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29 septembre 2012 6 29 /09 /septembre /2012 15:04

La nuit des temps ou la nuit détend ?


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En mission dans l’Antarctique, le professeur Simon et ses collègues testent un nouvel appareil destiné à sonder les profondeurs, tout en sachant qu’ils ne vont trouver que de la glace, encore de la glace, toujours de la glace et peut-être des rochers enfouis tout en dessous. Un sondeur révolutionnaire qui prouve son efficacité lorsque l’un des scientifiques croit percevoir un bruit. Bientôt les glaciologues sont édifiés, un son régulier leur parvient. Et il ne s’agit pas d’une erreur car les autres appareils de sondage détectent les mêmes anomalies au même endroit. Les graphiques analysés détaillent une sorte d’escalier qui s’enfoncerait sous terre, ou plutôt sous glace. Et lors des premiers forages entrepris, l’existence d’un escalier est avérée.

De nombreux scientifiques de toutes les nationalités, américaines, russes, européennes, japonaises, rejoignent la petite équipe dirigée par le professeur Simon. Une traductrice informatique sophistiquée est mise à leur disposition afin que tous puissent se comprendre sans problème. Une traduction simultanée quasi parfaite. D’autres appareils à la pointe des progrès scientifiques relaient leurs travaux et leur avancée sous les glaces, dont des satellites qui diffusent en direct sur toutes les télévisions du monde. Le commun des mortels a accès à l’information.

Bientôt les glaciologues et leurs collègues arrivent dans des salles qui dénotent qu’une vie avant la vie a existé. Leur surprise, leur étonnement est porté au summum lorsqu’ils se retrouvent devant une sorte d’œuf immense, réalisé dans une matière qui est de l’or pur. A l’intérieur deux coffres, semblables à des cercueils, ce qu’ils sont d’ailleurs, contenant deux corps humains plongés dans une hibernation datant, les instruments sont formels, de 900 000 ans !

Je passe sur quelques détails techniques, qui par ailleurs ne sont en aucun cas rebutants mais un peu long à décrire, pour arriver à l’objet de cette découverte. Un homme et une femme. C’est alors que les scientifiques commentent une erreur.

Ils parviennent à réveiller la femme et apprennent qu’elle se nomme Eléa. Elle parle un langage inconnu mais la Traductrice parvient à décrypter des bribes puis à s’approprier le vocabulaire de cette représentante d’un pays nommé Gondawar. Et peu à peu ils vont apprendre l’histoire de ce pays et ce qui est arrivé.

 

Ce roman a été écrit en 1966 et il est amusant de voir que certains événements développés dans ce livre se déroulent peu après, comme la révolte des étudiants. Dans quelles circonstances, vous me permettrez d’être discret et de pas les dévoiler. Sans être un visionnaire, René Barjavel, tout comme Jules Verne en son temps, anticipe des progrès techniques qui aujourd’hui peuvent être assimilés à ce que nous connaissons aujourd’hui. Les satellites relais pour la diffusion de programmes télévisés, par exemple. Des clés magnétiques personnalisées permettant non seulement d’ouvrir des portes, mais de servir comme moyen de paiement et détenir des informations sur son propriétaire, ce qui équivaut à un combiné entre la clé USB et la carte-bleue. Plus quelques autres bricoles à découvrir dans ce roman.

Cinq ans avant la publication en 1973 de Quand la Chine s’éveillera d’Alain Peyrefitte, René Barjavel écrit : Les gouvernements des pays riches s’étaient mis d’accord, en dehors des Nations Unies, pour protéger malgré eux les savants et leur merveilleux et menaçant trésor, contre un raid possible du plus puissant des pays pauvres, dont la population venait de dépasser le milliard.

René Barjavel revisite quelques mythes comme ceux de Roméo et Juliette et l’Atlantide, mais l’on pourrait se demander si Edouard Molinaro ne s’est pas légèrement inspiré du début du roman pour son film Hibernatus mais celui-ci était une adaptation d’une pièce de théâtre écrite par Jean Bernard-Luc en 1957.

Ce roman dépasse le cadre strict de la science-fiction, ou plutôt de l’anticipation, pour mêler plusieurs thèmes qui se marient avec minutie : la chronique scientifique évidemment, mais également une double histoire d’amour et l’aventure exotique, dans le sens de l'insolite géographique, ethnologique et culturel, dans une partie du monde peu souvent visitée, le grand Sud glaciaire. Le seul point que René Barjavel n’avait pas imaginé à l’époque est la fonte des calottes glaciaires, or l’intrigue de ce roman se déroule à une période indéterminée que l’on pourrait situer au milieu du XXIème siècle, et l’on ne sait si cette histoire pourrait réellement se dérouler dans les mêmes conditions à cause de cette dégradation.

 

Du même auteur les éditions Pocket viennent de rééditer : Les chemins de Katmandou et Les dames à la licorne, roman co-écrit avec Olenka de Veer.


BARJAVEL : La nuit des temps. Editions Pocket N°812. 416 pages. 7,20€.

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29 septembre 2012 6 29 /09 /septembre /2012 09:30

Comme les petits soldats du même nom...


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A trois mois de la retraite, le commissaire Gallois qui a été parachuté à Calais, est devenu un homme aigri. Nous sommes en 1965 et comme il est d’origine pied noir il n’accepte pas d’avoir été rapatrié en métropole. Dans le Nord de la France qui plus est. Il aurait été muté dans le Sud, ses sentiments auraient été les mêmes mais il ne veut pas se l’avouer.

C’est dans ce contexte qu’une enquête va l’accaparer et lui permettre de mettre en avant son esprit calculateur, manipulateur, jouant avec ses interlocuteurs comme s’il participait à un tournoi de jeu d’échecs mental, des joutes verbales qui déstabilisent tous ceux auprès desquels il est amené à converser.

Dans une cour retirée d’un café, un gallodrome, où se déroule un combat de coq, Pigeon, un habitué, est retrouvé poignardé ainsi que son gallinacé, et la main du cadavre humain tient une figurine en plomb, réplique d’un poilu fabriqué par Mignot, un spécialiste dont les œuvres sont cotées auprès des collectionneurs. L’arme, de valeur elle aussi, est un couteau pour découper le gigot en argent. Pour Gallois, l’assassin n’est pas un simple péquin, mais il est à chercher du côté des notables de la ville. Il le démontre brillamment auprès du chargé de mission du sous-préfet.

