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6 octobre 2012 6 06 /10 /octobre /2012 09:58

La nouvelle revue portable et mobile…

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Moshi, moshi, est la traduction japonaise de notre banal Allo, allo mais c’est également une nouvelle petite revue éclectique lancée par Nelly Bridenne, jeune et impétueuse rédactrice qui n’hésite pas à réveiller ses valeureux collaborateurs en pleine nuit afin de leur soumettre ses projets et leur extorquer des articles dont elle a besoin tout de suite et immédiatement. Lesquels collaborateurs, émerveillés par sa fougue se laissent volontiers à écrire des articles alors qu’ils ne pensaient même pas posséder un minimum de talent susceptible d’intéresser quiconque.

Les papivores qui conservent précieusement les vieux magazines, les revues anciennes, se remémorent surement avec attendrissement des titres tels que Je sais tout et autres périodiques similaires paraissant à la fin du XIXème et début XXème siècle. Nelly Bridenne reprend le principe éclectique de ces publications en proposant des articles divers et variés, qui vont du feuilleton à la recette de cuisine, du poème à des coups de gueule, de mini-portraits de littérateurs ou d’artistes plasticiens, des créations littéraires via des ateliers d’écriture, des dossiers, le tout dans un joyeux méli-mélo où la bonne humeur et l’humour règnent.

Le dossier de ce premier numéro est consacré à un thème cher à nos bambins, dont la chevelure chanvre et gominée ressemble à un peignage effectué avec du beurre frais, Noël. Mais comme tout le monde a le droit, le devoir de s’exprimer, certains osent affirmer qu’ils n’aiment pas Noël. Et ils n’ont peut-être pas tout à fait tort, sachant que le lendemain il va falloir se ruiner en comprimés facilitant la transition intestinale ou colmater les brèches dans la poupe ou la proue d’un cerveau atteint de mal de mer.

Zoom sur Gérard Forche, qui illustre la couverture, des dessins caricatures de Simon, plein de petites bricoles, avec même un bulletin d’abonnement ce qui n’est pas si idiot, un enthousiasme à tout épreuve, une furieuse envie de continuer l’aventure, que dire de plus, l’essayer c’est l’adopter !

Que reprocher à cette nouvelle gazette gazouillante ? Des articles de fond pas assez traités en profondeur ? Des billets d’humeur pas assez caustiques (pourtant ça soude) ? Non, simplement l’oubli de ces petites rubriques qui font le charme des magazines télé que les gens achètent, non pas pour les programmes, mais pour les compléments : la rubrique livres avec une reproduction de couverture, le titre, le nom de l’auteur et l’éditeur et l’avis laconique et lapidaire indispensable : Bien, à lire impérativement, bof, à éviter… les conseils du vétérinaire ou du sexologue, le jardin sur votre balcon, et pourquoi pas la citation de la semaine, les mots fléchés (pas croisés car plus personne s’intéresse aux définitions à double sens), l’astre au logis… Pas grand-chose en fait. Non, il vaut mieux rester comme ça, simple et attrayant !

Et si vous n’êtes pas encore convaincu, sachez (de levure en poudre) que vous connaissez quelques uns des signataires des rubriques précitées et dont vous lisez régulièrement les chroniques littéraires sur la toile, pas loin de chez vous.

 

Renseignements pratiques : 10€ pour 3 numéros par an (frais de port compris). 32 pages.

N’hésitez pas à contacter notre merveilleuse rédactrice à nellybridenne@yahoo.fr

 

Moshi, Moshi, la petite gazette qui monte, qui monte…

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5 octobre 2012 5 05 /10 /octobre /2012 13:11

J’approuve !

 

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Découvrir l’univers d’un écrivain, d’un littérateur impénitent et talentueux, ses obsessions, ses doutes, ses colères, ses engagements, ses relations avec ses contemporains et ses amitiés, son œuvre littéraire, critique, journalistique, épistolaire, sa façon de travailler, grâce à des mots-clés et des citations, est un défi. Cela induit de posséder une connaissance approfondie de l’œuvre, de la décortiquer, de la disséquer, de la digérer, d’en restituer l’essentiel et l’attrayant, d’en extraire les passages romanesques les plus significatifs et révélateurs, mais également se référer à des articles parus dans des journaux quotidiens ou hebdomadaires, écrits par lui-même ou en son honneur, et sa correspondance avec divers acteurs de la vie culturelle, théâtrale, picturale, sociale.

 

Selon Le vocabulaire de Zola, d’Etienne Brunet, 22 000 mots différents ont été dénombrés dans les vingt romans composant le cycle des Rougon-Macquart, cycle qui n’est que le tiers environ de l’œuvre d’Emile Zola, sans oublier les onze volumes de la Correspondance. Le présent Auto-dictionnaire en compte moins de 1 500, avec les mots de renvoi. C’est dire la gageure, et le caractère subjectif du choix – libre à chaque lecteur d’enrichir la sélection par son enquête personnelle dans cette immense réserve verbale (Extrait de Epuiser la vie, introduction en 70 pages d’Henri Mitterand).

Alors comme avec tout dictionnaire possédant un attrait ludique qui me tombe sous les yeux, et lorsque je ne recherche pas la signification exacte d’un mot ou son synonyme, j’aime piocher au hasard et découvrir par bribes. En feuilletant de façon aléatoire (ce qui ne signifie pas que je me rends dans une ville située dans le département des Deux-Sèvres) ce copieux ouvrage, le premier mot qui a accroché mon regard fut : Opinion.

Et justement, mon envie était de donner mon avis, mon opinion. Hasard, coïncidence, doigt du destin ? Nul ne sait mais penchons-nous plutôt sur ce que pense et écrit Emile Zola à ce sujet : Il n’y a pas de crime d’opinion, la liberté d’écrire doit être totale, il est d’ailleurs enfantin de croire qu’on peut la restreindre (Lettre à Anatole Le Grandais, 14 octobre 1901).

Après avoir lu, apprécié, digéré cette affirmation à laquelle je souscris entièrement, je ne pouvais quitter cette page (464) comme ça et mes yeux, remontant les lignes, sont tombés sur le mot Omnibus. Ce qui n’est nullement de la réclame pour l’éditeur mais renvoie au mot Diable. Diable, pensais-je ! Aussitôt retour arrière afin de m’imprégner de cet articulet et d’en découvrir la correspondance. Il s’agit d’un court extrait de La Curée ! Curé, Diable, rien que de très logique en somme comme association.

