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17 février 2013 7 17 /02 /février /2013 17:51

Hommage à Ruth Rendell, suite et fin.

 

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En effet sous le nom de Barbara Vine se cachait Ruth Rendell ! 


L'unique passion de Jarvis, c'est le métro, le Tube londonien et aussi les quatre-vingt-dix-huit autres métropolitains disséminés de par le monde.

Il y consacre tout son temps libre, ne travaillant que pour payer ses voyages. Il prépare un ouvrage sur l'histoire du Tube, dans une maison dont les étages jouxtent une voie à ciel ouvert. C'était, au début du siècle, une école privée tenue par ses grands-parents, la Cambridge School, qui a périclité, provoquant le suicide du grand-père, se pendant à la corde d'une cloche. Jarvis loue les différentes pièces, d'abord à sa cousine Tina, nymphomane, et à ses deux enfants, Jasper et Bienvida.

D'autres locataires viennent grossir l'effectif au hasard des rencontres de Jarvis dans le métro. Tom, véritable homme-orchestre, qui joue en compagnie d'autres musiciens dans le métro, malgré les interdictions. Alice a abandonné son mari et sa petite fille d'un mois, parce qu'elle ne se sentait pas mère pour assumer cette vie; violoniste, elle joue avec Tom.

On fait de drôles de rencontres dans le métro. Un montreur d'ours par exemple qui trimbale en laisse son animal, s'amusant à faire peur aux voyageurs. Un faux ours en réalité, car il ne s'agit que d'une dépouille dans laquelle se dissimule un homme honteux de son bec-de-lièvre.

Jasper, jeune garçon déluré, fait volontiers l'école buissonnière et passe son temps en compagnie de ses camarades à se promener dans le métro, montant sur le toit des wagons défilant dans des tunnels étroits. Un jour, il tombe littéralement dans les bras d'Axel, le montreur d'ours. Celui-ci le questionne sur l'existence de stations fantômes et sur la façon d'y pénétrer. Jasper s'échappe mais Axel le relance jusque chez Jarvis où il est reçu par Alice. En conflit avec Tom, Alice est subjuguée par Axel à qui elle donne le double des clés de chez ses employeurs. Axel, lui, est avant tout intéressé par un conduit qui mène au cœur du métro.

 

Autour du métro, véritable héros de ce roman, gravitent outre les personnages principaux ci-dessus évoqués, d'étranges quidams ou de simples voyageurs, comme cette jeune fille qui meurt d'une crise cardiaque lors de son premier voyage dans une rame bondée. Jed dont l'animal de compagnie est un faucon, surveille les wagons. Cecilia, la mère de Tina, est atteinte d'hémiplégie lorsqu’un inconnu lui vole son sac à main.

Un véritable patchwork de personnages dans un roman qui relate brièvement l'histoire de la construction du métro londonien et de quelques-uns des incidents qui l'ont émaillé depuis près de cent cinquante ans. On se demande pourtant où Barbara Vine-Ruth Rendell veut nous entraîner dans ce parcours souterrain ou aérien: contrairement aux rames qui ralentissent en débouchant dans les stations, l'histoire s'accélère lorsqu'elle touche au but; le lecteur, lui, ne pourra s'empêcher de penser que le voyage a été un peu longuet.

 

Lire de Ruth Rendell : Fausse route.


Barbara VINE: Le tapis du roi Salomon (King Solomon's carpet, 1991 ; Trad. de l'anglais par François Rosso). Calmann-Lévy 1992. Le Livre de Poche 1994.

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17 février 2013 7 17 /02 /février /2013 14:30

Bon Anniversaire à Ruth Rendell, née le 17 février 1930 !

 

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A quinze ans, habitant un quartier déshérité de Londres, Guy se montait un petit pécule en revendant avec ses amis Danilo et Linus des drogues dites douces. On les surnommait les "Marchands de rêve". Léonara, elle, n'avait que onze ans. Pourtant de leur première rencontre naquit le coup de foudre et ils devinrent inséparables. Les années passèrent.

Guy et Léonara se voyaient, s'aimaient malgré l'opposition des parents de l'adolescente. A dix huit ans, Guy était riche, Léonara avait changé d'école. Ils se fréquentaient toujours. Anthony et Tessa, les parents de Léonara s'étaient séparés, remarés respectivement avec Susannah et Magnus. Les deux couples s'entendaient bien, surtout en ce qui concernait leur opprobre envers Guy.

A vingt neuf ans, Guy, fortune faite, est toujours amoureux de Léonara et la presse de l'épouser. Mais depuis quatre ans les sentiments de la jeune femme ont changé. De dealer de drogues dures, Guy s'est reconverti dans la vente de tableaux peints à la chaîne et est devenu propriétaire d'une agence de voyages. Léonara est plus distante et s'ils se rencontrent tous les samedis en un rituel immuable pour déjeuner ensemble, chaque fois en un lieu différent, ce n'est que par amitié. Pis, Léonara l'informe qu'elle va se marier dans quelques semaines avec Newton, un type dont il fait la connaissance et qu'il juge bien inférieur à lui-même.