P’tit Bosco, qui doit son surnom à sa bosse, déclenche un charivari monstre dans le bar. Sa Marinette vient de le quitter et, complètement ivre, il accuse le défunt, dont il ignore la mort, de le cocufier. Sa certitude, il la tient d’un soit disant ami qui aurait colporté un ragot. Alors en colère il aurait tabassé Marinette avant qu’elle s’enfuie et qu’il noie sa rage dans l’alcool. Il est embarqué au poste de police mais Gallois pressent que le coupable est ailleurs.

Une deuxième victime est découverte, la sœur de Pigeon, abattue par une arme à feu. Sur les lieux du massacre une autre figurine en plomb est retrouvée de même que l’arme du crime : un fusil Granger, arme de collectionneur. Les crimes de sang s’enchainent, Gallois persiste dans son idée. Julie Pilowski, journaliste pleine d’avenir, mène sa propre enquête, et les papiers qu’elle écrit n’ont pas forcément l’heur de plaire dont notamment à sa direction. Faut que le journal se vende, alors elle est obligée de se plier aux désidératas de Gallois et de sa hiérarchie. Si P’tit Bosco est dans la ligne de mire de Gallois, un autre personnage l’est aussi, Dalquin, brocanteur, qui aurait pu détenir dans le temps les objets incriminés et à qui on les aurait volés dix ans auparavant. Les notables regrettent tout ce tapage qui pourrait nuire à l’implantation d’une entreprise britannique dirigée par Harold Wyatt, dont la femme, Marie d’origine française, est atteinte d’une étrange maladie consécutive à un accouchement difficile. Entre Marie et Julie s’établit une amitié sans arrière pensée.

Dans le Calais de 1965 jusqu’à celui d’aujourd’hui, passant par 1954 et 1945, Philippe Bouin nous entraine dans les arcanes d’une ville mais surtout d’une société divisée entre les notables et le petit peuple sur fond vengeance. Prenant pour échafaudage une histoire machiavélique, l’auteur nous propose en toile de fond un retour arrière sur les événements de l’époque : l’arrivée des Pieds-Noirs en métropole, forme de migration forcée et mal vécue aussi bien par les rapatriés que par les autochtones, la période électorale de la première présidentielle au suffrage universel, Sangatte qui ne connaissait pas encore les turbulences subies ces dernières années, les souvenirs toujours prégnants des affrontements meurtriers de la dernière guerre mondiale, sans oublier ces démonstrations indécentes qui peuvent marquer les souvenirs d’un enfant confronté au cynisme des adultes.

L’épilogue en deux paliers nous propose la double version des procédés utilisés pour endormir la bonne conscience de tout un chacun avec un diabolisme que l’on peut qualifier d’amoral. Mais compréhensible. Enfin l’emploi de ce patois du Nord, le Chti popularisé par Dany Boon, et de métaphores peut-être utilisées dans le Calaisis, donnent une touche particulièrement savoureuse à ce roman. Par exemple : Blond comme du beurre frais… ce qui nous change des sempiternels épis de blé depuis longtemps glanés.

 

Lire du même auteur : La gaga des traboules.


Philippe BOUIN : Comptine en plomb. Archipoche N°100. 7,65€.

 

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28 septembre 2012 5 28 /09 /septembre /2012 11:10

En ce temps là…


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Jabel Gozh a réussi à force de volonté et de courage. Pourtant dans sa jeunesse elle a connu plus souvent qu’à son tour les privations. Des âmes charitables lui ont procuré, ainsi qu’à sa jeune sœur, la pitance nécessaire à leur survie. Puis elle a connu le labeur de la ferme, l’enseignement auprès des “ bonnes ” sœurs, s’est délivrée du joug d’une famille hospitalière mais pas souvent reconnaissante des efforts fournis et du travail effectué, s’est mariée avec un jeune homme du village, sérieux et travailleur, qui décèdera au bout de quelques années, des suites du gaz inhalé sur le front lors de la Première guerre mondiale, la laissant avec deux enfants en bas âge.

Quittant sa Cornouaille natale elle s’exile en Touraine pour revenir quelques années plus tard avec en poche un petit magot qui lui permet d’acheter une ferme. Fanch, son fils, sera, lui aussi, dur au travail et se comportera en despote envers ses ouvriers, ne supportant aucun manquement. Jeannette la fille épousera un gars de la ville, un fonctionnaire, ne supportant plus les remontrances d’un frère qui refuse de voir la réalité en face et le modernisme gagner les régions rurales françaises. Fanch se marie avec Adeline, une jeune femme simple, douce, effacée, et ont ensemble trois filles qui ne demandent, l’âge venant qu’à se débarrasser du carcan familial. Fanch est aveugle et ne se rend pas compte qu’il se conduit en despote, qu’il détruit la cellule familiale par son obstination, son entêtement. Le temps a passé et la famille, la jeunesse, les ouvriers, ne veulent plus être considérés comme des esclaves mais bien comme des personnes humaines à part entière.

Avec cette chronique et critique sociale, ce tableau d’une Bretagne de la fin du XIXème siècle ancrée dans les traditions séculaires et qui mute profondément et inexorablement, ce nouveau roman noir rural d’Hervé Jaouen nous ramène à une partie de notre jeunesse. Avec les profondes transformations que nous avons connues, (subies ?). De  1892 à nos jours, nous suivons le destin de trois générations avec pour chacune ses valeurs, ses aspirations, ses besoins d’indépendance, ses envies. Hervé Jaouen nous délivre un roman âpre, dur, réaliste, véritable reflet d’un passé pas si lointain. Avec en toile de fond l’emprise inéluctable, parfois impitoyable, du modernisme économique rejeté par certains, apprécié par d’autres.

A lire du même auteur : Flora des Embruns et Le fossé, ainsi qu'un entretien en deux parties avec Hervé Jaouen.


