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16 octobre 2012 2 16 /10 /octobre /2012 14:10

Il n’a pas pété les plombs, c’est en entier que le transfo interne a explosé !


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Être bardé de diplômes n’est pas gage de réussite professionnelle, Jean-Luc Gouézec peut en témoigner. Pourtant son avenir semblait flamboyant comme une aurore rayonnante au dessus d’un pic montagneux. Bientôt cela va se convertir comme un coucher de soleil baignant dans des eaux rougeoyantes, sanglantes.

Pour raconter objectivement la rencontre avec celui qui deviendra son amant puis le père de ses enfants, narrer la montée foudroyante puis la longe descente aux Enfers de Jean-Luc, il fallait la plume impartiale de Delphine qui a vécu et subi les événements, d’abord sans trop y croire puis a bien été obligée de se faire une raison du déraisonnable.

Si Jean-Luc est issu d’une famille bourgeoise, père proviseur, mère agrégée, Delphine est le rejeton de modestes employés municipaux. Cette différence de statut social n’entrave en rien leur amour. A peine sorti haut la main d’une école de commerce, Jean-Luc s’est vu proposer une situation mirifique, la création d’un centre d’appels téléphoniques, financée par un fonds de capital-risque, dont il serait le directeur promoteur. Le local est déjà loué, il ne lui reste plus qu’à peaufiner le projet : sélectionner avec rigueur et embaucher une vingtaine d’opérateurs, solliciter les subventions auprès des pouvoirs publics, démarcher des clients potentiels, faire tourner l’entreprise en dégageant un maximum de bénéfices. Alors, afin d’acquérir une assise plus conforme à ses ambitions, il propose le mariage à Delphine qui travaille dans un collège brestois, une cérémonie qui se déroule uniquement à la mairie et se développe en fête païenne, sous les regards réprobateurs de la famille Gouézec, puis il s’attelle à la tâche qui lui a été confiée.

Il se voyait déjà en haut de l’affiche sauf que celle-ci glisse inexorablement le long du mur pour se retrouver dans le caniveau. Son commanditaire n’était qu’un aigrefin qui s’est volatilisé avec les fonds recueillis, et Jean-Luc se retrouve boulette de papier jetée dans une corbeille. Le couple est obligé de déménager, de s’installer dans un quartier nettement moins huppé, de végéter. Heureusement Delphine a gardé son emploi. Mais le pigeon plumé reste au nid, démoralisé, désenchanté, découragé, désœuvré. Et pour remonter la pente il ne trouve rien de mieux que de se laisser aller, soignant sa déprime au cannabis, se rendant chez madame ANPE comme on se rend au cimetière en invité surprise. Et les petits boulots qu’on lui présente ne l’intéressent pas, madame ANPE et lui ne partagent pas les mêmes valeurs.

Les mois passent, Delphine pense à la séparation, au divorce, et dans le même temps estime que la venue d’un enfant au foyer permettrait à Jean-Luc de se stabiliser, de lui trouver un pôle d’attraction, de le remotiver. Et c’est dans cette ambiance délétère que nait le petit Maël. Tout n’est pas perdu, car les parents de Jean-Luc, qui possèdent de nombreuses relations influentes, travaillent en sous-main pour l’aider à rebondir. Pas tant pour lui, qui se montre odieux, mais pour leur belle-fille qu’ils estiment et leurs enfants. Ils lui fournissent la possibilité d’entrer dans une société de courtage basée à Vannes. Au départ Jean-Luc est réticent mais il se plie devant les arguments avancés. Seulement il possède sa fierté et au bout de quelques années, il ne supporte plus d’avoir un supérieur hiérarchique, surtout une femme. Et à nouveau cela se dégrade. Il implose lorsque, après avoir envoyé une demande de graphologie à la responsable de la rubrique du journal local, il reçoit cette réponse : Personnalité complexe et complexée. Inhibitions diverses et obsessionnelles, et leur contraire : surestimation de l’égo. Dénuée de sentiments positifs à l’égard d’autrui, une nature déplaisante, rigide et dominatrice. La personne devra s’amender si elle veut devenir plus fréquentable.

Alors il va écrire, écrire encore, envoyant ses récriminations du bas de l’échelle jusqu’au plus haut, et son cerveau va court-circuiter.

Hervé Jaouen, délaissant sa saga familiale qu’il reprendra peut-être un jour (Les filles de Roz-Kellen, Ceux de Ker Askol, Les sœurs Gwenann et Ceux de Menglazeg) revient aux fondamentaux, une critique sociale à travers un personnage qui disjoncte à cause de deux facteurs : sa propre faiblesse mentale, quoiqu’il se sente supérieur, et l’univers des dérives financières et sociétales. Hervé Jaouen se livre à un travail d’analyse qui ne porte pas sur un personnage abstrait, de fiction, mais bien sur une réalité quotidienne. Combien de fois avons-nous entendu aux infos parler de ses pères de famille qui poussés au bout du rouleau se livrent à un véritable massacre familial parce qu’ils n’en peuvent plus, broyés par l’implacable mécanique de la recherche de travail, imbus de leur supériorité, supposée, qu’ils possèderaient grâce à des diplômes obtenus haut la main et qui en fin de compte ne leur offrent pas plus de débouchés qu’un honorable Bac. Et tous ceux qui descendent inexorablement la pente et que l’on retrouve un jour SDF.

Une étude de mœurs, une peinture au couteau d’une frange de la société en déliquescence. Le Jaouen nouveau est arrivé, invitez-le chez vous.

 

Envie d'un autre avis ? chez Action-Suspense évidemment !


Hervé JAOUEN : Dans l’œil du schizo. Collection Terres de France ; éditions Presses de la Cité. 320 pages. 19,50€.

 

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16 octobre 2012 2 16 /10 /octobre /2012 08:02

Un modèle réduit…

 

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Quelques semaines après avoir résolu l’énigme de “ L’été meurtrier à Pont-Aven ”, (N° 4020, même collection) Clémence de Rosmadec a repris ses habitudes. Elle fréquente l’atelier de dessin de maître Cormon, en compagnie notamment de son ami Antoine, un trublion farceur qui fabrique des sifflets avec des noyaux d’abricot. Elle peint également dans son atelier de verre, situé au fond du jardin de la propriété familiale de Neuilly, un cadeau de son père architecte.

En ce jour de la fin octobre 1886, Clémence est furieuse et inquiète. Son modèle, Giovanna jeune fille d’origine italienne, ne s’est pas présentée comme convenu au rendez-vous habituel. Elle apprend par les journaux que celle-ci a été retrouvée noyée dans la Seine, après avoir été étranglée. Elle décide alors de se substituer à la police, le commissaire André Kerlutu, secrètement amoureux depuis sa jeunesse de Lysandre, la mère de Clémence, ayant d’autres chats à fouetter.

En compagnie d’Antoine et d’Erwan, le neveu de Kerlutu dont elle avait fait la connaissance à Pont-Aven et qu’elle a retrouvé étudiant assidûment ses cours de droit, elle s’intéresse d’abord à la vie intime de Giovanna, afin de mieux cerner la personnalité de la disparue. Giovanna avait été ramenée d’Italie par Luigi, un rabatteur pour maisons closes, et vivait dans un garni sordide où les filles transitent, sont éduquées, avant d’être disséminées dans les bordels. Le cocher qui avait découvert le corps, Bouboule, avait été inculpé comme présumé coupable mais il est relâché, et coïncidence, c’est un ami d’Antoine. Il a vu deux personnes sortir d’un fiacre et jeter le corps dans le fleuve. S’il n’a pas distingué les traits des individus, il peut toutefois préciser que des armoiries ornaient le véhicule.

Elle enquête aussi chez maître Cóllico, chez lequel Giovanna exerçait son métier de modèle. Curieux bonhomme que ce Cóllico, dont la femme, une grosse matrone prénommée Berthe, s’érige en régente au milieu des élèves formant la cour d’un artiste académique et sectaire. Mais une information vient jeter la confusion : Giovanna était enceinte de trois mois.

 

Cette nouvelle intrigue mettant en scène Clémence de Rosmadec n’est en réalité qu’un aimable prétexte pour Yves Josso de plonger le lecteur dans l’ambiance artistique de la fin du XIXème siècle. On retrouve au fil des pages, Gauguin, Emile Bernard, Van Gogh, Toulouse-Lautrec, Suzanne Valadon, Seurat, Signac, Berthe Morizot et bien d’autres ainsi que le poète Stéphane Mallarmé. On se promène de Montmartre et des environs du cimetière du même nom, à Vaugirard, en passant par le boulevard de Clichy, la place Maubert et le quartier de la Sorbonne et de l’Odéon, on découvre un Paris agreste, avec ses champs et ses gardeuses de chèvres, ses terrains en friche, comme celui où est installé l’atelier de Cóllico, l’univers des peintres en devenir, des rapins comme ils disent, leurs déboires et leurs joies, l’entraide qui les anime, eux qui ont du mal à subsister parce qu’ils refusent de stagner dans un art qui n’évolue pas. Ce qui n’empiète pas sur leur joie de vivre, souvent aidés en cela par l’absorption immodérée d’alcool blanc et de verte, comme était désignée l’absinthe. Quant à Clémence, elle se montre une femme libérée avant l’heure, son cœur et son corps ne pouvant se départager entre Gildas et Erwan.


