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4 mars 2017 6 04 /03 /mars /2017 06:54

Inusable Sherlock et éternel Holmes ! Bis !

Le détective détraqué ou les mésaventures de Sherlock Holmes.

Sherlock Holmes, personnage emblématique de la littérature policière, et de la littérature tout court, est peut-être le héros de fiction ayant connu le plus de textes apocryphes, de parodies et de pastiches.

En effet, le premier texte le mettant en scène et n'étant pas signé par Conan Doyle, est écrit à peine quatre mois après cette naissance littéraire, par le créateur d'un autre monument de la littérature populaire britannique, James M. Barrie et son héros Peter Pan.

C'est ce que j'écrivais en introduction du recueil Les avatars de Sherlock Holmes, édité quasi concomitamment avec cette œuvre, Le détective détraqué ou les mésaventures de Sherlock Holmes, qui nous offre une palette plus complète mettant en scène le célèbre détective britannique. Toutefois il est à noter que la nouvelle qui entame ce recueil se trouve également dans le volume précité, mais dans une traduction légèrement différente. Je passerai donc dessus pour m'attarder un peu plus longuement sur d'autres textes qui valent largement le détour.

Des textes écrits entre 1892 (Robert Barr - Le grand mystère de Pegram) et 2012 (Bernard Oudin - L'aventure du banquier pervers), qui démontrent combien le personnage de Sherlock Holmes a pu inspirer les auteurs, depuis sa création jusqu'à nos jours et sont un véritable foisonnement d'imagination parfois au service de l'actualité.

 

Ainsi dans L'aventure du banquier pervers de Bernard Oudin, publiée en 2012, l'auteur tient à préciser que Toute ressemblance avec des personnes ou des événements ayant défrayé la chronique de l'année 2011 relèverait de la plus improbable coïncidence.

Pourtant, examinons quelque peu le début. Mycroft Holmes, le frère de Sherlock pour ceux qui ne le sauraient pas, demande au détective de passer le voir au Club Diogène, où ils ont leurs habitudes. Accompagné de Watson, Sherlock se rend donc au club pour apprendre qu'une sale affaire entache l'honneur de Wagner-Cohen, le célèbre banquier fondateur de la Banque de commerce et d'investissement. Celui-ci est accusé par une femme de chambre du Claridge d'avoir voulu abuser d'elle. Le banquier naturellement nie les faits. Pourtant Harriet O'Shaughnessy, Irlandaise catholique, ne démord pas de sa version. La fin est évidemment pure imagination de l'auteur, puisque l'histoire se déroule quelques dizaines d'années en arrière et l'implication politique atteint l'Echiquier de la Couronne.

 

Plus étonnant, c'est la présence dans ce recueil de Jean Giraudoux, écrivain et diplomate français surtout connu pour ses pièces de théâtre comme La guerre de Troie n'aura pas lieu ou La folle de Chaillot. D'un cheveu est d'une œuvre de jeunesse datant de 1908.

De même Arthur Conan Doyle nous offre avec La kermesse du terrain de cricket, une parodie de ses propres textes.

Bien évidemment, tout le monde sait qu'entre Arsène Lupin et Sherlock Holmes s'était engagé un duel, ou plutôt un défi. Arthur Conan Doyle n'avait pas apprécié que Maurice Leblanc emprunte son personnage et le créateur d'Arsène Lupin dut changer le nom du détective en Herlock Sholmès.

Quant à Jack London, il ne s'agit pas d'une parodie, mais d'une forme d'éloge dans lequel il mêle son admiration pour Arthur Conan Doyle, son désir de le rencontrer et son parcours personnel comme trimardeur, sa passion pour la boxe puis journaliste.

Bref ce recueil est un véritable panel des parodies et des pastiches holmésiens, incluant des auteurs français, ce qu'avait omis le recueil des avatars de Sherlock Holmes.

Ce volume est agréablement illustré, ce qui lui confère un charme indéniable, par Leonid Koslov, Scott Bond, Vlou et un anonyme.

 

Sommaire :

BARR Robert : Le grand mystère de Pegram

BARRIE James M. : L'aventure des deux collaborateurs

DOYLE Arthur Conan : La kermesse du terrain de cricket

LEHMANN R. C. : Le cambriolage d'Umbrosa

HARTE Bret : Le vol du coffret à cigares

LEHMANN R. C. - Yard

KAHN William B. - La beauté secourue

LEBLANC Maurice : Herlock Sholmès arrive trop tard

GIRAUDOUX Jean - D'un cheveu

ALCESTE - Le coupable

O'HENRY - Les aventures de Shamrock Jolnes

LONDON Jack - Arthur Conan Doyle

STEELE Frederic Dorr - L'aventure de l'éditeur de livres d'art assassiné

KUMMER Frederic Arnold - Le meurtre de la cathédrale de Canterbury

REOUVEN René - La plus grande machination du siècle

Bibliothécaires Royal Borough - Le comptable pressé

ASHMAN Peter G. - Epinglé au mur

LIEBOW Ely M. - L'aventure de l'héboniste chronique

FORTIER Jacques - L'autre défenestration de Prague

OUDIN Bernard - L'aventure du banquier pervers

Le détective détraqué ou les mésaventures de Sherlock Holmes. Recueil collectif. Editions Baker Street. Parution le 19 janvier 2017. 288 pages. 18,00€.

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3 mars 2017 5 03 /03 /mars /2017 09:41

Avoir un bon copain...

Jean FAILLER : Les mécomptes du capitaine Fortin.

Mais parfois, cela entraîne le dit copain dans une galère dont il aura du mal à se dépêtrer.

Ainsi le capitaine Jean-Pierre Fortin, Jipi pour les intimes, policier au commissariat de Quimper, ne pensait certes pas que le coup de main qu'il donne à son ami Béjy va se retourner contre lui.

Fortin réglait en compagnie de Béjy, qui outre être pompier est également président du club d'archéologie sous-marine, un problème de moteur sur le bateau du club, lorsque son copain reçoit un appel téléphonique de sa femme. Leur fille Fabienne, âgée de quinze ans, vient de faire le mur, montant à bord d'une voiture de sport. Le conducteur n'est autre que le fils du chirurgien, bien connu des services de police car il s'amuse à revendre de la drogue au lycée. Le père a écrasé le coup grâce à ses relations, mais pour Fortin Fabienne est sûrement embarquée dans quelque chose qui ne sent pas bon. Pas bon du tout même.

