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19 janvier 2013 6 19 /01 /janvier /2013 13:23

Hommage à Thierry Jonquet né le 19 janvier 1954.

 

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La collection Folio a eu la bonne idée de regrouper en un seul volume quatre des romans majeurs de Thierry Jonquet dont La Bête et la Belle qui eut l’insigne privilège de porter le numéro 2000 de la Série Noire.

Je vous propose de découvrir trois de ces titres :

 

Les Orpailleurs  

Un cadavre, même abandonné dans un logement promis à la démolition, ça fait désordre. Surtout un cadavre qui gît depuis quelques semaines, se décomposant lentement mais sûrement, et dont la main droite a été tranchée. Les policiers en ont la nausée de même que Maryse Horvel, le substitut. Seul le médecin légiste trouve son compte et semble ravi d'avoir à disséquer ce corps de jeune fille qui ne sourira plus jamais. Les indices sont minces, pour ne pas dire inexistants et seul un pendentif représentant la main de la Fatma pourrait éventuellement délivrer l'identité de la jeune morte. Deux autres cadavres de jeunes femmes sont retrouvés peu de temps après, la main droite également sectionnée. Crimes de sadique, de maniaque ? Ou crimes rituels ?

Thierry Jonquet ne fait pas dans la dentelle, les lecteurs qui ont lu La Bête et la Belle ou encore Mygale le savent bien. Et à partir d'un fait divers, qui somme toute pourrait être banal, il nous entraîne plus de cinquante ans en arrière jusqu'en Pologne, sur les traces de chercheurs d'or peu ordinaires. Mais là n'est pas la seule force de ce roman. Thierry Jonquet nous propose de partager les misères et les malheurs de tout son petit monde, un peu comme Ed Mac Bain nous invitait à découvrir la vie familiale de la saga des flics du 87ème d'Isola. Les policiers et les juges ne sont pas mieux lotis que nous, et c'est justice. Au fil des pages on apprend ce qui se cache derrière la flasque de cognac que trimbale en permanence l'inspecteur Rovère et dont il abuse un peu trop parfois. Ou pourquoi Nadia Lintz, elle aussi magistrat, confrontée à des problèmes de logement parisien, a quitté Tours, sa famille et son mari. Une affaire peut en cacher une autre, c'est ce qu'apprendra à ces dépens le commissaire Sandoval. Pareils à des entractes, la parole est donnée à l'assassin, dont l'identité est préservée ainsi que ses motivations. Et l'on se demande quel peut être cet œil rouge qui le fixe tel l'œil de Caïn.

 

Mygale.

Chirurgien plasticien réputé, Richard Lafargue est un homme pervers. Il cloître dans sa maison de la banlieue parisienne une jeune femme, Eve, la soumettant au caprice d'hommes dépravés pour son seul plaisir même si cela l'incommode parfois. Lorsqu'ils se rendent dans des restaurants, dans des réceptions, ils se conduisent comme un couple normal.

Alex est une petite frappe qui après avoir réussi un braquage de banque au cours duquel un flic a été tué, s'est réfugié en Provence dans un mas prêté par un copain. Il n'a pas de nouvelles depuis quatre ans de son ami Vincent lequel lui aurait surement ‚vit‚ les bavures survenues au cours de son hold-up.

Vincent Moreau a été kidnappé sur une route de campagne par un homme qui le séquestre dans une cave. Après avoir l'avoir privé de nourritures liquides et solides son tortionnaire lui fournit peu à peu le minimum. Vincent devient sinon amoureux tout du moins reconnaissant envers cet homme qui lui apporte des vêtements, meuble son réduit, lui propose des divertissements sous forme de peinture et un piano. Puis tous les jours son kidnappeur, qu'il a surnommé Mygale, lui injecte un produit.

Obligé de quitter sa planque Alex remonte à Paris et se réfugie dans une villa. En regardant une émission à la télévision sur la chirurgie plastique, l'idée lui vient de changer de visage et d'identité et de quitter le pays. Il suit dans ses déplacements l'un des invités, le professeur Lafargue. C'est ainsi qu'il découvre que l'homme de l'art possède une fille enfermée dans un asile psychiatrique en Normandie.

La folie de sa fille Viviane est l'un des sujets de préoccupation de Lafargue. Et lorsqu'elle est en crise, il passe sa douleur en soumettant Eve à une séance de flagellation avec un des clients de sa compagne, prostituée sur rendez-vous.

Tout est ambigüité dans ce roman : ambigüité des situations, des personnages, des sentiments. En peu de pages, ce qui démontre que point n'ait besoin d'écrire un gros pavé pour construire une histoire, Thierry Jonquet nous entraîne dans un monde de folie et de vengeance. Il tisse sa trame avec une maestria digne d'un auteur aguerri, alors qu'il n'en est qu'à son cinquième roman. Ce qui lui vaudra d'être choisi pour porter les couleurs de la Série Noire avec le numéro 2000.

 

La Bête et la Belle.

Ce roman, construit à partir d’un fait divers, a eu les honneurs d’être le numéro 2000 de la Série Noire, ce qui mettait sous les projecteurs un jeune (à l’époque) auteur français débutant dans le redoutable métier d’écrivain engagé, humaniste et social. L’intrigue se révèle simple, mais pourtant efficace : L’association entre Léon, un vieux clochard, moche, sale, et le personnage principal, surnommé le Coupable, professeur dans un C.E.S., est mal vue par la femme de ce dernier. Un jour le Coupable annonce à son ami Léon qu’il s’est débarrassé de sa légitime prénommée Irène et a caché son cadavre dans le congélateur. Bientôt cet appartement, dont toutes les pièces sont envahies par un immense circuit de trains électriques et où vivent deux êtres dérangés mentalement, peu ou prou, cet appartement va devenir progressivement un entrepôt d’ordures ménagères, de sacs à poubelles en plastiques, pleins, que le Coupable entasse d’abord sur le congélateur, puis tout autour, condamnant peu à peu l’accès des pièces de l’appartement.

