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20 décembre 2012 4 20 /12 /décembre /2012 15:41

Evitez les sites de recherches genre Potes d’avant, car après…

 

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Elle était belle Jacqueline, elle était jeune, elle aimait danser, elle aimait boire en compagnie des hommes, elle aimait la vie. Et à dix-sept ans elle s’est retrouvée enceinte. Mais en 1971, dans le Sud Manche, dans l’Avranchin, les braves gens réprouvaient les filles mères. Stéphane est le fils d’un fantôme et d’une bouteille de gin.

Il ne fait pas bon à cette époque de ne pas avoir de père. Jacqueline s’enfonce dans un éthylisme propice à l’oubli tandis que Stéphane se voit relégué au fond de la classe, isolé, conspué par ses condisciples. Dont Jérôme, le fils du cafetier, avec qui il aurait pu devenir ami mais devint son tourmenteur. Alors Stéphane s’est promis qu’il deviendrait quelqu’un, ce qu’il a réussi et dont il est fier. Il habite le vieux château de Saint-James, qui le faisait fantasmer jeune, et traficote sans que l’on sache vraiment quelles sont ses occupations. Lors d’une soirée avec ses comparses, il a alors vingt-huit ans, il sort d’un café afin de prendre l’air et fumer une cigarette. Pourquoi fume-t-il dehors ? Il a une réponse toute faite : Parce que c’est là qu’on fait des rencontres.

Et en cette soirée du 12 février 1999, la rencontre est effective sous les traits de Norah Hepfner. Une approche, comme une attirance de la part de la jeune femme qui lui demande du feu, ils échangent leurs coordonnées téléphoniques, elle est allemande, elle vit à Paris, puis quelques jours plus tard, nouvelle rencontre, programmée. Une nuit ensemble, la découverte des corps, de son corps à elle surtout, balafré dune cicatrice, une brûlure au côté droit. Il l’invite chez lui à Saint-James, dans son château qui signe la revanche sur sa jeunesse, l’exhibe presque dans le village, elle lui raconte sa jeunesse et l’origine de cette marque abdominale. Elle a perdu sa famille dans l’incendie de la maison familiale, elle n’avait qu’une douzaine d’années, cette trace est son seul héritage. Ils envisagent l’avenir ensemble, ils ne peuvent plus se passer l’un de l’autre. Ils vont vivre dans un appartement, s’installer à Rennes, elle est traductrice d’allemand et ne tarde pas à retrouver du travail, lui s’occupe à ses petites affaires, les déplacements l’éloignent d’elle parfois, ou au contraire, c’est Norah qui est obligée de partir à l’étranger.

Parfois Norah a des réactions qu’il ne comprend pas, mais après tout ce n’est pas si grave. Par exemple, elle ne sait pas conduire, mais elle lui donne de petits conseils pour aborder un virage, il achèterait bien une Porsche, il en a les moyens, mais à chaque fois qu’il lui en montre une, elle l’ignore, ou encore cette réaction imprévisible, lorsque le couple dans la rue rencontre Dagmar, une stagiaire allemande travaillant dans l’entrepôt de Stéphane, Norah ne se comporte pas comme si elle était contente de retrouver une compatriote. Tous petits faits qui font que Stéphane se pose des questions, et lors d’une absence de Norah, il transforme l’appartement de fond en comble, changeant la disposition des meubles et des pièces, et l’invite dans un restaurant qui n’est pas le plus huppé de la ville, dépense une somme folle en champagne, il se force à faire le pitre dans le taxi qui les ramènent chez eux, ils rentrent plus qu’éméchés et elle ne boit pas le dernier verre qu’il lui propose, trop occupée à tout régurgiter.

Ils voyagent, lui ne connait rien, elle a déjà visité les pays où il l’emmène. Mais un jour, sur la Côte d’Azur, alors qu’ils avaient entrepris une promenade, celle-ci tourne court. Caroline, l’amie de Norah chez qui elle suit des séances de gymnastique, Caroline a été victime d’une rupture d’anévrisme. Elle s’en sortira mais depuis Stéphane l’appelle Caroline-ma-sauveuse. Une raison personnelle.

Des soupçons, il en a, mais lesquels ? Avec Dagmar, il décide d’effectuer des recherches sur un site spécialisé allemand, afin de pouvoir contacter quelqu’un qui aurait connu Norah, avant qu’elle s’établisse en France. Le résultat est au-dessus de ce qu’il pouvait imaginer.

 

Plus qu’un Thriller, terme est galvaudé et qui ne signifie plus rien de concret, ce roman est un suspense à la française, descendant direct d’auteurs comme Boileau-Narcejac, Louis C. Thomas et quelques autres et dont la descendance se nomme aujourd’hui Barbara Abel, Michel Bussi et Philippe Bouin par exemple. Thriller, qui signifie effectivement, selon mon dictionnaire, film ou roman policier à suspense, est accolé à tout ce qui bouge, principalement à des romans d’aventures, ésotériques, ça fait bien dans le décor, dans lesquels le sang tapisse les pages et les tortures, raffinées ou non, s’enchainent parfois sans vraisemblance. Alors lorsqu’ils voient le terme Thriller, certains chalands se détournent de l’objet parce qu’ils n’aiment pas ce genre, tandis que d’autres vont être attirés et seront déçus parce que cela ne correspondra pas à leur attente. (Ce petit coup d’humeur est consécutif à une phrase choc délivrée par Direct matin et qui pour moi est plus une accroche facile qu’une véritable chronique).

Et dans ce roman le terme de suspense est approprié puisque le lecteur est suspendu à ce que l’auteur écrit, décrit, dans ses faits et gestes, dans ses pensées, dans sa projection de l’avenir, dans ses retours en arrière, dans la déclinaison de ce qu’il s’est réellement passé, mais en fardant quelque peu le texte, au début, car il est difficile de tout avouer comme ça en bloc.

Hervé Commère préfère privilégier le ressenti intérieur de son personnage au lieu de scènes grandiloquentes. Il construit son roman comme une autobiographie, une confession, qui avance dans le déroulement du récit par petites touches et s’exprime par sous-entendus anticipatifs. Ainsi page 28, en fin de chapitre : Je ne pouvais pas m’imaginer à quel point. Page 36, toujours en fin de chapitre : J’étais à mille lieux de m’imaginer le mal que je voudrais lui faire un jour. Des artifices certes, mais qui incitent le lecteur à s’immiscer plus longuement dans cette vie de couple qui possède son cadavre dans une boite de chaussures.

