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14 février 2013 4 14 /02 /février /2013 10:19

Hommage à Dick Francis, décédé le 14 février 2010 aux iles Caïmans.

 

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Le jeu, comme le poker ou les paris des courses de chevaux, est comme une drogue, et il est souvent difficile, après y avoir goûté, de se débarrasser de cette pratique qui ne mène pas toujours à la fortune malgré les espoirs de ceux qui s’y adonnent.


Dick Francis connaît bien le milieu hippique, puisque lui-même a été jockey renommé. Aussi mettre en scène propriétaires de chevaux, entraîneurs, bookmakers et parieurs n’est qu’un jeu d’enfant pour lui. Dans Gare aux tocards, il soulève le coin du voile sur une pratique qui défie tous les paris. Steven Scott, le narrateur, a tout pour être heureux. Depuis sa plus tendre enfance il invente des jouets, pour la plus grande joie des enfants et pour la sienne puisqu’il assouvit une passion qui lui assure une confortable rentrée d’argent. Depuis quelques années il a investi dans des chevaux de course, avec bonheur, ses poulains ayant déjà gagné des courses. Sa dernière acquisition est sensée devenir un grand champion. Seulement il décide de se séparer de son entraîneur qui l’a filouté. Il ne peut apporter de preuves tangibles et son geste est mal vu de la société guindée du monde des courses. Les remarques désobligeantes ne le troublent guère mais il n’apprécie pas du tout que l’entraîneur félon s’obstine à garder dans son écurie son bien. Alors il va monter un stratagème pour récupérer son cheval, ce qui entraînera des désagréments pour tout le monde. On ne fait pas d’omelette sans casser d’œufs mais il trouvera toutefois une agréable récompense sous les traits d’une jeune américaine.


Pas le temps de s’ennuyer avec ce roman d’un vieux routard qui œuvra longtemps dans la Série Noire avant d’émigrer chez Belfond avant de retrouver une nouvelle jeunesse chez 10/18, pas le temps de s’ennuyer donc dans ce roman dont l’action se déroule à la vitesse d’un cheval au galop. Documenté, mais pas didactique, Gare aux tocards est une fiction, évidemment, mais les pratiques qui sont dénoncées dans ce livre ne peuvent être issues entièrement de l’imagination de l’auteur.


Dick Francis, de son vrai nom Richard Stanley Francis, est né le 31 octobre 1920 à Lawrenny au Pays de Galles fut un auteur de romans policiers et de thrillers dont la majorité de ces romans se déroulait dans les milieux hippiques. Fils de jockey, il est pilote de chasse et de bombardiers durant la Seconde Guerre mondiale. Il devient jockey de steeple-chase à partir de 1948 et porte durant quatre ans les couleurs de la reine Mère. Il remporte plus de trois cent cinquante courses jusqu'en 1957. Suite à une sévère chute il abandonne son métier et se reconvertit dans l’écriture de romans policiers tout en étant chroniqueur hippique, poste qu’il occupe durant seize ans. En 1962, il fait paraître son premier roman policier qui obtient un grand succès et tous les ans durant 38 ans il rédigera un roman qui ont un rapport avec le monde hippique, ses personnages étant issus de milieux divers : artiste ou détective privé, marchand de vin ou pilote d’avion.


Dick FRANCIS : Gare aux tocards. Collection 10/18 N°3162. 208 pages. 6,10€.

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Published by Oncle Paul - dans La Malle aux souvenirs
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13 février 2013 3 13 /02 /février /2013 16:14

Et les petites filles modèles ne sont pas forcément des mannequins !

 

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Cela devait arriver un jour ! Moussah, le copain de Fitz, est amoureux ! Et Moussah raconte sa belle aventure à Fitz et leur amie Deborah, une enseignante, qui tout comme Moussah est accro à la coke et cliente de Fitz. Moussah leur présente même dans un bar, leur lieu de rendez-vous habituel, Cerise, une magnifique métisse. Et pour lui faire plaisir Fitz accompagne Moussah à un concours de mannequins auquel doit participer Cerise. Cerise Bonnétoile de son vrai nom, mais le porte-t-elle bien, son patronyme ? C’est ce que nous verrons un peu plus loin dans l’histoire.

Donc Fitz accompagne donc Moussah à la présélection en vue de participer au concours organisé par l’agence Podium, et les prétendantes ne manquent pas. Les grandes, les petites, les qui se croient arrivées, sûres d’elles, celles qui ne doutent de rien, même pas sorties de l’enfance, rondelettes et acnéiques, les qui possèdent déjà du bagage en tant que modèles pour des magazines féminins, des qui auraient même effectué des apparitions dans de petits films pornos histoire de montrer leur corps, des timides qui se forcent, mais il y aura peu d’élues. Parmi les prétendantes au diplôme délivré avec parcimonie, Aurélie Dupin, une rousse incendiaire (cliché). Malgré sa balafre sur la joue, récoltée au cours d’une rixe lors d’une précédente aventure, Fitz est resté un don Juan qui attire les regards énamourés. Entre Aurélie et lui s’échange un long regard plein de promesses jouissives. A sa demande elle accepte même de lui donner son numéro de téléphone inscrit sur une carte de visite.

Fitz ne peut pas laisser passer une telle occasion et il se promet de rendre visite à la demoiselle après un délai raisonnable de latence. Aurélie le reçoit avec affabilité, et lui montre même les dossiers qu’elle a soigneusement établis sur les différentes candidates et adversaires potentielles. Une psychopathe aux yeux de Fitz qui ne demande pas son reste et plante la belle dans le luxueux appartement parental.

Moussah est inquiet. Cerise, qui pourtant ne manque pas d’assurance, ne répond pas à ses messages. Une attitude inhabituelle de la part de la jeune femme. D’autant que Fitz apprend par Jessica, son ex qui est commissaire de police, que Cerise a déposé une main courante pour harcèlement par courrier électronique. Et depuis, elle s’est évaporée dans la nature. L’aurait-on enlevée car sa candidature gênerait des rivales ? Faut penser à tout et envisager toutes les possibilités.

