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3 décembre 2012 1 03 /12 /décembre /2012 16:46

L’Evangile selon Saint Marc : Je te lessiverai…

 

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Avoir un mal de tête carabiné après s’être adonné à une soirée trop arrosée entre amis, c’est courant. Mais découvrir une femme nue sur la plage de Benidorm en Espagne, où Daemon vient de se réveiller l’esprit embrumé, cela l’est moins. D’autant que cette apparition tient entre ses mains la tête tranchée d’une autre jeune femme aux cheveux roux.

Tandis qu’à Paris, Patrick Boudou, le patron du magazine Paris Flash et trois autres de ses collaborateurs, dont Katie Jeckson la photographe, regardent avec horreur une vidéo qui vient de leur parvenir, Marc Torkan, l’ancien journaliste est en mission en Thaïlande, à Bangkok.

Dans les locaux de Paris Flash, le poids des mots le choc des photos, la vidéo reçue sous forme de fichier montre une jeune femme à la bouche distendue par un bâillon en forme de boule de caoutchouc de couleur rouge vif. Seul son visage apparait à l’écran mais en fond sonore les spectateurs peuvent entendre un moteur électrique similaire à une perceuse et une voix féminine prononcer en anglais Tuez-moi, tuez-moi. Un court message accompagne la vidéo et Patrick Boudou pense qu’il est destiné à Marc Torkan : mon nom est légion car nous sommes beaucoup. Un extrait de la Bible et plus précisément de l’Evangile selon saint-Marc.

L’informaticien de service, pourtant expérimenté, ne peut remonter à la source et Katie pense alors à l’un des amis hacker. Elle essaie de joindre par téléphone Marc mais celui ne répond pas à ses premiers appels. Enfin elle l’obtient et lui narre l’horreur qu’elle vient de voir sur l’écran de l’ordinateur, tandis qu’il lui annonce qu’il se trouve à Bangkok. Paris Flash est branché sur les émissions d’informations télévisées espagnoles. C’est ainsi qu’ils apprennent le drame qui s’est déroulé sur la plage de Benidorm. Aussitôt Katie est envoyée sur place accompagnée de Nathalie qui doit rédiger le texte. Circonstances aggravantes, peu après le tueur présumé est retrouvé mort, suicidé dans une maison ainsi que le cadavre de la jeune femme à la tête coupée. Katie et Nathalie parviennent à s’infiltrer dans la maison et prennent en photo une étrange inscription figurant sur un mur : Teknokillers. Comme l’homme que Marc et elle avaient traqué un an auparavant. Mais au pluriel. D’ailleurs une affaire similaire se produit en Hollande.

Pendant ce temps Marc, accompagné de Kiefer, un garde du corps imposé par une richissime femme d’affaires israélienne se démène à Bangkok. Elle a créé une association nommée Uriel, chargée d’enquêter sur les violences faites aux femmes de par le monde. Elle-même a perdu sa fille un an auparavant par la malveillance du Teknokiller. Le corps d’une jeune femme a été retrouvé flottant dans les eaux du Chao Praya, le fleuve qui traverse Bangkok. Sur place, Marc et son ombre Kiefer apprennent en soudoyant un haut gradé de la police qu’il s’agit d’une prostituée russe qui aurait voulu voler de ses propres ailes. Ils s’attachent les services d’un fixeur, un homme sensé les conduire où ils désirent, et rencontrer des personnes susceptibles de leur apporter des éléments de réponses ou des précisions. C’est ainsi qu’ils se rendent sur l’autre berge du Chao Praya, dans le quartier de Thonbury. Ils tombent dans un guet-apens dressé par des policiers mais grâce aux réflexes et à l’art de la guerre de Kiefer, ancien commando des forces spéciales israéliennes, ils parviennent à éliminer leurs agresseurs. Mais la partie n’est pas terminée. Et d’autres aventures mouvementées les attendent, d’autant qu’ils ne peuvent pas rejoindre leur hôtel cerné par les forces de l’ordre. Tout en fuyant à bord d’un taxi, Marc ne cesse de songer à la clé USB reçue quelques mois auparavant, contenant l’image de Jillian, présumée disparue à Bali lors de l’incendie d’une boite de nuit, incendie dans lequel aurait péri Ulrich Ladik, le Teknokiller. Un message était joint à la clé : ATTENDS. REGARDE. ECOUTE… ET REJOUE.

Point n’est besoin d’avoir lu la première aventure de Marc Torkan et Katie Jeckson, Le chant des âmes, pour comprendre cette intrigue mouvementée, puisque Frédérick Rapilly la remémore peu à peu au fil des chapitres. Mais il est intéressant de la lire, même après ce roman, tout en connaissant ou supposant connaître l’épilogue, car cela permet de mieux appréhender les différents personnages qui gravitent dans cette histoire.

Frédérick Rapilly est un spécialiste des thrillers, et il connait bien son sujet. Le chasseur présumé n’est-il qu’un appât, et pourquoi ?

Aussi les scènes d’action, de violence, les pérégrinations en tout genre, les rebondissements, les petits secrets concernant les personnages dévoilés peu à peu, l’imbrication de deux affaires n’ayant apparemment aucun corrélation, font que le lecteur ressort de cette histoire complètement abasourdi, d’autant qu’il ne peut lâcher, ou difficilement, le livre avant de connaître l’épilogue.

Le tout est empreint d’une musique techno ou rock. Chaque chapitre est annoncé par un extrait de compositions des Rolling Stones, Sympathy for the devil, Paint it black par exemple, Bob Sinclar y fait de la figuration intelligente et une playlist est déclinée et proposée en fin de volume.

Retrouvez Frédérick Rapilly sur son site : Thrillermaniac


Frédéric RAPILLY : Le chant du diable. Collection Thriller. Editions Critic. 252 pages. 16€.