Toutes les questions que le lecteur est à même logiquement de se poser trouveront leurs réponses dans les quatre parties intitulées Première enveloppe, deuxième enveloppe, comme autant de lettres explicites permettant au narrateur de faire le point.

Dommage que la quatrième de couverture soit un peu trop explicite à mon goût. Je l’ai lue après heureusement, sinon, je ne sais pas si j’aurais pris autant de plaisir à découvrir cette histoire, cette intrigue émouvante.


Retrouvez le premier roman d'Hervé COMMERE dans J'attraperai ta mort.


Hervé COMMERE : Le deuxième homme. Editions Fleuve Noir. Octobre 2012. 252 pages. 18,90€.

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20 décembre 2012 4 20 /12 /décembre /2012 07:10

Un Noël versaillais

 

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Olivier, qui a suivi quelques années auparavant une cure de désintoxication, quitte le Midi et sa femme Odile, pour se rendre à Versailles. Sa mère vient de décéder, à quelques jours de Noël. Seulement l’inhumation ne sera effective qu’après la fête religieuse.

Désœuvré, Olivier se rend chez sa voisine de palier. Avec stupeur, Jeanne et lui se reconnaissent. Ils se sont connus vingt cinq ans auparavant. Tout jeunes ils étaient inséparables, à quinze ans ils avaient eu leur première et unique union charnelle, mais également ils portaient en eux un terrible secret. Ils s’étaient perdus de vue mais leurs retrouvailles s’effectuent comme s’ils ne s’étaient quittés que depuis la veille.

Jeanne vit avec Rodolphe, son frère aveugle, un être cynique qui jouit des désagréments qu’il prodigue envers ses congénères. Ce soir là il rentre ayant pris sous sa coupe Roland, un S.D.F. rencontré dans une église. Il lui a acheté des vêtements et invité à manger. Olivier retombe dans l’alcool et le lendemain il découvre Roland étranglé dans sa baignoire, une de ses cravates autour du coup. Olivier ne se rappelle de rien. Ils se débarrassent du cadavre en l’enfouissant dans un bois. Rodolphe connaît le passé d’Olivier et de Jeanne. Adolescents ils se réfugiaient sur une île imaginaire et avaient enlevé un bambin afin d’obtenir une rançon. Mais le kidnapping s’était mal terminé.

Entre Jeanne et Olivier la flamme qui les animait les embrase à nouveau malgré l’alcoolisme dans lequel Olivier a sombré. Après l’enterrement de sa mère Olivier décide de rester à Versailles et de couper les ponts avec sa femme. Le cadavre de Roland est retrouvé et un inspecteur remonte jusqu’à Rodolphe à cause des vêtements qu’il lui a acheté. Toutefois comme il est aveugle, la piste s’arrête là.

L’atmosphère sordide et cruelle, la description des personnages, leur déchéance, la situation dans laquelle ils évoluent, tout fait penser à l’univers des petites gens si bien décrit et mainte fois exploité par Simenon, ainsi qu’en témoigne cette citation : “ Lentement la chaleur reprenait possession de son corps, il redevenait flou, flasque, collant à la vie comme une boule de pâte molle ”. Peu de personnages, presque un huis clos feutré, parsemé de quelques touches d’humour qui mettent en valeur la noirceur du texte. Pascal Garnier raconte sans grandiloquence, sans effet de manchettes, sans coups de feu excessifs, et le résultat n’en est que plus efficace.


Pascal  GARNIER: Les insulaires, et autres romans noirs. Editions ZULMA. 24,90€.

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19 décembre 2012 3 19 /12 /décembre /2012 14:58

Il n’est pas bon parfois, même dans un but louable, de vouloir s’immiscer dans le passé d’un être proche.

 

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Samantha a décidé d’organiser une grande fête pour son mari qui aura quarante ans le 5 décembre. Elle a connu Marty au cours d’une soirée de promotion pour un livre de cuisine. Elle était rédactrice dans une petite agence de publicité et ce soir là le regard qu’elle portait sur les hommes a changé du tout au tout. Et depuis huit mois elle vit une lune de miel sans nuage et il était temps car elle a trente-cinq ans. Marty est chargé de relations publiques, ses journées sont très chargées. Il part tôt de leur appartement situé près de Central Park, rentre tard le soir.

Un emploi du temps qui permet à Samantha de fignoler ses invitations, en compagnie de Lynne son amie. Elle ne veut pas se contenter d’inviter les amis actuels, mais également ceux que Marty a fréquenté durant sa jeunesse et son adolescence. D’anciens condisciples par exemple, et des professeurs. Marty a fréquenté dans sa jeunesse l’école de journalisme et de relations publiques de Northwestern. Mais lorsqu’elle téléphone à l’établissement, la secrétaire affirme que ce nom ne figure pas dans ses registres ni dans le journal de l’université, journal auquel il a soi-disant participé. A Elkhart, dont il a fréquenté les écoles primaires et secondaires, même son de cloche. Aucune trace du passage de Marty Shaw, aucune représentation sur des photos de classe. Elle en parle vaguement à Tom Edwards, l’ami de Marty, mais celui-ci ne peut apporter aucun renseignement supplémentaire. Tout ce qu’il sait sur la jeunesse de Marty, c’est justement Marty qui le lui a dit.

Samantha est déboussolée, alors qu’elle devrait être contente ! Elle est enceinte, mais elle décide de ne rien dire, de n’en parler à personne, ni à Lynne, à Tom et encore moins à son mari. Car une autre déception l’attend. Elle téléphone au ministère de la Défense et pense qu’avec le numéro matricule militaire de son mari, elle va enfin pouvoir trouver une preuve, des renseignements sur sa jeunesse, son passé au Vietnam. Son passé ! Marty Shaw est mort au combat !

Elle consulte un psychiatre, un avocat, mais cela ne l’avance guère.

Mais que fait Marty pendant ce temps ? Il procède à quelques emplettes, un marteau  par exemple, d’une marque et d’une forme bien précise, une chaine de vélo, un petit train électrique, mais là encore d’une marque bien définie et avec ses wagons adéquats, ou encore un vieux récepteur de télévision du début des années 50, en état de fonctionnement.