 

Les exemples amusants de renvois ne manquent pas. Graisse, par exemple, nous propose de nous référer à Bourgeois. Charmant raccourci, non !

Si je me suis laissé entraîner à quelques facéties linguistiques, sachez toutefois que Zola était beaucoup plus sérieux dans ses propos, sa teneur, et que des vocables tels que Politique, Anarchiste, Antisémitisme, Député, Journaliste, possédaient une réelle valeur ou signification et lui permettaient d’épancher son ire à juste raison, sans langue de bois.

Par exemple Politique : Dans la politique, comme dans les lettres, comme dans toute la pensée humaine contemporaine, il y a aujourd’hui deux courants bien distincts : le courant idéaliste et le courant naturaliste. J’appelle politique idéaliste la politique qui se paie de grandes phrases toutes faites, qui spécule sur les hommes comme sur de pures abstractions, qui rêve l’utopie avant d’avoir étudié le réel. J’appelle politique naturaliste la politique qui entend d’abord procéder par l’expérience, qui est basée sur des faits, qui soigne en un mot une nation d’après ses besoins (lettre à Yves Guyot, 10 février 1877). Aujourd’hui, quelle politique est menée ?

Anarchiste : Les anarchistes sont des poètes. C’est l’éternelle poésie noire, vieille comme l’humanité, comme le mal, comme la douleur. Ce sont des êtres de cœur, aux cerveaux de voyants, impatients du rêve. (Le Figaro, 25 avril 1892).

Antisémitisme : Mais ce n’est pas tout, le plus grave et le plus douloureux est qu’on a laissé empoisonner le pays par une presse immonde, qui l’a gorgé avec impudence de mensonges, de calomnies, d’ordures, d’outrages, jusqu’à la rendre fou. L’antisémitisme n’a été que l’exploitation grossière de haines ancestrales pour réveiller les passions religieuses chez un peuple d’incroyants qui n’allaient plus à l’église. Le nationalisme n’a été que l’exploitation tout aussi grossière du noble amour de la patrie, tactique d’abominable politique qui mènera droit le pays à la guerre civile, le jour où l’on aura convaincu une moitié des français que l’autre moitié les trahit et les vend à l’étranger, du moment qu’elle pense autrement (Lettre au Sénat, l’Aurore, 29 mai 1900).

 

Autant de citations qui pourraient être écrites aujourd’hui par des journalistes de talents, indépendants et non inféodés à un parti, à un journal d’opinion qui balance des arguments fallacieux et erronés car au bout des lignes des subsides ne sont pas négligeables. Surtout lorsque l’on entend les déclarations de telle ou telle femme (honneur aux dames) ou de tel homme politique (qui sont parfois de la même famille… politique d’ailleurs) qui attisent les ressentiments d’une couche de la population envers une autre. Et les requins qui pataugent dans la même eau fangeuse sans vouloir se déclarer vraiment d’accord, quoi que…

 

Zola n’était pas prophète en son pays, et sans être un visionnaire zola2.jpgil savait réfléchir et le bon sens, l’humanisme qu’il déployait n’ont été que coups d’épées dans l’eau. Heureusement d’autres mots se montrent plus égrillards, plus joyeux, comme baiseuse, qui est l’esquisse d’une de ses héroïnes dans le dossier préparatoire à L’œuvre.

Zola se montre entomologiste scrutateur lorsqu’il regarde, dissèque, décrit, analyse la faune urbaine et rurale de ses concitoyens. Mais il ne le fait pas avec la froideur du scientifique, il est animé, habité de chaleur, de tension, de rejet, de dégoût, d’aversion, d’humilité, d’espérance, de projets, d’indignation, de fascination, d’humanisme.

Cet ouvrage est une balade littéraire enchantement pour les neurones agrémenté de multiples compléments d’informations, comme l’arbre généalogique des Rougon-Macquart, lequel arbre permet de remonter les branches des différentes composantes de cette saga et d’y retrouver les fruits né d’amours légitimes ou non, les alliances, les fortunes et infortunes. Les personnages, les incipits (pas insipides) et les derniers mots de chaque roman dans l’ordre de parution, les mots de ce dictionnaire en douze panoramas thématiques, la bibliographie, et le qui est-qui ?, recensement de quelques contemporains de Zola ayant approchés de près ou de loin la maître.

 

Je pourrais continuer ainsi à faire l’apologie de cet Autodictionnaire, mais cela risquerait de tourner à la flagornerie de mauvais aloi, et point trop n’en faut. Personnellement, il m’a donné envie de relire certains de ces romans, les romans sociaux, d’en découvrir d’autres que j’avais dédaigné, même si jeune, disons adolescent, je me suis ennuyé à déguster les cinq fruits et légumes préconisés aujourd’hui et qui s’étalaient à profusion et à longueur de pages dans Le Ventre de Paris.

 

 

zola3.GIFLes Rougon-Macquart - Tome 1
La Fortune des Rougon

La Curée

Le Ventre de Paris

La Conquête de Plassans

 


zola4.GIFLes Rougon-Macquart - Tome 2
La Faute de l'abbé Mouret

Son Excellence Eugène Rougon

L'Assommoir

 

 

 

zola5.GIFLes Rougon-Macquart - Tome 3
Une page d'amour

Nana

Pot-Bouille

 

 


 

Henri MITTERAND : Auto dictionnaire Zola. Editions Omnibus. 864 pages. 28€.

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5 octobre 2012 5 05 /10 /octobre /2012 06:07

 Le Clay Allen... !


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Le Colonel Clay ! Voila un client sérieux ! Toutes les polices d’Europe sont à la recherche du Colonel Clay. Il est recherché à Londres, Paris, Berlin. Ainsi s’exclame le détective Marvillier auquel Sir Charles Vandrift a eu recours. Le Clay mobile comme auraient pu le surnommer ses victimes, possède la faculté d’emprunter des identités différentes et de changer d’apparence comme de costumes.

Ce voleur patenté, souvent accompagné d’une jeune femme ravissante, a élu comme victime favorite Sir Charles Vandrift, riche homme d’affaires sud-africain, qui possède des mines de diamants, des immeubles et dont les ressources financières sont immenses. Seymour Wentworth, le beau-frère de Sir Charles, lui sert de secrétaire ainsi que de confident. Et souvent les deux hommes sont la proie de cet insaisissable arnaqueur alors même qu’ils sont prévenus, expérience obligeant, et qu’ils vont être roulés dans la farine.

