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24 octobre 2012 3 24 /10 /octobre /2012 07:40

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé !

Jean-Paul NOZIERE : Cocktail Molotov.

 

La petite bourgade de Dalet est en effervescence : son équipe de football qui stagne dans les profondeurs du classement de la CFA, va jouer les demi-finales de la Coupe de France, comme trois ans auparavant. Ce n’est pour autant qu’il faut s’amuser à briser des vitrines et à lancer dans cocktails Molotov chez des particuliers. Mais Goran, même s’il squatte les vestiaires du stade en construction, ne s’intéresse pas au foot. Lui il a une mission et s’il casse les vitrines et lance des cocktails imbuvables, ce sont pour des raisons personnelles. La famille peut-être, qui le tarabuste, le père, la mère, la sœur, tous décédés mais qui vivent auprès de lui, en lui, comme des fantômes envahissants. Ils le morigènent, le disputent, se moquent de lui, et s’il se cabre, il sait pertinemment qu’ils reviendront lui faire des reproches.

Milius, surnommé Slo, s’ennuie dans son appartement : sa femme est décédée huit ans auparavant, il ne voit plus ses deux filles et Patrice son fils est emprisonné suite à une affaire de trafic de drogue. Il s’empâte, s’encroûte, déprime. Et ce n’est pas l’intrusion de Yasmina et de son chien Bogart qui va dissiper son vague à l’âme. Yasmina n’est pas venue en touriste, elle demande à Milius de reprendre officieusement du service.

Son amie Zineb Djouadria est l’une des victimes du fou aux cocktails fumeux et fumants et son frère Mouloud, héros de l’équipe de foot locale est parti travailler en Turquie, après avoir été victime lui aussi une attaque alors qu’il habitait vingt kilomètres plus loin. Officiellement c’était un accident de barbecue. Il travaillait dans l’usine de chaussettes, la seule existante encore en France, mais celle-ci est en perdition. Son propriétaire, Cloutet, pensait que les retombées de la prestation précédente allaient donner un coup de fouet à la production, et même il avait envisagé de faire construire un nouveau stade, étant par ailleurs président du club de foot.

Hélas, l’usine est soumise à la délocalisation, et le stade, au stade justement, de chantier. Milius et Yasmina rencontrent des commerçants dont la vitrine a été brisée ainsi que les particuliers, des joueurs et des supporters, proies de la vindicte du lanceur de feu. Mais tout le monde se retranche vers des Je ne sais pas, je ne sais rien, et n’ont même pas déposé plainte. Quelques uns, plus acrimonieux que les autres, jettent la responsabilité sur des Arabes et autres étrangers au pays.

 

Ce roman de Jean Paul Nozière, c’est un peu comme un éventail. Il forme un tout mais est composé de plusieurs branches qui tiennent toutes dans la main, dans le récit je veux dire. Ainsi il y a le parcours de Goran, le tsigane blond, presque albinos, Milius et Yasmina qui se dépêtrent comme ils peuvent de leurs déboires familiaux, Zoé jeune bonne du curé au physique ingrat qui recherche l’amour charnel à tout prix et dont les boyaux de la tête sont tellement entremêlés qu’il est difficile pour ses interlocuteurs à comprendre ce qu’elle veut et dit exactement, enfin le curé, Hubert, qui lui aussi possède ses cadavres dans un placard, ou plutôt sous une dalle.

Un roman qui permet à Jean-Paul Nozière de décrire une petite ville de province, semblable à tant d’autres avec ses excités du ballon, son usine qui va délocaliser, ses habitants qui pratiquent le racisme avec souvent plus de bêtise que de méchanceté, parce que tout les malheurs qui s’abattent c’est la faute à l’autre, à l’étranger, à ceux qui ne pensent pas comme eux, un peu comme dans la chanson de Georges Brassens La mauvaise réputation : Les braves gens n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux… Même la gendarmerie qui ne va pas jusqu’au bout d’une enquête parce que le nombre de gendarmes affectés à la brigade est trop maigre pour s’occuper de tout et qu’il y a des priorités.


Jean-Paul NOZIERE : Cocktail Molotov. Rivages Noir N°746 ; Editions Rivages. Septembre 2009. 352 pages. 8,65€.

 

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23 octobre 2012 2 23 /10 /octobre /2012 16:12

Vaudou ? d'ici...

 

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Il existe des lieux dont le nom, lorsqu’il est prononcé ou évoqué, extirpe de notre mémoire des impressions troubles nous ramenant insensiblement à une période juvénile de notre existence. Pourquoi le nom d’Haïti fait surgir dans mon esprit des réminiscences liées à des souvenirs concrets et littéraires, sans avoir jamais mis les pieds sur cette île, ou plutôt demi-île, puisque ce naevus de terre posé sur la mer des Antilles est scindé en deux pays : Haïti et Saint-Domingue, qui à l’origine ne faisait qu’un tout, Hispaniola, et qui alimentent toujours l’imaginaire ? Pour des raisons personnelles et familiales au départ, puis imaginaires alimentées par les lectures juvéniles. Les merveilleuses aventures des pirates, des boucaniers, des flibustiers dont le repaire était l’Ile de la Tortue, qui dépend d’Haïti. Lors de la période adolescente, ce fut aussi la révolte des esclaves, avec Toussaint-Louverture, mais un épisode trop vite noyé, les manuels scolaires préférant s’épandre plus largement sur Bonaparte puis Napoléon Premier, et ses victoires, reléguant en deux phrases le rétablissement de l’esclavage en annulant la loi sur l’abolition de l’esclavage qui avait été décrétée sous la Révolution. Puis d’autres images toujours attachées à Haïti mais qui étaient diffusées par les informations avec les remous politiques : Duvalier alias Papa Doc, et les trop célèbres escadrons de la mort incarnés par les Tontons Macoutes, puis le fils de Duvalier, Baby Doc, et les turbulences enregistrées avec les arrivées au pouvoir d’Aristide puis de René Préval. Les romanciers populaires se sont emparés avec avidité des fameux Tontons macoutes pour écrire bon nombre de romans d’aventures et d’espionnage, mais un autre élément sublimait le tout : le Vaudou.

