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5 février 2013 2 05 /02 /février /2013 09:06

Hommage à Sax ROHMER, né le 5 février 1883, créateur non point du saxophone mais de l'horrible docteur

Fu Manchu.

 

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Deux années se déroulées depuis que le machiavélique Docteur Fu Manchu a théoriquement disparu dans l’incendie de la maison de Dulwich. Théoriquement car les doutes subsistent.

Il aurait pu, par exemple, s’échapper par la cave. C’est ce qu’insinue le révérend Eltham auprès du docteur Petrie tout en lui demandant s’il aurait eu récemment des nouvelles de Nayland Smith, l’agent spécial résidant en Birmanie. Au cours de son entretien, Petrie est appelé au chevet d’une malade. Mais l’adresse qui lui a été indiquée n’existe pas. C’était pour mieux l’éloigner et pendant ce temps Eltham disparaît. Nayland Smith qui file Fu Manchu depuis Hong-Kong arrive à point nommé pour se lancer aux trousses des ravisseurs en réquisitionnant la voiture d’un particulier.

Les deux amis découvrent le révérend dans une position inconfortable, ligoté à une poutre, enfermé dans une camisole de fer. Eltham, qui n’avait jamais vu le mystérieux docteur mais connaissait fort bien les moindres recoins de la Chine, devait révéler le nom d’un traître à Fu Manchu qui s’exprime à l’aide d’un tuyau acoustique. Et comme si cela ne suffisait pas les deux compères sont mis en présence de Kâramanèh, la jeune orientale qui les avait aidés lors de leurs précédentes mésaventures. Kâramanèh qui est redevenue l’esclave physique et mentale de Fu Manchu.

Si Eltham est sauvé et soigné dans une clinique, les événements et les meurtres s’enchaînent tant la rancune, l’aversion, la haine de Fu Manchu envers les Britanniques est vigoureuse, infinie, tenace. Pour éliminer ses adversaires, il utilise tous les moyens possibles et inimaginables, requérant à la chimie et aux animaux particulièrement dangereux : serpents venimeux, singes agressifs, et autres monstres sympathiques en diable. S’il combat Nayland Smith et son ami Petrie, il ne professe envers eux aucun mépris, leur reconnaissant même certaines qualités. Il doit ainsi une fière chandelle à Petrie qui lui retrouve un animal fétiche, signant par ce geste une sorte d’armistice. La jeune Kâramanèh, malgré l’emprise hypnotique et sous l’influence de drogues, véritable jouet entre les mains de Fu Manchu, sort parfois de sa torpeur afin de faciliter l’évasion des deux compères lorsque ceux-ci sont englués dans les rets de l’insaisissable.

Cette nouvelle édition, dépoussiérée, plus complète que les précédentes, plus vivante, nous replonge dans l’atmosphère baroque des romans populaires du début du XXème siècle. Action, suspense, mystère, avec, cerise sur le gâteau, l’étrange attirance qui lie Kâramanèh à Petrie, de Londres, cité perdue dans un brouillard aussi sinistre que ses docks, à Port-Saïd et ses lumières. Tout concourt à dépayser le lecteur et à le transporter dans une frénésie de péripéties rocambolesques. La réédition de ces aventures sanglantes et terrifiantes orchestrées par Sax Rohmer est une excellente initiative et nous attendons avec impatience le troisième volet.


A lire aussi Les Mystères du Si Fan.


Sax ROHMER : Les créatures du docteur Fu Manchu. Nouvelle traduction de Anne-Sylvie Homassel. Editions Zulma. 15,30€.

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4 février 2013 1 04 /02 /février /2013 12:47

Oh mon bateau o o o …

 

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Qu’il est beau sur les flots et quelle belle croisière en perspective. Surtout quand on a gagné le billet d’embarquement en participant à un concours. C’est ce que pense Jeanne, qui a quitté Nice pour les fjords norvégiens. Seul problème, Jeanne souffre d’obsessions phobiques.

Par exemple elle a peur de tomber à l’eau, de sombrer dans les eaux glaciales arctiques, de côtoyer également les autres passagers, bref une vie de solitaire, elle qui s’est mariée quatre fois, et quatre fois veuve. Thomas, un jeune célibataire, est atteint lui aussi de phobie : il ne peut se regarder dans les miroirs. Il est affilié à un site de recherches sur le web et correspond avec Mathias ou Charlène, qu’il n’a jamais vus. Site particulier puisqu’il s’agit de retrouver des personnages célèbres soi-disant morts mais qui se seraient fondus dans la nature.

Ainsi il est persuadé retrouver en Jeanne, une Marilyn vieillie certes, mais Marilyn quand même. Il ne lui dévoile pas tout de suite sa conviction intime et visuelle, mais parvient à sympathiser avec la vieille dame, ce qui n’est pas une mince affaire. Bientôt le duo grossit et devient petit groupe. Raymond et sa femme Suzanne, qui a peur des araignées, Joost et Rosa, les Néerlandais, lui signant des romans policiers à succès sous le nom de Scott Vernon, ou encore Sandra la jeune, pétulante et fofolle actrice mariée à l’octogénaire Lewis, producteur de cinéma. Lequel producteur est atteint de crise cardiaque lorsqu’il aperçoit Jeanne allongée dans un transat. Pour Thomas, cela ne fait aucun doute : Lewis a reconnu lui aussi Marilyn.

Un couple, qu’ils surnomment les Jumeaux, les intrigue fortement : l’homme et la femme passent leur temps à photographier, tout et n’importe quoi. Cerise sur le gâteau, un homme semble les épier, réplique en plus épais du docteur Hill qui soigne Jeanne et Thomas dans une clinique de Nice. Coïncidence ou manipulation. Un petit bonhomme vêtu d’une veste à carreaux, surnommé dans le temps Le Magicien, célèbre pour ses interventions chirurgicales esthétiques, passe par dessus bord et se noie. La croisière vogue sous de mauvais auspices ou hospices, comme on voudra.

 

Un navire effectuant une croisière voilà le lieu idéal, et la situation idoine du lieu clos, pour mettre en scène une série de meurtres ou d’accidents avec des personnages atypiques, telle est la trame choisie par Brigitte Aubert pour explorer le thème de la phobie. Phobie dont semblent atteints les passagers, une dizaine sélectionnés parmi les quelques quatre cent cinquante qui voyagent, qui se retrouvent manipulés comme des marionnettes sous la férule de l’auteur. Au départ on marche dans la combine de l’auteur, ensuite on pense être plongé dans une grosse farce, surtout lorsque l’histoire se dégrossit, que les meurtres s’accumulent, que les coïncidences abondent, jusqu’à la chute qui devient un vrai délire. Sauf qu’il s’agit d’une fausse chute et qu’un épilogue revient tout mettre à plat.

On se dit alors… Bon, je ne veux pas aller plus loin sous peine de par trop déflorer le sujet et surtout le dénouement qui s’avère plutôt machiavélique.

Brigitte Aubert joue sur le registre du roman à effets multiples, comme si elle s’ingéniait à déjouer les genres, à les bafouer et pourtant elle écrit un roman, une fois de plus complètement différent de sa production précédente, contrairement aux auteurs qui trouvant un filon, l’exploite de plusieurs manières et à fond.

Elle y assène quelques petites phrases assassines que je vous livre en vrac : La science n’est exacte que lorsqu’elle doute ou encore Les seuls êtres malfaisants que je connaissance sont les humains et il en existe bien d’autres. Enfin pour terminer j’ajouterai que le roman est une construction à deux voix, jubilatoire, le mot est à la mode mais non point usurpé.

Voir du même auteur :  Les quatre fils du docteur March et  La mort des bois.


