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22 octobre 2012 1 22 /10 /octobre /2012 14:46

Ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire, un message des trois singes de la sagesse !

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Au bout de sept ans comme médecin dans une ONG dans la corne africaine, Jovien Porol revient sur les lieux du crime. Celui dont il a été témoin près des berges de l’étang de l’or, non loin de Montpellier. Mais il a fuit car il reconnu l’un des meurtriers. Il n’avait pas osé le dénoncer, par peur du scandale. Il avait tout quitté, Louise, avec qui il devait se marier, sa famille, son père chirurgien, ses amis, son avenir prometteur comme notable, une existence tranquille.

Aujourd’hui il revient, changé, avec l’espoir secret que justice soit faite, la sienne. Le premier de ses anciens amis qui l’aperçoit à la terrasse d’un café, dans un petit village non loin de Montpellier, est le Grizzli, enfin Jean-Yvon Guiroux qui doit son surnom à sa carrure de rugbyman. Les retrouvailles sont loin d’être chaleureuses, d’autant que le Grizzli s’est marié avec Louise et qu’un garçon est né de leur union. Jovien n’a pas eu de nouvelles en provenance de France depuis son exil volontaire. Mais il apprend toutefois que David Mariani, un étudiant en médecine dont Jovien ne se souvient pas, du moins c’est ce qu’il affirme, s’est suicidé en prison. Il était inculpé d’avoir tué une jeune vietnamienne, mais il a toujours affirmé être innocent et accusé à tort.

Jovien s’installe dans un hôtel montpelliérain standardisé, en attendant de se rendre chez oncle Côc, un Indochinois venu en France en 1954 dans les bagages de son arrière-grand-père. Sur le parking il est interpellé, avec urbanité, par un homme au physique et au langage vieille France. Il s’agit du commandant Tavernier, qui aimerait que Jovien lui apporte quelques éléments de réponses aux questions qu’il se pose concernant le meurtre de Trãn My Tiên, nom qui se traduit par Fée resplendissante, la Vietnamienne assassinée sept ans auparavant. L’assassin présumé, David Mariani, dont les baskets remisées dans un placard portaient des traces du sang de la morte, était carabin dans les services du père de Jovien. Or Tiên avait été égorgée et éviscérée par un scalpel, avec une précision chirurgicale. Seulement les conclusions de Tavernier résident dans la constatation que Mariani, si c’est vraiment lui l’assassin, n’a pu agir seul. D’autres faits infirment la conjecture de Mariani coupable. Par exemple pas de traces de sang dans le véhicule de Mariani, alors que ses chaussures en étaient imbibées. De plus Mariani, qui revenait d’une fête organisée par des étudiants vietnamiens, largement arrosée, était imbibé plus que de raison, et il lui aurait été difficile de tenir proprement un bistouri. Mais Tavernier possède une autre carte dans sa manche : des traces de pneus d’une Panda, comme celle qui appartenait à Jovien à l’époque, alors qu’aucune trace de Twingo, véhicule qu’utilisait Mariani, n’a été relevée. Et comme Jovien a tout quitté à cette époque… !

Pendant ce temps, Nguyên Khanh Van, traduction Nuage coloré, attend à l’aéroport montpelliérain sa cousine Ngô Luc Huong, Beauté et parfum. Les deux jeunes filles ne se sont jamais rencontrées, mais ce n’est pas pour cela que Huong est réticente aux démonstrations d’affection de la part de Van. C’est qu’elle arrive du Vietnam et qu’elle n’est pas habituée aux démonstrations affectives de sa cousine ni à son parler pas toujours académique Elle détient un petit carnet, la copie d’un autre soigneusement dissimulé dans lequel le nom du meurtrier de Tiên serait inscrit. Or quelques jours plus tard, Huong est retrouvée assassinée à peu près dans les mêmes conditions.

 

Ce roman dont le suspense est en progression constante avec un dénouement parfaitement maîtrisé, permet à Philippe Bouin de se montrer caustique, acide et de dépoussiérer quelque peu l’histoire.

La famille de Jovien est éclectique politiquement. Le père est apparenté UMP et brigue une place de député. Son oncle lui est socialiste, mais il a pris du recul avec le parti. Et il n’est pas tendre envers la génération Mitterrand. Pour preuve cette diatribe : J’ai pris conscience que j’ai adulé un hypocrite. Le Tonton facho de la fac, le Tonton de Vichy, le Tonton qui ignorait qu’on persécutait les Juifs, - avec Pétain il était bien le seul -, le Tonton de l’Algérie, le Tonton des écoutes, le grand Tonton menteur m’a donné des boutons. Il était socialiste comme moi je suis évêque. Alors, quand j’ai entendu un con le citer comme « la » référence de la gauche, ça m’a foutu en rogne. Lors d’un repas de famille, c’est à Jovien de mettre les points sur les I à son tonton, enfin à son oncle qui est habillé en Hugo Boss : Hugo Boss était un nazi notoire, c’est lui qui a créé les uniformes des SS… et il a même habillé toute l’armée du Führer. Et jovien continue en donnant comme autre exemple, Disney et son film Un amour de Coccinelle, voiture mythique qui aurait été dessinée par Hitler.

Mais si Philippe Bouin se lâche un peu par les déclarations de ses personnages, ceci ne constitue pas le fond de commerce unique de son roman. Il place ça et là quelques pointes d’humour. Par exemple il prête à oncle Côc des citations dont Confucius serait l’auteur, citations qui ne manquent pas de sel mais qui sont améliorées. Dans le genre L’homme qui ressort indemne d’un incendie a tort de jouer avec le feu.

