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10 janvier 2013 4 10 /01 /janvier /2013 09:09

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A l’époque où l’individualisme, prôné par des hommes politiques, est devenu le maître mot, la valeur de ceux qui réussissent, la solidarité ne sera jamais un vain mot. Je ne parle pas de la solidarité entre nations lors d’événements climatiques dramatiques, lors de catastrophes humanitaires. Ni de la solidarité nationale lorsqu’il s’agit de mettre la main à la poche pour aider de grandes causes médicales, surtout lorsque ce sont les moins riches qui donnent le peu qu’ils possèdent. Ni de la solidarité des musiciens qui enregistrent un disque pour telle ou telle cause, et dont certains participants au nom tombé dans les oubliettes espèrent grappiller une part du succès et un retour en grâce. Non je pense à cette poignée d’hommes qui pour sauver un frère de sang s’accusent d’un crime qu’ils n’ont pas commis comme dans Colère en Louisiane de Ernest J. Gaines.

Se déroulant à la fin des années 1970, ce roman polyphonique a pour décor les environs du bourg de Bayonne, non loin de Bâton-Rouge et plus exactement une plantation où vivent dans des baraquements des Noirs.

Beau Boutan, le contremaître brutal de la plantation Marshall, vient d’être abattu. Tout accuse le vieux Mathu, mais Candy l’héritière ne veut pas qu’il soit emprisonné par Mapes le Sheriff, et encore moins la proie de Fix, le grand frère de Beau. Car elle sait qu’en guise de vengeance celui-ci pendra haut et court un vieux Noir sans défense. Alors elle rameute le ban et l’arrière-ban de tous ceux qui vivent sur la plantation, même ceux qui résident à quelques kilomètres de là.

Lorsque le Sheriff arrive, il est confronté à une vingtaine de vieillards, tous armés d’un fusil calibre 12, comme celui de Mathu, et ayant tous tirés des balles de 5. Candy s’accuse mais les autres aussi, chacun ayant sa propre explication pour justifier son présumé geste meurtrier. Ils entament chacun leurs récriminations, envers Beau et Fix en tête car tous ont eu à subir avanies, humiliations, vexations, mortifications dans leur chair et celle de leurs familles. Mapes sait pertinemment qu’on lui ment, mais il écoute car lui aussi redoute l’arrivée de Fix et peut-être le carnage qui pourrait s’ensuivre. Car tous ces vieux Noirs, s’ils possèdent un fusil, souvent pour aller à la chasse, ne s’en servent que rarement et loupent la plupart du temps leur gibier.

Mais quand d’anciens esclaves, habitués à courber l’échine devant les Blancs, à se laisser battre pour un oui ou pour un non, se révoltent, qu’ils se serrent les coudes, alors ils deviennent des Hommes et non plus du bétail, malgré ceux qui les considèrent toujours comme des moins que rien, ces Blancs qui veulent appliquer la loi de Lynch, à la rigueur les passer à la chaise électrique. Des personnes imbues de leur prétendue supériorité comme Luke Will qui va avec sa petite bande les défier à la place de Fix qui jette l’éponge sous les arguments de son jeune frère Gil qui à l’université s’est lié d’amitié avec Cal. Un Blanc et un Noir amis, jouant tous deux au football et qui s’entendent comme larrons en foire sur le terrain, si bien qu’ils ont été surnommés Poivre et Sel.

Dans Colère en Louisiane, ce sont quinze voix qui s’expriment, qui narrent les faits, de la fin de la matinée où tout se déclenche jusqu’au bout de la soirée qui voit son épilogue. Chacun raconte à sa façon, avec ses mots, avec ses tripes, ses rancunes, ses inimitiés, ses incertitudes, qu’il appartienne à un clan ou à un autre, les événements.

Les passions sont exacerbées, les haines se développent au grand jour, résurgence d’un chancre entretenu par le Klan encore aujourd’hui, ou soubresaut d’un animal en fin de vie. Mais tant qu’il restera un souffle, si minime soit-il, il se trouvera bien un quidam ou un homme politique, pour le réanimer et souffler sur les braises du racisme et de la ségrégation.


Ernest J. GAINES : Colère en Louisiane. Collection Piccolo n° 30. Editions Liana Levi. (A gathering of Old Men – 1983. Traduction de Michelle Herpe-Voslinsky). 288 pages. 10,15€.

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9 janvier 2013 3 09 /01 /janvier /2013 11:57

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Depuis son enlèvement et sa longue séquestration, Annie ne va pas bien. Pas bien du tout même. Elle a rencontré plusieurs psys mais leur façon de procéder la rebutait, l’enfonçait dans sa déprime. Quatre mois après son évasion, elle décide, peut-être en dernier recours, de s’adresser à une thérapeute féminine, et dès le premier abord elle se sent en confiance. Son aventure est connue de tous mais afin de pouvoir se reconstruire, mentalement et physiquement, elle va la narrer au cours de séances qui se déclinent comme autant de chapitres.

