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4 octobre 2012 4 04 /10 /octobre /2012 10:54

Péripatéticiens d’indigents !

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Retrouver trente après, un amour de jeunesse, n’est pas toujours désagréable, seulement cela dépend des conditions et de l’état physique des protagonistes. Ainsi, alors qu’il stationne au comptoir de son bar habituel, le Beau Bar, Clovis est tout étonné d’être abordé par une clocharde en laquelle il reconnaît Laura, la jolie Laura de son adolescence. Elle lui révèle que des SDF sont les victimes d’hommes circulant en 4X4, les aspergeant d’essence ou les brutalisant à mort. Et qu’une épidémie de grippe, aviaire, chikungunya ou autre, sévirait parmi les quartiers pauvres de la ville.

Bien évidemment les événements ne sont pas relayés par les médias et les autorités dites compétentes, ou si peu. Elle n’en sait guère plus Laura, mais elle peut toutefois orienter Clovis vers un maçon portugais reparti au pays après le décès d’un ami lui aussi Portugais et maçon dans un hôpital marseillais, et que trois pompiers auraient contracté la maladie en l’évacuant d’un squat. Les pompiers vont mieux, grâce à leur jeune âge et leur constitution solide. Mais les pauvres, les sans-abris, qui manquent du minimum vital n’ont pas cette chance.

La « peste des pauvres » continue ses ravages et Clovis décide de s’atteler à une enquête sur l’origine de cette épidémie, ou du moins de traquer la vérité, mais aussi de connaître pourquoi des individus sans scrupules s’attaquent à des êtres sans défense, puis à des enfants. Le maire Bellérophon Espingole minimise les incidents, les attentats envers les pauvres sont dédaignés par la presse. Clovis appelle à la rescousse ses amis Ralph, un policier qui a ses entrées partout, et Philippe, un journaliste qui fouine mais ses papiers ne sont pas publiés ou réduits à trois lignes. Lorsque les bruits qui courent ne peuvent plus être tus, l’état d’urgence est décrété, la quarantaine est envisagée, les accès à Marseille fermés, des pontifes scientifiques sont consultés, propageant la panique au lieu de s’évertuer à rassurer, les pauvres mis au ban de la société. Et Clovis trouvera un cadavre dans un placard, au vrai sens du terme, un poilu de la guerre 14-18.

 

Maurice Gouiran ne travaille pas dans la dentelle et si le décor de ce roman est implanté à Marseille « Marseille est, tu le sais bien depuis que tu traînes à droite et à gauche, une ville où l’on combat davantage les pauvres que la pauvreté », ces drames pourraient se passer n’importe où (ou presque) en France.

Il égratigne, griffe avec causticité : « Il est plus facile de se donner bonne conscience et d’afficher son âme charitable en aidant les pauvres que de combattre les principes d’une société soumise aux rapports de domination. Les hommes politiques en place aiment bien déplorer les problèmes liés au logement ou à la précarité sans en dénoncer les causes, comme s’il s’agissait d’un pseudo consensus politique hypocrite, le même que celui qui les conduisit à pleurer à chaudes larmes l’Abbé Pierre alors qu’ils étaient porteurs des mesures économiques qui favorisent la pauvreté ». Materazzi, propriétaire d’une société immobilière profite depuis des années en rasant des logements insalubres. Il achète à vil prix, déloge les sans-abris ou les personnes âgées qui y vivent tant bien que mal, et au lieu de reconstruire immédiatement malgré les projets entérinés par les édiles, attend béatement, afin de faire grimper les prix des autres logements. Haro sur les pauvres ! On les met à la rue mais on ne les reloge pas et après on leur reproche de squatter ou de trainer et de salir le paysage. Maurice Gouiran fait œuvre pie en dénonçant la cupidité, la rapacité, l’ignominie, l’hypocrisie, le cynisme. Ce que Maurice Gouiran pourra écrire, et dénoncer, ne changera rien aux méthodes employées. Il s’érige un peu en Don Quichotte de la fiction.

 

A lire également de Maurice Gouiran : Et l'été finira, Sur nos cadavres ils dansent le tango, Franco est mort jeudi, Les vrais durs meurent aussi et Train bleu train noir.


Maurice GOUIRAN : Putains de pauvres ! Collection Jigal Polar. Editions Jigal. Octobre 2007. 254 pages. 16,23€.

Paul Maugendre

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4 octobre 2012 4 04 /10 /octobre /2012 08:23

On dirait, fiston, que tu es en train de laver ton linge sale dans la famille d’une autre.


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A Villa Scasso, petite ville ou quartier de Laferrere à l’ouest de Buenos Aires, il y a d’un côté les flics, pas forcément virulents, de l’autre les malfrats, comme dans toute bonne ville de banlieue qui se respecte. Au milieu, il y a les femmes. Et c’est bien à cause d’une histoire de femme que tout va dégénérer.

Tout commence un 9 juillet, jour anniversaire de la déclaration d’Indépendance de l’Argentine. Il neige. Dans le froid une jeune femme, Magui, porte dans ses bras sa fille Olivia, malade. Elle souhaite que María Isabel, une guérisseuse, puisse guérir son enfant en invoquant Dieu et en psalmodiant et égrenant son rosaire. Mais à la vue du mal dont souffre Olivia, elle chasse les deux pauvresses. Olivia meurt d’hémorragie dans la neige et Magui se pend.

Lagarto, un policier sur le retour, ancien boxeur minable, et Róman, son jeune collègue, sont attristés par les deux décès. Surtout Róman qui a connu Magui toute jeune et l’a même aimé, une cicatrice dans son cœur. Et ce qui lui est arrivé ainsi qu’à Olivia, il ne l’accepte pas. La gamine était enceinte et s’était fait avorter. Un charcutage vraisemblablement. Tout ça, c’est la faute du père qui est marié, a déjà cinq enfants mais essaime un peu partout ses autres rejetons.

Dans cette ville qui ressemble à mariage entre bidonville et vieille cité moyenâgeuse, dans laquelle les voyous tiennent le haut du pavé grâce à la bande des Gamins, face aux policiers qui n’ont qu’images et breloques pieuses pour cuirasses, la vengeance murit et inévitablement la neige sera rouge à un moment ou un autre.