Placé sous l’égide des trois singes de la sagesse, Mizaru dont le nom signifie Je ne vois pas ce qu’il ne faut pas voir, Kikazaru, je n’entends pas ce qu’il ne faut pas entendre, et Iwazaru, je ne dis pas ce qu’il ne faut pas dire, ce roman pourrait avoir comme morale : il faut se méfier des apparences et surtout ne pas se précipiter à émettre des conclusions hâtives, sans preuves, et encore, celles-ci peuvent induire en erreur.

A lire du même auteur : La gaga des traboules, Comptine en plomb, Paraître à mort et Va, brûle et me venge.


Philippe Bouin : Pars et ne dis rien. Editions de l’Archipel. 312 pages. 19,95€.

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22 octobre 2012 1 22 /10 /octobre /2012 09:57

L’armée fut rieuse ?

 

arméefurieuse

L’Armée Furieuse, ou la Mesnie Hellequin, est une légende dont se réclament de nombreux pays européens, principalement en Angleterre et les pays Nordiques. Et selon les endroits dans lesquels cette croyance, qui date du début du Moyen-âge, est encore vivace, elle est aussi nommée le Carrosse du roi Hugon, la Chasse nocturne, la Chasse Arthur, la Chasse du Comte Rouge, la Chasse du Chasseur Sauvage… Certaines nuits magiques d’orages violents, surtout en période de changement de saison, et alors qu’on pourrait penser que ce sont le vent et la pluie qui dévastent les paysages, l’imaginaire populaire impute cette dévastation à une troupe d’esprits fantastiques, montés sur des chevaux rapides, entourés de chiens bruyants, qui ont été condamnés en punition de leurs péchés à chevaucher jusqu’à la nuit des temps. Et il ne fait pas bon être dehors à ce moment là.

Alors qu’il déjeune, en face de l’entrée de la Brigade Criminelle, en compagnie de Veyrenc qui se demande s’il doit ou non reprendre du service, Adamsberg aperçoit une petite femme qui stationne depuis une heure sous le soleil. Mais ce n’est pas tant la femme, attifée d’une blouse à fleurs désignant une provinciale bon teint, que le pigeon qui lui aussi stationne d’une façon inamovible sur le trottoir. Justement c’est lui Adamsberg que la sexagénaire, qui est allée chez le coiffeur pour la circonstance, voulait voir. Tandis qu’il recueille le volatile dont les pattes ont été attachées avec de la ficelle l’empêchant de s’envoler, il écoute d’une oreille plus ou moins distraite la Normande raconter pourquoi elle vient le voir, se déplaçant pour la première fois jusqu’à la capitale. Sa fille, Lina, a aperçu un soir l’Armée furieuse dans un chemin que personne n’emprunte de nuit à cause de la superstition qui plane sur cette voie communale.

L’apparition de l’Armée furieuse signifie que des morts violentes sont à prévoir. Or parmi les membres de cette armée figuraient trois habitants de la commune, Herbier, Glayeux et Mortembot. Pour mieux enfoncer le clou madame Vendermot, c’est le nom de la solliciteuse, annonce qu’Herbier, détesté des villageois, a disparu. C’est le vicaire qui lui a conseillé de solliciter le commissaire. Adamsberg lui rétorque qu’il existe une brigade locale de gendarmerie, mais elle ne s’entend pas du tout avec le capitaine Emeri, une vraie toile. D’après Danglard, le Pic de la Mirandole de la brigade, Emeri est un descendant du maréchal d’Empire Davout, duc d’Eckmühl et autres titres ronflants. Herbier a donc disparu, avec sa mobylette et lorsque les voisins se sont inquiétés de cette absence, ils ont découvert le congélateur du braconnier mis à sac.

Intrigué et quoique Emeri lui suggère de mettre l’affaire sous le boisseau, Adamsberg décide de se déplacer à Ordebec, Calvados, en compagnie de quelques-uns de ses hommes, les autres devant rester à Paris car les casseroles sur le feu ne manquent pas. Par exemple le décès par incinération dans son véhicule de luxe d’un riche industriel. Le coupable est tout désigné, Momo, un habitué de ce genre d’incendie volontaire sur véhicules ne lui appartenant pas. Mais Momo crie son innocence, alors que d’habitude il reconnait les faits. Et puis quelque chose dans son physique ne colle pas, de même que les preuves recueillies chez lui qui semblent avoir été déposées exprès pour l’accuser.

Quant au pigeon il est confié à Zerk, le fils d’Adamsberg, un fils de vingt-huit ans qu’il ne connait que depuis deux mois. Arrivé sur place, il déambule dans le chemin incriminé et aperçoit une octogénaire pimpante assise sur un tronc d’arbre. Drôle de personnage que Léo, qui se repose tandis que son chien honore quelques voisines. Elle a été mariée au comte local, un conte de fée, mais seulement deux ans. Les Normands, ce ne sont pas les seuls, n’aiment pas les mariages hors caste. Léo est découverte chez elle le crâne défoncé et est emmenée à l’hôpital dans un état critique. Herbier est retrouvé, mort, mais ce n’est que le début de l’hécatombe annoncée.

 

Plus que l’intrigue, c’est le style de Fred Vargas qui entraine le lecteur et l’oblige à tourner les pages, de plus en plus vite au fur et à mesure que l’histoire prend corps. Elle possède le don d’installer une ambiance, une atmosphère, avec une écriture presqu’éthérée. Des dialogues décalés et des personnages tout autant qui possèdent chacun une anomalie développée, grossie par l’œil inquisiteur de l’auteur. Chacun de nous détient ce petit quelque chose qui nous différencie du voisin, mais dans ce cas les particularités sont développées à l’extrême. Si Adamsberg possède une mémoire auditive défaillante, il s’obstine à parler d’armée curieuse au lieu d’armée furieuse, ses adjoints ne sont pas mal non plus. Veyrenc ponctue ses déclarations à l’aide de citations empruntées à Racine, Danglard connait tout ce qui a rapport avec la police et la gendarmerie.