Agent immobilier sur l’île de Vancouver, âgée de trente-deux ans, Annie O’Sullivan vient encore de se disputer au téléphone avec sa mère. Un incident de plus car depuis l’accident qui a coûté la vie à son père et sa sœur aînée, alors qu’elle n’avait que douze ans, entre Annie et sa mère les accrochages sont nombreux. De plus, malgré un nouveau mari, sa mère se remonte le moral à l’aide de bouteilles de vodka. Et ce ne sont pas les relations tumultueuses et empreintes de jalousie entre sa mère et tante Val qui arrangent les choses. Que dire aussi de l’oncle Dwight qui végète depuis des années en prison pour diverses délinquances. Annie doit retrouver pour la soirée son petit ami Luc. Et dans son entourage gravitent Christina, son amie d’enfance, elle aussi agent immobilier dans une grande structure et surtout sa chienne Emma.

Annie s’apprête à remballer ses affaires, la journée portes ouvertes finissant, lorsqu’un homme s’introduit dans la maison qu’elle doit faire visiter à d’éventuels clients. Il a l’air affable, le sourire enjôleur, dit se prénommer David, et se montre fort intéressé. Seulement au moment de sortir il braque dans son dos un revolver et l’oblige à se coucher dans sa camionnette. Il lui injecte avec une seringue un produit dans la cuisse et voici Annie transportée au pays du sommeil.

Lorsqu’elle se réveille elle est dans une cabane, et tout est bouclé. Les volets sont fermés, les tiroirs fermés avec des cadenas. Elle est séquestrée et Le Monstre comme elle le surnomme n’est plus l’aimable éventuel client. Bipolaire il se braque pour un rien, tout à tour gentil puis brutal, tendre puis violent. Il connait beaucoup de choses sur Annie, ses drames familiaux et possède une photo d’elle. Surtout il l’oblige à observer, à respecter des rituels qu’il a édicté et qui sont parfois dégradants. Manger, se laver, uriner ou déféquer à heures fixes et régulières. Et puis il la viole, dans l’espoir lui affirme-t-il d’avoir un enfant. Ce n’est que lors de leurs relations, qu’Annie accepte à contrecœur en ayant l’espoir d’améliorer sa situation et de l’amadouer, qu’il ne se montre pas sadique et agressif.

Mais lorsqu’elle parvient à s’évader, elle se trouve plongée dans un autre univers qui l’enferme dans la parano. Les journalistes, les producteurs de cinéma la harcèlent. Ses relations avec Luc, avec Christina ont évolué. Ses rapports avec sa mère sont toujours aussi tumultueux. Seule sa chienne Emma lui démontre sa fidélité, sa joie de la revoir, lui apporte le secours moral dont elle besoin. Il lui faut se reconstruire, oublier les rituels imposés.

 

Le lecteur participe en spectateur attentif aux séances chez la psy, chaque chapitre correspondant à une séance et comme la thérapeute se trouve en retrait. Comme une confession qui alterne passé et présent, où le sordide, le pathétique, l’émouvant, la colère se chevauchent, une séquence en expliquant une autre. Tous les personnages qui composent ce drame, ce mélodrame devrais-je dire, recèlent tous une fracture familiale qui influe sur leurs caractères, leurs comportements et leurs décisions. Un roman bouleversant, trop parfois car on a l’impression d’assister à une accumulation d’aspects aux traits par trop appuyés destinés à marquer le lecteur.

La force de Chevy Stevens, elle-même agent immobilier sur l’île de Vancouver, est de monter une intrigue à l’engrenage implacable, sans s’étendre justement sur ce qu’elle connait, sur son métier, sur le décor, s’attachant à être l’unique narratrice du roman, comme si elle était la première concernée, comme si elle racontait sa propre histoire.


Chevy STEVENS : Séquestrée. (Stille Missing – 2010. Traduit de l’américain  par Sébastien Danchin. Réédition des éditions de l’Archipel. Réédition de La Cabane de l’enfer, éditions France Loisirs). Editions Pocket. Collection Thriller/Policier. 384 pages. 7,20€.

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8 janvier 2013 2 08 /01 /janvier /2013 15:31

En direct de Glasgow...

 

ilfauttuerlewiswinter[3]


Ne jamais descendre une cible qu’on n’a pas besoin de supprimer.

Tel est le crédo de Calum MacLean, tout juste vingt-neuf ans, tueur à gages indépendant. Un métier, une vocation, un sacerdoce, qu’il applique à la lettre. Et lorsqu’il doit effectuer un effacement, il prépare tout minutieusement, ne laissant rien de côté, étudiant les lieux, les habitudes de son objectif, afin de ne pas se faire repérer lors de ses repérages, de ne pas laisser d’indices. Tout ce qu’un tueur honnête et consciencieux devrait appliquer à la lettre s’il veut réussir dans son entreprise.

John Young, de l’organisation Peter Jamieson, contacte Calum, car leur tueur attitré, Franck MacLeod, ne peut assurer le contrat, suite à une opération de la hanche. Alors Young a pensé à un intérimaire comme Calum qui est vierge sur les fichiers de la police.

Lewis Winter, un dealer sans véritable grande ambition affichée, commence à gêner l’organisation dirigée par Jamieson. C’est un gagne-petit dont les succès ont été immédiatement balayés par des échecs retentissants. Un gars banal, oscillant entre la quarantaine et la cinquantaine, les tempes grisonnantes, luttant pour rester plus ou moins svelte, l’allure fatiguée, comme au bout du rouleau. Apparemment un contrat aisé à réaliser mais il ne faut pas se fier justement à la facilité.