Cette histoire n’est pas misérabiliste, mais c’est une histoire de misérables, dans le sens hugolien, comme aimait à le déclarer Robert Soulat qui avait succédé à Marcel Duhamel à la tête de la Série Noire. Or si cette histoire, prenait sa substance dans un fait-divers, elle s’est répétée par la suite. Comme quoi, la réalité rejoint la fiction, et inversement.


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Thierry JONQUET : Les orpailleurs, Moloch, Mygale, La Bête et la Belle. Préface de Martine Laval et Patrick Bard. Collection Folio Policier N° 580. 1024 pages. 11,50€. Avril 2010.

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17 janvier 2013 4 17 /01 /janvier /2013 15:10

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Elle s’appelle Sol. Ce n’est pas son vrai nom de baptême, mais comme c’est le premier mot qu’elle a prononcé, avant même Papa ou Maman, son père a décidé que dorénavant ce serait Sol. C’est resté. Sa mère est morte en couches, son père l’a élevée jusqu’à l’âge de dix ans. Ensuite c’est une tante pochtronne qui a pris la relève. Non pas que son père en ait eu marre, mais un imbécile a trouvé de bon goût de lui planter un surin et de l’occire. Le père de Sol jouait comme contrebassiste dans un club de jazz et Sol a tout vu. Même le meurtrier. De dos, ce qui n’est pas facile pour reconnaître un visage. Juste un tatouage dans le cou, un caducée.

Sol a appris en autodidacte, en Solitaire, les bases de la musique de jazz, le jazz en sol, et même en sous-sol. Depuis elle maitrise son instrument, comme une véritable artiste. Le jazz dans l’âme et dans les doigts.

Comme elle envie d’intégrer un quartet afin de s’immiscer dans les caves des clubs de jazz, elle agresse un malheureux musicien puis se présente comme la contrebassiste salvatrice auprès d’Armand et de ses deux fils, Greg et Ellio. Au début ils ne sont guère enchantés de changer de partenaire, mais dans le club de jazz où ils se produisent, le quartet fait sensation. Surtout Sol qui élève la note. Tout le monde est subjugué, des musicos aux clients en passant par le patron.

Greg est beau gosse, et l’une des clientes l’a remarqué. Elle lui fait de l’œil, et direct la chambre de la belle dont le mari est absent. Le problème est la croix portée autour du cou par la jeune femme. Ce n’est point tant que Greg est athée, agnostique ou autre, mais cette croix est sertie de diamants. Il fauche le bijou laissant la belle éplorée. Or le mari n’est pas du tout d’accord. Pas d’accord que sa femme aille voir ailleurs ce qu’il peut lui fournir, et surtout qu’elle se soit laissée faucher la croix qui vaut son pesant de billets. D’ailleurs Greg a bien l’intention d’effectuer un échange. Le mari, qui est un mafieux, ne sans laisse pas compter, ni conter d’ailleurs. Alors il démontre à Greg qu’une lame peut faire mal, très mal.

Sol prend les choses en main, alerte un ami chirurgien qui va soigner le blessé et tant qu’à faire le venger. Hasard providentiel, lorsqu’elle investit l’appartement du cocu outragé et vindicatif, elle aperçoit une photo sur laquelle quatre hommes sont représentés, dont l’homme au caducée qu’elle recherche depuis des années.

 

Dans une ambiance très jazzy, ce roman ancré dans le SoPi (South Pigalle) est comme une plainte jouée par Chet Baker, morceau accompagné ou repris par Miles Davis, Charlie Parker, John Coltrane et Charlie Mingus. Si Witch Doctor en est le leitmotiv principal, ainsi que Summertime, pour moi il plane des images liées à Ascenseur pour l’échafaud ou As en sueur pour l’échafaud, comme vous voulez. Des périodes douces, suaves presque, suivie de frénésies, de heurts, de rages, de castagnes, enrobées de mélancolie, d’esprit de vengeance, de nostalgie.

Sol est une jeune femme au caractère bien trempé, qui maitrise les arts martiaux, ses adversaires l’apprennent à leurs dépens. Et dire que certains affirment que la musique adoucit les mœurs. Sa vie n’est vécue que pour retrouver le meurtrier de son père, quoi qu’il arrive. Parfois elle est obligée d’improviser. D’autant que les surprises ne manquent pas. Ce qui n’est pas pour déplaire au lecteur qui se laisse entraîner avec plaisir dans ce tourbillon. Seul petit bémol, l’épilogue qui semble improvisé.


Quant à la préface de Stéphane Belmondo, elle est tout simplement savoureuse !


Vous pouvez commander ce roman sur le site :

http///www.lulu.com/spotlight/Yvon et chez madame Amazon


Philippe YVON : SOL. Préface de Stéphane Belmondo. Editions Lulu.com.190 pages. 12€.

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17 janvier 2013 4 17 /01 /janvier /2013 10:57

Affiche sorgues

 

Société Littéraire de Sorgues 

(Fondée le 1 avril 1832 par Jean Joseph Ducrès)

 

 Vendredi 1er février

18 h et 21 h

18 h : Françoise Chauzat présente l’expo

« Sang d’encre,

le crime en Vaucluse au temps de la guillotine »

21 h : théâtre musical

« Un petit crime et l’addition »

10, 8 ou 5 €

 


Samedi 2 février

15h-19h et 21h-23h

Rencontres autour de la

LITTÉRATURE POLICIÈRE

 

15 h : Michel de Roy*, animation :Raymond Chabert 

16 h 30 : Patrick Bard*, animation : Roger Martin 

19 h : apéro et repas à 23 €

21 h : Film « Cassos » de Philippe Carrèse

Débat : Marc Boulanger

INSCRIPTIONau repas : Odette Lagrèze : 04.90.39.51.77

 

 LIEU : PÔLE CULTUREL, ave d’Avignon

 

Entrée libre et ouverte à tous 

rens. : 06.78.26.56.16

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* auteurs invités

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16 janvier 2013 3 16 /01 /janvier /2013 13:59

Le Diable n'est pas forcément un bon petit Diable !

