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29 octobre 2012 1 29 /10 /octobre /2012 08:08

Et le crime a eu lieu ?

 

lieu-du-crime.jpg


Dans une grande demeure ancestrale écossaise, un manoir transformé en hôtel pour alléger les droits de succession, une troupe théâtrale londonienne se réunit afin de prendre connaissance de la nouvelle pièce qui doit être montée prochainement à Londres. Participent entre autres à cette séance de travail les deux plus grandes vedettes de la scène, un producteur puissant, un journaliste critique au Times, et bien évidemment Joy Sinclair, auteur dramatique reconnu et romancière.

La première soirée se termine dans la confusion, avec coups de gueule, claquements de portes, récriminations de part et d’autre. Le lendemain, la jeune soubrette découvre Joy baignant dans son sang. Une affaire qui sent le souffre et dont le CID local se débarrasse volontiers en faisant appel à New Scotland Yard. Ce sont Thomas Linley et Barbara Havers, un couple d’enquêteurs disparate, lui issu de l’aristocratie mais qui évite d’en faire étalage, elle prolétaire, entretenant une vindicte agressive envers les représentants de la noblesse même déchue, qui se retrouvent sur le terrain en compagnie de Saint-James, criminologue éminent.

Pour Linley cette enquête est un véritable coup bas car son amie Helen Clyde qui fut la fiancée de Saint-James, est impliquée dans cette affaire. Sa chambre jouxtait celle de la victime, et selon les premières constatations le meurtrier, homme ou femme, a été obligé de passer par cette pièce pour entrer dans celle de la victime. C’est également l’occasion pour les participants de ce huis clos de déballer leur rancœur, d’étaler leur jalousie, leur mesquinerie, de sortir les cadavres des placards, mais aussi de faire montre de leur talent de comédien. A un degré ou un autre, chacun recèle un secret honteux. Tous ces participants sont plus ou moins liés affectivement, sentimentalement, familialement et pourtant la haine couve.

 

lieu-du-crime2.jpgElizabeth George, qui est Américaine et a obtenu avec son premier roman Enquête dans le brouillard le Grand Prix de Littérature Policière en 1990, peut se targuer de faire la pige aux grandes romancières anglo-saxonnes. Sur une trame et une mise en scène dignes des meilleurs Agatha Christie, elle fait évoluer des personnages en mettant l’accent sur leur caractère, leur comportement, avec maîtrise et perversité. Les relations ambigües qui gèrent les rapports conflictuels entre les divers suspects, ou entre les enquêteurs, l’obstination de Linley à porter ses soupçons envers l’amant d’Helen, ses désillusions, entretiennent une atmosphère de tension peu propice à la conduite d’une enquête dans la sérénité et l’objectivité.

A lire également :  Enquête dans le brouillard;  Le cortège de la mort.


Elizabeth GEORGE : Le lieu du crime. Editions Pocket Noir. Avril 2010. 6,70€.

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28 octobre 2012 7 28 /10 /octobre /2012 14:40

 

Bon anniversaire avec quelques jours de retard !


Si Adam Saint-Moore a vu le jour en 1956 au Fleuve Noir avec Section de recherche (Espionnage N° 92) et La mort sort de l’ombre (Spécial Police N° 94) il avait déjà trente et un ans. En effet Jacques Douyau, son véritable patronyme, est né le 25 octobre 1925 (d’autres sources citent la date du 5 octobre 1926) à Cadeilhan dans le Gers, dans la demeure familiale. Il entame ses études au Collège de Gimont et les poursuit à Paris obtenant une licence de sociologie et un diplôme de psychologie, suivant à la Sorbonne les cours de Raymond Aron, ainsi qu’un certificat d’histoire moderne à Toulouse. Il se marie en 1946, une union dont sont issus deux enfants, Alain qui s’est orienté vers le droit et Christine vers la pharmacie. Sa carrière littéraire débute en 1943 en écrivant des poèmes et il sera récompensé par l’Académie des Jeux Floraux de Toulouse qui lui remet une Primevère pour une élégie intitulée La chanson de la proue dans laquelle on retrouve deux de ses démons familiers, l’Océan et la Femme. Cent-vingt ans auparavant, cette distinction avait été remise à un jeune poète débutant nommé Victor Hugo. Trois mentions honorables récompenseront son œuvre en 1943 et une seconde Primevère lui sera attribuée en 1944.

Bon sang ne saurait mentir selon le proverbe. En effet son adam-st-moore-1.jpgpère Jean Douyau, capitaine dans un corps d’officiers d’élite détaché aux Etats-Unis durant la dernière année de la guerre de 14/18 en qualité d’instructeur, écrivit quelques ouvrages dont Au temps où l’oncle Sam se militarisait, étonnant recueil d’observation et de souvenirs, ou encore Darling, Darling, publié en 1930 qui se définit comme un essai de politique romancé. Il fut également un spécialiste du grand reportage, la plupart du temps pour l’hebdomadaire Candide, visitant de très nombreux pays dont la Sibérie, le Japon, la Chine et l’Indochine, ouvrant à son fils la voie de l’écriture et le stimulant dans le goût des voyages. Mais Jacques Douyau alias Adam Saint-Moore est aussi l’arrière petit-fils du poète Jacques Boë (1798 – 1864) dit Jasmin ou encore le Perruquier poète, coiffeur à Agen, restaurateur avant Mistral de la langue d’Oc.

Journaliste et éditorialiste pour La Dépêche du Midi, Adam Saint-Moore se tourne vers l’écriture de romans populaires, par goût et par besoin et opte pour le roman d’espionnage, genre le plus représentatif de l’époque. Son premier manuscrit date de 1955 dans lequel apparaît Gunther alias Face d’Ange. Suivront 93 autres épisodes mettant en scène ce héros issu du subconscient de l’auteur mais également le fruit de ses travaux et de la connaissance de la psychologie appliquée sur le thème du héros. Ainsi que de ses très nombreux voyages et de l’apport d’un petit réseau d’amis, journalistes ou diplomates, ou encore acuponcteurs en Extrême Orient. Selon le bâtonnier Duby, Face d’Ange est un visage de Fra Angelico, un maître du karaté, expert en subtilités diplomatiques comme en violences savamment dosées. Dans sa préface pour un volume édité par le Cercle Européen du livre regroupant trois titres des aventures de Face d’Ange, Face d'Ange se désintoxe, Cœur ouvert pour Face d'Ange et Face d'Ange a des pressentiments, André Soubiran écrit : Chacun des héros de l’espionnage moderne a son cycle héroïque, sa Saga. Celui de Face d’Ange se compose actuellement de cinquante romans où Saint-Moore a tenté de mêler cette antique force légendaire venue du fond des temps aux mouvements du monde moderne. Il a tenté de projeter la stature éternelle du Héros dans les décors et les bouleversements de la Guerre Froide et les luttes de la diplomatie secrète. Son succès auprès des jeunes et des intellectuels découle de cette double nature. Pour ce qui concerne la production policière publiée dans la collection Spécial Police, le bâtonnier Duby déclare : La série de vos romans policiers proprement dits offre d’autres perspectives. Mais là aussi, on retrouve le sociologue, toujours en éveil, et les thèmes essentiels de la criminologie de notre vilaine époque, terrorisme international, rapts, sectes, drogue, fureurs érotiques, sont traités en affabulations pittoresques et divertissantes, sans que l’observateur tenace que vous êtes cède du terrain.

adam-st-moore-2.jpgAux 94 romans d’espionnage, aux 56 romans policiers, il faut ajouter une incursion dans la collection Anticipation (9 romans) ainsi qu’un Grand Roman, La marche au soleil dédiée à J.H. Rosny Aîné, le père du roman préhistorique avec une postface du paléontologue F. M. Bergounioux. Adam Saint-Moore fut l’un des piliers du Fleuve Noir et lorsque les collections Spécial Police et Espionnage furent sabordées pour des raisons éditoriales, il fit partie de la charrette des auteurs passant à la trappe, sans avoir démérité. Il obtient en 1962 Les Palmes d’Or du roman d’Espionnage, titre honorifique décerné par le Fleuve Noir à l’un de ses auteurs, pour Face d’Ange met dans le mille. Quelques uns de ses ouvrages ont été traduits en Italie, Espagne, Brésil, Grande Bretagne, adaptés en bandes dessinées chez Artima, et Adam Saint-Moore écrivit pour la télévision quelques scénarii dont Des inconnus sous le soleil réalisé par Jacques Manlay et La grande chasse réalisé par Jean Sagols, signés Jacques Douyau. En 1978 Jacques Douyau est élu Mainteneur à l’Académie des Jeux Floraux de Toulouse occupant le fauteuil 40.

