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12 septembre 2012 3 12 /09 /septembre /2012 14:42

L’exode de l’Exodus.


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Les tribulations de l’Exodus, le navire qui devait emmener plus de 4500 Juifs vers la Terre Promise, ont été immortalisées par le roman de Leon Uris, et surtout par le film éponyme d’Otto Preminger avec Paul Newman. Seulement dans la réalité, ce voyage ne s’est pas déroulé comme cela a été conté.

Sous couvert de roman, Maud Tabachnick nous raconte la véritable President_Warfield_1947.pnghistoire du President Warfield, rebaptisé Exodus 47, de ses passagers et de ceux qui ont été à l’origine de cette aventure. Elle met en scène, si l’on peut dire, des personnages réels, contrairement à Leon Uris et Otto Preminger qui eux avaient inventé des héros de fiction. Et le terme du voyage ne fut pas si idyllique qu’il fut conté.

30 mai 1947. Le jeune Serge Menacé, dont les parents ont été abattus sur ordre de Paul Touvier, a demandé une entrevue avec l’abbé Glasberg qui officie à Lyon. Ce n’est pas tant en souvenir de sa grand-mère, que le religieux a rencontré au camp de Drancy, que Serge veut le voir, mais parce qu’il pourrait l’aider, lui et ses compagnons, grâce aux relations que l’ecclésiaste entretient. En effet la Haganah, l’armée juive clandestine, veut ramener au pays les Juifs qui n’ont plus d’endroit pour vivre. La Haganah a acheté un vieux bâtiment à Baltimore, le President Warfield, et après des réparations dans un port italien, il stationne à Sète afin d’emmener plus de quatre mille cinq cents passagers. Or Glasberg peut, grâce à son ami le cardinal Gerlier qui a ses entrées à Matignon, obtenir des autorités civiles et militaires l’autorisation d’embarquer. Mais les quotas édictés par le gouvernement anglais sont gelés.

Attlee_BW_cropped.jpgEn effet l’empire britannique, depuis des décennies, possède une main mise sur les états arabes qu’il n’est pas prêt de vouloir abandonner. Et Clement Attlee, le premier ministre, est fermement décidé à empêcher tout embarquement vers la Palestine. Un agent du SIS, Secret Intelligence Service, John Milton, est envoyé sur place pour faire avorter le projet. Ahmed Yassim, qui dirige depuis deux ans la principale branche armée des Volontaires arabes constituée dès 1920, est chargé de prévenir les Anglais s’il découvre les projets sionistes. L’armée des Volontaires arabes a été constituée vingt ans auparavant, en réponse à la déclaration Balfour qui précisait dans un courrier adressé à Lord Lionel Rotschild l’intention du gouvernement de Sa Majesté d’envisager favorablement l’établissement en Palestine d’un foyer national juif.

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En catimini Yossi Harel, le commandant politique, Ike Aronowicz, le jeune capitaine de l’Exodus, Saul, Marga, Yosh et quelques autres compagnons délivrent les Juifs qui sont parqués depuis des mois dans des cantonnements dispersés sur le territoire français suite à leur libération des camps de concentration allemands, et les amènent à bord de camions jusqu’à Port de Bouc d’où doit avoir lieu l’embarquement. Ils attendent les papiers qui doivent leur permettre de quitter le port, à destination théoriquement de la Colombie. Un subterfuge qui ne convainc pas les Britanniques. Des bâtiments britanniques suivent le navire dans les eaux méditerranéennes et l’empêchent d’aborder les côtes palestiniennes alors que l’Exodus n’est qu’à vingt-sept kilomètres de Haïfa. La suite sera plus terrible.

 

Il est difficile de ne pas ressentir un sentiment de révolte, à la lecture de ce roman-document, devant l’acharnement des troupes britanniques envers ces fils d’Israël, qui souhaitent tout simplement retrouver après des siècles d’errance le pays dont ils ont été spoliés. Depuis une vingtaine d’années, des communautés juives vivent en Palestine, en plus ou moins bonne intelligence avec les Arabes. Seulement les intérêts financiers sont en jeu. En effet, à l’ONU, un vote doit avoir lieu afin d’entériner la décision de créer un état d’Israël, en partageant la Palestine. Les Etats-Unis sont pour et s’avèrent être un soutien actif pour les délégués Juifs. L’URSS, Staline est antisémite et son action envers un comité antifasciste juif créé en 1942 est là pour le prouver, n’y sont pas favorables. Les enjeux financiers sont représentés par le sous-sol arabe qui possède une véritable richesse pétrolifère.

Autre fait troublant, c’est la collusion entre le grand mufti Hadj Amin al-Husseini, qui avait choisi le camp d’Hitler durant la guerre, la légion arabe se battant courageusement aux côtés des Nazis. En cette année 1947, les Arabes ont néanmoins obtenu des Anglais que le quota de soixante-quinze mille immigrants soit maintenu et que l’interdiction de vendre des terres aux nouveaux arrivants soit renforcée. Le Pétrole, de tout temps, a toujours senti bon.

Maud-Tabachnick.jpgSi l’on peut comprendre les récriminations des Palestiniens, si l’opinion internationale prend leur défense vis-à-vis d’Israël et des affrontements qui opposent ces deux nations, il ne faut pas oublier que depuis près de vingt siècles les Juifs sont rejetés de partout. Ils ont perdu leur terre, ils ont été spoliés, et ce qui leur est reproché aujourd’hui, ils l’ont subi en étant chassés de leur nation. Si torts il y a, il faut les attribuer aux deux camps, à leur entêtement, à leur manque de tolérance. Egalement à l’intolérance religieuse, au fanatisme, à l’intégrisme, d’où qu’ils viennent. Sans oublier l’esprit mercantile qui n’est pas l’apanage d’une nation. Et l’on peut se poser la question de savoir comment les grandes puissances réagiront lorsqu’il n’y aura plus de pétrole en jeu ?

