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10 octobre 2012 3 10 /10 /octobre /2012 12:08

Ni d'adulte, si je puis me permettre !


jeu-d-enfant.jpg

Il n’y a pas d’âge pour entrer en littérature. Certains à peine sortis de l’adolescence, ou encore enfants, pondent des textes, des romans, considérés aussitôt comme des chefs-d’œuvre, mais souvent la baudruche se dégonfle rapidement. D’autres attendent sagement et ne se découvrent un talent qu’à un âge déjà révolu, à la faveur ou à cause d’incidents affectant leur santé.

Ainsi Joseph Bialot écrit son premier roman, Le Salon du prêt-à-saigner, alors qu’il a 55 ans et se morfond à l’hôpital. Charles Exbrayat avait 51 ans lorsqu’il publia au Masque Elle avait trop de mémoire. D’autres exemples pourraient être répertoriés, mais contentons-nous de parler de l’auteur dont le roman est chroniqué ce jour : Alan Bradley. L’éditeur et d’autres sources nous précisent que cet écrivain a publié son premier roman à l’âge respectable de 70 ans. Quant aux romans, la série Flavia de Luce, ils peuvent être confiés aux mains et aux yeux d’enfants innocents dont la tranche d’âge est estimée entre 8 et 95 ans.

Je gisais, morte, dans le cimetière.Ainsi débute cette histoire, une phrase qui rassurons-nous n’est qu’une rêverie de gamine. Flavia de Luce, dont le père est autoritaire, dont les deux sœurs, Daffy alias Daphné et Fély, Ophélia, plus vieilles qu’elle, se montrent infectes à son égard, et sa mère est décédée alors qu’elle n’était encore qu’une enfant. Comment voulez-vous que dans ces circonstances Flavia ne se laisse pas aller à des pensées morbides ? Flavia n’est pas tout à fait morte puisqu’elle ressent les affres de la faim. Et c’est ainsi que parcourant le cimetière elle découvre entre les stèles, à plat-ventre sur une tombe, une jeune femme pleurant. Rien de bien grave affirme Nialla, juste que tout va mal, qu’elle s’est disputée avec Rupert et que la camionnette est tombée en panne. Rupert Porson est marionnettiste, une célébrité télévisée parait-il, mais en 1950 peu de personnes sont adeptes de cet écran à domicile, et encore moins à Buckshaw le village où habite Flavia.

Bref, Rupert est marionnettiste et Nialla son assistante. Rupert, contrairement à Nialla, n’est pas un Apollon. Grosse tête, physiquement, et boiteux, il a une jambe appareillée, il cultive également l’agressivité à l’encontre de Nialla. Et selon toutes apparences ils ne vivent pas dans l’opulence, obligés de se déplacer de village en village et assurer leurs prestations à bord d’une camionnette déglinguée. Le recteur de la paroisse leur propose de donner deux manifestations, l’une enfantine et l’autre destinée aux adultes deux jours plus tard. Pauvre mais digne, Rupert accepte cette transaction qui n’est pas une simple obole.

Le père de Flavia est un philatéliste acharné, Daffy est passionnée par la littérature fantastique et d’épouvante ainsi que par la poésie, Fély n’est préoccupée que d’elle-même. Flavia est férue de chimie et comme l’un des membres de sa famille possédait un petit laboratoire, elle engrange les expériences. Vive, intelligente, aventureuse, curieuse, chipie, Flavia traînaille volontiers et est toujours prête à donner un coup de main, surtout aux personnes étrangères à sa famille. C’est ainsi qu’elle accompagne Rupert et Nialla sur le chemin qui doit les conduire chez un garagiste, qu’elle aperçoit Meg la folle, une vieille femme attirée par les objets métalliques comme le poudrier miroir de Nialla, qu’elle se rend à la ferme de Culverhouse dont la fermière à quelque peu perdu la tête depuis que Robin son fils âgé de six ans a été retrouvé pendu dans la forêt cinq ans auparavant. Et puis il lui faut aller chercher à la gare Tante Félicie la grincheuse, renseigner Mutt Willmott qui se présente comme un producteur à la BBC, épier Gordon le père de Robin se disputer avec Rupert, et bien d’autres occupations encore comme parler avec Dieter, un ouvrier allemand qui travaille à la ferme de Culverhouse et arbore fièrement son costume d’ancien prisonnier de guerre. Heureusement elle a Gladys, sa bicyclette, qui lui permet de se rendre partout même là où il ne faudrait pas.

Elle assiste à la première représentation de Jacques et le haricot magique et tout le monde est subjugué par la dextérité de Rupert et son ingénieux système électrique pour faire évoluer les décors. Seul point qui la choque, la marionnette figurant Jacques ressemble trait pour trait à Robin. Et lors de la seconde représentation, les adultes qui n’avaient pas assisté à la première sont tout autant bouleversés. Certains même quittent la salle. Et lorsque le géant articulé Gallingantus doit s’écraser sur la scène, c’est Rupert qui tombe, mort, apparemment électrocuté.

Pour Flavia de Luce, il s’agit de relever un défi. Comprendre ce qu’il s’est véritablement passé ce soir-là et en remontant le temps démontrer que Robin ne s’est pas pendu. Une forme d’orgueil qui la pousse à vouloir battre l’inspecteur Hewitt sur son terrain. Comme je l’ai déjà écrit, Flavia est vive, intelligente, aventureuse, curieuse, chipie, mais également intuitive, prompte à la déduction, et surtout elle peut interroger innocemment les divers protagonistes, faculté que ne possèdent pas les policiers qui doivent enquêter selon les éléments qu’ils détiennent. On ne se méfie pas souvent assez de petites filles de bientôt onze ans à la langue pendue et qui sait tirer les vers du nez sans avoir l’air d’y toucher.

 

Publié dans une collection jeunesse, probablement parce que l’héroïne est une gamine, ce roman est tout autant destiné aux adultes qui pourront réviser leurs cours de chimie et porter un autre regard sur des enfants apparemment normaux, et qu’on traite comme tels alors qu’ils possèdent un QI nettement supérieur à la moyenne. Mais les sœurs et le père de Flavia ne la considèrent que comme un élément négligeable, sur laquelle ils peuvent passer leur humeur, ce en quoi ils ont tort. Une série qui lorgne du côté de Sherlock Holmes tout en gardant une fraicheur juvénile.

