Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
18 octobre 2012 4 18 /10 /octobre /2012 08:20

  Y’a-t-il une vie avant Astérix ?

 

uderzo

 

UDERZO ? Personne ne l'ignore, cet homme est le créateur avec Goscinny du plus célèbre Gaulois de la planète…

Mais saviez-vous qu'Astérix est l'arbre qui cache la forêt ?

 

Avec Uderzo, l'Intégrale, Philippe Cauvin et Alain Duchêne, deux admirateurs de la première heure, nous dévoilent les multiples facettes de ce dessinateur hors pair, un autodidacte incroyablement doué.

 

Les auteurs ont accompli un travail considérable de recherche et de restauration des planches et illustrations. Avec la complicité du maître… qui préface l'album et leur a donné accès à ses propres archives ! Une mine de merveilles que les auteurs nous font découvrir avec ce premier volume consacré aux œuvres de la décennie 1941-1951.

 

Flamberge-723x1024Flamberge, Clopinard, Clodo et son oie, Prince Rollin, qui succède à son père Arys Buck, Belloy, Zidor, ou encore Superatomic « Z » sont autant de personnages qui alimentent les pages des nombreuses parutions de la décennie 1941-1951.

 

Avant de devenir le père d'Astérix, Albert Uderzo a aussi approché le dessin animé, dessiné des brevets militaires et illustré les «chiens écrasés» de France Dimanche et les romans noirs à épisodes de France Soir, quotidien incontournable de l'époque.

 

Uderzo, l'Intégrale révèle une œuvre riche et plurielle, du dessin d’humour au réalisme en noir et blanc en passant par le comics. La maîtrise du trait et du mouvement est toujours impressionnante.

 

« LES INSTITUTIONS DANS LA BD, ÇA N’EXISTE PAS. CE SONT LES LECTEURS QUI FONT LE SUCCÈS. C’EST AUSSI SIMPLE QUE ÇA ! »

 

Albert Uderzo (Introduction à l’Intégrale 1941-1951)

C’est un événement majeur pour le 9e art : L’Intégrale Uderzo, réalisée avec sa participation, réunit enfin toutes les planches introuvables de ce géant de la bande dessinée. Une œuvre immense, extrêmement variée et bien souvent méconnue ! 1941-1951sont celles des débuts :

424 pages de pur bonheur graphique et de trouvailles, qui donnent déjà toute la mesure du génie d’Uderzo.

À découvrir en version intégrale, tous les dessins, séries et albums de 1941 à 1951 :

• Dessins d’enfance et de ses débuts pendant la guerre, illustrations au service militaire…

• Les premières séries de presse pour la jeunesse : Flambergerollin20me gentilhomme gascon, Clopinard le dernier des grognards, vagabond espiègle et son acolyte Grogui, à l’allure déjà « enveloppée », Les aventures de Clodo et son Oie, strip cocasse à la française publié dans un quotidien, Zidore l’homme-macaque, version burlesque de Tarzan…

• Les séries d’aventure dans le magazine OK : Arys Buck et son épée magique, Le Prince Rollin, Belloy l’invulnérable, des comics signés Al Uderzo pour faire américain, qui regorgent d’action et d’humour, avec scènes de bagarres, duos de héros et jolies princesses à délivrer…

• La série Capitaine Marvel Junior pour le journal Bravo, et Superatomic Z pour 34 aventures…

belloyinvulnrable• Les dessins de presse époustouflants pour France Dimanche et France Soir de la grande époque, où Uderzo illustre les faits divers et le Tour de France en bande dessinée. Albert Uderzo est un des dessinateurs vivants les plus connus dans le monde.

À 4 ans, sa maîtresse de maternelle repère son talent pour le dessin.

A 7 ans, il découvre sa vocation avec le Journal de Mickey.

À 14 ans, il publie son premier dessin.

En plus de 70 ans de carrière, Uderzo aura tout dessiné, dans tous les styles, tous les registres, avec un génie que lui reconnaissent des dessinateurs aussi variés que Petillon, Moebius, Zep ou Gotlib, et le succès planétaire de la série Les aventures d’Astérix avec son complice Goscinny.

Publier l’intégrale d’une œuvre aussi vaste et variée, en partie dispersée, est un défi de taille. Philippe Cauvin et Alain Duchêne, deux spécialistes passionnés, ont parcouru toute l’Europe pour retrouver, rassembler, restaurer toutes les planches originales, les journaux, les albums, et publier les milliers de dessins nés du crayon magique d’Uderzo au fil du temps.

UDERZO, L’intégrale. Volume 1 1941 – 1951. 424 pages, format 290 x 290. 69 €

 

  

Repost 0
Published by Oncle Paul - dans Infos
commenter cet article
17 octobre 2012 3 17 /10 /octobre /2012 16:31

josso.jpgNé en 1938, Yves Josso a quasiment toujours gravité en littérature et ses annexes. Il a été écrivain de l’ombre, une métaphore qui cache l’appellation de nègre, pour une vingtaine de romans signés par d’autres, mais également rédacteur et rewriter dans des magazines people, ainsi que chef du service rewriting (correction, réécriture) pour France Dimanche jusqu’en 1999. A sa palette il faut aussi ajouter scénariste, adaptateur et dialoguiste pour le grand écran et la télévision, ainsi que parolier de chansons, auteur de pièces de théâtre, de textes radiophoniques et adaptateur pour la télé d’une série de contes japonais pour enfants : La théière enchantée, Le chien du laboureur, Le chasseur de canards, L'île aux ogres 

Enfin il fut comédien principal de deux courts-métrages de François de Roubaix dont l’un (Comment ça va, j’m’en fous) a obtenu le César 1976 et l’autre (Le Gobbo) l’Ancre d’or du film sous-marin. Yves Josso est d’ailleurs aujourd’hui le Président de l’association “ Les amis de François de Roubaix ”. Il a en outre été directeur d’une usine frigorifique, ce qui lui a permis de marier les nourritures spirituelles aux nourritures terrestres. Sous le nom de Vonnick de Rosmadec, il a écrit une série de dix romans érotico-policiers mettant en scène Miss Flic, une commissaire de police qui offre son corps pour les besoins de son enquête et donc  pour lajosso3.jpg France... Plus récemment, en 2005, il a publié aux éditions Équinoxe deux carnets de voyages, avec la collaboration d’Alain Bodson, sur l’œuvre de son père (Xavier Josso 1894 – 1983), peintre aquarelliste et graveur, sous les titres : La Loire Atlantique de Xavier Josso et Le Finistère de Xavier Josso. Enfin, en septembre 2007, il revient à la fiction, créant la belle et jeune Clémence de Rosmadec (allusion à son premier pseudonyme) avec deux romans :  Eté meurtrier à Pont-Aven et  La Noyée du Pont des Invalides, deux romans dont la peinture et les peintres tiennent une place prépondérante. Deux autres suivront : Les captifs de Cornouaille  et L’assassin des cathédrales.

