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5 avril 2013 5 05 /04 /avril /2013 13:21

La peau d’Obis (Je sais, j’ai fait mieux !)

 

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Sur Terre, en ce XXVIème siècle, la guerre nucléaire a tout ravagé ou presque. Seuls quelques habitants ont survécu, réfugiés dans des Mégapoles qui n’ont plus de nom mais des numéros afin de les différencier. Vivent également dans des grottes, des souterrains, des conduits d’égouts, des mutants aussi hargneux que laids. Et quelques individus qui entretiennent une rébellion constante envers le pouvoir établi, l’Ultime Alliance, bien calfeutré dans un immense vaisseau d’environ cinq kilomètres de long qui survole la planète en surveillant en permanence les conflits externes.

Parce qu’il a lu sur le couvercle du caisson dans lequel il était allongé CAUTION, il s’appellera désormais ainsi. Caution, donc, se réveille après un séjour indéfini dans un sarcophage, avec des sondes branchées sur la tête. En les arrachant il s’aperçoit qu’il est devenu chauve. Il ne souvient de rien. Il s’extirpe de sa boite et part à la découverte d’un monde inconnu. Il parcourt un labyrinthe souterrain et est bientôt la proie d’hommes vêtus de haillons possédant des armes automatiques. Les réflexes de l’ancien combattant qu’il fut se réveillent et il parvient à annihiler l’attaque. S’il ne possède pas d’arme son cerveau subvient à ce manque. Ses facultés de psy lui permettent de se focaliser sur un adversaire le plus dangereux et de l’anéantir. Il comprend qu’il est capable grâce à ses facultés mentales de se défendre et même de lire dans l’esprit de ses interlocuteurs, malveillants ou non. Il se retrouve dans un désert  parsemé de décombres et de ruines. Peu à peu une partie de sa mémoire se reconstitue. Il sait qu’une guerre mondiale généralisée a eu lieu, le monde étant perverti par de fausses valeurs. Les classes aisées avaient toujours besoin de plus d’espace au détriment des pauvres et la haine des uns s’était retournée contre les autres, imprimant la désolation sur Terre.

Caution, le télépathe, rencontre Lewis dit Lox. Un personnage bizarre qui traque ceux qui ont mené le monde à sa perte, les descendants des scientifiques corrompus, des politiciens avides de pouvoir, les magnats bourrés d’argent. Normalement Caution n’aurait pas dû apercevoir Lox qui se recouvre d’une toile le rendant invisible. C’est ce nouveau don de télépathe qui lui a permis de distinguer l’homme. Ils continuent leur chemin de conserve, affrontant les guerriers de l’Ultime Alliance, se défendant contre les attaques des mutants, jusqu’à une nouvelle rencontre, un nouvel allié, Slay.

 

Dans les sphères du pouvoir, l’archicommandeur Malleus est en proie lui aussi à une forme de rébellion de la part de ses « amis » politiques. Le commandeur Ka-Tau, pour la première fois depuis très longtemps, a droit à une journée de congés. Mais il est inquiet. Il semble qu’il est l’objet d’une filature et il s’inquiète pour sa chère Cha Prime. Pourquoi lui en veut-on ? Serait-ce parce qu’il a eu accès à un dossier confidentiel ?

 

Avec ce roman d’anticipation Boris Darnaudet se fait un prénom. Certes le début est un peu lent à se mettre en route, comme Caution l’est à reprendre ses esprits et à recouvrer une partie de sa mémoire. Puis alors que je commençais à déplorer un manque de fantaisie, l’histoire s’est débridée, et ses personnages se sont mis à faire le clone. Il s’ensuit des phases dans lesquelles la manipulation, la lutte d’influence, les croche-pieds et mensonges des dirigeants, les faux-semblants, les vrais machiavélismes, les fourberies et l’hypocrisie des uns et des autres, les miroirs faussés et les réelles inquiétudes, font florès et placent l’intrigue dans une subtile incertitude.

Un roman prometteur d’un jeune talent qui doit confirmer très rapidement, et peut-être canaliser son inspiration, suivi de deux nouvelles différentes dans le fond et la forme, ce qui démontre le potentiel de l’auteur qui peut se renouveler et écrire des histoires qui tiennent la route.

Le sas est une allégorie concernant la surpopulation. Heng est un employé un peu particulier. Il est chargé de procéder à l’élimination par injection des personnes qui désirent se faire euthanasier. La population a été classifiée et ce matin-là se présente un vieil homme, un quinquagénaire, un SDF classé Epsilon. Justement ce sont ceux-là qui doivent mourir en priorité. Mais les candidats à la mort sont nombreux et volontaires. On retrouve peut-être l’influence de Aldous Huxley et de Le meilleur des mondes avec cette classification alphabétique grecque des individus.

Celui qui sème nous invite à effectuer un petit voyage en arrière de quelques siècles au moment où les Espagnols tuaient sans état d’âme et avec la bénédiction de la religion les autochtones des nouveaux territoires découverts par les explorateurs intrépides. Mais imposer sa religion par la force, assassiner, exterminer sans vergogne la population locale est sans compter sur les dieux des contrées ainsi conquises.


Boris DARNAUDET : Projet Obis. Collection Blanche N° 2103, éditions Rivière Blanche. 184 pages. 17€.

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5 avril 2013 5 05 /04 /avril /2013 06:54

 

Il s'est éteint comme il a vécu, dans la discrétion, début novembre 1997. Et surtout n'allez pas chercher son nom dans les divers dictionnaires, histoire ou panorama du roman policier, il n'y figure pas. Si vous compulsez "L'histoire du roman policier" de Jean Bourdier, Lay2.jpgparu en septembre 1966 chez De Fallois, "Les Maîtres du roman policer de Robert Deleuze publié par Bordas en 1991, "Le Panorama du Polar français contemporain" de Maurice Périsset édité en 1986 aux éditions de l'Instant, Le Polar de Denis Fernandez Recatala, MA éditions 1986, ou encore "Le roman noir français" de Jean-Paul Schweighaeuser, Presses Universitaires de France en 1984, vous ne lirez pas une seule fois le nom d'André Lay. Il n'apparaît qu'une fois dans "Le roman criminel" de Stefano Benvenuti, Giani Rizzoni et Michel Lebrun (L'Atalante - 1982). C'est mieux que rien. Seul "Le guide du polar" sous-titré "histoire du roman policier français", signé par Michel Lebrun et Jean Paul Schweighaeuser, édité par Syros en 1987, lui consacre une notule de quelques lignes, précisant qu'au nombre de volumes il dépassait, à l'époque dans cette collection, Peter Randa (décédé en 1979) et San Antonio. Cet article a été écrit pour la revue 813, en hommage à André Lay et depuis, heureusement, le DILIPO de Claude Mesplède a également réparé cet oubli.