Et les protagonistes auxquels ils vont être confrontés possèdent eux aussi des anomalies physiques, psychiques, mentales. L’un des fils de madame Vendermot s’exprime volontiers à l’envers. Pas en verlan, trop facile, mais en intervertissant les lettres. Par exemple pour dire Bonjour il s’exclame : ruojnob, ce qui n’est pas toujours compréhensible par le commun des mortels. Je ne vais pas vous ériger le catalogue de toutes ces anomalies, il faut garder un certain mystère afin que vous en appréciiez la lecture.

Les zoophiles retrouveront quelques animaux qui prennent une place prépondérante ou non à l’intrigue, ou sont simplement évoqués : Couple de rats amoureux, pigeon ligoté, vaches atteintes d’immobilisme, chiens, sanglier, abeilles, cloportes, gerbille et même un merlan. Et j’en oublie sûrement.

Et dire que certains affirment qu’à l’Ouest rien de nouveau ! Ce n’était qu’une remarque comme ça, en passant.

Citations :

Ça n’a jamais servi à rien de tuer des flics. Car c’est comme le chardon, il en repousse toujours.

Un flic, ça n’a jamais empêché personne de tuer.


Fred VARGAS : L’armée Furieuse. Collection Chemins Nocturnes. Editions Viviane Hamy - 2011. 430 pages. 19,50€.

 

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21 octobre 2012 7 21 /10 /octobre /2012 08:38

Happy Birthday to  you !

 

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Le 21 octobre 1948 naissait Daniel Picouly, à Villemomble dans le département de la Seine-Saint-Denis. Aussi pour fêter cet anniversaire, il m’a semblé bon de faire un petit retour en arrière, en 1991 exactement, et de vous proposer cette chronique concernant son premier roman.

Une petite ville au bord de la mer. Une jeune fille prénommée Héra, serveuse dans un restaurant. Elle attend un enfant, mais c’est un enfant trahison. Alors elle avorte, dans les waters du lycée tout proche, tandis que sa copine Nelly fait le guet. Tant pis pour le concierge à la jambe de bois, il n’avait pas à faire sa ronde dans le couloir. Exit le gêneur, par-dessus la balustrade. On le retrouvera mort dans un placard, dans lequel sont soigneusement rangées les cartes de géographie. Même décédé, il parcourra encore le monde, ce marin qui avait du mal à s’habituer au plancher des vaches.

Ivan, pendant ce temps se venge. Sur Denise, sur Lachoune. Sur François aussi. Mais il n’a pas le courage, ou le temps, de trucider le professeur avec sa canne épée. Ce n’est que partie remise. La vengeance doit se déguster et Yvan n’est pas un glouton.


picouly.jpgDans cette petite ville tranquille, l’horreur se cache derrière les rideaux, toujours présente. Mais personne ne la voit, ou ne veut la voir. Pourtant que de personnages étranges gravitent dans la cité lorsque la nuit tombe. Le Bestiau, par exemple, amoureux d’une odalisque, copie d’un tableau de Boucher, et qui fournit des chiens à un Hollandais et élève des rats. Ou Denise, la patronne du restaurant, qui aguiche les mâles pendant que son mari assiste aux matchs de football. La folie guette attendant l’entrebâillement de la porte mentale. Alors elle pourra s’écouler à flots, éclaboussant tout sur son passage pulvérulent. Une folie morbide, une folie meurtrière, une folie furieuse.

 

 

 

 


Premier roman de Daniel Picouly publié en 1991, La Lumière des fous est écrit en style télégraphique. Comme ces coups de poing que l’on assène rageusement sur une table, lorsqu’on extériorise sa colère mais que l’on ne peut aller plus loin que la colère verbale et orale. Pourtant il ressort de cette écriture métaphorique un certain lyrisme, qui ne laisse pas insensible, et qui alliée aux images chocs bouleverse le lecteur pantelant.


Daniel PICOULY : La lumière des fous. Collection Fenêtre sur nuit. Editions du Rocher (1991). Réédition éditions J’ai Lu janvier N° 4772 (1999). 250 pages. 6€.

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Published by Oncle Paul - dans La Malle aux souvenirs
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20 octobre 2012 6 20 /10 /octobre /2012 13:14

Comme disait ma grand-mère : Il ne faut pas confondre Témoins de Jéhovah et témoins de Gévéor. Au moins ces derniers ne refusent pas une transfusion par voie stomacale le sang du Seigneur contenu en bouteilles d’un litre.

 

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A quoi servent les prix littéraires ? A reconnaître la valeur littéraire d’un roman et celle de son auteur. Sans l’obtention du Grand Prix de Littérature Policière 2012, je ne suis pas sûr que je me sois penché sur cet ouvrage. Et c’eut été dommage.

Dès les premières pages de ce roman je me suis senti, comme Alice, aspiré par une force qui propulse de l’autre côté du conscient et projette l’esprit dans un vide abyssal tapissé de livres.

Ploc, ploc, ploc… Ahmed Taroudant qui rêvasse sur le balcon de son petit appartement du 19ème arrondissement parisien effectue subitement un retour à la réalité. Il pleut. Ploc ! Première goutte sur le visage. Ploc ! Deuxième goutte qui s’écrase sur la manche de sa gallabiyah blanche. Ploc ! Troisième goutte sur le bout de son nez. Force lui est de constater qu’il ne s’agit pas d’eau mais de sang. Levant les yeux Ahmed découvre un pied puis un corps. Celui de Laura, sa voisine du dessus. Il n’a pas besoin d’utiliser la clé que la jeune femme lui avait confiée pour soigner ses plantes lors de ses absences, elle est hôtesse de l’air, car la porte est entrouverte.