 

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Journaliste, critique littéraire, il aimerait pouvoir écrire son livre. Mais l’inspiration lui fait défaut. Alors qu’il se rend en avance à un rendez-vous, son attention est attirée par une jeune femme, une belle et grande blonde, qu’il catalogue immédiatement comme originaire de l’Est. Il est subjugué. Elle est rejointe par un homme trapu, aux allures de déménageur, rouquin, un peu plus petit qu’elle. Il décide de suivre le couple disparate dans leurs pérégrinations, s’engouffrant dans des hôtels ou des restaurants à leur suite, en essayant de passer inaperçu. Le couple se sépare et sur un coup de tête il prend le rouquin, qu’il a surnommé le Moujik, en filature. Dans un restaurant le Moujik est rejoint par un autre homme, dont l’apparence est totalement dissemblable, qu’il affuble aussitôt du nom de Lord. Ils sont bientôt rejoints par une femme dont il remarque les jambes, magnifiques, et la chainette entourant une de ses chevilles. Il continue ses déambulations, puis lorsque le Moujik entre dans un hôtel de passe, non loin de Montmartre, il décide d’arrêter cette forme de quête qui pourrait être le début d’un roman, d’en constituer la trame. Lui qui croyait connaître Paris est perdu. En haut de l’escalier qui s’élève du fond d’une impasse, il se retrouve dans un petit square. Il est poursuivi par un inconnu et son roman ne sera jamais écrit. Son agresseur laisse le corps reposer en paix près du Sacré-Cœur, lui subtilisant papiers d’identité et objets personnels.

Au cinquième étage du 36 quai des Orfèvres, dans un petit bureau exigu, le chef de groupe Gorin, son adjoint Garnier et le lieutenant Pensec, nouvellement muté, entament la journée. Gorin bouscule quelque peu Pensec, afin de lui démontrer que le métier d’enquêteur n’est pas de tout repos. Ce matin, en dépouillant son courrier il avise une lettre qui lui est adressée personnellement. A l’intérieur une simple feuille de papier sur laquelle sont inscrites des litanies de numéros, suivies d’un point d’interrogation, un dessin qui pourrait représenter une tête et ce message : A toi de jouer Gorin ! Il a perdu sa mère quelques semaines auparavant, mère qu’il ne voyait guère. Depuis un an il vit avec Evelyne, quadragénaire comme lui qui se pique de découvrir, dans les romans policiers qu’elle lit, le coupable avant la solution finale. Et puis il y a son chat, Aldebert, qui a accepté qu’Evelyne partage l’appartement de son maître.

Dans un hôpital psychiatrique, un patient qui ne l’est guère, s’évade après s’être débarrassé, à l’aide d’une cuiller limée et de ses mains aussi fortes que des serres de rapaces, des infirmiers et infirmières, récupérant au passage les clés lui permettant d’ouvrir les portes d’entrée. Il franchit le mur du parc et est récupéré par une conductrice qui l’emmène dans une ferme. Dorénavant il s’appellera Faust et sa récupératrice Némésis. Après avoir dormi quelques heures, pense-t-il, il est étonné d’apprendre que trois jours se sont déroulés depuis son évasion. Et certaines affirmations de sa compagne démentent que tout ce soit passé comme il en a le souvenir. Mais il ne doit pas poser de questions, seulement lui obéir.

Le corps décapité d’un probable SDF vient d’être découvert sur l’ile aux Cygnes, où est érigée la réplique de la statue de la liberté. Ce ne serait qu’un meurtre de plus, si un papier ne gisait près du corps avec l’inscription suivante : Salut Gorin ! T’as le bonjour de Faust !

L’homme retrouvé dans le square est identifié grâce au rédacteur en chef du magazine pour lequel il effectuait des piges. Un critique littéraire, du nom d’Antoine Louvain, un chroniqueur peu apprécié de ses collègues et encore moins des écrivains, mais pas de quoi justifier un meurtre.

Vadim, le Moujik, un ancien du FSB, émanation du KGB après la chute du mur de Berlin, est en Sibérie, dans une petite ville frontière qui borde le fleuve Amour. Il effectue, en compagnie d’un autre membre du FSB, un passage en Chine mais le contact qu’il doit avoir avec une commerçante, une couverture, s’avère périlleux.

Laure Antonelli, l’ex-compagne du commandant Gorin, émargeant aux services de la DCRI, se rend au 36 Quai des Orfèvres afin de régler une affaire, or en regardant un panneau d’affichage, elle reconnait le portrait de Vadim qui est recherché. Grâce à différents éléments dont les traces de sa carte bleue et d’enregistrements vidéo, Gorin et ses hommes ont réussi à remonter le parcours emprunté par Louvain. Et à remarquer que le journaliste suivait l’homme dont le portrait est affiché. Laure ne dit rien mais n’en pense pas moins. Car Vadim, elle connait, et qu’il soit recherché l’inquiète. Ce qui n’empêche pas la policière de masquer ses sentiments et de repartir, après avoir discuté avec Gorin, perchée sur ses magnifiques jambes dont une des chevilles est ornée d’une chainette.

D’autres décapitation suivent, avec toujours un petit mot adressé au commandant Gorin. Celui-ci, persuadé qu’il est personnellement impliqué dans ces meurtres, concentre ses efforts à la recherche du dénommé Faust, négligeant quelque peu l’enquête sur la mort du critique littéraire. En effet les lieux où sont découverts les décapités le ramènent à des réminiscences concernant sa jeunesse. L’île aux Cygnes où il aimait jouer avec ses compagnons d’enfance. Les corps ont tous été retrouvés à des endroits ayant un rapport à cette île aux Cygnes.