En compagnie de ses deux inséparables amis, il s’introduit chez Cerise, comme un vulgaire cambrioleur. C’est le désordre, et cela ne ressemble pas à Cerise, Moussah en est persuadé. De plus son ordinateur s’est fait la belle.

Grand amateur de jeux vidéo en ligne, Fitz lance un appel à ceux qui jouent avec lui. Il recherche quelqu’un qui serait susceptible de pouvoir accéder à la boite mail de Cerise et avoir son mot de passe. Un des joueurs se propose pour l’aider, mais il apparait que ce ne sera pas sans contrepartie. Premier point acquis, Fitz contacte alors le patron de l’agence Podium. Il est surpris d’être reçu par un jeune homme, mais celui-ci connait son métier et accepte qu’il participe à une journée de stage des futurs modèles. Munis d’un appareil photo que le directeur lui a prêté, Fitz assiste à la première journée. Trente candidates, moins une, Cerise, sont là pour montrer leur savoir-faire et tenter de décrocher la timbale pour la dernière étape. Parmi les participantes, Aurélie bien sûr et quelques autres jeunes filles dont il a fait la connaissance lors de la première sélection.

Il profite d’une petite pause cigarette pour discuter à l’extérieur avec Aurélie qui lui affirme, et elle est convaincante, qu’elle n’est pour rien dans la disparition de Cerise, malgré l’avantage qu’elle peut en tirer. C’est à ce moment, Aurélie a regagné l’intérieur, qu’un malotru se montre vindicatif envers Fitz, lui tordant le bras et lui intimant de cesser ses recherches.

Fitz, de son vrai prénom John-Fitzgerald, une envie de ses parents, Fitz noctambule avéré et petit revendeur de drogue est entraîné dans une nouvelle aventure, à son corps défendant. Nous avions fait sa connaissance dans Les talons hauts rapprochent les filles du ciel, et il n’a pas changé. Ses amis non plus d’ailleurs, sauf que Moussah est amoureux. Et malgré les réticences de Fitz à se mêler de ce qui ne le regarde pas, il ne peut abandonner ses amis. Ce qui pour l’auteur est un excellent prétexte à promener le lecteur dans les méandres du mannequinat. Certains y verront des clichés, comme le directeur d’agence homosexuel, mais la réalité quotidienne comporte bon nombre de clichés. Il déshabille l’ambiance des concours qui ressemble presque à un comice agricole.

Selon Aurélie, Fitz est un cas complexe. Beau gosse certes, mais aussi boulet. Vif d’esprit, mais pas très réfléchi. Manipulateur, mais maladroit. De l’autodérision, mais aussi de l’orgueil. Une analyse qui remet les pieds sur terre. Mais Fitz n’est pas moins caustique et il se demande où allait le monde si les tops models avaient aussi un cerveau.


Un roman qui ne manque pas d’humour, alerte, enlevé, sans trop de brutalité ou de violence, un peu toutefois pour justifier le statut de roman policier ainsi que l’enquête menée par Fitz et ses compagnons. De petits coups de griffe sont donnés au passage, notamment à l’encontre des magazines féminins : Dans les magazines féminins, il y a toujours un article qui concerne le sexe. « Comment être une bombe sexuelle », « Comment assurer au lit », « Les orgasmes sont-ils nécessaires dans le couple ? », « Ce que j’ai toujours refusé de faire », « J’ai testé un plan à trois ». Autant de questions philosophiques et existentielles sur le mystère du simulacre de la reproduction.


Une scène particulièrement réjouissante se déroule dans la chambre d’Aurélie, lorsque Moussah est caché dans le placard où la jeune fille range ses vêtements, et que Déborah et Fitz sont couchés sous le lit d’Aurélie. Pourquoi en sont-ils arrivés là, me demanderez-vous avec juste raison ? Pour les besoins de l’enquête bien naturellement.


Ce roman d’Olivier Gay ne rend pas morose, et si l’action se situe dans un univers que l’on peut juger frivole, on n’en touche pas moins du doigt (vous verrez pourquoi en lisant ce roman) un aspect tangible d’une frange de la société sans lesquels la haute couture, la parfumerie, les futilités liées à la mode ou tout simplement des objets d’usage courant et bien entendu les magazines féminins dédiés à la mode ou autre support médiatique et publicitaire n’auraient plus aucune raison d’être. Ce qui mettrait tout de même du monde au chômage !


Olivier GAY : Les mannequins ne sont pas des filles modèles. Le Masque. 360 pages. 15€.

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13 février 2013 3 13 /02 /février /2013 06:44

Bon anniversaire à Max Obione né un 13 février.

 

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Issu d’un accouplement improbable entre Shrek et Obélix, Abel Salinas après avoir été policier s’est reconverti comme détective privé, spécialisé dans les minables affaires de cocufiage.

Bref il végète jusqu’au jour où une enquête qui pourrait se révéler lucrative lui est confiée par un ténor du barreau à la santé déficiente.

Maître Beausang ressent une forme de remord car de tous les nombreux procès qu’il a gagné haut la main et le verbe, un dossier n’a jamais été mené à bon terme. Une tache dans une brillante carrière.

Trois ans auparavant, la cour d’assises de Paris a condamné Edo Gradine, d’origine lituanienne, à dix ans de réclusion perpétuelle, pour le meurtre de Berverly Poulot. Or Maître Beausang est convaincu que l’inculpé n’a pas commis ce crime, d’ailleurs aucun cadavre n’ayant été retrouvé. Abel Salinas va donc remonter la filière, de Bully les mines où a vécu la jeune femme dans une famille d’accueil, jusqu’à Cabourg, en passant par Granville et autres lieux de villégiatures de la côte normande, utilisant ses méthodes personnelles, et son flair de chien pataud.

 

La nouvelle qui complète ce volume, bien qu’elle soit placée sous le signe de Gustave Flaubert, serait plutôt à ranger aux côtés des histoires cauchoises dignes de Maupassant. Avec ce cynisme et cet humour noir qui caractérisait ce chantre de la ruralité normande.

