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20 février 2013 3 20 /02 /février /2013 15:04

Claude Mesplède à livre ouvert !

 

mesplede.jpg


Il est toujours difficile pour un chroniqueur littéraire, ou supposé tel, de rédiger un article sur un ouvrage de ses confrères, qui plus est si celui-ci est un ami. Ne va-t-il pas en faire trop ? Être trop louangeur, encenseur, flatteur, voire flagorneur ? Va-t-il se montrer objectif, impartial ?

La tentation serait, comme l’exécutent brillamment certains préfaciers, de parler de soi, au travers de l’autre, celui dont ils sont censés présenter l’ouvrage et deviennent les porte-paroles de leurs propres œuvres.

La tâche était rude mais à plume vaillante… tout est possible !

Comme la moindre des politesses, lorsqu’on arrive chez quelqu’un, exige que l’on se présente, Claude Mesplède ne faillit pas à la tradition dans un préambule en quatre volets : En bref, qui suis-je ? Ce polar qui a changé mon existence, En guise de présentation et enfin Pourquoi lire des polars ? Ce dernier étant un petit texte qui réconfortera dans leur passion ceux qui lisent des romans populaires, et pas seulement des romans policiers et qui se sentent parfois honteux face aux diatribes de pseudos intellectuels sectaires ou ségrégationnistes. Le tout est complété d’un articulet humoristique de Jan Thirion.

Ensuite petit retour arrière sur deux événements qui ont contribué à la reconnaissance de la littérature policière. Le festival de Reims de 1981 et celui houleux de 1986 relatés dans Nuits Noires et La Vie ouvrière. Si je connaissais pour les avoir vécus quelques pans de cette ultime réunion champenoise, Claude Mesplède nous en délivre d’autres. Je ne peux m’empêcher de m’immiscer dans cette chronique afin de mettre en garde les organisateurs ou futurs organisateurs de salons et festivals : surtout ne confiez pas vos intérêts à des agences de communications parisiennes mégalomanes et politisées, votre manifestation pourrait en pâtir. En 1986 au lieu du sacre de Reims nous avons connu une guerre des tranchées. Avec en apothéose l’annonce que le Grand prix de littérature policière avait été remis en catimini la veille par Alain Delon, qui toujours grand seigneur, avait été royalement rétribué pour sa prestation.

Claude Mesplède, pour qui la Série Noire reste la collection phare, celle dans laquelle il s’est imprégné, les fonds baptismaux de sa passion, nous propose une histoire de ce phénomène littéraire, avec des témoignages des directeurs (Duhamel puis Soulat) et collaborateurs directs qui étaient relégués dans une cave de l’immeuble Gallimard et officiaient en leur âme et conscience.

En avril 1985, la revue Antoinette diffusait un article intitulé La Femme dans la Série Noire. C’était l’occasion pour Claude Mesplède de démontrer que les clichés largement diffusés et entretenus de la femme fatale, garce et tout autres qualificatifs désobligeant que vous voudrez bien y accorder, n’étaient pas forcément à prendre au pied de la lettre. Les clichés ont la peau dure, comme les héros qui gravitent dans ces ouvrages, mais la Femme peut se montrer responsable, courageuse, audacieuse, lucide. Certes les stéréotypes marquent plus facilement l’inconscient, mais comme le démontre fort bien Claude, ceci n’est pas l’apanage du roman policier et l’on trouve bien d’autres exemples de ces deux facettes de la Femme en littérature générale, comme dans la vie quotidienne.

Autre article, paru dans la revue Mouvement en 2011, Du roman noir au film noir, recadre la définition même du roman noir, label qui est aujourd’hui attribué à tout et à n’importe quoi, tout comme celui de thriller d’ailleurs. Suivent quelques portraits d’auteurs et des entretiens dont je vous laisse découvrir les noms, mais sachez qu’ils ne sont pas des moindres. Suivent un florilège de chroniques parues dans la revue mensuelle Option depuis 1993, plus quelques autres écrits, disséminés ici ou là dans lesquels on retrouve la sympathie, l’amitié, l’empathie qui lie Claude Mesplède aux auteurs, et vice versa.


Ces articles ont pour la plupart été publiés dans diverses revues et il eut été dommage qu’elles restassent reléguées dans des tiroirs ou d’obscurs classeurs. Au sommaire également la nouvelle version revue et corrigée du Cantique des cantines, un Poulpe.


Hier la littérature policière se confinait dans une chapelle dédiée à quelques saints (et je pense pas uniquement à Leslie Charteris) et fréquentée par des fidèles qui le restèrent malgré les nombreux anathèmes proférés par des littérateurs jaloux ou des garants de la bonne littérature investis d’une morale élastique. Aujourd’hui, grâce à des exégètes soucieux de porter la bonne parole et d’infatigables apôtres tels Claude Mesplède, elle emplit des cathédrales. Oui la Messe plaide en faveur de cette littérature qui n’est plus obligée d’être célébrée dans des catacombes mais officie en plein air en présence d’une assemblée de plus en plus compacte et n’hésitant pas à clamer à la face du monde entier, en une ferveur communicative :

Le polar c’est vraiment la classe
on le dévore, jamais on ‘s’en lasse
Au roman noir, levons nos quarts
Vive le polar, vive le polar

Sur l’air de Vive le pinard, aimable bluette entonnée en chœur par des polardeux guillerets lors des salons et festivals.

A lire également l'avis de Claude Le Nocher sur Action Suspense


Claude MESPLEDE : 1982 – 2012, 30 ans d’écrits sur le Polar. Volume 1. Collection Court-lettrages. Editions Krakoen. 378 pages. 18€. Couverture cartonnée.

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19 février 2013 2 19 /02 /février /2013 14:13

Ce n’est pas parce qu’on est bègue qu’on n’a rien à dire !