Et pourtant ! Pendant un plus de trente ans, avec près de 140 romans à son actif, André Lay a été une figure marquante de la collection Spécial Police et un pur produit Fleuve Noir. Avec l'arrêt de celle-ci en 1987, il prendra sa retraite, bon gré, mal gré. Une restructuration qui l'obligera à garder dans ses tiroirs trois manuscrits. Il n'aura dérogé que deux fois à Spécial Police, la première en écrivant en 1956, l'année de ses débuts, un roman d'espionnage (Les étoiles s'éteignent) pour la collection du même nom sous le numéro 98. La seconde en prenant le pseudonyme d'A. B. St. Maur pour écrire Haute voltige (éd. Atlantic).


De son véritable nom André Boulay, André Lay est né le 26 mai 1924 à Saint Maur dans le Val de Marne. Fils de boucher, il a travaillé de 17 à 19 ans dans une usine d'abattage du côté d'Aubervilliers. Une profession et un lieu qui ignoraient tout autant la souffrance animale qu'humaine. A l'instar de son confrère en littérature policière, Gilles-Maurice Dumoulin, c'était un fan de Trénet et il écrivit et composa près de cinq cents chansons fantaisistes. Puis il devint apprenti-menuisier près de Nemours, fabriquant des cercueils et enterrant lui-même les morts. A la libération, changement de registre. Il entre comme rédacteur au ministère de la Guerre, qui devint plus tard ministère de la Défense Nationale. Une sinécure qui lui permet de revenir à ses premières amours et d'écrire plus de deux mille poèmes de trente lignes en deux ans. La revue à laquelle il les vendait interrompant sa parution, il cesse d'écrire. Et il redevient boucher. Comme le virus de l'écriture le démange, il s'attelle à la rédaction de romans policiers. L'après-midi. Le matin étant réservé à son étalage de boucherie qu'il promène sur les marchés de Saint Maur et de la Varenne. Un étonnant partage du temps qui fait dire à ses clientes qu'il est boucher le matin et assassin l'après-midi. Devant le succès de ses ventes et sa production abondante, il ne se consacrera bientôt plus qu'au seul métier d'écrivain.


Dans la préface d'un volume publié par le Cercle Européen du Livre en 1971 et rééditant trois de ses romans : De vice à trépas (SP N°536), Cette mort qui nous guette (SP N°514) et L'oraison du plus fort (SP N°584), Boileau-Narcejac écrivent : "Avoir publié quelque cinquante romans en quinze ans est loin d'être, en notre temps de production littéraire accélérée, quelque chose d'exceptionnel, et nombreux sont les confrères d'André Lay qui ont égalé et même dépassé cette performance. Sans vouloir en rien diminuer leur mérite, nous soulignerons cependant que ces prolifiques auteurs jouissent quasiment tous du précieux privilège de pouvoir se consacrer à leur profession d'écrivain.

André Lay, lui, exerce un second métier. Et qui suffirait largement à remplir les journées d'un autre homme. Non seulement il tient la plume, mais un couteau. Levé à cinq heures du matin, il se partage entre les Halles et les marchés de la banlieue parisienne. C'est en découpant beefsteaks et escalopes qu'il construit ses romans et durant des heures les plus souvent dérobées au 88.jpgsommeil qu'il les écrit. A une époque où tant de gens répugnent à l'effort (tout en se révoltant contre un sort inclément), cet exemple d'énergie et de ténacité valait d'être cité. Quant aux qualités du romancier, qualités qui, après lui avoir depuis longtemps acquis un vaste public, attirent aujourd'hui sur André Lay la profitable attention des producteurs de films, nous laissons au lecteur du présent recueil l'agrément de les découvrir ou les redécouvrir. Tout dernièrement, André Lay nous confiait son intention de "lâcher la boucherie", le cumul excédant aujourd'hui ses forces. Mais il s'empressa d'ajouter que, quels que soient les promesses ou les arguments qu'on pourrait lui prodiguer, il n'écrirait pas, pour autant, une ligne de plus par mois, afin que ne risquât pas de devenir un pensum ce qui, pour les autres comme pour lui-même, doit demeurer un plaisir. Cet exemple aussi valait d'être cité".

 

 


Son premier roman, "Le Diable est au fond du sac" (SP N° 88 - 1956) ressemble à l'univers des romanciers noirs américains. La ville est anonyme, même si l'on sait qu'il s'agit de Paris, et le héros se conduit un peu en imbécile, gardant par-devers lui des informations et des objets, se refusant de les communiquer au policier. Expert en automobiles, Devers est dépêché par son patron sur les lieux d'un accident mettant en cause deux véhicules. Arrivé sur place il apprend que la conductrice d'une des autos a été transportée à l'hôpital, les occupants de l'autre engin s'étant enfuis. Judith, la blessée, lui demande de récupérer un sac. Il découvre dans le réticule des diamants qu'il empoche. Coincé entre policiers et truands, il pense pouvoir mener sa barque seul, et lorsqu'il sera aux abois, il se retrouvera avec sur le dos quelques meurtres. Il est emprisonné, malgré ses dénégations, et promis à l'échafaud. L'épilogue joue avec les nerfs. Au moment où l'on pense qu'il va enfin pouvoir s'en sortir, le couperet est déjà tombé.

Son dernier roman "Les bonnes intentions" (SP n° 2067 - 1987) lui aussi emprunte à la facture classique : Vincent Tavernier, est un quadragénaire célibataire heureux. Son commerce marche bien, secondé efficacement par Suzanne, sa vendeuse. Il possède pavillon, yacht, mène une vie facile. Un matin, glissée parmi les prospectus publicitaires, il reçoit une lettre émanant d'une jeune femme qu'il a connu un an auparavant. Souvenirs et nostalgie se bousculent et il décide de la rejoindre près de Toulon où elle tient un magasin de parfumerie avec sa cousine Béatrice. Lorsqu'il arrive sur place, il apprend le décès de la je224.jpgune femme dans un accident de la circulation. Accident ? Hum ! Certains faits viennent infirmer cette version et il décide d'aller à la recherche d'une vérité qui peut faire mal.

C'est dans l'écriture de ses romans noirs qu'André Lay s'est montré le plus convaincant. Il n'a pu toutefois échapper à une mode de personnages récurrents, à la limite de la parodie. C'est ainsi qu'il mettra en scène le commissaire Vallespi, dans une série de dix-neufs tribulations loufoques et contera les aventures de Helmet Straders et du shérif Garrett dans vingt et un romans. Malgré le peu de cas suscité auprès des critiques par son œuvre, André Lay est un “ petit maître ” de la littérature policière, dont les ouvrages tiennent la route, le but principal, faire passer un bon moment au lecteur, étant atteint.

 

Florilège critique :

Panique à fleur de peau (Spécial Police N° 224): la première partie du roman est bonne, mais la seconde traîne et la chute finale ne constitue pas à vrai dire une surprise (I. Maslowski. M.M. 152; septembre 1960).