 

Ce drame se déroule en Argentine, mais n’importe quelle ville de banlieue française, ou de tout autre pays, pourrait tout aussi bien servir de décor. Mais c’est justement parce que l’histoire se passe en Argentine qu’elle en prend encore un peu plus de force. La religion est prégnante, présente partout, la fatalité pèse sur les jeunes filles qui deviennent mères à peine entrées dans l’adolescence, dans un décor avec la neige synonyme de pureté. Et l’on ne peut s’empêcher aux gamins qui ont été séparés de force de leurs parents pendant les années de plomb avec Pinochet au pouvoir. Mais il ne s’agit plus ici de policiers au service du régime, mais d’êtres humains qui puisent leur colère dans une histoire personnelle. Et malgré la neige, toujours elle, la vengeance ne sera pas un plat qui se mange froid.

Fidèle à leur concept, les éditions Asphalte proposent en rabat de couverture une playlist de dix titres et que l’on peut retrouver sur leur site. Au sommaire, quelques grands noms comme Johnny Cash, Bruce Springsteen, John Fogerty, Guns n’ Roses, pour ne citer que les plus connus. Un roman court, dense, émouvant.

Citation : Calavera était tellement nerveux qu’il aurait pu arracher des clous avec les fesses.


Pour découvrir et écouter la playlist, n'hésitez pas à vous rendre sur le site des  éditions Asphalte.


Leonardo OYOLA : Golgotha. Editions Asphalte. Traduction d’Olivier Hamilton.Mars 2011. 14,20€.

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3 octobre 2012 3 03 /10 /octobre /2012 14:07

Les morts surs du passé !

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Le plus court chemin vers ma culotte passe par mon estomac ! C’est ce que déclare le commandant D.D. Warren qui partage un repas au restaurant avec Alex Wilson, personnage dont je reparlerai un peu plus tard.

L’enquêtrice D.D. Warren approche à grands pas de la quarantaine, elle est toujours célibataire, mange gloutonnement sans que cela influe sur sa charge pondérale grâce à un métabolisme performant. Un appétit de sumo et une taille mannequin. Manger était sa passion. Surtout que son travail au sein de la brigade criminelle de Boston ne lui laissait guère de temps pour le sexe. Et tandis qu’elle se restaure en compagnie de Chip, comptable au département de médecine légale, avec en vue une éventuelle soirée à deux sous la couette. Une fois de plus le destin qui se nomme téléphone contrarie ses projets.

Dorchester, banlieue de Boston, une petite ville pas pire que les autres en matière de criminalité, et pourtant dans une banlieue pavillonnaire cinq cadavres sont retrouvés, couchés côte à côte dans la véranda, la mère et les trois enfants, deux garçons et entre eux la fille. Assassinés à coups de couteau. Le père s’est tiré une balle dans la tête et s’est raté. Peut-être pourra-t-il apporter quelques explications, mais pour l’instant il est sur le billard. Et décède sans sortir du coma. Assistée de Phil et de Neil, ses fidèles collègues, Warren commence à supputer nombre d’hypothèses dont aucune ne se révèle convaincante.

La famille Harrington, une famille recomposée, vivait dans une villa deux étages que Patrick, le père, retapait en vue d’en louer une partie. Endetté par l’achat immobilier, il se trouvait au chômage depuis quelques temps, et la situation financière risquait d’être critique sous peu. Une théorie probable, le père perdant les plombs et effaçant sa famille, mais des incohérences apparaissent lors de l’examen post-mortem. D’autres faits mènent à une autre supposition, comme le cas d’Ozzie, le petit dernier de la famille. C’était un gamin turbulent, hyperactif, violent parfois, suivi selon une voisine par une espèce de chaman, un certain Andrew Lightfoot. Et si Ozzie était le coupable ? Mais là encore des invraisemblances perturbent leurs déductions.

Entre en scène Alex Wilson, professeur à l’école de police, qui a baroudé avant d’enseigner et qui a envie de se replonger dans l’ambiance et suivre une enquête sur le terrain. Il est beau, élégant, affable, tout pour plaire et… Inutile de s’attarder car une nouvelle cascade meurtrière est signalée.

Une autre famille, qui vit à Cambridge, mais le décor est totalement différent. L’intérieur est sale, répugnant, et ce ne sont pas les six corps, quatre enfants, la mère et le père, enfin le dernier compagnon, qui vont redonner du lustre à la maison. Morts dans des conditions similaires sauf le petit dernier qui a été étouffé par un oreiller. De plus l’homme traficotait de la drogue mais ce n’est pas l’objet des meurtres. Les ballots de cannabis sont toujours entreposés dans la réserve.

Des tueries similaires, des parcours et des problèmes neurologiques affectant l’un des enfants conduisent D.D. Warren et ses acolytes, Alex Wilson en tête (il est devenu inséparable), dans une unité de soin pédopsychiatrique où travaille Danielle, trente-quatre ans. Vingt-cinq ans auparavant sa famille a été décimée et tous les ans, à la même époque ses démons se réveillent et la perturbent. C’est pour bientôt.

Mais D.D. Warren and c° rencontrent également Lightfoot, le sorcier rebouteux guérisseur, ancien trader dans une banque et qui s’étant découvert des dons particuliers a repris le nom de son grand-père.

En incrustation de l’enquête le lecteur peut suivre l’histoire de Danielle mais également celle de Victoria dont le jeune garçon Evan est atteint lui aussi de folie meurtrière. Il n’a que huit ans, peut se montrer câlin et subir des sautes d’humeur incompréhensibles qui ont fait éclater le couple et dissoudre la famille. Il est attiré par les couteaux. Victoria est restée avec Evan et ses problèmes, le père est parti emmenant leur fille Chelsea pour la protéger.