Le 12 janvier 2010, tous les yeux se sont tournés vers Haïti à cause du séisme à répétition qui a frappé l’ouest du pays et sa capitale Port-au-Prince, suivi le 20 janvier de la même année d’une réplique qui aggrave la situation. Ces manifestations sont récurrentes, mais ce fut la plus importante de son histoire. Un endroit paradisiaque dont la frontière avec l’enfer est poreuse, perméable. Tornades, tremblements de terre, éruptions volcaniques composent le lot répétitif des catastrophes qui bouleversent géographiquement et humainement cette partie du monde.

Lorsqu’Edwige Danticat a commencé à travailler sur ce recueil, c’était un an avant cette catastrophe et bien évidemment quelques uns des auteurs sollicités ont écrit des nouvelles s’inspirant de séismes précédents. Odette de Patrick Sylvain, Le doigt de Gary Victor, Claire Lumière de la mer d’Edwidge Danticat, Le harem de Ibi Aanu Zoboi, par exemple traitent de ce sujet qui ponctue la vie quasi quotidienne des Haïtiens.

 

Mais le thème préféré, que l’on retrouve dans quasiment toutes ces nouvelles, c’est bien le Vaudou et les manifestations surnaturelles. Ces croyances sont amplifiées par la superstition ancrée dans l’esprit des populations locales qui en même temps sont profondément marquées par la religion et principalement les différentes confessions protestantes.

Si le fantastique et le surnaturel ne sont jamais bien loin, ils sont traités parfois de façon insidieuse et éthérée, dans une ambiance dissimulée. Comme dans Odette de Patrick Sylvain qui cumule les deux thèmes majeurs (surnaturel et séisme) ou L’auberge du Paradis de Kettly Mars, pour ne citer que les deux premières. Mais le surnaturel est également un moyen de pression utilisé par des bonimenteurs face à la crédulité, comme dans Carrefours dangereux de Louis-Philippe Dalembert, nouvelle dans laquelle un personnage essaie de persuader que les victimes de crimes en série sont des humains changés en bœufs. Quand vous voyez ce type de manifestation, des êtres humains qui se changent en animaux, ne diriez-vous pas que le Royaume du Christ est proche ? Ce qui nous ramène à cette collusion ou amalgame Vaudou religion.

Les forces de l’ordre sont représentées par des policiers avides, attirés par l’argent, surtout la hiérarchie, mais c’est le lot commun des pays qui subissent la misère et la pauvreté. Troisième thème récurrent qui engendre peut-être le surnaturel. Les profiteurs ne sont pas loin et les enlèvements deviennent un sport susceptible de se faire un peu d’argent, comme dans Rosanna de Robert-Joseph Large. Pourtant certains savent reconnaître les bienfaits, Qui est cet homme ? de Yanick Lahens. Je n’aurai garde d’oublier Laquelle des deux ? d’Evelyne Trouillot qui nous renvoie à un jugement à la Salomon.

Bien loin du côté paradisiaque de la carte postale et d’un exotisme de façade, les auteurs nous délivrent leur vision sans fard d’un pays qui est la proie des éléments climatiques, de fausses ONG, des prévarications, de la superstition, de la pauvreté, de la misère mais qui survit grâce à la foi en l’avenir. Ils sont filozof (mot créole qui veut aussi dire savant).


Un recueil scindé en trois parties intitulées Magie Noire, Eaux troubles et Noir sur blanc.

Avec la participation de Kettly Mars, Gary Victor, Evelyne Trouillot, Madison Smartt Bell, Edwidge Danticat, Louis-Philippe Dalembert, Yanick Lahens, Rodney Saint-Eloi, Marvin Victor, Marie Lily Cerat, M.J. Fievre, Mark Kurlansky, Josaphat-Robert Large, Nadine Pinede, Patrick Sylvain, Marie Ketsia Theodore-Pharel, Katia D. Ulysse, Ibi Aanu Zoboi et de Patricia Barbe-Girault pour la traduction des textes écrits en anglais.


Edwige DANTICAT présente : Haïti Noir. Editions Asphalte. 304 pages. 21€.

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23 octobre 2012 2 23 /10 /octobre /2012 09:51

Prenez place dans la file !

 

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Prenez un tableau de Bruegel l’ancien (n’importe lequel, c’est juste pour une comparaison), enfin quand j’écris un tableau, choisissez plutôt une reproduction, cela vous coutera moins cher, et découpez-le en toutes petites pièces, façon puzzle. Et essayez de le reconstituer, sachant que vous n’avez plus de modèle sous les yeux pour vous fournir la moindre indication. Pas facile, n’est-ce pas ? Ce roman d’Elizabeth George est construit un peu de cette manière, l’auteure commençant par assembler quelques personnages, à évoquer une scène, les abandonnant pour aller ailleurs et amorcer un autre décor peuplé d’individus qui en apparence n’ont aucun lien avec les premiers, et ainsi de suite jusqu’à ce que le tout commence à avoir un début de cohérence. Et pour compléter l’ensemble un fil rouge, lequel, si on tire dessus, assemble toutes les pièces.

Puisque je viens de l’évoquer, débutons pas ce fameux fil rouge. Trois gamins de dix et onze ans, perturbés dans leur vie familiale pour diverses raisons, décident ce matin là de ne pas aller à l’école, et de trainailler selon leur inspiration, détruisant sur leur passage ce qui leur tombe sous la main, volant de menus objets, bref s’amusant comme de petits délinquants en herbe. Sauf que l’herbe est déjà haute.

Dans la forêt de Hampshire, Meredith, fâchée depuis plusieurs mois avec celle qui fut sa grande amie, Jemima, décide de confectionner pour son anniversaire un gâteau et de le lui apporter, geste qui pourrait sceller leur réconciliation. Lorsqu’elle arrive devant le petit commerce dans lequel Jemima vend ses cupcake, la boutique est fermée et semble abandonnée. Par Gina Dickens, aucun lien de parenté avec le célèbre auteur, la nouvelle petite amie de Gordon Jessie, elle apprend que la jeune femme a tout plaqué un beau jour et depuis n’a plus donné signe de vie. Gordon et Jemima vivaient ensemble mais il s’est passé quelque chose qui a tout déréglé. Gordon, chaumier de son état, vit avec Gina depuis un mois et leur rencontre est décrite dans le chapitre précédent et sur lequel je ne reviendrai pas pour faire court. Rob Hastings, le frère de Jemima est inquiet car il n’a plus d’appels de sa sœur qui lui téléphonait assez souvent de Londres, et lui avait confié qu’elle avait trouvé l’homme de sa vie. Une fois de plus.