La meilleure des références restant toutefois l'Almanach de Michel Lebrun, je ne peux résister au plaisir de vous proposer quelques-unes des appréciations dont Michel Lebrun avait le secret :

Assassin chéri (Spécial Police N°1460 - 1979): Avec une rare économie de moyens, sans effets spectaculaires, Lay réussit à provoquer, par la simplicité même du récit, une tension grandissante. C'est un entracte heureux, et un bon bouquin. (Almanach du crime 1980)

Meurtre en pantoufles (SP 1527 - 1979) : André Lay, de temps à autre, s'offre un entracte dans sa série "Shérif" et revient au roman noir de ses débuts. Il devrait le faire plus souvent. (ADC 1981)

La bonté du diable (SP 1555 - 1980) : Excellent roman, bâti en flash-back,  et doté d'une chute particulièrement savoureuse  pour les amateurs de fins amorales. (Idem)

De soufre et d'encens (SP 1877 - 1984) : Une fois de plus les vieux pro da1997.jpgment le pion aux "bruyantes starlettes du néo-polar" - comme les a qualifiés Manchettes - et je ne changerai pas mon bidon de Lay contre deux barils de Fajardie. (Année du Polar - 1985)

Appelle-moi shérif (SP 1933 - 1985) : André Lay, utilisant sa facilité naturelle, donne à son public ce qu'il attend : des divertissements pas compliqués, écrits d'une plume alerte et paillarde. (AdP 1986)

Un enfer glacé (SP 1997 - 1986) : André Lay, vieux routier, connaît toutes les ruses du polar, et réussit à nous surprendre  au moment précis où nous nous y attendons... mais autrement. Et la chute, pour être dure, n'en est pas moins superbe (AdP 1987).

Je me garderai bien d'émettre, en conclusion, un jugement quel qu'il soit, sur la vie et l'œuvre d'André Lay, ne l'ayant connu qu'à travers son œuvre. Et puis d'autres le font tellement "mieux", recherchant dans la vie d'autrui le crapaud qui peut dénaturer le diamant. Aussi je me contenterai de signaler cette petite curiosité à l'égard des collectionneurs : le numéro 316 de la collection Spécial Police, titré "La mort en douce" possède deux auteurs : en couverture figure le nom d'André Lay. En page 6, le véritable auteur est démasqué : Alain Page. A vos bouquinistes !

Et naturellement vous pouvez découvrir un peu plus les romans d'André Lay chez Action-Supense.

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Published by Oncle Paul - dans Entretiens-Portraits
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4 avril 2013 4 04 /04 /avril /2013 12:04

La réponse est dans le roman !

 

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2012.

Parfois, souvent même, il faut faire un choix dans la vie. Devenir détective privé ou propriétaire d’un gîte rural. Avec sa femme Mélinda, un peu, et sa fille Bertille, guère plus, Arthur retape la vieille ferme qu’ils ont acheté deux ans auparavant grâce à un héritage providentiel. Arthur rêve de devenir détective privé, mais la priorité c’est la ferme et les dépendances situés au hameau du Val Brûlé, à quelques kilomètres de Sponge où travaille Mélinda, institutrice de CM2. Quant à Bertille, elle a seize ans et a décidé en accord avec ses parents de quitter l’école et de se consacrer à la rédaction d’un roman, qui bien entendu connaitra le succès. Arthur maçonne à longueur de journées arborant fièrement ses cheveux coiffés en catogan et sa boucle d’oreille. Un marginal à n’en pas douter selon ses quelques voisins, guère plus de quatre foyers, et qui écoute à longueur de journées de vieilles chansons des années 60. Nostalgie !

Arthur s’est mis en tête de fructifier le capital de la famille en aménageant un gîte dans la grange et de proposer plusieurs chambres aux touristes en mal de calme et d’espace. Il est optimiste ! Tout le monde est réquisitionné avec plus ou moins de bonheur, Mélinda ayant toujours des devoirs à corriger et un livre à lire, le dernier en date étant Le Désert des Tartares. Bertille, malgré son roman en attente, et ses sorties programmées en scooter avec Edouard, ou un autre, au tennis et à la piscine, accepte d’aider momentanément son père. Le premier des travaux à effectuer est d’enlever les dalles qui tapissent le sol de la grange, ce qui étonne Bertille qui aurait plus pensé qu’il fallait s’attaquer à l’étage supérieur. Mais bon, c’est Arthur le maitre d’œuvre. Or c’est en déblayant la terre que Bertille met à jour deux pierres vertes, puis un crâne !

Malgré les gendarmes qui ont été prévenus de cette découverte Arthur reprend la casquette qu’il avait quelque peu abandonnée, celle de détective privé. Or ce crâne qui n’est pas accompagné du reste du squelette git là depuis quarante à cinquante ans. Quant aux pierres, ce sont des olivines appelées aussi péridots d’après un spécialiste, qui se trouvent toujours par paire dans des roches volcaniques. Malgré les avertissements des représentants de la maréchaussée, qui ne veulent pas que quelqu’un empiète sur leur terrain, Arthur décide d’enquêter sur ce drame qui se serait déroulé environ cinquante ans auparavant.

 

1966.

Un lance-pierre suffit à combler de joie Ylisse Payet, un gamin de douze ans qui préfère tirer sur les oiseaux que d’aller s’ennuyer toute la journée à l’école. Il n’a plus de mère, sa tante passant chez lui plusieurs jours par semaine, et son père ouvrier agricole saisonnier ne l’encourage guère dans ses études. Pour quel avenir ? Sur l’île de Maloya, le travail est rare et nombreux sont ceux qui occupent leurs journées à des loisirs forcés. Anélie Rivière est une gamine de dix ans, qui elle aussi sèche l’école pour se promener dans la nature. Anélie n’a pas froid aux yeux, et elle n’apprécie pas ses autres compagnons, mais elle est attirée par Ylisse, et comme c’est réciproque, ils deviennent inséparables. Mais on les met en garde. Des enfants disparaissent, que l’on ne revoit jamais. Et il leur faut se méfier d’une voiture verte, avec à bord le chauffeur et une femme, qui parcourt les environs. D’ailleurs, les occupants de la voiture verte, une deux-chevaux, abordent un beau ( ?) jour Ylisse et Anélie. Une fois de plus ils ont fait l’école buissonnière. Les propos tenus par la femme et le conducteur inquiètent quelque peu les deux gamins, et ce n’est pas l’inscription qui figure sur le côté qui peut les renseigner : DDASS Îlet du port. Jusqu’au jour où les deux enfants sont emmenés contre leur gré dans un foyer.

 

Bertille et Ylisse narrent chacun leur tour cette histoire qui s’inspire d’un événement réel, qui n’honore pas la République, et n’a longtemps été considéré que comme un « accident de parcours politique » organisé pour, officiellement aider la population locale de l’île de la Réunion et permettre à des enfants défavorisés d’accéder à une instruction digne de ceux de la métropole, officieusement pour repeupler quelques départements et procéder au principe des vases communicants. Tu deviendras un monsieur au foyer. Tu mangeras bien, tu iras à l’école, on fera de toi un médecin, un avocat ou encore mieux selon ce que tu décideras et ton énergie à travailler dur.