Adam Saint Moore est aussi l'auteur des chroniques de l'ère du Verseau paru aux éditions Fleuve Noir le premier tome en 1979 Les lois de l'Orga, 8 autre titres vont suivre, chronique post apocalyptique mélange d'aventure d'action et de sexe une réflexion sur la société, une très belle œuvre*.

*  Précision apportée par Phil, un visiteur de mon ancien blog, Mystère Jazz.


 adam-st-moore-7.jpg

Cet article a été écrit grâce à quelques sources dont le fleuve Noir information 136, la préface du Docteur André Soubiran (Les hommes en blanc) publiée dans le volume évoqué ci-dessus, et la réponse au remerciement de Jacques Douyau prononcée par le bâtonnier Duby le 29 janvier 1978 lors de l’intronisation à l’Académie des Jeux Floraux. J’en profite pour remercier plus particulièrement monsieur Georges Mailhos, secrétaire perpétuel de l’Académie des Jeux Floraux qui m’a transmis une copie de la réponse aux remerciements évoquée ci-dessus. Mes nombreuses lettres et appels téléphoniques destinés à Jacques Douyau sont toujours restés sans réponse, ce qui fait que j’ai été obligé d’user d’expédients pour mieux cerner l’homme et son œuvre.


Voir quelques titres présentés par Claude sur Action Suspense.

 

Anticipation

953 : Les lois de l'Orga

980 : Les jours de la Montagne Bleue

987 : 3087

1014 : La mémoire de l'archipel

1049 : La vingt-sixième réincarnation

1078 : La traque d'été

1159 : L'hérésiarque

1300 : Les ombres de la Mégapole

1368 : Les clans de l'étang vert

Espionnage

92 : Section de recherches adam-st-moore-3.jpg

100 : Le feu à la mèche

109 : Nettoyage en rafale

122 : La tête dans le guêpier

131 : Ombres dans le soleil

138 : Direction enfer

143 : Réseau liquidation

153 : Exécution grenouille

159 : Cahier noir

168 : Succession d'embûches

179 : Circuit fermé

186 : Contact guérilla

193 : Protection collective

204 : Réseaux déchaînés

213 : Frontières invisibles

220 : Les mâchoires du piège

237 : Lame de fond à Hong-Kong

249 : Le fond du filet

261 : Il faut tuer... Mr Gunther

273 : Toutes griffes dehors

282 : La torche dans la poudrière

288 : Face d'Ange a le diable au corps

302 : Les scrupules de Face d'Ange

316 : Les casse-têtes de Face d'Ange

324 : Face d'Ange réveille les morts

332 : Les sabbats cessent à l'aube

340 : Face d'Ange et la peau du dragon

357 : Face d'Ange retrouve la mémoire

366 : Face d'Ange fait une folie

382 : Les chinoiseries de Face d'Ange

397 : Les méditations de Face d'Ange

407 : Face d'Ange prend des vacances adam-st-moore-5

410 : Un zéro devant un chiffre

424 : Les sommeils de Face d'Ange

441 : Les clairs obscurs de Face d'Ange

460 : Face d'Ange met dans le mille

472 : Face d'Ange broie du noir

486 : Face d'Ange, la croix et la bannière

500 : Face d'Ange n'aime pas la mousson

521 : Les gladiateurs aveugles

533 : Face d'Ange froisse le kimono

544 : Face d'Ange chasse le zombie

561 : Face d'Ange se désintoxe

580 : Face d'Ange lève le masque

588 : Face d'Ange et la conférence

598 : Cœur ouvert pour Face d'Ange

617 : Face d'Ange mâche le piment

642 : Le K de Face d'Ange

648 : Face d'Ange chez les affreux

666 : Face d'Ange a des pressentiments

678 : Face d'Ange chasse le trésoradam-st-moore-6.jpg

696 : Face d'Ange prend le maquis

718 : Vacances romaines pour Face d'Ange

738 : Face d'Ange ne croit pas aux miracles

760 : Face d'Ange et les ombres chinoises

777 : Face d'Ange et la petite chèvre

793 : Coup de chaleur pour Face d'Ange

819 : Face d'Ange passe par le toit

829 : Face d'Ange dans le dédale

859 : Face d'Ange au paradis perdu

874 : Une ile pour Face d'Ange

890 : Face d'Ange chez les émirs

914 : L'Apocalypse selon Face d'Ange

929 : Face d'Ange a le coeur sensible

951 : Une croisade pour Face d'Ange

965 : Face d'Ange rencontre le diable

978 : Face d'Ange et la momie blonde

1000 : Face d'Ange et le plan “Abysses”

1012 : Face d'Ange et l'arme du diable

1042 : Face d'Ange et le dieu vivant

1061 : Un coup tordu pour Face d'Ange

1074 : Face d'Ange et la grande panique

1100 : Face d'Ange et les petits Français

1228 : Un désert pour Face d'Ange

1244 : Face d'Ange, la dame et l'ogre

1284 : Face d'Ange casse le “noyau”

1311 : Face d'Ange et la chasse à l'éléphant

1337 : Face d'Ange dans le cercle magique

adam-st-moore-4jpg.jpg

1433 : Un complot pour Face d'Ange

 

 

1469 : Un safari pour Face d'Ange

1476 : Face d'Ange fait échec à la dame

1499 : Face d'Ange et le dinosaure

1516 : Face d'Ange et les archives de Big Daddy

1523 : Face d'Ange chasse le chacal

1539 : Face d'Ange n'aime pas la logique

1552 : Face d'Ange chez l'empereur

1570 : Face d'Ange chez les Barbudos

1578 : Face d'Ange et la désinformation

1582 : Un été romain pour Face d'Ange

 

1612 : L'amorale de Face d'ange

1644 : Face d'Ange entre dans le cirque

1660 : Face d'Ange et la “Fraktion”

1755 : Face d'Ange et l'opération “homo”

1804 : Face d'Ange et l'opération “Sosie”

Grands Romans

 

La Marche au soleil

 

Polar 50

L'aiguille dans le foin rééd. de Spécial Police N°595

Spécial Police

94 : La mort sort de l'ombre

99 : Corrida en musique

116 : Coup de torchon au paradis

131 : La dernière morsure

158 : La chaise est avancée

170 : Du noir pour la veuve

193 : Quand la peau vous pèse

212 : Le piège aux serpents

223 : Chantage à la morgue

239 : Toutes les peaux saignent

256 : Les morts ne savent pas lire

282 : Le Diable aime la neigeadam-st-moore-8.jpg

308 : Les prophètes meurent aussi

326 : La peau d'un roi

341 : Dernier collier pour dame seule

377 : Les seigneurs s'ennuient

406 : Quarante de fièvre

423 : Le sang des idoles

468 : Les voix de la nuit

491 : La mort ne prend pas de vacances

548 : Jusqu'au sixième cercle

560 : Sous les étoiles noires...

595 : L'aiguille dans le foin

607 : La nuit du chat

624 : Un été comme les autres

649 : La dernière battue

675 : Le cercle vicieux

704 : L'affaire “Chaperon rouge”

760 : Le mort de la Fontaine-aux-filles

795 : Les trois lettres du triangle

809 : L'aigle d'Azraël

833 : La bombe à retardement

858 : Un matin sur la dune

884 : L'ombre du roi David

918 : Le fond du puits

963 : Les comptes du Petit-Poucet

999 : La part du diableadam-st-moore-9.jpg

1196 : La corde de la pendue

1208 : Œil pour œil

1223 : La sorcière a les yeux verts

1240 : Une odeur de pourri

1279 : La main de dieu

1319 : Adieu, guérillero

1372 : Le juge et l'otage

1413 : Autopsie d'un viol

1452 : Les ressorts du piège

1482 : La nuit de l'autre

1493 : Le dernier rendez-vous du Président

1494 : Le parfum du diable

1533 : Le désordre et la loi

1549 : Les chiens sont lâches

1562 : Ça se mange froid

1614 : Et mort le venin

1654 : Les comptes du Petit Poucet rééd. de 963

1670 : Le juge et le gendarme

1746 : Une petite fée dans la nuit

1763 : La blonde dans l'ascenseur

Tête bêche

10 : La mort sort de l'ombre  Rééd. SP 94

22 : Corrida en musique  Rééd. SP 99

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27 octobre 2012 6 27 /10 /octobre /2012 14:04

Voyage télévisuel en Nostalgie !