Du même auteur, voir : Eté meurtrier à Pont-Aven.


Yves JOSSO : La noyée du pont des Invalides. 10/18, collection Grands Détectives N° 4021. Septembre 2007. 8,40€.

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15 octobre 2012 1 15 /10 /octobre /2012 15:08

Les annales des anneaux.


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En ce 18 juillet 1936, les rues de Barcelone connaissent une affluence et une effervescence inhabituelles.

Est-ce parce que des jeux olympiques parallèles à ceux de Berlin se tiendraient dans la capitale catalane, organisés par des sportifs protestataires et hostiles aux officiels organisés par Hitler et sa clique ? Il semblerait que oui, car de nombreux journalistes sportifs et d’athlètes se retrouvent dans les divers hôtels de la ville, sur les ramblas, dans les cafés. Toutes les nationalités sont représentées ou presque. Parmi les reporters, Albert Grosjean, qui est envoyé le journal Sport, retrouve avec plaisir certains de ses confrères,

Mais ce bouillonnement possède aussi une autre cause, moins pacifique que les affrontements entre athlètes dans un stade. Un coup d’état militaire est fomenté par des phalangistes, des généraux réactionnaires dont les soldats se sont emparés de casernes au Maroc et dans toute l’Espagne. Les journalistes sont consignés dans leurs hôtels dans le centre et sont priés de ne pas s’éloigner. La révolution est en marche.

Parmi ses confrères, Albert Grosjean retrouve son ami Ernest Sorman par hasard, mais celui-ci disparait non sans avoir laissé au concierge de l’hôtel où est affecté Grosjean une lettre et un paquet. Sorman souhaite que Grosjean remette un anneau, une alliance, à une femme qui lui est chère et qui pour l’heure est en Allemagne. Malgré son envie de participer à la révolution, ses idées politiques penchant vers le parti communiste, Grosjean retourne en France afin d’accomplir sa mission.

Il lui faut une couverture et Grosjean demande à son rédacteur de lui permettre de couvrir les jeux de Berlin. Or il était prévu de boycotter les jeux et l’idée qu’un journaliste de Sport couvre l’événement déplait fortement au responsable de l’hebdomadaire. Grosjean plaide sa cause en avançant un argument implacable : En n’y allant pas, nous laissons la presse réactionnaire écrire ce qu’elle veut. Nous encourageons une couverture unilatérale des jeux. Convaincu le patron de Sport lui annonce fièrement peu après qu’un rendez-vous avec un assistant de Pierre Cot, ministre de l’Air, un certain Jean Moulin, est programmé.

Grosjean va donc pouvoir se rendre à Berlin muni de deux missions. Remettre l’anneau à Anna Meyer, l’amie de Sorman, d’une part, ce qui lui semble relativement facile. Seulement Anna Meyer a fait l’objet d’une vive controverse entre les autorités allemandes et le Comité international olympique. Devenue un symbole, elle est hautement surveillée et il sera difficile de l’approcher, à première vue. Car il est fort étonné de voir la belle athlète juive s’afficher au bras du ministre de l’éducation du peuple et de la propagande.

L’autre mission confiée à Albert Grosjean par Pierre Cot et Jean Moulin relève de la taupe. La France s’est engagée à ne pas aider les Républicains espagnols, a ne pas livrer d’armes, à n’envoyer aucun militaire français. Une intervention trop marquée en faveur de la République espagnole et les radicaux nous lâchent… C’est la fin du Front populaire… De plus, l’Angleterre, principal alliée de la France, verrait d’un mauvais œil une ingérence ou action en faveur de la république espagnole. Cependant le gouvernement français suppose que les Allemands et les Italiens possèdent des plans secrets de livraison d’armes aux généraux de Burgos. Et Grosjean doit vérifier et éventuellement confirmer cette indication.

Et c’est ainsi que le voilà lancé dans le grand bain, simple journaliste au milieu des dignitaires nazis, Goebbels en tête, pataugeant parmi les athlètes dans la piscine ou courant derrière sur le stade, côtoyant agents doubles ou triples, femmes fatales et espionnes de haut-vol, dégoûté comme certains de ses confrères en entendant les propos racistes et antisémites à l’encontre de certaines personnes de leur entourage et des sportifs qui doivent participer aux épreuves, et assister aux tricheries organisées sous la bienveillance de la clique hitlérienne. Ici aussi, sous couvert d’idéal olympique, chacun défendait son médiocre drapeau et tous les coups étaient plus ou moins permis. Juges crapuleux vendus à l’Allemagne, hommes concourant dans les épreuves féminines, doping, sans parler des tensions raciales que dissimulaient timidement les bons usages olympiques.


Sous couvert de fiction, François Thomazeau nous invite à participer en spectateurs parfois révoltés à cette période trouble dont les points de fixation furent les Jeux de la honte, jeux qui n’étaient qu’un écran de fumée, et le putsch militaire espagnol, dans un roman document à fort relent d’espionnage. Les personnages fictifs et réels se fondent et cohabitent, afin de donner plus de force à certains événements. Les accidents par exemple perpétrés à l’encontre des généraux nationalistes José Sanjurjo et Emilio Mola, tous deux généraux nationalistes, décédés lors de voyages en avion. Le rôle de la France dans la diplomatie internationale mais surtout celui ambigu de la couronne britannique et d’autres nations. La fonction discrète de Jean Moulin lors de son passage comme chef de cabinet au ministère de l’Air du Front populaire, entre deux affectations dans des préfectures. Et bien d’autres personnages qui firent parler d’eux dans des circonstances plus ou moins honorables. Kim Philby, André-François Poncet, Edouard Corniglion-Molinier, Robert Perrier, Unity Valkyrie Mitford, le Major Hugh Pollard, Leni Riefenstahl, Simon Sabiani, sans oublier le “ héros” de Berlin, Jesse Owen.

Et il est à remarquer que l’esprit des Jeux de Berlin, esprit fort décrié car il s’agissait plus d’une propagande que d’une véritable manifestation sportive dans la lignée spirituelle de Pierre de Coubertin, cet esprit de compétition est encore et toujours un véritable marché soumis à la gloire de la finance. Le trafic d’influence laissant place à la tricherie est toujours de mise malgré les dénégations officielles. Dernier exemple en date, les petits arrangements entre amis dans le monde de la boxe amateur.

Les cris de singe lancés aujourd’hui dans les stades de football à l’encontre de joueurs de couleur, Jesse Owen lui aussi les a subi, et dans un endroit qui n’était pas choisi par hasard : le zoo de Berlin.


Quant à la déclaration de ce journaliste du Miroir du Monde, n’est-elle pas reprise, sous une autre forme guère plus élégante dans d’autres domaines sportifs : Un Woodruff, un Owens, un Johnson sont autant d’obstacles insurmontables pour la race blanche. Il faudra se décider un jour à les éliminer des compétitions qui seront alors réservées aux Blancs. Ce n’est pas là une attaque contre les Noirs qui sont, pour la plupart, de braves garçons dociles et de bons enfants. C’est une mesure d’égalité, simplement. Or, il apparait de plus en plus évident que l’atavisme animal des Noirs les avantage par trop dans leurs luttes musculaires contre les Blancs, dont les conditions de vie sont différentes depuis des générations.

Edifiant, non ?

 

Enfin, n’oubliez pas de demander à votre libraire deux marque-pages. L’un pour signaler l’endroit où vous arrêtez la lecture de ce roman document pédagogique, l’autre pour le placer au niveau du lexique auquel vous vous référerez immanquablement.


Voir également les avis de Black Novel et Action-Supense !


François THOMAZEAU : Les Anneaux de la honte. Collection Cœur Noir, éditions de l’Archipel. 262 pages. 18,95€.

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15 octobre 2012 1 15 /10 /octobre /2012 11:16

Gauguin, gros gain !

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En cette fin de juin 1886, Clémence de Rosmadec est contente et heureuse pour deux raisons. Non seulement elle revient passer ses vacances dans la demeure familiale auprès de sa grand-mère et où sa parentèle la rejoindra bientôt, mais elle a aperçu à Pont-Aven, Paul Gauguin dont elle sait qu’il est un peintre en devenir et qu’elle a croisé dans un cours de dessin à Paris.

Euphorique elle décide d’aller se baigner mais sa joie retombe vite lorsqu’elle découvre dans le bateau de Gildas, son ami d’enfance, le cadavre d’une jeune femme, Adèle, qui sert de modèle à Maxime Louval, un peintre installé à Pont-Aven. Adèle négociait accessoirement ses charmes au grand dam des autochtones. Rapidement Clémence fait part de sa découverte à sa grand-mère qui aussitôt demande aide à André Kerlutu, un ami de la famille et commissaire de police à Paris.