L’art pictural imprègne l’univers d’Yves Josso. Outre son père, artiste peintre, sa femme et sa fille pratiquent cette discipline. Et l’élément déclencheur du premier roman réside dans cette visite à Pont-Aven lors d’une rétrospective consacrée à son père.

miss-flic.jpgS’il a utilisé le nom de Rosmadec comme pseudonyme pour sa série des Miss Flic (dix romans publiés chez Vaugirard début années 90), et comme patronyme de son héroïne, cela n’est pas anodin. En effet, sa famille est d’origine vannetaise et selon une de ses tantes, férue de généalogie, il existe près de Vannes le château de Plessis-Josso. Et dans l’album photo familial figure une carte postale de l’hôtel de Rosmadec, avec la mention Berceau de nos aïeux.

Clémence de Rosmadec se montre une femme libérée avant l’heure, mais Yves Josso précise que ce n’était pas rare à cette époque, du moins dans le milieu des artistes peintre et il prend pour référence Suzanne Valadon, la mère d’Utrillo.

Fiche établie d’après une correspondance avec Yves  JOSSO.

Repost 0
Published by Oncle Paul - dans Entretiens-Portraits
commenter cet article
17 octobre 2012 3 17 /10 /octobre /2012 05:55

Le cas ravage du Caravage.

 

cornouaille.jpg

L’arrivée au domaine de la Josselière est toujours un événement joyeux pour la famille de Rosmadec, et plus particulièrement pour Clémence qui va retrouver son ami le peintre Paul Gauguin. Artiste elle même, elle peint et sculpte, elle est à même d’apprécier la compagnie et les conseils avisés de son maître et de ses compagnons, Emile Bernard et quelques autres.

Mais ce retour à la demeure ancestrale est entaché d’un drame. Albertine, la jeune sœur de Clémence, et Hélène, la fille d’une servante, sont tellement heureuses, qu’elles décident de dormir ensemble afin de pouvoir papoter en toute liberté. Mais en pleine nuit, deux malfrats s’introduisent dans le château et dérobent un dessin du Caravage, découvert à Malte par le grand-père Rosmadec. Les deux jeunes filles entendent les deux malfrats et Hélène descend l’escalier afin de connaître l’origine du raffut. Les deux voleurs s’emparent de la gamine et poignardent mortellement Hector un vieux valet de la famille. Albertine tombe, s’empêtrant les pieds dans la rambarde. Lorsqu’elle revient à elle, elle est atteinte d’une forme d’aphasie. Seulement les deux cambrioleurs pensent s’être emparés de la descendante des Rosmadec et ils réclament en échange de sa liberté une forte somme d’argent.

Clémence et son ami Gildas tentent de retrouver la piste des ravisseurs en enquêtant dans les ports de la côte et jusque sur l’île de Groix, mais à chaque fois ceux-ci se sont déjà défilés. Heureusement Clémence qui possède un solide coup de crayon et ne se départit jamais de son carnet de croquis, dresse des portraits robots. En compagnie notamment de son oncle François, médecin, elle quitte la Josselière afin qu’Albertine puisse consulter à Paris le professeur Charcot, aliéniste réputé pour ses miracles dans le domaine médical, utilisant l’hypnotisme comme traitement.

Profitant de son séjour dans la capitale elle enquête dans les milieux de l’art, en compagnie de ses deux amis, Bouboule et Antoine, dont le lecteur a déjà fait la connaissance dans La Noyée du Pont des Invalides. Par Romain, un jeune homme qui travaille dans la salle des ventes de l’hôtel Drouot, elle apprend qu’un dessin du Caravage va être mis en vente, mais fait inhabituel chez le peintre, ce document est signé. Elle reconnaît l’esquisse qui a été dérobée et assiste donc aux enchères. Elle se renseigne sur le vendeur et l’acheteur. Un nouveau coup de théâtre se produit lorsqu’un jeune adolescent, Pierre, dont les parents sont des familiers de la famille Rosmadec, disparaît au cours d’un voyage qu’il effectuait en Bretagne, sur les traces de la randonnée effectuée par Flaubert et de Maxime du Camp en 1847.

 

Dans ce troisième volet Clémence se montre toujours aussi charmante, intrépide, hardie, persévérante, téméraire et obstinée. Elle n’hésite pas à effectuer de longs voyages, entre Douarnenez, Morlaix, Carhaix, Etretat en compagnie de Gilles le frère aîné de Pierre, afin de traquer les ravisseurs de celui-ci et d’Hélène, l’amie de sa sœur. Elle surmonte les embûches et fait des rencontres saisissantes, telle celle de Gustave de Maupassant, le père de Guy, et découvre les lieux où ont vécu Courbet, Maupassant fils, Corot, Degas et tant d’autres. Yves Josso propose une balade au pays de l’art pictural et littéraire, sans pourtant se montrer pédant. D’ailleurs, il est amusant de lire, via la réplique d’un de ses personnages cette répartie qui ne manque pas de sel : “ On se croirait dans un roman de Jules Verne quand l’auteur croit bon, pour épater son lecteur, de se lancer dans des explications techniques ou théoriques ! Personnellement je saute ces pages ennuyeuses, je les passe… ”. Et qui de nous, enfants, avons pu aller jusqu’au bout des déclinaisons des familles, espèces, groupes, sous-groupes et j’en oublie, des noms de poissons débités en litanie dans Vingt mille lieux sous les mers ? Les captifs de Cornouaille est un roman qui s’inscrit comme un pur bonheur de lecture dans la lignée des maîtres du populaire du XIXème siècle, la maîtrise de l’écriture en plus.

Du même auteur, dans la même collection :  Eté meurtrier à Pont-Aven et  La noyée du Pont des Invalides.


Yves JOSSO : Les captifs de Cornouaille. Collection Grands Détectives N° 4243. Editions 10/18. Juillet 2009. 8,10€.

challenge régionschallenge breton-copie-1

Repost 0
16 octobre 2012 2 16 /10 /octobre /2012 14:10

Il n’a pas pété les plombs, c’est en entier que le transfo interne a explosé !


schizo.jpg

Être bardé de diplômes n’est pas gage de réussite professionnelle, Jean-Luc Gouézec peut en témoigner. Pourtant son avenir semblait flamboyant comme une aurore rayonnante au dessus d’un pic montagneux. Bientôt cela va se convertir comme un coucher de soleil baignant dans des eaux rougeoyantes, sanglantes.