Brigitte AUBERT : Eloge de la phobie. Editions Points. Collection Point Policiers. 320 pages. 6,50€.

 

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3 février 2013 7 03 /02 /février /2013 10:18

Mon, petit doigt m’a dit…

 

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Un salon du livre se tient à Bricourt, petite ville de Lorraine, et Simon Bielik, journaliste romancier, est chargé par son rédacteur en chef d’un journal parisien, d’interviewer Roland De Campos, l’écrivain brésilien, normand par sa mère, coqueluche du moment. Tout le monde en a entendu parler mais personne ne le connait. Aussi l’occasion est trop belle pour l’approcher. De Campos a été invité par le maire qui a fait la connaissance de l’écrivain à Recife, sa femme étant d’origine brésilienne et c’est une première pour la ville qui se conforte dans sa léthargie.

Le lendemain, un dimanche, Bielik doit retrouver De Campos et en attendant il déambule entre les stands, accompagné de son amie Amélia, comédienne. Il retrouve avec plaisir un ancien condisciples et ami, André Derex, un artiste peintre local installé en Bretagne et qui expose au salon. Pour sceller leurs retrouvailles Derex invite Bielik et sa compagne à manger et le repas terminé l’artiste en apprend de belles à ses invités : Bourdeau, notaire et adjoint au maire a été agressé alors qu’il effectuait son jogging matinal et dominical.

D’après son témoignage recueilli par les policiers, un joggeur le suivait, l’a dépassé, lui a placé une manchette à la gorge. Il a été retrouvé attaché à un arbre par un autre sportif dans l’après-midi. Petits détails qui ne manquent pas de saveur : l’agresseur portait un masque de clown, il a découpé un doigt à Bourdeau, doigt retrouvé sur le siège du véhicule du notaire dans une enveloppe avec un dessin. Derex a appris tout ceci grâce à une amie d’une amie, les racontars circulent vite dans les petites villes de province. Chloé Bourdeau pourrait être affolée, il n’en est rien. Cela l’amuserait presque que son mari a subi la vindicte d’un inconnu. Vengeance d’un mari cocufié par le notaire ? Pourquoi pas, les frasques de l’adjoint au maire entretenant les conversations le soir au cours des veillées de chaumières. Et puis il y a cette affaire de délit d’initié dans laquelle il aurait été impliqué quelques années auparavant. Une histoire de terrain acheté à bas prix et dont la valeur a été multipliée par X lorsqu’un promoteur s’est intéressé à des parcelles en friches environnantes.

Le même dessin est déposé dans la boite aux lettres de très nombreux destinataires, des personnes en vue principalement. Derex fait partie de ces privilégiés. Aussi, en compagnie de Simon qui prend cette enquête au pied de la lettre, je pourrais même dire au doigt de la lettre, avec l’aval de son rédac-chef, Derex participe à une enquête de voisinage.

Un nouvel incident se produit. Cette fois c’est Hilaire qui est la victime de l’agresseur masqué dans son magasin de meubles alors qu’il venait d’embaucher une jeunette qui devait l’aider, une petite main comme on dit, par exemple à soulager sa libido. Il avait peut-être entendu quelque chose qu’il n’aurait pas dû puisque l’individu lui a coupé une oreille. Et déposé une petite image, un nouveau dessin, ce qui constitue le deuxième élément d’un puzzle semble-t-il.

Si Bourdeau était considéré comme un personnage arrogant, sûr de lui, macho et malsain, d’autres personnes ne valent guère mieux que lui. Par exemple Poiret, un garçon de ferme qui a su séduire la fille de son patron et qui aujourd’hui est le plus gros propriétaire de la région. Il joue régulièrement aux cartes avec Bourdeau et Hilaire et deux trois autres comparses et il ne mâche pas ses mots. Il a des idées tranchées. Tous ces trucs dégueulasses qui arrivent maintenant, ce n’est pas dû au hasard ! D’abord, il y a eu ce nouveau quartier, avec ses logements sociaux, c’est comme ça que ça s’appelle. Allez y faire un tour, rien que de la racaille de feignants et de camés et si on ajoute le campement de Roms, que la municipalité a laissé s’installer dans la ville, faut pas chercher plus loin.

Et que dire de l’ancien juge Dormieux qui aurait enterré une affaire dans laquelle un ancien ministre était impliqué. Pas vraiment l’enterrer mais laisser traîner en longueur, le temps que les preuves s’envolent et que les alibis se forgent. Il n’a fait qu’appliquer les consignes, raison d’état oblige, et sa carrière en a été facilitée.

Rien de bien nouveau sous le soleil provincial. Mais ces dessins qui circulent alimentent les rumeurs et les conversations. Simon, Derex et Amelia enquêtent, ensemble ou séparément, se retrouvent souvent, mais pour Simon, qui ne se laisse pas berner comme le premier échotier venu mais réfléchi, y’a comme un truc. Et cela ne lui plait pas.

Serge Radochévitch, qui possède un passé d’instituteur, écrit avec des phrases courtes, elliptiques parfois, passant aussi bien de la troisième personne à la première, afin que le lecteur s’immisce dans les pensées du locuteur occasionnel. Il retrace la vie cachée d’une petite ville de province, pointant les idées malsaines qui circulent alimentées par un contexte social souvent délabré. Il ne s’agit pas pour l’auteur d’écrire une diatribe virulente mais simplement de montrer du doigt, c’est de circonstance, ce qui ne va pas, de mettre en exergue les idées préconçues, les déclarations perverses de ceux qui se sentent intouchables et flattent l’égo de la masse populaire. Combien d’hommes politiques expriment avec le sourire, et parfois dans une forme onctueuse, des déclarations que le simple péquin, plus franc dans ses propos, ne pourrait pas énoncer sans être catalogué comme raciste, ségrégationniste, xénophobe, chauvin. L’homme politique est plus habitué à délivrer des coups bas sans être vu par l’arbitre. Des incendies dialectiques allumés par des pompiers qui s’érigent ensuite en sauveurs providentiels. Nous en avons des exemples tous les jours, mais je ne vous dirais pas qui, sinon je risquerai d’écoper.

La lâcheté des hommes est également mise à l’index. L’origine de cette affaire remonte à vingt ans en arrière. Un fait de société qui a tendance à se banaliser mais qui à l’époque avait fait grand bruit. Et c’est grâce à un localier qui connait un caricaturiste que l’énigme sera résolue. La vengeance est un plat qui se mange froid, pas besoin de vous faire un dessin.

Ce roman, dont le titre est particulièrement bien choisi, ne manque ni d’humour, ni de gravité et le suspense est garanti.


Du même auteur lire :  Une ville sous influence.


Serge RADOCHEVITCH : Mortels desseins. Collection Borderline. Editions Territoires Témoins. 160 pages. 16€.

 

challenge régions

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2 février 2013 6 02 /02 /février /2013 08:13

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Jack London, l’auteur de Croc Blanc, de Jerry dans l’île, de Mickaël chien de cirque, livres qui ont fait les délices de notre enfance, Jack London, l’auteur des Vagabonds du rail, du Vagabond des étoiles, de l’Amour de la vie et surtout de Martin Eden, Jack London, rationaliste, humaniste, protestataire, révolté, poète, fut aussi un visionnaire, sans pour autant entrer dans l’extravagance des romans dus à la plume de Herbert George Wells ou de Jules Verne.

Il n’extrapole pas sur des inventions, il se contente de jeter un regard critique sur la société et d’anticiper le comportement du genre humain après une catastrophe. Cette catastrophe n’est qu’une maladie contagieuse, mortelle, aux effets spectaculaires et rapides. Michel Tournier, dans sa postface la compare au Sida, mais rien n’empêche de penser qu’il ne puisse s’agir d’une émanation nucléaire déclenchée et propagée accidentellement ou d’une arme biologique utilisée dans des conditions indéterminées et malencontreuses.