Il ne comprend pas cette désaffection de la jeune femme à son égard, ce qui ne l'empêche pas de coucher avec Céleste, un mannequin amoureuse de lui. Il pense que l'attitude négative de Léonara est due à la mort de Corny, un drogué qui lui piaillait de quoi assouvir son manque. Réticent, Guy a pourtant cédé. La famille de Léonara a été informée de ce fait divers tragique, Guy en est persuadé. Il demande à Danilo de lancer un tueur sur l'un des membres de la famille de Léonara. Il se rétracte une première fois puis requiert un nouveau contrat, donnant au tueur sa carte avec ses coordonnées et la description approximative de la future victime.

fausse route2Ruth Rendell s'attache plus particulièrement à disséquer, à analyser les sentiments, les réactions de Guy, privilégiant l'étude psychologique des personnages à l'action elle-même. Un procédé qui stagne un peu le récit. D'autant que le passé de Guy et le fantôme de Corny remontent peu à peu, par petites touches. Lorsque tout est bien imbriqué, que l'intrigue proprement dite est posée, le roman décolle enfin, en un rythme qui va crescendo, avec un retournement de situation propre au machiavélisme dont fait preuve Ruth Rendell. Cette fausse route pourrait n'être qu'un succédané d'un roman de Barbara Cartland, si les personnages n'avaient autant de consistance et si l'histoire ne se déroulait de nos jours.


Ruth RENDELL : Fausse Route (Going wrong – 1990 ; Traduit de l'anglais par Marie Caroline Aubert). Editions Calmann Lévy, janvier 1993. Réédition Le Livre de Poche, avril 1995.

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16 février 2013 6 16 /02 /février /2013 13:48

Petit prix, grand plaisir !

 

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L’association Etre humain – Animal existe depuis toujours, même et surtout en bandes dessinées. Et il ne s’agit pas uniquement d’animaux ordinaires. Ils sont de compagnie, non apprivoisé ou d’origine sauvage, et ils parlent. Ou savent s’exprimer et se faire comprendre de leurs compagnons à deux pattes.

Ainsi Alfred le Pingouin, dans la série Zig et Puce d’Alain Saint-Ogan. Puis Tintin et Milou d’Hergé. A ce propos il est amusant de constater que bon nombre de propriétaires de ces canidés appellent Tintin leur animal, pensant peut-être que Milou est le patronyme du jeune reporter. Le Marsupilami, animal imaginaire certes dont le nom est composé de marsupial, qui lui existe, et d’ami, dans la série Spirou et Fantasio crée par Franquin en 1952. Rantanplan, le chien quelque peu niais, simplet et godiche, et surtout Jolly Jumper, le fier destrier de Lucky Luke, des histoires dues à la plume de Morris dès 1947. Sans oublier Boule et Bill, Boule étant le petit garçon et Bill le cocker, on pourrait confondre, et leur tortue Caroline, dont le géniteur est Roba. Petit aparté, les trois dernières séries paraissaient ou paraissent toujours dans Spirou, le magazine qui fête cette année ses soixante-quinze ans d’existence. Ceci n’est qu’une piste d’étude et je me garderai bien d’établir un recensement complet et d’établir une liste exhaustive.

Après ces prolégomènes didactiques qui vous auront éventuellement ennuyés, j’arrive gaillardement au sujet de cet article : Calvin, le gamin qui proteste tout le temps, d’où peut-être son nom.

En effet Calvin, qui n’aime pas l’école, est un gamin râleur, bougon, frondeur, jamais satisfait, volontiers blagueur pour ne pas dire taquin, et qui trouve en Hobbes, sa peluche, un confident tout oreille. Hobbes est un tigre, câlin quand il le faut, mais railleur et moqueur parfois, n’hésitant pas à contrarier Calvin. Mais entre les deux, le petit d’homme et la peluche, c’est l’amitié qui prime et l’un devient le confident de l’autre. Calvin possède un atout inné : son sens de la rhétorique et de la dialectique imparable.


D’ailleurs, son institutrice madame Wormwood, qui en a vu d’autres, craque devant son insolence :

Madame Wormwood est au tableau noir. Calvin l’appelle :

Madame Wormwood ?

Oui, Calvin ?

Vous pouvez toujours présenter vos informations, mais vous ne pouvez pas m’obliger à m’y intéresser.

Peu après, Calvin est sur une balançoire, apparemment tout guilleret.

La rumeur prétend qu’elle est passée à deux paquets par jour. Sans filtre.

Ou alors elle a recours à une médicamentation propice à calmer les maux de tête.


Peu de personnages figurent au générique des aventures de Calvin. Outre sa peluche Hobbes, on peut dénombrer ses parents bien évidemment, Madame Wormwood, déjà citée, monsieur Spittle le principal de l’école, Susie sa copine d’école plus quelques autres qui apparaissent de façon évanescente. Sa copine, c’est vite dit. Plutôt son souffre-douleur mais qui a du répondant, heureusement pour elle, et qui ne s’en laisse pas compter. Elle répond du tac au tac, à sa manière qui est plutôt musclée.

Peu de personnages donc, ce qui fait que les historiettes qui sont décrites en trois ou quatre cases sur une ligne, parfois sur une page, sont ramassées et percutantes. Une bande par jour, une planche hebdomadaire en couleurs (couleurs qui ici ne sont pas reproduites), durant dix ans, de 1985 à 1995 ont fait de Calvin un phénomène mondial repris par plus de 2400 journaux. Pourtant le graphisme est simple, dépouillé, épuré mais non dénué de charme.

C’est la vie au quotidien de Calvin, qui n’est en réalité qu’un gamin solitaire et inventif, dépourvu de frères et sœurs, à l’esprit vif et imaginatif ; qui en a fait le succès. Hobbes est un jouet, un tigre en peluche pour tout le monde, et seul Calvin lui donne vie. Il est son complément indispensable. Mais ce transfert n’est pas un cas unique : souvenez-vous quand vous étiez gamin ! Ou quand vous surprenez vos enfants, surtout les filles (désolé, ce n’est pas du machisme mais une simple constatation) qui jouent à la poupée. Celle-ci devient leur enfant et elles n’hésitent pas à la gronder pour des vétilles imaginaires.