 

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Bon nombre de téléspectateurs pensent, et affirment, que les nouvelles chaines proposées par la TNT ne leur apportent rien de nouveau. Le reproche quasi constant résidant dans la rediffusion systématique de séries anglo-saxonnes ou françaises. Pourtant, comparées à celles que nous pouvons visionner actuellement, mais bien entendu cet avis n’engage que moi, elles étaient souvent supérieures, même si pour certains elles étaient habillées de candeur et de naïveté. Celles que nous proposent les chaines de télévision me semblent parfois indigentes, avec un humour aléatoire et comportent trop souvent des scènes de violence et de sexe qui ne sont pas forcément en adéquation avec nos attentes. Et puis, il faut bien l’avouer, la nostalgie nous tenaille toujours un peu, et sans conteste, nous pensons, avec mauvaise foi, que c’était mieux avant.

Quant aux nouvelles générations, elles peuvent découvrir avec ces rediffusions ce qui procurait du plaisir à leurs parents, qui alors étaient adolescents.

Si certaines de ces séries ont tourné ou tournent encore en boucle dans nos petits écrans, avec de petits aménagements, La petite maison dans la prairie, Inspecteur Derrick ou Zorro, qui a été colorisé, par exemple, d’autres sont tombées dans les oubliettes de nos mémoires.

Tout le monde revenait à la maison et s’installait devant le poste, délaissant jeux pour les jeunes et les adolescents, ou autres occupations apéritives pour les plus grands, car l’heure du feuilleton était sacrée. Les jeunes filles, mais pas que, se pâmaient devant les histoires de haines, d’amour et de passion de Santa Barbara, 11 saisons, 2137 épisodes et dont TF1 n’a jamais diffusé la fin pour programmer Coucou, c’est nous de Christophe Dechavanne, afin de relancer l’audience avant le Journal télévisé. Dans le même genre, mais à une heure de grande écoute, Dallas, 14 saisons, 357 épisodes, qui narrait les aventures mouvementées de la famille Ewing avec le fameux J.R. alias Larry Hagman en tête.

Certains acteurs sont devenus célèbres grâce à ces séries, tel Roger Moore qui fut tour à tout Ivanhoé, Le Saint puis Lord Brett Sinclair dans Amicalement vôtre avant de passer au cinéma dans le rôle de James Bond.

D’autres séries sont devenues culte pour des raisons diverses : mystères, aventures, humour, légèreté, et elles restent gravées dans les mémoires : Les Mystères de l’Ouest, Amicalement vôtre, Le prisonnier, Chapeau melon et bottes de cuir, Ma sorcière bien aimée, L’Agence tous risques, Mac Gyver, j’en oublie sciemment, sinon où résiderait l’intérêt de vous présenter un tel ouvrage !

Mais toutes ces séries sont anglo-saxonnes et en France me demanderez-vous ? Souvenez-vous : Thierry la fronde, Les chevaliers du ciel, Les brigades du Tigre, Commissaire Moulin, Maigret, Les cinq dernières minutes, Belle et Sébastien

En réalité, et malgré son titre, cet ouvrage ne représente pas uniquement les années 70/80. En effet, Yvanhoé, dont le rôle titre était interprété par  Roger Moore, date d’avril 1959, 1 saison et 39 épisodes. D’autres ont vu le jour dans les années 60, mais toutes ne sont pas présentées. Pourtant, Janique aimée (1963) et L’homme du Picardie (à partir du 16 décembre 1968) étaient suivies fidèlement par les téléspectateurs de la Première chaine, L’homme du Picardie enregistrant même la plus grosse affluence enregistrée par l’ORTF.

Toutes ces séries n’ont pas eu le même impact auprès des téléspectateurs, ont connu des fortunes diverses, enregistré des audiences plus ou moins confidentielles ou des succès que les producteurs n’osaient imaginer à l’origine, mais sont restées plus ou moins gravées dans nos souvenirs. Par exemple Amicalement vôtre, qui doit son succès en France autant grâce à  Roger Moore et Tony Curtiss, qu’aux voix de Claude Bertrand et Michel Roux, leurs doublures françaises, et la musique du générique signée John Barry, a été un véritable flop outre-manche et outre-Atlantique, d’où le nombre restreint d’épisodes : 1 saison, 24 épisodes !

Certains trouveront ces séries ringardes, d’autres attendrissantes. Pour moi elles sont rajeunissantes.series-tele1.JPG

Cet ouvrage, qui se montre comme une véritable bouffée de jouvence, propose de retrouver 130 séries, avec un résumé de l’histoire, les compléments relatifs aux personnages, aux acteurs ou aux à-côtés, le petit plus intitulé Le saviez-vous ? qui apporte d’autres infos savoureuses, par exemple les différents comédiens qui ont endossé le même rôle au fil des saisons et les raisons des défections, le nombre de saisons et d’épisodes, la date et la chaine de la première diffusion, les noms des interprètes principaux et les personnages qu’ils jouent, enfin, complément indispensable, une très riche iconographie comportant photos extraites d’épisodes, reproductions de couvertures de magazines télé, de pochettes de disques, d’objets liés à ces séries, de produits dérivés…

Evidemment ce livre n’est pas un dictionnaire, donc les noms des réalisateurs, des acteurs secondaires, des scénaristes, les titres des épisodes… ne sont pas signalés. Mais à la froideur d’un annuaire recensant tous ces détails, importants pour les perfectionnistes, se substitue la chaleur de passionnés qui savent transmettre leur enthousiasme.

Un ouvrage peu onéreux comparé au plaisir des yeux qu’il procure ainsi qu’à la bouffée de nostalgie vivifiante qui en résulte.


Alexandre RAVELEAU & Jérôme ROULET : Nos séries télé 70/80. Editions Hors collection. Format 260x260. 144 pages. 25,30€.

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27 octobre 2012 6 27 /10 /octobre /2012 12:09

Suivez la flèche...

 

enquête brouillard

Dans ce roman tout à la fois roman de suspense, roman psychologique, étude de mœurs et de caractères, avec une pointe de gothique et un soupçon de fantastique, l’auteur met en scène des personnages que l’on n’oubliera pas de sitôt, qu’il s’agisse de nos deux policiers-héros, que des différents protagonistes dont les rôles plus ou moins importants sont toujours déterminants.

Parlons-en de nos deux héros-policiers ! Lui, l’inspecteur Thomas Linley, aristocrate jusqu’au bout des ongles, mais ce n’est qu’une façade, et elle, Barbara Havers, jeune femme agressive en permanence, mal fichue de sa personne, qui en veut à tout le monde alors que ses insuccès elle ne les doit qu’à elle-même. Une équipe qui ressemble un peu à Don Quichotte et Sancho Pança. Et les moulins à vent qu’ils combattent, c’est dans leur tête et leur cœur qu’ils se trouvent.

Quand à l’affaire pour laquelle ils sont envoyés dans le Yorkshire, on ne peut pas dire qu’elle soit banale ni théoriquement difficile à résoudre. Roberta, une jeune fille peu gâtée physiquement par la nature s’accuse du meurtre de son père et accessoirement de son chien. Mais quelque chose cloche dans ce qu’il semble être une mise en scène. Thomas Linley aidé de Barbara, tout en réglant leurs problèmes internes, conduiront à bien une enquête qui véritablement débouche sur un mal de société. Un mal, une déviation, une perversité dénoncés plus facilement de nos jours, les barrières de l’hypocrisie commençant à tomber sous les coups de butoir des victimes refusant une quelconque culpabilité. Une détresse ressentie par les acteurs de ce drame, un désarroi, un désespoir qui conduit à tout jusqu’à l’irréparable.

Dans ce roman Elizabeth George frappe fort, très fort et très dur, et le ton guilleret du début n’annonce certes pas un final poignant et dur moralement.

Un premier roman qui la plaçait donc d’emblée aux côtés de Ruth Rendell et de P.D. James. Ses personnages sont décrits de façon plus chaleureuse, plus vivante, alors que ses consœurs dépeignent les leurs d’une manière plus froidement clinique.

Ce roman a obtenu le Grand Prix de Littérature Policière en 1990.

A lire aussi : Le cortège de la mort.


Elizabeth GEORGE : Enquête dans le brouillard. Editions Pocket Noir N° 4056. 6,10€.

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26 octobre 2012 5 26 /10 /octobre /2012 08:09

Un tour gratuit pour qui décroche le pompon !

Jean-Paul NOZIERE : Dernier tour de manège.