Pour raconter objectivement la rencontre avec celui qui deviendra son amant puis le père de ses enfants, narrer la montée foudroyante puis la longe descente aux Enfers de Jean-Luc, il fallait la plume impartiale de Delphine qui a vécu et subi les événements, d’abord sans trop y croire puis a bien été obligée de se faire une raison du déraisonnable.

Si Jean-Luc est issu d’une famille bourgeoise, père proviseur, mère agrégée, Delphine est le rejeton de modestes employés municipaux. Cette différence de statut social n’entrave en rien leur amour. A peine sorti haut la main d’une école de commerce, Jean-Luc s’est vu proposer une situation mirifique, la création d’un centre d’appels téléphoniques, financée par un fonds de capital-risque, dont il serait le directeur promoteur. Le local est déjà loué, il ne lui reste plus qu’à peaufiner le projet : sélectionner avec rigueur et embaucher une vingtaine d’opérateurs, solliciter les subventions auprès des pouvoirs publics, démarcher des clients potentiels, faire tourner l’entreprise en dégageant un maximum de bénéfices. Alors, afin d’acquérir une assise plus conforme à ses ambitions, il propose le mariage à Delphine qui travaille dans un collège brestois, une cérémonie qui se déroule uniquement à la mairie et se développe en fête païenne, sous les regards réprobateurs de la famille Gouézec, puis il s’attelle à la tâche qui lui a été confiée.

Il se voyait déjà en haut de l’affiche sauf que celle-ci glisse inexorablement le long du mur pour se retrouver dans le caniveau. Son commanditaire n’était qu’un aigrefin qui s’est volatilisé avec les fonds recueillis, et Jean-Luc se retrouve boulette de papier jetée dans une corbeille. Le couple est obligé de déménager, de s’installer dans un quartier nettement moins huppé, de végéter. Heureusement Delphine a gardé son emploi. Mais le pigeon plumé reste au nid, démoralisé, désenchanté, découragé, désœuvré. Et pour remonter la pente il ne trouve rien de mieux que de se laisser aller, soignant sa déprime au cannabis, se rendant chez madame ANPE comme on se rend au cimetière en invité surprise. Et les petits boulots qu’on lui présente ne l’intéressent pas, madame ANPE et lui ne partagent pas les mêmes valeurs.

Les mois passent, Delphine pense à la séparation, au divorce, et dans le même temps estime que la venue d’un enfant au foyer permettrait à Jean-Luc de se stabiliser, de lui trouver un pôle d’attraction, de le remotiver. Et c’est dans cette ambiance délétère que nait le petit Maël. Tout n’est pas perdu, car les parents de Jean-Luc, qui possèdent de nombreuses relations influentes, travaillent en sous-main pour l’aider à rebondir. Pas tant pour lui, qui se montre odieux, mais pour leur belle-fille qu’ils estiment et leurs enfants. Ils lui fournissent la possibilité d’entrer dans une société de courtage basée à Vannes. Au départ Jean-Luc est réticent mais il se plie devant les arguments avancés. Seulement il possède sa fierté et au bout de quelques années, il ne supporte plus d’avoir un supérieur hiérarchique, surtout une femme. Et à nouveau cela se dégrade. Il implose lorsque, après avoir envoyé une demande de graphologie à la responsable de la rubrique du journal local, il reçoit cette réponse : Personnalité complexe et complexée. Inhibitions diverses et obsessionnelles, et leur contraire : surestimation de l’égo. Dénuée de sentiments positifs à l’égard d’autrui, une nature déplaisante, rigide et dominatrice. La personne devra s’amender si elle veut devenir plus fréquentable.

Alors il va écrire, écrire encore, envoyant ses récriminations du bas de l’échelle jusqu’au plus haut, et son cerveau va court-circuiter.

Hervé Jaouen, délaissant sa saga familiale qu’il reprendra peut-être un jour (Les filles de Roz-Kellen, Ceux de Ker Askol, Les sœurs Gwenann et Ceux de Menglazeg) revient aux fondamentaux, une critique sociale à travers un personnage qui disjoncte à cause de deux facteurs : sa propre faiblesse mentale, quoiqu’il se sente supérieur, et l’univers des dérives financières et sociétales. Hervé Jaouen se livre à un travail d’analyse qui ne porte pas sur un personnage abstrait, de fiction, mais bien sur une réalité quotidienne. Combien de fois avons-nous entendu aux infos parler de ses pères de famille qui poussés au bout du rouleau se livrent à un véritable massacre familial parce qu’ils n’en peuvent plus, broyés par l’implacable mécanique de la recherche de travail, imbus de leur supériorité, supposée, qu’ils possèderaient grâce à des diplômes obtenus haut la main et qui en fin de compte ne leur offrent pas plus de débouchés qu’un honorable Bac. Et tous ceux qui descendent inexorablement la pente et que l’on retrouve un jour SDF.

Une étude de mœurs, une peinture au couteau d’une frange de la société en déliquescence. Le Jaouen nouveau est arrivé, invitez-le chez vous.

 

Envie d'un autre avis ? chez Action-Suspense évidemment !


Hervé JAOUEN : Dans l’œil du schizo. Collection Terres de France ; éditions Presses de la Cité. 320 pages. 19,50€.

 

challenge régionschallenge breton-copie-1

Repost 0
16 octobre 2012 2 16 /10 /octobre /2012 08:02

Un modèle réduit…

 

Pont-invalides.jpg


Quelques semaines après avoir résolu l’énigme de “ L’été meurtrier à Pont-Aven ”, (N° 4020, même collection) Clémence de Rosmadec a repris ses habitudes. Elle fréquente l’atelier de dessin de maître Cormon, en compagnie notamment de son ami Antoine, un trublion farceur qui fabrique des sifflets avec des noyaux d’abricot. Elle peint également dans son atelier de verre, situé au fond du jardin de la propriété familiale de Neuilly, un cadeau de son père architecte.

En ce jour de la fin octobre 1886, Clémence est furieuse et inquiète. Son modèle, Giovanna jeune fille d’origine italienne, ne s’est pas présentée comme convenu au rendez-vous habituel. Elle apprend par les journaux que celle-ci a été retrouvée noyée dans la Seine, après avoir été étranglée. Elle décide alors de se substituer à la police, le commissaire André Kerlutu, secrètement amoureux depuis sa jeunesse de Lysandre, la mère de Clémence, ayant d’autres chats à fouetter.

