à lui. Un beau gosse d'après Georges qui préfère les hommes. Peu après Georges est découvert assassiné. L'inspecteur Eric Mose est chargé de l'enquête. Une enquête que va prendre également à son compte Sarah car elle se rend compte qu'elle est au cœur de la cible, mais ne sait pas qui se trouve en face d'elle.

 

Un roman qui démarre tout doucement, banalement presque, mais qui s'emballe rapidement. Car l'auteur joue sur la mystification, les faux-semblants, la manipulation, les chausse-trappes envers les divers protagonistes et bien entendu envers le lecteur. Un exercice difficile dont se sort admirablement Olivia Cattan.

De même elle ne s'étend pas trop, elle ne s'appesantit pas sur le syndrome dont est affligé Adrian Shek. Elle décrit cette maladie, si tant et autant on peu appeler ceci une maladie, un dérèglement nerveux peut-être, un trouble du développement. Et cet autisme dont fait preuve Shek l'a servi dans sa vie professionnelle.

De France en Albanie jusqu'en Israël avec des incursions en Argentine, le lecteur part à la suite de Sarah, remonte le fil du temps, découvre des faces cachées d'une histoire dont Sarah n'est pas le seul personnage principal. Si elle partage la tête d'affiche avec des personnages parfois inattendus, elle reste un pion isolé malgré son entourage. L'auteur sait manier les fils de ce qui pourrait être une marionnette, mais une marionnette qui comme Pinocchio prend peu à peu sa liberté de mouvement et découvre une vie insoupçonnée.

Identités contraires est un grand roman humain qui ne laissera pas indifférent, et le syndrome d'Asperger n'est qu'une des composantes du drame qui se joue tout le long des pages de ce roman.

Olivia CATTAN : Identités contraires. HC éditions. Parution le 13 octobre 2016. 272 pages. 19,00€.

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26 octobre 2016 3 26 /10 /octobre /2016 09:49

Quand personnages réels et de fiction jouent aux gendarmes et aux voleurs...

Frédéric LENORMAND : Madame la Marquise et les gentlemen cambrioleurs.

Vous connaissez tous Arsène Lupin, aussi je ne vais pas m'étendre sur ce héros littéraire. Mais saviez-vous qu'il possédait un frère, prénommé Alfred ?

Il fut même surnommé l'Ennemi public N°2. A son actif, quelques bricoles qui, comme pour son illustre frère, ne portaient guère à conséquence, du moins au quidam lambda. A quelques fieffés coquins possédant pignon sur rue peut-être. Pour la plus grande joie du lecteur.

Mais c'est bien la Marquise Casati, Luisa de son prénom, qui tient le rôle principal dans leur rencontre, leurs au pluriel devrais-je écrire, et qui est dessinée en scénettes indépendantes et pourtant qui sont reliées l'une à l'autre par un fil rouge, une chaînette d'or serait plus juste comme comparaison, pour constituer un tout enchâssé dans un écrin de souvenirs.

dévoile sa véritable nature : du plâtre. Et c'est de cette manière que le photographe et la marquise se lient et qu'il va recueillir les confidences de l'Italienne à la jeunesse tumultueuse.Stampa di Soncino, est toujours aussi extravagante vestimentairement. Ce qui attire immédiatement l'œil du photographe. Mais le spectacle auquel il assiste le laisse pantois. La marquise sort de son sac une pomme, symbole du péché quoique fruit du pommier, lance le projectile vers une statue de bronze qui se casse et Détaillons en premier l'écrin avec la complicité du narrateur photographe qui fait la connaissance de la marquise en 1951 à Londres. Agée de soixante-dix printemps mais ne les paraissant pas, Luisa Casati

L'arrivée de la jeune femme au Ritz en 1908 ne passe véritablement pas inaperçue. Par son allure excentrique et vestimentaire, d'abord. En effet elle est attifée d'affutiaux et d'habits qui ressemblent plus à des haillons en lambeaux qu'à une robe nobiliaire, et aux nombreux bagages qui bientôt encombrent le vaste hall. Elle a le visage blafard, comme enduit de plâtre, les yeux soulignés de khôl et une tignasse rousse ébouriffée. Elle est accompagnée d'une suite composée de Noirs, d'une femme de chambre, d'un secrétaire, l'homme pas le meuble, et d'un chauffeur allemand.

