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26 décembre 2012 3 26 /12 /décembre /2012 17:09

 

daniel-piret-225.jpg 

Né le 28 mars 1933 à Paris (XIIème) Daniel Piret effectue des études dites normales et se considère comme bon nombre d’auteurs dont la vocation première était peut-être l’écriture mais qui pour des raisons familiales et financières ont été obligés de se tourner vers une occupation plus rémunératrice. Ses études secondaires, il les effectue dans divers établissements de la banlieue parisienne, établissements qui “ le libèrent rapidement, ne l’appréciant sans doute pas à sa juste valeur ” (FNI 98 – 1973).

Déjà il possède un caractère épris d’indépendance, état d’esprit qu’il impute à son signe astrologique Le Bélier, et se considère comme un fonceur qui supporte mal l’autoritarisme hiérarchique, et par voie de conséquence se révèle comme un subordonné que l’on pourrait qualifier d’insubordonné. Cette indépendance, Daniel Piret l’a concrétisé à dix-neuf ans, en se mariant et en débutant dans la représentation. Quelques années plus tard, il se met à son compte, activité qu’il cesse en 1972 pour travailler comme vendeur dans un grand magasin. 1972, c’est également l’année de parution de son premier roman au Fleuve Noir.

piret2.jpgSi Daniel Piret a commencé très jeune à écrire, des contes de fées et de poèmes, c’est en 1968 qu’il s’est tourné vers l’anticipation puis à la rédaction d’un ouvrage traitant de philosophie et de religion. Ses violons d’Ingres étant le dessin, la sculpture sur bois et bien sûr la lecture, avec des préférences pour les ouvrages de religion, de philosophie, d’ésotérisme, bien entendu la science-fiction, la science tout court avec la biologie, l’astronomie, et tout ce qui est relatif à l’écologie et l’évolution. Sans oublier l’occultisme, la paléontologie et l’histoire de l’univers. Son livre de chevet est la Bible, (un des nombreux points communs qu’il partage avec Jimmy Guieu. Jimmy Guieu, qui est l’un de ses auteurs préférés en science-fiction, avec Robert Clauzel, Maurice Limat, Gabriel Jan, et en littérature générale Henri Troyat et Hélène Carrère d’Encausse), ce qui l’a amené à apprendre l’hébreu, suite peut-être aussi à un voyage en Terre Sainte, en 1969 et dont il est revenu enthousiasmé.

Atteint durant un temps de bougeotte, il a visité en caravane la Yougoslavie, la Suisse, l’Italie, l’Espagne, la Belgique, l’Allemagne, la Hollande puis il s’est calmé et depuis préfère le calme de la campagne périgourdine. Il avoue qu’il est très pessimiste en ce qui concerne l’avenir de l’espèce humaine, considérant que la science qui devrait le servir, l’opprime chaque jour davantage, et il rejette la société actuelle en ce qu’elle a d’inhumain. Il reste persuadé que si l’homme ne change pas il court à sa perte. Il s’élève contre toute forme d’oppression et de racisme, ne reconnaissant qu’une seule race : l’humaine.

En 1979 il dirige une collection chez un éditeur de province, les éditions Garry, où il publie des romans de ces confrères refusés par le Fleuve Noir. C’est ainsi que l’on retrouve sous pseudonyme Gabriel Jan, Robert Clauzel ou lui-même sous le nom de Red Ilan. Certains de ces ouvrages ont été traduits en Espagne et La mort des Dieux est même paru en feuilleton dans le journal d’Israël à Tel-Aviv.

  

Collection Anticipation du Fleuve Noir

490 : Année 500 000piret3.jpg

525 : Les Deux soleils de Canaé

554 : Les Egarés du temps

575 : Les Disques de Biem-Kara

595 : Le Maître de Phallaté

604 : Les Fils de l'Atlantide

621 : Naître ou ne pas naître

640 : Ahouvati le Kobek

649 : Le Grand passage

668 : Le Tell de la puissance

680 : Le Onzième satellite

687 : Les Egrégores

702 : Sakkara

711 : Les Survivants de Miderabi

721 : Vae victis!

727 : La Dernière mort

739 : Le Rescapé de Gaurisankar

754 : Le Manuscrit

761 : Sogol

781 : Xurantar

804 : La Mort des dieux

813 : L'Ile des Bahalim

825 : Les Dévoreurs d'âmesredilan

848 : L'Ancêtre d'Irskaa

861 : Interférence

878 : Le Navire-planète

947 : N'Ooma

983 : Strontium 90

1113 : Sloma de l'Abianta

1119 : Les Envoyés de Méga

1140 : Prométhée

1201 : La 666e planète

1233 : Le Fils de Prométhée

1278 : La Parole

 

Editions Gary

Cholom (1979) 

Diaspora cosmique (1979) 

Péril végétal (1979) 

La Sphère des templiers (1979) piret4.jpg

Univers Alpha (1980) 

 

Editions Rivière Blanche, collection Blanche :

2049 : Projet espoir suivi de Crépuscule des idoles (voir chronique)

2060 : Les enfants de la lumière (voir chronique)

2070 : Stase onirique

2080 : La saga des Ibars suivi de Le domaine

2094 : Aliens en Périgord suivi de Les ancêtres de l’humanité. (Voir chronique)

 

 

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26 décembre 2012 3 26 /12 /décembre /2012 06:55

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Chroniqueur et critique cinématographique spécialisé dans les films d’horreur, pigiste pour un petit magazine parisien, Boris Phécrier est aussi auteur de romans du même genre sous le nom de Julien Gras. Et ce n’est pas parce qu’il habite place du Panthéon qu’il roule sur l’or. Il vivote dans un petit studio de huit mètres carrés, est marié mais sa femme va voir ailleurs si c’est meilleur, et une gamine de douze ans nommée Cuivre. Il a Cuivre en garde de temps en temps, lorsque sa femme est en déplacement charnel, et l’amusement principal entre le père et la fille est de se faire de petits quizz sur des films d’horreur.

En compagnie de son ami Fuchiglia, qui est bouquiniste sur les quais mais également touche-à-tout puisqu’il cumule les emplois de photographe de jazz, d’agent musical, de directeur littéraire chez Dupneu, directeur de la collection qui a accueilli Le rivage des tripes de Julien Gras, Boris se rend à une soirée prétendument littéraire. En réalité il s’agit de fêter la sortie d’un livre géant, texte de Dhûle et dessins de Nick Mégalo, une nouvelle aventure imaginaire de Gary Pinson, le Sherlock Holmes belge. En effet beaucoup de monde se presse dans cette galerie d’art, sise dans une petite rue du XIVème arrondissement de la capitale, le gratin de la littérature populaire, auxquels se sont adjoints quelques pique-assiettes, sans lesquels les soirées parisiennes ne seraient pas ce qu’elles sont, et une jeune femme qui fait du charme à Boris.

Phécrier et Fuchi retrouvent parmi les convives le capitaine Duclos, fervent passionné de Gary Pinson, Le Mosque, ancien directeur de la défunte collection Saignant chez Talbin Michel et agent littéraire et scénariste, JBPP, intellectuel et inventeur de la série La Pieuvre et auteur à la Série Glauque, Faty romancier chez Talbin Michel et directeur de la Série Glauque, ainsi qu’Aldo Selma, le meilleur rital de polars français qui a signé Eviscéré comme une playmate dans le plumard d’un GI. Seul manque à l’appel, pour le moment car il est attendu avec impatience, Dhûle qui devait assister à une séance un peu spéciale avec quelques amis. Selma prend à part Phécrier et lui propose un travail qui devrait être juteux. Un scénario d’horreur déniché par Le Mosque, mais les quatre amis achoppent sur l’épilogue, incapables de terminer le texte sur une scène finale forte. Quatre pages à écrire et un gros paquet de billets à la clé.

Une rumeur circule concernant un film, Au château d’alcool, un film d’horreur dont la projection s’avérerait maléfique et mortelle. Lors d’une première séance privée, des spectateurs, une quarantaine environ, seraient décédés ou devenus fous. Et lors de la fameuse séance spéciale organisée par Dhûle, séance dont quelques uns se gaussaient laissant penser qu’il s’agissait d’une partie fine, quelques-uns des participants dont Dhûle lui-même, décèdent d’une crise cardiaque. L’écrivain s’était procuré une copie de ce film funeste. Duclos, le policier, a récupéré dans le lecteur de DVD l’enregistrement et invite Boris Phécrier et des spécialistes de l’analyse de vidéos à participer à un visionnage de l’objet du délit, en prenant toutefois quelques précautions.

