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12 mars 2013 2 12 /03 /mars /2013 16:10

A salopard, salopard et demi.

 

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Car on ne roule pas comme ça dans la farine, Giorgio Pellegrini. Ce n’est pas une pâte à pizza, qu’on manipule en un tour de main. Il est un peu niais, un peu long à la détente, sauf lorsqu’il lui faut utiliser une arme à feu, mais lorsqu’il s’aperçoit qu’il est le dindon de la farce, il concocte un plan qui risque de faire des dégâts, beaucoup de dégâts.

Si Georgio a pignon sur rue, possédant un restaurant fréquenté par les plus hautes personnalités et spécimens en vue de cette ville de Vénétie, il possède un lourd passé de truand et d’ancien combattant de l’extrême-gauche durant les années soixante-dix. Mais il s’est refait une virginité grâce à son « ami » l’avocat et député Brianese. D’ailleurs, la période électorale pour le renouvellement du parlement est bien lancée. Brianese reçoit ses supporters dans le petit salon qui lui est réservé en permanence. Giorgio met à sa disposition des jeunes femmes afin que les soirées se passent agréablement.

Car outre le restaurant, Georgio est titulaire d’un petit cheptel de quatre prostituées que lui fournit un Russe. Des étrangères, plus sûres, capables de garder un secret et qui ne s’épanchent pas dans les médias, évitant par la même de causer du tort à leurs clients. Il les garde durant six mois environ puis il les revend à des Maltais, en empochant au passage un joli bénéfice. Ce qu’elles deviennent après, ce n’est pas son problème, même s’il sait qu’elles ne seront pas à la noce dans l’usine d’abattage qui leur est promise. Il a pour partenaire et associée Nicoletta, qui aurait garde de le faire chanter.

Brianese espère bien être réélu, ainsi que son parti, dont le premier ministre est ami avec Poutine. Une référence. Aussi il fait tout pour s’assurer des voix indispensables. Dans le salon privé il organise des réunions auprès d’industriels qui ne pensent qu’à grossir leurs bas de laine. Et tout est bon pour fructifier leur capital : les rejets d’une décharge déversés en mer pour économiser sur les coûts de gestion, des pots-de-vin pour truquer les données des services sanitaires sur les tumeurs provoquées par un incinérateur, d’autres pour convaincre des grands pontes de l’université de soutenir le nucléaire et le charbon, des prothèses défectueuses mais à bon prix, qu’il serait un jour nécessaire de remplacer mais deux interventions chirurgicales coûtent plus cher qu’une seule, des études truquées pour construire deux tronçons d’autoroute absolument inutiles… Mais je vous rassure, nous sommes dans une œuvre de fiction.

Georgio a confié deux millions d’euros à Brionese pour qu’il les fasse fructifier dans un investissement situé à Dubaï. Hélas, il apprend par une de ses connaissances que ceci n’est qu’une vaste fumisterie, et qu’il s’est fait gruger. Alors il réclame son dû mais Brionese refuse. C’est le début de la mésentente entre les deux hommes.

D’autant que Brionese lorgne du côté du restaurant de Georgio et qu’il se l’accapare, imposant des séides de la Mafia, la ’ndrangheta. Commence alors un bras de fer entre les deux hommes, mais Georgio ne veut pas se découvrir et préfère passer en douceur. Quelques cadavres vont s’échelonner dans le temps, et par la bande, comme au billard.

Le livre terminé, non pas forcément à la fin d’un jour ennuyeux, je suis resté dubitatif. Le personnage de Giorgio est franchement détestable, mais il est élevé à la stature d’un héros, tout comme Fantômas en son temps. Dominateur, cynique, il manipule les femmes, les rendant esclaves. C’est ainsi qu’il séduit Gemma, la meilleure amie de sa femme, la prévenant toutefois : Tu n’es qu’un passe-temps, Gemma, Martina est et sera l’unique femme de ma vie. Provocation à laquelle Gemma rétorque : Passe-temps, jouet, poupée, amusement, distraction… Je suis ce que tu veux, Roi de Cœur, il suffit que tu te serves de moi.

Lorsqu’il rentre chez lui et qu’il veut réfléchir, il ordonne à sa femme de faire du vélo d’appartement, comme ceux utilisés par les coureurs lors de leurs entrainements. C’est quelqu’un de bien Georgio, il pense à la forme physique de sa femme !

De plus Georgio n’apprécie pas les Noirs. Son ami le Russe lui a trouvé quelqu’un pour l’aider momentanément dans un travail délicat. Lorsqu’il voit un individu s’engouffrer dans sa voiture à l’injonction du Russe, il s’insurge : Mais c’est un nègre ! De toute façon, une fois le petit travail effectué, il s’en débarrassera. Alors il vaut mieux ne pas avoir d’état d’âme.

Je ne comprends vraiment pas l’engouement de certains envers ce genre de personnage malsain, alors qu’ils se proclament dans le même temps antiraciste, anti-machiste, vertueux en quelque sorte. Mais après tout, ce n’est qu’une fiction n’est-ce pas ? Si cela existait, si la réalité forgeait la fiction, cela se saurait n'est-ce pas?


Un petit tour sur  Action-Suspense ? Vous pourrez découvrir l'avis de Claude Le Nocher.


Massimo CARLOTTO : A la fin d’un jour ennuyeux. ( Alla fine di un giorno noioso – 2011. Traduit par Serge Quadruppani). Editions Métailié. 192 pages. 17,50€.

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11 mars 2013 1 11 /03 /mars /2013 16:04

Et ne me lâche pas des yeux !

 

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L’île de la Réunion, l’ancienne appellation de l’île Bourbon, qui a servi de décor au roman Paul et Virginie de Bernardin de Saint-Pierre. Et qui aujourd’hui justifie plus ou moins son nouveau nom, attribué quand même depuis 1793, ses habitants, les Zoreilles, les Zarabes, les Câfres et les Malbar, cohabitant en plus ou moins bonne intelligence.

Dans ce décor de rêve, vanté par les guides touristiques, la petite famille Bellion passe quelques jours de vacances. Liane, la jeune mère, Martial le père et Sopha, pour Josapha, la gamine âgée de six ans. Liane est belle et attire insensiblement les regards, surtout de leur voisin Jacques. La question n’est pas là mais dans ce qui va suivre.

 

Vendredi 26 mars 2013.

15h01.

Liane sort de la piscine de l’hôtel et annonce qu’elle s’absente une seconde dans sa chambre.

16h02.

Liane n’est pas revenue et Martial s’inquiète. Il demande à Naivo, l’un des employés de l’hôtel, de lui ouvrir la porte car c’est sa femme qui a la clé. Il n’y a personne dans la chambre, ni dans la salle de bain. Mais tout a été bouleversé, les vêtements de Liane ont disparu, et des traces rouges suspectes sont disséminées un peu partout. Martial entonne une litanie. Je ne comprends pas, ma femme devrait être là… Alors il demande à Naivo d’appeler la police.

La capitaine Aja Purvi de la gendarmerie de Saint-Paul, seulement à quelques kilomètres de Saint-Gilles où s’est déroulée la mystérieuse disparition, est en charge de cette enquête. Et c’est bien parce que c’est un touriste qui est concerné, car s’il s’était agi d’un natif, nul doute que les langues auraient déblatéré ironiquement sur l’infortune du mari. Comme pour toute enquête qui se mène avec rigueur, Aja interroge le personnel hôtelier. Naivo, surnommé le Lémurien, confirme qu’il n’existe plus trace vestimentaire de Liane et que les taches suspectes ressemblent à de petites éclaboussures de sang. Eve-Marie, qui lavait le couloir menant aux chambres de l’étage apporte des précisions supplémentaires. Alors qu’elle tempêtait auprès des résidents qui risquaient de salir le plancher encore mouillé, elle confirme qu’elle n’a pas vu Liane ressortir. Par contre elle a croisé Martial environ un quart d’heure après que Liane se soit engouffrée dans la pièce. Celui-ci lui a emprunté un chariot servant à mettre le linge sale, il est entré dans la chambre puis en est ressorti quelques minutes après en poussant le dit chariot, et est parti par l’ascenseur jusqu’au sous-sol du parking.