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1 décembre 2012 6 01 /12 /décembre /2012 14:30

 

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Alors qu’ils pensaient bénéficier d’une journée de repos au calme, dans la détente d’une complicité amoureuse et dinatoire, le commissaire Pieter Van In et sa compagne la juge Hannelore Martens sont dérangés par des coups répétitifs sur la sonnette de la porte d’entrée. Le petit-déjeuner composé d’une belle côte à l’os cuite sur le barbecue et d’un bordeaux bien frais est remisé à une date ultérieure. Ce visiteur impromptu n’est autre que Versavel, l’adjoint et ami de Van In.

Un triple meurtre vient d’être découvert dans une maison située sur les berges du canal de Damme, le quartier chic de Bruges. Louise Hoornaert et ses deux enfants ont été selon toutes vraisemblances assassinés. Un drame familial à première vue qui s’est déroulé quelques heures auparavant. C’est le jardinier qui a découvert les corps le lundi matin et le drame a eut lieu le dimanche dans la soirée. Louise a été abattue à l’aide d’un pistolet retrouvé près de son corps. Les enfants gisent dans leur chambre. La petite fille est en position assise dans un coin de la pièce, le petit garçon, le crâne fracassé à l’aide d’un marteau, allongé devant la fenêtre.

Le père de Louise est sur place, effondré, toutefois il ne tarit pas d’éloge sur son gendre Wilfried Traen, ce qui est suspect aux yeux de Van In qui a connu Traen à l’école primaire, un gentil garçon selon ses dires. Mais depuis il n’en avait plus eu de nouvelles jusqu’au jour du drame. Traen est considéré comme le présumé meurtrier mais son corps est retrouvé par les hommes de la Scientifique, dirigés par Vermeulen dans le grenier, pendu. La chaise sur laquelle il serait monté est renversée. Un suicide après le triple meurtre ? Pourtant, le couple s’entendait bien selon le père de Louise. Traen dirigeait une petite entreprise de recyclage informatique qui prenait au fil des ans de l’essor, avec l’aide financière de son beau-père.

Le légiste Zlotkrychbrto, d’origine polonaise, examine les corps avec sa minutie habituelle, plus habitué à palper, en tout bien tout honneur, les défunts, qu’à s’exprimer en bon flamand. Mais les éléments dont il dispose et encore pas tous car il faut du temps pour faire parler, façon d’écrire, les corps n’aident guère Van In.

Les journaux s’emparent bien évidemment de l’affaire et l’un d’eux titre même : Un altermondialiste extermine toute sa famille, photo prise lors d’une manifestation à l’appui. Altermondialiste Traen ? Première nouvelle. Il serait même l’auteur de deux ouvrages concernant l’économie. Fausse bonne nouvelle. Un journaliste avoue à Van In qu’il est l’auteur des deux ouvrages mais travaillant dans un journal qui ne manque pas de faire l’éloge du capitalisme, son nom en couverture aurait fait bondir les actionnaires.

Une prostituée, une respectueuse comme aurait dit Jean-Paul Sartre, aux charmes indéniables, et répondant au doux nom de Kitty Jouy, s’adresse directement à Hannelore en son cabinet pour se plaindre du manque de respect financier d’un homme politique et de Traen qui avaient eu recours à ses services et lui devaient de l’argent. Elle n’avait vu Traen que quelques semaines auparavant mais l’homme politique, dont le nom figure sur l’agenda de Traen est lui un client régulier.

Suite à un appel téléphonique anonyme, celle-ci est retrouvée morte dans son appartement, et cela obscurci l’horizon de Van In mais pas celui de son voisin habitant l’immeuble en face et qui possède un télescope pour admirer les oiseaux. C’est lui le drôle d’oiseau.

Cela ne résout en rien l’enquête et Van In ne manque pas, afin d’humecter ses neurones et permettre à leurs rouages de fonctionner librement, d’ingurgiter moult bières, des Duvel, précision pour les amateurs et les connaisseurs.

En épluchant la comptabilité de Traen, Van In et consorts se rendent compte que les comptes financiers du mort ne sont pas aussi florissants qu’il est parait. Pourtant, des boites de caviar ont été retrouvées dans son réfrigérateur et une réception était prévue pour le vendredi suivant.

Une piste se profile avec la découverte qu’un employé a été mis à la porte peu de temps auparavant et qu’il pourrait ressentir de la haine envers son ex patron. Mais ce qu’ignore Van In, c’est que la CIA, elle aussi, est sur le coup. De toute façon, la CIA est partout.

Si l’on peut comparer Van In à Maigret, la vie de couple du commissaire flamand est nettement plus riche en péripéties que celle du héros de Simenon. Van In croque, ou plutôt boit la vie avec gourmandise, tandis qu’Hannelore possède une aura, une présence indissociable auprès de la vie professionnelle et familiale de Van In. Ils vivent en couple, s’amusent beaucoup ensemble, ne négligent pas les moments d’intimité, traitent les affaires et les enquêtes ensemble mais les petits accros mettent parfois la pression, comme la bière, sur le couple. Van In professe envers les journalistes une certaine méfiance : Si Van In se méfiait des journalistes, c’était moins à cause des hommes eux-mêmes, car il s’entendait bien avec la plupart d’entre eux, qu’à cause de l’arrogance de l’institution. Mais il devrait se méfier surtout de ses réactions, surtout de ses réparties, lorsqu’il a abusé de la bière. Il est vrai que cette enquête se déroule alors que les conditions climatiques incitent plus à se désaltérer qu’à autre chose.

Versavel lui aussi possède sa vie privée. Il est homo, et se demande si la petite coucherie d’un soir avec un bel inconnu ne va pas influer sur sa santé. Quand au médecin légiste, Zlotkrychbrto, ce n’est pas tant sa pratique de sa profession qui est intéressante, mais sa façon de parler qui apporte la touche d’humour indispensable dans les moments tragiques.