Si la lecture du disque permet de solutionner quelques mystères, l’enquête n’en est pas pour autant close. Qui et pourquoi sont les questions qui restent en suspens, plus quelques autres qui en découlent.

 

Avec Au château d’alcool, François Darnaudet nous invite à lire un roman transgenre, qui marie polar, fantastique, gore et suspense, ce qui n’est pas forcément incompatible. La dose entre tous ces éléments est savamment mesurée, pondérée, et chacun pourra y trouver son content. Des passages savoureux où alternent humour, émotion (Ah la petite Cuivre !), petits coups de griffe pas méchants et réflexions pertinentes. Ainsi, Boris Phécrier déclare sans acrimonie aucune, une simple constatation de sa part que se partagent bon nombre de lecteurs de journaux : La critique cinématographique moderne répugne souvent à résumer un film. Il m’arrive parfois de lire des articles dans Libé ou Le Monde en me demandant de quoi parle le journaliste et quel est le thème du film chroniqué. Moi, à 7 jours sur Paris je commence toujours par donner un résumé avant de décortiquer la structure scénaristique et rappeler les principaux titres de gloire du réalisateur et des acteurs. Mais je suis sûrement un tocard puisque je ne suis pas à Libé ou au Monde. Cela sent le vécu…

De plus François Darnaudet, outre l’intrigue resserrée, invite le lecteur à s’amuser et pose des jalons, en incitation à découvrir quels auteurs réels se cachent sous les patronymes des personnages du roman. De même que pour les maisons d’éditions citées ou les titres des romans évoqués. Un des protagonistes qui apparait plus tard dans l’histoire se nomme Piter Surlot. Il compte à son actif plus de cent-quarante titres de romans, vit dans les Vosges et possède un chien qu’il a appelé Gallimard, parce que c’est la seule maison d’édition qui a refusé de le publier. Je suis persuadé qu’avec votre sagacité habituelle vous découvrirez tous ces private-joke, comme l’on dit en bon français, et que vous vous amuserez à la lecture. Je ne vous donne pas d’indice et si vous séchez, vous pouvez toujours me laisser un commentaire afin que j’éclaire votre lanterne.

Au château d’alcool, un livre comme je les aime : divertissant, plaisant, amusant, alerte, prenant, dénué de digressions vaseuses. Une véritable récréation. Une petite citation en passant :

-      C’est quoi un louseure ?

-      Un loser ! Le mot anglais… C’est un soixante-huitard qui a mal digéré l’avènement du socialisme libéral !

 


François DARNAUDET : Au château d’alcool. Collection Noire 34. Editions Rivière Blanche. 204 pages. 17€.

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24 décembre 2012 1 24 /12 /décembre /2012 15:19

Comme je sais qu’en ces heures de préparatifs intenses d’emballages, de mises au four et de décorations de dernière minute, de gamins à calmer, vous serez trop occupés à baguenauder de blog en blog je me contente modestement de vous souhaiter à toutes et à tous de joyeuses fêtes de Noël !

 

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24 décembre 2012 1 24 /12 /décembre /2012 10:45

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Les qualificatifs ne manquent pas lorsqu’il s’agit d’évoquer Georges-Jean Arnaud : si certains le surnomment le Balzac du Polar. Lui conviendraient tout aussi bien les appellations de Simenon français ou encore celle de Dumas du XXème siècle. Se plonger dans l’un de ses romans est synonyme d’immersion totale, d’apnée à plus de deux cents pages, bref il est difficile de le lâcher avant la dernière ligne. Qu’Arnaud œuvre dans la littérature de science-fiction, de science-friction (entendez par là les érotiques !), dans le fantastique, le roman noir, l’espionnage, l’historique ou encore ses réminiscences enfantines et adolescentes, mettant en scène des personnages familiaux, il nous concocte à chaque fois un formidable et prenant roman d’aventures et d’actions, terme préféré à celui de roman populaire par certains auteurs.

G.-J. Arnaud n’a jamais été si à l’aise que dans la description psychologique des personnages ordinaires, du décorticage de ce qui les a amenés à se vautrer dans une déchéance morale et physique, à les faire évoluer dans un univers à consonance fantastique. Avec ce qui au départ devait se réduire à une trilogie consacrée aux frères Roquebère mais qui sous l’impulsion conjuguée de ses lecteurs (et peut-être de son éditeur) se transforme peu à peu en feuilleton, les aventures de Séraphine la saute-ruisseau et de ses employeurs prend une ampleur dont nul n’aurait pu en mesurer les conséquences (a fortiori le Fleuve Noir qui paraît-il aurait refusé les manuscrits de peur de ne pas enregistrer assez de ventes !). L’action se déroule entre la fin 1829 et le début des années 1830, période au cours de laquelle les prémices de la révolution de Juillet se font ressentir puis leurs séquelles politiques. Arnaud renoue avec le roman historique inspiré du feuilleton cher à nos romanciers du XIXème siècle.

roquebere3.jpgA quelques jours de Noël, Thierrois le pourvoyeur d’enfant de l’Institution des Enfants Assistés, trimbale sur son dos dans une caisse spécialement aménagée, un nouveau-né. L’homme qui lui a confié ce fardeau peu ordinaire lui a remis une somme d’argent cinq fois plus conséquente que celle remise à l’habitude. Thierrois est persuadé que le nourrisson qu’il doit livrer à l’Hospice est le fruit d’un terrible secret. Entre Hyacinthe et Narcisse, notaires de profession et frères jumeaux, existent autant de différence qu’entre le jour et la nuit. Si l’un est sérieux et distingué, l’autre est un gai-luron dont la principale occupation réside dans la démonstration de ses talents culinaires. Séraphine, qui rêve de devenir un jour clerc de notaire et est secrètement amoureuse de Hyacinthe, s’avère plus qu’un saute-ruisseau diligent. Son passé de petit ramoneur en compagnie d’un père virtuel mais amant concret l’a rendue, malgré ses quatorze printemps, une gamine délurée, entreprenante, mature et débrouillarde. En arrière plan de cette galerie de portraits directement inspirés de Balzac et de Sue, l’officier de paix Parturon, guidé par la cupidité, la sensuelle marquise de Listerac, un couple composé d’un oncle et de son neveu que les mauvaises langues cataloguent comme un vieux birbe et son godelureau, un cocher qui apprécie les boissons alcoolisées, une camériste fantôme, et surtout Vidocq, ex-bagnard, ex-patron de la police, reconverti comme patron d’une papeterie. L’homme au fiacre est le premier volet prometteur de cette trilogie qui grâce à l’Atalante voit le jour alors que ces romans étaient dans un tiroir, commandés par une maison d’édition qui n’avait pas honoré son contrat. Souvent nous sommes obligés, lorsque nous avons aimé le début d’une saga, d’attendre quelques mois avant de retrouver les personnages qui nous ont fait rêver. Heureusement le délai de parution est assez proche pour que nous n’oubliions point ces quelques protagonistes, tout en n’ayant pas non plus un phénomène de rejet par saturation.

Nous retrouvons donc ces deux personnages dans une nouvelleroquebere4.jpg aventure, Le rat de la Conciergerie, à laquelle Séraphine, leur dévouée saute-ruisseau, prendra une part active et grâce à qui ils devront la résolution de l’enquête. Car ils se sont pris au jeu, les braves avoués, et même s’ils ressentent parfois les affres de la peur, celle-ci justement les titille assez pour qu’ils embrayent sur de nouvelles aventures.