Un roman-document qui éclaire l’origine de biens des conflits et qui propose une vision non édulcorée de l’histoire. Quant aux Juifs qui ne purent débarquer de l’Exodus, ils furent envoyés sous bonne escorte britannique à Hambourg où ils végétèrent ensuite dans des camps de rétention allemands.

 

Un conseil : visitez le site des éditions de l'Archipel. Vous y retrouverez Maud Tabachnick !

Maud TABACHNICK : Je pars demain pour une destination inconnue. Collection Cœur noir. Editions de L’Archipel. Septembre 2012. 242 pages. 18,95€.

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11 septembre 2012 2 11 /09 /septembre /2012 11:16

La suite des pérégrinations d’Alain et Jocelyne dont nous avons fait la connaissance dans Onde de choc.

Alain BLONDELON : Dégénération future.

 

Réfugiés sur l’île d’Yeu, quelques rescapés de l’Onde de choc survivent, confrontés à un nouveau problème. La vie continue, les femmes enfantent, mais quelques mois après le début de leur grossesse, elles sont atteintes de violentes céphalées et saignent du nez. Pas alarmant à priori, sauf qu’à la naissance les enfants sont handicapés. Les gamins sont difformes et accusent un net retard mental. Une dégénérescence natale qui affecte le moral de ceux qui vivent sur l’île. Une scission est provoquée et quelques membres de la communauté embarquent vers d’autres lieux, pensant qu’il s’agit probablement d’une maladie liée à l’endroit où ils vivent. Alors Lionel et son amie Sandrine, qui sont les responsables naturels du groupe, confient une mission à Alain et Jocelyne. Celle de trouver un médecin qui pourrait installer un hôpital de fortune.

Jocelyne veut profiter de ce voyage afin de retrouver son amie Christelle qui vit en Irlande et qu’elle n’a pas revu depuis les événements qui ont bouleversé la Terre. A bord d’un petit voilier ils entament leur périple en longeant les côtes bretonnes, mais bientôt il leur faut songer à se ravitailler. Ils abordent donc à Brest.

Le port et la ville sont dévastés, en ruines, et il leur est malaisé de trouver un magasin pouvant recéler quelque denrée. Lors de leur exploration ils entendent un vrombissement inquiétant.

Un énorme frelon pique sur eux. Ils se réfugient avec précipitation dans une boutique et l’hyménoptère s’assomme contre la vitre. Alain en profite pour abattre la bébête avec son fusil à canon scié. Fin du combat ? Que nenni ! D’autres bestioles, par dizaines, mesurant une quarantaine de centimètres, arrivent en escouade. Les grosses goulues déchiquètent le frelon hors de combat puis repartent repues. Alain et Jocelyne reprennent leur périple et arrivés sur dans une grande surface entièrement saccagée, ils se trouvent quasiment nez à nez avec des individus qui poursuivent une jeune femme. Ils s’interposent et parviennent à faire s’enfuir les malotrus.

Après quelques péripéties mouvementées, ils parviennent enfin en Irlande mais Christelle n’habite plus l’endroit où ils pensaient la trouver. Alors retour sur le continent jusqu’à Nevers via Rouen, où encore une fois ils ont maille à partir avec des prédateurs humains et rencontrent des dégénérés survivant avec difficulté et des communicants, une faculté de transmettre des messages par la pensée qui leur sera bien utile. Les combats sont nombreux et ils risquent leur vie à moult reprises.

Dans une atmosphère de canicule, Alain Blondelon trimballe ses personnages, ne leur épargnant aucune vicissitude. Le Futur pointe à notre fenêtre avec ses rayons qui dardent en étouffant tout. Mais s’il s’agit d’une extrapolation de l’avenir, et un peu une parabole d’Adam et Eve découvrant ou redécouvrant le monde, il est à noter que ce n’est pas tant comment est devenue la Terre après l’Onde de choc que de s’apercevoir que malgré toutes les avanies, les êtres humains n’ont pas retenu la leçon. Au lieu de s’entraider, de signer une alliance cordiale, ils vivent en petits comités, et très nombreux sont les rapaces, les nuisibles, qui ne pensent qu’à exterminer leurs congénères. Autre époque, autres mœurs, mais encore et toujours de la discrimination.

Il est bon aussi de se poser la question de savoir si les efforts, les essais, les recherches scientifiques concernant les modifications génétiques, quelle que soit leur provenance nucléaire ou chimique, ne peuvent pas se retourner contre l’homme. Mais de toute façon ceux qui sont à l’origine des mutations, animales ou végétales, ne seront pas là pour apprécier leurs résultats. Les bienfaits sont tout de suite avancés sans que quoi que ce soit n’est fait pour en analyser les méfaits.

Quant au dénouement, il induit une suite qui j’espère ne saurait tarder. La couverture, signée Adam Tredowski, est très belle, mais reflète peu le contenu du roman.

Et je ne saurai trop vous conseiller de vous rendre sur le site des Editions RIvière Blanche et de consulter leur catalogue.

Alain BLONDELON : Dégénération future. Collection blanche N° 2090. Editions Rivière Blanche. 210 pages. 17,00€.

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10 septembre 2012 1 10 /09 /septembre /2012 13:23

Juge d'instruction ou instruction d'un juge ?