 

Je ne sais pas si c’est le meilleur roman de la série Van In, mais c’est assurément, parmi tous ceux que j’ai lu, celui qui m’a le plus enivré… je veux dire intéressé, qui m’a le plus intéressé et est le plus abouti.


A lire également de Pieter Aspe : Pièce détachée, Le tableau volé, La mort à marée basse.


Pieter ASPE : Le message du pendu (Onder Valse Vlag – 2002. Traduit par Emmanuèle Sandron). Collection Van In 11. Editions Albin Michel.304 pages. 18€.

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30 novembre 2012 5 30 /11 /novembre /2012 13:41

Ce manuscrit a connu un parcours étonnant que Joseph Bialot m’a dévoilé au Mans en novembre 1994, lors des 24 heures du Livre.

 

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Voici donc l’anecdote. Alors qu’il était régulièrement publié à la Série Noire, je lui avais demandé comment il se faisait que ce livre soit publié au Fleuve Noir. Il m’a répondu : J’avais envoyé mon manuscrit au Fleuve Noir et chez Rivages. Le Fleuve Noir m’a répondu le premier et j’ai signé aussitôt le contrat. Le lendemain, j’ai reçu une réponse positive de Rivages, mais c’était trop pour revenir en arrière. Pas courant, non ?

 

Balade dans un Paris promis à la démolition, aux promoteurs, et qui ne livre ses secrets qu'à ceux qui savent apprécier ses charmes séculaires, cet unique roman de Joseph Bialot, La main courante a donc été édité aux éditions Fleuve Noir en mars 1994.

Un incendie qui ravage un hôtel dans le faubourg Saint Antoine, ce ne pourrait être qu'un banal fait divers. Seulement la présence d'un truand égorgé retrouvé parmi les victimes fait tiquer le responsable des îlotiers du quartier. D'autant que le propriétaire de cet immeuble dortoir pour immigrés, décédé lui aussi tel une Jeanne d'Arc auvergnate, aurait revendu le bien à un promoteur.

Mais les deux îlotiers, compléments indispensables du commissariat et de la Crim, les Starsky et Hutch de Reuilly, un néo Français issu de Portugais et un Martiniquais fils de sorcier manipulateur de fonds et de paysanne beauceronne, sont aux premières loges de cette enquête et ne pensent qu'à alpaguer le coupable pour l'embastiller.

Les cadavres se reproduisent incongrument, les faux billets de cinq cents francs fleurissent sur le bitume, la petite amie de l'îlotier franco-portugais est retrouvée dans le coma et une petite vieille, tout en déplorant le manque d'ardeur de son défunt mari, vitupère contre un fantôme bruyant squattant son pavillon. Les tours de passe-passe entre immeubles mènent nos enquêteurs dans des impasses tandis qu'un loufiat jongle avec les faux papiers et un vrai bulletin de décès: le sien. Un ébéniste historien se contente d'étaler sa culture et l'on se demande lequel de ces personnages est le plus vernis.

Joseph Bialot raconte une de ces histoires dont il a le secret, puisant dans la nostalgie des vieux quartiers parisiens, imprégnant son récit d'une forte dose d'humour. Un livre à trois voix, les deux îlotiers prenant tour à tour la parole et s'immisçant dans ce duo, Diogène, un septuagénaire qui vit dans des containers à ordures, non par nécessité mais parce qu'il y retrouve la liberté et la solitude dont il est privé chez lui, et qui recherche désespérément Rommel, son chien mystérieusement disparu.

Cet ouvrage est une ode à la capitale, mais surtout à ces quartiers, petits villages dans la mégapole, dont les habitants se trouvent déboussolés lorsqu'ils en franchissent les frontières définies par des arrondissements arbitraires. On ne peut s'empêcher de penser à Léo Malet, chantre de ce Paris méconnu et qui désabusé ne mena pas jusqu'au bout son incursion parmi les mystères de Lutèce.

Joseph Bialot est décédé le 25 novembre dernier, et les éditions Rivages peuvent-elles rééditer ce roman qui le mérite ? La question est posée.

 

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De gauche à droite : Joseph Bialot, Jacques Mondoloni, Alain Demouzon et Emmanuel Errer/Jean Mazarin.


Joseph BIALOT : La main courante. Collection Crime Fleuve Noir N°47. Editions Fleuve Noir. 1994. 192 pages.

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Published by Oncle Paul - dans La Malle aux souvenirs
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29 novembre 2012 4 29 /11 /novembre /2012 13:54

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Long poème en prose, ce recueil est scindé en six parties principales passant en revue les créatures imaginées par Howard Phillips Lovecraft avec en tête de liste la plus connue et la plus immonde : Cthulhu.

La magie des mots scandés, slamés, en une déclamation répétitive et lancinante dans de longues phrases dont les virgules sont absentes la plupart du temps, juste suggérés par des soupirs. L’importance est dans la recherche des sonorités, et des mots qui sortent de l’ordinaire comme les créatures qu’ils décrivent. Des vocables qui obombrent le texte en fumées sombres, en marques obscures, en visions déformées ou déformantes, en hallucinations mystiques.

Cthulhu est ainsi décrit : Onirique titan jaune-vert indéfini cerveau d’azur noyé sous les eaux intangibles et multidimensionnelles de l’océan Pacifique dans la cité de R’lyehla morte aux moellons de sardoine et de jaspe englué de fins goémons ; emprisonné dans la mythique cité de R’lyeh aux frontons de cornaline aux innombrables tours et tourelles festonnées de dentelles d’algues polychromes…

On se laisse emporter par la magie des expressions comme sur une vague frangée d’écume, mais on plonge également dans les profondeurs ténébreuses de l’onde énigmatique.