Ahmed est un grand lecteur de romans policiers. Il achète ses bouquins au kilo chez Monsieur Paul, un bouquiniste arménien du quartier. Un fois lus, il empile les romans contre les murs de son studio. Il a calculé, le poids est évalué à deux tonnes cinq. Tout ça pour dire qu’Ahmed sait ce qu’il ne faut pas faire : se déplacer jusqu’au corps sans laisser d’empreintes. A peine redescendu chez lui, les policiers, représentés par Rachel Kupferstein, une rousse flamboyante, et Jean Hamelot, un brun ténébreux, se pointent chez Laura, accompagnés de membres de la Scientifique. Un appel anonyme en provenance d’une cabine téléphonique située dans le 18ème arrondissement, les a prévenus de ce meurtre et du cadavre en exposition. Une sorte de mise en scène macabre les interloque : un rôti de porc cru trône sur la table et les fleurs des trois orchidées décapitées sont disposées en triangle sur la cuvette des W.C.


Ahmed se sent redevable envers Laura qu’il soupçonnait de l’aimer sans oser se déclarer. Alors il décide de retrouver son meurtrier, concomitamment à l’enquête des deux policiers. Grâce à la bignole de l’immeuble, les deux policiers peuvent baliser leurs recherches. Laura, outre Ahmed, avait trois amies : Bintou, Aïcha et Rebecca. Or Rebecca a disparu d’un seul coup, comme ça sans prévenir. Le patron d’un kebab que Jean fréquente régulièrement lui apprend qu’une nouvelle substance circule dans le quartier, des pilules qui ressemblent à de l’ecstasy mais en beaucoup plus fort. Bintou et Aïcha sont elles aussi des fidèles du kebab et une rencontre improvisée permet aux deux policiers d’apprendre de la part des deux jeunes filles que les parents de Laura sont Témoins de Jéhovah et qu’ils habitent à Niort. D’ailleurs Laura avait claqué la porte de chez elle à sa majorité. Elles parlent aussi de garçons trop religieux, que Jean connait plus ou moins. Moktar et Ruben, un salafiste et un hassid, et leurs frères Alpha et Mourad. Tous quatre s’étaient constitués en groupe de rap, les 75-Zorro-19. Si Moktar, Mourad et Alpha fréquentent régulièrement une salle de prière salafiste, Ruben quant à lui appartient à une nouvelle mouvance hassidique, groupe formé par des Juifs de Tiznit au Maroc, dissident d’un mouvement d’origine biélorusse et qui se sont donné leur propre chef religieux messianique à Brooklyn.


Ce roman dégage une ambiance personnelle proche de celles de Simenon, une journée étrange comme en apesanteur… et de Fred Vargas, sans que l’on puisse parler de véritable influence. Les personnages ne se fondent pas dans un moule, mais sont tous comme des modèles uniques. Ahmed par exemple, lecteur vorace, est en arrête-maladie depuis cinq ans et perçoit l’Allocation Adulte Handicapé depuis plus de trois ans. Il est atteint de dépression chronique depuis que veilleur de nuit dans un magasin de meubles il a été le témoin d’un meurtre. Il a même séjourné dans un hôpital psychiatrique où il a retrouvé l’un des habitants du quartier. Le commissaire Mercator, afin de mieux se concentrer sur les rapports oraux de ses adjoints, dessine sur du papier qu’il achète sur ses propres deniers des ronds, un cercle par feuille, toujours centré et de la même taille, à main levée. Seuls les policiers du 18ème ne dérogent pas vraiment à l’idée que l’on se fait des brebis galeuses. Quant aux autres protagonistes, ils sont aussi à découvrir.

Une communauté qui en englobe plusieurs, où Arabes Islamistes et Juifs vivent en bonne intelligence, jusqu’à un certain point. Car il est bien connu que si l’on ne veut pas se fâcher avec sa famille et ses amis il vaut mieux éviter de parler politique et religion. Et l’on s’aperçoit que les convictions religieuses affichées ne sont parfois que des façades qui permettent d’obtenir un statut et de jouer un rôle prépondérant dans la société.


Pour une chronique plus détaillée, vous pouvez vous rendre sur

Action-Suspense.

 

Karim MISKE : Arab Jazz. Editions Viviane Hamy ; collection Chemins nocturnes. 304 pages. 18€.

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20 octobre 2012 6 20 /10 /octobre /2012 08:20

Le cavalier en échec….


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Restauratrice de tableaux anciens, Julia en radiographiant La partie d'échecs, une huile sur bois datant de 1471 due au peintre flamand Peter Van Huys, découvre une inscription latine qui peut se traduire par Qui a tué le chevalier? Intriguée elle fait part de sa découverte à Menchu, la propriétaire d'une galerie, à Alvaro, son ex-amant professeur d'histoire de l'art ainsi qu'à César, antiquaire homosexuel, courtois et cultivé. Ce tableau représente deux hommes jouant aux échecs et debout en arrière plan une jeune femme lisant un livre. La phrase sibylline pourrait alors posséder une autre signification: Qui a pris le cavalier ?

Scène banale représentative des loisirs de la noblesse de l'époque mais qui chagrine César. L'un des joueurs est Roger d'Arras, son adversaire Fernand d'Ostenbourg et la jeune femme, Béatrice, épouse de ce dernier et peut-être amante du premier. Or Roger d'Arras était mort depuis deux ans lorsque Van Huys peignit ce tableau. L'inscription peut alors retrouver sa signification première. César demande à Munoz, joueur d'échecs amateur mais dont la technique du jeu est indéniable, de refaire la partie en cours, à l'envers, et de déterminer qui a joué en dernier et quelle pièce. Julia est obnubilée par ce tableau et extrapole reconstituant les faits et gestes de ces trois personnages. L'interconnexion entre l'histoire passée et le présent prend soudain une ampleur qu'elle ne soupçonnait pas.