A Londres, une nouvelle commissaire intérimaire, Isabelle Ardery, est nommée à New Scotland Yard, mais elle n’est pas trop rassurée dans l’exercice de ses nouvelles fonctions. Elle puise donc son cran dans de petites fioles de vodka qu’elle ingurgite dans les toilettes, se rafraichissant l’haleine après, afin de tromper son monde et ne pas montrer à ses nouveaux équipiers, supérieurs hiérarchiques et subordonnés qu’elle est sous dépendance. Et pour établir son autorité elle demande à Barbara Heavers, qui longtemps travailla avec l’inspecteur Linley, de modifier son apparence vestimentaire. Ce qui relèverait de l’exploit de la part de la jeune policière qui n’en a cure mais pourtant essaie d’obéir aux ordres.

Le cadavre d’une jeune femme est retrouvé dans le cimetière d’Abney Court, la gorge tranchée. Il faut d’abord définir son identité, et entamer une enquête qui risque d’être longue afin de retrouver son assassin. Alors Isabelle Ardery demande à Thomas Linley de l’aider et l’inspecteur, bonne pâte, accepte. De plus ce travail, le retour dans l’ancienne équipe avec laquelle il s’entendait bien, va peut-être permettre à Linley de s’occuper l’esprit et ne plus penser, tout du moins avec moins de tristesse, à sa femme décédée quelques mois auparavant.

Le puzzle commence à prendre forme, à vous de le terminer maintenant.

 

cortege2.JPGCe roman d’Elizabeth George va ravir les inconditionnels de celle qui est surnommée la Reine Elizabeth malgré sa nationalité américaine, mais si j’avais bien aimé ses premiers ouvrages, la longueur de cette histoire me laisse perplexe. A mon humble avis, ce roman aurait gagné en puissance si la trame n’avait pas été autant délayée.

Elizabeth George s’amuse avec ses personnages et par exemple le cours de relookage (en français dans le texte) infligé par la jeune Hadiyyah à Barbara Heavers, n’était pas indispensable et aurait pu servir de sujet à un magazine de mode, ou avec une extension de l’histoire à une Harlequinade. Je sais que quelques uns d’entre vous vont me considérer comme grognon, ronchon, mais j’eus préféré que ce pavé pèse moins lourd afin de pouvoir mieux le digérer. Toutefois j’admets que 1024 pages pour 9,80€, soit un peu plus de 1 centime la page, au moins le client en a pour son argent. Bon assez ironisé, C’est un bon roman auquel je reproche tout simplement d’être un peu longuet, et j’attends de Reine Elizabeth qu’elle nous concocte d’autres histoires aussi subtiles mais en plus raccourcies.

 

 

Elizabeth GEORGE : Le cortège de la mort (This body of death – 2010). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Anouk Neuhoff. (Réédition de Collection Sang d’Encre, Presses de la Cité – octobre 2010). Editions Pocket. 1024 pages. 9,80€.

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22 octobre 2012 1 22 /10 /octobre /2012 14:46

Ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire, un message des trois singes de la sagesse !

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Au bout de sept ans comme médecin dans une ONG dans la corne africaine, Jovien Porol revient sur les lieux du crime. Celui dont il a été témoin près des berges de l’étang de l’or, non loin de Montpellier. Mais il a fuit car il reconnu l’un des meurtriers. Il n’avait pas osé le dénoncer, par peur du scandale. Il avait tout quitté, Louise, avec qui il devait se marier, sa famille, son père chirurgien, ses amis, son avenir prometteur comme notable, une existence tranquille.

Aujourd’hui il revient, changé, avec l’espoir secret que justice soit faite, la sienne. Le premier de ses anciens amis qui l’aperçoit à la terrasse d’un café, dans un petit village non loin de Montpellier, est le Grizzli, enfin Jean-Yvon Guiroux qui doit son surnom à sa carrure de rugbyman. Les retrouvailles sont loin d’être chaleureuses, d’autant que le Grizzli s’est marié avec Louise et qu’un garçon est né de leur union. Jovien n’a pas eu de nouvelles en provenance de France depuis son exil volontaire. Mais il apprend toutefois que David Mariani, un étudiant en médecine dont Jovien ne se souvient pas, du moins c’est ce qu’il affirme, s’est suicidé en prison. Il était inculpé d’avoir tué une jeune vietnamienne, mais il a toujours affirmé être innocent et accusé à tort.

Jovien s’installe dans un hôtel montpelliérain standardisé, en attendant de se rendre chez oncle Côc, un Indochinois venu en France en 1954 dans les bagages de son arrière-grand-père. Sur le parking il est interpellé, avec urbanité, par un homme au physique et au langage vieille France. Il s’agit du commandant Tavernier, qui aimerait que Jovien lui apporte quelques éléments de réponses aux questions qu’il se pose concernant le meurtre de Trãn My Tiên, nom qui se traduit par Fée resplendissante, la Vietnamienne assassinée sept ans auparavant. L’assassin présumé, David Mariani, dont les baskets remisées dans un placard portaient des traces du sang de la morte, était carabin dans les services du père de Jovien. Or Tiên avait été égorgée et éviscérée par un scalpel, avec une précision chirurgicale. Seulement les conclusions de Tavernier résident dans la constatation que Mariani, si c’est vraiment lui l’assassin, n’a pu agir seul. D’autres faits infirment la conjecture de Mariani coupable. Par exemple pas de traces de sang dans le véhicule de Mariani, alors que ses chaussures en étaient imbibées. De plus Mariani, qui revenait d’une fête organisée par des étudiants vietnamiens, largement arrosée, était imbibé plus que de raison, et il lui aurait été difficile de tenir proprement un bistouri. Mais Tavernier possède une autre carte dans sa manche : des traces de pneus d’une Panda, comme celle qui appartenait à Jovien à l’époque, alors qu’aucune trace de Twingo, véhicule qu’utilisait Mariani, n’a été relevée. Et comme Jovien a tout quitté à cette époque… !