Tout commence sur la Riviera française, alors qu’ils sont abordés par un individu qui démontre ses talents comme voyant mexicain extralucide. Sir Charles et Seymour s’apercevront un peu tard qu’ils sont les victimes d’une supercherie qui se solde par quelques milliers de livres empochés par l’escroc. Pour le commissaire qui reçoit la plainte, il ne peut s’agir que du Colonel Clay, bien connu des services de police comme on dit, mais qui perpètre ses forfaits sans être inquiété. Décidés à partir en villégiature en Suisse Sir Charles et sa femme Amelia, Seymour et la sienne s’installent dans un hôtel luxueux de Lucerne. Ils remarquent un individu aux gros sourcils qui se prétend le représentant exclusif du gouvernement brésilien pour la vente de concessions en Haute-Amazonie. Echaudés par l’affaire précédente, les deux victimes potentielles se méfient, se demandant s’il ne s’agirait pas du Colonel Clay sous un nouveau déguisement. D’ailleurs un affable clergyman, accompagné de sa charmante épouse, leur souffle que les sourcils de l’homme pourraient bien être faux.

Il n’en faut pas plus pour attiser leurs soupçons. Le clergyman, qui dîne en leur compagnie, arbore des boutons de manchettes ornés de diamants. Sir Charles tente de lui faire croire qu’il s’agit de strass, mais le clergyman affirme que ceux-ci sont dans la famille depuis longtemps. Enfin il cède aux exigences de Sir Charles et les lui vend une coquette somme. Sir Charles pensait faire une bonne affaire mais c’est lui qui sera berné. N’en ayant jamais assez, Sir Charles décide d’acheter un château au Tyrol, et sur les indications de la camériste de sa femme, Césarine, il s’entiche d’une demeure et… bien évidemment le Colonel Clay n’est pas loin et Sir Charles se fera berner une fois de plus. Sir Charles devient de plus en plus méfiant : « Soupçonner tout le monde ne suffit pas ; on doit aussi renoncer à ses préjugés. Si l’on veut affronter une canaille de ce calibre, on doit se défaire des idées toutes faites. Jamais de conclusions hâtives, jamais ! Nous devons nous méfier de tous et ne plus croire en rien. Telle est la voie de la réussite ; et c’est celle que je compte suivre désormais ».

Malgré ces bonnes résolutions, les déboires de Sir Charles et de Seymour, qui a une petite malversation à se reprocher, ne s’arrêtent pas là jusqu’au jour où la morale est sauve. Mais il ne faut pas croire que tout est blanc d’un côté et noir de l’autre, car Sir Charles se révèle un financier retors, et ce qu’il reproche au Colonel Clay pourrait très bien lui être reproché à lui-même. « Une canaille ordinaire est parfois préférable aux plus rapaces des boursicoteurs ». Et l’épilogue est assez réjouissant, et gentiment amoral.

Je sais je suis contradictoire dans mon analyse en affirmant que la morale est sauve puis que l’épilogue est amoral, et pourtant c’est possible, vous vous en rendrez compte à la lecture de ce roman charmant, désuet, reposant, bon enfant. Il est bon parfois de lire, ou relire, des romans qui sont à l’origine d’une nouvelle forme littéraire. Ancêtre de Raflles, créé en 1898 par E. W. Hornung, et bien entendu de notre Arsène Lupin national qui lui ne fut créé qu’en 1905, le Colonel Clay, dont les aventures furent publiées en 1897, a ouvert la voie à de nombreux romanciers qui mettront en scène par la suite des émules de ces gentlemen cambrioleurs particulièrement appréciés des lecteurs. Certains s’exclameront, à n’en point douter, que certaines des aventures et filouteries ici narrées, ils en ont déjà lus des milliers, quoique ce serait exagérer, mais justement il faut rendre à Grant Allen ce qui lui appartient. Le lecteur ne doit pas oublier qu’il fut un précurseur et que de ce fait ce qu’il a écrit, décrit, imaginé, était nouveau pour l’époque.


Grant ALLEN : Les exploits du Colonel Clay. Editions Rivière Blanche, collection Baskerville n°2. 232 pages. 17€. Traduction de Jean-Daniel Brèque.

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4 octobre 2012 4 04 /10 /octobre /2012 10:54

Péripatéticiens d’indigents !

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Retrouver trente après, un amour de jeunesse, n’est pas toujours désagréable, seulement cela dépend des conditions et de l’état physique des protagonistes. Ainsi, alors qu’il stationne au comptoir de son bar habituel, le Beau Bar, Clovis est tout étonné d’être abordé par une clocharde en laquelle il reconnaît Laura, la jolie Laura de son adolescence. Elle lui révèle que des SDF sont les victimes d’hommes circulant en 4X4, les aspergeant d’essence ou les brutalisant à mort. Et qu’une épidémie de grippe, aviaire, chikungunya ou autre, sévirait parmi les quartiers pauvres de la ville.

Bien évidemment les événements ne sont pas relayés par les médias et les autorités dites compétentes, ou si peu. Elle n’en sait guère plus Laura, mais elle peut toutefois orienter Clovis vers un maçon portugais reparti au pays après le décès d’un ami lui aussi Portugais et maçon dans un hôpital marseillais, et que trois pompiers auraient contracté la maladie en l’évacuant d’un squat. Les pompiers vont mieux, grâce à leur jeune âge et leur constitution solide. Mais les pauvres, les sans-abris, qui manquent du minimum vital n’ont pas cette chance.

La « peste des pauvres » continue ses ravages et Clovis décide de s’atteler à une enquête sur l’origine de cette épidémie, ou du moins de traquer la vérité, mais aussi de connaître pourquoi des individus sans scrupules s’attaquent à des êtres sans défense, puis à des enfants. Le maire Bellérophon Espingole minimise les incidents, les attentats envers les pauvres sont dédaignés par la presse. Clovis appelle à la rescousse ses amis Ralph, un policier qui a ses entrées partout, et Philippe, un journaliste qui fouine mais ses papiers ne sont pas publiés ou réduits à trois lignes. Lorsque les bruits qui courent ne peuvent plus être tus, l’état d’urgence est décrété, la quarantaine est envisagée, les accès à Marseille fermés, des pontifes scientifiques sont consultés, propageant la panique au lieu de s’évertuer à rassurer, les pauvres mis au ban de la société. Et Clovis trouvera un cadavre dans un placard, au vrai sens du terme, un poilu de la guerre 14-18.