Lamercie, leur ancien clerc, refuse de signer un testament. Il ne reconnaît pas la mourante dont il a eu à traiter les affaires quelques années auparavant. Il prévient immédiatement ses anciens patrons. Il n’aurait pas dû refuser d’apposer son paraphe au bas du document car peu après son cadavre est retrouvé en bas des escaliers de son logement. Apparemment un banal accident. Mais pour l’officier de police Parturon, qui ne néglige aucun moyen pour arrondir son bas de laine, cet accident est pour le moins bizarre, pour ne pas dire plus. Et voilà les deux frérots sur le pied de guerre, encouragés par Séraphine qui n’a ni froid aux yeux ni sa langue dans sa poche mais l’esprit d’initiative aiguisé. Même si cela n’a pas l’heur de plaire à Hyacinthe, le principal intéressé dans l’affaire. Le procureur Cerneau, surnommé le Rat de la Conciergerie, est un atrabilaire qui ne connaît qu’une seule raison d’être : la sienne, et n’écoute que ses décisions. Les frères Roquebère seront bien contents d’utiliser pour une fois leur ressemblance, à l’instigation de Séraphine qui malgré tout sait reconnaître Hyacinthe de Narcisse, puisqu’elle est amoureuse de l’un des jumeaux. Ce qui ne manque pas de plonger dans l’embarras le prude homme.

Arnaud joue avec les nerfs de ses personnages, et du lecteur par la même occasion, et tisse une toile digne des plus grands feuilletonistes du XIXème siècle, Balzac, dont il se réclame, en tête, usant de toutes les ficelles du genre et un peu plus. Mais il ne faudrait pas croire qu’Arnaud se contente d’utiliser ces ficelles pour envelopper le paquet. Et sous la barde gauloise, et l’emballage, se nichent quelques à-propos dont il a le secret. Car Arnaud n’est pas seulement un conteur, c’est également un homme de cœur. L’injustice le révolte, même si celle-ci est dénoncée de façon sous-jacente dans certains de ses romans. Il n’y a pas que ça pour le mettre hors de lui et lorsqu’il dénonce, il faut savoir lire entre les lignes. Il ne distille pas de petites phrases assassines mais enrobe dans le contexte, dans l’atmosphère, dans la trame même de ses romans ses dénonciations, ses colères. Mais passons au troisième volet de la trilogie avec La Congrégation des assassins.

Cette foiroquebere5.jpgs Narcisse et Hyacinthe Roquebère tombent sous le charme d’une jeune fille dont le père a disparu. En fait il est mort, “ assassiné ” non loin de Sens par des policiers appartenant à une fraction secrète de la Congrégation, les Chevaliers de la Foi. De plus, le brave, qui partait à Toulon présenter de nouvelles toiles pour les militaires embarquant combattre le Dey d’Alger. Comme si cela ne suffisait pas à ses malheurs, Pauline hérite d’une dette contractée par son père et s’élevant à plus de 800 000 francs, ce qui pour l’époque est une véritable fortune. La Congrégation, c’est une société occulte dont tout le monde a peur, même les policiers officiels. Elle s’érige comme le seule représentante des valeurs fondamentales, de celles d’avant les évènements de 1789, composée d’ultra qui prônent le retour d’une mystique où la chrétienté et la royauté vont main dans la main, le rétablissement de l’Inquisition et autres foutaises. Seulement ces foutaises provoquent des victimes. Et le père de Pauline n’est pas le seul à avoir été grugé, spolié, et assassiné. Hyacinthe et Narcisse Roquebère ne pourront que se féliciter de leur gémellité et du corollaire de ressemblance. Grâce à Séraphine, à sa débrouillardise et à ses connaissances de l’envers du décor de la capitale, ils se sortiront une fois de plus d’un mauvais pas. En plaçant son roman en 1830, alors que commence à souffler le vent de l’insurrection de Juillet, G.-J. Arnaud fait œuvre d’historien mais le lecteur ne peut s’empêcher d’établir des comparaisons avec, non pas une secte, mais bien un parti politique qui se veut le bastion et le garant des valeurs morales dites chrétiennes ou tout du moins catholiques. Même si pour cela il faut commettre des exactions qui sont condamnées par l’Eglise.

Le Prince des Ténèbres s’inscrit daroquebere6.jpgns un tournant dans l’Histoire. Charles X et le gouvernement Polignac sont de plus en plus impopulaires. L’insurrection gronde en ce 27 juillet 1830, première journée agitée de ce qui deviendra dans les manuels d’histoire “ Les Trois Glorieuses ”. Le Prince des Ténèbres, figure légendaire, en profite pour refaire son apparition, exhortant le peuple qui construit barricades et autres obstacles pour mieux enquiquiner la maréchaussée (l’histoire n’est qu’un éternel recommencement, rappelez-vous mai 68 !). Le Prince des Ténèbres sort de sa léthargie à chaque mouvement social pour encourager les débordements populaires légitimes (ils le sont toujours, selon le point de vue des revendicateurs, illégitimes du côté du gouvernement, mais cette pensée n’a rien à voir avec l’histoire, donc reprenons le cours habituel de cet exposé). Le Prince de Condé craint pour sa vie et désire quitter le navire c’est à dire la France. Mais pour cela il lui faut récupérer le nerf de la guerre, l’argent confié aux frères Roquebère, et surtout modifier son testament. Les deux sacs d’or qui représentent sa fortune placée chez les avoués sont volés au cours de leur transport entre l’étude et le domicile du prince. Quant au testament pas question de substituer ne serait-ce que la moindre virgule à ce qui est déjà consigné. Sa maîtresse, dans tous les sens du terme, anglaise, Sophie Dawes, perverse comme pas une, a décidé qu’il n’en changera pas un iota. Bon, d’accord, faut la comprendre, elle ne toucherait plus rien, la pauvre (je parle de l’argent, bien sûr !). N’empêche que les deux sacs d’or sont subtilisés , qu le convoyeur est assassiné, et que Séraphine est plongée dans une nouvelle aventure, entraînant avec elle ses deux patrons, maîtres pas encore mais cela ne la gênerait pas qu’ils le devinssent, tout au moins l’un d’eux, mais je m’égare. Dans un Paris révolutionnaire, déchiré, avec Louis-Philippe qui pointe le bout de sa tête, normal vu la forme qu’elle a, Arnaud évolue à son aise, et se pique au jeu puisque ce qui devait à l’origine n’être qu’une trilogie tourne gentiment à la saga.

Le voleur de roquebere7.jpgtête Il existe toutes sortes de jeux et de paris, mais aller narguer le bourreau et les forces de l’ordre afin de s’emparer de la tête d’un condamné à mort fraîchement guillotiné en place de Grève, s’agit-il vraiment d’un jeu ou d’un pari ? Un tour de force que vient de réaliser un adolescent. Casimir, jeune clerc employé dans l’étude des frères Roquebère croit reconnaître en ce voleur de butin pour le moins particulier, Séraphine, la saute-ruisseau. Séraphine se défend comme un beau diable, et Narcisse et Hyacinthe ont tendance à la croire.

Un coin du voile va enfin être levé sur la naissance de Séraphine, ce Gavroche avant la lettre, et non pas la traumatiser, mais au moins lui fournir quelques désillusions puisqu’elle saura enfin qui est sa mère. Un fort désappointement s’ensuit et elle aurait préféré peut-être ne jamais connaître ses origines qui lui pèsent désormais sur les épaules. La reconstitution historique est occultée, contrairement au précédent roman du cycle, mais ce sont la vie sociale et surtout le parler populaire de l’époque qui imprègnent la trame de ce volume. Une fois de plus Arnaud excelle à mettre en scène les personnages et à les insérer dans une histoire simple en apparence mais qui se révèle complexe, fouillée, travaillée, à l’image de ce qu’écrivaient ses maîtres en littérature.