Au siège central de la police de New-York, un policier est particulièrement anxieux. La date du 5 décembre est synonyme pour Spencer Cross-Wade de tragédie. En six ans, toujours un 5 décembre, six femmes ont été assassinées et Spencer n’avance pas dans son enquête. Une obsession qui le tenaille d’autant que le 5 décembre approche rapidement. Dans trois semaines ce sera la date fatidique et il faudrait un miracle pour que le début d’une piste se profile et que l’engrenage soit arrêté à temps.

La tension monte lentement, progressivement, et si William Katz dispose ces éléments par-ci par-là afin d’entretenir le suspense, on se prend toujours à se demander si Samantha est véritablement en danger, si Marty ne pense pas à autre chose en effectuant ses achats, si ce n’est pas quelqu’un d’autre qui est visé, si, si, si…

fetefatale2.jpgLes questions se bousculent mais on est bien obligé de se rendre à l’évidence, oui, quelque chose se trame. Alors l’autre question qui démange, qui devient pressante, est de savoir si réellement le machiavélisme de l’un des protagonistes va empiéter sur le pragmatisme et l’intuition des autres. Si Samantha ne va pas craquer, si elle va savoir donner le change jusqu’au bout, si justement rien ne va se dérouler selon les plans minutieusement concoctés et si tout ne va pas basculer au dernier moment.

J’avais lu ce roman lors de sa sortie en 1986, et j’avoue qu’il ne m’avait pas spécialement marqué. A la relecture j’y ai découvert une force d’évocation qui m’avait échappé, et j’y trouvé un suspense habilement concocté, sans que l’auteur décrive des scènes grandiloquentes. Tout est décrit dans la simplicité, dans un univers presque feutré mais efficace.


William KATZ : Fête fatale (Surprise-party – 1984 ; traduction de Danielle Michel-Chich). Presses de la Cité octobre 2012 (réimpression de 1986). 300 pages. 19,50€.

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19 décembre 2012 3 19 /12 /décembre /2012 09:00

Quand tu descendras à la cave…

 

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On trouve de tout dans les caves d’immeubles. De la poussière, des toiles d’araignées, de vieux objets dont on ne se débarrasse pas par sentimentalisme, des rats crevés, des ramas entreposés à la va-vite, des bouteilles, le plus souvent vides, et parfois même il arrive que l’on débusque un squatteur.

Pour une vague histoire de passage de câbles, Jacques Villeneuve descend à la cave, mais l’employé asthmatique ne veut pas continuer, une grosse pierre fichée dans le sol l’empêchant de travailler. Plus tard Jacques arrive à desceller ce qu’il croit être un gros caillou, et quelle n’est pas sa surprise de découvrir qu’en réalité il s’agit d’un coffre contenant dix petits sacs, une fortune en pièces d’or. Sa voisine Ludivine le surprend et après une petite gâterie qui fait du bien aux deux protagonistes, il ne peut s’empêcher de vendre la mèche. Du coup il lui faut bien faire part de sa trouvaille aux autres copropriétaires de l’immeuble.

Mais présentons ce microcosme : Jacques Villeneuve, qui oscille entre la cinquantaine et la soixantaine, sans travail, amoureux de Mozart auquel il a consacré une étude qui a connu un succès inespéré et continue dans l’écriture. Il absorbe régulièrement ses verres d’huile afin de se graisser les neurones. Ondine, sa compagne, sa cadette de vingt ans, est quelque peu folâtre, et sans aucun complexe, surtout lorsqu’il s’agit de dépenser l’argent de Jacques. Ludivine, rousse flamboyante, très portée sur la fellation, ce qui est peut-être la cause de sa propension à employer un mot pour un autre, et mère de Greg, un gamin qui veut à tout prix se fourrer la tête dans une bonbonnière et dont la conversation se limite à des aga, aga. Aurore possède un chien, un chowchow nommé Mao, un chat qui répond au nom de Tsé Toung, un perroquet, et n’est pas franchement affriolante avec sa tête de gargouille. Ensuite, Gérard, qui habite la loge de concierge, ancien typographe à la retraite et qui s’amuse à tirer sur les pigeons se nichant dans le marronnier du jardinet. Cédric, prof de lettres, ancien maoïste, pince-sans-rire, citant à tout propos Baudelaire, appréciant les boissons fortes et les films d’horreur. Le docteur Schlick est un cas lui aussi : affligé d’une coquetterie oculaire, les cheveux gominés, le stéthoscope en bandoulière, affublé d’une blouse blanche, débordant de vitriol avec une tête pleine de clochettes, il a une bonne (à tout faire ?) nommée Mélia. Enfin le seul couple officiel de l’immeuble, les Benabid, surnommés avec ironie Benaventre par Schlick. Ils ont recueilli leur petite fille Nébia à la mort de ses parents dans un accident, Nébia qui aime grimper dans le marronnier au grand dam de Gérard qui a peur de toucher la gamine de dix ans en tirant sur les pigeons.

Maintenant que tous les personnages principaux vous ont été présentés, introduisons-nous subrepticement dans l’appartement du docteur Schlick qui organise un repas afin de réunir tous ces copropriétaires face à cette manne tombée de la cave. Seulement le cochon de lait et le lapin prévus au programme des réjouissances gustatives ne sont pas exactement les animaux servis dans les assiettes des convives. C’est ce que Mélia découvre en tournant de l’œil en ouvrant sa cuisinière. Figurez-vous son étonnement, et son horreur, en se retrouvant nez à nez avec les têtes de Mao (le chien) et de Tsé Toung (le chat) les animaux d’Aurore qui n’avaient aucunement besoin de se réchauffer mais se retrouvent refroidis par la malice d’un petit malin qui se joue des nouveaux millionnaires en herbe (de Provence).

Un coup de froid pour Aurore qui perd la raison et est hospitalisée. Quand la bague de Gérard, qui n’a pas donné de ses nouvelles depuis quelque temps, est retrouvée dans le ventre d’un poisson acheté sur le marché, l’inquiétude grandit. Ce n’est pas encore l’affolement mais tout le monde se pose des questions. D’autant plus que les décès, accidentels apparemment, se succèdent. Les optimistes se consolent en se disant que moins de monde il y aura à se partager la galette, plus les parts seront conséquentes.