Et Fortin se rend immédiatement en compagnie de Kermanach, où est située la villa du chirurgien. Une vingtaine de voitures de sport sont déjà garées dans le parc et la fête bat son plein. Une fête consciencieusement arrosée comme il se doit, entre jeunes filles et jeunes gens de bonnes familles qui s'adonnent à ce que dans le grand monde autrefois on appelait une soirée libertine, de nos jours une partouze et dans certains quartiers une tournante. Mais toutes les jeunes filles, et gamines comme Fabienne, ne sont pas d'accord, mais que peuvent-elles faire sous la loi du nombre. Crier ? Oui, et ce sont justement ces cris qui alertent Fortin et Béjy lorsqu'ils arrivent devant la demeure.

Une bagarre éclate entre Fortin et Béjy, et quelques membres mâles de cette petite sauterie. Ils sont pris à partie par un gros bras qui veut montrer qu'une batte de base-ball n'est pas uniquement un instrument pour taper dans une balle. Fortin reçoit un verre d'alcool en pleine figure ce qui ne lui éclairci pas les idées, et la bagarre devient générale. C'est à ce moment que surviennent les gendarmes et qu'au cours de leur perquisition ils découvrent allongée mollement dans la baignoire d'une des salles de bain de l'étage une femme défunte d'une trentaine d'années. Et cette mort est suspecte.

Donc, outre un agent de sécurité, un programmateur de musique (disc-jockey en français), dans ce gentil tohu-bohu il y avait donc cette femme qui après vérification d'usage de son identité s'avère être Germaine Durant plus connue dans le petit monde des nuits parisiennes sous l'appellation de Jessica Baccara, répertoriée comme hôtesse d'accueil. Pour une partie fine entre adolescents, cela fait quand même pas mal de trentenaires, et pas des meilleures relations.

Fortin convaincu d'agression, et de plus son corps dégageant quelques effluves d'alcool, est arrêté par les Bleus. Et son statut de capitaine de la police n'y fait rien. Il s'est trouvé au mauvais endroit au mauvais moment. Et son commissaire ne peut rien faire sauf que de le suspendre, voire le révoquer. Et ça le lieutenant Mary Lester ne veut pas en entendre parler. Alors elle prend la défense de son ami Fortin, et enquête sur les brisées de la gendarmerie, ce que n'apprécie pas l'adjudant-chef Cotten. Un gars borné, pour qui le règlement est la Bible sacrée du gendarme, sa tacata-tactique, à laquelle il ne faut déroger sous aucun prétexte.

 

Mary Lester est une battante qui sent qu'un coup fourré s'est préparé insidieusement et dont Fortin se trouve être la victime. Elle se doute d'où cela peut venir mais pour cela elle doit mener ses investigations. Et elle sent que Bejy n'est peut-être pas net dans cette affaire. Peut-être.

Elle va demander la coopération de Passepoil, un policier spécialiste de l'informatique et non pas l'un des compères de Lagardère, afin d'effectuer des recherches, s'adjoindre, en remplacement de Fortin, Gertrude, une forte femme dans tous les sens du terme. Mais une autre jeune femme décède dans des conditions qui demandent une enquête, et cela conforte Mary qu'elle se trouve sur la bonne piste. Elle va notamment se rendre du côté de Châteaulin dans une ferme, obtenir l'aide d'un ornithologue amateur, faire jouer quelques relations.

 

Déjà trente-neuf romans (ne pas se fier à la numérotation car il existe des volumes doubles) que Jean Failler a consacrés à Mary Lester et je n'en avais encore jamais lu un. Une carence que je vais combler car j'ai été conquis par, non seulement cette histoire, mais également par Mary Lester, et le côté humaniste de l'auteur. Et les quelques références placées ici ou là dans l'ouvrage à propos d'affaires précédentes m'y incitent fortement.

Si le personnage de Mary Lester est attachant, c'est le côté humain qui prédomine. Outre les antagonismes existant entre les Bleus et les policiers sont particulièrement intéressants, le côté strict des uns mettant en valeur le côté plus indiscipliné pour la bonne cause des autres. Enfin pas tous, car il y a quand même quelques réticences de la part des supérieurs de Mary Lester, et tous les gendarmes ne sont pas bornés, étroits d'esprit comme Cotten.

Sont mis en évidence également les difficulté des paysans, des agriculteurs bretons, par le biais d'une famille qui se retrouve ruinée, pour des agriculteurs j'aurais pu écrire fauchés, obligés de s'endetter pour mettre leurs installations aux normes. Le paysan n'a pu faire face à la crise, de la chute des cours des prix, n'a pas pu bénéficier de la largesse des banques qui ne prêtent qu'aux riches, et ce fut la dégringolade, le refuge dans l'alcoolisme.

Rien de misérabilisme, mais une vision impartiale et poignante de ce que peuvent vivre de nombreux cultivateurs et éleveurs, dans un marché tourné vers l'international, et qui ne marche que par une productivité à outrance pour peu de bénéfices. Quant il y en a. Ce n'est pas un réquisitoire, mais un constat amer.

Un roman agréable à lire et à méditer, et je sais que bientôt je vais retrouver Mary Lester dans des aventures précédentes puisque je possède quelques ouvrages que je n'avais pas lus, pour des raisons que je ne saurais préciser.

Jean FAILLER : Les mécomptes du capitaine Fortin. Collection Mary Lester N°45. Editions du Palémon. Parution le 21 octobre 2016. 320 pages. 10,00€.

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2 mars 2017 4 02 /03 /mars /2017 06:03

Tu lui demanderas qu'elle me rapporte ma clarinette et mon saxophone soprano ...

Marc VILLARD : Si tu vois ma mère.

Spécialiste de la nouvelle et du roman minimalistes, Marc Villard ne s'exprime jamais mieux que lors qu'il met son imagination au service du jazz et des Etats-Unis.

Avec protagonistes des personnages célèbres ou non ayant connu des démêlés durant leur quotidien, des tranches de vie cabossées, des parcours chaotiques, des dérapages.