En compagnie d’Antoine et d’Erwan, le neveu de Kerlutu dont elle avait fait la connaissance à Pont-Aven et qu’elle a retrouvé étudiant assidûment ses cours de droit, elle s’intéresse d’abord à la vie intime de Giovanna, afin de mieux cerner la personnalité de la disparue. Giovanna avait été ramenée d’Italie par Luigi, un rabatteur pour maisons closes, et vivait dans un garni sordide où les filles transitent, sont éduquées, avant d’être disséminées dans les bordels. Le cocher qui avait découvert le corps, Bouboule, avait été inculpé comme présumé coupable mais il est relâché, et coïncidence, c’est un ami d’Antoine. Il a vu deux personnes sortir d’un fiacre et jeter le corps dans le fleuve. S’il n’a pas distingué les traits des individus, il peut toutefois préciser que des armoiries ornaient le véhicule.

Elle enquête aussi chez maître Cóllico, chez lequel Giovanna exerçait son métier de modèle. Curieux bonhomme que ce Cóllico, dont la femme, une grosse matrone prénommée Berthe, s’érige en régente au milieu des élèves formant la cour d’un artiste académique et sectaire. Mais une information vient jeter la confusion : Giovanna était enceinte de trois mois.

 

Cette nouvelle intrigue mettant en scène Clémence de Rosmadec n’est en réalité qu’un aimable prétexte pour Yves Josso de plonger le lecteur dans l’ambiance artistique de la fin du XIXème siècle. On retrouve au fil des pages, Gauguin, Emile Bernard, Van Gogh, Toulouse-Lautrec, Suzanne Valadon, Seurat, Signac, Berthe Morizot et bien d’autres ainsi que le poète Stéphane Mallarmé. On se promène de Montmartre et des environs du cimetière du même nom, à Vaugirard, en passant par le boulevard de Clichy, la place Maubert et le quartier de la Sorbonne et de l’Odéon, on découvre un Paris agreste, avec ses champs et ses gardeuses de chèvres, ses terrains en friche, comme celui où est installé l’atelier de Cóllico, l’univers des peintres en devenir, des rapins comme ils disent, leurs déboires et leurs joies, l’entraide qui les anime, eux qui ont du mal à subsister parce qu’ils refusent de stagner dans un art qui n’évolue pas. Ce qui n’empiète pas sur leur joie de vivre, souvent aidés en cela par l’absorption immodérée d’alcool blanc et de verte, comme était désignée l’absinthe. Quant à Clémence, elle se montre une femme libérée avant l’heure, son cœur et son corps ne pouvant se départager entre Gildas et Erwan.


Du même auteur, voir : Eté meurtrier à Pont-Aven.


Yves JOSSO : La noyée du pont des Invalides. 10/18, collection Grands Détectives N° 4021. Septembre 2007. 8,40€.

challenge régions

Repost 0
15 octobre 2012 1 15 /10 /octobre /2012 15:08

Les annales des anneaux.


anneaux.jpg

En ce 18 juillet 1936, les rues de Barcelone connaissent une affluence et une effervescence inhabituelles.

Est-ce parce que des jeux olympiques parallèles à ceux de Berlin se tiendraient dans la capitale catalane, organisés par des sportifs protestataires et hostiles aux officiels organisés par Hitler et sa clique ? Il semblerait que oui, car de nombreux journalistes sportifs et d’athlètes se retrouvent dans les divers hôtels de la ville, sur les ramblas, dans les cafés. Toutes les nationalités sont représentées ou presque. Parmi les reporters, Albert Grosjean, qui est envoyé le journal Sport, retrouve avec plaisir certains de ses confrères,

Mais ce bouillonnement possède aussi une autre cause, moins pacifique que les affrontements entre athlètes dans un stade. Un coup d’état militaire est fomenté par des phalangistes, des généraux réactionnaires dont les soldats se sont emparés de casernes au Maroc et dans toute l’Espagne. Les journalistes sont consignés dans leurs hôtels dans le centre et sont priés de ne pas s’éloigner. La révolution est en marche.

Parmi ses confrères, Albert Grosjean retrouve son ami Ernest Sorman par hasard, mais celui-ci disparait non sans avoir laissé au concierge de l’hôtel où est affecté Grosjean une lettre et un paquet. Sorman souhaite que Grosjean remette un anneau, une alliance, à une femme qui lui est chère et qui pour l’heure est en Allemagne. Malgré son envie de participer à la révolution, ses idées politiques penchant vers le parti communiste, Grosjean retourne en France afin d’accomplir sa mission.

Il lui faut une couverture et Grosjean demande à son rédacteur de lui permettre de couvrir les jeux de Berlin. Or il était prévu de boycotter les jeux et l’idée qu’un journaliste de Sport couvre l’événement déplait fortement au responsable de l’hebdomadaire. Grosjean plaide sa cause en avançant un argument implacable : En n’y allant pas, nous laissons la presse réactionnaire écrire ce qu’elle veut. Nous encourageons une couverture unilatérale des jeux. Convaincu le patron de Sport lui annonce fièrement peu après qu’un rendez-vous avec un assistant de Pierre Cot, ministre de l’Air, un certain Jean Moulin, est programmé.

Grosjean va donc pouvoir se rendre à Berlin muni de deux missions. Remettre l’anneau à Anna Meyer, l’amie de Sorman, d’une part, ce qui lui semble relativement facile. Seulement Anna Meyer a fait l’objet d’une vive controverse entre les autorités allemandes et le Comité international olympique. Devenue un symbole, elle est hautement surveillée et il sera difficile de l’approcher, à première vue. Car il est fort étonné de voir la belle athlète juive s’afficher au bras du ministre de l’éducation du peuple et de la propagande.

L’autre mission confiée à Albert Grosjean par Pierre Cot et Jean Moulin relève de la taupe. La France s’est engagée à ne pas aider les Républicains espagnols, a ne pas livrer d’armes, à n’envoyer aucun militaire français. Une intervention trop marquée en faveur de la République espagnole et les radicaux nous lâchent… C’est la fin du Front populaire… De plus, l’Angleterre, principal alliée de la France, verrait d’un mauvais œil une ingérence ou action en faveur de la république espagnole. Cependant le gouvernement français suppose que les Allemands et les Italiens possèdent des plans secrets de livraison d’armes aux généraux de Burgos. Et Grosjean doit vérifier et éventuellement confirmer cette indication.

Et c’est ainsi que le voilà lancé dans le grand bain, simple journaliste au milieu des dignitaires nazis, Goebbels en tête, pataugeant parmi les athlètes dans la piscine ou courant derrière sur le stade, côtoyant agents doubles ou triples, femmes fatales et espionnes de haut-vol, dégoûté comme certains de ses confrères en entendant les propos racistes et antisémites à l’encontre de certaines personnes de leur entourage et des sportifs qui doivent participer aux épreuves, et assister aux tricheries organisées sous la bienveillance de la clique hitlérienne. Ici aussi, sous couvert d’idéal olympique, chacun défendait son médiocre drapeau et tous les coups étaient plus ou moins permis. Juges crapuleux vendus à l’Allemagne, hommes concourant dans les épreuves féminines, doping, sans parler des tensions raciales que dissimulaient timidement les bons usages olympiques.