 

Maurice Gouiran ne travaille pas dans la dentelle et si le décor de ce roman est implanté à Marseille « Marseille est, tu le sais bien depuis que tu traînes à droite et à gauche, une ville où l’on combat davantage les pauvres que la pauvreté », ces drames pourraient se passer n’importe où (ou presque) en France.

Il égratigne, griffe avec causticité : « Il est plus facile de se donner bonne conscience et d’afficher son âme charitable en aidant les pauvres que de combattre les principes d’une société soumise aux rapports de domination. Les hommes politiques en place aiment bien déplorer les problèmes liés au logement ou à la précarité sans en dénoncer les causes, comme s’il s’agissait d’un pseudo consensus politique hypocrite, le même que celui qui les conduisit à pleurer à chaudes larmes l’Abbé Pierre alors qu’ils étaient porteurs des mesures économiques qui favorisent la pauvreté ». Materazzi, propriétaire d’une société immobilière profite depuis des années en rasant des logements insalubres. Il achète à vil prix, déloge les sans-abris ou les personnes âgées qui y vivent tant bien que mal, et au lieu de reconstruire immédiatement malgré les projets entérinés par les édiles, attend béatement, afin de faire grimper les prix des autres logements. Haro sur les pauvres ! On les met à la rue mais on ne les reloge pas et après on leur reproche de squatter ou de trainer et de salir le paysage. Maurice Gouiran fait œuvre pie en dénonçant la cupidité, la rapacité, l’ignominie, l’hypocrisie, le cynisme. Ce que Maurice Gouiran pourra écrire, et dénoncer, ne changera rien aux méthodes employées. Il s’érige un peu en Don Quichotte de la fiction.

 

A lire également de Maurice Gouiran : Et l'été finira, Sur nos cadavres ils dansent le tango, Franco est mort jeudi, Les vrais durs meurent aussi et Train bleu train noir.


Maurice GOUIRAN : Putains de pauvres ! Collection Jigal Polar. Editions Jigal. Octobre 2007. 254 pages. 16,23€.

Paul Maugendre

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4 octobre 2012 4 04 /10 /octobre /2012 08:23

On dirait, fiston, que tu es en train de laver ton linge sale dans la famille d’une autre.


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A Villa Scasso, petite ville ou quartier de Laferrere à l’ouest de Buenos Aires, il y a d’un côté les flics, pas forcément virulents, de l’autre les malfrats, comme dans toute bonne ville de banlieue qui se respecte. Au milieu, il y a les femmes. Et c’est bien à cause d’une histoire de femme que tout va dégénérer.

Tout commence un 9 juillet, jour anniversaire de la déclaration d’Indépendance de l’Argentine. Il neige. Dans le froid une jeune femme, Magui, porte dans ses bras sa fille Olivia, malade. Elle souhaite que María Isabel, une guérisseuse, puisse guérir son enfant en invoquant Dieu et en psalmodiant et égrenant son rosaire. Mais à la vue du mal dont souffre Olivia, elle chasse les deux pauvresses. Olivia meurt d’hémorragie dans la neige et Magui se pend.

Lagarto, un policier sur le retour, ancien boxeur minable, et Róman, son jeune collègue, sont attristés par les deux décès. Surtout Róman qui a connu Magui toute jeune et l’a même aimé, une cicatrice dans son cœur. Et ce qui lui est arrivé ainsi qu’à Olivia, il ne l’accepte pas. La gamine était enceinte et s’était fait avorter. Un charcutage vraisemblablement. Tout ça, c’est la faute du père qui est marié, a déjà cinq enfants mais essaime un peu partout ses autres rejetons.

Dans cette ville qui ressemble à mariage entre bidonville et vieille cité moyenâgeuse, dans laquelle les voyous tiennent le haut du pavé grâce à la bande des Gamins, face aux policiers qui n’ont qu’images et breloques pieuses pour cuirasses, la vengeance murit et inévitablement la neige sera rouge à un moment ou un autre.

 

Ce drame se déroule en Argentine, mais n’importe quelle ville de banlieue française, ou de tout autre pays, pourrait tout aussi bien servir de décor. Mais c’est justement parce que l’histoire se passe en Argentine qu’elle en prend encore un peu plus de force. La religion est prégnante, présente partout, la fatalité pèse sur les jeunes filles qui deviennent mères à peine entrées dans l’adolescence, dans un décor avec la neige synonyme de pureté. Et l’on ne peut s’empêcher aux gamins qui ont été séparés de force de leurs parents pendant les années de plomb avec Pinochet au pouvoir. Mais il ne s’agit plus ici de policiers au service du régime, mais d’êtres humains qui puisent leur colère dans une histoire personnelle. Et malgré la neige, toujours elle, la vengeance ne sera pas un plat qui se mange froid.

Fidèle à leur concept, les éditions Asphalte proposent en rabat de couverture une playlist de dix titres et que l’on peut retrouver sur leur site. Au sommaire, quelques grands noms comme Johnny Cash, Bruce Springsteen, John Fogerty, Guns n’ Roses, pour ne citer que les plus connus. Un roman court, dense, émouvant.

Citation : Calavera était tellement nerveux qu’il aurait pu arracher des clous avec les fesses.


Pour découvrir et écouter la playlist, n'hésitez pas à vous rendre sur le site des  éditions Asphalte.


Leonardo OYOLA : Golgotha. Editions Asphalte. Traduction d’Olivier Hamilton.Mars 2011. 14,20€.

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3 octobre 2012 3 03 /10 /octobre /2012 14:07

Les morts surs du passé !

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Le plus court chemin vers ma culotte passe par mon estomac ! C’est ce que déclare le commandant D.D. Warren qui partage un repas au restaurant avec Alex Wilson, personnage dont je reparlerai un peu plus tard.