 

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Comme toutes les espèces en voie d’extinction, le juge d’instruction devrait bénéficier du statut particulier de la protection. Mais comme les gamins qui saccagent volontiers les œufs dans les nids d’oiseaux, des hommes politiques ont signé sa disparition. Et bientôt il ne vivra plus que par les écrits des romanciers, comme on peut retrouver le sabotier, le maréchal-ferrant et autres petits métiers d’antan sous la plume d’écrivains de la fin du XIXème siècle et début XXème. Heureusement André Fortin, qui fut lui-même juge d’instruction, nous invite à partager la vie d’un magistrat avec la compétence et l’impartialité d’un homme de terrain. Je sais que certains pourront objecter que l’actualité judiciaire recèle quelques bavures, à cela je rétorquerai que parfois le procureur devrait être également mis en cause, car le plus souvent il agit en fonction de ses intimes convictions, tandis que le juge d’instruction lui le fait en fonction des pièces du dossier qu’il en a sa possession. Je referme les guillemets que d’ailleurs je n’avais pas ouverts.


Le juge Galtier est un homme qui ressasse la nuit, surtout lorsqu’il a des petits problèmes conflictuels, comme ce soir-là avec sa jeune femme. Et dans ces cas là, il dort mal. En pleine nuit, alors qu’il s’est réfugié sur le balcon, il est troublé par des bruits bizarres et découvre avec surprise qu’un homme vient d’atterrir à ses pieds. Ange Simeoni, petit malfrat bien connu des services de police, vient de s’inviter chez lui. Il est poursuivi, selon ses dires, par des hommes qui ne lui veulent pas forcément du bien. Le lendemain Galtier informe l’inspecteur Juston, un policier avec lequel il aime travailler, et lui demande de retrouver son visiteur du soir. L’homme a déserté le foyer conjugal. Mais un juge n’a jamais qu’un seul dossier à traiter, et Galtier, qui a été juge pour enfant, est contacté par la jeune Fatima qui s’inquiète pour son frère Rachid. Celui-ci n’a pas donné signe de vie depuis quelques jours, et elle pense qu’il suit un mauvais chemin et aurait été embrigadé par des hommes louches, peut-être proches d’une section terroriste islamiste. Camilla (en réalité elle s’appelle Camille, mais ça fait mieux ainsi), la secrétaire de Charlie Sacomano, est retrouvée morte et ce décès n’est pas du à un suicide. Sacomano magouille dans l’immobilier, mais il a le temps de déménager les pièces compromettantes avant la perquisition des policiers et du juge. Toutefois un tout petit bout de papier avec un morceau de timbre révèle aux tests du laboratoire scientifique que l’enveloppe provenait des iles Caïmans. Quelles relations entretenait Sacomano avec ce paradis fiscal ?

 

Le lecteur comprendra bien vite que ces trois affaires sont implicitement reliées, mais comment, pourquoi, et quelles en sont les finalités, telles sont les questions qu’il pourra légitimement se poser. L’intérêt de ce roman ne réside pas en l’intrigue, pas uniquement, mais dans les réflexions politico-judiciaires émises par l’auteur qui sait ce dont il parle. De la cuisine interne, genre « c’était une pratique des procureurs, culpabiliser les juges, comme le fait le gouvernement d’ailleurs : ne libérez pas les gens sinon vous serez responsable de tout ce qui pourra arriver ! Et après on s’étonne du désastre d’Outreau où un juge complaisant a maintenu des innocents en tôle plus que de raison... ».

Mais l’antagonisme juge d’instruction-procureur de la République n’est pas le seul sujet d’achoppement des récriminations d’André Fortin. Il pointe du doigt les juges d’instruction de la section antiterroristes, dont « la proximité avec le pouvoir, les ministres de l’intérieur et de la justice, rend nécessairement suspects juges et procureurs antiterroristes savamment choisis pour faire partie de cette équipe de cow-boys et de rouleaux compresseurs ». Rappelez-vous la fameuse affaire de Tarnac (là c’est moi qui ajoute mon grain de sel) ! Et André Fortin enfonce le clou en laissant son personnage principal, le juge Galtier, s’exprimer ainsi : « les flics antiterroristes et surtout les juges de la même engeance, étaient-ils des individus normalement constitués ? La fameuse culture du résultat qu’on leur avait inculquée, et qu’ils avaient d’ailleurs assimilée avec enthousiasme, ne les avait-elle pas totalement pervertis ? ». Je pourrais aller plus loin et évoquer d’autres sujets de critiques, mais ce serait par trop déflorer ce roman qui sort du cadre de la pure fiction. A lire donc, sans œillères et sans idées préconçues.


André FORTIN : Requiem pour le juge. Collection Polar Jigal. Editions Jigal. 276 pages. 17,24€.

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9 septembre 2012 7 09 /09 /septembre /2012 12:52

Il est parfois des destins plus riches en aventures qu’une fiction.

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L’origine des ancêtres d’Eugène Bullard, né le 9 octobre 1895 à Colombus, Géorgie, est quelque peu confuse. Quoiqu’il en soit, son père, William, esclave, prit le patronyme de son ancien maître lors de l’émancipation, un usage courant alors à l’époque.

A l’âge de sept ans, Eugène perd sa mère Josie, usée par le travail et les accouchements, et William, le père doit élever seul de ses enfants, les aînés s’occupant des plus jeunes. William travaille comme débardeur, déchargeant les ballots de coton, de légumes ou de fruits des bateaux à vapeur qui remontent la rivière Chattahoochee. Seulement une rixe l’oppose au contremaître raciste et quoique William ne soit pas dans son tort, il doit se cacher. Les membres du Ku Klux Klan local veulent le lyncher. Heureusement son patron est compréhensif et aide les enfants tandis que William part pour quelque temps en Floride. Puis il revient, mais plus question pour lui de travailler aux entrepôts. Il est employé dans une compagnie de chemin de fer, à l’entretien des voies. Il ne rentre pas souvent le soir.