André procède aux premières constatations en compagnie de deux gendarmes locaux et de Clémence. La jeune morte aurait été étranglée et sous ses ongles de petits lambeaux de peau laissent à penser qu’elle aurait griffé son agresseur. Aussitôt les gendarmes présument que le meurtrier serait Gildas lui-même, hypothèse approuvée par le juge d’instruction, homme obtus et imbu de sa personne comme pourront le constater André puis Clémence. Mais Clémence, qui ressent envers Gildas une profonde affection, sinon plus, ne baisse pas les bras et toute la maisonnée, famille, employés de maison et fermiers, est soudée derrière elle ainsi qu’André et son neveu Erwan, lequel, amoureux de Clémence, ne ménage pas non plus son soutien.

Yves Josso, qui au début des années 1990 avait signé sous le pseudonyme de Vonnick de Rosmadec une série de dix titres mettant en scène Miss Flic, signe ici un roman à l’écriture plaisante, séduisante, ciselée, empruntant avec bonheur aux feuilletonistes du XIXème siècle le sens de l’intrigue et du style.

La description du monde des artistes peintres installés à Pont-Aven et qui en feront la réputation, celle des relations entre les divers membres de la famille Rosmadec, celle aussi du paysage et du monde marin de ce petit coin de Bretagne qui s’émancipe sous l’impulsion des artistes qui vivent sans préjugés instaurant une liberté de corps et d’esprit, est un véritable hommage à un mode de vie qui se voudrait calme et serein, en contradiction avec l’égoïsme et la frénésie modernes. La famille de Rosmadec détone parmi la petite noblesse provinciale. La grand-mère se délecte à la lecture de la Comtesse de Ségur, Alexis le père de Clémence est artiste et architecte, Lysandre la mère est pianiste, concertiste de renom, L’un des oncles est médecin et l’autre homme d’église, la tante vieille fille est la bonne gouvernante intraitable de son frère qui penche trop souvent vers la dive bouteille.

Clémence est artiste peintre quant à sa jeune sœur elle possède deux dons : une mémoire infaillible et celui de deviner presque les évènements, mature avant l’âge. Enfin le lecteur est invité à méditer cette réflexion exprimée par Clémence : “ Il n’est jamais bon pour l’ordre social de modifier les coutumes ”. Une déclaration qui pourrait être appliquée alors que la fièvre des réformes précipitées agite notre quotidien.

 

Yves JOSSO : Eté meurtrier à Pont-Aven. 10/18, collection Grands Détectives 4020. Septembre 2007. 416 pages. 7,70€.

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13 octobre 2012 6 13 /10 /octobre /2012 08:29

Comme disait ma grand-mère : il existe des romans policiers ruraux fort urbains !

 

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Il fait bon parfois se plonger ou se replonger dans une intrigue policière classique, retrouver le plaisir des énigmes savamment construites, afin de nous dépolluer les neurones des ambiances glauques des romans noirs qui ne traitent souvent que de mêmes thèmes déclinés avec violence.

Être invité par un mort est une situation peu banale, rare et déstabilisante. Et pourtant, c’est bien à ce genre de situation que Charles Khoems est confronté. Leur dernière relation épistolaire remonte à plus de sept ans et cela plus longtemps encore qu’ils ne se sont pas vus. Henri Maramont avait convié Charles à le rencontrer à la villa Mysosotis, impressionnante demeure de maître sise à Jaujac, Ardèche, afin d’obtenir son avis sur son dernier manuscrit, L’ENVERS DE DECOR.

Quand Charles Khoems sonne à la grille du manoir, il est reçu par Alexandre Maramont. Henri est décédé depuis une semaine. Aussitôt Khoems pense à un accident ou à une crise cardiaque. C’est beaucoup plus grave, comme s’il existait une échelle dans la gravité d’un décès. Henri a été assassiné.

Relatons les faits tels qu’ils sont parvenus au scripteur de cette chronique. Le soir du 12 juillet, à 22h33 exactement, la montre brisée du défunt faisant foi, Henri a été tué par une balle tirée de son propre revolver. En réalité deux coups de feu ont été tirés, la seconde balle ayant été retrouvée dans le haut du mur du bureau, au dessus de la fenêtre ouverte. L’orage grondait, condition climatique défavorable qui a occulté le bruit des déflagrations aux oreilles des occupants de la demeure. Le corps a été découvert le lendemain matin par Isabelle, l’employée de maison qui devait réveiller Henri, l’écrivain ayant un rendez-vous à Paris. Le mobile pourrait être un vol, un tableau de Gauguin ayant disparu. Seulement les enquêteurs sont perplexes et de fortes présomptions pèsent sur Béatrice, l’épouse du défunt et belle-sœur d’Alexandre.

Afin d’être le plus complet et objectif possible, il faut signaler les présences permanentes ou presque des différents protagonistes du récit. Vivent donc également au manoir, Mémère Augusta, la doyenne et octogénaire maîtresse des lieux, qui ne peut se déplacer qu’un fauteuil roulant, handicapée par un accident de cheval survenu trente ans auparavant. Véronique Albond, sa dame de compagnie, infirmière et lectrice ; Germain, homme toutes mains et époux d’Isabelle ; Lilian et Stéphanie, les enfants de Béatrice et Henri, Alexandre bien évidemment et Christian de Dabletache, le secrétaire d’Henri et authentique nobliau ruiné.

Charles Khoems est invité à rester quelques jours au domaine, et même engagé afin de résoudre l’énigme de ce meurtre, lorsqu’il révèle à Alexandre qu’il exerce la profession de détective privé. Charles Khoems, cela ne vous dit rien, pas même lorsqu’il allume sa pipe ?

Entre Béatrice et Henri, ce n’était plus les grandes amours depuis des années, d’ailleurs elle ne participe pas aux repas. Lilian et Stéphanie sont chacun des artistes. Lilian est un plasticien, peintre et sculpteur, et Stéphanie, qui lui sert de modèle, rêve d’être actrice. Henri et Alexandre collaboraient sous un pseudonyme commun pour l’écriture de romans de science-fiction, mais Henri continuait une carrière solo d’auteur de romans policiers et de pièces de théâtre. D’ailleurs Alexandre montre le manuscrit du dernier roman d’Henri, L’envers du décor. Bizarre, car dans sa missive, Henri avait indiqué L’envers de décor, en majuscule, à moins que ce ne soit qu’une faute de frappe. Les policiers sont représentés par le capitaine Eugène Gatto et son adjoint Jean-Paul Corniche, un personnage qui se montre très désagréable envers Charles Khoems, surtout lorsqu’il apprend sa profession de détective. Tout en fumant sa pipe, mais pas encombré d’une grosse loupe, Khoems commence ses recherches avec sérieux, sans à-priori, fouinant un peu partout, s’immisçant dans l’intimité des habitants. Mais il bénéficie d’une bonne table et fait honneurs aux mets qui lui sont servi, surtout aux différents vins qui proviennent d’une propriété sise dans le Bordelais et dont s’occupe Béatrice. Béatrice, toujours elle, point de focalisation de l’enquête. La veille au soir, Henri et elle avait partagé une bouteille de champagne, pour une petite fête intime, ce qui ne leur était pas arrivé depuis fort longtemps, et un tache de sang a été retrouvée au bas de la robe qu’elle portait pour l’occasion.

 

Ecrire un roman policier classique, avec une véritable enquête, une énigme à résoudre, n’est pas synonyme de détachement de l’auteur envers la réalité. Et cela ne l’empêche non plus d’exprimer sa vision sur le monde qui l’entoure. Ainsi, mais c’est un de ses personnages qui s’exprime, concernant les critiques littéraires : Monsieur Henri aimait à répéter qu’il fallait ignorer la critique parce que celle-ci, bonne ou mauvaise, n’avait jamais fait vendre un livre de plus ou de moins. Et il disait encore : « Soyons honnête ! On n’écrit jamais que pour son propre plaisir et, si possible, pour celui des autres ensuite ».

Madame Maramont mère, mémère Augusta pour les intimes, est une passionnée des livres, que lui lit volontiers la belle Véronique, livres qui se trouvent à profusion dans la demeure. Mais que dit-elle lorsqu’elle compare la lecture et la télévision ?

Comme disait Victor Hugo, un cerveau qui ne lit pas est un estomac qui ne mange pas ! De nos jours les gens lisent peu. Ils préfèrent regarder ce machin à balancer des programmes entiers de publicité entrecoupés de morceaux de films ou de bandes annonces. Une vraie calamité ! Tiens pourquoi ne passerait-on pas des réclames au beau milieu d’un discours du président de la république ?

L’humour subtil ne manque pas, j’aurais pu extraire un grand nombre de citations amusantes, de réflexions de bon sens, de petites phrases choc. Je me contenterai de celle-ci : Au restaurant, on vous demande systématiquement de quel côté vous désirez être placé : fumeur ou non fumeur ? C’est bien, mais on devrait demander également « côté braillard ou non braillard » ? Cela nous éviterait d’avoir à supporter de capricieux lardons qui n’arrêtent pas de geindre, de pleurnicher ou de crier, entre deux adultes du genre tête à claques à l’éducation plus que douteuse. Un peu plus loin : Mais le monde est ainsi fait : la moitié des gens semble prendre un malin plaisir à enquiquiner l’autre moitié qui doit, naturellement, se montrer tolérante.

Non, il n’y a pas que les auteurs de romans noirs qui ont quelque chose à dire ou à écrire !