L’enquêtrice D.D. Warren approche à grands pas de la quarantaine, elle est toujours célibataire, mange gloutonnement sans que cela influe sur sa charge pondérale grâce à un métabolisme performant. Un appétit de sumo et une taille mannequin. Manger était sa passion. Surtout que son travail au sein de la brigade criminelle de Boston ne lui laissait guère de temps pour le sexe. Et tandis qu’elle se restaure en compagnie de Chip, comptable au département de médecine légale, avec en vue une éventuelle soirée à deux sous la couette. Une fois de plus le destin qui se nomme téléphone contrarie ses projets.

Dorchester, banlieue de Boston, une petite ville pas pire que les autres en matière de criminalité, et pourtant dans une banlieue pavillonnaire cinq cadavres sont retrouvés, couchés côte à côte dans la véranda, la mère et les trois enfants, deux garçons et entre eux la fille. Assassinés à coups de couteau. Le père s’est tiré une balle dans la tête et s’est raté. Peut-être pourra-t-il apporter quelques explications, mais pour l’instant il est sur le billard. Et décède sans sortir du coma. Assistée de Phil et de Neil, ses fidèles collègues, Warren commence à supputer nombre d’hypothèses dont aucune ne se révèle convaincante.

La famille Harrington, une famille recomposée, vivait dans une villa deux étages que Patrick, le père, retapait en vue d’en louer une partie. Endetté par l’achat immobilier, il se trouvait au chômage depuis quelques temps, et la situation financière risquait d’être critique sous peu. Une théorie probable, le père perdant les plombs et effaçant sa famille, mais des incohérences apparaissent lors de l’examen post-mortem. D’autres faits mènent à une autre supposition, comme le cas d’Ozzie, le petit dernier de la famille. C’était un gamin turbulent, hyperactif, violent parfois, suivi selon une voisine par une espèce de chaman, un certain Andrew Lightfoot. Et si Ozzie était le coupable ? Mais là encore des invraisemblances perturbent leurs déductions.

Entre en scène Alex Wilson, professeur à l’école de police, qui a baroudé avant d’enseigner et qui a envie de se replonger dans l’ambiance et suivre une enquête sur le terrain. Il est beau, élégant, affable, tout pour plaire et… Inutile de s’attarder car une nouvelle cascade meurtrière est signalée.

Une autre famille, qui vit à Cambridge, mais le décor est totalement différent. L’intérieur est sale, répugnant, et ce ne sont pas les six corps, quatre enfants, la mère et le père, enfin le dernier compagnon, qui vont redonner du lustre à la maison. Morts dans des conditions similaires sauf le petit dernier qui a été étouffé par un oreiller. De plus l’homme traficotait de la drogue mais ce n’est pas l’objet des meurtres. Les ballots de cannabis sont toujours entreposés dans la réserve.

Des tueries similaires, des parcours et des problèmes neurologiques affectant l’un des enfants conduisent D.D. Warren et ses acolytes, Alex Wilson en tête (il est devenu inséparable), dans une unité de soin pédopsychiatrique où travaille Danielle, trente-quatre ans. Vingt-cinq ans auparavant sa famille a été décimée et tous les ans, à la même époque ses démons se réveillent et la perturbent. C’est pour bientôt.

Mais D.D. Warren and c° rencontrent également Lightfoot, le sorcier rebouteux guérisseur, ancien trader dans une banque et qui s’étant découvert des dons particuliers a repris le nom de son grand-père.

En incrustation de l’enquête le lecteur peut suivre l’histoire de Danielle mais également celle de Victoria dont le jeune garçon Evan est atteint lui aussi de folie meurtrière. Il n’a que huit ans, peut se montrer câlin et subir des sautes d’humeur incompréhensibles qui ont fait éclater le couple et dissoudre la famille. Il est attiré par les couteaux. Victoria est restée avec Evan et ses problèmes, le père est parti emmenant leur fille Chelsea pour la protéger.

 

gardner.jpgSi la forme, la structure de ce roman consiste en une enquête policière avec recherche d’un ou d’une coupable, coupable que les lecteurs penseront avoir démasqué avant l’épilogue, c’est bien le fond qui donne toute sa valeur au récit. Ceux qui vivent avec des enfants souffrant d’hyperactivité, de troubles d’intégration sensorielle, d’autisme, de troubles psychiatriques quels qu’ils soient, ceux qui connaissent ou sont à même de côtoyer de tels enfants caractériels dans leur entourage proche ou lointain, ne seront pas choqués par les descriptions, qui ne sont pas complaisantes, de la part de Lisa Gardner. Ils savent que les parents sont prêts à tout pour soigner leur progéniture, de ne pas les dévaloriser, à leur trouver des solutions : pédopsychiatres, éducateurs, structures adaptées, médicaments et même se faire aider par des charlatans. Seule la foi sauve, souvent sans résultat significatif.

Les autres, éloignés de ce genre de rapports, ne pourront que se demander si l’auteure n’a pas forgé une histoire abracadabrante, misérabiliste, voyeuriste, à dessein pour faire pleurer Margot dans les chaumières. Pourtant, cela existe et les faits de débordements sont de plus en plus d’actualité. Ainsi les bagarres à répétition dans les cours d’école, les agressions entre élèves ou d’enseignants, les parents battus, et ceci déclenchés pour des futilités en apparence. Des gamins inconnus des services de police comme on dit et dont on découvre qu’ils sont atteints d’un mal psychotique. Et ces personnes, la bouche en cœur, vous déclareront que c’est de la faute des parents, que s’ils avaient mieux élevés leurs enfants, cela ne se serait surement pas passé comme ça, des déclarations fracassantes de la part d’individus qui n’y connaissent rien mais ont des solutions toutes faites pour régler tous les problèmes.

Lisa Gardner n’a pas écrit un roman facile, et il s’agit plus d’un engagement envers une famille qui a connu ce genre de déboires que de jouer avec le pathos à l’encontre de ses lecteurs. Emouvant, perturbant, dérangeant, mais passionnant et instructif.


Du même auteur lire :  La maison d'à côté.


Lisa GARDNER : Les morsures du passé (Live to tell – 2010. Traduction de Cécile Deniard). Spécial Suspense ; Albin Michel. 450 pages. 20,90€.