Alors que penser de ce pseudo humanisme de la République et de ceux qui ont imaginé déplacer ainsi des gamins, les envoyant dans des familles d’accueil en Corrèze, Lozère, Gers, et autres départements supposés sous-peuplés. De les confier à des agriculteurs qui souvent n’agissaient que par appât du gain et se voyaient dotés de bras forts et jeunes pour effectuer les travaux de la ferme. Ce trafic, le mot n’est pas assez fort, qui a été institué en 1963, a duré pendant dix-sept ans.


Il est évident que Jean-Paul Nozière, qui s’est inspiré de faits réels, dont il précise les sources, a mis en scène des personnages de fiction, imaginant une intrigue pour soutenir son histoire. Une histoire poignante qui va plus loin que ce que l’on connait, car ces immigrations forcées, des expatriations même, ont entraînées une vague de racisme larvé qui aujourd’hui encore perdure. En effet dans les campagnes, dans les petites villes, nombreux étaient ceux qui n’avaient jamais vu de Noirs dans leur vie, sauf sur des images d’école, images souvent qui ne reflétaient pas la réalité. Quant aux gamins, ils pouvaient à juste titre se sentir étrangers dans des foyers qui les accueillaient avec réticence. D’où amertume, rancune, désarroi, esprit de revanche, méfiance de certains envers les autorités qui les ont bernés. Le plus malheureux c’est que les psychologues et les assistantes sociales de la DDASS continuent de placer des gamins en famille d’accueil, séparant les fratries, les changeant d’endroits tous les deux ou trois ans, sous prétexte qu’il ne faut pas que les familles dites d’accueil et les enfants placés s’attachent. Une vaste fumisterie qui fait plus de mal que de bien.

Jean-Paul Nozière ne s’érige pas en moralisateur. Il décrit les faits tels qu’ils se sont passés ou auraient pu se passer. Au lecteur ensuite d’établir sa propre opinion, en fonction de son ressenti et de son empathie envers des personnages troublés et troublants.


Jean-Paul NOZIERE : Que deviennent les enfants quand la nuit tombe ? Editions Thierry Magnier. 272 pages. 14,50€.

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4 avril 2013 4 04 /04 /avril /2013 07:57

Lestat faire !

 

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Lestat de Liancourt est le benjamin d’une famille de hobereaux auvergnats. Il n’a pas vingt ans lorsqu’il extermine seul une horde de loups qui terrorisent le village. Ce coup d’éclat, s’il ne rehausse pas son prestige familial, permet à Lestat de faire la connaissance de Nicolas, le fils d’un bourgeois local.

Tous deux décident de tenter leur chance à Paris, surtout Lestat qui est en proie au virus du théâtre et rêve de monter sur les planches. Et c’est lors d’une représentation théâtrale que Lestat est remarqué par un individu qui le vampirise. Mais Lestat, devenu vampire à son tour, ne peut ni ne veut se subordonner à certaines règles, à certaines lois non écrites, à certaines conventions tacites du monde des non-vivants, des immortels.

Anarchiste, libertaire, anticonformiste, impie, Lestat déroge aux règles, déroge et dérange. Sa jeunesse, sa fougue, son enthousiasme, sa témérité l’entraînent dans des péripéties innombrables qui du Paris prérévolutionnaire le conduiront à Alexandrie.

Nous découvrons Lestat alors qu’il se réveille d’une longue léthargie réparatrice en 1984 à La Nouvelle-Orléans. Devenu leader d’un groupe de rock, il décide d’écrire sa biographie, nouvelle transgression au code moral des vampires. Ce récit des aventures de Lestat conduit le lecteur dans Paris à l’aube de la révolution de 1789 jusqu’en Egypte en passant par la Grèce et même la Bretagne druidique.


Roman admirable que nous propose Anne Rice et qui a connu plusieurs rééditions. Ce roman écrit au XXe siècle, concernant des aventures se déroulant en grande partie au XVIIIe possède des accents fortement teintés du romantisme, du lyrisme de ces romans dits gothiques propres au XIXe siècle. Le bibliophage, l’amateur de littérature fantastique se doit de réserver à ce roman une place de choix dans sa bibliothèque et le placer en évidence près des romans de Paul Féval, La vampire ou encore La chambre des amours, ou d’Alexandre Dumas, je pense plus particulièrement à ce merveilleux roman qu’est Le château d’Eppstein.

A mon humble avis, Lestat le vampire mérite de devenir l’un des classiques indémodables de la littérature fantastique.

Pour terminer je vous propose de méditer cette phrase extraite de l’un des dialogues de ce roman :

Tu viens d’avancer le plus vieil argument de la chrétienté : le Mal existe pour que nous puissions lutter contre lui et faire le Bien.


Anne RICE : Lestat le Vampire. (Première édition collection Spécial Fantastique, Albin Michel, 1988. Traduction Béatrice Vierne). Editions Pocket. 608 pages. 7,80€.

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3 avril 2013 3 03 /04 /avril /2013 12:38

Une manière spirituelle de converser !

 

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Vous connaissez sûrement quelqu’un de votre entourage, voisin, collègue, ou autre, qui, dans une conversation, déforme les mots, volontairement ou non. Ainsi j’eus une voisine qui me parla un jour de picot-marqueur. Je mis longtemps à comprendre qu’il s’agissait de marteau-piqueur. Et depuis j’ai tendance à penser picot-marqueur lorsque je vois un ouvrier défoncer avec cet outil un trottoir. Une autre fois elle me proposa des mélancolies. Ce à quoi je lui répondis que j’avais déjà des soucis dans mon jardin. Elle voulait tout simplement dire ancolies, ces fleurs vivaces qui se déclinent dans toute une palette de couleurs mais dont la plus connue est l’ancolie bleue, dite commune.

Ce livre a mûri dans la tête de l’auteure à la suite d’une rencontre avec Pierre Bonsenne, alors directeur du magazine Lire, sur les plateaux de Bouillon de culture de Bernard Pivot en 1994. A l’issue de cette émission, Pierre Bonsenne, très élégant et distingué, salue Marie Treps en lui disant d’une voix feutrée : Arrosoir et persil. Que répondre à cette formule de politesse pour le moins peu banale ? Sans réfléchir outre mesure, Marie Treps réplique tout de go : Enchantée de faire votre plein d’essence. Si elle avait rétorqué Enchantée de faire votre plein des sens, cela eut prêté à confusion. Evidemment pour ce faire, ces échanges spirituels ne prennent que plus de saveur lorsqu’ils sont spontanés, et diffusés entre personnes d’esprit ouvert et appréciant l’humour.

Les bons mots, les jeux de mots qui jouent sur la consonance ou sur les approximations peuvent ne pas titiller l’oreille de l’auditeur mais écrits ils prennent une saveur incomparable. Les jeux de mollet pour les jambettes doivent être interprétés ainsi : les jeux de mots laids pour les gens bêtes.