 

Dans les Trois Vallées, entre Bourgogne et Franche Comte, la crise est passée comme partout ailleurs. Les entreprises ferment les portes et les ouvriers sont au chômage. Dans ces conditions, il est bien difficile pour ceux qui ont acheté à crédit d’honorer leur engagement. Mais les créanciers eux veulent récupérer leur dû. Et pour ce faire, ils embauchent Louise et Sakun Sen, alias le Viet. Louise Brocoin est belle à croquer et ronde comme une pomme, aux magnifiques cheveux noirs, une trentenaire épanouie. Certains la trouvent un peu grosse, pour d’autres elle est potelée avec des rondeurs adorables et elle aurait pu servir de modèle à des peintres flamands. Louise est une femme secrète, qui vit dans une caravane, ayant eu d’une liaison une fille, Loubna, qui enlevée par son père vit aujourd’hui en Algérie. Pas question de la voir, tout juste lui envoyer des cadeaux et de l’argent. Sakun, cheveux longs et diamant à l’oreille, rapide à monter en tension et à tout bousculer sur son passage, Sakun a pas mal bourlingué, et depuis quelque temps il s’est adonné au bouddhisme, pratiquant cette religion lorsque ça l’arrange. Il vit dans un ancien palace désaffecté, l’Hôtel des Bains de Mer, dénomination anachronique pour la région. Et même s’il couche avec Louise, interdiction formelle de copuler dans la caravane de la jeune femme qui est stationnée dans le parc de l’hôtel. Parfois, lorsqu’elle a besoin d’argent, juste pour le bon motif, elle accepte un client.

Louise et Sakun font une sacrée paire et sont souvent demandés, leurs résultats parlant pour eux. Par exemple Lemonier, un maquignon qui a vendu une jument appaloosa à une jeune femme, souhaite, ou plutôt exige, que le reliquat lui soit versé. Alors notre duo de récupérateurs d’argent se rend chez Angeline Poirin, et ce qu’ils découvrent se résume en une véritable boucherie hippophagique. Ils aperçoivent d’abord la jument dans le pré. La pauvre bête est éviscérée et l’une des pattes arrière, un quartier entier, a été découpée. Ce n’est pas parce que des gens meurent de faim qu’il leur faut se réduire à cette extrémité. Angéline est chez elle, bâillonnée et ligotée. La première pensée de la jeune femme va pour son gosse, mais celui-ci dort paisiblement. Alors elle narre sa mésaventure. La veille au soir un homme s’est introduit chez elle et s’est contenté de lui dire : Tu vas créer la vie. Puis il s’est emporté lorsqu’il s’est rendu compte que la admirable chevelure d’Angéline n’était qu’une perruque. Malgré leurs réticences à côtoyer les forces de leur l’ordre, Louise et Sakun ne peuvent que se rendre à la gendarmerie locale de Bocagna.

D’autres affaires similaires se sont déjà produites dans la région, mais, malgré les déclarations de certaines personnes qui pestent parce que l’état ne fait rien en faveur des animaux, les gendarmes doivent en priorité protéger leurs concitoyens. L’adjudant Gannori est l’anachronisme de la brigade. Il est adjudant et il entend bien le rester, malgré toutes les propositions d’être élevé à un grade supérieur. Il refuse toute mutation, désirant contre vent et marée rester dans sa région. Il rédige un roman policier, ce qui lui prend beaucoup de temps car il remet le travail sur sa machine à longueur de jours et de nuits. Il est chargé de cette enquête délicate et il ne sera pas au bout de ses surprises, tout comme notre duo d’enquêteurs improvisés. Ce qui le mine surtout, c’est le départ du foyer de sa femme qui a emmené avec elle leur fille Moïra.

 

D’autres personnages gravitent dans ce décor rural, champêtre, mortifère. Richard Dolaire, ancien notaire, la cinquantaine, a épousé Lina, une jeune femme de vingt ans sa cadette. Elle pratique l’équitation mais refuse de coucher avec son mari, ne lui promettant une nuit de noce que lorsqu’il la rendra éternelle. Alors dans la journée, il parcourt son domaine, ses bois, abat avec ses fusils de chasse ragondins et cervidés. Jeff Tacket est un médium, un gourou, qui prédit l’avenir à tous ceux qui mettent la main au portefeuille. Il ne se débrouille pas trop mal pour faire parler les tables, même si la sienne est un peu trop lourde pour ses poignets de sexagénaire. Parfois il se surprend, et se demande si, inconsciemment, il ne posséderait par une infime parcelle de don.

D’autres protagonistes se promènent dans ce roman, au fur et à mesure que l’intrigue se développe. Le lecteur se doutera très vite de l’identité du coupable, mais ce qui compte ce sont surtout ses motivations et comment il sera découvert par Louise, qui manquera d’y laisser sa peau, et Sakun, toujours vindicatif et incontrôlable. Et mon petit doigt me dit que nous devrions retrouver Louise et Sakun dans de nouvelles aventures. Enfin, j’espère ne pas me tromper.

 

Un roman qui marque une nouvelle voie pour Jean-Paul Nozière, même s’il prend pour décor récurrent sa Bourgogne. Un roman dur, violent, comme parfois la campagne peut en recéler, en se montrant hostile, mystérieuse, loin de la bonhommie affichée. Et nous pouvons mettre en parallèle son univers à celui de Jim Thompson, ainsi qu’au magnifique célèbre roman d’Emile Zola La Terre. Tous les personnages qui gravitent dans cet ouvrage possèdent leurs fêlures, une vie en capilotade, ressassant en boucle des drames familiaux dont les enfants sont des victimes probables. Et pour quelques-uns d’entre eux, ce ne sont plus des fêlures dont ils sont atteints, mais de fractures mentales et leurs neurones sont en zone de déliquescence, proches de la déchèterie.

 

A lire également : Cocktail Molotov et Je vais tuer mon papa.

 


Jean-Paul NOZIERE : Dernier tour de manège. Rivages Noir n° 818. 370 pages. 9,15€.

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25 octobre 2012 4 25 /10 /octobre /2012 13:18

Le juge, le dernier des Croisés ?


fortin2.JPG 

André Fortin, romancier et ancien juge, dont le dernier roman Restez dans l’ombre (éditions Jigal) a bénéficié d’excellentes chroniques, a accepté de répondre aux questions de certains chroniqueurs de Un polar-collectif : Albertine, Jacques et moi-même.

Il l’a fait avec autant de disponibilité que de spontanéité, de gentillesse et de sincérité, ce dont nous le remercions vivement.

 

Jacques. André Fortin, comment vous présenteriez-vous aux lecteurs de un polar-collectif qui ne vous connaitraient pas encore ?

André Fortin. Je ne vous surprendrai pas en vous disant que je suis un écrivain, toutefois un écrivain avec un passé, comme tout un chacun, mais singulier. J'ai en effet été juge et plus précisément juge d'instruction, juge des enfants, président de correctionnelle. Juge, c'est une fonction sociale, mais c'est aussi un observatoire, un observatoire privilégié, et pas seulement de la société civile. Le juge est à la croisée des pouvoirs même si le sien est modeste (quoique...). Il les considère ces pouvoirs, il en tient compte (plus ou moins!), mais surtout il a les moyens de les analyser et même, si le cœur lui en dit, de les décrypter.

Ce n'est donc pas seulement mon imaginaire et ma capacité de raconter des histoires qui m'ont fait écrivain, c'est aussi ma position de témoin, longtemps plongé dans ce terreau fertile (de la bonne terre et aussi un sacré fumier). Un témoin engagé, plutôt porté vers les plus faibles car, historiquement en tout cas, le droit est fait pour ça, n'en déplaise à certains: rompre, par l'avènement de la règle, avec la loi de la jungle, la loi du plus fort. 

 

Albertine. Comment vous est venue l’envie d’écrire ? Est-ce le souhait d’exprimer ce que vous avez dû taire durant votre carrière de magistrat ?

fortin3.jpgAndré Fortin. J'ai toujours eu le goût de l'écriture. J'écrivais d'ailleurs par profession. Et puis je songeais à écrire, le jour où j'aurais eu le temps, un essai sur la justice. Finalement cela n'aurait touché que les spécialistes, encore les spécialistes. Le roman, c'est tout de même autre chose... Quant au reste qui relève du témoignage, je dirai que je n'ai pas eu tant de choses que ça à taire pendant ma carrière. Je ne me suis jamais gêné pour parler, de là à être entendu! Je faisais partie de ce qu'on appelait les "juges rouges", promis à une carrière modeste mais résolus à assumer ça. Non, ce que j'exprime au détour de mes romans (je dis bien "au détour" car j'espère qu'on y trouve autre chose...), c'est plutôt le résultat d'une longue analyse de la société, notamment à son plus haut niveau de puissance, une analyse de ses arcanes et de ses vices que l'on se garde de dénoncer et dont les petites gens sont dupes.