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3 octobre 2012 3 03 /10 /octobre /2012 11:00

« Il est délicat de parler « réalité » dès qu’il s’agit de croyance religieuse et surtout de politique ! »

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Six ans se sont passés depuis ses aventures mouvementées au Mont-Saint-Michel, contées dans La Promesse de l’ange. Johanna, l’archéologue médiéviste a eu un accident de voiture et un enfant, Romane, et à l’époque où nous la retrouvons elle est en charge des fouilles, avec une petite équipe, sur le site de l’abbaye romane de Vézelay. Elle essaie de vérifier certaines assertions concernant le culte de Marie-Madeleine, Marie de Béthanie, et de démontrer que des reliques de la sainte seraient bien enfouies dans l’ancienne basilique.

Elle a d’ailleurs retrouvé une statuette en bois dont les traits lui rappellent quelque chose, et qu’elle conserve précieusement dans un coffre. Son ami Lucas, violoncelliste, est trop souvent en déplacement et ne la rejoint que de temps à autre. Son travail l’accapare et puis il lui faut s’occuper de Romane qui n’a que six ans. Son ami Tom, un Néo-Zélandais qui, lui, explore les ruines de Pompéi lui apprend qu’un de ses collaborateurs vient d’être retrouvé mort, le crâne enfoncé et au dessus de sa tête, écrit à la craie blanche, une inscription : Giovanni, 8, 1-11.

Cela ne peut que se référer à la Bible et plus particulièrement à l’évangile de Jean. Peu après Tom vient la voir à Vézelay et lui raconte plus explicitement cette trouvaille macabre, qui n’entre pas dans le cadre de ses recherches. Lors de son départ il remet à Romane une pièce trouvée dans les ruines, portant en effigie Titus et datant de l’an 79. Peu après Romane est atteinte d’un mal mystérieux qui ne se manifeste que lorsqu’elle dort la nuit. Johanna rencontre de nombreux spécialistes, emmenant sa fille dans différents hôpitaux de la capitale, mais aucun des spécialistes qu’elle consulte n’arrive à déterminer la provenance de ce mal, mettant même en doute ses allégations. En désespoir de cause elle accepte de prendre rendez-vous avec un hypnotiseur sur l’insistance de son amie Isabelle, marraine de Romane. Mais un nouveau meurtre est à déplorer à Pompéi.


Cela fait quelques temps que l’incendie, qui a sévi durant six jours et sept nuits, a ravagé Rome, alors que Néron regardait les flammes en se contentant de jouer de la lyre du haut du Quirinal, tuant des milliers d’habitants, détruisant maisons, boutiques, réserves. Les Chrétiens doivent se cacher pour célébrer leur culte. La famille de Sextus Livius Aelius, un riche négociant en vin, reçoit la visite de Raphael, qui arrive des côtes de Provence en Gaule, porteur d’un message destiné à Pierre. Mais l’apôtre Pierre vient d’être arrêté, et de nuit, des soldats romains investissent la maisonnée tuant tous les occupants à part Livia qui a eu le temps de se cacher. Elle recueille auprès de Raphael moribond le message dicté par Marie de Béthanie et destiné à Pierre et qu’il retranscrit sur un parchemin.

Un message provenant de Jésus, le seul qu’il aurait écrit ! La gamine n’a que neuf ans et a été traumatisée par le carnage. Elle recherche ses parents, gardant toujours l’espoir de les retrouver, mais les Juifs, les Chrétiens et tous ceux soupçonnés de ne pas se référer aux dieux romains sont arrêtés et pendus, oints d’huile, crucifiés la tête en bas puis brûlés vifs. Bon nombre de ses amis et connaissances subissent un tel sort et elle devient muette. Elle erre dans Rome avant d’être subordonnée à un marchand d’esclaves. Elle apprend par cœur et visuellement le message écrit en araméen et détruit le parchemin avant d’être vendue à un sénateur romain. Elle devient l’ornatrix, l’ancêtre de notre esthéticienne actuelle, de l’épouse du patricien mais ne peut prétendre à être affranchie un jour. Toutefois la rencontre avec un marchand de parfums, lui aussi chrétien, lui permet de célébrer son culte à l’insu de tous. Les années passent et un jour elle est conviée à se rendre à Pompéi.


Au début du deuxième millénaire, en l’an 1037, le moine Jean de Marbourg est dépêché par le père abbé de l’abbaye de Cluny d’aller à Vézelay porter un rotulifer, porte-manuscrit recueillant les hommages aux défunts prêtres. Jean de Marbourg est accueilli par Geoffroy, le supérieur de l’endroit dont l’église est mal en point, ayant été dévastée par les flammes et l’argent manquant pour la reconstruction et les rénovations. Jean de Marbourg et Geoffroy se sont connus autrefois lorsque Jean était encore maître d’œuvre au Mont Saint Michel, spécialiste de la pierre, sous le nom de Roman. A cause d’un incident particulier, Roman, devenu Jean de Marbourg était devenu moine à Cluny. Geoffroy est fort content de retrouver son ancien ami, mais ce qui lui importe surtout, et Roman devrait pouvoir l’aider, c’est de trouver des fonds pour que Vézelay renaisse de ses cendres et la clé réside par le passage des pèlerins vers Compostelle. Et pour attirer ces pèlerins, il a l’idée de justifier la sainteté du lieu par la présence de reliques, et plus particulièrement celles de Marie de Béthanie.

 

Ce roman placé sous la figure de Marie de Béthanie, sœur de Lazare, et l’une des saintes ayant selon la légende débarqué en Camargue, se compose de trois périodes séparées environ de mille ans chacune. Mais un roman qui serait comme un jeu de construction. Un bâtiment édifié à l’aide de briquettes de couleurs différentes, afin de mieux discerner les époques évoquées, celle à laquelle nous vivons, la période de Néron, le Moyen-âge du début du millénaire, les couleurs se superposant en fonction des goûts des deux architectes. Cet ouvrage propose une parabole entre avant-hier, hier et aujourd’hui et incite le lecteur à établir un parallèle également.

Par exemple le contexte religieux. Il est bon de dépoussiérer les enseignements catholiques et de remettre dans leur contexte les supplices des premiers Chrétiens à Rome. Des informations relayées par les manuels d’histoire sainte destinés aux enfants. Blandine dans la fosse aux lions et bien d’autres exemples. Mais les auteurs ne font pas acte de prosélytisme, ils démontrent ce qui fut à l’origine de ces martyrs. Par exemple l’intégrisme des chrétiens qui refusaient de manger de la viande issue de bêtes immolées, leur intransigeance et leur déni d’autres dieux que le leur, alors que les Romains étaient prêts à accepter d’en accueillir, au départ, un autre parmi tous ceux qu’ils vénéraient. L’intolérance qui en découla par la suite.