La mort en guenilles n’est pas le prolongement du volume précédent mais Séraphine est de nouveau plongée dans son enfance, celle droquebere8.jpgont elle se souvient le mieux et dont elle n’a pas forcément honte, malgré certaines vicissitudes. La mère d’un petit ramoneur savoyard vient la trouver car son enfant ne lui a pas donné de nouvelles depuis de trop longues semaines. Séraphine accepte d’enquêter car non seulement elle même a exercé ce métier avant d’être recueillie par les frères Roquebère, mais cette mère éplorée quelque a connu lorsqu’elle vivait près de sa grand-mère dans cette province aux accès italiens et qui ne demande qu’à être rattachée à la France. Malgré les interdictions de leurs employeurs, des personnages le plus souvent sans scrupules, de petits ramoneurs travaillaient au noir. Ainsi Vincent Pergotti, le disparu, après son labeur, et malgré la fatigue physique ressentie, nettoyait les conduits de cheminées afin de pouvoir envoyer à sa mère quelques pièces d’argent qui il le savait étaient les bienvenues au foyer familial. Très rapidement Séraphine soupçonne une mendiante, la Joncaille, de ne pas être très claire dans cette affaire, d’autant que la mendigote ne se conduit pas comme la vieille femme dont elle voudrait endosser la défroque. Les frères Roquebère eux ont autre chose à faire que de s’occuper d’un petit Savoyard disparu, une jeune femme déplorant que son mari et d’autres membres de sa famille se soient évaporés dans la nature, partis aux Amériques à la conquête de l’or, via l’Angleterre. Mais les jumeaux ont bon cœur, et permettent à Séraphine d’enquêter sur son temps de travail et l’aident même à l’occasion. Or il semble bien que les deux affaires ont des points communs, par personnages interposés. Séraphine, curieuse dans le bon sens du terme, va faire la connaissance d’un vieux monsieur qui originaire de Châlons sur Saône ne se plaît guère à Paris, mais se trouve dans l’obligation matérielle de rester dans la capitale à cause de son invention et des subsides provenant de son associé, un certain Daguerre. Nicéphore Niepce, c’est le nom de cet inventeur, a mis au point une boîte noire qui permet de reproduire sur un support métallique des images. Le système est long à produire son effet mais il est persuadé, comme Séraphine, que cette invention devrait un jour devenir usage courant. D’autres aussi en sont convaincus puisqu’ils n’hésitent pas à utiliser cette technique pour obtenir des images obscènes vendues sous le manteau.

Avec La mort en guenilles, G.-J. Arnaud nous entraîne dans une nouvelle aventure dont Séraphine est l’héroïne incontestée. Elle prend une place de plus en plus importante dans l’étude des avoués, et dans le cœur des lecteurs, à défaut de celui de Hyacinthe qui batifole à son grand regret avec une cliente. Ce qui n’est guère déontologique. Ce roman mêle comme tout bon roman historique avec bonheur réalité et fiction, et dresse un portrait saisissant de l’inventeur de la photographie et en même temps de démontrer que toute invention destinée à œuvrer pour le Bien est aussitôt détournée pour alimenter son contraire. Il est également établi que les bases de données ont parfois leurs raisons d’être.

Ce qui ne devait être à l’origine qu’une trilogie, je me répète, devient sous la plume de maître Arnaud une formidable saga passionnante, tant par le point de vue historique que dans la mise en scène des personnages peu utilisés dans le domaine du roman noir ou qui évoluent parfois d’une manière subreptice, en second plan, mais qui deviendront plus tard des célébrités. Arnaud ne renoue pas avec le roman feuilleton, il le perpétue, le développe, lui assure une pérennité tout zen le préservant de débordements farfelus. Une série qui a sa place sur les rayons de votre bibliothèque en compagnie de Dumas, Féval, Zevacco ou encore Sue.

L’homme au fiacre, Le rat de la Conciergerie, La congrégation des assassins (tome 1. 480 pages, 21€). Le Prince des Ténèbres, Le voleur de tête et La mort en guenilles (tome 2. 576 pages, 23€) de Georges J. Arnaud aux éditions de l’Atalante. Collection Insomniaques & Ferroviaires.

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23 décembre 2012 7 23 /12 /décembre /2012 14:42

Auprès de ma Blonde...


blondes.png 


Le format a changé, l’emballage est modifié, la formule aussi, mais l’idée première reste. Le treizième recueil issu du concours organisé par La Noiraude/La Fureur du Noir se compose cette année non point de cinq auteurs chevronnés et cinq débutants ayant brillamment franchis le cap des sélections, mais d’une figure de proue à laquelle sont accrochées trois armoiries.

Si l’on vous dit, abruptement, comme ça sans prévenir, sans prendre de précautions oratoires, le mot Blonde, à quoi pensez-vous ?

A une cigarette, longtemps synonyme de luxe ?

A une bière fraîche et mousseuse ?

A une jeune femme écervelée ? Quoique dans ce cas particulier, il faut avancer sur la pointe des pieds, car certaines se teignent en blondes afin de ressembler à une star de cinéma, afin d’affirmer leur côté un peu fofolle, et que d’autres préfèrent abandonner leur couleur naturelle pour devenir brune, rousse, châtain, sans oublier les autres couleurs vives de l’arc-en-ciel.

Chacun d’entre nous peut tourner son regard vers l’image qui le tente, à la rigueur pour les gourmands les images, et encore dans ma déclinaison j’omis de citer les bovidés d’Aquitaine, les céréales de la Beauce, le sable des plages bretonnes, la grosse blonde paresseuse qui n’est autre qu’une laitue…

Et lorsque l’on demande à un écrivain confirmé, ou en devenir, de se pencher sur le sujet, sans qu’il se prenne immédiatement pour un épigone de la tour de Pise, et d’exprimer son point de vue, voici ce que cela donne :

 

Profonde de Jean-Bernard POUY.

Fernandel, en réalité il se nomme Ariel, mais on l’a surnommé ainsi parce qu’il se promène depuis quelques semaines le long des chemins de la Bretagne dite profonde avec Louise, une magnifique Blonde d’Aquitaine, qui lui sert de passeport ou de sauf-conduit. Car en ces temps troublés, Ariel alias Fernandel n’a pas trouvé meilleur moyen de se déplacer sans attirer le regard circonspect des autochtones, et des membres de l’Agrocorp qui se déplacent en 4X4, ou encore des cochons en liberté devenus des animaux carnassiers. Faut avouer que les nourritures que l’être humain leur a données à manger depuis quelques décennies a favorisé leur comportement cannibale. Mais Ariel ne se promène pas ainsi au hasard. Il recherche des membres de son groupe, les décroissants comme on les appelle, des réfractaires qui refusent les pesticides, les engrais nocifs. Car dans ce groupe quelqu’un a trahi, alors Ariel recherche, marchant au pas de son bovin placide qui se régale entre les rails d’herbe non polluée. Le premier à décéder c’est Gwen, qui s’est réfugié dans une gare désaffectée.

Ceci n’est pas une nouvelle de science-fiction, juste d’anticipation, une projection de ce que pourrait être la vie rurale bretonne en 2014, les conflits entre gros agriculteurs qui recherchent le profit, au détriment de la santé, et ceux qui essaient le retour à la nature propre. Et ce temps n’est pas loin, puisque ceci se passe en 2014.

 

Terminal Atlantique de Dominique CHAPPEY.

Ils étaient trois, Disney, Blonde et le narrateur. Trois adolescents prolongés qui vivent dans une cité portuaire, pas pire que les autres, pas mieux non. Ils ont trouvé une solution facile pour se faire de l’argent de poche, piller des conteneurs qui sont débarqués des immenses navires en provenance des pays d’Orient. Disney, il a été surnommé ainsi parce qu’en réalité il se prénomme Sidney, seul rapport avec son père qu’il ne connait pas, sa mère ayant fauté une fois avec un Australien de passage. Le défaut de Disney, c’est sortir en n’importe quelle circonstance des blagues pourries. Blonde, c’est un mutique, et parfois Disney lui porte sur les nerfs. Comme Britannicus d’ailleurs, la pièce de théâtre diffusée sur France-Culture, et que tous trois écoutent, subissent, car le lecteur de CD est mort, et qu’ils ne captent qu’une seule station de radio. Blonde, c’est un cas, et il veut mieux ne pas se moquer de lui, même s’il n’est pas tout à fait comme tout le monde. Quant au narrateur, il est là entre eux deux, et cogite au nouveau pillage auquel ils vont procéder.

Une plongée dans la vie nocturne du port du Havre, même si le nom n’est jamais dévoilé, avec le mystère de la nuit et des docks. Une histoire intéressante et son auteur possède déjà du métier.

 

Suicide blonde d’Anne-Cécile Dartevel.

De Los Angeles à Tijuana en passant par Cinnecita, le parcours d’une comédienne mariée à un acteur qui se voit consacré au cinéma dans un film, Suicide blonde, aux côtés de la star du moment, adulée du public et qui fait chavirer bien des cœurs. Mais il n’est jamais bon de quitter son mari pour tourner un film et le laisser dans les bras d’une autre. Une histoire qui se déroule dans les années 50.