Azathoth rouge et noir au fin fond des gouffres blancs qui sont le cœur des mondes ; au fin fond des gouffres blancs qui sont le cœur des mondes le cœur de nos songes et du royaume des ombres Azathoth rouge et noir bavote et bave obstinément au son strident et grêle de flûtes ivoirines qui furent jadis humérus ou fémur cubitus ou tibias bavoche et bave opiniâtrement au son monotone et voilé de tambours piriformes dont les peaux grisâtres et tendues furent anciennement l’enveloppe extérieure de milliards d’êtres vivants et pensants…

Penchons nous maintenant rapidement sur l’incohérent messager Nyarlathotep et ses déclamations incantatoires : je suis le vide vif-argent et l’absinthe sidérale dans quoi s’égarent en permanence vos âmes nauséeuses…

On ressort de ce recueil comme abasourdi, anesthésié, l’esprit embrumé sous l’influence d’une drogue lexicale éthylique et hallucinogène, et pourtant on ne peut que s’esbaudir à ces phrases itératives, emplies de couleurs polychromes foncées sublimées dans une déclinaison verdâtre, comme le plongeur gisant au fond de la mer regarde avec fascination tout ce qui l’entoure, objets en décrépitude, faune et flore entrelacées.

Un exercice de style habilement maîtrisé qui a dû demander à son auteur des heures et des heures d’écriture, de réécriture, d’absorption des écrits du maître afin de pouvoir enfiler les phrases les unes après les autres et transposer son univers onirique emprunté à HPL.

Comme il le signifie en début d’ouvrage :

Juste un peu de ses rêves avec des mots à moi

Juste un peu de mes rêves avec des mots à lui.


Christophe LARTAS : HPL Bloc d’éternité. Collection NOKHTHYS N°8. Editions de La Clef d’Argent. 52 pages. 7€.

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29 novembre 2012 4 29 /11 /novembre /2012 08:59

Mais sans le docteur Alpha...

 

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Avec le recul, certains livres d’anticipation semblent un peu désuets, pour ne pas dire naïfs, candides dans leur expression écrite et dans le propos abordé. Ainsi Docteur Oméga, écrit en 1906, par Arnould Galopin, dont le patronyme renvoie à l’âge présumé de ses lecteurs, conte les tribulations d’un savant énigmatique, le docteur Oméga, et de ses deux compagnons, Fred et Denis Borel le narrateur, écrivain à succès qui s’est retiré dans un petit village de Normandie, fatigué de la vie trépidante parisienne.

Le docteur Oméga est un personnage mystérieux, dont les expériences tirent le bourg d’une certaine léthargie. Les deux hommes se rencontrent fortuitement, disons un hasard fortement aidé par Borel dont la curiosité avait été éveillée, et Oméga propose à Borel de l’aider dans ses recherches. Le savant vient de mettre au point un métal, la stellite, dont les propriétés défient la pesanteur. Un projet insensé germe dans le cerveau fertile du savant : grâce à ce métal, il va pouvoir aller sur Mars, en compagnie de ses deux disciples.

Evidemment lorsque l’on a connu les péripéties des lancements de fusées, des mises en orbites, des premiers pas de l’homme sur la Lune, les tribulations de nos trois amis semblent pour le moins farfelues. Les précisions scientifiques sont balayées d’un revers de plume, le narrateur précisant que le savant, ce n’est pas lui mais le docteur Oméga et que tout ce qui découle du domaine scientifique ne sont pour lui que données abstraites. Ce qui lui ôte une épine du pied, et lui permet de continuer à raconter son histoire sans que le lecteur puisse lui faire le moindre reproche ou relever des anomalies quelconques.

Pourtant les anomalies foisonnent comme la mauvaise herbe dans un jardin non entretenu. Il ne faut retenir que le côté merveilleux, étonnant, aventureux, dans le récit de cette exploration et lire avec une âme d’enfant, celle qui accepte mieux que les adultes les histoires fantastiques, où le fabuleux se le dispute à l’invraisemblable et qui charme les nuits blanches. Arnould Galopin usait de ficelles, comme le marionnettiste, mais les voit-on vraiment, ou alors si l’on garde les yeux fixés sur ces cordelettes qui agitent les membres des pantins fait-on abstraction du spectacle ? Les Américains et les Anglo-saxons ne s’y sont pas trompés puisqu’ils ont calqué leur Docteur Who sur le modèle du docteur Oméga. Arnould Galopin, comme la plupart de ses confrères feuilletonistes, se montrait aussi xénophobe, ce qui à l’époque ne dérangeait guère les esprits bien pensants. Et l’on pourra aussi remarquer les contradictions du narrateur qui laisse appliquer par le Docteur Oméga une action dont lui-même ne veut pas être la victime.

Ainsi, page 169, vitupère-t-il contre les Martiens : “ Qui sait …si nous ne serons pas réduits au rôle humiliant d’ilotes, de misérables domestiques ? On nous montrera sans doute comme des bêtes savantes… Nous irons de ville en ville enchaînés, tels des ours, muselés peut-être, et la maigre nourriture qu’on nous donnera, il nous la faudra gagner par notre docilité, notre soumission à nos maîtres !… ”. Je me garderai bien d’aller plus loin de peur de déflorer l’épilogue.

Au roman d’Arnould Galopin sont joints quatre textes mettant le savant dans parfois de périlleuses situations écrits par Chris Roberson qui met en scène également Albert Einstein, Travis Hitz, Matthew Baugh et Serge Lehman. Enfin le plaisir ne serait pas complet si ne figuraient pas de très nombreuses illustrations, signées Bouard et extraites de l’édition originale. On lira ce roman avec ce petit pincement au cœur qui surgit toujours lorsqu’on évoque son adolescence.

 


Arnould GALOPIN : Docteur Oméga. Rivière Blanche, Hors Série. Illustration de couverture : Gil Formosa. 300 pages. 20€.