Du même auteur lire :  Par le rêve et la ronce;  Le réveil des menhirs;  Ys, le monde englouti;   Qui veut tuer le roi Henri ?

 

Ainsi qu'un

portrait de l'auteur

 

Gabriel JAN : Meurtre à Jaujac. Une enquête de Charles Khoems. Editions E & R, La Bouquinerie. (2008 – 2012). 192 pages. 13€.

 

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12 octobre 2012 5 12 /10 /octobre /2012 11:06

Quatre romans comme les quatre roues d'un tracteur ! C'est mieux d'avoir l'attelage complet.


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Des traces de pneus qui se dirigent vers la berge du canal de l’Aulne, qui s’arrêtent au bord de l’eau, une sorte de méduse flottant entre deux eaux. Il n’en faut pas plus pour que Sylviane, Sylvie-Anne pour l’état-civil, soit persuadée que sa mère et ses deux petits frères gisent au fond de la bagnole emplie d’eau. Morts noyés par sa faute. Pour la mère, « sa grosse pouffe de mère », ce n’est pas grave. Elle l’a bien cherché l’Aurore Boréale, Aurore c’est son prénom, Boréale, parce qu’elle vient du Nord, de la France, et qu’elle a connu le père de Sylviane grâce aux petites annonces du Chasseur Français. Ils se sont mariés en 1963 et Sylviane est née en 1964. Mais les petits, Louis et Capucine, rien que d’y penser, l’adolescente en est toute retournée. D’ailleurs elle décide de se jeter elle aussi dans la flotte mais sa mobylette dérape et c’est l’engin qui est englouti. Il ne lui reste qu’à rentrer à la maison, avec l’espoir improbable que tout cela n’est qu’un cauchemar.

Seulement dans la cuisine du pennti, petite maison bretonne, le couvert n’est mis que pour une personne et dans l’assiette est déposé le livret de famille. Une vision qui la perturbe encore plus.

Nous sommes au début mars 1982, et bouleversée Sylviane se remémore son enfance par bribes. Elle n’a pas eu la vie facile, Sylviane. Son père atteint de poliomyélite, il est handicapé d’un bras, mais pas du reste. Sa mère, Aurore depuis son mariage passe son temps à écouter des microsillons de ses idoles préférées, Johnny, Eddy, Sylvie… C’est pour cela que Sylviane s’est appelée Sylvie, avec l’ajout du nom de la sainte patronne de la Bretagne. Nés après elle ses deux autres frères, Johnny et Eddy ont été placés à la DDASS et depuis elle n’en a plus eu de nouvelles. L’Aurore ne s’est pas révélée maternelle, laissant le père, Mikelig, s’occuper de la gamine, du ménage, de la popote, malgré son infirmité. Ils ne sont pas riches, mais Mikelig qui travaille dans un C.A.T. bricole aussi pour les voisins et connaissances, réparant radios et télévisions. Ce qui lui a permis d’acheter la fameuse 2CV qui est au fond du canal. Puis sont arrivés Petit Louis et Capucine.

Sylviane tergiverse. Doit-elle ou non avertir les gendarmes ? Elle rentre chez elle, et s’informe auprès des voisines, l’Artiste et la vieille Channing, des femmes qui furètent partout, toujours à l’affût du moindre petit scandale, du moindre secret. Les cancanières du hameau qui tiennent le rôle du journal parlé du bourg. Non elles n’ont pas vu sa mère et les petits, mais elles aperçoivent le livret de famille que Sylviane s’empresse de ranger dans un tiroir. Alors elle se tourne auprès de ses autres voisins, Basile et Boris, surnommés les B&B, deux hommes qui vivent en couple, des homosexuels à n’en pas douter mais si gentils.

Boris prend les choses en main. Sylviane retourne sur les lieux en sa compagnie puis ils préviennent la gendarmerie depuis le café-tabac, un rade d’habitués qui refont le monde en parlottes qui ne mènent à rien, un boui-boui lieu obligé de rendez-vous avec son baby-foot et son téléphone indiscret. Une fois de plus Sylviane remâche ses souvenirs, ses treize ans, et le bon temps passé avec ses grands-parents paternels qui la choyaient, lui offraient l’amour maternel dont elle était frustrée.

Ceux de Menglazeg est le quatrième pan d’une saga familiale à lire indépendamment, ou non, puisque certains des personnages des précédents romans y font des apparitions évanescentes, et n’interfèrent en rien dans ce drame qui est presque un mélodrame rural. Quelques images fortes imprègnent ce roman dont l’action principale se joue entre deux dates : 1963 et 1982. Deux époques qui se juxtaposent, se télescopent, et qui mêlent sourires, rires même parfois, et tragédies.

Parmi ces images fortes, le mariage d’Aurore et Mikelig. Le jour même du mariage, juste avant la messe de cérémonie le curé officie un enterrement. La carriole qui emporte le cercueil du défunt est tirée par un cheval recueilli auprès de bohémiens de passage. Ce n’est pas pour refouler les ardeurs des musiciens qui accompagnent les mariés. Seulement le cheval à l’écoute de cette aubade qui lui rappelle sûrement son enfance dans un cirque itinérant se met à danser, à tanguer à gauche, à droite. La marche funèbre se transforme en parade équestre.

D’autres images moins drolatiques défilent et c’est toute une époque révolue qui revit. La cueillette des haricots, travail ingrat payé au compte-gouttes, pas pour des haricots mais presque. Les loisirs n’existaient pas ou peu. Sauf pour l’Aurore qui avait amené de chez elle son tourne-disque et ses microsillons. En ce coin reculé de la Bretagne, au nord de Quimper, dans les monts d’Arrée, le modernisme n’avait pas encore dénaturé le quotidien, les habitants vivaient chichement, mais étaient-ils plus malheureux que nous aujourd’hui qui avons tout ou presque ? Pas sûr. Sommes-nous plus heureux, alors qu’on en veut toujours davantage ?

Un beau livre sur la condition humaine comme Hervé Jaouen sait les écrire.

A lire également  Les filles de Roz-Kellen, Ceux de Ker-Askol et  Les soeurs Gwenan qui constituent les trois premiers volets de cette tétralogie.

Alire également  Le Fossé et  Flora des embruns.

Et pourquoi pas

mon entretien avec Hervé Jaouen ?

 Hervé JAOUEN : Ceux de Menglazeg. Collection Terres de France ; Presses de la Cité. 19,30€.

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11 octobre 2012 4 11 /10 /octobre /2012 16:20

En gore, en gore, en gore…

 

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Dans un avenir proche, très proche même si l’on en croit un des protagonistes, un policier de la Sécurité, puisque selon ses déclarations Che Guevarra est mort depuis presque un demi-siècle lorsque cette aventure se déroule, ce qui nous propulse allègrement en 2017, dans un avenir proche donc, la France est gouvernée par le Général Boulanger, le Guide.

La gauche avait gagné les élections, une femme dirigeait le pays, mais tout a été balayé par un putsch des militaires. La Présidente déboutée n’a eu d’autre recours que de se suicider, l’ancien président Loulou Chou est relégué au fort de Brégançon, la sécurité est imposée par les Services de Sécurité qui patrouillent dans les rues de Paris, des voitures banalisées aux plaques d’immatriculation manquantes. Le Nouveau régime est en place.

Justement la Sécurité, représentée par Benoit, Serge et deux ou trois autres clampins, informés par les Renseignements, investissent un immeuble à la recherche de terroristes, des Rouges ou considérés comme tels, soupçonnés de vouloir préparer un attentat. Des policiers restent sur le carreau, des gauchistes aussi, mais l’un d’eux parvient à s’échapper avant d’être coincé dans le parking d’un immeuble. Stupeur des policiers lorsqu’ils ôtent la cagoule de leur prisonnier : il s’agit d’une jeune femme rousse.

Le lieutenant Lesourd, Fab pour les intimes, ses collègues et les autres, a changé plusieurs fois d’affectation en quelques mois à cause de son intempérance. Déjà, avant que Lys le quitte comme ça, sans préavis, il s’octroyait verres d’alcool sur verres d’alcool, toujours la même chose car ce sont les mélanges qui rendent malades, mais après c’était pire. Mais s’il a navigué de service en service, ce n’est pas tant à cause de son addiction aux produits éthyliques qu’à son insubordination chronique, avérée et caractérisée. Il vient d’être réintégré dans son grade à la Brigade criminelle et le nouveau directeur, un jeunot d’une trentaine d’années dont on imagine l’expérience, lui propose de lui confier une tâche urgente à condition qu’il signe sur une tablette numérique, à l’aide d’un stylo thermique, son engagement de ne plus se livrer à sa dipsomanie.

Des cadavres ont été découverts dans un parking de la rue Ramponneau. Le tableau que découvre Fab et son adjoint Toussaint, un Black, n’est guère propice à figurer dans un musée, sauf dans le quartier des natures mortes retour de chasse. Deux femmes sont accrochées par les pieds dans un box, ouvertes du sexe au sternum et éviscérées, les seins coupés et déposés dans des bassines contenant les entrailles. N’ayant pas d’images à ma disposition, je ne peux que vous conseiller d’imaginer vous-même cette scène. Le médecin légiste, docteur Dubarry, une femme qui n’a pas les foies, confite dans sa vocation, s’attèle à son travail d’expertise.