Avant le Jour J, ou plutôt la Nuit N, Calum étudie le mode de vie nocturne de sa proie. Lewis Winter vit avec Zara Cope, une belle femme beaucoup plus jeune que lui, mère d’une petite fille gardée par ses grands-parents. Lewis n’est pas habitué à sortir pourtant elle l’entraîne dans des boites de nuit le soir, et lorsqu’ils rentrent ils sont passablement éméchés et souvent accompagnés de personnes rencontrées fortuitement dans ces lieux où l’alcool coule à flot. Calum pense que le mieux serait d’être accompagné, au cas où un impondérable se produirait. C’est ainsi qu’il fait appel à Georges, un camarade avec lequel il a déjà réalisé quelques contrats. Un associé en quelque sorte en lequel il a toute confiance. Enfin, le grand soir se profile.

Les deux amants font appel à un taxi qui les conduit dans un club. Calum et Georges les suivent mais n’entrent pas dans la boite. Ils se contentent d’attendre la sortie de Lewis et de Zara. Peu après minuit, Lewis et Zara ressortent. Lewis est manifestement ivre et un jeune homme aide Zara à le mettre dans un taxi. Puis ils rentrent chez eux. Calum et Georges enfilent des vêtements appropriés, s’encagoulent et s’introduisent avec fracas dans le pavillon. Zara est nue, et son amant d’un soir est paniqué. Calum tue Lewis qui dort, complètement bourré, sur son lit dans la chambre située au premier étage, tandis que Georges tient les deux amants en respect. Un travail propre et une sortie digne.

Le premier arrivé sur place est Paul Greig, un policier dont la conscience n’est pas nette. Mais il s’en accommode. Zara a déjà préparé son petit scénario. Elle est apparemment éplorée. Stewart, son amant d’un soir, est reparti par les arrières du pavillon, emmenant avec lui une boite à chaussures qu’elle lui a confiée. Le contenu est composé de drogue et d’argent, un trésor qu’elle récupérera plus tard. Fisher, l’inspecteur chargé de l’enquête sent qu’il s’agit d’une mise en scène et s’évertue à faire parler Zara.

Pendant ce temps, Calum pourrait couler des jours heureux, si l’organisation Jamieson n’était pas confrontée à des problèmes de jalousie entre bandes rivales.

 

Le lecteur est invité à participer comme témoin, assisté, à cette histoire. Il se coule dans la tête du tueur ainsi que dans celle des divers protagonistes. Il est associé à une introspection intéressante, à partager les pensées des personnages, à s’immiscer entre le moi et le il. Il suit principalement les pensées du tueur, mais aussi celles de Zara, de Winter et des autres acteurs, comme s’il assistait à un cours en direct, chaque action étant décrite, raisonnée, méditée à voix haute. Le Il de la description laisse place au On ou au Tu. Les phrases sont sobres, incisives, directes, dénuées de tout délayage intempestif. Un peu comme si l’auteur énonçait parfois ce qu’il faut faire ou ne pas faire pour réaliser un contrat. L’auteur se mue en professeur.

Un livre prenant, à la tonalité scandée, slamée pour utiliser un mot à la mode, différente et distanciée.


Malcolm MACKAY : Il faut tuer Lewis Winter (The necessary death of Lewis Winter – 2013. Traduction de Fanchita Gonzales Battle). Editions Liana Levi. 240 pages. 17€.

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8 janvier 2013 2 08 /01 /janvier /2013 09:38

Un oubli dans ma hotte…

 

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Si comme moi, vous recevez à Noël des cadeaux qui ne vous font particulièrement bondir de joie au plafond, je vous suggère d’inciter vos amis, vos proches, vos parents à vous offrir ce copieux ouvrage de Noël (ça ne s’invente pas !) Balen. 800 pages bourrées d’infos avec des bonus indispensables comme ce compact disc comportant 20 titres éclectiques sur lequel se côtoient des artistes de tendances diverses, d’époques différentes, en cohésion avec la progression de la lecture du texte et en concordance avec les chapitres développés d’une façon rigoureuse et attrayante. Il existe plusieurs façons d’aborder un tel ouvrage copieux. Commencer par la première page et finir par la fin, méthode classique. Ou mieux, d’une façon plus ludique, se précipiter sur l’index, afin de rechercher la fiche de tel ou tel musicien, se jeter avidement sur la discographie, la vidéographie, ou piocher, grappiller au hasard des pages, compulser plus précisément tel ou tel chapitre qui semble le plus attrayant selon sa propre sensibilité musicale, sans oublier d’apprécier l’indispensable iconographie.

Ayant procédé selon la seconde méthode de lecture, j’ai été déçu de ne trouver le nom de Claude Luther qu’à deux reprises, glissé entre ceux de musiciens accompagnateurs. Mais Noël Balen avait prévu cette frustration, précisant dans son avant-propos « Combien de héros obscurs, de partenaires oubliés, de seconds couteaux dans l’ombre des premières lames, d’artisans consciencieux et de bâtisseurs discrets, combien de musiciens qui ne seront pas cités ou se verront à peine mentionnés dans les pages suivantes ? Il ne pouvait malheureusement en être autrement sous peine d’assener une somme encyclopédique et fastidieuse. La clarté et la simplicité étaient au pris de cette injustice ».