 

Ce roman propose trois niveaux de lecture : d’abord une enquête classique, qui devient roman d’aventures à connotation thriller, et enfin la dernière partie est saupoudrée d’un soupçon d’espionnage ou de contre espionnage dans une ambiance exotique. Deux histoires, deux intrigues, deux affaires qui se télescopent avec pour dénominateur commun Laura Antonelli. En effet au départ l’enquête est axée sur la découverte d’un homme retrouvé la mort dans un petit square parisien méconnu. Cela aurait presque pu suffire pour alimenter la trame d’un petit roman. L’affaire des têtes coupées lui donne plus de force, plus d’épaisseur, de consistance, car tout repose sur la vengeance d’une femme. Et cette vengeance n’est pas anodine, puisant son origine dans une vexation provenant de Gorin. Or cette humiliation, elle ne l’a jamais enfouie dans sa mémoire, au contraire, l’entretenant avec hargne, avec machiavélisme, avec diablerie. Avec cette rancœur propre à ceux qui ont été blessés dans leur amour-propre mais qui possèdent une force de caractère leur insufflant le désir de représailles. Quelles qu’en soient les conséquences, quelle qu’en soit la façon de procéder, quelles qu’en soient les dommages collatéraux.

La lecture d’un court passage, qui tient en quelques lignes, voire en quelques paragraphes, qui pourrait n’être qu’une brève passée inaperçue dans un journal, m’a amené à me poser cette question : tous les nobélisés peuvent-ils revendiquer, sans rougir, la paternité de leurs recherches ?

L’épilogue de ce roman se clôt sur une fin ouverte. L’histoire se termine avec ses réponses certes, mais il existe un petit manque concernant la vie privée de Gorin, ce qui peut conduire l’auteur à rédiger un nouveau roman ayant comme point de départ ce manque.


Comme deux avis valent mieux qu'un, je vous propose de pointer le curseur de votre souris sur Action-Suspense ainsi que chez Marine


Franck HERIOT : Le Diable d’abord. Thriller. Editions du Cherche-Midi. 432 pages. 19€.

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16 janvier 2013 3 16 /01 /janvier /2013 06:49

Après Dame de Pique, Dame de Carreau et Dame de cœur, Alexis Lecaye abat sa dernière carte et complète son carré gagnant avec Dame de trèfle.

 

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Lorsqu’elle aperçoit deux hommes, à travers la vitrine du magasin parisien où elle officie en tant que caissière, sortir d’une camionnette de l’autre côté de la rue et qu’elle les reconnait, Camille est prise de panique. Il lui faut absolument leur échapper. Elle passe par l’arrière du magasin et convainc une automobiliste qui passe de la prendre en charge. Après lui avoir écrit sur un bout de papier les numéros de téléphone de ses enfants et d’un avocat, elle descend du véhicule et court vers une petite rue qui mène à un pont. Mais les deux hommes l’ont repérée et son corps est retrouvé le lendemain matin entre deux bennes sur la chaussée de l’autre côté du pont. Elle est mal en point mais vivante.

Le commissaire Martin de la Criminelle et son équipe sont chargés de l’enquête, et ils relèvent quelques anomalies en compagnie des membres de l’identité judiciaire. Tout de suite la thèse du suicide est écartée. La jeune femme est emmenée à l’hôpital Saint Antoine et mise en coma artificiel. Sur place les premiers examens supposent qu’elle serait tombée sur quelque chose qui aurait été déplacé par la suite et subtilisé, et l’ADN des taches de sang qui stagnaient près du corps laissent à penser qu’elles proviennent d’un individu possédant un proche lien de parenté avec la victime.

Armony, la femme qui a été abordée par Camille, travaille dans un peep-show et elle ne sait que faire du papier de sa passagère d’un moment. Elle le jette mais prise de remord elle veut le récupérer. Celui-ci a disparu, heureusement elle possède une mémoire des chiffres phénoménale et elle se présente à la police. Seulement elle tombe sur un policier borné qui la met en garde à vue. Lorsque Martin apprend cette bavure, car il s’agit bien d’une bavure, il essaie d’amadouer Armony. Ce qu’il ignore, c’est que l’un des hommes, un Canadien, qui pourchassait Camille est sur les traces d’Armony afin de juguler ses initiatives d’aider à retrouver la jeune femme. Pendant ce temps les deux enfants de Camille attendent le retour de leur mère.

Martin, même s’il essaie de ne pas mélanger vie professionnelle et vie familiale, va se trouver confronté à un problème qui le perturbera tout le long du bon déroulement de son enquête. Il se réveille dans un lit qui n’est pas le sien, dans une pièce et auprès d’une femme qu’il ne connait pas. Une amnésie partielle, et tout ça à cause d’un petit bonhomme vert, alors qu’il venait d’apercevoir son ancienne compagne Marion en voiture, son fils à l’arrière du véhicule. Cette liaison d’une soirée interfère dans sa vie professionnelle et lui occasionnera même quelques désagréments corporels de la part d’un individu qui se sait ou se croit tout puissant.