Pendant ce temps, Nguyên Khanh Van, traduction Nuage coloré, attend à l’aéroport montpelliérain sa cousine Ngô Luc Huong, Beauté et parfum. Les deux jeunes filles ne se sont jamais rencontrées, mais ce n’est pas pour cela que Huong est réticente aux démonstrations d’affection de la part de Van. C’est qu’elle arrive du Vietnam et qu’elle n’est pas habituée aux démonstrations affectives de sa cousine ni à son parler pas toujours académique Elle détient un petit carnet, la copie d’un autre soigneusement dissimulé dans lequel le nom du meurtrier de Tiên serait inscrit. Or quelques jours plus tard, Huong est retrouvée assassinée à peu près dans les mêmes conditions.

 

Ce roman dont le suspense est en progression constante avec un dénouement parfaitement maîtrisé, permet à Philippe Bouin de se montrer caustique, acide et de dépoussiérer quelque peu l’histoire.

La famille de Jovien est éclectique politiquement. Le père est apparenté UMP et brigue une place de député. Son oncle lui est socialiste, mais il a pris du recul avec le parti. Et il n’est pas tendre envers la génération Mitterrand. Pour preuve cette diatribe : J’ai pris conscience que j’ai adulé un hypocrite. Le Tonton facho de la fac, le Tonton de Vichy, le Tonton qui ignorait qu’on persécutait les Juifs, - avec Pétain il était bien le seul -, le Tonton de l’Algérie, le Tonton des écoutes, le grand Tonton menteur m’a donné des boutons. Il était socialiste comme moi je suis évêque. Alors, quand j’ai entendu un con le citer comme « la » référence de la gauche, ça m’a foutu en rogne. Lors d’un repas de famille, c’est à Jovien de mettre les points sur les I à son tonton, enfin à son oncle qui est habillé en Hugo Boss : Hugo Boss était un nazi notoire, c’est lui qui a créé les uniformes des SS… et il a même habillé toute l’armée du Führer. Et jovien continue en donnant comme autre exemple, Disney et son film Un amour de Coccinelle, voiture mythique qui aurait été dessinée par Hitler.

Mais si Philippe Bouin se lâche un peu par les déclarations de ses personnages, ceci ne constitue pas le fond de commerce unique de son roman. Il place ça et là quelques pointes d’humour. Par exemple il prête à oncle Côc des citations dont Confucius serait l’auteur, citations qui ne manquent pas de sel mais qui sont améliorées. Dans le genre L’homme qui ressort indemne d’un incendie a tort de jouer avec le feu.

Placé sous l’égide des trois singes de la sagesse, Mizaru dont le nom signifie Je ne vois pas ce qu’il ne faut pas voir, Kikazaru, je n’entends pas ce qu’il ne faut pas entendre, et Iwazaru, je ne dis pas ce qu’il ne faut pas dire, ce roman pourrait avoir comme morale : il faut se méfier des apparences et surtout ne pas se précipiter à émettre des conclusions hâtives, sans preuves, et encore, celles-ci peuvent induire en erreur.

A lire du même auteur : La gaga des traboules, Comptine en plomb, Paraître à mort et Va, brûle et me venge.


Philippe Bouin : Pars et ne dis rien. Editions de l’Archipel. 312 pages. 19,95€.

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22 octobre 2012 1 22 /10 /octobre /2012 09:57

L’armée fut rieuse ?

 

arméefurieuse

L’Armée Furieuse, ou la Mesnie Hellequin, est une légende dont se réclament de nombreux pays européens, principalement en Angleterre et les pays Nordiques. Et selon les endroits dans lesquels cette croyance, qui date du début du Moyen-âge, est encore vivace, elle est aussi nommée le Carrosse du roi Hugon, la Chasse nocturne, la Chasse Arthur, la Chasse du Comte Rouge, la Chasse du Chasseur Sauvage… Certaines nuits magiques d’orages violents, surtout en période de changement de saison, et alors qu’on pourrait penser que ce sont le vent et la pluie qui dévastent les paysages, l’imaginaire populaire impute cette dévastation à une troupe d’esprits fantastiques, montés sur des chevaux rapides, entourés de chiens bruyants, qui ont été condamnés en punition de leurs péchés à chevaucher jusqu’à la nuit des temps. Et il ne fait pas bon être dehors à ce moment là.

Alors qu’il déjeune, en face de l’entrée de la Brigade Criminelle, en compagnie de Veyrenc qui se demande s’il doit ou non reprendre du service, Adamsberg aperçoit une petite femme qui stationne depuis une heure sous le soleil. Mais ce n’est pas tant la femme, attifée d’une blouse à fleurs désignant une provinciale bon teint, que le pigeon qui lui aussi stationne d’une façon inamovible sur le trottoir. Justement c’est lui Adamsberg que la sexagénaire, qui est allée chez le coiffeur pour la circonstance, voulait voir. Tandis qu’il recueille le volatile dont les pattes ont été attachées avec de la ficelle l’empêchant de s’envoler, il écoute d’une oreille plus ou moins distraite la Normande raconter pourquoi elle vient le voir, se déplaçant pour la première fois jusqu’à la capitale. Sa fille, Lina, a aperçu un soir l’Armée furieuse dans un chemin que personne n’emprunte de nuit à cause de la superstition qui plane sur cette voie communale.

L’apparition de l’Armée furieuse signifie que des morts violentes sont à prévoir. Or parmi les membres de cette armée figuraient trois habitants de la commune, Herbier, Glayeux et Mortembot. Pour mieux enfoncer le clou madame Vendermot, c’est le nom de la solliciteuse, annonce qu’Herbier, détesté des villageois, a disparu. C’est le vicaire qui lui a conseillé de solliciter le commissaire. Adamsberg lui rétorque qu’il existe une brigade locale de gendarmerie, mais elle ne s’entend pas du tout avec le capitaine Emeri, une vraie toile. D’après Danglard, le Pic de la Mirandole de la brigade, Emeri est un descendant du maréchal d’Empire Davout, duc d’Eckmühl et autres titres ronflants. Herbier a donc disparu, avec sa mobylette et lorsque les voisins se sont inquiétés de cette absence, ils ont découvert le congélateur du braconnier mis à sac.