Au moins je ne peux que reconnaître une objectivité et une honnêteté auprès du lecteur amateur, éclairé ou non. Petit aparté, Monsieur Balen, et si vous écriviez une odyssée du jazz français ? Revenons à cet ouvrage qui ne se limite pas à des généralités souvent émises dans les essais consacrés aux origines de cette musique devenue universelle, multiple, complexe. En effet l’auteur ne se contente pas de considérations trop souvent évoquées sur les planteurs de Louisiane et états limitrophes mais débute son odyssée de la conquête de l’Amérique et de l’importation massive d’Africains, de « Bois d’ébène », en Amérique du Sud, aux Antilles puis dans les états du sud des Etats-Unis, afin de pallier le manque de main d’œuvre, les indigènes ayant été décimés par les invasions, les maladies, les génocides.

Quelques pages qui éclairent ce contexte douloureux toujours d’actualité, une petite partie de l’humanité imposant sa force, sa loi, ses religions, mais je m’égare. Du negro spiritual et gospel song au rhythm’n blues, soul music et funk et rap, en passant par le blues, le ragtime, le new orleans, le swing le be-bop, le free jazz, le jazz fusion, tout est passé à la moulinette, tout est disséqué, tout est expliqué, avec de très nombreuses fiches d’artistes qui revivent sous les doigts passionnés de l’auteur. Un ouvrage didactique, sobre, sérieux, concis, dense qui ne manque pourtant pas de lyrisme. Les artistes, renommés ou petits maîtres, souvent oubliés alors qu’ils participent à la vie du band, de l’orchestre, de la formation, apportant un soutien au soliste, au leader, sont présentés avec rigueur, sans emphase mais aussi sans opprobre, sans déni.

Une justesse de ton qui reconnait les faiblesses mais également les valeurs, et alors que souvent j’ai lu des ouvrages dans lesquels, par exemple, Lil Hardin, la pianiste qu’épousa Louis Armstrong, jouait comme un pied, ce dont je n’avais pas été convaincu ou choqué en écoutant les enregistrements réédités, ici Noël Balen lui trouve au moins deux qualités : honnête musicienne et femme de caractère dont l’influence fut capitale sur la carrière du trompettiste.

Milton Mezz Mezzrow, trop souvent décrié, alors que Noël Balen lui concède de modestes talents de musicien, ce qui ne dérangeait pas forcément Sidney Bechet puisque à plusieurs reprises il fit appel à lui dans ses formations, ou encore Zutty Singleton, le batteur vieux compagnon de route de Sidney Bechet qui lui aussi est trop souvent négligé (Ah ce merveilleux morceau que Drum Face  que j’ai découvert à la fin des années 60 dans une compilation !). Et les références à ces sidemen obscurs ne manquent pas.

Un ouvrage indispensable à placer près de sa collection de compact-disc ou de ses vinyles, bonnes vieilles galettes 33 tours et pourquoi pas 78 tours, et à compulser, consulter, feuilleter fréquemment, avec toujours un plaisir renouvelé, à la recherche de la moindre information qui décuplera l’enchantement auditif.

Noël BALEN : L’odyssée du jazz. 6ème édition. Novembre 2012. Editions Liana Lévy. 800 pages. 28€. Un CD offert.


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7 janvier 2013 1 07 /01 /janvier /2013 07:41

Comme disait ma Grand-mère, regarde, il fait beau dehors ! Profites-en ! Pose-ton livre et va donc à la Bilipo !

 

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La Bilipo organise régulièrement rencontres, expositions, conférences, manifestations autour d’un thème. Vous trouverez ci-dessous les deux prochains événements, une info de la Bilipo.


Samedi 12 Janvier à 16 heures.

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Très tôt, avec sa gravure Ombres nocturnes (1921), le peintre américain Edward Hopper a été associé à l'univers du roman noir et du polar. Plongées nocturnes dans des intérieurs vivement éclairés, immeubles aux stores à demi baissés, cadrages d'une solitude urbaine, et bien sûr, le chef d'œuvre qu'est Nighthawks (1942) présent à la rétrospective du Grand Palais, qui évoque les films de gangsters, ont incité à de nombreux rapprochements entre sa peinture et la littérature policière, mais aussi le cinéma des années 30-50. On sait que Hitchcock s'en est inspiré à plusieurs reprises, et notamment dans Psychose.

Dans son livre, Jean-Pierre Naugrette joue de ces liens étroits pour tisser une fiction originale, dans laquelle un photographe, ami, collaborateur et double du peintre, est pris à son insu dans une intrigue à la fois policière et picturale qui le dépasse, et se déroule au sein de l'univers étrange des tableaux de Hopper.

Conférence de Jean-Pierre Naugrette, professeur à Paris 3, ancien élève de l'École normale supérieure, spécialiste et traducteur de Robert Louis Stevenson et de Sir Arthur Conan Doyle. Il est l'auteur de cinq romans policiers, dont le dernier, Exit Vienna, qui porte sur les dernières années de Freud, a paru au Visage Vert en 2012. Il vient de publier Edward Hopper, Rhapsodie en bleu aux Nouvelles éditions Scala, à l'occasion de l'exposition Hopper du Grand Palais, qui se présente comme une fiction policière sur le peintre.