Sous couvert de fiction, François Thomazeau nous invite à participer en spectateurs parfois révoltés à cette période trouble dont les points de fixation furent les Jeux de la honte, jeux qui n’étaient qu’un écran de fumée, et le putsch militaire espagnol, dans un roman document à fort relent d’espionnage. Les personnages fictifs et réels se fondent et cohabitent, afin de donner plus de force à certains événements. Les accidents par exemple perpétrés à l’encontre des généraux nationalistes José Sanjurjo et Emilio Mola, tous deux généraux nationalistes, décédés lors de voyages en avion. Le rôle de la France dans la diplomatie internationale mais surtout celui ambigu de la couronne britannique et d’autres nations. La fonction discrète de Jean Moulin lors de son passage comme chef de cabinet au ministère de l’Air du Front populaire, entre deux affectations dans des préfectures. Et bien d’autres personnages qui firent parler d’eux dans des circonstances plus ou moins honorables. Kim Philby, André-François Poncet, Edouard Corniglion-Molinier, Robert Perrier, Unity Valkyrie Mitford, le Major Hugh Pollard, Leni Riefenstahl, Simon Sabiani, sans oublier le “ héros” de Berlin, Jesse Owen.

Et il est à remarquer que l’esprit des Jeux de Berlin, esprit fort décrié car il s’agissait plus d’une propagande que d’une véritable manifestation sportive dans la lignée spirituelle de Pierre de Coubertin, cet esprit de compétition est encore et toujours un véritable marché soumis à la gloire de la finance. Le trafic d’influence laissant place à la tricherie est toujours de mise malgré les dénégations officielles. Dernier exemple en date, les petits arrangements entre amis dans le monde de la boxe amateur.

Les cris de singe lancés aujourd’hui dans les stades de football à l’encontre de joueurs de couleur, Jesse Owen lui aussi les a subi, et dans un endroit qui n’était pas choisi par hasard : le zoo de Berlin.


Quant à la déclaration de ce journaliste du Miroir du Monde, n’est-elle pas reprise, sous une autre forme guère plus élégante dans d’autres domaines sportifs : Un Woodruff, un Owens, un Johnson sont autant d’obstacles insurmontables pour la race blanche. Il faudra se décider un jour à les éliminer des compétitions qui seront alors réservées aux Blancs. Ce n’est pas là une attaque contre les Noirs qui sont, pour la plupart, de braves garçons dociles et de bons enfants. C’est une mesure d’égalité, simplement. Or, il apparait de plus en plus évident que l’atavisme animal des Noirs les avantage par trop dans leurs luttes musculaires contre les Blancs, dont les conditions de vie sont différentes depuis des générations.

Edifiant, non ?

 

Enfin, n’oubliez pas de demander à votre libraire deux marque-pages. L’un pour signaler l’endroit où vous arrêtez la lecture de ce roman document pédagogique, l’autre pour le placer au niveau du lexique auquel vous vous référerez immanquablement.


Voir également les avis de Black Novel et Action-Supense !


François THOMAZEAU : Les Anneaux de la honte. Collection Cœur Noir, éditions de l’Archipel. 262 pages. 18,95€.

Repost 0
15 octobre 2012 1 15 /10 /octobre /2012 11:16

Gauguin, gros gain !

pont-aven.jpg

En cette fin de juin 1886, Clémence de Rosmadec est contente et heureuse pour deux raisons. Non seulement elle revient passer ses vacances dans la demeure familiale auprès de sa grand-mère et où sa parentèle la rejoindra bientôt, mais elle a aperçu à Pont-Aven, Paul Gauguin dont elle sait qu’il est un peintre en devenir et qu’elle a croisé dans un cours de dessin à Paris.

Euphorique elle décide d’aller se baigner mais sa joie retombe vite lorsqu’elle découvre dans le bateau de Gildas, son ami d’enfance, le cadavre d’une jeune femme, Adèle, qui sert de modèle à Maxime Louval, un peintre installé à Pont-Aven. Adèle négociait accessoirement ses charmes au grand dam des autochtones. Rapidement Clémence fait part de sa découverte à sa grand-mère qui aussitôt demande aide à André Kerlutu, un ami de la famille et commissaire de police à Paris.

André procède aux premières constatations en compagnie de deux gendarmes locaux et de Clémence. La jeune morte aurait été étranglée et sous ses ongles de petits lambeaux de peau laissent à penser qu’elle aurait griffé son agresseur. Aussitôt les gendarmes présument que le meurtrier serait Gildas lui-même, hypothèse approuvée par le juge d’instruction, homme obtus et imbu de sa personne comme pourront le constater André puis Clémence. Mais Clémence, qui ressent envers Gildas une profonde affection, sinon plus, ne baisse pas les bras et toute la maisonnée, famille, employés de maison et fermiers, est soudée derrière elle ainsi qu’André et son neveu Erwan, lequel, amoureux de Clémence, ne ménage pas non plus son soutien.

Yves Josso, qui au début des années 1990 avait signé sous le pseudonyme de Vonnick de Rosmadec une série de dix titres mettant en scène Miss Flic, signe ici un roman à l’écriture plaisante, séduisante, ciselée, empruntant avec bonheur aux feuilletonistes du XIXème siècle le sens de l’intrigue et du style.

La description du monde des artistes peintres installés à Pont-Aven et qui en feront la réputation, celle des relations entre les divers membres de la famille Rosmadec, celle aussi du paysage et du monde marin de ce petit coin de Bretagne qui s’émancipe sous l’impulsion des artistes qui vivent sans préjugés instaurant une liberté de corps et d’esprit, est un véritable hommage à un mode de vie qui se voudrait calme et serein, en contradiction avec l’égoïsme et la frénésie modernes. La famille de Rosmadec détone parmi la petite noblesse provinciale. La grand-mère se délecte à la lecture de la Comtesse de Ségur, Alexis le père de Clémence est artiste et architecte, Lysandre la mère est pianiste, concertiste de renom, L’un des oncles est médecin et l’autre homme d’église, la tante vieille fille est la bonne gouvernante intraitable de son frère qui penche trop souvent vers la dive bouteille.

Clémence est artiste peintre quant à sa jeune sœur elle possède deux dons : une mémoire infaillible et celui de deviner presque les évènements, mature avant l’âge. Enfin le lecteur est invité à méditer cette réflexion exprimée par Clémence : “ Il n’est jamais bon pour l’ordre social de modifier les coutumes ”. Une déclaration qui pourrait être appliquée alors que la fièvre des réformes précipitées agite notre quotidien.