Hervé JAOUEN : Les filles de Roz-Kelenn. Editions Pocket Terroir. (Réédition de Collection Terres de France ; Production Janine Balland/Presses de la Cité). 384 pages. 6,70€.

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27 septembre 2012 4 27 /09 /septembre /2012 13:19

Et faites la lumière !


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Il ne faut pas croire, malgré l’obstination des juges d’instruction, leur éthique, leur sens du devoir, des affaires parfois ne sont pas résolues, au grand dam d’ailleurs de ceux-ci. C’est ainsi que le juge Galtier qui a sous sa coupe deux juges auditrices de justice, c’est-à-dire des apprenties juges, les invite à déjeuner pour leur fin de stage. Les deux jeunes filles demandent à Galtier de leur raconter une affaire qui l’a marqué. Au lieu de narrer une histoire élucidée, il remémore une affaire dont l’épilogue reste aléatoire.

Tout commence par le meurtre d’un octogénaire un soir de novembre 2002. L’homme a été lardé d’une douzaine de coups de couteaux dont deux au moins ont été mortels. Son identité ne sera dévoilée que quelques temps plus tard, lorsqu’une femme rapporte un portefeuille qu’elle a trouvé posé sur un muret. Seulement il n’y a plus d’argent à l’intérieur. La question primordiale qui se pose est de savoir s’il s’agit d’un crime crapuleux ou si le larfeuille est vide parce que celle qui l’a découvert s’est servie au passage.

L’identité du mort est bientôt révélée, il s’agit d’une dénommé Théodore Fontsec, un riche personnage, modèle de discrétion. Son fils est à la tête d’un patrimoine immobilier conséquent dont l’origine est nébuleuse. C’est un homme agressif et sa femme n’est guère plus avenante. Alors Galtier décide de se renseigner plus avant en interrogeant la petite-fille Charlotte qui a été confiée à un internat suisse. Parallèlement il demande à Juston, son ami policier qui apparait dans les précédentes enquêtes de Galtier, de faire le point sur le mort.

Charlotte est une adolescente difficile, à problèmes, et d’ailleurs c’est à cause de l’un de ces problèmes que ses parents l’ont envoyée en Suisse dans un pensionnat dirigée par Marie-Hortense Rochefort-Beloiseau, originaire des Antilles. Elle n’a pas d’amie, sauf peut-être Julia qu’elle désigne comme une copine ou une cousine. Marie-Hortense, Marie-Ho pour les intimes, la prend sous sa coupe, lui offre son amitié, et peu à peu Charlotte perd de sa réserve, tout en gardant une partie de ses secrets.

Ce que ne sait pas Galtier, mais qu’il finira par apprendre, je ne dévoile rien puisque le lecteur s’immisce dans la jeunesse de Théodore dès le début du récit, fin 1940, c’est que Fontsec s’appelait à l’origine Da Fonseca. Son père, d’origine portugaise, est docker à Marseille. Contrairement à ses collègues, il ne fréquente pas les syndicats ni les partis politiques, surtout pas les communistes. Il traficote et l’argent ne manque pas à la maison. Théodore est fasciné par ce père intransigeant quand à son avenir. D’ailleurs c’est son paternel qui l’encourage à devenir policier, suite à la venue à Marseille du Maréchal et de la mobilisation de la plupart des policiers dans l’armée. Mobilisation à laquelle le jeune Théodore échappe grâce aux amis influents de son père qui le met ensuite en contact avec le commissaire Altieri, de la Mondaine. Il se met à emboiter les pas de son père dans les petits trafics, à mettre de l’argent malhonnêtement gagné de côté, avec l’aval de Palmiéri, un truand en cheville avec Altieri. Et ce malgré les soupçons d’un autre policier, Sarafian. Tout va bien jusqu’au jour où est organisée une rafle des Juifs. Il sauve de la déportation une gamine juive et la cache. Après guerre, il disparait dans la nature.

 

Le juge Galtier vit avec ses doutes et si l’affaire est résolue pour les lecteurs, ce ne l’est pas entièrement pour lui : Je voulais leur faire toucher du doigt que la fameuse vérité judiciaire à laquelle tout le monde aspire et que doit mettre à jour le juge d’instruction, est tout à fait aléatoire, qu’il arrive souvent qu’on n’y parvienne pas et que, lorsqu’on croit y être parvenu, on se leurre. Il y a avant tout la vraie histoire, inventée par le seul destin et qui, dans l’absolu, ne pourrait être racontée que par lui. Il y a celle plus ou moins bâtie par le juge avec ses ignorances, ses erreurs, ses approximations et ses partis pris. Et puis il y a l’histoire de chacun des protagonistes, une toute autre histoire que celle du juge, qui s’est déroulée avant, qui se déroule aussi souvent à côté ou ailleurs, y compris pendant ses recherches et qui lui échappe.

 

fortin.jpgRestez dans l’ombreest un roman tout en sobriété, qui rompt avec la drogue et autres délits qui alimentent actuellement les intrigues des romans noirs mais nous plonge une fois de plus dans les affaires glauques de l’Histoire. Le 22 janvier 1943 et les jours suivants ont été traités par Maurice Gouiran dans son roman Train bleu, train noir, aussi André Fortin ne s’y attarde guère. Il s’agit pour lui de décrire les premières années d’un policier véreux, collaborateur, mais également de réfléchir sur les doutes des juges dans les années 2000. Et de la façon dont la Justice est malmenée par des décisions parfois incompréhensibles venues d’en haut.

Ce sont les nouveaux procureurs, Juston, et les nouveaux présidents qui vont avec. La justice gérée comme une entreprise. Rentabilité, baisse des coûts, productivité et tout le toutim. Il faut croire que ma productivité est plutôt faible…

Il est des activités publiques, Education Nationale, Justice, Services de Santé, auxquelles sont exigées la rentabilité et la productivité au détriment de leur rôle sociétal. A quand leur introduction en Bourse ? Ceci est une affaire de bon sens que les économistes balaient d’un revers de main, rejetant les fonctionnaires comme des miettes de pain sur une table, oubliant qu’il n’y a pas que le profit dans la vie. Ceci, André Fortin ne le dit pas dans son roman, mais on sent une forme de désabusement de la part de son héros, le juge Galtier, même si celui-ci garde la foi parce qu’il croit en son métier, parce qu’il a la vocation. Et heureusement Billie, sa femme, pédopsychiatre, est là pour l’encourager ou lui montrer une voie à laquelle il n’avait pas pensé.

