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13 janvier 2013 7 13 /01 /janvier /2013 13:59

Belles rencontres à Bon-Encontre

 

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La 8ème édition de Polar'Encontre, parrainée par Romain Slocombe (lauréat 2012), aura lieu les 16 et 17 février 2013.

Le programme détaillé des réjouissances est en pièce jointe ci-dessous. L'affiche est Jean-Christophe Chauzy(lauréat 2012).

 

Les invités de cette nouvelle édition sont:

Jean-Michel Armand, Claudine Aubrun, Elena Arseneva , Ingrid Astier, Caryl Férey, Marin Ledun, Elsa Marpeau, Claude Mesplède, Aurélien Molas, Naïri Nahapetian , Sylvie Rouch, Romain Slocombe, Ludo Sterman , Marc Villard.

 

La sélection pour l'attribution du prix calibre 47

Angle mort, Ingrid Astier (Gallimard, Série Noire)

Dans le ventre des mères, Marin Ledun (Ombres Noires)

Dernier refrain à Ispahan de Naïri Nahapétian (Liana Levi)

Dernier shoot pour l’Enfer, Ludo Sterman (Fayard Noir)

Les Fantômes du Delta, Aurélien Molas (Albin Michel)

Mapuche, Caryl Férey (Gallimard, Série Noire)

 

Invités Bandes Dessinées

Laurent Astier, Boris Beuzelin, Laurent Bonneau, Cécil, Jean-Christophe Chauzy, Nicolas Duchêne, Frisco, Lionel Marty, Viviane Nicaise, Nicoby, Stéphane Perger, Jean-Philippe Peyraud

 

La sélection pour le prix BD Polar'Encontre :

"Mako", de Boris Beuzelin (Glénat)

"Holmes", tomes 1-2-3, de Cecil (Futuropolis)

"BIG K" tome 1, de Nicolas Duchêne (Casterman)

"Interpol-Mexico", de Lionel Marty (Dupuis)

"20 ans ferme", de Nicoby (Futuropolis)

"Scotland Yard", de Stéphane Perger (Soleil)

 

Le prix Plumes Noires, en partenariat avec le quotidien Sud-Ouest, sera décerné au lauréat du concours de nouvelles des lycéens (huit classes participantes soit environ trois cents élèves).

 

Toute l’équipe sur le pont dès les lundi 14 janvier et mardi 15 janvier 2013 pour accueillir Ludo Sterman qui interviendra auprès des étudiants de l'université Sud Managment et des lycéens lors des journées De Baudre (Lycée d'Agen).

Le 14 février à 19H, Caryl Ferey sera présent à la médiathèque pour échanger avec le public autour de son œuvre et de son métier d’écrivain.

 

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Published by Oncle Paul - dans Infos
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12 janvier 2013 6 12 /01 /janvier /2013 07:40

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Quatorze nouvelles composent ce recueil, quatorze nouvelles tout en finesse qui nous emmènent sur les traces des fantastiqueurs opérant dans un registre proche du style de Sheridan Le Fanu, Charles Nodier, Dumas, Féval, Maupassant ou Mérimée et autres, lesquels privilégiaient le suggestif feutré à des descriptions grandiloquentes.

Ainsi il faut attendre l’épilogue de la première nouvelle, Les trois sœurs, pour se rendre compte que l’on est plongé dans un univers onirique. Trois sœurs sur un banc, aussi dissemblables les unes des autres que les Pieds Nickelés, assises sur un banc et regardant les gens passer. Trois Parques examinant les allées et venues le soir des touristes le soir, des vivants qui ne savent pas que leur destin va basculer.

Dans Le nom caché, une jeune mère solitaire, une châtelaine parturiente primipare ne veut pas que son enfant sorte de son ventre. Puis quand la nature a accompli son œuvre, elle ne veut pas donner un nom à son nouveau-né. Elle est veuve, le père ne reviendra plus jamais, alors pourquoi perpétuer le souvenir en accolant un nom à ce fils qui ne connaitra jamais son géniteur. Elle passe son temps à scruter la lisière de la forêt puis regagne le château la nuit tombée.

L’allée met en scène tout comme dans Les trois sœurs, trois vieilles femmes également sœurs, qui vivent non loin du village. Mais vit également un écrivain, dont l’inspiration est bloquée. Sa maisonnette est en lisière de la forêt, bordant l’allée qui va recevoir des stands, de simples tréteaux qui accueilleront les ouvrages des écrivains venus dédicacer leurs œuvres.

Des paysans bornés qui ne savent ni lire ni écrire mais prompts à interpréter les signes de la nature, à les déformer, par jeu, par vengeance, par méchanceté, traquent La Recluse. Ils ont poursuivi, attrapé, mis en cage de pierre, une jeune fille qu’ils ont baptisée sorcière. Mais celle-ci leur réserve une surprise.

Anne Morin plante un décor résolument pastoral, souvent dans l’Aveyron, dans lequel la forêt, la campagne, la nature jouent un rôle prépondérant. Avec des châteaux médiévaux, de petits villages en toile de fond, ou faisant partie prenante du récit. La dualité prend aussi une place prépondérante comme dans Arte, avec deux reproductions de tableaux, la Judith d’Artemisia Gentileschi et la Judith du Caravage. Dualité encore dans M. ou la vie manquée, histoire de la maitresse et de sa servante qui possèdent de nombreux points communs.

Des histoires qui flirtent avec l’incertitude et son contraire, avec espérance er désespérance, toujours cette dualité qui s’inscrit dans une quotidienneté normale, ou presque, une dualité qui s’exprime entre hier et aujourd’hui. Un fantastique délicat.