 

ainsi-fut-il.jpg


Heureusement que ce n’est pas Luc Mandoline qui règle la note de téléphone, car son budget prévisionnel sur les dépenses de fonctionnement serait largement amputé. L’appel téléphonique émane d’Alain Corby, secrétaire particulier, qui requiert ses services suite à un décès particulier. Afin de posséder tous les éléments, sans qu’ils soient en double, sur son intervention, Mandoline demande au bègue de lui transmettre par mail ses desideratas.

Monsieur Hubert-Louis de Six-Fours, quasiment centenaire, a eu la douleur (hum !) de perdre son petit-fils Jean-Baptiste, qui approchait de la trentaine mais ne la connaitra jamais. Luc Mandoline, thanatopracteur réputé pour sa dextérité, son amour du travail bien fait, sa discrétion, est toutefois intrigué par la teneur du mail dont en voici quelques extraits consignés sur l’agenda du thanatopracteur :

Cause supposée de la mort : Hémorragie consécutive à l’arrachement des membres suite à écartèlement par quatre chevaux.

Cause officielle de la mort : Naturelle, sans OML (obstacle médicolégal). Constat de décès établi par le docteur Malo (prénom non noté), médecin de famille.

Détail supplémentaire, mais non des moindres, les frais sont entièrement à la charge de Six-Fours, accessoirement l’achat d’un costume de cérémonie neuf.

Notre ami, dans la vie, est réceptionné en la gare de Nantes par Corby, toujours hésitant oralement, puis direction le château. Les conditions de travail ne sont guère adéquates mais tant pis, faut faire avec. Le défunt a été déposé sur une table de bois disposée dans un box d’écurie. La température ambiante étant de 20° environ, le cadavre risque de se décomposer sous peu. Et puis il y a accroché sur son torse cette pancarte sur laquelle est inscrit le mot Ravaillac. Bizarre.

Malgré tout Luc Mandoline s’attelle au boulot. Il lui faut recoudre les deux membres supérieurs, et une jambe. Ils y sont allés un peu fort les bourrins, car cela ne se détache pas comme une simple traction sur une feuille perforée. Son labeur terminé, presque car il doit rédiger puis déclamer un petit discours lors de la cérémonie funéraire, Luc participe au repas qui heureusement est servi au château. Y participent, François Ferdinand, le père de Jean-Baptiste, le docteur Malo, un familier qui semble n’avoir comme patient que la famille Six-Fours, le secrétaire. Ils sont servis par mademoiselle Lacaille, qui n’est pas un perdreau de l’année comme on a l’habitude de dire (ce qui entre nous est un pléonasme un perdreau étant une jeune perdrix, mais bon, continuons), laquelle s’ingénie un peu plus tard à faire comprendre à Luc qu’elle aimerait bien lui réchauffer les pieds le cas échéant en partageant le même lit. Mais Mandoline ne joue pas sur ce terrain là. Toutefois il en apprend de belles sur le défunt. Du moins des confirmations, car Hubert-Louis n’avait pas pris de gants pour qualifier son petit-fils de bon-à-rien, de prétentieux et de béni-oui-oui, et même de fils de péripatéticienne (oui, il m’arrive de choisir mes mots et de me montrer poli). Jean-Baptiste était à la tête d’une petite bande de fils de parvenus, bande dénommée Les Chevaliers, et était un benêt, mais son père François-Ferdinand ne semble guère mieux loti.

D’autres personnages vivent au château ou dans les alentours. Le père Viala, et sa femme, l’un jardinier, l’autre cuisinière. Gilles-Gilles, aussi dix-huit ans sur l’acte-civil mais six mentalement. Et enfin, remplaçant le jardinier lorsque celui-ci est amené à voyager, Valli et Clara, deux lesbiennes qui travaillent dans un cirque comme catcheuses. Que du beau monde qu’Hubert-Louis Six-Fours, le grand-père quasi centenaire mais alerte comme un étalon, méprise quelque peu. Au fait avez-vous remarqué que les lettres des prénoms Valli et Clara étaient l’anagramme de Ravaillac ?

Mandoline requiert les services de renseignements habituels, c’est-à-dire ses amis Maxime, Elisa ou encore Franck Sauvage. Et il apparait que les femmes n’ont guère de chance dans cette famille. Deux ou trois n’ont pas survécu à des chutes de cheval.

Hubert-Louis Six-Fours, d’origine provençale, et communiste dans sa jeunesse, s’est forgé un empire immobilier grâce à une fortune gagnée selon des modalités que lui seul connait. Il a acheté des châteaux, est devenu royaliste tout en professant des idées écologiques. Il est à lui seul le drapeau italien : Vert, blanc, rouge, ou l’inverse, cela dépend du sens où on le regarde. Alors au cours de ses discussions ou plutôt de ses monologues avec Mandoline, il digresse. Beaucoup. Sur l’Etat, et tous ceux qui le représente, sur le royalisme et la monarchie. Il possède ses idées, en observateur avisé pas toujours objectif du monde moderne. Et pourtant qui pourrait avouer qu’il a tort lorsqu’il énonce : Ce ne sont pas les revenus qu’il faut taxer, ce sont les dépenses inutiles ! Ce ne sont pas les immigrés qu’il faut chasser, ce sont les ministres, les curés et leurs collègues bonimenteurs. Ou encore : Il y a bien longtemps que l’état ne décide plus de rien ! De rien ! Le pouvoir est aux mains des entreprises. Des multinationales, dirigées par des pantins que les gros actionnaires éjectent quand ils le veulent. Il y aurait peut-être même un petit côté anar dans son drapeau italien.

Un petit livre (petit par la forme et le nombre de pages), mais réjouissant en diable dont la sortie coïncide presque avec un mini scandale hippophagique, puisque des cheveux tiennent un rôle prépondérant dans l’histoire. A déguster sans arrière pensée.