Cette maladie, appelée la Peste écarlate, frappe toutes les parties du globe, toutes les couches de la société, et rien ni personne n’est épargné. C’était en 2013 et seuls quelques survivants, réfractaires aux gènes mortels, réussissent à préserver un semblant de civilisation dans ce retour inexorable à la préhistoire.

Soixante ans plus tard, sur une plage californienne, grand-père raconte à ses petits-enfants l’arrivée de ce fléau, ses ravages, le comportement lâche ou héroïque de ses concitoyens face à ce mal inconnu. Il tente de transmettre son savoir, ses connaissances, mais les gamins ne comprennent pas tout ce que ce vieux professeur d’université essaye de leur enseigner et chahutent volontiers le vieillard. Ce qui ne les empêchent, ni les uns ni les autres, d’échafauder des projets pour l’avenir proche ou lointain. Et tandis que Grand-père aimerait que les jeunes tirent une morale pacifique de cette apocalypse, ceux-ci retombent dans les travers de l’humanité et se partagent déjà le monde en une trilogie dominatrice.

Récit d’anticipation, La peste écarlate est une parabole sur la fin du monde, mais ce n’est qu’un roman et une fois le livre lu et refermé, combien en ont tiré ou en tireront les enseignements, combien en déchiffreront les clés. Ce n’est pas lorsque le mal est fait qu’on en calcule les conséquences mais les vieux démons ne sont pas morts pour autant. La roue tourne inexorablement toujours dans le même sens. Sa révolution l’amène à son apogée pour mieux l’entraîner dans l’ornière.

Tous les jours, nous sommes confrontés à de telles distorsions scientifiques : médicaments exploités à des fins qui ne sont celles pour lesquelles ils étaient conçus, problème avec les ondes radioélectriques jugées sans risque mais dont la nuisance n’a pas été analysée, désherbants, pesticides et autres produits phytosanitaires utilisés sans réelless études objectives et impartiales, la liste est longue, je vous laisse le soin de la compléter.


Jack LONDON : La peste écarlate. Collection Babel poche N° 42. Editions Actes Sud. Postface de Michel Tournier. Traduction de Louis Postif. 128 pages. 6,60€.

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1 février 2013 5 01 /02 /février /2013 13:40

L’amiante religieuse ! explication dans le texte.

 

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Lancer une bouteille à la mer peut être un moyen efficace de lancer un SOS, mais c’est une façon de procéder aléatoire.

Franchement, il y en a qui mérite des coups de pieds là où je pense (façon de parler). Par exemple ce policier écossais auquel un pêcheur a remis une bouteille qu’il a ramassée dans on filet. Il l’a déposée négligemment sur le rebord d’une fenêtre de son bureau, en plein soleil dans son bureau puis il l’a oubliée. Quelques années plus tard, alors que le brave et jovial représentant de l’ordre est décédé, elle est retrouvée par une spécialiste en cybercriminalité. Intriguée la jeune femme brise le flacon et récupère la feuille de papier qu’il contenait. Le message, selon elle, a été écrit avec du sang, et serait rédigé en islandais. Après expertise, il s’avère qu’il s’agit d’un texte rédigé en danois.

Feuille de papier et débris de verre atterrissent dans les bureaux du département V de la Police de Copenhague dirigé par Carl Mørk. Après quinze jours d’absence, celui rentre dans ses locaux, du moins il tente, car le sous-sol est vide et quasiment bouché. D’après un inspecteur du travail, il faut condamner le sous-sol à cause d’un problème d’amiante. Et Carl est très mécontent. Ses archives sont suspendues dans un couloir et il exige de réintégrer ses locaux. Il obtient en partie gain de cause. Il va pouvoir s’attaquer directement aux affaires en suspens (comme l’amiante dans l’air) c'est-à-dire le contenu de la bouteille et une épidémie d’incendies dans des entreprises apparemment florissantes. Assad, son assistant syrien, qui ne comprend pas toujours les mots employés par son supérieur, a mis le doigt sur une anomalie. En effet un cadavre a été retrouvé dans les décombres, cadavre dont l’auriculaire possède une marque de bague. Or en 1995, une entreprise avait connu des déboires similaires et un cadavre, calciné lui aussi portait le même genre de marque.

Rose, son autre assistante, essaie de déchiffrer le message mais de nombreuses lettres sont effacées. Toutefois la date inscrite est plus ou moins précise. Février 1996. Elle établit des agrandissements afin de pouvoir compléter le puzzle. Seulement elle a décidé de prendre quelques jours de repos et c’est sa sœur jumelle Yrsa qui la remplace. Aussi fofolle, peut-être plus, ce qui ne l’empêche pas de passer des heures sur ce manuscrit sauvé des eaux. Celui-ci délivre peu à peu ses secrets, et Carl est amené à se déplacer jusqu’en Suède à la recherche d’un certain Poul Holt, signataire de la missive. Carl retrouve Tryggve le frère de Poul mais va aussi plonger dans l’enfer des sectes.

Il, ou plutôt appelons-le Lui, ce sera plus facile, Lui voyage beaucoup et souvent, laissant au foyer sa femme et son fils Benjamin. Il ne passe pas son temps à courir le guilledou, quoiqu’il s’adonne volontiers à épancher les besoins charnels de quelques veuves, il surveille aussi les familles œuvrant dans des sectes, comme Les Témoins de Jéhovah, les Quakers, la Cosmologie de Martinus, les Pentecôtistes, la maison du Christ, les Evangélistes et bien d’autres.

En ce moment il ne quitte pas des yeux une famille disciple de la Moderkirken, l’Eglise de la Saint mère de Dieu. Le père, la mère et les Saints Esprits, surtout Magdalena, douze ans et son frère Samuel. Lui a été élevé dans cette ambiance, avec un père qui n’acceptait aucune déviance aux règles. Pourtant avec sa sœur Eva, il avait ses petits moments de bonheur. Ils étaient proches mais surtout il ne fallait pas le montrer aux autres. Il avait appris à rire en regardant les enfants dans la cour, lorsqu’il avait vu un film de Charlie Chaplin. Et sous son lit il cachait des illustrés ou des magazines interdits à cause de leur futilité. Et lorsque son père le pasteur l’a surpris dans une imitation de Charlot, et découvert ses petites revues sous le lit, Lui a été récompensé à coups de ceinture. Une révolte familiale, un père qui décède et le revoilà avec un beau-père de la même engeance.

Un livre qui comporte quelques scènes ou dialogues humoristiques, de situations frôlant le loufoque dans une ambiance résolument tragique. Des personnages de policiers qui frisent le ridicule et sont pourtant très attachants, se montrant très consciencieux dans leur mission malgré l’apparence de dilettantisme dont ils font preuve parfois dans leurs activités.

De nombreuses digressions parsèment ce roman, mais elles lui confèrent un charme certain, lui donnant un ton enlevé et n’appesantissant pas l’intrigue. Par exemple les efforts déployés par Carl dans son travail, à supporter ses assistants, ses beau-fils, à gérer le conflit avec son ex-femme Vigga, à essayer de soulager Hardy, son ex-coéquipier atteint de tétraplégie suite à un accident du travail, à observer sans vouloir y croire aux quelques réactions positives d’un corps qui ne veut plus se mouvoir, à séduire Mona, la psychologue policière. Il offre même à l’un de ses beaux-fils un petit pactole si celui-ci trouve un amant à sa mère afin que celle-ci les laisse tranquille, alors qu’elle désire réintégrer le domicile conjugal et faire main basse sur la maison.