Intrigué et quoique Emeri lui suggère de mettre l’affaire sous le boisseau, Adamsberg décide de se déplacer à Ordebec, Calvados, en compagnie de quelques-uns de ses hommes, les autres devant rester à Paris car les casseroles sur le feu ne manquent pas. Par exemple le décès par incinération dans son véhicule de luxe d’un riche industriel. Le coupable est tout désigné, Momo, un habitué de ce genre d’incendie volontaire sur véhicules ne lui appartenant pas. Mais Momo crie son innocence, alors que d’habitude il reconnait les faits. Et puis quelque chose dans son physique ne colle pas, de même que les preuves recueillies chez lui qui semblent avoir été déposées exprès pour l’accuser.

Quant au pigeon il est confié à Zerk, le fils d’Adamsberg, un fils de vingt-huit ans qu’il ne connait que depuis deux mois. Arrivé sur place, il déambule dans le chemin incriminé et aperçoit une octogénaire pimpante assise sur un tronc d’arbre. Drôle de personnage que Léo, qui se repose tandis que son chien honore quelques voisines. Elle a été mariée au comte local, un conte de fée, mais seulement deux ans. Les Normands, ce ne sont pas les seuls, n’aiment pas les mariages hors caste. Léo est découverte chez elle le crâne défoncé et est emmenée à l’hôpital dans un état critique. Herbier est retrouvé, mort, mais ce n’est que le début de l’hécatombe annoncée.

 

Plus que l’intrigue, c’est le style de Fred Vargas qui entraine le lecteur et l’oblige à tourner les pages, de plus en plus vite au fur et à mesure que l’histoire prend corps. Elle possède le don d’installer une ambiance, une atmosphère, avec une écriture presqu’éthérée. Des dialogues décalés et des personnages tout autant qui possèdent chacun une anomalie développée, grossie par l’œil inquisiteur de l’auteur. Chacun de nous détient ce petit quelque chose qui nous différencie du voisin, mais dans ce cas les particularités sont développées à l’extrême. Si Adamsberg possède une mémoire auditive défaillante, il s’obstine à parler d’armée curieuse au lieu d’armée furieuse, ses adjoints ne sont pas mal non plus. Veyrenc ponctue ses déclarations à l’aide de citations empruntées à Racine, Danglard connait tout ce qui a rapport avec la police et la gendarmerie.

Et les protagonistes auxquels ils vont être confrontés possèdent eux aussi des anomalies physiques, psychiques, mentales. L’un des fils de madame Vendermot s’exprime volontiers à l’envers. Pas en verlan, trop facile, mais en intervertissant les lettres. Par exemple pour dire Bonjour il s’exclame : ruojnob, ce qui n’est pas toujours compréhensible par le commun des mortels. Je ne vais pas vous ériger le catalogue de toutes ces anomalies, il faut garder un certain mystère afin que vous en appréciiez la lecture.

Les zoophiles retrouveront quelques animaux qui prennent une place prépondérante ou non à l’intrigue, ou sont simplement évoqués : Couple de rats amoureux, pigeon ligoté, vaches atteintes d’immobilisme, chiens, sanglier, abeilles, cloportes, gerbille et même un merlan. Et j’en oublie sûrement.

Et dire que certains affirment qu’à l’Ouest rien de nouveau ! Ce n’était qu’une remarque comme ça, en passant.

Citations :

Ça n’a jamais servi à rien de tuer des flics. Car c’est comme le chardon, il en repousse toujours.

Un flic, ça n’a jamais empêché personne de tuer.


Fred VARGAS : L’armée Furieuse. Collection Chemins Nocturnes. Editions Viviane Hamy - 2011. 430 pages. 19,50€.

 

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21 octobre 2012 7 21 /10 /octobre /2012 08:38

Happy Birthday to  you !

 

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Le 21 octobre 1948 naissait Daniel Picouly, à Villemomble dans le département de la Seine-Saint-Denis. Aussi pour fêter cet anniversaire, il m’a semblé bon de faire un petit retour en arrière, en 1991 exactement, et de vous proposer cette chronique concernant son premier roman.

Une petite ville au bord de la mer. Une jeune fille prénommée Héra, serveuse dans un restaurant. Elle attend un enfant, mais c’est un enfant trahison. Alors elle avorte, dans les waters du lycée tout proche, tandis que sa copine Nelly fait le guet. Tant pis pour le concierge à la jambe de bois, il n’avait pas à faire sa ronde dans le couloir. Exit le gêneur, par-dessus la balustrade. On le retrouvera mort dans un placard, dans lequel sont soigneusement rangées les cartes de géographie. Même décédé, il parcourra encore le monde, ce marin qui avait du mal à s’habituer au plancher des vaches.

Ivan, pendant ce temps se venge. Sur Denise, sur Lachoune. Sur François aussi. Mais il n’a pas le courage, ou le temps, de trucider le professeur avec sa canne épée. Ce n’est que partie remise. La vengeance doit se déguster et Yvan n’est pas un glouton.


picouly.jpgDans cette petite ville tranquille, l’horreur se cache derrière les rideaux, toujours présente. Mais personne ne la voit, ou ne veut la voir. Pourtant que de personnages étranges gravitent dans la cité lorsque la nuit tombe. Le Bestiau, par exemple, amoureux d’une odalisque, copie d’un tableau de Boucher, et qui fournit des chiens à un Hollandais et élève des rats. Ou Denise, la patronne du restaurant, qui aguiche les mâles pendant que son mari assiste aux matchs de football. La folie guette attendant l’entrebâillement de la porte mentale. Alors elle pourra s’écouler à flots, éclaboussant tout sur son passage pulvérulent. Une folie morbide, une folie meurtrière, une folie furieuse.

 

 

 

 


Premier roman de Daniel Picouly publié en 1991, La Lumière des fous est écrit en style télégraphique. Comme ces coups de poing que l’on assène rageusement sur une table, lorsqu’on extériorise sa colère mais que l’on ne peut aller plus loin que la colère verbale et orale. Pourtant il ressort de cette écriture métaphorique un certain lyrisme, qui ne laisse pas insensible, et qui alliée aux images chocs bouleverse le lecteur pantelant.