Certaines expressions qui sont devenues courantes chez les amateurs de bons mots ont une origine bien loin de celle que leur prête. Ainsi la locution courante Des lèvres et des dents, que longtemps j’ai attribuée à San Antonio alias Frédéric Dard puisque je l’avais découverte dans ses romans, est en fait un emprunt à Alphonse Allais dans Le parapluie de l’escouade (1893). Mais selon l’auteure de cet ouvrage cette expression est à mettre également au crédit de Léo Malet dans Le soleil nait derrière le Louvre (1954), tandis que San Antonio déclinait Ni des lèvres ni de l’Isle-Adam dans Au suivant de ces messieurs (1957) et Fernand Raynaud Ni d’Eve ni des dents dans son sketch Heureux ! dans les années 50.


Tout le monde se souvient du sketch de Coluche Le Clochard analphabète, dans lequel l’humoriste détournait les mots pour leur donner une signification nouvelle, approximative mais non dénuée de bon sens. Je ne parle pas de l’ingénieur à Grenoble ou du savant de Marseille, mais de cette petite phrase anodine en apparence : Tu croirais la caserned’Ali-Baba, tu vois ? Il doit gagner des sommes gastronomiques lui. La caverne transformée en caserne, pourquoi pas. Les jarres emplies d’or et d’objets sertis de pierres précieuses étaient peut-être rangées comme des soldats à la parade. Quant aux sommes gastronomiques, c’est plus évident qu’astronomiques, puisque cela permet au moins de manger à sa faim même si l’on est dans les étoiles.


Marie Treps en chercheuse opiniâtre est allée dénicher quelques perles chez nos classiques, Marcel Prout, pardon, Marcel Proust en tête. Faites attention à ne pas vous salir à la porte, car, rapport aux serrures, je l’ai faite induired’huile (Sot d’homme et Gomme or ! Bon, cela me prend aussi de fauter. Sodome et Gomorrhe. 1922). Une autre ? Mais c’est encore jeune pour des situations pareilles […]. Il faut qu’il ait un peu plus de plomb dans l’aile (mon interlocuteur voulait dire dans la tête). Toujours Marcel Proust dans Sodome…

Et croyez vous que Balzac ait échappé à ce petit amusement lexical ? Que nenni ! Oh ! Je suis restée pendant cinq ans dans un château des Alpes avec un Anglais jaloux comme un tigre, un nabab ; je l’appelais un nabot, car il n’était pas si grand que le bailli de Ferrette. Et je suis retombée à un banquier, de Caraïbe en syllabe, comme dit Florine. Extrait de Splendeurs et misères des courtisanes, 1847. Personnellement j’aime aussi la locution être jaloux comme un pied. Pourquoi me demanderez-vous ? Parce que les pieds jaloux = les pièges à loups. Merci à mon prof de français qui me l’a apprise il y a cinquante ans.

 

Le plus étonnant réside en ce que vous et moi utilisons souvent des expressions dont nous ne connaissons pas l’origine, qui sont parfois un peu abstruses, et qui sans nous sembler illogiques n’en sont pas moins détournées de leur sens originel. Par exemple Fier comme un pou. Au premier rabord, cela ne veut rien dire. Mais si l’on sait qu’il faudrait écrire Fier comme un poul, le L ne se prononçant pas, alors cela change tout. Mais qu’est-ce qu’un poul ? Tout simplement un Coq en vieux français. Et cette explication nous éclaire un peu mieux sur la signification exacte de cette locution.

 

Marie Treps ne se contente pas de décliner toutes ces joyeusetés linguistiques, comme si elle établissait un catalogue des calembours, des pataquès et autres écarts de langage. Elle donne des explications à ces différentes expressions, l’origine, les à-peu-près et leurs divergences. Un travail de longue alène, comme dit mon cordonnier, qui demande de nombreuses heures de recherches, de la rigueur et de la patience. De l’humour aussi, parfois un brin potage, pardon potache. Un livre charmant, jamais ennuyeux qui vous permettra de briller en société, pour peu que vos interlocuteurs apprécient les réparties décalées, surtout si vous vous en référez à leurs auteurs, qu’ils se nomment Albert Cohen, Marcel Proust, Honoré (moi de même) de Balzac, San Antonio, Coluche, Fernand Raynaud, Cabu, ou encore Philippe Roth. Afin que l’on ne vous prenne pas pour un débile textuel mais pour quelqu’un qui sait converser avec élégance et humour, sans pédanterie.

En guise d’interlude, Le roman de madame Rose, décliné sous forme de feuilleton, est un salmigondis humoristique de ces déviances verbales et l’auteur réalise là un petit tour de force de construire une nouvelle qui soit lisible tout en étant farfelue lexicalement.

Juste un tout bémol, qui n’est pas un couac. Si Marie Treps nous propose deux index, l’un concernant les calembourdes, l’autre les Docteurs es-calembourdes classés par ordre alphabétique et le ou leurs ouvrages de référence, un index des auteurs par pages eut été le bienvenu. Dans une prochaine édition peut-être.


Marie TREPS : Enchanté de faire votre plein d’essence ! et autres joyeuses calembourdes. Editions Librairie Vuibert. 176 pages. 14,90€.

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2 avril 2013 2 02 /04 /avril /2013 07:59

Il vous a à l'oeil !

 

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On peut être un habile négociateur, et néanmoins effectuer une boulette, voire même une bavure. C’est ce qui est arrivé sept ans auparavant à Alex Zorbach, policier chargé de parler aux suicidaires afin de les empêcher de passer à l’acte. Une jeune femme tenant un bébé dans ses bras voulait franchir le parapet. Alex semblait avoir persuadé la jeune femme de ne pas sauter lorsqu’un mouvement mal interprété lui a fait commettre l’irréparable. Il a tué la suicidaire d’une balle dans la tête. Depuis il se remémore souvent ce triste épilogue qui lui procure des cauchemars. Il a consulté des psychiatres et s’est mis en disponibilité afin de devenir journaliste dans le principal journal berlinois, tenant la rubrique consacrée aux investigations judiciaires.

Ce jour-là, Alex emmène son fils Julian dans un hôpital berlinois pour enfants. Julian se débarrasse de ses anciens jouets pour en faire don. Pourtant lui aussi aurait peut-être besoin d’être hospitalisé, car il tousse comme s’il couvait une bronchite, mais Nicci préfère consulter des chamans dont le potentiel médical n’est pas prouvé. Nicci est la femme d’Alex, ou était, car ils sont en instance de divorce. Alex est préoccupé car il ne retrouve pas son portefeuille. Peut-être l’a-t-il oublié dans sa voiture, car il a l’habitude de le placer sur le siège avant avec quelques bricoles afin de ne pas être encombré pour conduire. Il décide donc d’aller vérifier laissant Julian continuer sa distribution.

