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25 novembre 2012 7 25 /11 /novembre /2012 14:59

L’Enfer d’un Paradis fiscal !

 

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Attendant d’être reçu par Monseigneur Di Roggero en son bureau du Vatican, le père Swift, Jonathan Swift, ressent l’impression d’incarner Gulliver au pays de Brobdingnag, le pays des géants, lui qui n’est qu’un modeste missionnaire dans une paroisse située au fin fond du Burkina-Faso.

Swift, dont son père Irlandais revendiquait une filiation lointaine avec l’auteur d’Instructions aux domestiques et L’art du mensonge politique, a connu avant de passer une quinzaine d’années dans la brousse un parcours chaotique. Proche de son père il n’a jamais aimé sa mère. A peine sorti de l’adolescence, il est devenu un activiste, un terroriste, recherché par la police. Il s’est réfugié dans un couvent puis, converti par un religieux, ayant trouvé sa voie dans la foi, il est devenu missionnaire en Afrique, sous une nouvelle identité. Et voilà qu’un haut dignitaire de l’église veut bien le réhabiliter, mais à une condition.

Sa mission, s’il l’accepte et il n’a guère les moyens de la refuser, est de démontrer que Lisa Lytton, la femme de René IV, décédée dans un accident de la route et ancienne actrice de cinéma ayant côtoyé les plus grandes stars masculines, ne possède pas la réputation de sainte que la Principauté de San Bernardo veut lui attribuer. Et donc de trouver le moyen de refuser le procès en béatification qui a été demandée auprès du Saint-Père.

La Principauté de San Bernardo est une île rocheuse méditerranéenne, un véritable paradis… fiscal. René IV, Renato pour les intimes, gère son domaine avec une apparente bonhomie, les affaires courantes de police et de sécurité étant confiées au colonel Ferrandi, ancien mercenaire responsable de la garde du Palais et Graglia responsable de la sécurité. Sans oublier Monseigneur Pippo, qui possède ses antennes au Vatican. Des antennes efficaces car il vient d’apprendre qu’un enquêteur doit venir sur l’ilot afin de déterminer si le procès en béatification est justifié. Il en informe immédiatement Renato lequel répercute le renseignement auprès de ses hommes de confiance et de sa secrétaire particulière. Parallèlement il a reçu un télégramme l’avertissant qu’un certain Jonathan Swift doit arriver. Or en effectuant des recherches il apprend que Swift a été amnistié de tout ce qui pouvait lui être reproché et même plus. Nonobstant tout doit être mis en œuvre pour intercepter en douceur le délégué du Vatican.

Swift a prévu que son arrivée comme diplomate du Vatican ne serait pas vue d’un bon œil. Aussi il demande à Marco, un de ses anciens compagnons, de l’accompagner à San Bernardo. Tous deux débarquent sur l’aéroport de San Bernardo, en s’ignorant, Swift habillé en banquier respectable, costume de marque, Marco en curé de brousse, soutane mitée et brodequins avachis. Tout naturellement Ferrandi et Graglia vont s’attacher à suivre les faits et gestes de Marco, tandis que Swift est accueilli au Palais par Renato.

Accueilli à bras ouverts même, car Renato et Swift sont cousins, et comme Swift est très riche, il a pu récupérer son héritage paternel en même temps que son amnistie, s’il pouvait placer une forte somme à la banque Espirito Santo, banque d’obédience religieuse dont une agence est implantée sur l’île, cela arrangerait le Prince.

Il est évident que toute ressemblance avec des lieux ou des personnages existant ou ayant existé serait purement fortuite et le lecteur qui oserait établir une comparaison devrait réviser son jugement sous peine d’excommunication.

Renato a perdu sa femme dans un accident de voiture, il a trois enfants, un garçon effacé, deux filles dont une est avide de la vie et conduit à merveille, sa principauté est un paradis fiscal, trouvez-vous une analogie avec quoi que ce soit qui pourrait faire les grands titres des médias ? Non, bien sûr.

Penchons-nous plutôt sur le personnage de Swift qui ressemble à s’y méprendre à un baroudeur et s’avère un homme distingué, distingué d’apparence mais distingué aussi par quelques personnes de l’entourage du Pape et de Renato. Et en bon héros de romans d’aventures, il picole sec (on devrait plutôt dire mouillé dans ce genre de situation, mais bon, passons). Il est abonné à la vodka, ce qui au lieu de l’inciter à se blottir dans les bars de Morphée, le tient éveillé certaines nuits. Et pour échapper à ses pensées, dont celles qui le ramènent à sa jeunesse lorsqu’il avait connu Lisa, il essaya de se réfugier dans la prière, mais l’alcool le faisait déraper comme si son cerveau tout entier n’était plus qu’une immense plaque de verglas sur laquelle ses pensées glissaient dans tous les sens et partaient en tête-à-queue chaque fois qu’il tentait de les retenir.

Dans ce roman cocasse et irrévérencieux, à prendre au premier ou au second degré selon les sensibilités des lecteurs, Patrick Raynal garde la fraîcheur d’esprit qui animait ses premières œuvres, et il use des métaphores pour garder une once d’humour dans un sujet qui pourrait être grave.

Il était aussi dépourvu d’humour qu’un pit-bull à jeun. Le genre d’image que vous pouvez placer n’importe où dans une conversation, en parlant par exemple de votre chef, du policier qui vient de vous dresser une prune, de votre belle-mère (en plaçant la phrase au féminin) ou toute autre personne à votre convenance.