 

Lamborghini Miura : Miles Davis a décidé que des représentants de son peuple, des Afro-américains, pourraient bénéficier de billets à tarif réduit pour assister à l'un de ses concerts. Seulement cela ne plait guère à l'organisateur qui délègue à deux petits bras l'accrochage de son véhicule. Ce ne pourrait être qu'une banale histoire de gros sous, mais tout réside dans l'humour féroce des deux dernières phrases.

 

South Central 92 : Lee Benton est fauché et il a dû mettre son trombone en gage. Il veut récupérer son instrument mais des émeutes secouent South Central. Les agresseurs de Rodney King ont été déclarés non coupables, ce qui attise la fureur de la communauté Black. Lorsqu'il arrive chez Marvin Slater, le dealer blanc du quartier, celui-ci est mort. Tué par des Noirs, comme Lee. C'est sa fille âgée d'une dizaine d'années et adepte de la batterie qui l'affirme. Comme elle ne possède plus aucun parent, Lee décide de la prendre sous son aile. L'épilogue est un pied-de-nez aux préjugés.

 

La pierre noire : Andy Parker est infirmier au Metropolitan Hospital et lorsqu'il ne soigne pas ses patients, il dessine des portraits à la pierre noire, plus propre que le fusain. Des personnes rencontrées dans le métro, sur son lieu de travail également. Surtout. Ce jour-là il vient de croquer Costello, un vieil homme qui est décédé quelques minutes auparavant lorsqu'il apprend que Billie Holiday a été admise dans les locaux. Marc Villard se penche sur les derniers jours d'une icône du jazz.

 

La Baronne : La baronne, c'est Pannonica de Koenigswarter, mécène des jazzmen et mère nourricière de cent-vingt-deux chats. Deux petits loubards ont décidé de s'emparer d'objets de valeur dans sa grande maison, alors que Nica et Charlie Rouse, le trompettiste, sont partis au Five Spot voir jouer le pianiste Barry Harris. Mais ils ne s'attendaient pas à trouver sur place Thelonious Monk qui cuve sa fatigue. C'est en farfouillant dans des vinyles qu'ils reconnaissent ce musicien représenté sur des pochettes de disques. Thelonius qui ne veut pas qu'ils touchent au piano.

 

Une vie bien pourrie : Un épisode mouvementé dans la vie d'Art Pepper, le saxophoniste fauché qui s'injecte des substances prohibées dans le bras. Juana, l'une des prostituées mexicaines qui travaillent dans ce quartier de Los Angeles, il les connait charnellement presque toutes, lui demande de devenir son protecteur, son mac officiel étant parti pour deux mois. Art Pepper est bien embêté car il a déjà Diane sur le dos.

 

Les mélomanes : Le jazz toujours, bien évidemment, mais avec un invité vedette, Charles Bukowski. Un musicien, accompagné d'un pack de six bières, qui déclare adorer ses poèmes, s'invite chez lui. Mais l'écrivain n'apprécie pas du tout le style free-jazz du saxophoniste. Alors dans sa rubrique Journal d'un vieux dégueulasse, il l'éreinte.

 

Arnaqueurs : Comme son titre l'indique, il s'agit bien d'une arnaque que Paul Davis, saxophoniste, accepte d'organiser. Manuela, une prostituée qui loge dans le même hôtel miteux de San Diego, a imaginé pouvoir subtiliser une rondelette somme d'argent à Sanchez, mais pour cela il lui faut l'aide de Paul Davis. Et comme la plupart des musiciens, le saxophoniste est fauché. Alors il accepte.

 

Marvin et Rosa : Jeune trompettiste, Marvin Hawley se rend pour un cours avec son prof de musique. Mais il sent qu'il arrivera en retard, quand une femme noire, comme lui, refuse laisser sa place dans le bus bondé à un Blanc malgré les exhortations du chauffeur. Cette femme qui refuse d'obtempérer en ce 1er décembre 1955 se nomme Rosa Parks, et elle sera à l'origine du mouvement de protestation des Noirs de Montgomery (Alabama), qui feront la grève des transports pour se rendre à leur travail en signe de solidarité. Parmi les manifestants, le jeune Martin Luther King. Un épisode qui datera dans le lutte contre la ségrégation aux Etats-Unis.

 

Seize nouvelles, inédites ou qui ont déjà été publiées notamment dans la revue Jazzman avant que celle-ci soit absorbée par Jazz Magazine, ou chez SKA en version numérique, qui mettent en scène des musiciens de jazz fauchés pour la plupart, vivant de drogue et d'alcool. Une représentation de l'Amérique chère à Marc Villard, loin du rêve américain. Marc Villard possède une écriture évocatrice des démêlés de ses paumés qui se débattent et veulent s'en sortir par la musique de jazz.

Et je n'ai pu m'empêcher de songer, en lisant ces textes, à un autre écrivain, romancier, nouvelliste, journaliste et correspondant de guerre, Ernest Hemingway. Un style sobre et pourtant poétique, décrivant une génération perdue, selon l'expression de Gertrude Stein.

Un rapprochement peut-être osé, car Marc Villard possède son propre style et ses points de fixation, ses obsessions, personnels, mais qui pour moi s'est instauré comme une évidence.

Quant au titre, il renvoie à un morceau de Sidney Bechet, enregistré en 1952.

 

Sommaire :

Lamborghini Miura

South Central 92

La pierre noire

Drums

Don't explain

La baronne

Une vie bien pourrie

Les mélomanes

Nostalgia in Times Saure

Arnaqueurs

Le pont

Tijuana Moods

La route du blues

Marvin et Rosa

Cadillac Walk

Roma 1987

Marc VILLARD : Si tu vois ma mère. Nouvelles. Collection Bande à part. Editions Cohen & Cohen. Parution le 23 février 2017. 188 pages. 15,00€.

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1 mars 2017 3 01 /03 /mars /2017 06:23

Si, un peu quand même...

Michel MOATTI : Tu n'auras pas peur.

La pêche au gros est pratiquée, en général, en milieu marin pourtant il est des endroits improbables dans lesquels on peut s'adonner à ce sport physique.