Pour l’instant il ne s’agit que d’une disparition, et il faut attendre le relevé des analyses ADN du sang recueilli dans la chambre du drame, si drame il y a. Martial et Sopha passent la nuit dans une autre chambre, mais le jeune homme est emprunt au doute. Il pense, pense beaucoup. Rien ne se déroule comme prévu. Il n’aurait jamais dû remettre les pieds sur cette île. Et parfois il se souvient d’un gamin, Alex.

 

Samedi 30 mars 2013.

Aja est aidée par Christos, son adjoint qui est resté sous-lieutenant, un grade qui lui convient bien. Christos ne recherche pas la promotion, seulement les bras d’Imelda, une plantureuse femme affublée de quatre gamins, tous issus de pères différents. Christos habitait La Courneuve, il avait vingt-cinq ans, et lorsqu’on lui a offert une mutation il a signé aussitôt, sans réfléchir. Saint-Denis. Une aubaine. Sauf que ce n’était pas le Saint-Denis auquel il pensait. Ce n’était plus à quinze kilomètres de chez lui, mais aux antipodes. Et depuis trente ans il vit sur l’île. En perquisitionnant la chambre fatale, il trouve un kit de barbecue, avec tous les éléments indispensables pour préparer à manger. Sauf qu’il manque un ustensile, le couteau.

15h13.

Martial revient sur ses déclarations de la veille. Il reconnait avoir emprunté le chariot, mais juste pour se débarrasser des vêtements de Liane. Un des policiers doit lui faire une prise de sang afin de comparer avec les résultats de l’analyse ADN des traces de sang retrouvées dans la chambre. Martial porte une estafilade sous les aisselles.

Dimanche 31 mars 2013.

12h05.

Un cadavre est découvert sur la plage de Saint-Gilles. Déjà à moitié mangé par les crabes qui pullulent sur le sable et entre les rochers. Toutefois Christos n’a aucun mal à reconnaitre Rodin, dit le Philosophe, qui passait son temps à observer les vagues. Planté dans le cœur un couteau. Celui provenant de la mallette appartenant à Martial.

16h03.

Les empreintes sur le couteau ont permis d’identifier son propriétaire. Martial. Alors que la fourgonnette de la gendarmerie arrive sur le parking de l’hôtel, Martial s’enfuit avec sa gamine.

Débute alors une chasse à l’homme. Sopha réclame sa maman, Martial essaie de la convaincre qu’ils vont la rejoindre. Sopha rechigne mais suit quand même son père qui sait où il va. Du moins il le croit. Il tente de divertir Sopha, de la rassurer.

Dans cette course poursuite effrénée, le lecteur navigue entre les recherches d’Aja et de Christos, et suit en même temps le parcours de Martial qui console comme il peut Sopha. Et presque jusqu’au bout de l’intrigue le lecteur est partagé entre deux sentiments contraires. Martial est-il coupable ou non ? Car Michel Bussi ne délivre qu’au compte-gouttes les éléments indispensables pour se faire une opinion, et même lorsqu’il le fait, c’est insidieusement, pour mieux embrouiller son lecteur.

C’est comme un écran de fumée au travers duquel on assiste à cette course poursuite, d’abord des silhouettes, puis peu à peu les fumerolles s’évanouissent pour laisser entrevoir une solution, mais Michel Bussi possède d’autres éléments qu’il délivre peu à peu pour que tout enfin prenne consistance.

S’il fallait comparer Michel Bussi à un ouvrier du bois, normal puisque le papier est fabriqué à partir de cette matière, il ne faudrait pas lorgner du côté d’une marque de meubles suédois, tout en préfabriqué, uniforme, sans âme, ni même d’un artisan menuisier qui scie, rabote, assemble à façon, mais auprès d’un ébéniste qui édifie avec amour et patience un meuble unique en son genre, comportant de multiples tiroirs à secrets, qu’il entrouvre d’une pichenette. Michel Bussi cisèle, peaufine, et une fois entièrement terminé ce meuble s’expose comme une œuvre d’art.

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 Un avion sans elle, son précédent roman vient d'être réédité aux éditions Pocket.

Et vous pouvez retrouver l'auteur sur son site : ici

 

 

 

Michel BUSSI : Ne lâche pas ma main. Editions Presses de la Cité. 380 pages. 21€.

 

challenge régions

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9 mars 2013 6 09 /03 /mars /2013 13:36

Comme disait ma grand-mère :

Il vaut mieux se battre que de se faire battre !

 

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Trois mois après un premier séjour à Jersey (Voir Ava préfère les fantômes) Ava revient sur l’île anglo-normande. Elle est prise en main par Cecilia, une vieille dame de quatre-vingt douze ans qui fréquente toujours les fantômes. D’ailleurs si Ava a effectué un si long voyage, d’Aix en Provence jusqu’à Jersey, empruntant bus, train, bateau, c’est pour être intronisée comme consolateur lors d’une réunion de fantômes dans un magasin de meubles. Comme ce jour-là c’est dimanche, ils seront tranquilles pour parler, discuter, débattre et éventuellement accepter qu’Ava devienne leur nouveau consolateur.

Seulement l’arrivée, l’intrusion même d’Ava ne plait pas à tous les représentants de paroisse et aux autres participants de cette petite réunion. Pourtant Cécilia est présente afin de présenter sa successeuse car il faut bien penser à la relève. Mais Ava est jeune et intimidée. C’est la première fois qu’elle est en présence d’autant de fantômes, dont certains sont franchement hostiles. Pensez donc, une gamine qui va fêter ses quinze ans dans quelques semaines ! Peut-on vraiment lui faire confiance ? Surtout qu’une partie de l’assemblée préférerait se prendre directement en main, se consoler eux-mêmes, afin de quitter cette charge qui pèse sur leurs épaules de spectre. Les consolateurs sont chargés de leur permettre de leur rendre l’apaisement propice à se dépouiller de leur statut de spectre et de rejoindre le paradis des fantômes. S’ils le désirent.

Il lui faudra non seulement consoler mais également administrer, et ce n’est pas la partie la plus facile. En effet les fantômes sont regroupés en trois partis : PM, Parti pour le Meilleur ; RF, Rassemblement pour les Fantômes ; FF, Fantômes pour les Fantômes. Ce dernier est un parti souverainiste, hostile aux consolateurs.

L’un de ses opposants est Colin Lalande et il s’ingénie à lui poser des questions pièges. Par exemple combien y a t-il d’iles Anglo-normandes ? Quel est le nombre d’habitants dans ces iles ? Combien y-t-il de fantômes ? Le plus grave est qu’elle ne possède aucune expérience. Comme si tous ceux qui possédaient cette expérience n’avaient jamais débuté un jour !

Mais Ava surprend les regards portés par Colin sur une jeune femme, dénommée Joséphine Leriche. Ils se sont noyés tous les deux dans des circonstances mal définies. De plus plane un vague soupçon de meurtre et c’est peut-être ce fait qui tarabuste Colin, et Cie.

Quatre fantômes marins se sont mis en tête de lui pourrir les vacances, la vie, lui tendant agressions, guet-apens, insultes en tout genre. Elle mettra du temps à les mater, si elle y réussit.

Heureusement Ava possède des alliés dans la place, en dehors de Cécilia. Il y a Cecil, l’arrière-petit-fils de la vieille dame, un fantôme blagueur. Et puis Harald, le Viking, qui depuis huit cents ans traîne sa carcasse, en vitupérant parfois, mais le cœur sur la main (c’est une image !). Et pour remonter le moral d’Ava, Marco, le fils du pizzaïolo, bien vivant lui. Vingt ans et un sourire ravageur.

Entre enquête policière, sans policier et cadavres fantômes, et découverte de l’ile, Ava n’a guère de temps à elle. Pourtant elle se ménage des pauses détentes, qui lui permettent de découvrir les joies des premiers émois amoureux. L’un des côtés positif de cette histoire qui en comporte toutefois plusieurs. Car elle apprend à se maitriser, à prendre confiance en elle aussi, sous la houlette de ses gardes et conseillers, Harald Le Viking, George Dandy, qu’elle connaissait déjà, Cécilia et Cecil le fantôme farceur, mais également auprès de ceux qui combattent, en paroles, sans futur statut de consolateur. Il lui faut apprendre la psychologie, non point des fantômes, mais des Jersiais, qui ne sont ni Français, ni Anglais. Tout est dans la diplomatie, dans le respect de l’autre mais surtout dans l’affirmation de soi.