 

Petit papa Noël, dont le titre trouve sa justification dans le déroulement du récit, nous emmène un peu sur les traces d’Agatha Christie et à son célèbre roman Les dix petits nègres. Un hommage mais en même temps une œuvre personnelle, avec une trame humoristique, comprenant de très nombreuses références cinématographiques et littéraires. Ce qui n’empêche pas l’auteur, au contraire, de placer des coups de griffes qui trouvent leur justification dans un contexte actuel. Ainsi Cédric, prof de lettres je le remémore, se positionne en se posant des questions fondamentales : « S’il ne pouvait pas donner ses cours sans risquer des insultes et même des coups, il se sentait en droit de demander des comptes à la République. Tous ces politiques, syndicalistes et intellectuels qui s’exprimaient à la place des profs, des gens de terrain, il les maudissait ».

Mais restons philosophes, quelles que soient les circonstances. Et si comme Jacques Villeneuve, le héros de ce roman et non l’ancien champion automobile de formule 1, vous demandez à votre compagne lorsqu’elle se rend à un rendez-vous : « Et tu vas y aller comme ça, en mini et en string ? », ne vous étonnez pas si elle vous rétorque : « Le string, personne ne le voit. La mini, c’est la mode », il est évident que vous aurez posé la mauvaise question, au mauvais moment.


François CERESA : Petit papa Noël. Pascal Galodé éditeurs. 184 pages. 18€.

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18 décembre 2012 2 18 /12 /décembre /2012 14:21

Les coïncidences littéraires existent, je les ai rencontrées !

 

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La mise en ligne de ma chronique concernant le remarquable ouvrage de John Curran : Les carnets secrets d’Agatha Christie, m’a donné l’idée de remettre un article sur un essai non moins remarquable datant de 1989, dû à Annie Combes, et qui mériterait d’être diffusé plus largement.

Qui n’a jamais lu au moins un roman d’Agatha Christie, La Bonne Dame de Torquay, La Reine du crime, La Duchesse de la mort, comme l’ont surnommée certains critiques ?

Qui n’a pas été tenté de découvrir en compagnie d’Hercule Poirot ou de Miss Marple l’auteur d’un crime savamment agencé ?

Qui ne s’est jamais senti frustré à la fin du roman en s’apercevant que le criminel n’était pas celui auquel on pensait ?

Pourtant Agatha Christie avait déposé ça et là des indices, des leurres également, qui devaient permettre d’accéder à la bonne solution.

Annie Combes, dans cet essai, cette étude sur les romans christiens, sur les différents personnages, sa façon d’écrire, analyse, commente, déchiffre, explore et donne envie de relire d’un regard neuf des romans souvent trop vite lus. Un essai passionnant de bout en bout, écrit sur un mode ludique et attrayant. En effet on peut lire cet ouvrage chapitre après chapitre, lecture conventionnelle, ou en suivant des axes grâce à des renvois en marge, ou encore en sélectionnant ses chapitres.

Les marges comptent pour beaucoup dans cet ouvrage, puisqu’elles comportent de nombreuses notes souvent indispensables, des exemples, des compléments d’information, des renvois à tel chapitre, etc.

Un très gros travail effectué par une passionnée des romans d’Agatha Christie, une passionnée qui sait en même temps se montrer impartiale, reconnaissant que certains romans cèdent à la facilité. Un ouvrage de référence indéniable.

Annie Combes ne manque pas d’humour. Par exemple page 179, dans un chapitre consacré au rôle des chiffres dans l’œuvre christienne, en conclusion de la partie dédiée au chiffre 9, elle termine par cette phrase : pour écrire un récit d’énigme novateur, c’est dans le montage de l’intrigue et l’écriture indicielle qu’il faut chercher du neuf !

Un chapitre, parmi tant d’autres, qui a retenu plus particulièrement mon attention et suscité mon intérêt, c’est celui de la traduction. En effet souvent les romans d’Agatha Christie ont souffert de coupures, de négligence, d’une certaine facilité et même d’un je-m’en-foutisme certain de la part des traducteurs et/ou de l’éditeur. L’exemple le plus connu et qu’Annie Combes ne cite pas, est celui des Dix petits nègres, dont la solution finale est entièrement tronquée*.

 

*Cette chronique date de 1989, et heureusement depuis Les éditions du Masque (anciennement Librairie des Champs Elysées, le Masque étant alors une collection) ont entrepris à partir de 1990 un très gros travail de retraduction, et il vaut mieux lire les ouvrages publiés depuis, soit au Masque dans la collection Les Intégrales ou dans Le Livre de Poche, en vérifiant si la mention nouvelle traduction complète (ou similaire) est apposée.

En conclusion un travail de recherche effectué avec sérieux, qui se lit comme un roman, passionnant de bout en bout, écrit par quelqu’un qui pousse l’humour ou l’identification en possédant les mêmes initiales qu’Agatha Christie !

 

Disponible uniquement chez l’éditeur :

http://www.lesimpressionsnouvelles.com/catalogue/agatha-christie/

 

Annie COMBES : Agatha Christie, l’écriture du crime. Collection. Réflexions faites. Essai édité par Les Impressions Nouvelles. 1989. 304 pages. 21€.


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Published by Oncle Paul - dans Documents
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18 décembre 2012 2 18 /12 /décembre /2012 06:58

Mon beau sapin, roi des forêts...


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Mais que font donc San-A, son fils Toinet, l’impayable Béru et l’inénarrable Berthe sur les pistes de ski de La Toussuire en cette veille de Noël ? Pour skier me rétorquerez-vous ! Accessoirement répondrai-je, mais surtout pour accomplir une mission.

Vous me croirez ou pas mais ils doivent refroidir un dénommé Pipo Fellaci, moniteur de ski. C’est pour de faux, mais vous ne le direz pas, promis ? Seulement voilà qu’un grain de sable sous la forme de Lanturleau vient semer la pagaille dans une opération bien huilée. Lanturleau qui fut un collègue de promotion de San-A et est actuellement en poste à Albertville. Un choc percutant incontrôlé contre le traineau qui emmène le corps de Pipo à la station, et l’homme est définitivement réduit en cadavre. Enfin pas vraiment. Pipo a la vie dure, mais le chewing-gum qu’il vient d’ingérer lui est fatal. On n’échappe pas au cyanure.