C’est en cherchant le fameux portefeuille qu’il entend dans le scanner, l’appareil qui lui permet de capter la radio de la police, un appel qui aussitôt lui fait tout oublier. Un cadavre vient d’être découvert, imputé au Voleur de regards dont c’est la quatrième partie.

Trois cadavres de femmes ont ainsi été retrouvés, leur enfant disparu puis après un laps de temps déterminé, les policiers n’ayant pu découvrir à temps le lieu où le Voleur de regards l’avait emmené, puis la découverte du gamin mort et énucléé de l’œil gauche. La machine est une nouvelle fois relancée et Alex s’empresse de se rendre sur les lieux de la découverte macabre. Il s’habille en conséquence, comme lorsqu’il officiait sur les scènes de crimes et s’approche du lieu où git le cadavre de la femme. Sur place se trouvent déjà Stoya, son ancien collègue, et Scholle, un policier plus âgé et vindicatif. Les deux hommes n’apprécient pas l’intrusion d’Alex et le lui font savoir. D’autant que jamais ils n’ont lancé un appel sur la fréquence que possède Alex sur sa radio, puisqu’ils ont changé de code. Premier mauvais point pour Alex, qui peu après apprend par Franck, un journaliste stagiaire avec lequel il s’est lié d’amitié, que son portefeuille a été retrouvé non loin du cadavre. Aussitôt il devient le suspect numéro 1. Alex décide alors de prendre du recul pour mieux réfléchir.

Il se réfugie sur son bateau aménagé en petit appartement, en traversant la forêt proche de Berlin, empruntant à pied un étroit chemin que lui seul connait, croit-il. Il est stupéfait d’y trouver une jeune femme avec un chien. Alina est aveugle et physiothérapeute. Mais le plus surprenant c’est que si elle est sur le bateau, c’est parce qu’il l’aurait appelée et donné rendez-vous dans sa cache. De plus, elle a eu un patient dont les ondes étaient maléfiques. Elle est persuadée, après discussion avec Alex qui lui avoue ses démêlés, qu’elle a été en contact avec le Voleur de regards. Mais les mauvaises nouvelles continuent à s’empiler sur le crâne d’Alex. La jeune femme qui vient d’être assassinée se nomme Lucia. Elle n’est autre que Charlie, qu’Alex connaissait bien, mais dont les relations étaient restées platoniques. Pourtant les endroits fréquentés par Charlie et Alex auraient plutôt eu des effets contraires, puisqu’ils se sont rencontrés par hasard dans un club d’échangistes.

Alina a des visions, qui les mènent des endroits susceptibles de retrouver l’enfant ou le Voleur de regards. Mais le temps presse car il est décompté. Ils sont aidés dans leurs recherches par Franck qui reste le seul interlocuteur entre eux, Ruth la directrice du journal et les policiers.

 

Sebastian Fitzek développe cette histoire crispante en effectuant un compte à rebours. Si les chapitres se déclinent de l’épilogue jusqu’au chapitre Un, pendant que le temps s’écoule inexorablement, c’est dans un but bien précis : entraîner le lecteur dans une intrigue savamment construite, qui recèle bien des surprises, des rebondissements, des péripéties nombreuses et poignantes en le tenant constamment en haleine. Et le final est éblouissant de machiavélisme, pourtant comme dans ces précédents romans, Sebastian Fitzek pose ça et là les éléments, les indices, lesquels mis bout à bout sont indispensables pour arriver à la conclusion logique. Rien n’est laissé au hasard. Seuls Alex et Alina se laissent prendre aux pièges disséminés par l’auteur, mais c’est normal car ils ne sont que les pantins d’un manipulateur.

Le lecteur cartésien pourra rétorquer que certaines scènes ne tiennent pas la route, notamment celles dans lesquelles Alina joue un rôle prépondérant malgré sa cécité. Dans ses remerciements, intitulés A propos de ce livre, Sebastian Fitzek met les pendules à l’heure. Il s’est inspiré d’un personnage réel qui lui aussi a perdu la vue à l’âge de trois ans, comme son héroïne, mais de plus il a été en contact permanent avec des non-voyants et a soumis son manuscrit à un groupe composé de non-voyants et de malvoyants, ce qui lui a permis d’éviter des erreurs grossières, de ne pas tenir compte d’à priori désobligeants, de cerner au plus près leur univers. Intercalés dans le récit, la plupart du temps narré à la première personne, Alex s’exprimant, Tobias, le gamin enlevé décrit les affres qu’il subit au cours de ces quarante-quatre heures et quelque de réclusion.

Mais ce sont bien les relations père-fils qui sont au cœur de ce roman, relations que je ne détaillerai pas sous peine de déflorer (dans son sens littéraire) le sujet. Or ce sujet sensible, Sebastian Fitzek le traite avec force et pudeur, instillant peut-être un doute chez le lecteur. Son comportement envers ses enfants sont-ils sans reproches, doit-il privilégier ceci à cela, faut-il faire passer ce qui lui semble primordial avant de s’inquiéter de ce qui lui parait accessoire ? Bon nombre d’entre nous se sentiront concernés, mais heureusement la fiction reste la fiction et la réalité n’est pas toujours aussi lamentable ou tragique. Mais les bonnes questions sont posées et c’est à tout un chacun d’y répondre en son âme et conscience.

Lire du même auteur : Tu ne te souviendras pas; Thérapie; Ne les crois pas et Le briseur d'âmes.

 

A lire également les excellents articles de Pyrausta et de Lystig


Sebastian FITZEK : Le voleur de regards. (Der Augensammler – 2010. Traduction de Jean-Marie Argelès). Editions de L’Archipel. 400 pages. 22€.

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1 avril 2013 1 01 /04 /avril /2013 09:56

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Le rapport demandé auprès d’un bureau d’études privé, indépendant et apolitique vient d’être remis au gouvernement, et ce dit rapport risque de chambouler profondément nos habitudes environnementales et aboutir à de profondes réformes dans le paysage du monde du travail et des finances.

En effet l’Agence F & A * devait plancher sur une remise en cause éventuelle de la durée hebdomadaire du travail mais cette piste a été abandonnée rapidement pour des causes subtiles et aléatoires. Il avait été question de revenir à un régime hebdomadaire de trente-neuf heures, voire même de quarante, cette dernière proposition ayant l’avantage d’être plus facilement divisible par cinq et d’offrir un compte rond de huit heures journalières. L’idée avancée étant que cela réduisait les temps de loisirs consacrés à des occupations stériles. La lecture, les sorties au cinéma, ou le tourisme hors frontière n’apportant que peu de rentrées financières à l’état. Seulement une levée de boucliers des artistes qui dans ce cas auraient préférer s’expatrier à l’étranger, Belgique, Suisse ou Russie, était annoncée. N’ayant plus le pouvoir de s’exprimer soit par l’écriture ou le tournage de films ceux-ci auraient décidés de s’installer hors frontières afin de continuer leur œuvre et bien entendu toute une frange annexe de diffuseurs, libraires, intermittents du spectacle en auraient pâti.