Mais il ne faut pas croire pour autant qu’Ava vit dans un monde éthéré, loin de toutes préoccupations familiales, sociales ou autres. Par exemple ses parents. Ils voyagent beaucoup, séparément, pour leur travail. Ils sont en instance de divorce, le père préférant vivre avec un autre homme.


Donc un roman charmant, non dénué de charme et vivifiant.


Maïté BERNARD : Ava préfère se battre. Editions Syros. 352 pages. 16,90€.

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8 mars 2013 5 08 /03 /mars /2013 14:27

Un héros qui rend Marteau !

 

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En 1967, dans son livre 70 years of best-sellers, Alice Payne Hackett établissait la liste des romans policiers ou assimilés qui avaient obtenu le plus de succès aux Etats-Unis. Ce sont dans l’ordre :

J’aurai ta peau de Mickey Spillane. 5 390 105 exemplaires.

Dans un fauteuil, toujours de Spillane. 5 089 472 exemplaires

Pas de temps à perdre, encore de Spillane. 4 916 074 exemplaires.

Arrivent ensuite : Charmante soirée ; Nettoyage par le vide ; En quatrième vitesse ; Fallait pas commencer, toujours et encore de Spillane, tous titres qui dépassaient les 4 500 000 exemplaires. Enfin, en huitième position, apparait Ian Fleming, puis Erle Stanley Gardner. Je rappelle que cette liste se limitait aux seuls Etats-Unis et était arrêtée en 1967. Joli palmarès, n’est-ce pas Monsieur Spillane ?

Mike Hammer, le héros de Spillane, continue à faire recette et l’on peut se demander pourquoi et comment.

Lorsque parait en 1947 la première aventure de Mike Hammer et le premier roman de Spillane, la guerre est terminée depuis deux ans, mais dans les esprits elle est toujours vivace. Un besoin se fait sentir tant en France qu’aux Etats-Unis. En France la Série Noire de chez Gallimard et Un Mystère aux Presses de la Cité comblent un vide en publiant les auteurs américains, ou supposés tels, et aux Etats-Unis le mythe du héros pur et dur est tenace. L’exutoire à la violence est canalisé par héros de papier interposé. Comme l’écrit Spillane Le lecteur a besoin d’un héros auquel il puisse s’identifier tout en restant confortablement assis dans un fauteuil, dans la tranquillité médiocre de sa maison. Mais Spillane, s’il a conquis de nombreux lecteurs, en a choqué plus d’un aussi car on l’a taxé de fasciste, d’antiféministe, d’esclavagiste même envers la gent féminine, et d’anticommuniste primaire, étant l’apologiste de la violence et du sexe. Beaucoup de défauts pour un seul homme. Et beaucoup, c’est trop. Cela reflète-t-il pour autant la vérité ?


spillane.jpgQue ceux qui n’ont jamais ressenti une sourdespillane2.jpg violence face à un sentiment d’injustice dirigée à l’encontre de leur pays, de leurs amis ou de leur honneur, lève le doigt. On a reproché l’antiféminisme de Spillane et même d’avoir fait poser nue sa femme, sur la couverture de son roman Le Dogue. Un reproche que curieusement l’on ne fait pas aux peintres qui affichent sur leurs tableaux les appâts charnels de leur femme ou de leurs maitresses.


Mais par l’entremise de son héros, Spillane sait se montrer digne, puritain, dans un certain sens, et même popote. Ainsi, dans J’aurai ta peau, Hammer désire venger la mort de son ami Jack lâchement assassiné. Il refuse de coucher avec la femme qu’il aime avant le mariage et se propose même à aider de laver la vaisselle refusant toutefois de porter un tablier, au cas où quelqu’un viendrait et le verrait attifé dans cette tenue.

Comme le fait si bien remarquer Jean-Claude Zylberstein dans sa présentation, toute une cohorte de censeurs se sont indignés que Hammer, expédiant une balle de 45 à la belle Charlotte, réponde à la question de celle-ci : Comment as-tu pu ?, en disant ça a été facile. C’est oublier un peu vite le contexte et l’intégralité de cette phrase. Ça a été facile, prétendis-je. Prétendre c’est affirmer, mais aussi oser donner pour certain, sans nécessairement convaincre autrui. En était-il convaincu lui-même ?

Et l’on se rend compte que certains auteurs, aujourd’hui encensés, se montrent dans leurs romans, plus violents, plus cyniques, plus machistes que l’était hier Mickey Spillane.

 

Les quatre premiers romans contenus dans ce fort volume ont été traduits par G. M. Dumoulin. Dans un courrier il m’a raconté l’anecdote suivante :

Lorsque je suis tombé sur le premier de la série Mike Hammer (I, the jury) je besognais dans une maison aujourd’hui disparue, les éditions du Portulan. Ils étaient sur le point de refuser le bouquin. Ça leur paraissait horrifiant : trop érotique, trop violent. Moi je trouvais ça intéressant… Et s’il y a un auteur dont j’ai été le prometteur en France, c’est bien Mickey Spillane. Il ne faut pas oublier que cela se passait tout de suite après guerre. Les éditeurs n’étaient pas vraiment au parfum et le métier d’agent littéraire commençait à peine à s’organiser… Alors j’ai proposé le bouquin aux Presses de la Cité et Sven Nielsen a réagi dans l’instant bien qu’à l’époque il n’ait pas eu de collection policière. Duhamel qui de son côté dirigeait la Série Noire chez Gallimard, a réagi avec plus de retard. Il m’a fallu lui annoncer que le bouquin n’était plus disponible. Du coup, pendant deux ou trois ans j’ai été sur la liste noire de la série Noire.

 

Petite question subsidiaire : Si Mickey Spillane avait été publié à la Série Noire, les grincheux auraient-ils tenus des propos acerbes sur cet auteur américain ?

 

 

Mickey SPILLANE : Mon nom est Mike Hammer. Préface de Jean-Claude Zylberstein. Editions Omnibus. 1024 pages. 27€.

Comprend : J’aurai ta peau ; Pas de temps à perdre ; Dans un fauteuil ; Fallait pas commencer ; Baroud solo.

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7 mars 2013 4 07 /03 /mars /2013 14:01

Sous leurs airs bonasses, ce sont des prédateurs !

 

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Isa est une femme de tête qui dirige d’une main de fer derrière un sourire velouté l’entreprise familiale, Redon Electronics. Et elle n’apprécie pas les dépenses inconsidérées. Même si c’est sa sœur Alice, sa cadette, qui lui réclame sa quote-part. Isa veut procéder à des investissements et les dividendes redistribués ne seront pas aussi conséquents que l’année précédente. Ce qui met Alice en rage, car quoiqu’elle ne travaille pas dans l’entreprise, elle réclame son dû pour mieux le dépenser. Elle procède au chantage mais Isa possède du répondant, la discussion est close mais les ressentiments restent.

Mathias, le mari d’Alice, est responsable du département recherches tandis que Jean-Luc, l’époux d’Isa est préposé aux dépenses, devant finaliser les dossiers d’investissements. Si Mathias est assidu à son travail, ne comptant pas ses heures de bureau, Jean-Luc est plus dilettante, mais un rapport demandé, exigé par Isa, n’attend aucune souffrance.