 

gardner.jpgSi la forme, la structure de ce roman consiste en une enquête policière avec recherche d’un ou d’une coupable, coupable que les lecteurs penseront avoir démasqué avant l’épilogue, c’est bien le fond qui donne toute sa valeur au récit. Ceux qui vivent avec des enfants souffrant d’hyperactivité, de troubles d’intégration sensorielle, d’autisme, de troubles psychiatriques quels qu’ils soient, ceux qui connaissent ou sont à même de côtoyer de tels enfants caractériels dans leur entourage proche ou lointain, ne seront pas choqués par les descriptions, qui ne sont pas complaisantes, de la part de Lisa Gardner. Ils savent que les parents sont prêts à tout pour soigner leur progéniture, de ne pas les dévaloriser, à leur trouver des solutions : pédopsychiatres, éducateurs, structures adaptées, médicaments et même se faire aider par des charlatans. Seule la foi sauve, souvent sans résultat significatif.

Les autres, éloignés de ce genre de rapports, ne pourront que se demander si l’auteure n’a pas forgé une histoire abracadabrante, misérabiliste, voyeuriste, à dessein pour faire pleurer Margot dans les chaumières. Pourtant, cela existe et les faits de débordements sont de plus en plus d’actualité. Ainsi les bagarres à répétition dans les cours d’école, les agressions entre élèves ou d’enseignants, les parents battus, et ceci déclenchés pour des futilités en apparence. Des gamins inconnus des services de police comme on dit et dont on découvre qu’ils sont atteints d’un mal psychotique. Et ces personnes, la bouche en cœur, vous déclareront que c’est de la faute des parents, que s’ils avaient mieux élevés leurs enfants, cela ne se serait surement pas passé comme ça, des déclarations fracassantes de la part d’individus qui n’y connaissent rien mais ont des solutions toutes faites pour régler tous les problèmes.

Lisa Gardner n’a pas écrit un roman facile, et il s’agit plus d’un engagement envers une famille qui a connu ce genre de déboires que de jouer avec le pathos à l’encontre de ses lecteurs. Emouvant, perturbant, dérangeant, mais passionnant et instructif.


Du même auteur lire :  La maison d'à côté.


Lisa GARDNER : Les morsures du passé (Live to tell – 2010. Traduction de Cécile Deniard). Spécial Suspense ; Albin Michel. 450 pages. 20,90€.

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3 octobre 2012 3 03 /10 /octobre /2012 11:00

« Il est délicat de parler « réalité » dès qu’il s’agit de croyance religieuse et surtout de politique ! »

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Six ans se sont passés depuis ses aventures mouvementées au Mont-Saint-Michel, contées dans La Promesse de l’ange. Johanna, l’archéologue médiéviste a eu un accident de voiture et un enfant, Romane, et à l’époque où nous la retrouvons elle est en charge des fouilles, avec une petite équipe, sur le site de l’abbaye romane de Vézelay. Elle essaie de vérifier certaines assertions concernant le culte de Marie-Madeleine, Marie de Béthanie, et de démontrer que des reliques de la sainte seraient bien enfouies dans l’ancienne basilique.

Elle a d’ailleurs retrouvé une statuette en bois dont les traits lui rappellent quelque chose, et qu’elle conserve précieusement dans un coffre. Son ami Lucas, violoncelliste, est trop souvent en déplacement et ne la rejoint que de temps à autre. Son travail l’accapare et puis il lui faut s’occuper de Romane qui n’a que six ans. Son ami Tom, un Néo-Zélandais qui, lui, explore les ruines de Pompéi lui apprend qu’un de ses collaborateurs vient d’être retrouvé mort, le crâne enfoncé et au dessus de sa tête, écrit à la craie blanche, une inscription : Giovanni, 8, 1-11.

Cela ne peut que se référer à la Bible et plus particulièrement à l’évangile de Jean. Peu après Tom vient la voir à Vézelay et lui raconte plus explicitement cette trouvaille macabre, qui n’entre pas dans le cadre de ses recherches. Lors de son départ il remet à Romane une pièce trouvée dans les ruines, portant en effigie Titus et datant de l’an 79. Peu après Romane est atteinte d’un mal mystérieux qui ne se manifeste que lorsqu’elle dort la nuit. Johanna rencontre de nombreux spécialistes, emmenant sa fille dans différents hôpitaux de la capitale, mais aucun des spécialistes qu’elle consulte n’arrive à déterminer la provenance de ce mal, mettant même en doute ses allégations. En désespoir de cause elle accepte de prendre rendez-vous avec un hypnotiseur sur l’insistance de son amie Isabelle, marraine de Romane. Mais un nouveau meurtre est à déplorer à Pompéi.


Cela fait quelques temps que l’incendie, qui a sévi durant six jours et sept nuits, a ravagé Rome, alors que Néron regardait les flammes en se contentant de jouer de la lyre du haut du Quirinal, tuant des milliers d’habitants, détruisant maisons, boutiques, réserves. Les Chrétiens doivent se cacher pour célébrer leur culte. La famille de Sextus Livius Aelius, un riche négociant en vin, reçoit la visite de Raphael, qui arrive des côtes de Provence en Gaule, porteur d’un message destiné à Pierre. Mais l’apôtre Pierre vient d’être arrêté, et de nuit, des soldats romains investissent la maisonnée tuant tous les occupants à part Livia qui a eu le temps de se cacher. Elle recueille auprès de Raphael moribond le message dicté par Marie de Béthanie et destiné à Pierre et qu’il retranscrit sur un parchemin.

Un message provenant de Jésus, le seul qu’il aurait écrit ! La gamine n’a que neuf ans et a été traumatisée par le carnage. Elle recherche ses parents, gardant toujours l’espoir de les retrouver, mais les Juifs, les Chrétiens et tous ceux soupçonnés de ne pas se référer aux dieux romains sont arrêtés et pendus, oints d’huile, crucifiés la tête en bas puis brûlés vifs. Bon nombre de ses amis et connaissances subissent un tel sort et elle devient muette. Elle erre dans Rome avant d’être subordonnée à un marchand d’esclaves. Elle apprend par cœur et visuellement le message écrit en araméen et détruit le parchemin avant d’être vendue à un sénateur romain. Elle devient l’ornatrix, l’ancêtre de notre esthéticienne actuelle, de l’épouse du patricien mais ne peut prétendre à être affranchie un jour. Toutefois la rencontre avec un marchand de parfums, lui aussi chrétien, lui permet de célébrer son culte à l’insu de tous. Les années passent et un jour elle est conviée à se rendre à Pompéi.


