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13 décembre 2012 4 13 /12 /décembre /2012 06:48

Un Poulpe en béton recouvert de sirop d'érable

 

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S’il y a une chose que l’on ne peut reprocher à notre ami Gabriel Lecouvreur, alias Le Poulpe, c’est bien sa fidélité en amitié. Qu’une femme l’appelle au téléphone du Canada pour lui annoncer le décès de son vieux copain Quentin Cointreau, et ce sont tous ses souvenirs de jeunesse qui affluent comme un mascaret sur le rivage de son esprit et s’écrase sur les rochers de ses neurones.

Quentin Cointreau était parti s’exiler au Québec après de petits soucis avec la justice française, y avait fait sa vie et ce depuis plus de vingt-sept ans. Son corps a été retrouvé près des berges du lac Memphrémagog et son meurtrier n’a pas joué dans la dentelle. Après lui avoir fait ingérer un produit genre soude caustique, il lui a donné un coup à l’aide d’un objet contondant sur le haut du crâne, tiré une balle dans le genou puis noyé dans le lac. Dans l’avion qui l’emmène vers le Québec, Gabriel se remémore tous les bons et mauvais moments passés en compagnie de Quentin, né le même jour que lui, et qu’il considérait comme son grand-frère. La nostalgie l’accompagne tout au long du voyage en avion, ce qui lui permet d’oublier les conditions pénibles dans lesquelles il est installé, ses longues jambes ne trouvant guère de place pour se positionner. Sur place il retrouve Maria, qu’il a connu lors de son précédent séjour chez nos cousins. Il avait accompagné Quentin, ils avaient connu tous deux la belle Maria, mais Gabriel avait préféré rentré en France, pour oublier. Mais il n’a pas oublié Quentin, dont il recevait parfois des nouvelles, ni Maria. Sur place, il n’a pas d’opinions préconçues, peut-être le bout d’un commencement de début d’embryon de petit peu de pas grand-chose de morceau de piste. D’abord Quentin vivait bien, très bien même, ses affaires étaient florissantes. Mais en quoi consistaient donc ses affaires ? Pas vraiment avouables ? Cela n’étonnerait guère Gabriel qui savait que Quentin marchait en dehors des passages balisés lorsqu’il était en France. Participe officiellement à l’enquête Réal Larouche, un policier dont les pieds sont toujours chaussés de souliers provenant de chez les plus grands manufacturiers. Quentin avait un ami qui vit près du domaine où il résidait avec Maria. Un Canadien de nouvelle souche, d’origine bretonne et qui a écumé pas mal d’endroits plus ou moins louches avant de poser son havresac près du lac. Cad, pour Cadoudal, est lui aussi peiné par l’assassinat de son ami. Et en compagnie de Maria, les trois hommes se lancent à l’assaut de celui, ou ceux, qui ont perpétré ce forfait.

Plus que l’intrigue, intéressante, c’est l’écriture, le style de Luc Baranger qui prime, un mélange de français, d’argot et de québécois, le tout agrémenté de nombreuses métaphores humoristiques. Au hasard, j’en ai relevé quelques-unes : « L’hôtesse, un mètre quarante-cinq de hamburger boudiné dans un uniforme trop juste, tortillait du croupion comme un loufiat de chez Michou » (page 43). Cela vous donne tout de suite l’ambiance. Une autre ? « Comme une burqua sur une strip-teaseuse kabouli, une profonde tristesse l’avait enveloppé » (page 65). Une dernière pour la route, et parce que je suis en veine ? « Le café finissait de suinter du perco dans un chuintement de semi-remorque en train de purger ses freins » (page 97). La poésie à l’état brut, et encore je ne vous dévoile pas tout, car le mieux est tout de même de découvrir ces perles dans leur contexte. Quant au titre calembour, il eut été impensable que Luc Baranger ne se l’offre pas.

 

A lire du même auteur : Backstage.


Luc BARANGER : Maria chape de haine. Le Poulpe 270, éditions Baleine. 8€.

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12 décembre 2012 3 12 /12 /décembre /2012 15:32

Ah si j'étais riche...

 

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Petit malfrat, Paul Serinen a décidé de passer à la vitesse supérieure et pour cela il braque, en douceur, un camion de marchandises qui doit se rendre vers Strasbourg. Une fois le conducteur bâillonné et ligoté, il prend sa place et incurve son trajet, se dirigeant vers Rotterdam où l’attend Mario, son receleur. Mario est un spécialiste de trafics en tout genre, drogues, putes, voitures, racket. Serinen lui apporte sur un plateau six mille sacs de luxe fabriqués dans le sud Manche, à Juilley exactement, non loin du Mont Saint-Michel (Petite précision qui n’est pas importante mais qui permet de connaître le nom du fabricant, si toutefois cela vous intéresse. Quoique l’info soit donnée dans le roman, et comme je ne perçois aucune rémunération liée à la publicité, vous comprendrez aisément que je m’abstiens de vous en dévoiler la marque).

Ce coup de maître sans effusion de sang lui permet d’empocher un joli petit pactole. Et d’envisager l’avenir avec sérénité, quoi qu’il lui faille bien six mois pour s’en remettre. Il a brouillé les pistes derrière lui, ne laissant aucune trace de ses virées. Il achète une petite maison à Etretat, et pense déjà son prochain exploit. Pour cela il recrute trois personnes qui vont l’aider à le réaliser, trois personnes apparemment sans histoire, qu’il a croisées au cours de ses pérégrinations, et qu’il contacte indirectement. Après avoir acheté en Espagne des téléphones portables, il en glisse un dans la voiture de chacun de ses nouveaux contacts, leur explique via le téléphone qu’il aura besoin d’eux, qu’ils sauront où, quand, comment en lisant les petites annonces de Libération, et il n’a plus qu’a attendre l’occasion rêvée.

Celle-ci se présente sous la forme d’une tournée musicale dont les musiciens se déplacent à bord d’un car. Encore une réussite, pas le moindre couac, et il peut envisager un troisième plan dans la douceur et la virginité des neiges éternelles de Courchevel, avec en ligne de mire la couche d’une jeune fille de bonne famille dont le père est diamantaire et surtout une pierre précieuse. Mais il s’est montré trop gourmand. Le diamant n’est pas revendable alors il décide de l’enfouir dans la chape de béton qui servira de terrasse à sa véranda.