Mission ratée pour San-A et ses acolytes, qui devaient simuler une agression afin de mettre Pipo à l’abri d’un agresseur coriace, ingénieux et fétichiste. En effet depuis le mois d’août, le 23 de chaque mois exactement, un homme est assassiné dans des circonstances spécifiques et raffinées. Le premier de la liste, Mekèl Belboul, moniteur de rafting, est abattu à coups de flash-ball alors qu’il essayait d’enseigner les rudiments de ce sport à des adolescents. Le 23 septembre, Situva Tuvaniké décède lors d’un saut à ski, sa corde ayant été sabotée. Le 23 octobre, Vaszy Kaszilpö est déchiqueté par une balle de golf piégée, et pourtant le golf n’est pas réputé pour être un sport extrême. Le 23 novembre une jeune femme en goguette décède des inhalations d’une cigarette empoisonnée. Mais il ya eu erreur sur la personne, c’était Pipo qui visé et qui n’écoutant que son bon cœur avait offert la cibiche mortelle à la défunte, en attendant des relations moins tabagiques et plus charnelles.

L’enquête sera courte dans le temps mais réservera de nombreuses surprises à nos protagonistes, les cadavres s’essaimant dans la station de ski et ses alentours comme des cailloux noirs et roses sur la neige virginale.

Berthe saura alimenter la jalousie de Béru en surfant sur les vagues du plaisir tandis que son mari rongera son frein en ne la retrouvant pas dans le lit conjugal et hôtelier. Patrice Dard qui a repris le flambeau à la disparition de Frédéric Dard, et peut-être même avant, possède le ton, la verve, le sens des dialogues et des situations qui nous étaient chères, redonnant aux aventures de San-Antonio ce côté bon enfant que l’on appréciait dans les années 60.

La bonne humeur, quelques coups de gueule, des parenthèses comme celle concernant le pourquoi du S à essuie-glaces alors que le pare-brise n’est que d’un seul tenant, mais beaucoup moins de digressions pessimistes qui engluaient les aventures de San-A dans les années 90. Un bon cru placé sous le signe du tabac, en témoignent les têtes de chapitres, tandis que les différentes parties du roman font référence à des films.


Patrice DARD : Ça sent le sapin. Les nouvelles aventures de San-Antonio. N° 20. Editions Fayard. Mars 2010. 7€.

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17 décembre 2012 1 17 /12 /décembre /2012 14:24

Les recettes littéraires de Dame Agatha !

 

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Bon nombre de lecteurs se demandent, à juste raison, comment travaille, écrit un(e) romancier(e), comment s’organise sa journée, d’où lui viennent ses idées, et autres questions fondamentales qui bientôt n’auront plus de réponses à cause de l’informatique. Existera-t-il des traces des différentes versions, des suppositions, des idées jetées en l’air ou sur écrit, des ratures, des renvois, comme cela pouvait et peut encore être découvert grâce à certains manuscrits soigneusement conservés dans des bibliothèques.

John Curran grâce à un hasard extraordinaire, mais pas tant que cela si l’on considère qu’un admirateur aura toujours plus de chance de découvrir des perles rares qu’un lecteur lambda, a pu mettre la main sur soixante-treize carnets appartenant à Agatha Christie, sachant que certains ont dû se perdre au fils des ans.

10petitsnegres-copie-1.jpgLe petit-fils de la célèbre romancière, Mathew Prichard, et John Curran se sont rencontrés à Calgary au Canada, lors de la création mondiale d’une des toutes dernières pièces d’Agatha Christie, Chimneys, et ils ont sympathisé. C’est ainsi que John Curran devient un visiteur fréquent de la propriété sise à Greenway avant même que le National Trust organise de nombreux travaux de rénovation, invité par Mathew Prichard et sa femme. Et qu’il est amené à trouver rangés dans une petite pièce du deuxième étage, des éditions originales de livres, des manuscrits, des lettres et des contrats, des photos, des coupures de presse et un carton ordinaire. Ordinaire, pas tant que cela puisqu’il contient une collection de vieux cahiers d’écoliers.

John Curran est subjugué par sa découverte, et il passe des heures dans cette pièce à relever notes, noms, lieux, dates, à comparer, à remettre en ordre, car si ces cahiers ou carnets, de tailles et d’épaisseurs différentes sont numérotés, c’est dans un ordre aléatoire, prémisses à un véritable dépouillement jamais mené au bout. 

John Curran se plonge dans ces carnets avec la jubilation, l’excitation dû à la découverte d’un trésor, et il passera des heures, des journées, deaffaire-styles.jpgs semaines, à compulser, trier, comparer, analyser, décrypter parfois, des mots, des phrases, des idées, des noms, des interrogations, des ratures, traquant l’écriture serrée, patte de mouche, qui évolue au fil des ans. Un véritable fourre-tout : Pour elle [Agatha Christie], ces blocs-notes sans prétention étaient un simple outil de travail, pas plus précieux que le stylo, le crayon ou le Bic qu’elle prenait pour les noircir. Ses carnets lui servaient d’agendas, d’aide-mémoire, de blocs pour messages téléphoniques, de journal de bord, de livres de comptes pour la maison ; elle les utilisait pour rédiger des brouillons de lettres, pour faire des listes de cadeaux à l’occasion de Noël et des anniversaires, pour griffonner des listes de choses à faire, pour répertorier les livres lus ou à lire, pour gribouiller des itinéraires de voyages… Sir Max, son mari, s’en servait pour faire des calculs, Rosalind s’en servait pour ses exercices d’écritures et tout le monde s’en servait comme marques de bridge.

Comment s’y retrouver dans tout ce fatras, sans une bonne dose de patience, de persévérance, de pugnacité, de volonté, d’obstination, de constance, de concentration, d’amour du livre et des vieux écrits, personnifiant le rat de bibliothèque dévorant métaphoriquement tous ces papiers qui traînent à sa portée et dont il se délecte ?

Parmi cechristie.jpgs scories, John Curran découvre de petites pépites, des ébauches d’histoires jamais écrites, des personnages manquants, réutilisés dans d’autres romans ou nouvelles, de nombreuses interrogations sur les motivations, les mobiles, les occasions, Agatha se livrant à des spéculations, dressant une liste de possibilités, prenant note du travail restant à faire. Et John Curran recense toute cette activité de recherche, exemples à l’appui, en douze chapitres en abordant certains des romans et nouvelles rédigées par Agatha Christie, replaçant l’histoire dans le contexte, abordant les relations avec l’éditeur, avec ses confrères ou consœurs, dans le cadre du Detection Club ou autre, des auteurs qui à leur époque connaissaient un très grand succès tels que G. K. Chesterton, Dorothy L. Sayers, John Dickson Carr, Rex Stout, Anthony Berkeley, E.C. Bentley, Freeman Wills Crofts, mais pour la plupart tombés en désuétude ou quasiment oubliés.