Car il ne faut pas oublier que la réalité n’est qu’une hallucination provoquée par le manque d’alcool.

A lire également de Patrick Raynal : Nice-est


Patrick RAYNAL : Au service secret de sa Sainteté. Editions L’Ecailler. 288 pages. 17€.

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25 novembre 2012 7 25 /11 /novembre /2012 07:52

C’est Maintenon ou jamais !

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Conclure une conversation téléphonique par un Aaargh du plus bel effet bédéphile, pour Patrice Bergof, enseignant en communication à Paris VIII ex Vincennes, ce ne peut être qu’une farce. Qu’à la rigueur il qualifierait de mauvais goût s’il ne se sentait pas attiré par l’aura de mystère qui plane sur le contenu de cette conversation. Ce Aaargh est à n’en point douter le cri d’un agonisant, d’un suicidé, d’un assassiné qui sait.

Mais l’ire du meurtrier présumé serait-elle due à la teneur même du dialogue téléphonique ? Un crime hypothétique qu’aucune thèse vient étayer. Pourtant l’intérêt de Patrice Bergof est éveillé, peut-être parce que le sujet de cet appel était Paul Scarron, l’auteur du Roman Comique, mari de la belle Françoise d’Aubigné, petite-fille du poète Agrippa d’Aubigné et future maîtresse du roi Louis XIV sous le nom de Madame de Maintenon.

Un mystère qui s’épaissit lorsque Patrice Bergof lors d’une enquête en dilettante et sur trame historique apprend le décès subit de spécialistes de Scarron, d’amateurs éclairés et de membres de la Société des Amis de Scarron.

Humour, histoire, enquête, tendresse, sont au programme de ce roman de Christian Poslaniec, auteur de Punch au sang paru à la Série Noire et dont Patrice Bergof était déjà le héros.

Christian Poslaniec, professeur de lettres, mais également directeur de collection pour la jeunesse, auteurs de nombreux romans pour la jeunesse et d’essais sur la littérature pour les jeunes, s’amuse et divertit le lecteur dans ce roman un peu loufoque, qui oscille entre la farce et l’énigme historique.

Un livre extrêmement plaisant qui rompt avec la monotonie qui guette la littérature noire dont la production actuelle s’oriente autour des faits et méfaits de la société moderne et tristounette.

Il ne faut pas oublier que la littérature est aussi et surtout un moyen d’évasion même si elle explore le temps d’une façon détournée. Enfin, à noter une définition du Sida qui vous laisserai pantois mais ne comptez pas sur moi pour vous la révéler.

 

Vous pouvez retrouver un entretien croisé avec Christian Poslaniec sur le site Rick Bass et les nature writers ici :

http://naturewriting.wordpress.com/

site qui vous proposera de découvrir à partir du 5 décembre les premiers chapitres en numérique des Fous de Scarron.

 

Message de Réjane Niogret qui a eu cette heureuse initiative :

J'ai le plaisir de vous adresser les sésames vous permettant d'accéder dès aujourd'hui aux trois premiers épisodes des Fous de Scarron une innovation numérique que les lecteurs pourront apprécier sur le net à partir du mercredi 5 décembre 2012 (accès gratuit).

Pour la découvrir en avant-première, la marche à suivre est la suivante : Cliquer sur l'adresse : http://lesfousdescarronap.wordpress.com/
Saisir l'identifiant : lesfousdescarronap@gmail.com

Saisir le code : entrezchezlesfous

 

Je vous souhaite une belle exploration de cette publication que j'ai eu plaisir, en tant que co-auteure créatrice des "surprises", à réaliser. Pour en savoir plus : Interview croisée, Les dessous des fous : http://naturewriting.wordpress.com/

 


Christian POSLANIEC : Les fous de Scarron. Collection Le Masque N° 1998. Prix du roman policier au festival de Cognac 1990.

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24 novembre 2012 6 24 /11 /novembre /2012 13:53

 

Hommage à Jean Amila né le 24 novembre 1910.

 

 

Il ne faut pas prendre les enfants du Bon Dieu pour des boeufs !


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Colleville sur mer, Saint Laurent sur mer, Vierville sur mer. Cinq kilomètres de plages. Le 18 juillet 1956 eut lieu la cérémonie d'inauguration du cimetière et du mémorial d'Omaha Beach. Février, Mars 1964, les journaux régionaux ne parlaient pas encore du 20ème anniversaire du débarquement et des réceptions prévues. Février 1964. Parution du roman de Jean Amila, "La Lune d'Omaha" et pour l'auteur une nouvelle occasion de brocarder la guerre et ses cortèges d'horreur.

Il prend pour théâtre ce petit bout de terre (70 hectares) concédé à perpétuité par le gouvernement français au gouvernement américain. Et d'imaginer une histoire de déserteur qui au lendemain de la guerre se serait fait passer pour mort avec la complicité d'un paysan normand, le père Delouis. George Hutchins devient George Delouis, livret de mariage falsifié d'Amédée Delouis à l'appui. A la mort du père Delouis en 1963, lequel était employé à l'entretien des parterres, des plantes, de la tonte du gazon, des jardins du cimetière américain d'Omaha, ce secret est enfoui dans la tombe avec le corps du jardinier.

omaha2C'est sans compter avec l'avidité du fils légitime du père Delouis. S'ensuivent tractations, marchandages guidés par la haine, l'hypocrisie et la roublardise. Hutchins le déserteur qui éprouve le désir de réendosser, non pas son uniforme mais son identité devant la bassesse d'une famille attirée par l'héritage, quitte le village de Seine et Marne où il est installé avec Jeanine sa femme, institutrice, et ses trois enfants, et révèle son origine et la supercherie lors d'une confrontation appelée par euphémisme, familiale.