Un mois après l’algarade entre les deux soeurs, alors qu’ils sont tous trois en plein labeur, réflexion, cogitation et calculs, un appel téléphonique provenant de la brigade de gendarmerie de Cluses, en Haute-Savoie, les informe qu’Alice vient d’avoir un accident grave. Très Grave. Elle était partie pour quelques jours s’isoler dans le chalet familial, mais elle ne reviendra pas. Sa voiture est tombée dans un ravin. Les secours n’ont retrouvé qu’une carcasse calcinée. Mathias est effondré et rentre chez lui dans un état de semi inconscience. Il préfère rester seul malgré les conseils de sa belle-sœur. Mais celle-ci a besoin de lui. Des papiers à signer, une histoire d’héritage afin que les actions d’Alice ne reviennent pas à sa sœur, ce qui mettrait l’entreprise en difficulté financière. Un méli-mélo juridique auquel il se prête avec mauvaise grâce, tout en sachant que son héritier sera Julien le jeune fils d’Isa. Tout doit rester dans la famille.

Quelques semaines plus tard, alors que JL, Jean-Luc en abrégé, est engagé dans une compétition de golf, Isa propose à Mathias de l’aider à se séparer des affaires d’Alice. Tandis que Mathias vide le placard à chaussures, et il a du travail le pauvre à déménager les dizaines de paires qui y sont entassées, Isa découvre des sous-vêtements dont elle ne soupçonnait pas sa sœur de posséder. Des trucs sexys tendance sadomaso. Mathias trouve un coffre, qu’il porte dans sa chambre, ne gardant que des livres et des disques. Isa veut parler de sa sœur, avouer à Mathias des petits secrets qu’il ignore mais qu’il doit connaître maintenant. Mathias et Alice se sont mariés le même jour qu’Isa et JL, mais auparavant Alice et JL couchaient ensemble. Et oui ! Mathias décide d’ouvrir le coffret à l’aide d’un tournevis.

Quelques semaines plus tard, Isa, JL et leur gamin Julien, surveillé par Vicka, une jeune fille au pair Russe, ainsi que Mathias qui les a accompagnés, se reposent en la maison familiale de La Garde-Freinet, au dessus de Saint-Tropez. Ils prennent des vacances méritées qui devraient apaiser Mathias.. JL en profite pour faire la cour à Vicka, c’est dans sa nature, il n’en changera jamais. La rentrée se profile, et la veille du départ d’Isa et JL, Mathias se décide de parler seul à seul avec son beau-frère. Et ce qu’il lui annonce met JL dans l’embarras et en colère. C’est le moment de mettre les choses au clair En effet Mathias annonce qu’il sait tout des relations entre Alice et JL, avouant même que c’est lui qui a provoqué l’accident de voiture grâce à ses connaissances en informatique. Cette histoire pourrait s’arrêter là, mais il ne s’agit que du début d’une sombre machination, d’une manipulation menée de main de maître par l’auteur du roman.

Car tout comme Boileau-Narcejac, ou encore Louis C. Thomas, dans leurs meilleurs romans, et il y en eut beaucoup, Claude Charles construit savamment son intrigue, mêlée de suspense psychologique. Si le début est un peu long à se mettre en route, par la suite ce ne sont que coups tordus dont on ne mesure la portée qu’après coup. Il est juste dommage que l’épilogue soit moins machiavélique que l’intrigue. On aurait pu s’attendre à un retournement de situation alambiqué, avec révélations fracassantes, mais l’auteur a préféré jouer dans le classicisme, le conventionnel, avec une fin probable. Mais non dénuée de raisonnement et de finesse.


Claude CHARLES : Fauves entre eux. Collection Dépendances. Editions Territoires Témoins. 176 pages. 17€.

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7 mars 2013 4 07 /03 /mars /2013 07:18

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En mars 1914, à Saint-Pétersbourg, les meurtres se suivent et se ressemblent. Presque. Deux hommes abattent froidement dans la rue un nommé Goulko, le premier utilisant un revolver, l’autre achevant le travail avec un couteau. D’autres meurtres sont ainsi perpétrés, dont celui de Yastrebov.

De nombreuses conjectures sont avancées. Le nom des soi-disant brigades combattantes du Parti socialiste-révolutionnaire, mais également les Centuries noires, des agents allemands, ou même un mari jaloux pourraient être à l’origine de ces crimes. Beaucoup d’hypothèses, mais rien de bien avéré. Les regards sont surtout tournés vers le prochain tournoi d’échec qui doit se dérouler traditionnellement dans la cité.

Rozental, considéré comme un vainqueur potentiel, mais atteint d’instabilité psychologique, devient le client du psycho-neurologue, le docteur Spethman, à la demande d’un ami commun, le violoniste international Kopelzon. Spethman est veuf depuis quelques mois et vit avec sa fille Catherine, âgée de dix-huit ans. Et ce n’est pas sans surprise que celui-ci voit débarquer un jour un policier du nom de Lychev, qui l’accuse du meurtre de Yastrebov. Le jeune homme, un étudiant, détenait parmi ses papiers une carte de visite au nom du psychanalyste. Spethman et sa fille déclarent ne pas connaître ce personnage, aussi Lychev, qui n’est pas convaincu, revient chez eux avec la tête du mort plongée dans un bocal de formol.

Commencent alors les ennuis pour le docteur et fille. Deux individus s’introduisent dans son cabinet, dérobant le dossier Rozental, puis Spethman et Catherine sont emmenés en prison, où Lychev tente de les faire parler. En vain. Ils sont relâchés mais toujours sous surveillance, malgré les interventions du père d’Anna, une jeune femme qui bientôt finit sur le canapé de Spethman. Malgré les assertions de Lychev, qu’il n’avait pas voulu croire, le docteur à la désagréable surprise d’apprendre par sa fille qu’elle couchait avec Yastrebov. Pas pour l’amour, mais pour le sexe a-t-elle soin de préciser. Débute alors pour le lecteur une passionnante mais terrible partie d’échecs, au propre comme au figuré. Spethman n’est qu’un pion entre divers adversaires qui se succèdent, ou s’interférent, se bousculent autour de cet échiquier dont les pièces représentent crime et amour, politique et psychanalyse. Et de pion il doit se transformer en grand maître pour conclure une partie acharnée, dont l’issue oscille entre les divers camps.

De ce roman dont l’histoire se déroule quelques mois avant le début de la Première guerre mondiale, et quelques années avant la chute du régime tsariste et la révolution bolchevique, on retient surtout cette aversion non déguisée des Russes pour les Juifs, et principalement envers les Juifs polonais. Une haine, une répulsion, une hostilité qui se retrouvera quelques dizaines d’années plus tard et dont nous connaissons aujourd’hui encore les méfaits par gestes et paroles, atteintes physiques à la personne et déclarations tapageuses. Une chasse aux sorcières qui se perpétue aujourd’hui, à la plus grande honte de tous. Les non initiés comme moi au jeu d’échec ne seront pas perdus, quant aux amateurs, ils se délecteront avec la partie en cours et trouveront peut-être une solution avant l’épilogue.


Ronan BENNET : Mat. (Traduction de Danièle Mazingarbe. Réédition de Sonatine Editions – 2009). Editions Pocket. 352 pages. 7,20€.

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6 mars 2013 3 06 /03 /mars /2013 14:32

Et si Sherlock Holmes devait sa célébrité grâce à Wiggins ?

 

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Être réveillé en pleine nuit par un fantôme au visage blafard, n’est pas du tout du goût de Wiggins, lequel est apeuré par cette apparition. Après tout ce n’est encore qu’un gamin impressionnable même s’il vit des aventures dangereuses.

Wiggins se rend rapidement compte que son prétendu spectre n’est autre que Sherlock Holmes, le détective le plus génial qui ait jamais existé !

Sherlock doit s’absenter pour une durée indéterminée et il confie à Wiggins la mission de surveiller quelques anarchistes dont certains membres se sont glissés dans les rangs de l’aristocratie. Un Prince Russe en ferait partie. Et cela inquiète fort le gouvernement de sa Gracieuse Majesté (avez-vous remarqué que les majestés féminines sont toujours gracieuses ?) qui a demandé à Sherlock d’enquêter. Seulement il ne peut surveiller tout ce petit monde seul aussi il a pensé à Wiggins et à ses camarades, les Irréguliers qu’il a déjà prévenus. Une anticipation qui ne plait guère par ailleurs à Wiggins qui n’aime pas être devancé.