 

commere2Ce roman, court et pourtant dense, est scindé en trois parties narrées par trois personnages différents qui prolongent l’histoire. Celle-ci se déroule d’avril 2002 jusqu’en janvier 2015, mais l’auteur se montre particulièrement machiavélique, allant de l’avant tranquillement pour revenir brusquement en arrière afin de lever quelques voiles, de fournir quelques explications, puis la marche en avant reprend. Un roman prenant, sans esbroufe, sans digressions superflues, sans scènes de violence inutiles, sans tous ces artifices à la mode. Comme dans les romans de Maurice Leblanc où l’ingéniosité primait.

 

 

 

D’ailleurs j’ai relevé au moins trois références à Arsène Lupin. Paul Sérinen, qui renvoie au Prince Paul Sernine, un alias utilisé par le gentleman cambrioleur dans les nouvelles composant le recueil Les huit coups de l’horloge. Et Paul Sernine et Paul Serinen sont tous deux des anagrammes d’Arsène Lupin. Ensuite Serinen achète une maison à Etretat haut lieu des aventures lupiniennes et petite ville dans laquelle vécu Maurice Leblanc, son créateur. Enfin, page 119, les passagers empruntent le vol 813, 813 qui nous renvoie au roman éponyme.

Un roman duquel on ressort apaisé, qui lave l’esprit encombré des scènes violentes vécues lors des précédentes lectures, prêt à lire un nouvel ouvrage de l’auteur. Et pourquoi pas, Le deuxième homme qui vient de paraître au Fleuve Noir. Hervé Commère s’inscrit entre Philippe Bouin et Pierre Lemaître, tout en possédant son propre univers, laissant planer insidieusement le doute sur la suite de l’intrigue. Il distille le suspense à la façon de Boileau-Narcejac, et ce n’est pas un mince compliment.


Et si vous n'êtes pas convaincu je vous invite à lire l'article de Claude Le N sur

Action Suspense.


Hervé COMMERE : J’attraperai ta mort. Editions Pocket (réédition des éditions Bernard Pascuito – 2009). 160 pages. 5,70€.

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11 décembre 2012 2 11 /12 /décembre /2012 14:32

Orpailleur, or pillage…

 

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Nouveau venu dans la galaxie des héros littéraires récurrents, Luc Mandoline, exerçant une profession qui n’a aucun rapport avec la musique malgré son nom. Il est thanatopracteur, ou pour faire plus simple embaumeur.

Mais avant d’aller plus loin, une présentation du personnage s’impose. Luc Mandoline aurait aimé devenir médecin légiste. Tout jeune il dévore manuels scolaires, romans, biographies, mais son caractère indépendant et affirmé le conduit à fréquenter de nombreux établissements scolaires, refusant toute forme d’autoritarisme. Ce qui ne l’empêche pas, la nature est versatile et incompréhensible parfois, de s’engager dans la Légion étrangère, signant un bail de huit ans. Huit ans au cours desquels il correspond régulièrement avec son amie d’enfance, Elisa, qu’il a connu gamin en lui soignant des genoux couronnés, quoiqu’étant tous deux d’origine prolétaire. Il se lie d’amitié avec Sullivan, lui aussi légionnaire, lequel lui fait connaître la thanatopraxie. Luc vient de trouver sa voie et comme il aime rester libre et indépendant, il va pratiquer sa profession comme remplaçant itinérant, vadrouillant de droite à gauche, et inversement.

Luc doit s’embarquer pour la Guyane, ce qui attise la fureur de son amie Elisa qu’il n’avait pas prévenue. Elle est mariée avec un pompier qui souffle sur la braise de leur ménage, et il en résulte quelques hématomes et plaies que Luc recoud avec dextérité. Elle veut absolument l’accompagner et comme prétexte elle prétend qu’étant journaliste free-lance, elle pourrait en profiter pour rédiger un article. Sullivan est lui aussi du voyage, car l’affaire qui les mande est sérieuse.

A peine arrivés à l’aéroport, ils sont agressés par la chaleur qui règne et accueillis par un jeune bidasse du 3è REI (régiment étranger d’infanterie de la Légion étrangère) basé à Kourou. Le colonel les reçoit avec affabilité, ils se connaissent depuis des années, ayant baroudé ensemble. Sauf Elisa, évidemment. Et s’il leur a demandé de se déplacer si loin, c’est parce qu’un homme de son régiment est mort lors d’une mission Harpie. Un inconvénient indubitablement lié à la fonction de militaire, sauf que dans ce cas, il ne s’agit pas d’une balle perdue mais d’une exécution réalisée de sang-froid. Un meurtre perpétré sciemment. Une impression confirmée en examinant le cadavre et une vidéo qui leur tombe miraculeusement sous les yeux.

Oscar Leblond, le défunt, était parti avec quelques autres compagnons sur un site illégal d’orpaillage. En général cela ne pose aucun problème, car les militaires se montrent plus respectueux des hommes et du matériel que les gendarmes (dixit l’auteur) qui eux saccagent tout sur leur passage. Luc, Sullivan et Elisa, qui ne résiste pas à effectuer un reportage malgré la chaleur et les dangers omniprésents, doivent se rendre sur place en compagnie de trois accompagnateurs qui connaissent le terrain. Mais auparavant ils rendent visite à la veuve. Ils sont fort surpris de rencontrer un soldat, ayant l’air de mauvais poil, sortant de chez elle. Il s’avère que c’est un ami de la famille, et plus même pour l’épouse éplorée. Une piste qui serait intéressante à suivre.

Elisa rencontre un de ses confrères journalistes, qui venu dix ans auparavant pour un reportage en Guyane, a décidé de rester par amour du pays. Il pensait qu’il ne s’agissait que d’un incident, mais à la lueur de l’information fournie par Elisa il est fort étonné. Selon lui, les garimpeiros ne s’en prennent pas aux militaires, car les bidasses les respectent, ne détruisant que le matériel et les installations, tandis que les gendarmes saccagent tout, même la nourriture. On sent qu’il existe un profond contentieux entre militaires et gendarmes, ce qui n’est pas de nature à faciliter le travail des uns et des autres.

L’autre piste étant celle qui mène au lieu de l’exécution d’Oscar. Et les embûches ne vont pas manquer pour entraver l’enquête de nos amis. Elisa pourra ramener un reportage intéressant. Et cela ne se fera pas sans frayeur, sans bosses, sans dégâts, sans cadavres et sans désillusions. Le tout assaisonné de certaines de tortures.