 

Albertine. Le contexte politique de vos romans est un élément central, les petites histoires s’inscrivant dans la grande, comme pour mieux montrer à quel point nous « sommes agis » : dictature grecque, occupation, instrumentalisation d’officines par le plus haut niveau politique... Est-ce un regard « professionnel » qui vous inspire l’alliance du politique et du crapuleux et/ou un regard citoyen ?

André Fortin. Au départ, lorsque j'étais jeune juge d'instruction,fortin4.jpg c'était un regard essentiellement professionnel. Je ne mesurais pas encore l'ampleur des désordres dus aux détenteurs de pouvoir. Il est vrai que ces désordres se sont multipliés et amplifiés jusqu'à conduire à la crise que l'on connait aujourd'hui, crise qui n'est que le résultat d'une gigantesque escroquerie ou d'un hold-up, comme on voudra.

Par la suite, le monde évoluant et le jeune juge, plutôt fougueux, prenant de l'âge, c'est plutôt un regard citoyen que j'ai été amené à porter sur les désordres de notre société. Du coup, la notion de délinquance à, pour moi, évolué. Celle que je considérais comme traditionnelle m'a paru justifier de plus profonds questionnements, notamment en terme de déterminisme et l'autre, la plus préjudiciable a la société a mon avis, m'a paru justifier d'un regard en effet plus citoyen, plus militant, plus acéré en tout cas. 

Aujourd'hui, avec le recul, ces deux regards se complètent. D'ailleurs, entre les différents types de délinquances dont je viens de parler, on constate, comme vous l'évoquez, une confusion des genres de plus en plus patente et alarmante. 

 

Paul. Dans vos romans vous émettez une diatribe à l'encontre des réformes judiciaires réalisées lors du gouvernement précédent. Comment vos collègues, la magistrature et le système judiciaire en général ont accueilli ces remarques caustiques ?

André Fortin. Plutôt bien. Les magistrats, dans leur immense majorité, détestaient le président de la république d'alors qui les avait traités de "petits pois" et leur avait infligé une garde des sceaux incompétente et qu'ils considéraient comme peu digne du poste qui était le sien. Du coup, alors que leur conformisme aurait pu les inciter à admettre certaines de ces réformes, ils les ont rejetées, à juste titre selon moi, j'ai donc joué sur du velours. Sans compter que tous les juges rouges et progressistes étaient bien entendu d'accord avec moi. Il n'y a guère que les procureurs ou tout au moins la plupart d'entre eux qui grinçaient des dents. Être larbins du ministre ne leur plaisait guère, même s'ils l'acceptaient, mais être traités de larbins leur déplaisait encore plus...

 

Paul. Croyez-vous à une nouvelle réforme, et dans quelques années, lors de rééditions de vos romans, sera-t-il bon en ce cas de procéder à un avertissement au lecteur ?

André Fortin Tous les romans sont nécessairement datés. Le droit évolue, en bien comme en mal, rien ne m'empêche de traiter d'autres sujets en rapport avec les nouveaux textes. En fait, il y a des principes fondamentaux, des principes démocratiques que j'essaye de défendre et donc mon discours, je l'espère, demeurera cohérent. Et si d'aventure tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, hé bien j'écrirai des romans d'amour.

 

Albertine. L’art du récit signe vos romans. Pouvez-vous nous dire sur un ou deux exemples, comment se fait cette alchimie du récit réussi, les ingrédients étant - une narration alternant 3ième et 1ère personne (avec le juge Galtier) - des personnages complexes, les parfaits salauds pouvant être émouvants comme les êtres lumineux révéler leur part d’ombre- la dimension historico-politique qui donne aux évènements actuels, une profondeur non réduite à des considérants psychologiques.

André Fortin. Prenons pour principe que le récit est réussi. C'est une chose que je ne sais pas sauf, après que le roman soit né, lorsque vous le dites. Alors cette alchimie serait au départ de l'ordre du hasard, ou plutôt du mystère car mes romans ne sont pas vraiment des propos délibérés. Pas de synopsis au départ, juste une ambiance, une époque et un personnage nouveau.

fortin5.jpgJ'écris au jour le jour, peu à la fois et le reste du temps, je rumine. Après, je corrige, je supprime, je déplace avec, probablement la rigueur du juriste. Tout cela ressemble à un artisanat. Mais j'accorde de l'affection, de la compassion et des excuses à mes personnages (il me semble quelquefois les juger, encore). Quant aux événements, notamment historiques, j'y suis fidèle et les juge sans complaisance, eux. Reste ce que j'appellerai les systèmes (politiques, maffieux, sociaux, religieux...), tous fondés sur des actes (violences, abus de pouvoir, propagande, escroquerie intellectuelle et tous ceux qui sont la conséquence de l'ignorance des uns et du vice des autres), là encore, ils sont plus que vraisemblables, ils sont réels, à moins que je ne me trompe mais c'est assez peu probable car j'ai, encore une fois, occupé longtemps un excellent poste d'observation et peu d'aspects de la nature humaine ont pu m'échapper. J'ajouterai que je suis dénué d'amertume, la vie à été douce pour moi, j'ai exercé le métier de mon choix et je poursuis dans cette voie en m'adonnant aux délices de l'écriture. Pour tout dire, je n'envie personne, l'autre m'est a priori sympathique et j'aime mon prochain, a plus forte raison s'il fait partie des petites gens.

 

Jacques. Dans le roman Restez dans l’ombre, quand le juge Galtier finit par connaitre l’histoire de Julia, il décide de ne rien faire, l’enquête n’aboutit pas officiellement. Avez-vous été confronté à ce genre de situation au cours de votre carrière de magistrat ? Considérez-vous que dans certaines situations exceptionnelles (comme celle du roman), il est préférable que la justice ne découvre pas toute la vérité ?

André Fortin. Je pense qu'en effet il est des cas où il vaudrait mieux que la justice ne connaisse pas toute la vérité et qu'elle n'aille pas jusqu'à son terme. Mais, en tant que juge, je n'y ai jamais prêté la main, car la justice est avant tout un principe et l'éthique du juge s'oppose à tout compromis de sa part. Dès que l'on met le doigt dans un tel engrenage, cela n'a plus de fin. Où fixer la frontière? On en vient à utiliser les arguments les plus fallacieux, ordre public, secret nécessaire, raison d'Etat, maintien de la confiance du peuple dans ses élites etc...

Ce qui est en revanche exact, c'est que lorsque la justice n'a pas fait, à un moment, son travail, tout son travail, alors viennent les actes individuels, la vengeance privée notamment. C'est un peu l'un des thèmes de Restez dans l'ombre. Ce que le roman ou quelquefois l'Histoire admet ne peut en aucun cas être pris en compte par la justice en tant qu'institution. Je le répète, la justice est avant tout un principe. 

Tout cela ne l'empêche évidemment pas d'être clémente... 

 

Jacques. Le personnage de Théodore, jeune policier corrompu exerçant à Marseille pendant les années d’occupation, est-il entièrement imaginaire ou vous êtes vous inspiré d’un personnage de policier marseillais ayant réellement existé sous l’occupation ? D’ailleurs, un policier corrompu à Marseille, est-ce quelque chose d’imaginable ?

André Fortin. Je me suis effectivement inspiré d'un personnage qui a existé. Un jour, il y a longtemps, quelqu'un qui connaissait mon état d'esprit et mes opinions et qui venait d'être témoin d'une altercation dont j'étais l'un des protagonistes, à eu l'idée de me confier les archives de sa famille, archives non pas de guerre mais de pendant la guerre. Des documents dramatiques, des lettres innocentes, émouvantes, et puis, après les lettres, le silence, le silence infini. Je n'écrivais pas de roman à l'époque mais j'ai gardé le souvenir de tout ça. Il y avait en effet un dénonciateur, policier marseillais de son état (il aurait pu être autre chose). Quant à l'actualité marseillaise, aussi lamentable soit-elle, elle n'a tout de même aucune commune mesure avec ces faits de guerre. Et puis, je ne traite pas volontiers l'actualité proprement dite bien qu'il y ait du grain à moudre, ou alors sous l'angle d'un humour, un peu noir...

 

Paul. Billie, la femme du juge Galtier, qui est pédopsychiatre, se montre de bon conseil et une personne avisée. Avez-vous pris votre épouse comme modèle ?

André Fortin. Un peu, oui. Mais les avis sont partagés sur le caractère de Billie, de sorte que mon épouse qui ressent cette identification, tout au moins du lecteur, est assez réservée sur ce sujet. Heureusement, Galtier est amoureux de sa femme!