Au début du deuxième millénaire, en l’an 1037, le moine Jean de Marbourg est dépêché par le père abbé de l’abbaye de Cluny d’aller à Vézelay porter un rotulifer, porte-manuscrit recueillant les hommages aux défunts prêtres. Jean de Marbourg est accueilli par Geoffroy, le supérieur de l’endroit dont l’église est mal en point, ayant été dévastée par les flammes et l’argent manquant pour la reconstruction et les rénovations. Jean de Marbourg et Geoffroy se sont connus autrefois lorsque Jean était encore maître d’œuvre au Mont Saint Michel, spécialiste de la pierre, sous le nom de Roman. A cause d’un incident particulier, Roman, devenu Jean de Marbourg était devenu moine à Cluny. Geoffroy est fort content de retrouver son ancien ami, mais ce qui lui importe surtout, et Roman devrait pouvoir l’aider, c’est de trouver des fonds pour que Vézelay renaisse de ses cendres et la clé réside par le passage des pèlerins vers Compostelle. Et pour attirer ces pèlerins, il a l’idée de justifier la sainteté du lieu par la présence de reliques, et plus particulièrement celles de Marie de Béthanie.

 

Ce roman placé sous la figure de Marie de Béthanie, sœur de Lazare, et l’une des saintes ayant selon la légende débarqué en Camargue, se compose de trois périodes séparées environ de mille ans chacune. Mais un roman qui serait comme un jeu de construction. Un bâtiment édifié à l’aide de briquettes de couleurs différentes, afin de mieux discerner les époques évoquées, celle à laquelle nous vivons, la période de Néron, le Moyen-âge du début du millénaire, les couleurs se superposant en fonction des goûts des deux architectes. Cet ouvrage propose une parabole entre avant-hier, hier et aujourd’hui et incite le lecteur à établir un parallèle également.

Par exemple le contexte religieux. Il est bon de dépoussiérer les enseignements catholiques et de remettre dans leur contexte les supplices des premiers Chrétiens à Rome. Des informations relayées par les manuels d’histoire sainte destinés aux enfants. Blandine dans la fosse aux lions et bien d’autres exemples. Mais les auteurs ne font pas acte de prosélytisme, ils démontrent ce qui fut à l’origine de ces martyrs. Par exemple l’intégrisme des chrétiens qui refusaient de manger de la viande issue de bêtes immolées, leur intransigeance et leur déni d’autres dieux que le leur, alors que les Romains étaient prêts à accepter d’en accueillir, au départ, un autre parmi tous ceux qu’ils vénéraient. L’intolérance qui en découla par la suite.

Et l’on pourrait aujourd’hui transposer cette façon de procéder entre christianisme et islamisme, comparaison hasardeuse peut-être mais pas forcément dénuée de fondement. Mais ceci n’est que l’une des clés qui résident dans ce roman. On pourrait évoquer aussi les légendes entourant les reliques, leur bien-fondé, leur existence même et l’aspect mercantile qu’elles représentent. Ou encore ce travail de l’inconscient, de paramnésie, et la partie ésotérique du roman. Un thriller métaphysique qui explore trois périodes, celle de l’empire romain sous le règne particulièrement perturbé de Néron, celle médiévale du début des constructions des cathédrales et de l’art roman, et la notre, non moins perturbée religieusement. « Il est délicat de parler « réalité » dès qu’il s’agit de croyance religieuse et surtout de politique ! ». Quant au titre, il est à prendre à plusieurs degrés.


Frédéric Lenoir et Violette CABESOS : La parole perdue. Le Livre de Poche Policier/Thriller. (Réédition des éditions Albin Michel). 696 pages. 8,10€.

 

challenge régions

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2 octobre 2012 2 02 /10 /octobre /2012 15:08

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Un piano, un sax, une basse, une batterie, une machine à écrire, un colt dans son holster, quelques bouteilles de whisky et de bourbon…

Bienvenue à l’agence “Continental Brisset et fils”, enquêtes en tous genres… Des “privés” pas comme les autres pour un concert évocation  du monde du polar.

Le roman noir, depuis des décennies, l’un des miroirs les plus fidèles de nos sociétés, tout particulièrement des rapports sociaux et de la face sombre de l’âme humaine, là ambiance et ici intrigue, la rencontre entre deux genres mal-aimés, décriés voire marginaux pour ne pas dire maudits, l’évidente complicité de deux univers finalement si proches…

herve

 


Une dizainechase1 de compositions originales pour accompagner et illustrer une “flânerie jaz zistico-policière”, comme un hommage aux principaux maîtres du genre, d’hier et d’aujourd’hui, involontaires complices d’une singulière mise en scène, d’une improbable rencontre téléphonique entre le héros de Millenium et un émule de James Hadley Chase, à un imaginaire colloque “généalogie du crime et enfer de l’enquête” d’inspecteurs et de commissaires venus du monde entier et de toutes les époques, réunis à l’hôtel Beltram de Londres, si cher à Miss Marple et où se croiseront Sherlock Holmes et Philip Marlowe…

 

 

Le spectacle "Millenium pour Miss Blandiche", va se produire
le samedi 13 octobre 2012 à 17h, à l'espace Landowski de Boulogne-Billancourt.

 

 

Retrouvez les infos sur leur site : Jazz et Polar

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Published by Oncle Paul - dans Infos
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2 octobre 2012 2 02 /10 /octobre /2012 08:06

Un entretien pétillant !

 Maud Tabachnick


La lourde porte de chêne s'entrebâilla sans un bruit. Les gonds étaient huilés avec abondance, le sieur du lieu, François-Jacques Jamet de Braud, châtelain de l'Aumère, y veillai. Le garde passa sa tête chafouine puis avança sur la pointe des pieds, telle une ballerine, les clés lui battant les reins. Il précédait Paul Maubru d'Agneaux, le Grand Inquisiteur. Derrière lui se profila la silhouette rustaude et éléphantesque du bourreau, portant moult et divers outils dont tenailles, coins, chaînes, brodequins et barbecue de poche.

Dans un angle de la geôle un paquet de chiffon bougea puis une tête émergea.

- Debout ! Somma l'inquisiteur.