A lire également d'Hervé Sard : Le crépuscule des gueux.

Et retrouvez l'auteur sur son site : Polar Mania.


Hervé SARD : Ainsi fut-il. Collection L’Embaumeur N°2. Editions Atelier Mosesu. 222 pages. 9,95€.

 

challenge régions

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19 février 2013 2 19 /02 /février /2013 10:38

Bon anniversaire à Maxime CHATTAM, né Maxime Drouot, qui a publié son premier roman sous le nom de Maxime WILLIAMS.

 

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Edgecombe, une petite ville de la Nouvelle-Angleterre, serait une cité sans histoire si un gamin n’avait pas été découvert assassiné. Cela n’empêche pas Sean, un ado de quinze ans, de s’amuser en compagnie de ses amis dans une sorte de terrain vague, non loin d’une usine abandonnée, en jouant au paint-ball. Malgré deux voyous dont la préoccupation principale est de semer la perturbation dans la petite bande.

C’est ainsi qu’un jour Warren pense retrouver ses camarades dans les caves de l’usine, et qu’il y découvre la mort sous la forme d’un étrange personnage. Sean aime aussi rendre visite à son grand-père, depuis peu installé dans une maison de retraite. Il visite le grenier et découvre un grimoire qu’il confie à Eveana pour le décrypter. Au dehors la pluie et le vent font rage et trois gros chiens hurlent. Trois chiens qui ressemblent fort à ceux que possédait le grand-père et qui s’évanouissent dans la nature. Ce vieux livre relié recèle des secrets, notamment sur la présence de l’esprit des morts sur Terre.

Sean organise une séance de spiritisme et tous sont convaincus d’un résultat probant. Seulement ils ignorent qu’ils viennent de déclencher les forces du Mal, et Edgecombe sera le tombeau d’autres cadavres. Lorsqu’ils s’en aperçoivent, il est trop tard, ils sont entraînés dans une spirale infernale.


5emeregne2.jpgEn 2003 je concluais mon article ainsi : Le 5ème règne est le premier roman d’un jeune auteur prometteur qui oscille (le roman, pas l’auteur !) entre fantastique et suspense. On retrouve les ingrédients qui font le charme des ouvrages de Serge Brussolo, de Stephen King, avec une pointe de Club des Cinq et d’Harry Potter. Mais si King se révèle parfois ennuyeux, du moins dans la première partie de certains de ses romans, si Brussolo délaisse le style pour l’efficacité (et une production abondante), Maxime Williams a su déjouer les pièges en déroulant une histoire qui va crescendo. 5emeregne1.jpg

Les temps morts sont rares, et même si l’on pense que l’auteur se disperse, les éléments servent au moment où l’on si attend le moins. Certaines scènes sont spectaculaires, quant à l’épilogue il recèle certaines surprises. A signaler que ce roman a reçu le prix du roman fantastique du Festival de Gérardmer. Pourquoi cette conclusion ? Parce que tout simplement ce roman était signé Maxime Williams, et ce roman a coonu de nombreuses rééditions. Mais ne boudons pas notre plaisir et ne soyons pas tatillon. Et depuis Maxime Chattam a enchaîné les succès.


Maxime WILLIAMS  : Le 5ème Règne. (Editions du Masque. 2003. Réédition Masque Poche 2004). Pocket sous le nom de Maxime Chattam ; juin 2006. 528 pages. 7,60€

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18 février 2013 1 18 /02 /février /2013 13:46

Le Japonais est nippon ni mauvais !

 

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Comme tous les matins lorsqu’il rentre chez sa mère, Saburo reçoit une giroflée à cinq branches assénée sur la joue par la main maternelle. C’est que madame Tetsuko Shirai n’apprécie pas les relations de son fils. Et ce jour là, elle ne faillit pas à la règle, quitte à l’embrasser ensuite. Pourtant Saburo, jeune yakusa, n’est pas seul. Il a recueilli sur le port, alors qu’il participait au châtiment d’un touriste qui n’avait rien à faire dans le quartier, une jeune fille qui semblait tout droit sortie des ondes. Il a entendu comme un bruit de bateau quittant le port.

Cette jeune fille est sale, mouillée, elle sent le poisson et il la prend pour Otohimé, la fée des profondeurs, la fille du Dieu-Dragon, le Neptune japonais des mers. Ses comparses et son responsable étaient partis, mais il ne se doutait pas qu’il était surveillé.

Madame Shirai dont la famille était fort riche, possédant des bateaux de pêche et une pêcherie, ne vit désormais que grâce à l’argent que lui ramène Saburo. Tout son héritage a été dilapidé par un mari qui était atteint d’addiction aux jeux. Mais que Saburo gagne sa vie comme yakusa ne lui plait pas. D’ailleurs des policiers viennent appréhender Saburo, ce qui nuit à sa réputation.

Au commissariat, Saburo est reçu par un jeune lieutenant remplaçant le bon commissaire parti à la retraite. Et Inoué n’est pas facile à manier. Mais comme il n’a rien de probant à lui reprocher, il le relâche tout en lui demandant d’amener la jeune fille. Pendant ce temps Madame Shirai, après lui avoir proposé de se sustenter, tente de faire parler la jeune fille mais celle-ci reste mutique. Quelques indices lui font supposer que son invitée est coréenne, ses vêtements l’attestent.

Tandis que Saburo rend compte à monsieur Wakamatsu, le chef du clan, le parrain, le père, des incidents qui se sont déroulés la nuit précédente, et accepte les reproches qui lui sont faits, prenant l’attitude de repentir dont il doit faire preuve, madame Shirai ne désarme pas. Elle parvient à lui faire prononcer son prénom, Mariko. Et en regardant l’album de photos que madame Shirai lui fait découvrir afin de l’apprivoiser, Mariko sursaute et montre du doigt un homme en s’écriant Ojii-san, ce qui veut dire (je fais une traduction en simultané) le vieil homme ou grand-père.