 

Jacques. J’ai vu dans Restez dans l’ombre affleurer une interrogation posée aux lecteurs, comme aux deux jeunes auditrices de justice, sur le couple antagonique justice/vengeance. Est-ce le cas ?fortin6.jpg

André Fortin. C'est bien le cas. C'est une grande question. Elle semblait résolue depuis le siècle des lumières et même probablement avant. L'avènement d'une vraie justice, efficace et équilibrée, ce devait être la fin de la vengeance privée (cette caractéristique des sociétés archaïques). On la voit aujourd'hui redresser le nez et même ressurgir en certains endroits. Cela tient au fait que des dirigeants irresponsables, pour séduire l'électorat, flattent la bête et excitent les victimes. Cela tient également aux insuffisances de la justice, à son incapacité. Pour combattre cette régression en marche, il faut que la justice, la vraie, passe, avec toute sa lourdeur, son décorum et même sa lenteur, qu'elle fasse son travail et qu'elle le fasse complètement et dans la dignité.

 

Paul. Le juge Galtier, c'est un peu vous ?

André Fortin. Même réponse, un peu oui, donc. Mais il y a de moi-même dans presque tous mes personnages. Bien plus dans Galtier que dans Théodore, bien sûr, mais tout de même. Ce qu'il y a de particulier dans Galtier, c'est qu'il est juge, comme moi. Mais je dois dire que je n'ai jamais été placardisé comme lui, j'étais soutenu par de nombreux collègues, même s'ils n'osaient pas prendre la parole comme je le faisais.

 

Jacques. Quels sont les auteurs de polars que vous admirez ? Quels sont les écrivains qui ont eu une influence sur votre écriture ?

André Fortin. Pour ce qui est des auteurs de polars, si je vous les citais, je n'en finirais pas. Disons que j'aime beaucoup Manchette et que j'adore Chandler mais j'en lis plein d'autres avec plaisir et admiration. Pour ce qui est de la littérature classique, je suis comme tout le monde: Flaubert, Balzac, etc... Les contemporains: Marcel Aymé, Marguerite Duras, Camus. Les modernes, je n'ai pas encore fait mon choix. J'aime la littérature américaine mais il faudrait en citer tant... Et la littérature sud américaine (Carlos Fuentes et, bien sûr, Garcia Marquez, auteur du roman parfait: Chronique d'une mort annoncée).

Pour ce qui est de l'écriture, j'ai des modèles, bien sûr, Aymé encore, Chandler encore, Duras encore, mais là c'est trop fort, Carver et combien d'autres dont certains passages me laissent pantois.

 

Jacques. Un nouveau roman en cours d’écriture ? Sans dévoiler l’essentiel, pouvons-nous savoir quel en sera le thème ?

André Fortin. Oui, oui, oui, je travaille. Le contexte, la Françafrique, le personnage une sorte de soldat perdu, genre mercenaire, et puis un jeune homme, une femme, l'amour, le blanchiment, les barbouzes, les malfrats au service des barbouzes. Voilà, difficile de s'y retrouver pour l'instant, Galtier s'y perd, Juston aussi et même moi, par moment.

 

A lire d'André Fortin : Requiem pour le juge; Pitié pour Constance; Un été grec; Restez dans l'ombre.

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Published by Oncle Paul - dans Entretiens-Portraits
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25 octobre 2012 4 25 /10 /octobre /2012 08:11

Une déclaration d'intention ?

 

Jean-Paul NOZIERE : Je vais tuer mon papa.

Charles Adam, surnommé par sa belle-mère mais seulement lorsqu’il a le dos tourné, Charlatan, et sa compagne Pénélope Bovary, nom prédestiné pour quelqu’un qui est prof « agrégée » de lettres, sont considérés par les habitants de la petite ville de Sponge, près de Dijon, comme des « zozos ». Faut avouer que Pénélope n’est pas tendre avec ses élèves et ne se gêne pas pour signifier aux parents obtus les carences et frasques de leurs enfants. Quant à Chad, contraction de Charles Adam, il est saxophoniste intermittent du spectacle, donc considéré comme un fainéant. Il joue dans les rues, du Coltrane de préférence, genre musical fort peu apprécié de ses concitoyens. De plus ses cheveux longs et son apparence vestimentaire ne plaident pas en sa faveur. Mais les deux amoureux s’en fichent pas mal des opinions des « braves gens qui n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux ».

Lorsque Péné tente d’inculquer les bases de la littérature française à ses collégiens, Chad vaque à ses occupations dans leur appartement, occupations que se réduisent en séances de relaxation et visites dans les deux ou trois cafés situés sur la place principale. Il se rend surtout chez Lucie, accorte gérante de l’Escale, âgée de trente cinq ans et qui ne voit pas son mari de la journée. Elle est amoureuse de Chad et ne se prive pas de le lui faire comprendre.

Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes, selon leur concept de leur existence, si un beau matin Benjamin, le facteur atypique, n’effectuait une intrusion dans l’appartement, perturbant quelque peu Chad dans sa séance de repos matinale. Il tient à la main une lettre dont la suscription est pour le moins réduite : Monsieur Chad, Sponge. Heureusement le préposé à la distribution des objets postaux, qui le dimanche effectue des parcours vélocipédique en compagnie de Chad, connaît le diminutif de son client. Et cette bafouille est pour le moins curieuse. Il émane d’une jeune gamine qui signe « celle dont on ne doit pas prononcer le nom ». Une référence sans conteste à Harry Potter, ce qui pourrait faire penser à une blague. Seulement le contenu est nettement moins plaisant. Je vais tuer mon papa. Suivent quelques lignes que Chad lit avec une sensation mitigée.

Dans la missive, sa correspondante, qui s’adresse uniquement à Chad, précise que son père est un assassin, sa mère une salope, et que pour tuer son papa, elle s’est entraînée. D’abord avec des chats, et Chad découvre les corps des félidés à l’endroit indiqué. Il en parle à Péné et tous deux se demandent s’ils doivent avertir la gendarmerie. Mais le désir de se substituer aux enquêteurs les titille, d’autant qu’un second pli vient les narguer. Alors, n’écoutant que leur curiosité, ils suivent les indications décrites dans les lettres. Par exemple ils se rendent nuitamment à l’adresse suggérée et trouvent comme convenu enterrés sous un sapin trois poupées. Des poupées, en plastique noir, représentant deux adultes et un enfant, avec un trou entouré de rouge à la place du coeur. Plus une figurine en bronze ressemblant à un léopard ou à un tigre. Cela ne s’apparente plus guère à un jeu.

La maison, du doux nom d’Iasnaïa Poliana, appartient à un certain Serge Dupaquier dit Vronski, info recueillie par Chad auprès de Luce après une séance de réconfort dans la chambre de la cabaretière. Vronski tient à Dijon un commerce d’objets africains, des antiquités en provenance du Bénin principalement et classés dans la catégorie des Arts Premiers. Tandis que Chad essaie d’obtenir des renseignements auprès du boutiquier des renseignements sur la figurine en bronze, Péné surveille les alentours et principalement le manège de deux Noirs en scooter.

Vronski est en colère depuis que quelqu’un lui a dérobé quelque chose dans le coffre de sa voiture. Et ses soupçons se portent sur tout le monde et principalement sur ceux qui gravitent dans son entourage, à leurs dépends.

 

Si dans certains de ses romans je rapprochais Jean-Paul Nozière du style de Jim Thompson, Je vais tuer mon papa m’incite à pencher du côté de Donald Westlake. Attention, je ne compare pas, j’établis juste une homologie littéraire, afin de situer l’univers de l’auteur. Jean-Paul Nozière possède son propre style et je ne veux en aucun diminuer ses mérites. Au contraire, car il joue dans la cour des grands. Il signerait d’un pseudonyme américain, ses romans porterait la mention traduit de l’américain par..., les scènes seraient transposées dans un état rural genre Iowa, je suis sûr que bien des lecteurs tomberaient dans le piège. Ses personnages sont gentiment fantaisistes, mais recèlent tous plus ou moins une blessure issue de leur enfance ou de leur vie quotidienne. Leur bonne humeur n’est parfois que de façade, et parfois fois ils craquent. Celle dont on ne doit pas prononcer le nom tient un journal littéraire dans lequel elle narre pourquoi elle veut tuer son papa. Le vrai, pas l’autre, pas l’officiel qui est décédé. Et sa mère noie ses désillusions dans le ratafia et un mélange de médicaments.