Des cages renferment un guépard et d'autres animaux de compagnie tous aussi doux que le félin tels que perroquet, singe, et un vivarium dans lequel se prélasse un boa. Le directeur de l'établissement est époustouflé mais il doit faire fasse à cette intrusion avec dignité et effarement, cette apparition ayant réservé la suite royale et les appartements pour son personnel.

Mais pour autant la marquise n'est pas une tête-en-l'air, une évaporée, une foldingue. Les apparences sont trompeuses. Elle est observatrice et déductive. Et elle se rend compte qu'il se passe des choses, des événements guère catholiques tout autour de la place Vendôme. Elle n'est pas la seule évidement de s'apercevoir des vols ou des meurtres qui sont perpétrés soit les fameux bijoutiers Van Cleef & Arpels ou qu'un homme a été assassiné sur le toit du Ritz. Le policier Galuchard, du Quai des Orfèvres, est toujours aux premières loges pour enquêter. Et il n'est pas loin de penser que l'arrivée de la trop voyante marquise pourrait signifier une relation de cause à effet. Mais soit un bristol ou autre moyen pour signer le forfait est toujours découvert avec les initiales A.L.

La marquise Casati est également audacieuse, courageuse, voire téméraire, comme lorsqu'elle explore les caves de l'établissement à la recherche d'un hypothétique trésor. Son excentricité est sans borne. Ainsi elle fait teindre en or son petit personnel Noir lors de réception, ce qui ne manque pas d'attirer l'attention et la curiosité.

Seulement dans ces différentes péripéties qui s'enchainent comme des diamants sur une rivière porté autour d'un cou aristocratique, Alfred Lupin n'est pas toujours le coupable. Il faut se méfier des imitations.

Frédéric LENORMAND : Madame la Marquise et les gentlemen cambrioleurs.

Frédéric Lenormand, délaissant pour le temps d'un roman ses personnages fétiches, le Juge Ti et Voltaire, nous invite à découvrir une nouvelle héroïne qui fit parler d'elle en son temps, mais est toujours présente dans certains esprits.

Elle a marqué de son empreinte le début du XXe siècle mais ses falbalas ont fait et font encore rêver. De grands couturiers, dont dernier en date John Galiano, se sont emparés de sa façon de se vêtir, imposant un style et une mode. Mais insidieusement la rue s'accapare de l'engouement provoqué par une façon de porter les vêtements, et il est sûr que de nos jours Luisa marquise Casati pourrait revendiquer les jeans effrangés, effilochés, scarifiés, aux genoux ou aux cuisses, et délavés artificiellement comme si le temps ne pouvait se charger de tels outrages.

En mettant en scène cette marquise et en la faisant revivre avec à ses côtés des personnages qui ont réellement existés, comme Gabriele d'Annunzio qui fut son amant, et en en inventant, Frédéric Lenormand nous offre un roman composé de scénettes qui se suivent et ne se ressemblent pas mais possèdent un lien pour former un tout agréable.

Comme une récréation pour le lecteur qui veut changer d'ambiance littéraire et se plonger dans une fausse futilité.

Frédéric Lenormand emprunte son ironie parfois grinçante dans l'humour des caricaturistes du début du XXe siècle, lorsque les amuseurs publics savaient distiller leur causticité avec élégance. Une caractéristique qui de nos jours est bien oubliée, la vulgarité prenant le pas sur la raillerie bon enfant et pourtant efficace.

- J'ai remarqué que ce sont souvent les pauvres qui volent les riches, rarement l'inverse !
- Je vois que vous ne lisez pas la presse de gauche, mon cher, dit le comte.