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28 novembre 2012 3 28 /11 /novembre /2012 15:50

Joseph BIALOT est décédé le 25 novembre dernier.

En forme d'hommage je vous propose de lire ce document poignant.

 

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Il est des épisodes dans notre existence que l’on aimerait pouvoir effacer, mais ils sont tatoués dans notre cerveau à l’encre indélébile. Mettre un couvercle sur le bouillonnement de notre crâne serait l’idéal, mais la fermeture n’est pas hermétique, et il s’en dégage des fumées délétères qui nous empoisonnent tout notre vie, du moins celle que nous vivons après ces événements. On les cache soigneusement, comme des faits honteux, mais il arrive un moment où pour les exorciser, il faut en parler, les coucher sur le papier, les réduire à de simples phrases, afin d’en extirper les rares incidents positifs.

Ouvrant son album de mémoires, révélant dans un désordre organisé ses pérégrinations et sa vie quotidienne à Birkenau et à Auschwitz, Joseph Bialot invite le lecteur à partager avec lui des moments éprouvants mais au cours desquels l’auteur ne perd jamais espoir. Renoncer c’est mourir par anticipation.

L’ouvrage débute par un nouveau chapitre Et après… qui constitue l’ajout à cette réédition nécessaire, et pose la question qui se trouve de plus en plus présente sous les feux de l’actualité. Et après… les êtres humains se sont-ils inspirés de cette partie nauséabonde de l’histoire pour s’améliorer ? Force est de constater que non. L’intégrisme, le sectarisme, l’intolérance, le négationnisme, le rejet de l’autre pour des raisons raciales, religieuses, mercantiles, sont toujours en vigueur, exacerbés par des individus, quelque soit leur place dans la société, sans scrupules, ignorants, jaloux.

Un exemple frappant : en 1947, deux ans après Auschwitz, dans la ville de Kielce, en Pologne, l’annonce du retour d’une centaine de Juifs survivants, originaires de la région, répand la terreur. Et la rumeur repart : ils vont reprendre leurs biens ! Résultat ? Un pogrom. Dois-je préciser que le mot Pogrom, d’origine russe, désigne un assaut avec pillage et meurtres. Il signifiait à l’origine des actions violentes préméditées, menées à l'instigation de la police tsariste avec l'aide de populations locales contre les communautés juives d'Europe. Les pogroms sont parfois menés contre d'autres minorités telles que les Tziganes. Ces actions s'accompagnent aussi de destructions des biens personnels et communautaires et d'assassinats. Plus jamais ça ! C’était ce que les survivants, probablement naïfs, déclaraient. Soixante cinq ans après, que reste-t-il de des résolutions, des déclarations émises par des personnalités de toute obédience politique ?

Après cet aparté, reprenons l’album photos, ou plutôt la succession de courts-métrages que délivre Joseph Bialot. Première image, les couleurs qui se reflètent dans la mer et que peuvent admirer les survivants, qui ont embarqué à bord du Bergensfjord, en port d’Odessa. Plus de mille deux cents kilomètres parcourus entre Auschwitz et Odessa, puis direction la France. Ces couleurs dispensées par le soleil changeaient des dégradés de noir et de gris auxquels ces anciens détenus étaient habitués. Et peu à peu les souvenirs s’enchainent, retour en arrière sur les conditions de vie, de survie à Birkenau, puis à Auschwitz, les maltraitances, les brimades, les humiliations, les restrictions alimentaires et vestimentaires, les coups portés avec violence et sadisme par les Kapos, les petits-chefs plus brutaux que leurs supérieurs.

Une image parmi tant d’autres : une paire de chaussures à semelle de bois, sans lacets, sensées protéger les pieds et que le détenu, Joseph Bialot en l’occurrence, perd en déplaçant des pavés, porté sur son épaule, sur deux cents mètres, lapin tentant d’échapper à un lévrier nazi. Soit il parvient au but en échappant aux coups de matraques et surtout rejoint la procession de détenus, s’infiltrant dans le groupe, et échappant ainsi à la vindicte de son poursuivant, les pieds en capilotade, soit il se baisse pour ramasser la chaussure fichée en terre et risque de rester définitivement à terre.

Ou cette veille de Noël, qui tombe un lundi. Distribution des rations de vivre le samedi, et comme les détenus sont affamés, tout est englouti dans la journée. Le dimanche et le lundi sont synonymes de famine. Ironie du sort, les échanges se paient en cigarettes. A l’époque, le slogan le tabac tue n’avait pas cours, d’autres se chargeaient de votre santé qui partait en fumée. Même entre eux les prisonniers raillaient, peut-être inconsciemment. L’un d’eux, prenant le poignet décharné de l’auteur lui confia : Toi, tu brûleras sans problème, tu es bien sec !

Tous ne sont pas logés à la même enseigne et pour mieux être reconnus, ils sont affublés de triangles sur leurs vêtements. Un triangle rouge : c’est un politique ; un vert, un tueur auxiliaire ; un noir, un fainéant, un saboteur de travail ; un rose, un homosexuel ; un violet, un témoin de Jéhovah, un objecteur de conscience.

 

Si les romanciers trichent avec l’histoire, si les historiens élaborent leurs ouvrages d’après des témoignages et d’autres écrits, Joseph Bialot est un témoin direct, ayant vécu personnellement et directement ce qu’il décrit. Et son livre, son récit, en possède d’autant plus de force que le romancier et l’historien ne pourront jamais traduire l’émotion ressentie par l’acteur malgré lui de cette mise en scène macabre. Au lieu de vouloir reconduire les sans-papiers aux frontières, et souvent les offrir en otages ou victimes aux exactions de ceux qu’ils ont fuis, nos politiques devraient lire cet ouvrage et réfléchir. Mais peut-être est-ce trop leur demander.