Immédiatement sont interrogés les habitants de l’immeuble ainsi que des squatteurs réguliers, des Noirs qui offrent leurs services à des frustrées du sexe comme la sexagénaire madame Duraton. Elle affirme se faire violer régulièrement par ces gentes personnes fort bien membrées, avec son aval et pour son plus grand plaisir. En effet tous utilisent des pilules à jouir, le nouveau médicament à mode.

Pendant ce temps dans les locaux de la Sécurité, la prisonnière, qui n’est autre que Lys, l’ancienne compagne de Fab, est passée à la question. Elle est enfermée dans une geôle dont le plancher est constitué de dalles dont certaines sont des plaques chauffantes, disposées de façon aléatoire, comme une marelle, et pour se déplacer du lit aux latrines il vaut mieux savoir où mettre les plantes des pieds. Ce qui n’est pas évident lorsque le détenu ne connait pas l’emplacement, qui d’ailleurs change souvent, et que la lumière est éteinte.

Ce n’est pas tant cette partie qui est intéressante, quoiqu’elle ne manque pas de saveur, que les à-côtés de l’histoire. Une projection de la France placée sous le joug d’une dictature militaire raciste. Le côté gore est à prendre au second degré, un peu comme dans ces bandes dessinées ou films d’animation dont les personnages subissent toutes les avanies possibles avec à chaque fois la possibilité de pouvoir se relever et retourner au combat. Un peu comme les aventures de Bip-bip et Vil coyote, mais en plus sanglant. Nous sommes loin des descriptions détaillées et cliniques des scènes de torture ou de charcutage pratiquées par des médecins légistes qui brossent avec complaisance leurs interventions sur des cadavres, telles qu’elles sont souvent formulées dans les thrillers modernes.

Sous la férule du Guide, le général Boulanger, mais surtout de la nouvelle junte militaire et de la présence omnipotente et omniprésente des forces de l’ordre qui se livrent en interne à une guerre de prépondérance, la France est présentée dans une situation qui frise l’apocalypse. Et si certains conseillers se frottent les mains de cette situation, d’autres réfléchissent à un possible soulèvement, nostalgiques de l’avant. Ils envisagent même de demander son avis à l’ancien président, celui qui était en poste avant la présidente de gauche, le fameux Loulou Chou qui a été transféré du Fort de Brégançon en un château de La Charité sur Loire. Le guide lui-même tergiverse.

-      Alors, demandons l’avis de l’ancien président.

-      Le battu par la gauchiste ?

-      Ce n’était pas un cador en politique économique, mon général, mais il avait obtenu certains succès en international.

Mais en relativisant toutefois ses actions même si Loulou Chou avait une attitude appréciée des diplomates étrangers.

-      Mon général, il ne faudrait quand même pas aller jusqu’aux extrémités parfois ambiguës de ses interventions

-      - Comme quoi ?

-      - Le jour où il a tenu à laver lui-même les pieds de la nouvelle chancelière allemande à qui il proposa ensuite de lécher ses orteils.

Edifiant, non ? Mais il est vrai que nous ne sommes pas plongés dans les arcanes du pouvoir, malgré les fuites journalistiques relayées par des méthodes discutables genre Twitter et autres.

 A lire également un entretien avec Jean Mazarin/Emmanuel Errer, autres signatures de Nécrorian.


Et n'oubliez pas de compulser le catalogue des éditions Rivière Blanche


NECRORIAN : Plaques chauffantes. Postface de François Darnaudet. Collection Anticipation N° 45. Editions Rivière Blanche. 222 pages. 17€.

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11 octobre 2012 4 11 /10 /octobre /2012 13:46

 

Cet entretien a été réalisé en janvier 1986, dans le cadre d’une émission sur le roman policier, émission diffusée sur les antennes d’une radio associative, entretien réalisé sur cassette audio. J’ai donc essayé de reproduire fidèlement les réponses de Jean Mazarin, avec les petits défauts inhérents à ce genre d’exercice, comme si cette interview s’était déroulée en direct.

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A l’occasion de la sortie du dixième volume de la série consacrée à Frankie Pat Puntacavallo, mon détective préféré, j’aimerai faire un peu mieux connaissance avec vous. Pourriez-vous vous présenter ?

Se présenter, se présenter… C’est toujours délicat de se présenter soi-même parce qu’on peut dire on est grand, beau, intelligent, le meilleur… On peut aussi dire, c’est ce que je vais faire, on est moyen, de sexe masculin, que j’ai en gros la cinquantaine, que je suis marié, que j’ai deux enfants, que je vis dans une proche banlieue parisienne, que j’ai comme particularité d’écrire. C'est-à-dire d’écrire, tout le monde écrit bien sûr, mais de ne faire que ça, c'est-à-dire être un professionnel de l’écriture. Chaque matin, au lieu d’être au bureau, à l’usine, je ne sais pas où… Mon travail consiste à écrire. Voilà en gros ce que je peux dire.

 

Vous avez débuté dans la vie littéraire d’une façon peu banale. Pouvez-vous nous expliquer comment ?

Votre question me fait un peu rire parce qu’elle apporte plusieurs réponses. La première, je pourrais dire que j’ai débuté dans la vie littéraire en écrivant. Ce qui peut paraître quelque chose d’absolument normal mais qui ne l’est pas parce que tous les écrivains ne débutent pas en écrivant. On peut débuter et souvent c’est meilleur en faisant tout autre chose que d’écrire. Enfin, bon… Je vois où vous voulez en venir. C’est-à-dire j’avais déjà écrit lorsque j’étais plus jeune quelques petites nouvelles, de science-fiction généralement, plus que des nouvelles policières, et c’est en… Cela ne nous rajeunit pas tout ça… C’était au début de la crise, enfin ce que l’on appelait la crise, que j’ai eu disons l’occasion de passer d’une écriture d’amateur comme tout le monde doit écrire un petit peu des nouvelles, un petit roman, à une écriture professionnelle, et que j’ai décidé de ne faire que ça. Et l’occasion m’a été donnée par l’ANPE. Je venais d’être licencié de ma boîte, à l’époque on touchait quatre-vingt-dix pour cent de son salaire pendant un an et je me suis dit je vais en profiter. Comme j’ai un an devant moi sans problème matériel si j’en profitais de sauter le pas, c’est-à-dire de passer de petites nouvelles à un roman, puis de le faire tous les jours, et un autre, et un autre et un autre. C’est-à-dire de ne faire que ça puisque c’était ce que j’avais envie de faire. Donc en quelque sorte c’est le chômage qui m’a permis de réaliser le rêve de ma vie. Et j’espère qu’il en est de même pour d’autres chômeurs.

 

Vous écrivez aussi bien des romans d’espionnage, de science-fiction que des romans policiers. Ce soir nous en resterons au domaine du roman policier. Dans le roman policier vous maniez aussi bien l’humour, dans la série de Frankie Pat Puntacavallo que le roman noir comme dans Gangrène, paru sous le pseudo d’Emmanuel Errer. Dans lequel de ces genres vous sentez-vous le plus à l’aise ?

mazarin1-copie-1.jpgEn effet, comme vous venez de le signaler, je fais aussi des romans de science-fiction qui sont généralement des romans policiers travestis dans un futur assez proche, et des romans d’espionnage ou dit d’espionnage, mais je n’en ai pas fait beaucoup. J’aime bien, j’aime beaucoup, j’appellerais ça plutôt de la politique fiction. J’aime beaucoup mais enfin ce n’est pas ma tasse de thé. J’en fais un de temps en temps, disons un tous les deux ans… Enfin, on en reste au roman policier et comme vous venez de le dire, je fais en effet des romans policiers amusants, légers, tout au moins j’espère qu’ils sont amusants, seuls les lecteurs pourraient vous le dire. Moi, ça m’amuse, ça ne veut pas dire que le lecteur s’amuse en les lisant. Et des romans en effet très noirs, vous venez de citer Gangrène, qui est publié sous un autre pseudonyme, celui d’Emmanuel Errer à la Série Noire. Je ne crois pas que je suis plus à l’aise dans un genre que dans l’autre. Je crois que c’est quasiment une nécessité, enfin tout au moins pour moi, car je crois qu’il y a des auteurs qui ne font qu’un seul genre. Moi, j’en connais qui ne font que des romans noirs, très noirs ou très très très noirs. D’ailleurs la plupart ne font que des romans noirs, ou des romans policiers noirs. C’est le roman comique qu’on ne fait pas beaucoup. Moi, c’est plus fort que moi, faut que j’en fasse un, d’abord pour me détendre… Après avoir fait un roman noir, un roman où l’on se marre. Et puis je crois qu’il faut rire un peu. Si l’on est toujours dans le noir, où là là, on se flingue. Et puis finalement, peut-être qu’en faisant rire, dans un truc qui parait plutôt futile, on peut peut-être dire plus de choses que dans le romans noir, un roman sérieux, un roman accrocheur… un roman comique, on peut en envoyer plus de temps en temps. Et comme j’aime bien ça, je me sens assez bien aussi, dans le roman comique. Il faut une alternance, c'est-à-dire que je ne pourrais pas faire que des Puntacavello puisqu’il s’agit de lui en tant que roman comique, ni des romans comme Gangrène. D’abord les Puntacavallo, j’en fais, je ne dirai pas de moins en moins, par exemple l’année dernière j’en ai fait qu’un. Je pense qu’un ou deux par an, c’est bien parce que ça m’éclaircit un peu et des romans noir, ou noirs noirs, un ou deux aussi.