Un mort vient d'être retrouver dans les eaux du Lower lake, un lac de Crystal Palace, quartier situé au sud de Londres. Mais il ne s'agit pas d'un mort ordinaire. Lynn Dunsday est journaliste au Bumper, un média en ligne et elle vient d'être informée de l'horrible découverte par une auxiliaire du journal dont le métier est de traquer les informations susceptibles de constituer le corps d'un article sensationnel.

Lynn se rend donc sur place et retrouve Trevor Sugden, vieil ami et journaliste lui aussi au Broadway News, journal papier à faible diffusion mais dont le format est original. Et sur place, ils s'aperçoivent immédiatement que ce fait-divers devrait passionner les lecteurs à cause de la mise en scène qui l'entoure.

Un palan vient de retirer des eaux du lac un siège baquet sur lequel est attaché un cadavre. Le corps porte autour du cou une pochette bleue, un peu comme en sont dotés les passagers d'un avion. Et des traces de peinture bleue dégoulinent délayées par l'eau.

Les deux journalistes sont refoulés par les policiers qui forment un barrage délimitant l'endroit où le corps a été repêché, mais la télévision est sur place. Lynn et Trevor enragent de ne pouvoir compléter leur reportage, mais rien n'y fait. Toutefois ils possèdent déjà assez d'éléments pour écrire leurs articles.

Andy Folsom est un policier attaché au service des homicide et il est chargé en compagnie de son responsable d'enquêter sur cette macabre découverte. Il sort depuis quelques temps avec Lynn, des rendez-vous amicaux dans des bars ou restaurants, et il aimerait bien que cela devienne plus fusionnel. Lynn n'est pas encore prête à engager une relation amoureuse mais il ne désespère pas. Il peut apporter un peu plus de précision sur ce cadavre pour l'heure encore inconnu.

Avec Trevor, Lynn se lance dans la recherche d'informations plus concrètes. La mise en scène lui rappelle quelque chose, ainsi qu'à Trevor. Et c'est le déclic. Un accident d'avion qui s'est déroulé quelques dizaines d'années auparavant, le 10 décembre 1967. Le Beechcraft à bord duquel le chanteur, alors âgé de vingt-six ans, s'est écrasé dans le lac Momona, Wisconsin. Son corps avait été repêché alors qu'il était encore attaché à son siège baquet. Détail macabre, l'un de ses bras avait été congelé dans les eaux du lac. Or le cadavre possède la même particularité.

Cette mise en scène démontre que l'assassin joue avec les policiers. De plus le meurtrier vient de poster sur Internet des vidéos le montrant exécuter son forfait. Bien sûr il n'est pas reconnaissable mais c'est l'acte de mise à l'eau qu'il a filmé.

Lynn obtient des détails par son ami Andy, malgré les mises en garde de ses supérieurs, tandis que Trevor possède lui aussi ses sources de renseignements, dont il ne veut dévoiler la provenance mais qu'il partage toutefois en partie avec la jeune journaliste.

Un jeu pour le meurtrier, une provocation également. Et un nouveau meurtre est perpétré sur la personne d'une femme, dans une mise en scène tout aussi macabre qui rappelle une autre affaire.

 

Plus que l'enquête en elle-même, une intrigue construite avec rigueur, menée par les policiers d'un côté et les deux journalistes de l'autre, sans que jamais ou presque apparaisse l'assassin, ce sont les parcours des trois protagonistes principaux, Lynn Dunsday, Trevor Sugden et Andrew Folsom qui forment la colonne vertébrale du roman. Chacun d'eux ou presque sont des fracturés de la vie. Et le journalisme est leur rédemption. Mais jusqu'à quand ?

Mais un autre problème est évoqué, celui de l'information partagée que l'on subit chaque jour plus ou moins consciemment et dont le contenu se veut agressif et intrusif afin de capter l'attention du maximum de lecteurs. Dégotter l'information le premier, tel est le mot d'ordre des rédacteurs en chef, et plus particulièrement celui du Bumper, mais pas n'importe quoi. Du sensationnel, des citations, des témoignages. Et comme le déclare Grant, le patron de Lynn :

Un bon papier, c'est quand les gens le lisent et ont envie de raconter l'histoire qu'ils viennent de lire à tous leurs copains.

Pour autant, il ne veut pas entrer dans le système du voyeurisme, dans le genre de sites qui comme Bestgore diffusent des vidéos sordides, d'horreur, de petits films tels que la dégustation par un individu taré de morceaux de viande prélevés sur son copain (véridique!). Ou des viols, des meurtres, tout ce qui plait à une population qui se délecte du visionnage de ces reportages tournés dans un but inavouable. Des photos et des vidéos non bricolées, non retouchées, partagées, car les gens ont le droit de connaître la vérité, d'après le créateur de ce site malsain. Et il en existe d'autres.

Car tous se retranchent non seulement dans le droit mais dans le devoir d'information, la soif de vérité et la lutte contre les prétendues censures du Net. Et la frontière entre information et voyeurisme est floue.

C'est tout cela que Michel Moatti dénonce dans ce roman, car au-delà de l'intrigue bien ficelée mettant en scène un assassin qui justement aime faire de la mise en scène, dans un but bien précis, ce sont les médias toujours à l'affût du sensationnel qui sont visés. Et la mise en ligne de vidéos n'est plus seulement affaire de professionnels, mais d'amateurs qui sur Youtube, par exemple, mettent n'importe quoi pourvu que cela choque et attire des visiteurs. Le poids des mots, le choc des photos, slogan cher à Paris-Match, est détourné au profit de ceux qui veulent faire de l'audience, à n'importe quel prix.

Mais Michel Moatti, tout en apportant quelques descriptions, ne joue pas dans cette cour vénéneuse, et les images que le lecteur peut se représenter, il se les forge mettant son imaginaire au service du suggéré. D'ailleurs le rythme est rapide, les chapitres sont courts, presque comme des articles journalistiques, et l'ennui, qui pourrait insidieusement s'insérer consécutif à de trop longues descriptions, n'a pas le temps de s'installer que déjà on passe à une autre image, comme une lecture kaléidoscopique.

 

Michel MOATTI : Tu n'auras pas peur. Editions H.C. Parution le 16 février 2017. 474 pages. 19,00€.

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28 février 2017 2 28 /02 /février /2017 13:46

Hommage à Maurice Renard né le 28 février 1875.