Daniel PICOULY : La lumière des fous. Collection Fenêtre sur nuit. Editions du Rocher (1991). Réédition éditions J’ai Lu janvier N° 4772 (1999). 250 pages. 6€.

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Published by Oncle Paul - dans La Malle aux souvenirs
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20 octobre 2012 6 20 /10 /octobre /2012 13:14

Comme disait ma grand-mère : Il ne faut pas confondre Témoins de Jéhovah et témoins de Gévéor. Au moins ces derniers ne refusent pas une transfusion par voie stomacale le sang du Seigneur contenu en bouteilles d’un litre.

 

arabjazz-copie-2.jpg


A quoi servent les prix littéraires ? A reconnaître la valeur littéraire d’un roman et celle de son auteur. Sans l’obtention du Grand Prix de Littérature Policière 2012, je ne suis pas sûr que je me sois penché sur cet ouvrage. Et c’eut été dommage.

Dès les premières pages de ce roman je me suis senti, comme Alice, aspiré par une force qui propulse de l’autre côté du conscient et projette l’esprit dans un vide abyssal tapissé de livres.

Ploc, ploc, ploc… Ahmed Taroudant qui rêvasse sur le balcon de son petit appartement du 19ème arrondissement parisien effectue subitement un retour à la réalité. Il pleut. Ploc ! Première goutte sur le visage. Ploc ! Deuxième goutte qui s’écrase sur la manche de sa gallabiyah blanche. Ploc ! Troisième goutte sur le bout de son nez. Force lui est de constater qu’il ne s’agit pas d’eau mais de sang. Levant les yeux Ahmed découvre un pied puis un corps. Celui de Laura, sa voisine du dessus. Il n’a pas besoin d’utiliser la clé que la jeune femme lui avait confiée pour soigner ses plantes lors de ses absences, elle est hôtesse de l’air, car la porte est entrouverte.

Ahmed est un grand lecteur de romans policiers. Il achète ses bouquins au kilo chez Monsieur Paul, un bouquiniste arménien du quartier. Un fois lus, il empile les romans contre les murs de son studio. Il a calculé, le poids est évalué à deux tonnes cinq. Tout ça pour dire qu’Ahmed sait ce qu’il ne faut pas faire : se déplacer jusqu’au corps sans laisser d’empreintes. A peine redescendu chez lui, les policiers, représentés par Rachel Kupferstein, une rousse flamboyante, et Jean Hamelot, un brun ténébreux, se pointent chez Laura, accompagnés de membres de la Scientifique. Un appel anonyme en provenance d’une cabine téléphonique située dans le 18ème arrondissement, les a prévenus de ce meurtre et du cadavre en exposition. Une sorte de mise en scène macabre les interloque : un rôti de porc cru trône sur la table et les fleurs des trois orchidées décapitées sont disposées en triangle sur la cuvette des W.C.


Ahmed se sent redevable envers Laura qu’il soupçonnait de l’aimer sans oser se déclarer. Alors il décide de retrouver son meurtrier, concomitamment à l’enquête des deux policiers. Grâce à la bignole de l’immeuble, les deux policiers peuvent baliser leurs recherches. Laura, outre Ahmed, avait trois amies : Bintou, Aïcha et Rebecca. Or Rebecca a disparu d’un seul coup, comme ça sans prévenir. Le patron d’un kebab que Jean fréquente régulièrement lui apprend qu’une nouvelle substance circule dans le quartier, des pilules qui ressemblent à de l’ecstasy mais en beaucoup plus fort. Bintou et Aïcha sont elles aussi des fidèles du kebab et une rencontre improvisée permet aux deux policiers d’apprendre de la part des deux jeunes filles que les parents de Laura sont Témoins de Jéhovah et qu’ils habitent à Niort. D’ailleurs Laura avait claqué la porte de chez elle à sa majorité. Elles parlent aussi de garçons trop religieux, que Jean connait plus ou moins. Moktar et Ruben, un salafiste et un hassid, et leurs frères Alpha et Mourad. Tous quatre s’étaient constitués en groupe de rap, les 75-Zorro-19. Si Moktar, Mourad et Alpha fréquentent régulièrement une salle de prière salafiste, Ruben quant à lui appartient à une nouvelle mouvance hassidique, groupe formé par des Juifs de Tiznit au Maroc, dissident d’un mouvement d’origine biélorusse et qui se sont donné leur propre chef religieux messianique à Brooklyn.


Ce roman dégage une ambiance personnelle proche de celles de Simenon, une journée étrange comme en apesanteur… et de Fred Vargas, sans que l’on puisse parler de véritable influence. Les personnages ne se fondent pas dans un moule, mais sont tous comme des modèles uniques. Ahmed par exemple, lecteur vorace, est en arrête-maladie depuis cinq ans et perçoit l’Allocation Adulte Handicapé depuis plus de trois ans. Il est atteint de dépression chronique depuis que veilleur de nuit dans un magasin de meubles il a été le témoin d’un meurtre. Il a même séjourné dans un hôpital psychiatrique où il a retrouvé l’un des habitants du quartier. Le commissaire Mercator, afin de mieux se concentrer sur les rapports oraux de ses adjoints, dessine sur du papier qu’il achète sur ses propres deniers des ronds, un cercle par feuille, toujours centré et de la même taille, à main levée. Seuls les policiers du 18ème ne dérogent pas vraiment à l’idée que l’on se fait des brebis galeuses. Quant aux autres protagonistes, ils sont aussi à découvrir.

Une communauté qui en englobe plusieurs, où Arabes Islamistes et Juifs vivent en bonne intelligence, jusqu’à un certain point. Car il est bien connu que si l’on ne veut pas se fâcher avec sa famille et ses amis il vaut mieux éviter de parler politique et religion. Et l’on s’aperçoit que les convictions religieuses affichées ne sont parfois que des façades qui permettent d’obtenir un statut et de jouer un rôle prépondérant dans la société.


Pour une chronique plus détaillée, vous pouvez vous rendre sur

Action-Suspense.