 

Yves JOSSO : Eté meurtrier à Pont-Aven. 10/18, collection Grands Détectives 4020. Septembre 2007. 416 pages. 7,70€.

challenge régionschallenge breton-copie-1

Repost 0
13 octobre 2012 6 13 /10 /octobre /2012 08:29

Comme disait ma grand-mère : il existe des romans policiers ruraux fort urbains !

 

meutrejaujac.jpeg


Il fait bon parfois se plonger ou se replonger dans une intrigue policière classique, retrouver le plaisir des énigmes savamment construites, afin de nous dépolluer les neurones des ambiances glauques des romans noirs qui ne traitent souvent que de mêmes thèmes déclinés avec violence.

Être invité par un mort est une situation peu banale, rare et déstabilisante. Et pourtant, c’est bien à ce genre de situation que Charles Khoems est confronté. Leur dernière relation épistolaire remonte à plus de sept ans et cela plus longtemps encore qu’ils ne se sont pas vus. Henri Maramont avait convié Charles à le rencontrer à la villa Mysosotis, impressionnante demeure de maître sise à Jaujac, Ardèche, afin d’obtenir son avis sur son dernier manuscrit, L’ENVERS DE DECOR.

Quand Charles Khoems sonne à la grille du manoir, il est reçu par Alexandre Maramont. Henri est décédé depuis une semaine. Aussitôt Khoems pense à un accident ou à une crise cardiaque. C’est beaucoup plus grave, comme s’il existait une échelle dans la gravité d’un décès. Henri a été assassiné.

Relatons les faits tels qu’ils sont parvenus au scripteur de cette chronique. Le soir du 12 juillet, à 22h33 exactement, la montre brisée du défunt faisant foi, Henri a été tué par une balle tirée de son propre revolver. En réalité deux coups de feu ont été tirés, la seconde balle ayant été retrouvée dans le haut du mur du bureau, au dessus de la fenêtre ouverte. L’orage grondait, condition climatique défavorable qui a occulté le bruit des déflagrations aux oreilles des occupants de la demeure. Le corps a été découvert le lendemain matin par Isabelle, l’employée de maison qui devait réveiller Henri, l’écrivain ayant un rendez-vous à Paris. Le mobile pourrait être un vol, un tableau de Gauguin ayant disparu. Seulement les enquêteurs sont perplexes et de fortes présomptions pèsent sur Béatrice, l’épouse du défunt et belle-sœur d’Alexandre.

Afin d’être le plus complet et objectif possible, il faut signaler les présences permanentes ou presque des différents protagonistes du récit. Vivent donc également au manoir, Mémère Augusta, la doyenne et octogénaire maîtresse des lieux, qui ne peut se déplacer qu’un fauteuil roulant, handicapée par un accident de cheval survenu trente ans auparavant. Véronique Albond, sa dame de compagnie, infirmière et lectrice ; Germain, homme toutes mains et époux d’Isabelle ; Lilian et Stéphanie, les enfants de Béatrice et Henri, Alexandre bien évidemment et Christian de Dabletache, le secrétaire d’Henri et authentique nobliau ruiné.

Charles Khoems est invité à rester quelques jours au domaine, et même engagé afin de résoudre l’énigme de ce meurtre, lorsqu’il révèle à Alexandre qu’il exerce la profession de détective privé. Charles Khoems, cela ne vous dit rien, pas même lorsqu’il allume sa pipe ?

Entre Béatrice et Henri, ce n’était plus les grandes amours depuis des années, d’ailleurs elle ne participe pas aux repas. Lilian et Stéphanie sont chacun des artistes. Lilian est un plasticien, peintre et sculpteur, et Stéphanie, qui lui sert de modèle, rêve d’être actrice. Henri et Alexandre collaboraient sous un pseudonyme commun pour l’écriture de romans de science-fiction, mais Henri continuait une carrière solo d’auteur de romans policiers et de pièces de théâtre. D’ailleurs Alexandre montre le manuscrit du dernier roman d’Henri, L’envers du décor. Bizarre, car dans sa missive, Henri avait indiqué L’envers de décor, en majuscule, à moins que ce ne soit qu’une faute de frappe. Les policiers sont représentés par le capitaine Eugène Gatto et son adjoint Jean-Paul Corniche, un personnage qui se montre très désagréable envers Charles Khoems, surtout lorsqu’il apprend sa profession de détective. Tout en fumant sa pipe, mais pas encombré d’une grosse loupe, Khoems commence ses recherches avec sérieux, sans à-priori, fouinant un peu partout, s’immisçant dans l’intimité des habitants. Mais il bénéficie d’une bonne table et fait honneurs aux mets qui lui sont servi, surtout aux différents vins qui proviennent d’une propriété sise dans le Bordelais et dont s’occupe Béatrice. Béatrice, toujours elle, point de focalisation de l’enquête. La veille au soir, Henri et elle avait partagé une bouteille de champagne, pour une petite fête intime, ce qui ne leur était pas arrivé depuis fort longtemps, et un tache de sang a été retrouvée au bas de la robe qu’elle portait pour l’occasion.

 

Ecrire un roman policier classique, avec une véritable enquête, une énigme à résoudre, n’est pas synonyme de détachement de l’auteur envers la réalité. Et cela ne l’empêche non plus d’exprimer sa vision sur le monde qui l’entoure. Ainsi, mais c’est un de ses personnages qui s’exprime, concernant les critiques littéraires : Monsieur Henri aimait à répéter qu’il fallait ignorer la critique parce que celle-ci, bonne ou mauvaise, n’avait jamais fait vendre un livre de plus ou de moins. Et il disait encore : « Soyons honnête ! On n’écrit jamais que pour son propre plaisir et, si possible, pour celui des autres ensuite ».

Madame Maramont mère, mémère Augusta pour les intimes, est une passionnée des livres, que lui lit volontiers la belle Véronique, livres qui se trouvent à profusion dans la demeure. Mais que dit-elle lorsqu’elle compare la lecture et la télévision ?

Comme disait Victor Hugo, un cerveau qui ne lit pas est un estomac qui ne mange pas ! De nos jours les gens lisent peu. Ils préfèrent regarder ce machin à balancer des programmes entiers de publicité entrecoupés de morceaux de films ou de bandes annonces. Une vraie calamité ! Tiens pourquoi ne passerait-on pas des réclames au beau milieu d’un discours du président de la république ?

L’humour subtil ne manque pas, j’aurais pu extraire un grand nombre de citations amusantes, de réflexions de bon sens, de petites phrases choc. Je me contenterai de celle-ci : Au restaurant, on vous demande systématiquement de quel côté vous désirez être placé : fumeur ou non fumeur ? C’est bien, mais on devrait demander également « côté braillard ou non braillard » ? Cela nous éviterait d’avoir à supporter de capricieux lardons qui n’arrêtent pas de geindre, de pleurnicher ou de crier, entre deux adultes du genre tête à claques à l’éducation plus que douteuse. Un peu plus loin : Mais le monde est ainsi fait : la moitié des gens semble prendre un malin plaisir à enquiquiner l’autre moitié qui doit, naturellement, se montrer tolérante.