Wiggins doit surveiller plus particulièrement Robert, l’un des fils du Comte Petticoat, qui se conduit d’une façon étrange. Par exemple, lorsqu’il sort de chez le Prince, Robert note dans un petit carnet quelque chose. Quoi ? Sherlock aimerait bien le savoir.

De son côté Sherlock est sur la piste du plus grand criminel de tous les temps, c’est lui qui l’affirme, surnommé le Napoléon du crime.

Seulement Wiggins ne peut se promener dans le quartier huppé de Knightsbridge où réside Robert Petticoat ni le filer affublé de ses loques. Alors il invente un prétexte auprès de sa mère, qui est cuisinière chez de riches personnages, et celle-ci lui promet de lui dégotter à la cave des vêtements qui ne servent plus et sont en meilleur état que ceux qu’il porte. Sa filature est exténuante car l’Honorable Robert marche beaucoup, court souvent, allant de Chelsea, le quartier des artistes, jusqu’au port, sur les docks, prenant des notes, puis se rendant dans un théâtre pour finir dans une arrière salle d’un cabaret assister à des combats de coqs. Et ces pérégrinations peuvent s’avérer dangereuses, surtout lorsqu’une grue laisse un ballot s’échapper qui manque l’écraser. Et c’est ballot !

Wiggins consigne dans un petit carnet tous les personnages avec lesquels a échangé quelques mots l’Honorable Robert et cela va d’un docker étranger à un spectateur de combats de gallinacés, en passant par une ouvreuse de théâtre et un policier.

Le lendemain, alors qu’il reprend péniblement sa filature, un gamin lui dérobe un mouchoir de soie constituant sa panoplie. Et Wiggins est embêté car lorsqu’il devra rendre les effets empruntés, sa mère s’apercevra du manque. Alors il poursuit le jeune rouquin et parvient à le rattraper. Allan est un petit Irlandais exilé qui pensait gagner sa pitance à Londres, formé à l’école des pickpockets. Wiggins propose alors à Allan de l’aider, le matin à vendre les journaux, ce qui constitue son principal moyen de revenus, mais aussi de l’assister dans sa filature. Il lui offre même de dormir au dessus de sa chambre chez son voisin, un Ecossais. Un Ecossais, le comble pour Allan qui lui est Irlandais ! Malgré sa répugnance affichée il se laisse convaincre.

Soulagé Wiggins peut continuer le travail à lui confié par Sherlock et suivre l’Honorable Robert dans ses déplacements qui sont toujours divers et variés. Eprouvants aussi, et heureusement que Wiggins possède en Allan une aide efficace.

Au bout de quelques jours, l’Honorable Robert décide de se rendre à la National Gallery. Wiggins le suit, bien naturellement mais pas de rencontre ce jour là ni de discussion avec un inconnu. Ils baguenaudent l’un derrière l’autre, Robert examinant les tableaux, Wiggins tentant de se cacher derrière les piliers afin de ne pas se faire remarquer. Jusqu’à l’heure de la fermeture, prévenus par un gardien. Le lendemain, Wiggins se rend chez Sherlock afin de lui demander de lui octroyer une avance, car les « faux » frais montent vite, mais seul Watson est présent. Le bon docteur se montre bon prince et lui accorde une petite avance. En rentrant à Whitechapel, soit à plus de six kilomètres de Baker Street, à pied, pas de dépenses inutiles, il est abordé par un de ses camarades qui lui annonce qu’un tableau a été dérobé durant la nuit à la National Gallery. Ô my God, pourrait s’exclamer Wiggins, car le directeur du musée offre 50£ à qui retrouvera Le Cardinal Richelieu, la peinture dérobée. Un véritable pactole s’il pouvait mettre la main dessus.

Et pendant ce temps, que devient Sherlock ? Il vaque probablement, sûrement même, à ses affaires, mais je ne vous en dirais pas plus. Si on veut apprécier un roman, mieux vaut ne pas trop en savoir au départ afin que le suspense soit préservé.

 

Si tout tourne autour de Wiggins, une fois de plus, c’est normal : après tout Béatrice Nicodème a décidé que ce serait lui le héros de ses histoires, qui, entre parenthèses, prennent de plus en plus de consistance. Mais le lecteur se trouve également dans une ambiance à la Charles Dickens. Le jeune Allan nous fait penser un peu à Oliver Twist et son apprentissage auprès de Fagin de voleur à la tire. Mais le décor s’impose, un décor qui selon les tableaux entraine le lecteur dans les quartiers miséreux de la capitale ou dans les secteurs chics. Sans oublier la misère subie par les gamins des rues, obligés de chaparder car ils sont orphelins et n’ont généralement pas d’autres moyens de subsistance.

Une aimable récréation pour les adultes qui cultivent la nostalgie de leurs lectures juvéniles, et apprécient les histoires mettant en scène Sherlock Holmes.


Dans la même collection, lire de Béatrice Nicodème : Wiggins et le perroquet muet; Wiggins et la ligne chocolat;  Wiggins chez les Johnnies; Wiggins et les plans de l'ingénieur.


Béatrice NICODEME : Wiggins et Sherlock contre Napoléon. Editions Syros, collection Souris Noire. 192 pages. 6,50€.

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4 mars 2013 1 04 /03 /mars /2013 17:12

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En 1871, après la débâcle de l’armée française face aux troupes prussiennes, l’Alsace et la Lorraine sont annexées à la Prusse qui deviendra par la suite l’Allemagne. La défaite de l’Allemagne lors de la guerre 14/18 permit à la France de récupérer ces deux provinces. Seulement, les autochtones se sentaient plus Allemands que Français, surtout ceux nés après 1870, des affinités entretenues par la langue alsacienne. En effet le parler alsacien est beaucoup proche de l’allemand que du français. Après la signature de l’armistice, de nombreux Alsaciens réclamèrent l’autonomie et l’indépendance. Or l’état français commit de très graves erreurs qui encouragèrent cette mouvance.

Ainsi selon leurs origines parentales, les Alsaciens-Lorrains sont munis de cartes, sortes de cartes d’identité, qui leur permettent ou non d’exercer certains métiers tels que fonctionnaires, et surtout d’être considérés comme bons Français.

De la carte A, délivrée aux Alsaciens-Lorrains dont les parents et grands-parents sont nés en France ou en Alsace-Lorraine, donc catalogués comme bons Français, en passant par les cartes B et C jusqu’à la carte D, attribuée à ceux qui ont des ancêtres allemands, autrichiens, hongrois, les différences sont fondamentales. Les porteurs de la carte D, les maudits, même nés en Alsace, sont considérés comme des étrangers.

Petit aparté. Depuis la loi Sarkozy sur les cartes d’identité françaises, un Français né à l’étranger doit prouver sa filiation et la nationalité française de son père, ce qui est pour certains un véritable casse-tête. Je le sais, j’ai été concerné et ai dû attendre trois mois pour obtenir ma nouvelle carte d’identité, sur l’ancienne figurait pourtant la mention Nationalité française, comment voulez-vous que bon nombre de jeunes des banlieues confrontés à ce problème se sentent profondément attachés à la France. Fin de l’aparté.

C’est donc dans ce contexte malsain, que de nombreux Alsaciens s’érigent en dissidents et se réfugient en Suisse ou en Allemagne. Et forcément ils sont des proies faciles attirées par la suite par les discours hitlériens. Ils complotent afin que d’autres Alsaciens-Lorrains les suivent dans leur entreprise, et c’est ainsi que le Docteur Karl Roos est amené à rejoindre leur association.

Pour cela il doit faire ses preuves, démontrer sa bonne foi, son engagement. Lors d’une réunion à Berlin, en avril 1920, il déclare à ses hôtes, Robert Ernst qui prépare une thèse sur l’insertion des Alsaciens-Lorrains exilés dans la vie économique allemande, et Liselotte Meyer, qu’il aime l’Allemagne ainsi qu’au colonel Haushofer qui participe à cette soirée. Il a quarante-deux ans, est Alsacien, son père était instituteur, il est docteur en linguistique et a ouvert une école privée de commerce. Il a servi sous les couleurs allemandes, comme la majorité des Alsaciens, et a été décoré de la Croix de fer allemande de 1ère classe. Et il en est fier déclare-t-il à Robert Ersnt qui toutefois se méfie. Le colonel plaide sa cause, affirmant que Roos écrit très bien. Mais Ernst n’est toujours pas convaincu, lui demandant : Si vous jouez double-jeu avec les Français, pourquoi ne serait-ce pas pareil avec nous ?