 

Karim MISKE : Arab Jazz. Editions Viviane Hamy ; collection Chemins nocturnes. 304 pages. 18€.

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20 octobre 2012 6 20 /10 /octobre /2012 08:20

Le cavalier en échec….


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Restauratrice de tableaux anciens, Julia en radiographiant La partie d'échecs, une huile sur bois datant de 1471 due au peintre flamand Peter Van Huys, découvre une inscription latine qui peut se traduire par Qui a tué le chevalier? Intriguée elle fait part de sa découverte à Menchu, la propriétaire d'une galerie, à Alvaro, son ex-amant professeur d'histoire de l'art ainsi qu'à César, antiquaire homosexuel, courtois et cultivé. Ce tableau représente deux hommes jouant aux échecs et debout en arrière plan une jeune femme lisant un livre. La phrase sibylline pourrait alors posséder une autre signification: Qui a pris le cavalier ?

Scène banale représentative des loisirs de la noblesse de l'époque mais qui chagrine César. L'un des joueurs est Roger d'Arras, son adversaire Fernand d'Ostenbourg et la jeune femme, Béatrice, épouse de ce dernier et peut-être amante du premier. Or Roger d'Arras était mort depuis deux ans lorsque Van Huys peignit ce tableau. L'inscription peut alors retrouver sa signification première. César demande à Munoz, joueur d'échecs amateur mais dont la technique du jeu est indéniable, de refaire la partie en cours, à l'envers, et de déterminer qui a joué en dernier et quelle pièce. Julia est obnubilée par ce tableau et extrapole reconstituant les faits et gestes de ces trois personnages. L'interconnexion entre l'histoire passée et le présent prend soudain une ampleur qu'elle ne soupçonnait pas.

 

Arturo Perez Reverte joue sur plusieurs tableaux, sans jeu de mots ou presque. Effets de miroirs et symboliques s'interfèrent et Julia qui s'est prise d'une certaine passion obsessionnelle pour le tableau qu'elle restaure en vient à imaginer les protagonistes dans leurs évolutions. En prenant le prétexte d'une trame policière, c'est à l'apologie de la culture auquel le lecteur est convié. La peinture certes, mais également la musique où là encore tout n'est que jeux de miroirs. Et comme le fait si bien remarquer Arturo Perez Reverte, les interférences entre le jeu d'échecs et la littérature policière sont nombreuses, alliant sport cérébral et aspect ludique. La lecture de ce roman achevé, nul doute que le lecteur réticent reviendra sur ses aprioris sur la littérature policière. Arturo Perez Reverte ouvre une nouvelle voie: le roman policier humaniste.


Arturo PEREZ REVERTE : Le tableau du maitre flamand. (Traduit de l'espagnol par Jean Pierre Quijano). (Réédition des éditions Jean Claude Lattes). Le Livre de Poche Policier/Thriller N° 7625 (1994, réimpression 2010). 352 pages. 6,10€.

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19 octobre 2012 5 19 /10 /octobre /2012 06:38

... et marchera !

 

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Dédié à José Giovanni, un Maître, ce livre est imprégné de l’atmosphère de celui qui de repris de justice devint scénariste, romancier, dialoguiste et réalisateur, empruntant à son expérience personnelle la trame de ses ouvrages. Aussi ne faut-il pas s’étonner de l’influence qu’a ressentie l’auteur de ce roman. Et naturellement l’intrigue se déroule dans les milieux des malfrats, à Nice plus précisément, avec des incursions en Italie et en Calabre.

Lorsqu’Isa, la vingtaine, découvre sa cousine Maria, morte, une seringue dans le bras, elle se garde bien de prévenir la police. Son premier coup de fil est destiné à Franco, le père de Maria, lui saura que faire. Complètement désemparé, Franco abandonne son bar, et se rend en voiture en Italie, afin de se vider le cerveau tout en se remplissant l’estomac de grappa. Il passe sa colère sur des Albanais qui ont spolié des amis d’enfance en Calabre puis au retour il organise un conseil réunissant la famille et quelques malfrats. Peut débuter alors la vengeance orchestrée par la famille Ranzotti.

Les trois truands convoqués sont rapidement blanchis, cependant Franco persiste dans son idée. Maria ne s’est pas suicidée mais est décédée d’une overdose, soit parce que la drogue était trop pure, soit parce qu’elle était mélangée à des substances toxiques. Remontant soigneusement le fil du temps, se renseignant auprès de qui elle aurait pu s’approvisionner l’après-midi précédant le décès, les membres du clan Ranzotti partent à la recherche du dealer supposé être à l’origine du drame. Et les armes n’ont pas le temps de rouiller. Tant pis pour les dégâts de la narine, ils n’avaient qu’à ne pas mettre leur nez là où il ne fallait pas.

Qu’ils soient petits loubards de banlieues ou jeunes millionnaires américains et russes, ils n’échappent pas à la vindicte du clan Ranzotti composé des frères de Franco, des fils et des neveux et de quelques séides qui exécutent sans mot dire. Mais attention aux bavures ! Il ne fait pas bon s’attaquer aux enfants, même s’il s’agit d’une erreur très regrettable. Car Lucas Murneau, qui a passé plus de vingt ans en Amérique du Sud et plus spécialement en Colombie revient à Nice, suite à un coup de nostalgie. Il veut voir sa fille, qu’il n’a pas connu et sa petite fille âgée aujourd’hui de trois ans. Surnommé Le Maudit ou encore La Muerte il a l’habitude de la viande froide, d’ailleurs c’est sa spécialité, mais il n’apprécie pas du tout la boucherie en gros, surtout lorsqu’il en est la victime collatérale.

 

Encore une histoire de gangsters, de truands comme en ont écrites des auteurs tels que Giovanni, Le Breton, Héléna, et bien d’autres. Mais Et la mort se lèvera ne laisse pas de place au fameux honneur des voyous comme l’ont chanté certains romanciers issus du milieu. Une histoire carrée, violente, qui ne cherche à disculper aucun des protagonistes, les rendre meilleurs qu’ils sont. Jacques-Olivier Bosco se refuse à tout sentimentalisme exagéré, à tout misérabilisme, à toute apologie, à toute fantaisie. Une écriture qui se lit comme l’on déclame du rap, du slam, une incantation à la vie, à la mort, à l’amour, avec dans le brouillard de petites lueurs de poésie qui s’allument comme les feux-follets dans les cimetières.