Maurice RENARD : Romans et contes fantastiques.

Qui se souvient aujourd'hui de ce grand fantastiqueur français qui œuvra dans la foulée de Jules Verne, de Herbert-Georges Wells, voire d'Edgar Poe, et fut reconnu par ses pairs, tout aussi bien Rosny Aîné que Jean Ray.

Rosny Aîné écrivait à son propos : Imaginons un Poe non plus mangeur d'opium, mais grand lecteur de Descartes : nous aurons un surnaturel à la française, un insolite qui n'exclut pas l'explication rationnelle, un merveilleux qui fait référence aux découvertes scientifiques, voila qui donne au fantastique de Maurice Renard son originalité.

Et en 1923, Jean Ray écrivait : Toute l'œuvre de Maurice Renard égrène ses pages comme un chapelet de pierres de luxe, de pierres de l'angoisse, de gemmes aux reflets opalins d'une cervelle humaine palpitante de la vie. Et les cailloux précieux se tiennent, s'agrippent, ne se séparent plus car, malgré sa beauté polychrome, sa diversité d'essence et d'action, cette œuvre semble tendre vers un tout, vers un point unique situé au-delà des connaissances humaines.

 

Lorsque j'ai découvert cet auteur, sur le tard, je n'ai pas été déçu comme on peut l'être parfois par un auteur trop encensé. Des œuvres élégantes, claires, dénuées de toutes ces horreurs, de toutes ces atrocités dans lesquelles se complaisent certains auteurs actuels qui recherchent plus l'accumulation de l'effroyable, de la cruauté, du sensationnel, que la nouveauté. Certains, pas tous heureusement.

Maurice Renard fut en quelque sorte le précurseur dans ce domaine littéraire d'un genre bien particulier, et à la lecture de quelques uns de ses contes, j'ai ressenti comme une impression de déjà lu. impression inévitable puisque les textes de Maurice Renard sont antérieurs à bon nombre de récits que j'ai pu lire depuis des décennies, depuis mon adolescence.

Des similitudes, je ne parle pas de plagiats ni de parodies, des similitudes existent avec des textes dus à des auteurs américains par exemple. Ce qui n'est pas forcément répréhensible ou gênant pour le lecteur. Partant d'une même idée de base, chacun peut la développer à sa façon, dans son style propre.

Maurice Renard est un auteur à découvrir, à lire ou à relire, car il écrit d'une manière alerte, claire, élégante (je sais je l'ai déjà écrit), dénuée de toute vulgarité ou de ce style ampoulé qui paraît bien désuet aujourd'hui.

Un merveilleux conteur et prosateur, également poète, qui sait faire passer dans le dos ce délicieux frisson de l'aventure fantastique.

 

Ainsi dans Les mains d'Orlac (1920) il explore le thème de la main greffée qui acquiert une existence autonome aux dépens de son propriétaire. Auparavant, dans Le Péril bleu (1912) il met en scène, thème récurrent, des extra-terrestres inattendus. Mais il manipule également l'impossible, avec virtuosité, dans Le Maître de la lumière, Le professeur Krantz ou L'homme truqué à moins qu'il préfère l'indicible des Mille et un matins, ou encore Fantômes et fantoches.

Le lecteur de ces pages ne ressort pas avec un goût amer dans la bouche et des visions d'horreur plein la tête, mais émerveillé et quelque peu rêveur.

En nous sommeille notre âme d'enfant, et elle ne demande qu'à se réveiller comme lorsqu'au temps de nos tendres années nous nous délections avec des histoires issues des Contes des Mille et une nuits, des aventures de Peter Pan ou de Gulliver.

 

Sommaire :

Préface de Jean Tulard.

Fantômes et fantoches

Le docteur Lerne , sous-dieu

Le péril bleu

M. D'Outremort

Les mains d'Orlac

L'homme truqué

Château hanté

La rumeur dans la montagne

Un homme chez les microbes

Le professeur Krantz

Le maître de la lumière

Contes des mille et un matins

Documents (recueillis par Francis Lacassin)

Maurice RENARD : Romans et contes fantastiques. Recueil établi par Jean Tulard et Francis Lacassin. Collection Bouquins. Editions Robert Laffont. Parution mars 1990. 1282 pages.

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27 février 2017 1 27 /02 /février /2017 14:42

Mais le plus tard possible...

Jean-Paul NOZIERE : Et vous mourrez longtemps.

La frontière entre littérature pour adolescent et celle pour adulte n'existe pas pour Jean-Paul Nozière. Il s'adresse à tout le monde, sur le même pied d'égalité, faisant fi de l'âge, car les thèmes abordés s'adressent aussi bien aux deux catégories de maturité.

Huit nouvelles composent ce recueil, des textes inédits ou déjà publiés lors de parution dans des ouvrages collectifs.

Elles possèdent en commun un procédé théâtral, ou radiophonique, avec peu de personnages. D'ailleurs le ton est donné dès la première de ces nouvelles, intitulée Délivrance.

Les projecteurs s'allument. Sur la scène, deux corps sont allongés sur un sol couvert de poussière rouge. Un homme et une femme...

Cet homme, c'est Hugo, encouragé par Inès. Il n'en peux plus, il est fatigué. Depuis deux mois ils marchent. Ils n'ont plus rien à manger, ils ont soif. C'est l'home qui se plaint tandis que la femme l'exhorte à continuer. Ils doivent grimper une falaise puis redescendre le chemin qui mène à la grotte, but de leur pérégrination. Hugo est défaitiste, heureusement Inès est là pour le motiver.

 

Blanc comme neige : Un policier interroge Bambi, un surnom donné comme une dérision mais que le gamin revendique. L'homme veut connaître le fin fond de l'histoire des billets truqués, et surtout quel rôle lui et son copain Emeci ont joué dans cette histoire. Emeci, comme M.C. Solar. Un huis-clos entre un adulte et un gamin mais qui aura le dernier mot ?

 

Alain Delon : A cause de ses copains poivrots, comme lui, qui l'ont surnommé Alain Delon, Momo est devenu fier comme Artaban. Et c'est dur de se rendre compte devant la glace qu'il est un vieux rabougri, fringué comme une loque.