Le thème central de cet épisode est l'hiver, avec son lot de boules de neige, de bonhommes de neige, mais aussi avec un personnage incontournable : le Père Noël. Et le Père Noël n'a qu'à bien se tenir, déposer au pied du sapin des jouets intéressants et non pas des vêtements comme l'année précédente, sinon il risque de se voir sermonner épistolairement.

Je ne connaissais Calvin et Hobbes que pour en avoir vu quelques planches ici ou là. Mais je crois que je commence à en devenir accro. Est-ce grave, docteur ?

La traduction a été assurée par Laurent Duvault.


Bill WATTERSON : Gare au psychopathe à rayures. Série Calvin et Hobbes. N°18. Editions Hors Collection. 64 pages. 6,90€.

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16 février 2013 6 16 /02 /février /2013 09:13

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Célébrité locale, Emma Graham, âgée d’à peine douze ans, rédige de petites chroniques pour le Conservative, journal de la région. Elle est attirée par les mystères qui jonchent ce coin retiré du Maryland, non loin de la Virginie Occidentale. Et si elle a acquis cette petite renommée c’est parce qu’elle a démêlé quelques affaires de meurtres qui ont eu lieu dans la région et dont elle a failli être victime. Mais en ce moment, ce qui la turlupine c’est l’enlèvement non résolu d’un bébé vingt ans auparavant dans une chambre de l’Hôtel Belle Rouen, surnommé depuis Belle ruine à cause de son aspect délabré, de ses décombres.

L’enfançon de quatre mois, appelé Fay par ses parents Imogene et Morris Slade, a disparu et Emma tente de remonter à la source, se renseignant à droite, à gauche, auprès de personnes qui ont eu un lien avec cette disparition. En premier lieu sa grand-tante Aurore Paradise, est une nonagénaire à la mémoire intacte et qui apprécie les cocktails fortement alcoolisés imaginés par Emma. Elle vit à l’hôtel Paradise, où travaille la mère d’Emma en tant que cuisinière, Emma comme serveuse pour les déjeuners, son frère Will à la réception, lorsqu’il disponible. Car Will et son ami Mill ont transformé le grand garage en théâtre où ils répètent des pièces qu’ils écrivent au fur et à mesure de leur inspiration, en compagnie du petit Paul toujours perché sur une poutre.

Emma glane ses renseignements aussi auprès de monsieur Root qui passe son temps à éduquer les frères Wood qui ont de sérieux problèmes d’élocution. Elle importune sans en avoir l’air les piliers de bar du café local ainsi que l’adjoint du shérif, qui est le petit-fils de l’ancien shérif qui avait eu en charge ce mystère de disparition. Et aussi l’ancienne baby-sitter et son amie qui lui avait téléphoné juste au moment ou l’enfant avait disparu. Disparu vraiment ? Kidnappé ? Cette hypothèse n’est pas du goût de tous. D’ailleurs il existe des divergences entre certaines dépositions. Selon certains Fay aurait eu quatre semaines, selon d’autres quatre mois. Une différence de taille. Et puis les parents n’ont pas réellement emboîté le pas au postulat de l’enlèvement. D’ailleurs depuis ils ont disparu.

Emma parcourt la région, allant de La Porte où elle réside, à Spirit Lake, Hebrides, Crystal Spring, Cold Flat Junction et autres petites localités à bord d’un taxi qu’elle paie sur ses propres fonds. Elle se délecte de beignets au chocolat glacé recouvert de vermicelle qu’elle achète dans les bars qu’elle fréquente régulièrement ainsi que des milkshakes que lui offre généreusement la serveuse. Accessoirement elle aide sa mère à l’hôtel qui héberge deux vieilles dames à temps complet. Emma se défoule sur l’une d’elle en ajoutant par exemple des piments dans sa salade et autres ingrédients susceptibles d’enflammer la gorge de la vieille dame. Mais elle pense être en présence de l’enfant, devenue jeune fille, dans des photos de premières pages du journal, la représentant en silhouette se confondant dans le décor. Mais également derrière un stand où elle vend des sodas de sa composition.

Jusqu’au jour où un jeune adolescent fait irruption dans le village. Ralph Diggs, s’appelle-t-il, mais il préfère qu’on le nomme Raph. Il est embauché à l’hôtel Paradise comme réceptionniste. Emma est intriguée mais un nouveau fait agite la population. Morris Slade revient de nulle part, seul au volant d’une voiture de sport. Et le train-train quotidien est bousculé lorsqu’un meurtre est découvert.

 

Un roman qui m’a fait curieusement pensé à celui d’Alan Bradley, La mort n’est pas un jeu d’enfant, dans lequel une gamine enquête elle aussi sur des meurtres et des disparitions. Les similitudes sont nombreuses mais toutefois de grandes différences existent aussi. L’histoire se déroule dans les années cinquante et on est ébahi par l’intelligence vive d’Emma, son indépendance, mais aussi par son côté péronnelle, chipie, taquin, un peu pervers, impertinent, sûr d’elle et cachotier, insolent souvent.

Des références à Perry Mason mais aussi aux acteurs des films de l’époque comme Gary Cooper et quelques autres parsèment ce roman déboussolant. Le lecteur entre dedans comme s’il entrait dans un théâtre au cours d’une représentation et en partait avant la fin. Comme le pense Emma à la fin du récit, Moi-même, je connaissais une partie de celle-ci, mais il demeurait des zones d’ombres. Souvent, on peut reprocher au traducteur d’accumuler les notes en bas de pages. Ici c’est tout le contraire. On aurait aimé que ces notes, concernant les affaires précédentes vécues par Emma, fussent présentes, ce qui aurait facilité la lecture et surtout la compréhension.