 

 

Alan BRADLEY : La mort n’est pas un jeu d’enfant. (The weed that strings the hangman’s bag – 2010). Traduit de l’anglais (Canada) par Hélène Hiessler. Collection MSK, éditions du Masque. Septembre 2001. 384 pages. 17,30€.

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9 octobre 2012 2 09 /10 /octobre /2012 15:36

Down by the river…

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Et on the road again ! A bord de ma Ford Mustang 67, je traverse les états du Sud, un nouveau voyage de noce avec ma femme Rosa. Dans l’habitacle résonne en boucle Down by the river…

A l’Ouest toute ! A l’Ouest rien de nouveau a écrit un romancier, je ne sais plus qui. Il avait dû mettre sa boussole à l’envers, il y a toujours quelque chose de nouveau à l’Ouest.

Le désert. Clovis direction Gallup. Derrière nous Albuquerque où j’ai mangé seul mes enchilaladas, à peine touché à mon cheese-cake à la framboise et bu mon café. Seul à table. Rosa n’avait pas daigné m’accompagner. Faisait sûrement la tête, ou alors trop fatiguée. Pourtant elle devait avoir chaud. La Mustang n’est pas climatisée.

D’ailleurs elle dort beaucoup je trouve. Mais on échange quand même des paroles. Enfin c’est surtout moi qui alimente la conversation. Au moins elle a la politesse de ne pas m’interrompre. Elle a peut-être la tête ailleurs.

Faut avouer que depuis Atlanta, j’ai pas traîné en route. Petits villages, bourgades miteuses, banlieues de grandes villes, rivières rocailleuses, stations-services décrépîtes, prairies, pipelines, désert…

Mississippi, Arkansas, Oklahoma, Texas…

Mississipi. Nous nous sommes arêtes à Verona. Oui, Verona, comme Vérone, la cité des deux amants. On y a passé la nuit dans une remise à outils transformée en chambre. D’amour ? Non, de repos. Avec entre nous deux des barquettes d’ailes de poulet grillées. A propos de poulet, on a rencontré des flics sur la route. Je leur ai grillé les ailes. N’avaient qu’à pas se pencher par la portière et à renifler les cheveux bruns coiffés en lourde tresse de Rosa.

Désolé, pas le temps de parler plus longtemps, donnez-moi l’addition, Rosa m’attends, j’aime pas la savoir seule…

Musique country en fond sonore, blues à l’âme, Neil Young en témoin improvisé de la longue glissade de la Ford Mustang 67 vers l’Ouest…

Just married !

 interstate-40-map.gif


Young trip est une road story façon Sailor et Lula, en moins juvénile, en moins insouciant, en plus ramassé. Le narrateur est mature et pourtant il se conduit comme un gosse qui se marie pour la seconde fois avec la même femme. Il effectue un pèlerinage en quelque sorte, une pénitence, une réparation, une mortification. Mais il ne faut pas se fier aux apparences. Et comme si l’attention du lecteur devait être détournée, afin qu’il ne réfléchisse pas trop et décide lui aussi de prendre la route, les photos de Lesia Pieti s’imposent, reconstituant à leur manière l’histoire. Un bel ouvrage dont les pages noires reflètent l’état d’esprit du narrateur et dont l’iconographie apporte une sensation de légèreté. Une page de texte, une page photo, le chaud et le froid qui souffle sur la route I-40, parallèle à la mythique 66 durant de nombreuses centaines de milles. Mais il est dommage que ce roman-nouvelle soit si court… Quoique ce ne soient pas le nombre de pages qui donne sa valeur… littéraire à un texte.


Jean-Pierre ARRIO & Lesia PIETRI : Young trip. Collection Nera, éditions Albiana. 64 pages. 9€.

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9 octobre 2012 2 09 /10 /octobre /2012 06:44

Est-ce parce qu'il habite à Montrelais, que Michel Amelin s'est décidé à nous les dévoiler ?


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Chroniqueur de la première heure à La Tête en noir, mais également à des revues comme Enigmatika, 813, aux Almanachs du crime de Michel Lebrun, auteur pour la jeunesse chez différents éditeurs, dont Rageot, Nathan, Bayard (la série des Polars Gothiques), Prix du roman policier du festival de Cognac 1989 pour Les jardins du casino (Le Masque), Michel Amelin s’est trouvé une nouvelle voie : la construction de boites judiciaires.

Avec ses « Boîtes Judiciaires », il poursuit son travail sur la fiction et sur la réalité. Passionné par l’ambivalence de l’indice, il veut mettre en place une réflexion sur la photographie et l’objet, trouver une voie entre le mot et l’image, sur le dit et le non-dit, sur le secret de famille et surtout sur l’interprétation.

Des objets à accrocher dans son salon, mais qui sont également proposées pour des expositions dans des festivals, des salons du livre, des libraires.

Mais que sont ces boites judiciaires ? Cela vaut bien une petite présentation :

 

Les boites judiciaires en kilogrammes et centimètres 

Toutes les boîtes sont en chêne, protégées par une vitre, d’un format 33x33cm, prof. 8,5. Piton à l’arrière, poids 2,8 kg environ.


boitelacaveBoîte judiciaire n° 17 – L’affaire Lacave
C’est son mari qui l’avait tué. Elle devient folle.


 

 

 

 

 

 

 

Le concept des boîtes vitrées :

Pour Michel Amelin, la boîte vitrée est un réceptacle qui renvoie aux souvenirs des ex-voto, aux boîtes d’entomologie poussiéreuses. À l’intérieur, ne peuvent se trouver que des reliques.
Chacune constitue un univers particulier à l’aide d’éléments disposés comme dans un fond de tiroir oublié. Photographies, documents manuscrits, tissus, objets ternis, rouillés, vieilles poupées, insectes, animaux, fourrures, fleurs, bijoux, armes.
Il y a une première lecture esthétique.
Une légende est collée dessous. C’est une histoire criminelle. Cette légende implique une deuxième lecture de l’intérieur de la boîte par une nouvelle mise en relation de tous les éléments.

 

boitelandru.jpgBoîte judiciaire n° 27 – L’affaire Landru
Son jardin secret.

Ici, par exemple, cette œuvre est constituée de terre, de poupées d’époque, d’une carte d’origine représentant la maison de Landru à partir du champ d’en face. C’est aussi une réflexion sur le mystère de la disparition des treize victimes attribuées à Landru. Il était impossible de les brûler dans la fameuse chaudière. De là cette hypothèse du démembrement et de l’enterrement dans le champ.