Eugène a été traumatisé par cette fameuse soirée au cours de laquelle des hommes avinés ont voulu s’introduire dans leur maison et venger le contremaitre. Or son père vantait l’Europe, surtout la France, un pays où tous les hommes étaient traités équitablement, quelque soit la couleur de leur peau. Et l’envie de partir pour rejoindre la France le tenaille, devenant une obsession.

150px-Eugene_Jacques_Bullard-_first_African_American_combat.jpgAlors qu’il va sur ses onze ans, et après plusieurs tentatives de fugue infructueuses, Eugène quitte le domicile parental, emmenant avec lui la chevrette du foyer, revendant l’animal à un copain d’école. Ce qui lui assure un maigre pécule. Il se rend à Atlanta, à bord d’un wagon réservé aux « gens de couleur », puis se fait embaucher comme palefrenier par une tribu de maquignons tziganes qui séjourne habituellement en Angleterre. Il est persuadé de pouvoir passer avec eux en Europe. Son apprentissage auprès des chevaux dure un an, mais son espoir de franchir l’Atlantique est déçu. Il continue ses pérégrinations, avec toujours chevillée au corps l’appréhension de quelqu’un le reconnaisse et le ramène chez son père. Les années passent, il travaille chez un gros éleveur de chevaux, et il parvient même à participer comme jockey, une première pour un noir, et gagne même quelques courses.

Il a seize ans et se montre élégant. Grâce à l’argent gagné, il s’achète un beau costume et des souliers vernis. Lui, il l’est un peu moins car il est pris à partie par un individu qui l’accuse d’avoir volé les vêtements qu’il porte. C’en est trop ! Sa décision est prise, il franchit le pas.

Il embarque comme passager clandestin à bord du Marta Russ le 4 mars 1912 et parvient à se cacher un certain temps. Lorsqu’il est découvert, le capitaine le prend en amitié, grâce à sa bonne bouille et sa gentillesse, mais les lois de la navigation sont strictes et Eugène est débarqué en catimini en Ecosse. La première impression qu’il ressent, c’est que pour une fois, personne ne fait attention à sa couleur de peau. Il va ainsi, par étapes rejoindre Londres, où il essuie quelques réflexions, mais sans plus. Il devient cible vivante dans une foire, attirant les clients par ses sourires et ses simagrées, sa bonne humeur et sa jovialité, et non pas à cause de sa couleur de peau. Puis artiste de music-hall dans un minstrel show et s’essaie à la boxe, engrangeant quelques victoires et se liant d’amitié avec des pugilistes de renom. Enfin l’occasion se présente de débarquer à Paris. Il continue à pratiquer la boxe, le music-hall, mais les années plaisirs ne durent guère.

La Première Guerre Mondiale éclate, sans que les belligérantsBullard.jpg et les civils comprennent vraiment en quoi ils sont concernés. En trichant sur son âge il parvient à se faire engager dans la Légion Américaine. Les mois sont longs dans les tranchées en Champagne, d’autant qu’il aurait aimé pouvoir être incorporé dans l’aviation ou la cavalerie. Et tout ce qu’il récolte c’est d’être sérieusement blessé à une jambe. Durant un certain temps une amputation est même envisagée, mais à force de courage, de volonté, de pugnacité, il parvient à remarcher sans quasiment boiter. Alors, après un séjour à Paris où il fait la connaissance d’artistes, dont le poète Frédéric Sauser, plus connu sous le nom de Blaise Cendrars, ou le peintre Kisling et quelques autres. Il va apprendre à tenir le manche d’un avion et enfin pouvoir réaliser son rêve : participer aux combats aériens. Il devient un pionnier, le premier et seul Noir à devenir pilote de chasse combattant durant la Première Guerre mondiale dans les forces alliées, et le second pilote de chasse de couleur avec le Turc Ahmet Ali Celikten.

Mais les préjugés raciaux s’intensifient aux USA et les représentants du gouvernement américain en France refusent de reconnaître sa valeur intrinsèque et ses victoires, notamment le docteur Edmund Gros, un médecin américain qui dirige l’hôpital franco-américain de Paris. Celui-ci fait tout ce qui lui est possible, en falsifiant ou en oubliant dans ses rapports le rôle, souvent prépondérant, joué par Eugène Bullard dans ses affrontements aériens contre l’ennemi. Gros s’évertuera à minimiser l’apport de Bullard, lui contestant sa bravoure, les honneurs, les médailles, et l’avancement. Et ce rejet, ces brimades, ces vexations durent des décennies.

A la fin de la guerre, Eugène Bullard s’établit à Paris, s’entichant de jazz et jouant de la batterie, s’éprend d’une Alsacienne, Marcelle Straumann, tiend des night-clubs et vit encore de multiples aventures en devenant même agent dans les services secrets du contre-espionnage français.


Bullard_medals.jpgLa plus grande part de cette biographie rédigée par Claude Ribbe est consacrée à la période durant laquelle Eugène Bullard participe à la Grande Guerre, en décrivant les faits de guerre, les horreurs des tranchées, la résurgence de plus en plus active et prégnante des préjugés raciaux aussi bien à l’intérieur même des Etats-Unis qu’en dehors des frontières. Des individus qui refusent de comprendre que Tout sang est de couleur rouge, une devise qu’Eugène Bullard a inscrite sur la carlingue de son avion. Eugène Bullard, malgré tout, sait, grâce à ses qualités morales, se faire apprécier et même aimer de la plupart de ses concitoyens et des Français en général. Il côtoie de près ou de loin des personnages aussi différents que prestigieux que De Gaulle, Blaise Cendrars, Sidney Bechet, Louis Armstrong, Charles Nungesser ou encore Joséphine Baker.