 

Vous avez débuté à la Série Noire puis vous avez migré au Fleuve Noir. Pourquoi ?

C’est exact. Le premier roman que j’ai publié, c’était en 73 ou en 74, c’était à la Série Noire, ça s’appelait Descente en torche. Alors vous me demandez pourquoi j’ai migré au Fleuve Noir... D’abord il n’y a qu’une partie de moi qui a migré au Fleuve Noir, d’ailleurs on parlait tout à l’heure de Gangrène, Gangrène est paru l’année dernière à la Série Noire. Ce qui fait que je continue à donner des manuscrits à la Série Noire, moins qu’au Fleuve Noir, d’abord parce que la Série Noire ne fait que du policier tandis qu’au Fleuve Noir, comme on le disait tout à l’heure, il y a plusieurs séries. Disons qu’il y a un éventail et l’on peut s’exprimer dans un éventail de genres plus vaste qu’à la Série Noire. Ensuite parce que, comme je le disais tout à fait au début de notre entretien, je suis un professionnel. Un professionnel qui ne fait que de l’écriture de romans. C’est-à-dire que je ne suis pas un journaliste qui fait ça en plus… Je ne fais pas de scénarios à la télé, ni au cinéma, je fais du roman. Du roman populaire, des polars, etc. Or la Série Noire ne peut pas me prendre toute ma production, vu qu’ils n’en publient que quatre par mois, onze mois par an, et que sur les quatre il y a au moins deux anglo-saxons, si ce n’est trois, et puis il y a quand même les confrères. Tout le monde doit pouvoir se faire publier, donc, et à la limite, s’il y a d’autres éditeurs de romans policiers… je pense que j’essaierai de publier chez d’autres éditeurs, mais actuellement il faut voir ce qui est, il y a la Série Noire et le Fleuve Noir. Bon, il y a Le Masque, mais là je ne me sentirai pas du tout à l’aise et ensuite il y a d’autres séries, mais enfin on ne peut pas faire des publications très vite, très régulières dans ces autres séries, parce que c’est du coup à coup ou alors elles apparaissent en janvier et disparaissent au mois de mai, pour réapparaitre six mois après. Ils sont bien, ils sont bien, j’aimerai bien… Ce serait presque pour moi un luxe de publier un livre dans ces séries à éclipse… Il me faut, en temps que pro, il me faut un appui solide or les deux seuls appuis solides qui existent actuellement sur le marché c’est la Série Noire et le Fleuve Noir.

 

Pensez-vous qu’un auteur de romans policiers doit utiliser ses livres pour faire passer ses idées politiques ou autres, ou se contenter de relater des faits en restant neutre ?

Oui en effet… C’est ce qu’on pourrait appeler la question piège ou la question, excusez-moi de le dire, la question bateau parce que tous les journalistes posent ce genre de questions, euh… Et alors là, pour y répondre, est-ce qu’on fait passer ses idées politiques ou ses autres idées… Moi, voilà, je crois que lorsqu’on écrit, on doit faire passer ce que l’on ressent. Mais alors, ce qu’il faut différencier, ce sont ceux qui le font passer, parce qu’ils veulent le faire passer, et ceux qui le font passer inconsciemment. Moi je pense que je fais partie de la seconde moitié, de la seconde catégorie. Il est certain que malgré moi je dois écrire des choses parce que je les ressens, parce que devant tel problème, telle situation, je suis comme ça. Mais disons que n’importe quel roman policier, n’importe quel roman noir, c’est avant tout une intrigue, c’est une action, c’est une histoire. Il faut que le lecteur s’emmerde pas parce que s’il faut faire un abécédaire politique, le lecteur n’en a rien à foutre, il y en a tellement à la télé, dans les journaux, partout. Alors acheter un polar en plus pour voir ça, voir les malheurs dans les journaux, dans un hlm, bon en effet ça peut être un très bon thème, mais il faut quand même une histoire. Parce que s’il n’y pas une histoire le type va s’emmerder en lisant le bouquin. Par contre en effet on peut faire passer des idées. Et je pense que dans les miens y en a mais je crois que c’est inconscient.

 

Comment travaillez-vous, c’est-à-dire avez-vous un emploi du temps bien précis ?

Comment je travaille ? Un emploi du temps précis c’est peut-être beaucoup dire. Mais disons que je m’efforce dans la mesure du possible de me mettre tous les matins devant la machine à écrire, ou devant le manuscrit que je corrige, que je m’efforce d’être à la même heure, c’est-à-dire disons vers neuf heures, hop je dis je commence à bosser. A bosser, ça ne veut pas dire que je bosse tous les jours, parce que y a des jours où on a envie, d’autres jours on a moins envie, mais je m’efforce, sauf si je suis à l’extérieur, si je ne suis pas là ou en vacances, mais je m’efforce disons la plupart des jours, disons neuf jours sur dix, le matin je me mets devant ma table et je me dis allez on commence à bosser.

 

Etablissez-vous un plan bien défini ou bien écrivez-vous au gré de l’inspiration, au fil des pages ?

Un plan défini peut-être pas parce que… J’ai essayé, j’ai essayé de faire des plans mais alors ce qu’il se passe, c’est que une fois que j’ai fait le plan, d’abord ça prend beaucoup de temps et ensuite quand j’écris, c'est-à-dire quand je fais le remplissage, ou alors ça ne m’intéresse plus, ou je change en cours d’histoire et je ne suis pas mon plan. Et je me dis finalement, ce n’est pas la peine de faire un plan. Ce que je fais c’est que généralement, je connais donc la fin, je sais comment ça va finir… Disons que le déclic est soit je me dis cette histoire est bien, j’aimerai qu’elle finisse comme ça… Disons j’ai une idée, j’ai des personnages, d’une atmosphère, ou d’une époque dans laquelle je voudrais que ça se passe, ou du lieu, mais sans truc extrêmement précis… Ce n’est pas une bonne méthode de travail parce que souvent, dans ce genre de récit il faut quand même que ce soit logique… Que quand on arrive à la fin on se dit tiens, j’arrive à la fin mais ce que j’avais écrit avant ne corresponds plus avec la fin alors il faut reprendre ce que j’ai fait avant, pour l’arranger, pour que ça concorde. Alors c’est pas logique mais je ne pourrais pas travailler autrement.

 

Recherchez-vous les faits divers dans les journaux pour vos intrigues ?

Non ! Les faits-divers ne m’intéressent pas, je ne les lis même pas dans les journaux. Tous les matins je lis deux ou trois quotidiens, mais ça m’intéresse pas… Vraiment, bon peut-être que ce que j’écris ce sont des faits divers, mais des faits-divers imaginés, ou alors, bon, il faut vraiment que ce soit une belle affaire, quoi, un truc dans lequel il y a pas eu de solutions… Là où il y a solution, ça ne présente aucun intérêt.

 

Etes-mazarin3.jpgvous plus sensible aux critiques spécialisées depuis l’obtention du Grand Prix de Littérature Policière en 1983 pour Collabo-song paru en Spécial Police ?

Non, ça n’a pas changé du tout ma vie d’écrivain, comme vous me le demandez… Alors est-ce que je suis sensible aux critiques, je ne pense pas, non… Mais j’aime bien les critiques, quoi que vous savez dans le genre polar on ne peut pas dire qu’on soit assailli par les critiques vu que la plupart des quotidiens… de temps en temps, une fois par semaine, une fois par mois, il y de petites nodules bien réservées polars, ou dans ce que l’on appelle les news… Bon y a un petit truc… Je ne parle pas de la télé où il vaut mieux avoir le sida que d’écrire un polar… Alors il est certain que… enfin c’est-à-dire que la critique, tout au moins dans ce genre de littérature, il faut la voir de deux façons. Un, si on veut la voir d’un aspect matériel, c’est-à-dire que quand vous avez une très bonne critique vous n’en vendrez pas un en plus, et si vous avez une très mauvaise critique vous n’en vendrez pas un en moins. C’est totalement différent, il n’y a pas de relation de cause à effet. La critique est morte au point de vue matériel. Par contre je pense que pour l’auteur, enfin c’est toujours pour moi, j’aime bien lire sur un journal, ou sur une coupure de presse que m’envoient les éditeurs ensuite, que je ne suis pas mauvais, que ce que j’écris n’est pas complètement idiot, c’est pas mal, ça fait plaisir et c’est comme ça que je continue à en faire. Disons que la bonne critique, la critique toute simple, car généralement dans le genre polar, il n’y a pas, il y a très peu de mauvaise critique, ou alors c’est parce qu’il y a un gars qui en veut particulièrement à un autre, et comme il a l’occasion de le dire, de l’écrire, ou de le clamer sur une radio, il le dit. Mais sinon, comme il y a très peu de critiques, les seuls critiquables peuvent être bonnes, oui c’est un roman vraiment pas mal, et ça, ça fait quand même du bien de voir que ça encourage. Et comme on n’a aucune relation avec le lecteur, de temps en temps il y a une lettre, ou un truc comme ça, mais c’est très rare, on écrit quasiment dans le vide. J’imagine aussi les gens qui à la télé parlent, ils ne voient pas ce qu’il y a en face, ils ne voient pas la réaction du lecteur ; alors la réaction du lecteur on ne peut l’avoir que par les critiques et quand on trouve une bonne critique on est content. Moi, je suis très content.