Ce nouveau roman d’Alexis Lecaye, qui revient progressivement à la littérature après avoir durant des années sacrifié au mythe de Julie Lescaut, ne s’inscrit donc pas comme une banale enquête. Découvrir qui a poussé Camille par-dessus le parapet d’un pont, rechercher son identité, le lieu de son domicile et de ses enfants, traquer cet homme qui bientôt se mettra en travers de la route de Martin et de son équipe, ce Canadien qui dirige sous couvert d’une entreprise une secte particulière, l’apport non négligeable d’Armony et de Ludo la patronne du peep-show, plus quelques autres figures dont l’ex-femme de Martin, sa fille et son ex-compagne, apporte le petit plus qui enrichit en humanité cette histoire poignante et émouvante. D’autant que de courts intermèdes donnent la parole à la fille aînée de Camille, qui doit se substituer à sa mère auprès de son petit frère et des tâches ménagères.

dame-trefle2.gifLa course contre la montre engagée à la recherche du Canadien, un manipulateur qui possède plusieurs cordes à son arc et des identités qu’il endosse comme un illusionniste, est vécue par le lecteur spectateur comme s’il participe activement à l’enquête. Car il est informé des différents rebondissements, en direct, des informations auxquelles les policiers n’auront accès que progressivement. Soit par intuition, soit grâce aux méthodes rigoureuses de Bélier, la responsable de l’Identité judiciaire, sans oublier les apports fournis par une inspectrice de l’IGS, une ancienne collègue de Martin. Un livre haletant que le lecteur dévore tout en ayant une impression de réminiscence d’un fait-divers, pas aussi tragique heureusement, qui s’est déroulé il y a quelques années entre la France et le Canada.

Citation : Ce flic, c’était la connerie administrative à l’état pur. Il y en avait beaucoup comme lui, de plus en plus, mal formés, dont les motivations étaient dès le départ plus que suspectes, et une fois leurs examens au rabais passés, leur fonction leur donnait un pouvoir de nuisance sans rapport avec leurs capacités.


A lire du même auteur :  Loup y es-tu ? ainsi qu'un  entretien rapide.


Alexis LECAYE : Dame de trèfle. (Réédition du Masque Grands Formats). Le Masque Poche. 452 pages. 6,90€.

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15 janvier 2013 2 15 /01 /janvier /2013 10:43

Territoires Polar.

 

Polars en Midi Pyrénées.

 

territoires polar

 

Jean-Pierre Vedel a réalisé pour la télévision une série consacrée au Polar dans différentes régions françaises. Le premier téléfilm sera diffusé sur France 3 Midi-Pyrénées, Languedoc-Roussillon et Aquitaine le 19 janvier à 15h30 et sur France 3 Midi-Pyrénées, Languedoc-Roussillon, Aquitaine et Limousin Poitou-Charentes le 22 janvier à 8h50. D’autres téléfilms seront proposés ensuite sur d’autres régions françaises dont la Normandie.

 

Une production INA avec la participation de France Télévisions.

 

 Avant-propos de Jean Pierre Vedel

Les polars parlent des gens qui vivent, là, ici et maintenant : une population, celle d’une ville, d’un village, d’un milieu. Ils parlent de nous, ils nous parlent.

J’ai voulu mettre en valeur ce regard de proximité, cette approche concrète du territoire, ce désir de réalité qui traverse la fiction du polar et le rend indissociable du lieu même où l’intrigue se déroule, un lieu concret, unique, incontournable.

J’ai filmé le pays comme un personnage, beau mais fourbe, où la lumière cache l’ombre et la violence. Les coins glissants, trop sombres, les marécages, les gouffres…tous jouent leur rôle dans cette histoire.

J’ai filmé les écrivains, qui nous donnent les clés du pays tel qu’ils le vivent ou le rêvent.

J’ai filmé Polars en Midi Pyrénées avec l’idée qu’il fallait qu’entre mes images comme entre leurs lignes on devine le pays, « ici et maintenant ». Car le polar est le nouveau roman social. Balzac, Zola, Victor Hugo seraient aujourd’hui publiés dans la Série Noire.

 

Le documentaire est là, entre les lignes des polars.

Polars en Midi-Pyrénées

Du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, les régions se racontaient hier à travers les contes et les légendes populaires. Aujourd’hui, elles se racontent par le polar.

Ce polar documentaire s’attache à retrouver le vent d’espoir et de tempête qui souffle sur le Larzac où un braquage tourne mal, le grand vide après l’explosion d’AZF, un petit village sur l’Ariège devenu terre d’asile pour un écrivain venu d’ailleurs, l’affaire Allègre à Toulouse, des enfants traqués dans la montagne…des histoires vraies ou fantasmées qui nourrissent la fiction.

Benoit Séverac part à la rencontre de ceux qui ont écrit sur leur pays, sur les faits divers ou des intrigues inventées que cet environnement leur a inspiré.

On découvre comment Yves Frémion a fait entrer dans la légende Pierre Conty, passé de hippie lambda à ennemi numéro 1 en quelques heures, et pourquoi Eric Cherrière et Pascal Dessaint ont choisi de s’inspirer d’un malheur ancré dans la conscience collective, comme l’affaire Alègre ou l’explosion d’AZF, pour écrire un roman noir emprunt d’une émotion particulière.

Mouloud Akkouche et Bernard Minier nous confierons que pour eux, écrire sur une région dédiée ne veut pas forcément dire y être né ou y vivre encore…

Benoit Séverac étant notre passeur de film, il était naturel de rencontrer au autre passeur, Claude Mesplède, auteur du Dictionnaire des littératures policières, véritable « mémoire du roman policier français ».

 

« Chaque région a sa particularité […] elle a son plat et sa chanson. La notre a le cassoulet et Nougaro mais elle a aussi son polar. »

Benoit Séverac

 

Grâce à la TNT, l’auteur nous affirme que tout un chacun peut visionner ces films sans problème. Alors si cela vous dit… et n’hésitez pas à en parler autour de vous ! 

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13 janvier 2013 7 13 /01 /janvier /2013 13:59

Belles rencontres à Bon-Encontre

 

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La 8ème édition de Polar'Encontre, parrainée par Romain Slocombe (lauréat 2012), aura lieu les 16 et 17 février 2013.