 

Arturo Perez Reverte joue sur plusieurs tableaux, sans jeu de mots ou presque. Effets de miroirs et symboliques s'interfèrent et Julia qui s'est prise d'une certaine passion obsessionnelle pour le tableau qu'elle restaure en vient à imaginer les protagonistes dans leurs évolutions. En prenant le prétexte d'une trame policière, c'est à l'apologie de la culture auquel le lecteur est convié. La peinture certes, mais également la musique où là encore tout n'est que jeux de miroirs. Et comme le fait si bien remarquer Arturo Perez Reverte, les interférences entre le jeu d'échecs et la littérature policière sont nombreuses, alliant sport cérébral et aspect ludique. La lecture de ce roman achevé, nul doute que le lecteur réticent reviendra sur ses aprioris sur la littérature policière. Arturo Perez Reverte ouvre une nouvelle voie: le roman policier humaniste.


Arturo PEREZ REVERTE : Le tableau du maitre flamand. (Traduit de l'espagnol par Jean Pierre Quijano). (Réédition des éditions Jean Claude Lattes). Le Livre de Poche Policier/Thriller N° 7625 (1994, réimpression 2010). 352 pages. 6,10€.

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19 octobre 2012 5 19 /10 /octobre /2012 06:38

... et marchera !

 

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Dédié à José Giovanni, un Maître, ce livre est imprégné de l’atmosphère de celui qui de repris de justice devint scénariste, romancier, dialoguiste et réalisateur, empruntant à son expérience personnelle la trame de ses ouvrages. Aussi ne faut-il pas s’étonner de l’influence qu’a ressentie l’auteur de ce roman. Et naturellement l’intrigue se déroule dans les milieux des malfrats, à Nice plus précisément, avec des incursions en Italie et en Calabre.

Lorsqu’Isa, la vingtaine, découvre sa cousine Maria, morte, une seringue dans le bras, elle se garde bien de prévenir la police. Son premier coup de fil est destiné à Franco, le père de Maria, lui saura que faire. Complètement désemparé, Franco abandonne son bar, et se rend en voiture en Italie, afin de se vider le cerveau tout en se remplissant l’estomac de grappa. Il passe sa colère sur des Albanais qui ont spolié des amis d’enfance en Calabre puis au retour il organise un conseil réunissant la famille et quelques malfrats. Peut débuter alors la vengeance orchestrée par la famille Ranzotti.

Les trois truands convoqués sont rapidement blanchis, cependant Franco persiste dans son idée. Maria ne s’est pas suicidée mais est décédée d’une overdose, soit parce que la drogue était trop pure, soit parce qu’elle était mélangée à des substances toxiques. Remontant soigneusement le fil du temps, se renseignant auprès de qui elle aurait pu s’approvisionner l’après-midi précédant le décès, les membres du clan Ranzotti partent à la recherche du dealer supposé être à l’origine du drame. Et les armes n’ont pas le temps de rouiller. Tant pis pour les dégâts de la narine, ils n’avaient qu’à ne pas mettre leur nez là où il ne fallait pas.

Qu’ils soient petits loubards de banlieues ou jeunes millionnaires américains et russes, ils n’échappent pas à la vindicte du clan Ranzotti composé des frères de Franco, des fils et des neveux et de quelques séides qui exécutent sans mot dire. Mais attention aux bavures ! Il ne fait pas bon s’attaquer aux enfants, même s’il s’agit d’une erreur très regrettable. Car Lucas Murneau, qui a passé plus de vingt ans en Amérique du Sud et plus spécialement en Colombie revient à Nice, suite à un coup de nostalgie. Il veut voir sa fille, qu’il n’a pas connu et sa petite fille âgée aujourd’hui de trois ans. Surnommé Le Maudit ou encore La Muerte il a l’habitude de la viande froide, d’ailleurs c’est sa spécialité, mais il n’apprécie pas du tout la boucherie en gros, surtout lorsqu’il en est la victime collatérale.

 

Encore une histoire de gangsters, de truands comme en ont écrites des auteurs tels que Giovanni, Le Breton, Héléna, et bien d’autres. Mais Et la mort se lèvera ne laisse pas de place au fameux honneur des voyous comme l’ont chanté certains romanciers issus du milieu. Une histoire carrée, violente, qui ne cherche à disculper aucun des protagonistes, les rendre meilleurs qu’ils sont. Jacques-Olivier Bosco se refuse à tout sentimentalisme exagéré, à tout misérabilisme, à toute apologie, à toute fantaisie. Une écriture qui se lit comme l’on déclame du rap, du slam, une incantation à la vie, à la mort, à l’amour, avec dans le brouillard de petites lueurs de poésie qui s’allument comme les feux-follets dans les cimetières.


Jacques Olivier BOSCO : Et la mort se lèvera. Jigal Polar. Editions Jigal. 280 pages. 17,24€.

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18 octobre 2012 4 18 /10 /octobre /2012 15:00

Portes ouvertes pour soirée privée.

 

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Dormez en paix braves gens, Fessebouc s’occupe de tout ! Vous lancez une invitation à quatre ou cinq amis afin de participer à une petite fête, plus de cent individus se pressent au portillon. Et comme il fallait s’en douter - les jeunes sont indisciplinés ma brave dame, pensez donc, y’en avait même qui n’avaient pas quatorze ans, et puis l’alcool et la drogue qui circulaient ! – cette petite sauterie dégénère en poudrière.

Profitant d’un voyage de ses parents à bord d’un voilier dans les mers du Sud, Rachel, la fille du juge Ault, a donc convié quelques amis, plus les amis des amis, plus ceux qui ont cru qu’ils étaient invités. En guise de remerciements ceux-ci ont tout saccagé et les voisins ont dû se résoudre à demander à la police de rétablir l’ordre. D’habitude Craneswater, le quartier huppé de Portsmouth, est si tranquille !