Joseph BIALOT : Votre fumée montera vers le ciel. Editions de l’Archipel. Version augmentée de C’est en hiver que les jours rallongent (Le Seuil – 2002).

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28 novembre 2012 3 28 /11 /novembre /2012 15:36

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Tom, le jeune détective de l’étrange de l’agence HPL se rend en compagnie de Dominique, un ami rencontré à la Convention de la B.D. d’Angoulême, à Venise. Un dérapage sur l’autoroute et la moto chasse. Tom parvient à stabiliser l’engin puis à s’arrêter sur une aire. Il est abordé par un étrange bonhomme vert qui lui remet une missive l’enjoignant de se rendre à un endroit donné de Venise. Les deux compères embarquent à l’heure dite sur un vaporetto les conduisant à l’île de Torcello en compagnie de trois autres personnes.

Ils apprendront peu après leur identité : Le professeur Flax, Fantomès et miss Brunner. Ils sont suivis de près par deux aventuriers, le Commandant Robert et William le géant roux. Suivant leur guide, un homme vert, les cinq “ touristes ” rencontrent sur leur chemin de nombreuses embûches. D’abord un ver immense, puis des mercenaires en armures, en réalité des vampires, se dressent sur leur route.

Heureusement le Commandant et William arrivent à leur rescousse. Tandis que la bataille fait rage, et que Dominique est blessé par une morsure de vampire, Tom reconnaît en Miss Brunner Maria, une employée de l’agence. Mais elle l’ignore. Puis c’est l’apparition de L’Homme Mort. Flax veut faire le malin mais L’Homme Mort lui brise la nuque. Les survivants lui font ses poches et lisent le billet qu’il avait reçu. Bissolatti y dévoile avoir découvert le sérum de longévité. Mais les surprises s’enchaînent. Le guide se transforme soudain en loup-garou et Fantomès lui transperce le cœur de sa canne-épée. Des rhinocéros bipèdes, des jonglômes, se lancent à leur poursuite.

 

François Darnaudet joue avec les héros notre enfance, les réunissant dans une aventure ébouriffante, proposant mille pièges conçus avec une machiavélique détermination. Héros humains mais aussi monstres de tous poils issus de la littérature populaire fantastique. Tom, de l’Agence HLP, sigle évident pour Howard Philipps Lovecraft, subira mille avatars en compagnie d’ersatz de Bob Morane et Bill Balantine, de Fantômas et de bien d’autres. Un jeu et un tour de force pour agglomérer tout ce petit monde dans une histoire cohérente et fantastique. Mais d’autres clins d’yeux parsèment cet ouvrage, dont un certain Gal’Ern. Un hommage en forme de pastiche dans lequel François Darnaudet se parodie lui-même.

 

François DARNAUDET : La lagune des mensonges. Rivière Blanche N°2003. 128 pages. 14€.

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27 novembre 2012 2 27 /11 /novembre /2012 15:26

A partir de novembre, pour les clochards, il n'y a plus que deux solutions : la Côte d'Azur ou la prison.

 

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Si Michel Audiard est connu pour les films auxquels il a collaboré en tant que dialoguiste, scénariste, pour ceux qu’il a réalisés, pour ses citations, pour sa gouaille, son inamovible casquette, connait-on véritablement l’homme et son univers ?

Marc Lemonier dans ce dictionnaire richement illustré, dont bon nombre de photos d’archives inédites, nous invite à retrouver l’homme, les artistes qu’il a côtoyés, les films auxquels il a participé et quelques mots clés.

Après une entame chaleureuse relatant la biographie de Michel Audiard, dans laquelle on apprend de nombreuses anecdotes, plus que dans des dictionnaires dont les fiches sont écrites dans un style sec et uniforme, Marc Lemonier décline l’univers de Michel Audiard de A comme Alfred Adam, acteur et scénariste, à Z comme Léon Zitrone, journaliste de télévision qui apparait dans quelques films comme Le Gentleman d’Epsom. En passant par Le Cave se rebiffe, Frédéric Dard, Elle cause plus… elle flingue, Jean Herman (alias Jean Vautrin), Maigret et l’affaire Saint-Fiacre, Mort d’un pourri, Philippe Noiret, Charlotte Rampling, Fernand Raynaud, Tendre poulet… tous noms prélevés au hasard.

Car cet ouvrage se lit (et se regarde) comme on pioche dans un buffet garni. On picore, on feuillette, on déguste, on avance, on revient en arrière, on regarde et on apprécie les photographies, les commentaires, les anecdotes, les petits plus. Revenons quelque peu sur la biographie, du moins sur les premières lignes, de Michel Audiard telle que nous la décrit Marc Lemonier.

Michel Audiard est né de père inconnu le 15 mai 1920, au numéro 2 de la rue Brézin, à Paris XIVe. Sa mère, une jeune fille de la petite bourgeoisie auvergnate, le laissa sans regret derrière elle lorsqu’elle retourna au Puy-en-Velay. Michel ne souhaita jamais savoir qui était son père, déclarant à plusieurs reprises qu’il s’en « fou[tait] complètement », ajoutant que cette incertitude sur ses origines le dissuadait d’être raciste. « Après tout, je suis peut-être arabe, juif ou arménien… » Sa mère l’oublia et ne se manifesta qu’une fois, alors que Michel commençait à apparaître à la télévision, pour lui reprocher de ne pas porter la cravate…

Une réaction maternelle pour le moins irréaliste ! Quant à la déclaration de Michel Audiard concernant son origine paternelle, elle dénote que l’ignorance de son origine peut parfois être un bienfait engendrant l’humanisme.