 

Max Obione dans Gaufre royale, dans une écriture bourrue, joue avec le lecteur, passant allègrement du Je au Il, le personnage s’adressant tout autant à lui-même qu’à un imaginaire compagnon, à moins que ce soit le lecteur qu’il prend pour témoin en employant aussi la deuxième personne du singulier, une tournure grammaticale particulière pas forcément recommandée par les profs de français dans la rédaction des compos, mais qui se révèle jouissive à la lecture.

Une gaufre sucrée salée à déguster sans arrière pensée de cholestérol, de diabète, une gaufre normande certifiée bio à déguster sans modération.

 

A lire du même auteur : Scarelife; L'ironie du short; Gun; Mine de rien; Le jeu du lézard.


Max OBIONE : Gaufre Royale. Suivi de Marcel Bovary ou l’épreuve par neuf. Collection Forcément Noir. Editions Krakoen. 200 pages. 9,50€.

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12 février 2013 2 12 /02 /février /2013 07:45

Moi je ne doute pas de mon âge. Quoique, parfois, j’ai l’impression d’avoir trente ou quarante ans de moins. Dans quelles circonstances, vous me permettrez de ne pas le préciser.

 

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La journée commence mal pour le commissaire Montalbano. D’abord il a rêvé qu’il était mort et qu’il assistait aux préparatifs de son enterrement. Ensuite, alors qu’il se rend à son bureau à Vigata, son véhicule est immobilisé, coincé entre deux autres voitures. Il tombe des trombes d’eau et se rendant aux renseignements il rend compte que la voie a cédé sous les caprices météorologiques. La chaussée est coupée par un mini précipice. Le véhicule de tête est sur le point de plonger dans le creux et il aide la conductrice à se dépatouiller.

Vanna Digiulio, la jeune personne en question, est âgée d’à peine trente ans. Ses lunettes en cul de bouteille lui donnent l’air d’un scaphandrier perdu dans un bathyscaphe. Pas vraiment jolie, mais comme elle semble en perdition, Montalbano la prend sous son aile tutélaire. Il l’emmène chez lui afin qu’elle puisse enfiler des vêtements secs, Livia, l’éternelle fiancée de Montalbano habitant sur le continent, disposant d’une garde-robe de rechange. Vanna, qui dit résider à Palerme, se rendait au port, ayant appris que sa tante qui voyage à longueur d’années à bord d’un bateau doit y faire escale.

 

Petit exercice de style afin que le lecteur entre dans l’univers linguistique de Montalbano par Camilleri interposé.

Il areçoit ‘n appel tiliphonique de l’acapitainerie annonçant que l’Havanna vient de signaler qu’il entre au port avec un naufragé à son bord. Enfin, pas lui pirsonnellement en pirsonne mais l’un de ses adjoints qui a une forte propension à déformer les noms propres. Le Vanna a donc arepêché un cadavre gisant dans ‘n canot.

 

Fin de la récréation, et reprenons notre présentation.

Madame Giovannini, propriétaire du yacht le Vanna, est tout étonnée lorsque Montalbano lui parle de sa nièce. Le commandant Sperli itou, mais ils prennent avec philosophie l’annonce. Le cadavre n’est pas mort noyé et l’assassin, ou les assassins, l’ont défiguré avant de le placer dans un canot. Un autre yacht entre dans le port, L’As de cœur, qui s’amarre bord à bord au Vanna. Intrigué par cette histoire de nièce, Montalbano téléphone au numéro indiqué sur l’annuaire et est tout étonné d’apprendre que la dame en question femme est décédée depuis des années.

Le cadavre devait bien demeurer sur l’île, pense-t-il, du moins depuis un certain moment. Et c’est ainsi que le propriétaire d’un hôtel luxueux lui apprend qu’en effet il y avait bien un pensionnaire qui n’a pas donné signe de vie depuis quelques jours. Une ébauche de piste surtout lorsqu’il met la main sur un passeport au nom de Lannec, passeport qui après un examen attentif semble un vrai faux papier d’identité.

Au-delà de l’intrigue, de facture somme toute classique et qui nous change un peu de la production policière actuelle, c’est le rôle dévolu à Salvo Montalbano dans cette histoire qui retient l’attention du lecteur. Osons l’écrire, ce sont les à-côtés qui donnent une dimension humaine à cette fiction, avec les bons moments, l’humour efficace, mais aussi les affaires de cœur dans lesquels il se trouve plongé ou encore la dramaturgie élaborée par l’auteur. Il est attiré par Laura, lieutenant à la capitainerie, un sentiment réciproque, mais combattu par l’un et l’autre.

Les petites tracasseries administratives auxquelles Montalbano est confronté et avec lesquelles il se dépatouille tant bien que mal tiennent aussi une place non négligeable. Sous l’impulsion de la pluie qui s’infiltre dans son bureau, ses dossiers sont trempés, bons à jeter à la corbeille. Et comme tout n’est pas mouillé, il en humidifie le reste afin d’en être débarrassé. Ce qui l’oblige à trouver des échappatoires lorsque le questeur lui demande de les reconstituer. Ou encore lorsque celui-ci, qui est persuadé à tort que Montalbano est marié et possède des enfants, lui demande des nouvelles de sa progéniture. Il joue avec cette méprise, quitte à inventer des imbroglios, des tragédies familiales.

Enfin Montalbano est un grand lecteur, surtout de Simenon, et c’est en se souvenant d’une de ses lectures, Les Pitards, qu’il met le doigt sur le défaut de la cuirasse.

Serge Quadruppani traduit depuis de longues années les romans de Camilleri, respectant autant qu’il peut l’écrit dans la forme et le fond. Certains lecteurs sont agacés par cette démarche, personnellement je trouve cette langue savoureuse. J’ai essayé d’en pasticher un petit paragraphe, mais cela ne reflète que grossièrement le texte du roman. La traduction de Serge Quadruppani est beaucoup plus subtile et aérée.