Les chemins suivis par Chad et Péné, Celle dont on ne doit pas prononcer le nom et sa mère, et Vronski qui ne pense qu’à rejoindre l’île de la Réunion après avoir résolu ses problèmes, débouchent sur un carrefour dangereux, un croisement non signalé par des panneaux stop. Et des dommages collatéraux fournissent quelques cadavres. Le dénouement est ce que l’on appelle une fin ouverte, le lecteur se devant d’imaginer ce qui lui semblera le plus moral. Si l’on peut parler de moralité dans cette histoire qui dénonce en filigrane le racisme, et émet quelques autres réflexions personnelles dont, par exemple l’avenir de la Poste. Institution qui n’est plus ce qu’elle était. Selon Benjamin, le facteur : « Ces salauds (il parle des technocrates chargés de trouver des solutions à des problèmes qu’ils ont créés eux-mêmes) Ces salauds ont rallongé ma tournée d’une bonne heure. Ils n’embauchent personne, certains jours on ne distribue pas le courrier. Ils sabotent le service public exprès pour pouvoir privatiser peinards en gueulant : Vous voyez bien que ça ne marche pas, le public ! ». Un roman beaucoup plus profond qu’il y parait, même si la gravité est sous-jacente, sans oublier la référence à Harry Potter.

Cerise sur le gâteau voici la liste de quelques musiciens évoqués dans ce roman : John Coltrane, Roland Kirk, Jan Gabarek, Lionel Hampton, Yusef Lateef, Dizzy Gillespie, Count Basie, Charlie Mingus, Cannonball Adderley, Ravi Shankar.

 

A lire également du même auteur : Cocktail Molotov.

 

Jean-Paul NOZIERE : Je vais tuer mon papa. Rivages Noir 660. Editions Rivages. Octobre 2007. 8,65€.

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24 octobre 2012 3 24 /10 /octobre /2012 07:40

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé !

Jean-Paul NOZIERE : Cocktail Molotov.

 

La petite bourgade de Dalet est en effervescence : son équipe de football qui stagne dans les profondeurs du classement de la CFA, va jouer les demi-finales de la Coupe de France, comme trois ans auparavant. Ce n’est pour autant qu’il faut s’amuser à briser des vitrines et à lancer dans cocktails Molotov chez des particuliers. Mais Goran, même s’il squatte les vestiaires du stade en construction, ne s’intéresse pas au foot. Lui il a une mission et s’il casse les vitrines et lance des cocktails imbuvables, ce sont pour des raisons personnelles. La famille peut-être, qui le tarabuste, le père, la mère, la sœur, tous décédés mais qui vivent auprès de lui, en lui, comme des fantômes envahissants. Ils le morigènent, le disputent, se moquent de lui, et s’il se cabre, il sait pertinemment qu’ils reviendront lui faire des reproches.

Milius, surnommé Slo, s’ennuie dans son appartement : sa femme est décédée huit ans auparavant, il ne voit plus ses deux filles et Patrice son fils est emprisonné suite à une affaire de trafic de drogue. Il s’empâte, s’encroûte, déprime. Et ce n’est pas l’intrusion de Yasmina et de son chien Bogart qui va dissiper son vague à l’âme. Yasmina n’est pas venue en touriste, elle demande à Milius de reprendre officieusement du service.

Son amie Zineb Djouadria est l’une des victimes du fou aux cocktails fumeux et fumants et son frère Mouloud, héros de l’équipe de foot locale est parti travailler en Turquie, après avoir été victime lui aussi une attaque alors qu’il habitait vingt kilomètres plus loin. Officiellement c’était un accident de barbecue. Il travaillait dans l’usine de chaussettes, la seule existante encore en France, mais celle-ci est en perdition. Son propriétaire, Cloutet, pensait que les retombées de la prestation précédente allaient donner un coup de fouet à la production, et même il avait envisagé de faire construire un nouveau stade, étant par ailleurs président du club de foot.

Hélas, l’usine est soumise à la délocalisation, et le stade, au stade justement, de chantier. Milius et Yasmina rencontrent des commerçants dont la vitrine a été brisée ainsi que les particuliers, des joueurs et des supporters, proies de la vindicte du lanceur de feu. Mais tout le monde se retranche vers des Je ne sais pas, je ne sais rien, et n’ont même pas déposé plainte. Quelques uns, plus acrimonieux que les autres, jettent la responsabilité sur des Arabes et autres étrangers au pays.

 

Ce roman de Jean Paul Nozière, c’est un peu comme un éventail. Il forme un tout mais est composé de plusieurs branches qui tiennent toutes dans la main, dans le récit je veux dire. Ainsi il y a le parcours de Goran, le tsigane blond, presque albinos, Milius et Yasmina qui se dépêtrent comme ils peuvent de leurs déboires familiaux, Zoé jeune bonne du curé au physique ingrat qui recherche l’amour charnel à tout prix et dont les boyaux de la tête sont tellement entremêlés qu’il est difficile pour ses interlocuteurs à comprendre ce qu’elle veut et dit exactement, enfin le curé, Hubert, qui lui aussi possède ses cadavres dans un placard, ou plutôt sous une dalle.

Un roman qui permet à Jean-Paul Nozière de décrire une petite ville de province, semblable à tant d’autres avec ses excités du ballon, son usine qui va délocaliser, ses habitants qui pratiquent le racisme avec souvent plus de bêtise que de méchanceté, parce que tout les malheurs qui s’abattent c’est la faute à l’autre, à l’étranger, à ceux qui ne pensent pas comme eux, un peu comme dans la chanson de Georges Brassens La mauvaise réputation : Les braves gens n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux… Même la gendarmerie qui ne va pas jusqu’au bout d’une enquête parce que le nombre de gendarmes affectés à la brigade est trop maigre pour s’occuper de tout et qu’il y a des priorités.


Jean-Paul NOZIERE : Cocktail Molotov. Rivages Noir N°746 ; Editions Rivages. Septembre 2009. 352 pages. 8,65€.

 

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23 octobre 2012 2 23 /10 /octobre /2012 16:12

Vaudou ? d'ici...

 

haiti.jpg


Il existe des lieux dont le nom, lorsqu’il est prononcé ou évoqué, extirpe de notre mémoire des impressions troubles nous ramenant insensiblement à une période juvénile de notre existence. Pourquoi le nom d’Haïti fait surgir dans mon esprit des réminiscences liées à des souvenirs concrets et littéraires, sans avoir jamais mis les pieds sur cette île, ou plutôt demi-île, puisque ce naevus de terre posé sur la mer des Antilles est scindé en deux pays : Haïti et Saint-Domingue, qui à l’origine ne faisait qu’un tout, Hispaniola, et qui alimentent toujours l’imaginaire ? Pour des raisons personnelles et familiales au départ, puis imaginaires alimentées par les lectures juvéniles. Les merveilleuses aventures des pirates, des boucaniers, des flibustiers dont le repaire était l’Ile de la Tortue, qui dépend d’Haïti. Lors de la période adolescente, ce fut aussi la révolte des esclaves, avec Toussaint-Louverture, mais un épisode trop vite noyé, les manuels scolaires préférant s’épandre plus largement sur Bonaparte puis Napoléon Premier, et ses victoires, reléguant en deux phrases le rétablissement de l’esclavage en annulant la loi sur l’abolition de l’esclavage qui avait été décrétée sous la Révolution. Puis d’autres images toujours attachées à Haïti mais qui étaient diffusées par les informations avec les remous politiques : Duvalier alias Papa Doc, et les trop célèbres escadrons de la mort incarnés par les Tontons Macoutes, puis le fils de Duvalier, Baby Doc, et les turbulences enregistrées avec les arrivées au pouvoir d’Aristide puis de René Préval. Les romanciers populaires se sont emparés avec avidité des fameux Tontons macoutes pour écrire bon nombre de romans d’aventures et d’espionnage, mais un autre élément sublimait le tout : le Vaudou.

Le 12 janvier 2010, tous les yeux se sont tournés vers Haïti à cause du séisme à répétition qui a frappé l’ouest du pays et sa capitale Port-au-Prince, suivi le 20 janvier de la même année d’une réplique qui aggrave la situation. Ces manifestations sont récurrentes, mais ce fut la plus importante de son histoire. Un endroit paradisiaque dont la frontière avec l’enfer est poreuse, perméable. Tornades, tremblements de terre, éruptions volcaniques composent le lot répétitif des catastrophes qui bouleversent géographiquement et humainement cette partie du monde.

Lorsqu’Edwige Danticat a commencé à travailler sur ce recueil, c’était un an avant cette catastrophe et bien évidemment quelques uns des auteurs sollicités ont écrit des nouvelles s’inspirant de séismes précédents. Odette de Patrick Sylvain, Le doigt de Gary Victor, Claire Lumière de la mer d’Edwidge Danticat, Le harem de Ibi Aanu Zoboi, par exemple traitent de ce sujet qui ponctue la vie quasi quotidienne des Haïtiens.