Et l’on pourrait aujourd’hui transposer cette façon de procéder entre christianisme et islamisme, comparaison hasardeuse peut-être mais pas forcément dénuée de fondement. Mais ceci n’est que l’une des clés qui résident dans ce roman. On pourrait évoquer aussi les légendes entourant les reliques, leur bien-fondé, leur existence même et l’aspect mercantile qu’elles représentent. Ou encore ce travail de l’inconscient, de paramnésie, et la partie ésotérique du roman. Un thriller métaphysique qui explore trois périodes, celle de l’empire romain sous le règne particulièrement perturbé de Néron, celle médiévale du début des constructions des cathédrales et de l’art roman, et la notre, non moins perturbée religieusement. « Il est délicat de parler « réalité » dès qu’il s’agit de croyance religieuse et surtout de politique ! ». Quant au titre, il est à prendre à plusieurs degrés.


Frédéric Lenoir et Violette CABESOS : La parole perdue. Le Livre de Poche Policier/Thriller. (Réédition des éditions Albin Michel). 696 pages. 8,10€.

 

challenge régions

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2 octobre 2012 2 02 /10 /octobre /2012 15:08

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Un piano, un sax, une basse, une batterie, une machine à écrire, un colt dans son holster, quelques bouteilles de whisky et de bourbon…

Bienvenue à l’agence “Continental Brisset et fils”, enquêtes en tous genres… Des “privés” pas comme les autres pour un concert évocation  du monde du polar.

Le roman noir, depuis des décennies, l’un des miroirs les plus fidèles de nos sociétés, tout particulièrement des rapports sociaux et de la face sombre de l’âme humaine, là ambiance et ici intrigue, la rencontre entre deux genres mal-aimés, décriés voire marginaux pour ne pas dire maudits, l’évidente complicité de deux univers finalement si proches…

herve

 


Une dizainechase1 de compositions originales pour accompagner et illustrer une “flânerie jaz zistico-policière”, comme un hommage aux principaux maîtres du genre, d’hier et d’aujourd’hui, involontaires complices d’une singulière mise en scène, d’une improbable rencontre téléphonique entre le héros de Millenium et un émule de James Hadley Chase, à un imaginaire colloque “généalogie du crime et enfer de l’enquête” d’inspecteurs et de commissaires venus du monde entier et de toutes les époques, réunis à l’hôtel Beltram de Londres, si cher à Miss Marple et où se croiseront Sherlock Holmes et Philip Marlowe…

 

 

Le spectacle "Millenium pour Miss Blandiche", va se produire
le samedi 13 octobre 2012 à 17h, à l'espace Landowski de Boulogne-Billancourt.

 

 

Retrouvez les infos sur leur site : Jazz et Polar

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2 octobre 2012 2 02 /10 /octobre /2012 08:06

Un entretien pétillant !

 Maud Tabachnick


La lourde porte de chêne s'entrebâilla sans un bruit. Les gonds étaient huilés avec abondance, le sieur du lieu, François-Jacques Jamet de Braud, châtelain de l'Aumère, y veillai. Le garde passa sa tête chafouine puis avança sur la pointe des pieds, telle une ballerine, les clés lui battant les reins. Il précédait Paul Maubru d'Agneaux, le Grand Inquisiteur. Derrière lui se profila la silhouette rustaude et éléphantesque du bourreau, portant moult et divers outils dont tenailles, coins, chaînes, brodequins et barbecue de poche.

Dans un angle de la geôle un paquet de chiffon bougea puis une tête émergea.

- Debout ! Somma l'inquisiteur.

Le tas de vêtements se déplia livrant aux yeux blasés des trois hommes un corps féminin.

 

étoile du temple- Veuillez décliner vos nom, prénom, date et lieu de naissance, ainsi que votre profession.

- Je ne peux nier que mes nom et prénom, c'est à dire Tabachnik Maud, sont bien ceux indiqués sur votre arrêt. Mais bien qu'ils m'aient été donnés, je ne sais pas s'ils m'appartiennent. Quant à dire ma date de naissance, il faudra autre chose que cette Vierge de Nuremberg pour m'y décider. Soyons elliptique. Scorpion, de l'année du Tigre. La même année qui vit nos belles démocraties se coucher sur le dos pour s'offrir aux fauves. Lieu? Sur ces foutus papiers il est écrit : Paris 14e. Est-ce vrai? Je ne saurais le dire, car je ne m'en souviens plus. Profession? Celle qui vous plaira. Marin, exploratrice, zoologue, sans. Ma profession de foi reste encore à venir. Ah, si ! Ostéopathe à mes temps perdus.

 

- Hostie au pape? Vous avouez donc être une renégate?

- Renégate, oui. A tout ce qui m'est imposé.

 

- Vous venez de publier un roman dont la teneur est extrêmement injurieuse, pour ne pas dire impie envers les représentants de Notre Seigneur. Qu'avez-vous à répondre pour votre défense?

- Injurieuse envers les représentants de Votre Seigneur? Peut-être. Je n'ai jamais eu de goût pour les folklores et les fables.

 

- Votre "héroïne" est une femme libérée, pas comme vous en ce moment. Le rôle de la femme n'est-il pas d'être au foyer, pour ne pas dire sur le bûcher?

- Le rôle de la femme? Si je vous confiais mes intimes pensées… J'irais moi-même, directement au bûcher.

 

- Pourquoi avoir choisi Troyes et la région champenoise comme lieu de l'action? Est-ce en référence à la bulle du Pape?

- La région champenoise pour la bulle du Pape? Certainement pas. Moi dans ce coin j'y connais d'autres bulles qui ont davantage fait pour l'esprit et le cœur que toutes les chasubles du monde.

 

- Auriez-vous perçu une aide financière de la part des édiles de cette cité alors que Paris ou La Roche sur Yon auraient très bien pu servir de cadre?

- Sur l'aide financière que j'aurais perçue, je ne répondrais que si le bourreau l'exige. Et encore !

 

- J'ai remarqué que ce livre avait été édité avec le concours de la maison du Boulanger. Est-ce pour cette raison que vous avez choisi un bâtard comme protagoniste?