Le tas de vêtements se déplia livrant aux yeux blasés des trois hommes un corps féminin.

 

étoile du temple- Veuillez décliner vos nom, prénom, date et lieu de naissance, ainsi que votre profession.

- Je ne peux nier que mes nom et prénom, c'est à dire Tabachnik Maud, sont bien ceux indiqués sur votre arrêt. Mais bien qu'ils m'aient été donnés, je ne sais pas s'ils m'appartiennent. Quant à dire ma date de naissance, il faudra autre chose que cette Vierge de Nuremberg pour m'y décider. Soyons elliptique. Scorpion, de l'année du Tigre. La même année qui vit nos belles démocraties se coucher sur le dos pour s'offrir aux fauves. Lieu? Sur ces foutus papiers il est écrit : Paris 14e. Est-ce vrai? Je ne saurais le dire, car je ne m'en souviens plus. Profession? Celle qui vous plaira. Marin, exploratrice, zoologue, sans. Ma profession de foi reste encore à venir. Ah, si ! Ostéopathe à mes temps perdus.

 

- Hostie au pape? Vous avouez donc être une renégate?

- Renégate, oui. A tout ce qui m'est imposé.

 

- Vous venez de publier un roman dont la teneur est extrêmement injurieuse, pour ne pas dire impie envers les représentants de Notre Seigneur. Qu'avez-vous à répondre pour votre défense?

- Injurieuse envers les représentants de Votre Seigneur? Peut-être. Je n'ai jamais eu de goût pour les folklores et les fables.

 

- Votre "héroïne" est une femme libérée, pas comme vous en ce moment. Le rôle de la femme n'est-il pas d'être au foyer, pour ne pas dire sur le bûcher?

- Le rôle de la femme? Si je vous confiais mes intimes pensées… J'irais moi-même, directement au bûcher.

 

- Pourquoi avoir choisi Troyes et la région champenoise comme lieu de l'action? Est-ce en référence à la bulle du Pape?

- La région champenoise pour la bulle du Pape? Certainement pas. Moi dans ce coin j'y connais d'autres bulles qui ont davantage fait pour l'esprit et le cœur que toutes les chasubles du monde.

 

- Auriez-vous perçu une aide financière de la part des édiles de cette cité alors que Paris ou La Roche sur Yon auraient très bien pu servir de cadre?

- Sur l'aide financière que j'aurais perçue, je ne répondrais que si le bourreau l'exige. Et encore !

 

- J'ai remarqué que ce livre avait été édité avec le concours de la maison du Boulanger. Est-ce pour cette raison que vous avez choisi un bâtard comme protagoniste?

- Le coup du bâtard?  Non, c'est un "fantaisie".

 

- N'avez-vous pas l'impression que votre premier roman publié fut un cadeau Denoël?

- Premier roman, cadeau Denoël? J’ai plutôt eu l'impression d'être traitée comme un âne par le Roi Mage.

 

- Vous fumez le cigare. Est-ce pour justifier votre patronyme?fin-de-parcours.jpg

- Non, pas pour justifier mon patronyme, pour ne pas attraper le cancer.

 

- Des critiques rapprochent votre style à certains amers Ricains, Jim Thompson notamment? Pourquoi ne pas vous cantonner dans des romans à l'eau de rose, genre littéraire profondément féminin?

- Ma vie est à l'eau de rose, et comme je ne voulais pas réécrire sans cesse ma biographie, j'ai choisi de tremper ma plume (?) dans l'eau radioactive.

 

- Selon certaines rumeurs que j'ai ouïes, votre régal serait la consommation d'arachnides !

- A cause de la toile. Moi qui ne sais pas coudre un bouton, je reste pantoise devant leur tissage.

 

- Pourquoi avoir écrit un recueil de nouvelles sachant que si les Français affirment aimer ce genre littéraire ils en lisent peu et en achètent encore moins?

- Parce que j'aime les bonnes nouvelles !

 

Sur ce Maud Tabachnik, tournant le dos à son inquisiteur, s'allongea sur la botte de paille qui lui servait de couche, et sans s'inquiéter de son sort s'endormit profondément, ce qui ne lui arrivait que le 29 février des années bissextiles. Un mélodieux ronflement s'éleva dans l'air comme un phylactère rémois. Paul Maubru se balançait d'un pied sur l'autre, perplexe. Les répliques de Maud Tabachnik l'avaient à moitié convaincu de son innocence, et cet endormissement béat lui laissait augurer une âme sereine. La façon dont elle s'était acquittée à lui répondre lui rappelait cette propension qu'ont les Jésuites de répondre à des questions par d'autres questions. Jésuite, j'y reste, pensa-t-il. Pendant ce temps, le bourreau tentait vainement d'allumer son petit brasero portable, son allumette s'éteignant à chaque fois sous l'impulsion d'un courant d'air insidieux et facétieux. Désemparé, il chantonnait : "Allumette, gentille allumette ! Allumette, je te frotterai. Je te frotterai la tête, ...."

Paul Maubru, n'en pouvant plus, fit demi-tour dans un grand mouvement altier. Sifflant son aide, il sortit la tête haute. Malgré sa petite stature, il se cogna contre la voûte de l'embrasure de la porte, ce qui lui fit entrevoir trente six mille chandelles. Le garde s'empressa de soigner ces gnons du seigneur saignant. Dans un coin s'éleva le rire rauque de Maud. Le drame devenant par trop burlesque, quelqu'un s'écria d'une voix de rogomme : "Coupez ! C’est la pause ..."

 

Entretien réalisé suite à la parution de L’étoile du Temple de Maud Tabachnik et publié dans la revue Caïn N°24 (éditions de la Loupiote – 1997/1998) dirigée par Jacques Jamet et François Braud.

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Published by Oncle Paul - dans Entretiens-Portraits
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1 octobre 2012 1 01 /10 /octobre /2012 12:43

Les années passent, les vieux démons restent... !


etoile-du-temple.jpg


En l'an de grâce 1306, la foire de Troyes commence à battre son effervescence. Les frères Abner sont emmenés en prison sous le prétexte fallacieux d'un sauf-conduit périmé.