Le programme détaillé des réjouissances est en pièce jointe ci-dessous. L'affiche est Jean-Christophe Chauzy(lauréat 2012).

 

Les invités de cette nouvelle édition sont:

Jean-Michel Armand, Claudine Aubrun, Elena Arseneva , Ingrid Astier, Caryl Férey, Marin Ledun, Elsa Marpeau, Claude Mesplède, Aurélien Molas, Naïri Nahapetian , Sylvie Rouch, Romain Slocombe, Ludo Sterman , Marc Villard.

 

La sélection pour l'attribution du prix calibre 47

Angle mort, Ingrid Astier (Gallimard, Série Noire)

Dans le ventre des mères, Marin Ledun (Ombres Noires)

Dernier refrain à Ispahan de Naïri Nahapétian (Liana Levi)

Dernier shoot pour l’Enfer, Ludo Sterman (Fayard Noir)

Les Fantômes du Delta, Aurélien Molas (Albin Michel)

Mapuche, Caryl Férey (Gallimard, Série Noire)

 

Invités Bandes Dessinées

Laurent Astier, Boris Beuzelin, Laurent Bonneau, Cécil, Jean-Christophe Chauzy, Nicolas Duchêne, Frisco, Lionel Marty, Viviane Nicaise, Nicoby, Stéphane Perger, Jean-Philippe Peyraud

 

La sélection pour le prix BD Polar'Encontre :

"Mako", de Boris Beuzelin (Glénat)

"Holmes", tomes 1-2-3, de Cecil (Futuropolis)

"BIG K" tome 1, de Nicolas Duchêne (Casterman)

"Interpol-Mexico", de Lionel Marty (Dupuis)

"20 ans ferme", de Nicoby (Futuropolis)

"Scotland Yard", de Stéphane Perger (Soleil)

 

Le prix Plumes Noires, en partenariat avec le quotidien Sud-Ouest, sera décerné au lauréat du concours de nouvelles des lycéens (huit classes participantes soit environ trois cents élèves).

 

Toute l’équipe sur le pont dès les lundi 14 janvier et mardi 15 janvier 2013 pour accueillir Ludo Sterman qui interviendra auprès des étudiants de l'université Sud Managment et des lycéens lors des journées De Baudre (Lycée d'Agen).

Le 14 février à 19H, Caryl Ferey sera présent à la médiathèque pour échanger avec le public autour de son œuvre et de son métier d’écrivain.

 

DepliantsPolarEncontre2013-2

 

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12 janvier 2013 6 12 /01 /janvier /2013 07:40

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Quatorze nouvelles composent ce recueil, quatorze nouvelles tout en finesse qui nous emmènent sur les traces des fantastiqueurs opérant dans un registre proche du style de Sheridan Le Fanu, Charles Nodier, Dumas, Féval, Maupassant ou Mérimée et autres, lesquels privilégiaient le suggestif feutré à des descriptions grandiloquentes.

Ainsi il faut attendre l’épilogue de la première nouvelle, Les trois sœurs, pour se rendre compte que l’on est plongé dans un univers onirique. Trois sœurs sur un banc, aussi dissemblables les unes des autres que les Pieds Nickelés, assises sur un banc et regardant les gens passer. Trois Parques examinant les allées et venues le soir des touristes le soir, des vivants qui ne savent pas que leur destin va basculer.

Dans Le nom caché, une jeune mère solitaire, une châtelaine parturiente primipare ne veut pas que son enfant sorte de son ventre. Puis quand la nature a accompli son œuvre, elle ne veut pas donner un nom à son nouveau-né. Elle est veuve, le père ne reviendra plus jamais, alors pourquoi perpétuer le souvenir en accolant un nom à ce fils qui ne connaitra jamais son géniteur. Elle passe son temps à scruter la lisière de la forêt puis regagne le château la nuit tombée.

L’allée met en scène tout comme dans Les trois sœurs, trois vieilles femmes également sœurs, qui vivent non loin du village. Mais vit également un écrivain, dont l’inspiration est bloquée. Sa maisonnette est en lisière de la forêt, bordant l’allée qui va recevoir des stands, de simples tréteaux qui accueilleront les ouvrages des écrivains venus dédicacer leurs œuvres.

Des paysans bornés qui ne savent ni lire ni écrire mais prompts à interpréter les signes de la nature, à les déformer, par jeu, par vengeance, par méchanceté, traquent La Recluse. Ils ont poursuivi, attrapé, mis en cage de pierre, une jeune fille qu’ils ont baptisée sorcière. Mais celle-ci leur réserve une surprise.

Anne Morin plante un décor résolument pastoral, souvent dans l’Aveyron, dans lequel la forêt, la campagne, la nature jouent un rôle prépondérant. Avec des châteaux médiévaux, de petits villages en toile de fond, ou faisant partie prenante du récit. La dualité prend aussi une place prépondérante comme dans Arte, avec deux reproductions de tableaux, la Judith d’Artemisia Gentileschi et la Judith du Caravage. Dualité encore dans M. ou la vie manquée, histoire de la maitresse et de sa servante qui possèdent de nombreux points communs.

Des histoires qui flirtent avec l’incertitude et son contraire, avec espérance er désespérance, toujours cette dualité qui s’inscrit dans une quotidienneté normale, ou presque, une dualité qui s’exprime entre hier et aujourd’hui. Un fantastique délicat.

Retrouvez toutes les publications des Editions de la Clef d'argent sur  leur site.
Anne MORIN : La vie tranchée. Recueil de Nouvelles. Collection KholekTh N°20 ; éditions La Clef d’Argent. 126 pages. 10€.

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11 janvier 2013 5 11 /01 /janvier /2013 06:44

Toute connotation sexuelle est à exclure !