Miyake, surnommé Ojii-San, fut longtemps employé par le grand-père Shirai, ayant débuté comme mousse. Depuis la débâcle familiale, il vit dans un cabanon près de la mer, possesseur d’un rafiot rescapé de l’armada de pêche. Lorsque madame Shirai lui rend visite afin de comprendre quelle est la relation entre lui et Mariko, il est absent. Pas longtemps, car il réapparait, remontant d’une sorte de cave enfouie sous le sol et cachée sous un tapis.

Lorsque Saburo, persuade, après moult promesses et remontrances, Mariko de se présenter au lieutenant Inoué, celui-ci ne veut plus en entendre parler, revenant sur ses paroles et ses demandes. Bizarre ! Aussi bizarre que cette fourgonnette noire qui les suit en permanence et des Coréens qui veulent enlever Mariko.


danjiri2007_1.jpgLe tout est enrobé par l’ambiance des préparatifs pour le Danjiri, festival carnaval dont le port de Kashiwada dans la province du Kansai sert de décor.

Roman pour adolescent ? Oui, sûrement mais pour adultes aussi. Le moteur de cette histoire ne réside pas en une unième présentation des yakusas, de la politesse presque servile japonaise, ou d’une simple excursion dans l’archipel japonais. Il s’agit bien de mettre en évidence cet antagonisme Corée du Nord-Japon, de cette rivalité qui règne entre ces deux patries séparées par un bras de mer. Le Japon dont la mémoire de la Seconde guerre mondiale et ses bombardements est encore vive, alimentée par les séismes naturels qui planent en permanence comme une épée de Damoclès. Il s’agit de mettre en évidence les rivalités coréennes qui perdurent depuis des décennies et qui se traduisent par des coups bas, des coups fourrés dont l’Occident n’en connait que quelques franges.

Ainsi les enlèvements de jeunes filles, et même très jeunes filles, au Japon existent et sont plus nombreux que l’on puisse croire. Et dernièrement, une semaine ou deux, un documentaire télévisé a mis l’accent sur ces disparitions inquiétantes dont la France est également sujette. A peine une petite dizaine, mais une dizaine de trop, dont on ne connait pas le sort. De plus la menace d’envois de missiles vers la Japon se précise de jour en jour, devenant une véritable hantise pour les Japonais.


Michel HONAKER : Yakusa Gokudo. Tome 1 : Les otages du Dieu Dragon. Flammarion Jeunesse. 266 pages. 13€.

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17 février 2013 7 17 /02 /février /2013 17:51

Hommage à Ruth Rendell, suite et fin.

 

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En effet sous le nom de Barbara Vine se cachait Ruth Rendell ! 


L'unique passion de Jarvis, c'est le métro, le Tube londonien et aussi les quatre-vingt-dix-huit autres métropolitains disséminés de par le monde.

Il y consacre tout son temps libre, ne travaillant que pour payer ses voyages. Il prépare un ouvrage sur l'histoire du Tube, dans une maison dont les étages jouxtent une voie à ciel ouvert. C'était, au début du siècle, une école privée tenue par ses grands-parents, la Cambridge School, qui a périclité, provoquant le suicide du grand-père, se pendant à la corde d'une cloche. Jarvis loue les différentes pièces, d'abord à sa cousine Tina, nymphomane, et à ses deux enfants, Jasper et Bienvida.

D'autres locataires viennent grossir l'effectif au hasard des rencontres de Jarvis dans le métro. Tom, véritable homme-orchestre, qui joue en compagnie d'autres musiciens dans le métro, malgré les interdictions. Alice a abandonné son mari et sa petite fille d'un mois, parce qu'elle ne se sentait pas mère pour assumer cette vie; violoniste, elle joue avec Tom.

On fait de drôles de rencontres dans le métro. Un montreur d'ours par exemple qui trimbale en laisse son animal, s'amusant à faire peur aux voyageurs. Un faux ours en réalité, car il ne s'agit que d'une dépouille dans laquelle se dissimule un homme honteux de son bec-de-lièvre.

Jasper, jeune garçon déluré, fait volontiers l'école buissonnière et passe son temps en compagnie de ses camarades à se promener dans le métro, montant sur le toit des wagons défilant dans des tunnels étroits. Un jour, il tombe littéralement dans les bras d'Axel, le montreur d'ours. Celui-ci le questionne sur l'existence de stations fantômes et sur la façon d'y pénétrer. Jasper s'échappe mais Axel le relance jusque chez Jarvis où il est reçu par Alice. En conflit avec Tom, Alice est subjuguée par Axel à qui elle donne le double des clés de chez ses employeurs. Axel, lui, est avant tout intéressé par un conduit qui mène au cœur du métro.

 

Autour du métro, véritable héros de ce roman, gravitent outre les personnages principaux ci-dessus évoqués, d'étranges quidams ou de simples voyageurs, comme cette jeune fille qui meurt d'une crise cardiaque lors de son premier voyage dans une rame bondée. Jed dont l'animal de compagnie est un faucon, surveille les wagons. Cecilia, la mère de Tina, est atteinte d'hémiplégie lorsqu’un inconnu lui vole son sac à main.

Un véritable patchwork de personnages dans un roman qui relate brièvement l'histoire de la construction du métro londonien et de quelques-uns des incidents qui l'ont émaillé depuis près de cent cinquante ans. On se demande pourtant où Barbara Vine-Ruth Rendell veut nous entraîner dans ce parcours souterrain ou aérien: contrairement aux rames qui ralentissent en débouchant dans les stations, l'histoire s'accélère lorsqu'elle touche au but; le lecteur, lui, ne pourra s'empêcher de penser que le voyage a été un peu longuet.