Une autre proposition, jugée plus sérieuse a donc obtenue les faveurs gouvernementales. Il est de notoriété publique que de nombreuses entreprises se restructurent, préférant débaucher leurs employés et ouvriers et installer, en s’endettant fortement mais en obtenant des avantages non négligeables, des machines performantes permettant de remplacer avantageusement des moyens physiques. Et il s’avère que les bénéfices constatés dépassent souvent les espérances placées dans ces outils de nouvelle génération, bénéfices qui ne sont versés qu’aux seuls actionnaires, lesquels sont souvent en majorité les patrons.

Donc l’idée innovante serait de taxer ces machines à concurrence d’un employé sur deux, environ. Si dix employés sont mis sur la touche, en tenant compte de la création de nouveaux emplois, l’un aux commandes du robot informatisé, un autre dédié à la maintenance, ce seraient donc huit emplois de supprimés. Il est donc préconisé de taxer à concurrence de quatre emplois pour dix supprimés sur des bases dites charges salariales et patronales, l’argent ainsi récolté étant versé dans les caisses de la Sécurité Sociale, caisses qui par le système des vases communicants, seraient rapidement renflouées, et dégageraient même éventuellement un bénéfice conséquent permettant d’augmenter les retraites et pensions, offrant par la même un pouvoir supplémentaire aux bénéficiaires.

La mise en place de ce nouveaux dispositif courageux est envisagée pour le 1er janvier 2014, afin de construire sur des bases solides un budget 2014 par des rentrées mensuelles d’argent frais dans les caisses de l’état et de résorber hypothétiquement le déficit public.

 

Mais bien entendu vous n’êtes pas obligé de me croire.

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F & A : farces et attrapes.

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30 mars 2013 6 30 /03 /mars /2013 14:01

Signé Furax ! Ah! Ah! Ah! Ah!

 

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Qui de nous ne se souvient pas de ce rire démoniaque et sardonique qui accompagnait cette déclamation ? Je pense bien sûr à ceux qui écoutaient au début des années 50 puis plus tard des années 57 à 60 les tribulations des détectives Black et White incarnés par Pierre Dac et Francis Blanche. C’était le bon temps où la télévision et les jeux vidéo n’avaient pas détrôné la radio et la lecture. Le bon temps des feuilletons radiophoniques qui duraient quotidiennement environ dix minutes mais écoutés religieusement par des millions d’auditeurs.

C’est le 15 octobre 1951 que les auditeurs de Paris Inter, ancêtre de France Inter, purent découvrir et ouïr les protagonistes de ce feuilleton qui dura jusqu’au 28 juin 1952, soit 213 épisodes mouvementés et humoristiques, mais ne sera pas reconduit pour une seconde saison. Déjà les directeurs d’antenne prônaient l’innovation, malgré le succès rencontré.

Heureusement Signé Furax allait revenir sur les ondes d’Europe N°1 de 1956 à 1960, et comble de l’ironie, le feuilleton était réalisé par celui qui avait mis en ondes la première saison : Pierre-Arnaud de Chassy-Poulay. Et c’est à cette époque que j’ai découvert Pierre Dac et Francis Blanche et cette atmosphère décalée avec salves de gags, de jeux de mots, de contrepèterie, d’interpellations même envers les auditeurs, une ambiance familiale bon enfant dont la vulgarité était exclue. Et l’on sentait que les comédiens qui interprétaient les différents personnages ne se prenaient pas au sérieux, ce qui ne les empêchera pas par la suite de se faire un nom.

Pensez donc, outre Louis Blanche, le père de Francis, alias le professeur Merry Christmas et Pruttmacher, Jean-Marie Amato, jeune comédien décédé en 1961 à l’âge de 35 ans et qui figura dans de nombreux épisodes des Maîtres du Mystère de Pierre Billard, prêtait sa voix à Furax et Asti Spumante, Pauline Carton dans le rôle de Maharané Pauline et des débutants comme Maurice Biraud dans celui du commissaire Socrate, Jean Poiret, Roger Pierre, Jean-Marc Thibault, Raymond Devos, Guy Pierrault à la voix si reconnaissable destinée à doubler les dessins animés, et Lawrence Riesner, qui a joué plus tard le fameux sketch du permis de conduire avec Jean Yanne, dans le rôle du récitant.

Mais Signé Furax, ce fut également une bande dessinée à épisodes publiée dans France Soir avec des dessins de Henry Blanc et des textes de Robert Mallat. Et un film en 1981 réalisé par Marc Simenon avec une pléiade de comédiens qui représentaient tout l’éventail du comique de l’époque. Et pour terminer cette petite digression, signalons enfin que Maurice Biraud anima les matinales d’Europe N°1 à la fin des années 60 tandis que Francis Blanche s’occupait de la tranche dominicale, se montrant précurseur des gags téléphoniques en interprétant notamment le directeur de l’institut de jeunes filles des Cours Sautrot de Vincennes. Malheur aux barbus qui, j’y reviens, sera suivi quelques années plus tard par Le boudin sacré, Le gruyère qui tue, La lumière qui éteint, Le fils de Furax.

Difficile de résumer les 213 épisodes qui composent le premier volet de Signé Furax, mais essayons quand même. Des barbus sont enlevés en plein Paris et le dernier en date n’est autre que Merry Christmas, le célèbre professeur titulaire de barbologie analytique. Sa fille Carole est inquiète et sur les conseils de son petit ami Fred Transport, reporter de sa profession, elle requiert les services des détectives Black et White, tandis que le commissaire Socrate assisté de l’inspecteur Euthymènes est lui aussi sur les dents. S’ensuivent moult aventures qui mèneront tout ce petit monde, ensemble ou séparément, en Espagne, à Addis-Abeba car le Négus a reçu une lettre de menaces, dans l’état indou du Sama-Koutra, aux Etats-Unis, au Mexique et même dans l’espace. Car rien n’est impossible à nos intrépides enquêteurs en studio. S’ensuivent des péripéties désopilantes au cours desquelles les gags s’enchainent comme les menottes à une troupe de condamnés en partance pour les travaux-forcés… du rire, qui n’est pas forcé (le rire) dans une ambiance impertinente, irrévérencieuse, mais pas méchante. Furax possède en Malvina une assistante et une compagne de choc, toute dévouée à la cause du malfaisant démoniaque.

Si les jeux de mots (laids comme dirait un mien ami cycliste) foisonnent, exemple :

White : Qu’est-ce que c’est que cette écuyère qui fait de la voltige avec un pot-au-feu sur la tête ?

Black : Ça doit être une écuyère à soupe !