Seulement il menace de se dénoncer auprès des gendarmes, mettant ainsi fin au versement d'une rente mensuelle qu'appréciait son frère d'adoption. Il est reconnu par le sergent Reilly, le responsable de l'entretien du Mémorial, lequel se propose de l'aider ainsi que le capitaine Mason, à lui trouver des excuses dans son comportement lors du Débarquement. Hutchins ne serait que déserteur par négligence, après avoir été prisonnier et s'être évadé. Retentirait la douce mélodie du bonheur et de la tranquillité si la femme de Hutchins ne s'était pas si impliquée dans la fabrication de l'identité de son époux et si celle de Reilly, une petite paysanne avide de plaisir, un peu pute sur les bords (lesquels ?), d'une vingtaine d'année sa cadette, ne venaient perturber cet agencement viril dans lequel on reconnaît la mansuétude du héros américain.

Guy de Maupassant, dans ses contes normands, ne s'était pas privé de dévoiler les travers d'une certaine paysannerie rapace, retorse, madrée, donc jusque là rien de réellement provocateur de la part d'Amila. A priori cette histoire de déserteur aurait pu susciter une certaine indignation de la part de ceux qui prônent les vertus rassurantes de mots tels que Patrie, Noble Cause, Valeur, Idéal, Honneur. Mais Jean Amila va plus loin dans la bravade et l'audace de ses dénonciations romancées.

Il ose insinuer que certaines magouilles auraient eu lieu lors de l'aménagement du cimetière. Par exemple un trafic de fumier dont le père Delouis serait à la tête, ce qui contrarie le sergent Reilly. “ Car hélas! tous les arbrisseaux, les parterres, les buissons de roses galliques et les pépinières ne se contentaient plus de l'humus symbolique américain, il fallait du fumier français! ”

Une fois par semaine environ le sergent Reilly rend un hommage à ses camarades de combat. “ Il faisait en zigzag ce qu'il appelait l'appel de l'escouade. D'un bout à l'autre du grand cimetière, il se promenait selon une ligne brisée, mais invariable. ” “ Il remontait vers le centre, autour de la chapelle ronde. Et presque avec tendresse, il touchait en passant les croix de Harry, de Gordon, de Hann... Il s'arrêtait plus longuement devant la croix de James R. Bancroft, le râleur... Au delà du grand Agénor de bronze du Mémorial, il rendait visite au mur des disparus où le dernier homme de l'escouade, Cornell, avait son nom au milieu d'autres, pulvérisés, jamais retrouvés ”.

Il traque comme le font encore aujourd'hui les jardiniers Amila2français employés à l'entretien, le moindre brin d'herbe risquant de jeter une note discordante de laisser aller incongru. “ Il avait eu l'honneur de faire un stage à Arlington avant de venir au cimetière d'Omaha Beach. Il lui en était resté la haute conscience du gazon absolument irréprochable. Chasse féroce à l'ignoble pissenlit, au sournois laiteron, au vulgaire pâturin! Mètre par mètre, d'un bout de l'année à l'autre, le gazon était ausculté, tondu, noyé, roulé, piqué... Pas une trace de mousse aux endroits d'ombres. Pas la moindre éclaircie aux surfaces brûlées par le soleil de juillet et d'août! Les bords nets! La tonte au ras des croix! 

Une profession de foi que l'on retrouve en bonne place dans le dépliant fourni à l'entrée du Mémorial: “ L'alignement parfait des tombes sur la pelouse vert émeraude merveilleusement entretenue inspire un sentiment inoubliable de paix et de sérénité ”. Et il valait encore mieux passer par le père Delouis, officieux adjudicataire des fumiers et composts, que de se voir livrer un “ fumier farci de pourridié malade, ou truffé de tonnes de vers blancs qui compromettaient tout la végétation ”.

Il y avait toujours la solution de porter plainte. Seulement “ Ça menait loin et ça prêtait le flanc à la rigolade de la sympathique population ”. Et puis entre nous, cette façon de faire son beurre et d'écouler sa production, cela a toujours existé et existera toujours, quoique l'on dise ou fasse. Pas de quoi fouetter un bœuf, ou un chat, et encore moins matière à un article. Allons plus loin dans l'horreur et l'absurdité dénoncées avec une force tranquille, goguenarde et irrespectueuse de la part de Jean Amila qui va bientôt nous camper quelques scènes et dessiner des portraits caricaturaux propres à soulever la réprobation générale, l'indignation dans la presse locale, l'irritation des édiles, le mécontentement onctueux du clergé assorti d'une menace d'excommunication, la colère des autochtones.