Aaron Mayerson, l'un des meilleurs lapidaires de France, attend un envoyé spécial de la République de Venise, devant lui transmettre un diamant à remettre à Philippe le Bel et scellant des accords entre les deux états. Depuis que sa femme est morte en donnant naissance à Rachel, vingt trois ans auparavant, Mayerson vit seul, prodiguant à sa fille une éducation alliant culture intellectuelle et maniement d'armes.

Thibaut de Champagne, le seigneur de la Province est en déplacement et c'est son cousin Philippe, un débauché, qui le remplace secondé par Jean le Pieux, son demi-frère, un fanatique religieux. Mayerson, venu plaider le sort des frères Abner est emprisonné lui aussi, Agnetti le messager ayant été retrouvé sur ses terres, égorgé, torturé, et dépouillé. Le diamant a disparu.

Rachel se promet de sortir son père de la geôle sinistre ou il est enfermé. Elle se rend à la commanderie des Templiers, dernière étape d'Agnetti avant son rendez-vous, puis demande à Philipe de libérer son père. Il est démontré qu'Agnetti a été tué à l'aide d'un poignard à la lame courbe comme celle des Arabes.

Jacques de Vitry, commandeur du Temple, un ordre religieux sur la sellette tout comme l'avenir des Juifs, enquête auprès d'Ymbert le précepteur de la commanderie dont bon nombre de frères d'armes ont combattu à Jérusalem. Tous sont quasi persuadés de l'innocence de Mayerson mais c'est le coupable idéal. Guillaume de Paris, le grand inquisiteur, est chargé de lui faire avouer son forfait. Rachel, déguisée en écuyer, parcourt la région en compagnie de Salomon, à la recherche d'indices pour démasquer le coupable. Dans les rangs des Templiers on s'interroge également sur la présence du meurtrier dans leurs rangs.

Ce roman est une parabole historique sur l'anathème jeté sur l'étranger, le fanatisme religieux, la jalousie, la corruption, dans le cadre trouble du Moyen Age. L'Histoire se répète mais les leçons n'en sont pas tirées. L'on pourrait mettre en parallèle cette histoire avec des événements actuels tels que la montée du fascisme, les déclarations de certains hommes ou partis politiques, l'intégrisme déployé par une frange religieuse, etc. Le personnage de Rachel, jeune fille indépendante, énergique, qui ne s'embarrasse pas de préjugés sur les relations entre sa congrégation et les Chrétiens, est remarquable et pourrait s'ériger en symbole de la liberté d'esprit et de la condition féminine. Un roman qui se démarque avec la production de Maud Tabachnik et qui devrait faire réfléchir.


A lire également de Maud Tabachnick : Je pars demain pour une destination inconnue.

 

Et lire mon entretien pétillant avec Maud Tabachnik.


Maud TABACHNIK : L'étoile du temple. Collection Chemins Nocturnes, Editions Viviane Hamy. Mars 1997. 320 pages. 15,50€.

 

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1 octobre 2012 1 01 /10 /octobre /2012 08:17

Depuis 1948 et sauf en 1961, le Grand Prix de littérature policière, créé par Maurice-Bernard Endèbe, est décerné à deux ouvrages. L’un écrit par un auteur français. L’autre à un auteur étranger. De grands romanciers ont été récompensés, souvent à l’aube de leur carrière. Parmi les derniers heureux récipiendaires français de ce prix qui reste une référence figurent :


2011 : L’Honorable société de Manotti & Doa 

2010 : Adieu Jérusalem par Alexandra Schwartzbrod
2009 : Les Cœurs déchiquetés par Hervé Le Corre
2008 : Zulu par Caryl Férey
2007 : Citoyens clandestins par DOA
2006 : La Colère des enfants déchus par Catherine Fradier
2005 : Le Dernier Testament par Philip Le Roy
2004 : Double Peine par Virginie Brac et Les Silences de Dieu par Gilbert Sinoué (ex æquo)
2003 : L'Ivresse des dieux par Laurent Martin
2002 : Les Brouillards de la butte par Patrick Pécherot
2001 : Chasseurs de têtes par Michel Crespy
2000 : Du bruit sous le silence par Pascal Dessaint.


On pourrait citer parmi les récipiendaires précédents : Léo Malet, Frédéric Dard, René Réouven, Jean-Patrick Manchette, Pierre Siniac, Jean-Paul Demure, Tonino Benacquista, Philippe Huet, Jean-Hugues Oppel…

 

Chez les étrangers :

2011 : Le poète de Gaza par Yishai SARID

2010 : La Mort au crépuscule (Twilight) par William Gay
2009 : La Main droite du diable (Priest) par Ken Bruen
2008 : La Princesse des glaces (Isprinsessan) par Camilla Läckberg
2007 : La Voix (Röddin) par Arnaldur Indriðason
2006 : Le Bibliothécaire (Librarian) par Larry Beinhart
2005 : La Mort dans l'âme (Dead Souls) par Ian Rankin
2004 : L'Analyste (The Analyst) par John Katzenbach
2003 : Les Soldats de l'aube (Dead Before Dying) par Deon Meyer
2002 : Retour chez les vivants (One Foot in the Grave) par Peter Dickinson
2001 : Saison sèche (In a Dry Season) par Peter Robinson
2000 : Un fleuve de ténèbres (River of Darkness) par Rennie Airth.


Sans oublier les années précédentes : Patrick Quentin, Cornell Woolrich (plus connu sous le pseudonyme de William Irish), Charles Williams, Patricia Highsmith, Chester Himes, John Dickson Carr, Ellery Queen, Mary Higgins Clark…

 

Cette année les lauréats sont

Domaine Français :

Arab jazz de Karim Miské, publié chez Viviane Hamy, collection Chemins nocturnese. 350 pages. 18€.

Présentation de l’éditeur :

arabjazz-copie-1.jpgDans le 19e arrondissement de Paris toutes les communautés, religieuses et ethniques, se côtoient au quotidien. Sushis casher, kebabs, restaurant turc – point de ralliement de tous les jeunes du coin –, la librairie d’occasion farcie de romans policiers jusqu’au plafond, coiffeur juif…

Seul Ahmed Taroudant – qui a l’horrible privilège de découvrir le corps sanguinolent de sa voisine et amie, Laura Vignola, suspendu au-dessus de son balcon – se tient à distance de cette population cosmopolite : prisonnier d’une histoire personnelle traumatisante, rêveur, lecteur fou de polars… Il constitue le coupable idéal de ce crime abominable.