Jacques Olivier BOSCO : Et la mort se lèvera. Jigal Polar. Editions Jigal. 280 pages. 17,24€.

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18 octobre 2012 4 18 /10 /octobre /2012 15:00

Portes ouvertes pour soirée privée.

 

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Dormez en paix braves gens, Fessebouc s’occupe de tout ! Vous lancez une invitation à quatre ou cinq amis afin de participer à une petite fête, plus de cent individus se pressent au portillon. Et comme il fallait s’en douter - les jeunes sont indisciplinés ma brave dame, pensez donc, y’en avait même qui n’avaient pas quatorze ans, et puis l’alcool et la drogue qui circulaient ! – cette petite sauterie dégénère en poudrière.

Profitant d’un voyage de ses parents à bord d’un voilier dans les mers du Sud, Rachel, la fille du juge Ault, a donc convié quelques amis, plus les amis des amis, plus ceux qui ont cru qu’ils étaient invités. En guise de remerciements ceux-ci ont tout saccagé et les voisins ont dû se résoudre à demander à la police de rétablir l’ordre. D’habitude Craneswater, le quartier huppé de Portsmouth, est si tranquille !

Lorsque l’inspecteur Faraday arrive sur place vers 2h30 le dimanche matin, tout semble être rentré dans l’ordre. La plupart des participants sont arrêtés puis convoyés dans différentes geôles de la région, Portsmouth ne pouvant recueillir malgré la bonne volonté des autorités locales tout ce petit monde, et leurs téléphones portables confisqués. Seulement le couac réside en la découverte du corps de Rachel allongé près de la piscine du voisin. A ses côtés gît aussi Gareth Hughes, le petit ami de la jeune fille. Et il ne s’agit pas d’un accident ou d’un suicide. Gareth a le crâne éclaté comme un melon trop mûr et Rachel a été labourée à coups de couteau, l’arme blanche n’étant pas retrouvée sur place.

Le voisin des Ault n’est pas un inconnu des services de police, au contraire. Il s’agit de Bazza Mackenzie, qui après avoir été un baron de la drogue s’est reconverti comme un grand brasseur d’affaires ayant pignon sur rue. Revenant d’une soirée en compagnie de sa femme, il a voulu mettre fin, seul, à la pagaille, car il avait promis au juge de surveiller sa fille. Bazza récolte un coup de bouteille sur la tête, distribue avec générosité quelques horions et est poussé vers la sortie par Matt Berriman, l’ancien petit ami de Rachel, qui le protège. Bazza, vu ses antécédents et son crâne ensanglanté, est mené au commissariat de police. Mais il démontre, preuves à l’appui, à Faraday et ses hommes, qu’il n’est en rien en cause dans le meurtre de Rachel et de Gareth.

Matt Berriman et Rachel se connaissaient depuis de longues années, depuis l’école. Ils étaient tous deux nageurs émérites, ayant le même entraîneur, frappant à la porte de la sélection nationale de natation du bout des palmes, et ils s’aimaient. Seulement cette belle histoire a coulé du jour au lendemain et depuis Rachel s’affichait avec Gareth.

Les portables confisqués aux adolescents en goguette, du moins ceux qui ont pu être alpagués, révèlent des photos et des vidéos intéressantes sur le déroulement de cette soirée. La cave du juge a été pillée, un gamin fourguait de la drogue à moitié prix, une ado gothique au crâne rasé taguait les murs à l’aide d’une bombe de peinture noire et lacérait les tableaux de maître à l’aide d’un couteau, et autres joyeusetés propices à entretenir l’ambiance. Et encore, Faraday n’a pas tout vu. Les policiers visionnent les jours suivants des scènes torrides avec pour actrice principale Rachel dans des positions qui ne sont que mises en bouche préparatoires à d’autres relations. Et si cela ne suffisait pas, ceux qui ont réussi à s’échapper comme la gamine anonyme, mettent en ligne sur Internet des images édifiantes de cette soirée.

Bazza ne reste pas les deux pieds dans le même sabot. Après tout c’est chez lui que les deux corps ont été retrouvés et cela nuit fortement à son image de marque et à sa virginité toute neuve de truand reconverti. Aussi il demande à Paul Winter, ancien policier collègue de Faraday mis sur la touche et devenu homme de main de l’ancien malfrat, d’enquêter de son côté.

Entre Faraday, qui ne reste pas en cage, et Winter commence une sorte de course à qui trouvera le premier le coupable de ce double meurtre. Les moyens engagés ne sont pas les mêmes, leurs approches non plus. Ils tirent chacun un fil de l’écheveau sans connaître les résultats obtenus par l’autre partie, la main droite ignorant les avancées de la main gauche et inversement non proportionnel.


Cette enquête dure une semaine et nous propose rebondissements sur rebondissements. Le lecteur suit les tâtonnements et les avancées des deux protagonistes principaux délégués à la résolution de l’affaire, les points positifs se recoupant parfois, et les échanges de renseignements entre les deux hommes via des témoins ou de simples policiers collègues ou anciens collègues de l’un et de l’autre. S’instaure également un jeu du chat et de la souris entre deux conceptions, deux façons de procéder légales ou non, et surtout les ressentiments avoués ou non des uns envers les autres.

Le genre dit de procédure policière, dont les chantres furent Hillary Waugh et Ed McBain, est un genre aujourd’hui quelque peu désuet de la littérature policière et Graham Hurley le remet habilement et avec maestria au goût du jour. Mais en même temps il met en avant le rôle joué par les techniques modernes et les nouvelles façons de communiquer que ce soit les téléphones portables et leurs applications ou Internet, ainsi que les réseaux asociaux. L’auteur dénonce également le laxisme parental et la liberté trop grande accordée aux enfants, l’un découlant de l’autre.


On pourra juste regretter la photo de couverture qui n'est pas à la hauteur du texte.


Graham HURLEY : Une si jolie mort (No lovelier death – 2009. Traduit de l’anglais par Valérie Bourgeois). Editions du Masque. 464 pages. 22€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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