On suit Lui dans ses démarches à la recherche d’une famille afin de perpétrer son envie de vengeance et se faire par la même occasion beaucoup d’argent. Le lecteur partage les affres de Mia, la femme de Lui, qui est placée sous la coupe d’un manipulateur, et qui en découvre dans des cartons rangés dans un débarras, des coupures et des journaux auxquelles elle n’aurait pas dû accéder. Et comme Lui rentre toujours à l’improviste, elle manque se faire surprendre en compagnie d’un ami, qui comme dans un vaudeville parvient à s’échapper par une porte dérobée. Lui exerce une vengeance, fructueuse, car sa jeunesse a été résolument placée sous la coupe d’un père autoritaire, et dont la mère suivait en tous points des principes religieux intégristes, intolérants, dogmatiques. Le genre de doctrines qui perturbent profondément des enfants qui désireraient vivre tout simplement. Et c’est bien le fanatisme religieux qui est au cœur de ce roman.

Et il ne faut pas oublier l’enquête sur les incendies, et l’attitude parfois loufoque des assistants ou assistants intérimaires de Carl.

Je pensais m’ennuyer en lisant ce roman épais de quelques six-cent-soixante pages, et ce fut le contraire. Peut-être justement à cause ou grâce à ces digressions qui enveloppent l’intrigue, lui offrant une chaleur humaine non dénuée d’humour, parfois caustique.

L’histoire se déroule en 2009 et au Danemark. Pourtant, parfois on pourrait penser se trouver en France. Pour preuve cette citation : Avec ce stupide système de contrôle continu et les stupides réformes de l’Education nationale, il fallait vraiment qu’il aille en cours et qu’il fasse au moins semblant d’apprendre quelque chose (Page 108).

 

Le seul reproche que je pourrais émettre : à défaut d’un GPS, l’éditeur aurait dû inclure une carte géographique afin que le lecteur qui ne voyage que par romans interposés puisse se retrouver dans les déplacements effectués par les protagonistes.

 

Voir également les avis de Pierre sur  Black Novel et de Pyrausta sur

Passion en pêle-mêle

 


Jussi ADLER OLSEN : Délivrance (Flaskepost fra P – 2009 ; traduit du danois par Caroline Berg). Editions Albin Michel. 672 pages. 22,90€.

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1 février 2013 5 01 /02 /février /2013 07:35

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Au cours d'un voyage en Irlande Elise échappe de peu à un attentat. Son ami Benoît lui n'a pas cette chance. Depuis Elise vit dans un fauteuil roulant, muette, aveugle et tétraplégique. Yvette, sa dame de compagnie, lui donne à manger, la lave, la promène, essaye d'occuper ses journées. Pour autant Elise n'est pas sourde et ce qu'une petite fille lui confie dans le creux de l'oreille, sur le parking d'un grand magasin, la sort de la banalité quotidienne. Elle pense que Virginie, sept ans, affabule et lui raconte un conte morbide. Pourtant elle est bien obligée de se rendre à l'évidence, Virginie ne lui a pas menti. Des enfants ont été enlevés, mutilés puis assassinés. Virginie est même au courant d'un nouveau meurtre que la police découvre peu après. La petite fille possèderait-elle un don de voyance ou aurait-elle assisté à ce crime ?

Elise fait la connaissance des parents de Virginie et apprend que leur fils a subi le même sort quelques mois auparavant. Elise se sent bientôt en danger. Quelqu'un la persécute avec des aiguilles puis elle échappe de peu à la noyade. Elle sent planer autour d'elle une aura de maléfice, d'angoisse, d'inquiétude. Si elle ne peut bouger, si elle ne voit rien, si elle ne peut communiquer normalement, ses petites cellules grises ne sont pas diminuées pour autant et son esprit travaille activement. Elle se doit de démasquer l'assassin avant qu'il récidive et surtout s'attaque à elle.

 

Avec ce roman Brigitte Aubert s'inscrivait comme la grande révélation française de ses dernières années. Après avoir écrit un roman policier classique,  Les quatre fils du docteur March, tâté du roman d'aventures échevelé, La rose de fer, louvoyé vers le fantastique, Ténèbres sur Jacksonville, elle revient à une intrigue plus conventionnelle et intimiste. Tout ce que le lecteur découvre, il l'apprend en même temps qu'Elise, seule narratrice de ce livre. Il devient Elise, souffre avec elle, partage ses progrès aussi bien dans l'enquête que physiques. Il ne fait plus qu'un avec la tétraplégique, il est en osmose avec l'héroïne. Brigitte Aubert s'efface derrière sa créature, comme si elle-même avait connu l'enfer dans lequel Elise se débat. Une réussite, ni plus ni moins, que l'on aurait pu trouver sous la plume de Ruth Rendell. Mais pour une fois c'est une Française qui tire son épingle du jeu.

Brigitte Aubert est le Fregoli de la littérature policière, jouant sur tous les tableaux, trempant sa plume dans le noir le plus sombre et l’humour échevelé, changeant de registre à chacun de ses romans, ne se contentant de jouer la même partition indéfiniment.


Brigitte AUBERT : La mort des bois. (Réédition de Seuil policiers, éditions du Seuil) Points romans n° 532. 272 pages. 7€.

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31 janvier 2013 4 31 /01 /janvier /2013 13:46

Pourtant, une pierre n'est pas une éponge !

 

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Lorsque le printemps pointe le bout de son nez et que la neige n’est pratiquement plus qu’un souvenir, quelques Suédois s’empressent de quitter le continent et empruntent le pont afin de rejoindre l’île d’Öland.

Peter Mörner, par exemple qui a reçu en héritage d’un oncle une maison située près de la carrière de calcaire. Il désire passer quelques jours en paix en compagnie de ses deux enfants, Jesper le garçon et Nilla la fille. Il est séparé de sa femme et pour lui c’est une fête de retrouver de temps à autre sa descendance. Seule ombre au tableau la maladie de sa fille, une affection mystérieuse qui la mine. Il est même obligé de la conduire à l’hôpital afin de procéder à des examens. Comme si cela n’était pas suffisant pour lui mettre le moral dans les bottes, son père lui téléphone.

Jerry, qui l’année précédente a été victime d’un ennui vasculaire et ne parle plus presque plus, lui demande refuge. Il ne sait que prononcer quelques mots, des noms dont celui d’un associé Hans Bremer. Peter doit aller le chercher dans un endroit isolé et lorsqu’il arrive il secourt à temps son père qui est dans une habitation en flammes. Un ancien studio de cinéma produisant des films spéciaux. Dans une pièce gisent deux corps qu’il ne peut dégager à temps. L’un des deux pourrait être le fameux Bremer. Mais Peter se rend compte qu’il s’agit d’un incendie criminel.

Gerlof, un ancien loup de mer, a préféré quitter la maison de retraite où il se morfondait et réintégrer son domicile, malgré ses difficultés à se déplacer. Dans un placard il découvre des carnets écrits par sa femme quelques cinquante ans auparavant. Max et Vendela sont là pour une autre raison. Max est un écrivain, imbu de sa personne, qui rédige de petits guides. Son prochain ouvrage est axé sur la cuisine, mais ce n’est pas lui qui met la main à la pâte. Vendela est native de l’île et elle couche sur le papier, un peu en catimini, ses souvenirs, surtout ses relations avec les Elfes, et les Trolls leurs irréductibles ennemis. Le ménage est branlant, un peu à cause d’Alli, le vieux chien de Vendela que Max ne supporte plus.

Enfin un jeune couple s’est installé pour quelques jours dans une maison neuve. Vendela décide de préparer un repas entre voisins et tout ce petit monde est convié, mais Jerry jette le froid lorsque sortant d’un vieux cartable qui ne le quitte jamais, il jette sur la table des revues pornos dont il est à l’origine. Des publications qui avaient fait sa gloire dans les années soixante–dix quatre-vingts.