 

Lire de Ruth Rendell : Fausse route.


Barbara VINE: Le tapis du roi Salomon (King Solomon's carpet, 1991 ; Trad. de l'anglais par François Rosso). Calmann-Lévy 1992. Le Livre de Poche 1994.

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17 février 2013 7 17 /02 /février /2013 14:30

Bon Anniversaire à Ruth Rendell, née le 17 février 1930 !

 

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A quinze ans, habitant un quartier déshérité de Londres, Guy se montait un petit pécule en revendant avec ses amis Danilo et Linus des drogues dites douces. On les surnommait les "Marchands de rêve". Léonara, elle, n'avait que onze ans. Pourtant de leur première rencontre naquit le coup de foudre et ils devinrent inséparables. Les années passèrent.

Guy et Léonara se voyaient, s'aimaient malgré l'opposition des parents de l'adolescente. A dix huit ans, Guy était riche, Léonara avait changé d'école. Ils se fréquentaient toujours. Anthony et Tessa, les parents de Léonara s'étaient séparés, remarés respectivement avec Susannah et Magnus. Les deux couples s'entendaient bien, surtout en ce qui concernait leur opprobre envers Guy.

A vingt neuf ans, Guy, fortune faite, est toujours amoureux de Léonara et la presse de l'épouser. Mais depuis quatre ans les sentiments de la jeune femme ont changé. De dealer de drogues dures, Guy s'est reconverti dans la vente de tableaux peints à la chaîne et est devenu propriétaire d'une agence de voyages. Léonara est plus distante et s'ils se rencontrent tous les samedis en un rituel immuable pour déjeuner ensemble, chaque fois en un lieu différent, ce n'est que par amitié. Pis, Léonara l'informe qu'elle va se marier dans quelques semaines avec Newton, un type dont il fait la connaissance et qu'il juge bien inférieur à lui-même.

Il ne comprend pas cette désaffection de la jeune femme à son égard, ce qui ne l'empêche pas de coucher avec Céleste, un mannequin amoureuse de lui. Il pense que l'attitude négative de Léonara est due à la mort de Corny, un drogué qui lui piaillait de quoi assouvir son manque. Réticent, Guy a pourtant cédé. La famille de Léonara a été informée de ce fait divers tragique, Guy en est persuadé. Il demande à Danilo de lancer un tueur sur l'un des membres de la famille de Léonara. Il se rétracte une première fois puis requiert un nouveau contrat, donnant au tueur sa carte avec ses coordonnées et la description approximative de la future victime.

fausse route2Ruth Rendell s'attache plus particulièrement à disséquer, à analyser les sentiments, les réactions de Guy, privilégiant l'étude psychologique des personnages à l'action elle-même. Un procédé qui stagne un peu le récit. D'autant que le passé de Guy et le fantôme de Corny remontent peu à peu, par petites touches. Lorsque tout est bien imbriqué, que l'intrigue proprement dite est posée, le roman décolle enfin, en un rythme qui va crescendo, avec un retournement de situation propre au machiavélisme dont fait preuve Ruth Rendell. Cette fausse route pourrait n'être qu'un succédané d'un roman de Barbara Cartland, si les personnages n'avaient autant de consistance et si l'histoire ne se déroulait de nos jours.


Ruth RENDELL : Fausse Route (Going wrong – 1990 ; Traduit de l'anglais par Marie Caroline Aubert). Editions Calmann Lévy, janvier 1993. Réédition Le Livre de Poche, avril 1995.

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16 février 2013 6 16 /02 /février /2013 13:48

Petit prix, grand plaisir !

 

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L’association Etre humain – Animal existe depuis toujours, même et surtout en bandes dessinées. Et il ne s’agit pas uniquement d’animaux ordinaires. Ils sont de compagnie, non apprivoisé ou d’origine sauvage, et ils parlent. Ou savent s’exprimer et se faire comprendre de leurs compagnons à deux pattes.

Ainsi Alfred le Pingouin, dans la série Zig et Puce d’Alain Saint-Ogan. Puis Tintin et Milou d’Hergé. A ce propos il est amusant de constater que bon nombre de propriétaires de ces canidés appellent Tintin leur animal, pensant peut-être que Milou est le patronyme du jeune reporter. Le Marsupilami, animal imaginaire certes dont le nom est composé de marsupial, qui lui existe, et d’ami, dans la série Spirou et Fantasio crée par Franquin en 1952. Rantanplan, le chien quelque peu niais, simplet et godiche, et surtout Jolly Jumper, le fier destrier de Lucky Luke, des histoires dues à la plume de Morris dès 1947. Sans oublier Boule et Bill, Boule étant le petit garçon et Bill le cocker, on pourrait confondre, et leur tortue Caroline, dont le géniteur est Roba. Petit aparté, les trois dernières séries paraissaient ou paraissent toujours dans Spirou, le magazine qui fête cette année ses soixante-quinze ans d’existence. Ceci n’est qu’une piste d’étude et je me garderai bien d’établir un recensement complet et d’établir une liste exhaustive.

Après ces prolégomènes didactiques qui vous auront éventuellement ennuyés, j’arrive gaillardement au sujet de cet article : Calvin, le gamin qui proteste tout le temps, d’où peut-être son nom.

En effet Calvin, qui n’aime pas l’école, est un gamin râleur, bougon, frondeur, jamais satisfait, volontiers blagueur pour ne pas dire taquin, et qui trouve en Hobbes, sa peluche, un confident tout oreille. Hobbes est un tigre, câlin quand il le faut, mais railleur et moqueur parfois, n’hésitant pas à contrarier Calvin. Mais entre les deux, le petit d’homme et la peluche, c’est l’amitié qui prime et l’un devient le confident de l’autre. Calvin possède un atout inné : son sens de la rhétorique et de la dialectique imparable.