Claude Ribbe avec justesse, humanisme, verve, amour même, nous raconte le destin exceptionnel d’un homme, d’un héros méconnu, d’un oublié de l’histoire, destin qui méritait d’être narré car véritablement emblématique et édifiant.

De Claude Ribbe à lire également :  Le Diable noir, biographie du général Alexandre Dumas et  Mémoires du Chevalier de Saint-Georges.


Claude RIBBE : Eugène Bullard. Editions du Cherche-Midi. 242 pages. 17€.

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8 septembre 2012 6 08 /09 /septembre /2012 10:17

Une croisière vous tente ? Embarquez avec vos gilets de sauvetage !


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L’adage qui veut que Tel père tel fils, pourrait être détourné de cette manière Telle grand-mère, telle petite fille. Le seul bémol réside en ce que Shelby ne veut pas croire que sa fille Chloé boit, enfin buvait, comme sa mère à elle. Mais si je commençais par le début.

Shelby a eu Chloé très jeune ce qui ne l’a pas empêchée de l’élever dans la dignité. Chloé s’est mariée avec Rob lequel avait divorcé de Lianna et, de son précédent mariage, était née une fille, Molly. Chloé et Rob ont eux-mêmes un garçon de quatre ans, Jeremy. Shelby a décidé d’offrir aux époux une croisière d’une semaine dans les Caraïbes, leur proposant de garder leur fils pendant leur absence. Elle est réveillée un matin par un appel téléphonique de Rob qui lui apprend que Chloé a disparu. Introuvable sur le navire malgré les recherches effectuées. Seule l’hypothèse de la noyade est retenue, un accident provoqué par la propension de Chloé d’ingurgiter au bar de nombreux verres d’alcool. Hypothèse non retenue par Shelby qui ne veut pas croire ce qu’on lui annonce.

Elle se rend sur l’île de Saint-Thomas, une des composantes des îles Vierges, et bientôt elle doit se rendre à l’évidence. Les vidéos enregistrées à bord sont criantes de vérités. Elle peut voir Chloé enfiler verre sur verre, tituber à une table de jeu, être raccompagnée jusqu’à sa chambre par un couple. Après comme l’intimité des passagers est protégée, il n’existe plus d’images. Chloé a bel et bien bu le bouillon.

Shelby revient à Philadelphie désemparée, d’autant que Rob persiste dans ses affirmations. Chloé buvait, et elle s’était même inscrite aux Alcooliques Anonymes. Shelby entame alors ses propres recherches, délaissant son travail, confiant Jeremy à Lianna la précédente femme de Rob qui s’est remariée avec un neurologue. Sa sœur Talia ne lui est d’aucune utilité, trop occupée à soigner leur mère qui se noie dans la vodka, et d’un caractère égocentriste. Pourtant peu à peu Shelby, pugnace, remonte une piste, même si des barrières s’élèvent devant elle. Le responsable des Alcooliques Anonymes se retranche justement derrière l’anonymat, mais Shelby ne veut pas abandonner ce qu’elle considère comme sa mission prioritaire.

Si elle cède parfois au découragement, elle remonte rapidement la pente. Elle se retrouve au centre d’une sorte de toile d’araignée dont chaque point de jonction serait représenté par l’un des coupables possibles. Car tous les personnages sont plus ou moins en relation, parfois sans le savoir eux-mêmes. Un tout petit indice allié à une prescience et une déduction dans le schéma du scénario lui permet de focaliser ses suspicions sur un individu mais celui-ci fuit ses responsabilités en se suicidant. Et Shelby risque peut-être sa vie à vouloir à tout prix dénicher le criminel.

Patricia MacDonald réalise avec Une nuit, sur la mer un scénario implacable admirablement maîtrisé même si au départ on pourrait croire à une histoire formatée à l’américaine. Le personnage de Shelby, sa pugnacité, sa combativité, son refus d’accepter la déchéance larvée de sa fille, ses appréhensions envers les différents protagonistes qu’elle va être à même de côtoyer lors de son enquête incitent le lecteur à entrer en empathie avec elle. Les sentiments ressentis par Shelby sont analysés avec finesse, sans pathos, montrant une femme énergique qui passe par des moments de faiblesse tout en sachant toujours rebondir alors qu’elle pourrait être amenée à baisser les bras.

Patricia MacDonald met également l’accent sur de petits travers américains comme leur disposition à régler leurs problèmes au tribunal. Son patron « lui avait dit un jour que c’était au tribunal que les Américains pleuraient leur morts ». Elle donne aussi un petit coup de griffe au système de protection sociale, système que devait révolutionner Obama mais qui semble actuellement mis en veilleuse. « Mais un toubib qui soigne ses patients gratis… C’est un gauchiste, ma parole » rétorque par provocation un des protagonistes. Quant à l’épilogue proposé, il n’est pas tiré par les cheveux quoi que l’on ait pu penser au départ.

Patricia MACDONALD : Une nuit, sur la mer. Le Livre de Poche Thriller N° 32687. Traduction de Nicole Hibert. (Réédition de chez Albin Michel). 384 pages. 7,60€.

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7 septembre 2012 5 07 /09 /septembre /2012 12:08

Peut-être est-ce celle qui est près de chez vous !

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Comme à leur habitude, Jason Jones est parti travailler le soir, il est journaliste, et sa femme Sandra s’occupe de sa gamine, Ree, la faire manger, prendre sa douche et la coucher tout en lui racontant deux histoires, puis corriger les copies de ses élèves, elle est institutrice. Une soirée banale en perspective, les fenêtres bien closes, les portes blindées verrouillées, et le chat M. Smith qui dort aux pieds de Ree, dans une banlieue chic de Boston, dans une maison huppée.