Dernière petite précision concernant le parler sicilien. Il ne faut pas oublier que les Normands se sont installés en Sicile au XIème siècle, principalement avec l’arrivée de Robert Guiscard, fils de Tancrède de Hauteville, petit seigneur de la région de Coutances. Et j’ai retrouvé certaines similitudes avec le parler normand, principalement celui de la Haute Normandie. En effet, mais peut-être n’est-ce guère plus employé aujourd’hui, les Hauts Normands avaient pour habitude d’ajouter des A au début de certains mots. D’ailleurs, il était courant de dire qu’on était d’Arouen, le pays des Aremorqueurs (on était de Rouen le pays des remorqueurs). Et donc il ne serait pas absurde de penser qu’il reste des traces linguistes de l’implantation normande en Sicile.


Andrea CAMILLERI : L’âge du doute. (L’éta del dubbio -  2008. Traduction de Serge Quadruppani) Editions Fleuve Noir. 256 pages. 20,20€.

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11 février 2013 1 11 /02 /février /2013 13:36

 

la-sequestree-de-poitiers

Histoire quand tu nous tiens ! Les romanciers puisent parfois dans des faits-divers réels, adaptent à leur façon le déroulement d’événements atroces, d’après des témoignages, des comptes rendus d’audience, des déclarations de témoins ou encore d’articles de journaux parus à l’époque.

Ainsi Viviane Janouin-Bénanti nous retrace la sinistre affaire de La séquestrée de Poitiers, une affaire qui vit son aboutissement en 1901 mais débuta dans une indifférence presque générale vingt cinq ans auparavant. Une histoire d’amour qui dégénère en drame pour multiples causes.

Blanche Launier est la fille de Martin Launier, professeur de rhétorique au collège royal de Poitiers et d’Henriette de Marcillat, descendante d’une vieille famille de la noblesse poitevine et d’un général d’Empire. Des parents catholiques et royalistes convaincus, imbus de leur position dans la cité. Blanche tombe amoureuse de Gilles Lomet, avocat, républicain et protestant. Les Launier sont en conflit avec le père de Gilles et bien entendu ils ne veulent entendre parler d’une liaison entre leur fille et leur ennemi.

Seulement, malgré ses appuis auprès de nobles influents et après avoir été nommé doyen de la faculté de lettres de Poitiers, Martin Launier se verra destitué. La guerre de 1870, la Commune puis les débuts timides de la 3ème République ont contrarié ses projets et il décède. Henriette devient la maîtresse de la maison, riche mais ayant peur que le mariage entre Gilles et Blanche, s’il s’effectuait malgré ses réticences, lui entame sa richesse à cause de la dot. C’est ainsi que tout dégénère.

Henriette, par tous les moyens va contrarier les projets de sa fille, ne pensant qu’au devenir du fils promis à un bel avenir au service de l’état. Elle intercepte les lettres entre les deux amants, fait croire à sa fille qui ne peut plus sortir que Gilles s’est marié, à Gilles que sa fille ne l’aime plus, le tout avec la complicité de bonnes dévouées à la famille.

Pendant vingt cinq ans Blanche restera cloîtrée dans sa chambre ou dans l’appartement, devenant peu à peu sauvageonne, ayant parfois des éclairs de lucidité, essayant de se rebeller. Mais toutes ces tentatives avortent dans l’œuf. En 1901, elle sera secourue, grâce à une petite bonne qui osera dénoncer auprès des policiers cette séquestration impensable. Blanche est squelettique et à moitié folle, poussant des cris, cloîtrée dans une chambre aux volets clos depuis des années.

Cette histoire lamentable, narrée comme un roman, restitue les clivages qui gangrènent une société provinciale, coincée entre royalistes et républicains, entre catholiques et protestants. Avec comme moteur principal l’ambition effrénée d’une famille qui aspire à jouer les premiers rôles parmi les notables et se dresse en intégristes obtus, foulant aux pieds le bonheur de leur fille au nom de principes délétères. Une histoire vrai de séquestration qui donna des idées d’intrigues de romans à bon nombre d’auteurs par la suite.


Viviane JANOUIN-BENANTI : La Séquestrée de Poitiers. Editions L’Àpart. 272 pages + 16 pages d’illustrations en noir et blanc. 9,90€.

 

challenge régions

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9 février 2013 6 09 /02 /février /2013 13:35

Noé est mal embarqué !

 

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Elle n’a pas perdu la vue et elle voit. Elle voit des événements qui vont se dérouler, et cela la perturbe profondément. Elle, c’est Justine, dont la mère s’est pendue alors qu’elle n’avait que quelques semaines. Faut dire que Valérie, la mère de Justine n’allait plus très bien depuis que Constantin, son fils, avait été enlevé dans la clinique où elle avait accouché.

Justine a de qui tenir. Sa grand-mère Cécile elle aussi disposait de ce don voyance, d’ailleurs son cœur ne l’a pas supporté. Justine est arrivée lors des derniers instants de Cécile à la clinique de Chambéry où elle était soignée. En même temps que son père Marc. Avec qui elle ne s’entend pas. A chaque fois qu’ils se retrouvent c’est pour s’invectiver. Heureusement Justine a un ami sur qui elle peut compter. Canut, un Gitan qui vit dans un camp non loin de chez elle, à Belley. Et que ne ferait pas Canut pour Justine ? Il l’emmène chez Cécile à bord de sa moto, et tandis qu’il farfouille au rez-de-chaussée, Justine investigue dans le grenier à la recherche de quelques chose, elle ne sait pas quoi. Et elle découvre en effet deux carnets, un blanc et un rouge, couverts de l’écriture de sa grand-mère. Elle va pour les lire, est habitée par une nouvelle vision,ou prémonition, et s’écroule, assommée. Pas par la vision mais par un objet contondant. Canut a eu droit au même cadeau. Pas de jaloux. Sauf que les carnets se sont volatilisés. Mais sa vision est toujours marquée, comme au fer rouge dans son esprit, avec un nom inscrit sur un bout de papier.