 

Ce n’exclut pas les déclarations langue de bois dont sont friands nos hommes politiques, telle cette suggestion d’un inspecteur au directeur de la police judiciaire :

A mon humble avis, monsieur le directeur, il faudrait orienter les investigations vers un point central qui constituerait en quelque sorte la plaque tournante d’où partiraient les données essentielles du problème dont la solution…

Réponse du directeur qui lassé coupe la parole : Merci, vous m’expliquerez la suite par lettre recommandée…

 

Je pourrais ainsi écrire des pages et des pages sur cet ouvrage de plus de 1300 pages, y compris l’introduction de Jacques Pessis, légataire universel de Pierre Dac, longtemps collaborateur de Philippe Bouvard et Président du Club des Croqueurs de Chocolat ce qui est quand même une référence, mais ce serait comme dévoiler les trucs et astuces d’un prestidigitateur. Et ceci avec l’approbation de Black et White, grands amateurs de la liqueur écossaise

White : Oui…

Black : … sky

 

Ah, j’allais oublier le plus important : Les feuilletons radiophoniques recourraient à des bruitages sonores afin d’illustrer le départ d’un train, d’évoquer les pas de personnes marchant dans une pièce ou dans la rue, de claquements de portes. Dans cet ouvrage des vignettes représentant des trains, des avions, des bateaux, des marques de pas, des éclairs, des tambours, des portées musicales, suppléent à ces bruitages jusqu’à la représentation d’un gong clôturant chaque épisode. Un fort volume qui devrait ravir tous les amoureux de Pierre Dac et Francis Blanche, des nostalgiques des feuilletons radiophoniques et communiquer aux plus jeunes cette ambiance supplantée par la télévision. Un fort volume réservé à tous, de 7 à 107 ans.


Pierre DAC & Francis BLANCHE : Malheur aux barbus. Signé Furax. Editions Omnibus. 1344 pages. 28€.

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29 mars 2013 5 29 /03 /mars /2013 16:11

DERNIÈRES MINUTES : Une info des éditions Jigal !

 

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Suite de la mésaventure du visa refusé à Janis Otsiemi, invité la semaine passée au Salon du Livre de Paris.

 

Après une large mobilisation et notamment de la presse face à cet invraisemblable refus, le Consul de France en personne, à Libreville, a hier souhaité rencontrer Janis Otsiemi.

 

Après explications, et semble t-il excuses, pour ce fâcheux contretempsle Consul a accepté de délivrer à Janis Otsiemi un visa d'un an pour ses futurs déplacements en Europe.

 

Vous aurez donc en principe la possibilité de le rencontrer du 18 au 20 mai prochain au Festival Etonnants Voyageurs à St Malo.

 

Que tous ceux – fort nombreux – qui nous ont spontanément soutenus, ont relayé l'information,  ou ont été tout simplement choqués et indignés, soient ici sincèrement remerciés.

 

La place est maintenant à la littérature…

 

Et vous pouvez lire les chroniques consacrées aux romans de Janis Otsiemi publiés aux éditions Jigal :

 

La vie est un sale boulot.


Le chasseur de lucioles.


La bouche qui mange ne parle pas.

 

 

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29 mars 2013 5 29 /03 /mars /2013 14:33

Hommage à Marcel Aymé né le 29 mars 1902.

 

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Lorsqu’on évoque Marcel Aymé, immanquablement surgit à l’esprit La jument verte, formidable roman à l’odeur de souffre, adapté au cinéma par Claude Autant-Lara avec Bourvil en 1959, mais aussi La traversée de Paris, une nouvelle qui figure dans ce volume (Dans le recueil intitulé Le vin de Paris) et qui fut également adaptée au cinéma par le même Claude Autant-Lara en 1956 toujours avec Bourvil et aussi Jean Gabin et Louis de Funès. Deux films qui permirent à Bourvil, surtout dans La traversée de Paris, de sortir de son rôle de paysan, d’imbécile heureux qui commençait à lui coller à la peau.

Marcel Aymé, c’est aussi Les contes du Chat-perché. Mais c’est oublier peut-être un peu vite tout le restant de sa production romanesque et de son talent de nouvelliste. Un talent qui parfois l’a fait comparer à Guy de Maupassant et même à George Sand. Réaliste, naturaliste, satiriste, souvent Marcel Aymé a choqué les bien-pensants par sa liberté de ton, par des scènes dites osées d’une libération sexuelle attaquée par une pudibonderie tenace.

Son imaginaire dans lequel le terre à terre, souvent plein de bon sens, le dispute à un fantastique en ébauche, où un humour corrosif est parfois tempéré par la poésie et la tendresse, son imaginaire lui permet d’attaquer l’hypocrisie en abordant tous les genres. Homme de théâtre et de cinéma, souvenez-vous de Clérambard mais également des adaptations cinématographiques de ses œuvres ou encore des dialogues et des sujets originaux comme Les mutinés de l’Elseneur, Le voyageur de la Toussaint ou Papa, Maman, la bonne et moi, Marcel Aymé ne s’est véritablement révélé que par son œuvre fictionnesque et littéraire.

Antoine Blondin a déclaré : Marcel Aymé a réussi le tour de force d’être l’écrivain le plus constamment lu de France, en demeurant la personnalité la plus méconnue du public commun.

Après guerre, Marcel Aymé n’était lu que par quelques esprits libres, anticonformistes et un très vaste public populaire. Cet engouement dénoncé par des rustres qui trouvent de fort mauvais goût de posséder dans sa bibliothèque des œuvres de Marcel Aymé, même s’ils admettent avec réticence ou en permettent la lecture. Pourquoi cette popularité en même temps que cet ostracisme ? Parce que Marcel Aymé a eu une propension à introduire dans ses récits les éléments de base de la littérature dite populaire : le fantastique et le policier. Un crime selon les censeurs.


Marcel_Ayme_1929.jpgD’autres avant lui eurent à subir les foudres de ceux qui considèrent que la seule véritable littérature est la littérature soporifique. N’est-ce pas monsieur Zola ? La réalité rejoint-elle la fiction ou Marcel Aymé était-il doué de prémonition ? On pourrait toujours gloser en relisant : Le confort intellectuel dans lequel il mettait en scène des ministres joueurs d’accordéon, ou encore dans Le moulin de la Sourdine dans lequel existent de nombreuses similitudes avec une affaire qui fit grand bruit il y a quelques décennies, l’affaire de Bruay-en-Artois.

Tout cela pour dire que la découverte ou la redécouverte de Marcel Aymé s’impose et les éditions Gallimard l’ont bien compris en rééditant Marcel Aymé dans leur prestigieuse collection de la Pléiade mais aussi en l’invitant dans cette collection Biblos. De très beaux livres qui se situent entre Folio et la Pléiade mais auxquels je ferais un léger reproche. Certes Patrick Modiano en a signé une courte préface, mais je pense qu’un appareil critique plus conséquent aurait été apprécié par les lecteurs.


Marcel AYME : Le nain, Derrière chez Martin, Le passe-muraille, Le vin de Paris, En arrière. Collection Biblos. Editions Gallimard. Février 1989. 920 pages. 24,80€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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