Revenons au corps même de ce dictionnaire et par exemple, prenons au hasard, Babette s’en va-t-en guerre, un film de Christian-Jacques de 1959 avec Brigitte Bardot en vedette principale. Le scénario original de Raoul Lévy est rejeté par B.B. alias Babette. Elle déplore que l’héroïne la transforme « en Mata-Hari vulgaire qui couche avec tout le monde ». Gérard Oury et Michel Audiard sont appelés à la rescousse. Un film qui permet à Francis Blanche d’exprimer toute la mesure de son talent dans l’interprétation extravagante de Papa Schultz.

Jean-Paul Belmondo, Francis Blanche, Bernard Blier, Mireille Darc, Louis de Funès avant qu’il devienne un acteur de premier plan avec La Grande vadrouille, Jean Gabin, Annie Girardot, Michel Serrault, Lino Ventura, pour ne citer que les plus grands, sans oublier les spécialistes des seconds rôles tels que Philippe Castelli, Robert Dalban, Paul Frankeur, Jean Lefebvre, Paul Mercey, Bernard Musson, André Pousse ou Dominique Zardi, font partie intégrante de la bande à Audiard. C’est la conjugaison de leur talent, de leur présence, de leur gouaille, de leur gueule, le tout associé aux dialogues percutants de Michel Audiard qui fait qu’ils restent acteurs et films) indissociables dans nos mémoires.

Tous ces noms, et bien d’autres, même ceux qui n’ont participé qu’à un seul film comme Isabelle Adjani ou Fernandel, bénéficient d’une fiche, plus ou moins longue selon leurs prestations, avec véritable patronyme, date de naissance, date de décès éventuellement, listes des films dont Audiard fut le dialoguiste, le scénariste ou le réalisateur, auxquels ils ont participés. Sont recensés également les réalisateurs avec lesquels il a travaillé, même pour un film tel que Yves Allégret ou Claude Zidi, et tous les films auxquels il a collaboré.

Cela va de 125, rue Montmartre de Gilles Grangier en 1959, à Les Yeux de l’amour de Denys de La Patellière en 1959. Coïncidence de date. Les fiches de ces films décrivent succinctement le scénario, et offrent les petits à-côtés permettant un éclairage complémentaire. Ainsi, 125, rue Montmartre, qui est l’adaptation d’un roman d’André Gillois permet à Audiard d’évoquer ses propres souvenirs de livreur de journaux, et dont la préparation et le tournage renforcent la sympathie mutuelle que ressentaient déjà depuis Le Rouge est mis, Audiard et Ventura. Ces films sont notés (impartialement ?) d’un A pour à voir ou à découvrir, de deux AA pour bon film avec de bonnes surprises, et d’un triple AAA (une référence qui ne doit rien aux agences de notation dont je ne citerai pas le nom afin d’éviter de leur faire de la pub) pour Chefs-d’œuvre.

D’autres personnages célèbres sont également évoqués comme De Gaulle. Pourquoi, comment ? Autant de bonnes questions dont les réponses sont déclinées dans la fiche consacrée au Général.

Enfin, quelques mots-clés comme Anarchisme de droite, Argent, Con, Littérature, Mort, complètent ce portrait haut en couleurs, au réel et au figuré.

Indispensable à tout cinéphile qui pense connaître Audiard sous toutes ses coutures, et au curieux qui découvrira bon nombres de films auxquels son nom reste attaché.

Un ouvrage de poids dans votre bibliothèque : 1440 grammes, comprenant la filmographie et la bibliographie par années.


A lire de Michel Audiard :  Méfiez-vous des blondes.


Et si vpus désirez en savoir davantage sur les citations de Michel Audiard effectuez une petite visite à  Bédépolar de Fred Prilleux.


Marc LEMONIER : Michel Audiard, l’intégrale de A à Z. Editions Hors Collection. 288 pages. 29€.

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26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 14:56

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Les blondes, quelles blondes ? Les femmes, les cigarettes, les bières ?

 

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Michel Audiard, plus connu comme scénariste, dialoguiste et réalisateur de films, a écrit au début des années 1950 trois romans parus dans la collection Spécial Police du Fleuve Noir : Priez pour elles (N°5), Méfiez-vous des blondes (N° 7) et Massacre en dentelle (N° 26). Puis le cinéma l’a accaparé et peut-être que l’écriture de romans ne l’intéressait plus guère. Il récidivera près de quinze ans plus tard avec Ne nous fâchons pas puis Le Terminus des prétentieux chez Plon. Serait-il souhaitable que ces romans soient réédités, comme le souhaitent certains nostalgiques ? Pourquoi pas, dans un volume Omnibus par exemple !

 

Journaliste dans un quotidien marseillais, Georges Masse l’est parfois, à la masse. Il fait honneur à tout liquide qui racle la gorge et décape les papilles. Ce qui l’amène à bousculer ses collègues dont Donald (un surnom) qui a tendance à le mettre de mauvaise humeur. Mais l’important n’est pas là car Georges Masse, s’il utilise volontiers sa langue pour lancer des piques, sait se servir de ses mains pour flatter les sténos callipyges qui prennent en note ses articles.

Ce jour là, alors que la canicule assèche encore plus son gosier, il attend avec impatience la belle Jeanine Lambert. Celle-ci doit revenir d’un reportage à Saïgon, une enquête sur le trafic de drogue. Un homme se présente au journal et remet une serviette à Masse de la part de Jeanine. Mais celle-ci a disparu à son arrivée à l’aéroport.

Sans perdre de temps Masse et son fidèle photographe P’tit Louis se rendent chez Jeanine. Elle est chez elle mais dans un piteux état. Elle a été tabassée, ce qui est une injure à son joli petit corps. Toutefois, plongée dans une semi-inconscience elle parvient à susurrer ce qui lui est arrivé.