Nathan Malocène, détective privé de son état à Dijon, associé à Grégoire Fine, est interpelé par une jeune fille qui lui demande s’il a des enfants, ou à tout le moins son associé. Devant la réponse négative du détective, l’adolescente (le lecteur aura reconnu Justine) est déçue mais elle jette néanmoins un sachet contenant des pilules, dont Malocène se demande bien à quoi elles peuvent servir. Il saura plus tard que le gamin ne digère pas les protéines de lait, une allergie de plus en plus courante. Un incident auquel il ne ferait guère attention si, rentré chez lui, il retrouve avec plaisir ses neveux Inès et Noé.

Sa sœur veut les récupérer le soir même mais il tente de la dissuader et joue avec les deux bambins pour que ceux-ci, fatigués, dorment lorsque Claire et son mari, Jean, arriveront pour les trouver blottis dans les bras de morphée. Claire et Jean partis à l’enterrement de la grand-mère du mari. Seulement, cela ne se passe pas comme il avait prévu. Alors qu’il roucoule avec Aurore sa compagne, il est intrigué par le silence qui règne. Normal, Noé vient d’être enlevé à son nez et à sa barbe.

Aussitôt il prévient la police qui déclenche le plan alerte enlèvement. Le CSU, centre de supervision urbaine, est sur les dents. Les quelques employés qui y travaillent doivent visionner les caméras vidéos placées aux points stratégiques de la ville, et tenter de trouver la bande sur laquelle on peut apercevoir le ravisseur et son véhicule. Trop facile. Trois individus cagoulés investissent le local, tirent sur tout ce qui bouge et même sur ceux qui restent stoïques, et repartent en ayant dérobé les vidéos. Et en laissant quelques cadavres sur le terrain.

Un peu plus tard, c’est le campement des Gitans à Belley qui est la proie des flammes.

Malocène effectue un rapprochement entre Jean, son beau-frère et Justine. Ils sont tous deux de la même famille et à un peu plus de vingt ans de distance, un rapt d’enfant s’est produit.

 

Le passé prend une grande place dans ce roman. Passé de la grand-mère Cécile, d’origine italienne, mais également le passé militaire de Nathan Malocène. L’on pourrait croire que ceci ne va pas ensemble, et pourtant. Patricia Rappeneau a construit une intrigue que je qualifierai machiavélique. Le lecteur se posera, à juste titre, des questions sur la crédibilité de cette histoire qui lorgne aussi bien du côté de la mafia italienne que de l’Afghanistan. Mais il faut bien comprendre que parfois la réalité est plus complexe que la fiction. On a l’impression, tout comme un des personnages est persuadé d’avoir raté quelque chose, d’avoir laissé passer une information, un événement, omis un passage, oublié un personnage ou ce qui lui est arrivé précédemment. Une succession de mésaventures qui m’ont semblé elliptiques, comme si l’auteure était pressée d’en arriver au dénouement.

Il est vrai que les protagonistes se déplacent beaucoup, Nathan Malocène accompagnant le commissaire Depetit-Pogne dans leurs moindres expéditions, et vice versa, à la recherche des disparus et des coupables. Mais en réalité, c’est parce que pressé d’arriver à l’épilogue, afin de savoir si Noé va être retrouvé sain et sauf, ainsi que d’autres protagonistes, j’ai lu sans enregistrer. Cela arrive parfois, mais en effectuant de petits retours arrière, j’ai eu les explications qui me manquaient.

Si les dialogues sont parfois un peu trop travaillés, si les phrases sont un peu trop ciselées et traînent un peu trop en longueur ce qui nuit à une rapidité d’action, les situations elles ne manquent pas de piquant. Et l’ensemble est d’une lecture malgré tout agréable. Insensiblement j’ai oublié le personnage de Pennac qui au début s’était imposé à mon esprit, vous savez Benjamin Malaussène, pour que le détective devienne le personnage clé et s’affranchisse de son homonyme. Mais certains patronymes m’ont fait sourire, le plus flagrant étant peut-être le capitaine Flouse de la Brigade Financière.


Patricia RAPPENEAU : Mission Malona. Editions Le Hérisson. 226 pages. 14€.

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8 février 2013 5 08 /02 /février /2013 14:15

Hommage à Jules Verne, né le 8 février 1828 à Nantes.

 

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La venue d’un célèbre prédicateur en la vieille et petite église de Saint-Nicolas a drainé la foule vers l’édifice religieux. Mais cette communion spirituelle tourne rapidement au drame. Sous le poids des sonneurs de cloche, celle-ci s’effondre de son support, et une jeune fille ne doit son salut qu’à la présence d’esprit de Jules Deguay, un étudiant en droit qui ramène la jeune Anna chez ses parents.

Cet accident, comme le constateront Jules et son ami Michel, n’est en réalité que l’acte de malveillance d’un trio composé d’Abraxa, la sorcière, de Mord’homme, bandit de grands chemins, et de Pierre, un prêtre défroqué. Le trio infernal veille et lorsque la police enquête sur le terrain, tout est remis en ordre, laissant croire que cet accident est dû à la vétusté de l’installation.

A cette histoire s’imbrique celle, plus sociale, de Pierre et de sa famille, et nous raconte dans quelle condition il a été amené à fréquenter le séminaire et ce qu’il en advint.

Ce roman, écrit et malheureusement inachevé, par Jules Verne alors qu’il n’avait que dix-neuf ans, s’inscrit dans la plus pure tradition du roman noir anglais, dit également roman gothique, et qui eut ses fervents défenseurs tels les feuilletonistes du 19è siècle, Paul Féval en tête. On sent déjà le souffle littéraire qui anime Jules Verne, même si certaines faiblesses apparaissent ici et là. On ne peut réussir un chef d’œuvre d’emblée et Jules Verne l’a pressenti, abandonnant son roman en cours de route.

Cependant la puissance de description, la fascination qu’elles engendrent sont déjà présentes. Et à dix-neuf ans, Jules Verne, lui-même étudiant en droit tel son héros, jette sur ses contemporains et la société un regard critique. Ainsi il brocarde avec une ironie grinçante l’instruction, ou plutôt les institutions dans lesquelles était dispensé le savoir aux jeunes étudiants. La bonne réputation du séminaire de Nantes n’étant que la résultante du constat de nullité des autres établissements.