Le lendemain, Jason prévient la police. Sa femme a disparu. D’après les premières constations, Sandra n’est pas la seule à ne plus se trouver à la maison. M. Smith n’est pas là non plus ainsi qu’un édredon, une chemise de nuit, tandis qu’une lampe de chevet est brisée. Ree, elle, dort comme une bienheureuse. Le commandant D.D. Warren, qui rêvait d’un buffet garni et tenaillée par un manque de relations sexuelles, est chargée de superviser l’enquête, en compagnie de son adjoint Miller. Leurs premières impressions ne sont pas favorables à Jason, qui semble détaché, ne se posant pas de questions quant à la disparition de sa femme, ne se préoccupant que de sa gamine. D’ailleurs il n’a prévenu la police que trois heures après être rentré de sa nuit de travail. Bien sur il a été vu par des témoins dignes de foi, par exemple des pompiers sur les lieux d’un incendie, mais cela ne veut pas dire qu’il soit resté tout le temps de l’intervention sur place. Bref un alibi tiré par les cheveux.

D.D. Warren ne peut mener son enquête comme elle le souhaiterait car la juge estime qu’une disparition de dix heures n’est pas probante pour déclencher la machine judiciaire. Par exemple elle aurait aimé pouvoir vérifier le contenu de son ordinateur, mais Jason avait prévu cette envie et il emmène la tour dans les locaux de son journal afin de bidouiller le disque dur. Si Warren déplore le manque d’enthousiasme de la part de Jason, sentant qu’il existe une faille entre lui et sa femme, une autre information vient noircir le tableau. Les salaires de Jason et de Sandy sont confortables mais n’expliquent pas les quatre millions de dollars dont ils disposent, en argent placé, et la valeur immobilière de leur villa.

Cinq maisons plus loin, un jeune homme de vingt-trois ans, qui travaille dans un garage, est fiché pour avoir eu des relations sexuelles avec une mineure de quatorze ans. Il a effectué deux ans de prison mais est toujours astreint à une surveillance probatoire, et doit assister à des stages en compagnie de quelques autres « pervers » qui ont purgé leur peine mais sont toujours sous contrôle.

Le lecteur possède plus de chance que le commandant D.D. Warren et son adjoint Miller, car outre l’enquête menée par les policiers, il a droit à des informations supplémentaires. Les révélations de Sandra qui s’intercalent dans le récit et qui révèlent peu à peu la personnalité de la jeune femme de vingt trois ans, de ses relations familiales, parentales ou maritales, des faits et gestes de Jason, ainsi que ceux de Aidan, le jeune homme fiché qui vient narguer Jason, puis peu à peu d’autres protagonistes font leur intrusion. Mais ces révélations ne sont distillées qu’au compte-gouttes par Lisa Gardner qui démontre un savoir-faire machiavélique. Une ambiance lourde règne de ce roman qui joue avec les nerfs. Et comme souvent la vérité se niche au fond du puits du passé.

Convergent ou Divergent ? Lisez l'avis de Claude Le Nocher sur Action Suspense.

Lisa GARDNER : La maison d’à côté. (The Neighbor – 2009) ; traduction de Cécile Deniard. Le Livre de Poche Thriller N° 32688. (Réédition des éditions Albin Michel). 528 pages. 7,60€.

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7 septembre 2012 5 07 /09 /septembre /2012 05:35

On a toujours besoin d'un plus petit que soi !

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Enfin, Wiggins est investi d’une mission ! Depuis le temps qu’il attendait ça, qu’il croyait que son ami Sherlock le boudait, le détective se manifeste et lui demande de le remplacer dans une tâche à priori délicate mais enthousiasmante, car une autre obligation requiert ses cellules grises.

En réalité Wiggins va faire d’une pierre deux coups. Louis, son copain Louis, un vendeur d’oignons qui a quitté sa Bretagne natale pour quelques mois, lui a proposé de venir avec lui découvrir les lieux de son enfance. Wiggins est alléché par cette offre. Seulement au cours d’une algarade avec une autre bande d’enfants des rues, il se fait faucher l’argent qu’il avait mis de côté pour se payer le trajet. Et s’il veut accompagner Louis il va lui falloir se débrouiller pour rentrer dans ses fonds.

Alors que son esprit est en pleine ébullition, malmené par ses tracas d’argent, Wiggins reçoit la visite de Sherlock Holmes. Celui-ci lui confie la mission suivante : quelques jours auparavant un dangereux criminel s’est évadé de la prison de Dartmoor, et il se serait réfugié chez sa grand-mère maternelle à Roscoff. Du moins c’est ce que Sherlock affirme selon des sources qu’il ne précise pas. La mission de Wiggins, s’il l’accepte, est donc de retrouver cette aïeule dont le détective ignore le nom.

Le voyage est donc envisagé mais avant de prendre le bateau à Plymouth, Wiggins doit prendre le train, et il est quelque peu apeuré à l’idée de voyager à bord d’une machine diabolique qui crache des nuages de fumée noire. Il arrive à bon port (c’est le cas de le dire) et embarque en compagnie des Johnnies, ne quittant pas Louis d’une semelle. Alors que les deux amis partent à la recherche de nourriture dans les entrailles du navire, une ombre souffle dans l’oreille de Wiggins : Si tu tiens à la vie, ne va surtout pas en France. De plus en arpentant le pont, alors qu’il a découvert dans son paquetage un petit mot l’enjoignant à se trouver à minuit à la proue, Wiggins remarque un drôle de personnage qui semble s’intéresser à lui. Ce qui n’est pas pour le rassurer.

Arrivé à Roscoff, il se confie à Louis qui lui avoue avoir remarqué cet inconnu parlant à un douanier. L’homme, qui aurait un œil de verre, se renseignait afin de savoir où se trouvait le guichet de vente des billets, étant obligé de repartir immédiatement. Bizarre ! D’autant qu’en lisant un journal récupéré sur le bateau, Wiggins apprend que Sherlock Holmes a arrêté un certain Western, l’homme qu’il devait rechercher. En apprenant cette nouvelle Wiggins est furieux. Sherlock s’est totalement moqué de lui.