Retrouvez toutes les publications des Editions de la Clef d'argent sur  leur site.
Anne MORIN : La vie tranchée. Recueil de Nouvelles. Collection KholekTh N°20 ; éditions La Clef d’Argent. 126 pages. 10€.

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11 janvier 2013 5 11 /01 /janvier /2013 06:44

Toute connotation sexuelle est à exclure !

 

petite porte


« De ma vie, je n’ai connu que deux femmes que j’ai eu la bonne fortune de considérer comme des dames. Amalia est la seconde. Mais il se trouve qu’elle est noire, Félix, et parce qu’elle est noire, elle n’entrera jamais par cette porte. Pas tant que je serais vivant. Parce que, vois-tu Félix, je n’ai pas écrit les règles. Je les ai trouvées en naissant, et je les laisserai en mourant. On les changera, bien sûr ; on les changera, et bientôt, j’espère. Mais ce ne sera pas moi qui les changerai ».

Ainsi s’exprime Frank Laurent, le maître du domaine où poussent maïs, coton, canne à sucre et autres plantes du Sud, s’adressant à Félix son vieux serviteur qui passe ses journées à limer, à aiguiser, à affuter les outils agraires. La porte, c’est la grande porte, la porte d’entrée officielle, réservée aux invités, aux Blancs. Les autres doivent emprunter la petite porte, celle dite de service, réservée aux fournisseurs, aux ouvriers agricoles, aux serviteurs, et même à ceux qui sont issus de relations entre une esclave ou une affranchie et le propriétaire de l’exploitation.

Et Franck, le Maître, refuse non pas de recevoir Copper, le métis, mais il lui interdit de passer par la grande porte. Après des années vécues loin du domaine, Copper revient dans la plantation où il est né et il argue de son bon droit : n’est-il pas le fils de Walter Laurent, le neveu de Franck Laurent ? Une filiation que revendique Copper qui veut qu’on l’appelle Général Christian Laurent, et qui inspecte les végétaux qui poussent sur les terres. Franck n’en démord pas et envoie des hommes afin de mettre à la raison son neveu.

Un bras de fer s’engage entre les deux hommes, chacun se retranchant derrière son bon droit, l’un ayant la loi, le droit séculier pour lui, même s’il regrette une législation obsolète, l’autre arguant de sa filiation même si sa couleur de peau n’est pas celle du maître. Un bras de fer entre deux hommes fiers de leurs origines et qui n’en démordent pas d’un iota. L’orgueil prévaut et nul ne veut céder, même si Frank Laurent implicitement se rend compte qu’il est assujetti à une règle injuste à laquelle il ne veut pas déroger.

Et c’est toute la ségrégation raciale entre Blancs et Noirs, réduite à deux hommes qui s’affrontent, qui est ici mise en exergue sans jugement de la part de l’auteur. Ernest J. Gaines se contente de décrire une situation, sans violence, sans acrimonie, mais avec force. Un court roman qui n’est pas une revendication, mais comme la photographie de la ségrégation raciale, une condition navrante qui perdure malgré toutes les déclarations démagogiques d’hommes politiques (pas tous heureusement) qui raisonnent en être supérieurs et êtres inférieurs.

Si Ernest J. Gaines, qui a été surnommé le Faulkner noir, plante le décor de ses romans dans le Sud, la Louisiane, chez les Cajuns dans la ville fictive de Bayonne non loin de Bâton-Rouge, dans une période qui oscille entre les années 30 et 70, ce n’est pas par hasard. Lui-même est issu de cette région et a vécu de près ou de loin les scènes décrites, ramassant à neuf ans des pommes de terre dans une plantation, et sa mère repartant aux champs seulement deux ou trois jours après sa naissance, car la saison de la canne à sucre battait son plein. Personnellement je le rapprocherais plus d’Erskine Caldwell, l’auteur entre autre de « Le p’tit arpent du Bon Dieu » et « La route au tabac », avec une sobriété efficace de l’écriture. Mais quel que soit l’auteur auquel on pourrait le comparer, Ernest J. Gaines est et reste Ernest J. Gaines.


A lire du même auteur :  Colère en Louisiane.


Ernest J. GAINES : Par la petite porte (Bloodline – 1976 ; Traduit de l’américain par Michelle Herpe-Voslinsky). Collection Piccolo 71 ; Editions Liana Lévi. 112 pages. 6,10€.

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10 janvier 2013 4 10 /01 /janvier /2013 14:28

Moi, j'aime pas le chaos, mais l'ordre oui  !

 

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On peut très bien être atteint d’un cancer incurable et foudroyant et ne pas en mourir.

Le docteur Mignaud, parvenu à l’âge de la retraite et atteint d’un cancer incurable, et sa fille Nathalie passionnée par l’Egypte, doivent participer à un dîner d’affaires en compagnie de Simon Carpentier, vingt ans de plus que la jeune femme. Nathalie espère l’épouser mais Simon est réticent, tout comme le docteur. Simon est en retard au repas, mais le principal intéressé, Franck Matthieu de la banque privée Victoria, est lui bien présent. C’est leur première rencontre, malgré que le compte bancaire soit ouvert depuis plus de quinze ans. Le docteur et sa fille apprennent avec stupéfaction qu’ils sont en possession d’un compte bancaire d’un montant de vingt millions d’euros. A l’origine il n’était que de quatre, soit une belle progression inespérée. En effet, ce compte est composé de valeurs pétrolières, une fortune confiée par la mère de Nathalie. Nathalie doit entrer en possession de ce pactole le soir même.