 

Indices : fictions et réalités 

Chaque photographie, chaque objet, chaque document est authentique et unique.
Il est indéniable que, dans notre inconscient, toute photographie est une preuve. Par là même, par glissement, tout objet présenté à côté devient indice réel.
Le spectateur est dérouté par l’interprétation qu’il est obligé de faire. Il est face à un univers soigneusement clos, semble-t-il, depuis de longues années. C’est ce flottement qui intéresse Michel Amelin, ce moment diffus où l’esprit fait défiler toutes les histoires oubliées, toutes les impressions remontant à l’enfance, et surtout toutes ces questions sur le vrai et le faux, la fiction et la non-fiction.


boiteFrancis.jpgBoîte judiciaire n° 32 – L’affaire Francis
Sa dernière cartouche fut pour sa femme.

Crimes 

L’ensemble de la boîte présente le « avant », la légende raconte le « après ». Ce pourrait être des ex-voto de justice, dans le sens où chaque affaire (the case) est close et le coupable désigné par les preuves disposées dans la boîte. Justice a été rendue. Cette boîte serait ainsi l’œuvre naïve d’une sorte de greffier depuis longtemps disparu.
Comme dans un roman policier, la mort y est ici centrale mais domptée par la structure même de la boîte. Par le symbolisme de ses éléments, elle se donne seulement à lire d’une autre façon.


boitesaintclare.jpgBoîte judiciaire n° 39 – L’affaire Saint-Clare
Le garagiste montre l’endroit où l’infirmière a été sauvagement énucléée.

Les Boîtes Judiciaires de Michel Amelin utilisent souvent des animaux symbolisant un élément physique ou psychologique du crime (statuettes, squelettes, fourrures, peaux, morceaux ou animaux entiers séchés ou naturalisés).


Envie d’en savoir plus ?

Retrouvez l’univers de Michel Amelin sur le site des Boites Judiciaires : http://lesboitesjudiciaires.fr/ et sa bibliographie sur http://michel.amelin.pagesperso-orange.fr/. 

Bon voyage

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8 octobre 2012 1 08 /10 /octobre /2012 14:03

L’année des méduses.

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Acquargento, quelque part dans le Cap Corse. Cela fait tout drôle d’y revenir vingt ans après. La vieille maison abandonnée a souffert, comme l’on dit, des outrages du temps. Il va falloir tout nettoyer, réparer, se débarrasser des bricoles qui étaient déjà hors d’usage ou qui se sont détériorées, les jeter ou les brûler, se réapproprier l’endroit, l’assainir. Mais pour l’instant ce sont les souvenirs qui affluent en masse et vous oppressent, l’accrétion de votre mémoire se focalise sur un petit canard mécanique au duvet râpé, mité, rouillé, grippé, retrouvé dans un placard.

La dernière fois que vous êtes venue à Acquargento, vous aviez seize ans, une apparence d’adolescente gothique androgyne, un peu rebelle. Durant sept années à la même période vous débarquiez dans cette maison, installée dans la routine. Vous étiez entourée d’un père qui passait ses journées à retaper l’intérieur, à monter des murets, à décliner le jardin en terrasses successives, d’une mère occupée à soigner ses fleurs, ses arbres fruitiers, à préparer des conserves, des confitures.

Vous ? Vous étiez seule, baladeur sur les oreilles, Nick Cave et quelques autres en boucle, descente à la plage située cinq kilomètres plus loin, plus bas.

Vous aviez neuf ans lorsque vos parents se sont entichés de cette maison perdue dans la nature. Avant, les vacances estivales, deux mois, s’échelonnaient de location en location. Et puis le coup de foudre et tous les ans, voiture bondée de cartons emplis de vieilleries, on ne sait jamais, cela peut toujours servir, direction Acquargento, sa chambre bleue, sa chambre jaune, sa chambre rose, la vôtre. Puis vous avez demandé à investir une pièce dans les combles, avec une vue magnifique sur la mer. Un régal pour vos yeux d’artiste, vous qui aimez reproduire vos impressions à l’aide de crayons, de fusains.

L’année de vos seize ans, bouleversement dans les habitudes. Votre sœur Hélène débarque à l’improviste accompagnée de sa fille Léa, un an, un bébé qu’elle a eu toute seule. Vous ne vous êtes jamais senties proches, complices. Forcément, douze ans de différence, cela compte et lorsque vous avez été en âge de pouvoir jouer avec Hélène, de passer vos vacances ensembles, votre sœur était partie afin de suivre des études d’infirmière, ici, là, ailleurs, déménageant sans cesse.

Et vous, Anna, vous avez poussé seule, entre deux ou trois copines, des cours de danse, même pas d’amoureux pour relever, pimenter vos journées. Petit coquelicot fragile monté en graine, déjà fané.

L’intrusion d’Hélène possède un avantage non négligeable, car la petite Léa vous conquiert et vous adopte immédiatement sans que vous soyez obligée de bêtifier. Un grand sourire franc, ravageur, de petits bras potelés qui se tendent vers vous, une démarche pataude lors de crapahutages sur la terrasse recouverte de dalles de pierre posées de guingois, ou sur le sable. La surveiller lorsqu’elle approche trop près de l’éboulis, là où le muret n’est pas fini d’être édifié, ne pas trop s’éloigner.

En arrivant Hélène s’est répandue en récriminations, critiquant le danger potentiel de l’éboulis, des murets, des prises électriques, de l’escalier, tout un tas de récriminations dont vos parents sont forts marris. Après tout c’est Hélène qui s’est invitée ! Vous vous posez des questions, car enfin, Hélène, pourrait s’en occuper un peu de Léa, au lieu de farnienter au soleil.

Un vrai contraste vous deux. Vous, Anna la gothique filiforme, elle Hélène la bimbo blonde aux chairs épanouies. Et puis Hélène ne s’adresse à vous que pour vous balancer des piques, des paroles blessantes, dégradantes. Jamais de gentillesse. Vous êtes comme chat et chien et les parents qui ne se rendent compte de rien, ou qui ne veulent pas, trop occupés à vaquer ici et là, et le père à cuver le soir les quelques bières ingurgitées de trop dans la journée.