Amila.jpgEnvisager une telle pratique blasphématoire et irrévérencieuse envers la mémoire de héros qui le 6 juin 1944 avaient mouillé leurs pantalons aussi bien au propre qu'au figuré ne pouvait que soulever une poignée de hallebardes prêtes à fondre sur l'iconoclaste anarchiste. Plus que le courage, la témérité et le plaisir de combattre, (Lafayette, nous voici !) c'était la peur de mourir qui obligeait nos libérateurs à mettre un pied devant l'autre et de grimper les falaises. L'apaisement et la communion que ressent le sergent Reilly vont en prendre un sacré coup lorsqu'il apprend par le curé de Saint Laurent sur mer que les vaches du père Delouis auraient été enterrées dans l'immense charnier en compagnie des cadavres des soldats américains. Bien sûr “ Reilly n'avait guère d'illusions sur la façon dont l'Armée avait pu traiter les cadavres. Et il était bien placé pour savoir que les croix alignées, le gazon impeccable, la bannière étoilée, les mots IDEAL, VALEUR et PATRIE gravés sur le Mémorial et le grand Agénor au coup de pied à la lune, ne recouvraient qu'une immense fosse commune ... Mais le coup des vaches, il ne l'avait jamais soupçonné. Et parce qu'il éprouvait du ressentiment pour Claudine, ce matin-là, il trouva cela aussi normand, aussi français, aussi dégoûtant que le croissant trempé dans du café au lait ”.

Devant cette marque flagrante d'irrespect Reilly ne peut qu'exprimer sa fureur à son supérieur qui se montre pour le moins philosophe et balaie par une citation empruntée à Alexandre Dumas (on peut pisser dans un fleuve, aucune importance!) ce qu'il considère comme une blague, traitant le curé de farceur ou le père Delouis d'avoir voulu se rendre intéressant... L'attitude des paysans à son égard, la subordination de ses jardiniers teintée d'ironie, trouvent explication à ses yeux. “ Brusquement il se souvint de la curieuse manière qu'avaient les gens de par ici de prononcer Omaha, en le traînant, en le veulant jusqu'à en faire un meuglement : Omeuheuuu!... ”

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Ceci est un extrait d'un article paru dans la revue Polar N°16.

 

Jean AMILA : La Lune d’Omaha. Série Noire N° 839 (1964) réédition Folio policier 309, éditions Gallimard. 5,30€.

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23 novembre 2012 5 23 /11 /novembre /2012 09:16

Nice n’est pas nice !

 

  Nice est


Nice-est, c’est comme un nævus verruqueux qui dépare un joli visage, comme la tache sur le pétale d’une rose, comme l’étron dans une assiette en porcelaine de Limoges, comme… C’est l’envers, ou l’enfer du décor.

Les Vignasses, une HLM perdue parmi d’autres, une HLM dont les occupants, principalement des ressortissants de pays qui se trouvent de l’autre côté de la Méditerranée, oublient de payer le loyer. Spinelli, un encaisseur désabusé, est chargé par son patron de signifier aux locataires récalcitrants qu’à défaut de bon argent sonnant et trébuchant, c’est l’expulsion qui les attend. Un boulot qui n’enchante guère notre encaisseur de service, surtout lorsqu’il apprend que derrière tout ça se cache une vilaine histoire de gros sous et de terrain. Je t’achète, je te vends, tant pis pour les locataires démunis qui se retrouveront vite fait à la belle étoile.

Seuls quelques-uns auront le privilège d’être relogés.

Patrick Raynal trimbale son héros et son blues dans une ville qu’il connait bien. Patrick Raynal aime sa ville, mais ce n’est pour autant qu’il pardonne tout. Encenser le beau, c’est bien joli, mais ce n’est guère courageux. Dénoncer les imperfections, pour ne pas dire les magouilles, cela réconforte avec soi-même. Il faut savoir s’assumer et ce n’est pas en recouvrant de fleurs un tas de fumier que la pourriture disparaitra. Patrick Raynal le sait et ce n’est pas à sa ville qu’il en veut mais à ceux qui sont aux commandes.

 

Quant on vous dit que le roman policier, le roman noir est un reflet de la société ! Beaucoup trouvent futile ce genre de littérature, pourtant que de constats, de réflexions amères, de leçons devraient en être tirés. Patrick Raynal possède une façon bien particulière d’écrire, avec de nombreuses petites phrases, des métaphores, des formules percutantes.

 

Ce roman avait paru initialement en 1988 dans l’éphémère collection SOS Racisme chez Calmann-Lévy. Cette collection aurait mérité un plus grand retentissement, mais soit elle fut boudée par les lecteurs, soit le principe même ne fut pas concluant aux yeux de la maison d’éditions. Pourtant les titres qui ont été proposés valaient largement le détour. Cette collection SOS Racisme était-elle une bonne idée ? Ne prêtait-elle pas à confusion ? Certains auteurs, dont Patrick Raynal, sont tentés de le croire (voir Anthologie du Mystère 1989, entretien avec Jacques Baudou, Le Livre de Poche) mais il fallait avoir le courage de tenter cette expérience. Les thèmes abordés étaient le racisme, la ségrégation, la haine ou la peur de l’étranger. Etranger ne signifiant pas seulement celui qui est né au-delà des frontières, mais aussi de l’inconnu, celui qui traverse le village avec une horde de chiens hargneux à ses trousses, les gens du voyage, les handicapés, les marginaux… Et le titre même de la collection SOS Racisme, avait disparu de la couverture dès le cinquième titre, peut-être pour éviter de choquer certaines susceptibilités.


Les titres édités furent : Djemila de Jean-François Vilar (Mars 1988), Nice-est de Patrick Raynal (Mai 1988), Mississipi Delta Blues de Marie et Joseph (Aout 1988), Skinheads de Roger Martin (Octobre 1988), Billard à l’étage de Michel Quint (Mai 1989) Grand Prix de Littérature policière 1989 et L’encre de Chine de Frédéric Larsen (Mai 1989).

 

 

Patrick RAYNAL : Nice-est. (Réédition de Calmann-Lévy, collection SOS Racisme – 1988) Collection Instantanés de Polar. Editions Baleine. 142 pages. 5,95€.