 

Banco d’Olivier Roux

Lucas est coiffeur à Aix-en-Provence, Le Coiffeur attitré des blondes de la cité. Mais Lucas possède une activité annexe, sous l’alias de la Blonde. De temps à autre il doit éliminer quelques cheveux blancs, blonds ou bruns, des chauves aussi cela dépend des contrats qu’on lui propose. Et son prochain boulot est de s’occuper d’un conseiller général, lequel une fois mort pourra s’attirer la reconnaissance de ses concitoyens. Un personnage public est plus souvent encensé décédé que vivant !

 

Telle la petite poule qui accompagne ses poussins, leur montrant quelles graines picorer, ou plutôt telle la locomotive entraînant dans son sillage quelques wagons (métaphore plus judicieuse le concernant) Jean-Bernard Pouy est toujours disponible pour se muer en chef de file et donner un gage de qualité aux recueils dans lesquels il figure.


Blonde(s) : recueil de nouvelles signées Jean-Bernard Pouy, Dominique Chapey, Anne-Céline Dartevel & Olivier Roux. Editions Terre de Brume. 128 pages. 13,50€.

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23 décembre 2012 7 23 /12 /décembre /2012 06:56

Noelensemble.jpg

Pour une fois, il n’a pas été assez attentif. Louis, dormant à terre derrière les fauteuils situés en fin de station, est réveillé manu militari par deux vigiles accompagnés d’un chien et de leur chef. Seul l’animal, qui ne peut parler à cause d’une muselière, semble lui accorder un semblant de sympathie. Le temps de rapatrier ses maigres affaires dans deux sacs plastiques et Louis est raccompagné à la sortie, les grilles sont refermées derrière lui et il est obligé de chercher un autre abri plus ou moins accueillant.

Le quotidien de Louis et bon nombre de ses copains. Ceux avec lesquels il se regroupe se nomment Dédé et Daniel, même si parfois la mésentente s’installe entre les trois hommes. Faut dire que Daniel est un profiteur. Afin de se payer le minimum vital, Louis connait, et met en pratique, quelques astuces, comme s’accaparer un caddie dans le hall de la gare de Lyon et le proposer contre une petite rétribution aux voyageurs pressés et surchargés de bagages. Heureusement, l’hiver, des associations caritatives s’occupent des plus démunis leur fournissant vivres et toit.

Cela ne convient pas toujours à ces habitués du bitume qui n’apprécient guère la promiscuité. Alors Louis s’arrange, se débrouille, vit ou plutôt survit grâce à de petits expédients. Il a bien l’espoir de toucher le RMI, c’est ce que lui suggère une femme de la Mission Evangélique en lui proposant de l’aider dans ses démarches, mais celles-ci sont longues et compliquées, alors il abandonne.

 

Sous-titré roman, ce petit ouvrage est un docu-fiction dans lequel gravite comme personnage principal Louis et épisodiquement ces deux compagnons de misère. Un roman touchant, émouvant, qui nous entraîne de l’autre côté du miroir. Bulgare d’origine, Svetlan Savov muni d’un visa a pu s’installer en France. Et ce qu’il narre dans cet ouvrage, il a dû le vivre durant quelque temps, même si aujourd’hui il est chauffeur de taxi en région parisienne. Une intégration réussie diront certains, mais à quel prix.

Publié en 2001 aux éditions Gaspard Nocturne, ce livre méritait d’être réédité, surtout en cette période où les hommes politiques se gargarisent d’identité nationale, d’expulsion, de reconduite aux frontières, et autres joyeusetés ignobles. Et l’on pardonnera volontiers certaines maladresses dans la tournure des phrases car ce roman, son premier, a été écrit directement en français. A noter cette phrase lucide : « Une chose est sûre et certaine, c’est que l’homme a inventé le progrès pour se compliquer la vie ».


Svetlan SAVOV : Noël ensemble. Editions Noir sur Blanc. Janvier 2010. 120 pages. 9,15€.

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22 décembre 2012 6 22 /12 /décembre /2012 15:35

Fred_Kassak.JPG

Entre 1957 et 1971, Fred Kassak aura signé onze romans, sous son nom ou sous les alias de Pierre Civry et Jean Céric. C’est peu, trop peu. Pourtant cet auteur reste, à juste titre, valeur de référence, notamment pour son ami Michel Lebrun, tant pour la complexité de ses intrigues, son ton humoristique, que pour ses « trouvailles » criminologiques.

Mais qui est Fred Kassak ?

De son véritable patronyme Pierre Humblot, il est né le 4 mars 1928 à Paris, d’une père haut-fonctionnaire et d’une mère au foyer. Son envie d’écrire date de sa prime enfance et il compose moult poèmes et nouvelles dans un registre romantique et fantastique. Comme bien des littéraires qui trouvent grâce et encouragement auprès de leurs professeurs de lettres, il est fâché avec les mathématiques et par voie de conséquence avec ceux qui enseignent cette matière.

kassak4.jpgSon goût pour la littérature policière s’est révélé pendant l’exode. Une villa des bords de la Loire, près de Saumur, accueille la famille Humblot, refuge bénéfique pour le jeune Pierre puisqu’il découvre dans le grenier une collection complète du Masque, qu’il dévore pendant que la bataille fait rage. Le meurtre de Roger Ackroyd reste l’un des romans ayant marqué notre auteur en herbe.

Dévorer des livres, c’est bien, mais ça ne nourrit pas son homme. En 1941, soir après soir, il compose un romans « à clef » ayant pour cadre le lycée et pour protagonistes principaux les professeurs eux-mêmes. Le lendemain, à la récréation, il en fait profiter auditivement un groupe de fidèles, groupe qui croît de jour en jour. Acte qui s’avère profitable et nourricier puisque ses auditeurs paient sa prestation sous forme de biscuits vitaminés.

Après la guerre, il travaille successivement au Touring Club de France, vend des machines à écrire et est même guide bilingue au Musée Grévin (l’un des rares guides ne sachant parler qu’une seule langue !) et fait la connaissance de Michel Lebrun.

Mais le virus de l’écriture le tenaille, et après avoir écrit une pièce de théâtre (Juanito, qui n’obtient qu’un relatif succès d’estime), kassak5.jpgil décide de se consacrer à la littérature. Mais ses ambitions ne sont plus celles de son enfance (à dix ans   il proclame son intention non seulement de devenir écrivain mais aussi d’être le Dickens français), aussi il se rabat sur le roman policier. La mode étant au roman d’espionnage, il en écrit deux, publiés par les éditions de l’Arabesque qui créent peu après la collection Crime Parfait, collection qui voit les débuts de Pierre Siniac.

Pierre Humblot devient Fred Kassak (Kassak étant le nom de jeune fille de sa mère) : … Fred Kassak n’est pas très joli et sonne comme un sac de noix, mais je me console en pensant que l’éditeur aurait pu choisir sur ma liste : Peter Van Bold ou Charlie Jinx !

Parallèlement il est secrétaire de René Wheeler, scénariste-réalisateur, puis rédacteur d’un journal d’assurances. Considéré comme écrivain non-salarié, il travaille depuis plus de vingt ans pour la Radio et la télévision. Il a été le scénariste du premier numéro de la série Les Cinq dernières minutes et y a collaboré par la suite à maintes reprises.

Comme beaucoup de jeunes de sa génération, Sartre et Camus ont été ses « maîtres à penser », mais cette époque est révolue. Ses préférences littéraires restent Queneau et les Britanniques Wodehouse et Dickens. D’ailleurs certains de ses livres ont des accents dickensiens (Livre de référence et de comparaison : Les papiers posthumes du Pickwick Club). L’humour est présent d’une façon sobre, apparemment facile, excluant toute vulgarité ; c’est un humour axé sur le descriptif et les situations des personnages.

kassak1.jpgC’est après avoir écrit trois romans noirs que Kassak a découvert sa voie, et sa veine humoristique. Il se sent coincé, enfermé dans un genre, dans une production qui n’incite pas (selon lui) à la relecture ; tandis qu’en employant le ton humoristique, l’intérêt du lecteur ne se condense plus uniquement sur la chute finale, mais peut être capté par le « comique de certaines situations et la manière de les raconter ». « Dans l’humour, je me sentais dans mon élément ».