Une référence est faite à l’oncle Paul. Il ne s’agit pas de moi, mais de ce personnage de bande dessinée créé par Jean-Michel Charlier et Eddy Paape, d’autres scénaristes et dessinateurs prenant ensuite la relève, pour le magazine Spirou le 1er février 1951. Les belles histoires de l’oncle Paul abordaient tous les genres, le plus souvent historiques.


Du même auteur vous pouvez retrouver :  Requiem pour le juge; Pitié pour Constance; Un été grec. Et n'oubliez pas de visiter le site des  éditions Jigal !

 

André FORTIN : Restez dans l’ombre. Jigal Polar, éditions Jigal. 264 pages. 18€.

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27 septembre 2012 4 27 /09 /septembre /2012 05:41

Quand l'Histoire déraille !


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Marseille, 23 janvier 1943 : Le quartier du vieux port de Marseille est investi par les policiers français fidèles collaborateurs officiels de l’armée allemande, une opération surveillée par les SS. Théoriquement cette intervention musclée et nocturne était destinée à procéder à l’arrestation des truands locaux, caïds de la pègre notoirement connus, mais les membres du Service d’Ordre Légionnaire, qui deviendra la Milice, et les GMR encadrés par les SS, forcent une à une les portes des maisons, des immeubles et arrêtent tout le monde, Juifs principalement, mais ne s’embarrassant pas de détails, et embarquent leurs proies sans distinction, sans ménagement. Les malheureuses victimes de la rafle seront dirigées à la gare d’Arenc, puis vers Compiègne, ou vers Fréjus, en attendant mieux, ou pire. Parmi les milliers de personnes arrêtées, Robert qui n’a plus de nouvelles de sa femme et de sa fille et Michel accompagné de sa mère. Georges lui a réussi à échapper à la nasse tendu par les policiers français en se cachant dans un placard. Fourrant une valise quelques affaires et l’argent économisé par son père. Mais il est pris lors d’un coup de filet et évite d’être embarqué dans le train maudit en soudoyant un policier. Son nom est biffé et ce seront deux autres personnes qui seront emmenées en captivité. Si Robert est dans la fleur de l’âge, à peine la trentaine, Michel et Georges ne sont encore que des gamins. Robert et Michel et une centaine d’autres sont parqués dans un wagon, l’un des nombreux wagons qui constituent le train noir. Au cours du voyage, Michel et un autre enfant, aidés par Robert, parviennent à s’échapper en se faufilant par un orifice et rentrent à Marseille à pied. Robert lui sera consigné, anonyme parmi les anonymes, à Royallieu près de Compiègne puis direction le camp de Sobibor. Un camp qui n’était pas de concentration mais d’extermination.

50 ans plus tard, le 25 mai 1993, Robert, Michel et Georges prennent le train bleu en compagnie de milliers de supporters de l’O.M., direction Munich, afin d’assister à la finale de la Coupe de football contre le Milan AC. L’atmosphère n’est plus la même. Ça crie, ça hurle, ça chante, c’est la liesse générale, c’est la fête. Les conditions du voyage non plus. Ils ont droit à une couchette et à des provisions. Celles-ci sont cachées dans les toilettes, derrière une plaque de tôle qu’il suffit de dévisser pour les récupérer. Trois P38 qu’ils pourront récupérer, sans inquiétude, à la fin de leur voyage. Car leur but, ce n’est pas la finale, mais la rencontre avec un personnage du nom de Horst, un nom et un visage gravés à jamais dans leurs souvenirs.

Les dérives de la Seconde Guerre Mondiale, ces faits passés sous silence ou évoqués avec parcimonie parce que honteux, alimentent depuis quelques décennies les romans noirs car ils est juste, légitime, obligatoire de démontrer les travers d’une frange de la société, affiliée aux idéologies nazies. Mais Maurice Gouiran, en humaniste lucide, ne s’en tient pas à ce simple bilan, à ce regard porté en arrière, à constater. Il nous propose de mettre en parallèle, comme les protagonistes de sa fiction, deux époques distantes d’un demi-siècle et plus. Un parallèle édifiant. Tout un quartier du vieux port fut démoli, rasé, sous prétexte de purification, d’un nettoyage visant le grand banditisme, un leurre. Comme il se plait à le noter, aujourd’hui on parle de « karchérisation ». Mais derrière ces démolitions à la dynamite, se profilaient les profiteurs immobiliers, français. Des actes qu’il était de bonne guerre d’imputer aux Nazis, cela arrangeait tout le monde, surtout à la Libération. Mais Maurice Gouiran décrit également les affres des prisonniers dans leur périple, l’angoisse, la fatigue, la faim, l’horreur, ressenties par ces hommes et ces femmes parqués pis que des animaux. A noter ces quelques réflexions pleines de bon sens : “ Les vaincus n’ont pas besoin d’avoir une histoire, les vainqueurs leur impose toujours la leur ”. Ou encore “ Quand on voit le fanatisme et la haine que peut déclencher un simple match de foot, on ne s’étonne plus de la stupidité et de la cruauté des guerres ” Un roman fort, un roman juste, qui devrait être étudié dans les écoles, et servir de base à des sujets de philo. Et qui devrait être lu aussi par les hommes politiques, lesquels réfléchiraient peut-être (mais est-ce trop demander ?) avant de faire des déclarations fracassantes, malvenues, démagogiques, ou énoncer un bon mot pour amuser la galerie, juste pour gagner des électeurs.


Du même auteur :  Et l'été finira;  Sur nos cadavres ils dansent le tango;  Franco est mort jeudi; Les vrais durs meurent aussi. A lire aussi mon entretien avec Maurice Gouiran.


Maurice GOUIRAN: Train Bleu, train Noir. Collection Polar Poche; Editions Jigal. 256 pages. 9,13€.