Peter et Vendela sont les pivot de cette histoire à consonance fantastique dont l’intérêt est toujours entretenu soit par des retournements de situations, soit par des incidents qui perturbent Peter, la maladie de Nilla, l’altercation avec Max qui manque écraser Jesper alors qu’ils ne savent pas encore que tous deux vont bientôt être voisins, l’incendie des studios de Jerry, et bien d’autres encore, et les souvenirs de Vendela qui s’inscrivent dans cette histoire comme des intermèdes mais se révèlent déterminants.

Sa jeunesse solitaire avec son père, la garde de ses trois vaches, l’incendie de la grange, l’Invalide qui vit dans une pièce du premier étage, ses relations avec les Elfes, autant d’images qu’elle a enregistrées et qui lui remontent comme autant de bouffées de chaleur, surtout lorsqu’elle entreprend de retourner à la ferme où elle a vécu ou à la Pierre des Elfes qui se dresse toujours dans la lande et accueille les présents dans des trous afin de réaliser les vœux émis.

Un roman prenant, et l’auteur sait retenir l’attention du lecteur, lequel se demande quand il va enfin retrouver la scène du prologue, la fameuse nuit du Walpurgis. Quant au titre du roman, il s’agit d’une coulée rouge dans les flans de la carrière, la Veine sanguine comme l’ont surnommée les tailleurs de pierre. Elle serait due à un combat féroce entre Trolls et Elfes. Mais c’est ce que la légende prétend, peut-être a-t-elle raison.

Quelques citations :

 

Tu lis trop de faire-part de décès.

Ça… C’est ce qui fait vivre les journaux.

 

Bouchez-vous les oreilles avec du coton, enfilez une paire de chaussures mal ressemelées et une paire de gants en caoutchouc … et tartinez de la vaseline sur vos lunettes. Voilà ce que ça fait d’avoir quatre-vingts ans.

 

Quand on n’a pas d’amis, on ne peut pas avoir d’ennemis, non ?

 

Du même auteur, dans la même collection : L'écho des morts.


Johan THEORIN : Le sang des pierres. (Réédition des Editions Albin Michel – 2011). Le Livre de Poche. 528 pages. 7,90€.

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30 janvier 2013 3 30 /01 /janvier /2013 14:44

Lebrun-copie-1.jpg

 

Sur mon ancien blog, Mystère Jazz, j’avais publié un entretien réalisé en 1985 et diffusé sur une radio libre. En octobre 1989, j’ai eu le plaisir de converser à nouveau avec Michel Lebrun dans le train noir qui nous menait vers Grenoble et sa troisième et ultime édition du festival du roman et du film policiers.

Tandis que certains festoyaient joyeusement au bar, lecteurs sous le charme d'auteurs diserts, d'autres travaillaient, engrangeant les souvenirs sur cassettes. Ainsi, dans le compartiment réservé à la presse, j'ai interviewé, entre autrelebrun4.jpgs, Michel Lebrun, foisonnant d'anecdotes, à la faconde jamais démentie, toujours accessible, disponible quel que soit son interlocuteur, même le plus obscur chroniqueur de province. Son dernier inédit, "Souvenirs de Florence", paru aux éditions Flamme/J'ai Lu, remontait à 1987. La même année, paraissait le dernier volume de l'Année du Polar (Editions Ramsay), devenue la bible des amateurs du roman policier, et le Guide du Polar écrit en collaboration avec Jean Paul Schweighaeuser (Syros). 1987 toujours, Michel Lebrun obtenait Le Grand Prix Paul Féval de Littérature Populaire pour l'ensemble de son œuvre et son action en faveur du roman policier. Depuis, plus rien. Ses fidèles étaient en début de manque, ce qui m'amena à lui poser cette première question :


Que devient Michel Lebrun, celui qui a été surnommé le Pape du Polar, une étiquette qui colle peut-être un peu trop à la peau maintenant ?

Après neuf ou dix ans d'imprégnation totale en milieu polar, c'est à dire à force de lire tout ce qui paraît, d'assister à un maximum de manifestations et de festivals, d'écrire un maximum de choses sur le polar dont l'Année du Polar que j'ai faite pendant neuf ans, je me suis trouvé soudain en train de sortir de mon apnée. Vous voyez c'était comme dans le Grand Bleu, j'étais sous couv001.jpgl'eau depuis neuf ans et tout d'un coup, hop, le monde extérieur me réapparaît et je trouve qu'il a du charme aussi. Alors bon, je ne veux pas brûler ce que j'ai adoré, et que j'adore toujours, c'est à dire le polar, mais pour l'instant je prends un petit peu de vacances, je me mets en disponibilité, du moins en ce qui concerne mon livre l'Année du Polar. En ce moment même nous sommes dans le train noir qui nous emmène à Grenoble; Grenoble où va se dérouler outre le 11ème festival du roman et du film policiers, va se tenir également la grande assemblée générale de l'association 813 dont je suis membre fondateur et, pour vous dire que je n'oublie pas complètement le polar, je viens donc pour la deuxième fois poser ma candidature au bureau de l'association 813. Parce que j'estime qu'il faut couv002.jpgquand même garder un œil vigilant sur les amateurs, ce que j'appelle les amateurs de base du roman policier. Alors là, si vous le permettez je vais faire une petite parenthèse en forme de précision. L'association 813 qui je crois a neuf ans d'âge maintenant, peut-être même un peu plus, non elle entre dans sa douzième année, l'association 813 est l'association des Amis de la Littérature Policière et j'ai l'impression que depuis ses débuts, l'appellation première a un petit peu dévié. C'est devenu, me semble-t-il, au fil des années davantage une association de spécialistes, c'est à dire d'auteurs, d'éditeurs, de traducteurs, que d'amateurs au sens propre du terme, c'est à dire de gens qui aiment le roman policier. Et c'est là dessus que je voudrais insister, et si, il ne faut évidemment pas anticiper l'avenir, si après demain je suis élu au bureau 813, je vais m'efforcer de rétablir un contact et un dialogue avec ceux que j'appelle les adhérents de base, les gens qui ne sont pas tous connus, les gens qui ne sont pas médiatiques, les gens qui ne sont pas des stars, mais qui sont quand même le public, les acheteurs de livres qui nous font vivre tous, nous les auteurs, les éditeurs, les traducteurs de romans policiers. Bon, vous me demandiez au début, vous me posiez une petite question, que devient Michel Lebrun, et crac là-dessus j'ai enchaîné sur un 33 tours microsillon qui dure depuis dix minutes. Alors, s'il vous plaît ne me posez pas d'autres questions (Rires).