Il fait chaud, très chaud, et Léa attrape un rhume, une rhino, une bronchite, quelque chose comme ça. Alors Hélène l’infirmière s’affole, sans s’affoler, se rend chez le médecin, un jeune homme très bien, achète les médicaments prescrits, le rôle normal d’une maman poule. Sauf que vous êtes quand même étonnée lorsque vous découvrez, par hasard, en fouillant dans la valisette de toilette d’Hélène, mais était-ce vraiment fouiller, que la pharmacopée est toujours dans ses emballages intacts. Seule la bouteille de sirop antitussif est largement entamée. Un premier incident suivi d’autres dont celui de la méduse. Les voisins de plage avaient prévenu, mais Léa s’était éloignée seule vers l’eau. Une méduse s’est amusée à la chatouiller, Hélène à brailler et vous Anna êtes restée médusée.

Un drôle d’été que cet été de vos seize ans, et ce n’est pas le bel éphèbe, Italien ou Russe, accompagné d’une femme nettement plus âgée que lui, mutiques tous les deux, qui fixent l’horizon, qui va colmater les brèches qui s’installent dans votre cerveau quant au comportement versatile, lunatique, de votre sœur. Comme si elle possédait deux personnalités, comme si elle jouait un double rôle de spectatrice et de mère éplorée.

Oui, un drôle d’été, l’année des méduses, et du petit canard mécanique au duvet râpé avec lequel jouait Léa.

 

A découvrir, si vous le souhaitez, l'avis de Pierre sur Black Novel.


Marie Neuser : Un petit jouet mécanique. Editions L’Ecailler. 160 pages. 17€.

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8 octobre 2012 1 08 /10 /octobre /2012 07:22

Ma grand-mère avait coutume d’affirmer d’un ton docte : La vengeance est un vilain défaut, mais pas les pruneaux ! 


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Le soi-disant rabbin qui prend régulièrement le train de Lyon à Mâcon depuis quelque temps agit-il en se référant à cette maxime ? Selon toute vraisemblance. Il abat Bonnelli, un parrain corse basé à Lyon et effectuant régulièrement des voyages afin de récupérer l’argent de ses différents clubs de jeux, dans un esprit de vengeance. Il tue d’abord le garde du corps de Bonelli puis loge dans les rotules et les coudes de Bonnelli des pruneaux non dénoyautés à l’aide d’une arme à feu. Et comme si cela ne suffisait pas il arrose d’essence l’homme encore vivant puis il met le feu. Pour la commissaire Antonia Arsanc, patronne pour le moins atypique de la Brigade de Recherche et d’Intervention lyonnaise, ce n’est qu’un règlement de compte entre mafieux et ses soupçons se portent sur deux hommes : le Turc Refik, commerçant hallal doublé d’un trafiquant de drogue, d’armes et d’êtres humains, et Weinstein, qui bosse dans l’immobilier et le proxénétisme. Des façades sérieuses qui cachent des activités illégales, des malfrats notoires jamais inquiétés.

Tandis qu’en compagnie de son adjoint Milos, d’origine croate et qui rêve d’intégrer la prestigieuse école de Saint-Cyr-au-Mont-d’Or, elle se rend chez la veuve de Bonnelli, une amie de longue date et rencontre son fils Tino, puis se confronte à Weinstein dans ses bureaux, le rabbin continue ses méfaits à Nice. Le même procédé est perpétré envers Bribal, un ancien magistrat ayant exercé en Bourgogne. Théoriquement la première enquête est confiée à la Police Judiciaire de Mâcon, mais à cause probablement des implications nébuleuses qu’elle présuppose, Antonia Arsanc, afin d’arriver à ses fins, joue le jeu dangereux de la manipulation, aussi bien dans son service qu’auprès des divers protagonistes évoluant dans le milieu lyonnais. Des dommages collatéraux sont recensés, des dossiers sont exhumés, dont l’un qui date de dix ans, l’incendie d’une boîte de nuit dans les Dombes provoquant une quinzaine de victimes. Un autre dossier traite d’un camion affrété en sous-main par Refik et contenant des clandestins. Refik s’en était sorti les mains blanches mais pas les clandestins, morts de froid dans les Alpes.


Les journalistes, et plus particulièrement Camille Gouttevent, s’en donnent à cœur joie. Les informations n’ont pas filtré et les échotiers s’en prennent volontiers aux policiers, dénonçant leur incurie supposée. Sur la toile, des membres d’un forum de discussion échangent leurs points de vue, et certains ont assisté en partie aux événements. Tous ont remarqué la présence d’un rabbin sur les lieux. Pour le juge Romaneuf qui suit les échanges entre internautes et parfois y met son grain de sel, nul doute que Gouttevent puise ses infos à des sources plus ou moins fiables.


Antonia Arsenc, personnage atypique écrivais-je, se distingue par quelques particularités dont la moindre est de fumer la pipe. Son mari Jacques est décédé dans un accident de la circulation quelques années auparavant, mais pour elle il est toujours vivant. Elle s’adresse en pensée à l’homme de sa vie, sous forme de comptine. Jacques a dit… Elle a aussi la propension de tout ramener aux insectes, à leur utilité dans la biodiversité, dans leurs mœurs, dans leur comportement. C’est ainsi qu’elle surnomme tous ceux qu’elle est à même de côtoyer de tique, de taon, de cancrelat, de bousier, de mille-pattes, de doryphore, et autres appellations entomologiques.

Elle s’adjoint Milos avec peut-être une arrière-pensée, se heurte souvent à l’un de ses subalternes, Pascal Carchoz, n’hésite pas à provoquer Gouttevent. Sous couvert d’exercer sa profession de fouille-merde en exhibant un pseudo code de déontologie vis-à-vis des lecteurs lambdas, il s’exprime en termes racistes plus ou moins tranchés, soufflant sur les braises. Heureusement d’autres combattent ce genre de prise de position pour le moins nauséeuse.

Les étrangers sont le fond de commerce de politicards ambitieux. Leurs discours alarmistes ont réveillé la Bête. C’est leur faute si l’on ne parle plus que d’insécurité, comme si elle n’avait pas toujours existé.


Donc haro donc sur le racisme ordinaire, mais c’est aussi une véritable diatribe contre la peine de mort, que beaucoup de monde aimerait voir remettre au goût du jour. Un avocat s’insurge contre cette peine de mort, pourtant abolie mais que d’aucuns réclament en pensant que cela refroidirait les ardeurs des assassins : Trancher une tête est un acte doublement barbare. Primo, tuer un tueur, c’est être aussi tueur que lui. Secundo, puisque sa mort est préméditée, son exécution est un assassinat… En vérité, croyez-moi : condamner un homme à réfléchir sur ses crimes est nettement plus sévère que de l’envoyer à l’échafaud.