Et c’est peut-être cela qui m’empêche d’écrire qu’il s’agit d’un très bon bouquin. La scène décrite pages 129 et 130 était superflue, à mon avis. D’autant que l’auteur, étant lui-même policier, habite actuellement en Guyane. On peut se demander s’il s’agit d’un second degré ou d’une coutume courante. Une autre scène, située vers l’épilogue est très cinématographique, et il vaut mieux la prendre avec détachement. Comme s’il s’agissait d’une séquence entre Sylvester Stallone et Mister Bean.

Le personnage de Luc Mandoline, que l’on aurait aimé voir plus humain, en pâtit quelque peu. Sinon, le tout est solidement construit, intéressant et l’humour règne dans quelques dialogues échangés entre Luc, Sullivan et Elisa. La vie des garimpeiros, ces orpailleurs brésiliens qui passent la frontière proche, n’est pas rose. Ce sont des exploités sous les ordres d’hommes brutaux, dont les chefs sont réfugiés de l’autre côté du fleuve Maroni, au Surinam.

Et j’attends, avec une incontestable impatience, de voir comment va évoluer le personnage de Luc Mandoline, sous la plume des auteurs pressentis pour narrer ses aventures : Hervé Sard, Claude Vasseur ou Johan Moulin, pour n’en citer que quelques-uns. Normalement un volume devrait paraître tous les deux mois.

 

Le personnage de thanatopracteur n’est pas courant en littérature policière pourtant il ne faudrait pas oublier celui du Croque-mort dans une série écrite dans les années 80 par Alexis Lecaye sous le pseudonyme d’Alexandre Terrel et publiée au Masque.


Michel VIGNERON : Harpicide. Collection L’Embaumeur N°1. Editions L’Atelier Mosesu. Préface de Franck Thilliez. 284 pages. 9,95€.

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10 décembre 2012 1 10 /12 /décembre /2012 08:44

A ne pas confondre avec Stage à la BAC…

 

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Clovis Reynolds, ancien journaliste à Best of Rock, après avoir côtoyé et même s’être lié d’amitié avec de nombreuses grandes pointures des groupes rock génération seventies, a dévalé la pente pour se retrouver un temps clochard puis pigiste dans un journal du centre France.

Par dépêches il apprend le décès de ses anciennes relations, mort dues à des péritonites. Mais, à moins que cela soit prouvé par les pontifes du corps médical, la péritonite n’a jamais été contagieuse. Aussi il décide de se rendre sur place, d’abord au Pays de Galles, puis aux Etats-Unis.

Il interroge les différentes relations des musiciens célèbres en leur temps, pour certains tombés dans un oubli qui ne les gênent guère, et découvre qu’une jeune femme a rendu visite peu de jours avant leur décès aux anciennes gloires.

Ce roman est tout autant un plongeon dans le passé musical de la fin des années 60 et années 70, qu’une enquête sur des morts suspectes. Ce journaliste qui eut son heure de gloire, devint une épave avant de trouver un second souffle dans un obscur journal de province, est le digne fils de ses prédécesseurs américains, un personnage que l’on a souvent rencontré au détour des pages noires.

Avec ses coups de gueule, ses souvenirs, son ironie acerbe, Clovis est franc, sympathique, chaleureux, et le lecteur comprend qu’il veuille retrouver la trace de ses anciens amis musicos, même s’ils sont depuis quelques temps trois pieds sous terre. Jusqu’à l’arrivée d’une charmante jeune femme, car après, ce sont les cadavres qui sortent des placards. Un bon roman même si les relations entre Lucy et Clovis me semblent convenues.

Luc Baranger est également l’auteur de Dernières nouvelles du blues, aux anciennes éditions de L’Ecailler du Sud. Une réédition de cet ouvrage serait la bienvenue.


Luc BARANGER : Backstage. Collection Instantanés de Polar N°227, éditions Baleine. 252 pages. 9€

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9 décembre 2012 7 09 /12 /décembre /2012 15:04

Beau Gotha et Liaisons dangereuses !

 

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Bogota, Colombie pendant les années 2000.

L’avocat Federico Lopez s’est fait piéger par une prostituée, cela lui apprendra d’ailleurs qu’il ne faut pas suivre n’importe qui. Il est enlevé par une bande de mômes qui tiennent le quartier mal famé de Montacalle sous leur coupe. Et pour se faire obéir, respecter comme diraient certains truands, ils n’hésitent pas à employer les grands moyens. Federico Lopez est avocat, en relation avec un cartel de la drogue, mais ce n’est pas ce qui intéresse les mômes. Ils réclament une rançon. Isabelle, la secrétaire associée de Federico appelle à la rescousse Lucas, surnommé le Maudit. Elle a peur que l’enlèvement ne se réduise pas à un simple kidnapping, mais qu’une fois en possession de la somme d’argent réclamée, les auteurs du rapt sacrifient leur otage.

Lucas, a quitté Nice après un démêlé avec la police française et il s’est installé en Colombie, négociant son savoir-faire de tueur auprès des FARC ou des AUC (groupe paramilitaire d’extrême droite) puis des Américains devenant un tireur d’élite. Il délivre, non sans qu’il y ait du grabuge, Federico qui lui confie une autre mission. Des Péruviens contrarient les projets d’un cartel de narcotrafiquants et Lucas doit abattre leur chef, un criminel particulièrement dangereux, échappant à tous les pièges et couturé de cicatrices dus à des engagements plus que virils. D’ailleurs il a été surnommé l’Increvable ou le Crevard.

 

Cannes, France, sensiblement à la même époque.

Amanda n’aurait jamais dû écouter aux portes. Prostituée de luxe (on appelle ça Call-girl, c’est moins péjoratif), ayant connu une enfance difficile, elle est une femme qui ne peut qu’attirer les regards et les portefeuilles bien garnis. Elle travaille en association avec Ponzonni qui, avec Saïd et Janis, dirige des nombreuses brasseries et autres commerces à Paris, des couvertures pour leurs activités illégales.

Donc, ayant terminé son petit travail auprès d’un riche client dans un hôtel de Cannes, elle entend dans le couloir des cris provenant d’une chambre. Elle est surprise lorsque la porte s’ouvre et qu’un homme la propulse à l’intérieur. Il n’aime pas être dérangé pendant que lui et ses hommes dressent une jeune fille promise à l’abattage. Alors, muni d’un couteau, il la balance sur le lit et tente de la violer. Amanda n’est pas du tout d’accord. D’abord elle se fait payer, 1000€ et plus pour une nuit, ensuite c’est elle qui choisit ses clients, à moins que ce soit Ponzonni qui les propose. Elle se débat, tant et si bien que le coutelas de l’homme se retrouve dans la gorge de son agresseur. Les autres occupants du lieu sont médusés et elle parvient à s’enfuir et rejoindre Paris.