Elle a été abordée par deux hommes dans le hall de l’aéroport, portant en bandoulière des appareils photos, comme s’ils étaient de nouveaux employés au journal. Une fois assise dans le véhicule qui devait la conduire vers Georges, elle reçoit en guise d’apéritif un coup de poing dans l’estomac et tombe dans les pommes. Elle se réveille face à Costelli qui lui réclame un document important, une pièce d’état-civil, mais elle a eu la prescience de ce qui devait lui arriver puisqu’elle a pris la précaution de remettre son bagage à un inconnu, lequel a tenu sa promesse en remettant la serviette à Georges. Durant un long moment Costelli lui en a fait voir de toutes les couleurs à l’aide de sa ceinture. Elle se souvient seulement qu’il a évoqué un Chinois qu’il a appelé le Barman.

La seule solution pour Georges, accompagné de P’tit Louis, est de rechercher des Chinois dans Marseille, de les photographier et de soumettre les clichés à Jeanine. Soudain, Georges pense au Fleuve Bleu (tiens, tiens, clin d’œil ?), une boîte de style extrême oriental qui propose jazz, jeunes femmes esseulées ou tarifées. Le début des ennuis pour Georges qui est approché par une belle blonde, Olga Schneider, qui se dit proche de Lady Wilson, une richissime inconnue, mais il est repéré également par le barman chinois, quelques gros bras à la solde de Costelli, grossiste en produits illicites. Puis le commissaire Besnard qui va se mettre en travers de sa route pour une histoire de meurtre, car Jeanine est retrouvée défunte peu après. Alors que Masse veut prévenir la police celle-ci débarque, le commissaire Besnanrd en tête, avertie par un appel téléphonique.

blondes.jpgReprésentatif des romans à l’américaine des années cinquante, quoique l’action se déroule à Marseille, Méfiez-vous des blondes lorgne du côté de Peter Cheney auquel ce livre est dédié. Mais ce roman est également dédié à André Hunebelle, le réalisateur en 1950 du film éponyme interprété par Martine Carol, Raymond Rouleau, Bernard Lajarrige, Noël Roquevert et Yves Vincent dans les rôles principaux, scénario, dialogues et adaptation de Michel Audiard.

Dans son avertissement, Michel Audiard établit les différences existant entre le film et le roman et se réfère à Hemingway en énonçant une déclaration du romancier américain : J’écris une nouvelle d’après un film tiré d’un de mes romans. Une spirale sans fin.

Quant à cette réflexion de Georges Masse, elle s’avère dans ce contexte pour le moins étonnante : Moi j’ai le cinéma en abomination, ça me fait danser le cassis et j’en sors avec la migraine. Lorsqu’il décrit le personnage d’Olga Schneider, Michel Audiard est très explicite : Une vrai Vision d’Art. Un conte de fée, blonde comme les blés, balancée comme Martine Carol, claire comme le jour, avec des yeux de myosotis, et un teint… et une bouche… Non, mais alors une bouche ! C’est en trop pour un seul homme. Georges Masse ne dédaigne pas les alcools forts, au contraire, et s’enfile armagnac, whiskies, et pastis, pur apparemment, puisqu’il lui arrive de boire directement à la bouteille le breuvage qui a fait la réputation de la cité phocéenne.

Ce roman est un peu daté, certes, à cause par exemple de l’argot employé, mais pas trop, et il est encore lisible et nous plonge dans une époque qui ne diffère pas vraiment de la notre. S’il s’agissait d’un roman traduit de l’américain, nul doute qu’un éditeur le ferait retraduire, ce qui serait dommage car il en perdrait le charme de la spontanéité.


Michel AUDIARD : Méfiez-vous des blondes. Collection Spécial Police N°7. Editions Fleuve Noir. 1950. 220 pages.

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26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 07:12

Du Quai de la gare au Quai des Orfèvres...

 

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Le Prix du Quai des Orfèvres 2013 a été décerné à Des clous dans le cœur de Danielle THIERY, publié chez Fayard. L’occasion de revenir sur un de ses romans publié en 1998.

Pour ceux qui ne la connaîtraient pas, Danielle THIERY fut l'une des premières femmes reçues au concours d'inspecteur de police en 1969, puis commissaire en 1976. Mais elle est surtout connue pour son personnage de Marie-Gare qui a donné lieu à une série télévisée titrée Quai n° 1 avec Sophie Duez.

 

Alors qu'elle pratique son sport favori, le jogging, le commissaire Edwige Marion aperçoit un attroupement sur les berges du Rhône. Le cadavre d'une jeune femme vient d'être repêché. Il s'agit de Marie Sola Lorca, une avocate qui devait défendre Manuel Bianco, une ancienne gloire de la tauromachie confondu dans une affaire d'escroquerie et d'association de malfaiteurs.

L'avocate et son client ne s'étaient pas présentés le jour du procès. Une clocharde avait affirmé avoir vu la jeune femme danser sur la rambarde d'un balcon et être tombée. Quant à l'ex toréador, il a été retrouvé dans une chambre d'hôtel, mort, nu et torturé. Seuls indices retrouvés sur les lieux, des graines de pollen de pins des Landes, des cheveux blonds.

THIERY.jpgLe commissaire Marion va remonter à la source en enquêtant dans la forêt landaise, malgré l'hostilité des gendarmes, la cour pressante d'un commissaire trop beau gosse et l'accumulation de cadavres.

Dès le départ le lecteur connaît le nom du coupable, mais l'intérêt de ce roman réside dans les motivations ayant poussé le meurtrier à accomplir sa vengeance afin d'exorciser un traumatisme d'adolescent. Le croisement des chemins entre l'enquêtrice et le coupable ne se feront pas sans heurts et sans dégâts.

Un roman noir sur lequel plane parfois l'ombre de Robin Cook, l'auteur de "J'étais Dora Suarez", avec sang, sexe et obsession, le tout saupoudré de l'ambiance tauromachique.


Danielle THIERY : Mises à mort. Editions Robert Laffont. Réédition Editions Pocket. Collection Pocket Noir 10882.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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