Mais Roos possède des arguments : Depuis [la fin de la guerre], le ressentiment ne fait qu’enfler contre le gouvernement français. Il faut dire que tout nous sépare des Français, la religion, la langue et même notre manière de vivre est différente. Le peuple a faim, il en a contre la bourgeoisie. Et il enchaîne les récriminations contre le gouvernement français.

Il est prié de cacher son jeu, afin de pouvoir obtenir un poste élevé à l’intérieur de l’appareil français, et se montrer plus stratégique. Peu après Roos fonde l’institut des Alsaciens-Lorrains, rattaché à l’université de Francfort, et surtout, deux ans après son inauguration, il crée un service de presse d’Alsace-Lorraine et une revue mensuelle, Heimatstimmen, qui est lue dans toute l’Alsace.

Peu à peu il devient une figure politique en Alsace, et adopte un programme désirant rallier tous les autonomistes, qu’ils soient Flamands, Corses, Bretons… Ce qui débouche sur le procès de Colmar, mais ayant fui à Bâle il est condamné par contumace. Il obtient un procès en révision puis est élu au conseil municipal de Strasbourg.

Mais ce n’est pas fini, et Viviane Janoui-Benanti retrace méticuleusement ce parcours, insérant dans son récit le parcours et l’action du docteur Joseph Weil, chef de clinique à la faculté de Strasbourg. Il a lu Mein Kampf attentivement et met en garde ses compatriotes contre les dérives des propos et des écrits nazis. Il organise une résistance juive et accueille avec la complicité de Lazare Blum et de la communauté juive strasbourgeoise les réfugiés qui affluent en France. Il est à l’origine également au début des années trente d’un institut des Etudes Juives.

En coordination avec les services secrets français, il met en place un réseau de renseignements, sorte de contre-espionnage, qui aboutira à l’arrestation d’espions nazis.

roos.jpgC’est toute cette période d’entre-deux guerres qui est reconstituée, une période de troubles, de doutes, de guerre larvée durant laquelle les Alsaciens seront partagés entre deux systèmes, mais qui révèlera des hommes nobles, ne cédant pas aux chants des sirènes nazies. Seulement, aujourd’hui encore, des nostalgiques d’un régime font encore parler d’eux, dans différents domaines, surtout par haine du Juif. L’antisémitisme n’a jamais été éradiqué. Et il est difficilement compréhensible qu’un site dédié à Karl Roos puisse exister, en l’exposant comme un martyr car il reste une figure célébrée par les autonomistes.

Un livre à lire afin de se faire une idée précise sur cette époque, mais aussi sur les erreurs gouvernementales, erreurs qui se reproduisent dans les domaines de l’intégration par exemple, mais dont on ne remarque les conséquences que bien plus tard, lorsque le mal est fait.

 

A lire également de Viviane Janouin-Benanti  : Les diaboliques de Waldighoffen ainsi que La séquestrée de Poitiers.


Viviane JANOUIN-BENANTI : Le double visage du Dr Karl Roos. Nids d’espions en Alsace-Lorraine. Editions L’Àpart. 320 pages. 20€.

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3 mars 2013 7 03 /03 /mars /2013 14:37

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La collection Espiomatic-Infrarouge, nom officiel de la collection dans laquelle sont publiés les Vic Saint-Val fut surnommée aussi Vic Saint-Val par ses lecteurs, tant il est vrai que l’auteur-héros marqua de son empreinte cette série référence qui se démarqua dès le début des autres collections publiées à l’époque par le Fleuve Noir. Les premiers numéros, qui ne comportaient pas de nom d’auteur mais celui du héros, étaient habillés d’une couverture gris-métallisée, signée Jarry; dans un style que l’on retrouvera chez par exemple la collection de Poche Science-fiction d’Albin Michel paraissant vers le même période. Un homme, dont la silhouette empruntait un peu à James Bond, dans une attitude de défense ou d’attaque, figurait en noir. Le titre ressortant en lettres vives de couleur. Bientôt des silhouettes féminines sexy rejoignaient ce héros et à partir du numéro 16, il est fait appel aux couvertures photographiques en couleur. Le nom de l’auteur apparaît sur la tranche du livre.

Au numéro 17, arrivée d’un nouvel auteur et d’une nouvelle série, Le Conch par Jacques Blois qui s’illustrait déjà dans la collection l’Aventurier. Marc Bréhal, alias Dan Dastier, puis Daïeb Flash pseudo d’André Caroff, et Fred Noro mettant en scène Zac dont les aventures ne sont que le prolongement d’une série publiée chez Hervé Hixe, rejoindront l’écurie Espiomatic.

Lancée en 1971, sur un seul nom auteur, Vic Saint-Val, poursuivra sa course et finira par les aventures du même. Au départ les publicités mentionnaient comme auteurs de la série Gilles Morris-Dumoulin et Patrice Dard assisté du protagoniste des aventures. En fait la majorité sinon la totalité des romans signés ainsi sont bien de Gilles Morris-Dumoulin qui s’explique ainsi : “Havas, qui assurait la promotion de la nouvelle collection, avait fait un sondage. Il en ressortait, d’après eux, que les lecteurs des 70/80 ne voulaient plus de filles ni de gaudrioles, mais du sérieux, du documenté, de l’instructif ! J’ai réécrit le tome 1 selon ces critères. Mais dès le tome 3, ou 4, les représentants du Fleuve, sur le terrain, ont fait remonter une tendance différente ! Et j’ai du réécrire les tomes suivants, faits d’avance, pour y réincorporer tout ce qu’on avait sucré ! On a travaillé de concert, avec Patrice, pendant quelque temps. Puis il a bifurqué vers d’autres projets. Notamment l’écriture de bouquins sous le pseudo d’Alix Karol. On s’est séparés, et Vic m’est officiellement retombé dessus, entièrement, complètement. ”

Dans  Le forçat de l’Underwood, Gille-Maurice Dumoulin explique pourquoi et comment cette collaboration a tourné court. Patrice Dard à qui était confiée la mission du travail de documentation était au départ de cette coopération un jeune homme d’environ vingt-cinq ans. Il n’est pas passionné par le travail à lui confié.

Il faut dire, en outre, que le travail de documentation auquel il (Patrice Dard) il s’est engagé, en foi de quoi j’ai accepté notre association, ne le passionne pas. Or, Vic Saint-Val exige des informations scientifiques et géographiques très étendues. Que d’après les termes de notre accord, il doit rechercher, en fonction du scénario préalablement mis au point, pendant que je transpire sur la rédaction proprement dite. Dès la première année, le système « grippe » dangereusement. Il achèevra de se bloquer au cours de la troisième année, à l’occasion d’un nouveau déménagement. Frédéric Dard, dont son livre Je le Jure (Stock) apporte d’autres éléments sur ce partenariat littéraire avorté, traitant son fils de chien fou.

En ce qui concerne les autres auteurs de la collection, G.M. Dumoulin est assez sévère. “ Parmi les erreurs qui ont écourté la carrière de Vic Saint-Val, la plus grave a été de convertir la Série en Collection, avec V.S.V. comme Locomotive, en y accrochant des Wagons trop lourds à traîner. Des quatre séries intercalées entre les V.S.V., après le numéro 16 :

L’une était franchement exécrable,

L’autre, quoique bien écrite, ne sortait pas des sentiers battus de l’espionnage le plus classique,

La troisième, également bien écrite, était tout simplement anodine,

Et dans une volumineuse thèse de doctorat consacrée à “ l’idéologie dans le roman d’espionnage ”, un certain Eric Neveu a qualifié la quatrième de pâle copie de Vic Saint-Val.

Nouvelle dans sa conception, la locomotive Vic Saint-Val aurait poursuivi son chemin, et roulerait peut-être encore si elle était restée haut-le-pied, seule sur ses propres rails.