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26 septembre 2012 3 26 /09 /septembre /2012 13:17

Lorsque la Grèce bouillonne !

 

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Cela aurait pu n’être qu’un banal accident, la noyade d’un jeune homme dans les calanques de Marseille. Du moins rien qui puisse empêcher le Juge de partir avec femme, enfants et bagages vers la Grèce pour des vacances organisées par Billie, son épouse. Pas de quoi l’enchanter le juge ces longs déplacements, mais il faut bien faire plaisir. Ce noyé le turlupine et le Juge a comme l’intuition qu’il pourrait bien s’agir d’un meurtre déguisé, mais ce n’est qu’un sentiment diffus, comme le flair inhérent de quelqu’un qui a l’habitude d’instruire des affaires pas catholiques. Avant sa virée hellène, il a toutefois le temps de recevoir les parents dans son cabinet, séparément, afin de pouvoir mieux analyser les réactions. Le père est conseiller juridique, n’ayant qu’un seul client, l’entreprise de son beau-père, armateur international. La mère est effondrée, on le conçoit aisément. Elle est accompagnée de son père, un Argentin nommé Chaquiri. Le petit doigt du juge lui conseille de ne rien négliger et surtout de ne pas classer le dossier sans suite. Alors il requiert les services d’un commissaire de police compétent mis au placard car considéré comme électron libre, donc dangereux pour certaines personnalités. Ne pouvant lui-même superviser l’enquête le policer délègue un de ses adjoints, Juston, qui ne manquera pas de s’atteler à la tâche avec conscience, et fournira ses rapports téléphoniques au Juge, durant le séjour de celui-ci près de la mer Egée.

Quarante ans auparavant, dans un petit village grec, le jeune Apostolos parfait son éducation auprès d’un vieil instituteur déchu considéré comme gauchiste, pis comme communiste. D’où cette disgrâce. Car Spiros, son mentor, lui révèle les agissements tenus souvent secrets sur les déportations d’enfants en camps ou dans des pays comme la Roumanie, à la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Des faits tus par le pouvoir en place. Il encourage toutefois Apostolos à continuer ses études dans la capitale. Un peu perdu dans cette grande ville et avec la paperasserie à fournir pour l’inscription à l’université, Apostolos trouve un soutien en la personne de la belle Marina, issue d’une famille bourgeoise, mais qui ne se reconnaît pas dans les opinions politiques familiales. Elle l’entraîne dans des réunions de lambrakistes, du nom d’un ministre prônant des idées démocratiques, ou gauchistes, et peu à peu ils se sentent attirés l’un par l’autre. Jusqu’à ce terrible jour du 21 avril 1967, jour où l’armée prend le pouvoir sous la férule de colonels soutenus par les Etats-Unis, et principalement la CIA.

Ce qui rejoint ces deux fragments d’histoires, le lecteur le découvrira peu à peu, dans ce roman construit comme un mille-feuilles. Un roman qui dépasse le cadre strict du polar dans lequel il est confiné par le nom de la collection dans laquelle il est édité. Il s’agit plus d’un roman noir historique, à l’instar de ceux écrits par Didier Daeninckx comme Meurtres pour mémoire et tous ceux qui se sont engouffrés dans ces brèches de l’Histoire dédaignées par les médias. Souvent le rôle joué par les Etats-Unis, et plus précisément par la CIA, dans l’ingérence des affaires politiques de pays étrangers, européens, africains et autres, a été dénoncé, principalement dans des romans d’espionnage (de même que celui de l’URSS, mais décrit par des auteurs de sensibilité politique différente), mais il est bon de continuer à dénoncer ses agissements, même si l’influence de cet organisme tend à s’estomper. Du moins on aimerait le croire. A cela s’ajoute une histoire d’amour entre deux jeunes gens épris de liberté, de justice, et la vision d’un juge d’instruction français sur ces événements. Car il faut savoir qu’André Fortin, tout comme son narrateur, est lui-même juge d’instruction, et juge pour enfant. Il sait ce dont il parle, ou plutôt écrit. Et outre cette plongée dans le temps, on ne peut s’empêcher de lorgner du côté de la justice française et des tentatives qui sont effectuées pour la bâillonner, ou du moins l’assujettir. Ce qui n’est pas bon dans un pays qui se dit le chantre des droits de l’homme. Mais peut-être n’ai-je pas tout compris de l’actualité.

A lire du même auteur : Requiem pour le juge et Pitié pour Constance.

André FORTIN : Un été grec. Polar Jigal poche, éditions Jigal. Mai 2011. 288 pages. 9,13€.

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25 septembre 2012 2 25 /09 /septembre /2012 15:56

Ecrit au crayon rouge ou à l’encre sympathique ?


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S’il existe bon nombre de site et de petits villages attrayants en France, d’autres sont délaissés par les touristes, soit parce qu’ils n’offrent rien de particulier, soit parce qu’un endroit n’incite pas à s’y reposer. Ainsi Saint Ambrose, non loin d’Aix en Provence, fait partie de ces lieux qui ne possèdent aucun attrait. Pis, qui rebute à cause de son lac aux eaux noires. Pourtant Eric Ducros un jeune photographe semi professionnel, un enfant du pays, décide de s’y intéresser, pour la petite ile qui est placée comme une praline sur une mousse au chocolat. Une île sur laquelle se dresse un arbre remarquable, torturé, aux racines émergentes, entrelacées.

En vérifiant quelques heures plus tard ses prises de vue, il découvre une anomalie. Il se précipite aussitôt à la mairie afin de partager sa découverte avec Loubeyrac, le maire de la commune qui est aussi le pharmacien. Celui-ci n’est installé dans le village que depuis une quinzaine d’années mais il a déjà entendu des rumeurs colportées par les anciens. Entre les racines du chêne s’érige une caisse sur laquelle est peinte une croix nazie.