Seulement, mauvaise pioche pour Amanda qui a trucidé le frère d’un caïd Croate. Le grand frère voit rouge et grâce à des complicités et de l’argent, il parvient à retrouver la trace d’Amanda. Il propose à Ponzonni, qui refuse, de lui racheter Amanda dont le sort devrait être scellé dans une ferme croate. Elle serait déclassée, dégradée, devenant une pute subissant les pires sévices sexuels. Le Croate n’apprécie pas l’affront qui lui a été fait et allié aux Albanais qui tiennent une partie du pavé et du marché de la drogue dans la capitale, il se met en tête de récupérer coûte que coûte Amanda, quitte à éliminer Ponzonni et consorts. Et afin de mettre la pression, il enlève Mira, la jeune sœur d’Amanda.

 

Deux personnages, deux destins qui vont finir par se croiser, pour le meilleur et pour le pire.

 

A la lecture de ce roman je me suis senti comme la proie fascinée, hypnotisée par les yeux d’un serpent, tout en ressentant un sentiment de répulsion. A dire vrai, j’ai eu l’impression de lire un polar des années 50, avec affrontements entre gangs, prostituées au grand cœur, ou un roman de guerre, les actes de violence et les éclaboussures d’hémoglobine à l’appui. Des scènes dignes d’un Rambo mâtiné de Réservoir Dog, de Pulp Fiction et de Scarface. En plus brutal. Pourtant, j’ai été subjugué par l’ambiance, par les descriptions, par les dialogues, par le « professionnalisme » de l’auteur qui ne s’embarrasse pas de faux-fuyants, de voiles de gaze pudiquement jetés sur les scènes de férocité.

On ne peut s’empêcher d’aimer et de détester à la fois les deux personnages principaux, qui comme Helicon, ou Helikaon, dans la trilogie Troie de David Germmell, sont tiraillés entre le Bien et le Mal.

C’est peut-être ça le talent. Ne pas laisser le lecteur indifférent, mais lui proposer une palette d’émotions, l’attirer et le repousser à la fois, lui faire comprendre qu’il n’y a rien de tranché (sauf quelques mains et têtes par ci par là), qu’entre le blanc et noir existe plusieurs strates de gris.


 A lire du même auteur : Et la mort se lèvera.

  Et vous pouvez retrouvrer les avis de Paco de Passion Romans ainsi que de Pierre de Black Novel .
Jacques-Olivier BOSCO : Aimer et laisser mourir. Collection Jigal Polar. Editions Jigal. 272 pages. 18,50€.

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8 décembre 2012 6 08 /12 /décembre /2012 14:28

Comme disait ma grand-mère :

Pour faire carrière, faut pas amuser la galerie !

 

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Les anciennes carrières de craie de Lezennes forment un véritable labyrinthe dans lequel l’homme se déplace avec assurance. Certaines galeries portent un nom comme la galerie Sans-Souci, d’autres n’ont pas été répertoriées, oubliées par la mémoire collective. Il les parcourt depuis sa plus jeune enfance, et il a tendu des cordes, véritable fil d’Ariane qui le conduisent avec sûreté là où il le désire. A l’âge de treize ans, le 13 août 1967, en conflit avec sa mère depuis des années, il a commencé à rédiger son journal. Depuis il en a noirci une bonne vingtaine et a nommé son domaine Invictus.

Joséphine Flament, dite Josy pour tous donc pour nous aussi, approche de la soixantaine. Elle est restée célibataire par choix, habite la petite maison héritée de ses parents, et vit chichement en effectuant des ménages par ci par là. Elle a recueilli ses amies d’enfance, Chantal et Marie-Claude, qui ont goûté aux joies du mariage, joies accompagnées de coups à l’âme et au corps pour l’une, d’infidélités pour l’autre. Alors elles ont abandonné leurs conjoints respectifs et depuis toutes trois demeurent ensemble, dans une harmonie sans faille.

Elles sont même allées en vacances à La Panne, une station balnéaire belge et elles en sont revenues émerveillées, avec l’espoir d’acquérir une petite résidence secondaire qui leur permettrait de s’évader de temps à autre. Seul problème, mais d’importance, les fonds dont elles disposent ne pourraient leur permettre que d’acheter un mur, et encore.

Le hasard parfois réserve de bonnes surprises. Ainsi, employée quelques heures par semaines chez une vieille dame, Josy a trouvé dans le dressing (armoire-penderie en français, je traduis) de l’entrée, des billets pour un montant de dix mille euros. Elle les rend à sa patronne, mais l’idée germe en elle de visiter le coffre-fort de la vieille dame en demandant l’aide de son ami Angelo, spécialiste en braquages. Et comme il vaut mieux battre le fer, en l’occurrence l’argent, pendant qu’il est encore chaud, le coffre-fort est forcé, et son contenu emmené. Des bijoux dont elles ne peuvent se débarrasser car trop voyants, des documents à étudier et un peu d’argent.

Justine Maes, quatre-vingt quatre printemps, sénatrice, ancienne résistante, envisage un avenir prometteur à son neveu Norbert Fauvarque, député-maire de son état et séduisant quadragénaire. Elle lui a prédit qu’il pourrait accéder aux plus hautes marches de l’Elysée avec un peu de travail et ses très nombreuses relations, hommes politiques ou personnes influentes. Elle lui avait déclaré alors qu’il était encore jeune : Tu vas commencer par réussir le concours de l’ENA. Nous avons le temps de décider quel parti correspond le mieux à ton tempérament. Quel que soit celui que tu choisiras, garde en mémoire que tes ennemis les plus dangereux seront dans ton propre camp. Un carnet d’adresses bien fourni, un portefeuille bien rempli, un homme de main, un factotum, fidèle, René Laforge, au regard de fouine, tout concourt pour qu’elle vive encore de nombreuses années.

Le commandant Pierre-Arsène Leoni, ou plutôt l’ex-commandant car suite à la mort brutale de sa femme il a préféré se mettre en disponibilité et rejoindre sa Corse natale, le commandant Leoni donc est de retour à Lille afin de régler des affaires familiales mais également sous l’impulsion d’Eliane Ducatel, médecin légiste et accessoirement son amie. Les hommes composant son ancienne équipe, le sachant devant sa maison qui est promise à la démolition le rejoignent. Ils se plaignent de leur nouveau commandant, Vidal, un fonctionnaire borné plus qu’un homme de terrain.