Ce volume est complété de repères biographiques ainsi qu'une sélection intitulée : La marquise Casati vue par ses contemporains.

Frédéric LENORMAND : Madame la Marquise et les gentlemen cambrioleurs. Policier. Editions City. Parution le 5 octobre 2016. 272 pages. 17,90€.

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25 octobre 2016 2 25 /10 /octobre /2016 09:05

Je n'ai jamais connu un homme de cette intelligence qui fut aussi incapable de s'intégrer à une civilisation faite pour la machine.

Citation extraite de l'Avant-propos de l'auteur.

Robert E. HOWARD : Almuric.

Avant de nous intéresser à Esau Cairn, le héros-narrateur de cette aventure, une petite précision me parait indispensable d'être signalée.

Le 27 octobre paraitra Bifrost N°84, un numéro spécial consacré à Robert E. Howard. Il contiendra des nouvelles de Christian Léourier, Romain Lucazeau et Howard himself en plus d'un exhaustif dossier mené de main de maître par le spécialiste mondial de l'auteur, Patrice Louinet. Ce dossier s'emploie à dissiper les idées reçues sur le père de Conan, et ce n'est pas du luxe. Un numéro indispensable pour les amateurs de Fantasy, mais pas que !

Voir le sommaire ici :

Maintenant revenons à Esau Cairn.

Esau Cairn était bâti pour combattre les forces naturelles et c'est pour cela qu'un jour il se retrouve sur Almuric, une planète étrange, sauvage, à sa dimension, et sur laquelle il peut exprimer ses possibilités musculaires.

Comment Esau Cairn parvient sur Almuric ? Quels sont ses antécédents ? Howard reste dans le flou le plus absolu. Ce n'est pas son propos.

Ce qui importe, ce sont les aventures d'Esau Cairn sur Almuric et l'on peut dire qu'il est servi.

Dès son arrivée il est agressé par un être mi-homme mi-singe dont il ne se défait autant pas sa force que par son intelligence. Puis il est confronté à une bande de hyènes sauvages. Et ainsi de suite.

Il affronte les pires dangers tout comme l'homme préhistorique était en butte aux animaux de son époque et aux éléments déchainés. Ce qui lui permet de surveiller la croissance de ses petits muscles sans recourir aux artifices de la gonflette.

Ecologiste avant la mode, précurseur de Sylvester Stallone et de Arnold Schwarzenegger, Esau Cairn s'intègre en solitaire dans ce monde hostile, devenant une force de la nature.

Après quelques mois vécus en ermite, Cairn quitte la montagne et entreprend une visite non guidée de la plaine. Là aussi les dangers pullulent mais il saura se sortir indemne de tous les pièges, de tous les combats, de toutes les guerres, grâce à une force de caractère peu commune.

 

 

 

Tous ceux qui ne connaissent pas Howard et vont le découvrir en lisant ce roman, seront frappés par la similitude, par le souffle épique entre ce roman et certains textes dont le Cycle de Mars d'Edgar Rice Burroughs avec le personnage de John Carter, dont il semble qu'Almuric soit une sorte d'hommage ou la série des Dragons de Pern d'Ann McCaffrey entamée en 1968.

Mais Howard est véritablement le précurseur de la Fantasy intégrant le merveilleux et l'interplanétaire, genre que d'autres romanciers affinèrent, Michael Moorcock par exemple.

Robert E. Howard s'est suicidé le 11 juin 1936, à l'âge de trente ans.

 

 

Ce recueil propose des nouvelles et des compléments, qui ne figuraient pas dans les éditions précédentes) dus à Patrice Louinet, le traducteur.

En voici le sommaire.

Patrice LOUINET, Introduction, pages 7 à 8, Introduction

(Almuric), pages 9 à 144, Roman.Almuric2 -

3 - Le Jardin de la Peur (The Garden of Fear), pages 145 à 162.