Le père d’Anna, monsieur Dorbeuil, n’échappe pas à la virulence de Jules Verne. Monsieur Dorbeuil, petit rentier sans envergure qui aspire à côtoyer l’aristocratie, à voir son nom orné d’une véritable particule et qui tient ses concitoyens moins fortunés pour quantité négligeable. Même Jules, pourtant le sauveteur de sa fille, trouve difficilement grâce à ses yeux, à cause de son origine modeste.

Cette œuvre de jeunesse dont le style débridé est un peu un anachronisme en rapport aux livres « sérieux » et empreints d’anticipation scientifique de l’auteur. Mais c’est un livre qui se lit avec une certaine jubilation et peut-être pour certains un peu de nostalgie.

Les illustrations sont signées Tardi, avis aux amateurs.


Jules VERNE : Un prêtre en 1839. Roman inédit et inachevé. Le Cherche-Midi. 1992.

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8 février 2013 5 08 /02 /février /2013 10:51

Le manifeste des enfants sauvages, texte écrit par Cécile Coulon, dont je vous livre un extrait et que vous pouvez retrouver en entier  ici, a donné envie aux éditions Points de publier 7 romans qui donnent la parole aux jeunes dans une langue inventive et colorée.vous pouvez également découvrir la vidéo sur le site des éditions Points.

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Jamais personne ne pourra dire que nous sommes restés silencieux. 

Puisque la lumière peut frapper le pire, en faire jaillir le meilleur, puisque personne n’épuise les forces de ceux qui n’ont rien à prouver et tant à offrir, puisque le monde regorge de beautés sordides et d’humanités divines, nous ne voulons pas baisser les yeux comme de vieux chiens fatigués d’avoir longtemps couru, nous ne pouvons pas travestir nos principes, les déguiser quand la tendance nous l’ordonne. Nos vices sont simples, nos caresses aussi, nous savons qui nous sommes et nous saurons qui vous êtes. Quand la musique n’est plus, des voix hurlent, des cordes grincent, des vents soufflent en nous plus fort, toujours plus fort, encore plus fort, jusqu’à ce que les douleurs se taisent enfin, tranchées par des mains de fer, jetées à ceux qui ne se doutent pas que nos drapeaux se sont levés plus haut pour ne jamais redescendre. 

Il n’est jamais trop tard pour comprendre que des pièges ont été posés à l’intérieur même de nos cages. Aujourd’hui, nos ailes sont lisses et soyeuses et refusent de se battre. Nos estomacs n’ont pas connu la faim, au contraire. Lourds et pleins, voilà ce que nous sommes devenus. Pourtant, nous avons soif, nos gueules ouvertes ont séché, nos cerveaux comprimés respirent comme des enfants malades. Nos plumes, ce sont des pierres. Longtemps, nous avons cru qu’il existait une vérité suprême ; maintenant notre unique combat ressemble à l’animal qui se dévore lui-même.

 

Outre donc  Méfiez-vous des enfants sages, vous pouvez découvrir les six romans publiés le 7 février chez Points.

 

Precious.jpgSAPPHIRE : Precious. 224 pages. 6,10€.

Une adolescente d’Harlem prend la parole dans une langue pleine de rage et de poésie.

Precious, seize ans, claque la porte. Elle ne se laissera plus cogner par sa mère, ni violer et engrosser encore une fois par son père. Jamais. Virée de l'école, elle envisage une nouvelle vie, loin de Harlem et du ghetto afro-américain de son enfance. Elle veut apprendre à lire et à écrire, raconter son histoire à travers des poèmes et élever dignement son fils.

 

 

 

 

cheese-monkey.jpgCHIP KIDD : Cheese Monkeys. 288 pages. 7,20€.

Un roman satirique et tendre sur la jeunesse des années 1950.
Un auteur plébiscité par Bret Easton Ellis, James Ellroy et Jay McInerney.

À la fin des années 1950, un adolescent désabusé intègre une école d’art et choisit par accident un cours d’introduction au dessin. Le professeur, Winter Sorbeck, séducteur et fascinant, teste ses élèves avec une exigence sadique. En proie aux affres et émois de la jeunesse, l’étudiant, alter ego de papier de Chip Kidd, découvre grâce à son pygmalion un monde artistique jamais envisagé : le graphisme.


 

warner-etoiles.jpgALAN WARNER : Les Etoiles dans le ciel radieux. 528 pages. 8,10€. Sélectionné pour le Man Booker Prize 2010.

Voilà des semaines qu’elles attendaient ça ! Les Sopranos se retrouvent pour partir en vacances. Manda, Chell, Kylah, Finn et Kay ont quitté le lycée. Toutes ont suivi des chemins différents. Malgré les failles naissantes dans leur amitié, elles n’ont pas perdu le sens de la fête. Entre gueule de bois et perte de passeport, l’aventure commence dès l’aéroport… qu’elles ne sont pas prêtes de quitter !

 

 

 

 

sopranosALAN WARNER : Les Sopranos. 408. 7,70€.

Prix Saltire du meilleur livre écossais.

Le concours de chorale de leur école écossaise de bonnes sœurs ? Les Sopranos n’en ont rien à faire. Manda, Chell, Kylah, Finn et Orla veulent rendre cette virée en ville inoubliable. À 17 ans, tout ce qu’elles ont en tête, c’est l’alcool, les fringues, les mecs, perdre le concours pour rentrer à temps et enflammer le dancefloor. Et l’amitié. Parce que c’est tout ce qu’elles ont au monde, l’amitié.

 

 

 

 

trainspotting.jpgIRVINE WELSH : Trainspotting. 456 pages. 7,90€.

Un livre culte sur la jeunesse perdue d’Edimbourg, enfin réédité en poche dans une nouvelle traduction.

Dans la sombre Édimbourg des années 1990, Renton le malin, Sick Boy l’ambitieux, Franco le sociopathe, Spud l’égaré et Tommy l’innocent partagent tout : les petites combines, l’assurance-chômage et la drogue, sous toutes ses formes. Entre deux pintes, après un fix ou une baston, ils racontent la violence d’un quotidien misérable dominé par la rage. Une rage qui les anime tous. La rage de vivre.