- Le coup du bâtard?  Non, c'est un "fantaisie".

 

- N'avez-vous pas l'impression que votre premier roman publié fut un cadeau Denoël?

- Premier roman, cadeau Denoël? J’ai plutôt eu l'impression d'être traitée comme un âne par le Roi Mage.

 

- Vous fumez le cigare. Est-ce pour justifier votre patronyme?fin-de-parcours.jpg

- Non, pas pour justifier mon patronyme, pour ne pas attraper le cancer.

 

- Des critiques rapprochent votre style à certains amers Ricains, Jim Thompson notamment? Pourquoi ne pas vous cantonner dans des romans à l'eau de rose, genre littéraire profondément féminin?

- Ma vie est à l'eau de rose, et comme je ne voulais pas réécrire sans cesse ma biographie, j'ai choisi de tremper ma plume (?) dans l'eau radioactive.

 

- Selon certaines rumeurs que j'ai ouïes, votre régal serait la consommation d'arachnides !

- A cause de la toile. Moi qui ne sais pas coudre un bouton, je reste pantoise devant leur tissage.

 

- Pourquoi avoir écrit un recueil de nouvelles sachant que si les Français affirment aimer ce genre littéraire ils en lisent peu et en achètent encore moins?

- Parce que j'aime les bonnes nouvelles !

 

Sur ce Maud Tabachnik, tournant le dos à son inquisiteur, s'allongea sur la botte de paille qui lui servait de couche, et sans s'inquiéter de son sort s'endormit profondément, ce qui ne lui arrivait que le 29 février des années bissextiles. Un mélodieux ronflement s'éleva dans l'air comme un phylactère rémois. Paul Maubru se balançait d'un pied sur l'autre, perplexe. Les répliques de Maud Tabachnik l'avaient à moitié convaincu de son innocence, et cet endormissement béat lui laissait augurer une âme sereine. La façon dont elle s'était acquittée à lui répondre lui rappelait cette propension qu'ont les Jésuites de répondre à des questions par d'autres questions. Jésuite, j'y reste, pensa-t-il. Pendant ce temps, le bourreau tentait vainement d'allumer son petit brasero portable, son allumette s'éteignant à chaque fois sous l'impulsion d'un courant d'air insidieux et facétieux. Désemparé, il chantonnait : "Allumette, gentille allumette ! Allumette, je te frotterai. Je te frotterai la tête, ...."

Paul Maubru, n'en pouvant plus, fit demi-tour dans un grand mouvement altier. Sifflant son aide, il sortit la tête haute. Malgré sa petite stature, il se cogna contre la voûte de l'embrasure de la porte, ce qui lui fit entrevoir trente six mille chandelles. Le garde s'empressa de soigner ces gnons du seigneur saignant. Dans un coin s'éleva le rire rauque de Maud. Le drame devenant par trop burlesque, quelqu'un s'écria d'une voix de rogomme : "Coupez ! C’est la pause ..."

 

Entretien réalisé suite à la parution de L’étoile du Temple de Maud Tabachnik et publié dans la revue Caïn N°24 (éditions de la Loupiote – 1997/1998) dirigée par Jacques Jamet et François Braud.

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1 octobre 2012 1 01 /10 /octobre /2012 12:43

Les années passent, les vieux démons restent... !


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En l'an de grâce 1306, la foire de Troyes commence à battre son effervescence. Les frères Abner sont emmenés en prison sous le prétexte fallacieux d'un sauf-conduit périmé.

Aaron Mayerson, l'un des meilleurs lapidaires de France, attend un envoyé spécial de la République de Venise, devant lui transmettre un diamant à remettre à Philippe le Bel et scellant des accords entre les deux états. Depuis que sa femme est morte en donnant naissance à Rachel, vingt trois ans auparavant, Mayerson vit seul, prodiguant à sa fille une éducation alliant culture intellectuelle et maniement d'armes.

Thibaut de Champagne, le seigneur de la Province est en déplacement et c'est son cousin Philippe, un débauché, qui le remplace secondé par Jean le Pieux, son demi-frère, un fanatique religieux. Mayerson, venu plaider le sort des frères Abner est emprisonné lui aussi, Agnetti le messager ayant été retrouvé sur ses terres, égorgé, torturé, et dépouillé. Le diamant a disparu.

Rachel se promet de sortir son père de la geôle sinistre ou il est enfermé. Elle se rend à la commanderie des Templiers, dernière étape d'Agnetti avant son rendez-vous, puis demande à Philipe de libérer son père. Il est démontré qu'Agnetti a été tué à l'aide d'un poignard à la lame courbe comme celle des Arabes.

Jacques de Vitry, commandeur du Temple, un ordre religieux sur la sellette tout comme l'avenir des Juifs, enquête auprès d'Ymbert le précepteur de la commanderie dont bon nombre de frères d'armes ont combattu à Jérusalem. Tous sont quasi persuadés de l'innocence de Mayerson mais c'est le coupable idéal. Guillaume de Paris, le grand inquisiteur, est chargé de lui faire avouer son forfait. Rachel, déguisée en écuyer, parcourt la région en compagnie de Salomon, à la recherche d'indices pour démasquer le coupable. Dans les rangs des Templiers on s'interroge également sur la présence du meurtrier dans leurs rangs.

Ce roman est une parabole historique sur l'anathème jeté sur l'étranger, le fanatisme religieux, la jalousie, la corruption, dans le cadre trouble du Moyen Age. L'Histoire se répète mais les leçons n'en sont pas tirées. L'on pourrait mettre en parallèle cette histoire avec des événements actuels tels que la montée du fascisme, les déclarations de certains hommes ou partis politiques, l'intégrisme déployé par une frange religieuse, etc. Le personnage de Rachel, jeune fille indépendante, énergique, qui ne s'embarrasse pas de préjugés sur les relations entre sa congrégation et les Chrétiens, est remarquable et pourrait s'ériger en symbole de la liberté d'esprit et de la condition féminine. Un roman qui se démarque avec la production de Maud Tabachnik et qui devrait faire réfléchir.


A lire également de Maud Tabachnick : Je pars demain pour une destination inconnue.

 

Et lire mon entretien pétillant avec Maud Tabachnik.


Maud TABACHNIK : L'étoile du temple. Collection Chemins Nocturnes, Editions Viviane Hamy. Mars 1997. 320 pages. 15,50€.

 

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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