 

Samedi 9 février à 16 heures.

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Gueux, mendiants, misérables, prostituées, criminels, aliénés, détenus, bagnards, peuplent de leurs figures hideuses, pour partie réelles et pour partie fantasmées, l’envers ou les dessous de notre société. Ils en sont le repoussoir, la « part maudite », mais aussi l’une des lignes de fuite symbolique et sociale. Car s’ils disent des réalités - la pauvreté, le crime, les transgressions –, ces « bas-fonds » constituent aussi un imaginaire qui traduit tout autant nos inquiétudes et nos anxiétés que certains de nos désirs.

C’est à l’exploration de cet imaginaire que s’est attaché Dominique Kalifa. Il montre comment les bas-fonds naissent dans l’Europe bouleversée du xixe siècle, mais empruntent à une tradition où se mêlent les figures bibliques – Sodome, Babylone –, les mauvais pauvres de la tradition chrétienne et la Cour des miracles. Des « mystères » de Paris à l’underworld victorien, des bas-quartiers de New York aux trottoirs de Buenos Aires, Dominique Kalifa décrypte la fabrique d’un regard qui n’a cessé de nous fasciner. Ces histoires qui hantent nos consciences ont-elles pris fin aujourd’hui ? Les contextes ont changé, mais les débats sur l’underclass, les images du cinéma contemporain ou la culture steampunk montrent que l’ombre des bas-fonds rôde toujours autour de nous.

dominique kalifa, professeur à la Sorbonne, est l’auteur d’une dizaine d’ouvrages consacrés à l’histoire du crime, des transgressions et de la culture de masse. Il enseigne également à Sciences-Po et à la New York University.

 

Et pour connaître toute l’actualité de la BILIPO,

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Informations pratiques

Accès

48/50, rue du Cardinal-Lemoine

75005 PARIS

tél : 01 42 34 93 00

Métro Cardinal-Lemoine (ligne 10) ou Jussieu (ligne 7 et 10)

Bus 47 (arrêt Cardinal-Lemoine) ou 89 (arrêt Cardinal-Lemoine/Monge)

Horaires : du mardi au vendredi de 14 heures à 18 heures et le samedi de 10 heures à 17 heures

Pour accéder à notre catalogue (consultation sur place uniquement)

Catalogue des bibliothèques spécialisées

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6 janvier 2013 7 06 /01 /janvier /2013 14:58

Comme un ouragan, chantait Stéphanie de …

(je vous laisse compléter)

 

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Fils d’un immigré espagnol devenu agriculteur à Saint Julien, Antoine affiche sa cinquantaine en solitaire. Il n’est pas malheureux mais pas heureux non plus. Il vit. Le décès accidentel de ses parents lui fournit l’occasion de participer à un voyage organisé aux Baléares. C’est là qu’il rencontre Bahia, chanteuse dans un boui-boui attrape-nigauds à touristes.

Il ramène la quadragénaire à la peau sombre et au corps avenant dans ses malles et l’installe à la ferme, fier de cette extraterrestre (pour les villageois) salvatrice (pour lui) qui lui fait goûter à la féminité, la vraie, pas la frelatée ou la succédanée par encore épanouie. Mais il largue la terre pour celle moins ferme d’un bar.

Bahia est née sous X en Patagonie et elle en a gardé des souvenirs. Un beau jour un inconnu pénètre dans le Modern’bar (qui ne l’est plus guère). Bahia et lui se connaissent, et Antoine les surprend dans leur chambre, installés sur le lit, avec des lingots et des dollars étalés entre eux. Antoine n’est pas content de les voir s’embrasser (goulument ?) et la colère lui brouillant les idées, il abat de deux coups de revolver, héritage de son père, l’homme, et injecte avec une seringue de l’air dans le bras de Bahia. Et après ?

Il prend ses valises, sa voiture, et part n’ayant pas oublié de mettre dans ses bagages l’argent qui n’a plus de propriétaires officiels. En cours de route il prend en stop la belle Hélène (qui ne le prend pas pour une poire), lui montre son magot, autre chose aussi qui relève de la vie privée et charnelle, puis pense à se rendre en Argentine.

A vingt ans Hélène est friande de la vie et de produits nocifs. Tandis qu’Antoine change d’apparence, obtient auprès d’un prêtre de nouvelles pièces d’identité, et place son magot dans un établissement bancaire, Hélène sort en boite. Elle se fait violer en voiture et s’évanouit. Lorsqu’elle reprend ses esprits, une jeune femme lui demande l’heure (Le genre de question qui permet de nouer un dialogue) et avoue ne pas savoir où dormir. Elle prend Patricia, ainsi se nomme l’albinos, sous sa coupe et au petit matin Antoine est tout étonné de se retrouver avec deux représentantes du sexe féminin sur les bras.

Patricia est du Wyoming (ce qui n’est pas rédhibitoire) et tient à rentrer chez elle avec Hélène qui est quelque peu perturbée depuis sa coucherie forcée sur la banquette d’une bagnole allemande. Antoine décide de les accompagner, d’autant qu’il a aperçu dans la rue l’homme qu’il a assassiné, ou cru assassiner.