 

 

 

pommes.jpgRICHARD MILWARD : Pommes. 264 pages. 6,70€.

Un livre rock et trash sur la jeunesse anglaise.

Adam aime Eve. Eve sait à peine qui est Adam. Adam tente de survivre aux raclées de son père en écoutant les Beatles. Eve s’oublie dans l’alcool, la drogue et le sexe sans plaisir. Dans les quartiers ouvriers de Middlesbrough, au nord de l’Angleterre, l’expérience de la vie est souvent très violente. A quinze ans, Adam et Eve ne le savent que trop bien. Ce ne sont pourtant encore que des enfants.

 

 

 

 

Des romans qui mettent en évidence les espoirs, la désespérance, les envies, les coups de gueule, l’existence même des adolescents, et qui nous plongent dans notre jeunesse, nous ravivant nos propres souvenirs et nos attentes.

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Published by Oncle Paul - dans Infos
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7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 07:27

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« L’Amérique, l’Amérique, je la veux et je l’aurai ! » chantait Joe Dassin au début des années 70. Une adaptation du tube de Christie qui s’intitulait Yellow River, et qui d’ailleurs ne figure pas dans la longue liste de titres recensés en fin d’ouvrage et qui ponctuent cette histoire.

Et Cécile Coulon veut son Amérique à elle, qu’elle a construite de bric et de broc, dans un puzzle qui ressemble à celui des Etats-Unis. Un style déstructuré qui met en scène, dans la première partie, des personnages, des enfants, des adolescents, souvent sans nom, vivant dans une petite ville anonyme de l’Amérique profonde dans le Sud du pays. Cécile Coulon s’invente un pays à elle, s’appuyant sur toutes les images qui sont colportées, transformées, magnifiées, rénovées parfois pour les besoins d’une image idyllique ou au contraire diabolique, les métamorphosant et les intégrant dans son propre univers, dans un mélange d’imaginaire et de réalité. Ce pays, elle le rend crédible, car cette Amérique là est tellement complexe qu’on y croit.

Les Américains connaissent-ils vraiment toutes les subtilités, toute la panoplie sociale et géographique de leur pays, où mégapoles et bourgades fleurissent sur la carte comme autant de champignons quelques fois vénéneux. Où les communautés se côtoient sans se connaître, où les disparités sont énormes comme la distance qui sépare New-York de San Francisco. San Francisco, justement, situé à 1500 kilomètres de chez elle, destination pour laquelle une jeune fille s’embarque un jour à bord d’un autocar.

Petite fille intrépide elle s’amusait à voler les pommes de son voisin, s’agrippant aux branches de l’arbre, et un jour retomba sur une planche parsemée de clous disposée traitreusement par l’irascible propriétaire des fruits. Résultat un pied traversé de part en part et le dégoût des pommes. Elle embrasse un garçon pour la première fois et n’y trouve que le goût d’un vieux Malabar coincé entre les molaires. Quatre ans à Frisco puis le retour à la maison rappelée par son père pour cause de décès.

Il y a aussi le Suédois, dont la principalement occupation est de dormir, d’écouter un CD de Gene Vincent et occasionnellement d’écrire des lettres ou faire des rencontres à l’arrêt d’un car. Sans oublier Eddy qui vit avec une jeune fille qui parfois joue avec son œil de verre, au grand dam de sa voisine. Eddy aime bien Kristina, « parce qu’elle ne lui demandait jamais de lui dire je t’aime après le sacro-saint orgasme du vendredi soir ». Ou encore Freaks, jeune professeur appliquant un nouveau programme scolaire consistant en une heure de rédaction après les cours. Freak qui porte mal son nom, amputé d’un doigt, ce qui l’a obligé à refermer son piano, attisant sans rien dire le mystère du doigt coupé et dont les veines charrient la Dame Blanche. Freak dont le plaisir juvénile et rancunier est d’uriner sur les vélos de ses élèves. Quant à Lua, c’était une petite fille très sage jusqu’au jour où son père ramène du travail à la maison. Ce boulot était contenu dans une boîte pouvant entasser deux paires de chaussures mais qui n’est que le refuge d’une énorme araignée noire. Un arachnide qui va empoisonner son existence et s’infiltrer dans son esprit tissant sa toile insidieusement.

 

Des destins entremêlés, comme des maux croisés dans une distorsion du temps, constituent la trame de ce roman qui n’est pas un roman noir, encore moins un polar, mais en possède la substance, le suspense, la force, le sens de l’intrigue, l’atmosphère. Les personnages d’enfants modèles, ou modèles d’enfants, que l’attitude des adultes ne vont pas aider à jouir d’une vie sereine, sont décrits comme des handicapés de la vie, de la société, de l’affectif.

Si je n’avais pas découvert en quatrième de couverture que Cécile Coulon est née en 1990, j’aurais penché pour une auteure mature, ayant déjà connu les affres et les souffrances de la vie, ayant vécu moult expériences, blessée peut-être mais rebondissant toujours en s’appuyant sur les écueils pour sortir la tête de l’eau. La religion ne peut servir de bouée de sauvetage, au contraire, ce serait plutôt le plot de ciment accroché aux pieds, alors pour ne pas se noyer autant s’en détourner, selon l’une des narratrices.

Cerise sur le gâteux, histoire de rafraichir la mémoire des nostalgiques, Cécile Coulon nous propose en fin de volume 39 titres, 39 morceaux musicaux interprétés par des artistes et des groupes de légende tels que Sam the Sham and the Pharaohs à Pink Floyd en passant par The Beach Boys, The Kinks, Gene Vincent, Alice Cooper, Leonard Cohen, The Troggs, The Ramones, Carl Perkins, David Bowie, Graham Nash ou les Everly Brothers.


Cécile COULON : Méfiez-vous des enfants sages. (Réédition des Editions Viviane Hamy). Editions Points. 120 pages. 5,20€.

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6 février 2013 3 06 /02 /février /2013 13:40

Et le vice et la vertu….