En compagnie d’Eliane et de son neveu Baptiste atteint d’une forme rare d’autisme, Leoni va assister à un concert que l’adolescent doit donner dans une maison de retraite. Mais la propriétaire de la résidence pour seniors (ou personnes âgées, c’est comme vous voulez, moi cela ne me gêne pas) est en retard. Une habitude mais ce soir là, l’attente est un peu longue. Alors Eliane et Leoni décident de se rendre chez la vieille dame, dont la demeure se dresse à une cinquantaine de mètres de là, pour découvrir un cadavre. Celui de Justine Maes, la sénatrice. Un accident cardiaque selon toutes vraisemblances, mais Eliane qui connait son métier prétend qu’une autopsie devrait être réalisée. Ce qui n’est pas du goût de Vidal qui n’apprécie pas qu’on empiète sur ses plates-bandes.

Et puis à quoi correspond ce coup de téléphone émanant d’une personne qui aimerait échanger des documents contre une forte rançon ? Et pourquoi enquêter sur la mort d’une sénatrice octogénaire alors que deux enfants ont disparu ?

 

Tous ces personnages sont comme les membres, jusqu’aux doigts et aux orteils, et la tête d’une marionnette dont les fils seraient attachés aux mains d’Elena Piacentini. Elle les fait évoluer, remuer, se secouer, brasser de l’air, gigoter, danser, avec dextérité, virtuosité et souplesse. Au début le lecteur n’aperçoit qu’une partie du corps, puis une autre, encore une, et peu à peu tout est relié, prend forme et le spectacle peut commencer. Mais il ne faut pas croire que ce pantin est squelettique, étique, hâve. Au contraire, nous sommes en présence d’un être charnu, polychrome, à l’humeur changeante, virevoltant, nous adressant même quelques clins d’œil.lezennes-18

Elena Piacentini nous fait visiter les galeries souterraines d’une ancienne carrière de craie qui circulent sous Lezenne, et dont certaines cheminées sont reliées aux caves des maisons. Elle nous emmène également sur les berges du Lac bleu, mais il ne s’agit pas d’établir un documentaire. Elle s’en sert comme décor pour certaines scènes, en instillant un sentiment d’inquiétude propice à tenir le lecteur en haleine et le faire frissonner. Si les carrières sont plongées dans le noir presque absolu, en surface, c’est la pénombre qui entoure crimes et méfaits. Elena Piacentini offre parfois un lumignon afin d’éclairer quelques événements, mais la lueur est rapidement écartée au profit d’un autre épisode tout aussi sombre. Jusqu’à ce qu’enfin, le lecteur débouche du tunnel, ébloui.


Et la morale là dedans me demanderez-vous avec justesse. Ne vous inquiétez pas, l’ex commandant Leoni s’arrangera avec elle le moment venu, tout comme il s’aménage une porte de sortie avec Eliane Ducatel. Mais chut, nous entrons dans le domaine privé.

C’est le premier roman d’Elena Piacentini que je lis. J’avais lu ici et là des échos élogieux à propos de ses précédents ouvrages, et maintenant je peux confirmer, Elena Piacentini a tout d’une grande.

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Elena PIACENTINI : Carrières noires. Editions Au-delà du raisonnable. 368 pages. 18,50€.

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6 décembre 2012 4 06 /12 /décembre /2012 19:21

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur 813 sans jamais oser le demander !

 

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Les associations d’amis de… pullulent rendant hommage à des auteurs disparus : Les Amis de Jules Verne, d’Alexandre Dumas, de Flaubert, de Guy de Maupassant… Mais une association d’amis aimant la littérature populaire, c’est déjà plus restrictif, et lorsque 813 a été créée, c’était une nouveauté, un défi, un pavé jeté dans la mare des intellectuels et des bien-pensants. D’autant qu’il ne s’agissait pas pour ses créateurs de former une confrérie, un corporatisme englobant uniquement des auteurs, mais de s’ouvrir à tous les amoureux de la littérature policière sous toutes ses formes (Romans, essais, documents, bandes dessinées, films…) les auteurs côtoyant les lecteurs, et vice versa.

Jean-Louis Touchant, d’abord adhérant de base, puis trésorier puis président, relate l’histoire de cette association avec son sens de la rigueur, son pointillisme, sa pondération, son effacement, sa passion, son attachement à un genre littéraire, à des amis, à l’association elle-même.

Pour les nouveaux adhérents, ce document historique permettra de mieux appréhender la genèse de cette association, d’en percer les coulisses, de se sentir chez eux, même s’ils n’en connaissent pas tous les acteurs, dont certains sont malheureusement disparus aujourd’hui. D’autres ont quittés le navire, préférant voguer vers d’autres rivages, pour incompatibilité d’humeur, parce qu’ils croyaient accéder à une plus grande notoriété (je pense à quelques auteurs qui reprochaient un manque de promotion de la part de l’association), pour diverses raisons.

Restent aujourd’hui quelques-uns des mammouths, comme nous appelait l’ami Pascal Polisset qui alors vivait près du Mans et prit une part active lorsque l’assemblée générale, laquelle au début se tenait à Reims puis émigra à Grenoble, fut hébergée par la cité mancelle.

Dedicace-brac.jpgDès les premières pages, les souvenirs se sont bousculés devant mes rétines. Adhérant depuis mai 1982, j’ai assisté à ma première AG fin octobre 1982 à Reims. Je me souviens de Claude Aveline et son bandeau noir sur l’œil, signant ses romans dans une petite salle du Centre culturel André Malraux, entouré de jeunes et de moins jeunes, affable, répondant volontiers aux questions, de Jean Amila, de Michel Lebrun qui ne faisait aucune différence entre auteurs et lecteurs, d’Alain Demouzon, de Pierre Lebedel, d’Harry Whittington et de bien d’autres, revenant à Reims chaque année jusqu’à la dernière édition en 1986. Mais cette année là, j’étais intimidé, n’osant vraiment approcher les auteurs. En 1983 nouvelles brassées de livres achetés, de dédicaces, dont celle en forme de clin d'oeil d’une débutante qui venait de signer son premier roman intitulé Sourire kabyle publié dans la collection Engrenage : Virginie Brac. Mais également la même année puis les années suivantes de Chrystine Brouillet, de François Guérif, de Pierre Lebedel, de Bill Pronzini, de Léo Malet, de Tito Topin, de Pierre Magnan, de Georges-Jean Arnaud, d’Emmanuel Errer/Jean Mazarin, de Brice Pelman, de Claude Mesplède puis de son frère Pierre-Alain, de Marc Villard, de Ralph Messac, de Georges Rieben, de Christine Ferniot, de Thierry Jonquet, de Robin Cook, de Roger Martin, de Didier Daeninckx, de Michel Quint, de Peter Falk, de Richard Fleisher… J’arrête là, trop de souvenirs pour moi et liste peut-être fastidieuse pour vous.