Des questions toutefois restent en suspens et turlupinent Wiggins. D’abord qui est ce fameux inconnu à l’œil de verre ? Pourquoi repart-il précipitamment ? Pourquoi Sherlock l’a-t-il envoyé en mission en Bretagne sous un prétexte fallacieux ? Franchement cela dépasse l’entendement.

Les intrigues concoctées par Béatrice Nicodème avec Wiggins pour héros, sont de plus en plus complexes et consitantes au fur et à mesure des aventures trépidantes qu’elle prête à son jeune héros. Sherlock Holmes est toujours présent, même si parfois ce n’est qu’en filigrane, et il se montre souvent diabolique afin de mener à bien ses propres enquêtes, qu’elles soient liées de loin ou de près à celles qu’il confie à Wiggins. Et les lecteurs adultes, s’ils apprécient les histoires du locataire de Baker Street, ne seront pas déçus par ces romans destinés théoriquement aux enfants.

A lire également les autres aventures de Wiggins :

Wiggins et le perroquet muet.

Wiggins et la ligne chocolat.

Wiggins chez les Johnnies.

Béatrice NICODEME : Wiggins et les plans de l’ingénieur. Souris Noire, éditions Syros. 128 pages. 6€. Pour 10 ans et plus.

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6 septembre 2012 4 06 /09 /septembre /2012 12:49
Un petit message de Jean Pierre Andrevon qui depuis des décennies nous régale avec ses romans, polar, science-fiction et fantastique. Une nouvelle voie (voix ?) s'ouvre devant lui et à l'intérieur de nos oreilles. Ne boudons pas notre plaisir !
andrevon
Eh bien oui, ça y est, le troisième CD de mes chansons est sorti des presses à main. 17 titres, harmonisés et accompagnés par l'indispensable Bruno Pochesci, dit Sirieix, sans lequel je ne serais rien.
Une bonne nouvelle: malgré l'inflation du coût de la vie, le prix reste inchangé: 12 € l'exemplaire, port compris qui plus est.
Avec une offre promotionnelle inédite : mes 3 CD, pour qui n'aurait pas l'intégrale de l'œuvre chantée pour la somme de 25 €.
Donc toute commande à l'artiste, dont le premier concert aura lieu le samedi 13 octobre à Ambierle (près de Roanne), à l'occasion du salon du livre organisé par l'ami Jo Taboulet.

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Et pour écouter quelques morceaux:

https://www.facebook.com/events/412392875488385/?context=create

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Published by Oncle Paul - dans Infos
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6 septembre 2012 4 06 /09 /septembre /2012 07:09

Et si c'était l'avenir ?


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Leur partie de pêche n’ayant rencontré qu’un maigre succès, Alain, le narrateur et son ami Lionel décident de plier bagages et de rentrer. Les petites routes qu’ils empruntent son désespérément vides mais lorsqu’ils parviennent aux alentours de Lyon, un spectacle de désolation se présente à eux. Des voitures, des camions sont encastrés les uns dans les autres, comme si un immense carambolage s’était produit. Mais aucun être humain à l’horizon, vivant ou mort, n’apparaît dans le décor. Arrivés chez eux ils échangent leur voiture pour des motos.

A Lyon ils recueillent deux jeunes femmes, Sandrine et Jocelyne, qui sont poursuivies par des militaires. Parfois des meutes de chiens, agressifs et vindicatifs, les poursuivent, auxquels ils échappent non sans mal. Ils se réfugient sur une île, au sud de Chalon, s’approvisionnant dans des magasins déserts, se servant en carburant au petit bonheur la chance et s’équipant de fusils et de munitions. Pendant qu’Alain dévalise un magasin de sport deux militaires en patrouille s’emparent de sa moto et il est obligé de rentrer à pied. Non sans avoir obtenu de précieuses informations sur l’emplacement du camp de la soldatesque : au Haut-Folin, en un endroit surnommé le Pylône, près d’un étang.

Un détail s’impose à l’esprit d’Alain : au moment de l'incident qui est survenu faisant disparaître comme par enchantement les humains, ils étaient tous quatre près d’un point d’eau. Lionel emprunte deux motos et vogue la galère. Une nouvelle meute de chiens les pourchasse et Alain est mordu assez gravement au mollet. Tandis que Lionel et Sandrine continuent leur route, Jocelyne le soigne et ils retournent sur leur île. Une terrible explosion se produit et une pluie de cendre recouvre les environs. Ils repartent à la recherche de Lionel avec qui ils communiquent par talkies-walkies.

A bord d’un 4X4 ils se dirigent dans le Morvan sachant leur ami et Sandrine réfugiés dans une grotte près d’un lac. Ils se font agresser par trois individus qui s’emparent de leur véhicule. Il ne leur reste plus qu’à retrouver Lionel et Sandrine à pied. La jonction effectuée Lionel leur raconte qu’ils ont rencontré un vieil homme, le professeur Bernard, qui s’était enfui du camp de prisonniers. Le savant leur a expliqué qu’une équipe de chercheurs avait mis au point, à la demande des armées d’une dizaine de nations parmi les plus riches, un “ système capable d’émettre une série d’ondes basées sur la combinaison des ondes cérébrales associées à une partie du spectre du rayonnement solaire… Toutes formes de vie dont le Q.I. supérieur à un seuil prédéfini et réglable se volatilisaient ”. Bref pratiquement l’effacement de toute vie humaine, à part dans quelques îlots protégés par des nappes d’eau. Ils quittent leur refuge et traversent la France s’installant sur l’île d’Yeu. Mais les soucis sont toujours présents, les militaires, les chiens enragés et les rats pouvant à tout moment envahir le havre de paix qu’ils se sont confectionnés à force de persévérance.