D’ailleurs, son institutrice madame Wormwood, qui en a vu d’autres, craque devant son insolence :

Madame Wormwood est au tableau noir. Calvin l’appelle :

Madame Wormwood ?

Oui, Calvin ?

Vous pouvez toujours présenter vos informations, mais vous ne pouvez pas m’obliger à m’y intéresser.

Peu après, Calvin est sur une balançoire, apparemment tout guilleret.

La rumeur prétend qu’elle est passée à deux paquets par jour. Sans filtre.

Ou alors elle a recours à une médicamentation propice à calmer les maux de tête.


Peu de personnages figurent au générique des aventures de Calvin. Outre sa peluche Hobbes, on peut dénombrer ses parents bien évidemment, Madame Wormwood, déjà citée, monsieur Spittle le principal de l’école, Susie sa copine d’école plus quelques autres qui apparaissent de façon évanescente. Sa copine, c’est vite dit. Plutôt son souffre-douleur mais qui a du répondant, heureusement pour elle, et qui ne s’en laisse pas compter. Elle répond du tac au tac, à sa manière qui est plutôt musclée.

Peu de personnages donc, ce qui fait que les historiettes qui sont décrites en trois ou quatre cases sur une ligne, parfois sur une page, sont ramassées et percutantes. Une bande par jour, une planche hebdomadaire en couleurs (couleurs qui ici ne sont pas reproduites), durant dix ans, de 1985 à 1995 ont fait de Calvin un phénomène mondial repris par plus de 2400 journaux. Pourtant le graphisme est simple, dépouillé, épuré mais non dénué de charme.

C’est la vie au quotidien de Calvin, qui n’est en réalité qu’un gamin solitaire et inventif, dépourvu de frères et sœurs, à l’esprit vif et imaginatif ; qui en a fait le succès. Hobbes est un jouet, un tigre en peluche pour tout le monde, et seul Calvin lui donne vie. Il est son complément indispensable. Mais ce transfert n’est pas un cas unique : souvenez-vous quand vous étiez gamin ! Ou quand vous surprenez vos enfants, surtout les filles (désolé, ce n’est pas du machisme mais une simple constatation) qui jouent à la poupée. Celle-ci devient leur enfant et elles n’hésitent pas à la gronder pour des vétilles imaginaires.

Le thème central de cet épisode est l'hiver, avec son lot de boules de neige, de bonhommes de neige, mais aussi avec un personnage incontournable : le Père Noël. Et le Père Noël n'a qu'à bien se tenir, déposer au pied du sapin des jouets intéressants et non pas des vêtements comme l'année précédente, sinon il risque de se voir sermonner épistolairement.

Je ne connaissais Calvin et Hobbes que pour en avoir vu quelques planches ici ou là. Mais je crois que je commence à en devenir accro. Est-ce grave, docteur ?

La traduction a été assurée par Laurent Duvault.


Bill WATTERSON : Gare au psychopathe à rayures. Série Calvin et Hobbes. N°18. Editions Hors Collection. 64 pages. 6,90€.

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16 février 2013 6 16 /02 /février /2013 09:13

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Célébrité locale, Emma Graham, âgée d’à peine douze ans, rédige de petites chroniques pour le Conservative, journal de la région. Elle est attirée par les mystères qui jonchent ce coin retiré du Maryland, non loin de la Virginie Occidentale. Et si elle a acquis cette petite renommée c’est parce qu’elle a démêlé quelques affaires de meurtres qui ont eu lieu dans la région et dont elle a failli être victime. Mais en ce moment, ce qui la turlupine c’est l’enlèvement non résolu d’un bébé vingt ans auparavant dans une chambre de l’Hôtel Belle Rouen, surnommé depuis Belle ruine à cause de son aspect délabré, de ses décombres.

L’enfançon de quatre mois, appelé Fay par ses parents Imogene et Morris Slade, a disparu et Emma tente de remonter à la source, se renseignant à droite, à gauche, auprès de personnes qui ont eu un lien avec cette disparition. En premier lieu sa grand-tante Aurore Paradise, est une nonagénaire à la mémoire intacte et qui apprécie les cocktails fortement alcoolisés imaginés par Emma. Elle vit à l’hôtel Paradise, où travaille la mère d’Emma en tant que cuisinière, Emma comme serveuse pour les déjeuners, son frère Will à la réception, lorsqu’il disponible. Car Will et son ami Mill ont transformé le grand garage en théâtre où ils répètent des pièces qu’ils écrivent au fur et à mesure de leur inspiration, en compagnie du petit Paul toujours perché sur une poutre.

Emma glane ses renseignements aussi auprès de monsieur Root qui passe son temps à éduquer les frères Wood qui ont de sérieux problèmes d’élocution. Elle importune sans en avoir l’air les piliers de bar du café local ainsi que l’adjoint du shérif, qui est le petit-fils de l’ancien shérif qui avait eu en charge ce mystère de disparition. Et aussi l’ancienne baby-sitter et son amie qui lui avait téléphoné juste au moment ou l’enfant avait disparu. Disparu vraiment ? Kidnappé ? Cette hypothèse n’est pas du goût de tous. D’ailleurs il existe des divergences entre certaines dépositions. Selon certains Fay aurait eu quatre semaines, selon d’autres quatre mois. Une différence de taille. Et puis les parents n’ont pas réellement emboîté le pas au postulat de l’enlèvement. D’ailleurs depuis ils ont disparu.