Je trouve que l'avenir de 813 de toute façon est presque entre les mains des adhérents dits de base qui se trouvent impliqués comme moi. Au départ je n'étais qu'un adhérent de base et je me suis trouvé, pas une vocation de journaliste, mais enfin j'essaie de promouvoir le roman policier. Et si cela se trouve il n'y aura plus qu'un appareil critique à l'intérieur du bureau. Vous avez parlé de l'almanach du crime. Le trait est-il tiré définitivement sur l'almanach ?

couv003.jpgAbsolument pas. Il s'est trouvé que je me préparais à écrire mon dixième almanach du crime, Année du Polar chez Ramsay, quand les éditions Ramsay ont changé de direction. Bon je ne vais pas m'étendre sur un fait divers de société, vous savez que cela a fait la une de tous les journaux pendant quelque temps, tout ça a été très médiatisé, bon, résultat des courses, les éditions Ramsay ayant changé de direction, maintenant c'est madame Régine Deforges qui s'en occupe, et madame Régine Deforges ne s'intéresse pas forcément au roman policier et à fortiori à l'Année du Polar. Il va de soi que je me suis trouvé par hasard, par la force des choses sans éditeur et c'est à ce moment là que je me suis dit "Tiens, c'est peut-être le moment de sortir de mon apnée, puisque les circonstances me forcent un peu la main. Je ne suis pas responsable de ce qui arrive mais je vais essayer d'en profiter". Voilà exactement. Alors pour parler d'avenir, j'ai toujours le projet de refaire l'Année du Polar ou l'almanach du crime mais je ne veux plus le faire dans les conditions de forcing que j'ai assumé pendant neuf ans, c'est à dire m'astreignant à sortir le bouquin tous les ans, à la même période, ce qui veut dire que pendant neuf ans je n'ai pas pris une seule fois de vacances d'été, moi qui adore la mer et le soleil, et j'étais resté coincé dans ma bibliothèque. Je referai ce bouquin, je trouverai une formule nouvelle, peut-être que je ne le ferai pas tous les ans, peut-être tous les deux ou trois ans, peut-être sera-t-il plus gros, avec une formule un peu différente, mais je continuerai de le faire parce que le polar, comme je le disais tout à l'heure, le polar c'est ma vie.


La partie critique étant un peu délaissée pour laisser la place à la présentation d'auteurs, de thèmes ...? 

Oui évidemment. La dernière formule de l'Année du Polar, c'est un peu les éditions Ramsay qui me l'avaient suggérée, pas imposée, parce couv010.jpgque leur idée était de faire le guide Michelin du Polar. Alors ça s'est appel‚ l'Année du Polar ou guide de Michel Lebrun, presque le guide Michelin euphoniquement. C'était un gadget, c'était amusant mais je crois qu'il y a mieux à faire, c'est à dire en élargissant le débat. On ne peut pas faire que des notules critiques et des petits résumés de quelques lignes qui d'ailleurs sont insuffisants sur tous les bouquins qui paraissent. Je crois qu'il faut élargir le débat. Effectivement, moi ce que j'aime c'est faire des grands dossiers. D'ailleurs il y en avait un de prévu, et il est toujours prévu, sur le chemin de fer dans le roman policier. C'est un dossier, je vous le signale, inépuisable sur lequel on peut faire un bouquin de cinq-cents pages, rien que sur ce thème là. Et ça ce sont des choses qui sont intéressantes car les historiens du futur, les archivistes, lorsqu'ils voudront faire des études sur tel ou tel sujet, ils pourront se replonger dans ces livres encyclopédiques et thématiques.


D'autant que l'appareil critique devient caduc au bout de quelques années.

Exactement, l'appareil critique devient caduc mais maintenant avec le recul je me rends compte que ces bouquins, ne serait-ce que par leur nomenclature, sont des ouvrages de référence assez utiles. Et si vous me permettez une minute de mégalomanie intense, quasi schizophrénique, je vais dire une chose que je ne répèterai plus jamais, c'est que dans cent ans d'ici, la plupart des romans policiers dont je parle dans l'année du polar auront disparu corps et biens, la seule trace qui restera, ce sera mes petites notules. C'était la minute de mégalomanie satisfaite (rires).


Michel Lebrun, votre dernier roman c'est "Souvenirs de Florence". Depuis, pas grand chose, à part quelques traductions?

Dans ma vie, j'ai constaté qu'il y avait des périodes que je qualifierai de bibliques. Oui, alors évidemment, faut préciser pour vos auditeurs, que je parle avec un peu d'ironie ou un certain humour. Biblique, il faut le mettre entre parenthèses. Je m'explique. J'ai toujours connu, après sept ans de vaches grasses, sept ans de vaches maigres, et ainsi de suite. couv011.jpgAlors ne parlons pas de vaches grasses ou de vaches maigres, disons simplement qu'il y a des changements d'orientation qui interviennent à peu près tous les sept ans, selon le cycle biologique du renouvellement des cellules d'un corps humain. Disons que je suis entré depuis quelques années, depuis deux ou trois ans, dans un cycle de traduction, parce que les choses ont fait qu'on m'a apporté des traductions à faire de livres que je trouvais intéressants, comme les romans de John Irving par exemple. Je ne vois pas au nom de quoi j'aurais refusé de traduire ces bouquins qui sont passionnants, et maintenant, j'ai des traductions à faire pour un an ou deux, mais j'accomplis probablement une mutation. Je viens de commencer à écrire mes mémoires, et les mémoires de la vie d'un auteur de polars, ça peut sembler comme ça, vu de l'extérieur, de prime abord, rien de bien intéressant. Qu'est-ce que c'est qu'un couv009auteur de polars ? C'est un monsieur qui est assis le cul sur une chaise toute la journée et qui tape à la machine, et à priori il n'y a pas de quoi faire des mémoires sensationnelles. Seulement mon métier d'auteur de polars m'a permis de faire beaucoup de cinéma à une certaine époque, les films d'aventures que je faisais dans les années soixante m'ont permis de faire pratiquement le tour du monde, et même plusieurs fois. J'ai connu ensuite les débuts de la télévision, et la période héroïque des tournages en direct, ou plutôt des émissions en direct, que l'on ne pouvait pas filmer ou magnétoscoper, et il y a comme ça dans ma vie toutes sortes de choses qui sont je crois assez rigolotes. Et je suis en train de redécouvrir, en me plongeant dans mes mémoires... Bon ne me demandez pas où ça va paraître et si ça va paraître, ça je n'en sais rien, j'écris ça pour moi pour l'instant... Mais les amateurs de polars évidemment ne seront pas frustrés puisque dans mes mémoires je raconte absolument toutes les histoires des éditeurs que j'ai rencontrés, parce que là aussi il y a une période far-west sur le plan de l'édition, qui était absolument comique et cocasse, et je raconte au passage mes petites recettes pour écrire des romans. Alors vous voyez, tout ça c'est un projet complètement diffus, pour l'instant c'est comme une grande valise dans laquelle j'entasse des souvenirs, en vrac, sans les trier, et puis ma foi, après je rouvrirai la valise, je ferai le tri, et je publierai, je l'espère, un bouquin intéressant. En tout cas amusant.


Vous avez parlé de cinéma, de films d'aventures. Vous avez collaboré je crois, surtout pour des Paul Kenny, peut-être à des Jean Bruce. D'ailleurs dans le numéro de la revue Polar qui vous a été consacré, on vous voit en train de vous amuser avec Jean Bruce. Etait-ce un bon copain?

Ah! Jean Bruce, c'était un homme extraordinaire, en ce sens qu'il était d'une couv005.jpgmodestie et d'une timidité quasi maladives. Pour un homme qui avait à l'époque les plus forts tirages de la littérature populaire, c'était un homme absolument charmant, qui voulait - nous étions très amis - qui voulait absolument, insidieusement - il savait que je n'aimais pas beaucoup le roman d'espionnage, je le lui avais dit - mais il s'était promis de m'y amener, il s'était promis de me le faire aimer, et à chaque fois que je le voyais, il me disait : " Alors Lebrun, alors il y a une place à prendre, quand est-ce que tu viens ?" Alors je lui répondais toujours, "Oui, Jean, laquelle veux-tu que je prenne, la tienne ?" et il me disait "Non, quand même pas ", et finalement je suis resté sur mes positions, et lui sur les siennes et quand il nous a quitté, très très jeune puisqu'il est mort dans un accident ayant à peine dépassé la quarantaine... Mais c'était Jean Bruce... Bon indépendamment du fait qu'il travaillait dans un genre que je n'appréciais pas beaucoup, je suis obligé de reconnaître que c'était un très grand professionnel et que Gérard de Villiers aujourd'hui doit à peu près tout à Jean Bruce. Si Jean Bruce n'avait pas existé, n'avait pas créé en 1950 OSS 117, jamais Gérard de Villiers, vingt ans plus tard, n'aurait pu écrire SAS. Jean Bruce avait défriché un terrain, que De Villiers ensuite a pu ensemencer fructueusement.