4 - La Voix d'El-Lil (The Voice of El-Lil), pages 163 à 192.

5 - La Hyène (The Hyena), pages 193 à 208.

6 - Une sonnerie de trompettes (A Thunder of Trumpets), pages 209 à 232.

7 - Le Cobra du rêve (The Cobra in the Dream), pages 233 à 240.

8 - Le Fantôme sur le seuil (The Ghost in the Doorway), pages 241 à 245.

9 - Delenda Est (Delenda Est), pages 247 à 256.

10 - Le Fléau de Dermod (Dermod's Bane), pages 257 à 263.

11 - La Vallée Perdue (The Valley of the Lost), pages 265 à 290.

12 - Le Roi du Peuple Oublié (King of the Forgotten People), pages 291 à 295.

13 - James Allison - Fragments, pages 319 à 353.

14 - Le Cavalier-Tonnerre (The Thunder-Rider), pages 355 à 381, trad. Patrice LOUINET

 

15 - Nekht Semerkeht (Nekht Semerkeht), pages 383 à 401.

16 - Le Tentateur (The Tempter), pages 402 à 405, Poésie.

17 - Patrice LOUINET, « To live is to die », pages 407 à 422, Postface.

18 - Patrice LOUINET, Note sur les textes, pages 423 à 424, Bibliographie.

 

 

 

Collection Robert E. Howard N°8. Editions Fleuve Noir. Parution décembre 1991. 224 pages.

Collection Robert E. Howard N°8. Editions Fleuve Noir. Parution décembre 1991. 224 pages.

Première parution : Nouvelles Éditions Oswald (Néo). Collection Fantastique/SF/Aventure n° 174. Parution Juin 1986. 160 pages.

Première parution : Nouvelles Éditions Oswald (Néo). Collection Fantastique/SF/Aventure n° 174. Parution Juin 1986. 160 pages.

Robert E. HOWARD : Almuric. Collection Les Intégrales N°52 éditions Bragelonne. Parution 16 septembre 2015. 432 pages. 25,00€.

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24 octobre 2016 1 24 /10 /octobre /2016 14:24

On passe le temps comme on peut !

Lawrence BLOCK : Le voleur qui comptait les cuillères

Pour Bernie Rhodenbarr, le métier de bouquiniste n'est plus ce qu'il était. Pour preuve cette cliente qui entre dans son échoppe, regarde un livre sur une étagère, téléphone et déclare qu'elle est intéressée mais ne le prend pas, car elle vient de l'acheter en ligne. Pourtant c'est un ouvrage rare !

Ou encore ce jeune étudiant qui lui achète des livres et les revend avec profit via un site de ventes en ligne, réalisant de beaux bénéfices.

Comme sa profession de bouquiniste le fait tout juste vivre, Bernie réalise de temps à autre de petits extras pour des clients qui savent se montrer reconnaissants, le payant largement pour les risques qu'il prend. Monte-en l'air à ses heures, il accepte une mission pour le compte d'un certain monsieur Smith, patronyme aussi courant que Martin en France.

Bernie est chargé de récupérer dans les archives du Galtonbrook Hall, un musée qui ne connait pas l'affluence mais possède des trésors grâce à l'ancien riche propriétaire qui accumulait les œuvres d'art, Bernie est chargé donc de récupérer un manuscrit de Fitzgerald, surtout connu pour Gatsby le magnifique. Un roman que son client ne tient pas en grande estime. Ce qui l'intéresse, c'est une première mouture de L'étrange affaire de Benjamin Button dont il collectionne les différentes éditions.

Bernie, après avoir repéré les lieux, s'introduit dans la pièce réservée aux archives et s'empare du fameux manuscrit, avec la complicité de son amie Carolyn. Carolyn, avec qui il prend un pot tous les soirs ou presque, avec qui il dine régulièrement, mais avec qui il ne couche pas, d'abord parce qu'il tient à sa liberté, ensuite parce que Carolyn est lesbienne.