L’intrigue, la trame d’une histoire souvent lui sont inspirées par de petits faits, de petites histoires qui peuvent lui arriver. Aussi il imagine les développements possibles et comment ce petit fait aurait pu donner lieu à un crime.

« Ainsi Carambolages est directement inspiré de mon expérience au Touring Club de France qui était une mine de personnages et de situations : il y avait vraiment des Fêtes de Printemps sous une pluie battante, des défilés en costume d’époque, un doyen des campeurs, et l’organisme du T.C.F. était le même : il ne restait plus qu’à pousser les situations. Une fois l’idée au point, je faisais ma distribution : choisissant parmi mes amis et connaissances passés ou présents ceux et celles qui pouvaient le mieux incarner mes personnages fictifs. Je n’aime pas beaucoup créer de toutes pièces un personnage : c’est la réalité qui est originale, l’imagination ne reproduit que des lieux communs ».

« J’ai toujours fait des plans détaillés laissant très peu de place à l’imagination – ce qui n’est pas forcément une bonne chose. Mais je suis sujet au vertige de la feuille blanche et le plan me rassure, me permet de me lancer et de continuer. Dans un roman purement littéraire, un plan trop détaillé peut être un handicap, un frein à l’imagination. Le roman policier, lui, est un mécanisme de trop haute précision pour qu’on puisse, à mon avis, s’en passer ou s’en écarter beaucoup en cours de rédaction. L’imagination peut et doit être au pouvoir pendant le développement, la mise au point et la construction – mais après, c’est la fin de la récréation et la fantaisie ne doit plus avoir le droit de s’exprimer que par le style ».

Mais Fred Kassak est aussi un spécialiste dans le choix des kassak2.jpgarmes du crime. Par exemple la poudre de champignon vénéneux séché (Bonne vie et meurtres) ou la voix de Mireille Mathieu déclenchant une avalanche.

« Mireille Mathieu et son avalanche ont été imaginées tout spécialement et sur mesure pour Voulez-vous tuer avec moi ? où le narrateur, après s’être livré à deux tentatives de meurtres avortées : voiture sabotée et piscine électrifiée, réussissait enfin le troisième en faisant exploser à distance, par téléphone, un pavillon préalablement soumis à une fuite de gaz. Tout cela allait donc crescendo et, quand j’en suis arrivé à devoir imaginer un quatrième crime, je me suis trouvé embarrassé car, évidemment, il devait lui aussi aller crescendo : impossible de revenir au revolver ou à l’étranglement. Après l’explosion d’une maison entière, il fallait quelque chose d’encore plus spectaculaire ; une sorte de petit cataclysme : une catastrophe pouvant être provoquée puisqu’il s’agissait d’un crime, mais devant, en outre, paraître naturelle puisqu’il devait s’agir d’un crime parfait. Et quand on fait l’inventaire des catastrophes naturelles pouvant être provoquées, on en vient très vite à l’avalanche en montagne qui peut être provoquée par un cri humain. Le roman ayant des prétentions humoristiques, il fallait un cri humain contrastant avec l’aspect criminel de l’avalanche : par exemple, un chanteur d’opéra beuglant son grand air. Mais un peu démodé, l’opéra. Pourquoi pas un jeune chanteur actuel ? Et parmi les jeunes chanteurs beuglant d’amour le plus fort, un nom s’imposait aussitôt : Mireille Mathieu qui, comme vous voyez, a résulté davantage de la nécessité et de la logique que de l’imagination ».

kassak6.jpgKassak qui, depuis plusieurs années, s’était tourné vers la télévision et la radio et n’écrivait plus de romans, en prépare un actuellement. Un roman policier, précise-t-il, et non un polar : « Je ne crois pas que le roman policier ait gagné en prestige et considération en devenant… polar. Je ne vois pas en quoi cette espèce de raccourci simili-argotique à consonance désagréable peut contribuer à revaloriser un genre qu’on a trop tendance à mépriser. Je n’éprouvais nulle honte à être un auteur de romans policiers. Je suis moins fier de me retrouver… polardeux ».

 

Ce portrait a été réalisé d’après une correspondance personnelle avec Fred Kassak et a été publié dans la revue Encrage N°20 en 1988.

 

Romans

Tonnerre à Tana (L'Arabesque, coll. "Espionnage" no 46, 1957)

L'Amour en coulisse, sous le pseudonyme de Jean Céric (L'Arabesque, coll. "Parme" no 13, 1957)

Plus amer que la mort... (L'Arabesque, coll. "Crime parfait ?" no 4, 1957 ; réédition Presses de la Cité, collection Punch 2e série N°7 - 1976)

Estocade à Stockholm (L'Arabesque, coll. "Espionnage no 56, 1957)

Savant à livrer le..., sous le pseudonyme de Pierre Civry (Editions du Gerfault, coll. "Chit !" no 3, 1957)

Nocturne pour assassin (L'Arabesque, coll. "Crime parfait ?" no 8, 1957 ; réédition Presses de la Cité, collection Suspense N°8 – 1972 ; Prix mystère de la Critique 1972 ; Réédition Presses de la Cité collection Punch 2e série N°36 – 1976)

On n'enterre pas le dimanche (L'Arabesque, coll. "Crime parfait ?" no 16, 1958 ; Grand Prix de littérature policière ; Réédition Presses de la Cité collection Mystère 3e série N°183 – 1972- ; Presses de la Cité collection Punch 2e série N°16 - 1976)

Carambolages (L'Arabesque, coll. "Crime parfait ?" no 25, 1959 ; réédition Presses de la Cité collection Un mystère N°640  - 1962 ; Presses de la Cité collection Presses-Pocket N°758 - 1970)

Crêpe Suzette (L'Arabesque, coll. "Crime parfait ?" no 33, 1959)

Une chaumière et un meurtre (Presses de la Cité, coll. "Un mystère" no 570, 1961)

Bonne vie et meurtres, novélisation de la pièce radiophonique Vocalises (Presses de la Cité, coll. "Mystère" no 18, 1969)

Voulez-vous tuer avec moi ?, d'après la pièce radiophonique Le Métier dans le sang (Presses de la Cité, coll. "Mystère" no 119, 1971)

Ces romans ont été réédités pour la plupart dans la collection Le Masque Jaune et dans l’Intégrale en deux volumes.

 

Recueils de nouvelles :

Qui a peur d'Ed Garpo ?, nouvelles (Le Masque no 2241, 1995)

On ne tue pas pour s'amuser !, dramatiques et nouvelles (Cheminements, coll. "Chemin noir", 2005)

Assassins et noirs desseins, dramatiques et nouvelles (Cheminements, coll. "Chemin noir", 2006)

Les fins mots de l’histoire, recueil de pensées, de curiosités diverses. Philosophie, religion, Histoire, théâtre, beaux arts, médecine, sciences humaines, musicologie, art culinaire … pour s’instruire en s’amusant (Le Léopard Masqué - 2008).

 

Romans portés à l’écran :

On n’enterre pas le dimanche, réalisé par Michel Drach n 1959. A reçu la même année le Prix Louis Deluc.

Carambolages, réalisé par Marcel Blüwal en 1962. Avec Louis de Funès, Kean-Claude Brialy, Michel Serrault.

Une chaumière et un meurtre réalisé par Pierre Chenal sous le titre L’assassin connait la musique. Avec Paul Meurisse, Maria Schell, Jacques Dufilho.

Bonne vie et meurtres réalisé par Michel Audiard en 1970 sous le titre Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas… mais elle cause ! avec Berbard Blier, Mireille Darc, Annie Girardot, Sim.

Voulez-vous tuer avec moi ? a inspiré le film de Michel Audiard tourné en 1972 Comment réussir dans la vie quand on est con et pleurnichard. Avec Jane Birkin, Jean-Pierre Marielle, Jean Rochefort et Jean Carmet.