Pour ne pas quitter tout à fait Jean Bruce... Jean Bruce était un copain, il fera partie des mémoires de Michel Lebrun, mais y aura-t-il également des coups de griffes ?

Oh là là !! Il y aura tout un chapitre sur la MDL. La MDL, ce n'est pas une secte secrète, c'est la malédiction des Lebrun. Alors ça, je ne peux pas raconter au micro parce que c'est trop impressionnant, mais sachez que, moi qui suis le plus pacifique des hommes, qui suis à la limite trop bon, trop bonne poire, je me suis fait trop exploité dans ma vie, quand la mesure est comble, je peux jeter un mauvais sort sur les gens. Et alors, ça, j'ai eu plusieurs expériences comme ça qui m'ont fait tellement pecouv012-copie-1.jpgur que j'essaie de réfréner cette espèce de don que j'ai, qui est une chose absolument effrayante, c'est une chose que j'ai en moi et qui ne demande qu'à sortir. Vous voyez, c'est un petit peu comme dans Alien, le type a l'air complètement normal de l'extérieur, et puis tout d'un coup, schlac, du sang partout, on ne sait pas ce qui s'est passé. Et bien moi, c'est un petit peu ça, sauf que je ne frappe pas directement sur les gens quand je leur en veux, j'écris leur nom sur un petit bout de papier, j'ai comme ça chez moi une petite liste noire qui est affichée sur l'un de mes murs, et de temps en temps je raye une nom sur la liste. Alors ça veut dire ou que je suis réconcilié avec le type, ou qu'il est mort. Alors (rires) évidemment ne me demandez pas la liste noire de Lebrun, mais sachez qu'elle existe et d'ailleurs hors micro je pourrais vous raconter la véritable histoire, et là les auditeurs vont être encore plus frustrés ...


Du bon usage du traité de sorcellerie. Michel Lebrun, "Un revolver, c'est comme un portefeuille" qui vient d'être réédité au Masque, un livre de 1971, c'est l'humour. Il y a l'histoire, mais c'est l'humour qui prédomine. Les livres de maintenant, c'est noir, c'est politiquement engagé... Ne vous font-ils pas barber ?

couv008.jpgAh écoutez, moi de toute façon je suis un individu d'un autre âge, je déteste la politique et les politiciens. Et je vais même vous dire une chose que vous pouvez croire ou non, je ne comprends rien au Bébête show. Je ne sais même pas à quoi les marionnettes font allusion et à qui elles ressemblent. C'est vous dire à quel point, je suis détaché, éloigné du débat politique. Alors il va de soi que, quand je vois aujourd'hui mes jeunes confrères, particulièrement les jeunes auteurs français du roman noir, ils récusent d'ailleurs l'appellation roman policier, parce qu'il y a le mot policier dedans, que ça les fait penser à flic, etc, etc, très bien, ça je veux bien, mais que dans leurs bouquins, tout d'un coup, ils me fassent trois ou quatre pages de brûlot politique ou de militantisme anti-ceci ou anti-cela, moi ça me casse les pieds. Et je trouve que le message, on a le droit d'avoir un message, il doit être subliminal, il doit être sous-jacent. A partir du moment où on écrit en lettres de feu Attention Message, là je commence à décrocher de l'histoire que l'on me raconte. Alors il va de soi que je ne me fasse pas passer pour un vieux réactionnaire, il va de soi que je suis farouchement anti-lepéniste, parce que ça je sais quand même de quoi je parle, je suis farouchement contre les racismes, de quelque forme qu'ils soient, ça vraiment je m'élèverai toujours là-dessus, mais, quand nous écrivons nous autres les auteurs de romans policiers, c'est avant tout pour nous faire plaisir, et deuxièmement c'est pour faire plaisir à notre lecteur. Et pour le divertir et précisément lui faire oublier ses emmerdements. Alors, voilà un exemple que je reprends toujours : il y a quelques années existait une collection excellente dirigée par mon ami Alex Varoux qui s'appelait Engrenage, et un jour - Engrenage c'était le roman noir à la française - il y a eu un bouquin, qui était peut-être très intéressant, qui s'appelait "Chômeur Blues", et alors j'ouvre le bouquin, c'était un type qui est chassé de son travail, il devient chômeur, il devient clochard, il est prêt à tout pour ne pas être dans la merde, etc... Et à ce moment là je dis "Voyons, qui va lire ce bouquin ? Qui va acheter ce bouquin ? C'est peut-être un chômeur jeté de son emploi, que sa femme vient de quitter, il est triste, il se dit, tiens pour oublier mes emmerdements, je vais lire un polar. Il ouvre le polar, et il lit quoi ? l'histoire d'un chômeur qui est triste. Bref il s'ennuie". Non ce n'est pas ça... Il veut lire le type quelque chose d'amusant, ou il veut lire un drame policier qui se passe chez les riches. Comme dans les films d'Hitchcock, il faut que les femmes soient blondes et bien habillées, sexy. Il faut qu'il y ait un téléphone rose, il faut qu'il y ait une Cadillac décapotable. Et là dedans on peut mettre, on doit mettre du rêve, de l'humour...

 

La conversation s'est continuée ainsi pendant encore quelques minutes à bâtons rompus, oubliant de remettre une cassette vierge dans le magnéto. A l'issue de l'assemblée générale, houleuse mais ceci est une autre histoire, Michel Lebrun fut élu président de l'association pendant trois ans. Il ne put, ou ne voulut, réaliser tous ses projets. Cependant il collabora activement à la renaissance de la revue Polar, fit paraître un roman-récit intitulé Rue de la soif chez Seghers, jubilatoires et grisantes déambulations, fournit des extraits de ses souvenirs pour "Les années Série Noire (tome 2)" de Claude Mesplède aux éditions Encrage, et pour la revue Nouvelles Nuits N°11, spécial Rivages Noir, éditions Clô, sans oublier quelques rééditions de bon aloi chez Rivages (L'autoroute et Géant) ainsi que la concrétisation d'un de ses rêves, figurer au catalogue de la Série Noire avec la réédition de "Loubard et Pécuchet", roman burlesque dont il avait le secret. Une entrée dans la mythique collection qui arrivait un peu tard me confiait-il au téléphone, quelques semaines avant son départ pour le Paradis des écrivains, rejoignant ses amis et confrères pour le grand Sabbat littéraire.

 

Vous pouvez découvrir la chronique du roman En attendant l'été de Michel Lebrun sur Action-Suspense

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Published by Oncle Paul - dans Entretiens-Portraits
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29 janvier 2013 2 29 /01 /janvier /2013 08:45

Il faut se méfier des journaux intimes !

 

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En effectuant quelques travaux de rangement dans la penderie de sa maîtresse, Jeanie, la jeune bonne de la famille March, découvre dans la doublure d'un manteau un journal intime. La teneur de ce cahier l'horrifie. L'un des quatre enfants, des quadruplés âgés de bientôt de dix-huit ans, avoue sadiquement avoir brûlé vive une fillette et y avoir pris du plaisir. Un forfait qu'il renouvelle à l'occasion en changeant de manière de procéder à l'élaboration de chacun de ses meurtres. S'il se met en scène dans ses mémoires, il a garde de se nommer. Est-il Jack, Starck, Clark ou Mark ?

Au fur et à mesure de sa lecture, Jeanie apprend qu'à l'origine les quatre garçons étaient des quintuplés, Zack ayant été noyé par son assassin de frère.