Un premier vol pour ce client qui le rémunère grassement et lui propose une autre appropriation car en réalité il collectionne tout ce qui a rapport aux boutons et aux badges. Et cette nouvelle saisie doit s'effectuer chez un riche homme qui détient des cuillères au manche un peu spécial.

 

 

Parallèlement, son ami Ray Kirschmann, inspecteur au NYPD, qui lui a souvent mis, ou tenté de mettre, des bâtons dans les roues lors de quelques cambriolages antérieurs, lui demande un petit service. Il sait que Bernie, la main sur le cœur, a décidé d'arrêter ses activités de cambrioleur, mais cette fois il réquisitionne son ami pour la bonne cause.

Madame Ostermaier, qui vivait dans une grande demeure, est décédée en rentant plus tôt que prévu alors qu'elle assistait à la représentation d'un opéra de Wagner. Elle a été découverte gisant sur le tapis dans son salon, et si elle a cessé de respirer, c'est la seule chose de sûre que les policiers ont à se mettre sous la dent. Pour l'instant. Mais la cause réelle de ce décès est encore à trouver. Kirschmann souhaite que Bernie vienne avec lui étudier les lieux et donner son avis.

Que ne ferait-on pas pour un ami policier ? Bernie accompagne donc Kirschmann et selon toutes les probabilités, un cambrioleur est passé par là. Est-ce cette intrusion qui aurait obligé le cœur de madame Ostermaier à s'arrêter de battre ? Peut-être, mais il existe probablement une autre raison. Car la manière dont les objets sont à terre, le manteau de la victime déposé sur l'accoudoir d'un fauteuil et autres petits indices laissent Bernie dubitatif et il pense à une mise en scène.

Bernie est un grand lecteur. Ce qui tombe bien puisqu'il n'a qu'à se servir sur les rayons de sa bouquinerie. Alors il lit de nombreux romans d'auteurs actuels ou ayant connu une belle carrière au siècle dernier comme Rex Stout, et c'est justement en parcourant un romans policiers que des idées lui viennent concernant l'enquête qu'il doit mener. Et d'ailleurs il convoquera tous les acteurs, ou presque de cette histoire, et les mettra en scène façon L'Homme aux Orchidées.

 

 

Les digressions sont le levain des soufflés littéraires que l'on déguste avec une cuillère.

Et les digressions ne manquent pas dans ce roman, dont le ton et les dialogues font penser à Pelham Grenville Wodehouse. Un humour froid, parfois caustique, ou tout simplement le nonsense britannique qui joue sur la dérision et l'absurde, quel que soit le sujet abordé. Les réparties entre Carolyn, Ray Kirschmann, ou d'autres intervenants, sont ciselées, et certaines scènes valent le détour.

Si Bernie est célibataire, il se laisse parfois subjuguer par des clientes, ce qui lui offre d'heureuses surprises et le plaisir de faire la connaissance d'autres personnes qui l'aideront dans certaines de ses démarches.

Parmi les nombreuses parenthèses qu'effectue l'auteur, celle concernant la préconisation de la lecture d'un roman de Marcel Proust par exemple, beaucoup plus efficace et moins onéreuse et préjudiciable pour la santé que la prise de comprimés de somnifère, ou encore, lors de conversations avec Carolyn, de ses points de vue sur les gays et les lesbiennes, professant des idées de tolérance que de nombreuses personnes devraient mettre à profit.

De même il explique, peut-être un peu longuement, tout ce qui a trait aux badges à épingles, aux boutons, avec des références historiques intéressantes, surtout pour les Américains qui sont les premiers concernés dans ce qui est une sorte d'inventaire.

Et il ne faut pas oublier ses remarques sur le numérique et l'achat en ligne d'ouvrages, anciens ou non, qui mettent l'avenir des bouquinistes en péril. Enfin il ne faut le prendre pour un imbécile, il sait se venger en douceur, et tant pis pour celui qui a voulu le gruger.

 

 

Censuré !