C’est le soir des révélations. La mère de Nathalie n’est pas décédée comme elle le croyait depuis des années, mais incarcérée aux USA pour meurtre. Le docteur Mignaud était rentré avec sa fille en France peu après que sa femme ait défenestré son amant, ou supposé amant. John Terry, spécialiste des marchés financiers était associé avec Cécile la femme du docteur Mignaud. Sur ses conseils elle avait ouvert un compte en 1990, dans l’agence de la banque Victoria de Los Angeles, avec dix mille dollars. Depuis cette somme a proliféré, selon des ordres de bourse édictés quinze ans auparavant. La mort par défenestration de John Terry est une énigme. Pourtant Cécile n’a rien fait pour se disculper, déclarant uniquement à son mari, avant d’être envoyée en prison, Je t’aime, je n’ai pas eu le choix.

Simon arrive enfin, en retard, ce qui n’empêche en rien le docteur de converser avec le banquier. C’est ainsi que sont évoquées les jeunes années californiennes de Nathalie, son amour du dessin, et ses représentations sur papier d’êtres humains placés de profil, le tout accompagné de légendes ressemblant à des hiéroglyphes. Simon avait promis à Cécile de veiller sur Nathalie et si Mathieu a été choisi c’est grâce à un mémoire qu’il a écrit lors de la fin de ses études. Nathalie porte en sautoir une clé qui pourrait ouvrir un coffre bancaire. Nathalie préfère rester avec Simon afin de mettre ses idées au clair, ainsi que Franck, tandis que le docteur décide de rentrer chez lui.

 

Pendant ce temps, à Londres, dans un service officieux des renseignements britanniques, le PSY 7, c’est l’effervescence. Le PSY 7 est une agence en marge des services officiels dont le personnel restreint est issu du privé et qui est dirigé par le colonel Monroe. Un message électronique avec en en-tête 37 -29 Fructidor, envoyé par un correspondant français anonyme, est adressé à un homme d’affaires d’origine égyptienne, soupçonné appartenir à un réseau islamiste.

L’homme, nommé Benjani, est à la tête d’une fortune estimée à cent millions de livres sterlings, provenant de transactions et de surfacturations. Il gère des sociétés pétrolières de petites tailles mais dont l’emplacement est stratégique. Ancien enseignant dans une école privée religieuse, copte et gnostique. Or les coptes sont chrétiens, ce qui est à-priori une anomalie, ceux-ci ne commerçant pas avec des musulmans. Monroe envoie Julie, un de ses agents, lesquels possèdent tous des attributions particulières, en Egypte. Elle est accompagnée par un militaire et doit être réceptionnée par le colonel Masri.

 

Alors que le docteur veut démarrer sa voiture, celle-ci explose. Le commissaire Dupuis, du XVIIe arrondissement, alerté par la déflagration, pense immédiatement à un attentat terroriste. Dans le restaurant, Franck prend les choses en main. Simon, blessé, est emmené à l’hôpital tandis que Nathalie est confiée à l’infirmerie du commissariat. Dupuis révise son jugement, et interroge la jeune femme ainsi que Franck qui l’accompagne. C’était bien le docteur Mignaud qui était visé ainsi que Nathalie.

 

Benisad, le bras armé de l’Ordre du Temple, est désolé d’avoir raté en partie sa mission. Seul le toubib est décédé alors que Nathalie était elle aussi visée. L’ordre du Temple est une faction secrète de la Franc-maçonnerie, mais dont les tentacules se prolongent aussi bien en Europe, qu’au Moyen Orient ou aux USA.

 

Or justement c’est cet aspect qui interloque le colonel Monroe qui décide d’envoyer deux agents à Paris, surtout lorsqu’il apprend l’attentat perpétré envers le docteur. Au Caire Julie elle aussi se rend compte qu’il y a conjonction avec la Franc-maçonnerie, découvrant des textes écrit en langage ancien que nul ne peut décrypter. A l’école copte où ils se sont rendus ils échappent miraculeusement à une fusillade. A Paris Franck et Nathalie, échappant aux policiers, découvrent les fameux dessins cachés chez Simon. Ils parviennent une fois de plus à filer à la barbe et au nez des policiers. Un lien parental entre Nathalie et le général Desaix qui a créé l’Institut d’Egypte et découvreur de la pierre de Rosette. Aux USA, le responsable de la CIA, Bob Kenwell, alerté par l’attentat, est prévenu que deux autres agents du SPY 7 se rendent sur le territoire américain. Les ordinateurs sont piégés par des virus ou des bombes. Des meurtres ponctuent les différentes enquêtes.

 

Bavardages et papotages sont les deux mamelles qui alimentent ce roman qui pourtant possède parfois certaines fulgurances. L’histoire se décline entre le vendredi à partir de 17 heures et le lundi 7 heures. Elle est entrecoupée par des intrusions dans l’antiquité égyptienne, à Thèbes, au temps de Néfertari. La partie thriller est vivante, mais celle consacrée à l’ésotérisme se traîne quelque peu en longueur. Outre la Franc-maçonnerie, ou tout au moins la partie secte secrète, dont la devise est Ordo ab chao (ordre et chaos), référence est faite à Eleusis, école initiatique de la Grèce antique et dont le but était d’intégrer les hautes fonctions de l’état, devenant le vivier des hommes d’état de l’époque. Or il est démontré que tous les gouvernements sont gangrenés par des pions mangeant dans la main des responsables de cette secte. Qui plus est, ces personnages mystérieux, Monroe et Dupuis l’apprendront avec stupeur, sont des hommes âgés, centenaires et plus, alertes, à l’intelligence acérée, vive, et au physique dénué d’handicap lié à la sénilité. Une résurgence du mythe de l’immortalité du comte de Saint-Germain. Les protagonistes sont transcendés par cette enquête, à l’instar du banquier Franck Mathieu, qui vivotait tranquillement, et devient un individu n’ayant pas froid aux yeux, se montrant volontaire, transformé par l’enjeu et la belle Nathalie.