Emma parcourt la région, allant de La Porte où elle réside, à Spirit Lake, Hebrides, Crystal Spring, Cold Flat Junction et autres petites localités à bord d’un taxi qu’elle paie sur ses propres fonds. Elle se délecte de beignets au chocolat glacé recouvert de vermicelle qu’elle achète dans les bars qu’elle fréquente régulièrement ainsi que des milkshakes que lui offre généreusement la serveuse. Accessoirement elle aide sa mère à l’hôtel qui héberge deux vieilles dames à temps complet. Emma se défoule sur l’une d’elle en ajoutant par exemple des piments dans sa salade et autres ingrédients susceptibles d’enflammer la gorge de la vieille dame. Mais elle pense être en présence de l’enfant, devenue jeune fille, dans des photos de premières pages du journal, la représentant en silhouette se confondant dans le décor. Mais également derrière un stand où elle vend des sodas de sa composition.

Jusqu’au jour où un jeune adolescent fait irruption dans le village. Ralph Diggs, s’appelle-t-il, mais il préfère qu’on le nomme Raph. Il est embauché à l’hôtel Paradise comme réceptionniste. Emma est intriguée mais un nouveau fait agite la population. Morris Slade revient de nulle part, seul au volant d’une voiture de sport. Et le train-train quotidien est bousculé lorsqu’un meurtre est découvert.

 

Un roman qui m’a fait curieusement pensé à celui d’Alan Bradley, La mort n’est pas un jeu d’enfant, dans lequel une gamine enquête elle aussi sur des meurtres et des disparitions. Les similitudes sont nombreuses mais toutefois de grandes différences existent aussi. L’histoire se déroule dans les années cinquante et on est ébahi par l’intelligence vive d’Emma, son indépendance, mais aussi par son côté péronnelle, chipie, taquin, un peu pervers, impertinent, sûr d’elle et cachotier, insolent souvent.

Des références à Perry Mason mais aussi aux acteurs des films de l’époque comme Gary Cooper et quelques autres parsèment ce roman déboussolant. Le lecteur entre dedans comme s’il entrait dans un théâtre au cours d’une représentation et en partait avant la fin. Comme le pense Emma à la fin du récit, Moi-même, je connaissais une partie de celle-ci, mais il demeurait des zones d’ombres. Souvent, on peut reprocher au traducteur d’accumuler les notes en bas de pages. Ici c’est tout le contraire. On aurait aimé que ces notes, concernant les affaires précédentes vécues par Emma, fussent présentes, ce qui aurait facilité la lecture et surtout la compréhension.

 

 

Martha GRIMES : Le mystère de la chambre 51. (Fadeaway girl – 2011. Traduction de Nathalie Serval. Première édition : Collection Sang d’encre. Presses de la Cité). Editions Pocket, collection Thriller. 448 pages. 7,60€.

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15 février 2013 5 15 /02 /février /2013 13:46

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Alors qu’il se restaure au Grandma’s Saloon en présence de Serena, sa nouvelle compagne, et de Maggie, sa collègue à la police criminelle, l’inspecteur Jonathan Stride, Jonny pour les intimes, croit voir entrer dans l’établissement sa femme Cindy. Proche de la cinquantaine, blonde, petite, bronzée, elle ressemble à s’y méprendre à Cindy, mais ce ne peut être elle. Cindy est décédée depuis cinq ans d’un cancer. La nouvelle venue se présente ; Tish Verdure, écrivaine spécialisée dans les guides de voyage. Mais ce n’est pas pour rédiger un nouvel opuscule sur Duluth, Minnesota, qu’elle est revenue dans la petite ville mais pour écrire un livre sur un meurtre. Celui de Laura, assassinée trente ans auparavant. Tout le passé de Jonny remonte à la surface comme un retour de flamme. Laura, dix-huit ans tuée à coups de batte de base-ball, et surtout sœur aînée de Cindy. C’était le 4 juillet 1977, jour de l’Indépendance Day. Les feux d’artifice crépitaient, l’ambiance était à la joie, et pour Jonny et Cindy c’était le soir rêvé pour franchir la barrière du sexe.

Les soupçons se sont portés sur quelques-unes des dernières personnes à l’avoir vue vivante. En premier Peter Stanhorpe, un condisciple des jeunes gens qui se vantait d’obtenir les faveurs de toutes les jeunes filles qui passaient à ses côtés. D’ailleurs la batte de base-ball retrouvée auprès du cadavre lui appartenait. Il affirmait qu’il avait impressionné Laura et que celle-ci avait cédé à ses charmes. D’autant que son père était un édile influent de la cité. Aujourd’hui il gère un cabinet d’avocats et Serena, qui est détective, doit travailler pour lui. Autre suspect, Dadou, un géant Noir, un vagabond qui a disparu peu après, empruntant un train de marchandises. Finn le benêt est lui aussi soupçonné, le frère de Rikke la jeune institutrice célibataire. Tout cela Jonny l’a vécu, et lorsqu’il est entré dans la police il s’est renseigné auprès du capitaine Ray. Mais les pièces à convictions avaient disparu, soi-disant par négligence. Le retour de Tish ravive tous ces souvenirs, d’autant qu’elle prétend posséder des éléments nouveaux susceptibles d’amener à la découverte du coupable. L’une des premières révélations qui font mal à Jonny, est cette affirmation qu’elle correspondait avec Cindy avant le décès de celle-ci. S’il savait que Tish était amie avec Laura mais qu’elle était partie un mois avant le meurtre, Jonny ignorait la relation entre son ex-femme et la revenante.

Mais il faut penser aux affaires courantes, et pas uniquement au passé. Un voyeur sévit dans la région et de nombreuses plaintes ont été enregistrées. Notamment celle de Clark Biggs, qui a la garde de sa fille le week-end, sa femme l’ayant en semaine depuis leur séparation. Mary est une jolie jeune fille de seize ans, mais un incident dans sa jeunesse l’a fortement perturbée. Depuis elle a grandi physiquement mais pas mentalement. Elle se comporte comme une gamine de cinq ans. Elle est terrorisée car elle a aperçu quelqu’un la reluquant par la fenêtre, mais elle ne peut en dire plus. Le drame arrive lorsque, échappant à la surveillance de sa mère dans un parc à cause d’un hurluberlu qui se prend pour un cascadeur sur vélo, elle disparait. Elle est retrouvée morte dans les eaux stagnantes du lac.