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22 novembre 2012 4 22 /11 /novembre /2012 07:35

peres-et-fils

La langue française est riche. Elle possède de nombreuses locutions toutes faites, de proverbes, de maximes, d’aphorismes, en tout genre. Seulement parfois ceux-ci se contredisent. Ainsi affirme-t-on facilement Tel père, tel fils. Mais on peut également énoncer : A père avare, fils prodigue. L’une de ses deux assertions convient-elle à cette longue nouvelle, ou faut-il en trouver ou en inventer une autre pour expliquer les relations entre deux êtres humains ?

Franck, le narrateur, aime la boxe. Normal, c’est un fils de boxeur et lui-même a pratiqué ce sport, noble parait-il. Un héritage génétique qu’il n’a pas transmis à son fils Théo, dix ans.

Le coup de foudre avec Laure, la mère, le mariage puis après la naissance de Théo, la rupture. Depuis Franck peut accueillir Théo un week-end sur deux. Il ne sait pas quoi faire pour l’intéresser à sa passion, la boxe. Il lui propose de regarder sur DVD des matches de boxe, mais Théo n’est pas réceptif. Ce qui l’intéresse, c’est le modélisme. Les maquettes d’avion de guerre qu’il assemble, colle et peint avec minutie.

Depuis quelques temps, Théo est renfrogné, quasiment mutique. Il répond à peine lorsque Franck l’interroge sur ses notes, qui ont tendance à baisser, il ne veut pas aller au cinéma, regarder la télévision. Il s’enferme dans sa chambre et le dimanche soir Franck le reconduit chez sa mère, déçu, triste de ces deux jours gâchés.

Le père de Franck était boxeur mais il est mort alors qu’il était tout gamin. Lui non plus n’appréciait pas la boxe mais ce décès fut un déclic, et il s’est investi dans ce sport comme une brute. Atteignant même un niveau honorable. Mais la vie possède ses exigences qui balaient celles de l’être humain.


Trois générations, le grand-père, le père, le fils, dont le destin n’est pas linéaire et peut-être antinomique. Eric Scilien remonte le parcours de chacun avec comme pivot central Franck. Mais un père peut-il répéter les erreurs, si erreurs il y a eu, de son propre géniteur ou appliquer les préceptes inculqués ? Doit-il faire abstraction de la façon dont il a été élevé, ou effectuer un parallèle éducatif ? Quelles sont les valeurs réelles qu’un père peut ressentir et les transmettre à son fils ? Telles sont les interrogations qu’Eric Scilien pose au lecteur d’une façon détournée, sans vraiment les énoncer, mais qui remuent profondément l’inconscient, qui émeuvent, qui remettent en question bien des idées sur la pédagogie parentale.

Ce pourrait être également une parabole sur la lâcheté. Qui se montre le moins le moins courageux ? Celui qui fuit devant l’adversité ou celui qui se contente de donner des ordres sans vouloir se mouiller ?


Eric SCILIEN : Pères et fils. Collection Côté court. Editions Jacques Flament. 50 pages. 4,50€.

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21 novembre 2012 3 21 /11 /novembre /2012 15:32

Comme disait ma grand-mère, toute vérité n'est pas bonne à dire ! Pourquoi ?

 

girodeau paix


Ecrivain, journaliste, Yarnald Colom ne refuse jamais de participer à une conférence. Ce qui a l’heur de faire plaisir à son éditeur, et les séances de dédicaces qui suivent permettent d’écouler quelques romans policiers. Les piges qu’il effectue pour La Semaine, journal catalan basé à Perpignan lui permettent de subsister, sans plus, mais il ne se plaint pas. Il n’a que peu de besoins, surtout depuis que sa femme Rachel l’a quitté et qu’il se retrouve seul dans son appartement aux pièces quasiment vides.

Invité par Valenti, le président de l’association des Catalans de Marseille, il se prête volontiers au jeu des questions et réponses, jeu qui déborde largement du cadre du polar et au fur et à mesure des échanges les Catalans présents dans la salle s’intéressent aussi, mais peut-être n’étaient-ils venus que pour cela, à la Catalogne actuelle, la langue, l’économie, le social, le nouveau statut d’autonomie. Toutes informations qui intéressent ceux qui vivent éloignés de leur pays natal.

Lors de la séance de dédicaces qui s’ensuit, une jeune femme l’aborde. Elle se prénomme Montserrat et aussitôt Yarnald lui demande si elle est catalane, mais celle-ci se défend. Elle est Française et rétorque que la Catalogne n’existe pas et qu’il devrait cesser de rêver, de revenir à la réalité. Une remarque qui le refroidit, surtout lorsqu’il apprend que Montserrat n’est autre que la fille de Valenti. Mais ce n’est qu’un épisode, car Valenti, avait autre chose en tête lorsqu’il lui a lancé l’invitation. Il lui remet une lettre et lui raconte son histoire.

En 1939, Valenti avait quinze ans. Son père s’était engagé dans les armées de la République et est décédé lors de la bataille du Sègre. Sa mère et son frère durent s’exiler. Leur maison considérée comme abandonnée fut réquisitionnée par les miliciens des troupes franquistes sous les ordres d’un certain Bialet. Entré en France en 1948, poursuivi par la police espagnole pour rébellion contre les autorités militaires, il avait refait sa vie à Marseille. Il avait pu revenir en Catalogne du Sud en 1977, une sorte de pèlerinage qui l’avait amené jusqu’à son village d’Illavrana, près de Girona. Tout avait changé, la maison familiale n’existait plus. Désirant avoir des renseignements sur le cadastre, il se retrouve nez à nez avec le responsable qui n’est autre que Bialet. Il revient peu après afin d’obtenir la liste de l’inventaire qui aurait dû être établie. Bialet promet mais la demande est restée sans suite. Depuis Bialet est mort.