John Curran met en avant le recyclage, qui n’est pas l’apanage d’Agatha Christie, de nouvelles en romans, comme L’Incident de la balle du chien (nouvelle inédite complétant ce recueil) devenant Témoin muet, l’assassin étant changé.

Agatha Christie connaissait son travail, pourtant afin de complaire à son éditeur, elle accepte parfois, rarement, de procéder à des ajouts à un manuscrit déjà bouclé. Ce qui est le cas de La nuit qui ne finit pas, et ses ajouts alourdissent le texte initial et introduisent des incohérences. Or le lecteur ne sait pas forcément que ces hiatus ne proviennent pas d’un manque de rigueur de la romancière mais des exigences d’un éditeur mal inspiré.

La Capture de Cerbère, le douzième et dernier travail d’Hercule, nouvelle qui devait paraître dans le Strand à la suite des onze premiers, qui le travaux-hercule.jpgfurent entre novembre 1939 et septembre 1940, fut refusée par les responsables du magazine. Mais ils ne lui en demandèrent pas une nouvelle version. Le nouveau texte parut lors de l’édition en volume, reprenant une grande partie de l’intrigue de la première. Et c’est en compulsant les carnets d’Agatha Christie que John Curran a pu retrouver la première version et la proposer à la fin de cet ouvrage avec sa genèse. Mais pourquoi donc ce refus ? Tout simplement parce que le personnage d’August Hertzlein est le portrait mal déguisé d’Hitler, nouvelle écrite avant le début de la Seconde guerre mondiale. Un cas unique dans la carrière littéraire d’Agatha Christie qui déclarait en 1970 à son éditeur italien Mondadori : Je ne me suis jamais intéressée le moins du monde à la politique. Hercule est bien évidemment Hercule Poirot, et l’on connait sa vantardise et son immodestie. Pourtant on ne peut qu’approuver cette pensée qui pourrait s’appliquer à certains de nos hommes politiques français actuels : Les hommes doués d’une grande intelligence étaient rarement de grands leaders ou de grands orateurs. Peut-être parce qu’ils sont trop malins pour se laisser prendre à leurs propres discours.

Un ouvrage qui permet de mieux comprendre le succès des romans d’Agatha Christie, un succès qui ne se dément pas, ses sources d’inspiration, sa façon de travailler, de peaufiner son intrigue, de l’abandonner pour mieux la reprendre ou de se servir d’idées non exploitées dans un manuscrit pour en écrire un autre…

En un mot un ouvrage qui se lit… comme un roman policier et qui donne envie de relire la production christienne. Et comme le souligne John Curran, si l’on lit un Agatha Christie par mois, il faudra plus de sept ans pour boucler la boucle, et on pourra recommencer car on aura oublié, logiquement, le premier lu.


John CURRAN : Les carnets secrets d’Agatha Christie. Avec deux nouvelles inédites d’Hercule Poirot. (Agatha Christie’s secret notebooks, fifty years of mystery in the making – traduction de Gérard de Chergé ; Réédition des éditions du Masque 2011). Le Livre de Poche N° 32748.

600 pages. 8,10€.

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17 décembre 2012 1 17 /12 /décembre /2012 07:52

Noël, acte 2 !

 

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En cette avant-veille de Noël 2002, le brave Eugène, cantonnier de son état ou plutôt, comme il est de bon de s’exprimer ainsi de nos jours, agent territorial, effectue sa ronde quotidienne et vespérale au cimetière de Mende. Il est tout ébaubi d’entendre et de voir derrière le petit enclos qui protège la sépulture des Lefort, Eugène et sa femme s’invectiver et se taper dessus comme deux pochards.

La dalle a été déplacée. Pourtant Edmond Lefort, le notaire de Mende, est décédé depuis cinq ans et son épouse l’avait précédé onze ans auparavant. Que fait-on dans ces cas là ? On s’évanouit tout simplement. Sa déposition auprès de la gendarmerie est mise en doute, mais le déplacement d’une dalle de plusieurs centaines de kilos nécessite l’emploi d’un engin de terrassier. Dubitatif, le commandant Moreau fait appel à Muriel Lacan qui travaille à l’unité de recherche en parapsychologie de Toulouse et a effectué ses armes à Quantico aux Etats-Unis.

Muriel est une spécialiste de ce genre d’événements qui dépassent l’entendement. Elle en profite pour demander à son ami Michel Fabre, chargé des affaires spéciales à la P.J. parisienne, de la rejoindre. Comme celui-ci n’attendait que son appel, ne sachant que faire durant ses vacances, il accepte et s’empresse de la rejoindre. Le lendemain de leur arrivée leur première tâche consiste à s’intéresser au témoignage d’Eugène et d’aller rencontrer le cantonnier chez lui. L’homme narre ce qu’il a vu, en présence de sa femme Mélanie, une femme acariâtre qui minimise ses explications.

Muriel et Michel sont persuadés que l’homme n’a pas tout dit, qu’il a caché volontairement des informations sous la pression de son épouse revêche. Pourtant ils en savent un peu plus sur les époux Lefort et leur descendance. Le notaire courrait volontiers le guilledou et est décédé d’une chute d’escabeau en voulant compulser un livre dans sa bibliothèque. Un trépas étonnant conclu comme un banal accident. Sa femme Lucienne décédée d’une mystérieuse maladie onze ans avant lui possédait sa propre vie, ne s’intéressant aucunement à sa famille. Les deux frères, Hubert devenu entrepreneur de travaux publics et Hervé avocat, ainsi que Fabienne qui a été déshéritée parce qu’elle a eu un enfant hors mariage, Hugo. Or elle a toujours refusé de dévoiler le nom du père, même à son fils. Ce qu’il lui reproche depuis des années, et de plus en plus souvent depuis quelques mois.

Ce que nos enquêteurs ne savent pas encore mais dénicheront peu à peu, c’est que Fabienne se rend plusieurs fois par semaine en catimini chez le docteur Merlieux, psychanalyste plus âgé qu’elle de plus de vingt ans et adepte des sciences occultes. Il est le père d’Hugo mais a toujours refusé que Fabienne dévoile son identité. Yvonne Châtelet, une vieille dame qui consulte régulièrement Merlieux voit son sommeil perturbé par la présence dérangeante de Lucienne. Elle se confie au Père Tallec qui est lui aussi mis en présence de forces surnaturelles. Tout se précipite lorsqu’Eugène est retrouvé dans le cimetière, près du monument funéraire des Lefort, égorgé. Or les premières constatations indiquent que, s’il s’agit d’une bête, ce ne peut être un chien. Mais d’autres personnes vaquant de nuit pour diverses raisons qui leur sont propres, aperçoivent un animal qui ressemble à un chien mais n’en est pas un. Muriel et Michel, qui n’osent s’avouer qu’ils s’aiment, par pudeur et par appréhension, s’ils trouvent en Moreau un allié, sont convaincus que lui aussi ne leur dit pas tout et qu’il ne délivre ses informations qu’à petites doses et avec réticence.