Mais cette prise de position, humaine, ne conduit-elle pas à exercer une vengeance soigneusement préparée ?


Le propre d’un écrivain, d’un romancier, est de savoir se renouveler dans son écriture, dans ses intrigues, ne serait-ce que par respect avec lui-même et envers ses lecteurs. Philippe Bouin dans son nouvel opus le réussit à merveille, transposant son histoire non plus dans l’univers feutré d’une province mais au cœur de la police lyonnaise. Tiens, ça vous rappelle quelque chose ? Outre l’intrigue débordante de créativité, machiavélique à souhait, dont les ramifications sont aussi obscures, ténébreuses que les traboules de la capitale des Gaules, Philippe Bouin ne rend pas compte d’une histoire intimiste et familiale mais se plonge dans les fondements d’une institution censée protéger le quidam mais qui, parfois pour arriver à un résultat, use de moyens peu scrupuleux.

 

A lire du même auteur :  La gaga des traboules,  Comptine en plomb et  Paraître à mort.


Philippe BOUIN : Va, brûle et me venge. Editions Archipoche N° 235. (Réédition de l’Archipel.-2011). 320 pages. 7,65€.

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7 octobre 2012 7 07 /10 /octobre /2012 14:06

My name is Moore, Roger Moore !

moore-copie-1.jpg


“ Le 14 octobre 1927, peu après minuit, Lily Moore, née Pope, mit au monde un petit garçon de 58,4 centimètres à la maternité de Jeffrey Road, dans le quartier de Stockwell, au sud de Londres. Georges Alfred Moore, mon père, agent de police au commissariat de Bow Street, avait vingt trois ans. Ça, c’est qu’on m’a raconté. J’étais bien évidemment trop jeune pour me souvenir d’un jour aussi capital que celui de ma naissance. Je fus baptisé Roger Georges Moore et restai fils unique. Dès leur première tentative, mes parents avaient atteint la perfection. A quoi bon recommencer ? ”

Ces premières lignes de la biographie de Roger Moore donnent le ton. L’humour est omniprésent dans le voyage organisé de ses vies. Vies familiale et cinématographique, petits accrocs et grandes joies qu’il aborde avec tact. Le personnage des séries télévisées ou de cinéma ressemble à l’homme. Elégant, raffiné, charmeur, quelque peu aristocrate, il privilégie la distinction aussi bien en paroles qu’en actes mais surtout il se conduit en gentleman. Il se campe avec autodérision, et narre avec une jubilation certaine les blagues d’adolescent pré pubère dont ses partenaires subissent les conséquences. Lorsqu’il a été trop loin, il reconnaît son erreur et se promet de ne plus recommencer. Il ne dit jamais de mal de tous ceux qu’il a pu côtoyer au cours de sa carrière. D’ailleurs il affirme “ J’ai toujours pensé que si l’on a rien de gentil à dire sur quelqu’un, il vaut mieux se taire ” (page 279). L’élégance même vous dis-je.

Le père de Roger, qui était un acteur amateur doué, aimait mettre en scène des pièces de théâtre et réaliser les décors. C’était également un bon musicien et un magicien tout à fait honorable. Et comme il aimait aller au cinéma en compagnie de sa famille, tout était réuni pour que le jeune Roger trouve sa vocation. Pourtant les débuts sont assez difficiles. Il travaille dans un studio d’animation, monte sur les planches, au théâtre des armées notamment en Allemagne durant son service militaire, puis fait de la figuration, de la doublure. Comme il faut assurer sa subsistance, il pose comme modèle pour des catalogues de tricots. Il joue de petits rôles et obtient un engagement pour interpréter Ivanhoé. C’est le début de sa carrière de Serial Actor. Suivront Le Saint assurant une certaine notoriété internationale puis Amicalement vôtre, série avec Tony Curtis, la consécration. Manquait à sa carrière de vrais premiers rôles dans des films de grand spectacle. La série des James Bond y pourvoira. Roger Moore sait aussi se montrer humaniste et les derniers chapitres, parfois poignants, de sa biographie le démontrent. Sous la carapace se révèle un homme engagé, sous la houlette de Audrey Hepburn, et milite depuis plus de quinze ans dans le cadre de l’Unicef. L’épilogue illustre le caractère facétieux de Roger Moore qui conclut par une pirouette : “ …On m’a souvent demandé quelle serait mon épitaphe. La réponse est simple. Comme je n’ai pas l’intention de mourir, je n’en aurai aucune ! ”

Plus qu’une biographie, c’est une belle leçon d’optimisme et de philosophie.

 

Roger MOORE: Amicalement vôtre ; mémoires. Editions Archipoche. 450 pages. 8,65€. Avec la collaboration de Gareth Owen. Traduction de Vincent Le Leurch, Bamiyan Shiff et Christian Jauberty. (Réédition des Editions de L’Archipel, 2009). Cahier photos 16 pages.

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6 octobre 2012 6 06 /10 /octobre /2012 14:15

Les drôles d'animaux de Noé !

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Dans une ambiance noire et sordide à la James Hadley Chase, version ibérique, avec des personnages principaux qui ressembleraient à Bud Spencer et Terence Hill, le tout dans une mise en scène genre tragicomédie musicale, avec des mélodies des années 80 et une prose qui parfois se décline en vers libres, vous avez le nouvel Oyola, l’auteur de Golgotha, mais en plus fort, en plus déjanté, en plus cynique, en plus insolent, en plus ébouriffant, en plus iconoclaste.

 

Il s’appelle Ovejero, ça veut dire berger,

Mais tout le monde lui dit Perro, le chien.

Il déteste.

Le seul qui l’a jamais appelé « Ovejero » ( ?) c’est le pasteur Noé.

Respectueux Noé, il l’a toujours appelé par son nom, jamais avec mépris.

Ils se sont connus en prison, Noé le bassinait avec ses paroles et son prosélytisme à la petite semaine. Et pourtant ils ont fait équipe ensemble. A plusieurs reprises. Avant Noé était marié, puis il s’est promu pasteur, évangéliste. Mais ce n’est pas pour ça qu’il a perdu sa hargne, et tout en dégoisant la bonne parole, il garde près de lui son fidèle Pasteur Jiménez, une arme blanche redoutable qui ne sert pas qu’à bénir ses ouailles.

Car des ouailles, il en a dans la prison, le dimanche, quelques-uns qui assistent à ses logorrhées mystiques au lieu de jouer au foot dans la cour comme la plupart des détenus. Et puis il a fallu que Kitty Kat, le giton de Pombero Vega, vienne leur faire des propositions pas très catholiques. Alors Noé a protesté, et ça s’est terminé en bagarre générale avec éclaboussures de raisiné un peu partout. Juste la veille où Perro allait être libéré.