Jean-Louis Touchant nous narre donc les débuts de 813 qui sont liés à une manifestation qui elle aussi était inédite : le festival du roman et du film policiers de Reims dont la première édition connut le jour en 1979. Histoire imbriquée au départ, plus pacsée que mariée.

Je me souviens des premiers bulletins ronéotypés de 813, puis enfin ce qui deviendra une véritable revue, les rires et les coups de gueule lors des assemblées générales, les nouvelles connaissances, les retrouvailles annuelles, les liens d’amitié qui se sont forgés, tout un pan de ma vie que Jean-Louis Touchant exhume, sans difficulté, de ma mémoire. Un bain de jouvence.

C’est pour les adhérents qui n’ont pas connu cette époqueCarte membre 1982-copie-1 moise, puis celles qui suivirent, grenobloises, mancelles, de s’imprégner de cette ferveur, de découvrir les facettes diverses, aussi diverses que peut l’être la littérature policière, les coulisses dont les adhérents de base ne connaissent pas toutes les imbrications, seule la partie immergée de l’iceberg étant accessible. Mais les à-côtés sont aussi évoqués, la vie en dehors de l’association qui ne se contente pas de besogner lors des assemblées générales, un éclairage sur les éditeurs, sur les parutions marquantes, sur les prix littéraires, sur les nombreux salons ou festivals auxquels 813 participe ou est représenté, sur le travail réalisé lors des réunions de bureau, les points de vue des uns et des autres, les défections, les nouveaux arrivants, les différents bureaux élus, toutes petites informations qui sembleront anecdotiques mais révèlent que le monde de la littérature policière est vaste et dont la population parfois se heurte, n’appréciant que le genre qu’elle vénère et critiquant négativement les autres. Le Noir porté au pinacle et les romans de mystères ou de déduction relégués par exemple dans des culs de basse-fosse.

Jean-Louis Touchant, qui ne se met jamais en avant bannissant le JE de son teste, clôt son ouvrage en 2007, année où il ne se représente pas comme membre du bureau. Aujourd’hui l’équipe dirigeante est plus « professionnelle » que celles des débuts, mais je ne ressens pas l’état d’esprit convivial qui en était la marque de fabrique. La nostalgie peut-être qui me fait écrire ces derniers mots.

Une mine de découvertes pour tous, et pour les anciens, je dirais Préparez-vos mouchoirs…

Pour commander cet ouvrage précieux, adressez votre commande accompagnée d’un chèque de 12€ (10€ + 2€ pour les frais d’envoi) à :

Jean-Louis Touchant

22 boulevard Richard-Lenoir

75011 Paris


Jean-Louis TOUCHANT : Histoire véridique de 813, association des amis de la littérature policière. Editions Arsène. 104 pages. 10€.

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6 décembre 2012 4 06 /12 /décembre /2012 13:31

Le recyclage, c’est écologique !

 

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Sherlock Holmes et le docteur Watson sont quelque peu en froid. Que voulez-vous, le biographe du célèbre détective va convoler en justes noces dans quelques semaines avec Mary Morstan ! Cependant cela n’empêche pas les deux hommes de se rencontrer pour une nouvelle affaire qui va mettre les habitants de Londres, déjà traumatisés par les méfaits de Jack l’Eventreur, en émoi.

Un personnage, qui signe ses messages Le Cancrelat, avec une véritable petite bestiole vivante comme preuve à l’appui dans son envoi, ose défier le grand homme, ce qui a pour don d’irriter et d’intriguer tout à la fois celui-ci.

La série débute par le meurtre d’une femme de la haute société, madame de Chalin, femme d’un conseiller de l’ambassade de France. Elle a été étranglée puis égorgée afin de faire bonne mesure. Sherlock et son frère Mycroft unissent leurs petites cellules grises en étudiant la missive du Cancrelat. Leurs premières déductions les amènent à penser qu’il s’agit d’une femme, gauchère, de type masculin, aimant la politique et se parfumant au santal. Pauline avait un amant mais celui-ci possède un alibi irréfutable, il était en Irlande. Tandis que Sherlock suppose que le meurtrier était présent comme invité au cours de la soirée organisée la veille de sa mort par madame de Chalin, Mycroft penche pour un individu évoluant dans les milieux anarchistes.

D’autres meurtres sont perpétrés, toujours sur des femmes. La présence d’un journal dans le sac à main d’une victime l’induit à supposer que le meurtrier attire ses victimes à l’aide de petites annonces. Il repère une jeune femme qui s’enfuit lors du troisième assassinat. Il s’agit d’Ariane Saint-Cyr, peintre de talent, qui enquêtait de son côté.

 

Ce quatrième roman de Béatrice Nicodème, paru dans la PB130020.JPGcollection Crime Fleuve Noir en 1993, et donc à l’origine destiné aux adultes, est réédité dans une collection jeunesse, destinée aux plus de douze ans. Il combine deux formes de romans à la mode, le roman historique et le tueur en série, mais il confirme les promesses contenues dans L’inconnue de la terrasse (Instant Noir- 1987), Terreur blanche (Denoël Sueurs Froides – 1990) et Meurtres par écrits (Fleuve Noir crime – 1992). Il témoigne de l’attirance de Béatrice Nicodème pour le Canon holmésien, même si dans cet ouvrage, la rigueur côtoie la parodie, ainsi que pour le roman historique.

Attrait qui ne se dément pas puisque des romans historiques suivront publiés au Masque : Les Loups de la Terreur, La mort du Loup blanc, Le Chacal rouge… Parallèlement elle entame une carrière de romancière pour jeunes et adolescents. Son premier ouvrage met en scène Wiggins, l’un des gamins des Irréguliers de Baker Street qui aident le détective dans certaines de ses enquêtes, Wiggins qui devient personnage à part entière, Sherlock et Watson étant relégués au second plan. Le premier roman de cette série s’intitule Wiggins et le perroquet muet.