 

petite porte


« De ma vie, je n’ai connu que deux femmes que j’ai eu la bonne fortune de considérer comme des dames. Amalia est la seconde. Mais il se trouve qu’elle est noire, Félix, et parce qu’elle est noire, elle n’entrera jamais par cette porte. Pas tant que je serais vivant. Parce que, vois-tu Félix, je n’ai pas écrit les règles. Je les ai trouvées en naissant, et je les laisserai en mourant. On les changera, bien sûr ; on les changera, et bientôt, j’espère. Mais ce ne sera pas moi qui les changerai ».

Ainsi s’exprime Frank Laurent, le maître du domaine où poussent maïs, coton, canne à sucre et autres plantes du Sud, s’adressant à Félix son vieux serviteur qui passe ses journées à limer, à aiguiser, à affuter les outils agraires. La porte, c’est la grande porte, la porte d’entrée officielle, réservée aux invités, aux Blancs. Les autres doivent emprunter la petite porte, celle dite de service, réservée aux fournisseurs, aux ouvriers agricoles, aux serviteurs, et même à ceux qui sont issus de relations entre une esclave ou une affranchie et le propriétaire de l’exploitation.

Et Franck, le Maître, refuse non pas de recevoir Copper, le métis, mais il lui interdit de passer par la grande porte. Après des années vécues loin du domaine, Copper revient dans la plantation où il est né et il argue de son bon droit : n’est-il pas le fils de Walter Laurent, le neveu de Franck Laurent ? Une filiation que revendique Copper qui veut qu’on l’appelle Général Christian Laurent, et qui inspecte les végétaux qui poussent sur les terres. Franck n’en démord pas et envoie des hommes afin de mettre à la raison son neveu.

Un bras de fer s’engage entre les deux hommes, chacun se retranchant derrière son bon droit, l’un ayant la loi, le droit séculier pour lui, même s’il regrette une législation obsolète, l’autre arguant de sa filiation même si sa couleur de peau n’est pas celle du maître. Un bras de fer entre deux hommes fiers de leurs origines et qui n’en démordent pas d’un iota. L’orgueil prévaut et nul ne veut céder, même si Frank Laurent implicitement se rend compte qu’il est assujetti à une règle injuste à laquelle il ne veut pas déroger.

Et c’est toute la ségrégation raciale entre Blancs et Noirs, réduite à deux hommes qui s’affrontent, qui est ici mise en exergue sans jugement de la part de l’auteur. Ernest J. Gaines se contente de décrire une situation, sans violence, sans acrimonie, mais avec force. Un court roman qui n’est pas une revendication, mais comme la photographie de la ségrégation raciale, une condition navrante qui perdure malgré toutes les déclarations démagogiques d’hommes politiques (pas tous heureusement) qui raisonnent en être supérieurs et êtres inférieurs.

Si Ernest J. Gaines, qui a été surnommé le Faulkner noir, plante le décor de ses romans dans le Sud, la Louisiane, chez les Cajuns dans la ville fictive de Bayonne non loin de Bâton-Rouge, dans une période qui oscille entre les années 30 et 70, ce n’est pas par hasard. Lui-même est issu de cette région et a vécu de près ou de loin les scènes décrites, ramassant à neuf ans des pommes de terre dans une plantation, et sa mère repartant aux champs seulement deux ou trois jours après sa naissance, car la saison de la canne à sucre battait son plein. Personnellement je le rapprocherais plus d’Erskine Caldwell, l’auteur entre autre de « Le p’tit arpent du Bon Dieu » et « La route au tabac », avec une sobriété efficace de l’écriture. Mais quel que soit l’auteur auquel on pourrait le comparer, Ernest J. Gaines est et reste Ernest J. Gaines.


A lire du même auteur :  Colère en Louisiane.


Ernest J. GAINES : Par la petite porte (Bloodline – 1976 ; Traduit de l’américain par Michelle Herpe-Voslinsky). Collection Piccolo 71 ; Editions Liana Lévi. 112 pages. 6,10€.

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10 janvier 2013 4 10 /01 /janvier /2013 14:28

Moi, j'aime pas le chaos, mais l'ordre oui  !

 

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On peut très bien être atteint d’un cancer incurable et foudroyant et ne pas en mourir.

Le docteur Mignaud, parvenu à l’âge de la retraite et atteint d’un cancer incurable, et sa fille Nathalie passionnée par l’Egypte, doivent participer à un dîner d’affaires en compagnie de Simon Carpentier, vingt ans de plus que la jeune femme. Nathalie espère l’épouser mais Simon est réticent, tout comme le docteur. Simon est en retard au repas, mais le principal intéressé, Franck Matthieu de la banque privée Victoria, est lui bien présent. C’est leur première rencontre, malgré que le compte bancaire soit ouvert depuis plus de quinze ans. Le docteur et sa fille apprennent avec stupéfaction qu’ils sont en possession d’un compte bancaire d’un montant de vingt millions d’euros. A l’origine il n’était que de quatre, soit une belle progression inespérée. En effet, ce compte est composé de valeurs pétrolières, une fortune confiée par la mère de Nathalie. Nathalie doit entrer en possession de ce pactole le soir même.

C’est le soir des révélations. La mère de Nathalie n’est pas décédée comme elle le croyait depuis des années, mais incarcérée aux USA pour meurtre. Le docteur Mignaud était rentré avec sa fille en France peu après que sa femme ait défenestré son amant, ou supposé amant. John Terry, spécialiste des marchés financiers était associé avec Cécile la femme du docteur Mignaud. Sur ses conseils elle avait ouvert un compte en 1990, dans l’agence de la banque Victoria de Los Angeles, avec dix mille dollars. Depuis cette somme a proliféré, selon des ordres de bourse édictés quinze ans auparavant. La mort par défenestration de John Terry est une énigme. Pourtant Cécile n’a rien fait pour se disculper, déclarant uniquement à son mari, avant d’être envoyée en prison, Je t’aime, je n’ai pas eu le choix.