Antoine, le rédacteur en chef de La Semaine, journal où Yarnald effectue des piges, lui confie un reportage, justement à Girona. Une cérémonie au vieux cimetière va se dérouler afin de rendre hommage aux cinq-cent-dix victimes, des Républicains fusillés entre 1939 et 1945 par les Franquistes et ensevelis dans une fosse commune. Lors de cette commémoration, une jeune femme harangue la petite foule, demandant toute la vérité sur le franquisme, pourquoi une stèle a été érigée en faveur du Caudillo, et autres questions élémentaires qui n’ont pas l’heur de plaire aux policiers de la Guardia Civil. Ce ne peut que se terminer par un affrontement. Un point positif est cependant à mettre à l’actif de la présence de Yarnald devant cette fosse commune. Il retrouve Aleix, journaliste au quotidien local. Mais le plus étonnant dans cette affaire réside en la personnalité de Carme, surnommée Llum (lumière), militante d’un parti d’extrême-gauche et petite-fille de Bialet. Grâce à Aleix, Yarnald remonte la piste Bialet, qui est décédé d’un accident de chasse. Soi-disant, car le père Arnau, un familier de la fille de Bialet qui mène d’une main de fer l’entreprise familiale, avoue, comme s’il était à confesse et sous le sceau du secret, que Bialet n’a pas été victime d’un accident mais qu’il s’est suicidé.

 

Yarnald est seul, désabusé d’un mariage raté. Il essaie de s’arrêter de fumer, et pour compenser le manque il ingurgite de petits verres de rhum. Et il envisage de quitter son appartement, afin de couper définitivement les ponts, et de s’acheter une petite maison de campagne avec un petit jardin. Un homme comme bien d’autres.

Mais, au-delà du personnage, Gildas Girodeau s’attache à reconstituer cette époque délétère du franquisme, que des Espagnols regrettent. Car comme tous ceux qui ont connus des dictatures, ils se trouvent perdus lorsqu’ils acquièrent la liberté de pensée. Des dates significatives comme 1939, 1973, 1975, et quelques autres sont mises en scène et des personnages qui ont marqué ces périodes sont évoqués, dont Puig Antich, arrêté en septembre 1973 et membre du MIL (Movimiento Ibérico de Libéración) ou encore l’amiral Luis Carrero Blanco, membre de l’Opus Dei, victime dans l’explosion de sa voiture, explosion provoquée par l’ETA, organisation basque qui alors n’était qu’un groupuscule en balbutiement.

D’autres faits, d’autres événements sont relatés, et surtout l’auteur démontre qu’il est plus difficile pour un état de rester dans un esprit démocratique que de se tourner vers une dictature qui bâillonne les paroles, les idées, les pensées, les actions. Et pour ceux qui ont connus de loin, comme nous les sexagénaires, certains de ces remous, cela nous permet de retrouver la mémoire. Quant aux jeunes générations, cela peut être un exemple à ne pas suivre. Mais il y aura toujours et partout des nostalgiques des dictatures, ne pensant pas par eux-mêmes mais écoutant béatement la voix de son maître. Nous en avons de multiples exemples, ne serait-ce qu’en France.

Et comme j’aime bien relever les petites erreurs, de datation principalement, j’ai tiqué lorsque page 9, j’ai lu que Valenti avait soixante-dix ans au moins et page 45 qu’en 1938, à l’âge de quatorze ans… Or l’histoire se déroule en 2009. Mais ceci n’est qu’ergotage, car pour moi ce roman est l’un des meilleurs lus cette année.

A méditer : Llum déclare dans un entretien : l’Etat, comme les marchés financiers et les grands groupes privés étaient par essence des facteurs d’oppression. Autre sujet de réflexion, qui concerne les consommateurs, des élevages géants sont installés en Catalogne. Les porcs naissent aux Pays-Bas, sont engraissés en Espagne dans des conditions intensives, interdites dans leur pays d’origine, avec des aliments que les Hollandais ne peuvent utiliser, puis lorsque les porcins sont à point, ils reviennent au pays pour être abattus et commercialisés avec le label Porc hollandais. C’est beau l’Europe des échanges.

Et la question fondamentale posée par Gildas Girodeau dans son titre, faut-il pour préserver la paix faire abstraction ou taire la vérité, trouve tout son sens dans ce roman que je ne peux que conseiller.


Gildas GIRODEAU : La paix plus que la vérité. Editions Au-delà du raisonnable. 208 pages. 15€.

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19 novembre 2012 1 19 /11 /novembre /2012 08:39

Les Trophées 813 de l’Association des Amis des Littératures Policières ont été décernés le dimanche 18 novembre à Vienne (Isère) dans le cadre du festival Sang d’encre.


Valsez maintenant…


813-1.jpg

Le trophée du Roman francophone a été remis à Romain Slocombe pour Monsieur le Commandant (Nil).