Sa découverte l’oblige à sortir de sa torpeur et à collaborer avec le duo de la Crim’ désigné par le commissaire Mercator pour mener l’enquête sur le meurtre : le flamboyant lieutenant Rachel Kupferstein et le torturé lieutenant Jean Hamelot, fils d’un Breton communiste rationaliste, quelque peu égaré dans la capitale. Ensemble, ils ont toutes les cartes pour décrypter les signes et symboles de cette mort ignoble. S’agit-il d’un meurtre symbolique exécuté par un fou de Dieu issu des communautés loubavitch ou salafiste ? Qu’en est-il de l’étrange famille de Laura, originaire de Niort, qui étend son influence jusqu’à New York ? Et de l’apparition dans le quartier du « Godzwill » une nouvelle drogue redoutable ?

La collaboration des meilleures amies de la victime, Bintou et Aïcha (les sœurs des caïds du quartier), Rebecca – partie à Brooklyn dans l’intention d’épouser un Juif orthodoxe –, avec les lieutenants Kupferstein et Hamelot se révèlera indispensable pour reconstituer la toile d’araignée gigantesque qui, de Paris à New York, tire ses fils entre réseaux de trafics de drogue et communautés religieuses… Arab Jazz, foisonnant, pétri de sons, de musiques et de parfums, est le premier roman de l’auteur : il en a fait un coup de maître.

 

Domaine étranger :

Le diable, tout le temps de Donald Ray Pollock, chez Albin Michel, collection Terres d'Amérique. 384 pages. 22€.

Présentation de l’éditeur :

pollock.jpgDès les premières lignes, Donald Ray Pollock nous entraîne dans une odyssée inoubliable, dont on ne sort pas indemne.
De l'Ohio à la Virginie Occidentale, de la fin de la Seconde Guerre mondiale aux années 60, les destins de plusieurs personnages se mêlent et s'entrechoquent. Williard Russell, rescapé de l'enfer du Pacifique, revient au pays hanté par des visions d'horreur. Lorsque sa femme Charlotte tombe gravement malade, il est prêt à tout pour la sauver, même s'il ne doit rien épargner à son fils Arvin. Carl et Sandy Henderson forment un couple étrange qui écume les routes et enlève de jeunes auto-stoppeurs qui connaîtront un sort funeste. Roy, un prédicateur convaincu qu'il a le pouvoir de réveiller les morts, et son acolyte Théodore, un musicien en fauteuil roulant, vont de ville en ville, fuyant la loi et leur passé.
Toute d'ombre et de lumière, la prose somptueuse de Pollock contraste avec les actes terribles de ses personnages à la fois terrifiants et malgré tout attachants. Le diable tout le temps n'est pas sans rappeler l'univers d'écrivains tels que Flannery O'Connor, Jim Thompson ou Cormac Mc Carthy.
 

 

Bonnes lectures.

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Published by Oncle Paul - dans Infos
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30 septembre 2012 7 30 /09 /septembre /2012 12:51

Et quand t'es mort, tu disparais !


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Présentateur vedette d’une émission télévisée et grand reporter, Gabriel Rampart revient sur les lieux de son enfance, ce qui ne lui arrive guère sauf à certaines dates incontournables. Ayant reçu une lettre d’Angélique lui demandant son aide, il n’a pu résister et le voici de retour dans sa ville natale, Le Touquet.

Il avait quitté la cité balnéaire vingt six ans auparavant, alors qu’il aimait Angélique. Le père de celle-ci n’aspirait pour elle qu’un gendre de sa condition, riche et placé haut dans la hiérarchie sociale de la région. C’était Quentin Ayssèdre qui avait eu les faveurs de devenir le gendre du potentat Delaruc et Rampart n’avait plus eu qu’à plier bagages. Coup du sort, Ayssèdre était décédé peu après en mai 1981 d’un naufrage en mer, ce qui arrangeait bien les affaires de famille, sa société étant au bord de la faillite.

Et en ce mois de février 2007, une femme a été assassinée devant la demeure d’Angélique. La jeune femme, une touriste allemande de passage du nom d’Ingrid Ulmer, a reçu un coup violent sur la tête. Angélique, toute honte bue, a appelé à la rescousse son ex petit ami. Ce meurtre apparemment banal, dont le mobile reste à découvrir (justement son téléphone portable a disparu), va faire remonter à la surface des miasmes qui se révéleront nocifs, blessants, incommodants, délétères, car chacun des protagonistes est plus ou moins impliqué dans cette histoire.

Outre Angélique, et ses deux enfants, Stéphane et Priscillia, évoluent Amédée, le parrain de Gabriel, gendarme à la retraite, André un ex journaliste localier, Leleu jeune journaliste qui aimerait connaître un parcours similaire à son idole, Edith, ancienne employée d’Angélique, Gigurtu, l’homme à tout faire, Mantoussin le juge, Paul-Alain Levaillant l’ex-majordome de Delaruc, plus quelques autres dont le rôle s’avère prépondérant, à un degré ou un autre. Gabriel est surpris d’apprendre que le père d’Ingrid s’appelait Helmut Ulmer, membre de la Stasi du début des années 50 jusqu’à la chute du mur de Berlin. Or en 1944, il sévissait dans le Nord, en tant que gestapiste et il avait été surnommé le Tripier. Un surnom qui n’avait pas été usurpé.

Angélique reçoit des lettres, anonymes comme il se doit, et d’autres cadavres viennent ponctuer l’enquête de Gabriel. Lequel Gabriel depuis qu’il a été pris en otage au Moyen-Orient réagit parfois avec imprévisibilité. Sa détention n’a duré guère mais elle a laissé des ravages dans sa tête.