Dedi.jpgOn retrouve dans l’intrigue de Défi à Sherlock Holmes des personnages célèbres comme Alphonse Bertillon, Oscar Wilde, Henry James, ainsi que la compositrice française d’origine irlandaise, Augusta Holmès, l’accent sur le E de son patronyme ayant été ajouté lorsqu’elle acquiert la nationalité française. Ouvrage plaisant à lire, fort documenté, preuve en est la reconstitution du logement de Madame Hudson, bien écrit, Défi à Sherlock Holmes trouve son prolongement à l’envers : initialement édité dans une collection adulte, le voici réédité dans une collection enfant/adolescent. Seul petit reproche, l’éditeur n’a pas, à ma connaissance, signalé la première édition.


A lire mes articles sur Wiggins et les plans de l’ingénieur ainsi que  Les loups de la Terreur.

 

 

 

Voir l'avis de Sharon sur le blog de Sharon.

Vous pouvez également visiter le site de Béatrice NICODEME.


Béatrice NICODEME : Défi à Sherlock Holmes. Hachette jeunesse, collection aventure. 14€.

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5 décembre 2012 3 05 /12 /décembre /2012 14:44

Cent ans et toutes ses lianes…

 

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Souvent les héros de fiction vampirisent leurs créateurs, leur échappant, devenant plus célèbres que leurs géniteurs. Ils s’arrogent une place prépondérante dans l’imaginaire populaire, reléguant ceux qui leur ont donné vie et consistance dans des oubliettes, ou masquant le reste de leur production.

Ainsi Arsène Lupin vis-à-vis de Maurice Leblanc, Sherlock Holmes enfouissant les romans historiques de Conan Doyle, et bien d’autres. Parfois ils ont connu d’autres aventures, plus ou moins palpitantes, grâce à des continuateurs, des pasticheurs, des parodistes, et leurs émules ou épigones furent nombreux, passés à la postérité ou non.

Le personntarzan2.jpgage de Tarzan ne faillit pas à la règle et il doit sa consécration principalement au cinéma, aux séries télévisées et aux nombreuses adaptations en bandes dessinées dont peu d’entre elles ont été introduites en France. On peut toutefois citer la collection Tarzan des éditions Mondiales Del Duca. Quant à la représentation physique de Tarzan, elle reste attachée à Johnny Weissmuller, l’ancien champion olympique de natation en 1924 et 1928 qui débute sa carrière cinématographique dans la série Tarzan en 1932.


Mais Tarzan fut lui-même, son créateur Edgar Rice Burroughs l’admettra avec réticence, une émanation de personnages mythologiques ou littéraires. On se souvient de Remus et Romulus, nourris par une louve et fondateurs de Rome, de Mowgli mis en scène par Rudyard Kipling dans le Livre de la jungle et le Second livre de la jungle (1894) et adapté par Disney. Moins sûrement du personnage de Saturnin Farandoul d’Albert Robida en 1879. Quant aux continuateurs d’Edgar Rice Burroughs on peut citer Philip José Farmer, et en bande dessinées les clones ou tarzanides comme les appellent les spécialistes, Akim et Zembla qui possèdent une forte ressemblance avec notre héros.

Edgar Rice Burroughs apporte une dimension aventureuse et humaniste dans cette série qui enchante aussi bien les tarzan1.jpgadolescents que les adultes. Mais penchons-nous sur le premier épisode, qui fut suivi de bien d’autres sous l’influence des lecteurs qui en réclamaient toujours plus, comme ce fut le cas pour Sherlock Holmes que Conan Doyle dû sauver des eaux.

Chargé d’une mission délicate et importante au sein du Colonial Office, John Clayton, Lord Greystone, embarque avec sa jeune épouse Alice pour l’Afrique. Partis de Douvres ils joignent d’abord Freetown puis embarquent à bord d’un voilier afin de rejoindre leur destination finale. Au cours du voyage, les marins se mutinent contre leur capitaine, les époux Clayton se contentant d’être spectateurs passifs, quoi que ressentant un sentiment plutôt favorable envers les rebelles. Les marins prennent le commandement du navire et déposent le couple sur une plage de la côte africaine avec tous leurs bagages.

John Clayton, malgré son ignorance en bricolage, parvient au fil des semaines à construire une cabane, l’aménageant au fur et à mesure. Alice est enceinte et il faut prévoir la naissance du bébé. Les débuts se déroulent relativement bien mais la nuit ils entendent des bruits de fauves. Un jour Clayton est attaqué par un anthropoïde gigantesque et il se défend comme il peu à l’aide d’une hache. Heureusement Alice abat le singe avec un fusil. Elle s’évanouit sous le choc de la peur mais lorsqu’elle reprend conscience Clayton se rend compte que son cerveau a été tourneboulé par l’incident. La nuit même elle accouche d’un garçon prénommé John. Un an plus tard, Alice s’éteint dans son sommeil, et Clayton est prostré. C’est le moment choisi par de grands singes, probablement des chimpanzés, pour investir la clairière et s’introduire dans la cabane. Kala, la guenon qui vient de perdre son bébé singe suite à une bagarre entre les anthropoïdes, dépose le petit corps et récupère John Clayton III. Elle le nourrit et l’élève malgré l’hostilité de ses congénères. Tarzan, c’est le nom qui lui sera donné, passe sa jeunesse au milieu des singes, calquant son mode de vie sur eux, insouciant, grandissant en force et en sagesse. Alors qu’il a dix ans environ, il découvre la clairière de ses parents naturels et découvre des livres, des photos, des écrits, son père ayant tenu un journal manuscrit. En se mirant dans l’eau d’un lac il se rend compte également que physiquement il ne ressemble pas à sa mère adoptive et à ceux qui composent le groupe d’anthropoïdes.

Les livres recueillent un vif intérêt auprès de l’enfant, surtout un abécédaire illustré. A force de volonté, Tarzan parvient au fil des années à apprendre à lire et à écrire l’anglais en lettres d’imprimerie. Le véritable autodidacte qui malheureusement ne sait pas parler. Il ne parvient à s’exprimer que dans le langage de ceux qui l’ont élevé, poussant son fameux cri lorsqu’il réalise un exploit, tuant un animal, le plus souvent plus impressionnant que lui, pour se défendre ou se nourrir. Les années vont passer. Des Noirs obligés de quitter leur territoire vont s’installer près de celui des grands singes, puis des hommes blancs, accompagnés d’une jeune femme, Jane Porter, vont être débarqués sur la plage.