Non, il n’y a pas que les auteurs de romans noirs qui ont quelque chose à dire ou à écrire !

Du même auteur lire :  Par le rêve et la ronce;  Le réveil des menhirs;  Ys, le monde englouti;   Qui veut tuer le roi Henri ?

 

Ainsi qu'un

portrait de l'auteur

 

Gabriel JAN : Meurtre à Jaujac. Une enquête de Charles Khoems. Editions E & R, La Bouquinerie. (2008 – 2012). 192 pages. 13€.

 

challenge régions

Repost 0
12 octobre 2012 5 12 /10 /octobre /2012 11:06

Quatre romans comme les quatre roues d'un tracteur ! C'est mieux d'avoir l'attelage complet.


menglazeg.jpg

Des traces de pneus qui se dirigent vers la berge du canal de l’Aulne, qui s’arrêtent au bord de l’eau, une sorte de méduse flottant entre deux eaux. Il n’en faut pas plus pour que Sylviane, Sylvie-Anne pour l’état-civil, soit persuadée que sa mère et ses deux petits frères gisent au fond de la bagnole emplie d’eau. Morts noyés par sa faute. Pour la mère, « sa grosse pouffe de mère », ce n’est pas grave. Elle l’a bien cherché l’Aurore Boréale, Aurore c’est son prénom, Boréale, parce qu’elle vient du Nord, de la France, et qu’elle a connu le père de Sylviane grâce aux petites annonces du Chasseur Français. Ils se sont mariés en 1963 et Sylviane est née en 1964. Mais les petits, Louis et Capucine, rien que d’y penser, l’adolescente en est toute retournée. D’ailleurs elle décide de se jeter elle aussi dans la flotte mais sa mobylette dérape et c’est l’engin qui est englouti. Il ne lui reste qu’à rentrer à la maison, avec l’espoir improbable que tout cela n’est qu’un cauchemar.

Seulement dans la cuisine du pennti, petite maison bretonne, le couvert n’est mis que pour une personne et dans l’assiette est déposé le livret de famille. Une vision qui la perturbe encore plus.

Nous sommes au début mars 1982, et bouleversée Sylviane se remémore son enfance par bribes. Elle n’a pas eu la vie facile, Sylviane. Son père atteint de poliomyélite, il est handicapé d’un bras, mais pas du reste. Sa mère, Aurore depuis son mariage passe son temps à écouter des microsillons de ses idoles préférées, Johnny, Eddy, Sylvie… C’est pour cela que Sylviane s’est appelée Sylvie, avec l’ajout du nom de la sainte patronne de la Bretagne. Nés après elle ses deux autres frères, Johnny et Eddy ont été placés à la DDASS et depuis elle n’en a plus eu de nouvelles. L’Aurore ne s’est pas révélée maternelle, laissant le père, Mikelig, s’occuper de la gamine, du ménage, de la popote, malgré son infirmité. Ils ne sont pas riches, mais Mikelig qui travaille dans un C.A.T. bricole aussi pour les voisins et connaissances, réparant radios et télévisions. Ce qui lui a permis d’acheter la fameuse 2CV qui est au fond du canal. Puis sont arrivés Petit Louis et Capucine.

Sylviane tergiverse. Doit-elle ou non avertir les gendarmes ? Elle rentre chez elle, et s’informe auprès des voisines, l’Artiste et la vieille Channing, des femmes qui furètent partout, toujours à l’affût du moindre petit scandale, du moindre secret. Les cancanières du hameau qui tiennent le rôle du journal parlé du bourg. Non elles n’ont pas vu sa mère et les petits, mais elles aperçoivent le livret de famille que Sylviane s’empresse de ranger dans un tiroir. Alors elle se tourne auprès de ses autres voisins, Basile et Boris, surnommés les B&B, deux hommes qui vivent en couple, des homosexuels à n’en pas douter mais si gentils.

Boris prend les choses en main. Sylviane retourne sur les lieux en sa compagnie puis ils préviennent la gendarmerie depuis le café-tabac, un rade d’habitués qui refont le monde en parlottes qui ne mènent à rien, un boui-boui lieu obligé de rendez-vous avec son baby-foot et son téléphone indiscret. Une fois de plus Sylviane remâche ses souvenirs, ses treize ans, et le bon temps passé avec ses grands-parents paternels qui la choyaient, lui offraient l’amour maternel dont elle était frustrée.

Ceux de Menglazeg est le quatrième pan d’une saga familiale à lire indépendamment, ou non, puisque certains des personnages des précédents romans y font des apparitions évanescentes, et n’interfèrent en rien dans ce drame qui est presque un mélodrame rural. Quelques images fortes imprègnent ce roman dont l’action principale se joue entre deux dates : 1963 et 1982. Deux époques qui se juxtaposent, se télescopent, et qui mêlent sourires, rires même parfois, et tragédies.

Parmi ces images fortes, le mariage d’Aurore et Mikelig. Le jour même du mariage, juste avant la messe de cérémonie le curé officie un enterrement. La carriole qui emporte le cercueil du défunt est tirée par un cheval recueilli auprès de bohémiens de passage. Ce n’est pas pour refouler les ardeurs des musiciens qui accompagnent les mariés. Seulement le cheval à l’écoute de cette aubade qui lui rappelle sûrement son enfance dans un cirque itinérant se met à danser, à tanguer à gauche, à droite. La marche funèbre se transforme en parade équestre.

D’autres images moins drolatiques défilent et c’est toute une époque révolue qui revit. La cueillette des haricots, travail ingrat payé au compte-gouttes, pas pour des haricots mais presque. Les loisirs n’existaient pas ou peu. Sauf pour l’Aurore qui avait amené de chez elle son tourne-disque et ses microsillons. En ce coin reculé de la Bretagne, au nord de Quimper, dans les monts d’Arrée, le modernisme n’avait pas encore dénaturé le quotidien, les habitants vivaient chichement, mais étaient-ils plus malheureux que nous aujourd’hui qui avons tout ou presque ? Pas sûr. Sommes-nous plus heureux, alors qu’on en veut toujours davantage ?

Un beau livre sur la condition humaine comme Hervé Jaouen sait les écrire.

A lire également  Les filles de Roz-Kellen, Ceux de Ker-Askol et  Les soeurs Gwenan qui constituent les trois premiers volets de cette tétralogie.

Alire également  Le Fossé et  Flora des embruns.

Et pourquoi pas

mon entretien avec Hervé Jaouen ?