 

 

Martha GRIMES : Le mystère de la chambre 51. (Fadeaway girl – 2011. Traduction de Nathalie Serval. Première édition : Collection Sang d’encre. Presses de la Cité). Editions Pocket, collection Thriller. 448 pages. 7,60€.

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15 février 2013 5 15 /02 /février /2013 13:46

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Alors qu’il se restaure au Grandma’s Saloon en présence de Serena, sa nouvelle compagne, et de Maggie, sa collègue à la police criminelle, l’inspecteur Jonathan Stride, Jonny pour les intimes, croit voir entrer dans l’établissement sa femme Cindy. Proche de la cinquantaine, blonde, petite, bronzée, elle ressemble à s’y méprendre à Cindy, mais ce ne peut être elle. Cindy est décédée depuis cinq ans d’un cancer. La nouvelle venue se présente ; Tish Verdure, écrivaine spécialisée dans les guides de voyage. Mais ce n’est pas pour rédiger un nouvel opuscule sur Duluth, Minnesota, qu’elle est revenue dans la petite ville mais pour écrire un livre sur un meurtre. Celui de Laura, assassinée trente ans auparavant. Tout le passé de Jonny remonte à la surface comme un retour de flamme. Laura, dix-huit ans tuée à coups de batte de base-ball, et surtout sœur aînée de Cindy. C’était le 4 juillet 1977, jour de l’Indépendance Day. Les feux d’artifice crépitaient, l’ambiance était à la joie, et pour Jonny et Cindy c’était le soir rêvé pour franchir la barrière du sexe.

Les soupçons se sont portés sur quelques-unes des dernières personnes à l’avoir vue vivante. En premier Peter Stanhorpe, un condisciple des jeunes gens qui se vantait d’obtenir les faveurs de toutes les jeunes filles qui passaient à ses côtés. D’ailleurs la batte de base-ball retrouvée auprès du cadavre lui appartenait. Il affirmait qu’il avait impressionné Laura et que celle-ci avait cédé à ses charmes. D’autant que son père était un édile influent de la cité. Aujourd’hui il gère un cabinet d’avocats et Serena, qui est détective, doit travailler pour lui. Autre suspect, Dadou, un géant Noir, un vagabond qui a disparu peu après, empruntant un train de marchandises. Finn le benêt est lui aussi soupçonné, le frère de Rikke la jeune institutrice célibataire. Tout cela Jonny l’a vécu, et lorsqu’il est entré dans la police il s’est renseigné auprès du capitaine Ray. Mais les pièces à convictions avaient disparu, soi-disant par négligence. Le retour de Tish ravive tous ces souvenirs, d’autant qu’elle prétend posséder des éléments nouveaux susceptibles d’amener à la découverte du coupable. L’une des premières révélations qui font mal à Jonny, est cette affirmation qu’elle correspondait avec Cindy avant le décès de celle-ci. S’il savait que Tish était amie avec Laura mais qu’elle était partie un mois avant le meurtre, Jonny ignorait la relation entre son ex-femme et la revenante.

Mais il faut penser aux affaires courantes, et pas uniquement au passé. Un voyeur sévit dans la région et de nombreuses plaintes ont été enregistrées. Notamment celle de Clark Biggs, qui a la garde de sa fille le week-end, sa femme l’ayant en semaine depuis leur séparation. Mary est une jolie jeune fille de seize ans, mais un incident dans sa jeunesse l’a fortement perturbée. Depuis elle a grandi physiquement mais pas mentalement. Elle se comporte comme une gamine de cinq ans. Elle est terrorisée car elle a aperçu quelqu’un la reluquant par la fenêtre, mais elle ne peut en dire plus. Le drame arrive lorsque, échappant à la surveillance de sa mère dans un parc à cause d’un hurluberlu qui se prend pour un cascadeur sur vélo, elle disparait. Elle est retrouvée morte dans les eaux stagnantes du lac.

Jouant les aller et retour entre hier et aujourd’hui, mêlant habilement deux intrigues qui sont sans rapport en apparence mais qui se rejoignent inexorablement Brian Freeman nous livre un roman haletant. Plus de cinq cents pages sans temps mort ou presque, sans petites contradictions ou presque – des erreurs de traduction ou de fausses pistes délibérément placées par l’auteur ? - mais avec un final à double détente éblouissant et presque apocalyptique. Le lecteur est inconsciemment happé dès le début de l’histoire et cherche à son insu quelle peut être la solution, croyant la découvrir puis se rendant compte que l’auteur le mène par le bout du nez. L’épilogue n’est pas décevant, bien au contraire, alors que certains romans prometteurs justement ne tiennent pas leurs promesses.

 

Citations :

Tu sais comment ça se passe dans ces patelins, dit Maggie. Les gens ne tirent pas leurs rideaux et laissent leurs fenêtres ouvertes. Pour un voyeur, c’est comme d’être un matou devant un bocal de poissons rouges. Plein de bonnes choses à regarder.

 

C’est une journaliste, donc potentiellement dangereuse et incontrôlable.

 

-      Je n’écoute pas les chanteuses qui ont de plus gros seins que moi.

-      -ça doit être vachement silencieux chez toi, alors.

 

Je ne voudrais pas vous vexer, monsieur Schmidt, mais vous n’êtes pas maraîcher, que je sache. Alors, si vous arrêtiez de nous débiter des salades ?

 

 

Brian FREEMAN : Le voyeur. (Première édition : Collection Sang d’encre. Editions des Presses de la Cité 2011). Editions Pocket, thriller. 544 pages. 8,10€.