En ce qui concerne la série Vic Saint-Val proprement dite, vic2.jpgG.M. Dumoulin la définit ainsi : “ Les aventures de Vic Saint-Val constituent un plaidoyer en 64 volumes pour la protection de l’environnement, la sauvegarde de la planète, les droits de l’homme et autres chevaux de bataille fort exploités aujourd’hui par les hommes politiques, mais qui dans les années 70/80, étaient encore pratiquement d’avant-garde. Soigneusement documentées dans tous les domaines, elles présentent, sous une forme “ gaudriolesque ” pimentée d’humour noir et d’érotisme, des sujets comportant de nombreux aspects de “ vulgarisation scientifique, avec une “ chute ” toujours fondée sur des faits réels et poussant jusqu’au bout de ses conséquences possibles l’une des grandes préoccupations de notre époque. Contrairement à la science-fiction, c’est de l’Anticipation de demain ou d’après-demain, pas de l’an 20.000. C’est tout ce qui risque de nous tomber sur ou de nous sauter à la gueule, si personne ne s’en occupe ! Parmi ces sujets, en vrac : la pluie noire (Vic Saint-Val annonce la couleur), la mer pourrie (Pitié pour la Terre), le trafic d’organes (Vic Saint-Val vise la tête), l’hégémonie des multinationales (Le plus dur reste à faire)…

 

Les principaux personnages récurrents

Vic Saint-Val : écrivant à la première personne, il se décrit peu physiquement, et seulement par incidentes. Grand, costaud, polyglotte et rompu à tous les sports, il possède une formation scientifique omnidisciplinaire non moins solide que son sens de l’humour qui lui permet, en toutes circonstances, de raisonner et d’agir en fonction des faiblesses et aberrations inhérentes à « la connerie grandiose d’un monde en folie ».

Snaky : 1m60 pour 60 kilos d’acier caoutchouc, alliage exclusif. Né sous un chapiteau, d’un couple de gens du voyage, contorsionniste, acrobate, funambule, jongleur, voltigeur, lanceurs de couteaux (et autres objets) des deux mains, etc. Il sait faire tout ce qui se fait sur la piste d’un cirque, plus des tas d’autres choses inédites. Signe particulier : grâce à telle ou telle de ses facultés insoupçonnées, c’est lui qui, fréquemment, sort l’équipe du pétrin, volant ainsi la vedette à Vic Saint-Val (comme Bérurier à San-Antonio). Avant de contribuer à la clarté des explications finales, lorsqu’elles sont nécessaires, en protestant : Tu veux me redire ça en français du certif ?

Grete Von Glück : surnommée Lorelei et généralement appelée Lore, c’est la blonde amie de V.S.V. , experte en arts martiaux et virtuose du pilotage aérien.

Von Glück : plus communément appelé Von tout court ; père de Lorelei, amoureux de ses ordinateurs et toujours bronzé… à la lampe U.V. puisque, totalement hypocondriaque, il n’émerge que très rarement de son domaine d’élection, le siège central du WISP ou World Institue of Statistics for Peace (Institut Mondial de Statistiques pour la Paix).

 

vic3.jpgPour écrire les aventures de Vic Saint-Val et apporter des éléments crédibles aux nombreuses pérégrinations du héros, Gilles Maurice Dumoulin lisait de très nombreux ouvrages et magazines techniques et scientifiques, aidé en cela par sa connaissance d’une demi-douzaine de langues étrangères. Mais il a également suivi des cours en Sorbonne, dès la parution des premiers volumes en série. Il a découvert à cette occasion que pas mal de conférenciers l’avaient déjà lu et approuvé, en ce sens qu’ils n’ont jamais relevé dans ses ouvrages, ni incitations malsaines, ni hérésies scientifiques. Parmi ceux-ci, Jean Hamburger (le père de Michel Berger), aujourd’hui disparu. Mais également Yves Pélicier, directeur du centre psychothérapeutique de l’hôpital Necker, Rémi Chauvin, Albert Jacquard et Pierre Piganiol, fondateur de la D.G.R.S.T. (Direction Générale de la Recherche Scientifique et Technique) sous De Gaulle.

Il est évident qu’au cours des trois dernières décennies, l’actualité a évolué et que les technologies évoluant encore plus vite, les évocations, heureusement rares et non techniques, des ordinateurs peuvent donner une sensation de légère désuétude.

Dans Le Forçat de l’Underwood, Gilles-Maurice Dumoulin apporte d’autres précisions concernant la campagne publicitaire précédent le lancement de la série des Vic Saint-Val. Par exemple qu’un certain Edgar Sanday, auteur de trois ou quatre romans policiers, homme politique connu sous le nom d’Edgar Faure, aurait été l’une des chevilles maitresses de cette entreprise littéraire, annonce qui s’est dégonflée rapidement. Puis les avatars qui découlèrent de la remise du Prix des Palmes du roman d’espionnage en 1971 pour Vic Saint-Val en Enfer, prix qui était décerné uniquement à des auteurs du Fleuve Noirs.

Le pseudonyme Vic Saint-Val, qui est le fait de l’éditeur et non de l’auteur, est une habile transposition – incontestable- de Valentin Saint Vic créé à l’Arabesque dans la série Baroud. A noter que dans le film LE Magnifique, l’acteur Jean-Paul Belmondo incarne, dans des aventures rocambolesques, un agent secret français nommé Bob Saint-Clar.

Cet article a été écrit grâce à un courrier échangé avec l’auteur ainsi qu’à diverses sources fournies par Gilles-Maurice Dumoulin.

Quatre autres Vic Saint-Val sont publiés après l’arrêt de la collection dans Anticipation : Kamikazement vôtre (N°1269) ; Survivre ensemble (N°1287); Un avenir sur commande (N°1301); Un pied sur Terre (N°1445).

 

Pour découvrir quelques aventures de Vic Saint-Val, je vous propose de diriger le curseur de votre souris chez Action-Suspense.

 

1 - Vic St Val s'en occupe [1/71]

2 - Vic St Val Sur un volcan [1/71]

3 - Vic St Val sans visa [2/71]

4 - Vic St Val dore la pilule [3/71]

5 - Vic St Val en enfer [3/71] Palme d'or du roman d'Espionnage 1971

6 - Vic St Val sur orbite [1/72]vic4.jpg

7 - Vic St Val en chute libre [1/72]

8 - Vic St Val vise la tête [1/72]

9 - Vic St Val annonce la couleur [3/72]

10 - Vic St Val contre Vic St Val [3/72]

11 - Vic St Val rend la monnaie [3/72]

12 - Vic St Val va à dame [1/73]

13 - Vic St Val entre deux eaux [1/73]

14 - Vic St Val donne le feu vert [2/73]

15 - Vic St Val brûle les étapes [3/73]

16 - Vic Saint Val : Quitte ou double [3/73]

18 - Vic Saint Val : Non stop [4/73] 

20 - Vic Saint Val : Vic Saint/Val sous pression [1/74] 

22 - Vic Saint Val : Vic St Val en direct [1/74] 

24 - Vic Saint Val : Vic St Val à fond de cale [2/74] 

26 - Vic Saint Val : Vic St Val période fauve [3/74] 

29 - Vic Saint Val : Vic St Val tous azimuts [4/74] 

32 - Vic Saint Val : Vic St Val ... place aux jeunes [4/74] 

34 - Vic Saint Val : Vic St Val vole dans les plumes [1/75]  vicSt-Val-Patrice-Dard-Vic-Tous-Azimuts-Livre-581666586_ML.jpg

38 - Vic Saint Val : Vic St Val force la dose [1/75] 

42 - Vic Saint Val : Vic St Val cousu main [2/75] 

46 - Vic Saint Val : Vic St Val au finish [3/75] 

48 - Vic Saint Val : Vic St Val tranche dans le vif [3/75] 

52 - Vic Saint Val : Vic St Val taille adulte [4/75]  

54 - Vic Saint Val : Vic St Val priez porno [4/75] 

56 - Vic Saint Val : Salut la Mecque [1/76]  

60 - Vic Saint Val : Vic St Val circuit Dracula [1/76]  

62 - Vic Saint Val : Aux algues, citoyens ! [2/76] 