Direction les Etats-Unis, le Wyoming, Pacific-City. Tandis qu’Hélène est toujours traumatisée par son architecte violeur qui a déconstruit sa vie et son corps, Antoine est obnubilé par le souvenir de Bahia. Ce qui ne l’empêche pas de rencontrer des individus sortant de l’ordinaire comme un Indien (Amérindien je précise), un fakir (véritable Indien), de s’adonner à l’élevage de zébus, de jouer de la trompette, de se promener à cheval avec son appaloosa qui lui parle, et autres joyeusetés qui promènent le lecteur dans des aventures insensées grâce à des phrases hachées, dégraissées, coupées en lanière comme ces morceaux de viande mastiqués par les boucaniers.

L’auteur nous entraine dans un cirque littéraire peuplé de personnages burlesques, se mouvant dans des situations tout aussi loufoques, mais endossant le rôle de clowns tristes. Des situations tragiques et de petits moments d’attendrissement comme dans ces bons vieux films muets dans lesquels les acteurs bougent, se démènent, se frictionnent, se castagnent, mais s’émeuvent devant une pâquerette seulabre qui pousse sur le bord du chemin.


Daniel MARTINANGE : L’ouragan. Stéphane Million Editeur. 144 pages. 15€.

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6 janvier 2013 7 06 /01 /janvier /2013 07:42

Comme disait ma grand-mère, Si t’aimes pas ça, faut pas pour autant en dégoûter les autres ! Ajoutant avec un petit sourire en coin, de toute façon, tant qu’on y pas pas goûté, on peu pas dire qu’on n’aime pas !


Le passeur de mots (à ne pas confondre avec le masseur de peaux) que je suis ne pouvait pas ne pas relayer cette information qui en rejouira certainement beaucoup. Toutefois, de nombreuses questions forent mon esprit, et il m’est difficile d’y répondre. Peut-être avez-vous les réponses. Par exemple comment faire pour dédicer par l’auteur un ouvrage numérique ? Pourrais-je, si le texte ne me convient pas, le revendre à un bouquiniste ? Pourrais-je prêter ce livre numérique à un ami afin de lui faire découvrir un auteur sans me séparer de ma liseuse ? Pourrais-je en emprunter à un roman numérique à ma bibliothèque ou médiathèque ?

Mais trêve de tergiversation, de pinaillage, de casuistique, d’argutie et je m’efface devant cette info émanant de Max Obione qui vient de passer la main des éditions Krakoen et se lance dans une nouvelle entreprise.

 

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Tandis que notre sociale démocratie patauge dans ses contradictions, gardons le moral, payons nos impôts et vivons de projets.

A ce propos, je lance une nouvelle maison d'édition avec Jeanne Desaubry à mes côtés et Jan Thirion. Il s'agit d'une maison d'édition numérique, exclusivement numérique. C'est vrai, je suis un peu cachottier malgré mon narcissisme bloguien, mais j'attendais que l'on soit prêt avant de lancer l'info. Maintenant c'est parti, le site est en ligne, les premiers ouvrages sont disponibles.  Découvrez sKa édtieur numérique. Vous pouvez d'ores et déjà vous offrir des nouvelles et des romans au format ePub et PDF.


Alors cliquez, surfez maintenant.

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Page d'accueil du site : http://skaediteur.net

 

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Chaque mois des nouveautés !

Vous pouvez vous abonner pour recevoir l'information pour toutes nouvelles publications sur le site sKa en cliquant sur le bouton "Suivre", en bas à droite de l'écran du site sKa.

On peut feuilleter le dossier presse ICI


Bon voyage virtuel !

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5 janvier 2013 6 05 /01 /janvier /2013 08:48

N’est pas toujours celle que l’on croit…

 

place du mort


Le décès de sa femme Sylvie dans un accident de voiture indiffère presque Fabien Delorme. Le couple s'était enlisé dans un confort que rien ne devait troubler. Même pas l'arrivée d’un enfant. La seule fois que Sylvie s'était trouvée enceinte, elle avait eu recours à l'I.V.G. L'accident s'est produit près de Dijon, un endroit où elle n'était pas censée se trouver, et Sylvie était en compagnie de son amant. C'est ainsi que Fabien apprend qu'il est veuf et cocu en même temps.

Profitant de l'inattention du policier venu l'interroger, Fabien récupère l'adresse de la veuve de son rival. Tout en étant hébergé chez Gilles, un ami, Fabien piste Martine la veuve. La jeune femme est continuellement chaperonnée par une nommée Madeleine qui s'avère être la première épouse du mort. Fabien visite l'appartement de Martine en l'absence des deux femmes, les suit tout en essayant de ne pas se faire repérer. Il part en même temps qu'elles aux Baléares et alors qu'il se noie ayant présumé de ses forces, elles le repêchent.