Etaient également en lice :

Jérôme LEROY– Le Bloc [Gallimard]

Marcus MALTE - Les Harmoniques  [Gallimard]

Dominique SYLVAIN - Guerre sale [Viviane Hamy]

Antonin VARENNE – Le Mur, le Kabyle et le Marin [Viviane Hamy]

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

813 2

Le Trophée Michèle Witta pour le Roman étranger est allé à Stuart NEVILLE pour Les Fantômes de Belfast [Rivages]

Etaient également en lice :

Kem NUNN - Tijuana Straits [Sonatine]

Carlos SALEM – Je reste roi d'Espagne [Actes Sud]

Éric Miles  WILLIAMSON – Bienvenue à Oakland [Fayard]

Don WINSLOW – Savages [Le Masque]

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le TROPHEE MAURICE RENAULT qui est attribué à un essai,813 4 une étude, un article de presse, un magazine, a récompensé la réédition de Le detective-novel et l'influence de la pensée scientifique de Régis Messac -[Encrage]

Etaient également en lice :

(Revue) -  L’Indic [Association Fondu au Noir]

(Bulletin) - La Tête en Noir - Jean-Paul Guéry

(Internet) – Blog Action Suspense – Claude Le Nocher

(Internet) – Blog Les lectures de l'oncle Paul – Paul Maugendre

(Internet)  – Site K-libre Julien Védrenne

Il est à noter que ce prix récompense également de manière indirecte les éditions Encrage dont le travail remarquable est souvent omis.

 

 

 

 

Enfin le TROPHEE de la BANDE DESSINEE va à La Princesse 813 3du Sang 2 une adaptation de Cabanes et Headline d'après Manchette [Dupuis]

Concourraient également : 

L'homme squelette – Argunas d'après Hillerman [Casterman/Rivages/Noir]

Mathias (Jérôme k Jérôme Bloche 22) – Dodier [Dupuis]

Excentric Club (Lady Elza 1) – Dufaux et Wurm [Glénat]

L'Organisation (Parker 2) – Cooke d'après Stark [Dargaud]

La Princesse du Sang 2 – Cabanes et Headline d'après Manchette [Dupuis].

 

 

 

 

Ces romans, études et bandes dessinées ont été chroniqués sur de nombreux blogs et sites dont ceux qui ont été nominés et que vous pouvez visiter grâce aux liens insérés. Et n’oubliez pas de vous rendre sur le site de l’association 813.

 

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18 novembre 2012 7 18 /11 /novembre /2012 10:45

Mignonne, allons voir si la ronce...

ronce


La vie, c’est comme les roses, c’est beau mais il ne faut pas oublier les épines qui sont le complément indispensable. Comme le mal qui s’accroche au bien, afin de relativiser notre existence.

Et dans les nouvelles signées par Roland Sadaune, la vie en contient pas mal de ces dards qui égratignent les petits moments de bonheur éphémères. Treize exactement, comme dans la cène, douze apôtres autour de celui qui deviendra le Christ dont le front sera ceint de ronces.

Mais n’allez pas croire que Roland Sadaune puise son inspiration dans le domaine biblique. Non, c’est plus prosaïquement à partir de la vie quotidienne qu’il construit ses historiettes, avec parfois un trait de plume trempé dans la dérision, le caustique, l’humour grinçant, l’ironie, le rêve aussi.

Comme Roland Sadaune est également, et avant tout allais-je écrire, artiste peintre, il s’inspire de son savoir-faire et de son expérience pour nous planter le décor en deux coups de pinceaux plongés dans le noir, amélioré de gris, pour nous camper quelques personnages issus de son milieu ou non, pour brosser des situations dramatiques tout en étant cocasses. Et au fil de ses nouvelles et de ses romans, il s’affine, le trait de vient plus incisif, plus corrosif, plus obsédant aussi. Un auteur à découvrir.

 

A lire également de Roland Sadaune : Le loup d'Abbeville, Deauville entre les planches, Game Auvers.

 

Roland Sadaune : La vie en ronces. Editoo.com. Avril 2004. 13€.

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17 novembre 2012 6 17 /11 /novembre /2012 17:17

Tilt !

  game auvers 16


La pluie qui tombe en abondance en cette fin de mois de septembre sur Cergy-Pontoise et ses environs n’arrange pas l’humeur du commissaire Stanislas Chimay. Sa vie familiale a été profondément perturbée et ses relations avec le nouveau commissaire divisionnaire sont particulièrement tendues. Pour autant les délits ne connaissent pas la trêve.

Sous une pile de pont enjambant l’Oise, des vêtements sont retrouvés. Pas déposés au hasard mais bien pliés. Après examen, il s’avère qu’ils appartenaient à une jeune adolescente de quinze ans disparue trois semaines auparavant.

Mais une autre affaire bouscule le commissariat, celle du gang des Mouse, des individus portant un masque de Mickey et dévalisant, torturant et tuant de braves personnes qui ne demandaient qu’à regarder tranquillement la télé chez elles. La routine.

Ce qui change de l’ordinaire, c’est bien le courrier sibyllin et anonyme reçu par Chimay à son domicile, ainsi que le message laissé sur son répondeur téléphonique. « Bonjour mister commissaire, un little game avec moi vous dirait-il ? » lui a proposé son correspondant au téléphone, tandis que le courrier comporte deux feuillets. Sur le premier est écrit « Ma proposition vous tente, mister cop ? Okay ! Voici le support du jeu, étudiez-le ». Est adjointe à la missive une photocopie du plan d’Auvers sur Oise.

Le corps de la jeune Laury est retrouvé près des berges de l’Oise mais selon les premières constatations elle serait morte suite à une strangulation opérée quelques jours auparavant. Et tandis que ses hommes courent après le gang des Mouse, Chimay doit répondre à des questions sous forme de Quizz énoncées par le Player, son correspondant anonyme qui lui téléphone aussi bien de portables volés que de cabines téléphoniques.