Mais faut pas croire, Noé a toujours eu envie de récolter de l’argent pour fonder son église, et Perro suit, comme un petit chien. Une idée tenace, chevillée au corps. Plus que les femmes.

C’est Noé qui a eu l’idée.

 

Gun N’Roses *

 

Juste que Madariaga Ledesma, qui a acquis une jolie petite fortune en vendant des tracteurs, lui refile un peu de blé.

Madariaga, veuf, vit avec sa mère et sa fille. Et Noé veut prendre en otage la fille et pour la récupérer le père devra leur donner une rançon. Simple non ? Seulement, cela ne se passe jamais comme c’est prévu. La poussière du chemin grippe le moteur de leur machination.

Et puis Noé est gourmand. Commence une chasse à l’homme entre les deux complices, avec quelques policiers accrochés à leurs ponchos. C’est ainsi que Perro tout en essayant de suivre la piste tracée par Noé revoit ses dernières années de galère.

Les fuites, les amours, les amis, la bande, les rixes, les empoignades avec les hommes de Pombero, les meurtres, les petites joies et les grandes souffrances.

Entre tendresse, bouffonnerie, violence, rage, vengeance, combats homériques et petites rixes de quartier, scènes d’anthologie grandiloquentes ou d’intimités émouvantes, ce roman-film est jalonné de plages musicales anglo-saxonnes ou hispaniques, dans un pot-pourri joyeux et enlevé qui va aussi bien de Bon Jovi aux Fabulosos Cadillacs, de Los Visitantes à Van Halen, des Beatles au générique du film d’animation Georges de la Jungle, de Def Leppard à Jerry Lee Lewis.

 

*Gun N’Roses, qui est le nom d’un groupe musical, signifie également en argot argentin : Espèce de gros caïd, une expression péjorative.


Voir également l'avis de  Black Novel.

 

Et n'oubliez pas de visiter le site des éditions  Asphalte afin de consulter et écouter la playlist.

 

 

Leonardo OYOLA : Chamamé (Chamamé – 2007 ; traduction d’Olivier Hamilton) Editions Asphalte. 224 pages. 18€.

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6 octobre 2012 6 06 /10 /octobre /2012 09:58

La nouvelle revue portable et mobile…

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Moshi, moshi, est la traduction japonaise de notre banal Allo, allo mais c’est également une nouvelle petite revue éclectique lancée par Nelly Bridenne, jeune et impétueuse rédactrice qui n’hésite pas à réveiller ses valeureux collaborateurs en pleine nuit afin de leur soumettre ses projets et leur extorquer des articles dont elle a besoin tout de suite et immédiatement. Lesquels collaborateurs, émerveillés par sa fougue se laissent volontiers à écrire des articles alors qu’ils ne pensaient même pas posséder un minimum de talent susceptible d’intéresser quiconque.

Les papivores qui conservent précieusement les vieux magazines, les revues anciennes, se remémorent surement avec attendrissement des titres tels que Je sais tout et autres périodiques similaires paraissant à la fin du XIXème et début XXème siècle. Nelly Bridenne reprend le principe éclectique de ces publications en proposant des articles divers et variés, qui vont du feuilleton à la recette de cuisine, du poème à des coups de gueule, de mini-portraits de littérateurs ou d’artistes plasticiens, des créations littéraires via des ateliers d’écriture, des dossiers, le tout dans un joyeux méli-mélo où la bonne humeur et l’humour règnent.

Le dossier de ce premier numéro est consacré à un thème cher à nos bambins, dont la chevelure chanvre et gominée ressemble à un peignage effectué avec du beurre frais, Noël. Mais comme tout le monde a le droit, le devoir de s’exprimer, certains osent affirmer qu’ils n’aiment pas Noël. Et ils n’ont peut-être pas tout à fait tort, sachant que le lendemain il va falloir se ruiner en comprimés facilitant la transition intestinale ou colmater les brèches dans la poupe ou la proue d’un cerveau atteint de mal de mer.

Zoom sur Gérard Forche, qui illustre la couverture, des dessins caricatures de Simon, plein de petites bricoles, avec même un bulletin d’abonnement ce qui n’est pas si idiot, un enthousiasme à tout épreuve, une furieuse envie de continuer l’aventure, que dire de plus, l’essayer c’est l’adopter !

Que reprocher à cette nouvelle gazette gazouillante ? Des articles de fond pas assez traités en profondeur ? Des billets d’humeur pas assez caustiques (pourtant ça soude) ? Non, simplement l’oubli de ces petites rubriques qui font le charme des magazines télé que les gens achètent, non pas pour les programmes, mais pour les compléments : la rubrique livres avec une reproduction de couverture, le titre, le nom de l’auteur et l’éditeur et l’avis laconique et lapidaire indispensable : Bien, à lire impérativement, bof, à éviter… les conseils du vétérinaire ou du sexologue, le jardin sur votre balcon, et pourquoi pas la citation de la semaine, les mots fléchés (pas croisés car plus personne s’intéresse aux définitions à double sens), l’astre au logis… Pas grand-chose en fait. Non, il vaut mieux rester comme ça, simple et attrayant !

Et si vous n’êtes pas encore convaincu, sachez (de levure en poudre) que vous connaissez quelques uns des signataires des rubriques précitées et dont vous lisez régulièrement les chroniques littéraires sur la toile, pas loin de chez vous.

 

Renseignements pratiques : 10€ pour 3 numéros par an (frais de port compris). 32 pages.

N’hésitez pas à contacter notre merveilleuse rédactrice à nellybridenne@yahoo.fr

 

Moshi, Moshi, la petite gazette qui monte, qui monte…

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5 octobre 2012 5 05 /10 /octobre /2012 13:11

J’approuve !

 

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Découvrir l’univers d’un écrivain, d’un littérateur impénitent et talentueux, ses obsessions, ses doutes, ses colères, ses engagements, ses relations avec ses contemporains et ses amitiés, son œuvre littéraire, critique, journalistique, épistolaire, sa façon de travailler, grâce à des mots-clés et des citations, est un défi. Cela induit de posséder une connaissance approfondie de l’œuvre, de la décortiquer, de la disséquer, de la digérer, d’en restituer l’essentiel et l’attrayant, d’en extraire les passages romanesques les plus significatifs et révélateurs, mais également se référer à des articles parus dans des journaux quotidiens ou hebdomadaires, écrits par lui-même ou en son honneur, et sa correspondance avec divers acteurs de la vie culturelle, théâtrale, picturale, sociale.