Sans oublier les romans adaptés pour la télévision, à la radio (dans la série Mystères de Pierre Billard), les dramatiques écrites pour Les Maîtres du mystère de Pierre Billard, les dramatiques écrites pour la série Les Tréteaux de la nuit de Patrice Galbeau et les épisodes de la Série télévisée Les Cinq dernières minutes (12)

 

Vous pouvez retrouver la présentation de On n'enterre pas le dimanche sur Action-Supense

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Published by Oncle Paul - dans Entretiens-Portraits
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22 décembre 2012 6 22 /12 /décembre /2012 07:31

Un ouvrage de circonstance !


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Comme Noël qui revient chaque année à la même époque, certaines chroniques écrites il y a déjà un certain temps ressurgissent inopinément. 


Lorsqu’une mère et sa fille unissent leurs petits doigts de fée pour écrire à quatre mains un roman policier, il peut en résulter un ouvrage charmant, même si le prix n’est pas forcément en rapport avec la qualité. Je m’explique : il existe des chefs-d’œuvre dans des collection de poche, dont le prix est plus qu’abordable et de bons petits romans qui se vendent dans des grands ou moyens formats à des sommes qui dépassent allègrement le billet de cent francs. Comme il existe de petits restaurants sympathiques qui proposent des plats du terroir pour deux fois un menu vite fait dans un fast-food (en français dans le texte, et puis je ne suis pas obligé de citer le nom de ces usines à malbouffe qui pullulent sur les abords des grands axes routiers au milieu de la poussière et des gaz d’échappement). Mais évidemment les droits de traduction étant élevés, la popularité haut de gamme se paie, et la vente de livres étant quasiment assurée aux box-offices, l’éditeur a raison de choisir la formule du bouquin cher puisque ça se vendra quand même, et peut-être mieux que dans des collections à prix abordable. Pour ceux qui ne peuvent se le payer immédiatement ils peuvent toujours attendre la réédition en livre format poche. Pour les autres qui croient qu’en payant plus cher ils sont assurés d’acquérir la qualité, ils se mettent le doigt dans l’œil jusqu’à la clavicule. C’était mon quart d’heure de rouspétance, offert généreusement par le rédac’chef, mais passons aux choses sérieuses et ne nous roulons pas dans la farine animale, que nous confondons souvent comme de la poudre aux yeux, comme celle utilisée par le marchand de sable pour mieux endormir notre méfiance.

Donc quand Mary et Carol Higgins Clark décident d’unir leurs efforts et de confronter leurs détectives en jupon, cela nous ouvre des perspectives attrayantes et quoi que certains puissent en penser, même si la réputation peut sembler usurpée par rapport à d’autres bons romanciers, leur production n’est pas si mauvaise que ça comparée à d’autres faiseurs d’histoires. Il faut toujours relativiser.

Alors qu3jourse Nora Reilly, la talentueuse romancière d’énigme est admise à l’hôpital pourune malencontreuse chute, son père Luke, propriétaire de funérariums, est enlevé par C.B. (Cuthber Boniface) le neveu d’un défunt, ainsi que Rosita, l’assistante du morticole. C.B. reproche tout simplement à son oncle d’avoir légué sa fortune à une association qui prône la plantation de petites graines et le retour à la nature. Il est aidé dans son entreprise par un peintre en bâtiment qui a saboté un travail pour Luke. Alvirah, dont le mari a quelques problèmes de santé rencontre fait la connaissance à l’hosto de Reagan. Les deux femmes sympathisent, c’est le moins, et bientôt les voilà à la recherche des kidnappeurs. Dans quelques jours ce sera Noël, mais ce n’est pas l’échéance la plus importante. Les ravisseurs demandent un million de dollars afin de libérer les otages, ce qui a priori ne gêne guère Nora, auteur à succès donc riche. Le problème, mais les deux femmes ne le savent pas encore, est que les kidnappées sont ligotés dans une embarcation qui risque de couler à tout moment. L’intrigue dure ainsi durant plus de 300 pages, bien ficelée, avec un happy end de circonstance. Du bon travail de professionnelles de l’écriture qui savent mener le lecteur sur des sentiers battus, balisés, sans véritables embûches, juste ce qu’il faut de frissons afin de pouvoir en parler le soir au chaud sous la couette.

Toutefois l’humour est présent avec des scènes dignes Craig Rice, un auteur féminin des années cinquante qui savait allier humour noir et énigme tirée au cordeau, ou Donald Westlake, que l’on ne présente plus. Un roman qui se lit avec plaisir et qui s’inscrit dans une bonne moyenne, mais consolidera l’avis des intellectuels étroits que le roman policier n’est qu’une littérature de délassement sans grande profondeur. On regrettera et de loin La Nuit du Renard qui est pour moi l’œuvre la plus aboutie de Mary Higgins Clark, la première traduite en France, suivie de quelques réussites d’honorable qualité, et aujourd’hui de hamburgers préparés à la va vite.


Mary Higgins CLARK et Carol Higgins CLARK : Trois jours avant Noël. Albin Michel. Réédition Le Livre de Poche.

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21 décembre 2012 5 21 /12 /décembre /2012 07:23

Date limite de consommation à respecter !

 

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Noël 2008 ! Ses agapes ! Son foie gras ! C’est peut-être le cadeau empoisonné qu’un assassin facétieux a déposé devant le ministère de l’Intérieur sous la forme du corps d’une femme nue, gavée comme une oie, tenant dans ses mains une boîte et glissée dans son ventre recousu une enveloppe. Pas très appétissant tout ça d’autant que le billet précise que la date de péremption de la conserve est fixée au 1er janvier 2009.

La boîte, après examen approfondi, contient une partie du foie de la victime, aliment épicé aux prions et virus capable de provoquer la mort de centaines de milliers de personnes, si elle se trouvait en vente dans un supermarché. D’ailleurs c’est ce que le confectionneur de cette bombe argumente si l’état ne lui verse pas une forte somme d’argent via des comptes bancaires situés dans des paradis fiscaux, avant la date limite.

Le ministre de l’Intérieur, surnommé Vidocq par ses collaborateurs, est au pied du mur et ne peut qu’accéder à cet ultimatum. Quelques mois plus tard, et après qu’un spécialiste ait étudié le profil de l’expéditeur, l’inspecteur Le Meur est réquisitionné du fin fond de sa Bretagne et est envoyé en mission spéciale. Il se rend compte rapidement qu’il est habilement manipulé par son ministre qui en sait plus long qu’il a bien voulu avouer au départ.

Pendant ce temps, Le Bonsaï, un des coureurs de nuit de l’énigmatique Foch, le patron de l’Œuvre, est convié (le mot est faible !) par son employeur à se rendre dans un camp de vacances particulier dans les Landes. Dirigé par Zinoviev, un ancien soldat russe, ce camp abrite des chefs d’entreprise, des décideurs, venus se ressourcer et vivre comme dans le temps à l’état sauvage. Au plus près de la nature afin de mieux appréhender plus tard leur vie professionnelle, les situations conflictuelles, et les aguerrir en leur impulsant des forces énergétiques nouvelles. Un peu dans le style des villages Borovo, décrits par Lévi-Strauss dans “ Tristes Tropiques ”. D’ailleurs ce village, dans lequel les hommes chassent à l’arc, et les femmes travaillent aux champs, s’appelle Ecovie.

 

Dans le décor d’un club de vacances, un ancien camp militaire réhabilité pour la circonstance, et dont l’enceinte est érigée de miradors et clôturée de murs sur lesquels sont disposés des barbelés, avec des serveurs habillés mode exotique, Le Meur et le Bonsaï vont se retrouver dans une enquête qui les dépasse. Surtout Le Meur qui reconnaît en l’une des serveuses affriolantes sa filleule Léocadie.

Si Le Bonsaï au départ ne sait pas trop pourquoi il est là, il apprend vite par des messages anonymes, qu’il doit se méfier et faire attention. Un peu le même genre de conseils octroyés à Le Meur par Vidocq. Une histoire totalement décalée qui se termine en feu d’artifice, un décor somptueux et cinématographique qui relève d’Apocalypse Now.

Pascal Martin joue à faire peur, mais si l’histoire est incroyable et semble manquer de crédibilité, au premier abord, on peux se demander si des hommes, tels que Zinoviev, si des tentatives de catastrophes humanitaires telles que ces boîtes contaminées brandies afin de mettre des gouvernements aux pieds de schizophrènes, ne pourraient pas exister, si même ils n’existent pas.