 

Jacques Mazeau, dans ce thriller fantastique, nous plonge au cœur du terroir français, celui de l’ésotérisme et des sortilèges, ce que certains dénomment superstition. Le surnaturel est présent mais ce n’est que l’un des éléments du récit qui tourne autour de l’histoire d’une famille de notables qui possède bien des secrets inavouables. Et il ne faut pas croire que le fantastique n’est qu’affabulation car de nos jours tout un chacun y est confronté, ne serait-ce que par les petits placards publicitaires dans les journaux gratuits dédiés aux annonces.

Magnétiseurs, radiesthésistes, devins, et autres charlatans pour les uns, personnes douées d’un sixième sens pour les autres, sont souvent consultés et pas uniquement par des individus naïfs. Et il faut savoir que chaque évêché ou presque possède son prêtre exorciste. Quant au thème de la lycanthropie il a été maintes fois décliné, mais ici ne sert qu’à ajouter un frisson supplémentaire à une intrigue fort bien construite et … envoûtante.


Les éditions De Borée prévoient de rééditer ce roman dans leur collection poche en février 2013


Jacques MAZEAU : La vengeance du loup. Editions du Masque. Février 2011. 17,30€

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16 décembre 2012 7 16 /12 /décembre /2012 07:29

Odieux Noël !

 

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Noël, c'est pas son truc à Corinne. La grande bouffe, le sapin, les cadeaux, elle n'en a rien à faire. Ce qu'elle veut, s'est s'éclater, aller voir ailleurs si c'est mieux que chez ses parents, dans sa petite vie étriquée.

La veille de Noël, elle décide de se faire elle même son petit cadeau en volant une montre de prix dans un grand magasin. Après, il ne lui reste plus qu'à fuir, prendre le bus pour une destination inconnue, se perdre en pleine campagne, être hébergée par un couple de vieux, accepter la proposition de se faire raccompagner chez elle par un bonhomme dont la libido se réveille à la proximité de cette jeunette de quinze ans, se retrouver seule sur un parking d'autoroute, se faire aborder par un camionneur et fuir à nouveau parce que le routier possède des revues pornos et qu'elle ne tient pas à laisser sa vertu entre des mains qu'elle ne connaît pas.

Jean Noël, c'est un imaginatif, obligé de suivre ses parents à la messe de Noël, de subir les sarcasmes d'un de ses condisciples lycéens. Il se crée son petit monde à lui, peuplé d'une certaine Corinne, une jeune fille rousse. De quoi en rester sur le cul lorsqu'il rencontre celle qui alimente son imaginaire. Le contact charnel entre ces deux adolescents ne leur suffisant pas, ils décident de partir, à Paris, de se payer du bon temps.

Jérôme, jeune flic qui passe seul son réveillon au commissariat, est persuadé de ses compétences et lorsque les parents de Corinne signalent sa disparition, il se voit déjà tout auréolé de gloire dans l'accomplissement d'une enquête rondement menée. Mais entre les désirs et la réalité il existe une marge, un fossé, un canyon même.

Cette road-story moderne allie humour et noirceur, campant des personnages caricaturés avec férocité. Le côté désabusé, blasé de Corinne, la mythomanie de Jean Noël, la mégalomanie du flic, en font des êtres déphasés avec le quotidien, en décalage constant avec la réalité, gravitant dans un univers parallèle. Constat et satire du monde moderne, le roman noir constitue la relève du drame et mélodrame qui servaient de support descriptif d'un monde décadent, de l'antiquité jusqu'à nos jours.


Jean-Luc TAFFOREAU : Corinne n'aimait pas Noël. Collection Fleuve Noir Crime. Editions Fleuve Noir. (Novembre 1996). 190 pages. 6,40€.

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15 décembre 2012 6 15 /12 /décembre /2012 17:33

Lasser, vice compris !

 

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Détective privé, d’argent mais pas d’esprit, spécialisé dans les histoires de cocufiage, Jean-Philippe Lasser a été mandé pour une énième et banale affaire d’adultère. C’est ainsi qu’en cette année 1932 il se trouve à Marselha, devant prendre en photo, en direct et en catimini, les ébats du mari libidineux et sa nouvelle conquête. Seulement Arcadius, le lubrique, n’est pas manchot et Lasser se réveille plus tard en train de compter ses abatis dans la chambre des exploits amoureux hors mariage. Il est soigné par l’amante d’Arcadius et ils se carapatent jusqu’à Touloun afin d’échapper aux hommes de main du mari colérique et grand patron de la pègre, non seulement locale mais nationale. C’est ce qu’Ounénet, la belle Egyptienne maîtresse d’Arcadius lui apprend. Ils embarquent précipitamment sur un navire à destination du Caire, et c’est là que les affaires sérieuses commencent pour Lasser.

Le manuscrit de Thot.

Lasser végète au Caire en effectuant de petits boulots. Il vit à l’hôtel Sheramon et Fazimel, la réceptionniste de l’établissement, lui sert de secrétaire et d’assistante. Il est fort étonné en cette année 1935, alors qu’il sirote tranquillement comme à son habitude son whisky sans glaçon, lorsqu’Isis, la déesse Isis en personne, se présente devant lui et l’informe qu’elle a besoin de ses services. En paiement elle lui offre un bracelet composé d’or massif et d’émeraude. De quoi régler ses dépenses durant toute une année. Seulement il doit retrouver le manuscrit de Thot, dieu de la connaissance, du savoir et de la sagesse, sur lequel il aurait consigné ses formules de magie noire et autres. Il doit réciter l’hymne à Râ dans quelques jours, sinon le Nil ne sera pas en crue et les récoltes risquent de pâtir de la sécheresse. Lasser se rend en taxi sur le plateau de Guizéh, afin de soutirer quelques renseignements auprès de Sphinxy, le meilleur indic du Caire. Ne dérogeant pas à son habitude, Sphinxy pose une devinette à Lasser qui la résout facilement. Sphinxy affirme qu’il va se renseigner mais énonce une nouvelle énigme qui aidera grandement Lasser, plus tard. C’est au cours de cette affaire, qui verra l’assassinat de Sphinxy, que se dresseront devant Lasser les deux personnages qui ne cesseront de l’importuner, le brutaliser, lui mettre des bâtons dans les roues : Hussein Pacha Rouchdy, le chef de la garde de Pharaon, Ramsès XXVII, l’homme le plus haï de tout le pays (Hussein pas Pharaon) et Seth, le dieu vil et méchant obligé toutefois de s’incliner devant Isis. L’épilogue est à déguster.