Cette trouvaille conforte les racontars transmis par les vieux habitants, l’or des nazis existerait bel et bien. Une réunion du conseil municipal est envisagée et la gendarmerie avisée. Le premier à être informé de la situation est Chemin, le premier adjoint, un homme acariâtre, connu pour sa mauvaise foi puis le major Dulat arrive afin de constater sur place. Dulat, Loubeyrac, Chemin et Ducros se décarcassent, traversent le lac à bord d’une barcasse et ramènent la caisse entourée de chaines en la trainant jusque sur la place du village. Aussitôt un attroupement se forme, les villageois sont intrigués par le contenu, sauf César Andréani qui demande simplement comment l’idée leur est venue de creuser près de l’arbre.

En attendant les experts, il est décidé que la caisse sera mise à l’abri des curieux et des opportunistes dans une cave de la mairie, placée sous bonne garde. Et des curieux, il en afflue de partout. Les touristes arrivent, en voitures, caravanes, camping-cars, ou tout autre moyen de locomotion, et investissent le village, créant une effervescence à laquelle les autochtones ne sont pas habitués. Un début de panique est même enregistré et la maréchaussée a bien du mal à canaliser tous ces voyeurs. Seul Andréani est indisposé par la réapparition de cette caisse. Il est l’un des rares survivants de cette époque à vivre encore dans la commune. Il téléphone à quelques connaissances et leur propose un rendez-vous. Le lendemain, il est retrouvé mort, assassiné, un couteau dans le dos. Dans la main il tient un petit rouleau de papier sur lequel est inscrit Kobolsian.


Le mystère de la caisse nazie est étoffé par ce meurtre, d’autant que Kobolsian n’est autre qu’un policier d’Aix en Provence dont la femme est entre la vie et la mort, à cause d’un accident de la circulation provoqué par un octogénaire, atteint de la maladie d’Alzheimer, échappé de la maison de retraite où il soigné. Alors Kobolsian, accompagné d’une jeune policière est dépêché par son supérieur sur place. Et entre le gendarme et le policier, le courant ne passe guère. Dulat considérant Kobolsian comme un éventuel suspect. Parmi tous les protagonistes de cette histoire, le personnage de Judith de Synth, journaliste localier est particulièrement haut en couleurs avec sa propension à vouloir tout régenter, s’accaparant un bureau de la mairie pour en faire son quartier général, bousculant tout sur son passage, édictant ses volontés quelque soit son interlocuteur. Une petite touche d’humour qui n’est pas forcée d’autant que l’on rencontre souvent dans la vie courante ce genre de personnage peu sympathique.


pelissier.jpgLe thème du trésor nazi, perdu ou volé, confié à des soldats en déroute, est inépuisable, mais à chaque fois les romanciers imaginent des situations différentes. Patrice Pélissier ne déroge pas à la règle mais introduit une autre donnée dans son intrigue. Celle d’une passion, durant ces années troubles, enflammant les rêves et le corps d’une jeune fille, considérée par sa famille comme une attardée, envers un jeune homme qui lui ne songe qu’à participer, même modestement à la Résistance se mettant doucement en place. Soixante-sept ans plus tard, ce sont les fantômes de cette époque qui reviennent comme les nuages noirs dans un ciel d’orage. En incrustation à ces deux faits qui se croisent, se mêlent, le journal de bord d’une gamine déboussolée qui se confie au papier, n’ayant personne d’autre à qui crier son désarroi. Une histoire simple en apparence mais riche d’émotions, de sentiments, de justesse.

Kobolsian n’était pas un surhomme, juste un être da sang et de chair avec des terminaisons nerveuses sensibles. Loin des héros de papier qui faisaient des flics des être à part, il avait du mal à se reconnaitre dans ces caricatures de policiers venus du Nord ou d’outre-Atlantique. Trop d’alcool, trop de drogue, trop de dépression, trop d’excès.


A lire également du même auteur :  L'homme qui en voulait trop.


.Vous pouvez retrouver l'auteur sur son site

 

 Patrice PELISSIER : Le Testament noir. Terres de France. Editions Presses de la Cité. 300 pages. 19€.


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25 septembre 2012 2 25 /09 /septembre /2012 13:53

Malgré sa pénurie financière, la Grèce possède encore son héritage culturel.

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En 423 avant J.C., Athènes et Sparte se déchirent dans un conflit plus connu sous le nom de guerre du Péloponnèse. Depuis le décès de Périclès, la cité d’Athéna se partage entre ceux qui désirent à tout prix continuer les combats et ceux qui désirent y mettre un terme. Mais ce n’est pas pour autant que la saison théâtrale des Grandes Dionysies doit être annulée. Au contraire. C’est l’occasion pour les auteurs de présenter leurs nouvelles tragédies ou comédies.

S’affrontent Euripide, Cratinos, Ameipsias, Philonidès pseudonyme pour cette circonstance d’Aristophane qui propose une pièce dans laquelle Socrate est violemment caricaturé.

Les quolibets et les acclamations fusent de l’assistance parmi laquelle se trouve Antisthène, jeune philosophe pouilleux d’une vingtaine d’années, insolent, fils d’un citoyen athénien et d’une esclave phrygienne, se proclamant citoyen du monde, méprisant les richesses et les honneurs. Pendant la représentation des Nuées d’Aristophane, rapidement démasqué par certains spectateurs qui reconnaissent ce trublion, ce novateur, ce provocateur par sa mise en scène, Antisthène est intrigué par le manège d’un des esclaves scythes chargés de garder les lieux.

L’homme a bandé son arc et décoche une flèche vers Aristophane, le manquant de peu. Grâce au courage et à la présence d’esprit d’Antisthène, l’archer est rapidement maîtrisé, démembré et dépecé. Qui avait intérêt à supprimer Aristophane ? C’est ce que s’attache à découvrir le jeune philosophe avec l’aide de quelques compagnons et de son maître Socrate.


Disons le tout net, dans ce roman policier historique l’intrigue sert surtout à visiter la Grèce antique, et principalement Athènes, via ses us et coutumes de l’époque, principalement sa culture théâtrale. Et qui, bizarrement, rejoint la notre (d’époque et non pas de culture même si on peut effectuer des parallèles sur les intermittents du spectacle et les iconoclastes du théâtre, Jérôme Savary en tête). Une vision moins austère que celle que l’on a pu découvrir dans les manuels scolaires, mais faut avouer que certaines scènes (de théâtre !) s’apparentent plus à la comédie musicale Hair, si décriée par les bien pensants à la fin des années soixante, qu’à un spectacle de la Comédie Française avec son rigorisme. Un roman qui n’est pas destiné uniquement aux hellénistes, mais à tous ceux qui se piquent de curiosité.