 

Nous allons abordez des personnages sympathiques, anticonformistes comme Lucien Poirel, le plus jeune commissaire de France qui démissionnera sur un coup de colère ou alors Max Bichon, journaliste décontracté. Pourquoi les avoir abandonnés et envisagez-vous de leur faire revivre de nouvelles aventures ?

Là vous me parlez de personnages en effet lointains, enfin pour moi. Poirel, je crois que j’ai fait huit ou neuf aventures de ce commissaire, c’est d’ailleurs mes premiers polars en Fleuve Noir, que j’ai abandonné. Je l’ai abandonné, pourquoi… Oui il y a quand même une raison, c’est qu’à la télé,mazarin2 il y avait à l’époque et maintenant il revient, ils repassent des trucs, ça s’appelle commissaire Moulin, et j’ai trouvé qu’il y avait... que c’était un peu la même chose. C’est-à-dire que mon personnage ressemblait au commissaire Moulin, ou le commissaire Moulin ressemblait à Poirel, enfin ça n’a aucune importance. Il me semblait, enfin quand je le voyais sur l’écran, il me semblait que c’était le mien, et c’est un peu pour ça que je l’ai arrêté. Et puis il y a une seconde raison, c’est parce que c’était un homme, un flic, qui était obligé de se plier à certaines règles de la police, et je l’ai laissé démissionner sur un coup de tête comme vous le dites, un coup de tête, c’était au huitième ou au neuvième épisode, parce que le personnage me semblait usé, qu’il ne pouvait pas aller plus loin, par contre Max Bichon, journaliste décontracté, ce n’est pas évident que je ne le reprenne pas un jour, ce n’est pas évident… Au contraire Poirel, je pense que j’en referai plus, parce que c’était une certaine ambiance, un certain type de personnage qu’il ne peut plus y avoir maintenant, par contre Bichon oui, d’ailleurs Bichon est apparu dans un roman de Puntacacallo qui s’appelai Un doigt de culture, il y a Bichon dedans, qui fait de la figuration intelligente… Oui Bichon, je le reprendrai, je peux même dire presque certainement, je ne sais pas quand mais je suis certain que je ferais encore des romans avec Max Bichon.

 

Parlant de Max Bichon, vous lui faites dire dans Halte aux crabes : Sorti de quelques polars et d’un ou deux essais de Marguerite Duras, on ne peut pas dire que je me vautre dans la littérature. Cette citation est-elle valable pour vous ?

Décidément Max Bichon vous a marqué ! En effet il dit bien dans Halte aux crabes, sorti de quelques polars… Alors est-ce que je fais la même chose, la citation est-elle valable pour moi, en gros j’avoue que je ne lis pas Marguerite Duras alors il reste les quelques polars, et est-ce que je lis beaucoup de polars… J’en commence beaucoup, oui, mais j’en fini peu. Euh… Pourquoi, parce qu’il y en a qui ne me plaisent pas, y en a que j’aime bien mais c’est pas disons un genre littéraire que j’affectionne quoi… Que j’affectionne, c’est ridicule de dire ça pour quelqu’un qui vit du polar. Je n’aime pas tellement lire du polar parce d’abord j’ai toujours peur de trouver quelqu’un qui a trouvé la même idée que moi avant et qu’il l’a mieux fait, ce qui arrive, oui… Et ensuite parce que j’ai pas le temps de lire, ensuite parce que finalement, j’ai pas ce que l’on peut appeler une culture littéraire. Paradoxe pour quelqu’un qui écrit, j’ai plutôt une culture visuelle, une culture de cinéma. Finalement ma culture c’est le cinéma, c’est l’image et que mes références sont beaucoup plus cinématographiques que littéraires. D’ailleurs… dans Puntacavallo, lui qui est moi, parce que le héros est toujours un peu l’auteur, il veut se montrer intéressant, il ne fait pas de références littéraires parce que moi-même je serai incapable parfois, il fait référence à un film, il fait référence à une vedette de cinéma, à n’importe quoi, mais toujours une référence visuelle. Et bien voilà, il est écrit, il est dit maintenant que je n’ai pas de références littéraires, même Marguerite Duras.

 

Avez-vous des contacts avec vos confrères, qu’ils soient du Fleuve Noir ou d’autres maisons d’édition ?

Des contacts, des contacts et des relations avec des confrères, oui, oui, oui et non. Je pense que j’ai dû voir, j’ai dû parler une fois avec tous les auteurs du polar français, ça c’est certain, oui tous ceux que l’on connait, je les connais, on serait dans la rue, je dirai oui celui-là, oui on a discuté une fois que ce soit au bar d’un bistrot ou dans un cocktail mondain, soit ailleurs, ensuite c’est toujours la même chose. Vous ce doit être la même chose, avec les gens avec qui vous travaillez… Oui, on connait tout le monde mais il y en a avec lesquels des liens de sympathie se créent et il y en a qui ne vous sont pas sympathiques, on n’a pas envie de parler… Il y a en avec lesquels on a des relations, des relations hasardeuses, oui parce que c’est le hasard qui fait que l’on se connait, et puis parmi ceux-là il y en a qu’on a envie de revoir, on devient copain et tout va bien. C’est ça, finalement il y en a qui sont devenus des amis, que je revois assez souvent, et l’on parle rarement de ce que l’on fait… J’ai des amis parmi mes confrères, et j’ai des amis en dehors de mes confrères et voilà…

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Voilà l’entretien se termine ici. La suite de la cassette sur laquelle j’avais enregistré cet entretien est un peu inaudible, et donc difficile à retranscrire. Toutefois je peux dire que nous avions parlé du festival de Reims, festival au cours duquel Jean Mazarin a eu l’occasion de rencontrer Georges-Jean Arnaud, Brice Pelman, Fajardie, Demouzon, Hervé Jaouen et il était devenu ami avec certains d’entre eux. Nous avons parlé aussi de l’avenir du polar français et il déplorait la diminution des collections policières, du nombre de titres parus, mais aussi de la prolifération de collections genre Brigade mondaine, Police des mœurs, SAS et quelques autres. De ses prochaines parutions, de ses projets. Je rappelle que cet entretien date de 1986. Donc nous avons évoqués ses romans parus ou à paraitre dans la collection Anticipation du Fleuve Noir, Poupée tueuse et Poupée sanglante qui étaient des polars, et de son virage vers la collection Gore sous le nom de Nécrorian, Charles Nécrorian. Un peu pour s’amuser, pour changer d’univers et parce qu’il professait une admiration pour les films de Dario Argento.

Comme vous avez pu le constater au cours de cet entretien bien des choses ont changé dans le domaine du polar et dans la vie littéraire de Jean Mazarin puisque celui-ci a eu l’opportunité de travailler pour la télévision, pour les Navarro, Cordier juge et flic, Malone… J’ai essayé de respecter au maximum les réponses de Jean Mazarin, les temps de silence, les répétitions, bref de retranscrire comme si c’était du direct.

 

Photo N°1 : Joseph Bialot, Jacques Mondoloni, Alain Demouzon et Jean Mazarin/Emmanuel Errer/Nécrorian.

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Published by Oncle Paul - dans Entretiens-Portraits
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11 octobre 2012 4 11 /10 /octobre /2012 11:35

Galettes de blé noir et chouchen ? C’est le pompon !


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Troisième volet du triptyque consacré à une famille bretonne, comme ces peintures qui racontent chacune une scène de la vie mais font un tout, collée l’une à côté de l’autre, Les sœurs Gwenan se déroule entre terre et mer, dans cette pointe du Cap Sizun offerte à l’aventure. Les deux premiers volets, Les filles de Roz-Kelenn et Ceux de Ker-Askol, étaient consacrés aux aventures de Jabel et Maï-Yann, les filles de Mamm Gwenan, décédée encore jeune dans l’indigence. Mais ce qu’elle ignorait, c’est qu’elle possédait deux demi-frères plus jeunes qu’elle d’une vingtaine d’années environ. Leur père étant décédé les deux garçons, Joseph né en 1890 et Donatien né en 1893, furent enlevés à leur mère et confiés à l’assistance publique puis placés dans des familles d’accueil, Jos en Armor et Donatien chez des fermiers du pays niortais. Hervé Jaouen nous propose de suivre les pérégrinations de Jos dans sa nouvelle famille puis de l’accompagner tout au long de sa vie maritime et familiale.