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14 février 2013 4 14 /02 /février /2013 16:51

Les dessous de Barcelone

 

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Amorès, journaliste en passe d'être viré, est racolé dans la rue par une prostituée, mais celle-ci n'est qu'un travesti. En manque d'affection, ou par besoin de s'épancher, il suit son/sa compagne pour découvrir sous le lit une femme morte.

Carlos Bley est lui plus chanceux. Journaliste également, il sait qu'Alma est aussi un travesti, et s'il la fréquente, c'est en toute amitié. L'accompagnant à cette même chambre de passe, c'est pour tomber entre les pattes des policiers et faire un séjour au gnouf. Le corps de Maria Thérésa Pau, la victime, n'est pas vraiment à sa place dans ce décor d'hôtel de passe situé dans le Pueblo Seco, faubourg de Barcelone. Secrétaire de Juan Sanjuan, Maria Thérésa ne se livrait pas à la prostitution, même si son entrecuisse était accueillant.

Sergi Llor, avocat, conseiller juridique, est invité par ses pairs à enquêter sur ce meurtre qui aurait pour origine une magouille financière. Chacun de leur côté le journaliste et l'avocat vont mener leurs investigations. L'inspecteur Mendez, qui se demande bien pourquoi Carlos Bley s'est fait tabassé dans un terrain vague se met lui aussi sur les rangs et commence à renifler les pistes. Le journaliste qui a été transporté à l'hôpital par Ruben, un orphelin de mère, lui sait d'où viennent les coups.

De Juan Sanjuan lui n'apprécie pas une immixtion dans ses affaires. Marina Volpe, riche célibataire côtoyant les milieux bancaires et politiques, s'érige comme le contraire de Maria Thérésa. Elle ne possède aucune exigence, surtout sexuelle. Une nouvelle victime est retrouvée dans un hôtel louche. Mais Lauri ne cachait pas son état de prostituée adolescente. Llor aménage près de chez Maria Thérésa et se lie d'amitié avec Libertad. Bizarrement, et Llor s'en étonne, Libertad n'effectue le ménage que dans un seul appartement ayant vue sur celui de Maria Thérésa, et lorsqu'elle sillonne le quartier, s'affuble de grosses lunettes noires. En évoquant son enfance et une histoire de chien, Llor découvre qu'il a connu Libertad dans sa jeunesse. Mendez, pressé par son chef qui lui fait miroiter une promotion, s'intéresse à tout ce beau monde, effectue des recoupements, se pose des questions sur la connexion entre cette affaire et une fracture de coffre-fort dans laquelle Alfredo Naranjo, proche de Sanjuan, serait impliqué. Mendez sait délier les langues mais surtout il sait écouter et bientôt il peut reconstituer une partie du puzzle.

Mendez, dont on avait fait la connaissance dans Soldados, paru la même année et Chronique sentimentale en rouge est un inspecteur qui n'attend plus rien de la vie. Avec une dégaine à la Colombo matinée de Pinaud (le Débris cher à San Antonio) il promène sa carcasse dans les quartiers populaires et interlopes de Barcelone. Il n'a pas connu d'érection digne de ce nom depuis trois ans et plus. De toute façon les femmes ne l'intéressent plus. Ce roman est un voyage initiatique dans la capitale catalane mais également un hommage au sexe avec un grand X. Hommage trivial parfois, et rares sont les pages qui n'abordent pas la copulation sous toutes ses formes, avec toutefois une nette préférence pour la fellation. Un hommage qui en devient obsessionnel. Ledesma s'amuse à ponctuer les aléas des journalistes par quelques coups de griffes en apparence anodins.


Franscico GONZALES LEDESMA: Les rues de Barcelone (Las calles de nuestros padres ; 1984 Trad. de l'espagnol: Christophe Josse). Première édition : L'Atalante, Bibliothèque de l'Evasion 1992. Réédition Folio Policier N°206. 336 pages. 7,50€.

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14 février 2013 4 14 /02 /février /2013 10:19

Hommage à Dick Francis, décédé le 14 février 2010 aux iles Caïmans.

 

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Le jeu, comme le poker ou les paris des courses de chevaux, est comme une drogue, et il est souvent difficile, après y avoir goûté, de se débarrasser de cette pratique qui ne mène pas toujours à la fortune malgré les espoirs de ceux qui s’y adonnent.


Dick Francis connaît bien le milieu hippique, puisque lui-même a été jockey renommé. Aussi mettre en scène propriétaires de chevaux, entraîneurs, bookmakers et parieurs n’est qu’un jeu d’enfant pour lui. Dans Gare aux tocards, il soulève le coin du voile sur une pratique qui défie tous les paris. Steven Scott, le narrateur, a tout pour être heureux. Depuis sa plus tendre enfance il invente des jouets, pour la plus grande joie des enfants et pour la sienne puisqu’il assouvit une passion qui lui assure une confortable rentrée d’argent. Depuis quelques années il a investi dans des chevaux de course, avec bonheur, ses poulains ayant déjà gagné des courses. Sa dernière acquisition est sensée devenir un grand champion. Seulement il décide de se séparer de son entraîneur qui l’a filouté. Il ne peut apporter de preuves tangibles et son geste est mal vu de la société guindée du monde des courses. Les remarques désobligeantes ne le troublent guère mais il n’apprécie pas du tout que l’entraîneur félon s’obstine à garder dans son écurie son bien. Alors il va monter un stratagème pour récupérer son cheval, ce qui entraînera des désagréments pour tout le monde. On ne fait pas d’omelette sans casser d’œufs mais il trouvera toutefois une agréable récompense sous les traits d’une jeune américaine.