Le chat de Sekhmet

Tout comme dans l’épisode précédent, Lasser déguste dans la sérénité son whisky lorsque se dresse devant lui Sekhmet, la déesse lionne. Une de ses chattes sacrées a disparu alors qu’elle devait participer à un grand concours de félins lors des fêtes de Bastet. Elle est persuadée qu’Ântyou, son matou, pouvait remporter haut la patte ce concours. En plus des quatre pierres précieuses qu’elle offre à Lasser afin de couvrir ses frais, elle lui adjoint Ouabou nommé pour l’occasion assistant. Ouabou est un chat, et malgré ses objurgations Lasser est bien obligé de se plier aux désirs qui sont des ordres de Sekhmet. Ouabou possède la particularité de parler, et de se comporter en taquin. Ils mèneront leur mission à bien, malgré Hussein Pacha et Seth, et se feront de nouveaux amis que l’on retrouvera au cours des enquêtes suivantes. Lasser comprendra qu’il ne faut jamais se fier aux apparences.

L’embrouille féline.

Nouvelle aventure pour Lasser que l’on retrouve dans sa position habituelle du début d’une enquête : en train de siroter son whisky et commençant à manquer de liquide. Entrée de Sekhmet qui l’invite à assister à une petite réception organisée en son honneur à L’Argemmios, en compagnie de ses amis Hâpi et U-Laga Mba. Tandis que ses amis reçoivent en récompense pour leur action efficace or et joyaux, Lasser hérite de Ouabou, ce qui ne l’enchante guère. Il traîne son spleen en dégustant son whisky lorsque sur les conseils d’Isis, Nout, déesse du ciel et des étoiles, lui demande de retrouver un coffret contenant une de ses cartes célestes ainsi que ses instruments d’astrologie. Je me garderai bien de tout dévoiler, par respect envers les auteurs et que j’ai hâte de passer à l’épisode suivant, mais je me contenterai de vous signaler qu’il s’agit ici d’une amusante variation sur le conte du Chat botté.

Le quatorzième morceau d’Osiris.

Un morceau d’anthologie, si je puis m’exprimer ainsi. Seth, l’ignoble dieu dont j’ai déjà eu l’occasion de mettre en avant les méfaits, jaloux d’Osiris, avait noyé celui-ci, puis estimant que cela n’était pas assez, l’avait découpé en quatorze morceaux dispersés chacun dans une jarre. Isis est parvenue à embaumer son mari avec l’aide d’Anubis, mais selon la rumeur elle n’aurait pu récupérer que treize morceaux. Seulement le chaînon manquant s’avère être le plus important car il s’agit du sexe d’Osiris qu’elle a remplacé par un organe en argile. Rumeur ou pas, il n’empêche que Lasser se voit investi d’une nouvelle mission. Rechercher l’organe fécondateur d’Osiris qui a disparu de sa cache à Philae, et comme Isis a une petite envie, elle tient à ce que son détective unique et préféré le retrouve le plus rapidement possible et si possible en bon état.

Un épisode qui n’est pas sot, rien que d’y penser (je précise qu’il s’agit en ce cas d’un jeu de mot dont la signification profonde ne vous sera dévoilée qu’en lisant l’ouvrage).

La querelle nubienne.

Pour une fois, c’est un dieu qui interrompt Lasser dans la dégustation de son breuvage favori. Khnoum, le dieu des cataractes et le maître de l’eau fraîche, qui contrôle les crues du Nil, est bien embêté : le Nil est à sec ! Lasser va enquêter sur le pourquoi du comment, une immense faille s’étant produite au lieu dit des cataractes, engloutissant les eaux du fleuve. Il s’agirait d’une vengeance des dieux nubiens qui protestent contre l’enfermement d’un fils de responsable de la Nubie, accusé d’avoir tenté d’empoisonné Pharaon. Une enquête qui démarre en trombe, et pour Lasser une mission à risques, ne serait-ce qu’un voyage à dos de chameau, lui qui est sujet à une forme d’acrophobie, puis en felouque sur une vague qui ressemble à une sorte de mascaret. Le surf avant l’heure.

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Ce roman en un prologue, cinq actes et vingt-cinq tableaux, propose une intégration réussie entre l’Egypte mystérieuse des Pharaons et les années 1930. Ainsi que le fantastique allié au roman policier de détection. Jean-Philippe Lasser, dont on ne se lasse pas, pourrait être un mélange de quelques personnages de détectives célèbres : Nestor Burma de Léo Malet, dont il possède le cynisme, Fazimel incarnant la belle Hélène Chatelain ; de Tem de Roland Wagner, détective qui possède la particularité de passer inaperçu et évoluant dans un univers nimbé de fantastique ; de Frankie Pat Puntacavallo de Jean Mazarin, le privé dont les aventures sont narrées de façon humoristique sur fond de soleil méditerranéen ; et enfin Toby Peters, le détective privé continuellement fauché de Stuart Kaminsky, qui côtoie les plus grands artistes ou personnages de l’Amérique des années 50, qui se retrouve à chacune de ses enquêtes dans des situations improbables, accompagné d’un dentiste plus ou moins charlatan qui l’aide dans les moments difficiles comme le font U-Laga Mba et Hâpi. Pourtant Lasser possède sa personnalité propre, considéré par ses ennemis, Hussein Pacha en tête, comme un fauteur de troubles et un créateur d’embrouilles.

On ne peut se lasser de Lasser. Des aventures époustouflantes, périlleuses, humoristiques, mystérieuses, énigmatiques, exotiques, divines… J’en redemande !


Sylvie MILLER & Philippe WARD : Lasser, un privé sur le Nil. Editions Critic, collection Fantasy. 338 pages. 17€.

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