 

Mais le thème préféré, que l’on retrouve dans quasiment toutes ces nouvelles, c’est bien le Vaudou et les manifestations surnaturelles. Ces croyances sont amplifiées par la superstition ancrée dans l’esprit des populations locales qui en même temps sont profondément marquées par la religion et principalement les différentes confessions protestantes.

Si le fantastique et le surnaturel ne sont jamais bien loin, ils sont traités parfois de façon insidieuse et éthérée, dans une ambiance dissimulée. Comme dans Odette de Patrick Sylvain qui cumule les deux thèmes majeurs (surnaturel et séisme) ou L’auberge du Paradis de Kettly Mars, pour ne citer que les deux premières. Mais le surnaturel est également un moyen de pression utilisé par des bonimenteurs face à la crédulité, comme dans Carrefours dangereux de Louis-Philippe Dalembert, nouvelle dans laquelle un personnage essaie de persuader que les victimes de crimes en série sont des humains changés en bœufs. Quand vous voyez ce type de manifestation, des êtres humains qui se changent en animaux, ne diriez-vous pas que le Royaume du Christ est proche ? Ce qui nous ramène à cette collusion ou amalgame Vaudou religion.

Les forces de l’ordre sont représentées par des policiers avides, attirés par l’argent, surtout la hiérarchie, mais c’est le lot commun des pays qui subissent la misère et la pauvreté. Troisième thème récurrent qui engendre peut-être le surnaturel. Les profiteurs ne sont pas loin et les enlèvements deviennent un sport susceptible de se faire un peu d’argent, comme dans Rosanna de Robert-Joseph Large. Pourtant certains savent reconnaître les bienfaits, Qui est cet homme ? de Yanick Lahens. Je n’aurai garde d’oublier Laquelle des deux ? d’Evelyne Trouillot qui nous renvoie à un jugement à la Salomon.

Bien loin du côté paradisiaque de la carte postale et d’un exotisme de façade, les auteurs nous délivrent leur vision sans fard d’un pays qui est la proie des éléments climatiques, de fausses ONG, des prévarications, de la superstition, de la pauvreté, de la misère mais qui survit grâce à la foi en l’avenir. Ils sont filozof (mot créole qui veut aussi dire savant).


Un recueil scindé en trois parties intitulées Magie Noire, Eaux troubles et Noir sur blanc.

Avec la participation de Kettly Mars, Gary Victor, Evelyne Trouillot, Madison Smartt Bell, Edwidge Danticat, Louis-Philippe Dalembert, Yanick Lahens, Rodney Saint-Eloi, Marvin Victor, Marie Lily Cerat, M.J. Fievre, Mark Kurlansky, Josaphat-Robert Large, Nadine Pinede, Patrick Sylvain, Marie Ketsia Theodore-Pharel, Katia D. Ulysse, Ibi Aanu Zoboi et de Patricia Barbe-Girault pour la traduction des textes écrits en anglais.


Edwige DANTICAT présente : Haïti Noir. Editions Asphalte. 304 pages. 21€.

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23 octobre 2012 2 23 /10 /octobre /2012 09:51

Prenez place dans la file !

 

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Prenez un tableau de Bruegel l’ancien (n’importe lequel, c’est juste pour une comparaison), enfin quand j’écris un tableau, choisissez plutôt une reproduction, cela vous coutera moins cher, et découpez-le en toutes petites pièces, façon puzzle. Et essayez de le reconstituer, sachant que vous n’avez plus de modèle sous les yeux pour vous fournir la moindre indication. Pas facile, n’est-ce pas ? Ce roman d’Elizabeth George est construit un peu de cette manière, l’auteure commençant par assembler quelques personnages, à évoquer une scène, les abandonnant pour aller ailleurs et amorcer un autre décor peuplé d’individus qui en apparence n’ont aucun lien avec les premiers, et ainsi de suite jusqu’à ce que le tout commence à avoir un début de cohérence. Et pour compléter l’ensemble un fil rouge, lequel, si on tire dessus, assemble toutes les pièces.

Puisque je viens de l’évoquer, débutons pas ce fameux fil rouge. Trois gamins de dix et onze ans, perturbés dans leur vie familiale pour diverses raisons, décident ce matin là de ne pas aller à l’école, et de trainailler selon leur inspiration, détruisant sur leur passage ce qui leur tombe sous la main, volant de menus objets, bref s’amusant comme de petits délinquants en herbe. Sauf que l’herbe est déjà haute.

Dans la forêt de Hampshire, Meredith, fâchée depuis plusieurs mois avec celle qui fut sa grande amie, Jemima, décide de confectionner pour son anniversaire un gâteau et de le lui apporter, geste qui pourrait sceller leur réconciliation. Lorsqu’elle arrive devant le petit commerce dans lequel Jemima vend ses cupcake, la boutique est fermée et semble abandonnée. Par Gina Dickens, aucun lien de parenté avec le célèbre auteur, la nouvelle petite amie de Gordon Jessie, elle apprend que la jeune femme a tout plaqué un beau jour et depuis n’a plus donné signe de vie. Gordon et Jemima vivaient ensemble mais il s’est passé quelque chose qui a tout déréglé. Gordon, chaumier de son état, vit avec Gina depuis un mois et leur rencontre est décrite dans le chapitre précédent et sur lequel je ne reviendrai pas pour faire court. Rob Hastings, le frère de Jemima est inquiet car il n’a plus d’appels de sa sœur qui lui téléphonait assez souvent de Londres, et lui avait confié qu’elle avait trouvé l’homme de sa vie. Une fois de plus.

A Londres, une nouvelle commissaire intérimaire, Isabelle Ardery, est nommée à New Scotland Yard, mais elle n’est pas trop rassurée dans l’exercice de ses nouvelles fonctions. Elle puise donc son cran dans de petites fioles de vodka qu’elle ingurgite dans les toilettes, se rafraichissant l’haleine après, afin de tromper son monde et ne pas montrer à ses nouveaux équipiers, supérieurs hiérarchiques et subordonnés qu’elle est sous dépendance. Et pour établir son autorité elle demande à Barbara Heavers, qui longtemps travailla avec l’inspecteur Linley, de modifier son apparence vestimentaire. Ce qui relèverait de l’exploit de la part de la jeune policière qui n’en a cure mais pourtant essaie d’obéir aux ordres.

Le cadavre d’une jeune femme est retrouvé dans le cimetière d’Abney Court, la gorge tranchée. Il faut d’abord définir son identité, et entamer une enquête qui risque d’être longue afin de retrouver son assassin. Alors Isabelle Ardery demande à Thomas Linley de l’aider et l’inspecteur, bonne pâte, accepte. De plus ce travail, le retour dans l’ancienne équipe avec laquelle il s’entendait bien, va peut-être permettre à Linley de s’occuper l’esprit et ne plus penser, tout du moins avec moins de tristesse, à sa femme décédée quelques mois auparavant.

Le puzzle commence à prendre forme, à vous de le terminer maintenant.

 

cortege2.JPGCe roman d’Elizabeth George va ravir les inconditionnels de celle qui est surnommée la Reine Elizabeth malgré sa nationalité américaine, mais si j’avais bien aimé ses premiers ouvrages, la longueur de cette histoire me laisse perplexe. A mon humble avis, ce roman aurait gagné en puissance si la trame n’avait pas été autant délayée.

Elizabeth George s’amuse avec ses personnages et par exemple le cours de relookage (en français dans le texte) infligé par la jeune Hadiyyah à Barbara Heavers, n’était pas indispensable et aurait pu servir de sujet à un magazine de mode, ou avec une extension de l’histoire à une Harlequinade. Je sais que quelques uns d’entre vous vont me considérer comme grognon, ronchon, mais j’eus préféré que ce pavé pèse moins lourd afin de pouvoir mieux le digérer. Toutefois j’admets que 1024 pages pour 9,80€, soit un peu plus de 1 centime la page, au moins le client en a pour son argent. Bon assez ironisé, C’est un bon roman auquel je reproche tout simplement d’être un peu longuet, et j’attends de Reine Elizabeth qu’elle nous concocte d’autres histoires aussi subtiles mais en plus raccourcies.

 

 

Elizabeth GEORGE : Le cortège de la mort (This body of death – 2010). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Anouk Neuhoff. (Réédition de Collection Sang d’Encre, Presses de la Cité – octobre 2010). Editions Pocket. 1024 pages. 9,80€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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