Je dois avouer que par deux fois, j’avais entamé ce roman, avant de le reposer vers la page 200. Et puis, titillé par l’histoire, et désireux d’en connaitre la trame jusqu’au bout, je m’y suis attelé avec obstination, me forçant parfois à continuer. Certains passages m’ont paru inutiles, mais d’autres se sont révélés passionnants. Alors, de mon simple avis de lecteur, je crois que ce roman aurait mérité d’être dégraissé. Mais les passionnés d’ésotérisme y trouveront largement leur compte.

 

 

Orson SINEDY : Ordo ab Chao. Editions Pascal Galodé. 700 pages. 24,90€.

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10 janvier 2013 4 10 /01 /janvier /2013 09:09

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A l’époque où l’individualisme, prôné par des hommes politiques, est devenu le maître mot, la valeur de ceux qui réussissent, la solidarité ne sera jamais un vain mot. Je ne parle pas de la solidarité entre nations lors d’événements climatiques dramatiques, lors de catastrophes humanitaires. Ni de la solidarité nationale lorsqu’il s’agit de mettre la main à la poche pour aider de grandes causes médicales, surtout lorsque ce sont les moins riches qui donnent le peu qu’ils possèdent. Ni de la solidarité des musiciens qui enregistrent un disque pour telle ou telle cause, et dont certains participants au nom tombé dans les oubliettes espèrent grappiller une part du succès et un retour en grâce. Non je pense à cette poignée d’hommes qui pour sauver un frère de sang s’accusent d’un crime qu’ils n’ont pas commis comme dans Colère en Louisiane de Ernest J. Gaines.

Se déroulant à la fin des années 1970, ce roman polyphonique a pour décor les environs du bourg de Bayonne, non loin de Bâton-Rouge et plus exactement une plantation où vivent dans des baraquements des Noirs.

Beau Boutan, le contremaître brutal de la plantation Marshall, vient d’être abattu. Tout accuse le vieux Mathu, mais Candy l’héritière ne veut pas qu’il soit emprisonné par Mapes le Sheriff, et encore moins la proie de Fix, le grand frère de Beau. Car elle sait qu’en guise de vengeance celui-ci pendra haut et court un vieux Noir sans défense. Alors elle rameute le ban et l’arrière-ban de tous ceux qui vivent sur la plantation, même ceux qui résident à quelques kilomètres de là.

Lorsque le Sheriff arrive, il est confronté à une vingtaine de vieillards, tous armés d’un fusil calibre 12, comme celui de Mathu, et ayant tous tirés des balles de 5. Candy s’accuse mais les autres aussi, chacun ayant sa propre explication pour justifier son présumé geste meurtrier. Ils entament chacun leurs récriminations, envers Beau et Fix en tête car tous ont eu à subir avanies, humiliations, vexations, mortifications dans leur chair et celle de leurs familles. Mapes sait pertinemment qu’on lui ment, mais il écoute car lui aussi redoute l’arrivée de Fix et peut-être le carnage qui pourrait s’ensuivre. Car tous ces vieux Noirs, s’ils possèdent un fusil, souvent pour aller à la chasse, ne s’en servent que rarement et loupent la plupart du temps leur gibier.

Mais quand d’anciens esclaves, habitués à courber l’échine devant les Blancs, à se laisser battre pour un oui ou pour un non, se révoltent, qu’ils se serrent les coudes, alors ils deviennent des Hommes et non plus du bétail, malgré ceux qui les considèrent toujours comme des moins que rien, ces Blancs qui veulent appliquer la loi de Lynch, à la rigueur les passer à la chaise électrique. Des personnes imbues de leur prétendue supériorité comme Luke Will qui va avec sa petite bande les défier à la place de Fix qui jette l’éponge sous les arguments de son jeune frère Gil qui à l’université s’est lié d’amitié avec Cal. Un Blanc et un Noir amis, jouant tous deux au football et qui s’entendent comme larrons en foire sur le terrain, si bien qu’ils ont été surnommés Poivre et Sel.

Dans Colère en Louisiane, ce sont quinze voix qui s’expriment, qui narrent les faits, de la fin de la matinée où tout se déclenche jusqu’au bout de la soirée qui voit son épilogue. Chacun raconte à sa façon, avec ses mots, avec ses tripes, ses rancunes, ses inimitiés, ses incertitudes, qu’il appartienne à un clan ou à un autre, les événements.

Les passions sont exacerbées, les haines se développent au grand jour, résurgence d’un chancre entretenu par le Klan encore aujourd’hui, ou soubresaut d’un animal en fin de vie. Mais tant qu’il restera un souffle, si minime soit-il, il se trouvera bien un quidam ou un homme politique, pour le réanimer et souffler sur les braises du racisme et de la ségrégation.


Ernest J. GAINES : Colère en Louisiane. Collection Piccolo n° 30. Editions Liana Levi. (A gathering of Old Men – 1983. Traduction de Michelle Herpe-Voslinsky). 288 pages. 10,15€.

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9 janvier 2013 3 09 /01 /janvier /2013 11:57

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Depuis son enlèvement et sa longue séquestration, Annie ne va pas bien. Pas bien du tout même. Elle a rencontré plusieurs psys mais leur façon de procéder la rebutait, l’enfonçait dans sa déprime. Quatre mois après son évasion, elle décide, peut-être en dernier recours, de s’adresser à une thérapeute féminine, et dès le premier abord elle se sent en confiance. Son aventure est connue de tous mais afin de pouvoir se reconstruire, mentalement et physiquement, elle va la narrer au cours de séances qui se déclinent comme autant de chapitres.