Martial CAROFF : Les nuées sanglantes. Collection Granit Noir n°30, éditions Terre de brume. Septembre 2003. 240 pages. 10€.

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Published by Oncle Paul - dans La Malle aux souvenirs
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24 septembre 2012 1 24 /09 /septembre /2012 14:53

Et Monsieur Couard ?


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De plus en plus, il est de bon ton pour les romanciers de faire précéder leur récit d’un prologue. Ce qui est de bon aloi, mais ces auteurs détournent le sens même du prologue en décrivant une scène postérieure au début du roman. Or le prologue est la partie d'un ouvrage dramatique où sont exposés des événements antérieurs à ceux qui se déroulent dans la pièce proprement dite, selon la définition de mon dictionnaire. Heureusement quelques réfractaires perpétuent la tradition et refusent de dévoiler tout ou partie de l’intrigue dans leur prologue. Ainsi Serge Quadruppani nous offre trois vrais prologues pour le prix d’un. Mais quels prologues !

 

Prologue n°1 : Six jours plus tôt, vallée de Suse dans le Piémont.

La juge antimafia Simona Tavianello, accompagnée de son mari Marco commissaire principal à la retraite, enquête sur les affaires de la ‘ndranghetta et doit rencontrer Minoncelli, l’apiculteur militant dont ils ont fait la connaissance dans La disparition soudaine des ouvrières. Ils se retrouvent coincés entre des manifestants anti TAV (synonyme italien du train à grande vitesse) qui refusent le projet destiné à faire gagner une vingtaine de minutes pour les voyageurs mais dont la ligne doit traverser une montagne truffée d’uranium et d’amiante, et les policiers chargés de canaliser les protestataires. Elle récolte quelques horions dans l’échauffourée, et à la douleur physique s’ajoute la douleur professionnelle. En effet son supérieur lui apprend qu’en faisant obstruction aux forces de l’ordre l’enquête lui est retirée et qu’elle est suspendue. Sous l’affront et comme elle est d’humeur soupe au lait, Simona donne sa démission. Marco lui propose alors de passer quelques jours à Paris, le temps que la pression retombe.

 

Prologue n°2 : Six semaines plus tôt à Palerme, Sicile.

L’inspecteur Francesco Maronne possède un curieux don. Lorsqu’une affaire lui est confiée, pour la résoudre, il réfléchit. Il réfléchit tellement profondément qu’il s’endort dans son bureau. Et quand il se réveille, il ne s’exclame pas Eureka mais c’est tout comme. Ce jour là, alors que Battisti, un Milanais venu apprendre sur le tas doit lui être adjoint pour une affaire de drogue gérée par la Mafia, la magie opère comme d’habitude. Seulement cela va dégénérer, une bavure conclue temporairement l’affaire mettant hors de service provisoirement Battisti et une policière. Maromme et son supérieur sont promus à la Direction nationale antimafia et Maromme se voit confier une mission à Paris.

 

Prologue n°3 : Six mois auparavant à Foussana, Tunisie.

Abdel et son frère aîné Moncef traficotent dans le bled tunisien, de l’essence et autres bricoles. Mais à cause d’un pneu usagé qui éclate, ils se trouvent immobilisés sur la route de montagne en lacet, non loin de la frontière algérienne. Alors qu’ils sont péniblement en train de changer de roue, ils sont surpris par le commandant Nabil et ses hommes, des bandits ou des rebelles. Le commandant Nabil connait Abdel, mais il a des principes. Pas d’armes lorsqu’on passe la frontière. Or Moncef a caché un vieux Beretta et des balles dans une sacoche sous le siège de son frère. Abdel déclare que l’arme lui appartient, alors qu’il n’était au courant de rien. Moncef assiste impuissant à l’exécution de son frère qui a la tête tranchée d’un coup d’épée. Moncef est embrigadé par Nabil, qui veut se conduire comme un père avec lui. Un père et plus si affinités. Moncef est docile, accepte tout sans montrer son dégoût, mais il s’est promis qu’un jour il se vengera.

 

Après ces trois hors d’œuvres, passons sans plus tarder au plat de résistance qui se trouve être un tajine d’agneau aux abricots. Le décor : chez Yasmina, un restaurant marocain sis dans le Marais. Dans la salle, Simona et Marco s’apprête à déguster ce plat, le couscous en vertu du principe des sondages étant le plat préféré des Français, vraiment typique et synonyme de dépaysement. Soudain le regard de Simona est attiré par un jeune homme qui s’apprête à déjeuner seul. Son aspect physique lui rappelle quelqu’un mais elle est incapable de se souvenir de qui. La serveuse leur apporte les plats, puis elle se ravise, l’emmène au jeune homme seul (le lecteur apprendra qu’il s’agit de Maromme), pour enfin les déposer sur la table d’un troisième personnage de type maghrébin, bon chic bon genre, qui n’est autre que Moncef. Avec dextérité et emphase, la serveuse soulève les couvercles et posée sur le couscous surgit une main. Evidemment ce genre d’ingrédient n’est pas une composante du tajine, et c’est un peu l’affolement général.

En attendant que la serveuse apporte les fameux plats, Maromme pense à la rencontre qu’il a faite peu de temps auparavant, la belle Maria Loriano, qui désirait le rencontrer au sujet de son enquête mais également pour lui parler de son père, décédé dans des circonstances mal définies. Ce n’est pas tant qu’elle regrette son géniteur puisqu’elle ne l’avait pas vu depuis des années, ayant fugué à son adolescence, mais à cause d’un carnet qu’elle a récupéré par la suite. Une sorte de testament sur lequel il a rédigé des lettres qu’il destinait à sa fille mais qu’il ne lui avait jamais envoyé. La dernière page ne comporte que deux mots : Madame Courage. Or c’est le surnom donné à une nouvelle drogue qui fait fureur du côté de Barbès. Quant au père, il était un entrepreneur très influent dans les états du Nord de l’Italie, et son décès pourrait être lié avec ses activités. Or Maromme qui n’a pas de nouvelles de Maria croit reconnaître la main de la jeune femme déposée sur le couscous. C’est d’un bon goût !