 

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Il est des premières pages qui incitent à continuer sa lecture sans vraiment savoir où l’on va.

Depuis que les flics sont passés aux trente-cinq heures, leurs performances ne se sont guère améliorées.

Intriguant, non ? Et ambigu aussi.

Lorsqu’il entend les sirènes de trois véhicules de police s’arrêter près de chez lui, Jon Ayaramandi, un tueur sexagénaire débonnaire et habité par le rock, n’est pas très rassuré. Il se demande si les flics ne seraient pas à sa recherche. Il est prêt à s’enfuir en passant par l’arrière de sa propriété, mais le Samu intervient sur les entrefaites. Alors, curieux comme une vieille chatte, il revient sur ses pas, en s’esquintant un pied au passage. Un de ses voisins est allongé sur le bitume, la tête éclatée. Une jeune femme noire, dont le corps est démantibulé lui est tombée dessus en provenance directe du ciel. En général on y monte, on n’en descend pas, du ciel. Le problème est que deux flics installés dans leur voiture surveillent les lieux.

De plus comme son amie Perle, sa charmante voisine, lui avait annoncé auparavant qu’elle allait déménager pour vivre avec Al, son compagnon, il enregistre un coup de massue supplémentaire au moral. Perle partir à une trentaine de kilomètres de Largos, c’était la première mauvaise nouvelle de la journée. Elle lui a tout de même mis du baume au cœur en lui promettant qu’il aurait la garde de Luna, la fille de Perle âgée de six ans, le mercredi.

Jon vogue dans ce double marasme lorsque Valentin, son ami Valentin qui lui servait de chauffeur lorsqu’il était appointé comme tueur à gages pour Marconi, lui téléphone afin de lui dire qu’un hélicoptère a lâché quelques heures auparavant une de ses musiciennes noires dans le parc de sa propriété éloignée de toute habitation. Roxane M’bow, la sœur jumelle d’Alison, celle qui s’est retrouvée à quelques mètres de chez Jon. Bon, d’accord, Roxane et sa jumelle était des scandaleuses qui jouaient torse nu dans le groupe de Valentin, les Fucking Puppets. Et ce groupe qui connait une certaine notoriété, enchainant les tubes les uns après les autres, ne plait pas à tout le monde. Aux intégristes catholiques en tête, mais il faut avouer qu’un rien les dérange ceux-là. Chrétiens mais pas tolérants.

Mais il se pourrait que quelqu’un d’autre leur en veuille. Car tous deux sont concernés par ces cadavres délivrés par la poste héliportée. Concernés et même peut-être impliqués. Tandis que Jon cherche une cache pour enterrer Roxane, celle choisie par Valentin au fond du parc ne lui convenant pas, trop facile à découvrir, Valentin répond aux questions des journalistes attirés comme des mouches par le cadavre d’Alison et qui connaissent à peu près l’endroit où se terre en général le chanteur rocker. Et s’ils savaient que celui de Roxane gît non loin d’eux… Les deux amis remuent leurs méninges. Et si le coup fourré provenant de leur ancien patron Marconi ? Pas impossible, même si Jon a prétendument assuré ses arrières. Tueur à gages pour Marconi, il a quand même une quarantaine d’homicidés à son actif, il ne touche pas de pension légale. Marconi lui verse trois mille euros par mois, et Jon lui a annoncé qu’il a écrit un livre témoignage qui sera publié à son décès. Donc Marconi a intérêt à ce que Jon vive le plus longtemps possible.

Jon et Valentin sont persuadés que quelqu’un de leur entourage a, à un moment ou autre, dévoilé leurs adresses. Mais ni Perle, ni Mylène, la coiffeuse délurée, ni Jean-Luc Taureau, le cafetier du coin et ami de Jon, ni les Sri Lankais qui servent de gardes du corps à la rock star, d’ailleurs ils sont en voyage, bref aucune de leurs connaissances n’a la langue trop longue. A moins que Burger, qui fut tueur employé de Marconi… Oui mais Burger n’existe plus ! Alors

Jon, le juke-box ambulant qui n’a pas besoin que quelqu’un le gave en pièces de monnaie pour que des airs issus des années jeunesse lui trottent dans la tête, décide de faire appel à Paco, le gitan et à ses cousins. Contre une modique rémunération, ils vont surveiller discrètement Perle, Luna et consorts.

Voici Jon et Valentin pérégrinant dans le Pays basque, Valentin à la recherche de ses musiciens qui ne lui donnent pas signe de vie, participant malgré eux à la fête de Bayonne, et autres aventures rocambolesques susceptibles de refroidir leurs ardeurs.

 

Dans une ambiance très musicale, quasi exclusivement rock, l’auteur s’amuse à griffer au passage tout ce qui bouge ou est sensé bouger. Le bio, le maire de Paul, et quelques autres idées qui ne sont pas forcément des élucubrations. Les personnages sont atypiques et l’on se demande vers qui se porte notre sympathie, Luna la gamine dont les réflexions nous incite à penser qu’elle est plus mature que l’on voudrait nous le faire croire, Mylène la provocante, Perle, la douce, Frida la pythie qui possède une Lamborghini Murcielago et se grise de vitesse, et encore je ne parle que des femmes. L’humour est toujours sous-jacent, mais parfois se développe pour devenir loufoque, ce qui n’empêche pas les scènes fortes en émotions et tragiques. Des décors naturels, grandioses, avec faune en liberté. Mais également des décors plus réfrigérants, ou plus orageux. Une fois de plus ce sont les intégristes, les fanatiques religieux qui sont montrés du doigt (Voir par exemple Délivrance) et font les frais de la gouaille de l’auteur.

Le titre, s’il peut sembler abscons de prime abord, prend toute sa signification dans le déroulement du récit, surtout vers la fin. On peut regretter que Frantz Delpanque n’ait pas listé les titres des airs évoqués et leurs interprètes.

 

A lire également l'avis de Claude sur Action Suspense.

 

Frantz DELPLANQUE : Elvis et la vertu. Roman Noir, éditions du Seuil. 368 pages. 19,50€.

 

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