Pas le temps de s’ennuyer avec ce roman d’un vieux routard qui œuvra longtemps dans la Série Noire avant d’émigrer chez Belfond avant de retrouver une nouvelle jeunesse chez 10/18, pas le temps de s’ennuyer donc dans ce roman dont l’action se déroule à la vitesse d’un cheval au galop. Documenté, mais pas didactique, Gare aux tocards est une fiction, évidemment, mais les pratiques qui sont dénoncées dans ce livre ne peuvent être issues entièrement de l’imagination de l’auteur.


Dick Francis, de son vrai nom Richard Stanley Francis, est né le 31 octobre 1920 à Lawrenny au Pays de Galles fut un auteur de romans policiers et de thrillers dont la majorité de ces romans se déroulait dans les milieux hippiques. Fils de jockey, il est pilote de chasse et de bombardiers durant la Seconde Guerre mondiale. Il devient jockey de steeple-chase à partir de 1948 et porte durant quatre ans les couleurs de la reine Mère. Il remporte plus de trois cent cinquante courses jusqu'en 1957. Suite à une sévère chute il abandonne son métier et se reconvertit dans l’écriture de romans policiers tout en étant chroniqueur hippique, poste qu’il occupe durant seize ans. En 1962, il fait paraître son premier roman policier qui obtient un grand succès et tous les ans durant 38 ans il rédigera un roman qui ont un rapport avec le monde hippique, ses personnages étant issus de milieux divers : artiste ou détective privé, marchand de vin ou pilote d’avion.


Dick FRANCIS : Gare aux tocards. Collection 10/18 N°3162. 208 pages. 6,10€.

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13 février 2013 3 13 /02 /février /2013 16:14

Et les petites filles modèles ne sont pas forcément des mannequins !

 

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Cela devait arriver un jour ! Moussah, le copain de Fitz, est amoureux ! Et Moussah raconte sa belle aventure à Fitz et leur amie Deborah, une enseignante, qui tout comme Moussah est accro à la coke et cliente de Fitz. Moussah leur présente même dans un bar, leur lieu de rendez-vous habituel, Cerise, une magnifique métisse. Et pour lui faire plaisir Fitz accompagne Moussah à un concours de mannequins auquel doit participer Cerise. Cerise Bonnétoile de son vrai nom, mais le porte-t-elle bien, son patronyme ? C’est ce que nous verrons un peu plus loin dans l’histoire.

Donc Fitz accompagne donc Moussah à la présélection en vue de participer au concours organisé par l’agence Podium, et les prétendantes ne manquent pas. Les grandes, les petites, les qui se croient arrivées, sûres d’elles, celles qui ne doutent de rien, même pas sorties de l’enfance, rondelettes et acnéiques, les qui possèdent déjà du bagage en tant que modèles pour des magazines féminins, des qui auraient même effectué des apparitions dans de petits films pornos histoire de montrer leur corps, des timides qui se forcent, mais il y aura peu d’élues. Parmi les prétendantes au diplôme délivré avec parcimonie, Aurélie Dupin, une rousse incendiaire (cliché). Malgré sa balafre sur la joue, récoltée au cours d’une rixe lors d’une précédente aventure, Fitz est resté un don Juan qui attire les regards énamourés. Entre Aurélie et lui s’échange un long regard plein de promesses jouissives. A sa demande elle accepte même de lui donner son numéro de téléphone inscrit sur une carte de visite.

Fitz ne peut pas laisser passer une telle occasion et il se promet de rendre visite à la demoiselle après un délai raisonnable de latence. Aurélie le reçoit avec affabilité, et lui montre même les dossiers qu’elle a soigneusement établis sur les différentes candidates et adversaires potentielles. Une psychopathe aux yeux de Fitz qui ne demande pas son reste et plante la belle dans le luxueux appartement parental.

Moussah est inquiet. Cerise, qui pourtant ne manque pas d’assurance, ne répond pas à ses messages. Une attitude inhabituelle de la part de la jeune femme. D’autant que Fitz apprend par Jessica, son ex qui est commissaire de police, que Cerise a déposé une main courante pour harcèlement par courrier électronique. Et depuis, elle s’est évaporée dans la nature. L’aurait-on enlevée car sa candidature gênerait des rivales ? Faut penser à tout et envisager toutes les possibilités.

En compagnie de ses deux inséparables amis, il s’introduit chez Cerise, comme un vulgaire cambrioleur. C’est le désordre, et cela ne ressemble pas à Cerise, Moussah en est persuadé. De plus son ordinateur s’est fait la belle.

Grand amateur de jeux vidéo en ligne, Fitz lance un appel à ceux qui jouent avec lui. Il recherche quelqu’un qui serait susceptible de pouvoir accéder à la boite mail de Cerise et avoir son mot de passe. Un des joueurs se propose pour l’aider, mais il apparait que ce ne sera pas sans contrepartie. Premier point acquis, Fitz contacte alors le patron de l’agence Podium. Il est surpris d’être reçu par un jeune homme, mais celui-ci connait son métier et accepte qu’il participe à une journée de stage des futurs modèles. Munis d’un appareil photo que le directeur lui a prêté, Fitz assiste à la première journée. Trente candidates, moins une, Cerise, sont là pour montrer leur savoir-faire et tenter de décrocher la timbale pour la dernière étape. Parmi les participantes, Aurélie bien sûr et quelques autres jeunes filles dont il a fait la connaissance lors de la première sélection.

Il profite d’une petite pause cigarette pour discuter à l’extérieur avec Aurélie qui lui affirme, et elle est convaincante, qu’elle n’est pour rien dans la disparition de Cerise, malgré l’avantage qu’elle peut en tirer. C’est à ce moment, Aurélie a regagné l’intérieur, qu’un malotru se montre vindicatif envers Fitz, lui tordant le bras et lui intimant de cesser ses recherches.