Mona de Pracontal, la traductrice, n'ayant pas apprécié mes réserves quant à la traduction, me l'a fait savoir, comment dire, avec tact et diplomatie. Aussi, afin de ne pas mettre de l'huile sur le feu, j'ai décidé d'accéder à sa demande et ai donc supprimé le passage litigieux.

Ne lisant pas l'anglais, et donc ne pouvant ressentir comme il se doit l'humour qui peut se dégager de la langue de Mark Twain, je n'ai apparemment pas su discerner l'humour subtil de ce passage. Ce que me reproche la traductrice avec... virulence (?). Dont acte. Je vais me mettre à apprendre l'anglais, après tout pourquoi pas malgré ses soixante-dix ans, et donc je pourrais lire en version originale. Et me passer des traducteurs qui se retranchent derrière leur savoir avec suffisance.

Mais vous pouvez toujours lire un aperçu des problèmes de traduction dans La balade entre les tombes via le lien ci-dessous.

Lawrence BLOCK : Le voleur qui comptait les cuillères (The Burglar who counted the spoons - 2013. Traduction de Mona de Pracontal). Une aventure de Bernie Rhodenbarr. Collection Série Noire. Editions Gallimard. Parution le 13 octobre 2016. 352 pages. 21,00€.

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22 octobre 2016 6 22 /10 /octobre /2016 13:10

Bon anniversaire à Thomas Bauduret, alias Samuel Dharma, alias Patrick Eris, né le 22 octobre 1963.

Samuel DHARMA : Nécromancies.

Par la folie d'un souverain, à cause de sa soif de domination et de pouvoir, Khemen, une cité pourtant pacifique, succombe sous les coups des Hommes Jaunes, et ce malgré la vaillance de ses guerriers, hommes et femmes.

Parmi eux Jehna et sa compagne Kehro. Mais Kehro fait partie des nombreuses victimes de la guerre et Jehna accablé par le chagrin, miné, erre à l'aventure.

Comment il parvient à Fadyen, il ne saurait le dire.

Lorsqu'un soudard l'agresse dans une auberge où il espérait le gîte et le couvert, il tente de se dérober mais le combat devient inévitable. Ses réflexes guerriers sont intacts et Jehna sort vainqueur de la rixe.

Fait prisonnier, il sera chargé par le roi Hunn d'éduquer son armée de soudards. Jehna retrouvera confort auprès de la belle Erikap une servante mise à son service mais cela ne l'empêche pas de penser à celle qu'il aime et aimera toujours : Kehro.

S'il est chargé de mission par le roi Hunn c'est bien parce que la cité de Fadyen est menacée. Mais quel est ce danger qui risque d'anéantir une cité quelque peu moribonde?

 

 

Samuel Dharma avec Nécromancies nous propose un roman plus achevé, plus dense et mieux construit que son précédent roman paru dans la même collection et qui avait pour titre Le Traqueur.Les effets sanguinolents sont quelque peu gommés, ce qui n'est pas un mal au contraire.

Il semble avoir trouvé un juste équilibre, ne forçant pas sur les clichés sur les sentiments ou les scènes d'horreur et de violence. Un auteur à suivre donc et si Dharma continue dans cette voie, je pense qu'il a devant lui- un bel avenir d'écrivain populaire; populaire étant à prendre comme un compliment évidemment.

Chroniqué sur Radio Manche. Août 88.

 

Thomas Bauduret s'est révélé en 1987 avec Mickey Meurtre publié dans la collection Espionnage N°1889. Il était alors le plus jeune romancier du Fleuve Noir. Depuis Thomas Bauduret a enchainé les traductions et l'écriture de romans dans différents genres populaires, dont je vous propose de découvrir ci-dessous quelques productions récentes :

 

 

 

 

Samuel DHARMA : Nécromancies. Collection Anticipation N°1637. Editions Fleuve Noir. Parution juillet 1988. 192 pages.

Réédité en format numérique : 4,49€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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