Un bon moyen pour faire connaissance mais Madeleine n'apprécie pas l'intrusion de ce mâle, même s'il se présente sous une fausse identité. Martine et lui couchent ensemble et rentrés à Paris, ils se rencontrent souvent chez la jeune femme. Un jour Madeleine propose une virée en Bourgogne dans une maison isolée qu'elle possède. Ce n'est qu'un guet-apens. Elle a découvert la véritable identité de Fabien. Elle le menace d'une arme à feu et le blesse à la jambe. Martine, tout en le soignant, lui avoue avoir tué Madeleine et caché son corps dans le congélateur. Lorsqu'elle sort pour effectuer des courses ou autre, elle l'enferme à clé.

 

Cette histoire intimiste d'un homme velléitaire nous replonge dans l'atmosphère des romans écrits par les auteurs du Fleuve Noir des années cinquante à soixante-dix. On ne peut dire que la trame en elle-même soit novatrice mais la lecture de ce roman mettant en scène un personnage ordinaire, inconsistant, évoluant parmi d'autres individus tout aussi ordinaires, tient en haleine le lecteur. Pas de débordement de sang, de sexe, et c'est reposant dans une déferlante littéraire de tueurs en série, où la recherche du sensationnel prime parfois sur la construction.


A lire du même auteur : Les insulaires.

Voir égalment l'avis de Claude sur  Action suspense.


Pascal GARNIER : La place du mort. Editions Points Roman Noir. (Réédition des éditions Zulma et de Fleuve Noir). 6,30€. 168 pages.

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4 janvier 2013 5 04 /01 /janvier /2013 13:17

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A mon tableau de lecture 2012 187 livres, des inédits, des rééditions, ou des exhumés de ma bibliothèque comme Méfiez-vous des blondes de Michel Audiard. J’ai essayé sélectionner ceux qui m’avaient le plus intéressé, et cela ne reflète pas ce que la majorité de mes confrères blogueurs, et néanmoins amis, ont choisi en établissant leur liste personnelle. Je ne me cantonne pas à un seul genre, essayant d’élargir ma palette, mais les romans de suspense ont la plupart du temps ma préférence par rapport aux romans noirs qui ne permettent pas à mon imaginaire de turbiner.

Mais à chacun ses goûts et ses couleurs, ses coups et ses douleurs, ses égouts et ses odeurs….

Voici donc mon TOP 12 de romans français ou francophone pour 2012, par ordre alphabétique :

 Barbara ABEL : Derrière la haine. Fleuve Noir.


Philippe BOUIN : Pars et ne dis rien. L’Archipel.


Michel BUSSI : Un avion sans elle. Presses de la Cité.


Hervé COMMERE : Le Deuxième homme. Fleuve Noir


Maurice GOUIRAN : Et l’été finira. Jigal


Hervé JAOUEN : Dans l'oeil du schizo. Presses de la Cité.


Marie NEUSER : Un petit jouet mécanique. L’Ecailler.


Jean-Paul NOZIERE : Le chat aux aguets. Editions Rivages


Patricia PARRY : Sur un lit de fleurs blanches. Le Masque.


Elena PIACENTINI : Carrières noires. Au-delà du Raisonnable.


Serge QUADRUPPANI : Madame Courage. Le Masque.


Hervé SARD : Le crépuscule des gueux. Krakoen.


Et comme pour les œufs ou les huitres (de saison) le petit treizième, qui est mon joker :

Sylvie MILLER & Philippe WARD : Lasser, un privé sur le Nil. Critic.

Or tous ne figurent pas ici, mais pouvez en retrouver d’autres sur Les Lectures de L’Oncle Paul : Dulle Griet, Jan Thirion, Olivier Gay, Paul Halter, Philippe Georget, André Fortin, Janis Otsiemi, Hugo Buan, Gildas Girodeau, Karim Miské, Eric Fouassier, Véronique David-Martin, Caryl Ferey (non retenu pour trop d’invraisemblances dans les scènes de bagarre)…

 

Parmi la production étrangère (ouvrages traduits):

Peter ASPE : Le message du pendu. Albin Michel


Deborah CROMBIE : La loi du sang. Albin Michel.


Jeffery DEAVER : Des croix sur la route. Deux Terres.


Kike FERRARI : De loin on dirait des mouches. Moisson rouge


Sebastian FITZEK : Le briseur d’âmes. L'archipel


Lisa GARDNER : Les morsures du passé. Albin Michel


Graham HURLEY : Une si jolie mort. Le Masque


Peter LEONARD : Ne tremble pas ! L’Archipel.


Leonardo OYOLA : Chamané. Asphalte.


Robert POBI : L’invisible. Sonatine.


Bente PORR : La vallée des disparus. L'Archipel


Michael ROBOTHAM : Saigne pour moi. Jean-Claude Lattès.

Et comme pour les romans francophones, j’ajoute un petit treizième afin de faire bonne balance.

Chris Wormesley : Les affligés. Albin Michel

Enfin, ce recensement serait incomplet si ne figuraient pas des études, des biographies, des ouvrages de référence.

CHEFDEVILLE : Je me voyais déjà. Le Dilettante.


Philippe de COME : Arsène Lupin de A à Z. Pascal Galodé.


Marc LEMONNIER : Michel Audiard, l’intégrale tous ces films de A à Z. Hors collection.


Henri MITTERAND : Autodictionnaire Emile Zola. Omnibus.


Jean-Louis TOUCHANT : La véridique histoire de 813. Arsène.


Revue Rocambole N°58 : Pierre Nord, auteur et éditeur.