Agent immobilier sur l’île de Vancouver, âgée de trente-deux ans, Annie O’Sullivan vient encore de se disputer au téléphone avec sa mère. Un incident de plus car depuis l’accident qui a coûté la vie à son père et sa sœur aînée, alors qu’elle n’avait que douze ans, entre Annie et sa mère les accrochages sont nombreux. De plus, malgré un nouveau mari, sa mère se remonte le moral à l’aide de bouteilles de vodka. Et ce ne sont pas les relations tumultueuses et empreintes de jalousie entre sa mère et tante Val qui arrangent les choses. Que dire aussi de l’oncle Dwight qui végète depuis des années en prison pour diverses délinquances. Annie doit retrouver pour la soirée son petit ami Luc. Et dans son entourage gravitent Christina, son amie d’enfance, elle aussi agent immobilier dans une grande structure et surtout sa chienne Emma.

Annie s’apprête à remballer ses affaires, la journée portes ouvertes finissant, lorsqu’un homme s’introduit dans la maison qu’elle doit faire visiter à d’éventuels clients. Il a l’air affable, le sourire enjôleur, dit se prénommer David, et se montre fort intéressé. Seulement au moment de sortir il braque dans son dos un revolver et l’oblige à se coucher dans sa camionnette. Il lui injecte avec une seringue un produit dans la cuisse et voici Annie transportée au pays du sommeil.

Lorsqu’elle se réveille elle est dans une cabane, et tout est bouclé. Les volets sont fermés, les tiroirs fermés avec des cadenas. Elle est séquestrée et Le Monstre comme elle le surnomme n’est plus l’aimable éventuel client. Bipolaire il se braque pour un rien, tout à tour gentil puis brutal, tendre puis violent. Il connait beaucoup de choses sur Annie, ses drames familiaux et possède une photo d’elle. Surtout il l’oblige à observer, à respecter des rituels qu’il a édicté et qui sont parfois dégradants. Manger, se laver, uriner ou déféquer à heures fixes et régulières. Et puis il la viole, dans l’espoir lui affirme-t-il d’avoir un enfant. Ce n’est que lors de leurs relations, qu’Annie accepte à contrecœur en ayant l’espoir d’améliorer sa situation et de l’amadouer, qu’il ne se montre pas sadique et agressif.

Mais lorsqu’elle parvient à s’évader, elle se trouve plongée dans un autre univers qui l’enferme dans la parano. Les journalistes, les producteurs de cinéma la harcèlent. Ses relations avec Luc, avec Christina ont évolué. Ses rapports avec sa mère sont toujours aussi tumultueux. Seule sa chienne Emma lui démontre sa fidélité, sa joie de la revoir, lui apporte le secours moral dont elle besoin. Il lui faut se reconstruire, oublier les rituels imposés.

 

Le lecteur participe en spectateur attentif aux séances chez la psy, chaque chapitre correspondant à une séance et comme la thérapeute se trouve en retrait. Comme une confession qui alterne passé et présent, où le sordide, le pathétique, l’émouvant, la colère se chevauchent, une séquence en expliquant une autre. Tous les personnages qui composent ce drame, ce mélodrame devrais-je dire, recèlent tous une fracture familiale qui influe sur leurs caractères, leurs comportements et leurs décisions. Un roman bouleversant, trop parfois car on a l’impression d’assister à une accumulation d’aspects aux traits par trop appuyés destinés à marquer le lecteur.

La force de Chevy Stevens, elle-même agent immobilier sur l’île de Vancouver, est de monter une intrigue à l’engrenage implacable, sans s’étendre justement sur ce qu’elle connait, sur son métier, sur le décor, s’attachant à être l’unique narratrice du roman, comme si elle était la première concernée, comme si elle racontait sa propre histoire.


Chevy STEVENS : Séquestrée. (Stille Missing – 2010. Traduit de l’américain  par Sébastien Danchin. Réédition des éditions de l’Archipel. Réédition de La Cabane de l’enfer, éditions France Loisirs). Editions Pocket. Collection Thriller/Policier. 384 pages. 7,20€.

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8 janvier 2013 2 08 /01 /janvier /2013 15:31

En direct de Glasgow...

 

ilfauttuerlewiswinter[3]


Ne jamais descendre une cible qu’on n’a pas besoin de supprimer.

Tel est le crédo de Calum MacLean, tout juste vingt-neuf ans, tueur à gages indépendant. Un métier, une vocation, un sacerdoce, qu’il applique à la lettre. Et lorsqu’il doit effectuer un effacement, il prépare tout minutieusement, ne laissant rien de côté, étudiant les lieux, les habitudes de son objectif, afin de ne pas se faire repérer lors de ses repérages, de ne pas laisser d’indices. Tout ce qu’un tueur honnête et consciencieux devrait appliquer à la lettre s’il veut réussir dans son entreprise.

John Young, de l’organisation Peter Jamieson, contacte Calum, car leur tueur attitré, Franck MacLeod, ne peut assurer le contrat, suite à une opération de la hanche. Alors Young a pensé à un intérimaire comme Calum qui est vierge sur les fichiers de la police.

Lewis Winter, un dealer sans véritable grande ambition affichée, commence à gêner l’organisation dirigée par Jamieson. C’est un gagne-petit dont les succès ont été immédiatement balayés par des échecs retentissants. Un gars banal, oscillant entre la quarantaine et la cinquantaine, les tempes grisonnantes, luttant pour rester plus ou moins svelte, l’allure fatiguée, comme au bout du rouleau. Apparemment un contrat aisé à réaliser mais il ne faut pas se fier justement à la facilité.