Jouant les aller et retour entre hier et aujourd’hui, mêlant habilement deux intrigues qui sont sans rapport en apparence mais qui se rejoignent inexorablement Brian Freeman nous livre un roman haletant. Plus de cinq cents pages sans temps mort ou presque, sans petites contradictions ou presque – des erreurs de traduction ou de fausses pistes délibérément placées par l’auteur ? - mais avec un final à double détente éblouissant et presque apocalyptique. Le lecteur est inconsciemment happé dès le début de l’histoire et cherche à son insu quelle peut être la solution, croyant la découvrir puis se rendant compte que l’auteur le mène par le bout du nez. L’épilogue n’est pas décevant, bien au contraire, alors que certains romans prometteurs justement ne tiennent pas leurs promesses.

 

Citations :

Tu sais comment ça se passe dans ces patelins, dit Maggie. Les gens ne tirent pas leurs rideaux et laissent leurs fenêtres ouvertes. Pour un voyeur, c’est comme d’être un matou devant un bocal de poissons rouges. Plein de bonnes choses à regarder.

 

C’est une journaliste, donc potentiellement dangereuse et incontrôlable.

 

-      Je n’écoute pas les chanteuses qui ont de plus gros seins que moi.

-      -ça doit être vachement silencieux chez toi, alors.

 

Je ne voudrais pas vous vexer, monsieur Schmidt, mais vous n’êtes pas maraîcher, que je sache. Alors, si vous arrêtiez de nous débiter des salades ?

 

 

Brian FREEMAN : Le voyeur. (Première édition : Collection Sang d’encre. Editions des Presses de la Cité 2011). Editions Pocket, thriller. 544 pages. 8,10€.

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14 février 2013 4 14 /02 /février /2013 16:51

Les dessous de Barcelone

 

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Amorès, journaliste en passe d'être viré, est racolé dans la rue par une prostituée, mais celle-ci n'est qu'un travesti. En manque d'affection, ou par besoin de s'épancher, il suit son/sa compagne pour découvrir sous le lit une femme morte.

Carlos Bley est lui plus chanceux. Journaliste également, il sait qu'Alma est aussi un travesti, et s'il la fréquente, c'est en toute amitié. L'accompagnant à cette même chambre de passe, c'est pour tomber entre les pattes des policiers et faire un séjour au gnouf. Le corps de Maria Thérésa Pau, la victime, n'est pas vraiment à sa place dans ce décor d'hôtel de passe situé dans le Pueblo Seco, faubourg de Barcelone. Secrétaire de Juan Sanjuan, Maria Thérésa ne se livrait pas à la prostitution, même si son entrecuisse était accueillant.

Sergi Llor, avocat, conseiller juridique, est invité par ses pairs à enquêter sur ce meurtre qui aurait pour origine une magouille financière. Chacun de leur côté le journaliste et l'avocat vont mener leurs investigations. L'inspecteur Mendez, qui se demande bien pourquoi Carlos Bley s'est fait tabassé dans un terrain vague se met lui aussi sur les rangs et commence à renifler les pistes. Le journaliste qui a été transporté à l'hôpital par Ruben, un orphelin de mère, lui sait d'où viennent les coups.

De Juan Sanjuan lui n'apprécie pas une immixtion dans ses affaires. Marina Volpe, riche célibataire côtoyant les milieux bancaires et politiques, s'érige comme le contraire de Maria Thérésa. Elle ne possède aucune exigence, surtout sexuelle. Une nouvelle victime est retrouvée dans un hôtel louche. Mais Lauri ne cachait pas son état de prostituée adolescente. Llor aménage près de chez Maria Thérésa et se lie d'amitié avec Libertad. Bizarrement, et Llor s'en étonne, Libertad n'effectue le ménage que dans un seul appartement ayant vue sur celui de Maria Thérésa, et lorsqu'elle sillonne le quartier, s'affuble de grosses lunettes noires. En évoquant son enfance et une histoire de chien, Llor découvre qu'il a connu Libertad dans sa jeunesse. Mendez, pressé par son chef qui lui fait miroiter une promotion, s'intéresse à tout ce beau monde, effectue des recoupements, se pose des questions sur la connexion entre cette affaire et une fracture de coffre-fort dans laquelle Alfredo Naranjo, proche de Sanjuan, serait impliqué. Mendez sait délier les langues mais surtout il sait écouter et bientôt il peut reconstituer une partie du puzzle.

Mendez, dont on avait fait la connaissance dans Soldados, paru la même année et Chronique sentimentale en rouge est un inspecteur qui n'attend plus rien de la vie. Avec une dégaine à la Colombo matinée de Pinaud (le Débris cher à San Antonio) il promène sa carcasse dans les quartiers populaires et interlopes de Barcelone. Il n'a pas connu d'érection digne de ce nom depuis trois ans et plus. De toute façon les femmes ne l'intéressent plus. Ce roman est un voyage initiatique dans la capitale catalane mais également un hommage au sexe avec un grand X. Hommage trivial parfois, et rares sont les pages qui n'abordent pas la copulation sous toutes ses formes, avec toutefois une nette préférence pour la fellation. Un hommage qui en devient obsessionnel. Ledesma s'amuse à ponctuer les aléas des journalistes par quelques coups de griffes en apparence anodins.


Franscico GONZALES LEDESMA: Les rues de Barcelone (Las calles de nuestros padres ; 1984 Trad. de l'espagnol: Christophe Josse). Première édition : L'Atalante, Bibliothèque de l'Evasion 1992. Réédition Folio Policier N°206. 336 pages. 7,50€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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