Le jeu du chat et de la souris s'engage entre Jeanie et le meurtrier inconnu, car celui-ci s'est rendu compte que quelqu'un lisait sa triste prose et qu'il s'agissait de Jeanie. Le seul recours de la pauvre fille est de démasquer le coupable, sachant pertinemment que personne ne voudra la croire sans preuve.

La famille March jouit d'une réputation d'honorabilité même si le docteur succombe parfois aux appâts faminins et si sa femme se cloître chez elle. Quant à Jeanie, elle sort de prison et possède la fâcheuse tendance à ingurgiter les alcools de son employeur.

Jeanie écrit elle aussi son journal afin de mettre au clair ses idées car dans son angoisse naissante elle est bien près de penser qu'elle est victime d'un dédoublement de la personnalité, se demandant si ce n'est point elle le tueur. L'assassin se met à la persécuter moralement et Jeanie pourtant en permanence sur le qui-vive ne peut percer son identité.

 

Brigitte Aubert, au travers de ces deux manuscrits qui s'imbriquent à la perfection, en complément l'un de l'autre, distille le suspense avec un art consommé, se révélant une digne émule de ses consœurs britanniques. L'angoisse et l'horreur montent progressivement en un crescendo haletant et la chute est fort bien amenée.

Publié pour la première fois en juin 1992, dans la collection Seuil Policiers, j’écrivais à l’époque : C’est le livre de l'été par une jeune femme qui pourrait devenir l'une des Reines du crime françaises. Cette prédiction ne s’est pas démentie et depuis Brigitte Aubert a toujours écrits des romans intéressants, jouant dans tous les registres, ou presque de la littérature policière.


Brigitte AUBERT : Les quatre fils du Docteur March. Editions Points, collection Thriller. 6,60€.

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Published by Oncle Paul - dans La Malle aux souvenirs
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28 janvier 2013 1 28 /01 /janvier /2013 15:18

Ce n’est vraiment pas de veine !

 

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Tous les enfants adoptés ressentent à un moment ou un autre le besoin de connaitre l’identité de leur mère naturelle et par voie de conséquence de leur géniteur.

Sara Gallagher, trente-quatre ans, une fille de six ans, Ally, et un fiancé, Evan, n’échappe pas à la règle. Elle a toujours su qu’elle avait été adoptée, et avec ses parents adoptifs, de nombreux accrochages ont perturbé son enfance. Surtout avec son père, sa mère atteinte de la maladie de Crohn étant trop souvent alitée. Et alors qu’ils ne pouvaient théoriquement avoir d’enfants, deux petites filles, Mélanie et Lauren, sont nées après son arrivée au foyer. Seulement elle a eu l’impression d’être rejetée, et Mélanie trouvait toujours le moyen de se montrer injuste à son encontre.

Evan dirige un camp de pêche sur la côte de l’ile de Vancouver et il ne rentre qu’une fois par semaine environ à Nanaimo. Sara répare des meubles chez elle et sa vie la satisfait ainsi. Le mariage est programmé dans quelques mois et il faut penser à tous les préparatifs, cependant son obsession la guide. C’est en farfouillant sur Internet qu’elle retrouve sa mère naturelle, Julia Laroche, enseignante en histoire de l’art à l’université de Victoria.

Sa mère naturelle ne veut pas entendre parler de Sara, qui malgré tout la rencontre chez elle. Elle reçoit une fin de non recevoir, Julia Laroche bottant en touche, affirmant qu’elle a rencontré son père lors d’une fête. Sara décide de ne pas en rester là. Elle engage un détective privé, un ancien policier ce qui est pour elle une référence de sérieux. Mais ce qu’elle apprend est loin d’un conte de fée. Elle est la fille du Tueur des campings !

 

En réalité Julia Laroche se nomme Karen Christianson et elle est la seule victime du tueur à lui avoir échappé. Le tueur des campings, car tous ses méfaits ont été émis dans un camping de la Colombie britannique. Au total une quinzaine de jeunes femmes ont été agressées, violées puis tuées, mais une trentaine de personnes ont été trucidées, car elles étaient accompagnées d’un petit ami ou d’un membre de leur famille. Ce que l’on appelle les dommages collatéraux. A peine remise de cette annonce, elle découvre que des forums sur Internet se sont emparés de cette affaire. Pourtant ses parents adoptifs, qu’elle continue d’appeler Papa et Maman, ainsi que ses sœurs, avaient promis de ne rien dévoiler. Cela la déboussole complètement et des crises de migraine, migraines auxquelles elle est sujette assez fréquemment, la submergent.

C’est encore pis lorsqu’elle reçoit un appel téléphonique de celui qui se revendique comme le Tueur des Campings et qu’il l’appelle Ma fille. Il se permet même de lui envoyer des bricoles. Au début un rabot, accessoire utile pour la rénovation des meubles qu’elle effectue pour le compte de particuliers amateurs d’antiquités. Elle n’y tient plus. Elle demande protection auprès des autorités et deux agents de la police montée viennent enquêter chez elle. Sandy, qu’elle n’apprécie pas beaucoup, et Billie, qui s’avère être un homme charmant, compréhensif. Une proximité qui ne plait guère à Evan, lequel lui demande de tout arrêter. Mais est-elle vraiment maitresse de son destin ? Elle se trouve prise dans un engrenage infernal qui pourrait être fatal à son mariage et pourquoi pas à sa vie, à celle de sa fille Ally qui se montre de plus en plus tyrannique, et même à Moose, son bulldog, auquel elle tient particulièrement.

 

Le récit est décliné en vingt cinq séances de psychothérapie dont les trois dernières sont des séances de rattrapage. Entièrement écrit à la première personne du singulier, Sara s’adressant à Nathalie sa psychiatre, ce roman permet au lecteur de suivre pas à pas, en quelques semaines, les affres ressenties par Sara, sans avoir une vision extérieure de ce qu’elle peut ressentir. Le malaise, la peur, les inquiétudes, les moments d’abattement, les conflits avec Ally, Evan, ses parents adoptifs, ses sœurs et plus particulièrement Mélanie, ou encore la policière, sont décrits avec conviction. Le lecteur partage ses sentiments, ce refus d’abdiquer, cette envie de connaitre ce père, de le raisonner, de le manipuler, de comprendre ses motivations, de tenter qu’il ne recommence pas une nouvelle fois, de suivre, par les déclarations de Sara, l’enquête de Sandy et de Billie. Enquête qui débouche souvent dans des impasses avec des rendez-vous manqués. Le lecteur en même temps découvre le caractère souvent vindicatif de Sara, qui a bousculé Derek, le père d’Ally, dans les escaliers avant la naissance de leur fille. Derek qui s’est tué dans un accident. Ce qui n’a pas assagit Sara qui peut se montrer violente, agressive, tout comme sa fille, lorsque les personnes qui l’entourent ne se plient pas à sa volonté. Sauf devant son père adoptif qui sait la juguler. Mais Sara n’est pas foncièrement méchante, elle s’emporte rapidement, elle est soupe au lait comme on dit. Et c’est l’un des points forts de ce roman, cette analyse d’elle-même effectuée auprès sa psychiatre, de savoir se remettre en cause elle-même, même si elle n’en convient parfois que du bout des lèvres.


Si Séquestrée était un premier roman fort, celui-ci l’est plus encore, reprenant le même système de narration, avec toujours cette progression dans la frayeur, l’angoisse, la terreur même, ressenties par une femme qui se trouve aux abois. Un roman abouti qui marque les esprits, tant par le ton donné à la narration, par cette recherche qui devient un fardeau, que par les conflits familiaux engendrés.


Chevy STEVENS : Il coule aussi dans tes veines (Never Knowing – 2011 ; traduction de Sebastian Danchin). Editions de l’Archipel. 416 pages. 22€.

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