Fitz, de son vrai prénom John-Fitzgerald, une envie de ses parents, Fitz noctambule avéré et petit revendeur de drogue est entraîné dans une nouvelle aventure, à son corps défendant. Nous avions fait sa connaissance dans Les talons hauts rapprochent les filles du ciel, et il n’a pas changé. Ses amis non plus d’ailleurs, sauf que Moussah est amoureux. Et malgré les réticences de Fitz à se mêler de ce qui ne le regarde pas, il ne peut abandonner ses amis. Ce qui pour l’auteur est un excellent prétexte à promener le lecteur dans les méandres du mannequinat. Certains y verront des clichés, comme le directeur d’agence homosexuel, mais la réalité quotidienne comporte bon nombre de clichés. Il déshabille l’ambiance des concours qui ressemble presque à un comice agricole.

Selon Aurélie, Fitz est un cas complexe. Beau gosse certes, mais aussi boulet. Vif d’esprit, mais pas très réfléchi. Manipulateur, mais maladroit. De l’autodérision, mais aussi de l’orgueil. Une analyse qui remet les pieds sur terre. Mais Fitz n’est pas moins caustique et il se demande où allait le monde si les tops models avaient aussi un cerveau.


Un roman qui ne manque pas d’humour, alerte, enlevé, sans trop de brutalité ou de violence, un peu toutefois pour justifier le statut de roman policier ainsi que l’enquête menée par Fitz et ses compagnons. De petits coups de griffe sont donnés au passage, notamment à l’encontre des magazines féminins : Dans les magazines féminins, il y a toujours un article qui concerne le sexe. « Comment être une bombe sexuelle », « Comment assurer au lit », « Les orgasmes sont-ils nécessaires dans le couple ? », « Ce que j’ai toujours refusé de faire », « J’ai testé un plan à trois ». Autant de questions philosophiques et existentielles sur le mystère du simulacre de la reproduction.


Une scène particulièrement réjouissante se déroule dans la chambre d’Aurélie, lorsque Moussah est caché dans le placard où la jeune fille range ses vêtements, et que Déborah et Fitz sont couchés sous le lit d’Aurélie. Pourquoi en sont-ils arrivés là, me demanderez-vous avec juste raison ? Pour les besoins de l’enquête bien naturellement.


Ce roman d’Olivier Gay ne rend pas morose, et si l’action se situe dans un univers que l’on peut juger frivole, on n’en touche pas moins du doigt (vous verrez pourquoi en lisant ce roman) un aspect tangible d’une frange de la société sans lesquels la haute couture, la parfumerie, les futilités liées à la mode ou tout simplement des objets d’usage courant et bien entendu les magazines féminins dédiés à la mode ou autre support médiatique et publicitaire n’auraient plus aucune raison d’être. Ce qui mettrait tout de même du monde au chômage !


Olivier GAY : Les mannequins ne sont pas des filles modèles. Le Masque. 360 pages. 15€.

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13 février 2013 3 13 /02 /février /2013 06:44

Bon anniversaire à Max Obione né un 13 février.

 

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Issu d’un accouplement improbable entre Shrek et Obélix, Abel Salinas après avoir été policier s’est reconverti comme détective privé, spécialisé dans les minables affaires de cocufiage.

Bref il végète jusqu’au jour où une enquête qui pourrait se révéler lucrative lui est confiée par un ténor du barreau à la santé déficiente.

Maître Beausang ressent une forme de remord car de tous les nombreux procès qu’il a gagné haut la main et le verbe, un dossier n’a jamais été mené à bon terme. Une tache dans une brillante carrière.

Trois ans auparavant, la cour d’assises de Paris a condamné Edo Gradine, d’origine lituanienne, à dix ans de réclusion perpétuelle, pour le meurtre de Berverly Poulot. Or Maître Beausang est convaincu que l’inculpé n’a pas commis ce crime, d’ailleurs aucun cadavre n’ayant été retrouvé. Abel Salinas va donc remonter la filière, de Bully les mines où a vécu la jeune femme dans une famille d’accueil, jusqu’à Cabourg, en passant par Granville et autres lieux de villégiatures de la côte normande, utilisant ses méthodes personnelles, et son flair de chien pataud.

 

La nouvelle qui complète ce volume, bien qu’elle soit placée sous le signe de Gustave Flaubert, serait plutôt à ranger aux côtés des histoires cauchoises dignes de Maupassant. Avec ce cynisme et cet humour noir qui caractérisait ce chantre de la ruralité normande.

 

Max Obione dans Gaufre royale, dans une écriture bourrue, joue avec le lecteur, passant allègrement du Je au Il, le personnage s’adressant tout autant à lui-même qu’à un imaginaire compagnon, à moins que ce soit le lecteur qu’il prend pour témoin en employant aussi la deuxième personne du singulier, une tournure grammaticale particulière pas forcément recommandée par les profs de français dans la rédaction des compos, mais qui se révèle jouissive à la lecture.

Une gaufre sucrée salée à déguster sans arrière pensée de cholestérol, de diabète, une gaufre normande certifiée bio à déguster sans modération.

 

A lire du même auteur : Scarelife; L'ironie du short; Gun; Mine de rien; Le jeu du lézard.


Max OBIONE : Gaufre Royale. Suivi de Marcel Bovary ou l’épreuve par neuf. Collection Forcément Noir. Editions Krakoen. 200 pages. 9,50€.

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12 février 2013 2 12 /02 /février /2013 07:45

Moi je ne doute pas de mon âge. Quoique, parfois, j’ai l’impression d’avoir trente ou quarante ans de moins. Dans quelles circonstances, vous me permettrez de ne pas le préciser.