La pandémie du H1N1 qui sévit au moment de la sortie du livre ne pouvant qu’engendrer des soupçons de manœuvres immorales. Les personnages principaux et secondaires sont hauts en couleurs, et le lecteur assidu est maintenant habitué aux coureurs de la nuit imaginés par Pascal Martin. Le cas de Zinoviev, mélange de Fantômas et Docteur Fu-Manchu et autres personnages incarnant l’image du Mal, de ses sbires, des deux frères paysans dont l’un est ingénieur agronome, résidant dans une enclave du camp, et de quelques autres, et l’histoire rocambolesque décrite sous forme d’une parabole, dénotent de la part de Pascal Martin une imagination foisonnante, de la grandiloquence et un manque de complexe face aux auteurs américains qui jouent dans ce genre d’univers. Enfin, dernier point à signaler mais d’importance, que ce soit les coureurs de la nuit, ou Zinoviev et ses sbires tous sont orphelins.


Pascal MARTIN : L’Ogre des Landes. Coll. Polars de France ; Editions Presses de la Cité – Production Jeannine Balland. Mai 2009. 305 pages. 19,30€.

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20 décembre 2012 4 20 /12 /décembre /2012 15:41

Evitez les sites de recherches genre Potes d’avant, car après…

 

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Elle était belle Jacqueline, elle était jeune, elle aimait danser, elle aimait boire en compagnie des hommes, elle aimait la vie. Et à dix-sept ans elle s’est retrouvée enceinte. Mais en 1971, dans le Sud Manche, dans l’Avranchin, les braves gens réprouvaient les filles mères. Stéphane est le fils d’un fantôme et d’une bouteille de gin.

Il ne fait pas bon à cette époque de ne pas avoir de père. Jacqueline s’enfonce dans un éthylisme propice à l’oubli tandis que Stéphane se voit relégué au fond de la classe, isolé, conspué par ses condisciples. Dont Jérôme, le fils du cafetier, avec qui il aurait pu devenir ami mais devint son tourmenteur. Alors Stéphane s’est promis qu’il deviendrait quelqu’un, ce qu’il a réussi et dont il est fier. Il habite le vieux château de Saint-James, qui le faisait fantasmer jeune, et traficote sans que l’on sache vraiment quelles sont ses occupations. Lors d’une soirée avec ses comparses, il a alors vingt-huit ans, il sort d’un café afin de prendre l’air et fumer une cigarette. Pourquoi fume-t-il dehors ? Il a une réponse toute faite : Parce que c’est là qu’on fait des rencontres.

Et en cette soirée du 12 février 1999, la rencontre est effective sous les traits de Norah Hepfner. Une approche, comme une attirance de la part de la jeune femme qui lui demande du feu, ils échangent leurs coordonnées téléphoniques, elle est allemande, elle vit à Paris, puis quelques jours plus tard, nouvelle rencontre, programmée. Une nuit ensemble, la découverte des corps, de son corps à elle surtout, balafré dune cicatrice, une brûlure au côté droit. Il l’invite chez lui à Saint-James, dans son château qui signe la revanche sur sa jeunesse, l’exhibe presque dans le village, elle lui raconte sa jeunesse et l’origine de cette marque abdominale. Elle a perdu sa famille dans l’incendie de la maison familiale, elle n’avait qu’une douzaine d’années, cette trace est son seul héritage. Ils envisagent l’avenir ensemble, ils ne peuvent plus se passer l’un de l’autre. Ils vont vivre dans un appartement, s’installer à Rennes, elle est traductrice d’allemand et ne tarde pas à retrouver du travail, lui s’occupe à ses petites affaires, les déplacements l’éloignent d’elle parfois, ou au contraire, c’est Norah qui est obligée de partir à l’étranger.

Parfois Norah a des réactions qu’il ne comprend pas, mais après tout ce n’est pas si grave. Par exemple, elle ne sait pas conduire, mais elle lui donne de petits conseils pour aborder un virage, il achèterait bien une Porsche, il en a les moyens, mais à chaque fois qu’il lui en montre une, elle l’ignore, ou encore cette réaction imprévisible, lorsque le couple dans la rue rencontre Dagmar, une stagiaire allemande travaillant dans l’entrepôt de Stéphane, Norah ne se comporte pas comme si elle était contente de retrouver une compatriote. Tous petits faits qui font que Stéphane se pose des questions, et lors d’une absence de Norah, il transforme l’appartement de fond en comble, changeant la disposition des meubles et des pièces, et l’invite dans un restaurant qui n’est pas le plus huppé de la ville, dépense une somme folle en champagne, il se force à faire le pitre dans le taxi qui les ramènent chez eux, ils rentrent plus qu’éméchés et elle ne boit pas le dernier verre qu’il lui propose, trop occupée à tout régurgiter.

Ils voyagent, lui ne connait rien, elle a déjà visité les pays où il l’emmène. Mais un jour, sur la Côte d’Azur, alors qu’ils avaient entrepris une promenade, celle-ci tourne court. Caroline, l’amie de Norah chez qui elle suit des séances de gymnastique, Caroline a été victime d’une rupture d’anévrisme. Elle s’en sortira mais depuis Stéphane l’appelle Caroline-ma-sauveuse. Une raison personnelle.

Des soupçons, il en a, mais lesquels ? Avec Dagmar, il décide d’effectuer des recherches sur un site spécialisé allemand, afin de pouvoir contacter quelqu’un qui aurait connu Norah, avant qu’elle s’établisse en France. Le résultat est au-dessus de ce qu’il pouvait imaginer.

 

Plus qu’un Thriller, terme est galvaudé et qui ne signifie plus rien de concret, ce roman est un suspense à la française, descendant direct d’auteurs comme Boileau-Narcejac, Louis C. Thomas et quelques autres et dont la descendance se nomme aujourd’hui Barbara Abel, Michel Bussi et Philippe Bouin par exemple. Thriller, qui signifie effectivement, selon mon dictionnaire, film ou roman policier à suspense, est accolé à tout ce qui bouge, principalement à des romans d’aventures, ésotériques, ça fait bien dans le décor, dans lesquels le sang tapisse les pages et les tortures, raffinées ou non, s’enchainent parfois sans vraisemblance. Alors lorsqu’ils voient le terme Thriller, certains chalands se détournent de l’objet parce qu’ils n’aiment pas ce genre, tandis que d’autres vont être attirés et seront déçus parce que cela ne correspondra pas à leur attente. (Ce petit coup d’humeur est consécutif à une phrase choc délivrée par Direct matin et qui pour moi est plus une accroche facile qu’une véritable chronique).

Et dans ce roman le terme de suspense est approprié puisque le lecteur est suspendu à ce que l’auteur écrit, décrit, dans ses faits et gestes, dans ses pensées, dans sa projection de l’avenir, dans ses retours en arrière, dans la déclinaison de ce qu’il s’est réellement passé, mais en fardant quelque peu le texte, au début, car il est difficile de tout avouer comme ça en bloc.

Hervé Commère préfère privilégier le ressenti intérieur de son personnage au lieu de scènes grandiloquentes. Il construit son roman comme une autobiographie, une confession, qui avance dans le déroulement du récit par petites touches et s’exprime par sous-entendus anticipatifs. Ainsi page 28, en fin de chapitre : Je ne pouvais pas m’imaginer à quel point. Page 36, toujours en fin de chapitre : J’étais à mille lieux de m’imaginer le mal que je voudrais lui faire un jour. Des artifices certes, mais qui incitent le lecteur à s’immiscer plus longuement dans cette vie de couple qui possède son cadavre dans une boite de chaussures.

Toutes les questions que le lecteur est à même logiquement de se poser trouveront leurs réponses dans les quatre parties intitulées Première enveloppe, deuxième enveloppe, comme autant de lettres explicites permettant au narrateur de faire le point.

Dommage que la quatrième de couverture soit un peu trop explicite à mon goût. Je l’ai lue après heureusement, sinon, je ne sais pas si j’aurais pris autant de plaisir à découvrir cette histoire, cette intrigue émouvante.


Retrouvez le premier roman d'Hervé COMMERE dans J'attraperai ta mort.


Hervé COMMERE : Le deuxième homme. Editions Fleuve Noir. Octobre 2012. 252 pages. 18,90€.

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