 

Burroughs.jpgTout comme dans le premier épisode de la saga de John Carter, héros de la série du cycle de Mars, cette histoire est transmise par une tierce personne qui remet un vieux manuscrit au narrateur. Une pratique courante également chez d’autres romanciers de cette époque, fin du XIXe début XXe siècle. Et le lecteur retrouve bon nombre de thèmes chers à ces auteurs spécialistes en littérature d’évasion. Le thème de l’homme qui suite à une mutinerie ou un naufrage est déposé sur une plage et est obligé de se débrouiller seul ou presque pour survivre et qui composent une longue lignée de Robinsons. Autre thème abordé, celui du trésor enfoui sur une plage ou ses environs. Enfin l’Afrique, qui n’a pas encore dévoilé tous ses secrets, recèle bien des trésors. Il est d’ailleurs facile de comparer certains thèmes de la saga africaine de Tarzan à l’inspiration de Henry Rider Haggard pour l’écriture antérieure des volumes consacrés à ses personnages que sont Allan Quatermain et She. Les conditions changent, leur exploitation est différente, afin de donner un peu plus de saveur à chaque intrigue développée. Mais le retour à la vie urbaine, à la civilisation, est parfois difficile pour ceux qui ont connu et été élevés dans la sauvage liberté.


Le narrateur ne peut pas tout expliquer. Alors il élude. Il (Tarzan) était devenu l’ami de Tantor, l’éléphant. Comment ? Ne me le demandez pas. Mais c’était chose connue des habitants de la jungle.

Edgar Rice Burroughs n’échappe pas à la caricature lorsqu’il décrit les Noirs qui sont obligés de quitter leur village et s’installer hors de leur base. Leurs dents jaunes étaient limées en pointe et leurs lèvres épaisses ajoutaient à la grossièreté et à la bestialité de leurs traits. Une pratique courante à cette époque chez pratiquement tous les romanciers, mais également dans les arts musicaux. Souvenons nous des minstrels, ces artistes blancs américains qui se maquillaient, se fardaient en Noirs et interprétaient chants, musiques, danses, des spectacles dans lesquels les Noirs apparaissaient comme ignorants, stupides, superstitieux, joyeux, et doués pour la danse et la musique. Mais plus loin Edgar Rice Burroughs écrit une vive diatribe envers les Blancs qui obligent les autochtones, les indigènes avant que ce mot soit associé à une connotation péjorative, à s’essaimer vers d’autres contrées. L’hostilité de ces cruels sauvages s’aggravait du souvenir poignant des atrocités, plus cruelles encore, qu’avaient pratiquées contre eux et les leurs les officiers blancs de Léopold II de Belgique, cet hypocrite dont la barbarie leur avait fait quitter l’Etat indépendant du Congo et avait réduit à de misérables vestiges ce qui avait été naguère une puissante tribu.

A la fin du premier volume de la saga de Tarzan, notre homme de la jungle est confronté à la civilisation américaine. Mais cela ne peut durer, l’appel de la forêt, de la liberté, sont plus forts que tout et il retourne là où il est né, en compagnie de Jane et connait d’autres aventures toutes plus trépidantes les unes que les autres. Un fils va naître, il sera amené à vaincre de nombreux dangers, qui ne sont pas uniquement dus aux fauves. L’Afrique mystérieuse est pleine de charme et d’embûches pour le plus grand plaisir des lecteurs qui retrouveront une nouvelle jeunesse.


Edgar Rice BURROUGHS : La légende de Tarzan. Editions Omnibus. Avec une préface et un abécédaire de Claude Aziza. Comprend Tarzan, Seigneur de la jungle ; Le retour de Tarzan ; Tarzan et ses fauves, Le fils de Tarzan ; Tarzan et les joyaux d’Opar. Traductions de Marc Baudoux. 1184 pages. 29€.

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4 décembre 2012 2 04 /12 /décembre /2012 09:47

Bon anniversaire à François Barcelo né le 4 décembre 1941 !

 

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Plouffe, Plouffe, ce sera toi qui seras l’arrière-petit-fils de Théophile. Cela fait si longtemps qu’il attend un arrière-petit-fils, Théophile Plouffe, que pour fêter ses quatre-vingt-dix ans, Guillaume a décidé de lui faire un beau cadeau. Toute la famille Plouffe sera rassemblée, peut-être pour la dernière fois, mais pour les quatre-vingts ans du doyen la tante Cécile avait énoncé la même réflexion, alors il faut marquer le coup. C’est qu’il a de la ressource Guillaume à défaut d’être père.

Il « emprunte » le fils de sa logeuse, Jonathan, âgé de dix-huit mois officiellement, neuf mois officieusement, Guillaume n’en est pas à un mensonge près. Le comble réside en ce que l’arrière-grand-père lui trouve des traits de ressemblance, faut dire qu’atteint de cataracte, Théophile n’y voit plus guère. Les explications fournies par Guillaume leurrent les autres membres de la tribu et tout se passerait bien s’il n’avait l’idée saugrenue de coucher le gamin dans un tiroir de la commode qui trône dans la chambre qui lui est allouée.

Après une soirée bien arrosée, Guillaume entre dans sa chambre sans vérifier si le gamin repose toujours dans son caisson confortable puisque agrémenté de deux oreillers. Il a en tête de rejoindre sous sa tente sa cousine Marie-Laine, jeune fille au charme prometteur. Hélas il ne faut pas se fier aux apparences, et Guillaume tombera sur un bec, genre comédie de boulevard, et sera aussitôt catalogué comme dévoyé sexuel par sa parentèle. En pleine on peut se tromper n’est-ce pas ? Il subira un autre problème, outre l’affront nocturne, au petit matin. Jonathan a disparu, il n’y a plus de gamin dans le tiroir, parti, envolé, ce qui suscite une inquiétude légitime.

C’est un humour féroce qui prédomine dans ce petit roman ponctué de quelques expressions québécoises qui sentent bon le terroir. Mais ce roman aux personnages plus ou moins déjantés qui est un hommage au célèbre Fantasia chez les ploucs de Charles Williams, oscille entre deux mondes, celui de la ville et celui de la campagne, avec son lot de rebondissements propices à entretenir le suspense. Quand le hasard défie les plans les mieux préparés, ou presque, cela engendre inévitablement des quiproquos pleins de saveur. En réalité seule la couverture est sobre.


François BARCELO : Fantasia chez les Plouffe. Editions La Branche. Collection Suite Noire N° 36.

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