63 - Vic Saint Val : La ruée vers Lore [2/76] 

68 - Vic Saint Val : Envoûtements sur commande [3/76]  

70 - Vic Saint Val : Le complexe de Frankenstein [3/76] 

75 - Vic Saint Val : Nostradamus au pouvoir ! [4/76] 

77 - Vic Saint Val : Monstres à volonté [1/77] 

79 - Vic Saint Val : Jusque-là, ça va ! [1/77] 

81 - Vic Saint Val : Société de compromission [1/77]  

82 - Vic Saint Val : Un méchant coup de vieux ! [2/77] 

84 - Vic Saint Val : Pitié pour la Terre ! [2/77] 

85 - Vic Saint Val : Course au suicide [3/77] 

86 - Vic Saint Val : Nous sommes tous des cobayes [4/77]  Vic-St-Val-Quitte-Ou-Double-Livre-629434502_ML.jpg

87 - Vic Saint Val : Le fer dans la plaie [4/77] 

88 - Vic Saint Val : Violence sans visage [4/77]  

89 - Vic Saint Val : Equilibre de la terreur [1/78] 

90 - Vic Saint Val : Partage en frères [1/78]  

91 - Vic Saint Val : Bienheureux les doux ... [2/78] 

92 - Vic Saint Val : La tête au carré [2/78] 

93 - Vic Saint Val : La crainte du gendarme [3/78] 

94 - Vic Saint Val : Massacre en sourdine [3/78]  

95 - Vic Saint Val : Debout, les morts [4/78] 

96 - Vic Saint Val : La boule à zéro [4/78] 

97 - Vic Saint Val : Des lendemains qui hantent [1/79] 

98 - Vic Saint Val : Matraquage [1/79] 

99 - Vic Saint Val : Le plus dur reste à faire [2/79]  

100 - Vic Saint Val : Casseurs, sachez casser ! [3/79] 

101 - Vic Saint Val : Exécution sur mesure [4/79]  

102 - Vic Saint Val : Camouflage express [4/79] 

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Published by Oncle Paul - dans Entretiens-Portraits
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2 mars 2013 6 02 /03 /mars /2013 14:05

Et elle n'était même pas électrique...

 

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Etre écrivain de littérature populaire, cela demande beaucoup d’abnégation, car, à de rares exceptions près, la reconnaissance du critique, du lecteur n’est pas toujours au rendez-vous.

Gilles Morris-Dumoulin fait partie de cette cohorte de romanciers qui depuis les années cinquante enchante bon nombre de lecteurs de ma génération, leur apportant le plaisir de lire et leur procurant évasion à bon compte. Malheureusement, et malgré les tirages conséquents, ces auteurs populaires restent cantonnés dans un statut rejeté par les intellectuels, traités par le mépris et le dédain.

Que l’on en juge au travers de quelques chiffres : dans les années 50-60, il n’était pas rare qu’un roman policier, paru au Masque, à la Série Noire ou au Fleuve Noir atteigne ou dépasse les 100.000 exemplaires. Il n’y avait nulle gloriole à cela, seulement la satisfaction du devoir accompli par des professionnels de l’écriture. Aujourd’hui les best-sellers atteignent péniblement ces tirages, et les heureux élus se frottent les mains, tout comme leurs éditeurs d’ailleurs. Il est vrai que la télévision, les jeux vidéos, Internet, ont fait une intrusion bouleversant les mœurs, bousculant le choix des loisirs, les journaux écrits ayant eux aussi subi cette concurrence.

Cette entrée en matière ne semble qu’être un ramassis de lieux communs, mais hélas elle n’exprime que trop bien la réalité.

Revenons à notre sujet, Gilles-Maurice Dumoulin, alias Gilles Morris-Dumoulin, alias G. Morris et quelques dérivés, alias Vic Saint-Val.


camp_pm675.jpgNé au Havre le 16 janvier 1924, Gilles Morris-Dumoulin a vécu une enfance entre une mère possessive et un père qui entrainé de par ses fonctions sur le port du Havre sombra dans un alcoolisme l’emportant trop jeune à l’affection des siens, comme écrirait un auteur de mélos. Gilles occupe ses loisirs à lire, et ingurgite les méthodes Assimil, en véritable autodidacte, de l’Anglais, de l’Allemand, du Néerlandais, de l’Espagnol et de l’Italien. Ses débuts à la machine à écrire seront assez pragmatiques puisqu’il se fera les doigts chez un importateur de coton brut en tapant les factures.

La guerre arrive avec son lot de bombes, et la ville du Havre n’est guère épargnée. Il suit avec sa mère le chemin des réfugiés vers le Sud de la France. Le démon de l’écriture le travaille déjà et il écrit une pièce de théâtre qu’il joue avec quelques camarades. Il est également attiré par la chanson, et c’est sur une scène qu’il connaitra Gilou qui deviendra sa femme, sa compagne, son soutien. Il faut assurer la pitance et c’est au camp Phillip Morris au Havre, où il travaillera six mois, qu’il engrangera quelques souvenirs fournissant la trame et l’atmosphère de Assassin, mon frère, l’un de ses romans. Puis il mettra le pied, ou plutôt la main à la traduction. Ce seront les années de galère, de sous-locations en appartements miteux. On lui doit, entre autres, la traduction du Carnaval des Gueux de Robert Ruark, de Tant qu’il y aura des hommes de James Jones, du Bal des maudits d’Irwin Shaw, et la série des Mike Hammer de Mickey Spillane qui fut un énorme succès.

De son premier livre écrit et présenté aux éditeurs qui pour lui représentaient alors le gratin, Le Seuil, Gallimard ou Denoël, de sa première désillusion, de son premier refus, non pas à cause de la qualité de son manuscrit mais parce qu’il était trop jeune, de ses rencontres avec Sven Nielsen, fondateur des Presses de la Cité et de la célèbre collection Un Mystère, avec Marcel Duhamel qui lui tint toujours grief de travailler pour Nielsen, de son Grand Prix de Littérature Policière 1955 pour Assassin, mon frère, de sa carrière au Fleuve Noir dans les diverses collections, de tous les choix qu’il fut obligé de prendre un jour ou l’autre et qui le conduisirent inexorablement dans des impasses, de toutes ses aventures et mésaventures, Gilles Morris-Dumoulin nous livre un panorama complet, d’une frappe caustique et parfois désabusée.

Il dresse l’inventaire de ces petites joies de l’existence et de ces moments de galère qu’ont connu bien d’autres écrivains, parce que ce sont des professionnels et non des dilettantes, qu’ils écrivent à un rythme infernal pour vivre. Et c’est ce rythme, cette abondance de titres, cette imagination, qui leur sont reprochés comme autant de défaut, les imbéciles croyant et claironnant aux quatre coins une incompatibilité entre rapidité d’écriture et talent.

Un livre de souvenirs pétri d’anecdotes, de mises au point, enrobé d’humour, écrit avec cette désinvolture propre à ceux qui ont connu le bon et le moins bon dans leur vie mais n’en garde aucune acrimonie. Gilles Morris-Dumoulin n’a pas été seulement romancier et traducteur, mais également scénariste, dialoguiste, auteur de chansons. Et lorsqu’il préféra se cantonner à la rédaction de son œuvre personnelle, on lui reprocha de ne plus assurer de traductions, métier exigeant mais mal payé car au forfait. Mais je reviendrai peut-être sur ses impressions et souvenirs de traducteur.

A noter que tous les titres des chapitres sont empruntés à des titres de ces romans.

Dumoulin2.jpg

G Morris Dumoulin 1
 Photos prises à la BILIPO en octobre 1999 lors des cinquante ans du Fleuve Noir. Entre Gilles Morris-Dumoulin, à gauche, et Brice Pelman, à droite, une vitre dans laquelle trône en bas la fameuse Underwood.

 

Pour retrouver quelques oeuvres de Gilles Morris-Dumoulin, je vous conseille une petite visite chez Action-Suspense .


Gilles-MORRIS-DUMOULIN : Le Forçat de l’Underwood. Souvenirs. Editions Manya. Février 1993. 240 pages.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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