 

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La journée commence mal pour le commissaire Montalbano. D’abord il a rêvé qu’il était mort et qu’il assistait aux préparatifs de son enterrement. Ensuite, alors qu’il se rend à son bureau à Vigata, son véhicule est immobilisé, coincé entre deux autres voitures. Il tombe des trombes d’eau et se rendant aux renseignements il rend compte que la voie a cédé sous les caprices météorologiques. La chaussée est coupée par un mini précipice. Le véhicule de tête est sur le point de plonger dans le creux et il aide la conductrice à se dépatouiller.

Vanna Digiulio, la jeune personne en question, est âgée d’à peine trente ans. Ses lunettes en cul de bouteille lui donnent l’air d’un scaphandrier perdu dans un bathyscaphe. Pas vraiment jolie, mais comme elle semble en perdition, Montalbano la prend sous son aile tutélaire. Il l’emmène chez lui afin qu’elle puisse enfiler des vêtements secs, Livia, l’éternelle fiancée de Montalbano habitant sur le continent, disposant d’une garde-robe de rechange. Vanna, qui dit résider à Palerme, se rendait au port, ayant appris que sa tante qui voyage à longueur d’années à bord d’un bateau doit y faire escale.

 

Petit exercice de style afin que le lecteur entre dans l’univers linguistique de Montalbano par Camilleri interposé.

Il areçoit ‘n appel tiliphonique de l’acapitainerie annonçant que l’Havanna vient de signaler qu’il entre au port avec un naufragé à son bord. Enfin, pas lui pirsonnellement en pirsonne mais l’un de ses adjoints qui a une forte propension à déformer les noms propres. Le Vanna a donc arepêché un cadavre gisant dans ‘n canot.

 

Fin de la récréation, et reprenons notre présentation.

Madame Giovannini, propriétaire du yacht le Vanna, est tout étonnée lorsque Montalbano lui parle de sa nièce. Le commandant Sperli itou, mais ils prennent avec philosophie l’annonce. Le cadavre n’est pas mort noyé et l’assassin, ou les assassins, l’ont défiguré avant de le placer dans un canot. Un autre yacht entre dans le port, L’As de cœur, qui s’amarre bord à bord au Vanna. Intrigué par cette histoire de nièce, Montalbano téléphone au numéro indiqué sur l’annuaire et est tout étonné d’apprendre que la dame en question femme est décédée depuis des années.

Le cadavre devait bien demeurer sur l’île, pense-t-il, du moins depuis un certain moment. Et c’est ainsi que le propriétaire d’un hôtel luxueux lui apprend qu’en effet il y avait bien un pensionnaire qui n’a pas donné signe de vie depuis quelques jours. Une ébauche de piste surtout lorsqu’il met la main sur un passeport au nom de Lannec, passeport qui après un examen attentif semble un vrai faux papier d’identité.

Au-delà de l’intrigue, de facture somme toute classique et qui nous change un peu de la production policière actuelle, c’est le rôle dévolu à Salvo Montalbano dans cette histoire qui retient l’attention du lecteur. Osons l’écrire, ce sont les à-côtés qui donnent une dimension humaine à cette fiction, avec les bons moments, l’humour efficace, mais aussi les affaires de cœur dans lesquels il se trouve plongé ou encore la dramaturgie élaborée par l’auteur. Il est attiré par Laura, lieutenant à la capitainerie, un sentiment réciproque, mais combattu par l’un et l’autre.

Les petites tracasseries administratives auxquelles Montalbano est confronté et avec lesquelles il se dépatouille tant bien que mal tiennent aussi une place non négligeable. Sous l’impulsion de la pluie qui s’infiltre dans son bureau, ses dossiers sont trempés, bons à jeter à la corbeille. Et comme tout n’est pas mouillé, il en humidifie le reste afin d’en être débarrassé. Ce qui l’oblige à trouver des échappatoires lorsque le questeur lui demande de les reconstituer. Ou encore lorsque celui-ci, qui est persuadé à tort que Montalbano est marié et possède des enfants, lui demande des nouvelles de sa progéniture. Il joue avec cette méprise, quitte à inventer des imbroglios, des tragédies familiales.

Enfin Montalbano est un grand lecteur, surtout de Simenon, et c’est en se souvenant d’une de ses lectures, Les Pitards, qu’il met le doigt sur le défaut de la cuirasse.

Serge Quadruppani traduit depuis de longues années les romans de Camilleri, respectant autant qu’il peut l’écrit dans la forme et le fond. Certains lecteurs sont agacés par cette démarche, personnellement je trouve cette langue savoureuse. J’ai essayé d’en pasticher un petit paragraphe, mais cela ne reflète que grossièrement le texte du roman. La traduction de Serge Quadruppani est beaucoup plus subtile et aérée.

Dernière petite précision concernant le parler sicilien. Il ne faut pas oublier que les Normands se sont installés en Sicile au XIème siècle, principalement avec l’arrivée de Robert Guiscard, fils de Tancrède de Hauteville, petit seigneur de la région de Coutances. Et j’ai retrouvé certaines similitudes avec le parler normand, principalement celui de la Haute Normandie. En effet, mais peut-être n’est-ce guère plus employé aujourd’hui, les Hauts Normands avaient pour habitude d’ajouter des A au début de certains mots. D’ailleurs, il était courant de dire qu’on était d’Arouen, le pays des Aremorqueurs (on était de Rouen le pays des remorqueurs). Et donc il ne serait pas absurde de penser qu’il reste des traces linguistes de l’implantation normande en Sicile.


Andrea CAMILLERI : L’âge du doute. (L’éta del dubbio -  2008. Traduction de Serge Quadruppani) Editions Fleuve Noir. 256 pages. 20,20€.

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