Lorsque l’inspecteur Faraday arrive sur place vers 2h30 le dimanche matin, tout semble être rentré dans l’ordre. La plupart des participants sont arrêtés puis convoyés dans différentes geôles de la région, Portsmouth ne pouvant recueillir malgré la bonne volonté des autorités locales tout ce petit monde, et leurs téléphones portables confisqués. Seulement le couac réside en la découverte du corps de Rachel allongé près de la piscine du voisin. A ses côtés gît aussi Gareth Hughes, le petit ami de la jeune fille. Et il ne s’agit pas d’un accident ou d’un suicide. Gareth a le crâne éclaté comme un melon trop mûr et Rachel a été labourée à coups de couteau, l’arme blanche n’étant pas retrouvée sur place.

Le voisin des Ault n’est pas un inconnu des services de police, au contraire. Il s’agit de Bazza Mackenzie, qui après avoir été un baron de la drogue s’est reconverti comme un grand brasseur d’affaires ayant pignon sur rue. Revenant d’une soirée en compagnie de sa femme, il a voulu mettre fin, seul, à la pagaille, car il avait promis au juge de surveiller sa fille. Bazza récolte un coup de bouteille sur la tête, distribue avec générosité quelques horions et est poussé vers la sortie par Matt Berriman, l’ancien petit ami de Rachel, qui le protège. Bazza, vu ses antécédents et son crâne ensanglanté, est mené au commissariat de police. Mais il démontre, preuves à l’appui, à Faraday et ses hommes, qu’il n’est en rien en cause dans le meurtre de Rachel et de Gareth.

Matt Berriman et Rachel se connaissaient depuis de longues années, depuis l’école. Ils étaient tous deux nageurs émérites, ayant le même entraîneur, frappant à la porte de la sélection nationale de natation du bout des palmes, et ils s’aimaient. Seulement cette belle histoire a coulé du jour au lendemain et depuis Rachel s’affichait avec Gareth.

Les portables confisqués aux adolescents en goguette, du moins ceux qui ont pu être alpagués, révèlent des photos et des vidéos intéressantes sur le déroulement de cette soirée. La cave du juge a été pillée, un gamin fourguait de la drogue à moitié prix, une ado gothique au crâne rasé taguait les murs à l’aide d’une bombe de peinture noire et lacérait les tableaux de maître à l’aide d’un couteau, et autres joyeusetés propices à entretenir l’ambiance. Et encore, Faraday n’a pas tout vu. Les policiers visionnent les jours suivants des scènes torrides avec pour actrice principale Rachel dans des positions qui ne sont que mises en bouche préparatoires à d’autres relations. Et si cela ne suffisait pas, ceux qui ont réussi à s’échapper comme la gamine anonyme, mettent en ligne sur Internet des images édifiantes de cette soirée.

Bazza ne reste pas les deux pieds dans le même sabot. Après tout c’est chez lui que les deux corps ont été retrouvés et cela nuit fortement à son image de marque et à sa virginité toute neuve de truand reconverti. Aussi il demande à Paul Winter, ancien policier collègue de Faraday mis sur la touche et devenu homme de main de l’ancien malfrat, d’enquêter de son côté.

Entre Faraday, qui ne reste pas en cage, et Winter commence une sorte de course à qui trouvera le premier le coupable de ce double meurtre. Les moyens engagés ne sont pas les mêmes, leurs approches non plus. Ils tirent chacun un fil de l’écheveau sans connaître les résultats obtenus par l’autre partie, la main droite ignorant les avancées de la main gauche et inversement non proportionnel.


Cette enquête dure une semaine et nous propose rebondissements sur rebondissements. Le lecteur suit les tâtonnements et les avancées des deux protagonistes principaux délégués à la résolution de l’affaire, les points positifs se recoupant parfois, et les échanges de renseignements entre les deux hommes via des témoins ou de simples policiers collègues ou anciens collègues de l’un et de l’autre. S’instaure également un jeu du chat et de la souris entre deux conceptions, deux façons de procéder légales ou non, et surtout les ressentiments avoués ou non des uns envers les autres.

Le genre dit de procédure policière, dont les chantres furent Hillary Waugh et Ed McBain, est un genre aujourd’hui quelque peu désuet de la littérature policière et Graham Hurley le remet habilement et avec maestria au goût du jour. Mais en même temps il met en avant le rôle joué par les techniques modernes et les nouvelles façons de communiquer que ce soit les téléphones portables et leurs applications ou Internet, ainsi que les réseaux asociaux. L’auteur dénonce également le laxisme parental et la liberté trop grande accordée aux enfants, l’un découlant de l’autre.


On pourra juste regretter la photo de couverture qui n'est pas à la hauteur du texte.


Graham HURLEY : Une si jolie mort (No lovelier death – 2009. Traduit de l’anglais par Valérie Bourgeois). Editions du Masque. 464 pages. 22€.

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18 octobre 2012 4 18 /10 /octobre /2012 08:20

  Y’a-t-il une vie avant Astérix ?

 

uderzo

 

UDERZO ? Personne ne l'ignore, cet homme est le créateur avec Goscinny du plus célèbre Gaulois de la planète…

Mais saviez-vous qu'Astérix est l'arbre qui cache la forêt ?

 

Avec Uderzo, l'Intégrale, Philippe Cauvin et Alain Duchêne, deux admirateurs de la première heure, nous dévoilent les multiples facettes de ce dessinateur hors pair, un autodidacte incroyablement doué.

 

Les auteurs ont accompli un travail considérable de recherche et de restauration des planches et illustrations. Avec la complicité du maître… qui préface l'album et leur a donné accès à ses propres archives ! Une mine de merveilles que les auteurs nous font découvrir avec ce premier volume consacré aux œuvres de la décennie 1941-1951.