Revue Rocambole N° 61 : Maurice Leblanc sans Arsène Lupin.


Gilles Vidal : Histoires vraies à Paris. Le Papillon rouge.

Et pour le plaisir, même s’il s’agit d’une réédition :

John CURRAN : Les carnets secrets d’Agatha Christie. Le Livre de Poche.

 

Quelque soit notre choix, aux uns et autres, le principal est de lire ce qui nous fait plaisir…

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3 janvier 2013 4 03 /01 /janvier /2013 16:24

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Cela faisait bien deux ans que Gemma, inspectrice de police à Notting hall, n’avait pas vu son amie Hazel. Alors évidemment ça papote, ça papote. Hazel était partie en Ecosse, suite à sa séparation avec Tim, thérapeute comme elle et qui a la garde de leur fille Holly. Pendant que les deux femmes discutent, Tim s’occupe de Holly, laquelle réclame sa maman, comme souvent. Mais il est inquiet. Son ami Naz Malik, avocat d’origine pakistanaise, devait venir avec sa fille Charlotte âgée d’à peine trois ans. Or Naz a une heure de retard, ce qui n’est pas dans son habitude. Tim téléphone d’abord au cabinet de l’avocat mais il tombe sur le répondeur. Il appelle à son domicile et la personne qui lui répond est inquiète. Il s’agit d’Alia, la garde de Charlotte, qui n’a pas de nouvelles du père de la gamine. Naz a disparu, or Sandra sa femme s’est elle-même évanouie dans la nature trois mois auparavant, laissant sa fille à un ami sur le marché qu’elles traversaient. Comme ça, sans rien dire. Sandra est (était ?) artiste peintre, spécialiste en collages, et commençait à se forger une gentille réputation.

En attendant que Naz réapparaisse, Gemma décide de s’occuper de Charlotte et l’emmène chez elle. Elle forme avec Duncan, lui-même policier à Scotland Yard, une famille recomposée. Duncan a deux fils, Toby et Kit, et Gemma est hantée par la perte deux ans auparavant d’une enfant. Et puis en ce moment elle est préoccupée par son prochain mariage avec Duncan. Sa famille souhaiterait qu’elle convole en justes noces et que soient organisées de grandes festivités. Gemma au contraire veut un mariage en toute simplicité. Elle ne sait plus ce qu’elle doit faire et est même prête à jeter l’éponge. De plus sa mère est malade, atteinte de leucémie, il faudrait trouver un donneur compatible. Alors elle doit aller voir sa mère le plus souvent possible à l’hôpital, mais ce n’est pas assez au goût de sa sœur.

En attendant un dénouement heureux, c'est-à-dire le retour de Naz, elle confie Charlotte à Betty qui s’occupe des deux garçons lorsque Duncan et elle travaillent. Gemma enquête de son côté mais elle n’est pas seule. Duncan l’aide, et ils tentent de remonter la filière en rencontrant les amis, les connaissances de Naz. Louise Phillips, l’associée de Naz et avocate elle-même. Elle doit défendre un restaurateur accusé d’esclavagisme moderne, dénoncé par son propre neveu en fuite. Ou encore un patron de boite de nuit, un cercle relativement fermé, qui avait acheté quelques toiles à Sandra. La mère de Sandra, et surtout ses deux frères, revendeurs notoires de drogue, des individus brutaux et vindicatifs. La galeriste de Sandra qui se plaint que celle-ci ne suivait pas ses conseils en matière de vente. Plus quelques autres que Gemma et Duncan interrogent tout en sachant que l’enquête qu’ils mènent n’est pas officielle. Jusqu’au jour où Naz est retrouvé mort dans un parc. Pour le médecin légiste, ce décès n’est pas naturel malgré la mise en scène. Les services sociaux veulent absolument placer Charlotte chez la mère de Sandra, et un nouveau bras de fer s’engage entre Gemma et Janice Silverman, l’assistante sociale, afin que la mère de Sandra ne soit pas chargée de l’éducation de la gamine.

 

crombie.pngTout se déroule en un endroit circonscrit au nord de Whitechapel. L’enquête sur le meurtre de Naz et la disparition de Sandra ne sont qu’un fil rouge, un alibi, un prétexte presque, pour écrire des chroniques familiales. Les affres de Gemma face au mariage, ses rapports avec Duncan et ses fils, la famille loin d’être formidable de Sandra, les difficultés entre Hazel et Tim, le rejet de Melody envers ses parents et les éventuels fiancés que son père, propriétaire d’un quotidien à sensations, veut lui imposer, et bien d’autres. Mais ces chroniques n’alourdissent pas le roman, au contraire, elles l’enrobent d’une chair humaniste. Ce n’est pas un squelette mais une femme en chair façon Rubens. L’enquête autour de la mort de Naz, de la disparition de Sandra, n’en prend que plus de consistance. Et le lecteur s’invite dans cette narration, avide de découvrir, pas tant le nom du ou des meurtriers, que comment vont se dénouer tous les petits imbroglios familiaux.


Deborah CROMBIE : La loi du sang (Necessary as blood – 2010. Traduit de l’américain par Nicole Hibert). Collection Spécial Suspense. Editions Albin Michel. 430 pages. 20€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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