 

N'oubliez pas de composter votre mort : Dans le train corail qui effectue la liaison Lyon-Perrache/Dijon, un trajet que Léa vient d'effectuer une douzaine de fois, toutes les semaines, enfin elle pense que cette fois c'est la bonne. Elle tend son billet non composté au contrôleur. Une façon comme une autre pour engager la conversation avec l'homme de la SNCF qui apparemment n'attend que ça. D'ailleurs, il remarque qu'elle lit un roman policier et la discussion prend un tour littéraire et il avoue avoir été publié à la Série Noire. Il a en tête une histoire de tueur en série qui propose à ses futures victimes un pistolet, les laissant composter leur mort. Un peu l'histoire de l'arroseur arrosé.

 

La messe est finie : Le père Angelo Tortori est complètement déprimé. Son église tombe en ruines mais il n'a pas les moyens financiers pour engager des réparations. L'évêque n'a que faire de la paroisse de San Domenico et le père Angelo enrage. Il s'adresse au Christ qui le regarde du haut de sa croix. Une solution existerait bien, elle se nomme Fausta Carli, une vieille dame riche dont l'héritage serait le bienvenu. Une histoire qui rappelle un peu Don Camillo avec les imprécations du curé et ses discussions avec le Christ, lequel le met en garde contre toute envie d'outrepasser quelques règles des Dix commandements.

 

Voici quelques-unes des histoires dont Jean-Paul Nozière nous régale, avec cet humanisme qui joue sur la dérision et l'humour noir. Des scénettes qui pourraient être adaptées dans un film à sketches comme Les 7 péchés capitaux, Le Diable et les dix commandements, La Française et l'amour, Les contes de Canterbury, Les Parisiennes, Le crime ne paie pas et autres films qui furent en vogue principalement dans les années 50/60.

A conseiller à ceux qui aiment les bonnes nouvelles, et à ceux qui désireraient découvrir un genre possédant toutes les facettes d'un prisme dont la vengeance, la jalousie, la cupidité, le machisme seraient les vitrines principales.

 

Sommaire :

Délivrance

Blanc comme neige

Alain Delon

N'oubliez pas de composter votre mort

La sœur de Pinocchio

Morte dans l'après-midi

La messe est finie

Et vous mourrez longtemps

 

Jean-Paul NOZIERE : Et vous mourrez longtemps. Collection Nouvelles. Editions Thierry Magnier. Parution le 11 janvier 2017. 208 pages. 11,00€.

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25 février 2017 6 25 /02 /février /2017 06:14

Plus fort que Vivaldi et ses 4 saisons...

Jean-Christophe CHAUMETTE : Les 7 saisons du Malin.

Les 7 saisons du Malin est un recueil de nouvelles déclinant les âges de la vie en prenant comme thème les 7 péchés capitaux.

Ainsi, la Naissance associée à l’Envie met en scène une jeune femme qui aurait tout pour être heureuse mais ne se contente pas de ce qu'elle possède. C’est une jalouse, une envieuse, et évidemment cela va lui jouer un sale tour.

L’Enfance et la Gourmandise vont souvent de pair, mais le boulimique Francis va apprendre à ses dépends qu’il faut parfois se raisonner.

Suivent l’Adolescence et la Luxure, la Jeunesse et l'Avarice, l’Âge adulte et la Paresse, l’Âge mûr et la Colère, enfin la Vieillesse et l’Orgueil.

Le tout avec toujours comme personnage récurrent Théophanis Theosphelpemis.

 

Un recueil à lire le sourire aux lèvres, afin de conjurer le sort et ne pas laisser le Malin s’arroger le droit de régler le destin à sa façon.

Jean-Christophe Chaumette narre ces différents épisodes avec une verve satanique et l’on en redemande.

Jean-Christophe Chaumette a débuté au Fleuve Noir, mais la récession enregistrée tant en nombre de titres qu’en auteurs Français publiés par cette maison d’édition quinquagénaire (lors de la parution de la première édition de ce recueil) fait que quasiment tous les romanciers qui signaient au Fleuve ont été laissés sur la touche. Rares sont ceux qui ont pu tirer leur épingle du jeu et s'attirer les faveurs d'autres éditeurs.

 

Première parution : Collection 2000.com. Editions Naturellement. Parution mars 2000.

Première parution : Collection 2000.com. Editions Naturellement. Parution mars 2000.

Jean-Christophe CHAUMETTE : Les 7 saisons du Malin. Editions L'ivre-Book. Parution 25 février 2017. 166 pages. Version numérique 3,99€.

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23 février 2017 4 23 /02 /février /2017 06:41

Un héritage pas forcément convoité...

Hugo BUAN : L'héritage de Jack l'Eventreur.

Le commandant Workan n'apprécie pas d'être dérangé au téléphone, même si c'est une dame qui le demande. Mais lorsque sa correspondante lui précise que ce qu'elle a à lui confier concerne, entre autre, sa mère et qu'elle lui donne rendez-vous au Décollé, son intérêt est immédiatement éveillé.

Deux affaires distinctes qui pourtant possèdent un vague rapport, d'après ce que Workan comprend.

Sa mère a été assassinée de nombreuses années auparavant dans des conditions mal définies, et il en garde une trace indélébile. Mais le Décollé, ou Pointe du Décolé, le ramène quelques semaines en arrière, à Saint-Lunaire près de Saint-Malo. Une enquête qui avait été confiée à son adjoint le capitaine Lerouyer mais qui s'était soldée par un échec et transmise à la gendarmerie locale.

Le lendemain en fin d'après-midi il se rend donc à Saint-Lunaire et rencontre madame Drummond, une vieille dame, enfin pas tant que ça puisqu'elle n'est que septuagénaire, dans sa villa. Bien entendu la conversation débute par le rappel de l'assassinat qui s'est déroulé sur la personne d'une jeune femme, une prostituée d'après madame Drummond, l'affaire non résolue, mais il s'agit de tout autre chose dont elle veut entretenir Workan.

Elle lui révèle, sous le sceau du secret, qu'elle n'a pas d'enfant, possède une sœur, Jessica, mais plus important et plus effrayant, qu'elle est l'arrière-petite-fille de Russel Stablehorse. A première vue, ce nom ne dit rien à Workan, mais lorsqu'elle lui précise que Russel Stablehorse est plus connu sous le nom de Jack l'Eventreur, le commandant de police en reste sur le cul. Heureusement qu'il est assis.