Comme nos grands anciens qui œuvraient plus dans la fiction que dans la science proprement dite, tel Paul d’Ivoi et quelques autres, Alain Blondelon écrit un roman d’aventures, une sorte de road-movie, avec pour personnages de nouveaux Robinson des temps modernes. Au contraire de leur illustre aïeul tout ou presque se trouve à portée de main, encore faut-il pouvoir s’en emparer et savoir s’en servir. Jeune adolescent, j’aurais adoré ce livre, adulte vieillissant, j’ai aimé, comme quoi en prenant de l’âge, on retrouve son âme d’enfant tout en devenant plus exigeant. Tout n’est pas parfait, loin de là, il existe des imperfections pardonnables pour un premier roman. Mais Alain Blondelon devra gommer ces quelques défauts, dont l’épilogue convenu qui utilise un poncif maintes fois rabâché malgré une fin ouverte, dans ses prochains romans et s’il le fait, alors il pourra se révéler comme un grand.

Alain BLONDELON: Onde de choc. Collection Rivière Blanche N°2054. Editions Black Coat Press. 184 pages. 16€.

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5 septembre 2012 3 05 /09 /septembre /2012 13:45

Il est plus dangereux de s’approcher de canidés vivants et hargneux que de caresser des chiens morts !

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Son ami Julien n’a pas que de mauvaises idées, comme celle de jouer à la belote boxée et de s’enivrer. Non parfois, il souffle à Gaétan des petits trucs qui peuvent l’aider à sortir de la panade. Car Gaétan a besoin d’argent (comme tout le monde me direz-vous) afin de s’installer et trouver du travail qui rapporte.

Eric Labalait (un nom qui suscite les sarcasmes), policier attaché au commissariat de Saint-Gaudens, lui aussi a besoin d’argent pour des raisons familiales. Alors il extorque des taxes auprès de clients de prostituées, leur démontrant qu’il vaut mieux s’acquitter d’une petite somme de 100 euros cash et en liquide, au lieu des 3750 qu’ils encourent et les deux mois de prison s’il leur met un P.V., et se paye en nature auprès des racoleuses. Avec deux de ses collègues il traque aussi des détrousseurs de mobiliers qui s’introduisent illégalement dans les maisons sans l’aval des propriétaires et s’emparent des meubles pour des reventes auprès de brocanteurs, antiquaires et collectionneurs peu scrupuleux.

Gaétan, suite à une indiscrétion de Julien qui a été hébergé pour des travaux chez une dame le plus souvent seule, son mari effectuant de nombreux déplacements, s’introduit chez cette dame en l’absence de celle-ci et s’empare d’une liasse de billets qu’elle cache dans un pot dissimulé derrière un lavabo. Seulement son chapardage, réalisé dans une propriété gardée par des molosses, se clôt par des morsures, ce qui l’handicape sérieusement.

Alerté Eric se rend sur les lieux du vol et reconnait en la femme spoliée Fiona, son amour de jeunesse, pianiste et quasi aveugle. Les souvenirs affluent et il aimerait bien renouer, seulement Fiona préfère garder, momentanément, ses distances.

Gaétan pense avoir trouvé un travail de VRP, déniché sur un journal de petites annonces, proposant aux personnes âgées un appareil soi-disant révolutionnaire mais qui est une véritable arnaque.

Entre Gaétan et Eric débute une histoire dans laquelle leur parcours va connaître des entrelacements, notamment chez une vieille dame qui perd quelque peu ses esprits. Elle remet à ses visiteurs des piastres indochinoises datant de la fin des années 40, qui théoriquement sont des porte-bonheur, parlant de lingots, secret qu’il ne faut surtout pas dévoiler. Pas des fayots ou des mogettes, mais des lingots d’or qui dorment depuis des décennies chez elle et que son mari aurait récupérés lors de la débâcle vietnamienne. Et ces lingots attisent naturellement les appétits.

gruissan.jpgSaint-Gaudens, petite ville paisible en apparence, sert de décor à cette histoire qui se déroule également à Gruissan, sur la plage où eut lieu le tournage de 37,2 le matin, un film de Jean-Jacques Beinex d’après le roman de Philippe Djian. Mais le décor ne fait pas tout, Jan Thirion le sait, et ce sont ses personnages qui alimentent l’intérêt du lecteur. Des personnages en marge, malgré que l’un d’eux soit policier, qui pour garnir leur portefeuille, non pas dans gruissan37ok.jpgun goût de lucre mais par nécessité, se montrent minables et attendrissants à la fois, naïfs aussi, malléables, sur lesquels il est difficile de jeter la pierre (ou les lingots) et qui se retrouvent de l’autre côté de la barrière par moment d’inattention, d’inadvertance, sans vraiment réaliser (quoi que) qu’ils deviennent des marginaux.

Le sous-titre de ce roman, s’il n’avait déjà été emprunté par Jean-François Vilar pour son roman éponyme publié au Seuil d’après une citation de Natalia Ivanovna Sedova, la seconde épouse de Trotsky, aurait pu être : Nous cheminons entourés de fantômes aux fronts troués.


De Jan Thirion à retrouver mes chroniques concernant : Sex toy made in China, Incossolables sorcières, Nuoc mâm Baby et Du côté des Abattoirs.


Jan THIRION : Caresser les chiens morts. Zone d’ombres N° 5. Editions Lokomodo/Asgard.260 pages. 7,50€. Réédition de Rose blême paru chez Krakoen en 2007 dans une version épaissie.

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