Avant le Jour J, ou plutôt la Nuit N, Calum étudie le mode de vie nocturne de sa proie. Lewis Winter vit avec Zara Cope, une belle femme beaucoup plus jeune que lui, mère d’une petite fille gardée par ses grands-parents. Lewis n’est pas habitué à sortir pourtant elle l’entraîne dans des boites de nuit le soir, et lorsqu’ils rentrent ils sont passablement éméchés et souvent accompagnés de personnes rencontrées fortuitement dans ces lieux où l’alcool coule à flot. Calum pense que le mieux serait d’être accompagné, au cas où un impondérable se produirait. C’est ainsi qu’il fait appel à Georges, un camarade avec lequel il a déjà réalisé quelques contrats. Un associé en quelque sorte en lequel il a toute confiance. Enfin, le grand soir se profile.

Les deux amants font appel à un taxi qui les conduit dans un club. Calum et Georges les suivent mais n’entrent pas dans la boite. Ils se contentent d’attendre la sortie de Lewis et de Zara. Peu après minuit, Lewis et Zara ressortent. Lewis est manifestement ivre et un jeune homme aide Zara à le mettre dans un taxi. Puis ils rentrent chez eux. Calum et Georges enfilent des vêtements appropriés, s’encagoulent et s’introduisent avec fracas dans le pavillon. Zara est nue, et son amant d’un soir est paniqué. Calum tue Lewis qui dort, complètement bourré, sur son lit dans la chambre située au premier étage, tandis que Georges tient les deux amants en respect. Un travail propre et une sortie digne.

Le premier arrivé sur place est Paul Greig, un policier dont la conscience n’est pas nette. Mais il s’en accommode. Zara a déjà préparé son petit scénario. Elle est apparemment éplorée. Stewart, son amant d’un soir, est reparti par les arrières du pavillon, emmenant avec lui une boite à chaussures qu’elle lui a confiée. Le contenu est composé de drogue et d’argent, un trésor qu’elle récupérera plus tard. Fisher, l’inspecteur chargé de l’enquête sent qu’il s’agit d’une mise en scène et s’évertue à faire parler Zara.

Pendant ce temps, Calum pourrait couler des jours heureux, si l’organisation Jamieson n’était pas confrontée à des problèmes de jalousie entre bandes rivales.

 

Le lecteur est invité à participer comme témoin, assisté, à cette histoire. Il se coule dans la tête du tueur ainsi que dans celle des divers protagonistes. Il est associé à une introspection intéressante, à partager les pensées des personnages, à s’immiscer entre le moi et le il. Il suit principalement les pensées du tueur, mais aussi celles de Zara, de Winter et des autres acteurs, comme s’il assistait à un cours en direct, chaque action étant décrite, raisonnée, méditée à voix haute. Le Il de la description laisse place au On ou au Tu. Les phrases sont sobres, incisives, directes, dénuées de tout délayage intempestif. Un peu comme si l’auteur énonçait parfois ce qu’il faut faire ou ne pas faire pour réaliser un contrat. L’auteur se mue en professeur.

Un livre prenant, à la tonalité scandée, slamée pour utiliser un mot à la mode, différente et distanciée.


Malcolm MACKAY : Il faut tuer Lewis Winter (The necessary death of Lewis Winter – 2013. Traduction de Fanchita Gonzales Battle). Editions Liana Levi. 240 pages. 17€.

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8 janvier 2013 2 08 /01 /janvier /2013 09:38

Un oubli dans ma hotte…

 

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Si comme moi, vous recevez à Noël des cadeaux qui ne vous font particulièrement bondir de joie au plafond, je vous suggère d’inciter vos amis, vos proches, vos parents à vous offrir ce copieux ouvrage de Noël (ça ne s’invente pas !) Balen. 800 pages bourrées d’infos avec des bonus indispensables comme ce compact disc comportant 20 titres éclectiques sur lequel se côtoient des artistes de tendances diverses, d’époques différentes, en cohésion avec la progression de la lecture du texte et en concordance avec les chapitres développés d’une façon rigoureuse et attrayante. Il existe plusieurs façons d’aborder un tel ouvrage copieux. Commencer par la première page et finir par la fin, méthode classique. Ou mieux, d’une façon plus ludique, se précipiter sur l’index, afin de rechercher la fiche de tel ou tel musicien, se jeter avidement sur la discographie, la vidéographie, ou piocher, grappiller au hasard des pages, compulser plus précisément tel ou tel chapitre qui semble le plus attrayant selon sa propre sensibilité musicale, sans oublier d’apprécier l’indispensable iconographie.

Ayant procédé selon la seconde méthode de lecture, j’ai été déçu de ne trouver le nom de Claude Luther qu’à deux reprises, glissé entre ceux de musiciens accompagnateurs. Mais Noël Balen avait prévu cette frustration, précisant dans son avant-propos « Combien de héros obscurs, de partenaires oubliés, de seconds couteaux dans l’ombre des premières lames, d’artisans consciencieux et de bâtisseurs discrets, combien de musiciens qui ne seront pas cités ou se verront à peine mentionnés dans les pages suivantes ? Il ne pouvait malheureusement en être autrement sous peine d’assener une somme encyclopédique et fastidieuse. La clarté et la simplicité étaient au pris de cette injustice ».