Tout d'abord il pense à une affabulation mais elle possède des documents, des feuillets écrits de la main du tueur qu'elle a photocopiés, les orignaux étant placés dans un coffre, selon lesquels le fameux Jack dit l'Eventreur auraient perpétrés plus de crimes que ceux recensés puisqu'il aurait également sévi en Indes où il a résidé quelques années pour son travail d'architecte. Or il semblerait que le meurtre en 1999 de la mère de Workan, Ewa, serait signé par un individu agissant de façon similaire que le célèbre tueur britannique. Une méthode utilisée envers la jeune morte découverte à Saint-Lunaire.

Madame Drummond pense que le copieur pourrait être Terry, le fils de Jessica, internée dans une clinique psychiatrique de Dinan, dont elle n'a plus eu de nouvelles depuis des années. Quant au frère de Terry, Harry, il est supposé mort dans un affrontement militaire en Afghanistan au début des années 2000. Or Terry est le premier descendant mâle de Russel Stablehorse et la corrélation entre les deux hommes de la famille semble évidente.

Et Workan se trouve plongé à nouveau dans ce drame familial qui le perturbe quotidiennement, l'assassinat non résolu de sa mère. Il tient absolument à s'investir personnellement, malgré le refus de son patron, le commissaire divisionnaire Prigent, et de la procureure Sylviane Guérin, qu'il ne porte pas dans son cœur. Et c'est réciproque. Mais une autre affaire le requiert, l'agression d'un chirurgien-orthopédiste d'une clinique rennaise. Or l'homme de l'art est l'ami d'un député qui brigue un poste ministériel, donc il faut tout mettre en œuvre pour découvrir l'agresseur, rapidement et sans faire de vagues.

Workan se renseigne auprès de monsieur Cochet, un résident de Saint-Lunaire, qui avait hébergé la défunte de l'été précédent. L'homme reconnait volontiers avoir accueilli la jeune femme, une nommée Yuliya Svyrydiuk, originaire d'Ukraine. C'est un homme serviable que ce monsieur Cochet qui offre asile à ce que pudiquement on appelle une escort-girl. Yuliya a été remplacée par Cathia, qui pourrait être originaire des Balkans mais l'est tout prosaïquement de Clermont-Ferrand. Cette brave môme va connaître le même sort que sa prédécesseuse.

Workan refile l'affaire du chirurgien à ses adjoints Leila et Roberto. Leila est accessoirement sa maîtresse, et Roberto ne se montre pas futé. Alors évidemment ça patine et Workan est obligé de mener de front les deux enquêtes, l'officielle et l'officieuse, en ménageant la chèvre et le chou. C'est-à dire la procureure et le commissaire.

 

Workan est un policier qui use de l'humour à froid, grinçant, voire acerbe, et ses réparties cinglantes, avec notamment Sylviane Guérin, la procureure, donnent une note humoristique dans une intrigue qui lui tient personnellement à cœur. Et dont le résultat pourrait le libérer d'un poids qu'il traîne depuis quinze ans comme un boulet. Un souvenir dont il ne peut se défaire, ravivé tous les ans par la réception d'un morceau de tissu ensanglanté.

Workan, on a déjà pu s'en rendre compte dans les précédentes aventures dont vous pouvez retrouver les chroniques ci-dessous, est un policier bourru, agissant comme un électron libre. Il circule à bord d'une vieille Bentley, son côté provocateur.

Le côté humoristique est complété par ses relations avec Leila, et surtout par les bévues de Roberto, l'adjoint qui ne voit pas plus loin que le bout de son nez et ne sait pas prendre d'initiatives.

Mais le plus important dans ce roman, c'est bien le côté personnel auquel Workan est confronté. Ce retour en arrière sur le décès de sa mère. Et Hugo Buan joue avec brio sur le présent, les mortes de Saint-Lunaire, le passé proche, l'assassinat de la mère de Workan, et le passé plus lointain, ce retour en arrière sur les traces de Jack l'Eventreur. Bien entendu, tout en apportant une thèse sur l'identité de cet assassin, Hugo Buan reste fidèle à l'Histoire du Ripper tel que décrite par les spécialistes.

Amusant parfois, émouvant souvent, ce nouvel opus des enquêtes de Workan est une réussite. Avec une porte ouverte sur une nouvelle affaire. Seul petit point noir, Harry, le frère supposé décédé en Afghanistan, est prénommé en fin de volume Andy.

 

Hugo BUAN : L'héritage de Jack l'Eventreur. Commissaire Workan N°8. Editions du Palémon. Parution le 22 septembre 2016. 304 pages. 10,00€. Version numérique 5,99€.

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22 février 2017 3 22 /02 /février /2017 06:28

Des jumelles sans la courroie mais dans un bel étui !

Sophie AUBARD : Pas de deux.

Entre Manon et Solyne, c'est le jour et la nuit.

Manon, l'extravertie bruyante, et Solyne, l'introvertie silencieuse.

Pourtant tout devrait les rapprocher mais tout les sépare, même si elles vivent ensembles. Elles sont jumelles et ont vécu un drame dans leur adolescence.

Alors que le 24 décembre 1997, les deux jeunes filles et leurs parents étaient en vacances dans les Petites Antilles, afin de changer des séjours à la neige, un petit avion de tourisme a percuté leur voiture sur une route menant à la plage. Un passage dangereux, la route étant à proximité des pistes d'atterrissage. Bilan, deux morts et deux rescapés dans le véhicule, sans compter les occupants de l'avion d'instruction.

Depuis Manon et Solyne vivent dans un appartement situé en haut d'une maison de ville de Levallois-Perret, en compagnie de leur chien Haka. Sous le regard curieux de leur voisine madame Chaville, une vieille dame solitaire et toujours à l'affût.

Manon est vive, enjouée, insouciante, travaillant l'après-midi pour une boîte de communication implantée dans la commune. Elle sort souvent le soir, retrouvant son amie Charlène dans un bar. Elle s'amuse, laissant sa sœur seule à la maison.