 

Flamberge-723x1024Flamberge, Clopinard, Clodo et son oie, Prince Rollin, qui succède à son père Arys Buck, Belloy, Zidor, ou encore Superatomic « Z » sont autant de personnages qui alimentent les pages des nombreuses parutions de la décennie 1941-1951.

 

Avant de devenir le père d'Astérix, Albert Uderzo a aussi approché le dessin animé, dessiné des brevets militaires et illustré les «chiens écrasés» de France Dimanche et les romans noirs à épisodes de France Soir, quotidien incontournable de l'époque.

 

Uderzo, l'Intégrale révèle une œuvre riche et plurielle, du dessin d’humour au réalisme en noir et blanc en passant par le comics. La maîtrise du trait et du mouvement est toujours impressionnante.

 

« LES INSTITUTIONS DANS LA BD, ÇA N’EXISTE PAS. CE SONT LES LECTEURS QUI FONT LE SUCCÈS. C’EST AUSSI SIMPLE QUE ÇA ! »

 

Albert Uderzo (Introduction à l’Intégrale 1941-1951)

C’est un événement majeur pour le 9e art : L’Intégrale Uderzo, réalisée avec sa participation, réunit enfin toutes les planches introuvables de ce géant de la bande dessinée. Une œuvre immense, extrêmement variée et bien souvent méconnue ! 1941-1951sont celles des débuts :

424 pages de pur bonheur graphique et de trouvailles, qui donnent déjà toute la mesure du génie d’Uderzo.

À découvrir en version intégrale, tous les dessins, séries et albums de 1941 à 1951 :

• Dessins d’enfance et de ses débuts pendant la guerre, illustrations au service militaire…

• Les premières séries de presse pour la jeunesse : Flambergerollin20me gentilhomme gascon, Clopinard le dernier des grognards, vagabond espiègle et son acolyte Grogui, à l’allure déjà « enveloppée », Les aventures de Clodo et son Oie, strip cocasse à la française publié dans un quotidien, Zidore l’homme-macaque, version burlesque de Tarzan…

• Les séries d’aventure dans le magazine OK : Arys Buck et son épée magique, Le Prince Rollin, Belloy l’invulnérable, des comics signés Al Uderzo pour faire américain, qui regorgent d’action et d’humour, avec scènes de bagarres, duos de héros et jolies princesses à délivrer…

• La série Capitaine Marvel Junior pour le journal Bravo, et Superatomic Z pour 34 aventures…

belloyinvulnrable• Les dessins de presse époustouflants pour France Dimanche et France Soir de la grande époque, où Uderzo illustre les faits divers et le Tour de France en bande dessinée. Albert Uderzo est un des dessinateurs vivants les plus connus dans le monde.

À 4 ans, sa maîtresse de maternelle repère son talent pour le dessin.

A 7 ans, il découvre sa vocation avec le Journal de Mickey.

À 14 ans, il publie son premier dessin.

En plus de 70 ans de carrière, Uderzo aura tout dessiné, dans tous les styles, tous les registres, avec un génie que lui reconnaissent des dessinateurs aussi variés que Petillon, Moebius, Zep ou Gotlib, et le succès planétaire de la série Les aventures d’Astérix avec son complice Goscinny.

Publier l’intégrale d’une œuvre aussi vaste et variée, en partie dispersée, est un défi de taille. Philippe Cauvin et Alain Duchêne, deux spécialistes passionnés, ont parcouru toute l’Europe pour retrouver, rassembler, restaurer toutes les planches originales, les journaux, les albums, et publier les milliers de dessins nés du crayon magique d’Uderzo au fil du temps.

UDERZO, L’intégrale. Volume 1 1941 – 1951. 424 pages, format 290 x 290. 69 €

 

  

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17 octobre 2012 3 17 /10 /octobre /2012 16:31

josso.jpgNé en 1938, Yves Josso a quasiment toujours gravité en littérature et ses annexes. Il a été écrivain de l’ombre, une métaphore qui cache l’appellation de nègre, pour une vingtaine de romans signés par d’autres, mais également rédacteur et rewriter dans des magazines people, ainsi que chef du service rewriting (correction, réécriture) pour France Dimanche jusqu’en 1999. A sa palette il faut aussi ajouter scénariste, adaptateur et dialoguiste pour le grand écran et la télévision, ainsi que parolier de chansons, auteur de pièces de théâtre, de textes radiophoniques et adaptateur pour la télé d’une série de contes japonais pour enfants : La théière enchantée, Le chien du laboureur, Le chasseur de canards, L'île aux ogres 

Enfin il fut comédien principal de deux courts-métrages de François de Roubaix dont l’un (Comment ça va, j’m’en fous) a obtenu le César 1976 et l’autre (Le Gobbo) l’Ancre d’or du film sous-marin. Yves Josso est d’ailleurs aujourd’hui le Président de l’association “ Les amis de François de Roubaix ”. Il a en outre été directeur d’une usine frigorifique, ce qui lui a permis de marier les nourritures spirituelles aux nourritures terrestres. Sous le nom de Vonnick de Rosmadec, il a écrit une série de dix romans érotico-policiers mettant en scène Miss Flic, une commissaire de police qui offre son corps pour les besoins de son enquête et donc  pour lajosso3.jpg France... Plus récemment, en 2005, il a publié aux éditions Équinoxe deux carnets de voyages, avec la collaboration d’Alain Bodson, sur l’œuvre de son père (Xavier Josso 1894 – 1983), peintre aquarelliste et graveur, sous les titres : La Loire Atlantique de Xavier Josso et Le Finistère de Xavier Josso. Enfin, en septembre 2007, il revient à la fiction, créant la belle et jeune Clémence de Rosmadec (allusion à son premier pseudonyme) avec deux romans :  Eté meurtrier à Pont-Aven et  La Noyée du Pont des Invalides, deux romans dont la peinture et les peintres tiennent une place prépondérante. Deux autres suivront : Les captifs de Cornouaille  et L’assassin des cathédrales.