 Hervé JAOUEN : Ceux de Menglazeg. Collection Terres de France ; Presses de la Cité. 19,30€.

Repost 0
11 octobre 2012 4 11 /10 /octobre /2012 16:20

En gore, en gore, en gore…

 

plaques01.jpg


Dans un avenir proche, très proche même si l’on en croit un des protagonistes, un policier de la Sécurité, puisque selon ses déclarations Che Guevarra est mort depuis presque un demi-siècle lorsque cette aventure se déroule, ce qui nous propulse allègrement en 2017, dans un avenir proche donc, la France est gouvernée par le Général Boulanger, le Guide.

La gauche avait gagné les élections, une femme dirigeait le pays, mais tout a été balayé par un putsch des militaires. La Présidente déboutée n’a eu d’autre recours que de se suicider, l’ancien président Loulou Chou est relégué au fort de Brégançon, la sécurité est imposée par les Services de Sécurité qui patrouillent dans les rues de Paris, des voitures banalisées aux plaques d’immatriculation manquantes. Le Nouveau régime est en place.

Justement la Sécurité, représentée par Benoit, Serge et deux ou trois autres clampins, informés par les Renseignements, investissent un immeuble à la recherche de terroristes, des Rouges ou considérés comme tels, soupçonnés de vouloir préparer un attentat. Des policiers restent sur le carreau, des gauchistes aussi, mais l’un d’eux parvient à s’échapper avant d’être coincé dans le parking d’un immeuble. Stupeur des policiers lorsqu’ils ôtent la cagoule de leur prisonnier : il s’agit d’une jeune femme rousse.

Le lieutenant Lesourd, Fab pour les intimes, ses collègues et les autres, a changé plusieurs fois d’affectation en quelques mois à cause de son intempérance. Déjà, avant que Lys le quitte comme ça, sans préavis, il s’octroyait verres d’alcool sur verres d’alcool, toujours la même chose car ce sont les mélanges qui rendent malades, mais après c’était pire. Mais s’il a navigué de service en service, ce n’est pas tant à cause de son addiction aux produits éthyliques qu’à son insubordination chronique, avérée et caractérisée. Il vient d’être réintégré dans son grade à la Brigade criminelle et le nouveau directeur, un jeunot d’une trentaine d’années dont on imagine l’expérience, lui propose de lui confier une tâche urgente à condition qu’il signe sur une tablette numérique, à l’aide d’un stylo thermique, son engagement de ne plus se livrer à sa dipsomanie.

Des cadavres ont été découverts dans un parking de la rue Ramponneau. Le tableau que découvre Fab et son adjoint Toussaint, un Black, n’est guère propice à figurer dans un musée, sauf dans le quartier des natures mortes retour de chasse. Deux femmes sont accrochées par les pieds dans un box, ouvertes du sexe au sternum et éviscérées, les seins coupés et déposés dans des bassines contenant les entrailles. N’ayant pas d’images à ma disposition, je ne peux que vous conseiller d’imaginer vous-même cette scène. Le médecin légiste, docteur Dubarry, une femme qui n’a pas les foies, confite dans sa vocation, s’attèle à son travail d’expertise.

Immédiatement sont interrogés les habitants de l’immeuble ainsi que des squatteurs réguliers, des Noirs qui offrent leurs services à des frustrées du sexe comme la sexagénaire madame Duraton. Elle affirme se faire violer régulièrement par ces gentes personnes fort bien membrées, avec son aval et pour son plus grand plaisir. En effet tous utilisent des pilules à jouir, le nouveau médicament à mode.

Pendant ce temps dans les locaux de la Sécurité, la prisonnière, qui n’est autre que Lys, l’ancienne compagne de Fab, est passée à la question. Elle est enfermée dans une geôle dont le plancher est constitué de dalles dont certaines sont des plaques chauffantes, disposées de façon aléatoire, comme une marelle, et pour se déplacer du lit aux latrines il vaut mieux savoir où mettre les plantes des pieds. Ce qui n’est pas évident lorsque le détenu ne connait pas l’emplacement, qui d’ailleurs change souvent, et que la lumière est éteinte.

Ce n’est pas tant cette partie qui est intéressante, quoiqu’elle ne manque pas de saveur, que les à-côtés de l’histoire. Une projection de la France placée sous le joug d’une dictature militaire raciste. Le côté gore est à prendre au second degré, un peu comme dans ces bandes dessinées ou films d’animation dont les personnages subissent toutes les avanies possibles avec à chaque fois la possibilité de pouvoir se relever et retourner au combat. Un peu comme les aventures de Bip-bip et Vil coyote, mais en plus sanglant. Nous sommes loin des descriptions détaillées et cliniques des scènes de torture ou de charcutage pratiquées par des médecins légistes qui brossent avec complaisance leurs interventions sur des cadavres, telles qu’elles sont souvent formulées dans les thrillers modernes.

Sous la férule du Guide, le général Boulanger, mais surtout de la nouvelle junte militaire et de la présence omnipotente et omniprésente des forces de l’ordre qui se livrent en interne à une guerre de prépondérance, la France est présentée dans une situation qui frise l’apocalypse. Et si certains conseillers se frottent les mains de cette situation, d’autres réfléchissent à un possible soulèvement, nostalgiques de l’avant. Ils envisagent même de demander son avis à l’ancien président, celui qui était en poste avant la présidente de gauche, le fameux Loulou Chou qui a été transféré du Fort de Brégançon en un château de La Charité sur Loire. Le guide lui-même tergiverse.

-      Alors, demandons l’avis de l’ancien président.

-      Le battu par la gauchiste ?

-      Ce n’était pas un cador en politique économique, mon général, mais il avait obtenu certains succès en international.

Mais en relativisant toutefois ses actions même si Loulou Chou avait une attitude appréciée des diplomates étrangers.

-      Mon général, il ne faudrait quand même pas aller jusqu’aux extrémités parfois ambiguës de ses interventions

-      - Comme quoi ?

-      - Le jour où il a tenu à laver lui-même les pieds de la nouvelle chancelière allemande à qui il proposa ensuite de lécher ses orteils.

Edifiant, non ? Mais il est vrai que nous ne sommes pas plongés dans les arcanes du pouvoir, malgré les fuites journalistiques relayées par des méthodes discutables genre Twitter et autres.

 A lire également un entretien avec Jean Mazarin/Emmanuel Errer, autres signatures de Nécrorian.


Et n'oubliez pas de compulser le catalogue des éditions Rivière Blanche


NECRORIAN : Plaques chauffantes. Postface de François Darnaudet. Collection Anticipation N° 45. Editions Rivière Blanche. 222 pages. 17€.

Repost 0

Présentation

  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
  • Contact

Recherche

Sites et bons coins remarquables