Au moins je ne peux que reconnaître une objectivité et une honnêteté auprès du lecteur amateur, éclairé ou non. Petit aparté, Monsieur Balen, et si vous écriviez une odyssée du jazz français ? Revenons à cet ouvrage qui ne se limite pas à des généralités souvent émises dans les essais consacrés aux origines de cette musique devenue universelle, multiple, complexe. En effet l’auteur ne se contente pas de considérations trop souvent évoquées sur les planteurs de Louisiane et états limitrophes mais débute son odyssée de la conquête de l’Amérique et de l’importation massive d’Africains, de « Bois d’ébène », en Amérique du Sud, aux Antilles puis dans les états du sud des Etats-Unis, afin de pallier le manque de main d’œuvre, les indigènes ayant été décimés par les invasions, les maladies, les génocides.

Quelques pages qui éclairent ce contexte douloureux toujours d’actualité, une petite partie de l’humanité imposant sa force, sa loi, ses religions, mais je m’égare. Du negro spiritual et gospel song au rhythm’n blues, soul music et funk et rap, en passant par le blues, le ragtime, le new orleans, le swing le be-bop, le free jazz, le jazz fusion, tout est passé à la moulinette, tout est disséqué, tout est expliqué, avec de très nombreuses fiches d’artistes qui revivent sous les doigts passionnés de l’auteur. Un ouvrage didactique, sobre, sérieux, concis, dense qui ne manque pourtant pas de lyrisme. Les artistes, renommés ou petits maîtres, souvent oubliés alors qu’ils participent à la vie du band, de l’orchestre, de la formation, apportant un soutien au soliste, au leader, sont présentés avec rigueur, sans emphase mais aussi sans opprobre, sans déni.

Une justesse de ton qui reconnait les faiblesses mais également les valeurs, et alors que souvent j’ai lu des ouvrages dans lesquels, par exemple, Lil Hardin, la pianiste qu’épousa Louis Armstrong, jouait comme un pied, ce dont je n’avais pas été convaincu ou choqué en écoutant les enregistrements réédités, ici Noël Balen lui trouve au moins deux qualités : honnête musicienne et femme de caractère dont l’influence fut capitale sur la carrière du trompettiste.

Milton Mezz Mezzrow, trop souvent décrié, alors que Noël Balen lui concède de modestes talents de musicien, ce qui ne dérangeait pas forcément Sidney Bechet puisque à plusieurs reprises il fit appel à lui dans ses formations, ou encore Zutty Singleton, le batteur vieux compagnon de route de Sidney Bechet qui lui aussi est trop souvent négligé (Ah ce merveilleux morceau que Drum Face  que j’ai découvert à la fin des années 60 dans une compilation !). Et les références à ces sidemen obscurs ne manquent pas.

Un ouvrage indispensable à placer près de sa collection de compact-disc ou de ses vinyles, bonnes vieilles galettes 33 tours et pourquoi pas 78 tours, et à compulser, consulter, feuilleter fréquemment, avec toujours un plaisir renouvelé, à la recherche de la moindre information qui décuplera l’enchantement auditif.

Noël BALEN : L’odyssée du jazz. 6ème édition. Novembre 2012. Editions Liana Lévy. 800 pages. 28€. Un CD offert.


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7 janvier 2013 1 07 /01 /janvier /2013 07:41

Comme disait ma Grand-mère, regarde, il fait beau dehors ! Profites-en ! Pose-ton livre et va donc à la Bilipo !

 

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La Bilipo organise régulièrement rencontres, expositions, conférences, manifestations autour d’un thème. Vous trouverez ci-dessous les deux prochains événements, une info de la Bilipo.


Samedi 12 Janvier à 16 heures.

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Très tôt, avec sa gravure Ombres nocturnes (1921), le peintre américain Edward Hopper a été associé à l'univers du roman noir et du polar. Plongées nocturnes dans des intérieurs vivement éclairés, immeubles aux stores à demi baissés, cadrages d'une solitude urbaine, et bien sûr, le chef d'œuvre qu'est Nighthawks (1942) présent à la rétrospective du Grand Palais, qui évoque les films de gangsters, ont incité à de nombreux rapprochements entre sa peinture et la littérature policière, mais aussi le cinéma des années 30-50. On sait que Hitchcock s'en est inspiré à plusieurs reprises, et notamment dans Psychose.

Dans son livre, Jean-Pierre Naugrette joue de ces liens étroits pour tisser une fiction originale, dans laquelle un photographe, ami, collaborateur et double du peintre, est pris à son insu dans une intrigue à la fois policière et picturale qui le dépasse, et se déroule au sein de l'univers étrange des tableaux de Hopper.

Conférence de Jean-Pierre Naugrette, professeur à Paris 3, ancien élève de l'École normale supérieure, spécialiste et traducteur de Robert Louis Stevenson et de Sir Arthur Conan Doyle. Il est l'auteur de cinq romans policiers, dont le dernier, Exit Vienna, qui porte sur les dernières années de Freud, a paru au Visage Vert en 2012. Il vient de publier Edward Hopper, Rhapsodie en bleu aux Nouvelles éditions Scala, à l'occasion de l'exposition Hopper du Grand Palais, qui se présente comme une fiction policière sur le peintre.

 

Samedi 9 février à 16 heures.

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Gueux, mendiants, misérables, prostituées, criminels, aliénés, détenus, bagnards, peuplent de leurs figures hideuses, pour partie réelles et pour partie fantasmées, l’envers ou les dessous de notre société. Ils en sont le repoussoir, la « part maudite », mais aussi l’une des lignes de fuite symbolique et sociale. Car s’ils disent des réalités - la pauvreté, le crime, les transgressions –, ces « bas-fonds » constituent aussi un imaginaire qui traduit tout autant nos inquiétudes et nos anxiétés que certains de nos désirs.