Moncef lui revoit en pensée les mois qu’il a passé aux côtés de Nabil, son entrainement, ses rapports avec le commandant et à la mission qui lui a été confiée.

Naturellement ces trois personnages principaux, et quelques autres qui tiennent une place prépondérante, vont être amenés à se croiser, à plusieurs reprises, dans des conditions souvent hasardeuses et plus ou moins tragiques, dangereuses, et avouons le emberlificotées. Car si la drogue s’invite dans ce scénario, une drogue utilisée dans les années 90 par les commandos de l’armée algérienne durant ce qui sera surnommée la sale guerre, d’autres composantes s’infiltrent comme la finance internationale via la corruption et la violence qui régissent le comportement de notre société.

Pas question de passer une page, un paragraphe ou une ligne, sinon le lecteur risque d’être déboussolé, tant l’intrigue est complexe, foisonnante et riche en rebondissements. Serge Quadruppani qui est aussi le traducteur d’Andréa Camilleri n’hésite pas à faire référence à l’auteur sicilien, et continu son exploration des affaires véreuses italiennes dont la Mafia est l’instigatrice presqu’au grand jour.

A lire du même auteur, avec Simona Tavianello dans le rôle principal : Saturne et La disparition soudaine des ouvrières.

Serge QUADRUPPANI : Madame Courage. Editions du Masque. 280 pages. 18€.

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23 septembre 2012 7 23 /09 /septembre /2012 15:19

  La constance de Constance

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Avec constance, et quitte à défriser quelques grincheux qui n’acceptent pas que nos hommes (et femmes) politiques au pouvoir soient montrés sous leur vrai jour, André Fortin nous invite une fois de plus à le suivre dans son introspection dans les arcanes d’affaires d’état inavouables. Bien sûr, tout ce qui suit n’est que fiction, et friction, mais il n’est pas interdit de penser que sous l’intrigue se cachent des faits qui pourraient éventuellement se dérouler.

Un proverbe dit Tel père tel fils, mais un autre, en totale contradiction, affirme A père avare, fils prodigue. Et entre Albert Sicardi, député de droite soutenant la politique présidentielle sans se poser de questions, et sa fille Constance, qui a établi ses relations du côté de l’ultragauche, c’est la seconde maxime qui s’applique. Elle est devenue l’égérie d’un groupuscule installé dans les Cévennes, et participe activement en soutenant les grèves, les ouvriers, les occupations d’usines, tout ce qui dérange la société bien pensante et surtout le pouvoir en place.

Lors d’un meeting à Marseille, ville dont elle est native et dont son père est député, elle focalise sur elle l’attention des participants, supplantant la gauche traditionnelle. Des agents de la DCRI sont là en tant qu’observateurs, et ceux-ci remarquent dans la foule un de leurs collègues, ancien des RG avant d’avoir été recruté par la DST lorsque ces deux entités étaient séparées, un homme qui n’a pas bonne presse. Or la jeune femme est enlevée en pleine ville par des individus qui se déplacent en 4X4. Le procureur de la république est fortement embarrassé, car le contexte politique lui enjoint de marcher sur des œufs. Sicardi préfère rencontrer le juge Galltier, considéré comme l’un des représentants de cette mouvance qui fit jaser et que l’on appelle les juges rouges.

Le conseiller préféré du président, Vernier, est chargé d’organiser une cellule dite Cellule Grise afin de complaire à l’oncle Sam et mettre fin aux visées terroristes réelles ou supposées. Et après la mise en place de cette organisation secrète, Vernier est obligé de se salir les mains seul, le président passant à autre chose, comme s’il n’était plus concerné. Vernier appartient également à une autre mouvance occulte, la Nouvelle Ligue, dont le Grand-Maître professe des idées de droite, pour ne pas dire de droite extrême. C’est sur les ordres de ce Grand-Maître que Constance a été kidnappée, puis séquestrée à Barcelone par des hommes de la Cellule Grise.

Les affres de Sicardi, les louvoiements du procureur, l’entêtement de Galtier, les hommes de l’ombre, la force de caractère de Constance, font de ce roman un thriller, le mot est à la mode, disons une politique fiction, diablement efficace. Les petits coups assénés par ci par là font du bien. On n’est pas dans ce que certains appellent le politiquement correct, mais dans un roman écrit par un auteur qui juge (il l’est dans la vie professionnelle !) sans complaisance le pouvoir politique. Ainsi peut-on lire « C’était l’époque où le nouveau chef de son parti (celui du député), brûlant les étapes d’une évolution mortifère déjà bien entamée, avait érigé en système électoral l’hypocrisie, le faux-semblant, le pur mensonge même ». Difficile d’être plus explicite. Un peu plus loin, Sicardi déclare : « Ces ultragauchistes, on leur met sur le dos tout ce qui, en France, peut ressembler à un acte terroriste ou de sabotage. C’est bien commode… ». On ne peut s’empêcher de penser à ces arrestation opportunes de Tarnac, affaire qui aujourd’hui est oubliée des médias mais toujours pas résolue. Quant à Sicardi, l’enlèvement de sa fille lui fait réviser son jugement et ses opinions politiques.

Autre chose : la littérature nordique n’est pas la préférée de Galtier : « j’étais depuis peu dans les plumes avec un bon polar nordique dans les mains, mais la description du temps pourri qui caractérise ces pays septentrionaux, l’horreur du crime, les ennuis personnels de l’enquêteur avec son unique enfant, toxicomane, sa mauvaise santé à lui, le manque de soutien de sa hiérarchie et sa solitude abyssale avaient commencé à m’affecter le moral, moi qui, étant un peu de la partie, ai tendance à m’identifier au héros peut-être plus facilement qu’un autre ». Alors un bon polar méridional, ça ne peut que donner le moral.

Lire également du même auteur :  Requiem pour le juge.

André FORTIN : Pitié pour Constance. Collection Polar Jigal, éditions Jigal. 256 pages. 17,24€.

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