Tad Bonizec et Mamm Bonizec, qui approchent de la cinquantaine, n’ont jamais eu le bonheur d’avoir d’enfants aussi l’arrivée de Jos met une touche de gaité dans le foyer. Ils ne sont ni pauvres ni riches, Tad en tant qu’ancien de la Royale assurant la pitance dans des parties de pêche en compagnie du gamin, Mamm s’occupant de la vache et du lopin de terre. Le petit Jos grandit dans cette ambiance bon enfant et sur les conseils avisés de Tad et de son instituteur, par goût aussi, il s’engage d’abord dans l’école des mousses puis c’est la voie tracée pour effectuer son service militaire dans la Royale. Il se marie avec une autochtone, Guillemette, aura une fille, Joséphine, qu’il ne verra pas grandir, la guerre de 14 requérant ses services.

En 1919 c’est le retour au pays, tout auréolé de gloire. Il a participé aux combats dans les Dardanelles, une carte de visite qui exclut tout commentaire, sauf les siens car il aime raconter ses campagnes maritimes, celles au cours desquelles il aurait pu perdre la vie. Les retrouvailles d’après-guerre s’avèrent fructueuses.

Deux autres filles complètent le foyer, Germaine et Yvonne, puis quelques années plus tard Marie-Morgane. Elles possèdent chacune leur caractère, même si Germaine et Yvonne les cadettes se ressemblent, physiquement et moralement. Joséphine est subjuguée par les marins, mais pour trouver l’âme sœur, c’est la galère. Elle débute comme couseuse à Quimper puis s’installe à Paris et en compagnie de ses patrons se réfugie à Hyères, près de Toulon, port où elle essaie de choisir l’heureux élu, en vain. Les deux cadettes ont plus de chance quant à Marie-Morgane, la petite dernière, c’est la fiérote de la famille, indifférente à ce qui se passe autour d’elle, taiseuse, tout le contraire d’une Cendrillon. Chacune d’elle va donc connaitre des destins différents et ce sont ces fortunes ou infortunes qui nous sont narrées avec verve, émotion, humour, simplicité comme ces contes narrés par les anciens à la veillée.

 

Ce roman biographique, qui tourne principalement autour du personnage de Joséphine, nous entraîne de la fin du XIXème siècle jusqu’à aujourd’hui et semble puiser dans des anecdotes véridiques, recueillies auprès de gens du cru. Ce qui lui donne un accent de véracité et reconstitue une Bretagne non pas de légende, mais authentique.


Hervé JAOUEN : Les sœurs Gwenan. Terres de France, Presses de la Cité. 2010. Disponible en collection Pocket à compter du 25/10/2012. 7,20€.

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10 octobre 2012 3 10 /10 /octobre /2012 16:22

Comme disait ma grand-mère, Paris ne s’est pas fait en un jour, mais le patchwork s’est détricoté en un rien de temps…


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Ma grand-mère parlait par énigmes, avec ses paraboles pleines de bon sens. Voulait-elle se référer à tous ces pays bricolés, frontiérisés de bric et de broc, au gré de belligérants imposant leur main mise de vainqueurs sur des territoires qu’ils annexaient, découpaient, se partageaient ? Sans tenir compte des frontières naturelles, des us et coutumes des autochtones, de leur langue, de leur religion. Une soi-disant réunification pacificatrice qui entraîna plus encore les indivisions, les ressentiments, les agressions, les vengeances, les révoltes. Prenez quelques exemples en Afrique ou en Europe Centrale.

 

Cela faisait bien six mois que Clovis, journaliste à la retraite, n’avait pas vu Emma. Pas le moindre début de signe de vie. Et voilà qu’elle déboule sans crier gare un 21 septembre chez lui à la Varune, et ce n’est pas pour ce que vous pensez. Emma est une policière marseillaise atypique, look gothique avec son pantalon moulant noir, ses cheveux noirs coupés courts et ses piercings en argent, sans oublier le reste qui ne se montre que dans l’intimité, et est consommatrice de chichon (pas la spécialité culinaire du Sud-ouest élaborée à base de canard ou de porc, mais l’herbe). Si elle déboule ainsi à l’improviste, ce n’est pas pour quémander un rattrapage de câlins, ce qui entre nous ne déplairait pas à Clovis, mais connaître l’avis de celui-ci sur le contenu d’un DVD.

Et pour être cochon, c’est cochon. Comme un cochon dont on brûlerait les soies avant de le découper en jambon. Sauf que l’animal est un homme attaché sur une chaise, sur lequel un individu déguisé en Fantômas appose des serviettes imbibées d’essence. Petite précision qui n’est pas superfétatoire, les bouts de tissu sont enflammés. Une séquence inoubliable, non pas à cause de l’esthétique de la réalisaion, mais des degrés de violence et de sadisme qui se dégagent de la scène tournée dans une sorte de cave sans qu’il y ait besoin de répétitions. En toile de fond, un drapeau qui ressemble à celui de la Serbie. Autre détail qui possède son importance, le cadavre défiguré a été retrouvé à moins d’un kilomètre de chez Clovis. Ce qui ne met nullement en cause notre sympathique héros, et amant occasionnel d’Emma, mais qui laisse supposer qu’il pourrait posséder des renseignements sur l’identité du défunt grillé.

Emma propose de conduire Clovis sur la plage où a été découvert ce qui pour le moment est un inconnu et lui montre quelques clichés pris par la Scientifique lors de la récupération du corps. Un détail vestimentaire accroche l’attention de Clovis, les espèces de rangers dont est chaussé le cadavre. Des godasses particulières, peu courantes ( !). Et Clovis ne connait qu’un seul homme à porter se genre de croquenots de luxe, Micha, qui vit à deux ou trois kilomètres des Pierres Tombées, au fort Caffagne.

pierrestombees.jpg  Micha est le gardien du fort, homme toutes mains du nouveau propriétaire un oligarque Russe, monsieur Sacha qui a bâti sa fortune sur le trafic d’armes, aujourd’hui établi comme banquier, et qui pourrait bien posséder des accointances avec la mafia. Vit au château également JAD, alias Jean-Antoine Dieudonné, un peintre qui est en train de se forger une petite réputation. D’ailleurs il est tout content d’annoncer à Clovis et à Emma, Clovis s’étant bien préservé d’indiquer la profession de sa compagne, qu’un de ses tableaux vient d’être vendu à New-York pour la coquette somme de 100 000 dollars, alors que des œuvres de Bonnard, Derain et autres en étaient les vedettes. Une aubaine qui sent l’arnaque.

Tandis qu’Emma, qui reçoit des messages du tueur, enquête, Clovis se renseigne auprès de ses informateurs habituels, un journaliste et un policier, et ce qu’il découvre l’interloque. Micha, dont l’origine géographique n’est pas encore déterminée, est lui aussi peintre et faussaire. Il a même durant un certain temps aidé à la fabrication de faux billets. Le rôle de monsieur Sacha est à définir aussi de même que celui joué par une comtesse hongroise, Zoltana Bathory, qui tient une galerie d’art à Paris et fournit les salles de vente telles Christie’s et Sotheby’s en tableaux signés Derain, Bonnard, Manet, et autres artistes plus prestigieux les uns que les autres. Quant à JAD, Dieudonné n’est qu’un nom d’emprunt, qui ose son nom certes, mais en réalité il est le fils d’un parrain du grand banditisme marseillais.

Mais si tout cela ne restait que dans le domaine de la peinture. Car des sbires qui se prennent pour des rapins s’incrustent dans le tableau et s’évertuent à éclabousser les environs de taches de sang avec des armes qui servent de pinceaux traçant une ligne sanglante vers l’ex-Yougoslavie.

 

Il n’est pas toujours facile de connaître, de comprendre, d’analyser des événements qui se déroulent à des centaines, voire des milliers de kilomètres de chez nous, dans une région, un pays, qui ne nous concernent en rien sauf pour quelques journées de tourisme encadré.

Des situations tout à coup explosives dont on ne perçoit les échos qu’au travers de commentaires de reporters journalistes, d’experts en politique internationale confortablement installés dans leurs bureaux germanopratins. Les noms et les motivations des belligérants se mélangent et ce ne sont que de longues années plus tard que tout se décante ou presque. Il faut la patience et l’impartialité de romanciers historiques pour essayer de tout remettre en ordre, d’expliquer, sans esprit partisan les fondements des affrontements fratricides. Maurice Gouiran est l’un de ceux qui tentent de montrer les événements passés sous leur véritable jour, et tel un lapidaire il s’échine à briser la gangue des secrets de l’Histoire et des informations contradictoires pour en extraire le diamant pur de la vérité.

 

Nos gouvernants qui se glorifient d’aider à renverser des dictateurs qu’ils ont eux-mêmes mis en place et auxquels ils ont ciré les pompes de manière indécente.

 

Je déguste ma pizza et mes supions lentement, sans perdre du regard l’admirable fraternité qui règne entre nos garants de l’ordre et le grand banditisme. Quand je pense que certains osent avancer que notre monde manque de solidarité !


Du même auteur lire :  Et l'été finira, Sur nos cadavres ils dansent le tango,  Franco est mort jeudi, Les vrais durs meurent aussi,  Train bleu train noir,  Putain de pauvres.


Maurice GOUIRAN : La mort du Scorpion. Jigal Polar, éditions Jigal. 248 pages. 18€.

 

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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