C’est à l’exploration de cet imaginaire que s’est attaché Dominique Kalifa. Il montre comment les bas-fonds naissent dans l’Europe bouleversée du xixe siècle, mais empruntent à une tradition où se mêlent les figures bibliques – Sodome, Babylone –, les mauvais pauvres de la tradition chrétienne et la Cour des miracles. Des « mystères » de Paris à l’underworld victorien, des bas-quartiers de New York aux trottoirs de Buenos Aires, Dominique Kalifa décrypte la fabrique d’un regard qui n’a cessé de nous fasciner. Ces histoires qui hantent nos consciences ont-elles pris fin aujourd’hui ? Les contextes ont changé, mais les débats sur l’underclass, les images du cinéma contemporain ou la culture steampunk montrent que l’ombre des bas-fonds rôde toujours autour de nous.

dominique kalifa, professeur à la Sorbonne, est l’auteur d’une dizaine d’ouvrages consacrés à l’histoire du crime, des transgressions et de la culture de masse. Il enseigne également à Sciences-Po et à la New York University.

 

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Informations pratiques

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48/50, rue du Cardinal-Lemoine

75005 PARIS

tél : 01 42 34 93 00

Métro Cardinal-Lemoine (ligne 10) ou Jussieu (ligne 7 et 10)

Bus 47 (arrêt Cardinal-Lemoine) ou 89 (arrêt Cardinal-Lemoine/Monge)

Horaires : du mardi au vendredi de 14 heures à 18 heures et le samedi de 10 heures à 17 heures

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Catalogue des bibliothèques spécialisées

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6 janvier 2013 7 06 /01 /janvier /2013 14:58

Comme un ouragan, chantait Stéphanie de …

(je vous laisse compléter)

 

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Fils d’un immigré espagnol devenu agriculteur à Saint Julien, Antoine affiche sa cinquantaine en solitaire. Il n’est pas malheureux mais pas heureux non plus. Il vit. Le décès accidentel de ses parents lui fournit l’occasion de participer à un voyage organisé aux Baléares. C’est là qu’il rencontre Bahia, chanteuse dans un boui-boui attrape-nigauds à touristes.

Il ramène la quadragénaire à la peau sombre et au corps avenant dans ses malles et l’installe à la ferme, fier de cette extraterrestre (pour les villageois) salvatrice (pour lui) qui lui fait goûter à la féminité, la vraie, pas la frelatée ou la succédanée par encore épanouie. Mais il largue la terre pour celle moins ferme d’un bar.

Bahia est née sous X en Patagonie et elle en a gardé des souvenirs. Un beau jour un inconnu pénètre dans le Modern’bar (qui ne l’est plus guère). Bahia et lui se connaissent, et Antoine les surprend dans leur chambre, installés sur le lit, avec des lingots et des dollars étalés entre eux. Antoine n’est pas content de les voir s’embrasser (goulument ?) et la colère lui brouillant les idées, il abat de deux coups de revolver, héritage de son père, l’homme, et injecte avec une seringue de l’air dans le bras de Bahia. Et après ?

Il prend ses valises, sa voiture, et part n’ayant pas oublié de mettre dans ses bagages l’argent qui n’a plus de propriétaires officiels. En cours de route il prend en stop la belle Hélène (qui ne le prend pas pour une poire), lui montre son magot, autre chose aussi qui relève de la vie privée et charnelle, puis pense à se rendre en Argentine.

A vingt ans Hélène est friande de la vie et de produits nocifs. Tandis qu’Antoine change d’apparence, obtient auprès d’un prêtre de nouvelles pièces d’identité, et place son magot dans un établissement bancaire, Hélène sort en boite. Elle se fait violer en voiture et s’évanouit. Lorsqu’elle reprend ses esprits, une jeune femme lui demande l’heure (Le genre de question qui permet de nouer un dialogue) et avoue ne pas savoir où dormir. Elle prend Patricia, ainsi se nomme l’albinos, sous sa coupe et au petit matin Antoine est tout étonné de se retrouver avec deux représentantes du sexe féminin sur les bras.

Patricia est du Wyoming (ce qui n’est pas rédhibitoire) et tient à rentrer chez elle avec Hélène qui est quelque peu perturbée depuis sa coucherie forcée sur la banquette d’une bagnole allemande. Antoine décide de les accompagner, d’autant qu’il a aperçu dans la rue l’homme qu’il a assassiné, ou cru assassiner.

Direction les Etats-Unis, le Wyoming, Pacific-City. Tandis qu’Hélène est toujours traumatisée par son architecte violeur qui a déconstruit sa vie et son corps, Antoine est obnubilé par le souvenir de Bahia. Ce qui ne l’empêche pas de rencontrer des individus sortant de l’ordinaire comme un Indien (Amérindien je précise), un fakir (véritable Indien), de s’adonner à l’élevage de zébus, de jouer de la trompette, de se promener à cheval avec son appaloosa qui lui parle, et autres joyeusetés qui promènent le lecteur dans des aventures insensées grâce à des phrases hachées, dégraissées, coupées en lanière comme ces morceaux de viande mastiqués par les boucaniers.

L’auteur nous entraine dans un cirque littéraire peuplé de personnages burlesques, se mouvant dans des situations tout aussi loufoques, mais endossant le rôle de clowns tristes. Des situations tragiques et de petits moments d’attendrissement comme dans ces bons vieux films muets dans lesquels les acteurs bougent, se démènent, se frictionnent, se castagnent, mais s’émeuvent devant une pâquerette seulabre qui pousse sur le bord du chemin.


Daniel MARTINANGE : L’ouragan. Stéphane Million Editeur. 144 pages. 15€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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