Philippe Bouin décrit une gent bourgeoise dont la seule préoccupation est de paraître, à tout prix, quelles qu’en soient les conséquences, sur la vie familiale, sociale, des notables qui font passer l’argent avant les sentiments. Entre mensonges, faux-fuyants, cachoteries, illusions, désillusions, compromis, écrans de fumée, Philippe Bouin nous entraîne dans une intrigue machiavélique dont le ressort tourne autour de trois époques. La seconde guerre mondiale et ses suites, 1981 et 2007, et pour ces deux dernières dates la période des élections présidentielles. Ce qui permet à l’auteur, par le biais des dialogues entre ses personnages, de revenir sur ces deux événements et les candidats.

Ce ne sont que des annexes qui n’interfèrent nullement dans le récit, mais ajoutent une pointe épicée pas du tout désagréable. Un roman qui dépeint une société en déliquescence, et qui est construit comme un roman policier de détection, d’énigme, de suspense, avec un épilogue à double détente.


A lire également du même auteur : Comptine en plomb.

 


Philippe BOUIN : Paraître à mort. Editions Archipoche N°186. (réédition des Editions de L’Archipel – 2010). 384 pages. 7,50 €

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30 septembre 2012 7 30 /09 /septembre /2012 08:50

Un drôle de paroissien !


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Souvent, lorsque le mot fin écrit en noir, ou non, s’affiche sur la page blanche d’un roman, le lecteur qui a été subjugué reste sur sa faim, se posant de multiples questions, par exemple qu’est devenu untel ? Quel fut son parcours ?

C’est ce que le lecteur pouvait se demander légitimement, l’ouvrage Les Filles de Roz-Kelenn terminé. Il avait suivi les tribulations de Jabel et de sa jeune sœur, puis la chronique familiale s’était focalisée sur la seule Jabel. Qu’était donc devenue Maï-Yann, cette petite sœur dont elle avait été séparée ? Heureusement Hervé Jaouen revient sur cette partie occultée de l’histoire et nous retrouvons donc la gamine âgée de dix ans accompagnant une bonne sœur sur les quais de la gare de Quimper en partance pour un couvent de la Haute-Savoie.

Un peu simplette, n’ayant pas la capacité de lire, d’écrire, de coudre, elle passe ses premières années de postulante à effectuer des travaux d’entretien. C’est au potager qu’elle trouve une certaine sérénité, en compagnie du père Marius, un vieux bonhomme qui, les beaux jours venus, monte de la vallée jusqu’au couvent à dos de cheval.

Les saisons défilent, Maï-Yann grandit, le père Marius vieillit, jusqu’au jour où il décède. Il est remplacé par un jeune homme, Bénito, apparenté à la mère supérieure. Un jour, il profite de Maï-Yann, vaguement consentante, puis quémandeuse. Elle n’est qu’un jouet qui ne se rend pas compte qu’elle est devenue femme. Elle ne sait pas les conséquences que cela peut engendrer, mais la mère supérieure ne tarde pas à se rendre compte que la jeune fille est enceinte. Alors s’ourdit un projet que la gamine subit sans réaliser. Un rapatriement est effectué en Bretagne et un mariage est arrangé avec un homme chevaleresque qui accepte d’héberger la parturiente primipare et son futur enfant.

Seulement, Maï-Yann, que le besoin de satisfaire ses pulsions charnelles démange, ne trouve pas auprès de son mari l’extincteur capable de circonscrire son feu intérieur. C’est un handicapé du « pissou ». Pourtant c’est un brave qui exerce les fonctions de bedeau dans la petite église du village et de rebouteux, se conduisant en philosophe, en sage que la solitude n’effraie pas. Sa jeunesse avait connu bien des déboires, surtout lors du conseil de révision. Malgré son atrophie, aujourd’hui oubliée ou plutôt acceptée des paroissiens, c’est un homme considéré pour son courage et ses dons.

Alors partager sa couche avec une pécheresse ne l’ennuie pas plus que cela d’autant que son épouse apportait en dot, grâce à une donation des religieuses, un cheval, une charrette, une vache et son petit, un fourneau à bois. Lorsque naît le petit Martial, il l’adopte. Maï-Yann qui au début acceptait de partager les taches ménagères se consacre uniquement à l’allaitement de son « mabig», mais le printemps approchant les braises se réveillent et elle s’échappe afin de trouver un mâle susceptible de lui contenter le bas ventre. Le petit Martial devient un véritable petit sauvageon, n’ayant aucune relation affective avec sa mère et trouvant en son père adoptif le soutien nécessaire pour ne pas sombrer dans la folie comme sa génitrice.

Les bienfaits matériels et spirituels se télescopent dans ce roman rural dominé par la religion et ses représentants, religieuses et recteur, qui pour garder bonne conscience arrangent un mariage grâce à un marchandage, voire à un maquignonnage. Il faut que la religion soit sans reproche, balayant le scandale éventuel même si cela se concrétise au détriment d’êtres fragiles. Pourtant on ne peut nier que ces accommodements partent d’un bon sentiment, celui de ne pas laisser errer dans la nature des âmes faibles, des demeurés. D’ailleurs l’un des soucis premiers est d’apprendre à lire et à écrire à leurs « protégés », avec plus ou moins de réussite il est vrai.

Hervé Jaouen prévient le lecteur, mettant en exergue la phrase rituelle « Toute ressemblance avec des personnes existant ayant ou ayant existés serait pure coïncidence… ». Pourtant c’est avec réalisme qu’il met en scène personnages, lieux, atmosphère, reconstitution d’événements, comme s’il avait recueilli cette histoire un soir au coin du feu.

Ceux qui ont vécu en Bretagne profonde, ne serait-ce que le temps des vacances estivales, au début des années cinquante, ont peut-être le souvenir des maisons basses, les penntis, au sol en terre battue, dépourvues d’eau courante et d’électricité, et ces champs minuscules où le blé et le seigle, se coupaient à l’aide d’une faucille, de ces longues rangées de foin coupé puis entassé dans les charrettes, de tout ce qui aujourd’hui constitue un folklore mais était réalité avant-hier. Outre ce personnage pour le moins surprenant qu’est le père de substitution pour Martial, c’est tout un passé qui revit sous la plume humaniste d’Hervé Jaouen.


Hervé Jaouen : Ceux de Ker-Askol. Pocket terroir. (Réédition de Collection Terres de France, Presses de la Cité). 352 Pages. 6,70€.

 

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