 

Selon Le vocabulaire de Zola, d’Etienne Brunet, 22 000 mots différents ont été dénombrés dans les vingt romans composant le cycle des Rougon-Macquart, cycle qui n’est que le tiers environ de l’œuvre d’Emile Zola, sans oublier les onze volumes de la Correspondance. Le présent Auto-dictionnaire en compte moins de 1 500, avec les mots de renvoi. C’est dire la gageure, et le caractère subjectif du choix – libre à chaque lecteur d’enrichir la sélection par son enquête personnelle dans cette immense réserve verbale (Extrait de Epuiser la vie, introduction en 70 pages d’Henri Mitterand).

Alors comme avec tout dictionnaire possédant un attrait ludique qui me tombe sous les yeux, et lorsque je ne recherche pas la signification exacte d’un mot ou son synonyme, j’aime piocher au hasard et découvrir par bribes. En feuilletant de façon aléatoire (ce qui ne signifie pas que je me rends dans une ville située dans le département des Deux-Sèvres) ce copieux ouvrage, le premier mot qui a accroché mon regard fut : Opinion.

Et justement, mon envie était de donner mon avis, mon opinion. Hasard, coïncidence, doigt du destin ? Nul ne sait mais penchons-nous plutôt sur ce que pense et écrit Emile Zola à ce sujet : Il n’y a pas de crime d’opinion, la liberté d’écrire doit être totale, il est d’ailleurs enfantin de croire qu’on peut la restreindre (Lettre à Anatole Le Grandais, 14 octobre 1901).

Après avoir lu, apprécié, digéré cette affirmation à laquelle je souscris entièrement, je ne pouvais quitter cette page (464) comme ça et mes yeux, remontant les lignes, sont tombés sur le mot Omnibus. Ce qui n’est nullement de la réclame pour l’éditeur mais renvoie au mot Diable. Diable, pensais-je ! Aussitôt retour arrière afin de m’imprégner de cet articulet et d’en découvrir la correspondance. Il s’agit d’un court extrait de La Curée ! Curé, Diable, rien que de très logique en somme comme association.

 

Les exemples amusants de renvois ne manquent pas. Graisse, par exemple, nous propose de nous référer à Bourgeois. Charmant raccourci, non !

Si je me suis laissé entraîner à quelques facéties linguistiques, sachez toutefois que Zola était beaucoup plus sérieux dans ses propos, sa teneur, et que des vocables tels que Politique, Anarchiste, Antisémitisme, Député, Journaliste, possédaient une réelle valeur ou signification et lui permettaient d’épancher son ire à juste raison, sans langue de bois.

Par exemple Politique : Dans la politique, comme dans les lettres, comme dans toute la pensée humaine contemporaine, il y a aujourd’hui deux courants bien distincts : le courant idéaliste et le courant naturaliste. J’appelle politique idéaliste la politique qui se paie de grandes phrases toutes faites, qui spécule sur les hommes comme sur de pures abstractions, qui rêve l’utopie avant d’avoir étudié le réel. J’appelle politique naturaliste la politique qui entend d’abord procéder par l’expérience, qui est basée sur des faits, qui soigne en un mot une nation d’après ses besoins (lettre à Yves Guyot, 10 février 1877). Aujourd’hui, quelle politique est menée ?

Anarchiste : Les anarchistes sont des poètes. C’est l’éternelle poésie noire, vieille comme l’humanité, comme le mal, comme la douleur. Ce sont des êtres de cœur, aux cerveaux de voyants, impatients du rêve. (Le Figaro, 25 avril 1892).

Antisémitisme : Mais ce n’est pas tout, le plus grave et le plus douloureux est qu’on a laissé empoisonner le pays par une presse immonde, qui l’a gorgé avec impudence de mensonges, de calomnies, d’ordures, d’outrages, jusqu’à la rendre fou. L’antisémitisme n’a été que l’exploitation grossière de haines ancestrales pour réveiller les passions religieuses chez un peuple d’incroyants qui n’allaient plus à l’église. Le nationalisme n’a été que l’exploitation tout aussi grossière du noble amour de la patrie, tactique d’abominable politique qui mènera droit le pays à la guerre civile, le jour où l’on aura convaincu une moitié des français que l’autre moitié les trahit et les vend à l’étranger, du moment qu’elle pense autrement (Lettre au Sénat, l’Aurore, 29 mai 1900).

 

Autant de citations qui pourraient être écrites aujourd’hui par des journalistes de talents, indépendants et non inféodés à un parti, à un journal d’opinion qui balance des arguments fallacieux et erronés car au bout des lignes des subsides ne sont pas négligeables. Surtout lorsque l’on entend les déclarations de telle ou telle femme (honneur aux dames) ou de tel homme politique (qui sont parfois de la même famille… politique d’ailleurs) qui attisent les ressentiments d’une couche de la population envers une autre. Et les requins qui pataugent dans la même eau fangeuse sans vouloir se déclarer vraiment d’accord, quoi que…

 

Zola n’était pas prophète en son pays, et sans être un visionnaire zola2.jpgil savait réfléchir et le bon sens, l’humanisme qu’il déployait n’ont été que coups d’épées dans l’eau. Heureusement d’autres mots se montrent plus égrillards, plus joyeux, comme baiseuse, qui est l’esquisse d’une de ses héroïnes dans le dossier préparatoire à L’œuvre.

Zola se montre entomologiste scrutateur lorsqu’il regarde, dissèque, décrit, analyse la faune urbaine et rurale de ses concitoyens. Mais il ne le fait pas avec la froideur du scientifique, il est animé, habité de chaleur, de tension, de rejet, de dégoût, d’aversion, d’humilité, d’espérance, de projets, d’indignation, de fascination, d’humanisme.

Cet ouvrage est une balade littéraire enchantement pour les neurones agrémenté de multiples compléments d’informations, comme l’arbre généalogique des Rougon-Macquart, lequel arbre permet de remonter les branches des différentes composantes de cette saga et d’y retrouver les fruits né d’amours légitimes ou non, les alliances, les fortunes et infortunes. Les personnages, les incipits (pas insipides) et les derniers mots de chaque roman dans l’ordre de parution, les mots de ce dictionnaire en douze panoramas thématiques, la bibliographie, et le qui est-qui ?, recensement de quelques contemporains de Zola ayant approchés de près ou de loin la maître.