Solyne est timide, réservée, et travaille le matin à la médiathèque de Levallois. Le samedi elle fait ses courses sur le marché, mais ne parle à personne. D'ailleurs pour ne pas être dérangée, elle feint d'être en communication téléphonique, le portable accroché à l'oreille. Elle est bénévole dans une association caritative et fréquente l'église du quartier. Mais c'est avec une certaine réticence qu'elle distribue les repas et s'approche des indigents. Et elle se méfie de l'œil inquisiteur de madame Chaville, œil qui obstrue le judas lorsqu'elle rentre ou sort.

Manon est attirée par le nouveau serveur qui officie derrière le comptoir du Balajo, son bar préféré, et elle s'en ouvre à Charlène qui elle se dépêtre avec ses affaires de cœur. Il s'appelle Naël et est étudiant. Son père vit toujours au Liban dont il est originaire. Les présentations sont rapides, et ils se promettent de se revoir le plus rapidement possible.

Et tandis que Solyne cultive sa sobriété, Manon déguste le Chablis avec gourmandise, rentrant parfois un peu pompette. Solyne reste solitaire et Manon fréquente Naël.

 

Ce qu'elles ignorent, c'est qu'un homme les suit, les épie, lorsqu'elles sortent ou rentrent chez elles, toujours séparément. Et il envoie des messages adressés à un mystérieux correspondant, messages qu'il signe Le Clown.

 

Une vie tranquille, rangée dans une banlieue proche de Paris, deux jeunes femmes apparemment sans histoires qui vivent ensembles sans heurt, ou presque. Parce que parfois Solyne n'est pas contente de Manon et elle le dit, le crie presque. De ses sorties nocturnes, de son goût pour le Chablis, de sa propension à ne pas ranger leur petit appartement. Solyne est tellement rigoureuse.

Et peu à peu le lecteur découvre les us et coutumes de ces deux sœurs, si différentes dans leurs réactions. Il lit les messages du Clown et les recommandations ou exigences de son correspondant.

Et il se demande si Sophie Aubard n'aurait pas utilisé un thème dont certains auteurs de romans policiers de détection usèrent de temps à autre, avec plus ou moins de bonheur. Alors le doute s'installe dans l'esprit du lecteur. Elle, Sophie Aubard, n'aurait pas osé quand même ! Et si, elle a osé, mais c'est si bien amené, si habilement construit, que le lecteur se laisse prendre par la main jusqu'à un épilogue logique et émouvant.

Une histoire d'amour, un roman à l'eau de rose diraient certains, mais également un roman de suspense, une énigme qui devient angoissante quant au devenir de ces deux sœurs, et juste quelques personnages qui gravitent autour d'elles. L'auteur s'attache à l'aspect psychologique de Manon et Solyne et construit son intrigue avec brio, ce qui n'était pas facile au départ. Elle joue en permanence sur la corde raide sans être déséquilibrée.

Une histoire simple et pourtant la vie est compliquée, à moins que ce soit le contraire. Mais une belle histoire qui nous change des brutalités policières ou autres, des affaires de drogue, des loubards de banlieue, de la morosité de la vie. Même si la vie n'a pas épargné nos deux jumelles. Un roman rafraichissant alors que l'intrigue joue sur les nerfs.

 

Chaque début de chapitre est consacré à un accident aéronautique, ce qui nos remémore quelques souvenirs mais en même temps l'on découvre d'autres accidents qui n'ont pas forcément fait la une des journaux, ou si peu.

 

Le rugby est un sport de voyous joué par des gentlemen, alors que le foot est un sport de gentlemen joué par des voyous.

Sophie AUBARD : Pas de deux. Editions L'Atelier Mosesu. Parution le 19 janvier 2017. 210 pages.8,95€.

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21 février 2017 2 21 /02 /février /2017 11:35

Hommage à Paul Gerrard, né le 21 février 1910.

Paul GERRARD : La Javanaise.

Si les jeux des adultes et ceux des enfants parfois se ressemblent étrangement, il faut bien constater néanmoins que ceux des adultes sont toutefois plus meurtriers et moins ingénus.

Si Sandri et ses petits camarades se frottent à la bande des frères Peyraud, Les Rouquins comme ils les ont surnommés, en réalité cela ne va jamais bien loin.

Enfin pas jusqu'à mort d'homme ! Ce n'est pas comme les adultes qui n'ont aucun savoir vivre.

Pour un malheureux colis qu'ils s'arrachent, les voilà qu'ils défouraillent à tout va. Même que les balles ne sont pas perdues pour tout le monde. Surtout pas pour le pauvre Sandri, le pauvre, qui récolte des pruneaux alors qu'il ne demandait rien à personne. Juste un peu d'amour et de compréhension.

Mais, et si on envisageait l'hypothèse, saugrenue je vous l'accorde, que le jeune Sandri était celui à qui étaient destinées les projectiles ?

En ce cas on serait en droit de se demander ce qui avait nécessité de telles mesures expéditives. Les morts gratuits, cela existe, et comme dit son père, Je suis le plus insignifiant des hommes et mon fils n'avait que le capital de sa jeunesse.

 

Un roman policier qui débute un peu comme un ouvrage destiné à la jeunesse mais qui devient très rapidement pathétique, avec un regard sans complaisance jeté sur des parents, des adultes cyniques.

D'ailleurs Paul Gerrard, né sous le patronyme de Jean Sabran, a écrit de nombreux romans pour la jeunesse sous le pseudonyme de Paul Berna dont l'immortel : Le cheval sans tête, qui a reçu le Grand Prix de littérature du salon de l'enfance en 1955.

De temps à autre on redécouvre Paul Gerrard et il serait bon de retrouver quelques rééditions de bon aloi, ne serait-ce qu'en volume Omnibus. Il le vaut bien. Même si des Intégrales ont été publiées par le Masque à la fin des années 1990, mais cela est bien loin et les ouvrages ne sont plus disponibles.

La Javanaise, un roman dur, émouvant, poignant, avec cependant quelques touches d'humour, histoire de mieux se replonger dans la triste réalité.

 

Première édition : Presses de la Cité. Coll. Un Mystère n°707. Parution 1964.

Première édition : Presses de la Cité. Coll. Un Mystère n°707. Parution 1964.

Paul GERRARD : La Javanaise. Collection Le Masque Jaune N°1964. Parution 5 juillet 1989.

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  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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