La première série de questions porte sur Van Gogh, le peintre qui a marqué de son empreinte la petite ville. Mais soit précipitation de Chimay dans ses réponses, soit vantardise de la part de Player, celui-ci revendique l’assassinat de Laury. Une seconde gamine est retrouvée quasiment dans les mêmes conditions et l’exploration des ordinateurs des deux jeunes filles apprend aux policiers qu’elles se connectaient sur site d’échange avec un dénommé Stetson. Chimay préfère jouer en solo dans son enquête sur la recherche de l’identité de Player mais il requiert toutefois les services d’une profileuse tandis que Carine, une journaliste locale essaye de renouer le contact avec lui.

 

Peintre, Roland Sadaune brosse son décor et son intrigue dans son département natal où il vit toujours. Il nous offre un tableau où le noir et le gris dominent, intérieurement et extérieurement.

Chimay, grand amateur de bières, vit avec des fantômes, ceux de sa femme et de sa fille décédées quelques années auparavant. Et pour préserver ses souvenirs toujours présents, il garde des objets qui font partie de son quotidien. Il porte deux alliances, les pantoufles de ses « femmes » sont placées près des siennes et autres réminiscences. C’est un homme bourru, vindicatif, soupe-au-lait, tenace, qui se moque de la hiérarchie pour mener à bien son enquête. Car il est convaincu que Player lui en veut personnellement et que le jeu proposé n’est pas dû au hasard. La confrontation avec un être insaisissable qui risque de tourner au drame, heureusement il peut compter sur une forme d’amitié de son adjoint qui effectue des recherches à sa place sans savoir de quoi il retourne. De tous petits indices vont se révéler déterminants et son opiniâtreté fera le reste. Un bon roman qui mériterait une plus grande diffusion.


Du même auteur lire : Le loup d'Abbeville et Deauville entre les planches.


Roland SADAUNE : Game Auvers. Val d’Oise éditions. 328 pages. 13,80€.

 

challenge régions

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17 novembre 2012 6 17 /11 /novembre /2012 08:59

Que la lumière soit et la lumière fut...

 

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Au XXIVème siècle, la Terre est en proie aux ravages provoqués par le réchauffement climatique. Le niveau des mers et des océans a monté de six mètres par rapport à notre époque et de nombreux continents ont vu leurs surfaces agricoles diminuer alors que la population n’a cessé d’augmenter.

La disparition des iles du Pacifiques et de l’Atlantique a entrainé un bouleversement des flux migratoires, tandis que la Chine, l’Inde et les pays dits émergeants ont épuisé leurs ressources en énergie fossile. Seuls les consortiums agro-alimentaires se frottent les mains engrangeant du blé, au propre et au figuré. L’Europe et l’Amérique du Nord subissent depuis des dizaines d’années un afflux non contrôlé d’immigrants climatiques.

Mars et Titan ont été colonisés mais cela ne résout pas les problèmes des Nantis, appelés ainsi en opposition aux Isolés qui sont confrontés à la famine. Andrew, originaire d’Amérique du Nord et président mondial est connu pour ses positions extrémistes affichées avec ostentation. Il n’est plus question pour l’Europe et l’Amérique du Nord d’accueillir tous les réfugiés, même s’ils sont affamés, en provenance d’Afrique, d’Amérique du Sud et d’une grande partie du Sud Est asiatique. Il impose la construction d’un mur séparant les pays pauvres des pays riches, proposition entérinée par une très grande majorité des membres du conseil.

Seul Assican, d’origine tibétaine et installé en France, refuse de voter cette motion. Mais seul ou presque, que peut-il faire ? Le chaos est proche et Assican confie à son fils Temeso une mission périlleuse qui pourrait sauver une toute partie de l’humanité d’une guerre millénaire entre le Bien et le Mal, entre la Lumière et les Ténèbres, résurgence ou continuation du conflit entre Lilith et Eve à l’origine du monde. Se rendre à bord d’une navette en compagnie d’une cinquantaine de couples issus de tous milieux ethniques et religieux jusqu’à une planète nommée Eden, un voyage qui durera soixante dix ans.

Ce roman est la métaphore de notre système social et financier actuel vu à travers une lunette grossissante, préfiguration de l’Apocalypse. Et bien sur, en premier lieu, c’est la parabole sur le rejet des immigrants fuyants des régimes totalitaires, ne demandant humblement que du travail et de quoi manger, et reconduits vers la frontière, expulsés comme des bêtes sauvages jusque dans leurs pays où ils risquent la mort.

C’est également une parabole sur les profits financiers monstrueux réalisés sur le dos des paysans, des travailleurs surexploités habitant le tiers et le quart monde, des profits financiers destinés aux actionnaires anonymes de sociétés multinationales demandant toujours plus, quelle qu’en soit la provenance. Sans parler des parachutes dorés, ou plutôt des parachutes en or. Vous coulez par incompétence, par cupidité une multinationale, un pays, et on vous vire en vous récompensant largement.

Ce n’est plus de la science-fiction, c’est une projection de notre époque vers un futur qui ne s’avère guère réjouissant et dont nous connaissons les prémices délétères.


Du même auteur, lire :  Projet espoir.


Daniel Piret : Les enfants de la Lumière suivi de Les Miroirs. Rivière Blanche n° 2060. Couverture de Jean-Félix Lyon. 216 pages. 17€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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