L’art pictural imprègne l’univers d’Yves Josso. Outre son père, artiste peintre, sa femme et sa fille pratiquent cette discipline. Et l’élément déclencheur du premier roman réside dans cette visite à Pont-Aven lors d’une rétrospective consacrée à son père.

miss-flic.jpgS’il a utilisé le nom de Rosmadec comme pseudonyme pour sa série des Miss Flic (dix romans publiés chez Vaugirard début années 90), et comme patronyme de son héroïne, cela n’est pas anodin. En effet, sa famille est d’origine vannetaise et selon une de ses tantes, férue de généalogie, il existe près de Vannes le château de Plessis-Josso. Et dans l’album photo familial figure une carte postale de l’hôtel de Rosmadec, avec la mention Berceau de nos aïeux.

Clémence de Rosmadec se montre une femme libérée avant l’heure, mais Yves Josso précise que ce n’était pas rare à cette époque, du moins dans le milieu des artistes peintre et il prend pour référence Suzanne Valadon, la mère d’Utrillo.

Fiche établie d’après une correspondance avec Yves  JOSSO.

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17 octobre 2012 3 17 /10 /octobre /2012 05:55

Le cas ravage du Caravage.

 

cornouaille.jpg

L’arrivée au domaine de la Josselière est toujours un événement joyeux pour la famille de Rosmadec, et plus particulièrement pour Clémence qui va retrouver son ami le peintre Paul Gauguin. Artiste elle même, elle peint et sculpte, elle est à même d’apprécier la compagnie et les conseils avisés de son maître et de ses compagnons, Emile Bernard et quelques autres.

Mais ce retour à la demeure ancestrale est entaché d’un drame. Albertine, la jeune sœur de Clémence, et Hélène, la fille d’une servante, sont tellement heureuses, qu’elles décident de dormir ensemble afin de pouvoir papoter en toute liberté. Mais en pleine nuit, deux malfrats s’introduisent dans le château et dérobent un dessin du Caravage, découvert à Malte par le grand-père Rosmadec. Les deux jeunes filles entendent les deux malfrats et Hélène descend l’escalier afin de connaître l’origine du raffut. Les deux voleurs s’emparent de la gamine et poignardent mortellement Hector un vieux valet de la famille. Albertine tombe, s’empêtrant les pieds dans la rambarde. Lorsqu’elle revient à elle, elle est atteinte d’une forme d’aphasie. Seulement les deux cambrioleurs pensent s’être emparés de la descendante des Rosmadec et ils réclament en échange de sa liberté une forte somme d’argent.

Clémence et son ami Gildas tentent de retrouver la piste des ravisseurs en enquêtant dans les ports de la côte et jusque sur l’île de Groix, mais à chaque fois ceux-ci se sont déjà défilés. Heureusement Clémence qui possède un solide coup de crayon et ne se départit jamais de son carnet de croquis, dresse des portraits robots. En compagnie notamment de son oncle François, médecin, elle quitte la Josselière afin qu’Albertine puisse consulter à Paris le professeur Charcot, aliéniste réputé pour ses miracles dans le domaine médical, utilisant l’hypnotisme comme traitement.

Profitant de son séjour dans la capitale elle enquête dans les milieux de l’art, en compagnie de ses deux amis, Bouboule et Antoine, dont le lecteur a déjà fait la connaissance dans La Noyée du Pont des Invalides. Par Romain, un jeune homme qui travaille dans la salle des ventes de l’hôtel Drouot, elle apprend qu’un dessin du Caravage va être mis en vente, mais fait inhabituel chez le peintre, ce document est signé. Elle reconnaît l’esquisse qui a été dérobée et assiste donc aux enchères. Elle se renseigne sur le vendeur et l’acheteur. Un nouveau coup de théâtre se produit lorsqu’un jeune adolescent, Pierre, dont les parents sont des familiers de la famille Rosmadec, disparaît au cours d’un voyage qu’il effectuait en Bretagne, sur les traces de la randonnée effectuée par Flaubert et de Maxime du Camp en 1847.

 

Dans ce troisième volet Clémence se montre toujours aussi charmante, intrépide, hardie, persévérante, téméraire et obstinée. Elle n’hésite pas à effectuer de longs voyages, entre Douarnenez, Morlaix, Carhaix, Etretat en compagnie de Gilles le frère aîné de Pierre, afin de traquer les ravisseurs de celui-ci et d’Hélène, l’amie de sa sœur. Elle surmonte les embûches et fait des rencontres saisissantes, telle celle de Gustave de Maupassant, le père de Guy, et découvre les lieux où ont vécu Courbet, Maupassant fils, Corot, Degas et tant d’autres. Yves Josso propose une balade au pays de l’art pictural et littéraire, sans pourtant se montrer pédant. D’ailleurs, il est amusant de lire, via la réplique d’un de ses personnages cette répartie qui ne manque pas de sel : “ On se croirait dans un roman de Jules Verne quand l’auteur croit bon, pour épater son lecteur, de se lancer dans des explications techniques ou théoriques ! Personnellement je saute ces pages ennuyeuses, je les passe… ”. Et qui de nous, enfants, avons pu aller jusqu’au bout des déclinaisons des familles, espèces, groupes, sous-groupes et j’en oublie, des noms de poissons débités en litanie dans Vingt mille lieux sous les mers ? Les captifs de Cornouaille est un roman qui s’inscrit comme un pur bonheur de lecture dans la lignée des maîtres du populaire du XIXème siècle, la maîtrise de l’écriture en plus.

Du même auteur, dans la même collection :  Eté meurtrier à Pont-Aven et  La noyée du Pont des Invalides.


Yves JOSSO : Les captifs de Cornouaille. Collection Grands Détectives N° 4243. Editions 10/18. Juillet 2009. 8,10€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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