Simon arrive enfin, en retard, ce qui n’empêche en rien le docteur de converser avec le banquier. C’est ainsi que sont évoquées les jeunes années californiennes de Nathalie, son amour du dessin, et ses représentations sur papier d’êtres humains placés de profil, le tout accompagné de légendes ressemblant à des hiéroglyphes. Simon avait promis à Cécile de veiller sur Nathalie et si Mathieu a été choisi c’est grâce à un mémoire qu’il a écrit lors de la fin de ses études. Nathalie porte en sautoir une clé qui pourrait ouvrir un coffre bancaire. Nathalie préfère rester avec Simon afin de mettre ses idées au clair, ainsi que Franck, tandis que le docteur décide de rentrer chez lui.

 

Pendant ce temps, à Londres, dans un service officieux des renseignements britanniques, le PSY 7, c’est l’effervescence. Le PSY 7 est une agence en marge des services officiels dont le personnel restreint est issu du privé et qui est dirigé par le colonel Monroe. Un message électronique avec en en-tête 37 -29 Fructidor, envoyé par un correspondant français anonyme, est adressé à un homme d’affaires d’origine égyptienne, soupçonné appartenir à un réseau islamiste.

L’homme, nommé Benjani, est à la tête d’une fortune estimée à cent millions de livres sterlings, provenant de transactions et de surfacturations. Il gère des sociétés pétrolières de petites tailles mais dont l’emplacement est stratégique. Ancien enseignant dans une école privée religieuse, copte et gnostique. Or les coptes sont chrétiens, ce qui est à-priori une anomalie, ceux-ci ne commerçant pas avec des musulmans. Monroe envoie Julie, un de ses agents, lesquels possèdent tous des attributions particulières, en Egypte. Elle est accompagnée par un militaire et doit être réceptionnée par le colonel Masri.

 

Alors que le docteur veut démarrer sa voiture, celle-ci explose. Le commissaire Dupuis, du XVIIe arrondissement, alerté par la déflagration, pense immédiatement à un attentat terroriste. Dans le restaurant, Franck prend les choses en main. Simon, blessé, est emmené à l’hôpital tandis que Nathalie est confiée à l’infirmerie du commissariat. Dupuis révise son jugement, et interroge la jeune femme ainsi que Franck qui l’accompagne. C’était bien le docteur Mignaud qui était visé ainsi que Nathalie.

 

Benisad, le bras armé de l’Ordre du Temple, est désolé d’avoir raté en partie sa mission. Seul le toubib est décédé alors que Nathalie était elle aussi visée. L’ordre du Temple est une faction secrète de la Franc-maçonnerie, mais dont les tentacules se prolongent aussi bien en Europe, qu’au Moyen Orient ou aux USA.

 

Or justement c’est cet aspect qui interloque le colonel Monroe qui décide d’envoyer deux agents à Paris, surtout lorsqu’il apprend l’attentat perpétré envers le docteur. Au Caire Julie elle aussi se rend compte qu’il y a conjonction avec la Franc-maçonnerie, découvrant des textes écrit en langage ancien que nul ne peut décrypter. A l’école copte où ils se sont rendus ils échappent miraculeusement à une fusillade. A Paris Franck et Nathalie, échappant aux policiers, découvrent les fameux dessins cachés chez Simon. Ils parviennent une fois de plus à filer à la barbe et au nez des policiers. Un lien parental entre Nathalie et le général Desaix qui a créé l’Institut d’Egypte et découvreur de la pierre de Rosette. Aux USA, le responsable de la CIA, Bob Kenwell, alerté par l’attentat, est prévenu que deux autres agents du SPY 7 se rendent sur le territoire américain. Les ordinateurs sont piégés par des virus ou des bombes. Des meurtres ponctuent les différentes enquêtes.

 

Bavardages et papotages sont les deux mamelles qui alimentent ce roman qui pourtant possède parfois certaines fulgurances. L’histoire se décline entre le vendredi à partir de 17 heures et le lundi 7 heures. Elle est entrecoupée par des intrusions dans l’antiquité égyptienne, à Thèbes, au temps de Néfertari. La partie thriller est vivante, mais celle consacrée à l’ésotérisme se traîne quelque peu en longueur. Outre la Franc-maçonnerie, ou tout au moins la partie secte secrète, dont la devise est Ordo ab chao (ordre et chaos), référence est faite à Eleusis, école initiatique de la Grèce antique et dont le but était d’intégrer les hautes fonctions de l’état, devenant le vivier des hommes d’état de l’époque. Or il est démontré que tous les gouvernements sont gangrenés par des pions mangeant dans la main des responsables de cette secte. Qui plus est, ces personnages mystérieux, Monroe et Dupuis l’apprendront avec stupeur, sont des hommes âgés, centenaires et plus, alertes, à l’intelligence acérée, vive, et au physique dénué d’handicap lié à la sénilité. Une résurgence du mythe de l’immortalité du comte de Saint-Germain. Les protagonistes sont transcendés par cette enquête, à l’instar du banquier Franck Mathieu, qui vivotait tranquillement, et devient un individu n’ayant pas froid aux yeux, se montrant volontaire, transformé par l’enjeu et la belle Nathalie.

Je dois avouer que par deux fois, j’avais entamé ce roman, avant de le reposer vers la page 200. Et puis, titillé par l’histoire, et désireux d’en connaitre la trame jusqu’au bout, je m’y suis attelé avec obstination, me forçant parfois à continuer. Certains passages m’ont paru inutiles, mais d’autres se sont révélés passionnants. Alors, de mon simple avis de lecteur, je crois que ce roman aurait mérité d’être dégraissé. Mais les passionnés d’ésotérisme y trouveront largement leur compte.

 

 

Orson SINEDY : Ordo ab Chao. Editions Pascal Galodé. 700 pages. 24,90€.

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