 

Je pourrais continuer ainsi à faire l’apologie de cet Autodictionnaire, mais cela risquerait de tourner à la flagornerie de mauvais aloi, et point trop n’en faut. Personnellement, il m’a donné envie de relire certains de ces romans, les romans sociaux, d’en découvrir d’autres que j’avais dédaigné, même si jeune, disons adolescent, je me suis ennuyé à déguster les cinq fruits et légumes préconisés aujourd’hui et qui s’étalaient à profusion et à longueur de pages dans Le Ventre de Paris.

 

 

zola3.GIFLes Rougon-Macquart - Tome 1
La Fortune des Rougon

La Curée

Le Ventre de Paris

La Conquête de Plassans

 


zola4.GIFLes Rougon-Macquart - Tome 2
La Faute de l'abbé Mouret

Son Excellence Eugène Rougon

L'Assommoir

 

 

 

zola5.GIFLes Rougon-Macquart - Tome 3
Une page d'amour

Nana

Pot-Bouille

 

 


 

Henri MITTERAND : Auto dictionnaire Zola. Editions Omnibus. 864 pages. 28€.

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5 octobre 2012 5 05 /10 /octobre /2012 06:07

 Le Clay Allen... !


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Le Colonel Clay ! Voila un client sérieux ! Toutes les polices d’Europe sont à la recherche du Colonel Clay. Il est recherché à Londres, Paris, Berlin. Ainsi s’exclame le détective Marvillier auquel Sir Charles Vandrift a eu recours. Le Clay mobile comme auraient pu le surnommer ses victimes, possède la faculté d’emprunter des identités différentes et de changer d’apparence comme de costumes.

Ce voleur patenté, souvent accompagné d’une jeune femme ravissante, a élu comme victime favorite Sir Charles Vandrift, riche homme d’affaires sud-africain, qui possède des mines de diamants, des immeubles et dont les ressources financières sont immenses. Seymour Wentworth, le beau-frère de Sir Charles, lui sert de secrétaire ainsi que de confident. Et souvent les deux hommes sont la proie de cet insaisissable arnaqueur alors même qu’ils sont prévenus, expérience obligeant, et qu’ils vont être roulés dans la farine.

Tout commence sur la Riviera française, alors qu’ils sont abordés par un individu qui démontre ses talents comme voyant mexicain extralucide. Sir Charles et Seymour s’apercevront un peu tard qu’ils sont les victimes d’une supercherie qui se solde par quelques milliers de livres empochés par l’escroc. Pour le commissaire qui reçoit la plainte, il ne peut s’agir que du Colonel Clay, bien connu des services de police comme on dit, mais qui perpètre ses forfaits sans être inquiété. Décidés à partir en villégiature en Suisse Sir Charles et sa femme Amelia, Seymour et la sienne s’installent dans un hôtel luxueux de Lucerne. Ils remarquent un individu aux gros sourcils qui se prétend le représentant exclusif du gouvernement brésilien pour la vente de concessions en Haute-Amazonie. Echaudés par l’affaire précédente, les deux victimes potentielles se méfient, se demandant s’il ne s’agirait pas du Colonel Clay sous un nouveau déguisement. D’ailleurs un affable clergyman, accompagné de sa charmante épouse, leur souffle que les sourcils de l’homme pourraient bien être faux.

Il n’en faut pas plus pour attiser leurs soupçons. Le clergyman, qui dîne en leur compagnie, arbore des boutons de manchettes ornés de diamants. Sir Charles tente de lui faire croire qu’il s’agit de strass, mais le clergyman affirme que ceux-ci sont dans la famille depuis longtemps. Enfin il cède aux exigences de Sir Charles et les lui vend une coquette somme. Sir Charles pensait faire une bonne affaire mais c’est lui qui sera berné. N’en ayant jamais assez, Sir Charles décide d’acheter un château au Tyrol, et sur les indications de la camériste de sa femme, Césarine, il s’entiche d’une demeure et… bien évidemment le Colonel Clay n’est pas loin et Sir Charles se fera berner une fois de plus. Sir Charles devient de plus en plus méfiant : « Soupçonner tout le monde ne suffit pas ; on doit aussi renoncer à ses préjugés. Si l’on veut affronter une canaille de ce calibre, on doit se défaire des idées toutes faites. Jamais de conclusions hâtives, jamais ! Nous devons nous méfier de tous et ne plus croire en rien. Telle est la voie de la réussite ; et c’est celle que je compte suivre désormais ».

Malgré ces bonnes résolutions, les déboires de Sir Charles et de Seymour, qui a une petite malversation à se reprocher, ne s’arrêtent pas là jusqu’au jour où la morale est sauve. Mais il ne faut pas croire que tout est blanc d’un côté et noir de l’autre, car Sir Charles se révèle un financier retors, et ce qu’il reproche au Colonel Clay pourrait très bien lui être reproché à lui-même. « Une canaille ordinaire est parfois préférable aux plus rapaces des boursicoteurs ». Et l’épilogue est assez réjouissant, et gentiment amoral.

Je sais je suis contradictoire dans mon analyse en affirmant que la morale est sauve puis que l’épilogue est amoral, et pourtant c’est possible, vous vous en rendrez compte à la lecture de ce roman charmant, désuet, reposant, bon enfant. Il est bon parfois de lire, ou relire, des romans qui sont à l’origine d’une nouvelle forme littéraire. Ancêtre de Raflles, créé en 1898 par E. W. Hornung, et bien entendu de notre Arsène Lupin national qui lui ne fut créé qu’en 1905, le Colonel Clay, dont les aventures furent publiées en 1897, a ouvert la voie à de nombreux romanciers qui mettront en scène par la suite des émules de ces gentlemen cambrioleurs particulièrement appréciés des lecteurs. Certains s’exclameront, à n’en point douter, que certaines des aventures et filouteries ici narrées, ils en ont déjà lus des milliers, quoique ce serait exagérer, mais justement il faut rendre à Grant Allen ce qui lui appartient. Le lecteur ne doit pas oublier qu’il fut un précurseur et que de ce fait ce qu’il a écrit, décrit, imaginé, était nouveau pour l’époque.


Grant ALLEN : Les exploits du Colonel Clay. Editions Rivière Blanche, collection Baskerville n°2. 232 pages. 17€. Traduction de Jean-Daniel Brèque.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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